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Free Documentation License".
Université d'Angers
U.F.R. Lettres, Langues et Sciences humaines
La production imprimée
à Angers
pendant la période révolutionnaire,
1787-1799.
Mémoire de maîtrise d'histoire du livre,
Présenté par Cédric Pichot.
Directeur de recherche :
Madame Véronique Sarrazin.
Septembre 2002
Ce mémoire de maîtrise est la
propriété de l'Université d'Angers et ne doit pas
être reproduit sans son autorisation.
Sommaire .
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Sommaire .
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. p. 2
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Remerciements .
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. p. 3
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Liste des abréviations .
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.. p. 4
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Introduction .
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.. p. 5
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1ère partie . Les conditions de
production et de diffusion de l'imprimé à Angers
pendant
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la période révolutionnaire, 1787-1799 .
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.. p. 9
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Chapitre 1 . Les cadres juridiques de la production
imprimée en France .
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p. 9
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Chapitre 2 . Les professionnels des métiers du
livre à Angers .
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. p. 21
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Chapitre 3 . Les principaux clients des imprimeurs .
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.. p. 38
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2ème partie . Les imprimés .
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. p. 53
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Chapitre 4 . Les types d'imprimés .
|
.. p. 53
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Chapitre 5 . Le contenu des textes .
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p. 67
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Chapitre 6 . La forme éditoriale .
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.. p. 84
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Chapitre 7 . La qualité éditoriale .
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. p. 94
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3ème partie . Le marché de l'imprimé
et ses enjeux .
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.. p. 105
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Chapitre 8 . La répartition de la production .
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p. 105
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Chapitre 9 . Les moyens de la concurrence .
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.. p. 116
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Chapitre 10 . Une manière de véhiculer des
idées .
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. p. 128
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Conclusion .
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. p. 136
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|
Annexes .
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p.139
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Inventaire des sources .
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.. p. 165
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Bibliographie .
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. p. 215
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Tables des matières .
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p. 223
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Remerciements :
Je tiens d'abord à remercier Mme Sarrazin qui m'a
beaucoup aidé pour la préparation et la rédaction de ce
mémoire, notamment par sa grande disponibilité et ses
précieux conseils.
Je remercie aussi sincèrement le personnel de la
Bibliothèque Municipale d'Angers, et plus particulièrement Mme
Dominique DESCHERE, pour les ouvrages qui m'ont été
communiqués avec une facilité qui m'a permis de progresser plus
rapidement dans mes travaux. Je remercie également les personnels des
Archives Départementales de Maine-etLoire et des Archives Municipales
d'Angers, pour les précieux enseignements qu'ils m'ont
apportés.
Merci aussi à Matthieu Daudier qui m'a autorisé
à consulter son mémoire de maîtrise et m'a ainsi permis de
comparer mes résultats avec ceux de la période
précédente, celle qu'il a étudiée. Merci encore
à Nicolas Rambault pour les renseignements qu'il m'a procurés
concernant les Affiches d'Angers.
Je salue, de façon plus globale, toutes les personnes qui
m'ont supporté durant la recherche et la rédaction de ce
mémoire, plus particulièrement mes parents et amis.
Liste des abréviations :
Abréviations concernant les lieux et livres
où se trouvent les textes :
AA : Affiches d'Angers.
ADML : Archives Départementales de Maine-et-Loire. AH :
Anjou Historique.
AMA : Archives Municipales d'Angers. AMC : Archives Municipales
de Cholet. BMA : Bibliothèque Municipale d'Angers. BNF :
Bibliothèque Nationale de France. BUA : Bibliothèque
Universitaire d'Angers. BUC : Bibliothèque Universitaire de Cholet. RA :
Revue de l'Anjou.
UCO : Université Catholique de l'Ouest.
Abréviations diverses :
l. : livre(s).
s. : sol(s).
s.d. : sans date.
s.f. : sans format.
s.i. : sans nom d'imprimeur. s.p. : sans nombre de pages.
Introduction :
L'histoire de l'imprimé ne peut désormais plus
se réduire à la seule production de livres et d'ouvrages : il
faut désormais tenter d'insérer cette production dans une
économie globale de l'imprimé, qui prenne en compte aussi bien sa
circulation que sa production1. Les deux
dernières décennies de l'Ancien Régime français
sont le temps d'apogée d'une production et d'une demande
d'imprimés qui existaient auparavant, mais connaissent alors une
croissance prodigieuse, notamment en province. Les périodiques
présentent et discutent des questions d'actualité et leur
progression témoigne de l'existence d'un champ de l'opinion public
important en France. Cependant, les opinions publiques sont
véhiculées essentiellement à travers les livres
d'opinions, qui ont pour objectif clair et direct d'influencer les esprits d'un
maximum de personnes.
Le sujet de ce mémoire de maîtrise est
résumé à << La production imprimée à
Angers pendant la période révolutionnaire, 1787-1799 >>.
L'étude de la production imprimée d'une ville ou d'une
région suggère en premier lieu l'établissement d'une liste
des imprimés qui y sont produits. Mon corpus se compose de 773 livres et
documents administratifs, 792 textes recensés si l'on ne compte qu'une
fois chaque périodique et 832 imprimés si on les compte pour
chaque année de parution. Celui-ci est rassemblé en fin de
volume, dans l'inventaire des sources. Les documents y sont classés par
année et répertoriés par nom d'auteur ou par titre lorsque
ceux-ci ne sont pas disponibles. A la fin de chaque référence, on
trouve le lieu où le document a été trouvé,
écrit en abrégé et entre crochets. Cette étude
suppose également un examen des différents paramètres qui
composent les imprimés, à savoir l'imprimeur, l'année
d'édition, le format (...), de chacun. C'est de ces données qu'il
est possible de dégager les statistiques nécessaires à
l'analyse de cette production.
1 Boutier, Jean, << Livres et imprimés en limousin
au 1 8ème siècle : production, diffusion, consommation
>>, dans Les imprimés limousins au 18ème
siècle, Limoges, Rencontre des historiens du Limousin,
P.U.L.I.M., 1994, p. 5.
Pour choisir la date de commencement de mon sujet, je me suis
appuyé sur le début des débats sur les réformes :
le livre de Louis Viger (document n° 702), qui participe et
remporte le concours proposé par l'académie d'Angers (voir le
titre du livre), exprime directement le poids trop lourd qui pèse sur un
nombre trop faible de gens. C'est pourquoi il peut être
considéré comme un départ pour l'esprit
révolutionnaire angevin. Ce livre a remporté le concours
proposé par l'académie d'Angers en 1787, mais n'a
été publié qu'en 1789, certainement en raison de ses
idées particulièrement novatrices. De plus, comme c'est le cas
pour de nombreuses autres villes françaises, la grande discussion qui
anime la période révolutionnaire n'éclot pas à
partir de la convocation des états généraux, mais
plutôt lors de la réunion de l'assemblée provinciale
d'Anjou à partir du 10 juin 17873. J'ai fixé l'autre
extrémité de mon sujet en 1799 car c'est avant tout la fin du
Directoire, marquée par le coup d'État du 18 Brumaire, la
Constitution de l'an VIII et le retour du musellement de la presse en 1800 sous
le régime napoléonien. Le 17 décembre de cette même
année, le nombre de journaux parisiens est réduit à 13, et
diminue encore ensuite.
Les informations sur les imprimés contenues dans le
corpus sont recueillies essentiellement à partir des documents
conservés aux Archives départementales de Maine-etLoire (ADML),
aux Archives Municipales d'Angers (AMA) et à la Bibliothèque
Municipale d'Angers (BMA). J'y ai restitué les références
des documents selon le modèle bibliographique actuel, c'est à
dire en rétablissant les normes présentement en vigueur pour les
majuscules et la ponctuation, mais aussi pour l'orthographe, car cela m'a
permis de faire un travail plus rapide. En effet, vu que je ne me souciais pas
de la façon dont les mots étaient écrits, notamment pour
des titres longs comme ceux des textes officiels, j 'ai pu visiter un plus
grand nombre de textes. En fait, j 'ai préféré gagner du
temps et explorer plus de documents pour tenter de rendre mon travail
légèrement plus représentatif de la production angevine de
cette époque. C'est pourquoi j'ai suivi les règles
paléographiques, rétablissant l'orthographe selon le
modèle actuel. Egalement, des erreurs involontaires dans les textes
inventoriés n'ont pas été corrigées avant
l'impression ; je ne pouvais pas pour autant les restituer. Le plus simple
était donc de transcrire dans l'orthographe actuelle. J'ai
également précisé, en fin de paragraphe et entre crochets,
l'endroit où j 'ai trouvé chaque ouvrage, afin que d'autres
personnes, étudiants ou chercheurs, puis sent utiliser mon travail.
Il est impossible de prétendre que ce corpus soit
réellement représentatif de la production imprimée
angevine durant la période révolutionnaire. Cependant, compte
tenu de
2 Discours sur cette question : quels sont les moyens d
'encourager le commerce à Angers ?, Mame, 1789.
3 LEBRUN, François (dir.), Histoire d 'Angers,
Toulouse, Privat, 1984.
l'importante quantité de documents
dénombrés et des difficultés à trouver de nouveaux
documents à la fin de ce travail, il semble peu probable qu'un grand
nombre de ceux-ci n'aient pas été visités et que les
statistiques établies soient éloignées de la
réalité. Ainsi, la majorité des textes officiels provient
des Archives Départementales de Maine-et-Loire, tandis que la plupart
des livres proprement dits vient de la Bibliothèque Municipale
d'Angers.
Les mots placés entre crochets dans les titres
d'ouvrages sont les mots qui n'étaient normalement pas présents
dans ces titres mais qui ont été ajoutés dans le but
d'assurer une bonne compréhension au lecteur. Egalement, les titres
donnés dans les notes de bas de pages dans le texte sont
abrégés, mais ils sont complets si l'on se réfère
au corpus qui se trouve en fin de volume. Si certains titres sont identiques,
ils ont été rigoureusement vérifiés et sont
réellement différents de leurs homonymes,
généralement soit par leur nombre de pages et par leur format
simultanément.
Un sujet consistant à recenser et analyser la
production imprimée d'une ville durant la période
révolutionnaire présente différents intérêts
majeurs. Il permet avant tout de comprendre comment se déroulait la vie
éditoriale pendant la période révolutionnaire afin de
saisir quelle était l'activité intellectuelle dans cette ville
à ce moment. Le but est aussi de connaître quelle était
l'utilisation qui était faite du livre durant une décennie de
fermentation intellectuelle telle que cette période : l'imprimé
était-il un bon moyen de véhiculer des idées ? Ainsi, il
est important de connaître les opinions des personnes de cette
période, surtout celles qui vivent au sein du milieu intellectuel, afin
de connaître l'état d'esprit ambiant. Egalement,
l'évolution des mentalités amène les lecteurs à
délaisser les ouvrages à caractère religieux pour
s'orienter vers la politique. On assiste donc à une évolution des
préoccupations. De plus, ce type de sujet aborde certains aspects de
l'histoire éditoriale, dans le but de découvrir quelle
était la qualité des livres avant et si elle s'est
dégradée ou améliorée. Enfin, il permet d'approcher
les opinions des personnes de cette époque pour tenter de cerner
l'esprit de cette fin de siècle. La finalité de ce mémoire
doit être de constater ce qu'a produit chaque imprimeur, mais aussi
d'observer le fonctionnement de l'imprimerie à Angers pendant la
Révolution, d'interpréter les apparitions et disparitions
d'imprimeurs et de libraires, ...
Les difficultés de ce type de sujet sont principalement
d'obtenir un panel représentatif de la production réelle de la
ville, tant en matière de formats que de types de documents. Le
principal problème réside dans la difficulté de savoir
quelle est la proportion des textes que l'on a visités. Ainsi, bien que
je pense avoir visité une grande majorité des fonds, il est
possible qu'un certain nombre de documents m'aient échappé,
notamment aux Archives
Départementales de Maine-et-Loire, en raison du manque
de temps. Egalement, certains fonds ont disparu ou sont momentanément
indisponibles.
L'apparition des années révolutionnaires (l'an I
de la liberté, 1789-1790) et républicaines (l'an I de la
République, 1792-1793) peuvent présenter certains
problèmes pour la datation des ouvrages : il est parfois difficile de
savoir si un livre est produit en 1793 ou en 1794 s'il est daté de
« l'an II de la République ». De plus, il faut prendre garde
à ce type de précision qui risque d'induire en erreur la personne
non-avertie. Cependant, pour un certain nombre de textes, il est possible de
retrouver, par leur contenu, l'année durant laquelle ils ont
été imprimés. Néanmoins, il reste souvent difficile
d'obtenir une certitude pour la date d'impression des textes
rédigés en fin d'année.
En fait, ce mémoire comprend d'abord une étude
des conditions de production et de diffusion de l'imprimé à
Angers pendant la période révolutionnaire. Celle-ci repose sur
l'examen des cadres juridiques de la production imprimée angevine, le
recensement des professionnels des métiers du livre qui y sont
présents et les principaux clients des imprimeurs. La seconde partie
examine directement les imprimés, à travers leurs
différentes sortes, leurs contenus, ainsi que leur forme et leur
qualité éditoriales. La dernière partie concerne le
marché de l'imprimé et ses enjeux, dont l'observation est faite
à partir de la répartition de la production entre les imprimeurs,
des moyens de la concurrence et de l'imprimé considéré
comme un moyen de diffuser des idées.
1ère partie : Les conditions de production et de
diffusion de l'imprimé à Angers pendant la période
révolutionnaire, 1787-1799 :
Durant la période révolutionnaire, suivant le
gouvernement qui dirige le pays, la production et la diffusion de
l'imprimé sont extrêmement variables. En effet, selon son
autorité, le pouvoir politique tente de diminuer l'influence de
l'imprimé. Il est donc indispensable de rappeler quels sont les moyens
de production et de diffusion de l'imprimé en France, et plus
particulièrement à Angers, afin de comprendre les
différences majeures avec la période précédente.
Pour cela, il faut d'abord connaître les cadres juridiques de la
production imprimée en France, afin de savoir quel est le degré
de liberté accordé aux employés du livre. Ensuite, il est
nécessaire de repérer quels sont les différents
métiers du livres représentés à Angers pendant
cette période et qui sont leurs employés. Enfin, il s'agit de
distinguer les principaux types de clients des imprimeurs, ceux qui leur
commandent les impressions, afin de préparer l'analyse concernant les
imprimés.
Chapitre 1 : Les cadres juridiques de la production
imprimée en France :
Ce chapitre se donne comme but de constater les
différentes phases d'autorisation et de restriction de la production,
c'est à dire de découvrir les différents régimes
auxquels est soumis l'imprimé durant la période
révolutionnaire4. Dans ce but, il faut donc présenter
le contexte révolutionnaire, tel qu'il apparaît au niveau national
et à Angers, afin d'expliquer le rôle de chacun des protagonistes
de l'édition, auteurs comme imprimeurs, libraires et autres. C'est
pourquoi cette étude porte successivement sur les quatre principales
périodes de l'époque révolutionnaire, c'est à dire
la fin de l'Ancien Régime, de 1787 à 1789, les débuts de
la Révolution, de 1789 à 1792, la Terreur, de 1792 à 1794,
enfin, la convention thermidorienne et le Directoire, de 1794 à 1799.
4 Ces constatations ne sont qu'un rappel introductif de ce
mémoire, puisqu'elles sont globalement connues grâce aux travaux
cités dans ce chapitre.
I- La fin de l'Ancien Régime, la conquête de la
liberté (1787-1789) :
Si la période qui s'étend de 1787 à 1789
correspond à la fin de l'Ancien Régime, elle se
caractérise aussi par la véritable transition vers la
Révolution. Effectivement, la période révolutionnaire ne
commence pas précisément en 1789, mais elle se prépare
durant le demi siècle qui la précède, voire plus. Afin de
le constater, nous verrons d'abord les causes de la stagnation subie par les
éditeurs à ce moment, puis la transmission d'idées qui a
lieu à la fin de l'Ancien régime, enfin, l'influence de la
convocation des états généraux sur la
généralisation de l'intérêt pour le débat
public, donc pour la lecture.
A- L'édition sous l'Ancien Régime :
Jusqu'à la Révolution, l'édition est
strictement réglementée. Elle est limitée par le
système des corps de métiers qui empêche le nombre de
professionnels du livre de se multiplier selon leur volonté. De plus,
elle est régie par le système des privilèges qui assure
à l'imprimeur l'exclusivité des commandes de certains clients,
contre des livraisons dans des délais optimaux pour ces dernier. Enfin,
elle est maintenue sous un contrôle étroit, celui de la censure,
qui contrôle le respect des imprimés envers les bonnes moeurs et
les autorités.
Sous l'Ancien Régime, il n'est permis qu'à un
nombre limité de personnes d'intégrer un corps de métier :
celles-ci sont choisies par les membres de la corporation qui décident
du moment opportun pour intégrer un nouveau membre. Ainsi, pour
accéder à un poste d'imprimeur, il faut obtenir le diplôme
équivalent qui est décerné par le corps de métiers
de la ville. Néanmoins, même si elle est encore présente
jusqu'à la fin de 1788 ou au début de 1789, la censure n'est plus
toujours efficace.
Le régime des privilèges est bouleversé
par l'arrêt pris le 30 août 1777. Après cette date, les
privilèges ne peuvent « plus être accordés que pour
les livres nouveaux, les réimpressions ne faisant l'objet que de
permissions simples excluant tout monopole »5. Cette mesure est
prise à l'encontre des libraires parisiens qui s'accaparent les
privilèges et le marché provincial. Dès le mois de mars
1790, aucun privilège n'est donc plus accordé. Cette situation
nouvelle favorise simultanément les auteurs et les imprimeurs
provinciaux, les premiers n'étant plus contraints à céder
leurs droits d'auteur sur leurs livres pour les faire imprimer, les seconds
ayant de ce fait un surcroît de travail et donc de
prospérité.
5 CHARTIER, Roger, MARTIN, Henri-Jean, Histoire de l
'édition française, T. II, Le livre triomphant, 1660- 1830,
Paris, Promodis, 1984, 654p.
Enfin, le système de la censure constitue une lourdeur
administrative importante : chaque texte doit obtenir l'approbation d'un
censeur et une permission administrative avant de paraître. Cette
contrainte ne reflète pas un obstacle important pour la majorité
des imprimés, mais c'est un procédé qui devient
contraignant pour publier un texte de circonstance, surtout que ces derniers se
multiplient. Néanmoins, c'est le poids de ce fonctionnement qui le fait
éclater entre la fin de 1788 et le début de 1789, puisqu'il ne
parvient plus à contrôler tous les textes, du fait de sa lenteur,
et doit donc avouer son incapacité à continuer de les
vérifier.
B- La transmission des idées :
Cette période est marquée par un
intérêt particulier pour les débats d'intérêt
public. L'Académie d'Angers, qui propose en 1787 un concours sur la
question << quels sont les moyens d'encourager le commerce à
Angers ? >>, attribue son prix, à la fin de l'année, au
Discours de Louis Viger (texte n° 7Ø6) . C'est
alors un programme tout à fait révolutionnaire qu'elle
récompense, puisque cet avocat suggère de diminuer l'oppression
du peuple en éliminant de nombreux avantages des deux ordres
privilégiés, afin de faciliter le fonctionnement de
l'économie de base. Cependant, ces idées ne sont pas
diffusées avant la Révolution, puisque ce livre n'est
publié qu'en 1789.
Egalement, le pouvoir royal, qui détenait auparavant le
monopole des questions concernant la réforme de l'Etat, est alors
submergé par la quantité de propositions d'adaptation du
système politique. Par exemple, le texte n° 697 propose
<< de réclamer (...) l'établissement d'une constitution
(...) [afin] que tous les citoyens soient également
protégés par la loi et ne dépendent d'aucune autre
puissance >>. Des intellectuels, en l'occurrence Jean-Antoine Vial, font
donc des reproches au système, suggèrent des solutions et
trouvent probablement des lecteurs pour véhiculer leurs idées.
C'est justement cette contestation politique et sociale, qui << nie la
prétendue représentativité des parlements
>>8, qui contraint le Roi à réunir les
états généraux, à doubler le nombre de voix du
Tiers état et à comptabiliser
6 Discours sur cette question : quels sont les moyens d
'encourager le commerce à Angers ?, Mame, 1789.
Les documents appartenant au corpus établi au cours de
ce mémoire sont cités dans les notes de bas de pages avec un
titre abrégé, le nom de l'imprimeur et l'année
d'édition. Cependant, ils sont intégralement cités dans
l'Inventaire des sources qui se trouve à la fin du mémoire,
précédés de leur numéro de
référence.
7 Instructions et pouvoirs donnés par messieurs les
gentilshommes de la sénéchaussée de Saumur (...) à
leurs députés aux états (...) généraux du
royaume, convoqués à Versailles au 27 avril 1789, Mame,
1789.
8 BLUCHE, Frédéric, RIALS, Stéphane, TULARD,
Jean, La Révolution française, P.U.F., Que sais-je ?,
1989, 5ème éd., 1998.
ces dernières par tête. On retrouve ces
revendications dans des documents angevins tels que les textes n° 1
29 et 1710, datant de 1788, et 72511, dont on
ignore la date de publication.
C- Les états généraux de 1788 :
A la fin de l'été 1788, Louis XVI annonce la
convocation des Etats généraux. Cependant, dès le 5
juillet 1788, un arrêt du conseil convie les personnes les plus
instruites << à adresser à M. le garde des Sceaux tous les
renseignements et mémoires sur les objets >> qui doivent faire
l'objet de débats aux Etats généraux. Une nuée
d'imprimés se répand alors sur le territoire français :
tous les problèmes du droit public sont débattus par tous. Des
textes éphémères vulgarisent, pour se faire entendre du
peuple, les principes philosophiques et encyclopédiques. En tête
des réformes que l'on préconise pour marquer l'avènement
de temps nouveaux figure la liberté de la presse, << la
liberté sans laquelle les autres ne seront jamais
acquises >>12.
Comme Richelieu lors des derniers Etats
généraux, ceux de 161413, les personnes qui ont la
possibilité financière de faire publier des pamphlets tentent de
répandre leur opinion, afin de la voir triompher. Dès le mois de
juillet 1788 et l'annonce de la convocation prochaine des états
généraux, de nombreux libelles viennent influencer les esprits
pour la rédaction des cahiers de doléances. Le 19 mai 1789, la
pression de l'opinion et l'abondance des textes sont telles que les
autorités doivent se résigner à laisser se diffuser ces
libelles14. En moins d'un an, entre juillet 1788 et juin 1789, la
censure disparaît complètement.
A Angers, dès 1788, on voit apparaître des textes
qui s'immiscent dans le débat public et national qui s'instaure au sujet
de l'Etat. Ainsi, dès cette année, quatre documents sur 12, soit
un tiers, ont pour sujet principal les Etats généraux : ce sont
les textes n° 1215, 1416, 1917 et
2218. Ils donnent diverses opinions sur la légitimité
des Etats provinciaux et généraux et sur les modalités
selon lesquelles ils doivent être convoqués, ainsi que des
débuts de doléances. Mais le Roi est en partie responsable du
débat qui s'instaure, puisqu'il a demandé des avis
9 Arrêté de l'ordre des avocats du
présidial d'Angers (...) ayant pour titre : Mémoire pour le
rétablissement des états particuliers de la province, Pavie,
1788
10 Extrait du procès-verbal de l'Assemblée
générale de la ville d'Angers, du 24 décembre 1788,
Mame, 1788.
11 Avis au Tiers-Etat de la province d'Anjou, s.i.,
1789.
12 Selon l'expression de Mirabeau.
13 MARTIN, Henri-Jean, Le livre français sous l'Ancien
Régime, 1987, Promodis, p. 143.
14 ALBERT, Pierre, Histoire de la presse, P.U.F., Que
sais-je ?, 1970, 9ème éd., 2000.
15 Arrêté ... : Mémoire pour le
rétablissement des états particuliers de la province. (21
novembre), Pavie, 1788.
16 Assemblée générale pour avis sur
formation ou rétablissement des Etats particuliers de cette province,
Mame, 1788.
17 Analyse de la brochure intitulée : Des conditions
nécessaires à la légalité des
Etats-Généraux, Mame, 1788.
18 Des conditions nécessaires à la
légalité des Etats Généraux, Mame, 1788.
pour savoir si une assemblée provinciale d'Anjou devait
être rétablie. Le texte n° 14 est une réponse directe
à cette question. Ainsi, ce n'est plus le Roi qui rappelle les
conditions de convocation des états généraux, puisque le
peuple s'accapare véritablement du débat et espère faire
reconnaître ses droits. A Angers, le débat sur la réforme
de l'Etat est instauré dès 1788.
Cependant, la censure existe toujours en théorie et
c'est à la Révolution de la faire disparaître. Mais le
pouvoir politique s'y accroche fermement, afin de conserver un contrôle
sur les modes de pensée. Ainsi, à partir des Affiches
d'Angers19, on constate que le lieutenant
général de police prétend conserver une certaine
vérification du journal. Du premier numéro de 1787, daté
du 5 janvier, jusqu'au mardi 4 août 1789, les Affiches
comportent la marque << Vu, permis d'imprimer, CLAVEAU, Maire &
lieutenant général de police. >> Cependant, la mention
<< Avec privilège du Roi >> ne disparaît qu'en mai
1790, en même temps que la mention << vu, permis d'imprimer
>>. Cette mesure est certainement prise pour laisser la situation dans
l'ambiguïté, afin de laisser croire qu'une certaine
vérification est toujours présente, pour que l'on ne profite pas
excessivement de la liberté d'imprimer.
19 Document n° 774.
II- La Révolution du livre, ou l'explosion
quantitative (1789- 1792) :
En 1789, les cahiers des électeurs sont, dans
l'ensemble, favorables à la liberté de la presse20. Si
ceux du clergé contiennent de nombreuses réserves, en revanche,
ceux de la noblesse, et surtout ceux du tiers, condamnent la censure
préalable qui ralentit les publications et établit une
présomption de culpabilité. Le premier débat sur la presse
s'engage le lundi 24 août 1789 devant l'assemblée nationale
constituante. A partir de ce moment, la censure n'est plus en me sure de
canaliser la production imprimée nationale. Cette dernière
devient trop importante, du fait des actualités politiques et autres,
pour être vérifiée avant d'être publiée, comme
c'était le cas auparavant. Il s'agit donc d'étudier les
conditions exactes de la libéralisation de l'imprimé. Ensuite, il
faut constater les réorientations que subit ce dernier. Enfin, nous
verrons que des débouchés d'une nouvelle nature se créent
pour les imprimeurs.
A- La liberté d'imprimer :
Le 26 août 1789, l'article XI de la
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen établit
que << la libre communication des pensées et opinions est un des
droits les plus précieux de l'homme. Tout citoyen peut donc parler,
écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de
cette liberté dans les cas déterminés par la loi...
>>. Le 16 février 1791, les corporations sont abolies. Par un
décret du 2 mars 1791, la possibilité est faite à toute
personne d'exercer la profession qu'elle désire : << A compter du
1er avril 1791, il sera libre à toute personne de faire tel
négoce ou d'exercer telle profession, art ou métier qu'elle
trouvera bon ... >>. Il s'agit donc d'une importante entrave à la
liberté du travail qui disparaît au début de 1791 et qui
permet à chacun d'exercer le métier d'imprimeur ou de
libraire.
Dans les Affiches d'Angers, on constate la
vérification exercée sur le journal par la mention << Vu,
permis d'imprimer, CLAVEAU, Maire & Lieutenant Général de
Police >> qui est présente jusqu'au début du mois de mai
1790. Cependant, dès les numéros 71, 72 et 73, datés du
samedi 28 novembre au samedi 5 décembre 1789, on constate que seule la
marque de propriété royale, << Avec privilège du Roi
>>, est présente. On repère toutefois la marque de
permission d'impression jusqu'au n° 36 du mardi 4 mai 1790,
signalée par l'autorisation : << Vu, permis d'imprimer, TURPIN,
Officier-Municipal, faisant les fonctions de Lieut. Gén. De Police
>>. A partir du n° 37 du samedi 8 mai 179021, la formule
change et toute marque de censure disparaît : << A ANGERS, chez
MAME, Imprimeur de la Municipalité, 1790. >>.
20 MANEVY, Raymond, La Révolution et la liberté
de la presse, éd. Estienne, 1965, 112p.
21 Les numéros des Affiches d 'Angers
recommencent au n° 1 à chaque début d'année,
soit à partir du 1 er janvier jusqu'en 1792, puis
après le 22 septembre à partir de cette même
année.
Néanmoins, il ne s'agit pas d'une véritable
vérification : les historiens sont unanimes pour dire que la censure
disparaît totalement dès l'année 178922. Cela
signifie donc que cette marque de « vérification » est
certainement illusoire. On remarque donc que l'étau réglementaire
qui confinait les imprimeurs et la production imprimée se desserre et
que la publication de textes est désormais prête à se
populariser.
B- La Révolution de l'imprimé :
La liberté d'impression, survenue du fait du trop
grand nombre de publications et de l'impossibilité de les
contrôler, permet à n'importe qui de s'exprimer à travers
l'imprimé. De ce fait, de nombreuses personnes publient des textes
d'opinions : ainsi, J.-B. Cordier fait imprimer personnellement en 1789 le
texte n° 5823 pour donner son opinion sur les rapports entre le
Tiers état et les autres ordres. En 1791, il publie un nouveau texte, le
document n° 19824, qui porte sur la royauté et le
pouvoir exécutif en 1791. Dans ce dernier document, il fait des louanges
à la liberté récemment acquise et déclare ses
espoirs placés dans le pouvoir qui devrait en découler.
De plus, la fonction d'information est fortement
accentuée du fait de la liberté d'imprimer. Elle domine
dès la décennie 1780, plus encore avec les multiples
pièces relatives à la convocation, à la tenue et au
déroulement des États généraux. Les discours et
rapports présentés à la séance d'ouverture, le 5
mai 1789, sont publiés par l'imprimerie royale et repris par les
imprimeurs du Roi en province. Ces imprimés officiels ou para-officiels
se multiplient jusqu'au Directoire : discours, projets, rapports,
procès-verbaux, instructions, décrets, lois, mais aussi
description d'événements importants, notamment les fêtes
révolutionnaires. Ces informations, qui intéressaient
déjà certaines personnes avant 1789, se développent
partout en France après la Révolution. Cela est dû surtout
à l'intérêt pour la chose publique et l'actualité
politique. C'est pourquoi il est possible d'observer l'augmentation
quantitative des périodiques angevins, dès le début de la
période25.
C- Les impressions pour les départements :
22 CHARTIER, Roger, MARTIN, Henri-Jean, Histoire de l
'édition française, T. II, Le livre triomphant, 1660- 1830,
Paris, Promodis, 1984, p. 694, par exemple.
23 La confession d'un pauvre roturier angevin, à
l'occasion d'un avis au Tiers-Etat de la province (...), s.i., 1789.
24 Discours sur la royauté, son organisation,
l'hérédité et l'inviolabilité du pouvoir
exécutif, (...), s.i., 1791.
25 Voir l'annexe 4.
Après la création des 83 départements en
1790, dont le document n° 10726 nous explique les
modalités, chaque département est chargé de
réimprimer les textes officiels. Comme nous le montre le document
n° 60027, ceux-ci sont imprimés par ordre de
l'Assemblée nationale et envoyés à chaque
département pour qu'il les fasse réimprimer en nombre suffisant,
puis les transmette à chacun de ses districts et municipalités.
Ainsi, on peut être certain de la bonne communication des informations,
du plus haut niveau de l'Etat, jusqu'à la population. Les textes
administratifs sont donc généralement des copies de textes
imprimés à Paris par l'imprimerie de la République et
expédiés vers chaque départements.
Cependant, le département et la municipalité
d'Angers deviennent aussi d'importants organes de consultation et de
décision. En fait, la Révolution engendre une
décentralisation relative, surtout en regard de la concentration qui
existait sous le régime monarchique. Le département et la
municipalité prennent donc un certain nombre de décisions, puis
les font imprimer, afin de les communiquer aux organes qui leur sont
hiérarchiquement inférieurs. Cela fait d'eux d'importants clients
des imprimeurs.
Le cumul de ces impressions, faites directement pour les
départements, et de celles envoyées par l'Assemblée
nationale aux départements pour les faire réimprimer sont un
facteur qui fait largement croître la quantité de travail des
imprimeurs et leur procure des revenus supplémentaires. Ils se situent
donc au centre de la vie politique révolutionnaire et sont en contact
permanent avec les personnes qui s'y intéressent. Les impressions pour
le département constituent donc un apport révolutionnaire
très intéressant pour les imprimeurs.
Dans ces conditions, les débuts de la Révolution
voient se multiplier les titres. Comme le montre l'Annexe 1 (« La
répartition de la production imprimée angevine »), la
production de textes bondit de 12 textes en 1788 à 50 en 1789. Ainsi,
dès 1789, notamment dans le cadre des débats préparant les
états généraux, les intellectuels peuvent s'exprimer et
partager leurs opinions, comme le montrent les documents n°
5528, 5829, 6230... De plus, comme on le verra
dans les chapitres 4, 5 et 9, la forme et l'orientation des documents angevins
change complètement au long de la période. En revanche, si Angers
entre pleinement dans la Révolution, cela lui porte un important
préjudice durant la Terreur et les guerres de Vendée.
26 Lettres patentes du Roi (...), qui ordonne la division de
la France en quatre-vingt tRois Départements, Mame, 1790.
27 Proclamation du 21 floréal an III. Le comité
de Salut Public, aux autorités civiles et militaires, et à tous
les citoyens, Mame, 1795.
28 Discours patriotique sur l 'égalité et la
liberté civile et politique, (...), Pavie, 1789.
29 La confession d'un pauvre roturier angevin, à
l'occasion d'un avis au Tiers-Etat de la province (...), s.i., 1789. 30
Lettre à un seigneur d'Anjou, accusé de tromper le peuple,
s.i., 1789.
III- L'imprimé, victime de la Terreur (1792- 1794) :
La terreur est la conjonction de différentes craintes
populaires (peur de l'invasion du pays par l'ennemi, manque de nourriture,
...), de crises financières (les impôts ne sont plus payés,
le cours des assignats chute, ...), politiques (nombreux conflits entre les
Girondins, la Commune de Paris, ...), ... Elle est faite de rivalités
d'opinions qui provoquent un climat de suspicion et s'accompagnent
d'arrestations et d'emprisonnements (notamment de Girondins).
A- Une période de crise :
Pendant l'été 1793, la situation de crise est
à son paroxysme : le pays est en lutte contre l'ennemi extérieur
et les dissidences intérieures qui tentent de rallier l'ennemi, tandis
que la crise monétaire s'aggrave. Bien qu'elle reste inscrite dans la
Constitution française, la liberté de la presse n'existe plus que
de droit : après le 10 août 1792, la censure s'incarne dans le
comité de surveillance, qui est un instrument de la Terreur. Celui-ci
doit s'occuper de la police de sûreté générale,
notamment de celle de l'imprimerie31.
Le comité de surveillance de la commune est un organe
chargé de vérifier les moeurs, comme on le voit avec le document
n° 32632, qui montre que ce comité est chargé de
délivrer et retirer les certificats de civisme, ou le texte n°
34633, qui << enjoint aux comités de surveillance de
remettre aux citoyens qu'ils feront arrêter, une copie du
procès-verbal contenant les motifs de leur arrestation >>.
Néanmoins, la situation ne semble pas être
apaisée en 1795, puisqu'à le 23 thermidor an III (10 août
1795), Gouppil est détenu à la << Maison de justice
d'Angers >>, suite à des dénonciations, et attend son
jugement. Afin de se justifier contre ces accusation le qualifiant
d' << homme sanguinaire et féroce >>, il
retourne ces accusations contre ses << calomniateurs >> au long de
onze pages de texte et apporte ensuite seize pièces justificatives
signées par Bourbotte, Francastel, Richard, Turreau, ... Cette affaire
illustre bien le climat de suspicion qui règne en France durant la
Terreur, tout comme l'emprisonnement de Jean-Bachelier Marguerite (document
n° 60734), ou celui de Jean-Antoine Vial, <<
détenu dans la maison de
31 NETZ, Robert, Histoire de la censure dans
l'édition, P.U.F., Que sais-je ?, 1997.
32 Décret de la Convention nationale, du 20 septembre
1793, qui ordonne que les certificats de civisme seront révisés
par les comités de surveillance et de salut public, Mame, 1793.
33 Décret de la Convention nationale, du
27ème jour du 1er mois de l'an second, qui enjoint
aux comités de surveillance de remettre aux citoyens qu'ils feront
arrêter, une copie du procès-verbal contenant les motifs de leur
arrestation, Mame, 1793.
34 Dialogue entre un royaliste et un patriote de 89, servant
de supplément au mémoire des Nantais acquittés par le
jugement du 26 frimaire an III, Jahyer et Geslin, 1795.
justice d'Angers >>, qui s'adresse << aux citoyens
jurés d'accusation >> à travers le texte n°
62335, afin de tenter de les convaincre de son innocence.
B- Le type de censure :
Parallèlement à cette vérification
beaucoup plus stricte qu'aux débuts de la Révolution, la
Convention s'applique à fixer les limites de la liberté
d'imprimer, afin que celle-ci ne devienne pas aussi nuisible que la censure
préalable. Par son décret du 29 mars 1793, elle rétablit
une censure répressive : << quiconque sera convaincu d'avoir
composé ou imprimé des ouvrages ou écrits qui provoquent
la dissolution de la représentation nationale, le rétablissement
de la royauté ou tout autre pouvoir attentatoire à la
souveraineté du peuple, sera traduit au tribunal extraordinaire et puni
de mort >>. Les pamphlets monarchiques sont alors contraints à
être imprimés et diffusés clandestinement. Les journalistes
royalistes << sont pourchassés, voire massacrés
>>36. << Les auteurs et les imprimeurs
d'ouvrages contrerévolutionnaires étaient passibles de la peine
de mort et les vendeurs ou les distributeurs de ces ouvrages pouvaient
être condamnés à deux ans de réclusion, sauf s'ils
acceptaient d'en dénoncer l'auteur ou l'imprimeur
>>37. En revanche, la période suivante se
caractérise par un retour de la liberté d'imprimer.
35 Ligue de l 'amnistien Delaunay, contre un patriote,
Jahyer et Geslin, 1795.
36 NETZ, Robert, op. cit.
37 MARTIN, Henri-Jean, CHARTIER, Roger, Histoire de l
'édition française, T. II, Le livre triomphant, 1660- 1830,
Paris, Promodis, 1984, 654p.
IV- La convention thermidorienne et le Directoire, le
rétablissement des cadres administratifs (1794-1799) :
Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), la chute de
Robespierre et du comité de salut public marque la fin de la Terreur,
tandis que la Constitution de l'an III, qui fonde le Directoire et le Conseil
des Cinq-Cents, rétablit le principe de la liberté de la presse.
Le principe de base de la convention thermidorienne est de ressouder la
République par la lutte contre l'ennemi extérieur. Elle commence
donc par prendre des mesures pour apaiser la situation et favoriser la
réconciliation : dès le début du mois d'août 1794,
de nombreux prisonniers sont libérés.
Afin de limiter les conséquences nuisibles que l'on a
pu voir durant la période précédente, la Convention
s'occupe de voter des lois qui fixent les limites de la liberté
d'impression et d'expression. Le 30 Frimaire an IV (21 décembre 1795),
le ministre de l'intérieur fait publier une lettre dans les Affiches
d'Angers : « Il importe, citoyens, que les journaux et écrits
périodiques qui sont composés dans votre département, me
soient connus. Je vous charge en conséquence de prendre un abonnement
à mon adresse de chacun de ces ouvrages, pour qu'ils me parviennent
exactement. Le chef de la première division, Champagneux. ». Par ce
moyen, il compte s'assurer du contrôle de chaque journal paraissant en
France et éviter ainsi des facteurs de troubles.
Ainsi, la liberté de publication qui semble
réapparaître au lendemain de la Terreur est illusoire : le
contrôle de l'imprimé est présent et s'effectue de
manière de plus en plus stricte. Néanmoins, seules les
publications qui transmettent des idées subversives sont
prohibées. Toutefois, cette limitation idéologique empêche
la poursuite de l'évolution des esprits entamée dans la seconde
moitié du siècle.
Conclusion du chapitre 1 :
Même si une certaine rigueur est toujours en place
durant la dernière phase de la période, l'impression reste
incomparablement plus libre qu'avant la Révolution. Cela montre que
cette dernière engendre une certaine amélioration des conditions
d'exercice de ces métiers, dans l'ensemble de la période.
Néanmoins, à plusieurs reprises, les variations de comportement
de la censure provoquent des changements qui affectent indéniablement
les conditions d'impression. Ces fluctuations, qui dépendent des
périodes de la Révolution et des types de gouvernement qui
dirigent le pays, ont un impact important sur les hommes et sur le type
d'imprimés qu'ils produisent. Ils sont plus ou moins oppressés et
diffusent ou non le type de textes qu'ils désirent selon l'époque
durant laquelle ils exercent. C'est pourquoi il faut maintenant s'attarder sur
les conséquences de ces changements politiques sur les professionnels
des métiers du livre.
Chapitre 2 : Les professionnels des métiers du
livre à Angers :
Il est nécessaire de s'intéresser aux personnes
exerçant les professions de l'imprimé, puisqu'elles remplissent
des fonctions qui influencent la production. Cela est bien évident pour
les imprimeurs, qui passent les contrats avec leurs clients38 et
leur proposent des prix différents selon divers paramètres. Mais
c'est aussi une réalité pour les libraires et les prêteurs
de livres, puisque les premiers commandent des documents aux imprimeurs pour
ensuite les vendre, tandis que les seconds font de même pour les
prêter. De ce fait, par leurs commandes, les libraires et, à
moindre échelle, les prêteurs de livres influencent
également la quantité de textes produite par l'imprimeur. En
revanche, les relieurs n'influencent pas vraiment la production, puisqu'ils ne
font qu'accroître la durabilité du livre. C'est pourquoi nous
allons commencer par étudier les imprimeurs, afin de savoir qui
était présent à la fin de l'Ancien Régime. Ensuite,
nous découvrirons les différents libraires, afin de
connaître la densité du réseau de diffusion. Puis, nous
verrons quels sont les autres métiers du livre représentés
à Angers et qui sont les personnes qui les exercent, dans le but de
connaître la place qui est faite à l'imprimé dans cette
ville. Enfin, il s'agira de constater l'engagement des personnes qui exercent
ces métiers39.
38 Même si l'imprimeur est souvent libraire
simultanément, il faut considérer que les clients de l'imprimeur
commandent des impressions, tandis que ceux du libraire achètent des
livres.
39 L'ensemble de ces listes a été en grande partie
établi à l'aide de l'oeuvre d'Emile Pasquier et Victor Dauphin et
des documents des cotes 79 T 1 et 1 L 938 des Archives Départementales
de Maine-et-Loire.
I- Les imprimeurs :
Les imprimeurs occupent une position essentielle dans le
circuit de l'imprimé, puisque ce sont eux qui le produisent. C'est
pourquoi chaque libraire tente d'obtenir les diplômes nécessaires
pour pouvoir prétendre à une place d'imprimeur, dans le cas
où l'une d'elles se libèrerait. Lorsqu'une place se libère
dans une ville, un concours est organisé entre les différentes
personnes qui aspirent à ce poste, afin de pourvoir ce dernier de
quelqu'un qui corresponde bien aux attentes du corps de métier. La place
d'imprimeur étant particulièrement convoitée, il est
très difficile d'y accéder.
Mais, cette position est d'autant plus intéressante que
les imprimeurs mènent, le plus souvent, une activité
parallèle de libraire. Ils tiennent généralement une
boutique qui leur permet de vendre les livres qu'ils produisent, ainsi que
d'autres qu'ils importent. C'est l'une des principales raisons qui font que
cette fonction est particulièrement convoitée : ils mènent
une sorte de double commerce. Afin de savoir quels étaient les
imprimeurs présents à Angers, à quel moment, et quelles
activités ils pratiquaient, il faut séparer cette période
suivant les mêmes critères que le chapitre 1, c'est à dire
l'Ancien Régime, les débuts de la Révolution, la Terreur,
puis la convention thermidorienne et le Directoire.
A- Les imprimeurs angevins à la fin de l'Ancien
Régime :
A la fin du XVIIIe siècle, les imprimeurs
représentent l'équivalent des éditeurs actuels.
D'après mes sources et selon Matthieu Daudier40, seuls trois
imprimeurs exercent le métier d'imprimeur à Angers avant 1789 :
André-Jacques Jahyer est imprimeur de 1757 à 1790, Charles-Pierre
Mame de 1781 à 1797 et Louis-Victor Pavie de 1779 à 1796 (p.
442). Ce sont André-Jacques Jahyer, Charles-Pierre Mame et Louis-Victor
Pavie. Jahyer est le plus proche par ses origines, puisqu'il est né
à Mazé, qui se situe à une vingtaine de kilomètres
à l'Est d'Angers. En revanche, Pavie vient de La Rochelle,
localisée à environ cent quarante kilomètres d'Angers en
Charente-Maritime, tandis que Mame est né au Thor, dans le Vaucluse,
situé à une quinzaine de kilomètres d'Avignon, soit
environ cinq-cents kilomètres d'angers. On remarque donc que les
origines sont diverses, voire lointaines : cela est certainement dû aux
circonstances particulières pour chacun et varie selon les
opportunités.
André-Jacques Jahyer mène son activité
depuis 1757. Il tient son atelier rue Saint-Michel. Pavie est reçu
imprimeur le 17 mai 1779 et acquiert le fonds de commerce de la veuve
Dubé, femme d'un ancien imprimeur angevin. Il s'installe en haut de la
rue Saint-Laud,
40 DAUDIER, Matthieu, Op. Cit., p. 41.
près de la porte angevine. Sa marque typographique est
composée de ses initiales (LVP) entrelacées, dans un
médaillon entouré de roses. Mame est libraire depuis le 14
septembre 1778. Il est reçu imprimeur le 9 avril 1781, après
plusieurs années de vains efforts. Son accession au statut d'imprimeur
est communiquée par une annonce parue dans les Affiches
d'Angers41 n° 25 du vendredi 22 juin 1781,
déclarant que « Le sieur Mame, libraire de l'université,
vient d'être nommé imprimeur, par arrêt du Conseil
d'État privé du Roi, du 9 avril dernier [1781]. Il succède
au sieur Billault, qui a fait sa démission, et il entre dans tous ses
droits et privilèges. » C'est chez ce même Billault que Mame
a commencé sa carrière d'imprimeur à Angers, en tant que
compagnon. Finalement, on remarque que ces imprimeurs sont présents
à Angers bien avant la Révolution. Ils ne se sont pas
installés par opportunisme du fait de libéralisation du
marché de l'imprimé, mais ce sont eux qui en profitent
réellement.
La production imprimée angevine annuelle,
1787-1799 :

180 160 140 120
100
80
60 40 20
0
1787 1788 1789 1790 1791 1792 1793 1794 1795 1796 1797 1798
1799
Années
Total annuel
La faiblesse de la production imprimée angevine avant
la Révolution est essentiellement due aux privilèges
détenus par les imprimeurs parisiens : ils sont extrêmement
favorisés par rapport aux provinciaux du fait de leurs privilèges
d'impressions qui sont généralement nationaux. Il ne reste donc
plus aux imprimeurs provinciaux que certaines reproductions de textes, souvent
rédigés par les intellectuels locaux. La libéralisation de
cette situation, liée au véritable engouement pour le
débat politique public, provoquent la véritable explosion de
l'imprimé pendant la période révolutionnaire.
41 Document n° 774.
B- Les changements révolutionnaires :
La liberté d'imprimer suscite un véritable
engouement pour les métiers du livre. Mais l'augmentation de la
production est aussi due aux impressions pour le département (voir
supra, chapitre 3) et à l'abondance de textes à caractère
politique. Ces deux facteurs ont une conséquence évidente et
commune : le développement exponentiel du support imprimé. En
effet, La production change totalement après la Révolution :
alors qu'elle se limitait à onze textes en 1787 et à douze en
1788, elle fait un premier bond à cinquante imprimés en 1789
(n'oublions pas que la liberté d'imprimer est consacrée seulement
au milieu de l'année 1789), puis un second en 1790 à 101
documents42.
Etienne-René Jahyer est << compagnon imprimeur
>> chez son oncle quand il achète son imprimerie, rue
Saint-Michel, au milieu de l'année 1790. Mais, dès le mois de
septembre, il la transfère rue du Pilori, dont on vient de changer le
nom en celui de rue Milton43. Contrairement à de nombreux
imprimeurs, il ne s'installe donc pas par opportunisme du fait des conditions
particulières de la période.
En 1791, Etienne-René Jahyer et René-Jean
Geslin, qui est né à Angers le 5 mai 1767, s'associent et
reprennent l'atelier d'André-Jacques Jahyer, l'oncle
d'Etienne-René. Ils publient de nombreux libelles
révolutionnaires << à l'imprimerie des sans-culottes
>> dans la rue Milton (ex-rue du Pilori). En novembre 1791, il reprennent
le Journal du département de Maine-et-Loire, par les Amis de la
Constitution d'Angers44, mais la feuille disparaît
presque aussitôt, début 1792. Ils font partie des plus ardents
révolutionnaires angevins45. Cette association dure environ
cinq ans. Jahyer et Geslin sont donc les deux seuls nouveaux venus de
l'imprimerie angevine au début de la Révolution.
On remarque donc que le renouvellement du personnel chez les
professionnels du livre concerne modérément les imprimeurs,
puisque seule l'imprimerie de André-Jacques Jahyer change de
propriétaire au début de la Révolution. De surcroît,
les deux personnes qui reprennent cette imprimerie, Jahyer et Geslin,
travaillaient dans ce métier auparavant : le premier travaillait chez
son oncle, André-Jacques, tandis que le second était
employé par Mame. Les imprimeurs angevins ne connaissent donc pas de
réelle transformation au début de la Révolution.
42 Voyez le graphique introduit avant le paragraphe
précédent.
43 Cette rue correspond à l'actuelle rue Lenepveu.
44 Document n° 780.
45 Selon Célestin Port, Op. cit.
C- Les incertitudes de la Terreur :
Pendant cette période, on remarque les
difficultés rencontrées par les imprimeurs. En effet, dans un
courrier adressé à l'administration
départementale46, datée du 29 brumaire an 2 (19
novembre 1793), Mame se plaint de ses conditions de travail, des mauvais
paiements de l'administration et du fait que ses deux fils aînés
(Charles-Mathieu, né en 1774, et Louis-Charles, né en 1775) sont
au combat contre les Vendéens. Le département de Maine-et-Loire
ayant fait transmettre les plaintes de Mame au Ministre de l'intérieur,
ce dernier renvoie au département un courrier47 pour
déclarer que les caisses de l'Etat sont vides et que, même avec la
meilleure volonté, il serait impossible de lui accorder une faveur en
numéraire. Cependant, il assure que les versements seront
désormais faits à chaque impression.
Pourtant, le 9 nivôse an V, Mame se plaint encore : il
expose de nouveau à l'administration départementale les
difficultés financières dans lesquelles il se trouve et la
nécessité qu'elle lui rembourse l'argent qu'elle lui doit afin
qu'il puisse continuer à acheter du papier, payer ses ouvriers et
imprimer pour le département. Cependant, c'est certainement de ces
impressions qu'il tire ses principaux bénéfices. Mame n'a donc
pas le choix, il doit imprimer les textes pour le département, en
espérant que les paiements arriveront au plus vite.
De la fin de l'an IV à l'an VI, Mame connaît
effectivement de grandes difficultés financières. Dans les
Affiches d'Angers, du numéro 33, du 5 frimaire an IV (jeudi 26
novembre 1795) au numéro 42, du 23 frimaire an IV (lundi 14
décembre 1795), Mame fait publier différents avis
déclarant ne plus pouvoir faire parvenir son journal aux abonnés
pour le même prix qu'auparavant. Il conserve néanmoins la part la
plus importante de la production angevine jusqu'en 1797, produisant plus de 50%
des imprimés angevins à lui seul. Cependant, cette situation
n'est pas si favorable à Mame que ce que les autres imprimeurs
voudraient faire croire.
En effet, la position de Mame suscite des convoitises : le
document n° 1 7048 est une lettre de Louis-Victor Pavie qui se
plaint du fait qu'il ait rendu des services aux autorités
départementales, mais qu'il n'ait reçu d'elles que le titre
d'"Imprimeur des Assemblées générales de MM. les
électeurs du département de Maine-et-Loire". Il déplore
qu'en revanche, Mame bénéficie d'un grand nombre de titres et
qu'il imprime les Affiches d'Angers qui sont « d'un très
grand rapport ». Enfin, il vient d'être nommé imprimeur de
l'administration du département, raison de l'insurrection de Pavie.
46 ADML, 1 L 938.
47 Ibid.
48 Adresse à MM. les électeurs du
département de Maine-et-Loire, Pavie, 1790.
La production de Pavie ne connaît une montée que
dans les années 1789-1790 : ce sont les deux seules pendant lesquelles
il produit plus de 10 documents, à savoir 16 en 1789 et 23 pour 1
79049 . En 1791, seuls 9 documents imprimés par Pavie ont
été recensés et ce repli se poursuit par la suite : en
1792 et 1793, il ne produit que deux textes par an et aucun n'a plus
été recensé ensuite avant 1798, année au cours de
laquelle la veuve de Pavie reprend son imprimerie. Cette chute de la production
de Pavie est essentiellement due aux circonstances et aux aléas
révolutionnaires.
Au début de la Révolution, Pavie travaille pour
le comité permanent de la milice angevine. Lors de l'occupation d'Angers
par les Vendéens, le 18 juin 1793, ils emprisonnent Mame et pillent son
imprimerie. Pavie, lui, est réquisitionné pour l'impression de
leurs affiches et de leurs proclamations. En se retirant d'Angers, les
Vendéens emportent avec eux une partie du matériel qui leur sert
à organiser leur propre imprimerie à Maulévrier. Au retour
des républicains, il est accusé d'avoir prononcé des
propos inciviques, et d'avoir imprimé, vendu et distribué des
« écrits tendant au rétablissement de la royauté et
à l'anéantissement de la liberté de la République
». Pavie est arrêté et traduit devant la commission militaire
qui se déclare incompétente et renvoie l'accusé devant le
tribunal révolutionnaire de Paris. Mais il parvient à s'enfuir
avant d'y être conduit. Sa maison est mise sous scellés le 8
septembre, et sa femme est incarcérée à son tour le 20
octobre. Lorsque l'amnistie est générale, Pavie rentre à
Angers le 9 pluviôse an III (28 janvier 1795), et rentre en possession de
ses biens50.
La principale constatation que l'on puisse faire sur cette
période réside dans la difficulté à trouver une
certaine stabilité dans l'exercice du métier d'imprimeur. De
plus, on s'aperçoit qu'il ne semble y avoir aucun nouvel imprimeur. Ces
deux constatations se justifient par les fortes tensions dues à la
Terreur.
D- Le renouvellement du personnel à la fin de la
période :
Alors que les modifications de personnel sont
extrêmement réduites jusqu'au Directoire (Etienne-René
Jahyer remplace son oncle en 1791 et Geslin passe du statut d'employé
à celui d'associé), de nouveaux imprimeurs arrivent à
Angers à la fin de la période, tandis que Pavie
Décède le 12 avril 1796. En effet, suite aux restrictions de la
production durant la Terreur, une liberté relative se rétablit
sous le Directoire et procure un plus grand intérêt à
l'exercice du métier d'imprimeur. C'est pourquoi il nous faut observer
qui sont ces personnes.
49 Voir le graphique intégré au début de ce
chapitre.
50 PASQUIER, Emile, DAUPHIN, Victor, Op. cit.
Boutron est né à Paris en 1756 et s'installe
à Angers en 1787. Il est d'abord ouvrier, puis prote (chef d'atelier de
composition typographique), chez Mame. Il s'installe dans un local de l'abbaye
Saint-Aubin, où réside l'administration départementale.
Cette installation a sans doute lieu en 1797, puisque aucun texte
imprimé par lui auparavant n'a été trouvé. Il
imprime un journal intitulé Journal du département de
Maine-et-Loire qui forme 3 volumes in-8° et existe depuis le 2
Germinal an VI (22 mars 1798). Il imprime également les divers
documents, affiches, proclamations, nécessaires à
l'administration du département, et quelques ouvrages. Boutron semble
bien émerger, puisqu'il est choisi par le département pour
imprimer les textes officiels. Cet atelier disparaît en l'an VIII, lors
de l'arrivée du premier préfet de Maine-et-Loire, et les fils de
Mame, qui avaient succédé à leur père, redeviennent
les imprimeurs officiels. Il mène une activité relativement
importante, puisqu'il n'imprime que trois documents la première
année, en 1797, mais en publie onze pendant chacune des deux
années suivantes, en 1798 et 1799.
On sait très peu de choses de Jean-Léon Touvenon
: ni son origine, ni la date de son installation. On sait seulement qu'il
s'installe dans le « cloître des ci-devant cordeliers »51
et qu'il imprime, en germinal an VI (mars-avril 1798), l'Ami de la
Constitution de l'an III52 . Il s'agit d'un
périodique in-8° de 8 pages, paraissant tous les deux jours, et qui
fait suite à l'Ami des Principes. Seule une quinzaine de
numéros de ce périodique paraît, ce qui explique qu'il ne
figure que pour l'année 1798 dans le tableau de la répartition de
la production imprimée angevine entre les imprimeurs53. Il
semble que ce soit le seul imprimé qu'il ait produit, mais tous les
documents de la période n'ont pas été explorés.
Les fils de Mame, Charles-Mathieu et Louis-Charles, commencent
leur propre activité d'imprimeurs à la fin de la période
révolutionnaire, probablement entre le moment où l'administration
départementale choisit Boutron comme imprimeur pour remplacer Mame
père, et l'an VIII, année pendant laquelle ce dernier
disparaît du circuit de l'imprimé angevin. Ils deviennent alors
imprimeurs du département, prenant ainsi la succession de leur
père. Cependant, dans les chiffres de l'annexe 1, la différence
n'a pas été faite entre les imprimés produits par les
différents membres de la famille Mame : on ne voit pas la transition
entre la production de Charles-Pierre, le père, et celle de
Charles-Mathieu, son fils, qui commence à travailler aux
côtés de son père en 1797, comme on le remarque dans les
documents n° 68754,
51 PASQUIER, Emile, DAUPHIN, Victor, Ibid.
52 Document n° 782.
53 Voir l'Annexe 1.
54 Tableau des citoyens composant les jurés
d'accusation et de jugement pour le trimestre de Nivôse de l'an
sixième, (...), Mame, 1797.
73155 et 76656. Si l'on peut voir une
différence de chiffres autour de cette année dans l'annexe 1,
c'est parce que l'imprimerie des Mame cesse d'être l'imprimerie du
département pendant celle-ci.
En observant le réseau de commerce des métiers
du livre angevins, constitué par les imprimeurs, les libraires, les
relieurs et les prêteurs de livres, on remarque d'abord que celuici
évolue peu. Si l'augmentation de personnel est très
limitée, cela signifie certainement que les besoins du négoce
étaient déjà satisfaits par ceux qui étaient
présents auparavant. En revanche, on remarque que la hausse de la
production qui fait suite à la Révolution est très bien
absorbée par les imprimeurs, sûrement parce que chacun avait les
capacités matérielles de produire plus. En revanche, celle-ci est
mal répartie entre eux.
Pendant la Révolution, le métier d'imprimeur a
un intérêt de premier plan, du fait de l'intérêt
général pour la réflexion publique. Cependant, il ne
procure pas une situation stable, du fait de l'implication politique et des
fluctuations de gouvernements. C'est pourquoi certains subissent d'importants
revers, comme Pavie, ou se voient exclure de leurs privilèges, comme
Mame, tandis que d'autres s'élèvent, comme Boutron. L'examen de
la répartition de la production imprimée angevine nous permet
avant tout de connaître les différents imprimeurs présents
pendant la période étudiée. Mais il nous permet
également de faire des déductions quant à sa structure et
de constater les effets des conditions d'impression étudiées
précédemment. Ces événements peuvent avoir
affecté l'un, l'autre ou l'ensemble des imprimeurs, voire des personnes
exerçant n'importe lequel des métiers du livre.
55 Discours prononcé par le citoyen Leterme-Saulnier
à la cérémonie du 2 pluviôse, Mame, s.d.
56 Découverte de la cause interne des maladies,
Mame, s.d.
II- Les libraires :
Les libraires sont les personnes qui vendent des livres.
Cependant, les plus stables d'entre eux sont aussi imprimeurs : la situation
privilégiée des imprimeurs-libraires sur les simples libraires
vient surtout de la combinaison des deux métiers. Il convient de
considérer que l'imprimeur dégage un bénéfice sur
un livre qu'il vend à un libraire et que ce dernier fait de même
lors de la vente au client. En revanche, l'imprimeur-libraire dégage une
marge bénéficiaire plus importante, puisque le livre ne lui
revient pas aussi cher qu'au simple libraire et qu'il le vendent à un
prix similaires. Il faut donc tenter de voir qui sont les imprimeurs angevins,
pendant quelle période ils sont présents et quel est le type
d'activité qu'ils mènent.
A- Les libraires angevins avant la Révolution :
Au début de la période, Angers compte quatre
libraires : ce sont Louis-Michel-Thomas Aupois, Charles Boutmy, Pierre-Nicolas
Tripier et Pierre Parisot57. Selon Matthieu Daudier, Pierre Parisot
est le plus important libraire angevin entre 1752 et 1789. Louis-Michel-Thomas
Aupois, compagnon d'imprimerie à Nantes en 1776, s'installe à
Angers en 1779 comme marchand relieur et obtient un brevet de libraire.
<< Il continue à figurer dans la corporation des doreurs-relieurs
de livres, où il prend encore rang en 1789 >>58.
A cette époque, Aupois, comme son oncle Jahyer, entre avec ardeur
dans le mouvement révolutionnaire : en 1791, il est lieutenant en
premier à la garde nationale d'Angers, et, en l'an IV, adjudant-major du
bataillon des Vétérans. Sa maison de commerce se situe rue
Saint-Michel59.
Charles-Jean Boutmy est né vers 1720. Il est libraire
depuis le 22 août 1750 et exerce aussi l'activité de relieur. Il
décède le 3 avril 1789 et n'exerce donc que peu de temps dans la
période étudiée. On ignore quand Pierre-Nicolas Tripier
est né et quand il a commencé à exercer. Néanmoins,
dans le n° 45 des Affiches d'Angers, du 6 novembre 1788, Tripier
<< prévient qu'il continue qu'il continue de faire la reliure,
ainsi que la librairie >>. Ce renseignement est donc intéressant,
puisqu'il nous fait remarquer sa double activité.
Les imprimés angevins de la période
révolutionnaire nous renseignent très peu à propos des
libraires présents dans cette ville. En effet, peu de documents
comportent de mention de libraire, car seuls les imprimeurs-libraires
s'annoncent. Charles Boutmy est présent avant le début de la
période, mais il meurt dès le 3 avril 1789. Pierre Parisot est
déclaré décédé en 1778, mais un autre
Parisot a du prendre sa succession, puisqu'un texte daté du 23 juin
1791
57 PASQUIER, Emile, DAUPHIN, Victor, Op. cit.
58 Ibid. 59 Ibid.
rapporte la perquisition de police faite chez le sieur Parisot,
libraire60. Il faut maintenant voir l'évolution du nombre de
libraires présents à Angers pendant le reste de la
période.
B- L'élargissement du personnel pendant la
période révolutionnaire :
Les fils de Charles-Pierre Mame, Charles-Mathieu et
Louis-Charles, s'annoncent ainsi : "A Angers, de l'imprimerie nationale,
Imprim. du Départem., et se trouve chez les frères Mame, fils,
libraires, rue Centrale"61. Charles Mathieu commence son
activité d'imprimeur, aux côtés de son père, au
cours de l'année 1797. A partir de ce moment, son activité de
libraire n'est donc plus son principal emploi, bien qu'elle reste
généralement importante pour un imprimeur. A partir de ce moment,
on n'apprend plus rien sur son frère, qui s'absente totalement des
marques d'imprimeurs et de libraires faites sur les imprimés. Cependant,
il ne semble pas y avoir eu d'autres libraires présents à Angers
durant la période révolutionnaire.
La famille Mame semble vouloir s'accaparer de l'imprimé
angevin : Charles-Pierre Mame, qui produit plus de 80% des imprimés
angevins en 1795-1796, est secondé par l'arrivée de ses fils en
tant que libraires. De plus, Louis-Olivier Fourier commence son activité
de libraire vers 1796. Il épouse Marie-Thérèse, fille de
Charles-Pierre Mame, le 28 septembre 1797, et devient Louis-Olivier
Fourier-Mame. Il est seulement libraire, mais il fait imprimer pour son compte.
Il est alors associé à son beau-père et à ses
beaux-frères.
60 1 L 938.
61 Calendrier pour l'an sixième de la
République française et l'ère vulgaire (...), Mame,
1797.
III- Les autres métiers du livre :
C'est principalement après la Révolution que ces
métiers se développent, grâce à la
libéralisation du marché issue de la mort des corporations. Comme
ailleurs, Angers connaît un attrait pour ces métiers. En revanche,
celui d'imprimeur évolue peu dans cette ville avant 1797.62,
qui précise les dates auxquelles ils ont respectivement
débuté leur activité et le type d'activité ils
mènent. Il faut donc maintenant examiner quels sont les métiers
du livre, autres que ceux d'imprimeur ou de libraire, qui sont pratiqués
à Angers. Cette étude devrait permettre de mesurer quelque peu la
densité du réseau angevin de diffusion du livre selon les
différentes périodes de la Révolution, grâce
à la vérification de l'abondance ou, au contraire, de la carence
de ces acteurs. Cet exercice doit commencer par les relieurs, qui
représentent l'étape suivant l'achat d'un livre pour les
personnes qui souhaitent les conserver en bon état, puis se poursuivre
par les prêteurs de livres qui, au contraire, sont un
intermédiaire très utile pour ceux qui désirent lire mais
n'en ont pas véritablement les possibilités
financières.
A- Les relieurs :
La reliure d'un livre n'est pas indispensable, elle
représente même une sorte de luxe pour la majorité de la
société. Néanmoins, ceux qui s'intéressent le plus
à la lecture sont des personnes d'un niveau de vie relativement
aisé et qui peuvent se permettre ce confort pour conserver leurs
ouvrages en bon état. Cependant, les libraires proposent souvent leurs
livres reliés, si le client le désire : l'achat d'un livre
déjà relié au libraire permet avant tout à
l'acheteur de disposer du livre dès l'achat, puisqu'il est
déjà protégé. Les ouvrages contenus dans le corpus
ne représentent pas la totalité de ceux qui sont vendus par les
libraires angevins, puisque ces derniers négocient aussi des livres
venant du reste du royaume. Ces documents représentent une masse de
travail importante pour les relieurs, ce qui permet à plusieurs d'entre
eux de coexister à Angers aux moments ou la production est
importante.
Outre Aupois et Tripier, qui figurent aussi parmi les
libraires angevins, seul un relieur est présent à Angers avant la
Révolution. Il se nomme Jacques Girault et a ouvert son magasin vers
1775, mais nous ne savons pas à quel moment il arrête d'exercer ce
métier. On sait en revanche que son activité se limite à
celle de relieur. Il semble être le seul relieur angevin de la
période pré-révolutionnaire, ce qui ne reste pas le cas
après la Révolution et la suppression du corporatisme.
62 La liste de ces relieurs et prêteurs de livres est
essentiellement établie à l'aide de la série de
perquisitions chez les professionnels du livre, le 23 juin 1791 (ADML, 1 L
938).
En effet, après la Révolution, ce métier
attire certains opportunistes qui profitent de la fin des corporations, donc de
la possibilité pour chacun d'exercer le métier qu'il souhaite.
Jacques-André Berthe ouvre son magasin vers 1790 : il est seulement
relieur et a écrit une Histoire de la garde nationale d'Angers
(manuscrite) dans laquelle il confirme l'affolement des bourgeois le 17
juillet 1789 au soir. En 1795, au lendemain de la Terreur, deux nouvelles
boutiques de relieurs s'ouvrent à Angers : celle de Jean Beaumont et
celle de Marc Bain. Le premier est seulement relieur, tandis que le second,
pour compléter son activité et profiter de cette place, <<
prête des livres moyennant rétribution >>, selon
l'expression du rapport de l'enquête réalisée le 23 juin
179163.
On ignore si les nouveaux relieurs remplacent ceux qui
étaient déjà présents, ou s'ils s'ajoutent à
eux. Cependant, l'augmentation de la production au niveau local comme au niveau
national permet de penser que l'activité est certainement suffisante
pour permettre à plusieurs familles d'en vivre. L'activité de
relieur est donc bien représentée à Angers,
essentiellement après la Révolution, notamment à partir de
1795. Cependant, un autre métier annexe du livre tient une place
importante, celui de prêteur de livre.
B- Les cabinets de lecture :
Les cabinets de lecture contribuent à
généraliser l'usage du livre et tendent à occuper une
place privilégiée dans la vie culturelle. En 1788, Arthur Young,
qui se rend à Nantes, déclare : << une institution
répandue dans les villes commerçantes de France, mais
particulièrement florissante à Nantes, c'est la chambre de
lecture, ce que nous appellerions un book-club qui ne répartit pas
les livres entre ses membres, mais en forme une bibliothèque. Il y a
trois salles : l'une pour la lecture, une autre pour la conversation, une
troisième constitue la bibliothèque >>64 . Il
est facilement imaginable que, si les cabinets de lecture sont présents
à Nantes, ils doivent aussi l'être à Angers. <<
L'institution ainsi décrite est la chambre de lecture de la Fosse,
fondée en 1759 >>65.
Pour augmenter le nombre de leurs clients, les libraires
organisent donc des cabinets de ce type, attenants à leurs boutiques.
Rapidement, Mame occupe un rang élevé dans la corporation
angevine : le 7 janvier 1780, Mame annonce dans les Affiches d'Angers
que << l'ouverture de son cabinet politique se fera le 15 janvier,
à neuf heures du matin jusqu'à
63 ADML, 1 L 938.
64 YOUNG, Arthur, Voyages en France, en 1787, 1788 et 1789,
cité dans CHARTIER, Roger, MARTIN, Henri-Jean, Histoire de
l'édition française, T. II, Le livre triomphant, 1660-1830,
Paris, Promodis, 1984, p. 538. 65 CHARTIER, Roger, MARTIN, Henri-Jean,
Histoire de l 'édition française, T. II, Le livre triomphant,
1660- 1830, Paris, Promodis, 1984, p. 538.
midi, à deux heures après-midi jusqu'à
huit (...) Il est ouvert tous les jours sauf les dimanches et fêtes, de 9
heures à midi et de 14 à 20 heures >>66.
Ce lieu de culture devient rapidement une véritable
société littéraire qui lui apporte de nombreux clients. Il
limite donc volontairement le nombre de lecteurs qui constitueront son cabinet
politique à cinquante personnes choisies. Le 4 mai 1781, toujours dans
les Affiches d'Angers, il annonce qu'il vend << tous les livres
qui paraissent à Paris >>.
De même, voyant l'effet positif de ce cabinet sur le
commerce de Mame, Jahyer installe un club avec plusieurs associés, le 25
Frimaire an IV, au n°13, rue Haute-du-Figuier. Celui-ci compte 51
adhérents67, mais il est fermé par ordre de Hoche
après deux mois de réunions. Les babouvistes angevins sont alors
dispersés et traqués par la police. En effet, ce club rassemble
les babouvistes, c'est à dire les partisans de François-Noël
Babeuf. Selon le programme réformiste des babouvistes,
l'égalité resterait purement formelle si elle n'était pas
complétée par l'<< égalité parfaite >>
en matière sociale. Ils pensent que celle-ci doit être obtenue par
la mise en commun des biens et l'obligation du travail pour tous, afin que
chacun puisse recevoir sa part de la richesse produite.
C- Les prêteurs de livres :
Les prêteurs de livres détiennent une position
importante dans le circuit du livre, à la fois pour l'influence qu'ils
peuvent avoir sur leurs clients, mais aussi par les livres qu'ils peuvent
commander pour l'exercice de leur propre commerce. En effet, ils choisissent
les livres qu'ils prêtent et peuvent ainsi choisir de tenir leurs clients
informés essentiellement de certains sujets, tandis qu'il leur est
possible de dissimuler au public certaines autres lectures.
En plus de Marc Bain, qui prête des livres en
supplément de son activité de relieur, Pierre Hamon exerce le
métier de prêteur de livres comme activité principale. Il a
ouvert sa boutique vers 1798 et, lui aussi, << prête des livres
moyennant rétribution >>68. Egalement, Dans
les Affiches d'Angers n° 49 du 6 décembre
178769, Aupois, libraire rue Saint-Michel, annonce qu'il donne
à lire brochures et romans pour 3 sols par volume70. Cette
activité est l'ancêtre de celle de bibliothécaire et
contribue à répandre la culture parmi des couches sociales peu
favorisées, puisqu'elle leur permet de lire des livres sans les acheter,
simplement en payant pour les emprunter. Cette pratique, assez peu
répandue sous l'Ancien Régime dans les petites
66 Affiches d'Angers n° 1 du 7 janvier 1780,
cité dans DAUDIER, Matthieu, Op. Cit., p. 259.
67 BOIS, Benjamin, La vie scolaire et les créations
intellectuelles en Anjou pendant la Révolution, 1789-1799, p. 43
1-435
68 ADML, 1 L 938.
69 BMA, mi 1 E 195.
70 DAUDIER, Matthieu, Op. Cit.
villes, se répand largement pendant la période
révolutionnaire. De plus, Si Mame ouvre son cabinet politique en 1780,
il prête des livres au moins depuis 1779, puisqu'il dispose dès
cette année de << 2000 exemplaires >> pour le prêt et
<< loue également plusieurs périodiques
>>71.
Grâce au prêt de livres, le libraire peut
diversifier son activité, donc améliorer la rentabilité de
son entreprise. De plus, en même temps qu'elle contribue au confort
social des professionnels du livre, cette activité suscite un certain
désir de lire, chez les citadins essentiellement, qui peut augmenter la
clientèle future. Le prêt de documents crée donc des
acheteurs potentiels de livres, journaux et de toute sorte
d'imprimés.
71 Ibid.
IV- Les métiers du livre pendant la
Révolution :
Durant la période révolutionnaire, les
métiers du livre sont ceux qui se situent le plus au centre des
débats politiques, puisque c'est principalement par l'imprimé que
se diffusent les idées. C'est pourquoi, même quand la
réglementation de l'imprimé est moins stricte, une attention
particulière est faite envers ce support. Il faut donc étudier
d'abord l'engagement des personnes exerçant les métiers du livre,
puis à quels moments des vérifications sont faites.
A- Des métiers engagés :
Durant la période révolutionnaire, les
imprimeurs sont souvent des personnes engagées dans la vie publique,
civique et politique. Par exemple, en même temps qu'il est prote chez
Mame, Boutron dirige, depuis Vendémiaire an III, les
théâtres d'Angers et de Saumur72. De la même
manière, Mame est membre de la loge maçonnique du « Tendre
Accueil », dont on repère les insignes en entête des
documents n° 7073, 52874, 53075 et
65376 (voir l'annexe n° 8). Etienne-René Jahyer figure
parmi les jacobins, dont la société politique est la
Société des Amis de la Constitution d'Angers. Il imprime donc un
certains nombre de documents pour cette société politique,
exactement comme Mame pour la société populaire d'Angers.
Les imprimeurs et les libraires peuvent espérer
influencer légèrement le choix de leurs lecteurs, puisqu'ils
recherchent évidemment des lectures qu'ils pensent pouvoir vendre
facilement, mais aussi celles qu'ils souhaitent personnellement répandre
pour l'état d'esprit et les idées qu'elles diffusent. Si une
personne est habituée à aller chez le même libraire, elle
va y trouver essentiellement les livres que ce dernier souhaite propager.
Ainsi, les choix d'un imprimeur ou d'un libraire peuvent être
décisifs pour les directions que peut prendre l'ouverture d'esprit des
lecteurs.
Cependant, vu le nombre d'enquêtes menées
auprès des imprimeurs, des libraires, des relieurs et des prêteurs
de livres77, il semble que les autorités ont autant à
se méfier des imprimeurs que des autres personnes travaillant en
relation avec le livre, pour ce qui est de la ventes de livres interdits. En
effet, il est facile pour un relieur, qui possède chez lui un grand
nombre de feuillets à relier, de dissimuler des pages interdites et de
les diffuser ensuite.
72 PASQUIER, Emile, DAUPHIN, Victor, Op. cit.
73 Discours sur cette question : quels sont les moyens d
'encourager le commerce à Angers ?, Mame, 1789.
74 Arrêté du comité de salut public de la
Convention nationale, relatif au mode d'achat des grains par les
préposés aux subsistances militaires, etc. Du 13 fructidor an
III, Mame, 1795.
75 Arrêté du comité de salut public et
des finances réunis, portant règlement provisoire pour les
différentes branches du service dont la commission des
approvisionnements était chargée. Du 16 fructidor an III,
Mame, 1795.
76 Lois de la République française (...). Loi
relative aux élections, Mame, 1796
77 ADML, 1 L 938.
Ainsi, un certain nombre de relieurs dissimulent des
écrits prohibés et ne les relient que lorsque quelqu'un
déclare vouloir les leur acheter.
B- Des métiers contrôlés :
Le rapport des perquisitions du 23 juin 179178
précise ce qui est trouvé chez chaque commerçant de
l'imprimé. Les constatations des enquêteurs sont
stéréotypées, c'est pourquoi trois exemples suffisent pour
les illustrer : chez Etienne-René Jahyer, imprimeur, rien n'est
trouvé de << contraire à la morale et au bien public
>>. Cette remarque est celle qui est faite à propos d'une large
majorité de ces professionnels. Ce même jour, une perquisition a
également eu lieu chez << le sieur Parisot >>, mais il n'y
est signalé << aucun livre imprimé, écrit, contraire
aux bons principes de la Constitution >>.. En revanche, chez Pierre
Tripier, libraire, un certain nombre de livres ont été
trouvés, << dont certains en quelques exemplaires et de plusieurs
pages par exemplaire >> (352 p. pour l'un d'eux). Selon leurs titres, ces
livres semblent être des plaidoyers favorables à l'église
cherchant à coaliser la population à ses côtés.
Cependant, ce sont les seuls renseignements que l'on puisse tirer de ces
enquêtes.
Les éventuelles sanctions qui sont prises à la
suite de ces perquisitions ne figurent pas dans ce rapport et nous restent
inconnues. En revanche, ces perquisitions prouvent la volonté de
conserver un certain contrôle sur l'activité des différents
commerçants du livre. Si cette vérification ne consiste, pour le
moment, qu'à éviter de voir se répandre des textes
subversifs, elle représente néanmoins une certaine forme de
censure qui évitera à chacun de s'apercevoir que celle-ci est
ensuite progressivement rétablie. De toute façon, la censure n'a
pas véritablement été supprimée, puisqu'elle
subsiste sous certaines formes.
78 ibid.
Conclusion du chapitre 2 :
L'augmentation du nombre de personnes exerçant les
métiers du livre pendant la période révolutionnaire est un
fait remarquable, mais seulement à partir de 1795 pour Angers. On peut
donc y voir une preuve de l'amélioration des conditions d'exercice de
ces métiers à partir de ce moment, en plus du regain
d'intérêt qui les a touchés dès 1789 du fait de la
liberté d'imprimer. Néanmoins, on constate parallèlement
que les métiers du livre sont généralement combinés
: s'il est généralement normal que l'imprimeur soit
simultanément libraire, en vendant les livres qu'il imprime ainsi que
d'autres, le fait que les libraires soient en même temps relieurs ou que
les relieurs soient aussi prêteurs de livres est
révélateur. Cela peut signifier qu'ils ont le temps d'exercer une
autre activité, parallèle à la principale. Mais cela peut
également signifier que celle-ci n'est pas suffisamment
rémunératrice et qu'ils sentent la nécessité
financière de la compléter par une autre.
A travers ce chapitre, on constate que le personnel
travaillant dans le livre connaît une grande mobilité durant la
période révolutionnaire, du moins relativement à ce
qu'elle était auparavant : les imprimeurs et les libraires arrivent et
partent sans que leur nombre n'augmente excessivement, tandis que les relieurs
se multiplient. En même temps, on remarque que ces professions sont
très bien placées pour connaître et communiquer les
idées nouvelles, surtout lorsqu'un imprimeur libraire conseille à
quelqu'un d'acheter un livre qu'il a fait imprimer. Ces différentes
personnes, évoquées au cours de ce chapitre, semblent donc
être les mieux placées pour véhiculer les informations et
les idées à la société angevine. Néanmoins,
les personnes qui choisissent les idées qu'ils souhaitent
répandre sont les clients des imprimeurs, c'est à dire ceux qui
écrivent les livres et les font ensuite publier. C'est pourquoi il faut
maintenant étudier ces acteurs fondamentaux de la production
d'imprimée, en essayant de découvrir quel type de clients ils
sont.
Chapitre 3 : Les principaux clients des imprimeurs :
Après avoir constaté que le régime de
l'imprimé variait beaucoup durant la période
révolutionnaire et observé qui sont les principaux acteurs qui
répandent l'imprimé à Angers, il s'agit maintenant de
découvrir qui sont les principaux clients des imprimeurs. Il est tout
d'abord nécessaire de définir qui est le client de l'imprimeur.
Pour cela, il faut différencier l'activité d'imprimeur de celle
de libraire à la fin du XVIIIe siècle : le libraire
négocie des livres, tandis que l'imprimeur les fabrique. Si l'on parle
souvent d'imprimeur-libraire pour cette époque, c'est parce que
l'imprimeur mène généralement une double activité :
il ajoute souvent celle de libraire à sa fonction d'imprimeur, puisqu'il
vend aussi des livres qu'il a produits que d'autres qu'il a achetés.
La proportion que chaque type de clients occupe dans les
commandes d'un imprimeur est extrêmement variable selon les
années. Il s'agit ici de remarquer quels types de clients sont les plus
courants, mais aussi les meilleurs payeurs, c'est à dire lesquels
rendent le commerce de l'imprimé rentable pour les imprimeurs. Pour
cela, il faut commencer par observer la production pour l'administration
nationale, qui est le client le plus important des imprimeurs ; ensuite, nous
remarquerons que l'activité des représentants locaux se
développe fortement ; puis nous verrons que les intellectuels, ceux qui
ont à s'exprimer publiquement, tiennent une place honorable dans le
débat ; enfin, il faudra observer la place occupée par les
sociétés politiques dans cette production, essentiellement durant
quelques années. Afin de voir la répartition de la production
entre les différents clients, il faut se référer au
graphique de la page 2, « Les clients des imprimeurs ». Il est aussi
possible de voir les chiffres bruts dans le tableau de l'annexe n° 2 : Les
sortes de clients.
Les clients des imprimeurs

140
120
100
40
20
60
80
0
1787 1788 1789 1790 1791 1792 1793 1794 1795 1796 1797 1798
1799
Administration régionale Administration nationale
Eglise
Particuliers Sociétés politiques Autres

Années
I- L'administration nationale :
L'administration nationale devient le principal client des
imprimeurs en 1790, avec des commandes s'élevant à près de
70% de la production, puis de 1792 à 1799, avec une importance qui varie
d'environ 20 à 80% de la production. L'étendue de la production
nationale est essentiellement due à la forte activité
législative menée par les pouvoirs politiques. Parmi ces
impressions nationales, les autorités nationales chargent chacun des
départements de réimprimer ces mêmes textes, afin de les
transmettre aux subdivisions administratives (documents n° 87 79
et 10780). Cette évolution est donc due à la
volonté politique nationale. Il s'agit donc d'étudier les
différents corps de l'administration nationale qui sont en même
temps ceux qui suscitent le plus d'impressions, en procédant
chronologiquement avec le Roi, puis les assemblées nationales, enfin
l'exemple du comité de salut public.
A- Le Roi :
Entre 1787 et 1791, des décisions royales sont
imprimées à Angers, comme dans toutes les grandes villes des
généralités (celle d'Angers appartient à la
généralité de Tours) et les capitales de provinces, pour y
faire connaître les décisions prises par le Roi. En 1787, un
seul
79 Instruction pour l'organisation du département
(...), avec sa division par districts et cantons, Mame, 1790.
80 Lettres patentes du Roi qui ordonne la division de la
France en quatre-vingt trois départements, Mame, 1790.
texte promulgué par le Roi est imprimé à
Angers, le document n° 481 , qui consacre la création
des assemblées provinciales. Il prépare ainsi la convocation des
états généraux et donne, par le même coup, le signal
de départ au débat sur la réforme politique
française. Ce texte est imprimé à Angers pour faire
connaître aux habitants cette décision et le rôle qu'ils
peuvent prendre dans les débats. En 1788, aucun texte royal n'y est
imprimé. En revanche, 1789 marque le début de la forte
activité législative royale, ce qui provoque de nombreuses
réimpressions angevines, avec 11 textes pour cette année. Ce
changement est provoqué par la convocation des états provinciaux
et généraux, ainsi que par le grand nombre de décisions
qui suivent et que le Roi est obligé d'accepter. Dès
l'année 1790, ce sont 58 arrêts, instructions, lettres patentes et
proclamations qui sont imprimées à Angers, ce qui montre que la
ville se sent concernée par le débat public qui s'instaure.
Toutefois, en 1791, seuls 2 documents sont publiés
à Angers, les textes n° 18982 et 19083, qui
ne sont plus des décisions royales, mais de simples courriers du Roi,
l'un << à l'Assemblée nationale >> et l'autre
<< aux princes français, ses frères >>. A partir de
1791, les décisions législatives n'intéressent plus
vraiment les angevins, et ces deux courriers sont les derniers documents royaux
recensés parmi les documents imprimés à Angers. Cela
montre au moins le peu d'intérêt qui est donné à la
parole royale après 1790.
B- Les assemblées nationales :
En 1789, année de la convocation des états
généraux, seuls 2 documents de l'administration nationale sont
reproduits à Angers. En 1790, cette production s'élève
à 6, pour redescendre à 3 en 1791 et en 1792. Le véritable
démarrage de cette production s'effectue avec la Convention nationale,
en 1793, après l'exécution du Roi, avec un total qui s
'élève à 117 documents. La véritable
activité législative de l'assemblée constituante
s'effectue surtout cette année, puisqu'en 1794, 1795 et 1796 , le
chiffre redescend autour de 30. A partir de 1797, la reproduction des textes de
l'administration nationale redevient insignifiante, se réduisant
à moins de 20 textes, comme le chiffre de la production totale angevine,
qui retombe à 25 imprimés.
Les assemblées nationales prennent un grand nombre de
décisions importantes pour réformer l'Etat. Par exemple, la
Convention nationale décrète, dès ses débuts, le 22
septembre 1792, que les actes publics doivent désormais être
datés de l'an Ier de la République. Ainsi,
81 Edit du Roi, portant création d'Assemblées
provinciales, Jahyer et Geslin, 1787.
82 Lettre du Roi portée à l'Assemblée
nationale par le Ministre de la justice, le 13 septembre 1791, Mame, 1791.
83 Lettres du Roi aux princes français, ses frères. Paris, le
16 octobre 1791, Mame, 1791.
les documents officiels édités par
l'administration nationale après le 22 septembre 1792, date de la
proclamation de la première République, comportent tous cette
mention directement dans leur titre. En revanche, d'autres, comme le texte
n° 20884, comptent les années à la fois depuis
1789, déclaré << an I de la liberté >>, et
depuis 1792, considéré comme << l'an I de
l'égalité >>. Le fait de compter les années depuis
ces événements révèle la prise de conscience de
leur importance par la population. Avant la mise en place de ce décret,
les documents officiels étaient datés par rapport à
l'année de commencement de la liberté, 1789. Les décisions
prises par la Convention nationale sont prédominantes en 1793,
l'année durant laquelle l'administration nationale produit 135 textes,
mais elles déclinent ensuite.
Les reproductions angevines de textes concernant des
décisions des assemblées nationales sont nombreuses et peuvent
donc révéler un intérêt croissant des angevins pour
leur pays. Cependant, ce fait peut aussi signifier l'importance qu'attache la
Convention nationale au fait de porter à la connaissance de tous les
Français l'activité législative qui est menée en
leur faveur. Il est aussi possible de considérer ce comportement de la
Convention comme une certaine propagande du régime. L'exemple du
comité de salut public permet de comprendre la diversité des
différentes assemblées nationales et de constater leur
activité.
C- Le comité de salut public :
Le comité de salut public est un organisme
créé par la Convention nationale le 6 avril 1793. C'est de lui
que vient le plus grand nombre de décisions prises pour le gouvernement
de la France pendant la Révolution. Désagrégé lors
de la chute de Robespierre, le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), il voit ses
pouvoirs réduits dès le mois d'août 1794 et disparaît
avec la Convention en 1795. Si l'on compte le temps de mise en place de ce
comité, il est logique qu'un seul de ses textes soit
réimprimé à Angers l'année de sa création.
En revanche, ce sont 13 décisions en 1794 et 42 en 1795 qui sont
publiés à Angers. 3 autres reproductions angevines de ces textes
restent sans date.
Grâce à ces textes, on peut remarquer que le
comité de salut public prend essentiellement des décisions
à caractère militaire (imprimés n° 42985,
43086 et 47687). Cependant, ce comité ne promulgue
pas uniquement des textes à caractère militaire : à partir
de juillet 1793, il devient le vrai gouvernement de la République. Il
prend des décisions
84 Arrêté des conseils généraux du
département (...),relatif à la déportation des
prêtres insermentés, Mame, 1792.
85 Arrêté du comité de salut public, du 5
messidor an II, Mame, 1794.
86 Arrêté du comité de salut public, du 7
nivôse an II, Mame, 1794.
87 Extrait des registres du comité de Salut Public de
la Convention nationale, du 28 germinal an II, Mame, 1794.
législatives à tout sujet (textes n°
47388, 47489) . Ces textes concernent tout le pays et son
réimprimés à Angers comme dans chaque département.
On voit donc que le comité de salut public prend véritablement la
relève de l'Assemblée législative dans la continuation de
l'élaboration de la Constitution. On remarque aussi que l'administration
nationale tient vraiment une place de premier rang dans la production
imprimée angevine. Mais il faut aussi voir quelle est celle de
l'administration locale dans celle-ci.
88 Extrait des registres des arrêtés du
comité de Salut Public de la Convention nationale, du 18 messidor an II,
Mame, 1794.
89 Extrait des registres des arrêtés du
comité de Salut Public de la Convention nationale, du 23 messidor an II,
Mame, 1794.
II- Les représentants locaux :
En raison des changements révolutionnaires, une
nouvelle catégorie émerge parmi les principaux clients des
imprimeurs, celle des administrations locales. En effet, comme cela est
brièvement évoqué dans le chapitre 1, la Révolution
engendre une décentralisation du pouvoir. Celui-ci est redirigé
vers les pouvoirs locaux, comme les provinces, puis les départements et
les municipalités. C'est pourquoi l'examen successif de ces trois
niveaux de pouvoir est nécessaire à cette étude.
A- Les assemblées provinciales :
Un édit du 22 juin 1787 convoque les assemblées
provinciales dans chaque province du royaume ne disposant pas d'Etats, afin de
conseiller le Roi pour mener la nécessaire réforme du royaume. En
contrepartie, celles-ci doivent accorder les subsides nécessaires pour
mener cette politique et redresser le pays. Elles sont chargées
d'établir les premières relations avec les autorités
locales, dans le but de faire parvenir au Roi des députés,
chargés de transmettre les revendications de leurs provinces. En 1787,
seuls deux textes de l'assemblée provinciale d'Anjou sont
imprimés à Angers, les documents n° 690 et
791 . Ces cahiers de doléances ont pour but d'avertir le
peuple de ce qui sera officiellement demandé au Roi et de dresser des
listes revendicatives pouvant donner des idées aux autres
rédacteurs de cahiers.
B- L'administration centrale du département
de Maine-et-Loire :
Les départements français sont
créés au début de l'année 1790, par lettres
patentes du Roi dont le texte n° 10792 est la reproduction.
Selon Jean Sauvage93, c'est par une loi du 26 février 1790
précisément que le département se substitue à la
province. L'article X du décret des 2 et 5 novembre 1790 précise
que « les administrations de département feront imprimer des
exemplaires de chaque loi, tant en placard qu'en in-quarto, et les enverront
sous ce double format aux administrateurs de districts pour être
adressé par ceux-ci aux municipalités de leur ressort ».
Outre cette reproduction des textes législatifs promulgués par
les assemblées, les départements font imprimer des
décisions qu'ils prennent eux-même (texte n° 84).
On le voit notamment par le nombre de documents que font
imprimer le département et la municipalité : aucun jusqu'en 1789
inclus, du fait du temps qu'il faut pour mettre en place les nouvelles
structures municipales, mais ils en font publier 6, sur 101 pour l'ensemble de
la
90 Procès-verbal des séances de
l'Assemblée provinciale d'Anjou, Mame, 1787.
91 Second procès-verbal des séances de
l'Assemblée provinciale d'Anjou, Mame, 1787.
92 Lettres patentes du Roi, qui ordonne la division de la
France en quatre-vingt trois départements, Mame, 1790.
93 Conseil Général de Maine-et-Loire, L 'Anjou
de la province a |