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Mémoire de maîtrise sous la direction de Sylvie
SCHWEITZER
L'installation
de la Chambre de métiers du
Rhône
années 1920-années 1930
Fabrice FLORE-THÉBAULT 1998
Centre Pierre Léon -- Université Lyon II
Copyright ~c Fabrice FLORE-THÉBAULT 1998 <Fabrice
. Flore-Thébault@
etu.univ-lyon2 . fr>
La copie verbatim et la distribution de
l'intégralité de cette maîtrise est autorisée par
tous les moyens, à condition que la présente notice soit
préservée.
Version mise à jour le 22 juillet 2003.
Table des matières
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Introduction
1 Organiser l'apprentissage, organiser
l'artisanat?(1921-1925)
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5 11
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1.1
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L'éveil d'un intérêt pour des chambres
d'apprentissage
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11
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1.2
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«Conseils de métiers» et « Chambres des
métiers » dans le Rhône
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15
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1.2.1 La création des « Conseils de
métiers»
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15
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1.2.2 La création des « Chambres des
métiers»
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17
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1.2.3 Deux oppositions au projet de loi Courtier
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19
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1.3
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Les Chambres de métiers prévues par la loi du 27
juillet 1925
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21
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1.4
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Le sort des « Conseils de métiers» et des «
Chambres des métiers»
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23
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2
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La création de la Chambre de métiers du
Rhône (1925-1933)
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25
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2.1
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Une première tentative avortée
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25
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2.2
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La création de la Chambre de métiers du Rhône
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26
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2.2.1 La démarche à suivre
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26
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2.2.2 La pétition de janvier 1930
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27
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2.2.3 Recueillir les avis favorables nécessaires
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29
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2.2.4 La Fédération des artisans du sud-est se
défend contre le Comité dépar-
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temental de l'enseignement technique
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30
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2.2.5 Enquête auprès des syndicats
pétitionnaires
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32
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2.2.6 Le recensement des artisans
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35
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3
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L'installation de la Chambre de métiers du
Rhône (1934-1939)
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37
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3.1
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Vue d'ensemble de l'institution
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37
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3.1.1 L'organisation de la Chambre de métiers du
Rhône
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37
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3.1.2 Les buts et les moyens
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39
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3.2
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Des électeurs aux membres
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42
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3.2.1 Les électeurs de la Chambre de métiers du
Rhône
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42
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3.2.1.1 Un électorat déjà construit?
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42
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3.2.1.2 Un électorat peu homogène
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44
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3.2.2 Les élections de 1933 et 1936
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51
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3.2.3 Les membres de la Chambre des métiers du Rhône
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57
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3.2.3.1 Des syndicalistes lyonnais en fin de carrière
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57
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3.2.3.2 Des maîtres incontestés 62
3.3 Qualifications et apprentissage 65
3.3.1 La rénovation de l'apprentissage 65
3.3.1.1 Le projet Walter et Paulin de réglementation de
l'apprentissage 66
3.3.1.2 La mise en place d'un règlement d'apprentissage
unifié . . . . 68
3.3.1.3 Défendre la spécificité de
l'apprentissage artisanal, ou insister
sur l'unité de chaque métier? 69
3.3.1.4 Rendre l'apprentissage attractif et élargir
l'influence de la Chambre
des métiers du Rhône 71
3.3.2 L'émergence d'une formation continue 75 3.3.3
Les expositions artisanales :vitrines de l'élite artisanale, et
construction
d'une image valorisante 77
3.3.4 Une formalisation inachevée 81
3.4 Réglementer l'accès au statut d'artisan
81
3.4.1 La restriction de la définition de l'artisanat
82
3.4.2 La contestation de l'efficacité du Registre des
métiers 83
3.4.2.1 La perte du contrôle sur les inscriptions 84
3.4.2.2 Le refus de l'adhésion à l'artisanat des
façonniers du textile 85
3.4.2.3 L'ouverture du Registre des métiers aux ouvriers
au chômage
et aux industriels 87
3.4.3 Interdire les métiers aux étrangers 89
3.4.3.1 La naissance d'une politique xénophobe 89
3.4.3.2 Autour des cartes d'artisans étrangers 91
3.4.3.3 La limitation du nombre d'artisans étrangers
94
3.4.4 Faire face au travail noir 96
3.5 La sauvegarde des intérêts professionnels et
économiques des métiers 98
3.5.1 La défense ponctuelle des métiers en crise
99
3.5.2 La mise en place de caisses artisanales de
solidarité est-elle possible? . 102 3.5.3 La résistance
à l'uniformisation des réglementations générales au
profit
des industriels 106
Conclusion 109
Abréviations utilisées 112
Bibliographie 113
Liste des tableaux 115
Liste des documents 116
Introduction
La vision que l'on peut avoir de l'artisanat du
XXème siècle arrive difficilement à se
défaire d'une représentation mythique de l'artisanat tel qu'il
existait jusqu'à la fin de l'ancien régime. L'artisanat avait
construit son identité autour de l'organisation des métiers en
corporations. La maîtrise de l'accession au statut de maître
artisan par les organisations corporatives faisait de lui un corps social
cohérent, et bien souvent un corps d'élite. Pourtant depuis le
décret de mars 1791 supprimant les maîtrises et jurandes, son
organisation en corporation, pièce maîtresse de cette
identité mythique, n'est plus qu'un souvenir. L'artisanat ne peut
être considéré comme un groupe social cohérent au
XIXème siècle, temps pendant lequel
il se construit une nouvelle identité, essentiellement par
réaction à la concurrence grandissante de la grande entreprise,
et à la constitution d'un mouvement ouvrier de plus en plus hostile au
patronat, quelle que soit sa forme. Il ne retrouve une identité bien
définie qu'avec la mise en place des Chambres de métiers
entredeux- guerres, dont l'institution est prévue par la loi du 27
juillet 1925. C'est la première étape de la formalisation d'une
nouvelle définition de l'artisanat. L'artisanat, c'est la petite
entreprise. L'artisan, c'est un patron qui participe au travail de ses
ouvriers, ou, dit autrement, un ouvrier qui travaille à son compte. La
création de telles institutions, interprofessionnelles, permet de
négliger le critère du métier pour mettre en avant le seul
critère de taille.
L'institution des Chambres de métiers est un
remarquable observatoire des attitudes des artisans face aux
réalisations de l'État. Inspirées par le modèle
corporatif de la Chambre de métiers d'Alsace, mais instituées
avec la volonté d'empêcher toute possibilité de
corporatisme, c'est pourtant la possibilité d'une réglementation
d'accès au statut d'artisan qui attire les artisans. Il faudra donc
observer la manière dont les artisans vont constamment chercher à
tirer les Chambres de métiers vers le corporatisme. La volonté de
réglementer l'accès à la position de maître artisan
n'est pas nouvelle: les quelques sociétés professionnelles du
bâtiment qui avaient réussi à obtenir un statut officiel
sous la Restauration (perdu dès la monarchie de Juillet) ont eu un
siècle avant la même attitude 1 . Le mouvement est
cette fois-ci étendu à l'ensemble de la « classe
artisanale» qui essaie de formaliser sa constitution.
La mise en place de ces institutions apporte des changements
à la représentation des forces sociales et à leurs
rapports de force. L'instauration des Chambres de métiers marque la
naissance de l'artisanat « officiel » en France: elle donne une
reconnaissance institutionnelle à l'artisanat, comparable à celle
que les agriculteurs ont acquise avec les Chambres d'agriculture, ou les
commerçants et industriels avec les Chambres de commerce. En 1925,
artisanat et industrie deviennent officiellement distincts. Cette distinction
est l'un des enjeux du vote de la loi. Elle
1. [LINCOLN 1981]
s'est faite, on peut s'en douter, contre l'avis des
industriels qui n'avaient aucun intérêt à voir les artisans
faire sécession et cesser de cotiser aux Chambres de commerce. Bien que
celles-ci n'aient jamais été un lieu d'expression des
«petits » 2 , le poids des artisans ne se révèle
peut-être pas si négligeable aux yeux des responsables des
Chambres de commerce. Quelle forme cette opposition prend-elle?
Les rapports entre industrie et artisanat ne sont pas les
seuls à être modifiés. La distinction entre artisan,
défini par son rôle de producteur, et petit commerçant,
défini par son rôle de distributeur, établie par
Heinz-Gerhard Haupt3 dans sa définition de la petite
bourgeoisie est atténuée par l'institution des Chambres de
métiers: les petits commerçants de l'alimentation sont
assimilés à des artisans, alors que l'ensemble des artisans n'est
pas cantonné au rôle de producteur, mais vit aussi de la vente.
Faut-il pourtant admettre une identité sémantique entre le mot
«petitbourgeois » et le mot « artisan », et remplacer l'un
par l'autre dans la formule de Heinz-Gerhard Haupt: «L'apport de travail
personnel et manuel distingue le petit-bourgeois de la «bourgeoisie
», la propriété des moyens de production le distingue des
prolétaires »? Des lignes de fracture entre artisans producteurs et
artisans (commerçants) distributeurs ne sont-elles pas tout de
même observables? Cette définition est-elle de toutes façon
suffisante pour cerner l'indépendance totale revendiquée par
l'artisan? Heinz-Gerhard Haupt ne retient pour sa définition que
l'indépendance en amont: la possession des moyens de production.
L'indépendance en aval n'a-t-elle pas son importance? Un artisan
produisant pour une clientèle unique appartient- il encore à
l'artisanat?
L'instauration des Chambres de métiers marque aussi une
étape dans la résolution de la « crise de l'apprentissage
» qui sévit depuis un siècle. Aucune instance de
contrôle ne venait surveiller les conditions de l'apprentissage.
L'organisation de l'apprentissage dans l'artisanat est désormais
dévolue à ces institutions composées de patrons et
d'ouvriers. L'instauration de la taxe d'apprentissage, occasionnée par
la création des Chambres de métiers, force les patrons à
participer à son organisation. Le vote d'une loi donnant aux Chambres de
métiers les moyens de réglementer l'apprentissage en 1937, comme
prévu par la loi de 1925, finit de donner les bases de la «
rénovation de l'apprentissage » en finissant notamment d'imposer le
contrat écrit, ce que la loi de 1851 n'avait pas réussi à
faire4. Il reste à savoir comment les Chambres de
métiers entreprennent cette « rénovation de l'apprentissage
».
L'installation des Chambres de métiers ne peut se
comprendre sans un point d'appui local. Jean-Pierre Briand, dans son
étude sur l'apparition du pré-apprentissage au début du
XXème siècle, insiste sur « l'importance
simultanée du cadre institutionnel et du milieu local dans
l'évolution des formes de scolarisation et de leur implantation »
5[5]. L'institution des Chambres de métiers semble
obéir à la même logique. La loi qui les institue en 1925
donne un plan d'ensemble pour leur création. Sans initiatives
concrètes prises localement, les Chambres de métiers n'auraient
jamais existé.
On ne peut donc se contenter de l'étude de la
création des Chambres de métiers qui ont été
faite
2. [LINCOLN 1981, pages 16-17]
3. [HAUPT 1979]
4. [PELPEL & TROGER 1993, LEQUIN 1989]
5. [BRIAND 1989, page 61]
par Bernard Zarca ou Bruno Magliulo 6,
qui ne sortent pas d'un point de vue strictement national, donnant toute
leur attention aux seules discussions entre ministères, parlementaires
et dirigeants de syndicats et d'organisations diverses, tant qu'elles ont pour
conséquence des modifications de la législation. Le vote d'une
loi permettant la création de Chambres de métiers signifie-t-il
pourtant la création automatique de Chambres de métiers dans
toute la France?
Les deux auteurs ne manquent pourtant pas d'évoquer des
événements dont le déroulement, plus local, est en marge
de l'action législative. Mais ils n'en prennent la mesure que de loin,
par leur influence sur les instances étatiques nationales. L'ouvrage de
Bruno Magliulo, prenant le point de vue des industriels, expose les dissensions
entre ministère du commerce et ministère de l'instruction
publique au sujet de la forme à donner à l'enseignement
technique. Il insiste sur la résistance infructueuse des Chambres de
commerce au projet de loi Courtier, mais présente cet échec d'un
seul point de vue légal. La mise en place de Chambres des métiers
par les Chambres de commerce n'a certes pas empêché le vote de la
loi. Est-ce pourtant un échec total pour les Chambres de commerce, et
pour l'apprentissage?
Chez Bernard Zarca, la création des Chambres de
métiers est un moment de l'émergence de l'artisanat dans le champ
politique. Le sort de celle-ci après leur création ne
l'intéresse pas. Le point de vue adopté est celui de
l'organisation dont les propositions sont adoptées par le gouvernement
ou les parlementaires: celui de la Confédération
générale de l'artisanat français (CGAF). Les projets
s'opposant au projet Courtier et émanant de l'artisanat ne sont pas pris
en compte, comme sont négligées les organisations qui se trouvent
en quelque sorte « dans l'opposition ». On ne sait plus en fin de
compte si le mouvement de création des Chambres de métiers et le
poids que celles-ci acquièrent par la suite ne sont pas
évoqués parce que l'influence des Chambres de métiers est
réellement dérisoire, ou parce qu'elles font contrepoids au point
de vue de la Confédération générale de l'artisanat
français
L'ancrage local est d'autant plus nécessaire que les
artisans, et plus particulièrement les lyonnais, montrent un goût
extrêmement prononcé pour l'action régionaliste.
L'idéologie de quartier qui avait caractérisé la naissance
du mouvement des petits commerçants àla fin
duXIXme siècle, et qu'ils avaient
abandonnée au tournant du siècle7 est toujours vivante
à Lyon. Le cas lyonnais offre des particularités qui
révèlent la force des enjeux de la mise en place des Chambres de
métiers. La mise en place de « Conseils de métiers» et
de « Chambres des métiers » pré-légaux
dès 1923 donne la mesure de l'opposition des industriels à une
différenciation entre artisanat et industrie, et de l'opposition d'un
certain syndicalisme artisanal à tout ce qui pourrait lui faire
concurrence.
Le Rhône reste même après la
création de la Chambre de métiers du Rhône un cas
particulier puisque la Chambre et le syndicat dont font partie la très
grande majorité de ses membres, la Fédération des artisans
du sud-est, sont en opposition constante avec les nouveautés
législatives qui sont issues de propositions du syndicat artisanal
dominant en France, la Confédération générale de
l'artisanat français. L'histoire de l'installation de la Chambre de
métiers du Rhône (CMR), de ses avatars pré-légaux
à ses premières années officielles, est donc l'histoire de
la résistance constante des représentants lyonnais de l'artisanat
aux modèles d'organisation qui leur
6. [ZARCA 1986, MAGLIULO 1985]
7. [NORD 1981]
sont proposés.
On ne peut se contenter, pour comprendre l'installation de la
Chambre des métiers du Rhône, de l'étude faite par
Christian Rendu8, qui se situe pourtantbien dans le cadre local.
Elle ne prend pas en compte la création des « Conseils de
métiers », ni ne donne un aperçu des premières
années d'existence de la Chambre des métiers du Rhône Mais
surtout, l'auteur s'intéresse de beaucoup plus près au mouvement
syndical lyonnais qu'à la Chambre de métiers: celle-ci finit
d'ailleurs par apparaître comme une des péripéties de la
construction du mouvement artisanal lyonnais, dont la Fédération
des artisans du sud-est (FASE), montrée comme le seul syndicat
honnête sou-tenant les artisans, est le centre, et la Chambre des
métiers du Rhône une des excroissances. Il faut sans doute y voir
la conséquence d'un regard nostalgique porté sur le temps de
cette création, conçu comme l'apogée de la période
heureuse où le mouvement artisanal lyonnais était uni, et
expérimentait des modèles nouveaux de solidarité.
Les moments clé de l'histoire de la Chambre des
métiers du Rhône sont, sur une période aussi courte, pour
les plus visibles, ceux des modifications législatives concernant
l'existence même de la Chambre: la loi de 1925 et le décret qui
rend sa création officielle en 1933. Ces dates sont à
l'évidence des dates charnière. Limiter une étude de
l'installation de la Chambre des métiers du Rhône à cette
seule période ne permettrait pourtant pas de saisir les enjeux de cette
création. La loi de 1925 est l'aboutissement d'un processus où
les lyonnais ont eu leur rôle àjouer, notamment en créant
leurs « Conseils de métiers» . On ne peut s'arrêter en
1933 sans savoir comment les artisans lyonnais ont fait vivre une institution
dont ils avaient longtemps rêvé, qu'ils ont contribué
à créer, mais dont ils perçoivent clairement les limites,
et qu'ils cherchent à transformer.
Quelle date choisir alors pour commencer? La fin de la guerre
est sans doute un moment important. Ce moment marque le retour aux
activités «normales » du temps de paix. Il est très
certainement aussi le moment de la prise de conscience du décalage entre
la situation des artisans avant et après guerre. Pourtant, aucune
référence à la guerre chez les artisans. La lutte contre
la grande industrie semble être beaucoup plus vieille. En même
temps toute référence au passé est référence
à un passé plus ou moins mythique. Le choc de la guerre a peut
être plus touché les parlementaires qui décident de «
sauver» l'artisanat. Évitons donc les filiations psychologiques
pour trouver un point de départ plus tangible: le début des
années 1920 est une période d'effervescence chez les artisans,
qui mettent en place des organisations nouvelles. Les syndicats artisanaux
lyonnais se fédèrent dans la Fédération des
artisans du sud-est en 1920, ils commencent à entrer en relation avec
des artisans d'autres régions, notamment des représentants de la
Chambre de métiers d'Alsace lors du Congrès de l'apprentissage en
1921, ils montrent leur capacité à s'organiser par la
création des premiers «Conseils de métiers» en 1923.
1921 est sans doute l'année décisive autant pour l'action locale
que pour l'action législative: c'est le moment où les artisans
lyonnais prennent connaissance du modèle d'organisation alsacien, c'est
aussi le moment où les Alsaciens commencent à recevoir des
échos positifs à leur opération de propagande.
Le début de la seconde guerre mondiale marque une
rupture nette dans l'histoire de la Chambre des métiers du Rhône
L'institution cesse de fonctionner de manière «normale ».
Aucune élection ne permet le renouvellement des membres entre 1939 et
1946. D'autres intérêts que ceux qui
8. [RENDU 1987]
guidaient la Chambre de métiers jusque là
entrent en jeu: la distribution des matières premières, nouveau
rôle de la Chambre des métiers du Rhône, devient essentielle
alors que l'organisation de l'apprentissage et la défense des
intérêts professionnels de l'artisanat passent au second plan. Ces
attribution sont d'ailleurs près de lui échapper, la Chambre de
métiers perdant peu à peu toute autonomie face au pouvoir
politique. La politique corporatiste tant attendue par ses membres s'est
retournée contre la Chambre. Cette rupture est confirmée par les
archives disponibles: alors que les procès verbaux des assemblées
forment un corpus homogènejusqu'en 1939, leur contenu change
radicalement après cette date. La période d'installation à
proprement parler est terminée. La guerre est sans doute la
première période de mutation de la Chambre de métiers,
génératrice de son nouveau rôle d'aide personnalisée
aux petites entreprises qu'elle assume par la suite et qui est actuellement
devenu le point central de son identité revendiquée.
étudier l'installation de la Chambre des métiers
du Rhône, centrer le propos sur cette seule organisation, fait passer un
certain nombre de problématiques connexes au second plan. Il ne sera
question que de manière très générale de
l'étude de l'organisation et de l'évolution du mouvement
artisanal lyonnais, comme d'une toile de fond, les grandes étapes de
l'organisation syndicale des artisans lyonnais ayant déjà
été étudiées par Christian Rendu. L'histoire de
l'apprentissage ne sera envisagée que d'après le rôle de la
Chambre des métiers du Rhône dans l'organisation de celui-ci.
En conséquence, la première partie sera
consacrée à la période préparatoire au vote de la
loi portant création des Chambres de métiers, et à
l'exposition des enjeux et des conséquences immédiates du vote de
cette loi. Il s'agira de montrer comment naît un intérêt
pour des chambres régionales composées de représentants du
monde du travail, de l'enseignement et de l'administration au lendemain de la
guerre, dans le but de résoudre la « crise de l'apprentissage
», comment cet intérêt est utilisé par les artisans
pour proposer la création d'institutions organisant non seulement
l'apprentissage, mais aussi l'artisanat, et comment les industriels
réagissent face à cette menace de sécession de
l'artisanat.
La période de création de la Chambre de
métiers du Rhône, entre 1925 et 1933, sera l'objet de la seconde
partie. La loi de 1925 avait laissé dans l'ombre nombre de
précisions capitales concernant notamment la définition
même de l'artisanat. Ce flou pèse sur la création de la
Chambre des métiers du Rhône Il ne s'agira pas seulement d'exposer
les mécanismes gouvernant la création d'une telle institution,
mais de comprendre aussi la complexité des interactions entre les forces
locales et nationales. Pourquoi par exemple le Comité
départemental à l'enseignement technique, allié de la
Fédération des artisans du sud-est avant 1925, s'oppose-t-il de
plus en plus fermement et aux artisans lyonnais, et aux directives
ministérielles?
Un bilan de la période d'installation de la Chambre des
métiers du Rhône donnera la matière d'une troisième
partie. Il faudra décrire l'organisation de l'institution, de ses moyens
d'actions et des buts qu'elle se donne; évaluer la composition de la
population artisanale qui par son appartenance à l'électorat de
la Chambre des métiers du Rhône, soutient et légitime
l'action de celle-ci; et évaluer la distance qu'il peut exister entre
cette population et celle des membres de la Chambre. La Chambre de
métiers a longtemps été attendue par les
représentants lyonnais de l'artisanat pour les moyens d'action nouveaux
qu'elle apportait. Ils n'en percevaient pas moins ses limites. Comment ont- ils
donc utilisé cette institution? La réglementation de
l'apprentissage était l'un des buts premiers de cette création.
Les artisans ont-ils cependant eu les moyens
d'établir une politique de l'apprentissage? La
réglementation de l'accès au statut d'artisan est l'un des
combats les plus âpres de la Chambre de métiers: non seulement
elle essaie de résister à l'évolution de la
définition de l'artisanat telle que la Confédération
générale de l'artisanat français réussit à
l'imposer, mais elle tente d'imposer une vision corporatiste de l'artisanat.
Enfin, la coexistence de deux types de représentations de l'artisanat,
les syndicats et les Chambres de métiers, semble devoir être
problématique: comment la Chambre de métiers envisage-t-elle la
défense des intérêts professionnels de ses membres?
1 Organiser l'apprentissage, organiser
l'artisanat? (1921-1925)
1.1 L'éveil d'un intérêt pour des
chambres d'apprentissage
Au lendemain de la guerre, l'intérêt pour la
création de chambres d'apprentissage naît de la fusion de deux
champs de réflexion. La crise de l'apprentissage et la
nécessité de l'organisation de l'enseignement technique sont des
thèmes d'actualité depuis le dix-neuvième siècle.
L'idée de la nécessité de l'organisation et la protection
de l'artisanat est née plus tard. Elle doit beaucoup aux
conséquences de l'industrialisation accélérée
provoquée par la « Grande Guerre ».
L'organisation de l'apprentissage est à vrai dire le
véritable point de départ. L'enseignement technique n'est
convenablement organisé que pour les qualifications moyennes ou
supérieures, d'après un modèle qui met l'école en
avant. La masse des travailleurs de dispose encore d'aucun moyen efficace de
formation. L'apprentissage échappe de fait à toute
réglementation. La loi du 4 mars 1851 qui le régit est
notoirement inefficace. Elle prévoit l'obligation d'un contrat. Mais
celui-ci n'est pas forcément écrit. Il peut être simplement
oral ce qui empêche toute possibilité de contrôle, et permet
aux familles comme aux patrons de contourner toutes les réglementations
prévues par la loi1. On ne sait pas encore quel
système développer: l'école ou l'apprentissage? Le
développement de chacun est poursuivi en même temps dans le plus
grand désordre. Le ministère du commerce, soutenu par les
industriels, est favorable à l'apprentissage en entreprise, alors que le
ministère d l'instruction publique est favorable à une
scolarisation qui ne se contente pas de l'apprentissage des gestes, mais
apporte aussi une formation abstraite et générale.
Les partisans de l'apprentissage sans école ne dominent
pas la situation, même si un premier congrès de l'apprentissage
s'est déroulé à Roubaix en 1911 2 .
L'enseignement technique est peu à peu organisé sans que
l'apprentissage soit encore l'objet d'une attention particulière. Des
institutions nouvelles voient le jour en 1911. Le premier diplôme
élémentaire de formation technique, nécessaire pour
permettre la formalisation des qualifications de la masse, le Certificat
d'aptitude professionnelle (CAP) a été institué par le
décret du 24 octobre 1911. Les Comités départementaux
à l'enseignement technique sont créés à l'occasion
pour organiser les examens. Le préfet nomme ses membres, les Inspecteurs
de l'enseignement technique qui sont des représentants des employeurs,
des salariés et de l'administration et du corps enseignant. Le
Comité supérieur de l'enseignement technique dirige ces
Comité départemental de l'enseignement technique Il
dépendait au départ du ministère du Commerce, mais
dépend depuis le 20 janvier 1920
1. [PELPEL & TROGER 1993, pages 23-24]
2. [RENDU 1987, page 8]
du Sous-secrétariat d'État à
l'enseignement technique, qui se trouve sous la tutelle du ministère de
l'instruction publique3.
Le pouvoir du Comité supérieur de l'enseignement
technique et les Comités départementaux de l'enseignement
technique s'étend rapidement. En 1919, la loi Astier rend les cours
professionnels obligatoires. Elle fait passer les établissements
scolaires techniques tant publics que privés sous le contrôle les
Comités départementaux de l'enseignement technique Elle commence
aussi à mettre en place une politique d'incitation du patronat à
assurer l'enseignement technique. Le pouvoir les Comités
départementaux de l'enseignement technique est partagé avec les
Commissions locales professionnelles. Elles sont chargées à
l'échelon de la commune de déterminer et d'organiser les cours
obligatoires pour les besoins des professions commerciales et industrielles de
la localité. D'après Guy Brucy4: «Largement
dominées par les professionnels, elles détenaient, de fait, des
pouvoirs importants: elles désignaient les professions pour lesquelles
les cours devaient être institués, elles intervenaient dans le
recrutement des enseignants, elles élaboraient les plans d'étude
ainsi que les programmes et les règlements des examens. Surtout, elles
contrôlaient les jurys de CAP composés de professeurs -- qui
étaient des professionnels -- et d'un nombre égal de patrons et
d'ouvriers, nommés par le préfet et « choisis, autant que
possible, parmi les membres de la Commission locale professionnelle » (loi
Astier Titre V art 47) ». L'enseignement technique est donc
organisé de manière très décentralisée. Le
contrôle des institutions locales de l'enseignement technique devient un
enjeu local important: il permet notamment la création de CAP
très locaux, qui vont dans le sens des besoins immédiats de ceux
qui sont écoutés par les Commission locale professionnelle et les
Comités départementaux de l'enseignement technique
Les artisans sont encore très peu organisés:
leurs syndicats sont faibles et restent isolés. Il n'existe encore
aucune fédération nationale d'artisans. Les seuls à
être véritablement organisés sont les Alsaciens. Ils sont
représentés par la Chambre de métiers d'Alsace. Les
membres de celle-ci sont des représentants élus de l'artisanat.
Ils ont tous pouvoirs pour l'organisation de l'apprentissage: ils s'occupent
aussi bien de sa réglementation que du contrôle de son bon
déroulement, de la subvention des écoles professionnels et de la
formation des jurys d'examens de compagnons. Le rôle de la Chambre de
métiers dépasse le cadre de l'organisation de l'apprentissage:
plus généralement elle doit être consultée dans
toutes les circonstances où les intérêts de l'artisanat
où d'un métier sont enjeu.
Cette institution attire d'autant plus l'attention qu'elle
fonctionne bien, que l'Allemagne est un modèle pour la France depuis la
défaite de 1870, et surtout depuis qu'une grande campagne de propagande
pour l'extension à toute la France du modèle des chambres des
métiers est menée par la chambre de métiers alsacienne
revenue à la France après la Grande Guerre5. Mais elle
provoque aussi bien des réticences car elle refuse d'abandonner son
système corporatif pour le système syndical de la loi de 1884.
Dans le Rhône, les artisans commencent tout juste
à s'organiser. Il existe certes des syndicats spécifiques
à certains métiers artisanaux, dont certains ont commencé
leur existence avant la loi de 1884. Ces syndicats ne concernent cependant pas
tous les métiers. Les métiers de l'alimenta-
3. [PELPEL & TROGER 1993, page 59]
4. [BRUCY 1989] 5. [ZARCA 1986]
tion ont les syndicats les plus anciens. Les coiffeurs, les
tailleurs, les imprimeurs, les teinturiersdégraisseurs, les
charrons-carrossiers- bourreliers-selliers et les maréchaux-forgerons
possèdent leurs syndicats, pas les cordonniers, les artisans de la
métallurgie ou ceux du bâtiment. Ces syndicats restent
isolés, et fractionnés en petites sections locales
6.
Les artisans commencent tout juste à envisager un
regroupement plus large. La Fédération des artisans du sud-est a
été fondée le 1 er mai 1920 par les syndicats
locaux des maréchaux et forgerons, des charrons et carrossiers, et des
bourreliers-selliers7. Elle regroupe rapidement la majorité,
voire l'intégralité des organisations artisanales patronales du
Rhône, c'est à dire 12 syndicats patronaux, qui ont soit
adhéré à la Fédération des artisans du
sud-est, soit été créés par elle8.
C'est dans ces conditions que se déroule le second
congrès de l'apprentissage tenu à Lyon en octobre 1921.
L'organisation de l'artisanat n'est pas à l'ordre du jour.
L'apprentissage est le seul thème abordé. Ce congrès
propose un modèle de « Conseil de l'apprentissage ». Ce
seraient des chambres paritaires qui s'occuperaient exclusivement
d'apprentissage. Le modèle alsacien n'éveille aucun
intérêt. Les artisans ont été marginalisés au
sein de ce congrès qui a regroupé essentiellement des hommes
politiques, des hauts fonctionnaires et des patrons, et qui a été
évité par les groupements ouvriers. L'intervention du
président de la Chambre de métiers alsacienne cherchant à
promouvoir une organisation de l'apprentissage et de l'artisanat sur le
modèle alsacien n'a eu d'écho positif que chez les artisans de la
Fédération des artisans du sudest présents au
congrès9.
Cette rencontre de la Fédération des artisans du
sud-est et des Alsaciens ne fait pas sortir la Fédération des
artisans du sud-est de sa région. Elle n'a pas participé au
congrès constitutif de la Confédération
générale de l'artisanat français (CGAF), qui s'est
déroulé à Paris du 26 au 28 mars 1922 dans le cadre du
congrès de la Fédération de la petite industrie de la
chaus sure. Organisé par MM. Tailledet et Grandadam, ce congrès
permet aux organisations artisanales mettre en place une
confédération nationale très centralisée. Il leur
permet surtout de prendre contact avec certains parlementaires qui ont
été invités, et commencent à s'intéresser
à l'artisanat et à son « sauvetage ». Les Alsaciens
étaient présents à ce congrès, et trouvent dans la
Confédération générale de l'artisanat
français l'allié nécessaire pour promouvoir les Chambres
de métiers auprès des parlementaires. Ils organisent un
congrès à Strasbourg en novembre 1922, auquel la
Fédération des artisans du sud-est n'assiste pas plus. Ce
congrès jette les fondations d'un groupe parlementaire
dévoué à la cause artisanale, dont le sénateur
Clémentel et le député Courtier sont les grandes figures.
De ce congrès est issu le projet de loi Courtier qui prévoit la
création de Chambres de métiers10.
Le projet de loi Courtier prévoit la constitution de
Chambres de métiers défendant les intérêts des
artisans, et au sein de celles-ci, l'organisation d'un apprentissage
spécifique à l'artisanat. Tout comme ceux de la Chambre de
métiers alsacienne, les membres des Chambres de métiers
seraient
6. [RENDU 1987]
7. [ADR 9M30] et [RENDU 1987, page 5].
8. [ADR 9M30]
9. [RENDU 1987, pages 8-9]
10. Le projet de loi est présenté à la
Chambre des députés le 29 décembre 1922 [RENDU 1987, pages
13-14].
élus directement par les artisans. La mise en place
d'un tel système suppose qu'une définition de l'artisan soit
proposée pour le distinguer de l'industriel. Elle suppose aussi la
création d'une taxe d'apprentissage qui alimente le financement de
l'organisation de l'apprentis sage. Un projet de loi parallèle est en
préparation pour définir une telle taxe, que l'on imposerait
à l'ensemble des industriels et des artisans, et non aux seuls
artisans.
Pour M. Courtier, le rédacteur du projet de loi, une
telle institution est l'outil nécessaire pour «ressusciter
l'artisanat rural », abandonné par des responsables politiques qui
ne songent qu'aux villes. La décadence de l'artisanat est la
conséquence de la crise de l'apprentissage. Donner aux artisans les
moyens de rénover cet apprentissage, c'est leur donner les moyens de
revivre11.
M. Tailledet, président de la
Confédération générale de l'artisanat
français, est finalement celui qui expose le plus clairement pourquoi
l'apprentissage pose problème: «Parce qu'actuellement aucun contrat
ne lie l'apprenti au patron, il arrive très souvent que l'apprenti
quitte l'atelier sans avoir une connaissance complète de la profession,
avant la fin de son apprentissage. Dans ces conditions, les patrons
hésitent beaucoup à former des apprentis qui sont une charge pour
eux, non compensée par les services que ces apprentis pourraient rendre
dans la dernière année de leur apprentissage »
12.
Ce projet est vu d'un bon oeil par le Conseil supérieur
de l'enseignement technique, dont l'intérêt est focalisé
sur les questions d'apprentissage. Son soutien au projet Courtier,
discuté en mars 1923 13 , comporte certaines nuances. La
création des chambres des métiers n'est qu'une réponse
partielle à ses attentes concernant l'enseignement technique. Elle
laisse de côté l'organisation des cours professionnels (ils sont
pris en charge par les budgets municipaux en Alsace, et dépendent sinon
de la loi Astier). Elle ne concerne que l'apprentissage artisanal. Mais le
projet de loi laisse la situation ouverte: rien n'empêche la
création d'autres formes d'apprentissage, soit spécifiques
à l'industrie, par l'intermédiaire des Chambres de commerce, soit
destinées à l'artisanat et l'industrie. Il envisage ainsi la
création de Chambres d'apprentissage dépendant pour moitié
des Chambres de métiers, pour moitié des Chambres de commerce,
composées de manière paritaire de patrons et d'ouvriers.
Certaines des organisations artisanales, un groupe
parlementaire et la direction de l'enseignement technique se sont donc mis
d'accord pour promouvoir la création de chambres de métiers dans
toute la France. Le projet n'est pas du goût de toutes les organisations
artisanales, particulièrement de la Fédération des
artisans du sud-est En face, les industriels, et plus particulièrement
la chambre de commerce, cherchent par tous les moyens à éviter
ces créations. Les syndicats ouvriers, convoqués au débat,
se désintéressent de la question. Le modèle alsacien de
Chambre de métiers sert de référence à tout le
monde, mais pour des raisons chaque fois différentes: certes la chambre
des métiers alsacienne organise à la fois l'apprentissage et
l'artisanat, mais les responsables de l'enseignement technique y voient d'abord
un moyen d'organiser l'apprentissage, là où les organisations
artisanales voient surtout un moyen d'organiser l'artisanat et d'imposer sa
spécificité par rapport à l'industrie. Quant aux
industriels, ils mettent en avant l'unité de la clien-
11. La Formation professionnelle, n°63, 20 mai
1923, compte-rendu des séances des 6 et 7 mars 1923 du Comité
supérieur de l'enseignement technique, page 324 [ADR 9M30].
12. La Formation professionnelle, n°63, ouvrage
cité, page 326 [ADR 9M30]. 13. La Formation professionnelle,
n°63, ouvrage cité [ADR 9M30].
tèle des apprentissages pour justifier le refus d'une
institution qui opérerait la distinction entre plusieurs types
d'apprentissages. Comment la Fédération des artisans du sud-est
et la Chambre de commerce de Lyon s'organisent-elles pour montrer leur
hostilité au projet?
1.2 « Conseils de métiers » et «
Chambres des métiers » dans le Rhône
En réponse au projet de loi Courtier, on assiste en
1923 à la création presque simultanée, par des
organisations syndicales patronales, de plusieurs organismes chargés
chacun d'organiser l'apprentissage pour une branche spécifique.
L'unité apparente de ces démarches cache des orientations
radicalement différentes. Montrer l'origine de ces organismes suffirait
presque à montrer leur opposition: elles s'opposent par leur
dénomination, l'identité de leurs créateurs, et celle de
leurs soutiens. Les « Conseils des métiers » sont
créés par des syndicats d'artisans appartenant à la
Fédération des artisans du sud-est, et leur constitution est
approuvée par le sous-secrétariat d'État à
l'enseignement technique. Le premier de ceux-ci est créé le 16
janvier 1923; en octobre 1924, six autres « Conseils des métiers
» ont été formés. Les « Chambres des
métiers » sont créées par des syndicats de patrons de
l'industrie d'après un modèle proposé par la Chambre de
commerce. Elles sont subventionnées et contrôlées par la
chambre de commerce de Lyon. Au nombre de trois, elles sont
créées au printemps 1923.
1.2.1 La création des « Conseils de
métiers »
Alors que le projet de loi Courtier vient d'être
déposé à la Chambre des députés, la
Fédération des artisans du sud-est finit par s'inspirer du
modèle proposé lors du congrès de l'apprentissage de 1921
pour créer ses premiers « Conseils de métiers ». Le
premier « Conseil de métier» est constitué par la
« Corporation des maréchaux ferrants de Lyon» le 16 janvier
1923 14 . C'est une organisation paritaire: les «patrons »
et les « ouvriers », ainsi qu'ils sont désignés,
bénéficient chacun du même nombre de représentants
(quatre). Mais ce sont les patrons, dont les représentants sont presque
tous issus de la Chambre syndicale des patrons maréchaux-ferrants de
Lyon et sa Région, elle- même adhérente à la
Fédération des artisans du sud-est, qui semblent jouer le
rôle moteur dans cette création. Seul l'un des membres des
représentants ouvriers fait explicitement partie du syndicat ouvrier.
Les autres ouvriers n'apparaissent liés à aucune organisation
ouvrière. Leur recrutement semble avoir été fait autant
que possible suivant les affinités avec les patrons, ou du moins en
fonction de la connaissance de ceux-ci: l'ouvrier habitant la même rue
que l'un des patrons était vraisemblablement employé par celui-
ci, ou une de ses connaissances.
On retrouve la présence de la Fédération
des artisans du sud-est dans tous les « Conseils des métiers »
qui sont créés par la suite: après les maréchaux
ferrants, ce sont les artisans de l'habillement (mai 1924), les artisans
photographes (juillet 1924), puis les artisans ébénistes et
tourneurs, les artisans charrons, les artisans bourreliers et selliers et les
artisans tapissiers
14. [ADR 9M30]
(entre août et octobre 1924). Un réseau de «
Conseils de métiers» professionnels, créés par les
syndicats artisanaux de chaque branche, se met progressivement en place.
La Fédération des artisans du sud-est ne met pas
ces « Conseils de métiers» en place seule. M. Wiernsberger,
inspecteur départemental de l'enseignement technique et vice-
président du Comité départemental de l'enseignement
technique assiste à leur assemblée constitutive. Sa fonction lui
permet de mettre ces Conseils directement en liaison avec le sous-
secrétaire d'État à l'enseignement technique.
Le Comité départemental de l'enseignement
technique du Rhône est un soutien sans faille pour les « Conseils de
métiers ». Il élabore avec la Fédération des
artisans du sud-est un projet de création de Chambres de métiers
alternatif à celui prévu par Courtier. Ce projet est
défendu en mars 1923 au Conseil supérieur de l'enseignement
technique par M. Besse, représentant du Comité
départemental de l'enseignement technique du Rhône 15 .
Ce projet est hostile à la création d'une chambre consulaire
élue, sans lien avec le syndicalisme. Il propose que la Chambre de
métiers soit la fédération de Conseils de métiers,
assemblées primaires, paritaires, créées par les syndicats
intéressés, telles qu'il en existe déjà dans le
Rhône. Ce projet essaie en même temps de réduire
l'opposition des Chambres de commerce. La Chambre de commerce, percevant la
taxe d'apprentissage, pourrait être la trésorière des
Chambres de métier, organismes paritaires comprenant des membres de la
Chambre de commerce, des syndicats ouvriers et des syndicats patronaux,
l'essentiel étant d'assurer l'unité du budget d'apprentissage, et
d'éviter sa partition et sa gestion séparée par la Chambre
de commerce d'une part et la Chambre de métiers de l'autre.
La réunion du Comité supérieur de
l'enseignement technique en mars 1923 marque un tournant dans l'histoire des
« Conseils de métiers ». Le soutien au projet de loi Courtier
est décidé par le Comité supérieur de
l'enseignement technique En conséquence le sous-secrétaire
d'État à l'enseignement technique ne peut plus soutenir la
création des « Conseils de métiers» lyonnais. Il avait
pourtant commencé par leur montrer un fort intérêt. Le
premier « Conseil de métiers» avait très rapidement
reçu son approbation. Cette approbation dépasse la requête
de M. Wiernsberger, qui demandait seulement au préfet que:
«à défaut de sanctions légales, [il donne] à
ce premier Conseil de métier lyonnais [ses] encouragements, et [signale]
son existence à M. le Sous-secrétaire d'État de
l'enseignement technique » 16 . Il présentait ceci comme un
encouragement à organisme qui anticipe l'application d'une loi qui n'a
pas encore été votée, mais qui est nécessaire et en
gestation: ce « Conseil de métiers » est une tentative pour
« créer par avance un organisme qui aura certainement un rôle
important à jouer dans toutes les questions qui concernent
l'apprentissage »[ 1726]. Cette création est bien
comprise ainsi par le sous- secrétaire d'État à
l'enseignement technique, qui répond: «Encore qu'aucune loi n'ait
donné une existence légale à des organismes de cette
espèce, je ne puis qu'approuver l'initiative prise par la corporation
dont il s'agit18 ». Les arguments de l'inspecteur semblent donc
avoir touché l'admi-
15. La Formation professionnelle, n°63, ouvrage
cité, page 350 [ADR 9M30].
16. Lettre du 16 janvier 1923 de M. Wiernsberger au
préfet, transmise par celui-ci au sous-secrétaire d'État
à l'enseignement technique le 27 janvier 1923 [ADR 9M30].
17. Lettre du 16 janvier 1923 de M. Wiernsberger au
préfet, transmise par celui-ci au sous-secrétaire d'État
à l'enseignement technique le 27 janvier 1923 [ADR 9M30].
18. Réponse du sous-secrétaire d'État
à l'enseignement technique à M. Wiernsberger, le 2 février
1923 [ADR 9M30].
nistration centrale: aucun obstacle ne s'oppose à la
création de « Conseils de métier» les plus nombreux
possibles, et la volonté de l'inspecteur de « [s] 'efforcer de
provoquer la création de «Conseils de métier » pour
d'autres corporations lyonnaises » ne rencontre aucun écho
négatif.
Le premier « Conseil de métiers» est le seul
à recevoir aussi rapidement l'approbation du sous-secrétaire
d'État à l'enseignement technique. Après la réunion
des 6 et 7 mars du Comité supérieur de l'enseignement technique
où l'opposition des lyonnais au projet Courtier a été
exprimée, et où le soutien au projet de loi a été
décidé par le ministère, aucune approbation n'est plus
accordée. Alors que la réponse du sous-secrétaire
d'État à l'enseignement technique était parvenue quinze
jours après pour le premier « Conseil de métier », il
faut attendre trois mois l'approbation de la constitution du second «
Conseil de métier », celui de l'habillement: demandée le 23
mai 1924, elle est accordée le 13 août 1924 19.
Encore cette approbation ne se fait-elle pas dans les mêmes
conditions: elle suit une mise en garde de M. Wiernsberger, qui rappelle au
ministère l'utilité d'une réponse20. Cette
démarche permet au sous-secrétaire d'État à
l'enseignement technique de prendre connaissance de la création des
« Conseils de métiers » et de leurs statuts. Mais
l'approbation par le ministère n'est pas indispensable à la
création de « Conseils de métiers ». L'absence de
réponse du ministère ne peut donc inciter ces derniers à
se déclarer dès leur formation. C'est dans ces conditions que
l'annonce de la création du troisième « Conseil de
métiers », celui des artisans photographes, n'est
accompagnée ni des statuts de celui-ci, ni d'une demande
d'approbation21.
A partir de ce moment, il n'est plus question d'approbation,
mais le sous- secrétariat d'État à l'enseignement
technique demande que les statuts de ce « Conseil de métiers »
des artisans photographes lui soient transmis22 : c'est de cette
manière que l'on apprend la création des quatre «Conseils de
métiers » suivants23.
1.2.2 La création des « Chambres des
métiers »
Le projet de loi Courtier ne plaît pas à la
Chambre de commerce de Lyon. Aucune distinction n'est faite jusque là
entre les artisans et les industriels. Les artisans sont donc
régulièrement inscrits au registre du commerce, et doivent verser
une taxe destinée au fonctionnement de la Chambre de commerce. Celle-ci
est donc tout à fait hostile à la création de Chambres de
métiers artisanales qui feraient perdre un nombre non négligeable
de ressortissants à la Chambre de commerce. C'est ce qui la pousse
à promouvoir la création de « Chambres des métiers
» qu'elle contrôlerait.
Ce n'est pourtant pas le risque de sécession de
l'artisanat qu'elle met en avant dans son rapport
19. [ADR 9M30]
20. Lettre du 30 juillet 1924 de M. Wiernsberger au
préfet, transmise par celui-ci au sous-secrétaire d'État
à l'enseignement technique le 4 août 1924 [ADR 9M30].
21. Lettre du 30 juillet 1924 de M. Wiernsberger au
préfet, transmise par celui-ci au sous-secrétaire d'État
à l'enseignement technique le 4 août 1924 [ADR 9M30].
22. Lettre de la préfecture à M. Wiernsberger, le
6 octobre 1924 [ADR 9M30].
23. Transmission des statuts des nouveaux « Conseils de
métiers » au sous-secrétaire d'État à
l'enseignement technique par le préfet, le 24 octobre 1924 [ADR
9M30].
de février 1923 sur les Chambres de métiers
24 . Son argumentation est d'abord légaliste: l'organisation
de l'apprentissage est une des prérogatives des Chambres de commerce
prévue par la loi du 9 avril 1898. Des « Chambres de métiers
» ayant pour but l'organisation de l'apprentissage et de l'enseignement
professionnel ne peuvent donc s'organiser indépendamment des Chambres de
commerce. Les Chambres de commerce doivent donc mettre en place de telles
«Chambres de métiers », et décider de la forme qu'elles
doivent prendre.
La Chambre de commerce propose donc un modèle de «
Chambre des métiers ». Chacune doit être strictement
professionnelle, créée par les syndicats de chaque branche. Ce
seraient des chambres paritaires, composées à part égales
de patrons et d'ouvriers, mais comportant en sus un membre de la Chambre de
commerce. La Chambre de commerce exercerait un contrôle sur chacune de
ces Chambres par l'intermédiaire d'une Commission supérieure de
l'apprentissage et de l'enseignement technique. En échange chaque
Chambre aurait droit à un siège au sein de ce comité.
A la suite de ce rapport, trois « Chambres des
métiers » sont créées dans le Rhône, sous la
tutelle de la Chambre de commerce lyonnaise. La « Chambre des
métiers de la métallurgie », la «Chambre des
métiers de la soie » et la « Chambre des métiers de la
bijouterie » sont créées par les syndicats patronaux de leur
branche respective25. Leur conformité aux dispositions prises
par la Chambre de commerce le 22 février 1923 est reconnue par la
Chambre de commerce dès qu'elle a reçu leurs statuts 26
. Le contrôle de la Chambre de commerce est exercé par un de
ses membres, nommé pour faire partie de la « Chambre des
métiers »27. En contrepartie le
président de chaque « Chambre des métiers » fait partie
de la Commission supérieure de l'apprentissage et de l'enseignement
technique de la Chambre de commerce. Ces « Chambres des métiers
» reçoivent une subvention de la Chambre de commerce égale
au tiers de leur dépense28.
La Chambre de commerce rejette toutes les demandes faites par
des groupements qui n'ont pas encore créé leur « Chambre des
métiers » 29 : ce sont aux syndicats patronaux seuls de les
créer, la Chambre de commerce ne se veut qu'une instance de
contrôle, sans responsabilités financières. Elle reste
libre d'accorder ou de refuser des subventions.
Le nombre de « Chambres des métiers »
n'augmente plus par la suite. Jusqu'en 1925, les
24. Plaquette reproduisant ce rapport, voté dans sa
séance du 22 février 1923 [ADR 9M30].
25. Compte-rendu des travaux de l'année 1923, pages
485-491. Ce sont la Chambre syndicale des industries métallurgiques, le
Syndicat des fabricants de soieries et la Chambre syndicale des fabricants et
commissaires bijou-tiers [ACCL CR 1923-1925].
26. Compte-rendu des travaux de l'année 1923, pages
485-491. Lettres de la Chambre de commerce aux « Chambre des
métiers » du 1er avril (soie), 5 et 17 mai
(métallurgie), entre le 15 juin et le 11 octobre 1923 (bijouterie) [ACCL
CR 1923-1925].
27. Compte-rendu des travaux de l'année 1923, pages
485-491. Séance du 31 mai 1923 (soie et métallurgie);
séance du 11 octobre 1923 (bijouterie) [ACCL CR 1923-1 925].
28. Compte-rendu des travaux de l'année 1923, pages
485-491. Séance du 19 juillet 1923 (soie et métallurgie),
séance du 11 octobre 1923 (bijouterie) [ACCL CR 1923-1925].
29. Compte-rendu des travaux de l'année 1923, pages
485-491. Séance du 14 juin 1923: M. Chaleyssin, président de
l'atelier-école d'ébénisterie, demandait des subventions
en vue de la création d'une « Chambre des métiers de
l'ébénisterie »; Le patronage des apprentis tailleurs de
Lyon aussi, pour créer une « Chambre des métiers de
l'aiguille» [ACCL CR 1923-1925].
trois « Chambres des métiers »
créées en 1923 continuent de fonctionner normalement, et sont
toujours subventionnées par la Chambre de commerce30. En
1924, il est décidé de leur demander de se déclarer comme
associations loi de 1901 afin qu'elles obtiennent la personnalité
civile, qu'elles puissent acquérir des immeubles nécessaires
à leur fonctionnement, et qu'elles puissent recevoir des cotisations de
leurs membres supérieures à 500 F31.
L'objectif de ces « Chambres des métiers »
est de contrôler et d'organiser l'apprentissage, en particulier en
faisant partie du jury des CAP La « Chambre des métiers de la
métallurgie » considère en outre qu'une école est
indispensable, et elle est à la recherche de fonds pour la
création de celle-ci. Elle projette en août 1924
l'établissement de liens avec l'enseignement technique « dès
octobre 1934 » 32, sans qu'on sache ci ceux- ci ont
réellement été établis, ni comment.
1.2.3 Deux oppositions au projet de loi Courtier
Les principes d'organisation proposés par la Chambre de
commerce du Rhône n'apparaissent pas fondamentalement différents
de ceux de la Fédération des artisans du sud-est: comme les
«Conseils de métiers » créés par la
Fédération des artisans du sud-est, les « Chambres des
métiers » prévues par la Chambre de commerce doivent
être strictement professionnelles, et non interprofessionnelles. Elles
sont composées uniquement de patrons et d'ouvriers. Chacune gravite
autour du syndicat patronal qui l'a créée: il ne s'agit pas de
mettre en place un système de représentation concurrent du
syndicalisme. Le projet de loi Courtier prévoit, lui, la création
de Chambres de métiers artisanales interprofessionnelles, sans liens
directs avec le syndicalisme puisque leurs membres sont directement élus
par les artisans. L'insistance avec laquelle la Chambre de commerce
présente ce mode de fonctionnement, et la rapidité à
laquelle la Fédération des artisans du sud-est met en place ses
« Conseils de métiers» sont telles qu'il faut les comprendre
comme un moyen de pression sur les préparatifs de la loi sur les
Chambres de métiers.
La Fédération des artisans du sud-est et la
Chambre de commerce ne s'opposent pas de la même manière au projet
Courtier. La Fédération des artisans du sud-est est d'accord sur
le principe de l'organisation de l'artisanat à part, bien distinct de
l'industrie et du commerce. La Chambre de commerce refuse de distinguer
artisanat et industrie. Pour elle, la distinction pertinente se fait entre
industriels et commerçants: il ne faudrait pas que le coût de
l'apprentissage soit supporté par ces derniers qui n'en ont pas l'usage.
La clientèle de l'apprentissage est unique, ce sont les enfants,
renchérit la Chambre de commerce de Paris, une institution unique doit
donc organiser l'apprentissage33. Cette absence de distinction entre
artisans et industriels permet à la Chambre de commerce d'envisager le
contrôle de l'ensemble des « Chambres des métiers »
par
30. Compte-rendu des travaux de 1924 [ACCL CR 1923-1925].
31. Compte-rendu des travaux de l'année 1924, page 427,
séance du 17 mars 1924 de la Commission supérieure de
l'apprentissage et de l'enseignement technique [ACCL CR 1923-1925].
32. Bulletin mensuel de la Chambre syndicale des industries
métallurgiques, n° 8, août 1924, 6ème
année, page 150[ADR 9M30]
33. Bulletin mensuel de la Chambre syndicale des industries
métallurgiques, n° 8, août 1924, 6ème
année, page 150, intervention de la Chambre de commerce de Paris
[ADR 9M30].
le biais d'une institution où elle serait majoritaire:
la commission supérieure de l'apprentissage et de l'enseignement
technique. C'est ici que s'opposent le plus visiblement la
Fédération des artisans du sud-est et la Chambre de commerce: les
« Conseils de métiers» de la Fédération des
artisans du sud-est n'ont aucun lien avec la Chambre de commerce, et tout
montre que les artisans cherchent à en rester éloignés
pour organiser l'artisanat de manière indépendante. Les artisans
sont cependant près à collaborer avec les Chambres de commerce
pour organiser l'apprentissage, une fois admis comme principe qu'elle ne peut
se faire par l'absorption de l'artisanat, et qu'un apprentissage
spécifique doit être réservé aux
artisans34.
L'opposition de la Chambre de commerce s'étend aussi
aux conséquences du projet de loi Courtier qui ne concernent pas
uniquement les Chambres de métiers. La création d'une taxe
d'apprentissage est nécessaire au fonctionnement des Chambres de
métiers définies par ce projet. Le projet de taxe d'apprentissage
ne concerne pas uniquement les artisans: il prévoit une taxe uniforme de
0,5 % sur les salaires du commerce et de l'industrie35.
Dès que le projet est lancé, la Chambre de
commerce demande l'abandon du projet de taxe d'apprentissage et son
remplacement par un projet organisant l'apprentissage sous la tutelle des
Chambre de commerce 36 . C'est l'uniformité de la taxe qui
déplaît à la Chambre de commerce de Lyon37. Elle
considère que la totalité des commerçants n'en a pas
besoin, et que seule une partie des industriels en aura l'usage. Elle rappelle
les principes auxquels elle est attachée: ce sont les chambres
syndicales patronales qui ont doivent organiser l'apprentissage à leurs
frais. La Chambre de commerce peut une fois que les « Chambre des
métiers » sont organisées par ces derniers, leur accorder
une subvention. Il est possible de mettre en place un système
d'après ces principes sans modifier la législation. Le seul
inconvénient du système tel qu'il est alors praticable, c'est que
les membres du syndicat restent les seuls à subvenir, par leurs
cotisations syndicales, au fonctionnement des « Chambres des
métiers ». Les conditions d'application des principes en vigueur
devraient donc être réglementés pour supprimer ce
dysfonctionnement. La loi que la Chambre de commerce attend aurait pour unique
fonction de faire payer l'intégralité des patrons d'une
même branche, et non les membres du syndicat seulement; la taxe serait
obligatoire pour les seuls industriels, et variable selon les branches. La
Chambre de commerce serait chargée de contrôler l'application de
cette loi.
34. Bulletin mensuel de la Chambre syndicale des industries
métallurgiques, n° 8, août 1924, 6ème
année, page 150, intervention de la Confédération
générale de l'artisanat français [ADR 9M30].
35. Projet de l'article 18 de la loi de finances de 1925.
36. Séance du 22 janvier 1925; lettre aux
sénateurs du 2 avril 1925 [ACCL CR 1923-1925, Compte-rendu des travaux
de l'année 1925, pages 409-422].
37. Lettre du 20janvier 1925 de la Chambre de commerce à
M. Nicolle, député du Nord [ACCL CR 1923-1925, Compterendu des
travaux de l'année 1924, pages 435-437].
1.3 Les Chambres de métiers prévues par la
loi du 27 juillet 1925
La loi instituant les Chambres de métiers est
votée le 27 juillet 1925. Elle n'est pas applicable tout de suite: un
règlement d'administration publique doit déterminer les
conditions de son application, et préciser les nombreux points qu'elle
laisse dans l'ombre.
La loi définit le rôle des Chambres de
métiers. « Les Chambres de métiers sont, auprès des
pouvoirs publics, les organes des intérêts professionnels et
économiques des artisans, maîtres et compagnons, de leur
circonscription» (article 1er) Elles ont pour
attribution de sauvegarder les intérêts professionnels et
économiques des métiers. Leur avis devra être
demandé pour toutes les questions touchant ces intérêts.
Elles ont aussi pour attribution de participer à l'organisation de
l'apprentissage dans des conditions qui seront fixées par une loi
spéciale. Le projet Courtier a été largement
modifié. Les pouvoirs des Chambres de métiers en matière
d'apprentissage ont été considérablement réduits.
Sa version primitive conférait expressément aux Chambres de
métiers le droit de surveiller l'apprentissage des métiers de
l'artisanat. Pour L'Artisan du sud-est, leur journal, les modifications qui ont
été ainsi apportées entre 1924 et 1925 sont un
véritable sabotage38. Les attributions de la Chambre de
métiers qui va pouvoir s'installer dans le Rhône vont donc
être, dans le temps qui précédera le vote d'une loi sur
l'apprentissage, sensiblement les mêmes que celles des syndicats. Seule
l'origine de leur représentativité et leur poids moral vont les
séparer dans un premier temps.
L'artisan était déjà défini par la
loi sur l'artisan fiscal de 1923 comme un travailleur qui se livre
principalement à la vente du produit de son propre travail. La loi de
1925 reprend ces caractéristiques en les précisant: l'artisan
maître exerce un métier manuel; il prend lui-même part au
travail; il ne se trouve sous la direction d'aucun patron. Elle définit
l'artisan d'une manière plus large que la loi sur l'artisan fiscal de
192339. Celle-ci ne prenait en considération que les artisans
n'employant pas plus d'un compagnon et d'un apprenti en plus des membres de
leur famille. La loi de 1925 ne donne pas de limitation du nombre
d'employés. Cette différence de définition va peser sur la
constitution de l'artisanat. L'Artisan du sud-est est constamment obligé
de reproduire le même article rappelant les différences
d'acceptions du mot « artisan ». Les Chambres de métiers vont
regrouper les petits artisans fiscaux, et les moyens ou gros artisans qui ne
bénéficient d'aucun régime fiscal particulier. La porte
des revendications fiscales est ouverte.
La loi ne donne que les principes généraux
d'organisation des Chambres de métiers. Les Chambres de métiers
sont des établissements publics. Chacune d'elle est instituée par
décret. Le nombre total des membres élus de la chambre de
métiers ne peut être inférieur à 18, ni
excéder 36, sauf à Paris où il pourra s'élever
à 72. Seule la composition relative des Chambres de métiers
prévues est précisée. Elles ne seront ni paritaires ni
tripartites: elles seront composées de deux tiers
d'artisans-maîtres et un tiers d'artisans-compagnons (art 3). Sont tout
de même présents à titre consultatif: un
représentant du Comité départemental de l'enseignement
technique, l'inspecteur départemental de l'enseignement technique et un
inspecteur départemental du travail
38. [BMLPDR F383, numéro dejuillet-août 1931]
39. Loi de finances du 30juin 1923, article 10.
(art 7).
La forme précise que prendra chaque Chambre de
métiers doit presque entièrement être
déterminée par le décret d'institution. Celui-ci est
chargé de déterminer les catégories dans lesquelles sont
répartis les métiers de la circonscription, et de fixer, pour
chaque catégorie, le nombre des représentants à
élire. L'identité des « organisations
intéressées de la circonscription de chaque chambre de
métiers » qui seront chargées de donner leur avis pour fixer
le contenu du décret, et dont il est prévisible que le poids sera
déterminant, est laissée dans l'ombre par le texte de loi.
Les membres des chambres de métiers sont élus
pour six ans; ils sont indéfiniment rééligibles; le
renouvellement a lieu par moitié tous les trois ans. Les fonctions de
membres des chambres de métiers sont gratuites. Cependant, pourront
être prévus l'attribution de jetons de présence et le
remboursement des frais de déplacement.
Les listes électorales sont tenues par les mairies. Les
conditions à remplir pour être électeur ou éligible
à la chambre de métiers sont les mêmes que celles
exigées pour être électeur ou éligible aux conseils
de prud'hommes. Toutefois pourront être électeurs maîtres
les maîtres-artisans travaillant sans compagnon, et, pour être
éligibles les artisans devront, s'ils exercent actuellement le
métier, l'avoir exercé effectivement pendant au moins cinq
années, et, s'ils ne l'exercent plus, l'avoir exercé pendant
quinze ans au moins. Les maîtres-artisans inscrits actuellement sur la
liste des électeurs à la chambre de commerce sont obligatoirement
inscrits sur la liste électorale de la chambre de métiers. Tout
maître-artisan inscrit sur cette dernière liste peut
également réclamer son inscription sur la liste des
électeurs à la chambre de commerce.
Tous les électeurs ne participent pas au financement de
la Chambre de métiers. Il est pourvu aux dépenses des chambres de
métiers au moyen d'une imposition additionnelle au principal de la
contribution des patentes, acquitté par les artisans-maîtres
ressortissant à la chambre de métiers. Les compagnons et les
«petits » artisans fiscaux, qui ne sont pas patentables, ne paient
donc aucune taxe pour frais de Chambre de métiers. Les membres artisans
maîtres seuls ont voix délibérative pour fixer la
quotité de cette taxe. L'état matriciel des assujettis à
ces taxes est établi par chaque chambre de métiers dans sa
circonscription et il est fourni par elle aux directions départementales
des contributions directes. Les chambres de métiers peuvent recevoir en
outre des subventions de l'État, des départements, des communes,
des chambres de commerce et autres établissements publics et des
associations professionnelles; elles peuvent aussi recevoir des dons et legs,
et contracter des emprunts.
La bonne tenue des élections et des séances est
ce qui est prévu avec le plus de précisions par la loi: la
conformité du fonctionnement de ces établissements publics aux
règles démocratiques de la République doit être
assurée. Les lois pour les élections des prud'hommes, les
élections consulaires et les élections municipales servent de
référence à la description du déroulement des
élections pour les Chambres de métiers. La forme que doit prendre
le bureau de chaque Chambre de métiers est précisée: il
doit être composé d'un président, d'un
vice-président, d'un trésorier et d'un ou plusieurs
secrétaires, nommés parmi les membres de la chambre. Le bureau
est renouvelé après les élections triennales; les membres
sortants sont rééligibles.
La loi a plus ou moins prévu que la répartition
géographique des membres ne sera pas homogène, et ne permettra
pas une couverture complète du département. Pour assurer un
fonctionnement optimal des Chambres de métiers, un contact permanent
avec leurs ressortissants semble nécessaire. Les chambres de
métiers peuvent désigner, dans toute l'étendue de leur
circonscrip-
tion, des « membres correspondants » pris parmi les
inscrits de leurs listes électorales, et dont le nombre ne doit pas
dépasser celui de la moitié de la chambre elle-même. Les
membres correspondants assistent aux séances de la chambre avec voix
consultative.
Les chambres de métiers correspondent directement avec
le ministre du travail, le ministre de l'instruction publique
(sous-secrétaire d'État à l'enseignement technique) et le
ministre du commerce. Elles leur transmettent chaque année le
compte-rendu de leurs travaux. Elles sont autorisées à publier le
compte-rendu de leurs séances.
Les chambres de métiers correspondent directement entre
elles et avec les administrations publiques de leurs circonscriptions pour les
questions relatives aux intérêts des métiers. Elles peuvent
se concerter entre elles en vue de poursuivre l'étude et la
réalisation, dans la limite de leurs attributions, de projets à
frais communs. Elles ont la faculté de provoquer, par l'entremise de
leurs présidents, une entente sur les objets rentrant dans leurs
attributions. A cet effet, les présidents des chambres de métiers
ou leurs délégués se réunissent au moins une fois
par an à Paris, en une assemblée générale qui
élit son bureau. Le bureau permanent de l'assemblée des
présidents de chambres de métiers (APCM) a son siège
à Paris.
1.4 Le sort des « Conseils de métiers »
et des « Chambres des métiers »
Assez paradoxalement, le dynamisme des artisans du Rhône
les dessert plutôt, puisque ces «Conseils de métiers »,
même fédérés en une Chambre de métiers,
n'auront plus lieu d'être après le vote de la loi et la mise en
place d'une Chambre de métiers départementale dans le
Rhône. Pour les organisations artisanales commence l'attente de
l'installation de cette chambre.
La loi Courtier ne concerne pas, par contre, les
«Chambres des métiers » de la Chambre de commerce et des
syndicats patronaux industriels. Leur établissement est, d'une certaine
manière, un échec puisqu'elles n'ont pas servi de modèle
pour la législation. Il est aussi une avancée pour
l'apprentissage industriel, qui commence ainsi à être
organisé. Les « Chambres des métiers»
créées par la Chambre de commerce du Rhône de
manière défensive peuvent continuer leur existence soutenue par
les syndicats patronaux et la Chambre de commerce. La loi sur les chambres des
métiers artisanales n'a imposé qu'un changement de
dénomination aux « Chambres des métiers » des syndicats
patronaux et de la Chambre de commerce: la « Chambre des métiers de
la soie » devient la « Chambre d'apprentissage des métiers de
la soie » 40, par exemple.
Le modèle proposé par la Chambre de commerce
n'est pas abandonné tout de suite. Une nouvelle chambre est même
créée à l'automne 1925: la « Chambre d'apprentissage
des industries du bâtiment, des travaux publics et des industries
connexes » 41 . Contrairement aux Chambres de métiers artisanales
prévues par la loi Courtier, c'est une organisation apparemment
paritaire. Son conseil d'administration est composé de 12 patrons d'une
part, et 6 ouvriers et 6 ingénieurs ou contremaîtres d'autre part.
Les patrons bénéficient tout de même de la majorité
absolue grâce
40. [ADR 9M30]
41. Elle est créée le 17 novembre 1925 [ADR
9M30].
à la présence du membre de la Chambre de
commerce qui s'y rajoute. Mais surtout, la commission administrative qui
régit cette chambre d'apprentissage est composée des seuls
représentants patronaux.
La loi instituant la taxe d'apprentissage42 a eu
des conséquences plus lourdes sur les rapports de la Chambre de commerce
avec ses « Chambres d'apprentissage ». La Chambre de commerce se
prépare dès le vote de cette loi à ne plus accorder de
subventions aux « Chambres des métiers ». Ce serait maintenir
une double imposition dans le même but. Elle souhaite néanmoins
maintenir le contact43. Les subventions promises à la «
Chambre des métiers de la soie » devenue « Chambre
d'apprentissage des métiers de la soie » n'ont jamais
été accordées, «par suite de l'institution de la taxe
d'apprentissage »44.
La conséquence de cette suppression des subventions,
c'est la dégradation des rapports entre la Chambre de commerce et les
Chambres d'apprentissage des industriels. La « Chambre d'apprentissage des
industries du bâtiment, des travaux publics et des industries connexes
» se détache rapidement de la Chambre de commerce: entre 1925 et
1928, des modifications sont apportées à ses statuts, qui
éliminent la présence d'un membre de la Chambre de commerce au
conseil d'administration45. Ces chambres d'apprentissage continuent
d'être financées par les syndicats qui les ont
créées. En 1928, la « Chambre d'apprentissage des
métiers de la soie » tire ses ressources de subventions des
industriels, en particulier du Syndicat des fabricants de soieries. Elles
cherchent aussi à bénéficier de la redistribution des
taxes d'apprentissage 46, mais c'est une autre
histoire.
42. Loi du 13 juillet 1925, article 25.
43. Séance du 18 août 1925 de la Commission
supérieure de l'apprentissage et de l'enseignement technique [ACCL CR
1923-1 925, Année 1925, page 426].
44. [ADR 9M30, lettre du 27 juin 1928 du directeur de
l'École de la Martinière au ministère de l'instruction
publique (direction de l'enseignement technique)]
45. [ADR 9M30] 46. [ADR 9M30]
2 La création de la Chambre de métiers
du
Rhône (1925-1933)
2.1 Une première tentative avortée
Une fois que la loi sur les chambres des métiers a
été promulguée commence pour les artisans la
période d'attente de la création d'une Chambre de métiers
dans le Rhône, conformément à la législation. La
Chambre de métiers doit être créée par l'État
selon les procédures légales que le décret d'application
doit préciser. Les « Conseils de métiers »
créés par les organisations artisanales ne peuvent
prétendre à l'appellation « Chambre de métiers »
ni aux avantages qui lui sont liés, notamment en ce qui concerne les
relations avec l'administration et l'enseignement technique.
L'intérêt de la création d'une telle Chambre est
évident pour les artisans.
Les artisans essaient de forcer l'application de la loi. Entre
1923 et 1925, les « Conseils de métiers» créés
par la Fédération des artisans du sud-est se sont
fédérés en une Chambre de métiers. Sans être
totalement conforme au modèle prévu par la loi sur les Chambres
de métiers, elle est conçue par ses membres comme une Chambre de
métiers «pré-légale ». Elle reste très
proche de la Fédération des artisans du sud-est, puisqu'elle
partage les mêmes locaux. Dès l'automne 1925, elle demande la
constitution des listes électorales nécessaires à la
création de la Chambre 1 . L'initiative ne peut être
prise par aucune organisation artisanale: la première liste
électorale doit être établie par le maire de chaque commune
assisté d'un artisan maître et d'un artisan compagnon
désignés par le conseil municipal2. Dans cette
demande, la Chambre de métiers «pré-légale»
néglige cependant de rappeler que « les organisations
intéressées » doivent être consultées. La loi
est très vague sur l'identité de ces organisations: les artisans
estiment visiblement que l'avis des seules organisations artisanales
intéressées par cette création suffit.
Cet empressement des artisans est bien inutile. Leur
initiative est repoussée. Il faut attendre le décret
d'application de la loi pour que les premières démarches puissent
être entreprises3. Ce règlement d'administration
publique est pris le 14 avril 19284.
1. Lettre au préfet de la « Chambre de
métiers de Lyon et du Rhône » du 14 novembre 1925 [ADR
9M30].
2. Articles 2 à 6 de la loi du 27juillet 1925.
3. Réponse du préfet à la Chambre de
métiers du 21 novembre 1925 [ADR 9M30].
4. [JO, 17 avril 1928]
2.2 La création de la Chambre de métiers
du Rhône
2.2.1 La démarche à suivre
Le décret d'application précise
l'identité des « organisations intéressées »
dont l'avis doit être demandé pour la fixation de la forme de
chaque Chambre de métiers créée. En plus des
catégories et du nombre de membres, elles devront définir
l'étendue de la circonscription de la Chambre de métiers
projetée. La liste de ces organisations est fort longue: «Les
Chambres de métiers sont instituées après avis des
chambres de commerce, des chambres consultatives des arts et manufactures et du
conseil général du département, du conseil municipal de la
commune désignée pour être le siège de la chambre,
ainsi que du comité départemental de l'enseignement technique, du
comité régional des arts appliqués et des organisations
professionnelles intéressées » (art. 1 er).
Il est donc à prévoir que l'installation d'une Chambre de
métiers sera un travail de longue haleine.
Le décret précise la manière dont toutes
ces organisations devront procéder pour donner leur avis. Elles devront
tenir compte « du nombre des électeurs, de l'importance
économique et sociale des métiers dans la région et de
leur caractère artistique » (art. 2). Ces critères ne
donnent pas de précisions sur ce qu'il faut entendre, sinon par artisan,
du moins par métier artisanal. L'existence d'une distinction entre
métiers artisanaux et métiers non artisanaux reste cependant
toujours sous-entendue, de manière floue. Ce que le décret
cherche visiblement à éviter, c'est que la construction de la
Chambre de métiers repose uniquement sur la vigueur des structures
syndicales et la résultante de leurs rapports de concurrence.
L'utilisation des critères qu'il propose nécessiterait un
recensement des artisans. Celui-ci est-il pourtant réalisable avant la
définition des catégories et de la circonscription de la chambre?
Les renseignements que pourront fournir les syndicats vont rester dans la
pratique les seuls utilisables.
Dès la parution du décret, l'installation de la
Chambre de métiers est prévue par la Fédération des
artisans du sud-est: en juin 1928, dans son journal L'Artisan du sud- est,
déjà sous-titré organe officiel des Chambres de
métiers5, elle donne une image de sa composition,
présentée comme un fait acquis. Elle prévoit
déjà 36 membres patrons et 12 membres compagnons, avec autant de
suppléants que de membres, tous élus, auxquels viendrait se raj
outer 6 membres experts désignés par cooptation. L'existence de
tels membres experts n'est pas prévue par la loi. Leur création
est-elle le moyen trouvé par la Fédération des artisans du
sud-est pour faire une place aux représentants des syndicats? Elle donne
aussi une liste des métiers et leur répartition en 6
catégories: ameublement et bois; bâtiment; livres et arts
graphiques; mode, vêtements, cuirs et peaux; métallurgie; textile
et tissage. Les métiers de l'alimentation sont exclus. La
Fédération des artisans du sud-est se réserve un
rôle clé dans toutes les procédures d'inscription sur les
listes électorales, et de postulation à la candidature. Elle
prévoit d'être le moteur de la future Chambre de métiers,
et prévoit surtout une installation très prochaine.
Ce projet reste un voeu pieu: la Chambre de métiers ne
peut être créée aussi rapidement. Il n'est d'ailleurs plus
question du projet pendant un an. Puis un long article de L'Artisan du sud-est
récapitule en août 1929 les caractéristiques des Chambres
de métiers prévues par la loi: buts de l'organisation,
définition de l'artisan, modalités de fonctionnement et moyens
d'action6.
5. L'Artisan du sud-est, numéro dejuin 1928
[BMLPDR F383].
L'action pour la création d'une Chambre de
métiers semble être relancée à ce moment.
Les conditions ont un peu changé: les métiers de
l'alimentation, plus puissants, mieux organisés, viennent d'être
officiellement intégrés à l'artisanat. Le ministre du
travail a reconnu les métiers de l'alimentation comme des métiers
artisanaux en juin 19297. Ils se joignent à la
Fédération des artisans du sud-est pour réclamer
l'institution d'une Chambre de métiers. Si aucun syndicat de la
Fédération des artisans du sud-est n'est apparenté aux
métiers de l'alimentation, et si l'intégration des métiers
de l'alimentation n'avait pas été prévue en juin 1928,
leur intégration est saluée comme une victoire par la
Fédération des artisans du sud-est8.
2.2.2 La pétition de janvier 1930
Fin 1929, la Fédération des artisans du sud-est
s'entend avec quatre syndicats des métiers de l'alimentation pour
demander la création d'une Chambre de métiers dans le
Rhône. Une pétition est déposée à cet effet
à la préfecture le 3 janvier 19309. En tout, 24
syndicats ont signé la pétition. Ils représentent 3 675
artisans10, dont les deux cinquièmes appartiennent aux
syndicats des métiers de l'alimentation. Le poids numérique de
ces derniers se repère dans la force même de leurs syndicats: ils
comptent en moyenne 400 membres environ, alors que les syndicats de la
Fédération des artisans du sud-est en comptent une centaine en
moyenne. Le seul syndicat de la Fédération des artisans du
sud-est dont le poids se rapproche de celui des métiers de
l'alimentation est celui des coiffeurs (600 membres). Les syndicats des
métiers de l'alimentation signataires sont les syndicats patronaux des
bouchers, des boulangers, des pâtissiers confiseurs et des tripiers. Ils
ne sont pas composés exclusivement d'artisans. Certains de leur membres
sont patrons d'entreprises trop grosses pour être
considérés ainsi.
Les syndicats de la Fédération des artisans du
sud-est se répartissent entre des professions très
diversifiées. On retrouve les syndicats créateurs des premiers
« Conseils de métiers »: les maréchaux ferrants de
Lyon, appuyés par trois autres syndicats de maréchaux
répartis dans le département; les charrons; les artisans de
l'habillement: guimpiers, tisseurs et tailleurs; les photographes; les
bourreliers selliers; les tapissiers. Les ébénistes et tourneurs,
qui avaient créé leur « Conseil de métiers »,
n'apparaissent pas parmi les pétitionnaires. Par contre des syndicats
n'ayant semble-t-il créé aucun « Conseil de métiers
» signent la pétition: trois syndicats de cordonniers; le groupe du
bâtiment; les maîtres coiffeurs; les blanchisseurs. Quelques
groupes font une apparition furtive: les artisans de Villefranche signent la
pétition et dissolvent leur syndicat fin 1929 11;
les relieurs et les horlogers rhabilleurs disparaissent très
rapidement des
6. L 'Artisan du sud-est, numéro d'août
1929; article «Les Chambres de métiers » [BMLPDR F383].
7. Circulaire du ministère du travail du 1er
juin 1929 puis circulaire du 15 janvier 1930.
8. L'Artisan du sud-est, numéros dejuin
etjuillet 1929 [BMLPDR F383].
9. Le décret du 18 mai 1933 portant création d'une
Chambre de métiers dans le Rhône rappelle la date de ce
dépôt.
10. D'après les renseignements pris par la
préfecture [ADR 9M30]. Ce compte reste approximatif car la
préfecture, en multipliant les comptes du nombre d'adhérents de
chaque syndicat, trouve toujours des résultats différents. Les
résultats présentés ici sont ceux de la liste la plus
complète; cette liste n'est pas datée, mais elle est certainement
la plus ancienne. Voir tableau 2.1 page suivante.
11. On apprend cette dissolution lors de l'enquête de
la préfecture commencée le 5 novembre 1930 [ADR 9M3 0].
TABLEAU 2.1 -: Les syndicatspétitionnaires
début 1930 et leurs adhérents
|
catégorie a
|
Nom
|
Adhérents
|
|
1
|
bouchers
|
570
|
|
1
|
boulangers
|
700
|
|
1
|
pâtissiers confiseurs
|
225
|
|
1
|
syndicat de la triperie lyonnaise
|
80
|
|
2
|
bâtiment
|
140
|
|
3
|
charrons de Tarare
|
15
|
|
3
|
charrons du lyonnais
|
150
|
|
3
|
tapissiers
|
40
|
|
4
|
artisans horlogers rhabilleurs
|
|
|
4
|
maréchaux de Tarare
|
52
|
|
4
|
maréchaux du Bois d'Oingt
|
15
|
|
4
|
maréchaux et charrons de Belleville
|
50
|
|
4
|
maréchaux ferrants de Lyon
|
45
|
|
5
|
blanchisseurs du lyonnais
|
206
|
|
5
|
guimpiers
|
80
|
|
5
|
tailleurs
|
27
|
|
5
|
tisseurs
|
200
|
|
6
|
artisans relieurs
|
|
|
6
|
bourreliers selliers
|
40
|
|
6
|
coiffeurs
|
600
|
|
6
|
cordonniers de Belleville
|
20
|
|
6
|
cordonniers de l'Arbresle
|
150
|
|
6
|
cordonniers de Lyon
|
70
|
|
6
|
photographes
|
70
|
|
x
|
artisans de Villefranche
|
40
|
a Sources: [ADR 9M30]. Les syndicats sont classés
par métiers, en fonction des catégories utilisées pour la
Chambre de métiers dès le recensement de 1932.
pétitionnaires 12.
2.2.3 Recueillir les avis favorables nécessaires
L'avis de tous les organismes à consulter n'est pas
demandé au même moment. La priorité revient au Conseil
municipal, au Conseil général et à la Chambre de commerce.
Dès réception de la pétition, il est prévu de
demander leur avis 13.
La préfecture prépare rapidement les dossiers de
documentation pour ces institutions. Elle s'informe sur les syndicats
signataires (nom des présidents et nombre d'adhérents). Assez
paradoxalement, la Fédération des artisans du sud-est tarde
à donner ces renseignements 14 , peut-être est-ce ce
qui force la préfecture à demander les mêmes renseignements
au « Commissaire spécial près la préfecture »
qui répond beaucoup plus vite15.
Le Conseil général est le premier à
répondre. Il dispose, comme appui à sa décision, de la
liste des « 22 syndicats patronaux pétitionnaires » (les
relieurs et les horlogers-rhabilleurs se sont déjà
retirés), assortie de leur nombre d'adhérents. Il disposait aussi
d'une nomenclature des professions qui s'exercent généralement
sous la forme artisanale, de renseignements concernant la création des
Chambres de métiers de Haute- Marne et de Seine-Inférieure, et
d'un recensement des artisans par catégories professionnelles dans le
Rhône 16. Il donne un avis favorable à la
création d'une Chambre de métiers dans le Rhône, mais se
décharge sur le Comité départemental de l'enseignement
technique de la tâche de formuler des avis sur la répartition des
métiers en catégories et l'étendue de la circonscription
territoriale17.
Deux ans sont nécessaires pour récolter tous les
avis favorables nécessaires. Le Conseil général du
Rhône est le premier à répondre, le 30 avril 1930; la
Chambre de commerce de Lyon suit le 5 juin 1930, puis le Conseil municipal de
la ville de Lyon le 30juin 1930 18. Les autres organismes
sont contactés plus tard. Ils répondent à leur tour
favorablement. Le Comité régional des arts appliqués de
Lyon donne son avis favorable le 13 janvier 1931 et le Comité
départemental de l'enseignement technique le 2 décembre 1931
19. Si le Comité départemental de
l'enseignement technique est l'un des derniers à répondre, c'est
semble-t-il que le Conseil général n'est pas le seul à
s'être déchargé sur lui de la mission d'émettre un
avis précis sur la forme que doit prendre la Chambre de métiers.
Il s'avère encore nécessaire par la suite de demander l'avis des
Chambres de commerce de Tarare et de Villefranche, qui répondent au
courant de l'année 193220. C'est au
12. Ils ne sont plus cités dans la liste
présentée au Conseil général en avril 1930 [ADR
9M30].
13. Note interne de la préfecture du 6janvier 1930
déjà citée [ADR 9M30].
14. Lettre du 12 mars 1930 où la Fédération
des artisans du sud-est s'excuse du retard apporté à sa
réponse [ADR 9M30].
15. La préfecture demande les renseignements le 19 mars
1930, les obtient le 22 mars 1930 [ADR 9M30].
16. Il ne reste de ces documents que la « nomenclature des
pièces jointes » lors de la délibération du Conseil
général [ADR 9M30].
17. Extrait du procès-verbal de la séance du 30
avril 1930 du Conseil général [ADR 9M30].
18. [AML BMO, Conseil municipal du 30juin 1930]
19. Le décret du 18 mai 1933 portant création
d'une Chambre de métiers dans le Rhône rappelle ces dates. 20.
Lettres des 18 novembre et 14 décembre 1932 du préfet au sous
préfet de Villefranche [ADR 9M30].
cours de cette collection d'avis que la forme de la Chambre de
métiers à créer est fixée. La longue
hésitation entre l'intégration et l'exclusion des métiers
de l'alimentation est le phénomène le plus marquant de cette
période. Les discussions sur les liens à construire entre la
Chambre de métiers et le syndicalisme disparaissent rapidement.
2.2.4 La Fédération des artisans du sud-est
se défend contre le Comité départemental de l'enseignement
technique
Le Comité départemental de l'enseignement
technique du Rhône a obtenu délégation du Conseil
général pour discuter de la forme que devra prendre la Chambre de
métiers. L'importance de son rôle concepteur a été
comprise par les organisations artisanales. Le syndicat des guimpiers de la
Fédération des artisans du sud-est s'adresse directement au
directeur de celui-ci pour justifier la création d'une Chambre de
métiers dans le Rhône et donner son avis sur la forme que celle-ci
devrait prendre21. Le maintien de liens organiques entre les
syndicats et la Chambre de métiers est l'une des préoccupations
majeures de ce syndicat: il propose (avec une grande prudence oratoire) que la
Chambre de métiers comprenne «une représentation similaire
à celle de la prud'homie, ses membres étant éligibles
d'après les mêmes conditions et désignés par les
chambres syndicales constituées d'après le régime de la
loi de 1884. Soit un délégué titulaire et un
délégué suppléant pour chaque corporation
d'artisans ». La similitude avec les élections prud'homales
prévue par la loi de 1925 ne concernait pourtant que les conditions pour
être électeur ou éligible. Le régime des
élections était clairement rattaché au modèle des
élections municipales. Le rôle des syndicats dans la
désignation des candidats n'était par contre pas
précisé.
Les relations entre le Comité départemental de
l'enseignement technique et les syndicats artisanaux semblent toujours aussi
bonnes. Il se montre favorable au maintien de liens étroits entre la
Chambre de métiers et le syndicalisme. Il donne un premier avis fin
octobre 193022, dans lequel il reprend les revendications du
syndicat des guimpiers concernant le rattachement de la Chambre de
métiers aux syndicats: «la création en projet doit reposer
sur des groupements vivants, dont chaque membre électeur au conseil
d'administration devra justifier de son affiliation au syndicat par la preuve
qu'il cotise régulièrement et qu'il est bien artisan
conformément aux dispositions générales des lois touchant
à l'artisanat ».
Mais la période où les membres du Comité
départemental de l'enseignement technique soutenaient pleinement les
« Conseils de métiers» est révolue. Il n'adhère
plus entièrement aux positions des artisans de la
Fédération des artisans du sud-est Il entre même en conflit
avec ceuxci sur deux points: l'intégration des métiers de
l'alimentation et l'extension de la définition du maître artisan.
Ce conflit est assez grave pour les artisans, car la préfecture se
montre visiblement plus proche du Comité départemental de
l'enseignement technique que des organisations artisanales. L'arbitrage de la
situation par celui-ci peut donc jouer contre la Fédération des
artisans du sud-est.
21. Deux copies de la lettre du syndicat du 25 mai 1930 sont
adressées au président du Comité départemental de
l'enseignement technique [ADR 9M30].
22. Rapport de M. Besse pour avis du Comité
départemental de l'enseignement technique sur la création d'une
Chambre de métiers, 25 octobre 1930 [ADR 9M30].
Les métiers de l'alimentation ont été
intégrés à l'artisanat par le ministre du travail
dès juin 192923. Le Comité départemental |