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Communication politique et séduction à  travers la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck à  l'Assemblée nationale le 03 février 2003

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par Mamadou THIAM
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Dea Science du langage 2005
  

Disponible en mode multipage

UNIVERSITÉ CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR

Faculté des lettres et sciences humaines

Département de lettres modernes

Option Sciences du Langage

Mémoire de DEA

Communication politique et séduction à travers la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck à l'Assemblée nationale le 03 février 2003

Présenté par : Sous la direction de : Modou Ndiaye

Mamadou THIAM Maître de Conférence en Science du Langage

Année académique 2004-2005

REMERCIEMENTS

Mes remerciements les plus sincères à :

- mon épouse, Aïcha, pour son soutien et ses encouragements sans cesse renouvelés ;

- mon Directeur de mémoire, le professeur Modou Ndiaye. Sans votre sens de la vision et votre compréhension, nul doute que ce travail n'aurait pu être conçu, a fortiori, finalisé;

- Monsieur le professeur Pape Alioune Ndao, votre appui et vos conseils ont été cruciaux ;

- Monsieur le professeur Alioune Diané à qui je suis si redevable ;

- l'ensemble de mes professeurs, du Sénégal et de la France, qui ont participé à ma formation ;

- l'ensemble du personnel de Senagrosol-Consult, notamment ceux qui ont participé à l'édition de ce mémoire ;

- Madame la Directrice du Cesti, pour ses conseils et orientations ;

- Monsieur le Directeur de Senagrosol-Consult, Mamadou Daffé, qui, après m'avoir permis de consacrer une partie de mon temps de travail à mes travaux de recherches et de séminaires, a bien voulu accepter de prendre en charge l'impression de ce mémoire.

- mes amis et collaborateurs du journal Le Devoir, avec à leur tête, mon ami Alioune Fall;

- mon jeune frère, Idy Demba Thiam ;

- mon beau-frère et ami Ballé Preira ;

- ma soeur Hourèye Thiam ;

- ma « petite maman », Bineta Diédhiou ;

- Moustapha Thiam, archiviste à la RTS, pour avoir sacrifié plusieurs week-ends, afin de m'assister dans le visionnage des archives de la Télévision nationale.

- Monsieur le Directeur de Radio Télévision Sénégalaise, Daouda Ndiaye, pour m'avoir permis d'accéder aux archives ;

- messieurs les journalistes, Antoine Diouf de la Radio Futurs Médias, Mamadou Thior de la RTS ;

- au CODESRIA, pour m'avoir accepté dans leur séminaire « médias et bonne Gouvernance en Afrique ».

- DEDICACES

A feu, mon père, El Hadji Mickayilou THIAM dit Demba,

Ne craignez pas pour ceux que vous laissez.

Votre mort, en les blessant, va les mettre au monde.

A mon fils, Ali Mamadou THIAM, « y a que toi qui me fais ça » !

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION GÉNÉRALE 2

MOTIVATIONS 3

OBJECTIF 4

HYPOTHÈSES 4

PROBLÉMATIQUE 5

MÉTHODOLOGIE 6

PREMIÈRE PARTIE : DÉFINITIONS, CONTEXTUALISATION ET CADRAGE 8

INTRODUCTION : 9

CHAPITRE 1 : DÉFINITIONS 10

1. La Déclaration de Politique Générale 10

1.1 Approche générique 10

1.2 Raison d'être 11

1.3 Enjeux 11

1.3.1 Enjeux de communication : 12

1.3.2 Enjeux de représentation 12

1.3.3 Enjeux de pouvoir 13

1.4 Organisation et déroulement 14

1.4.1 Mode de déroulement 14

1.4.2 Lieu de déroulement 14

2. Communication politique 15

2.1 L'espace public 16

2.1.1 Le principe de publicité 16

2.1.2 L'opinion publique 17

2.1.2.1 Les acteurs de l'opinion publique 18

2.1.2.2 Les enjeux liés à l'opinion publique 23

2.2 Communication : 24

2.3 Politique : 27

2.4 Synthèse 28

3. Séduction 29

CHAPITRE 2 : CONTEXTUALISATION ET CADRAGE 32

1. Cadre Institutionnel 32

2. Contexte Politique 33

CONCLUSION : 36

DEUXIÈME PARTIE : LES RESSOURCES DE LA SÉDUCTION : L'ETHOS 37

INTRODUCTION : 38

CHAPITRE 3 : L'ETHOS PREDISCURSIF 41

1. L'image d'Idrissa Seck avant sa nomination à la primature 41

2. Le pré formatage de l'image de soi 43

2.1 Une démarche participative 43

2.1.1 Mode opératoire 44

2.1.2 Les cibles 45

2.2 Un déblayage médiatique 45

2.2.1 Dispositif de mise en scène télévisuelle 47

2.2.2 Processus de légitimation 48

2.2.2.1 Mécanismes de polissage 48

2.2.2.2 Mécanismes de conditionnement 49

CHAPITRE 4 : L'ETHOS DISCURSIF OU IMAGE DE SOI 53

1. La « phoronesis » 55

2. L' « areté » ou l'image de l'homme vertueux 57

2.1 L'homme de foi 58

2.2 Le juste 60

2.3 L'homme humble 63

2.4 L'homme sincère 67

3. L' « eunoia » ou la bienveillance 70

3.1 Le serviteur du peuple 71

3.2 La politesse 76

3.2.1 La politesse positive : 77

3.2.1.1 Les marques de courtoisie 77

3.2.2 La politesse négative 81

CONCLUSION : 86

CONCLUSION GÉNÉRALE 87

BIBLIOGRAPHIE 91

COMMUNICATION POLITIQUE ET SÉDUCTION

À TRAVERS LA DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE DU PREMIER MINISTRE IDRISSA SECK À L'ASSEMBLÉE NATIONALE LE 03 FEVRIER 2003.

1

INTRODUCTION GÉNÉRALE

MOTIVATIONS

L'engouement prononcé des sénégalais pour la chose politique n'est plus à démontrer. Il découle d'une longue pratique datant de l'époque coloniale et s'est accentué à la faveur de l'approfondissement de la démocratie. En tant qu'activité ayant un impact sur la vie sociale, économique et culturelle, la politique ne saurait échapper aux champs d'investigations de plusieurs disciplines, de la sociologie aux sciences politiques, en passant par l'économie et la psychologie.

Toutefois, dans cette tentative d'analyse et de compréhension du champ politique, les disciplines relevant des sciences de l'information en générale, des sciences du langage en particulier, semblent en être les parents pauvres. Ce qui est paradoxal à bien des égards. En effet, l'activité politique, en démocratie, est indissociable de son mode de conquête, d'exercice et de conservation, à savoir l'adhésion des citoyens autour d'un parti, d'un programme et d'un homme. Or, cette adhésion se fait essentiellement au moyen de pratiques langagières par lesquelles les acteurs politiques tentent de rallier le maximum de citoyens à leur cause. Pourtant, rares sont les travaux universitaires consacrés à l'analyse du discours politique sénégalais.

De même, à la faveur des avancées démocratiques, nous assistons à la consolidation et à l'élargissement du concept d'espace public au nom duquel le politique est interpellé, au quotidien, et ne peut plus se permettre d`attendre la veille des échéances électorales pour communiquer sur ses projets et/ou réalisations.

En outre, avec l'avènement des moyens de communication de masse, un tournant nouveau s'offre aux praticiens de la politique. En effet, la multiplication des moyens d'information et le développement des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication modifient foncièrement les rapports aux discours et pratiques symboliques liés à la politique.

Toutes choses qui rendent nécessaire un travail poussé dans les domaines de l'élaboration de stratégies politiques, à la fois discursives et non discursives, dont la fonction est de favoriser l'adhésion des citoyens. Dans cette perspective, il serait intéressant d'étudier, dans le cadre plus approprié d'une thèse, les grandes tendances du discours politique sénégalais, de leur conception à leur réception en passant par les processus de médiation et de transformation.

OBJECTIF

Dans cette présente étude, notre objectif, légitimement plus modeste, se borne à l'analyse des rapports entre la communication politique et la séduction, à travers un corpus de base constitué essentiellement par la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck, à l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 03 février 2003 et retranscrit par l'Assemblée nationale (Seck 2003).1(*)

Il s'agit particulièrement de voir comment les acteurs du champ politique - champ par essence d'action, de persuasion et de domination, redéfinissent leurs pratiques langagières et symboliques, en fonction des mutations induites par le développement des médias et des NTICs. Autrement dit, comment le développement des moyens d'information et de communication, qui accroît la place du spectacle, de l'image, de la mise en scène, et de l'apparence, au détriment de la réalité, de la logique rationnelle et de l'information, impacte sur les stratégies discursives et communicationnelles du politique.

HYPOTHÈSES

L'approfondissement de la démocratie renforce la croyance en l'existence d'une opinion publique de plus en plus exigeante au sein d'un espace public consolidé. Le développement des moyens d'information et de communication rend nécessaire un changement des rapports entre politiques et citoyens. Ces moyens d'information et de communication, de plus en plus, se positionnent en espaces de médiation, entre une opinion publique « éclairée », et une classe politique plurielle. Ces nouveaux espaces de médiations court-circuitent les schémas classiques régissant les rapports entre politiques et citoyens.

Car les mutations induites par les NTICs font qu'aujourd'hui, nous évoluons dans un monde où « la vision acquiert un statut supérieur à la parole et l'image s'impose au mot » (Sartori 1998, trad. Pereyra 2005) ; un monde au sein duquel la position prédominante de la vision fait passer l'individu du statut de « créature symbolisante », à celle de « créature spectatrice ». Dès lors, l'homo sapiens se transforme, pour reprendre la formule de Sartori (op.cit.), en homo videns qui

se lasse de lire, préfère le flash abrégé de l'image synthétique, qui le fascine et le séduit (...) renonce aux relations logiques, aux séquences et aux réflexions raisonnées (...) [et] succombe aux impulsions immédiates, emportées et soumises aux émotions. (Sartori 1998, trad. Pereyra 2005)

Ainsi, face à cet attrait de l'image et du sensationnel, l'homme politique est appelé, de plus en plus, à verser dans l'émotionnel et dans la mise en scène. De ce fait, il a tendance à basculer dans la  « société du spectacle » (Debord 1992), et apparaît, de moins en moins, comme un individu dont il faut partager les idées, mais plutôt comme un leader qu'il faut aimer. Il ne se contente plus, dès lors, de convaincre, mais doit s'attacher à plaire et à séduire. Plaire et séduire par son discours, certes, mais aussi par sa physionomie, sa mine, sa mise et sa démarche, en somme par l'image idéale de soi qu'il projette.

PROBLÉMATIQUE

Sans pour autant nier l'importance de l'argumentation rationnelle, nous pensons que la différence, de plus en plus, se fait au niveau de l'émotionnel. La conviction cédant le terrain à la séduction, la compréhension à l'émerveillement, l'analyse à la contemplation, la critique à l'adoration. Une rhétorique émotionnelle qui emprunte, entre autres, les chemins d'une image de soi à la fois présentée et représentée.

Cette tendance à la séduction serait plus manifeste si elle se confirmait avec la Déclaration de politique générale dont le caractère institutionnel, la portée économique et sociale, et la solennité des deux institutions qu'elle implique (le Législatif et l'Exécutif), pourraient préjuger le bannissement du moi, de la passion et du spectacle, pierres angulaires de toute visée séductrice. Or, parler d'image de soi, de passion et de spectacle, conduit forcément à aller au-delà du champ du langage et des pratiques discursives, pour explorer les domaines de la communication para verbale et non verbale, de la mise en scène et autres pratiques symboliques.

MÉTHODOLOGIE

Cette présente étude emprunte son orientation et sa démarche aux théories des sciences de l'information et de la communication. Celles-ci étant un carrefour où se retrouvent et s'entremêlent plusieurs disciplines et champs d'analyse que sont la linguistique, la sociologie, la rhétorique, la science politique, la pragmatique etc., avec tout de même une option davantage tournée vers l'analyse du discours.

Dans cette perspective, nous serons tenu de nous éloigner des vues issues de la tradition saussurienne considérant le langage comme un « système linguistique abstrait ». Déjà, Bakhtine avait fini de s'élever contre ce qu'il appelle le « saussurisme ». Car le langage est à chercher

dans la communication verbale concrète, non dans le système linguistique abstrait des formes de la langue, non plus dans le psychisme individuel des locuteurs. (Bakhtine 1977 : 137)

Ensuite, nous sommes de ceux qui pensent, avec Courtine, que le discours politique, tel qu'il est transmis au plus grand nombre, est

une représentation extrêmement complexe où les discours sont imbriqués dans des pratiques non verbales, où le verbe ne saurait être dissocié du corps et du geste, où l'expression par le langage se conjugue à celle du visage, où le texte est indéchiffrable en dehors de son contexte, où l`on ne peut plus séparer parole et image. (Courtine 1991 : 2)

De ce fait, une importance capitale sera accordée, dans cette étude, non seulement au contexte global (politique, institutionnel, social) de la période concernée, mais aussi aux ressources autres que discursives, qui participent de la visée séductrice, via la projection de l'image de soi.

Ainsi, dans cette étude, qui compte deux parties, nous consacrerons la première à un exercice de définition des termes clés, suivi d'une contextualisation politique et d'un cadrage institutionnel et social, afin de mieux cerner les conditions et enjeux liées à la Déclaration de politique générale.

La deuxième partie sera consacrée à la description et à l'analyse des ressources de la séduction par le biais de l'image de soi. Ce faisant, nous reviendrons d'abord sur l'image préalable du Premier ministre Idrissa Seck, avant de voir comment celle-ci aurait subi un pré formatage et un lissage valorisant.

PREMIÈRE PARTIE :
DÉFINITIONS, CONTEXTUALISATION ET CADRAGE

INTRODUCTION :

L'étude des rapports entre la communication politique et la séduction à travers la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck nous paraît soumise à l'accomplissement de deux actes préalables.

D'abord, il est important de procéder à un éclairage, à la fois conceptuel et fonctionnel, des termes clés du triptyque séduction, communication politique, et Déclaration de politique générale. Cet éclairage conceptuel nous permettra de mieux cerner les principaux termes autour desquels tourne notre étude.

Ensuite, nous accorderons, dans cette partie, une attention particulière au contexte politique, au cadre institutionnel et à la dynamique d'interaction sociale.

Le contexte politique est inséparable de la Déclaration de politique générale, dont il conditionne, en partie, la tonalité, l'orientation et la réception. Le cadre institutionnel, quant à lui, légitime, structure et organise les modalités de déroulement de la Déclaration de politique générale.

CHAPITRE 1 : DÉFINITIONS

1. LA DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE

Nous définirons la Déclaration de politique générale sous l'angle de son genre, de sa raison d'être, de ses enjeux et de son mode opératoire. L'étude du genre nous amènera à préciser son champ d'appartenance discursive. Sa raison d'être nous permettra de revenir sur ses fonctions institutionnelle et politique. L'étude de son mode opératoire nous amènera à analyser son mode d'organisation et de déroulement. Enfin l'analyse des enjeux portera sur ses enjeux de pouvoir, de représentation et de communication.

1.1 Approche générique

En tant que texte liminaire donnant lieu à un échange entre le Chef du Gouvernement et l'Assemblée nationale, la Déclaration de politique générale s'inscrit dans le cadre d'un débat. De manière générale, le débat est un échange organisé entre au moins deux locuteurs, pour le compte d'un public plus où moins passif. Il est régi par des règles (règles de prise de parole, de temps d'intervention, de disposition etc.), définies d'avance, avec un modérateur chargé d'en assurer le respect. Une autre marque du débat est son caractère public.

En tant que pratique sociale, l'exercice du débat est soumis à des conditions de légitimation qui s'imposent à ses pratiquants. Ces derniers doivent détenir des titres ou avoir un statut qui les en rend dignes. C'est l'un des genres qui a le plus résisté au temps et aux moeurs.2(*)

A travers les âges, les contextes et les motivations, le débat remplit des fonctions variées. Mais la plupart du temps, il obéit à une vocation délibérative.  En ce sens, il est intimement lié à la démocratie. Par ailleurs, le caractère indirect du débat par lequel le véritable destinataire n'est pas l'interlocuteur, mais plutôt le public - qui n'intervient pas directement, et la grande part accordée à la mise en scène, renforcent la charge spectaculaire dont il est porteur.

1.2 Raison d'être

La Déclaration de politique générale est l'occasion de mettre en relation deux parmi les trois catégories d'institutions au Sénégal : l'Exécutif (plus précisément le Gouvernement) et le Législatif à travers l'Assemblée Nationale.3(*). C'est une obligation constitutionnelle régie par l'article 55 de la Constitution qui stipule :

Après sa nomination, le Premier ministre fait sa Déclaration de politique générale devant l'Assemblée Nationale. Cette Déclaration est suivie d'un débat qui peut donner lieu à un vote de confiance à la demande du Premier ministre».

Elle consiste, pour le Premier ministre, Chef du Gouvernement, à venir décliner son programme devant l'Assemblée Nationale composée des députés, élus du peuple. De la sorte, la Déclaration de politique générale entre dans le cadre de la mission de contrôle de l'Exécutif dévolue au pouvoir législatif. Elle permet au Premier ministre nouvellement désigné de renforcer sa légitimité en bénéficiant de l'onction des représentants du peuple, tout en mettant en évidence l'importance du Pouvoir Législatif dans le dispositif Institutionnel.

1.3 Enjeux

La Déclaration de politique générale est porteuse d'enjeux de pouvoir, de représentation et de communication.

1.3.1 Enjeux de communication :

La Déclaration de politique générale est porteuse d'enjeux de communication dans la mesure où elle est l'occasion d'échanges entre l'Exécutif et le Législatif. En permettant un débat entre ces deux Institutions, elle est l'occasion d'une mise en oeuvre, à la fois de la communication Gouvernementale, et de la communication Parlementaire. Chacune de ces deux Institutions profite de l'occasion pour véhiculer son identité, montrer sa vitalité, et affirmer son importance. Elle permet, en outre, au Gouvernement, de décliner, à l'intention des citoyens, sa vision politique et son programme économique et social.

Par ailleurs, la Déclaration de politique générale est l'occasion, pour le Premier ministre, en tant que leader politique, de gagner en visibilité et en notoriété. De même, elle participe à légitimer l'Assemblée nationale en montrant à tous les citoyens son importance stratégique, en ce qu'elle est l'instance de validation et de confirmation du pouvoir présidentiel. Elle donne aussi l'occasion, à chaque parti politique et à chaque député, de faire montre de son savoir et de son savoir-faire au service du Peuple.

1.3.2 Enjeux de représentation

La notion de représentation est porteuse de trois sens : institutionnel, esthétique et diplomatique.

Le sens diplomatique de la représentation réfère à l'échange de diplomates, de représentants entre les Etats. Le sens esthétique de la représentation renvoie aux rituels mis en scène par la Cité, et par lesquels elle donne à voir sa propre identité : fête, spectacle ou cérémonials, à travers lesquels les valeurs fondamentales d'une société sont mises en scène et représentées de manière ludique et décalée.

Le sens institutionnel évoque la dimension politique en ce sens que l'Assemblée nationale fonctionne comme un condensé de la Nation, qu'elle incarne, et dont elle est à la fois l'émanation et l'image. Dès lors, se comprend sa fonction socialisante, par l'institution de rites et de cérémonials, qui participent au processus de socialisation et de construction de l'identité citoyenne dans toute Démocratie. C'est ainsi qu'elle se veut la vitrine et la matérialisation d'une société plurielle mais policée et organisée. Les débats qui y ont cours, entre ses membres ou entre elle et les autres pouvoirs, participent de la matérialisation et de la célébration de l'idéal démocratique par le biais du pouvoir appartenant au peuple qui en délègue les prérogatives à ceux qu'il estime dignes de le représenter, ainsi que l'illustre le principe républicain consigné à l'article premier de la Constitution : « Gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ». D'ailleurs, le Premier ministre Idrissa Seck, à l'entame de son adresse, corrobore cet état de fait :

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale, Honorables Députés, le Peuple, souverain dans ses décisions, vous a assigné la mission d'être le médium honoré par lequel je lui présente humblement, aujourd'hui, ma feuille de route devant conduire à la prise en charge efficace de ses attentes...(Seck 2003 : 5)

Dès lors, la Déclaration de politique générale intègre le registre des rites solennels qui permettent de vivifier la notion de Démocratie représentative. Et ce, d'autant plus que les conditions de sa survenue (nomination d'un nouveau Premier ministre), en font un indicateur de rupture en ce qu'elle prouve la fin d'une séquence politique et l'avènement d'une autre.

1.3.3 Enjeux de pouvoir

La Déclaration de politique générale charrie des enjeux de pouvoir en ce qu'elle consacre la rencontre, voire la confrontation, entre deux Institutions différentes : le Gouvernement, dont les membres sont nommés, et qui a pourtant la charge de conduire la politique de la nation, et l'Assemblée nationale, constituée d'élus du peuple ayant une prise moindre dans le vécu quotidien des citoyens qu'ils représentent. Ces enjeux de pouvoir varient en fonction de la nature du régime politique et du rapport de force au Parlement4(*).

1.4 Organisation et déroulement

Comme précisé plus haut, la Déclaration de politique générale s'inscrit dans le cadre d'un débat organisé et structuré. En effet, le débat est régi par des règles bien précises qui en garantissent le bon déroulement.

1.4.1 Mode de déroulement

Les acteurs directs du débat de politique générale sont : le Premier ministre, les députés, le Président de l'Assemblée nationale.

Le débat de politique générale comporte quatre phases : l'ouverture de la séance, la déclaration du Premier ministre, la discussion générale et la clôture de la séance. Le Président de l'Assemblée Nationale ouvre, clôt la séance, et assure la modération des débats. Le Premier ministre, une fois la séance ouverte, procède à sa déclaration de politique générale qui lui permet de décliner son programme.

La discussion générale, quant à elle, se déroule en quatre étapes :

- Première séance de questions des députés5(*) réponse du Premier ministre ;

- Deuxième séance de questions des députés

- Réponse du Premier ministre.

1.4.2 Lieu de déroulement

La Déclaration de politique de générale et les débats qui l'on suivie se sont déroulés dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Cet hémicycle, de forme circulaire, favorise les échanges. Les différentes composantes de l`Assemblée, disposées en demi-cercle, font face au Président de l'Institution dont le siège est haut perché.

Le Premier ministre et les membres du Gouvernement sont placés sur un des coins de l'hémicycle, à la droite du Président. Juste en dessous du Président, se situe la tribune à partir de laquelle les orateurs peuvent venir pour s`exprimer.

Illustration 1 vue d'ensemble de l'hémicycle de l'Assemblée Nationale

2. COMMUNICATION POLITIQUE

Une première conception réduisait la communication politique à la propagande ou à la communication électorale des partis politiques. Dans cette perspective, la communication politique se perçoit plus en terme de messages et d'attitudes que les politiques déploient en direction des citoyens.

Toutefois, avec le dépassement de la théorie de la « seringue hypodermique », le développement des moyens de communication de masse, de techniques de mesures de l'opinion, une plus grande part est accordée, non pas seulement aux messages délivrés, mais aussi et surtout à leur réception, en terme d'appropriation, d'indifférence ou de rejet. Dès lors, à côté de l'acteur politique, s'affirment de plus en plus, d'autres acteurs, comme les médias et le citoyen, à travers le concept d'opinion publique, mais aussi les spécialistes de disciplines diverses dont le rôle est, soit de mesurer l'opinion, à travers des sondages, soit d'orienter l'opinion publique dans un sens bien défini (spécialistes de la communication et du marketing politique).

Nous tenterons, sur la base d`une analyse sommaire du concept d`espace public auquel la communication politique est redevable, d'éléments d`explication des termes « communication » et « politique », de définir la communication politique.

2.1 L'espace public

La notion d`espace public a été formalisée dans les années 60 par Jurgen Habermas (1978). L'espace public serait le cadre au sein duquel co-existent et interagissent les concepts d'Etat-social , de principe de publicité, d'opinion publique  etc. Nous nous appuierons essentiellement sur les deux derniers, à savoir le principe de publicité et l'opinion publique.

2.1.1 Le principe de publicité

S'appuyant sur les travaux de Habermas, Alain Girod définit le principe de publicité comme le

devoir qu'a l'Etat de rendre public, de faire connaître au public, ses actes, ses décisions, ses projets, ses délibérations, etc., soit directement, soit par l'intermédiaire de la presse, de façon à ce que les citoyens, dûment informés, puissent organiser un débat public dans lequel ils puissent faire publiquement usage de leur Raison, afin que puisse se constituer une « opinion publique » éclairée, la Loi et l'action de l'Etat étant « censées refléter » ladite opinion publique. (Girod 2000 : 305)

Au Sénégal, comme dans toute démocratie, le droit, pour les citoyens, d`accéder à l'information est une réalité. Elle est garantie par la Constitution.6(*) D'ailleurs, toutes les assemblées élues (Assemblée nationale, Conseil municipal, Conseil rural, Conseil régional) garantissent le caractère public de la plupart de leurs séances. En outre, les actes réglementaires sont publiés au journal officiel. Dès lors, les conditions d'une appropriation des décisions publiques par les citoyens sont réunies. Le caractère public des décisions et actes pris par les autorités étatiques renforce la volonté de celles-ci de conférer à leurs actions le maximum d'attractivité et de pertinence auprès de l'opinion publique.

2.1.2 L'opinion publique

La notion d'opinion publique est très complexe. Certains considèrent qu'elle n'est qu'un « artefact » et qu'elle « n'existe pas » (Bourdieu 1980 : 222-223). D'autres, comme Habermas, pour l'avoir théorisée, ne sauraient la nier. Ce dernier, de l'opinion publique nous dit qu'elle

revêt un sens différent selon qu'on la revendique en tant qu'instance critique face à la « publicité » imposée, corrélative de l'exercice du pouvoir politique et social, ou selon qu'on s'en sert pour désigner l'instance « réceptrice » de la « publicité » de démonstration et de manipulation, vantant des biens de consommation, des programmes politiques, des institutions ou des personnalités (Habermas 1978 : 246),

et qu'elle est « l' unique fondement reconnu qui permette de légitimer la domination politique » (op.cit. : 248). Plus pratique, Patrick Champagne s'intéressera peu à l'existence ou non de l'opinion publique, pour insister sur la croyance en son existence chez la plupart des individus. A ce propos, il constate :

L'opinion publique des instituts de sondage existe parce que ces derniers ont, depuis, réussi à faire croire en la valeur scientifique de leurs enquêtes et à transformer ainsi ce qui était à l'origine, en grande partie, un simple artefact technique, en réalité sociale. (Champagne 1990 : 122)

2.1.2.1 Les acteurs de l'opinion publique

Les principales composantes de l'opinion publique sont : la société civile, comprenant les leaders d'opinion et les simples citoyens, les hommes politiques, les hommes des médias, les professionnels des sondages et les spécialistes en marketing et communication politique. Chacune de ces composantes a ses modes de pression, et d'expression.

ü Les hommes politique :

Les hommes politiques et leurs appareils structurés (les partis politiques) constituent l'une des composantes les plus importantes de l`opinion publique. A la faveur de la démocratisation, le Sénégal est passé du régime de parti unique, au pluralisme intégral, en passant par le multipartisme limité.7(*)

C'est ainsi qu'en 2003, date de la Déclaration de politique générale faisant l'objet de cette présente étude, il y avait pas moins de 75 partis politiques. Toutefois, il faut distinguer trois grandes catégories : les parties que nous qualifierons d' « inactifs », les partis « souteneurs » et les partis « leaders ».

Les partis « inactifs »8(*) sont ceux qui ne participent presque jamais aux élections et ne mènent pas d'activités régulières. Ils constituent la majorité des structures politiques reconnues.

Les partis « souteneurs »9(*) sont ceux qui, bien que menant des activités plus ou moins régulières, ne participent aux élections qu'en qualité de souteneurs, c'est à dire qu'ils s'alignent rarement aux élections sous leur propre bannière.

Enfin, nous avons les partis dits « leaders » qui sont, en générale, ceux régulièrement représentés à l'Assemblée nationale. Ils ne dépassent pas la dizaine.10(*) Les partis politiques sénégalais sont caractérisés par leur tendance trop marquée à la personnalisation. Ils ont à leur tête des leaders inamovibles autour de qui s'articule et se déroule la vie des structures politiques.

Les partis politiques s'expriment à travers diverses manifestations : meetings, réunions, conférences de presse, congrès, fora, allocutions, colloques, communiqués de presse, interviews, affichage, relations presses etc. Certains partis politiques, ou hommes politiques, parmi les mieux nantis, aussi bien au sein de l'opposition qu'au sein du pouvoir, mettent même en place des organes de presse et médias pour servir de relais à leur messages et vision du monde.

Avant l'Alternance, au sein de l'opposition de l'époque, le cas le plus notoires était constitué par la création, en 1998, du journal Sopi11(*), de la part du PDS. Après l'Alternance, le même journal servira de relais au PDS nouvellement arrivé au pouvoir mais sera appuyé par d'autres journaux proches des libéraux comme le quotidien Le Messager. Lorsque le Parti socialiste était au pouvoir, il s'appuyait sur le journal Le Débat.

En dehors des organes de presse, les partis et hommes politiques investissent, de plus en plus, dans les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, par la création de sites Internet. C'est le cas de l'AFP, du PDS, du PS, de AJPADS, de la LDMPT.

En outre, l'importance de la communication est attestée par l'existence de chargés de la communication et de portes-parole.

Toutefois, une différence de taille existe, s'agissant des ressources et supports de communication, entre les partis politiques. Cette différence est fonction des moyens financiers dont ils disposent, mais aussi et surtout de leur position par rapport au pouvoir.

Ainsi, les partis au pouvoir s'appuient, en particulier, sur les médias dits d'Etats, notamment la Radio Télévision Nationale (RTS). Celle-ci fait la part belle aux activités du Gouvernement et des partis membres de la mouvance présidentielle et n'hésite pas à faire un black-out sur les activités des partis d'opposition.12(*)

ü La société civile

La société civile regroupe l'ensemble des acteurs non engagés activement dans les logiques de conquête ou de conservation du pouvoir. Elle regroupe des organisations intervenant dans plusieurs domaines (développement, défense des droits de l'homme, défense des consommateurs), les citoyens apolitiques, les leaders d'opinion (dans les domaines associatifs, intellectuels, religieux etc.).

Les modes de communication de ces acteurs de la société civile sont divers et variés. Les organisations structurées (ONG, associations) développent une approche communicationnelle proche, en termes de supports de communication, de celle des partis politiques. En effet, elles utilisent les médias, les réunions, des campagnes d'information et de sensibilisation, des marches etc.

Le fait notable est la possibilité offerte au simple citoyen de s'exprimer et de faire partager son opinion au plus grand nombre, par le biais de nouveaux espaces d'expression. Au niveau de la presse écrite, c'est l'existence de pages réservées à la contribution des sénégalais sur des questions stratégiques ou d'actualité. 13(*) Il en est de même pour les radios14(*), ainsi que d'Internet15(*) qui, nonobstant son faible taux d`accès, permet tout de même un échange entre citoyens autour de diverses questions politiques, sociale et économiques.

ü Les instituts de sondage

Au Sénégal, il existe des instituts de sondage dont le rôle est, entre autres, de mesurer l'opinion dans les domaines économiques et politique. 

Les instituts de sondage ont plusieurs domaines d'activités dont les enquêtes d'audience des médias et les sondages politiques retiendront particulièrement notre attention dans cette étude.

En ce qui concerne les enquêtes tendant à déterminer le taux d'audience des médias, deux principales démarches existent.

La première, ce sont les enquêtes régulièrement menées par des Instituts de sondage, notamment le plus connu, l'institut BDA, tous les 6 mois. Ces enquêtes déterminent la part de marché occupée par deux catégories de médias : la presse écrite et la radio qui constituent les types de médias majoritaires au Sénégal.

La deuxième démarche est la résultante d'une commande de la part d'une entreprise de presse sur sa notoriété, son lectorat ou des questions d'actualité.

Les sondages politiques sont, quant à eux, plus complexes. En effet, de leur pratique à leur usage, se dressent des contraintes juridique, technique et administrative quasi-insurmontables.16(*)

En dehors des sondages classiques, il existe aussi d'autres « sondages » qui se font essentiellement à travers les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, notamment Internet.

ü Les leaders d`opinion

Les leaders d`opinion sont constitués par les intellectuels, les responsables d'organisations associatives, les religieux etc.

ü Les médias

Les médias constituent un maillon stratégique dans le processus de constitution de l'opinion publique. Nous nous intéresserons ici principalement aux médias dits de « masse » avec une ouverture vers les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication. Au moment de la Déclaration de politique générale, on notait l'existence d'une floraison d'organes d'information répartis entre la presse écrite, la radio, la télévision et les ressources du Net.

La presse écrite est caractérisée par son instabilité liée à des difficultés financière, juridique, éthique, et technique. Toutes choses qui justifient cette « misère » (Kassé 2002) qu'elle vivrait. Cependant, en dépit de ces difficultés, nous pouvions recenser, en 2003, pas moins d'une vingtaine d'organes de presse écrite, tant privés que publics, paraissant régulièrement, dont les trois quart sont constitués par des quotidiens « nationaux » et le reste par des hebdomadaires.

Comme pour la presse écrite, la radio est caractérisée par sa diversité, avec une co-existence entre chaînes privées et publiques. Globalement, en dehors de cette distinction privé/public, l'univers de la radio est traversé par trois grandes catégories : les radios d'information générale à vocation plus ou moins nationale, les radios thématiques, et les radios de proximité ou radios communautaires.

La télévision, quant à elle, était caractérisée, au niveau national, par une situation de monopole exercée par la RTS. Toutefois, cette situation est minorée par un accès à des chaînes de télévision étrangères.

ü Les citoyens

Les citoyens sont au centre du concept et des enjeux liés à l'opinion publique. Paradoxalement, ils sont ceux qui accèdent le moins aux moyens d'expression et d'influence dans le domaine de l'espace public. En dehors des élections, qui sont des modes d'expression indirecte, les citoyens s'exprimaient principalement dans l'espace public sénégalais à travers divers mode de manifestation, de protestation ou de soutien liés, le plus souvent, à des événements comme celui qui fait l'objet de cette présente étude, à savoir la Déclaration de politique générale.

Mais avec les mutations démocratiques et médiatiques intervenues, de nouveaux canaux d'expression et de participation à l'espace public voient le jour.

Sur le plan législatif, la nouvelle Constitution garantit le droit d'expression élargi à la liberté de marche et de manifestation.17(*)

Sur le plan médiatique, trois éléments nouveaux accroissent les possibilités d'expression des citoyens : le développement et la diversification des moyens d`information, l'aménagement, dans les médias existant, d'émissions, de programmes ou de rubriques réservés aux citoyens, et le développement des applications liées aux NTIC, notamment les sites d'information sur Internet.

2.1.2.2 Les enjeux liés à l'opinion publique

Comme dans une arène, le champ de l'opinion publique regroupe des acteurs divers porteurs d'intérêts spécifiques, voire antagonistes.

Les hommes politiques, dont la vocation est la conquête et l'exercice démocratique du pouvoir, cherchent à obtenir l'adhésion des citoyens autour de leur programme, sinon de leur personne. Dans ce cadre, ils s'appuient sur la plupart des autres composantes de l'espace public, sous l'angle de la communication politique.  En effet, les sondages sont utilisés pour une meilleure connaissance de la réalité des rapports de force que les spécialistes et agences de communication doivent rendre favorables à leurs clients. Pour ce faire, les leaders d'opinion et les médias sont démarchés. Ces derniers apparaissent comme des élément et des espaces d'intermédiation, de façonnage, voire de « fabrique de l'opinion » (Blondiaux 1998).

De même, les professionnels de l'espace politique (agences de sondages ou de communication), en tant qu'entreprises de prestation de services, insistent sur l'importance, pour l'homme politique, d'une connaissance de la tendance dominante de l'opinion publique afin d'oeuvrer pour l'avoir de son côté.

Les médias, quant à eux, profitent des activités politiques, des événements, crises et enjeux dont elles sont porteurs, afin d'engranger le maximum d'audience qui fait leur notoriété et conditionne la confiance des annonceurs, sources de leur principaux revenus.

La diversité des acteurs aux intérêts spécifiques mais solidaires fait de l'espace public un lieu ambivalent où co-existent manipulation et argumentation, conditionnement et confrontation, logique économique et enjeu de pouvoir.

Entre les intervalles de chacun de ces couples, la séduction occupe une place prépondérante.

2.2 Communication :

Communication vient du latin communicare et signifie mettre en commun, partager. Mais cette conception première va évoluer pour prendre en compte la notion de diffusion de l'information, notamment avec l'apparition de supports de diffusion à large spectre. C'est ainsi que nous distinguons deux formes principales de communication. D'une part, nous avons la communication directe ou interpersonnelle, qui renvoie au sens premier de partage, et concerne l'échange direct d'informations entre au moins deux individus. D'autre part, nous avons la communication « médiatée » qui s'appuie sur des supports afin de véhiculer l'information. Dominique Wolton utilise les expressions « communication normative » et « communication fonctionnelle » (Wolton 1997) pour désigner ces deux formes de communication. L'une des premières tentatives de description assez complète de la communication nous est fournie, à travers la formulation d'un « schéma de la communication » (Jakobson 1963 : 214). Ce schéma intervient, certes, après celui de Shannon et Wiever, mais a le mérite de tenter d'organiser les différents pools de la communication que seraient le destinataire, le destinateur, le contexte, le message, le contact et le code, autour de 6 fonctions à savoir la fonction émotive, la fonction référentielle, la fonction conative, la fonction poétique, la fonction phatique et la fonction métalinguistique.

CONTEXTE

DESTINATEUR MESSAGE DESTINATAIRE

CONTACT

CODE

Figure 2 Schéma de Jakobson

Ce schéma de Jakobson, en dépit de sa clarté et de sa simplicité, n'en demeure pas moins - parce qu'elle est peut être trop simple, sujet à contestation de la part de plusieurs linguistes.18(*) Nous ne reviendrons donc pas sur ce débat largement évoqué par plus indiqués que nous. Nous nous contenterons de proposer la reformulation du schéma de Jakobson par Orecchioni (Orecchioni 1999 : 22)19(*).

Compétences

Linguistique et

para-linguistique

Compétences

Idéologique

et culturelle

Déterminations

« psy- »

Compétences

linguistique et

para-linguistique

Compétences

Idéologiques

et culturelles

Déterminations

« psy- »

Contraintes

de l'univers

de discours

Modèle de

production

Modèle

d'interprétation

Contraintes

de l'univers

de discours

EMETEUR

RECEPTEUR

REFERENT

Encodage - MESSAGE - décodage

Canal

Figure 3 Schéma de la communication de Orecchioni

Ce schéma de la communication, élaboré par Orecchioni, convient doublement au corpus faisant l'objet de notre étude. D'abord, sur le plan générique, en ce qu'il s'adapte fort bien au discours politique, champ auquel relève la Déclaration de politique générale. Ensuite, au plan méthodologique, en ce qu'il confère une place importante aux compétences idéologique et culturelle ainsi qu'aux déterminations psychologiques. Toutes choses capitales dans le mode de projection et de réception de l'ethos qui constitue l'axe principal à partir duquel nous étudierons la séduction.

2.3 Politique :

La racine grecque, « polis », qui signifie cité, confère au mot « politique » son sens commun de « art de gérer la Cité ». Toutefois, la forme adjectivale du mot « politique » réfère à deux substantifs de genre différents comme l'a si bien distingué Philippe Braud : le politique et la politique (Braud 1992). Le politique étant le domaine de l'action et des rapports de pouvoir ; la politique, la pratique de la parole et de la représentation symbolique.

Toutefois, cette distinction entre le politique et la politique devient poreuse si on intègre la dimension de la parole. En effet, l'exercice de la parole, que Braud associe à la politique est, en même temps, indissociable du politique qui serait, selon lui, champ d'actions et espace de pouvoir. En effet, la parole ne constitue-t-elle pas l'un des instruments les plus importants de conquête et de conservation du pouvoir ? En outre, depuis Austin, nous savons que « dire, c'est faire » (Austin 1970) ; la parole, le langage, n'étant plus un simple moyen de communication réduit à sa simple dimension locutoire, mais un instrument  d`action fortement marqué par ses fonctions illocutoires voire perlocutoire20(*).

Cela est d'autant plus avéré pour le champ politique qui est quasiment indissociable de l'exercice de la parole. D'ailleurs, du discours politique, Bourdieu nous dit qu'il est :

une pré-diction qui vise à faire advenir ce qu'elle énonce; elle contribue pratiquement à la réalité de ce qu'elle annonce par le fait de l'énoncer, de le pré-voir et de le faire pré-voir, de le rendre concevable et surtout croyable et de créer ainsi la représentation et la volonté collectives qui peuvent contribuer à la produire . (Bourdieu 1992 : p.150)

D'où la difficulté de cerner, avec précision, le concept « politique », comme le concède J.P. Gourévitch,  qui nous en fournit une définition que l'on qualifierait de « structurelle » :

La politique est un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. La politique est une recherche de contrat entre des professionnels qui réclament un accord de l'opinion sur le cap à suivre quitte à en fixer le meilleur mode de navigation, et cette opinion qui leur en délègue bon gré mal gré la détermination des modalités et du tempo tout en suivant ou en contrôlant les péripéties du parcours. (Gourévitch 1998 : p.14)

Cependant qu'un autre, comme pour réconcilier les deux pôles du concept politique, le définit comme « une lutte pour l'appropriation de signes-pouvoir. » (Bonnafous 1995 : 68)

Dès lors, le politique n'est pas simplement circonscrit aux acteurs directs que sont les responsables des partis, mais inclut aussi leurs cibles, à savoir, le citoyen-électeur et les intermédiaires constitués par les acteurs médiatiques.

2.4 Synthèse

La communication politique, comme nous venons de le constater, embrasse le vaste champ de la production des messages, de ses modes, à la fois de conception, de diffusion et d'interprétation, mais aussi des techniques de sondage et d'enquête d'opinion. Elle est indissociable du concept d'espace public.

Dès lors, nous pouvons définir la communication politique par l'ensemble des pratiques et techniques, représentationnelles et discursives, par lesquelles s'instaurent un échange et une interaction dans et entre les principales catégories de la société, à savoir les acteurs politique, les citoyens et les intermédiaires issus de l'univers médiatique, des sondages d'opinion et des firmes chargées de gérer l'image des hommes politiques.

3. SÉDUCTION

Le Dictionnaire de l'Académie Française définit la séduction de la manière suivante :

Action de suborner, de corrompre des témoins. Séduction se dit absolument de l'action de séduire une jeune fille ou une femme, de corrompre son innocence, sa vertu. Il se dit aussi de l'attrait, de l'agrément qui rend certaines choses propres à séduire.

C'est dire toute l'ambiguïté du mot qui réfère à la fois à des pratiques illégales, illicites, en même temps qu'il connote un attrait que l'on exerce ou qui s'exerce sur nous, malgré nous et sans que nous sachions pourquoi. Ce qui amène le psychanalyste Sirois à écrire :

Dans la séduction la personne détournée de son but et de sa course est menée ailleurs que là où elle se trouve ou que là où elle veut aller. Ce détournement implique une force, et s'exerce sous la motion d'un charme ou la puissance d'un attrait. (Sirois 2005)

Le côté négatif trouve son explication dans l'origine du mot qui vient du latin se-duceré signifiant « mener à part ». Toutefois, comme le précise le Dictionnaire de l'Académie, Il s'emploie absolument, surtout dans la dernière acception renvoyant à l'attrait et au charme. Par là, la séduction emprunte à la dimension ludique qui amène Baudrillard (1979 : 18), à l'interpréter « en termes de jeu, de défi, de relations duelles et de stratégies des apparences (...) ». Une dimension ludique qui exige d'elle un travail d'adaptation et d'innovation. Toutes choses qui lui confèrent, pour reprendre Baudrillard, le statut de « cérémonial souple » (1979, op.cit. : 174) par lequel toute norme préétablie peut être contournée, violée. Car c'est un univers au sein duquel « le choix de la règle vous y délivre de la loi » (1979, op. cit.  : 182)

Appliquée à la politique, nous avons du mal à partager la conviction de Baudrillard (op.cit. : 75), comme quoi « la séduction est ce qui ôte au discours son sens et le détourne de sa vérité ». Pour Baudrillard, « la stratégie de la séduction est celle du leurre ». Certes, mais nous pensons que la séduction est d'abord, et avant tout, un processus interactif entre deux actants, le séducteur et sa cible que le premier voudrait transformer en être séduit. Dès lors, dans le jeu politique comme dans la séduction, la vérité n'existe pas en soi. La vérité, dans ces deux champs, est davantage à chercher dans l'impact, avéré ou pas, sur la cible que dans le bien fondé de sa démarche.

Selon Rossignol (2002 : 238), « la séduction, si peu morale soit-elle, est une dimension fondatrice des rapports de pouvoir». Aussi, la question de la séduction est-elle prépondérante en politique. En effet, en tant que « lutte pour l'appropriation de signes-pouvoir » (Bonnafous, op.cit. : 68), la politique vise le ralliement d'un plus grand nombre afin de bénéficier de leur confiance pour exercer le pouvoir. C'est un champ marqué, par essence, par sa dimension performative.

Aussi, refusons-nous de procéder, comme Baudrillard, à cette distanciation, quasi-épistémologique, entre séduction et politique21(*). Nous pensons, au contraire, que le rapport entre politique et séduction est un rapport de connivence et de complémentarité, plutôt que d'hégémonie. En effet, autant la séduction exercée sur les électeurs peut permettre à l'homme politique d'accéder au pouvoir, autant la détention du pouvoir et l'exercice de celui-ci par la prise de décisions pertinentes et utiles, peuvent être source de séduction. Nous avons donc là une dimension spéculaire des rapports entre séduction et politique. La séduction étant source de pouvoir, le pouvoir aussi fonctionnant comme vecteur de séduction.

Si, comme l'écrit Sirois (2005), « toute séduction s'établit sur le déploiement d'un réseau de signes sensibles », séduire en politique, ne consiste pas tout simplement à convaincre par des arguments relevant du logos (logiques et rationnels). Car nous sommes à l'ère de l'homo videns. Et ce dernier, selon Pereyra (2005) :

habite le monde du spectaculaire, dominé par les célébrités (...) aussi différentes que puissent être les situations ou les cultures locales, la popularité domine le marché, l'audimat règne. Nous approchons de la fin du siècle et chaque pays du « village global » a transformé sa société en audience et sa population en téléspectateurs passifs hypnotisés par la magie du spectaculaire.

Et comme l'ont rappelé Perelman et Olbrechts-Tyteca (2002 : 23), « pour qu'une argumentation se développe, il faut, en effet, que ceux auxquels elle est destinée y prêtent quelque attention ». Ainsi, l'homme politique, sans doute tenu par la loi de l'adaptation, tente de satisfaire son public davantage porté vers l'image et le sensationnel.

Désormais, séduire, c'est aussi et surtout plaire. Plaire par une image de soi (ethos), attrayante, qui ne répugne ni au vernissage, ni au lissage par des moyens non plus discursifs uniquement, mais aussi, par un paraître, une gestuelle, voire une mise en scène à grande échelle permettant d'intégrer la nouvelle « société du spectacle » (Debord 1999).

CHAPITRE 2 : CONTEXTUALISATION ET CADRAGE

Nous ne saurions aborder les rapports entre la communication politique et la séduction, via la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck, sans pour autant éclairer le contexte dans lequel celle-ci a été faite. Contexte dont l'interaction avec les signes garantit la « valeur » de la « signification » (Klinkenberg 1996 : 311). Ainsi, nous accorderons, dans cette étude, une attention particulière au cadre institutionnel et au contexte politique.

1. CADRE INSTITUTIONNEL

En démocratie, nous avons deux grandes catégories de régimes politiques : le régime parlementaire, qui donne plus de pouvoir aux chambres des représentants du peuple, et le régime présidentiel, qui donne le primat au Chef de l'Etat et à son Gouvernement. Mais, quelque soit la nature du régime, les jeux de pouvoir varient en fonction des rapports de force entre les différentes composantes du Parlement. S'il y a coïncidence entre la majorité au Parlement et les détenteurs du pouvoir Exécutif, les problèmes sont moindres. Par contre, si les tenants de l'Exécutif sont minoritaires, ou relativement majoritaires, cette situation accroît les enjeux de pouvoir et renforce la dimension conflictuelle de la Déclaration de politique générale.

Au Sénégal, nous avons un régime présidentiel. Dans ce cadre, et contrairement au régime parlementaire intégral où le Premier ministre est l'émanation du Parlement, c'est le Chef de l'Etat qui détermine la politique de la Nation et nomme le Chef du Gouvernement chargé de la conduire22(*).

Dès lors, l'aspect confrontation de la Déclaration de Politique Générale semble, sans être absent, faible en apparence, dans la mesure où nous avons un régime présidentiel disposant d'une majorité forte à l'Assemblée. Ce qui accroît la dimension représentative et communicationnelle de la Déclaration de Politique Générale.

Aussi, ne peut-on analyser la Déclaration de politique générale sans étudier le contexte politique qui l'a induite et auquel elle doit sa raison d'être.

2. CONTEXTE POLITIQUE

La Déclaration de Politique Générale, qui est étudiée ici sous l'angle des rapports entre la communication politique et la séduction, est celle de Monsieur Idrissa Seck, militant du Parti Démocratique Sénégalais au pouvoir.

Il a été nommé Premier ministre en novembre 2002, à la suite d'événements politiques et sociaux cruciaux qui accroissent, de manière considérable, les enjeux liés à son face à face avec les députés.

Le Parti Démocratique Sénégalais est arrivé au pouvoir lors des élections présidentielles de février et mars 2000, à la faveur de la première Alternance démocratique au Sénégal, sur la base d'une large coalition politique. Dès lors, son exercice du pouvoir est d'abord caractérisé par le partage de celui-ci avec ses alliés. C'est ainsi que le poste de Premier ministre a d'abord été confié à un allié, Moustapha Niasse, de l'Alliance des forces de progrès (AFP), d'avril 2000 à mars 2001.

En mars 2001, à la veille des élections législatives, une rupture fracassante s'opère entre les deux principaux alliés de la coalition au pouvoir. Cette rupture entraîne la démission du Premier ministre Moustapha Niasse, ainsi que celle des ministres de son parti et ceux d'autres partis appartenant à sa mouvance politique. Pour gérer le Gouvernement, à moins de deux mois des élections législatives, un Premier ministre (de transition ?) est nommé. Ce Premier ministre avait deux caractéristiques principales : d'abord, c'était la première fois, dans l'histoire politique sénégalaise, qu'une femme occupait cette fonction. Ensuite, dans le contexte d'un pouvoir dans la conquête duquel les politiques ont joué un rôle décisif, avec une large coalition regroupant plus d'une dizaine de partis, le fait marquant dans cette nomination, est que le titulaire du poste est un technocrate sans aucune appartenance politique.

Le Parti Démocratique Sénégalais, chef de file de la coalition Sopi au pouvoir, remporte largement les élections législatives d'avril 2001, mais garde toujours à la tête du Gouvernement le technocrate Mame Madior Boye. Sa large victoire aux élections locales de mai 2002 achève la dynamique de conquête de toutes les instances décisionnelles. Dès lors, le moment était venu pour un exercice plus marqué du pouvoir, avec la nomination, à la tête du Gouvernement, d'un membre du parti dominant. Mais la survenue d'événements sociaux vont ralentir ce processus : il s'agit principalement du naufrage du bateau le Joola.

Le naufrage du Bateau le Joola va mettre le pouvoir dans une posture délicate qui va difficilement de pair avec un affichage démesuré de son hégémonie politique. Dès lors, le pouvoir s'efforcera d'adopter un ton et une démarche conciliateurs en appelant les sénégalais à se réunir autour de l'essentiel. Mais ce souci de consensus sera accompagné par une volonté de mieux faire face au mécontentement populaire et aux assauts d'une opposition de plus en plus confiante, en disposant d'un Premier ministre plus bagarreur, donc politique, par essence.

C'est dans ce contexte que l'on assiste à la « migration » de Monsieur Idrissa Seck, précédemment Ministre d'Etat, Directeur de Cabinet du Chef de l'Etat, à la « station » primatoriale, en novembre 2002. Sa nomination consacre la mainmise définitive des libéraux sur toutes les instances de décision du pays.

Le contexte politique surchauffé, avec d'une part, l'effritement de la Coalition au pouvoir et le renforcement de l'opposition ; d'autre part, la volonté des libéraux d'assumer, enfin, sans complexe, leur statut de leader politique incontesté, dans lequel Idrissa Seck sera appelé à la tête du Gouvernement, va conférer à sa Déclaration de Politique Générale une dimension toute nouvelle, qu'aucune de celles de ses prédécesseurs n'avait connue. D'autant que, pour la première fois depuis l'Alternance, une coïncidence parfaite a lieu entre le Chef du Gouvernement et la majorité à l'Assemblée Nationale.

Toutes choses qui vont donner à la Déclaration de Politique Générale du nouveau Premier ministre une tournure événementielle très forte. Cette tournure événementielle sera en outre favorisée par le goût prononcé du Premier ministre pour le marketing politique, d'une part, et d'autre part, par le contexte médiatique sénégalais marqué par une diversité des supports.

CONCLUSION :

La Déclaration de politique générale est un impératif constitutionnel. Son exercice est tributaire de considérations politique et sociale. De son orientation, se dégagent les grands axes devant rythmer la vie économique et sociale de la nation. Dès lors, elle interpelle, au-delà de la classe politique, toutes les composantes de la Nation. Ce faisant, elle constitue un moment phare dans un espace public qui, à la faveur de la démocratie, se veut le lieu et l'espace d'un échange entre les différentes entités qui la composent.

Avec le développement de la croyance en l'opinion publique, l'avènement, la pluralité et la généralisation des moyens d'information, la Déclaration de politique générale cesse d'être un simple face à face entre l'Exécutif et le Législatif. Elle ne sert plus seulement à décliner, discuter et retenir les grandes orientions de l'Etat. Elle devient, en même temps, le moment et le lieu d'un « grand oral » voire un « talk show » généralisé entre les acteurs politiques, avec comme arbitre, les médias et comme juge suprême le peuple.

Il s'agira alors, de plus en plus, de séduire. Une séduction qui prend essentiellement les contours de la projection stratégique d'une image de soi en phase avec les valeurs, attentes et aspirations de l'auditoire.

DEUXIÈME PARTIE :
LES RESSOURCES DE LA SÉDUCTION : L'ETHOS

INTRODUCTION :

L'univers de la séduction est des plus complexes. Souvent il nous arrive de trouver quelqu'un séduisant sans pour autant être capable de comprendre le pourquoi de cet attrait exercé sur nous. De même, le mannequin qui reçoit des hourras, l'acteur ou le chanteur dont la prestation suscite transes et émerveillements ne saisit pas toujours ce qui, dans sa démarche ou prestation, a ravi son auditoire. C'est dire que la séduction, en tant qu'action sur autrui, est un tout. Un tout composite, mélange savant, dont l'entrelacement équilibré de diverses composantes peut, seul, permettre la réalisation.

Pour Aristote, tout discours s'organise autour d'un triptyque constitué par l'ethos, le logos et le pathos. Et la séduction, qui participe de la volonté du locuteur de conquérir son auditoire, relèverait d'une rhétorique psychologique. Celle qui s'appuient sur l'ethos et le pathos.

Sans pour autant évacuer la force de l'argumentation rationnelle, renvoyant au logos, encore moins la charge émotionnelle véhiculée par le pathos, nous analyserons principalement les visées séductrices du Premier ministre Idrissa Seck, à travers le concept d'ethos. L'ethos, selon Barthes, est constitué par  

(...) les traits de caractère que l'orateur doit montrer à l'auditoire (peu importe sa sincérité) pour faire bonne impression (...) L'orateur énonce une information et en même temps il dit : je suis ceci, je ne suis pas cela. (Barthes 1966 : 212)

Ainsi, l'ethos se révèle comme une construction de l'identité d'un acteur par lui-même et par des « adjuvants ». Une construction identitaire qui s'appuie, sur la doxa, c'est-à-dire le vraisemblable, qui n'est rien d'autre que l'idée que se font les autres sur nous-mêmes. Dès lors, l'ethos s'avère des plus complexes. Il intègre, d'une part, des éléments discursifs et non discursifs. Les éléments discursifs de l'ethos renvoient au fait que le locuteur construit une image de soi à travers son discours. Il s'agit là d'une image discursive projetée, qui n'est pas forcement conforme à son moi réel. D'autre part, l'image représentée de soi peut relever de pratiques autres que discursives.

En effet, elle intègre tout ce qui

(...) contribue à émettre une image de l'orateur à destination de l'auditoire. Ton de voix, débit de la parole, choix des mots et arguments, gestes, mimiques, regard, posture, parure, etc., sont autant de signes, élocutoires et oratoires, vestimentaires et symboliques, par lesquels l'orateur donne de lui-même une image psychologique et sociologique ». (Declercq 1992 : 48)

Par ailleurs, les modalités de représentation de l'image d'un acteur peuvent être directes ou indirectes. Elles sont directes lorsqu'elles proviennent du personnage concerné, et indirectes lorsqu'elles sont portées par un autre actant que nous nommerons ici adjuvant.

Enfin, dans la sphère publique, tout individu qui prend la parole, ou qui intervient, est, bien avant même sa prise de parole, ou son intervention, investi d'un certain nombre de qualités et de défauts, d'attributs spécifiques, réels ou imaginaires.

Nous sommes là en face de représentations que l'opinion se fait de chaque acteur de la sphère publique. Cette image que l'opinion retient de l'acteur social, bien avant sa prise de parole, est ce qu'on nomme ethos préalable ou ethos prédiscursif. Dès lors, étudier l'ethos discursif d'un locuteur, revient d'abord à décrire son ethos prédiscursif qui renvoie à la doxa, c'est-à-dire la connaissance préalable que le public a du locuteur.

Ce faisant, dans cette deuxième partie consacrée aux ressources de la séduction, nous étudierons, dans le premier chapitre, l'ethos préalable de Monsieur Idrissa Seck afin de mieux voir comment cet ethos préalable subit une tentative de reconstruction, avant même la Déclaration de politique générale. D'abord, par le Premier ministre lui-même, à travers sa « démarche participative », et par l'intermédiaire de la Télévision nationale.

Dans le deuxième chapitre, nous verrons comment l'entreprise de séduction s'élabore à travers un ethos discursif, ou représentation discursive d'une image de soi attrayante, voire idéale. Une représentation de soi qui emprunte au triptyque aristotélicien repris et actualisé par la Pragmatique et les spécialistes de l'énonciation : la « pronésis » ou le bon sens, l' « areté » ou la vertu et l' « eounoïa » ou la bienveillance.

CHAPITRE 3 : L'ETHOS PREDISCURSIF

1. L'IMAGE D'IDRISSA SECK AVANT SA NOMINATION À LA PRIMATURE

Contrairement à l'ethos discursif qui renvoie à l'image que le locuteur construit dans son discours, l'ethos préalable réfère à l'image préexistante de l'acteur de la sphère publique, en l'occurrence, ici, le Premier ministre Idrissa Seck. Ce dernier, né en 1959, est un militant de longue date du Parti démocratique sénégalais dont il est le numéro deux depuis 1998. C'est en 1988 qu'il effectue une entrée dans la sphère publique, en devenant, à l'âge de 28 ans, le Directeur de campagne du candidat Abdoulaye Wade à l'élection présidentielle de février 1988. C'est ainsi, qu'après la défaite du Parti démocratique sénégalais à l'élection présidentielle de 1988, il retourne en France poursuivre des études à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris. Par la suite, il séjournera aux Etats-Unis où il travaillera comme consultant. Revenu au Sénégal, il fera partie des hommes choisis par le Secrétaire général du Parti démocratique sénégalais, Abdoulaye Wade, pour siéger dans un Gouvernement d'union nationale entre 1995 et 1998. Durant toute cette période, il n'a jamais eu de base électoral, ni de mandat électoral d'envergure nationale. Par contre, il n'a cessé d'incarner l'image du stratège surdoué, qui préfère la réflexion stratégique au sommet au militantisme à la base. C'est d'ailleurs en 1998 seulement qu'il entre véritablement dans la bataille politique à la base, en dirigeant la liste départementale de son parti lors des élections législatives dans sa ville d'origine, Thiès. Quelques mois auparavant, il bénéficie de la défection du numéro deux, de fait, de son parti, Monsieur Ousmane Ngom. Ce dernier crée sa propre formation politique en 1998, le Parti libéral sénégalais (PLS), et accusera Idrissa Seck de profiter de sa proximité avec le Secrétaire général du PDS afin de placer ses hommes à toutes les instances de pouvoir. Bien que battu par le Parti socialiste, dans sa ville natale de Thiès, Idrissa Seck n'en sera pas moins intronisé Secrétaire Général Adjoint du PDS. Aux élections présidentielles de 2000, nommé Directeur de campagne, il mettra en oeuvre une stratégie de communication novatrice inspirée du marketing politique américain bâtie autour de la « Marche bleue »23(*).

Cette élection consacre la victoire de son candidat, Abdoulaye Wade, et marque l'avènement de l'Alternance, après un règne sans partage de quarante ans du Parti socialiste. Nommé Ministre d'Etat, Directeur de cabinet du Président Abdoulaye Wade, poste qu'il commentera en disant : « j'y suis en silence et à l'abri des regards », (Sall, 2001), il assoira son pouvoir en mettant en place un réseau constitué, pour la plupart, de ses amis et fidèles partisans qui se verront nommés à des positions de pouvoir24(*). En même temps, il s'efforcera de combattre ses adversaires, aussi bien à l'intérieur du PDS25(*), qu'au sein des partis alliés26(*). Ses assauts répétés seront à l'origine de la démission du Premier ministre Moustapha Niasse27(*). Après la démission de Moustapha Niasse, Idrissa Seck demeure à son poste de Ministre d'Etat, Directeur de cabinet du Président et en profite pour consolider son pouvoir. Et ce, d'autant plus que le nouveau Premier ministre, Mame Madior Boye28(*), est un technocrate, sans appartenance, ni base politique. Après sa démission, Idrissa Seck sera nommé Premier ministre, consacrant ainsi un homme qui a toujours eu l'ambition « en bandoulière » et qui, déjà, avait inscrit sur son site Internet « I was born to be President »29(*). D'où l'image d' « homme pressé »30(*), profondément influencé par la culture américaine qui lui est accolée moins d'un mois après l'arrivée au pouvoir du Pds.

En résumé, Monsieur Idrissa Seck avait, jusqu'à sa nomination comme Premier ministre en novembre 2003, un ethos qui renvoyait à deux axes principaux. L'un, positif, faisait de lui le fidèle poulain du Chef de l'Etat, qu'il n'a jamais trahi et qui a mis son savoir-faire et son génie politique et intellectuel à la disposition du Pds pour son accession au pouvoir. L'autre, renvoie à l'homme pressé, imbu de sa personne, à la limite de la suffisance et de l'arrogance, qui n'hésite pas à exclure ou à marginaliser ses détracteurs et qui affiche un goût immodéré du pouvoir. Toutes choses qui amèneront le Premier ministre à relooker son image avant son passage devant les députés de l'Assemblée nationale. Une tentative que nous désignerons par la notion de pré-formatage de l'image de soi

2. LE PRÉ FORMATAGE DE L'IMAGE DE SOI

Le Premier ministre nouvellement élu, sans doute conscient de la perception pas des meilleures d'une partie de son ethos par l'opinion publique sénégalaise, s'attellera, avant son passage à l'hémicycle, à atténuer les aspects négatifs de son image auprès de l'opinion publique31(*). Pour ce faire, deux actes fondamentaux vont être posés. D'abord, il adopte une démarche participative afin d'être «  à l'écoute des sénégalais ». Ensuite les médias d'Etat, la Télévision notamment, seront mis à contribution afin de lisser davantage l'image du Premier ministre

2.1 Une démarche participative

Dès après sa nomination, le Premier ministre Idrissa Seck a voulu faire de sa Déclaration de politique générale le condensé des préoccupations légitimes de toutes les composantes de la Nation sénégalaise. C'est ainsi qu'il a rencontré l'essentiel des organisations socioprofessionnelles afin de les écouter dans la perspective de l'élaboration de son discours programme.

Le fait de faire précéder sa rencontre avec les élus du peuple, par l'écoute des différents segments significatifs de la Nation, peut être constitutif d'une volonté certaine de séduire. Une séduction dont le mode opératoire et les cibles sont multiples.

2.1.1 Mode opératoire

Cette visite-écoute des différents segments de la Nation relève de la démarche participative. Or, de plus en plus, la démarche participative constitue un élément méthodologique phare pour toutes actions de développement. Elle demeure même indispensable pour la plupart des projets de développement financés par les institutions internationales. Par là, le Premier ministre fait montre d'un souci de méthode et d'organisation, comme pour rappeler qu'il est consultant de profession. En outre, cette démarche participative est pour accréditer l'image d'un homme moderne, en phase avec les approches les plus novatrices de son temps.

Par ailleurs, l'esprit de la démarche participative est intimement lié au concept de démocratie. Car la démocratie, qui postule la participation de tous, à la vie de l'Etat, ne saurait être uniquement politique. Elle doit être déclinée et mise en oeuvre dans tous les domaines, y compris l'économie, la santé, l'éducation etc. Ce faisant, avant de tracer les grands axes devant régir la politique du Gouvernement, le fait d'écouter les différentes composantes de la Nation revient à donner à ces dernières et à leurs représentants, l`impression que le programme décliné devant l'Assemblée Nationale est l'émanation de tous. Ce qui permet d'en faciliter la réception, voire l'appropriation.

En inscrivant sa démarche au coeur d'une préoccupation démocratique, le Premier ministre renvoie l'image rassurante d'un homme ouvert, non suffisant, et soucieux de prendre en compte les besoins de tous, laissant ainsi son image se refléter à travers le miroir démocratique.

Ce qui n'est pas sans mettre les cibles de la séduction dans une posture d'écoute favorable.

2.1.2 Les cibles

La démarche participative vise trois cibles principales : le peuple, les députés de la majorité, les députés de l'opposition et les partenaires de l'Etat. En effet, bien que le Premier ministre s'adresse aux députés, il faut préciser que son passage à l'Assemblée nationale, qui fait des députés la composante principale de son auditoire, doit être considéré comme un trope communicationnel. En effet, il y a trope communicationnel:

(...) chaque fois que s'opère, sous la pression du contexte, un renversement de la hiérarchie normal des destinataires ; c'est-à-dire, chaque fois que le destinataire qui, en vertu des indices d'allocution fait en principe figure de destinataire direct, ne constitue en fait qu'un destinataire secondaire, cependant que le véritable allocutaire, c'est en réalité celui qui a en apparence statut de destinataire indirect. (Dragomirescu 1999 :88) 

C'est ainsi qu'au-delà des députés, la Déclaration de politique générale constitue une vitrine pour le Premier ministre afin de présenter indirectement au Peuple mais aussi aux partenaires, sa vision politique. Car c'est aux électeurs, qui constituent, en définitive l'unique instance de validation des projets politiques et éventuellement, aux partenaires institutionnels, que le message est destiné, d'autant que le caractère partisan de l'Assemblée nationale dominée par la coalition au pouvoir, ne laissait présager aucune résistance fondamentale.

2.2 Un déblayage médiatique

La Déclaration de politique générale de février 2003 survient dans un contexte marqué par un attrait considérable pour les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, une floraison de supports médiatiques, et un penchant élevé du Premier ministre pour tout ce qui concerne les médias et la communication.

C'est ainsi que la Déclaration de politique générale sera élevée au rang de véritable

événement32(*). Car, à côté de la Télévision Nationale, trois radios33(*) à forte audience ont couvert l'événement avec des directs de plus de cinq heures de temps précédés et suivis de reportages, d'analyses et de débats.

C'est dire la dimension éminemment événementielle conférée à la Déclaration de politique générale. Et si

le propre de l'événement moderne est de se dérouler sur une scène immédiatement publique, de n'être jamais sans reporter-spectateur, ni spectateur-reporter, d'être vu se faisant (...) d'où cette impression de fête que la société se donne à elle-même à travers le grand événement  (Nora 1986 : 295),

il n'en demeure pas moins, qu'à cause de sa dimension spectaculaire même, l'événement est d'abord une entreprise de construction, de façonnage34(*) de l'actualité de la part des principaux acteurs. Dans le cas de la Déclaration de politique générale, ces acteurs sont essentiellement constitués par le Premier Ministre, ses collaborateurs et la presse. Or, qui dit construction, dit formatage et assignation d'un sens à l'actualité, présentée et représentée.

C'est ainsi que la construction médiatique de la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck en fera un véritable événement. Nous nous intéresserons ici à la manière particulière dont cet événement est construit, en amont, par les médias, notamment la télévision.

2.2.1 Dispositif de mise en scène télévisuelle

La Télévision Nationale a mis en place un dispositif spécial pour couvrir la Déclaration de politique générale. Ce dispositif repose essentiellement, avant le démarrage réel de la Déclaration de politique générale, sur la combinaison d'un système articulé autour d'une dimension spatio-temporelle. En effet, la base de ce dispositif est un studio, situé à la RTS, au sein duquel sont installés des journalistes- présentateurs. Ces derniers ont la charge d'organiser la mise en scène globale liée à l'avant événement.

A partir de cet espace fixe qu'est le studio, nous assistons à des déplacements spatio-temporels de l'information. Le studio joue ici la fonction d'embrayeur spatio-temporel dans la mesure où c'est à partir de là que s'opèrent les choix. C'est ainsi que la couverture en directe est ponctuée par des incises spatiales et temporelles.

Les incises spatiales sont principalement constituées par les reportages, toujours en direct, de l'équipe présente à l'Assemblée nationale. Celle-ci est chargée de la présentation du lieu devant abriter le débat, de nous faire découvrir l'ambiance qui y règne, et de nous montrer les différentes évolutions (arrivée de personnalités, animation etc.).

Cette séquence, qui s'inscrit dans l'ordre du direct, se clôt temporairement, avec une reprise en main de la part du studio qui procède alors à des commentaires, analyses, et diffusions d'informations nouvelles.

Les incises temporelles sont constituées par une série de reportages centrés sur l'événement, avec un focus sur la personne du Premier ministre intitulée « Pleins feux sur ».

Dès lors, le téléspectateur est tenu en haleine jusqu'au moment ultime qu'est l'entame de la Déclaration de politique générale. Une occupation du spectateur qui servira de support à une entreprise de légitimation du Premier ministre.

2.2.2 Processus de légitimation

Cette médiatisation exceptionnelle permet, non seulement de tenir en haleine les téléspectateurs, mais va au-delà, en ce qu'elle met en évidence, dans son format, autant que dans son fond, un processus de légitimation du futur locuteur. Ce processus de légitimation s'appuie sur des mécanismes de polissage de l'image de marque du Premier ministre, et des mécanismes de conditionnement de l'auditoire.

2.2.2.1 Mécanismes de polissage

Le polissage de l'image du Premier ministre, par l'intermédiaire de la télévision, peut s'analyser au moyen du concept d'effet de cadrage. L'effet de cadrage présente, selon Gerstlé,  deux aspects :

D'une part, la construction médiatique de l'information contribue à sa configuration publique (...) D'autre part, la construction médiatique oriente l'imputation publique, l'attribution causale du problème. (Gerstlé 1999 : 24)

Ainsi, le matraquage médiatique dont la Déclaration de politique a fait l'objet, l'érige, non seulement au rang d'événement, mais l'intensité dont elle a bénéficié, des semaines avant son début, cache mal le souci, pour les médias en général, ceux du service public en particulier, d'en faire une source d'enjeux qui s'explique difficilement. En effet, les conditions de sa banalisation ne manquaient guère. C'était d`abord la troisième Déclaration de politique générale d'un Premier ministre en moins de trois ans.35(*) Ensuite, la configuration de l'Assemblée nationale, fortement dominée par la coalition d'origine du Premier ministre, ne laissait aucun doute sur l'approbation de sa « feuille de route ».

La seule nouveauté, c'était celui qui allait faire la déclaration, à savoir Idrissa Seck lui-même. En témoigne le fait qu'aucune Déclaration de politique générale avant, et même après la sienne, n'a reçu un tel traitement de la part des médias.

En outre, il est à souligner que les reportages à propos de l'événement sont davantage centrés sur la personne du Premier ministre que sur les deux institutions (l'Exécutif et le Législatif) auxquelles l'événement est redevable. En effet, la page spéciale d'avant événement est en majorité consacrée à Monsieur Idrissa Seck intui personæ. Il en est ainsi de la séquence portant sur son enfance, son parcours scolaire des plus « brillants », des témoignages de ceux qui l'ont connu avant etc.

En résumé, nous pouvons retenir, premièrement, que l'effet de cadrage confère à la Déclaration de politique générale un enjeu objectivement peu justifié, et qu'il essaie de justifier, en la présentant comme tel aux yeux de l'opinion publique. Deuxièmement, l'effet de cadrage oriente « l'imputation publique », l' « attribution causale » de cet enjeu sur la personne de Idrissa Seck. L'impression générale qui se dégage, c'est le primat de l'acteur sur l'action ; la prééminence de l'agent du rituel sur le rituel lui-même. Toutes choses qui se confirment au vu du processus de légitimation dont a bénéficié le Premier ministre tout au long de l'émission spéciale.

2.2.2.2 Mécanismes de conditionnement

Nous assistons, par le biais du discours télévisuel, à une tentative de conditionnement du public au profit du Premier ministre Idrissa Seck. Plusieurs séquences en attestent.

D`abord, le passage consacré à l'enfance du Premier ministre avec, notamment, les témoignages à son endroit lors desquels on insiste sur son apprentissage coranique couronnée de succès. Le choix des mots met l'accent sur la performance ainsi accomplie. Car en lieu et place d'une « maîtrise du coran », le journaliste parle de « sa parfaite maîtrise des 6666 versets coraniques sans faillir ». Le syntagme nominal « parfaite  maîtrise » s'avère une construction pléonastique. En outre, l'antéposition de l'adjectif qualificatif « parfaite » véhicule l'idée d'une intelligence hors pair. Cette idée est renforcée par le souci de la précision, avec le choix remarqué et remarquable de l'adjectif numéral cardinal « 6666 ».

Dans une société laïque et pourtant fortement encrée dans le religieux, cette séquence est un clin d'oeil lancé aux sénégalais qui sont majoritairement musulmans. Elle pose les jalons d'un contrat moral entre un Premier ministre au fait de la morale religieuse et un peuple majoritairement croyant.

Une deuxième séquence viendra compléter ce tableau. Elle tente de mettre l'accent sur l'équilibre de l'homme qui, certes, peut compter sur ses connaissances religieuses pour s'astreindre à une gestion orthodoxe juste et équitable des affaires de la Cité, mais saura surtout s'appuyer sur son savoir et son savoir-faire d`éternel premier de la classe. Pour ce faire, rien de tel que d'interviewer ses anciens professeurs, à l'image d'un responsable du Collège Saint Gabriel, où le Premier ministre à fait une partie de son cursus scolaire, qui dira : « il tenait toujours à être le 1er de sa classe ». Cette phrase est en elle-même remplie de sens. Elle renseigne sur l'intelligence du concerné, mais met surtout l'accent sur sa volonté, pour ne pas dire sa soif, de leadership. Et comme si le discours à lui seul ne suffisait pas, on fait appel à la preuve, en exhibant le registre scolaire dans lequel sont consignées les notes de l'élève.

Ainsi se profile, déjà, quelques uns des éléments structurants sur lesquels va jouer le Premier ministre : le savoir et la vertu. Or ces deux composantes ne sont-elles pas les attributs principaux du philosophe-roi ?

Un troisième axe sera exploré, celui des hauts faits d'armes du premier ministre que le commentateur rappellera en partant de son statut de « jeune directeur de campagne » en 1988 à celle d' « éminence grise du PDS ». 

Mais le travail de légitimation ne se résume pas uniquement à la mise en valeur des côtés « positifs » du concerné. Il est aussi déconstruction et réfutation des représentations négatives dont souffrirait l'image du Premier ministre et dont la plus récurrente est celle d'un homme suffisant, trop imbu de sa personne. Pour détruire cette image, un des reporters rappellera la démarche participative du Premier ministre qui a pris le soin de rencontrer l'ensemble des composantes de la société. Une façon de démontrer son ouverture d`esprit, son sens de l'écoute et sa disponibilité.

Cette nécessité d'être à l'écoute du peuple est légitimée par le reportage, sous forme de micro-trottoir, par lequel la parole est donnée aux citoyens par la télévision, afin qu'ils expriment leurs besoins.

Une quatrième séquence, plus intime, se déroule au domicile même du Premier ministre. Le téléspectateur peut ainsi avoir une idée de la maison, de son goût etc. Le reporter décide d'interviewer un jeune garçon, fils du Premier ministre. Au journaliste lui demandant s'il savait ce à quoi va se livrer son père, il répond : « oui, il va prononcer son discours à l'Assemblée Nationale ; je l'ai félicité et encouragé ».

Cette immixtion dans le cercle intime du Premier ministre met à nu l'effacement des frontières entre sphère publique et sphère privée. Elle participe d'une volonté manifeste d`actionner la fibre familiale, donc sentimentale, par l'intermédiaire d'un fils proche et complice de son père.

Un autre axe de légitimation est celui tendant à justifier la place de choix occupée par le Premier ministre auprès du Chef de l'Etat. Les commentaires des journalistes à ce propos sont fort évocateurs : « un Premier ministre en phase avec le Chef de l'Etat » ; « un chef d'orchestre d'une musique dirigée par le Chef de l'Etat » etc.

Le processus de légitimation de la part de la télévision va s'accompagner d'une mise en scène de l'événement à travers le choix dans le cadrage, la sélection de certaines séquences particulières au détriment d'autres. L'entrée du Premier ministre offre un aperçu pertinent de cette mise en scène télévisuelle. Ainsi, peu avant le début de la déclaration, la télévision nous a fait vivre l'entrée en scène du Chef du Gouvernement. Les images de la télévision insistent particulièrement sur l'animation folklorique, les chants et cris à la gloire du Premier ministre de la part de militants présents, pour certains, depuis la veille. L'accent est mis sur les pancartes portant des slogans favorables au parti au pouvoir et au Premier ministre. De même, les images s'attardent sur le port vestimentaire des militants présents. Certains d'entre eux portent des tee-shirts à l'effigie du Premier ministre Idrissa Seck et aux couleurs du PDS (le bleu et le jaune), couleurs que l'on retrouve, en partie, dans le port vestimentaire du Premier ministre. En effet, il est habillé d'un costume sombre à cheval entre le noir et le bleu de nuit, qui n'est pas sans faire penser à la couleur principale du Pds, le bleu. Ainsi, l'impression d'une fusion totale entre les trois entités que sont le Premier ministre, le parti et les militants est donnée. Cette impression de fusion est renforcée par l'image, en gros plan, du Premier ministre sacrifiant au rituel consistant à saluer les militants en levant de temps à autres les bras et en leur gratifiant d'un sourire en signe de satisfaction et de sérénité. A cela, répond simultanément l'image d'une foule aux anges. La restitution de cette entrée « fracassante » de Idrissa Seck est en phase avec l'événement qui consacre, d'une part, le triomphe du Parti démocratique sénégalais, par la présence de ses responsables à toutes les stations de pouvoir, et d'autre part l'ascension d'un homme présenté comme providentiel.

L'entrée en scène est capitale dans une entreprise de séduction. Elle permet à l'acteur politique de donner la première impression à son auditoire. C'est pourquoi tout est mis à contribution : sourires, bras levés, remerciements, démarche etc. En outre, c'est tout le sens de la mobilisation des militants dont le rôle est de « chauffer la salle », d'encourager leur leader, d`intimider éventuellement ses détracteurs et d'influencer l'opinion publique.

Toutes choses qui confirment l'affirmation selon laquelle :

La matière première d'une information ......n'est jamais, malgré une idée reçue, une réalité quelconque, mais des mots, toujours, une matière langagière, des représentations que les acteurs sociaux ont préalablement élaborées, ce qui permet de voir dans l'information le miroir, la scène ou l'écran (selon les variables des chercheurs) où s'élabore le sens, négocié sans cesse par lesdits agents sociaux. (Tétu 1993 : 715)

CHAPITRE 4 : L'ETHOS DISCURSIF OU IMAGE DE SOI

Dans le chapitre précédent, nous avons analysé quelques éléments de l'ethos prédiscursif. Dans le présent chapitre, nous nous efforcerons d'étudier l'ethos discursif ou l'image de soi, telle qu'elle se développe à travers la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck. La pluralité des conceptions de l'ethos et les confusions qui peuvent en découler, nécessitent, d'une part, que nous fassions un rappel historique de la notion d'ethos. D'autre part, nous préciserons la conception de l'ethos que nous partageons et qui nous sert ici d'outil d'analyse.

La notion d'ethos est, à la fois, très ancienne et très complexe. Elle a été mise en valeur par Aristote dans sa Rhétorique. Dans le système rhétorique d'Aristote, l'ethos constitue, avec le logos et le pathos, le triptyque autour duquel s'appuie et se déploie la persuasion. L'ethos renvoie à l'image du locuteur ; le logos représente l'appel à la raison par le moyen d'arguments rationnels ; tandis que le pathos réfère aux procédés rhétoriques qui ont pour objectif de toucher les passions de l'auditoire. Il s'agit là, comme l'a si bien compris Jean Michel Adam, de « trois pôles plus complémentaires que concurrents de tout mouvement argumentatif (...) ». Ainsi que le suggère le schéma (Adam 1999 : 102) suivant :





LOGOS

ETHOS

PATHOS

ARGU-

MENTATION

L'ethos est décrit par Aristote dans la Rhétorique (II, 1378a 6), comme étant ce par quoi les orateurs inspirent confiance. Ekkehard Eggs traduit ce passage de la manière suivante :

Les orateurs inspirent confiance (a) si leurs arguments et leurs conseils sont compétents et raisonnables, (b) s'ils argumentent honnêtement et sincèrement, et (c) s'ils sont solidaires et aimables envers leurs auditeurs. (Eggs 1999 : 35-36)

Ces trois éléments constitutifs de l'ethos qu'Aristote nomme phronésis (pensée, raison, intelligence), arèté (honneur, vertu, courage) et eunoia (bienveillance, complicité, sympathie), Roland Barthes les a résumés de fort belle manière : « Pendant qu'il parle et déroule le protocole des preuves logiques, l'orateur doit également dire sans cesse: suivez-moi (phronésis), estimez-moi (arèté) et aimez-moi (eunoia) » (Barthes 1985 : 125-126). Ce sont ces trois qualités de l'énonciateur ou du locuteur qui sous-tendent et bâtissent l'image que ses auditeurs ou co-énonciataires se font de lui. Cette image de soi a été, bien des fois, confondue avec l'image réelle du locuteur36(*). Il s'agit plutôt de l'image de soi telle qu'elle se constitue par et à travers le discours. En effet, nous convenons, avec Dominique Maingueneau, que « l'ethos se déploie sur le registre du « montré » et éventuellement, sur celui du « dit » ». Et que son efficacité est à chercher dans le fait « qu'il enveloppe en quelque sorte l'énoncé sans être explicité dans l'énonciation » (Maingueneau 1999 : 77). Dans cette même lancée, Ruth Amossy soutiendra qu' « (...) il n`est pas nécessaire que le locuteur trace son portrait, détaille ses qualités, ni même qu'il parle explicitement de lui. » En effet, poursuit Amossy, son « style, ses compétences langagières et encyclopédiques, ses croyances implicites suffisent à donner une représentation de sa personne » (Amossy 1999 : 9).

De manière plus nette, Oswald Ducrot précise :

Il ne s'agit pas des affirmations flatteuses que l'orateur peut faire sur sa propre personne dans le contenu de son discours, affirmation qui risque au contraire de heurter l'auditoire, mais de l'apparence que lui confèrent le débit, l'intonation, chaleureuse ou sévère, le choix des mots, des arguments... (Ducrot 1984 : 201)

Cet éclairage historique et conceptuel de la notion d'ethos, nous permet de préciser l'orientation méthodologique de notre recherche. Il ne s'agit pas pour nous, ici, de dire, comment est le Premier ministre. Nous nous proposons simplement de voir quelle image de lui reflète son discours à l'occasion de la Déclaration de politique générale.

1. LA « PHRONESIS »

Aristote (Rhétorique I, 1366 a 20) considère que la phronésis (raison pratique) est une bonne disposition intellectuelle qui rend capable de bien délibérer sur les biens et les maux [...] en vue du bonheur. Cette bonne disposition pratique renvoie au bon sens de la démarche et donc de sa cohérence et de sa pertinence. Nous étudierons donc la phronésis sous l'angle de la méthode et de la démarche adoptée par le Premier ministre Idrissa Seck.

Dans sa Déclaration de politique générale, le Premier ministre fait preuve d'un esprit de méthode, autant dans la manière de gérer les affaires de la Cité, que dans la manière de décliner son programme. Nous avons donc là une double méthode aussi bien dans les propos que dans les actions.

La méthode dans les propos renvoie à l'organisation et à la clarté du discours. C'est une méthode à la fois classique et novatrice qui permet à l'auditoire de bien s'imprégner du discours qu'on lui sert.

La méthode est classique en ce sens que la Déclaration de politique générale obéit aux grands principes rhétoriques. En effet, elle comporte une introduction ou exorde, un développement et une conclusion.

Dans l'exorde, le Premier ministre justifie d'abord son face-à-face avec les députés :

Le Peuple, souverain dans ses décisions, vous a assigné la mission d'être le médium honoré par lequel je lui présente humblement, aujourd'hui, ma feuille de route devant conduire à la prise en charge efficace de ses attentes, donnant ainsi corps à la politique de la nation définie par le président de la République. (Seck 2003 : 5)

Dès lors, le Premier ministre fait de la Déclaration de politique générale, un des temps forts de la démocratie, en ce sens qu'elle est le moment d'une rencontre avec le Peuple dont il est le serviteur. Mais à la suite de cette évocation générale, le Premier ministre contextualise sa Déclaration de politique générale. Pour ce faire, il l'inscrit comme la suite logique des actions qu'il a toujours menées au profit du peuple sénégalais. C'est donc une « nouvelle mission » (Seck 2003 : 5) qui vient à la suite d'une mission précédente consistant à faire accéder son parti au pouvoir.

Une nouvelle mission d'autant plus difficile qu'elle intervient à la suite de « récentes épreuves » (op.cit. : 5) dont la plus actuelle est constituée par le naufrage du bateau le Joola. Le Premier ministre prend le soin de procéder à une présentation élogieuse du bilan, à mi-parcours, de l'Alternance, avant d'aborder la question du naufrage du bateau le Joola. Cet élan de bonheur des débuts de l'Alternance, momentanément interrompu par le drame du naufrage, permet au Premier ministre de donner à son discours-programme les contours d'une reprise en main de la situation difficile qu'il a trouvé sur place : « Au-delà des épreuves, Il nous faudra être forts pour reprendre notre marche » (Seck 2003 : 5).

A la suite de l'exorde, le Premier ministre décline son programme. Une déclinaison qui sera axée autour de dix principaux points : le « monde rural » (Seck 2003 : 10-14), l' « éducation » (Seck 2003 : 14-16), la « santé » (Seck 2003 : 16-17), l' « emploi » (Seck 2003 : 17-19), l' « électricité » (Seck 2003 : 21-22), les « jeunes » (Seck 2003 : 22-23), les femmes (Seck 2003 : 23), les « anciens » (Seck 2003 : 23-24) , la « sécurité » (Seck 2003 : 24-26) et la « décentralisation » (Seck 2003 : 27).

Le Premier ministre clôt son discours par un pari sur l'homme qui nécessite une plus grande responsabilité individuelle et collective.

En plus de son côté classique, la Déclaration de politique générale innove à plus d'un titre. En effet, le Premier ministre refuse de se conformer à la tradition :

A la place des traditionnelles formules qui nous donnent des taux et des indices, j'aurai recours à des oeuvres d'art comme paradigme de présentation du programme de mon Gouvernement. (Seck 2003 : 9) 

Cette préférence pour l'image, au détriment des chiffres, pourrait renvoyer à une volonté de se rapprocher de son auditoire, par la dimension affective et symbolique de l'image, opposée au caractère souvent abstrait des chiffres. D'où le recours à un support visuel à l'aide d'images et de cartes projetées sur des écrans placés aux quatre coins de l'hémicycle. De la sorte, le Premier ministre confère à sa Déclaration une dimension didactique et pédagogique. Ce souci didactique et pédagogique s'appuyant sur le symbole de l'image prend davantage corps avec l'utilisation de deux personnages allégoriques tirés du milieu artistique et social sénégalais, Goor et Ndioublang, qui symbolisent, le premier, l'axe du bien, le second, l'axe du mal.

2. L' « ARETÉ » OU L'IMAGE DE L'HOMME VERTUEUX

Nous étudierons la manifestation de l'areté dans la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck à l'aune de l'une de ses principales significations : la vertu. Il s'agira de voir comment, à partir de l'énoncé, se profile l'image d'un homme vertueux. Le caractère vertueux du locuteur prend appui sur le discours lui-même, à travers le choix des mots, des assertions et socles de l'argumentation. Mais le caractère vertueux ne se limite pas seulement aux mots et arguments. Il intègre aussi leur mode de déclinaison à savoir, la posture du corps, le débit, l'intonation et la gestuelle.

Par image de soi, comme précisé plus haut, nous entendons moins l'image réelle du locuteur que celle qui transparaît dans et pendant son discours. En outre, il ne s 'agit pas des passages où le locuteur se définirait directement, mais plutôt de l'impression qu'il dégage à partir de ses prises de positions, pratiques et attitudes lors de son discours. Ainsi, il s'agit de voir en quoi le contenu discursif et son mode de déclinaison projettent une image vertueuse du locuteur. C'est donc une vertu projetée en direction de l'auditoire. Dans sa Déclaration de politique générale, un certain nombre de représentations, d'actions et d'affirmations participent à conférer au Premier ministre une image vertueuse à travers une tentative d'incarnation et d'affichage de valeurs supposées relever de la vertu comme la foi, le sens de la justice, l'humilité et la sincérité, entre autres.

2.1 L'homme de foi

Dans sa Déclaration de politique générale, le Premier ministre projette l'ethos d'un homme de foi, profondément croyant. L'image de l'homme de foi apparaît dès la deuxième phrase de son discours : « Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, Honorables députés, notre Constitution, dès son article premier, invite le peuple à marcher vers son But, et avec Foi » (Seck 2003 : 5). Cet ethos de l'homme de foi est d'autant plus important que son auditoire, à savoir le peuple sénégalais, est composé, à plus de 95 %, de croyants, musulmans et chrétiens confondus. Une réalité dont semble pleinement conscient le Premier ministre Idrissa Seck. En effet, en rappelant, en dépit de la nature laïque du régime politique sénégalais, la présence du terme « foi » dans la loi fondamentale du Sénégal, il justifie, de la sorte, l'importance éventuelle de la foi dans son discours et dans ses actes. Mieux, le texte constitutionnel, qui lui sert de moyen de légitimation, sera, supplée au fur et à mesure que le discours se déploie, par un autre texte, religieux cette fois-ci, le Coran. C'est ainsi qu'à plusieurs reprises, le Premier ministre invoque le texte de base de la religion musulmane pour étayer ou légitimer ses propos. Il en est ainsi lorsqu'il fait appelle à l'ensemble des membres de la société pour le développement du Sénégal:

(...) la sagesse nous enseigne que la réalisation des grands desseins requiert la mobilisation de toutes les forces, au-delà de celles qui détiennent le commandement; et l'Ecriture nous le rappelle en ces termes : «Tu t'épuiseras toi-même, et tu épuiseras ce peuple qui est avec toi; car la chose est au-dessus de tes seules forces, tu ne pourras pas y suffire seul. (Seck 2003 : 8) 

L'invocation de versets coraniques ne sert pas seulement d'ornements ou de citations simplement plaquées. Le Premier ministre apparaît comme un individu qui voudrait que la foi et les enseignements de Dieu soient la base de toutes ses actions comme il le soutient d'ailleurs de manière très évidente :

C'est donc pour me conformer à cette invite divine que j'en appellerai à un partage juste, équilibré, et pertinent des charges liées à notre mission gouvernementale. (Seck 2003 : 8)

Le Premier ministre semble tellement convaincu de l'importance de la foi qu'il ne se contente pas d'en faire le fil conducteur de ses actions et propos. Il va jusqu'à postuler un comportement collectif conforme aux enseignements divins qui serait la condition sine quoi none du développement du pays:

C'est donc pour le bien de ce Sénégal nouveau que je souhaite, Monsieur le Président, Honorables Députés, méditer avec vous et le Peuple Sénégalais cette parole : «Je ne modifie pas l'état d'un peuple sans que celui-ci ne change ce qui est en lui-même37(*). (Seck 2003 : 28) 

La foi du Premier ministre transparaît aussi à travers les remerciements et les demandes d'aide adressés à Dieu pour le succès obtenu ou escompté. Ce faisant, il renvoie l'image d'un homme croyant conscient que sa seule compétence ne saurait lui garantir la réussite dans les actions entreprises. Une réussite qui est totalement dépendante de la volonté divine :

Je convoite de Dieu une victoire éclatante dans cette nouvelle mission, à l'image de celle dont il m'a gratifié lors de la première. (Seck 2003 : 5) 

Par cette attitude, le Premier ministre se conforme à l'adage qui voudrait que « l'homme propose et Dieu dispose ». Car le croyant considère que la vraie puissance est divine. Par conséquent, la volonté de puissance, chez l'homme, n'est rien d'autre qu'une intention de puissance qui devrait être validée ou invalidée par Dieu. C'est d'ailleurs tout le sens de la dernière phrase de la Déclaration de politique générale du Premier ministre :

Enfin, j'accompagnerai, par mon intention, dans la nuit et la solitude de sa proximité avec Dieu, l'homme pur qui prie pour un Sénégal de paix, de réussite et de prospérité. (Seck 2003 : 28)

La Déclaration de politique générale est, par essence, pragmatique et performatif car censée faire le bilan des actions entreprises et esquisser les réalisations à venir. En la clôturant par « l'intention d'une intention »38(*), le Premier ministre réaffirme, de la sorte, son ancrage au coeur de la foi et de la religion. Une foi et une religion qui font que l'homme, même investi de pouvoirs, s'en remet à une instance suprême : Dieu. Et c'est tout le sens de la place accordée, à la fin, à la prière et à ce qui conditionne sa pratique, à savoir la pureté39(*).

La foi se révèle, en définitive, comme le socle de l'ethos du Premier ministre Idrissa Seck. Un socle qui exige, pour être valide, l'observation de certaines règles et l'adoption de certaines attitudes qui, sans elles, risquent de rendre caduque cette foi affichée. Parmi ces règles et attitudes, nous avons, entre autres, la justice et l'humilité.

2.2 Le juste

L'image de l'homme juste transparaît à maintes reprises dans la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck. Une justice qui prend des contours à la fois économiques et sociaux.

Le symbole de la justice est la balance, qui réfère à l'équilibre et à l'équité. Deux préoccupations fortement représentées dans le discours du Premier ministre. Le sens de l'équilibre apparaît à travers le partage prôné des responsabilités entre les détenteurs du « commandement » (Seck 2003 : 8) et les autres franges de la société. Cet équilibre décisionnel reprend l'impératif d'une gestion concertée telle qu'édictée en démocratie et auquel le Premier ministre veut se conformer:

(...) j'en appellerai à un partage juste, équilibré, et pertinent des charges liées à notre mission gouvernementale. Il faudra une mobilisation de tous les segments de notre société pour accroître nos chances de succès. (Seck 2003 : 8) 

L'équilibre se transforme rapidement en équité. Une équité sociale qui commande aux décideurs de veiller aux intérêts de tous, en garantissant les droits de chacun tout en protégeant les plus faibles :

Il (le programme du Gouvernement) vise à offrir à l'adulte le cadre optimal d'éclosion de ses talents, et à organiser pour l'Ancien, une vieillesse honorable, au moyen d'un système viable de retraite. (Seck 2003 : 9)

La justice dépasse le cadre de l'équité sociale pour englober la solidarité qui recommande, non seulement la protection des plus faibles, mais aussi le secours et l'assistance aux démunis. C'est pourquoi le programme du Gouvernement « vise aussi, le cas échéant, à prêter à tous, la chaude couverture de notre solidarité nationale » (op.cit. : 9).

Mais la justice n'est pas uniquement d'ordre économique. Elle emprunte aussi les contours de la coercition par la répression et la sanction des fautifs. D'où la multiplication d'actes menaçants dans son discours comme manifestation d'une rigueur sans failles dans sa quête de justice. Une mise en oeuvre de la justice qui arbore les allures d'une dualité entre le Bien et le Mal par laquelle sont encouragés les auteurs de bonnes actions tandis que ceux coupables de pratiques interdites seront punis :

Au-delà du rire que déclenche cette évocation, chacun d'entre nous devra choisir en toute responsabilité son identité, car je suis décidé à aider Goor et à combattre Ndioublang. (Seck 2003 : 10)

Dans cette croisade contre le mal, l'équité se veut pleine et entière. C'est ainsi que le Premier ministre s'engage à mettre tout le monde sur le même pied d'égalité par rapport à la justice. Car, soutient-il, « que Ndioublang soit un grand dignitaire de l'Etat ou un revendeur de cassette piratée, il sera combattu ». De même, à propos des audits40(*), il s'engage à faire de telle sorte qu'ils se déroulent dans des conditions qui ne souffrent d'aucune manipulation :

Je tiens, cependant, à dire solennellement, sans être en mesure de révéler des secrets d'instruction, que l'appartenance politique n'a soustrait et ne soustraira personne aux rigueurs de la Loi. (op.cit. : 10)

Conscient que la justesse des décisions, à elle seule, ne saurait les rendre opérationnelles, le Premier ministre affiche sa ferme volonté de mettre en oeuvre un certain nombre de pratiques qui permettent à la justice d'être effective. D'où l'invocation des notions de « transparence », de « responsabilité » et de « bonne gouvernance » (op.cit. : 10), qui requièrent l'application de mesures hardies à l'image de la «politique active de lutte contre la corruption ». Une volonté de lutter contre la corruption qui ne se limite pas à une profession de foi mais qui se donne les moyens de son opérationnalité :

Pour cela, j'attache la plus grande importance à une mise en oeuvre rigoureuse du nouveau code des marchés publics. Ce code prévoit que le principe en matière de marché est l'appel d'offre, c'est-à-dire la transparence et l'égalité des chances de tous les candidats. J'entends faire en sorte que désormais la plus grande part des marchés publics soit passée sur ces bases. Les marchés de gré à gré doivent devenir l'exception limitée aux seuls cas visés dans le code. Il est en outre prévu, dans les prochaines semaines, l'adoption d'un texte réglementaire instituant un Conseil de la bonne gouvernance et de lutte contre la corruption. (Seck 2003 : 10)

Le symbole de la balance, qui réfère à la justice, se manifeste aussi à travers la distribution même de la justice. Celle-ci se voulant en amont et en aval de la société. C'est ainsi que nous avons la manifestation de la justice comme moyen d'atténuation d'un drame, comme c'est le cas par rapport à la gestion de la tragédie liée au naufrage du bateau le Joola :

La nature et la complexité de la tâche nous imposent vigilance et rigueur afin qu'aucune injustice ne vienne alourdir la charge émotionnelle de cette douloureuse tragédie collective. (Seck 2003 : 6)

De même, nous avons une idée de la justice comme mode de définition de la bonne voie, à travers une approche moralisatrice et éducative :

Le meilleur outil de lutte contre la pauvreté demeure l'accès à un revenu décent. Je ne connais que trois voies d'accès, au revenu : une qui anoblit: le travail, une qui assujettit : l'aide, une qui avilit: le vol. (Seck 2003 : 18)

Dans la Déclaration de politique générale, l'ethos d'homme juste, affiché par le Premier ministre, s'étoffe par le fait que les éléments abordés sous l'angle de la justice portent sur des questions de principe qui sont naturellement source de consensus, difficilement contestables au risque de se faire marginaliser, voire discréditer, pour celui qui le tenterait. L'ethos de l'homme juste est d'autant plus acceptable que celui qui s'érige en justicier refuse de passer pour un être autoritaire, qui abuserait de ses pouvoirs. C'est ainsi que se déploie, à travers le discours, l'image d'un individu modeste et humble qui ne se laisse pas emporter par les volutes du pouvoir.

2.3 L'homme humble

Le sens de l'humilité de la part du Premier ministre s'incarne à travers deux axes : la reconnaissance du mérite d'autrui et ce qu'on pourrait appeler le profil bas du locuteur.

Le Premier ministre, dans son discours, s'efforce de reconnaître et d'accepter le mérite des autres. Cette reconnaissance du mérite de l'autre est conforme à l'ethos d'homme de foi vertueux et juste qu'elle prolonge et amplifie. Reconnaître le mérite intrinsèque de l'autre, ou accepter qu'autrui a joué, joue ou jouera un rôle important dans notre propre succès, c'est, dans une certaine mesure, amoindrir notre mérite personnel. C'est ainsi que le Premier ministre remercie Dieu de l'avoir aidé à réussir ses missions. Mieux, il invoque son secours pour garantir le succès de ses différentes actions :

Je convoite de Dieu une victoire éclatante dans cette nouvelle mission, à l'image de celle dont il m'a gratifié lors de la première. (Seck 2003 : 5)

En demandant le soutien de Dieu, pour la réussite dans les actions républicaines, donc laïques par essence, qu'il entreprend, le Premier ministre prend le risque d'afficher l'image d'un homme fataliste et irrationnel qui ne serait pas sûr de la pertinence de sa démarche. Toutefois, la dimension prépondérante du fait religieux dans la société sénégalaise transforme cette éventuelle interprétation négative pour en favoriser une lecture positive. En effet, le caractère laïc de la République du Sénégal cache mal la vigueur du fait religieux et des croyances qui vont avec, notamment la nécessité de la bénédiction divine pour le bon accomplissement de toute action.

Après avoir reconnu et sollicité l'implication divine pour la réussite des ses actions, le Premier ministre en fait de même pour d'autres, à commencer par l'institution qui reçoit sa Déclaration de politique générale, l'Assemblée nationale,  à qui il reconnaît tout son mérite et son honorabilité :

Le Peuple, souverain dans ses décisions, vous a assigné la mission d'être le médium honoré par lequel je lui présente humblement, aujourd'hui, ma feuille de route. (Seck 2003 : 5)

Mais ce respect pour l'institution parlementaire manifeste d'autant plus un sens de l'humilité de la part du chef du gouvernement, qu'il découle d'une volonté de soumission totale du Premier ministre à la souveraineté du Peuple, vrai détenteur du pouvoir, que les parlementaires sont censés représenter :

C'est par respect et considération pour votre auguste Assemblée, et au-delà pour le peuple qu'elle représente que j'ai décidé, tout au long de mon ministère, de revenir ici, personnellement, à la tête de mon Gouvernement, au rythme qu'il vous plaira de fixer (...) (Seck 2003 : 10)

De même, ses concitoyens sénégalais, toutes catégories confondues, bénéficient de sa reconnaissance. C'est le cas pour les enseignants dont il reconnaît le mérite par rapport à la nation, en générale, et par rapport à lui-même, en particulier:

Etant comme beaucoup d'autres le produit d'enseignants qui, aujourd'hui encore, demeurent mes maîtres en ce que je continue de m'inspirer de leurs leçons, je suis particulièrement sensible au sort de ceux qui ont entre leurs mains l'avenir de millions de Sénégalais. (Seck 2003 : 24)

Au-delà de la simple reconnaissance du mérite d'autrui dans le succès de ses actions, le sens de l'humilité justifie l'appel à l'aide que le Premier ministre adresse à ses concitoyens, car il est conscient qu' « il faudra une mobilisation de tous les segments de notre société pour accroître nos chances de succès ». Aussi, même le commun des sénégalais, représenté symboliquement par le personnage « Goorgoorlu », est-il sollicité :

Goorgoorlu pourra m'aider dans la vulgarisation de cette nouvelle politique, et dire à son oncle paysan qu'il est difficile de travailler sur trois mois pour espérer avoir des revenus sur douze. (Seck 2003 : 13)

L'humilité, c'est aussi l'ouverture à autrui ; l'échange instructif avec les autres pour une plus grande réussite. D'où le souci du Premier ministre de prolonger sa démarche participative, initiée avant sa Déclaration de politique générale, en se mettant à la disposition des autres démembrements de la société car sa « porte leur sera (...) toujours ouverte » avec, au programme, des rencontres pour « débattre, apprendre et informer » (Seck 2003 : 8).

Mais l'humilité n'est pas uniquement d'ordre verbal. Elle est aussi para verbal et non verbal. Sur le plan para verbal, la Déclaration de politique générale s'est faite sur un ton calme, posé, avec un débit lent dans l'ensemble.

Sur le plan non verbal, le souci de paraître humble est pris en charge par la posture du Premier ministre. En effet, tout au long de son discours, le Chef du Gouvernement a gardé une posture marquant l'humilité. C'est le dos légèrement courbé, les mains adossées à la table, devant lui, qu'il a prononcé son discours. Comme s'il voulait « discipliner » sa gestuelle. Celle-ci, quasi-minimaliste, se contentant d'accompagner les vocatifs, adresses et interpellations de son auditoire par des regards distribués tantôt à sa gauche, tantôt à sa droite.

De même, un souci d'humilité peut être lu à travers la place choisie par le Premier ministre pour faire face à son auditoire et prononcer sa Déclaration de politique générale. En effet, il a choisi de demeurer à la place réservée aux membres du Gouvernement alors que la tradition veut que le Chef du Gouvernement se déplace jusqu'à la tribune faisant face à la majorité des députés. Cette position aurait d'ailleurs été plus propice, non seulement aux échanges avec les élus du Peuple, mais aussi avec le Peuple lui-même. En effet, cette position aurait permis une plus grande visibilité du locuteur dans la mesure où le parloir est mis en valeur par son léger retrait du reste de l'hémicycle, son caractère central et sa position surélevée par rapport au reste de l'hémicycle. Toutes choses qui auraient, en outre, favorisé les prises de vue des preneurs de vue de la télévision nationale, et amélioré ainsi l'image reçue par les téléspectateurs. En déclinant la position haute du parloir, le Chef du Gouvernement adopte, de la sorte, une posture basse41(*), en signe de modestie et de simplicité. Une simplicité et une modernité relayées par le sentiment de sincérité véhiculé.

2.4 L'homme sincère

L'ethos de la sincérité se déploie dans le discours de politique générale du Premier ministre à travers un diagnostic sans complaisance de la réalité, et la formulation de mesures, pas toujours populaires, mais susceptibles d'améliorer la situation. Ainsi, dans le domaine de la répartition budgétaire, le Premier ministre exprime, sans détours, son insatisfaction par rapport à la manière dont l'importante somme allouée à l'éducation est dépensée, sans pour autant donner des résultats probants :

Le moment est peut-être venu de se pencher sérieusement sur la façon de dépenser cet argent en relation avec les objectifs poursuivis car, pour l'heure, le rendement de l'investissement consenti par la Nation est très en deçà des résultats observés. (Seck 2003 : 15)

Ce faisant, le Premier ministre est conscient qu'il s'en prend à un secteur des plus sensibles. En effet, l'Education est le secteur d'où partent la plupart des mouvements sociaux. Par conséquent, remettre en cause le budget qui lui est allouée ou contester la pertinence de ses résultats ne manquerait pas de déplaire à ses membres qui sont, en même temps, très bien représentés au sein de l'Assemblée nationale42(*).

Mais cette sincérité fonctionne moins comme un reproche, qu'une interpellation des différentes composantes de la société, afin de créer les conditions d'une remise en cause et d'un sursaut, à mêmes de conduire le pays dans la voie du développement durable. La sincérité, ici, est d'abord d'ordre délibératif et non judiciaire. Elle n'est point mise au service d'un réquisitoire contre certaines composantes de la société. Elle permet, au contraire, sur la base d'un diagnostic, d'amorcer le dialogue pour définir, ensemble, la voie la meilleure pour la Nation. Cette dimension purement utilitaire, et non polémiste de la sincérité, est rendue par le choix des pronoms personnels dans l'expression de cette sincérité. En effet, dans la plupart des passages où la sincérité se déploie à travers un diagnostic non complaisant, c'est le nous inclusif qui est utilisé comme c'est le cas pour la question de la mobilité urbaine :

La résolution du problème de la mobilité urbaine implique des sacrifices que nous devons accepter. Il s'agit notamment des expropriations à faire pour l'agrandissement de routes, avec, bien entendu, l'indemnisation des expropriés, conformément aux lois et règlements en vigueur. (Seck 2003 : 21)

Il en est de même lorsque le Premier ministre décrit les difficultés auxquelles est confronté le tissu industriel sénégalais et les mesures idoines à prendre :

Nous devons être prêts, dans les meilleurs délais, à affronter une rude compétition sur nos marchés, national, sous-régional et international. Pour assurer à nos entreprises les outils de leur participation à cette compétition, c'est tout notre système économique qui exige d'être mis à niveau. (Seck 2003 : 18)

Ce tableau peu reluisant des composantes de l'économie sénégalaise interpelle tous les acteurs, aussi bien le secteur public que les entrepreneurs privés. Chacun ayant un rôle à jouer. Ainsi, l'Etat est prêt à recourir à la « privatisation » du réseau ferroviaire, « handicapé par la vétusté des voies et du matériel roulant  qui n'autorise que des vitesses commerciales extrêmement faibles» (Seck 2003 : 20), afin de favoriser l'activité économiques des entreprises sénégalaises. De même, le Gouvernement « a choisi, à l'échelle du continent comme chez nous, de faire du secteur privé le moteur principal de la croissance et du développement » (Seck 2003 : 19). Toutefois, l'engagement de l'Etat ne saurait, à lui seul, suffire. Il est essentiel que le secteur privé joue pleinement sa partition. Ainsi, selon le Premier ministre, « les entreprises elles-mêmes devront se mettre à niveau pour tirer profit de ces efforts » (Seck 2003 : 19)

La sincérité devient même un mode de gestion des affaires de la Cité ; un cri de ralliement autour duquel tout le monde devra se retrouver. D'où sa forme d'énonciation qui n'est pas sans rappeler la tournure du slogan : « Faisons une autre chose pour nos enfants » (Seck 2003 : 15) ou encore : « Il nous faut soutenir ce qui marche et optimiser les dépenses que nous réalisons » (Seck 2003 : 15).

Au-delà de sa dimension « utilitaire », la sincérité s'avère comme une exigence d`ordre éthique qui impose au locuteur de reconnaître ses limites en refusant de prendre des engagements qu'il ne saurait tenir. C'est pourquoi, bien que conscient de la nécessité de « (...) garantir, à chaque Sénégalaise et chaque Sénégalais qui, par la grâce de Dieu, atteint l'âge limite de la retraite, l'accès aux revenus conservés pour lui tout au long de sa vie active » (Seck  2003 : 24), le Premier ministre avoue son impuissance, en l'état actuel des choses, à assurer ce droit :

Aujourd'hui, je ne suis pas en mesure de l'assurer, du fait de la hausse de l'espérance de vie et de la baisse du nombre des cotisants. (Seck  2003 : 24)

De la sorte, le Premier ministre donne l'image d'un homme en rupture avec la représentation classique en cours à propos des politiques. Ceux-ci, au sein de l'opinion publique, sont perçus comme étant prompt à faire des promesses sans jamais les respecter. Par là, l'ethos de l'homme sincère participe à instaurer l'image singulière d'un homme qui appartient à la classe politique tout en s'en détachant de par ses qualités intrinsèques. A telle enseigne que la sincérité finit par prendre les allures de reproches et de critiques véhémentes de certaines pratiques sociales. En effet, le Premier ministre s'étonne de constater que malgré les avancées technologiques et sociales qui ont fait que l'Homme « a transformé le vent impétueux en électricité, bravé les airs par ses avions, exploré l'espace par satellites et fusées », « certaines choses apparemment simples restent encore à l'état de chantier » :

Je veux parler de ce chauffeur qui brûle le feu de Soumbédioune, ce monsieur qui, à la banque, refuse de faire la queue, de cet agent d'entreprise ou de l'Etat qui veut monnayer illégalement son service. (Seck  2003 : 28)

Tout en faisant preuve de raison pratique, par la clarté et la cohérence du discours respectueux des formes et innovant par un souci didactique et pédagogique marqué ; affiché les attributs d'un homme vertueux, à travers la foi, la justice, l'humilité, la sincérité, le Premier ministre montre son attachement à son auditoire en affichant toute sa bienveillance.

3. L' « EUNOIA » OU LA BIENVEILLANCE

L'eunoia, c'est la bienveillance, l'attitude par laquelle l'orateur est le plus apte à se faire aimer de par son auditoire.

C'est ce que la nouvelle rhétorique et la pragmatique moderne désignent sous le concept de prise en compte de l'auditoire. Car la simple présentation de l'image de soi, si belle soit-elle, ne saurait suffire pour accrocher son auditoire. En effet, la promotion de l'image de soi peut entrer en conflit avec les valeurs du locuteur ou porter préjudice à son image. Selon Erving Goffman, (Goffman 1973 II), l'un des pionnier dans ce champ de la recherche, la relation ordinaire est conditionnée par la considération et le travail des faces des interlocuteurs (c'est le face work). Chacun devra faire respecter sa face et son territoire, tout en ménageant la face et le territoire de son interlocuteur.

Ces "politesses" sous-tendent des enjeux identitaires et relationnels. Goffman distingue deux notions : la notion de face, c'est-à-dire l'image valorisée de soi-même et à faire respecter, et la notion de territoire, correspondant aux biens, à l'espace et au jardin secret. Prolongeant les travaux de Goffman, Brown et Levinson (1987), parleront de "face positive", qui est l'image de soi actualisée et valorisée sur la scène, et de face négative, correspondant au territoire, chez Goffman, et qui réfère à la sphère privée, au jardin secret. Ils feront de la notion de face la règle centrale dans le cadre de la gestion des relations interpersonnelles, en l'étendant notamment à la notion de politesse. En tant que telle, la notion de face est indissociable d'un mode opératoire constitué par les actes de langage communément appelés FTA (Face Threatening Act)43(*).

La bienveillance consiste à montrer, envers son auditoire, de la solidarité et de l'amabilité. Nous étudierons la manifestation de ces deux dispositions à travers la notion de politesse et l'image de serviteur du peuple que projette le discours.

3.1 Le serviteur du peuple

Le Premier ministre, en libéral convaincu, ne pouvait ignorer les craintes que son accession à la Primature pouvait susciter au sein de franges importantes de la société. En effet, dans les représentations collectives, le libéralisme renvoie à une logique purement économique qui délaisserait la dimension sociale. Aussi, le Chef du Gouvernement prend-il le soin de préciser les contours de son action politique :

Le programme de mon Gouvernement est centré sur l'Homme, sur le Sénégalais. Il est notre seule préoccupation, notre seul centre d'intérêt. Nous voulons nous intéresser au vécu quotidien du Sénégalais plutôt qu'aux fluctuations de telle ou telle courbe. (Seck  2003 : 28)

Il se veut le serviteur du peuple, celui dont la finalité de l'action serait de se mettre au service de tous les segments de la société en améliorant leurs conditions d'existence. Pour autant, il ne renie point ses convictions libérales. Car pour lui, se mettre au service du peuple ne signifie pas assurer une assistance sociale qui aurait les allures d'aumône. Au contraire, il assume la dimension idéologique de ses convictions libérales qui demandent, non une simple politique d'assistance, mais la création de conditions favorables à l'épanouissement de chaque membre de la société :

Il [le programme du Gouvernement] vise, par la nutrition, la santé, l'éducation et une saine pratique du sport, à donner à nos enfants les outils dont ils ont besoin pour affronter la vie. Il vise à offrir à l'adulte le cadre optimal d'éclosion de ses talents, et à organiser pour l'Ancien, une vieillesse honorable, au moyen d'un système viable de retraite. (Seck  2003 : 9)

Il s'agit donc là d'un libéralisme « à visage humain »44(*) qui n'exclut pas l'assistance aux plus démunis. En effet, l' « amour » (Seck  2003 : 8) qu'il voue au peuple sénégalais va « au-delà » des « différences de vision ou d'idéologie ». C'est ainsi que son programme « (...) vise aussi, le cas échéant, à prêter à tous, la chaude couverture de notre solidarité nationale » (Seck  2003 : 9). Car sa vocation, en définitive, est de mettre la majorité des sénégalais dans des conditions acceptables. Aussi, soutient le Premier ministre : « Mon ambition et mon devoir sont, de modifier la physionomie de cette carte, en répondant à la demande sociale » (Seck  2003 : 8).

Comme pour confirmer la dimension sociale de son libéralisme, des mesures pratiques sont annoncées, allant dans le sens de soulager les couches sociales les plus défavorisées. C'est ainsi que le Premier ministre s'engage à faciliter l'accès de tous à l'ensemble des services sociaux de base. Dans la santé :

La disponibilité de médicaments de qualité, accessibles financièrement, sera encouragée par la promotion des médicaments génériques dans le secteur public comme dans le secteur privé ; des comptoirs génériques seront fonctionnels à partir de cette année. (Seck  2003 : 16)

Mieux, « les citoyens plus démunis bénéficieront bientôt d'une prise en charge gratuite au niveau de nos établissements sanitaires ». De même, l'accès des anciens aux infrastructures sanitaires sera « favorisé par une politique de « tarifs préférentiels ».

Dans le domaine de l'éducation, le Premier ministre rappelle que « chaque année, l'Etat dépense 127 milliards dans l'éducation, C'est-à-dire 35 % du budget national » et que « ce pourcentage devrait passer à 40 % en 2005 » (Seck  2003 : 15).

S'agissant de l'accès à l'eau,

d'importants programmes de réalisation de points d'eau sont en cours d'exécution à travers tout le pays. Ces programmes visent prioritairement la dotation de tous les chefs-lieux de communautés rurales de forages motorisés. (Seck  2003 : 12)

Aux mesures prises dans le domaine des services sociaux de base vient s'ajouter le recrutement massif de professionnels en charge de la bonne marche de ces secteurs :

Il me plaît d'annoncer un programme spécial de recrutement dans l'administration, et principalement dans les secteurs stratégiques de l'éducation, de la santé, de la sécurité, de la justice et des régies financières. Dans la période 2003-2005, nous recruterons des médecins, des infirmiers, des sages-femmes, des enseignants, des pompiers, des policiers, des gendarmes, des douaniers, des inspecteurs, contrôleurs et agents du trésor et des impôts, des magistrats et personnels de greffe. (Seck  2003 : 18)

Et comme pour montrer le sérieux et la crédibilité de cette promesse, qui ne saurait être assimilée à un effet d'annonce, le Premier ministre rappelle que ces nouveaux recrutements viennent compléter les « 11.563 recrutements dans la Fonction publique (...) auxquels l'Etat a procédé entre 2000 et 2002 » (Seck  2003 : 18).

Mais être au service du peuple ne saurait se limiter à des intentions. Cela nécessite une disponibilité des ressources qui passe par une bonne gestion des deniers existants. Aussi, le Chef du Gouvernement insiste-il sur la bonne gestion des finances publiques, de la part du régime de l'Alternance, et qui justifie la prise de mesures appropriées pour les différents segments de la société. Une bonne gestion d'autant plus manifeste que le Gouvernement a pu se permettre de ne pas utiliser, en 2002, les « 10,5 milliards de FCFA » provenant de « a contrepartie de l'accord de pêche signé avec l'Union européenne » (Seck  2003 : 14).

D'où la récurrence de l'expression «Grâce à la bonne tenue de nos finances publiques et à la qualité du soutien de nos partenaires, donnant ainsi corps à la volonté du président de la République, il me plaît d'annoncer (...) » consacrant cette gestion « efficace » et introduisant la proposition de plusieurs mesures destinées à améliorer le vécu des sénégalais dans différents domaines.

C'est ainsi que dans l'agriculture, le Premier ministre annonce :

Grâce à la bonne tenue de nos finances publiques et à la qualité du soutien de nos partenaires, donnant ainsi corps à la volonté du président de la République, il me plaît d'annoncer à Makhtar, à Goor et à Samba Gaye (paysan de Tambacounda dont j'ai lu les poignantes complaintes dans la presse), qu'à partir de demain, mardi, tous les paysans détenteurs de bons, et précédemment recensés par les gouverneurs, pourront se rendre auprès d'eux, munis de leurs titres, pour être payés. (Seck  2003 : 11)

Dans le développement à la base, le Premier ministre qui voudrait « que toutes les collectivités locales soient en chantier », annonce une politique d'appui aux collectivités locales :

Grâce à la bonne tenue de nos finances publiques et à la qualité du soutien de nos partenaires, il me plaît d'annoncer, donnant corps à la vision du président de la République, que l'Etat mettra à la disposition des collectivités locales un fonds de contrepartie de 4 milliards permettant de mettre en oeuvre une politique d'investissement de 40 milliards sur toute l'étendue du territoire grâce au financement de nos partenaires au développement et ONG. (Seck  2003 : 27)

La bonne tenue des finances publiques permet aussi au Premier ministre d'annoncer la prochaine indemnisation des victimes du naufrage du bateau le Joola :

Grâce à la bonne tenue de nos finances publiques et à la qualité du soutien de nos partenaires, il me plaît d'annoncer que, donnant ainsi corps à la volonté du président de la République, I'Etat est aujourd'hui prêt pour procéder au paiement des indemnités. (Seck  2003 : 7)

En outre, elle rend possible le remplacement du bateau naufragé car « l'argent est disponible, le dossier technique prêt, vingt courtiers déjà saisis et l'affréteur choisi » (Seck  2003 : 7).

Mais vouloir servir le peuple ne saurait dire avoir l'exclusivité des interventions et des actions. Le souci d'efficacité rend nécessaire « un partage juste, équilibré, et pertinent des charges ». Aussi, le Premier ministre est-il conscient qu'il « faudra une mobilisation de tous les segments de notre société pour accroître » les « chances de succès ». D'où le souci du Chef du Gouvernement d'impliquer les décideurs locaux dans le développement du Sénégal :

Dans une approche décentralisée et de proximité, j'ai retenu de partager la lourde charge qui m'est confiée avec les 11 présidents de Conseils régionaux, les 4 maires de ville de la région de Dakar, les 43 maires d'arrondissement de la région de Dakar, les 63 maires des communes de l'intérieur du pays, les 320 présidents de communauté rurale. (Seck  2003 : 27)

La volonté de servir le peuple va bien au-delà des moyens matériels et financiers disponibles. Elle semble prendre les allures d'une vocation. C'est ainsi que le Chef du Gouvernement ne se contente pas seulement de proposer des actions concrètes et réalisables au moment de sa prise de parole. Il ira plus loin en étant aux côtés des citoyens et en s'impliquant activement dans les différentes activités qu'ils mènent :

Que le paysan sache que je serai avec lui dans les champs, j'accompagnerai l'étudiant dans les couloirs de son établissement et la ménagère devant les étals des marchés. Que celui qui est malade sache que je cherche les moyens pour faciliter sa guérison. (Seck  2003 : 28)

Et là où l'action concrète n'est pas possible, le Premier ministre, en homme de foi, ne baisse pas les bras. Il propose son intention45(*) et ses prières :

(...) j'accompagnerai, par mon intention, dans la nuit et la solitude de sa proximité avec Dieu, l'homme pur qui prie pour un Sénégal de paix, de réussite et de prospérité. (Seck  2003 : 28)

3.2 La politesse

La politesse rend possible la préservation mutuelle des faces menacées par la plupart des actes de langage. La notion de politesse dont il est ici question va au-delà des formules classiques. Elle prend en compte l'ensemble des composantes du discours régies par des règles, et qui ont pour fonction de rendre possible le caractère harmonieux de la relation interpersonnelle. Dans le discours politique, principalement caractérisé par des logiques de domination, la notion de politesse prend toute sa place, en ce qu'elle participe à créer les conditions d'un échange harmonieux, en jouant notamment sur la face de l'auditoire. Par là, la politesse participe de la visée séductrice, en ce qu'elle met l'allocutaire dans une disposition plus favorable par rapport au message émis.

Nous distinguons deux formes de politesse : la politesse positive et la politesse négative.

3.2.1 La politesse positive :

La politesse positive est de nature productionniste : elle consiste à effectuer un acte de langage valorisant : cadeau ou compliment, marque d'accord, invitation etc. Relèvent de la politesse positive les actes qui ont intrinsèquement un caractère valorisant. La politesse positive prend appui essentiellement sur les FFA. Elle est principalement constituée des actes de courtoisie.

3.2.1.1 Les marques de courtoisie

Dans la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck, les marques de courtoisie sont constituées, entre autres, par des honorifiques, des remerciements, des manifestations d'accord, des compliments, des invitations etc.

ü Les honorifiques :

Les honorifiques sont des « formes grammaticalisées » de la déférence. Ils participent à valoriser la face positive des allocutaires en faisant référence à leur rang. Ils sont très présents dans la Déclaration de politique générale en ce sens que celle -ci est un échange entre l'Exécutif et le Législatif. Dès lors, il est de bon ton que dans son discours, le PM manifeste toute l'importance des représentants du peuple. En outre, il est dans consacré, par les règles d'usage, de laisser des marques discursives des allocutaires. Dans sa Déclaration de politique générale, le destinataire premier du message, à savoir les députés, sont nommés 31 fois. A 29 reprises, leur rang est magnifié par le qualificatif « honorables ». Ce qualificatif participe à rehausser le rang des élus du peuple en valorisant leur face positive.

ü Les compliments :

En prolongement des marques honorifiques, les compliments participent à valoriser la face des destinataires directs ou indirects. S'agissant des destinataires directs (les députés), nous avons le groupe nominal « médium honoré » qui leur est accolé ; pour les destinataires indirects, nous avons tous les termes qui tendent à mettre en évidence l'importance de leur statut, à mettre l'accent sur leur statut afin de flatter leur ego. C'est d'abord le peuple en tant qu'entité abstraite et globale qui sera glorifié par l'usage de l'adjectif « Souverain », utilisé pour le désigner. Ensuite, presque chaque segment du peuple recevra, de la part du Premier ministre, sa dose de compliment.

Parlant des hommes de culture, le Premier ministre tiendra ces propos :

Je salue par ce biais la créativité de nos hommes et femmes du Monde des arts et de la culture. Leur contribution au développement autant qu'au rayonnement de notre pays mérite notre respect. Je citerai parmi tant d'autres Moussa Sène Absa, Alphonse Mendy dit T. T. Fons et Moussa Mboup....Au moyen de leur génie et de leur solide ancrage dans nos traditions et culture, ils nous ont sculpté deux compatriotes que tous les Sénégalais connaissent. (Seck 2003 : 5)

Des handicapés, il nous dira que des « trésors inestimables sont cachés » auprès d'eux. Le compliment sera rehaussé par l'évocation de figures légendaires dont le handicap n'a su freiner le génie ou la combativité : Soundiata Kéita et Beethoven.

Les militaires aussi auront droit à un clin d'oeil :

Permettez moi de dire à nouveau ma fierté et ma reconnaissance au millier de soldats et à la quarantaine d'officiers présentement engagés entre la République du Congo et la République soeur de Côte d'ivoire dans la droite tradition des 59 missions de maintien de la paix conduites par nos forces armées dans 28 pays.... Ces compatriotes éloignés qui ont laissé le coeur à la maison sans jamais négliger de rendre régulièrement visite et de partager les bienfaits collectés ailleurs. (Seck 2003 : 26)

Le Chef de l'Etat, quant à lui est souvent est nommée soit par des périphrases élogieuses :

celui qui, tour à tour objet de critique et sujet de fascination, épreuve après épreuve, échec après échec, jalon après jalon, a attendu, avec endurance, sans jamais perdre l'enthousiasme, l'avènement du changement, le 19 mars 2000. (Seck 2003 : 5),

soit par son rapport à ses réalisations ou projet : « Le programme de construction des espaces jeunes, cher au Président de la République »

ü Les remerciements

Les remerciements sont présents dans la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck. Ils obéissent à des règles d'usages et sont situés à l'entame du discours et :

Soyez en félicités et remerciés. Mes félicitations et remerciements s'adressent également à ceux qui m'ont précédé dans cette fonction. (Seck 2003 : 5)

et à sa clôture, par la formule habituelle : « je vous remercie » (Journal des débats, op.cit. : 28)

ü L'invitation

L'invitation participe de cette politesse positive qui permet à celui qui la propose, de valoriser celui qu'il invite.

S'adressant aux membres de la société civile, le Premier ministre explique :

Il s'agit de leur donner l'accès direct à mon Gouvernement. Ma porte leur sera donc toujours ouverte pour l'échange et l'information. Je compte sur eux tous pour établir un lien fort et bidirectionnel entre le Gouvernement et les populations. (Seck 2003 : 9)

Aux membres des familles des victimes du bateau le Joola :

Entourés des Ministres chargés de la Justice, de l'Intérieur, des Finances et de la Solidarité Nationale, j'inviterai les représentants des familles des victimes à un échange sur l'indemnisation. (Seck 2003 : 7)

De même, parlant aux députés des chiffres assez alarmants de l'éducation, le Premier ministre dis : « Je vous invite donc à une concertation, afin de trouver, ensemble, les moyens de renverser ces chiffres » (Seck 2003 : 5).

ü Les manifestations d'accord

Conformément à sa démarche participative et afin de mettre à l'aise ses interlocuteurs dans le souci de favoriser l'entente voire la complicité, le Premier ministre laisse transparaître de marques d'accord entre lui et ses interlocuteurs. Ainsi, parlant du programme du programme qu'il propose, le PM déclare :

Le programme autour duquel doivent s'organiser cette mobilisation et cette communication est autant le vôtre que celui du Gouvernement. (Seck 2003 : 9)

Et à propos de la demande sociale :

Je sais, Honorables députés, que vous veillerez avec nous à amplifier, par son allocation optimale, la satisfaction de la demande sociale. (Seck 2003 : 14)

Les manifestations dd`accord permettent d'impliquer l'interlocuteur, de le responsabiliser et de rendre plus délicate la manifestation d'un désaccord sur un sujet dont le consensus est revendiqué.

Mais à côté de la politesse positive, subsiste une autre forme de politesse dite négative.

3.2.2 La politesse négative

La politesse négative est de nature abstentionniste ou compensatoire: elle consiste à éviter de produire un FTA, ou à en adoucir la réalisation.

Sachant parfaitement que leur douleur ne peut pas être réparée par des moyens financiers, le Gouvernement tout entier s'est néanmoins mobilisé pour que soit établie la liste exhaustive des victimes et que soient identifiés les héritiers des disparus par l'établissement de jugements d'hérédité, afin que leur soit remis ce que la loi leur octroie en matière d'indemnisation, au-delà des actes de solidarité de tous les instants. (Seck 2003 : 6)

Dans cet exemple, la politesse négative est compensatoire. En effet, le FTAS est constitué par la promesse d'indemnisation qui semble la seule alternative offerte aux parents des victimes du bateau le Joola dans une société ou la vie humaine est sacrée et n'a pas de prix. Le groupe pronominal « sachant parfaitement que leur douleur ne peut pas être réparée par des moyens financiers » permet d'adoucir le FTAS en prévenant sur son interprétation.

C'est le même procédé qui est utilisé dans l'exemple ci-dessous : ayant projeté des cartes illustrant la situation de la pauvreté au Sénégal, le PM demande aux députés de regarder la carte. Pour éviter que cette demande ne soit comprise comme un ordre, il exprime sa demande sous la forme d'une invitation. L'invitation devient donc l'adoucisseur d'une demande allures d'injonction : « Pour s'en convaincre, je vous invite à regarder cette carte » (Seck 2003 : 6).

Ou encore,

Sur ce total, je suis profondément peiné de constater que seules 78 victimes disparues ont pu faire l'objet d'un jugement d'hérédité à ce jour. Je comprends qu'encore meurtries par la douleur, les familles endeuillées n'aient pas fait de ces démarches administratives une priorité...(Seck 2003 : 7)

De même, dans ce passage, après avoir déploré le retard ou le peu de volonté de la part des familles des victimes du naufrage, le Premier ministre atténue sa critique en leur trouvant des circonstances atténuantes.

Dans cet autre exemple :

Mon ambition et mon devoir sont de modifier la physionomie de cette carte, en répondant à la demande sociale (Seck 2003 : 8),

l'affichage de son ambition est atténué par le fait qu'il demeure non seulement une simple volonté de sa part, mais un impératif explicité par le substantif « devoir ».

Dans le même ordre d'idée, le Premier ministre, en sous-entendant lui-même la compétence des membres du gouvernement qu'il s'est choisis déroge à la règle de bienséance qui postule que l'individu ne vante pas ses propres mérites. Ce non respect de la norme est cependant atténué par l'implication des députés qui auraient eux-mêmes constaté cette compétence :

Pour faire face à cette mission, un soin particulier a été apporté à la composition du Gouvernement que je dirige. Vous avez déjà eu l'occasion d'apprécier l'engagement autant que la compétence des ministres qui le composent. (Seck 2003 : 8)

Ce même procédé est utilisé à propos des audits. L'idée répandue au sein de l'opinion publique était que le Premier ministre pilotait directement les missions d'audits et les utilisait à des fins politiques contre ses éventuels adversaires. Mai le Premier ministre se décharge sur son prédécesseur qui, selon lui était l'unique responsable de la conduite des missions d'audits. Toutefois, pour évacuer toute idée d'acharnement, il prend la précaution de louer d'abord son mérite :

Mon prédécesseur Mame Madior Boye, à qui je tiens à rendre hommage, ne m'a laissé en instance que 2 dossiers d'audit nécessitant des informations complémentaires. Sur les 30 dossiers qui lui avaient été transférés, l'ancien Premier ministre en a classé 10, et transmis 18 à la justice. (Seck 2003 : 10)

Mais à côté de l'atténuation simple, basée sur des formules de politesse ou de nuance, nous avons d'autres formes d'atténuation, notamment l'atténuation par modulation. La modulation est une diminution du degré d'auto implication du locuteur dans son dire.

Selon Robert Vion, elle intègre

Tous les processus tendant à diminuer la part de subjectivité, et donc de risque, que chacun peut investir dans l'interaction [...] : le registre de l'euphémisme, de l'atténuation (...) des discours précautionneux (...) des actes indirects, des préliminaires, des justifications, des autocorrections, etc. (Vion 1992 : 244)

Dans notre corpus, nous avons des exemples d'atténuations par modulation. Ceux-ci concernent principalement le recours à d'autres voix (discours rapporté, polyphonie) et permettent d'aller vers l'autre, pour négocier cette co-construction du sens sans trop exposer sa face ou celle d'autrui.

Réagissant au drame du bateau le Joola, le Premier ministre n'a d'autre solution à proposer qu'un conseil en même temps qu'une exigence : celui d'être fort. Or, il peut paraître surprenant de ne pas l'entendre plutôt sur les éventuelles mesures coercitives à infliger aux coupables. Dès lors cet appel risque de constituer un auto-FTAs menaçant sa face négative (crédibilité, pouvoir de sanction). Aussi, afin d'adoucir cet acte menaçant, recourt-il à une autre voix qui assure l'énonciation de l'acte de langage suspect.

Puis: Froid du Nord, déficit pluviométrique, et Naufrage du Joola.

Cette dernière épreuve nous a le plus profondément marqués.

J'ai assisté au concert des enfants de l'école franco-sénégalaise Dial Diop, le quinze décembre dernier. Ils ont chanté leur douleur en ces termes :

« C'était un bateau blanc.

Qui naviguait dans le vent.

Il s'appelait le Joola.

Aujourd'hui, il n'est plus là.

Il y'avait nos parents.

Il y avait nos enfants.

Il y avait nos amis.

La mer nous les a pris.

Quand le bateau a coulé,

Tout le monde a pleuré.

Il y a eu trop de morts.

Il faudra être fort. »

Oui chers compatriotes, il faudra être fort. (Seck 2003 : 6)

L'injonction est d'autant moins suspecte qu'elle proviendrait d'enfants dont l`innocence exclue tout calcul. 

Un deuxième exemple de politesse par modulation nous est fourni par ce passage :

Si l'argument de son oncle était les bons impayés, Goor pourra se faire l'écho de l'interpellation pathétique que Mamadou Moctar Ndiaye, leader politique et compagnon de combat du Président de la République, m'a adressée à l'occasion de mon écoute de la CAP 21 : « Tranquillisez le pays, Monsieur le Premier ministre. Payez les bons des paysans. Même si nous savons que ces bons n'émanent pas du Gouvernement ». (Seck 2003 : 11)

Qu'elle soit positive ou négative, la politesse rend possible la préservation mutuelle des faces menacées par la plupart des actes de langage. Elle participe de la gestion des faces dans la mesure où elle permet au locuteur de se concilier son auditoire. Cependant, la gestion des faces est rendue complexe par le fait qu'elle n'est pas uniquement constituée par les actes de politesse. Elle intègre aussi les actes menaçants.

La stratégie de gestion des faces est basée sur de normes sociale et communicationnelle. Sur le plan social, elle procède d'une volonté de ménager la face d'autrui afin de ne pas choquer son auditoire. Sur le plan communicationnel, elle participe au principe de coopération entre actants de la communication.

De manière spécifique, la stratégie de gestion des faces mise en oeuvre ici est inséparable du genre auquel appartient ce texte, à savoir le discours politique. En effet, dans le discours politique, la gestion des faces est révélatrice des deux principales logiques qui le caractérisent à savoir la logique de domination et la logique de séduction. La logique de domination justifie les actes menaçants tandis que la visée séductrice sous-tend les éléments de politesse.

CONCLUSION :

Nous avons étudié les ressources de la séduction dans la Déclaration de politique générale du Premier ministre Idrissa Seck par le biais de l'ethos ou image discursive de soi. En effet, séduire, c'est non pas convaincre ni persuader, mais c'est plutôt se faire aimer. C'est ainsi que nous avons analysé l'éthos préalable de Monsieur Idrissa Seck avant sa nomination à la Primature. Cet ethos charriait, à côté de ses aspects positifs, des représentations négatives. Dès lors, il importait au Premier ministre nouvellement élu de projeter, dans son discours, une image de soi qui accentue et renforce les éléments positifs tout en en dissipant les aspects négatifs dont le plus marquant est celui d'un homme suffisant, à la limite de l'arrogance. D'où, certainement, sa volonté de montrer, juste avant son passage à l'Assemblée nationale, son attachement au point de vue des autres, à travers la démarche participative qu'il a adopté pour le choix des grandes orientations à donner son discours programme.

Dans cette entreprise de lissage de son image dont certaines parties étaient loin d'être des plus belles au sein de l'opinion publique, les médias en général, la Télévision d'Etat en particulier, a joué un rôle stratégique à travers une présentation élogieuse et flatteuse du Premier ministre juste avant sa prestation devant les députés.

Le terrain ainsi déblayé, le Premier ministre s'est efforcé, dans son discours, de projeter l'image d'un homme en phase avec les aspirations et les attentes du peuple sénégalais. Pour ce faire, il s'est évertué, dans son discours, à se donner les attributs de l'homme doué de bon sens à travers un discours bien structuré et méthodiquement décliné. En outre, il a essayé d'incarner l'image de l'homme vertueux à travers les valeurs de la foi, de la justice, de la sincérité et de l'humilité. Enfin, il a fait preuve d'empathie à l'égard du public, comme pour se le concilier définitivement, en démontrant son attachement aux seuls intérêts du peuple sénégalais et en faisant montre d'une courtoisie à l'égard de son auditoire.

CONCLUSION GÉNÉRALE

La Déclaration de politique générale est une obligation constitutionnelle. Elle consacre la rencontre entre l'Exécutif et le Législatif à l'issue de laquelle les orientations économiques, sociales et politiques, devant régir la marche de la Nation, sont proposées, discutées et éventuellement confirmées. Sa portée est intimement liée à la notion de démocratie dont elle tire son sens. En effet, elle permet aux députés, représentants du Peuple, d'exercer un contrôle à priori sur la politique du Gouvernement. Ce caractère démocratique justifie d'ailleurs sa nature publique qui fait que tout citoyen peut assister à son déroulement.

Avec le développement des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, le caractère public de cet événement politique devient encore plus accru. Car le citoyen n'a plus besoin de se déplacer jusqu'à l'Assemblée nationale pour pouvoir suivre les débats qui y ont cours. Par la magie de la retransmission en directe effectuée par les médias, chaque sénégalais est en mesure de suivre les acteurs politiques discuter de l'orientation à donner à la vie de la Nation.

Dès lors, la Déclaration de politique générale sort de son cadre initial qui consiste en un échange entre l'Exécutif et le Législatif. Elle devient, par le biais de la médiatisation, le miroir, la scène à partir de laquelle les acteurs politiques se donnent à voir, à apprécier et éventuellement à aimer par le « citoyen-spectateur-électeur ».

Ce faisant, il ne s'agira plus simplement de convaincre - car il est difficile de convaincre un auditoire qui n'est forcément pas celui auquel on fait face ; un auditoire qui nous voit, nous entend et que l'on ne fait que deviner ; un auditoire composite, « stratifié » aux centres d'intérêt variés.

En outre, les nouvelles formes de médiatisation marquées par le primat de l'image et du spectaculaire dans l'espace public, les enjeux de pouvoir inhérents à la sphère politique et la concurrence qui y a cours du fait de la démocratisation, favorisent une logique de singularisation et de distinction du politique. Celui-ci cherchera, de moins en moins, à convaincre mais plutôt à séduire.

Une séduction que nous avons étudiée à travers l'ethos qui est la projection de l`image de soi. La séduction par l'ethos à consisté, entre autres, par l'affichage de la part du locuteur, d'une image de soi idéale, en phase avec les valeurs les meilleures ou reconnues comme telles par l'auditoire. Un auditoire qui se trouvera inscrit au coeur même du discours, car étant, en dernier lieu, le seul garant de la dimension performative du discours qu'il est appelé à confirmer ou à infirmer par l'adhésion à l'image qui lui est proposée ou le rejet de celle-ci.

Ainsi, la Déclaration de politique générale fera l'objet d'une mise en oeuvre stratégique en vue de mieux susciter l'adhésion du public. Car comme l'a si bien souligné Hilaire Bohui « (...) s'il existe un domaine où le souci de la stratégie discursive et la quête de l'efficacité sont la loi du genre, c'est bien celui de la politique » (Bohui 2005 : p. 25).

C'est ainsi que le Premier ministre Idrissa Seck a opté pour une stratégie de séduction par l'ethos. Celle-ci, sans exclure l'improvisation et l'instantané caractéristiques des interactions verbales classiques, n'en aurait pas moins favorisé un certain nombre d'actions, d'attitudes et de propos dont la mise en oeuvre pourrait assurer l`atteinte de l'objectif recherché. De ce fait, l'entreprise de séduction ne s'est pas limitée au simple discours tenu devant autrui. Elle a comporté une phase d'approche et de « préparation » de soi-même, mais aussi de l'autre, afin de créer les conditions favorisant une meilleure disposition de la cible par rapport à l'émetteur.

Le Premier ministre a bâti sa stratégie de séduction sur la présentation d'une image de soi (ethos), valorisante. Il est parti de son ethos préalable, telle qu'elle était perçue de manière générale par l'opinion publique, pour en atténuer les aspects négatifs tout en renforçant ses côtés positifs.

Ainsi, dans la Déclaration de politique générale, par la stratégie de la séduction, nous dépassons la dimension purement expressive de la communication pour nous retrouver en plein dans la communication instrumentale. Car dans le discours politique :

Celui qui parle- le sujet du discours - devient, au moyen de certaines opérations linguistiques, un nouvel objet du monde: il s'attribue - sinon de manière explicite, par connotation - une position et des qualités qui définissent son identité politique. (Maitland et Wilson, 1987, trad. Duchastel et Armony 1993 : 167)

C'est ainsi que l'énonciateur s'est attribué les valeurs réputées consensuelles ou dominantes de sa société : la foi, la justice, l'humilité, la sincérité. Mieux, il cherchera à favoriser l'empathie auprès de ses allocutaires en leur donnant une place prépondérante dans son discours. D'où sa solidarité, sa courtoisie et sa politesse.

C'est d'ailleurs, tout le sens de son « recours à des oeuvres d'art comme paradigme de présentation » (Seck 2003 : 9) de son programme, avec notamment les personnages de bandes dessinées adaptés à la télévision, Goorgoorlu et Ndioublang. En effet, le Premier ministre est conscient de l'importance, pour lui, de donner à son discours un « solide ancrage dans nos traditions et culture » (Seck 2003 : 10). D'où l'instrumentalisation des ces deux personnages pour lesquels les sénégalais « ont une grande sympathie, parce qu'en vérité, ils se reconnaissent en eux » (Seck 2003 : 10).

Confirmant, de la sorte, les propos de Gourévitch qui remarquait fort à propos que « la meilleure manière de faire croire à un peuple qu'on s'adresse à lui, c'est de lui renvoyer sa propre image » (Gourévitch 1998 : 75).

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* 1 Le corpus sur la Déclaration de politique générale (Seck 2003) est composé de trois types de documents : texte, audio et audiovisuel. Le corpus textuel utilisé est celui contenu dans la transcription qui en a été faite par les services de l'Assemblée nationale en 2003 (80 pages). Ce document, que nous désignerons par (AN, 2003), comprend, entre autres, les questions des députés et les réponses apportées par le Premier ministre.

Le corpus audio est constitué par l'enregistrement effectué par Radio Sénégal. Le corpus audiovisuel quant à lui, est constitué par l'enregistrement vidéo du débat de politique générale faite par la Radio Télévision Nationale. Les éléments d'analyse tirés du corpus vidéo seront identifiés par la dénomination RTS. En outre, nous avons exploité l'émission en « avant-première » intitulée « Pleins feux sur » qui a précédé la Déclaration de politique générale diffusée à la RTS deux heures avant. Le corpus audiovisuel nous a permis d'étayer notre analyse sur le dispositif de mise en scène télévisuelle et sur les aspects liés à la communication non verbale et para verbale. Toutefois, notre analyse a été sérieusement handicapée par l'impossibilité de disposer de copies de cette cassette de la part de la Télévision nationale. Nous nous sommes contenté de trois séances de visionnage à raison d'une séance par week-end vu la longueur du document (plus de 05 heures), dans les locaux de la Télévision.

* 2 La pratique du débat daterait du IXIÈME avant J.C. avec notamment les débats homériques. Toujours, dans l'Antiquité, nous pouvons relever les joutes éristiques et les topiques. Au moyen Age et à la Renaissance, le débat est codifié sous le concept de « disputatio ». De nos jours, nous avons le débat parlementaire, le débat télévisé etc. A propos du débat, nous pouvons relever l'analyse de GARCIA, C., « Argumenter à l'oral. De la discussion au débat », in Pratiques 28, p. 95-124.

* 3 La troisième catégorie d'institution étant le Judiciaire.

* 4 C.f.Chap. II. 1. Le cadre institutionnel.

* 5 Les interventions ont été réparties proportionnellement au poids politique des différentes entités représentées à l'Assemblée : Groupe Parlementaire Libéral et Démocratique (majoritaire), Groupe Parlementaire de l'Espoir, Groupe Parlementaire Démocratie - Justice -Solidarité, et non-inscrits.

* 6 Notamment en son article 8.

* 7 Au moment de l'indépendance, le Sénégal était dirigé par un parti unique, l'Union Progressiste Sénégalais (UPS). A partir de 1974, une ouverture démocratique est notée, avec l'autorisation de quatre partis politiques sur des bases idéologiques (le communisme, le libéralisme, les conservateurs et les socialistes. On parlait alors de multipartisme limité. En 1983, le Président Abdou Diouf est à l'origine du multipartisme intégral qui permettait la libre création de partis politiques sans limitation.

* 8 Le mot n'est pas trop fort dans la mesure où ce sont des partis qui n'existent que de manière purement administrative.

* 9 Si nous prenons exemple sur la CAP 21, structure regroupant une quarantaine de partis autour du parti majoritaire et dont moins de 10 peuvent se prévaloir d'activités spécifiques.

* 10 Ce sont le Parti Socialiste, le Parti Démocratique Sénégalais, l'Alliance des Forces de Progrès, l'Union pour le Renouveau Démocratique, And Jeff Parti Africain pour la Démocratie et le Socialisme, la Ligue Démocratique / Mouvement pour le Travail, le Rassemblement National pour la Démocratie, l'Alliance Jëf-Jël, la Convention des Démocrate et des Patriotes, le Parti de l'Indépendance et du travail, le Rassemblement National Démocratique.

* 11 Sopi signifie changement en wolof. C'est le slogan, le cri de ralliement du Parti démocratique sénégalais alors dans l'opposition dans sa volonté de changer le pouvoir socialiste alors en place et de transformer le vécu des sénégalais. Ce nom sera donné, à la fin des années 80, à l'organe de presse du PDS. De même, la coalition politique qui est partie unie aux législatives de 2001 derrière le PDS porte ce nom.

* 12 Le monopole de l'Etat sur les médias audiovisuels, d'une part, et le traitement inéquitable de l'information politique par la Télévision constitue l'une des limites du système démocratique sénégalais. Cette situation est régulièrement dénoncée par le Haut Conseil de l'Audiovisuel.

* 13 C'est le cas des quotidiens Walfadjri, Le Soleil, Le Quotidien et l'hebdomadaire Le Devoir.

* 14 Au niveau des radios, les émissions interactives « la question du jour » dans Sud Fm, Walf Fm et RFM.

* 15 Plusieurs sites Internet disposent, à côté des rubriques d'information, de forum de discussions consacrées entre autres, à l'actualité, à la politique etc.

* 16 En 1986, le journal « Liberté » diffusa un sondage qui plaçait l'opposant Abdoulaye Wade à la tête des intentions de vote. La réaction du pouvoir en place fut de rendre draconiennes les conditions de réalisation et de diffusion des sondages politiques. En effet, la loi n° 86-16 votée le 14 avril 1986 est à l'origine de la commission nationale des sondages dont la mission est de « donner des agréments aux organismes et aux personnes » souhaitant réaliser des sondages destinés à être publiés. Elle vérifie en outre de l'existence de « moyens financiers et techniques indispensables à réaliser des sondages d'opinion. Enfin, c'est elle qui délivre l'autorisation de publication ou de diffusion des résultats, « après contrôle des conditions de leur réalisation ».

Ainsi, même si les sondages politiques ne sont pas interdits en soi, il n'en demeure pas moins que les conditions de réalisation ne sont pas pour les favoriser. Toutefois, c'est moins la réalisation de sondages que leur diffusion qui est visée. En effet, la loi dispose que « la publication ou la diffusion des sondages ayant un lien commun direct ou indirect avec un référendum ou une élection organisée par le code électoral est interdite à compter de la date de publication au Journal officiel du décret portant convocation du corps électoral et jusqu'à la proclamation des résultats du scrutin».

* 17 Précisément en son article 8.

* 18 Voir à ce propos les travaux de Klinkenberg (Klinkenberg 1996 : 59-64).

* 19 Cette reformulation introduit plusieurs concepts. D`abord celui de récepteur auquel on substitue la notion de destinataire, mettant ainsi l'accent sur la notion de feed-back ou retour d'information ; mais surtout la fragmentation subie par le code. Celui-ci est plutôt présenté dans une dynamique interactive avec les notions d' « encodage » et de « décodage », de modèle de production et de modèle d'interprétation. En outre, un accent particulier est mis sur les « compétences idéologiques et culturelles » ainsi que les « déterminations psy-».

* 20 Dans le cadre de la théorie des actes de langages conçue par Searle, chaque énoncé comporte un aspect locutoire, un aspect illocutoire et un aspect perlocutoire. L'aspect locutoire renvoie aux caractéristiques syntaxiques et sémantiques "objectives" de l'énoncé, l'aspect illocutoire à la valeur d'acte que prend l'énoncé et l'aspect perlocutoire l'effet concret que produit l'énoncé dans le monde réel, ou encore le taux de succès ou d'efficacité de cet énoncé.

* 21 Pour Baudrillard, « la séduction représente la maîtrise de l'univers symbolique alors que le pouvoir ne représente que la maîtrise de l'univers réel. La souveraineté de la séduction est sans commune mesure avec la détention du pouvoir politique ».

* 22 La Constitution, dans son Titre II consacré au Président de la République indique clairement : Article 42 : Le Président de la République est le gardien de la Constitution. Il incarne l'unité nationale. Il est le garant du fonctionnement régulier des institutions, de l'indépendance nationale et de l'intégrité du territoire. Il détermine la politique de la Nation.

Article 49 : Le Président de la République nomme le Premier ministre et met fin à ses fonctions. Sur la proposition du Premier ministre, le Président de la République nomme les ministres, fixe leurs attributions et met fin à leurs fonctions.

* 23 La « marche bleue consistait, pour le Pds, à battre campagne à travers les différentes villes du Sénégal, sous la forme d'un convoi qui traversera le Sénégal de bout en bout avec l'avantage de ne pas tenir systématiquement des meetings politiques. Ceux-ci nécessitant une logistique et des moyens financiers dont le Pds ne disposait pas.

* 24Selon l'hebdomadaire indépendant Nouvel Horizon en date du 03 Juin 2005, « Idrissa Seck était [quand il était Directeur de cabinet du Chef de l'Etat] l'homme fort du régime libéral après Wade. Celui qui avait l'oreille du président et qui, par le truchement de celui-ci, faisait et défaisait toutes les carrières dans les sphères de l'Etat et dans l'appareil du Pds.

* 25 Les cas les plus patents sont ceux des frondeurs de Dakar : Doudou Wade, Lamine Ba et Abdou Fall. Les deux derniers nommés seront d'ailleurs écartés du Gouvernement. C'est le même sort que subira le Ministre Aminata Tall. Ironie du sort, toutes ces personnes siègent actuellement au Gouvernement contrairement à monsieur Seck qui est présentement incarcéré à la prison de Rebeuss.

* 26 Idrissa Seck déclara, quelques semaines seulement après la formation du Gouvernement de l'Alternance, qu'il battrait Moustapha Niasse, le Premier ministre et en même temps allié du PDS, aux prochaines élections législatives.

* 27 Arrivé troisième au premier tour de l'élection présidentielle, il a soutenu, au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2000, le candidat opposant Abdoulaye Wade, qui sera finalement élu et qui fera de lui son Premier ministre.

* 28 Mame madior Boye est une juriste de formation, sans appartenance politique. Elle a d'abord été ministre de la Justice dans le premier Gouvernement de l'Alternance avant d'être nommée Premier ministre de mars 2001 à novembre 2002.

* 29 Cette information n'a jamais été démentie officiellement. Toutefois nous n'avons pas pu en vérifier la véracité. Toutefois, il existe un site Internet portant le nom du Premier ministre Idrissa Seck sur lequel est inscrite cette phrase : « Idrissa Seck, next President ». Voir www.idrissaseck.com site visité le 29 juillet 2005.

* 30 Issa Sall, « L'Homme pressé », Nouvel Horizon N° 217 du 14 avril 2000.

* 31 Nous avions souhaité rencontrer l'ancien Premier Ministre pour vérifier à son niveau la réalité de certains présupposés, dont, entre autres, s'il s'était livré à un « médias training », à savoir un entraînement, une répétition générale afin d'optimiser sa prestation. Malheureusement, la semaine retenue pour l'entretien a coïncidé avec son interrogatoire dans le cadre des « chantiers de Thiès ».

* 32 L'événement est un "fait ou situation qui se produit dans le réel, et dont les médias rendent compte sous la forme d'une stratégie appelée médiatisation de l'événement. (.....) En ce sens, il s'agit d'une circonstance qui, en soi, n'a ni signification, ni valeur particulière; c'est dans la communication que l'événement faisant l'objet d'une diffusion, d'une circulation entre les destinataires de l'information, va avoir une fonction symbolique : va être doté d'un sens" (Lamizet et Silem 1997 : 237).

* 33 Il s'agit notamment de Walf Fm, de Sud Fm et de radio Sénégal

* 34 "Les événements sociaux ne sont pas des objets qui se trouveraient tout faits quelque part dans la réalité et dont les médias nous feraient connaître les propriétés et les avatars après-coup avec plus ou moins de fidélité. Ils n'existent que dans la mesure où ces médias les façonnent" (VERON 1981 : 1).

* 35 Il y a eu la Déclaration de politique générale de Moustapha Niasse en 2000 et celle de Mame Madior Boye en 2001.

* 36 Les Romains, dans le sillage d'Isocrate, puis de Quintilien, considéraient l'ethos comme un élément plutôt social (lié au statut social et aux moeurs de l'orateur), que discursif. Cette conception connaîtra une évolution à l'âge classique avec l'introduction de la notion de moeurs oratoires pour désigner l'ethos que l'on oppose aux moeurs sociales. Une distinction ainsi expliquée par le rhétoricien Gibert Cité par Le Guern (1977 : 284) : « Nous distinguons les moeurs oratoires d'avec les moeurs réelles. Cela est aisé. Car qu'on soit effectivement honnête homme, que l'on ait de la pitié, de la religion, de la modestie, de la justice, de la facilité à vivre avec le monde, ou que, au contraire, on soit vicieux, [...] c'est là ce qu'on appelle moeurs réelles. Mais qu'un homme paraisse tel ou tel par le discours, cela s'appelle moeurs oratoires.

* 37 Dans le Coran, sourate Le tonnerre verset onze.

* 38 La prière elle-même est précédée d'une intention. Donc son intention viendra se joindre à l'intention du prieur.

* 39 Une pureté à la fois physiologique mais aussi spirituelle.

* 40 L'Audit, au demeurant, ne se limitera pas à un stock de dossiers passés, mais accompagnera de façon permanente, comme outil de prévention autant que de répression, la gestion en cours. Et c'est là que réside son vrai rôle au service de la transparence élevée au rang d'obligation constitutionnelle par notre régime.

* 41 Pour les notions de position, voir Kerbrat-Orecchioni, (Orecchioni 1992 I : p. 95).

* 42 Le corps enseignant serait la catégorie socioprofessionnelle majoritaire à l'Assemblée nationale.

* 43 Les FTA (Face Threatening Act) sont des actes de langages verbaux et non verbaux qui menacent les faces des interactants. On distingue quatre types de FTA: actes menaçant la face négative de celui qui les accomplit (offre, promesse, etc.); actes menaçant la face positive de celui qui les accomplit (aveu, autocritique, etc.); actes menaçant la face négative d'autrui (violation de nature non verbale, questions indiscrètes, actes directifs, etc.) et actes menaçant la face positive de celui qui les subit (critique, réfutation, etc.).

L'interaction n'est pas uniquement le lieu d'une confrontation. Il aussi un espace de recherche de consensus et d'accord. Dès lors, nous notons, à cotés des FTAS constitutives de la marque agressive, les anti-FTA ou FFA (face flattering acts). Ils valorisent l'une ou l'autre des faces en réalisant une politesse négative (par atténuation ou occultation du FTA), et positive avec des actes ou des comportements valorisants.

* 44 Cette expression a été utilisée par le Premier ministre Moustapha Niasse lors de sa Déclaration de politique générale en 2000.

* 45 L'importance de l'intention est très nette dans la religion musulmane. En effet, le Prophète, dans un de ses hadiths (propos), aurait souligné que « les actions ne valent que par les intentions ».