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Le Syndrome d'Aliénation Parentale


par Didier Erwoine
Université de Liège Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education - Licence en psychologie
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

Copyright (c) Didier ERWOINE

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Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education (FAPSE)

Didier ERWOINE Mémoire réalisé en vue de l'obtention

du titre de licencié en Psychologie

Promoteur: Christian MORMONT Lecteurs: Etienne DESSOY Caroline GEUZAINE

Année académique 2003-2004

TABLE DES MATIERES

PREMIERE PARTIE : THEORIE

Chapitre 1 : Introduction

1.1. Préambule

1.2. Historique

1.3. Définitions préliminaires

1.4. Définition du Syndrome d'Aliénation Parentale (PAS)

1.5. Personnes concernées

1.6. Utilisation du mot << syndrome>>

1.7. Modèles alternatifs

1.7.1. L'enfant aliéné, AC model (Kelly & Johnston)

1.7.2. L'Aliénation Parentale, PA (Darnall)

1.7.3. Parentage Hostile-Agressif (HAP)

1.7.4. Syndrome de la Mère Hostile (Hostile Mother Syndrome) 1.7.5. Divorce-related Malicious Mother Syndrome (Tu rkat) 1.7.6. Le Syndrome de Médée, (Wallerstein & Blakeslee) 1.7.7. High Conflict Model (Johnston & Roseby)

1.7.8. Parentectomie (Williams)

1.8. Controverses a propos de la définition de Gardner 1.9. L'intérêt de l'enfant

1.10. Vers la reconnaissance d'un trouble

Chapitre 2 : Tableau clinique

2.1. Caractéristiques diagnostiques et description du process us

2.2.1. L'enfant

2.2.2. Le parent aliénant 2.2.3. Le parent aliéné 2.2.4. Le système familial 2.2.5. Autres actants

2.2. Niveaux de sévérité

2.3. Prévalence

2.4. Caractéristiques liées a l'âge, au sexe et au statut socio-économique

2.4.1. Chez l'enfant

2.4.2. Chez le parent aliénant

2.5. Cas particuliers

2.5.1. Le rapt parental

2.5.2. Les fausses allégations d'abu 2.5.3. Deux parents aliénants 2.5.4. PASdivisé

2.5.5. PAS renversé

2.6. Syndromes associés

2.6.1. Syndrome de Stockholm

2.6.2. Syndrome du Faux Souvenir (FMS)

2.7. Problématiques liées au Syndrome d'Aliénation Parentale

2.7.1. Concepts utilisés 2.7.2. Abus

2.8. Co-morbidité

2.9. Diagnostic différentiel

2.9.1. Aliénation parentale

2.9.2. Tentative de PAS (enfants résistants) 2.9.3. Parent rejection

2.9.4. Réactions normales au divorce

2.9.5. Anxiété de séparation

2.9.6. Enfants en difficulté, troublés et timide 2.9.7. Le gardien du parent

2.9.8. Préférence

2.9.9. Accusations non fondées de PAS

2.10. Evolution

2.10.1. L'enfant

2.10.2. Le parent aliénant 2.10.3. Le parent aliéné

Chapitre 3 : Traitements

3.1. Recommandations générales

3.2. Evaluation

3.3. Médiation familiale

3.4. Thérapie comportementale

3.5. Thérapie familiale (thérapies individuelle s combinées)

3.6. Thérapie systémique

3.7. Interventions Judiciaires

3.8. Travail sur les réactions du parent aliéné 3.9. Prévention

SECONDE PARTIE: PRATIQUE

Chapitre 1 : Echantillon

1.1. Démarches auprès des organismes et des profession ne ls

1.2. Accès aux suJets

1.3. Echantillon final

Chapitre 2 : Questions et hypotheses

2.1. Modèle étiologique

2.2. Questions et hypotheses de travail

Chapitre 3 : Procédure

3.1. Entretien structuré

3.2. Inventa ire de Personnalité Révisé (NEO PI-R) 3.3. Biais méthodologiques

Chapitre 4 : Résultats et discussion

4.1. Analyses transversales

4.3. Vérification des questions et hypotheses

CONCLUSIONS 102-105

ANNEXES 1-34

BIBLIOGRAPHIE I-X

Bibliographie I-VI

Conférences VII

Compléments bibliographiques VIII-X

Première partie : Théorie

Chapitre 1 : Introduction

1.1. Préambule

La séparation des parents entraîne des changements, voire des tensions, qui agissent sur la relation parent-enfant et sur le comportement de l'enfant. Les enfants issus de familles éclatées sont plus perturbés que les enfants provenant de familles intactes, et les garçons sont davantage troublés que les filles. Cependant, le facteur pathogène ne réside pas dans la séparation elle-même mais dans la manière dont les parents interagissent entre eux. Les troubles présentés par l'enfant sont variés, ils sont de l'ordre somatique (malaises physiques, insomnie, perte d'appétit), d'ordre affectif (épisodes d'anxiété et de dépression, sentiment de culpabilité, symptômes névrotiques), et d'ordre comportemental (délits, fugues, désinvestissement scolaire) (Pelsser, 1989).

Les parents, quant à eux, peuvent se conduire de manière inadaptée vis-à-vis de l'enfant. Par exemple, ils peuvent :

- « prendre l'enfant ou l'adolescent comme confident pour lui parler des difficultés qu'entraîne la séparation ou le divorce »,

- « chercher à présenter l'image de bon parent, à s'allier à l'enfant ou l'adolescent en se montrant permissif, séducteur ou surprotecteur (faveurs, cadeaux) »,

- « se montrer agressif ou rejetant vis-à-vis de l'enfant ou de l'adolescent parce qu'il est perçu comme étant proche ou allié de l'autre parent »,

- « présenter une image dévalorisante de l'autre parent, le dénigrer aux yeux de l'enfant ou de l'adolescent »,

- « considérer l'enfant ou l'adolescent comme une propriété, en cherchant à se l'approprier et à l'éloigner de l'autre parent ».

De manière générale, certains parents ne considèrent pas le bien-être de leur enfant, mais se servent de l'enfant dans le conflit conjugal. Dans un contexte de droit de garde, on peut assister à une bataille affective entre les parents (Pelsser, 1989). En effet, dans certains cas, les parents tendent à rechercher le support de l'enfant dans les critiques du parent adversaire. À l'état extrême, la motivation à obtenir l'approbation de l'enfant est si grande qu'elle en devient de la manipulation, donnant lieu à un « Syndrome d'Aliénation Parentale » (Byrne, 1989).

Pourquoi est-il si important pour l'enfant d'avoir ses deux parents ? Voici la question que pose Von Boch-Galhau (2002a). La personnalité de l'enfant se base sur ses deux parents. Aussi, l'enfant a besoin d'un tiers pour réussir son individuation et pouvoir manier suffisamment le « triangle » (sans quoi la configuration des relations est perturbée). Lorsqu'un enfant est confronté à la perte d'un parent, comme c'est le cas dans le « Syndrome d'Aliénation Parentale », sa personnalité se retrouve ébranlée (l'enfant subit une amputation psychique). Il est donc primordial que les parents apprennent à différencier leur couple conjugal de leur couple parental (qui, lui, ne doit pas disparaître).

Encore très méconnu par les professionnels, ce trouble ne reçoit pas l'attention qu'il mériterait, et ce dans les domaines juridique et psychologique. De plus, le parent à l'origine de ce trouble passe souvent inaperçu, voire reçoit le soutien de l'entourage social (tels l'avocat(e), le médecin, l'enseignant(e), ...) qui, sans vraiment s'en apercevoir, participe à une forme d'abus. Les conséquences de ce meurtre symbolique d'un parent n'en sont pas moins néfastes pour l'enfant. Pour cela, nous jugeons qu'il est nécessaire de s'intéresser de plus près à cette thématique.

Quel type de lien trouve-t-on dans les familles d'origine des parents ? Trouve-t-on des dysfonctionnements conjugaux et parentaux avant la séparation du couple ? Existe-t-il des facteurs de risque au Syndrome d'Aliénation Parental ? Existe-t-il des traits de personnalité particuliers chez le parent rejeté ?, ... Nous étudierons ces questions à travers une étude qualitative, basée sur le point de vue du parent dit « aliéné » (mis à l'écart).

1.2. Historique

Depuis la seconde guerre mondiale, une accélération au niveau du taux de divorces et des litiges de droit de garde des enfants est observée.

La période précédent 1970 est marquée par la philosophie de « l'âge tendre », qui considère la mère comme parent incontestablement préférable au père.

Dès les années `70, les hommes contestent cette supériorité maternelle et désirent investir davantage leur rôle de père. Parallèlement, les femmes conquièrent le marché du travail, et sont donc moins disponibles pour leurs enfants. La philosophie de l'âge tendre laisse place à la philosophie du « meilleur intérêt de l'enfant », où le sexe du parent n'est pas pris en compte. Les instances judiciaires accordent alors le droit de garde au (seul) parent le plus compétent.

Au début des années `80 apparaît le concept de « garde partagée ». En principe, les parents doivent être capables de communiquer et coopérer dans leurs responsabilités parentales. Or, les parents ayant recours au litige, prouvent qu'ils n'étaient pas à même de coopérer, voire de communiquer l'un avec l'autre.

En 1985, Gardner fait figure de pionner1 en décrivant pour la première fois le Parental Alienation Syndrome (PAS), une pathologie principalement rencontrée lors des litiges à propos du droit de garde.

Jusqu'à présent, très peu d'ouvrages se sont entièrement consacrés à ce syndrome.

1.3. Définitions préliminaires

Syndrome :

« Groupe bien défini de signes et symptômes qui coexistent habituellement mais ne suffisent pas à déterminer la nature d'une maladie pour la raison qu'on ne connaît pas les liens entre les éléments qui la composent ou bien parce qu'on peut l'observer dans diverses maladies » (Rycroft, 1968, p. 240).

Il est à noter que le syndrome est une « notion intermédiaire entre symptôme et entité » (Porot, 1965, p. 540).

Aliénation :

« Le concept d'aliénation s'inscrit dans l'opposition entre le Même et l'Autre, portant l'altérité au coeur même du sujet qui ne se connaît plus, ou plutôt ne peut plus se reconnaître, qu'en passant par l'autre. (...) Sur le plan psychopathologique, la psychiatrie classique l'utilise pour qualifier la folie où le sujet est devenu étranger à lui-même» (De Mijolla, 2002, p. 39).

1.4. Définition du Syndrome d'Aliénation Parentale (PAS)

« Le Syndrome d'Aliénation Parentale est un trouble chez l'enfant qui survient essentiellement dans le cadre d'un litige à propos du droit de garde. Sa première manifestation est une campagne de dénigrement de l'enfant contre un parent, campagne non-justifiée. Il en résulte, à partir d'une combinaison d'un programme d'endoctrinement du parent2 (lavage de cerveau) et de la contribution de l'enfant lui-même, le dénigrement du parent aliéné. Quand un réel abus ou une négligence parentale est présente, l'animosité de l'enfant peut être justifiée et donc le Syndrome

d'Aliénation Parentale comme explication à l'hostilité de l'enfant n'est pas applicable» (Gardner, 1 998a).

1.5. Personnes concernées

Les interactants sont donc :

- le parent aliénant3 : c'est le parent qui programme son enfant vers un dénigrement de l'autre parent4 ;

- le parent aliéné5 : c'est le parent contre qui le dénigrement est adressé ;

- l'enfant (ou les enfants) aliéné(s): l'enfant est d'une part programmé par le parent aliénant, mais d'autre part participe activement à la campagne de dénigrement du parent aliéné. Gardner (1998a) précise qu'il n'y a pas de limite d'âge : même un adulte peut être aliéné.

On peut rajouter :

- les grands-parents (et autres personnes) aliénants. Le problème du PAS est souvent
intergénérationnel : les grands-parents soutiennent l'aliénation (Major, 2000) ;

- les grands-parents aliénés (et toute autre personne appartenant au monde du parent aliéné), qui se voient attribuer le même sort que le parent aliéné (par généralisation) ;

- le beau-parent aliénant : il peut contribuer au processus du PAS, et ceci de différentes manières. De toute évidence, il soutient généralement leur conjoint(e) dans ses actions. Warshak (2000) a développé une dynamique à cet égard. Quand un parent se remarie, il voudrait satisfaire la fantaisie que la relation existant entre ses enfants et son ex-partenaire n'ait jamais existé, et que l'histoire familiale soit maintenant centrée sur le nouveau partenaire. Des sentiments de compétition peuvent naître chez le beau-parent à l'égard de l'ex-conjoint(e). Cette compétitivité6 s'exacerbe lorsque le beau-parent n'a pas d'enfants lui-même.

1.6. Utilisation du mot « syndrome »

Certains affirment que le PAS n'est pas un syndrome. Cette position est généralement rencontrée chez certains opposants à Gardner, ou dans les tribunaux. S'appliquant à la définition du mot « syndrome », le PAS est caractérisé par un groupe de symptômes qui apparaissent généralement conjointement chez l'enfant et le parent aliénant, spécialement dans les types modérés et sévères.

Typiquement, les enfants qui souffrent du PAS exhibent la plupart des symptômes (si pas tous). Néanmoins, dans les cas légers, on peut ne pas les voir apparaître tous. Comme cela est vrai pour les autres syndromes, il y a dans le PAS une cause spécifique sous-jacente : la programmation par un parent aliénant en conjonction avec des contributions par l'enfant programmé (Gardner, 1 998a).

Vu que le PAS n'est pas inclus dans le DSM-IV, les autorités ainsi que les tribunaux, ne reconnaissent le trouble en tant que tel (Hayward, 1999). Tout comme certains auteurs, ils parleront alors d'aliénation parentale (sans le mot « syndrome »).

Mais le fait d'utiliser « Aliénation parentale » (PA) à la place de « Syndrome d'Aliénation Parentale » (PAS) porte à confusion. L'aliénation parentale est un terme beaucoup plus large (dont le PAS est un sous-type). L'aliénation parentale7 a diverses causes : par exemple la négligence

3 Sont synonymes : aliénateur, endoctrineur, parent programmant, programmeur. Sont partiellement synonymes : parent aimé, parent favori, parent préféré, parent résidentiel, parent gardien.

4 La manipulation et la programmation sont en partie conscientes, en partie inconscientes (Von Boch-Galhau, 2002).

5 Sont synonymes : parent dénigré, parent déprécié, parent haï, parent cible, parent perdu, parent étranger, ... Sont partiellement synonymes : parent non résidentiel, parent non gardien, parent absent.

6 Cette compétition peut se produire à sens inverse : un parent peut se mettre à aliéner ses enfants, par crainte que ses enfants se mettent à aimer davantage le beau-parent. Si de plus, ce parent est seul, il peut appréhender le fait que les enfants préfèrent un foyer à deux parents, qui se rapproche de près à la famille intacte qu'ils ont connu avant le divorce.

7 L'aliénation parentale consiste donc pour l'enfant (et un de ses parents) à aliéner l'autre parent, qu'elle qu'en soit la cause (justifiée ou non). En somme, le Syndrome d'Aliénation Parentale est une aliénation parentale injustifiée.

parentale, l'abus (physique, sexuel ou émotionnel), l'abandon et toute autre forme de comportement parental aliénant8 (Gardner, 1998a).

1.7. Modèles alternatifs

D'autres modèles concurrents existent, sous des appellations variées9. La plupart d'entre eux invoquent cependant de la manipulation (ils sont alors classés comme manipulation-driven model). D'autres pensent que l'enfant s'aligne au parent qui ressent le plus d'empathie et qui comprend les besoins spécifiques de l'enfant selon son âge (on dit alors qu'ils s'agit d'un empathy-driven model) (Lampel, 1996).

1.7.1. L'enfant aliéné, AC model (Kelly & Johnston)

« L'enfant aliéné est celui qui exprime librement et de façon persistante des sentiments et des croyances déraisonnables (tels que rage, haine, rejet, crainte) envers un parent et qui sont significativement disproportionnées par rapport aux expériences réelles que l'enfant a vécues avec ce parent» (Kelly & Johnston, 2001).

Cette définition se centre uniquement sur l'enfant, et ne fait aucunement référence à l'influence du parent aliénant.

1.7.2. L'Aliénation Parentale, PA (Darnall)

Darnall définit l'aliénation parentale (plutôt que le « syndrome » d'aliénation parentale) comme « toute constellation de comportements, conscients ou inconscients, qui peuvent évoquer une perturbation dans la relation entre un enfant et l'autre parent ».

Tout parent devrait privilégier l'intérêt de l'enfant, en encourageant le lien qui unit son enfant à l'autre parent. Cependant, il se peut que l'équilibre se rompe. Dès que le parent se sent menacé par l'amour que porte l'enfant pour l'autre parent, l'aliénation s'enclenche, sans réelle intention consciente. La plupart du temps, les parents ne savent pas à quel point leurs commentaires et comportements subtils peuvent dégrader la relation enfant/autre parent.

Dans un divorce conflictuel, un parent peut avoir peur de perdre la garde de l'enfant, et ainsi mettre les enfants de son côté. En retour, il peut y avoir des représailles de l'autre parent. On obtient ainsi une lutte passionnée entre les deux parents.

Alors que la définition de Gardner se focalise sur le comportement de l'enfant et sa participation active dans le dénigrement de l'autre parent, Darnall propose une définition de l'aliénation parentale (PA) qui se centre sur le comportement du parent, car l'aliénation naît d'abord dans la haine du parent aliénant envers le parent aliéné avant de prendre place dans les croyances de l'enfant. Cette définition peut avoir un effet prophylactique chez certains parents. À partir du moment où les enfants en viennent à aller dans le sens du parent aliénant, il est trop tard pour prévenir les effets pervers de l'aliénation.

Comme le dit cet auteur, il est important de garder à l'esprit que le PAS n'est pas l'affaire d'un « mauvais parent » par opposition à un « bon parent ». Car on ne peut pas prétendre que les parents aliénés sont parfaits (« sans fautes »), ils peuvent, en quelque sorte, devenir aliénants à leur tour, quand ils rendent la pareille, à cause de leurs « blessures ». Le PAS est un processus, non une personne (Darnall, 1997 & 1999).

1.7.3. Parentage Hostile-Agressif (HAP)

Dans une synthèse publiée par le Service de Résolution de Conflit Familial du Canada (FCRS, 2003), le HAP (Hostile-Aggressive Parenting) est défini comme « un pattern général de comportement, d'actions ou de prise de décision d'un parent ou d'un gardien qui, directement ou indirectement :

- crée des difficultés indues, ou des interférences dans la relation d'un enfant avec un autre parent ou gardien impliqué dans le parentage et/ou l'éducation de l'enfant ; et/ou

- promeut ou maintient une injustice ou une inégalité injustifiée dans les arrangements entre les parents d'un enfant ou les gardiens ; et/ou

- promeut un conflit continu et inutile entre les parents ou les gardiens, ce qui affecte défavorablement le parentage, le bien-être et l'éducation d'un enfant ».

Le HAP se produit majoritairement dans les cas de disputes concernant le droit de garde, mais peut également avoir lieu chez des couples vivant touj ours ensemble.

Le HAP ne se limite pas au parent biologique mais s'étend à tout gardien au sens large : grand-parent10, membre de la famille, baby-sitter, ainsi que toute personne impliquée dans l'éducation de l'enfant.

Le PAS constitue la conséquence la plus sérieuse chez l'enfant exposé au HAP.

En résumé, le HAP se définit par un parentage dysfonctionnel, un abus émotionnel de l'enfant, et une forme de discrimination envers le parent cible.

1.7.4. Syndrome de la Mère Hostile

Le terme Hostile Mother Syndrome est également utilisé en Amérique du Nord, pour les mères qui aliènent les enfants contre les pères (Hayward, 1999).

1.7.5. Divorce-related Malicious Mother Syndrome (Turkat)

Turkat (1995) introduit la notion de « Syndrome de la mère malveillante ayant rapport au divorce ». Rand (1997a) précise que l'auteur aurait mieux fait de ne pas se référer à son expérience personnelle et d'appeler le trouble Malicious Parent Syndrome.

1.7.6. Le Syndrome de Médée (Wallerstein & Blakeslee)

En 1989, Wallerstein et Blakeslee11 introduisent le terme Medea Syndrome pour définir les parents vindicatifs qui détruisent la relation que leurs enfants ont avec leur ex-épous(e). Le Syndrome de Médée débute lorsque les parents perdent de vue que les enfants ont des besoins séparés (et qu'ils ne sont pas une extension d'eux-mêmes). L'enfant est employé comme objet de vengeance contre l'autre parent. Ces parents agissent leur colère d'une façon désorganisée, utilisent leurs enfants comme des armes, plus qu'ils ne les protègent.

En 1998, Gordon décrit le complexe de Médée12 (Medea Complex). Il s'agit de la vengeance d'une mère contre son ancien partenaire qui consiste à le priver de ses enfants.

1.7.7. High Conflict Model (Johnston & Roseby)

Ces auteurs voient le phénomène comme résultant d'une mauvaise adaptation de l'enfant à un divorce hautement conflictuel. Ce modèle (décrit en 1997) accepte l'utilité d'une classification particulière pour les enfants aliénés. Les termes d' « alliances affreuses », et de « formes

extrêmes d'aliénation parentale » sont employés à la place du PAS. Cette conceptualisation diffère de celle de Gardner, par l'importance accordée aux vulnérabilités psychologiques de l'enfant et à la contribution de l'ensemble du système familial dans l'aliénation de l'enfant. Ces alliances sont une manifestation de l'échec du processus de séparation-individuation (processus dans lequel l'enfant doit développer son indépendance psychique vis-à-vis de ses parents).

1.7.8. Parentectomie (Williams)

Selon Williams (1990), « la parentectomie est la suppression, l'effacement ou la diminution sévère d'un parent dans la vie d'un enfant, à la suite d'une séparation ou d'un divorce. La parentectomie recouvre un large champ de suppression parentale allant de la parentectomie partielle (« Tu peux rendre visite à papa ou maman tous les autres dimanches ») à une parentectomie totale comme dans le Syndrome d'Aliénation Parentale ou l'absence complète d'un parent. Les parentectomies sont psychologiquement létales pour les enfants et les parents. »

1.8. Controverses à propos de la définition de Gardner

Cartwright (1993) pense que le PAS ne se limite pas au contexte de droit de garde. D'autres facteurs peuvent intervenir (les finances, un héritage, un soutien à l'enfant) et conduire à un climat émotionnel favorable au PAS.

La définition de Gardner établit que la critique du parent aliénant peut être injustifiée ou exagérée. Darnall (1997) pense que ce n'est pas nécessaire. Un parent peut aliéner ses enfants contre l'autre parent simplement en ressassant toujours les mêmes fautes qui peuvent être réelles. Cependant, sachant que les enfants ont besoin de leurs deux parents, ils peuvent aider leurs enfants à faire ressortir chez l'autre parent les points positifs plus que les fautes.

Warshak (2001 a) rappelle que la définition de Gardner implique trois éléments indissociables : 1) le dénigrement d'un parent ; 2) ce dénigrement est injustifié ; et 3) il est le résultat partiel de l'influence du parent aliénant. Si l'un des éléments est absent, le terme PAS n'est pas applicable. Certaines des controverses à propos du PAS concernent les deuxième et troisième éléments, considérés comme non nécessaires (l'enfant souffrirait uniquement sur base du premier élément).

On ne retrouve pas le troisième élément (l'influence du parent aliénant) de la conception de Gardner dans la définition de Kelly & Johnston. L'influence du parent aliénant est insuffisante pour expliquer l'aliénation vu qu'il existe des enfants qui résistent. Donc, pour Kelly & Johnston, d'autres facteurs doivent intervenir, comme par exemple l'histoire des parents, le contexte du divorce, le tempérament de l'enfant, les relations fraternelles, etc.

Selon Warshak (2001a), pour conceptualiser un nouveau trouble, il faut : 1) que le phénomène existe, 2) que ce soit une déviation de la norme, 3) que ces symptômes garantis sent une entité séparée (ne se recouvre pas avec une entité préexistante). La plupart des professionnels de la santé remarquent que certains enfants développent, dans un contexte de divorce, une animosité injustifiée envers un parent (et soutenue par l'autre parent). Que ce type d'enfant existe ne fait pas l'objet de désaccords dans la littérature. La question est plutôt de savoir si ce trouble nécessite une entité nouvelle, et si oui, si le concept de PAS convient.

Major (2000), pose la question de la déviation par rapport à la norme. Au moment de la séparation se produisent souvent des manifestations du PAS Si tu as peur, tu m 'appelles directement, ok ? »). Habituellement, ces attitudes aliénantes meurent après que les parents se sont habitués aux changements induits par la séparation. Cependant, dans certains cas, l'anxiété ne s'apaise pas, au contraire elle s'aggrave.

Les critiques générales concernant le PAS affirment ceci : 1) il simplifie les causes de l'aliénation, 2) il mène à la confusion dans le travail clinique avec les enfants aliénés, 3) il manque d'une base scientifique pour être considéré comme un syndrome (Warshak, 2001a). Certains auteurs

vont jusqu'à contester l'existence même du PAS (notamment Faller, 1998)13. Il arrive que le PAS soit considéré non comme une réalité mais comme une invention (une « Gardner's theory »)14.

1.9. L'intérêt de l'enfant

Selon Pelsser (1989), la séparation parentale amène inévitablement à questionner l'intérêt de l'enfant en ce qui concerne la garde et les droits de visite. Certains parents donnent la priorité au bien-être de l'enfant ; d'autres se servent de leurs enfants pour régler leurs conflits conjugaux. L'intérêt de l'enfant nécessite que les décisions juridiques prennent en compte les aspects bénéfiques du développement de l'enfant ainsi que ses besoins psychologiques. Cela ne signifie pas que cet intérêt se superpose avec le désir exprimé par l'enfant, car celui-ci peut être influencé par les parents. Là se situe le risque : au nom des droits de l'enfant, on donne crédit aux desiderata de l'enfant, alors que ceux-ci peuvent aller à contre-sens de ses propres besoins.

Ainsi, Pelsser (1989) cite la législation de l'État de Michigan en matière de garde, concernant l'intérêt de l'enfant. Les facteurs en lien direct avec le PAS sont :

- « la probabilité que l'enfant puisse maintenir les relations familiales existantes (par exemple grands-parents) et l'unité familiale (frères, soeurs) » ;

- « la nature de la relation affective entre les parents séparés et la probabilité que le parent ayant la garde permette facilement l'accès à l'autre parent et renvoie une image positive de celui-ci en tant que conjoint » ;

- « le choix et le désir de l'enfant dans la mesure où ceux-ci sont suffisamment raisonnables et exprimés sans influence » ;

- « la capacité de chaque parent de respecter les besoins et le développement de l'enfant et de laisser un accès suffisamment libre à l'autre parent et à ses apports possibles ».

1.10. Vers la reconnaissance d'un trouble

Le PAS est reconnu comme un pattern comportemental, mais non comme une maladie dans la CIM-10. L'aliénation en cas de rupture de la vie familiale suite à la séparation ou le divorce est reprise sous le code Z 63.5 (Van Boch-Galhau, 2002a). Touj ours en référence à la CIM- 10, Andritsky (2002) cite l'Abus psychique (T74.3), la Perte d'un parent proche ou d'un gardien durant l'enfance (Z61 .0), le Changement de la structure des relations durant l'enfance (Z61 .2), l'Abus émotionnel et négligence de l'enfant (Z62.4), et la Rupture familiale via séparation ou divorce (Z63.6).

Le coordinateur du DSM-V a informé Gardner qu'un dossier avait été ouvert pour le Syndrome d'Aliénation Parentale. En effet, le nombre d'articles sur le PAS a sensiblement augmenté depuis 1994, date de parution du DSM-IV. En cas d'introduction du PAS dans le DSM-V, Gardner précise que son appellation pourrait être modifiée en Parental Alienation Disorder (Trouble d'Aliénation Parentale). (Gardner, 2001b et 2003b).

13 « Le Syndrome d'Aliénation Parentale est un syndrome non diagnostic. Il explique seulement le comportement de l'enfant et de la mère, si l'enfant n'a pas été abusé sexuellement » (Faller, 1998, p. 111).

14 Les arguments les plus courants sont que le PAS n'existe pas parce qu'il ne se trouve pas dans le DSM-IV, qu'il n'est pas un « syndrome », qu'il blâme un parent et exonère l'autre, ... (Gardner, 2003b).

Chapitre 2 : Tableau clinique

2.1. Caractéristiques diagnostiques et description du processus

2.1.1. L'enfant

Les huit manifestations symptomatiques (« critères décisionnels ») repérées par Gardner (1998a) chez l'enfant sont15 :

(1) Campagne de dénigrement (diffamation)

L'enfant médit continuellement l'autre parent, dit le haïr et ne plus vouloir le voir :

« Je le déteste, et je ne veux plus le voir de toute ma vie ».

L'enfant crée une distinction entre les objets (notamment les jouets) en provenance de la maison du parent aliénant et ceux du parent aliéné. Ces derniers ne sont plus ramenés dans la maison du parent aliénant, car l'enfant les considère comme « contaminés ».

(2) Rationalisations faibles, frivoles, et absurdes

L'enfant donne des prétextes futiles, peu crédibles, ou absurdes pour justifier sa dépréciation du parent aliéné. Cette hostilité est non crédible, car non reliée à des évènements significatifs :

« Il fait du bruit en mangeant », « Il me parle de foot », «Il m 'oblige à sortir les déchets », « Il n 'y a jamais de lait pour mes céréales ».

L'enfant peut se référer à des altercations mineures et passées avec le parent aliéné :

« Il criait très fort quand il me demandait de me laver les dents ».

Généralement, le parent aliénant considère ces rationalisations comme valables.

Parfois, l'enfant ne donne pas de raisons du tout :

« C 'est ainsi, je le sais ».

(3) Absence d'ambivalence

Un parent est adoré par l'enfant, l'autre haï. L'enfant est absolument sûr de lui et son sentiment exprimé à l'égard du parent aliéné est sans équivoque : c'est de la haine :

« Mon père est le plus mauvais du monde ».

Lorsqu'on l'interroge, l'enfant n'a aucun souvenir d'interaction positive avec le parent aliéné.

(4) Phénomène du penseur indépendant (ou du penseur libre)

Il s'établit un consensus sur le fait que le rejet vient de l'enfant. L'enfant aliéné ne reconnaît jamais qu'il a été l'objet d'une influence.

L'enfant dira « C'est ma décision de ne plus aller chez papa ».

Le parent aliénant : « Je veux bien qu 'il aille chez son père mais c 'est lui qui ne veut pas. Et je vais me battre jusqu 'au bout pour que mon enfant soit respecté».

(5) Soutien au parent aliénant

L'enfant prend la défense du parent aliénant dans le conflit, se perçoit comme un soutien au parent gardien, qui serait « persécuté » par le parent aliéné. Il devient son « petit soldat ». Par exemple, il volera de sa propre initiative des documents appartenant au parent aliéné, qu'il ramènera au parent aliénant.

(6) Absence de culpabilité

L'enfant n'éprouve aucune culpabilité par rapport à la mise à mort du parent aliéné. Ce processus est plus actif que le manque d'ambivalence. On observe une coloration sadique :

15 Plus il y a de symptômes, plus le niveau de gravité du PAS augmente (léger, modéré, sévère).

« Je suis bien débarrassé depuis que je ne le vois plus » ; « C 'est bien fait pour lui » ; « Ça ne me sert à rien de le voir ».

(7) Présence de scénarios empruntés

L'enfant relate des faits qu'il a manifestement entendu raconter. Il emploie un langage d'adulte emprunté au parent aliénant (voire au grand-parent aliénant).

À six ans, il dira : « Il a demandé la baisse de la pension alimentaire » ; « Elle m 'importune tout le temps » ; ou « Elle viole ma vie privée ».

(8) Animosité étendue à l'ensemble du monde du parent aliéné

L'enfant généralise son animosité à l'ensemble du monde du parent aliéné : grands-parents, oncles, cousins, amis, ..., mais aussi pays, religion, culture ... L'étendue de l'animosité peut même concerner un animal dome stique autrefois affectivement investi par l'enfant.

Gardner (1998a) développe la dynamique sous-jacente chez l'enfant :

- Crainte de perte du lien psychologique primaire : la peur de perdre l'amour du parent aliénant (souvent la mère) est le facteur principal à l'origine des symptômes chez l'enfant.

- Formation réactionnelle : la haine obsédante n'est qu'une forme déguisée d'amour pour le parent aliéné.

- Identification à l'agresseur : l'enfant peut s'allier au parent aliénant dans le but de se protéger contre l'hostilité de ce dernier.

- Identification à une personne idéalisée : l'enfant s'identifie à un parent vu comme parfait.

- Décharge de l'hostilité : le PAS permet à l'enfant de décharger sa colère vis-à-vis de la séparation parentale.

- Pouvoir : évacuer sa rage donne à l'enfant une impression de pouvoir. L'enfant peut se permettre d'être inconvenant avec le parent aliéné, sachant qu'il est « couvert » par le parent aliénant.

- Contagion des émotions : la rage du parent aliénant se transmet rapidement à l'enfant.

- Rivalité sexuelle : avec un parent de sexe opposé, l'enfant engage des attitudes de séduction, et désire être en relation unique avec ce parent.

2.1.2. Le parent aliénant

Warshak (2001b) explicite différentes catégories de comportements chez le parent aliénant (qui se répercutent sur l'enfant) :

Jeu du nom

Trois tactiques se retrouvent dans cette manipulation des noms. La première consiste à étiqueter péjorativement le parent aliéné (en parlant de lui sous la nomination « l'imbécile », « la sorcière », ...).

Touj ours dans le but d'induire l'irrespect, la deuxième manifestation est plus subtile : le parent aliénant fait référence à l'autre parent en utilisant son prénom (au lieu de dire « Ta mère est au téléphone », il dira « Gloria veut te parler »). Le parent aliéné perd alors son autorité de parent. La troisième stratégie est le changement de nom de l'enfant : la mère attribue à l'enfant le nom de son nouveau conjoint ou si elle est seule, son nom de jeune fille. Le changement peut aussi porter sur le prénom de l'enfant16.

Répétition

Le message aliénant est répété. Telle une propagande politique, ce message finit par être familier pour l'enfant. La répétition intervient également dans l'implantation de faux souvenirs.

16 Dans un contexte de garde alternée, l'enfant continue à être appelé par son vrai prénom chez le parent aliéné, et par un pseudo-prénom chez le parent aliénant (situation confuse pour l'enfant) (Wharshak, 2001b).

Attention sélective

Le parent aliénant s'appuie sur l'ambivalence naturelle de l'enfant envers ses parents. Il attire l'attention de l'enfant sur les seuls traits négatifs du parent aliéné. À l'inverse, les éléments positifs, pouvant équilibrer l'ambivalence, ne sont pas mentionnés. Il existe également une attention sélective subtile : le parent aliénant n'émet aucun commentaire négatif, mais pose des questions qui amène l'enfant à constater des failles chez le parent aliéné.

Jugement hors-contexte

Le parent programmeur juge des comportements du parent aliéné en les tirant de leur contexte. Parfois ce parent provoque délibérément une scène (où il exacerbe la rage du parent aliéné) dans le but de prouver à l'enfant la dangerosité de ce parent (« Regarde comme ton père est violent »).

Exagération

Le comportement de départ du parent aliéné est amplifié. Van Gijseghem (05/11/02) cite deux exemples : si le parent aliéné boit une bière, il est considéré comme « alcoolique » ; si par le passé, le parent aliéné a essayé du cannabis, il devient un « drogué ».

Mensonges

Le parent aliénant donne des fausses informations (négatives) à propos du parent aliéné. Gardner cite l'exemple suivant : au téléphone, une mère a rétorqué (en présence de l'enfant) : « C'est ton opinion, moi je trouve que c'est un très joli garçon ! » (laissant sous-entendre des propos négatifs de la part du parent aliéné).

Révisionnisme

L'aliénateur reconstruit l'histoire de l'enfant. L'implication du parent aliéné est minimisée ou déniée. Une sortie en week-end prévue par le couple est transformée en : « Ce jour-là ton père a insisté pour que nous vous quittions pour le week-end ». Van Gijseghem (05/11/02) cite un autre exemple : l'enfant a dit : « Tu te souviens maman, on était à Walibi ? » et la mère a rétorqué « Oui, et tu te souviens aussi qu'il ne voulait pas te payer de barbe à papa ? ».

Théorie du changement total

Parfois, la relation entre l'enfant et le parent aliéné fut tellement positive que toute tentative pour revisiter l'histoire relationnelle est vaine. L'endoctrineur s'attaque alors au présent (plutôt qu'au passé), arguant que le parent aliéné n'est plus le même qu'avant.

Suggestions et allusions

Le parent aliénant n'a pas forcément besoin d'utiliser le mensonge ou la critique pour émettre un message négatif à l'enfant. Si l'enfant exprime son enthousiasme au téléphone, à propos d'une activité qu'il est en train de réaliser chez le parent aliéné, le parent aliénant peut par exemple répondre : « J'espère que tu ne t'es pas fait mal », signifiant à l'enfant son non-intérêt pour le temps que celui-ci passe chez l'autre parent.

Exploitation

Le parent aliénant encourage l'enfant à exploiter l'autre parent, c'est-à-dire à exiger de sa part de l'argent, des objets de valeur, etc.

Piété hypocrite

La rectitude peut servir de levier à l'aliénation. Le parent aliénant pointe du doigt l'atteinte à la morale. Un commentaire typique est « Je ne peux m'attendre qu'à cela de sa part ».

Religiosité

La droiture est davantage efficace lorsqu'elle est combinée à la religion. Le parent aliénant, sans spécialement exprimer ses convictions religieuses, dénonce des déviances de la part du parent aliéné (« C'est une pécheresse »). Si le parent aliéné dort avec une autre personne, il « viole les lois de Dieu ». La religion a force de loi ; quand le parent aliénant énonce un principe religieux, l'enfant doit l'accepter sans poser de questions.

Concept de « vérité »

L'endoctrineur nomme de façon répétée sa version déformée de la réalité comme étant « la vérité ». Le parent aliénant se sert de « la vérité » pour justifier son dénigrement et montrer sa volonté d'être juste honnête envers l'enfant.

Indulgence excessive

Le parent aliénant est volontairement plus permissif que le parent aliéné afin de séduire l'enfant. Il peut aussi montrer son soutien à l'enfant lorsque celui-ci se plaint du parent aliéné (par exemple en ne le forçant pas à manger).

Empiètement

Le parent aliénant perturbe le temps de garde alloué à l'autre parent. Une technique particulière est de téléphoner et de dire d'emblée, sans tenir compte de l'état de l'enfant, « Qu'y a-t-il ? Estce que ça va ? ». Une autre méthode (toujours au téléphone) consiste à culpabiliser l'enfant (« Comme tu me manques ! »). Enfin, il existe la manoeuvre dont le principe est d'organiser un évènement (fête avec les camarades, journée dans un parc d'attraction, ...) qui se déroule sur le temps de garde du parent écarté.

« Cape et épée »

L'aliénateur donne des directives à l'enfant telles que garder des secrets, espionner le parent aliéné, de dire des mensonges, et voler des documents. Darnall (1999) considère que les secrets, les codes, les rendez-vous clandestins placent l'enfant dans une relation exclusive (avec le parent aliénant) qui exclut l'autre parent.

Conspiration

Le parent aliénant promeut l'aliénation en cherchant le soutien de la part de personnes de son entourage, qui deviennent des co-programmeurs. Quand le co-programmeur est un enfant déjà aliéné antérieurement, il surveille l'enfant cible au niveau de la loyauté envers le parent aliénant.

Conditionnement à la résistance

À l'instar de suggestions posthypnotiques, le parent aliénant prévient les enfants que les personnes qui les questionnent à propos des relations familiales sont des gens qui essaient de les manipuler. Les enfants sont alors encouragés à couper la communication.

Projection17

Les sentiments, impulsions et pensées que le parent aliénant ne reconnaît pas en lui-même sont projetés sur le parent aliéné. Par exemple, le parent aliénant accuse le parent aliéné d'être cruel ; de ce fait, il évite l'aperception de sa propre cruauté.

Rationalisation

Le parent aliénant convainc les autres et se convainc lui-même qu'il ne fait rien de mal18. Aussi, on peut voir le « respect du choix de l'enfant » (de ne plus voir le parent aliéné) comme une rationalisation (qui curieusement ne concerne pas l'obligation d'aller à l'école, ou d'aller chez le médecin).

Parmi les comportements saboteurs listés par Gonçalves (2003, p. 253) et non développés par Warshak, on retrouve :

- refuser de passer les communications téléphoniques,

- intercepter le courrier et les paquets envoyés aux enfants,

- présenter le nouveau conjoint aux enfants comme leur nouvelle mère ou leur nouveau père,

- parler d'une manière désobligeante du nouveau conjoint de l'autre parent,

- refuser d'informer l'autre parent au sujet des activités dans lesquelles les enfants sont impliqués (matchs de sport, représentation théâtrale, activités scolaires, ...),

- empêcher l'autre parent d'avoir accès aux dossiers scolaire et/ou médical des enfants,

- « oublier » de prévenir l'autre parent des rendez-vous importants (dentiste, médecin, psychologue, ...),

- prendre d'importantes décisions concernant les enfants sans consulter l'autre parent (choix de la religion, choix de l'école),

- raconter aux enfants que les vêtements que l'autre parent leur a achetés sont laids et leur interdire de les porter,

- reprocher à l'autre parent la mauvaise conduite des enfants,

- menacer de punir les enfants s'ils appellent, écrivent ou essayent de contacter l'autre parent de n'importe quelle façon.

Van Gij seghem établit une distinction entre :

- le lavage de cerveau (brainwashing)19 : termes choisis, perturbation des communications téléphoniques, création d'une alliance par l'utilisation du « nous », destruction et reconstruction des souvenirs de l'enfant, sarcasmes et interrogations orientées (après la visite chez l'autre parent) ;

- le conditionnement subtil (programming) : abstention (insinuation non développée quant à l'autre parent), présence non nécessaire d'un tiers lors des transitions, aspect de neutralité, obligations créées afin de justifier l'absence de l'enfant aux visites, remarques culpabilisantes, croyances transmises.

Le divorce, en tant que crise dans la vie réveille des sentiments archaïques d'angoisse, de colère, de tristesse et de danger. Le parent projette d'anciennes blessures sur le partenaire et la relation actuelle. Si le parent en vient à endoctriner son enfant, c'est qu'il n'a pas réussi à intégrer de manière structurante l'expérience sensible de la séparation. Se développe ainsi une peur panique de perdre l'enfant, après avoir déjà perdu le conjoint (Von Boch-Galhau, 2002a).

Les peurs du parent aliénant sont profondément ancrées, et présentes dès la formation du couple (Kodjoe, 21/11/03).

Suite à une séparation, il arrive que le parent gardien se plaigne continuellement de ses souffrances et transforme son enfant en aide-soignante (substitut maternel) sans tenir compte des besoins de l'enfant. L'identification au parent qui se désigne comme lésé est « une des formes que Ferenczy (1933) a nommé le "terrorisme de la souffrance". Dans ce processus, un parent, père ou mère, s'attache à l'enfant en en faisant le réceptacle forcé de son malheur » (Berger, 1997, p. 23).

Major (2000) établit que le parent aliénant peut avoir été bloqué aux premiers stade du développement, au niveau de l'individuation. Pour ce parent, il est impératif d'avoir la maîtrise absolue de son enfant. Il ne considère pas son enfant comme un être séparé. Face à une demande de garde alternée, il (elle) a l'impression de devoir se fracturer d'une partie de son corps. Le parent aliénant n'a pas de conscience morale et est incapable de ressentir de l'empathie, ou de considérer un autre point de vue que le sien propre. Il est aussi incapable de faire la part des choses entre la réalité et ses désirs. Il peut décrire un évènement fabulé dans le détail (dans son esprit, cet évènement a eu lieu). Dans le cas du complexe de Médée (Gordon, 1998), la mère est incapable de gérer la séparation. Dans son inconscient, le père et les enfants représentent la même chose, et elle désire leur destruction à tous les deux. Une telle mère présente probablement une structure borderline ou psychotique.

Les motivations du parent aliénant sont très variables. Le PAS peut être motivé par la perte de l'identité parentale, la perte de la famille, l'envie, la rage et la vengeance (envie de punir l'autre parent), la réaction « d'allergie psychologique » à l'autre parent (se référant au besoin de briser la dépendance) (Williams, 1990). Aussi, on peut retrouver comme motivation le préjudice narcissique, la rivalité fraternelle centrée sur le contrôle et l'amour de l'enfant, la dépendance pathologique à l'enfant (servant à combattre les sentiments de perte). Ces motivations ne sont pas conscientes chez le parent aliénant, et elles apparaissent sous des formes socialement acceptables (Dunne et Hedrick, 1994). Le facteur économique est susceptible d'intervenir (un parent divorcé, souvent la mère, peut souffrir des privations financières qu'impose la séparation et devenir aliénant). Il arrive également que le parent aliénant soit surprotecteur et, voyant le monde comme menaçant, conçoive mal qu'une autre personne puisse s'occuper de ses enfants (Chaplier, 2003). D'autres facteurs motivationnels possibles sont la jalousie, la peur de perdre l'enfant, le maintien de la relation maritale, le désir de contrôle et de dominance (Clawar et Rivlin, 1991). Il arrive que le parent aliénant veuille se déculpabiliser de l'échec du couple et cicatriser la blessure narcissique induite par la séparation. Il peut également s'appuyer sur l'enfant pour contrecarrer un état dépressif en l'empêchant d'investir d'autres domaines que le foyer monoparental (Samalin-Amboise, 1994). Lorsqu'un parent dévalorise l'autre et gomme ses propres faiblesses, il tente de sauver son estime de soi. D'autres parents vont investir leur nouveau(elle) partenaire comme un parent pour leur enfant (le réel autre parent devant disparaître). Enfin, certains parents, après s'être sentis humiliés, loin de considérer l'autre parent comme dangereux, estiment tout simplement que l'autre parent doit payer pour ce qu'il a fait (Poussin et Martin-Lebrun, 1997).

Un chapitre du livre de Warshak (2001b) est consacré aux motifs de l'aliénation (chez le parent aliénant) :

- limites pauvres : le parent aliénant ne fait pas la distinction entre ses propres besoins et celui de l'enfant ; il ne considère pas ses comportements comme destructifs pour l'enfant.

- vengeance : certains parents aliénants se sentent rejetés ; une façon de se venger est de priver l'autre parent de ses enfants.

- narcissisme : beaucoup de parents se sentent inférieurs ; une manière de se convaincre de sa supériorité est de médire l'autre parent.

- culpabilité : certains parents divorcés tolèrent mal la culpabilité vis-à-vis de la séparation, et se focalisent sur les failles de l'autre parent.

- insécurité : certains parents doutent de leur capacité à maintenir l'affection de leurs enfants et considèrent l'autre parent comme un concurrent qui risquerait de gagner la compétition.

- recherche de confirmation : certains parents cherchent à être écoutés et validés dans leur ressentiment.

- paranoïa : les individus paranoïaques ont tendance à catégoriser leur entourage comme étant « pour » ou « contre » eux ; les enfants subissent donc la pression pour dénigrer totalement l'autre parent.

- reproduction : un grand pourcentage de parents aliénants ont une relation pauvre ou absente avec au moins l'un de leurs parents ; ce phénomène peut être analysé comme étant une forme de compulsion à la répétition où le parent aliénant inflige à quelqu'un d'autre ce qu'il a subi autrefois lui-même.

2.1.3. Le parent aliéné

Selon Kopetski (1998b), la caractéristique la plus prégnante chez le parent aliéné est la passivité, la complaisance à l'excès, et le submergement émotionnel. Avant la séparation, et en réponse à l'autorité du partenaire, le parent (bientôt aliéné) accepte la critique et les accusations, mais en vient aussi à se questionner sur lui-même. Pour préserver la relation, ce parent se soumet. D'après Gardner (2002c), la passivité du parent aliéné peut jouer un rôle dans le renforcement du PAS. Ayant peur d'imposer des règles strictes, il laisse les enfants devenir davantage antagonistes.

Selon Lamontagne (1998), le parent aliéné peut présenter une légère défaillance du parentage, due aux contraintes de la vie quotidienne (maladie, retour aux études, exigences professionnelles). Par contre, quand Waldron et Joanis (1996) décrivent des parents aliénés comme partiellement responsables (négligence, rejet, ...), Gardner (1998a) pose que le diagnostic de PAS n'est plus applicable.

Stahl (1999) décrit deux groupes de parents aliénés :

- dans le premier groupe, les parents aliénés ont bénéficié d'une bonne relation avec l'enfant avant la séparation. Ils peuvent avoir une tendance à la passivité et une difficulté à gérer leurs émotions. Ces parents aliénés sont dépassés et ne savent que faire face au parent aliénant. Ils ont alors tendance à se détacher, ce qui permet au parent aliénant de renforcer l'aliénation (mettant en évidence « l'abandon »).

- dans le second groupe, les parents sont moins centrés sur l'enfant, sont moins empathiques, et généralement se sont peu occupés de l'enfant avant la séparation (par exemple en tant qu'« accrocs au travail »). Ils reconnaissent difficilement leur propre rôle dans la situation du PAS. Le blâme est communément utilisé par ces parents.

Un parent a davantage de risques de devenir aliéné s'il est perçu par l'autre parent comme étant le responsable de la séparation. Le risque augmente encore si ce parent a été impliqué dans une infidélité ou s'il est engagé dans une nouvelle relation immédiatement après la séparation (Rand, 1997b).

Le vécu du parent aliéné est qu'il est plus difficile de perdre un enfant par le PAS que par la mort (Gardner, 2001c). Cet auteur (1998a) décrit les caractéristiques du parent aliéné :

Confusion et culpabilité

Le parent aliéné, autrefois en bonne relation avec l'enfant, se retrouve maintenant face à un enfant haineux. La plupart des parents se reconnaissent comme victimes. Leur confusion touche à la non-compréhension de la cause du dénigrement. Certains parents se blâment euxmêmes, ce qui leur permet d'avoir une sensation de contrôle (c'est le mécanisme du contrôle de l'incontrôlable). Lorsque le parent identifie la manipulation du parent aliénant et le communique à l'enfant, cela ne fait qu'accentuer l'aliénation (car l'enfant ne peut admettre qu'il ne pense pas par lui-même). Le parent aliéné n'a généralement pas conscience du fait que

l'opposé de l'amour n'est pas la haine mais l'indifférence, et que le comportement de l'enfant aliéné n'est qu'une manière de faire face à la perte forcée d'un parent.

Sentiments de rage impotente

Le parent aliéné sait ne pas pouvoir corriger les fausses informations, le dénigrement, ... infligé par le parent aliénant sur l'enfant aliéné. Cela mène à une énorme frustration.

Situation du non-gagnant

Le parent aliéné est critiqué quand il intervient, et il est critiqué quand il ne fait rien. S'il tente d'avoir un contact avec l'enfant, il est considéré comme harceleur. S'il se retire, espérant que l'enfant vienne de lui-même, il est considéré comme abandonneur. Quoi qu'il fasse, le parent aliéné agit touj ours mal !

2.1.4. Le système familial

Dans le cas du PAS, l'intérêt du parent aliénant pour l'autre parent décroît après la naissance de l'enfant et celui-ci devient un partenaire substitutif (Andritsky, 2002)

Selon Waldron & Joanis (1996), il faut se garder d'imputer la responsabilité du PAS au seul parent aliénant. C'est une dynamique familiale où chaque membre joue un rôle, et a ses propres motivations dans l'aliénation. Le PAS est un mécanisme de défense familial dont les fonctions ne sont pas toujours évidentes. Celles-ci peuvent, par exemple, être de maintenir la dépendance symbiotique de l'enfant vis-à-vis du parent aliénant, ou d'aider la famille à s'adapter à la tendance du parent aliénant à se retourner contre tout qui marque son désaccord. Dans ces cas, il s'agit de s'interroger sur ce que vivrait la famille sans ce processus défensif.

Dans les familles recomposées, décrites comme des systèmes fragiles (Andritsky, 2002), une façon de maintenir la cohésion familiale est de s'unir autour d'un but commun, et notamment de désigner un ennemi commun.

Les membres d'une famille développent leurs propres règles et limites, sur la manière de se comporter les un vis-à-vis des autres. Ces règles évoluent avec les changements progressifs subis au fil du temps. Lorsque les changements sont brutaux (tel un divorce), la famille peut se trouver incapable de se restructurer elle-même. Cette impasse crée un système en soi, avec ses propres règles et limites. L'enfant membre de ce nouveau système (d'impasse), est pris dans une alliance exclusive avec un parent (Ward & Harvey, 1993).

Major (2000) pointe le problème du double lien subi par l'enfant aliéné. D'une part, l'enfant reçoit « l'interdiction » d'avoir des contacts enrichissants avec le parent aliéné. D'autre part, l'enfant peut ressentir l'envie d'établir ce type de lien positif avec ce parent. Aussi, il ne peut exprimer l'idée qu'il reçoit un bon traitement de la part du parent aliéné, et qu'il peut avec lui partager des moments agréables. Il peut encore moins exprimer ses sentiments d'affection envers ce parent. Ce double lien est (Von Boch-Galhau, 2002a) : « Pars avec ton père/ta mère (message verbal), mais n 'ose pas y aller (message non-verbal) ».

Au niveau sévère du PAS, Lamontagne (1998) note que « l'enfant est souvent adultifié ». Selon Major (2000), le parent aliénant fait de l'enfant son propre thérapeute, en lui faisant part de toute l'expérience négative vécue avec le parent aliéné. L'enfant joue le rôle de protecteur du parent aliénant. Rand (1997b) considère que l'enfant aliéné peut être un enfant « accablé ». L'enfant vivant avec un parent troublé est chargé de responsabilités. Sa croissance émotionnelle et sociale ainsi que ses besoins développementaux sont estropiés par les besoins du parent troublé.

D'autre part, l'enfant est encouragé à maintenir sa dépendance (le parent dort avec l'enfant, le nourrit, ... plus longtemps que les besoins développementaux de l'enfant ne le demandent) (Major, 2000). Aussi, la reconnaissance de l'enfant en tant que personne indépendante ayant ses

propres droits et préférences est inexistante. L'enfant est infantilisé, et vu comme trop immature pour avoir ses propres désirs (Andritsky, 2002).

L'enfant prend le pouvoir sur les deux parents (Kodjoe, 21/11/03). La fonction parentale et la barrière intergénérationnelle sont nécessairement détruites (Van Gijseghem, 05/11/02).

Ribicki (2000) cite la description de Minuchin à propos des familles dans lesquelles les individus se perdent dans le système tant l'autonomie individuelle est très faible. Ce type de configuration peut se retrouver dans le PAS. L'ambiance fusionnelle de ces familles empêche l'enfant d'avoir une identité séparée du parent. L'enfant est alors victime d'un renversement de rôles, et son identité ainsi que ses propres besoins sont effacés au profit de ceux du parent. Un adulte, dont la famille d'origine ne comprenait pas de frontières personnelles claires, aura tendance à mettre la distance avec le partenaire parental et rejouer la dysfonction familiale. Le phénomène est potentiellement transgénérationnel.

On observe fréquemment une tradition transgénérationnelle d'aliénation des pères, accompagnée d'une symbiose mère-enfant comme relation dominante dans la famille (Andritsky, 2002).

De même, comme dans les cas de maltraitance, l'enfant peut reproduire le syndrome (Chaplier, 2003).

2.1.5. Autres actants

D'autres personnes (grands-parents, nouveau partenaire, amis, instituteurs, médecins, etc.) interviennent généralement dans le PAS, en renforçant la rupture de contact entre l'enfant et le parent aliéné : refuser au parent aliéné la communication téléphonique avec l'enfant, ne pas mettre le parent aliéné au courant sur l'évolution (médicale, scolaire, ...) de l'enfant, etc. Ces actants, croyant sincèrement le parent aliénant, et pensant ainsi protéger l'enfant, deviennent des contributeurs indirects du PAS (FCRS, 2003).

2.2. Niveaux de sévérité

Darnall (1997 & 1999) décrit trois niveaux de sévérité (mais uniquement par rapport au parent aliénant) :

- l'aliénateur naïf est le parent qui, en règle générale, encourage la relation de l'enfant avec l'autre parent mais qui, occasionnellement, dit ou fait quelque chose de l'ordre de l'aliénation (« Dis à ton père qu'il a plus d'argent que moi, donc laisse-le acheter tes chaussures »). Tous les parents sont de temps en temps des aliénateurs naïfs. Les aliénateurs naïfs font une distinction entre leurs propres besoins et ceux de leurs enfants (notamment en ce qui concerne le contact avec l'autre parent).

- l'aliénateur actif a du mal à contrôler sa frustration. Dès qu'un élément exacerbe ses sentiments douloureux, il renforce l'aliénation, pour ensuite regagner le contrôle de lui-même et se sentir coupable. Il oscille entre impulsions aliénantes et attitudes réparatrices.

- l'aliénateur obsédé a une « cause » (détruire la relation avec l'autre parent), il manipule la personnalité et les croyances de ses enfants. Ses croyances sont irrationnelles, voire délirantes (« Même s'il n'a jamais abusé de mes enfants, je sais que ce n'est qu'une question de temps »). Personne (pas même le tribunal) ne peut le convaincre qu'il a tort (tout qui essaye est un ennemi).

Gardner (2001c) a construit un tableau différenciant les trois niveaux de sévérité, sur base des manifestations symptomatiques. Ces distinctions sont capitales dans la mesure où Gardner propose un traitement différentiel selon le niveau de gravité.

 

Manifestations

Léger

Modéré

Sévère

 
 
 
 
 
 

Campagne de dénigrement

Minimale

Moyenne

Extrême

 

Minimale

Moyenne

Nombreuses
rationalisations
absurdes

 

Ambivalence normale

Pas d'ambivalence

Pas d'ambivalence

 

Habituellement absent

Présent

Présent

 

Minimale

Présent

Présent

 

Culpabilité normale

D'une culpabilité
minimale à inexistante

Pas de culpabilité

 

Minimaux

Présents

Présents

 

Minimale

Présente

Extrême, souvent
fanatique

 

Difficultés dans les échanges lors des droits de visite/sortie

Habituellement
absentes

Moyennes

Extrêmes, ou visite
non possible

 

Bon

Par mouvements antagonistes et provocateurs

Absence de visite, ou
visite destructrice et
comportement
continuellement
provocateur

 

Fort, sain

Fort, légèrement à
moyennement
pathologique

Sévèrement
pathologique, souvent
paranoïde

 

Fort, sain, ou minimalement pathologique

Fort, sain, ou légèrement pathologique

Fort, sain, ou
légèrement
pathologique

 

Au niveau léger : peu des huit symptômes (chez l'enfant) sont présents. Les visites et transitions se passent sans trop de difficultés. Chez le parent aliénant, des manifestations de programmation peuvent néanmoins apparaître.

Au niveau modéré : le niveau modéré représente la majorité des cas de PAS. Généralement, les huit symptômes sont généralement présents chez l'enfant, des problèmes se produisent lors des transferts, mais après un certain temps l'enfant retrouve son calme. On retrouve également chez le parent aliénant la rage et le désir de vengeance. Le parent aliénant développe une variété de techniques de manipulation.

Au niveau sévère20 : à ce stade l'enfant aliéné et le parent aliénant sont fanatiques, sont liés dans une relation de folie-à-deux dans laquelle ils partagent des fantaisies paranoïdes à propos du parent

aliéné. Les huit symptômes sont également présents chez l'enfant mais avec davantage d'intensité. Les visites sont rendues impossibles par le comportement de l'enfant (peur morbide, provocation, destruction). Le parent aliénant fonctionne sur un mode paranoïde qui, soit se concentre sur le parent aliéné seul, soit constitue son mode de pensée.

Le PAS est un continuum. Beaucoup de cas ne correspondent pas parfaitement à l'un de ces niveaux, mais l'identification de la gravité est primordiale quant aux implications thérapeutiques et légales (chaque type implique une approche différente) (Gardner, 1998b et 2001a).

Ward et Harvey (1993) décrivent un continuum entre le divorce typique et l'aliénation. Divorce difficile n'est pas forcément synonyme d'aliénation. Le facteur à prendre en considération n'est pas la colère exprimée, mais le fait d'inclure les enfants dans le conflit. L'aliénation dépend à la fois du niveau de détresse du parent aliénant, de la vulnérabilité de l'enfant, et des réponses du parent aliéné. Ces auteurs distinguent quatre niveaux de sévérité (léger, modéré, manifeste et sévère), mais qui ne se superposent pas avec les classifications graduelles de Gardner ou Darnall (le niveau léger étant d'emblée plus problématique).

2.3. Prévalence

Selon Van Gijseghem, le PAS se manifesterait dans un divorce sur dix. Le niveau sévère concernerait 5% de ces cas (dont 1% incluant une allégation d'abus). Von Boch-Galhau observe un accroissement du phénomène (Bertels, 2002).

2.4. Caractéristiques liées à l'âge, au sexe et au statut socio-économique

2.4.1. Chez l'enfant

Selon Gardner (1998a), plus l'enfant est jeune, plus il est suggestible, et donc plus facilement aspiré dans le PAS. Ceci contraste avec l'avis de Johnston (2003) qui considère que les adolescents sont plus enclins à rejeter un de leurs parents, étant donné leur rébellion face à l'autorité.

2.4.2. Chez le parent aliénant

Les statistiques de Gardner montrent que la majorité des parents aliénants sont des mères (85 à 90 %). Les mères ont souvent la garde principale de l'enfant. Et, de fait, plus un parent passe de temps avec son enfant, plus son programme d'endoctrinement joue en sa faveur (Major, 2000). Néanmoins, Gardner (2001b et 2002d)21 a observé ces dernières années, un renversement qui ramène le ratio à 50/50.

Gardner (1998a) a décrit un certain nombre de techniques de manipulation que peuvent utiliser aussi bien les mères que les pères. Mais il a aussi explicité des techniques aliénantes typiquement maternelles ou paternelles.

Clawar et Rivlin (1991) ont listé une série de techniques aliénantes. Dans leur échantillon, les parents qui manipulent leurs enfants (via les techniques décrites par ces auteurs) sont le plus souvent issus de la haute bourgeoisie et ont un niveau d'études relativement haut.

2.5. Cas particuliers

Le PAS se rencontre également sous des formes plus complexes. 2.5.1. Le rapt parental

Chaque année en Belgique, 250 enfants sont kidnappés par l'un de leurs parents vers un pays étranger. Souvent, la situation est bloquée, et le parent délaissé n'a plus aucun recours pour

21 Un certain nombre d'articles écrits avant cette constatation schématisent en parlant de la mère comme étant le parent aliénant.

revoir son enfant. Bien que la coopération internationale se soit développée en la matière, elle reste encore fort peu efficace (Ruidant, 2001). Le kidnapping parental est une méthode d'ultime détachement. Cela peut se produire lorsque l'enfant s'aperçoit de l'intentionnalité du parent aliénant (Feinberg et Loeb, 1994). Le rapt parental, tout comme le PAS, augmente en fréquence (Byrne, 1989).

2.5.2. Les fausses allégations d'abus

Les fausses allégations d'abus peuvent être de tout type (sexuel, physique, négligence, ...), mais les plus courantes sont d'ordre sexuel. Poussin et Martin-Lebrun (1997), relatent une montée spectaculaire des allégations d'attouchements sexuels ces dernières années. Ils reprennent les estimations de Van Gijseghem (1992) selon lesquelles 60 à 80% des familles en séparation sont touchées par des fausses allégations, contre 1 à 5% dans les familles intactes.

Hayward (1999) cite les Sexual Allegations in Divorce (SAID) et les allégations de violence du père, envers l'enfant ou la mère, ainsi que toute fausse allégation que la mère promulgue à propos du père. Barudy (1996, p. 146) dit à ce propos : « Des adultes manipulent leurs enfants, en leur faisant proférer cette accusation, ils jouent une carte ultime, de loin la plus efficace, pour régler des comptes avec le conjoint devenu ennemi ». Néanmoins, bien que la plupart des allégations sont calculées, d'autres proviennent d'interprétations anxieuses et erronées (Williams, 1990).

Plus de 90% des allégations d'abus sexuel exprimées dans un contexte de litige relatif au droit de garde ne se confirment pas (Von Boch-Galhau, 2002a).

Selon Warshak (2001b), certains enfants sont conscients d'inventer des faits, selon leur propre chef, ou sous l'influence du parent aliénant ; d'autres enfants amplifient un acte isolé pour en faire un abus ; et d'autres enfin, à travers le questionnement suggestif et la manipulation du parent aliénant, croient réellement avoir été victimes d'abus. Aussi, les enfants réellement abusés continuent à avoir des sentiments positifs à l'égard du parent abuseur. Ceci n'est pas le cas chez l'enfant aliéné, pour qui le parent aliéné est entièrement mauvais.

L'enfant réellement abusé rapporte des souvenirs précis, détaillés, invariables, et utilise des mots adéquats compte tenu de son âge ; sa plainte est antérieure à la séparation. L'enfant impliqué dans des fausses allégations d'abus relate des faits flous, variables, peu cohérents, et n'emploie pas un vocabulaire de son âge ; sa plainte apparaît après la séparation (Chaplier, 2003). Un chapitre entier de livre ainsi qu'un article (Gardner, 1998a et 1999a) sont consacrés à différencier les réels cas d'abus versus les cas de PAS.

Centrées sur la négligence, les fausses allégations peuvent s'associer au Syndrome de Munchausen. En effet le parent hostile-agressif peut rendre l'enfant malade (ou prétendre qu'il l'est) afin d'empêcher l'accès à l'autre parent, insinuant de la négligence de la part du parent cible (FCRS, 2003).

2.5.3. Deux parents aliénants

Van Gijseghem (05/11/02) cite le cas du PAS double, où chaque parent dénigre l'autre parent. Dans ce cas, le conflit de loyauté est à son paroxysme, mais l'enfant, paradoxalement, n'est pas aliéné. Selon Lodge (1998), le scénario dans lequel un parent toxique dresse l'enfant contre le « bon » parent est une simplification. Le processus aliénant est, selon lui, mutuel.

2.5.4. PAS divisé

Dans certaines familles, un parent aliénant réussit à aliéner un (ou des) enfant(s) mais ne parvient pas à aliéner l'autre (ou les autres) enfant(s).

Dans d'autres familles, un parent réussit à programmer un (ou des) enfant(s), et l'autre parent arrive à programmer un autre (ou les autres) enfant(s) (Gardner, 1999b).

2.5.5. PAS renversé

Dans une minorité de cas, les tentatives du parent aliénant d'aliéner l'enfant contre l'autre parent, peuvent se retourner contre lui. Un enfant peut se rendre compte que l'attitude du parent aliénant (consistant à le priver de ses droits et libertés) est mauvaise, et après un certain laps de temps, développer des sentiments hostiles envers ce parent.

2.6. Syndromes associés

2.6.1. Syndrome de Stockholm

Dans le processus du PAS, on peut retrouver des mécanismes présents dans les systèmes sectaristes ou dans le Syndrome de Stockholm, où le captif, sous l'effet de l'angoisse et de la dépendance, s'identifie à son agresseur et rejette toute aide extérieure (Von Boch Galhau, 2002a). L'enfant perçoit la menace comme venant de l'extérieur (le parent aliéné) (Lamontagne, 1998).

2.6.2. Syndrome du Faux Souvenir (FMS)

Des croyances peuvent avoir été induites par un parent (« Te souviens-tu lorsque qu'il m'a poussé dans les escaliers et que j'étais couverte de sang ? ») (Kodjoe, 21/11/03). Le cas se présente précisément lors de fausses allégations d'abus (sexuel ou autre), initiées par le parent aliénant (Hayward, 1999).

2.7. Problématiques liées au Syndrome d'Aliénation Parentale

2.7.1. Concepts utilisés

Plusieurs concepts sont usités, parfois indistinctement, en parlant du PAS : conflit, influence, manipulation, ... Il s'avère nécessaire d'établir une distinction entre ces diverses notions et leur lien respectif avec le PAS.

Selon Bayada et al. (1997, p. 11), le conflit est « le résultat de l'interférence entre forces opposées, qu'il s'agisse de divergence de besoins, d'intérêts ou de valeurs. Plus simplement, on peut dire que le mot conflit exprime un désaccord entre deux ou plusieurs parties, personnes ou groupes, lorsque ce désaccord est vécu par l'une ou l'autre des parties comme un rapport de forces. Si un conflit est toujours le signe d'un désaccord, un désaccord n'évolue pas systématiquement en conflit ». Enfin, l'auteur distingue la notion de conflit et de violence (qui peut être physique comme psychologique). Le PAS peut être considéré comme un conflit entre parent aliéné et parent aliénant dans lequel le rapport de forces est à l'avantage de ce dernier. Cependant, Andritsky (2002) considère que le PAS correspond davantage à une relation agresseur-victime qu'à un conflit parental. Quant à la notion de violence, nous y reviendrons dans le paragraphe suivant à propos de la notion d'abus.

Chalvin (2001) définit les termes de communication, d'influence et de manipulation. La communication est l'« action de transmettre quelque chose à quelqu'un » ; l'influence est l'« ascendant de quelqu'un sur quelqu'un d'autre qui lui permet d'orienter son comportement » ; la manipulation est l'« action d'orienter le comportement de quelqu'un dans le sens que l'on désire et sans qu'il s'en rende compte ». Entre communication et influence, les seules différences concernent la puissance (l'ascendant) sur l'autre. (...) L'influence serait claire et sans mystère, alors que la manipulation serait occulte » (p. 23). Selon Forward (1991), les parents toxiques manipulateurs « sont si experts dans l'art de cacher leurs véritables motivations que leurs enfants vivent dans un monde de confusion ». (p. 70). Enfin, Nazare-Aga (1997) a établi une liste de 30 critères à propos du manipulateur : si au moins 10 des critères se vérifient chez l'individu, celui-ci est diagnostiqué comme manipulateur, si au moins 20 des critères sont positifs, il est diagnostiqué comme relevant de la perversité. Dans le cas du PAS, lorsque le

dénigrement du parent aliénant est ouvert, on parlera d'influence. Par contre, lorsque le parent aliénant n'extériorise pas ouvertement sa médisance, mais s'arrange pour influencer subtilement le point de vue de l'enfant sur le parent aliéné, on parlera de manipulation. Certains comportements du parent aliénant décrits par Waldron et Joanis (1996) peuvent être considérés comme relevant de la manipulation : induire la culpabilité, intimider, faire peur, jouer la victime, mentir, etc. Les techniques de manipulation du parent aliénant sont parfois tellement omniprésentes qu'on pourra s'interroger sur l'existence de perversité chez cet individu.

En dernier lieu, nous parlerons de la notion d'emprise. Couchard (2003) analyse l'emprise maternelle et rappelle combien la limite entre attachement pour l'enfant et emprise violente est ténue. En effet, la mère peut ne pas supporter que l'enfant lui échappe ou ne lui ressemble pas suffisamment. Selon Samalin-Amboise (1994), toute mère doit accomplir le deuil de sa position de toute-puissance sur l'enfant. « La mère doit faire le deuil de l'enfant imaginaire pour qu'il passe du statut de l'enfant-pour-soi, agent du processus de réparation de la souffrance maternelle à celui de l'enfant-en-soi, sujet de son désir et non aliéné au désir de la mère. Avant qu'advienne ce travail, et même après, dans les résurgences du vécu infantile maternel, la mère exerce une emprise sur l'enfant. L'emprise (...) implique que le jeune se modèle à l'image de sa mère » (p. 181). Par ailleurs, Lamontagne (1998) considère le PAS comme « une relation d'emprise, liée à la puissance de la conviction, qui soulage l'enfant de l'ambivalence de ses sentiments à la suite de la rupture, de l'anxiété qui s'ensuit et de la peur de l'abandon ». Pour l'enfant, « sa survie devient liée à sa dépendance au parent aliénant » (p. 196). On observe également, tel que le décrit Pelsser (1989) que certains parents aliénants exercent un contrôle sur l'enfant et se l' « approprient ».

À la frontière entre les notions d'influence et de manipulation d'une part, et d'emprise d'autre part, se trouve la notion d'endoctrinement. En effet, Gardner (2000) compare le système parent aliénant/enfant à une secte.

2.7.2. Abus

Insistons sur l'importance de la notion d'abus émotionnel/psychologique dont le PAS est une forme.

Selon Haesevoets (2003), les abus physiques et sexuels sont reconnus par les systèmes médico-légaux et judiciaires, ce qui n'est pas le cas des maltraitances psychologiques. Dans le DSM-IV, il n'existe aucune catégorie prévue pour la maltraitance émotionnelle. Black et al. (2001) affirment que « l'abus émotionnel ou psychologique est l'une des formes les plus insaisissables de maltraitance. Il s'est avéré un construct difficile à définir et à mesurer » (p. 189). Aussi, Hamarman et Bernet (2000) rappellent l'abus émotionnel peut exister en l'absence d'agressions physiques ou sexuelles. Par ailleurs, la violence psychologique et les autres formes d'abus psychologiques sont, selon Garbarino et al. (1986) la catégorie la plus fréquente de maltraitances d'enfant dans le contexte familial.

Garbarino (1986) propose différentes catégories de maltraitances psychologiques : rejeter, isoler, terroriser, ignorer, corrompre, agresser verbalement, opprimer. Bien que l'auteur exclue la pression psychologique et le chantage affectif présents dans les contextes de droits de garde, il arrive que le parent aliénant en vienne à « terroriser » l'enfant par des menaces (dans le cas du PAS, il s'agit de menaces de retrait d'amour et de punitions), par intimidation, ou en lui faisant peur. Par ailleurs, en incitant l'enfant à mentir, à être hostile, à défier l'autorité du parent aliéné, à lui voler des objets, ... on peut considérer que le parent aliénant corrompt l'enfant. Pelsser (1989) décrit également l'attitude de rejet d'un parent face à un enfant qu'il perçoit comme proche de l'autre parent. Selon Andritsky (2002), les cinq types d'abus émotionnel précédemment cités sont présents dans le PAS.

Associant abus émotionnel et négligence, Glaser (2002) en décrit cinq catégories : indisponibilité, non-réponse émotionnelle et négligence, attributions négatives et erronées à

l'enfant, interactions inappropriées et contradictoires avec l'enfant, échec dans la reconnaissance de l'individualité de l'enfant et la limite psychologique, défaut dans la promotion de l'adaptation sociale de l'enfant. Dans le cas du PAS, on peut retrouver chez le parent aliénant une indisponibilité émotionnelle lorsque celui-ci est préoccupé par ses propres difficultés (telle qu'une réaction dépressive). Mais plus encore, la non-reconnaissance de l'individualité de l'enfant est très présente chez le parent aliénant. Cette forme d'abus consiste pour le parent à utiliser l'enfant pour l'accomplissement de ses propres besoins psychologiques, de même que de ne pas distinguer la réalité de l'enfant de ses propres croyances et désirs.

En résumé, et selon Garder (1998a), le PAS constitue une forme d'abus émotionnel : ses effets sur la personnalité de l'enfant sont aussi graves que ceux d'un abus sexuel22.

2.8. Co-morbidité

Gardner a explicité les diagnostics du DSM qui peuvent intervenir lors d'un PAS. Les diagnostics applicables à l'enfant aliéné sont Le Trouble des conduites (312.8), l'Anxiété de Séparation (309.21), et le Trouble Dissociatif (300.15). Le parent aliénant peut quant à lui être touché par le Trouble Délirant (297.71) de type persécutoire, le Trouble de la Personnalité Paranoïde (310.0), le Trouble de la Personnalité Borderline (301.83), ainsi que le Trouble de la Personnalité Narcissique (301.81 )23 . Parent aliénant et enfant aliéné peuvent être concernés conjointement par la Trouble psychotique partagé (297.3) et le Problème relationnel parent-enfant (V61 .20) (Gardner, 2002b)24.

2.9. Diagnostic différentiel

2.9.1. Aliénation parentale

Pour Gardner (2002b), l'aliénation parentale25 se réfère à une grande variété de symptômes :

- maltraitance physique, avec ou sans abus sexuel,

- abus émotionnel parental, qui peut recouvrir l'abus verbal ou la négligence,

- abandon parental,

- acrimonie parentale continue, notamment quand elle est associée à de la violence physique,

- comportement exhibé par un parent qui pourrait être aliénant pour la plupart des gens, par exemple : narcissisme, alcoolisme, et comportement antisocial,

- défauts de parentage.

Ces comportements parentaux peuvent provoquer le rejet par l'enfant. Le terme de PAS n'est applicable que lorsque le parent n'exhibe pas de comportements qui puissent justifier l'animosité de l'enfant. Il se peut parfois que ce parent ait des défaillances mineures mais c'est l'exagération de ces faiblesses et déficiences qui signe le PAS. Warshak (2001b) cite d'autres caractéristiques pouvant être à l'origine d'une aliénation justifiée : accès de fureur, traitements pauvres dus à une colère chronique, un style sévèrement punitif, l'intimidation, une centration sur soi extrême, ou l'abus de substances.

2.9.2 Tentative de PAS (enfants résistants)

Certains enfants peuvent résister à l'influence du parent aliénant et maintenir leur affection pour les deux parents (Van Gijseghem, 05/11/02 et Warshak, 2001a). Ceux-ci ne participent pas aux conflits des parents et ne prennent pas position (Warshak, 2001b).

2.9.3. Parent rejection

Le refus d'un enfant de fréquenter l'un de ses parents peut avoir d'autres causes que le PAS (Von Boch-Galhau, 2002a). L'enfant peut rejeter un parent pour une variété d'autres raisons que le PAS. Le terme de Children-driven alienation a été proposé pour décrire les enfants dont le rejet est une manière malencontreuse de faire face à leurs difficultés (Warshak, 2001a).

Selon Lund (2001), les raisons du rejet peuvent être dues à 1) des problèmes normaux de séparation, 2) des déficits d'aptitudes chez le parent non-gardien, 3) un comportement oppositionnel, 4) un divorce hautement conflictuel, 5) des problèmes sérieux (pas nécessairement de l'abus), 6) un abus de l'enfant.

2.9.4. Réactions normales au divorce

Dans certains cas, les enfants peuvent refuser de passer du temps avec un parent, mais sans être sous l'influence de l'autre parent. Cette hostilité est temporaire, occasionnelle, contextuelle, coexiste avec l'expression de sentiments affectueux, et est dirigée vers les deux parents (Warshak, 2001a).

2.9.5. Anxiété de séparation

Un enfant peut se montrer anxieux dans les moments de transition (de la mère au père ou inversement) mais ne manifester aucune hostilité envers le parent « rejeté » lorsqu'il est en présence du parent gardien (Warshak, 2001b).

2.9.6. Enfants en difficulté, troublés et timides

Certains enfants se montrent oppositionnels lorsqu'il s'agit de passer d'un domaine (ou d'une activité) à un autre, de s'adapter à la situation nouvelle (Warshak, 2001b).

2.9.7. Le gardien du parent

Il arrive qu'un enfant doive prendre en charge un parent en difficulté émotionnelle et refuse de laisser ce parent seul. Toutefois, l'enfant aime toujours l'autre parent (Warshak, 2001b).

2.9.8. Préférence

Warshak (2001b) affirme que même dans les familles intactes, l'enfant se sent souvent plus proche d'un parent que de l'autre. L'enfant s'identifie facilement au parent du même sexe. Cette préférence n'empêche pas l'enfant de considérer positivement ses deux parents.

Lorsque la préférence devient plus forte, Warshak (2001b) appelle cela le « partenariat parent-enfant ». Selon Kelly & Johnson (2001), un enfant peut être erronément considéré comme aliéné, alors qu'il préfère significativement un parent (sans pour autant désirer couper le contact avec l'autre parent). Ces auteurs nomment ce partenariat « alignement ».

2.9.9. Accusations non fondées de PAS

Face au rejet, certains parents soupçonnent l'autre parent d'influencer leur enfant (Warshak, 2001b).

2.10. Évolution

Contrairement à l'adage selon lequel le temps guérit les blessures, le temps ne dissout pas l'aliénation. Au contraire, le temps est la meilleure arme de l'aliénateur : plus l'enfant passe du temps avec le dénigrant, plus sévère sera l'aliénation (Cartwright, 1993).

2.10.1. L'enfant

À court terme, l'enfant vit une grande perte, celle d'un parent, de deux grands-parents et de tout l'entourage de ce parent, et ce en une fois. Les effets à moyen terme concernent l'absence au jour le jour d'un parent (au niveau des interactions, du support, de l'éducation). (Cartwright, 1993). La privation d'un parent fait subir à l'enfant une perte plus dramatique que la perte réelle d'un parent par décès, car l'enfant n'a même plus l'accès aux bons souvenirs (Frost et Pakiz, 1990). La perte d'un parent ainsi que les sentiments massifs de culpabilité doivent être refoulés ou dissociés (Von Boch-Galhau, 2002a). L'enfant n'est pas traumatisé par la réalité (le parent aliéné) mais par la perception qu'il en a. En fait, il hait ce parent sur le plan conscient, mais l'aime au niveau inconscient. À l'inverse, le parent aliénant est aimé sur le plan conscient, mais craint et haï sur la scène inconsciente (Gordon, 1998).

Au niveau symptomatique, les conséquences du PAS sur l'enfant sont extrêmement variées. L'enfant peut connaître des problèmes divers tels que des troubles attentionnels à l'école, des conflits avec l'autorité, des difficultés relationnelles, et l'isolement. Durant la période de latence, l'enfant risque d'être touché par les troubles anxieux, la dépression, les troubles psychosomatiques ou les troubles de la conduite. Alors que certains enfants semblent épargnés par les troubles, ce pseudo-équilibre ne survit pas à l'adolescence : peuvent apparaître alors des troubles d'adaptation (notamment troubles d'opposition, troubles de comportement majeurs, manifestations suicidaires). « L'apothéose du clivage peut mener à la schizophrénie » (Van Gijseghem, 05/11/02).

Les complexes symbiotiques non résolus à l'intérieur du PAS sont à l'origine des maladies du Moi (toxicomanies, maladies psychosomatiques, troubles anxieux, dépression, troubles limites, troubles sexuels) (Von Boch-Galhau, 2002a).

Ayant pris le pouvoir, l'enfant apprend à exploiter l'autre sous toutes ses formes (attitude prédicatrice de troubles du comportement, de délinquance ou de psychopathie) (Kodjoe, 21/11/03).

Une conséquence primordiale du PAS chez l'enfant est le clivage. L'enfant opère un clivage (bon parent / mauvais parent) qui potentiellement crée un clivage identitaire ainsi qu'une faille de l'identité (Van Gijseghem, 05/11/02). Le clivage amène l'enfant à des attitudes radicales : s'il est d'accord avec son interlocuteur le contact est aisé, tandis qu'en cas de divergence, il coupe d'emblée le contact (Kodjoe, 21/11/03).

Au niveau identitaire, l'organisation psychologique de l'enfant aliéné se focalise autour du rejet du parent aliéné. Tout enfant construit son identité via l'identification aux deux parents. Or, le rejet d'un des parents s'intériorise chez l'enfant et le mène au sentiment de dégout pour lui-même, à la crainte d'être rejeté, à la dépression et l'idéation suicidaire. Aussi, l'enfant intériorise la rage du parent aliénant (Waldron et Joanis, 1996).

Au niveau relationnel, l'enfant perd la capacité à gérer les conflits car, pour lui, la seule solution est la coupure du lien. Il ne met jamais en faute son comportement, car dans sa vie, il y a toujours eu un personnage (le parent aliéné) responsable de tout (Kodjoe, 21/11/03). Le parent aliénant pousse l'enfant à mentir, à manipuler, à être hostile, et à concevoir ce mode de relation comme normal (Waldron et Joanis, 1996). Aussi, l'enfant rentre dans un modèle de soumission/domination (« courber l'échine vers le haut et donner des coups de pieds par le bas »). De peur de devenir à nouveau la victime de l'instrumentalisation du contact, l'enfant éprouvera des difficultés à gérer la proximité et la distance (Von Boch-Galhau, 2002a).

En ce qui concerne le complexe de Médée, le lavage de cerveau opéré par la mère a plus d'impact sur une fille. Cela est dû au processus d'identification, à la complexité et à l'ambivalence des relations mère-fille. Alors que les garçons voient leur estime de soi mise à mal (étant séparé de leur source d'identité masculine), les filles sont perturbées dans leurs aptitudes à gérer la séparation et à développer des relations matures avec les hommes. Si la mère dénigre le père aux yeux de la fille, une fixation oedipienne peut orienter celle-ci vers des partenaires maltraitants, ou des partenaires qu'elle maltraite elle-même (Gordon, 1998).

2.10.2. Le parent aliénant

À court terme, le parent aliénant jouit de sa vengeance et de sa victoire. À long terme, chaque membre (y compris le parent aliénant) souffre d'un certain degré de détresse : bien que l'aliénateur ne ressente ni culpabilité ni regret, il ne retire pas entière satisfaction de l'expérience (Cartwright, 1993). Si un changement de garde est opéré, le parent aliénant réagit très mal. Ses croyances à propos du parent aliéné ne changent pas, au contraire, elles sont renforcées par l'évitement de la dissonance cognitive (Van Gijseghem, 05/11/02).

2.10.3. Le parent aliéné

Les répercussions du PAS sur le parent aliéné sont : la perte de vie commune avec les enfants, la perte de l'identité parentale, le deuil impossible des enfants, ainsi que d'éventuels troubles (maladies psychosomatiques, suicide, accidents, dépression réactionnelle ou chronique, ...). La réaction du parent aliéné dépend de facteurs externes et de ses traits de personnalité (Kodjoe, 21/11/03). Sans soutien psychologique, le parent aliéné peut se diriger vers l'abattement et la dépression, ou bien la colère et la haine (se prêtant alors au jeu du parent aliénant) (Chaplier, 2003). De plus, le vécu du parent aliéné peut avoir un effet dévastateur sur sa nouvelle relation (le nouveau partenaire se sent dans une position périphérique) (Gardner, 1 998a).

Chapitre 3 : Traitements

Les cas de PAS sont les plus difficiles à résoudre, même pour les professionnels en matière de divorce (Major, 2000).

3.1. Recommandations générales

 

Léger

Modéré

Sévère

 
 
 

1. Décision judiciaire stipulant le transfert au parent

 
 

Plan A (habituel)

aliéné de l'exercice de l'autorité parentale

 
 
 

2. Décision judiciaire

 
 
 

1. Jugement pour confirmer

stipulant des lieux de

 
 

la garde au parent aliénant

transition

 
 

2. Désignation par le tribunal d'un thérapeute PAS

 
 
 
 

3. Sanctions:

 
 
 

a. Engagement

b. Amende

 
 

Décision judiciaire stipulant

c. Travaux d'intérêt général

 
 

que le parent aliénant continue
à exercer l'autorité parentale
primaire

d. Probation

e. Arrestation

f. Incarcération