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UNIVERSITY DE YAOUNDE II
THE UNIVERSITY OF YAOUNDE II
FACULTE DES SCIENCES ECONOMIQUES FACULTY OF ECONOMICS
AND ET DE GESTION MANAGEMENT
EFFICACITE DES PRIVATISATIONS CAMEROUNAISES :
Une analyse à travers la théorie de la gouvernance
partenariale
Mémoire présenté et soutenu publiquement
en vue de l'obtention du Diplôme d'Etudes Approfondies (D.E.A) en
Sciences de Gestion, option Finance
Par :
BIWOLE FOUDA Jean Maîtrise en Finance et
Comptabilité BBA in Accounting and Finance
Sous la direction du : Assisté de :
Pr. Claude BEKOLO Isaac TAMBA
Agrégé des Sciences de Gestion Docteur d'Etat
ès
Directeur de L'ENSET de Douala Sciences Economiques
Directeur Adjoint de L'ESSEC de Chargé de Cours
à
Douala L'Université de Yaoundé II, (FSEG)
Juillet 2004
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SOMMAIRE
INTRODUCTION GENERALE
........................................................................................
2
PREMIERE PARTIE: ASPECTS THEORIQUES DE LA RELATION
PRIVATISATION
PERFORMANCE............................................................................
11
CHAPITRE 1
...........................................................................................................................
12
LE CADRE CONCEPTUEL DE LA PRIVATISATION
................................................................ 12
Section 1 : Privatisation : définitions et objectifs
........................................................... 12
Section 2 : Le Débat sur la Relation Privatisation
Performance .................................... 16
CHAPITRE 2
...........................................................................................................................
26
LA THEORIE DE LA GOUVERNANCE : UN NOUVEAU CADRE
D'ANALYSE DE LA RELATION P/P
....................................................................................................................
26
Section 1 : Origines et Implications de la TGP
............................................................... 26
Section 2 : LA PRIVATISATION : un changement du
système de gouvernance ............. 32
CONCLUSION PREMIERE
PARTIE...........................................................................
42
CHAPITRE 3
...........................................................................................................................
46
PRIVATISATIONS CAMEROUNAISES : DEROULEMENT ET METHODE
D' EVALUATION
..............................................................................................................
46
Section 1 : Le processus de privatisation camerounais
................................................... 46
Section 2 : Démarche d'investigation dans le secteur
des entreprises privatisées au
Cameroun
.........................................................................................................................
55
CHAPITRE 4
...........................................................................................................................
67
UN APERÇU DES PERFORMANCES ECONOMIQUES ET
PARTENARIALES DES ENTREPRISES PRIVATISEES AU CAMEROUN
.................................................................
67
Section 1 : Les Résultats du Modèle d'EPP
.................................................................... 67
Section 2 : Interprétations et implications des
résultats du modèle d'EPP .................... 80
CONCLUSION DEUXIEME PARTIE
.........................................................................
83
CONCLUSION GENERALE
..............................................................................
84
AVERTISSEMENT
« L'Université de Yaoundé II
n'entend donner aucune approbation
ou improbation aux opinions contenues dans ce
mémoire, celles-ci doivent être considérées comme
étant propres à l'auteur »
DEDICACES
A mes parents :
- Mme FOUDA née MBIA MANGA Rébecca
- M. FOUDA OBONO Joseph
REMERCIEMENTS
Un proverbe Beti nous fait savoir que "celui qui dit merci
demande encore".
Qu'il me soit permis de dire vivement merci :
- au Seigneur Dieu tout Puissant, car il est
à l'origine de tout ce qu'il y a de bon dans ce mémoire ;
- à mon Père et ma Mère
à qui je dois tout ;
- au Professeur Claude BEKOLO pour la
très grande disponibilité avec laquelle il a conduit ce
travail, malgré ses nombreuses responsabilités ;
- au Docteur Isaac TAMBA, pour ses
précieuses remarques. En
tant que spécialiste des privatisations, il a
éclairé vivement ce travail ;
- aux responsables de la CTPL (Commission Technique de
Privatisation et des Liquidations), et particulièrement
à M. Bruno EPOUBE qui a été mon encadreur durant les
quatre semaines de stage effectué dans cette structure ;
- aux responsables de la Direction de la Statistique
et de la Comptabilité Nationale, pour les données sur les
entreprises privatisées mises à notre disposition ;
- à mon grand frère Zéphirin BAHEL pour
toute la logistique mise
à ma disposition ;
- à mes camarades et amis Mbilli Onana André-marie,
Jean- bosco Effa, Gaston Betsama, Thiery Enoa, Jules Lipouck, Laurent Patrick
Ndenga, Freddy Christel Bekono, et Rosine Bangue Mambo pour leurs soutiens
multiformes ;
- à ma petite soeur Hélène Estelle Ngono
Fouda, pour le climat
familial qu'elle a toujours su préservé autour de
moi.
- VI -
RESUME
L'objectif de cette recherche est de savoir
quel est l'impact de la privatisation sur la performance
économique et partenariale des entreprises privatisées au
Cameroun ? En nous appuyant sur les arguments avancés par les
théories néo institutionnelles, nous émettons la
première hypothèse selon laquelle "la privatisation
améliore la performance économique de la firme". La
deuxième hypothèse trouve ses fondements dans la TGP et
affirme que "la privatisation améliore la valeur appropriable par
chaque partenaire". Une comparaison des résultats
avant/après la privatisation de 12 entreprises camerounaises
aboutit aux conclusions suivantes. La privatisation accroît la
performance économique des entreprises ainsi que la valeur appropriable
par
les partenaires personnel et bailleurs de fonds.
Mots clés : Privatisation --
Performance économique -- Performance partenariale -- Théorie de
la Gouvernance Partenariale
- VII -
ABSTRACT
The objective of this research work is to find the impact of
privatization
on economic and stakeholder performance of Cameroon
enterprises. Our first hypothesis, based on the neo-institutional theories is
as follows: "privatization increases economic performance of firm". The second
hypothesis in line with the stakeholder governance theory is that
"privatization increases the assets value
of each stakeholder". A comparative study lead on
results before and after privatization of twelve firms in Cameroon
confirms the validity of our two hypothesis.
Key words: Privatization --
Economic Efficiency -- Stakeholder Efficiency-- Stakeholder governance
theory.
- VIII -
LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS
CA Conseil d'Administration
CTPL Commission Technique de
Privatisation et des Liquidations
DSCN Direction de la Statistique et de
BICIC Banque Internationale pour le Commerce
et
l'Industrie du Cameroun
CAMSHIP : Cameroon Shipping Lines
CAMSUCO Cameroon Sugar Company
Comptabilité Nationale
EPP : Efficacité partenariale des
CAMTEL MOBILE
Cameroon Télécommunications - Mobiles
privatisations
GE : Gouvernance d'entreprise
Moy A : Moyenne after
Moy B : Moyenne before
P/P : Privatisation /performance
RE : Ratio de rentabilité
économique
ROE : Return on equity
TAG : Théorie de l'agence
généralisée
TG : Théorie de la gouvernance
TGP : Théorie de la gouvernance
partenariale
VA : Valeur ajoutée
VBF : Valeur appropriable par les bailleurs de
fonds
VE : Valeur appropriable par l'Etat
VS : Valeur appropriable par les
Salariés
CEPER Centre de Production et d'Edition pour
l'Enseignement et la Recherche
CHOCOCAM Chocolaterie Confiserie
Camerounaise
COCAM Contreplaqués du Cameroun
HEVECAM Hévéa du Cameroun
OCB Organisation Camerounaise de la Banane
ONDAPB Office Nationale de Développement de
l'Aviculture et du Petit Bétail.
REGIFERCAM Régie Nationale des Chemins
de Fer du
Cameroun
SCDM Société Camerounaise de
Métallurgie
SEPBC Société d'Exploitation des
Parcs à Bois du
Cameroun
SOCAMAC Société Camerounaise de
Manutention et d'Acconage
SOCAPALM Société Camerounaise
des Palmeraies SOFIBEL Société
Forestière et Industrielle de Belabo SONEL
Société Nationale d'Electricité du Cameroun
SPFS Société de Palmeraie de la
Ferme Suisse
SRL Société de Raffinage du
Littoral
-IX -
LISTE DES TABLEAUX
TABLEAU 2.1 : Exemple de conflits cognitifs et
contractuels entre partenaires
de l'organisation
TABLEAU 3.1 : Evolutions attendues
TABLEAU 3.2 : Données sur les
Entreprises Privatisées TABLEAU 3.3 : Entreprises
privatisées au Cameroun TABLE 4.1 : Test du ROE
TABLE 4.2 : Test du RE TABLE 4.3 :
Test du VS TABLE 4.4 : Test du VE TABLE 4.5 :
Test du VBF
TABLE 4.6 : Synthèse des
Résultats
- X -
LISTES DES GRAPHIQUES
Figure 2.1 : Le statut de créancier
résiduel et élargissement de la
Gouvernance chez certains auteurs
Figure 3.1 : Principales étapes du
processus de prise de décision
Figure 3.2 : Techniques contractuelles des
privatisations
Figure 3.3 : Modèle d'efficacité
partenariale des privatisations
Graphique 1 : Evolution du ROE Graphique
2 : Evolution du RE Graphique 3 : Evolution du VS
Graphique 4 : Evolution du VE
Graphique 5 : Evolution du VBF
- XI-
Introduction generale





















" Dans une monarchie, la recherche
de l'honneur fait mouvoir toutes les parties du corps politique
de sorte qu'il se trouve que chacun va au bien commun, croyant aller à
ses intérêts particuliers"
Montesquieu
L'esprit des lois
INTRODUCTION GENERALE
S'il est un phénomène économique à
la mode ces deux dernières décades dans tous les continents,
ce pourrait bien être la privatisation. En effet elle a connu
une acceptation mondiale, au point d'en convaincre même les plus
sceptiques. Barber Conable l'ancien directeur de la Banque Mondiale
trouvait d'ailleurs que l'une des caractéristiques les plus
remarquables de ces dernières années est le consensus
fait autour des forces du marché et l'efficacité
économique, comme étant le meilleur moyen d'aboutir à
un développement durable. C'est donc en toute logique que les flux
financiers générés par les cessions des entreprises
publiques sous forme d'offre publique d'achat ces vingt dernières
années s'élèvent à plus de 400 milliards de
dollars
( Megginson et Netter 1997 ).
L'internationalisation du phénomène étant un
fait, il faut cependant relever que
les raisons qui poussent les décideurs à choisir
cette option diffèrent selon que celle-ci s'opère dans un pays
développé ou non. Dans le premier cas, la privatisation
répond à une logique de vitalité, à un souci
d'impulser une nouvelle dynamique à l'économie ou encore
à une volonté des pouvoirs publics d'accroître
l'actionnariat populaire. Bref elle est une politique volontariste de la part
de ces gouvernements. Par contre dans les pays en voie de développement,
en général il est beaucoup plus question d'entrer dans
la mouvance du libéralisme, se pliant ainsi aux
exigences des bailleurs de fonds internationaux qui ne sont
disposés à n'aider que ceux qui désengagent l'Etat
du secteur productif.
Le Cameroun n'est pas épargné par ce vent.
Confronté à la fin de la décennie 80
à de graves difficultés
économiques1, il tente dans un premier temps de solutionner
le problème par un ajustement volontaire ( Gankou et Bondoma 2003).
Après l'échec de celui-ci, il entreprend un vaste programme de
privatisation qui, quoique imposé par les créanciers
internationaux vient tout de même sonner le glas d'une gestion
moribonde
des entreprises du portefeuille de l'Etat2.
1 En 1990 le rapport de la SNI sur les
performances des entreprises publiques camerounaises révèle
que 87
d'entre elles ont un déficit de plus de 33.6 milliards
FCFA et des Dettes à court terme de plus de 400 milliards
FCFA...
2 - La loi N° 90/004 du 22juin 1990 relative
à la privatisation des Entreprises publiques et parapubliques ;
- La loi N° 90/1423 du 03/10/90 portant privatisation de
certaines entreprises du secteur public et parapublic
La démarche relative à la définition de la
problématique de la présente
étude s'articule autour de deux points.
D'abord il sera question pour nous de mentionner sans entrer dans
les développements quelques fondements théoriques des
privatisations. Ensuite nous retracerons le parcours de la recherche empirique
sur cette thématique en soulignant les limites de chaque étape et
essayerons de nous situer dans
ce processus.
Il faut remonter en 1776 pour trouver les premiers
écrits officiels en faveur des forces du marché. En effet
à cette époque, la question fondamentale à laquelle il
fallait trouver une réponse était celle de savoir si oui ou non
l'Etat en tant que producteur assurait mieux que quiconque le bien être
des populations. En d'autres termes, serait-il avantageux pour le citoyen
de laisser la responsabilité à l'Etat de décider
sur la qualité, la quantité et le prix des biens et services
à produire ? Ou faudrait-il laisser agir les forces du marché ?
Adam Smith apporte une réponse à cette question à
travers
sa philosophie du « laisser faire ». Il
démontre dans « The wealth of Nations » que pour un
plus grand bien être commun, il est préférable de
limiter l'intervention de l'Etat dans l'économie, et de laisser les
mécanismes de marché jouer pleinement. Mill affirmera plus tard
que « le laissez faire en bref doit être la pratique
générale. Chaque manquement à cette règle,
à moins qu'il ne soit nécessaire pour un grand bien,
représente un certain mal ».
Les arguments en faveur de la privatisation se
dénombrent également sur un plan micro économique
avec les théories néoclassiques, particulièrement
dans leurs développements néoinstitutionnels (théorie des
droits de propriété, théorie des coûts de
transaction, théorie de l'agence). Toutes ces contributions se
prononcent en faveur d'une supériorité du système de
propriété privé.
Sur un plan purement empirique, le débat sur
l'accroissement de performance, induit par la privatisation comme le
prévoit la théorie, à toujours suscité une grande
controverse. En effet, les méthodes utilisées par les
différents auteurs pour filmer cette relation ont connu une
évolution dont le file conducteur est la recherche d'une
plus
grande visibilité.
On n'est parti des études faisant une comparaison
entre les entreprises privées
d'une part et les entreprises publiques d'autre
part3. Ces études ne portaient pas directement sur la
privatisation. Et aussi paradoxale que cela puisse paraître, un
très grand nombre d'études sur les privatisations se regroupent
dans cette vague4. Le fait
que celles-ci aboutissent à des résultats ambigus
décrédibilise cette méthode. En effet,
on ne saurait comparer des entreprises
différentes dans leurs objectifs, leurs tailles (petites,
moyennes, grandes), leurs contextes (monopole, concurrente). La critique
majeur ici à notre avis est que ces recherches comparent des
entreprises, et non pas le phénomène de la privatisation ou
mieux les effets du passage du public au privé.
A la lumière de ces critiques, on a évolué
vers des recherches étudiant l'impact
du transfert d'une entreprise du secteur privé
au secteur public. A ce niveau, si la comparaison des performances ex
ante et ex post5 est le dénominateur commun, il n'en demeure
pas moins vrai que de nombreux clivages persistent dans les
approches de comparaison. La performance d'une entreprise privatisée
peut être comparée respectivement avec sa propre performance avant
la privatisation, avec d'autres firmes
qui n'ont pas encore été
privatisées, avec la performance des entreprises
étrangères privatisées ou pas, etc.... Ici les
études de cas sont monnaie courante, ceci compte tenu de la
faible quantité de données disponibles pour envisager
des modèles économétriques. La méthode mise
sur pied par Megginson et al (1994) est particulièrement
intéressante et mérite d'être mentionnée.
En effet ces auteurs recensent une soixantaine d'entreprises (61) dans
18 pays et 32 industries différentes et comparent leurs performances
avant et après la privatisation sur une période de sept ans (3
ans avant la privatisation et 3 ans après).
Une grosse critique faite à ces études est
leur caractère international. En effet, «la diversité
des cadres juridiques et réglementaires, les particularités
des
économies nationales ( par exemple le niveau de
développement ou la qualité de
3 On pourrait également loger dans ce ensemble
(quoique les critiques n'auraient pas la même ampleur), les
études qui comparent les performances des firmes
privatisées à celle d'un groupe de firmes non privatisées,
ou à
la performance qu'elles auraient réalisées si elles
étaient restées publiques (performance potentielle). C'est la
dimensions transversale selon Charreaux et Alexandre (2001)
4 Blankart(19980), De Alesi(1980), borcherdind
et al (1982), Millward(1982), Millward et Parker (1983), Courchesne(
1985), Yarrow(1986), Domberger et Pigott(1986), Borins et
Boothman et vining(1987), Donohue(1989), Baily et Pack(1995).
5 Charreaux et Alexandre (2001) designent cette
méthodologie comme étant la dimension longitudinale
l'administration publique6), la
comparabilité des cadres comptables », sont autant
d'éléments qui réduisent la
fiabilité de telles comparaisons. C'est ainsi que Charreaux souligne la
nécessité de recourir à des études
nationales, tout au moins de manière complémentaire pour
échapper à ces biais. Notre étude obéit à
cette logique.
Une autre limite que l'on attribue à ces études
est que malgré l'accent qui est mis sur le phénomène
de privatisation, il reste quand même que l'ambiguïté
des résultats, déjà fustigée dans la
première vague de recherche est toujours présente. En effet,
certaines de ces études comme celles de Parker et Martin (1991) Parker
(1993), Bishop et Kay (1989) arrivent à la conclusion que la
privatisation n'est pas forcement synonyme d'accroissement de performance.
D'autres par contre comme celles de Galal, Leroy, Tandon et
Vogelsang(1992) et celle de Megginson, Nash et Randerborhg (1994)
aboutissent à une forte performance consécutive aux
privatisations. Face à cette lacune persistante, on est en droit de se
poser la question de savoir pourquoi ces va-et-vient entre prédictions
théoriques et observations empiriques ?
La dernière vague de recherche empirique sur la
privatisation est une tentative
de réponse à cette question. Les protagonistes
de ce courant affirment que jusque là la littérature existante
sur la privatisation a partiellement analysé le problème,
en le limitant à la question de savoir si oui ou non le
système de propriété privée était
consécutif à une plus grande performance. Pourtant, la
supériorité de cette forme de propriété sur la
forme publique en terme de performance n'est que la condition
nécessaire de l'existence d'une relation positive
privatisation/performance (Villalonga
2000). Mais cette condition n'est pas suffisante. C'est ainsi
qu'on assiste à la mise sur pied des modèles
économétriques à même de mieux analyser la relation.
Les auteurs introduisent donc dans l'analyse l'étude des facteurs
temps (statique/dynamique), et environnement (politique et
économique). C'est le cas de Villalonga (2000) qui fait
l'hypothèse selon laquelle les effets de la privatisation sur
la performance sont fonction de la période de temps (plus ou moins
longue) considérée par l'étude. Il teste
cette proposition par un échantillon d'entreprises
espagnoles. C'est le cas également de
6Une des limites est que ces études font
l'hypothèse d'une gestion publique également inefficace
dans les différentes nations. Ce qui est loin d'être vrai.
certains auteurs qui intègrent dans le modèle les
variables telles que « le contexte de
privatisation, les caractéristiques organisationnelles et
de gouvernance de l'entreprise,
et le levier d'efficacité », qui sont de nature
à influencer d'une manière ou d'une autre
la performance des firmes privatisées.
Cette dernière vague de recherche a beau
affiné l'analyse, l'ambiguïté des résultats --
certaines aboutissant même à un accroissement de performance
quelques années avant la privatisation, ce qui justifie un
effort de restructuration ( Villalonga
2000, Charreaux et Alexandre 2000) -- ainsi que de
nombreuses autres critiques demeurent valables :
- les mesures de performance utilisées jusque
là ne tiennent comptent que du mesurable, et ne se focalisent que
sur l'actionnaire comme seul créancier résiduel. C'est à
ce titre qu'elles privilégient la valeur actionnariale comme
indicateur de mesure d'efficacité. Pourtant, une conception plus large
de la rente organisationnelle (préconisée par la
théorie de la gouvernance partenariale), symbolisée par la
« stakeholder value » (Charreaux et Alexandre 1998, Figge et
Schaltegger 2000) devrait également être prise en compte pour une
mesure de la performance. Le danger de limiter la valeur crée à
la seule valeur actionnariale est illustré par Charreaux et al (1998) en
faisant une « analogie avec le domaine de l'enseignement où la
seule note attribuée à un élève ne saurait mesurer
la totalité de
la valeur crée par la fonction éducative sur lui
;
- pratiquement dans la même lancée, la
plupart de ces études ne prennent en compte les effets de la
privatisation sur le bien être des consommateurs, des
salariés, etc.... Cette critique est d'ailleurs faite par
Megginson et Netter (2000), ainsi que par Charreaux et al (2000) dans
le but d'orienter la recherche vers ces nouveaux axes ;
- une autre critique et non des moindres est que ces
études ne tiennent pas compte du sujet auquel ce programme s'applique
à savoir l'entreprise7. Pourtant la
privatisation entraîne des bouleversements à
l'intérieur de l'entreprise à même de
7Ceci s'apparente au problème de l'entreprise
« boîte noire» dans le débat sur la théorie de
la
firme.
donner un coup de fouet à la performance. Vouloir
attribuer l'accroissement de
performance au seul changement de
propriété, au temps et à l'environnement
politico-économique toute chose étant égale par
ailleurs serait une considération bien partielle du
phénomène qui pourrait bien justifier
l'hétérogénéité des résultats
empiriques.
C'est pour contourner ces dernières critiques
que Chatelin (2002 et 2001)
rapproche la thématique de la privatisation à la
théorie de la gouvernance partenariale
et démontre sa portée explicative dans la
compréhension de la dynamique organisationnelle sous-jacente à la
privatisation. La prise en compte de l'ensemble des partenaires, et donc
l'analyse de la valeur partenariale est ainsi nécessaire pour
comprendre le comportement de l'entreprise en matière de performance.
Malgré que cette approche se heurte aujourd'hui au difficile
problème de la mesure de la valeur partenariale, notre étude
se réclame de cette nouvelle tendance. Elle s'inspire des
travaux des pionniers et se propose d'apporter une réponse
à certaines questions restées en suspens. Se limitant aux
privatisations effectuées au Cameroun, elle voudrait savoir
quel est l'impact de la privatisation sur la performance
économique
et partenariale des entreprises camerounaises ?
Autrement dit qu'elle est son impact sur chacun des partenaires de
l'entreprise ? A qui profite les privatisations menées au Cameroun
?
Pour apporter une réponse à ces questions,
nous émettons les hypothèses suivantes :
- H1 « la privatisation
accroît la performance économique de l'entreprise »
- H2 « la privatisation
accroît la valeur appropriable par chaque groupe de partenaire pris
individuellement »
Cette étude nous permet de percevoir des
intérêts aussi bien sur le plan scientifique
que sur le plan pratique.
Au niveau de la recherche scientifique, elle permet
d'affirmer la nécessité de développer l'approche
partenariale de la firme qui n'est qu'émergente et
déjà confrontée à une adversité farouche. En
effet, Jensen (2000) considère que celle-ci ne saurait être un
concurrent sérieux de la conception actionnariale de la firme. Pour cet
auteur le fait que cette conception souffre d'un manque d'indicateur de mesure
agrée
la discrédite énormément. Il trouve
d'ailleurs qu'elle n'est qu'une résurgence des approches
marxistes. Sternberg (1997) dans le même lancée estime que
la liste des partenaires étant inépuisable, la rente
potentielle ne sera jamais équitablement repartie. Cette étude se
propose donc de montrer l'importance de l'approche partenariale, car la mesure
de l'efficacité d'une privatisation devrait s'étendre
à ses effets sur tous les partenaires de l'entreprise.
Sur le plan de la recherche scientifique également, cette
étude nous permettra de confirmer la véracité de la
relation positive qui semble exister entre la privatisation et
la performance dans les pays sous développés
en général et au Cameroun en particulier. Ainsi elle va
poser les bases d'une tentative d'explication de la réussite ou
de l'échec des programmes de privatisation dans ces
économies.
Sur un plan pratique, cette étude permettra de porter
un jugement de valeur sur le programme de privatisation en cours au Cameroun.
Cette appréciation pourrait ainsi ajuster le comportement du
Gouvernement dans la négociation des contrats afin de garantir
une réussite totale aux opérations avenirs. Aussi la
présente étude, parce que faisant ressortir dans une
certaine mesure l'impact de la privatisation sur les partenaires
sociaux de l'entreprise (client, salariés, Etat, Bailleurs de
fonds etc....), permettra au Gouvernement de savoir si la privatisation est un
moyen de lutte contre
la pauvreté, en d'autres termes si elle contribue au
développement.
L'objectif de cette recherche est de savoir si la privatisation
permet d'améliorer de manière significative les performances des
entreprises privatisées au Cameroun. Cette
préoccupation bien évidemment ne se limite pas
à la seule influence du phénomène sur
la richesse des actionnaires. Elle cherche également
à connaître l'impact de la
privatisation sur les autres partenaires de l'entreprise que sont
les salariés, les clients,
les fournisseurs, l'Etat, et les autres bailleurs de fonds. En
d'autres termes elle voudrait être à mesure de répondre
au terme de cette étude à la question de savoir si
les privatisations menées au Cameroun permettent une
amélioration des performances partenariales des entreprises
privatisées.
En fin de compte cette étude s'articule autour de deux
axes :
- la première partie est consacrée
à l'étude théorique de la relation P/P et comporte
deux chapitres. Le premier s'attelle à donner un contenu
à la notion de privatisation et à rappeler quels sont ses
différents objectifs. Il s'agit également dans ce chapitre,
d'entrer pleinement dans le débat sur la relation P/P, en
rappelant les fondements théoriques des politiques de privatisations et
en examinant les raisons de l'ambiguïté des résultats qui
caractérise les recherches empiriques sur la dite relation.
Le deuxième chapitre quant à lui se consacre
au renouvellement de l'analyse de la relation P/P, à travers la
TGP.
- la deuxième partie qui comporte également
deux chapitres se consacre à la vérification de la relation
établie, en se penchant non seulement sur la performance
économique, mais également sur la performance partenariale.
Ainsi, le chapitre trois entre dans les profondeurs du processus de
privatisation camerounais et explique la méthodologie
utilisée pour l'évaluer. Le dernier chapitre enfin donne
un aperçu des
performances économiques et partenariales des
privatisations menées au Cameroun.
















ASPECTS THEORIQUES DE LA
RELATION PRIVATISATION PERFORMANCE
"Le laissez faire en bref doit être
la pratique générale. Chaque manquement à
cette règle, à
moins qu'il ne soit nécessaire
pour un grand bien, représente un certain mal"
J.S. Mill
PREMIERE PARTIE: Aspects Théoriques de la
Relation Privatisation
Performance
Parmi les phénomènes qui ont marqués
le monde économique ces vingt dernières années figure
en bonne place la faillite du système socialiste avec la chute
du mur de Berlin, et la monté en puissance du capitalisme.
Une des manifestations de
ce mouvement est la très grande croyance faite aux forces
du marché, et l'abandon par
les Etats des moyens de production au profit des
particuliers. Ce processus de
« dénationalisation » qui prend pour la
première fois son appellation actuelle de
« privatisation » sous le gouvernement conservateur
de Margaret Thatcher en 1979 en Grande Bretagne, va gagner le monde et modifier
le rôle de l'Etat aussi bien dans les pays développés qu
`en voie de développement.
La vitesse avec laquelle le phénomène va
se rependre est quand même surprenante. En effet, ni la
littérature théorique disponible à cette
époque, ni les résultats ambigus des quelques recherches
empiriques sur le phénomène ne sauraient justifier cet
engouement en faveur de la privatisation. Megginson et al (1994)
affirment d'ailleurs que c'est avec foi que les gouvernements des
différents pays ont adopté cette politique.
Aujourd'hui, plus de vingt ans après le lancement des
premiers programmes de privatisation, il serait intéressant de
s'interroger d'avantage sur le phénomène. Si la
littérature actuelle recense plusieurs fondements théoriques des
privatisations, il reste que les études empiriques n'arrivent pas
toujours à corroborer entièrement l'hypothèse
d'accroissement de performance induite par la privatisation. Quelle est
donc la nature
de la relation qui semble exister entre la privatisation et
la performance ?
La première partie de cette étude propose
à la première escale de revisiter le concept de privatisation
dans son contenu et ses objectifs, de parcourir ses fondements
théoriques et de tirer les leçons de la dispersion des
résultats empiriques. Ensuite, nous rapprochons la
thématique de la privatisation à celle de la GE en
montrant comment les évolutions dans ce domaine, notamment avec
l'émergence de la TGP
devraient renouveler notre manière d'analyser la relation
P/P.
Page 11
CHAPITRE 1
LE CADRE CONCEPTUEL DE LA PRIVATISATION
Dans toute économie organisée, il existe un secteur
public et un secteur privée.
Le premier est caractérisé par un fort engagement
de l'Etat dans l'activité économique alors que dans le second,
sont les particuliers réunis en groupes ou individuellement
qui interviennent. On parlera par exemple d'entreprise
publique (dans laquelle l'Etat détient la majorité du
capital) par opposition à l'entreprise privée. Le passage
d'un secteur à un autre est une opération sous-tendue soit par
une volonté politique, soit par une exigence des bailleurs de fonds
internationaux qui l'introduisent dans un grand ensemble appelé
programme d'ajustement structurel. En effet, la transition secteur
privé secteur public porte le nom de nationalisation. Son contraire, la
dénationalisation entendez privatisation, plus fréquente de nos
jours est une politique libérale visant à désengager
l'Etat du secteur productif. Quel est le véritable visage de la
privatisation aujourd'hui ? Quels sont ses fondements théoriques ? Que
pouvons nous retenir des études empiriques sur le
phénomène ? Ce sont là les questions auxquelles ce
chapitre tentera d'apporter une réponse. Il est structuré
en deux sections. La première nous donnera une idée sur le
contenu et les objectifs des privatisations. La deuxième section quant
à elle reviendra sur les va-et-vient entre prédictions
théoriques et observations empiriques et essayera d'en tirer les
leçons qui s'imposent.
Section 1 : Privatisation : définitions et
objectifs
Le concept de privatisation c'est très souvent vu
attribuer un contenu différent selon les auteurs. Traditionnellement, la
privatisation est définie comme un transfert d'actifs détenus par
les agents publics au profit des agents privés (BÖS 1991).
L'Etat
qui détient la propriété d'une
entreprise, se désengage progressivement ou en bloc en cédant
les droits de propriété à des particuliers qui
deviennent alors les nouveaux propriétaires. Pour exercer
efficacement le contrôle de l'entreprise, le nouveau
propriétaire doit pouvoir détenir la
majorité du capital. Ce qui fait dire à certains
auteurs que la privatisation est la cession par l'Etat de plus de
la moitié du capital aux
privés. C'est donc un transfert du contrôle de
l'entreprise à des agents privés.
Cette conception du phénomène de privatisation
justifie l'analyse faite par de nombreuses recherches sur les effets du
transfert de propriété sur la performance de la firme. En effet
pour la majorité d'entre elles, l'accroissement de performance attendue
après chaque privatisation est dû au seul changement de
propriétaire (public/privé). Mais seulement, les résultats
de ces recherches amènent à penser que la privatisation
ne saurait se limiter à la seule nature de la
propriété mais qu'elle est d'avantage à l'origine
d'un changement organisationnel plus complexe.
1.1. La Privatisation comme modification de
l'architecture organisationnelle
En analysant l'intérieur de la « boîte
noire », on se rend compte que la privatisation engendre des
modifications organisationnelles profondes. Ces Changements s'opèrent
principalement à trois niveaux :
- Le processus organisationnel ;
- Le système de gouvernance ;
- Le niveau de valeur appropriable par les partenaires de
l'entreprise
(Chatelin 2001)
Williamson (1992) affirme à cet effet que la
privatisation consiste à placer la coopération sous la
gouvernance du marché financier privé. Elle engendre des
modifications au niveau organisationnel permettant à la
firme de passer d'une gouvernance de la forme fonctionnelle (F-Form)
à une gouvernance de la forme multidivisionnelle (M-Form). Nous
reviendrons en profondeur sur ces relations entre privatisation et gouvernance
dans la suite. Le moins que l'on puisse dire à ce niveau
est qu'en analysant les modifications organisationnelles
internes consécutives à la privatisation, sa conception
traditionnelle du seul changement de propriété est
dépassée. En ce sens, elle constitue également un
transfert des droits décisionnels, et
une modification du système de gouvernance.
1.2. Privatisation comme
déréglementation de l'activité
A un troisième niveau, la privatisation
pourrait être considérée comme l'ouverture à
la concurrence, la déréglementation d'un secteur. Celle-ci se
manifeste
par la disparition des monopoles publics et
l'entrée de nouveaux opérateurs dans le secteur. Ici ni le
contrôle, ni la direction de l'entreprise, encore moins l'architecture
organisationnelle ne sont modifiés. La seule manifestation
visible de cette forme de privatisation est l'accroissement de
l'offre du service ou du bien produit par l'entreprise.
1.3. Les Objectifs des
Privatisations
Les objectifs des programmes de privatisations
diffèrent selon que ceux-ci s'opèrent dans un pays
développé ou non. Cette distinction naît de celle qui
existe dans les raisons qui amènent à la privatisation.
En effet dans les pays développés, comme le Japon, la
privatisation va répondre à une logique de
vitalité, à un souci d'impulser une nouvelle forme de
dynamisme à l'économie du pays. En France, la
privatisation répond à trois soucis majeurs : la réduction
de la fiscalité, celle-ci étant devenue trop pressante pour la
classe moyenne la réduction des déficits, la résolution
du problème de sous capitalisation des entreprises
publiques par le développement de l'actionnariat populaire. Par
contre dans les pays en voie de développement, on privatise
pour entrer dans la mouvance du libéralisme, se pliant ainsi
à une des exigences des bailleurs de fonds qui ne sont disposés
à n'aider que ceux qui s'engagent
à désengager l'Etat dans l'économie.
Ainsi les objectifs assignés à la privatisation sont
fonction du niveau de développement de chaque pays.
1.3.1. Les Objectifs des privatisations dans les
Pays développés.
Dans les pays développés, les privatisations
sont une volonté politique réelle et font partie des programmes
électoraux des partis politiques. Ce sont des instruments de politique
économique qui sont décidés par les gouvernements de
manière autonome. Elles ont pour objectifs :
- D'assouplir les contraintes budgétaires ;
- De développer l'actionnariat populaire ;
- De promouvoir la participation des salariés au capital
des entreprises ;
- De réduire le poids de l'Etat dans
l'économie et restaurer les mécanismes de marché
afin d'accroître l'efficacité du système
économique global ;
- De remédier à la sous capitalisation de certaines
grandes entreprises publiques...
Pour atteindre ces objectifs, il existe des structures
d'accueils, un secteur privée dynamique et attractif, une
épargne privée, des repreneurs, des marchés
financiers développes, un cadre institutionnel adapté, et des
informations disponibles.
1.3.2. Les Objectifs des Privatisations dans les
Pays en voie de développement
Dans ces pays la volonté politique est non
réelle. La privatisation fait partie des politiques d'ajustement
structurel et devient même une des conditionnalités pour
l'octroi des prêts par les bailleurs de fonds internationaux.
Olivier C., Campbell et Anita (1998) mentionnent que les pays
africains ont privatisé pour les raisons
suivantes :
- Changement politique ;
- Un besoin d'octroi d'aide financière de la Banque
mondiale, du FMI
et d'autres donneurs ;
- La nécessité de mobiliser des fonds en vendant
des entreprises ;
- L'état précaire de certaines entreprises
publiques ;
- L'impératif de maintenir les niveaux d'emploi ;
- Parfois, la nécessité de satisfaire des
intérêts spéciaux.
Au Cameroun par exemple, le cadre légal
des privatisations est défini conjointement par le décret
n° 89/010 du 04 janvier 1989 portant élargissement des attributions
de la mission de réhabilitation des entreprises du Secteur
Public et Parapublic, et par l'ordonnance n° 90/004 du 22 juin
1990 relative à la privatisation des entreprises publiques et
parapubliques. Dans l'article 2 de ce dernier texte, nous pouvons lire
que « la privatisation à pour objectifs essentiels :
l'assainissement des finances publiques, la stabilisation
des initiatives privées, la
promotion des investissements, la restauration des
mécanismes de marché, et la
mobilisation de l'épargne nationale vers des
investissements productifs ».
Section 2 : Le Débat sur la Relation Privatisation
Performance
Les recherches sur la nature de la relation entre
la privatisation et la performance se caractérisent par de
nombreux va-et-vient entre prédictions théoriques
et observations empiriques. En effet plusieurs théories
prédisent un accroissement de performance consécutif à
la privatisation. Mais rares sont les études totalement en
accord avec la théorie. Certaines lui sont même
diamétralement opposées. D'où la
nécessité pour nous de revenir au coeur même de cette
contradiction, afin de mieux maîtriser ses contours, avant
d'envisager des pistes de réconciliation. Il sera donc question
pour nous dans un premier temps de parcourir les fondements théoriques
des privatisations. Ensuite, en rappelant d'abord brièvement les
différentes directions prises par les résultats des
études empiriques, nous allons tirer les leçons de ces
écarts avec la théorie en proposant un élargissement de la
notion de performance.
2.1. Les fondements théoriques des politiques
de privatisation
Il faut remonter en 1776 pour trouver les premiers
écrits officiels en faveur des forces du marché. En effet
à cette époque, la question fondamentale à laquelle il
fallait trouver une réponse était celle de savoir si oui ou non
l'Etat en tant que producteur assurait mieux que quiconque le bien être
des populations. En d'autres termes, serait-il avantageux pour le citoyen
de laisser la responsabilité à l'Etat de décider
sur la qualité, la quantité et le prix des biens et services
à produire ? Ou faudrait-il laisser agir les forces du marché ?
Adam Smith apporte une réponse à cette question à
travers
sa philosophie du « laisser faire ». Il
démontre dans « The wealth of Nations » que pour un
plus grand bien être commun, il est préférable de
limiter l'intervention de l'Etat dans l'économie, et de laisser les
mécanismes de marché jouer pleinement. Mill affirmera plus tard
que « le laissez faire en bref doit être la pratique
générale. Chaque manquement à cette règle,
à moins qu'il ne soit nécessaire pour un grand bien,
représente un certain mal ». Ses prises de positions en faveur des
forces du marché ne
se limitent pas au niveau de l'économie prise dans
son ensemble. Sur un plan
microéconomique, bon nombre d'auteurs se sont
penchés sur la question. Nous
examinerons les contributions essentielles que sont les
théories des contrats incomplets, des droits de
propriété, celles de l'efficience X, du Public Choice et
de
l'Agence.
2.1.1. La théorie des Contrats
Incomplets
On dit d'un contrat qu'il est incomplet si certaines
éventualités ne sont pas couvertes par le contrat. En effet il
est difficile, voir impossible de mentionner tous les évènements
qui peuvent surgir dans l'exécution d'un contrat. Ceci compte tenu de la
rationalité limitée des agents. Cette
quasi-impossibilité de contrat complet pose justement le
problème de la véritable propriété. Ainsi,
cette théorie distingue deux aspects de la propriété
: l'allocation des droits résiduels et l'appropriation des gains
résiduels (Grossman et Hart 1986 ; Hart et Moore, 1990).
· Le « control right » ou allocation des
droits sur l'actif.
L'allocation des droits sur l'actif correspond au droit
de prendre toutes les décisions concernant l'usage de cet actif qui
ne sont ni contrôlées explicitement par la
loi, ni attribuée contractuellement à d'autres
agents.
· Le « cash flow right » ou appropriation des
gains
L'appropriation des gains est le droit de
bénéficier des gains associés à la possession
de l'actif dont l'affectation n'est pas prévue contractuellement.
Ce double aspect de la propriété rendu visible
par l'existence d'un contrat incomplet permet d'identifier l'entreprise
publique comme étant justement la propriété de l'Etat dans
la mesure où de prime abord il détient le «
control right » et le « cash flow right ». Mais
le constat qui se dégage d'une analyse en profondeur est que
les responsables politiques disposent des droits de décisions
résiduels sur les actifs publics, mais ne possèdent pas
légalement les droits d'appropriation des gains résiduels.
Ces derniers appartiennent au trésor public. C'est ce
décalage entre les
« control rights » et les « cash flow
rights » associé au contrôle politique sur
l'activité économique qui serait à l'origine de
l'inefficacité de la firme publique (Shleifer et
Vishny 1993, 1994).
2.1.2. La théorie des droits de
propriété
Grossman et Hart (1986) définissent la
propriété d'un bien, comme étant le droit d'exercer
le contrôle sur ce bien dans les situations qui n'auraient pas
été décrites dans le contrat. Cette analyse de la
propriété met l'accent comme nous l'avons vu
précédemment sur deux dimensions essentielles de
l'économie des droits de propriété :
la vocation de rendement résiduel et la
détention du contrôle résiduel. Le propriétaire
d'un actif pour maximiser son profit doit pouvoir contrôler la
totalité de ses droits s'approprier les bénéfices nets
(Alchian (1965) et Demsetz (1967)). Pour que cela soit possible, ces droits
doivent avoir deux attribues essentiels :
- L'exclusivité qui garantit à l'individu
un usage des biens non subordonnés à d'autres agents ;
- La transférabilité qui permet un libre choix
entre les différents droits.
En nous basant sur cette analyse, l'entreprise publique offre le
cas le plus clair
de la mise en cause de la propriété. D'abord
parcequ'ici les droits ne peuvent pas être cédés (Boycko et
al 1996). Ensuite ces droits n'étant considérés comme la
propriété d'une tierce personne ont un caractère
diffus. Ils sont alors sources de coûts contractuels plus
importants (Cave 1990, Vichers et Yarrow 1988). Toutes choses qui permettent
d'affirmer la supériorité du système de droit de
propriété privé sur le système de droit de
propriété public.
2.1.3. La théorie de l'X
efficiency
Cette théorie à pour point de départ un
grand nombre d'observations ayant mis
en évidence que les firmes aux caractéristiques
techniques identiques pouvaient avoir des différences de coût de
production très importantes. Leibenstein (1966) parle donc d'X
efficiency pour qualifier les facteurs non mesurables qui ont une influence sur
la performance de la firme. A cet effet il fait état des fortes
pressions qui s'exercent sur
les Managers des entreprises publiques, ce qui ne permet pas
à celles-ci de se situer sur leur courbe de coût minimal.
C'est pourquoi Leibenstein pense que l'entreprise publique est source
d'inefficience X parce que :
- Elle évolue dans un environnement économique non
concurrentiel
lui permettant de mener une « vie tranquille » ;
- Elle bénéficie souvent des subventions lui
permettant de limiter la probabilité de faillite ;
- Elle poursuit une multitude d'objectifs souvent incompatibles
avec les contraintes d'efficacité économique.
Ainsi étant source d'inefficacité X, l'entreprise
publique est moins performante
et devrait être privatisée.
2.1.4. La théorie du « Public choice
»
L'argument de l'école des choix publics est que les
politiques cherchent leurs propres intérêts plutôt que
ceux de la communauté. En effet ce courant de pensée
relève que la propriété publique est fortement
influencée par la sphère politique. Celle-
ci à travers l'entreprise va chercher à
satisfaire les objectifs qui lui assureraient une
réélection (embauche non justifiée, investissements
non rentables dans telle ou telle région...) ( Boycko et Vishny
1996, Villalonga 2000). Et comme le démontre Jensen (2001), une firme en
poursuivant plusieurs objectifs à la fois ne poursuit finalement aucun.
Shapiro et Willing (1990) pensaient déjà que la
privatisation se justifiait par l'existence d'informations privées,
c'est à dire détenues par une partie et ne pouvant être
connues ou vérifiées par une autre. En décidant de
privatiser, une firme d'une part limite ce pouvoir discrétionnaire
des gestionnaires publics et rend plus coûteuse la recherche de
leurs intérêts particuliers. D'autre part, la privatisation
dépouille la firme
de l'influence politique en éliminant le
contrôle direct du dirigeant public sur l'entreprise. Ainsi donc,
la gestion privée est supérieure à la gestion publique.
2.1.5. La théorie de
l'agence
On parle de relation d'agence dès lors qu'un
particulier ou une entreprise (principal) confie plus ou moins partiellement
la gestion de ses propres intérêts à autrui (agent). Dans
cette relation, le principal peut se trouver confronté à
deux catégories d'incertitudes :
- La première est liée au comportement de l'agent,
qui est
difficilement prévisible. Celui-ci compte tenu de son
opportunisme
peut en effet choisir de trahir les intérêts de son
principal au profit
des siens. On parle alors de « risque moral » ;
- La seconde naît de la qualité du
recrutement et de la, sélection effectuée par le
principal qui dans un contexte d'asymétrie informationnelle
peut se tromper. Il y a donc antisélection ou sélection
adverse.
En présence d'une relation d'agence, et donc de telles
incertitudes, l'objet de la théorie de l'agence est de
rechercher des modalités de contrôle de l'agent
(monitoring), et d'établir de structures incitatives optimales. C'est le
cas de la relation propriétaire dirigeant, où les
solutions suivantes sont offertes au propriétaire (principal)
pour réduire les conflits avec l'agent :
- L'existence d'un marché des droits de
propriété qui donne la latitude
au propriétaire de céder son droit s'il
n'est pas satisfait des performances de l'équipe dirigeante ;
- La menace d'absorption
- La menace de la faillite.
Si l'existence d'une relation d'agence et d'un
conflit d'intérêt entre les Managers et les
propriétaires est une réalité dans les deux types
d'entreprises (publique/privée), il faudrait quand même
souligner que l'invocation des solutions proposées
antérieurement n'est pas possible dans le cas d'une entreprise publique.
Ici
les droits de propriété sont très
rarement cessibles. Par conséquent la menace d'absorption est
nulle. Celle de faillite l'est également ceci compte tenu des concours
financiers dont bénéficie ce genre d'entreprise. Les
conflits d'agences étant donc moins contrôlés ici, ces
entreprises sont moins performantes que les firmes privées.
Comme nous pouvons le constater, la théorie
reconnaît de nombreuses limites
au système de droit de propriété
public. Mais cette théorie seule ne suffit pas pour justifier
une décision de privatisation. Encore faudrait - il que tout le
bien dont elle prédit puisse être effectif après chaque
privatisation.
2.2. Aspects factuels de la relation P/P :
l'ambiguïté des résultats
empiriques
Dans la définition de notre problématique, nous
avons longuement épilogué sur
les différentes méthodologies utilisées
dans les recherches empiriques et les critiques que l'on pouvait faire
à celles-ci. Ici nous allons évoquer les
différentes directions prises par les résultats de ces
recherches avant de tirer les leçons qui s'imposent.
2.2.1. Rappel des principaux résultats
empiriques
En négligeant la méthodologie utilisée,
les recherches empiriques sur la relation privatisation performances
aboutissent à trois vagues de résultat. Certaines montrent
que les entreprises privées sont supérieures aux entreprises
publiques, d'autres que les entreprises publiques sont aussi moins
performantes que les entreprises privées, et enfin un dernier
groupe qui indique que les entreprises publiques sont plus
performantes que les entreprises privées.
2.2.1.1. Performance supérieure du
système de propriété privé.
Aussi bien dans les études transversales que dans les
études longitudinales, on dénombre de nombreuses recherches
aboutissant à cette conclusion qui, rappelons le,
est celle prédite par la théorie. On les
rencontre dans les industries aussi diverses comme
l'électricité, le transport, la finance, l'éducation, la
santé8... On les dénombre également dans de
nombreux pays aux caractéristiques différentes en niveau
de développement, et en situation géographique. Elles sont
de loin les plus fréquentes. Parmi celles-ci nous pouvons citer
entre autres celles de Galal, Leroy, Tandon et Vogelsang (1992) et celle
de Megginson , Nash et Randenborhg (1994).
2.2.1.2. Performance supérieure du
système de propriété public Comme les
précédentes, les études qui aboutissent à
l'une ou l'autre de ces conclusions ne saurait être
spécifiées, car on les retrouve dans toutes les grilles. Parmi
celles qui ne trouvent pas de différence significative entre les deux
formes d'entreprise
en matière de performance, nous pouvons citer entre autres
les recherches de Parker et
Martin (1991), Parker (1993) Bishop et Kay (1989).
8 Pour une revue détaillée de tous ces
travaux, voir le Table2 a et b de Villalonga (2000).
S'agissant du dernier cas, il existe plusieurs articles
publiées c'est vraie dans
des revues reconnues pour leurs allégeance au
néo-libéralisme (the Review of Economic and Statistcs
de l'Université d'Haward et the National Tax Journal du
Massachusetts Institute of Technology), qui démontrent que les
entreprises publiques sont plus efficaces que les privées dans certains
cas. L'étude de Pier, Vernon et Wicks
sur la collecte des ordures ménagères dans l'Etat
du Montara, arrive à la conclusion selon laquelle les entreprises
publiques sont plus efficaces pour une localité ayant plus
de 1750 habitants. Une autre étude qui va dans le
même sens est celle de Meyer sur les coûts de production de
transaction et de maintenance de trente entreprises productrice
d'électricité. Selon Meyer, « tout semble indiquer que
la structure des coûts la plus basse est celle du secteur public
», et il propose, fait rare à souligner, de faire parvenir
à qui en fera la demande ses tableaux de chiffres
détaillés.
Dans une synthèse de ces études faite par
Villalonga (2000), on dénombre 104
en faveur d'une plus grande performance de l'entreprise
privée, 14 contre et 35 qui sont neutres. A cette classification,
nous pouvons ajouter celles des études économétriques
qui constatent un accroissement de la performance quelques années avant
la privatisation (Villalonga 2000, Charreaux et Alexandre 2001).
En somme, aussi bien dans les études transversales que
dans celles longitudinales, les résultats ne permettent pas de se
prononcer absolument en faveur d'un accroissement de la performance induite par
la privatisation. La question est de savoir pourquoi ce décalage avec
la théorie ? Nous pensons pouvoir répondre à cette
question en revisitant le contenu de la notion de performance.
2.2.2. Les leçons à tirer de
l'ambiguïté des résultats empiriques
A la question de savoir pourquoi cet écart
entre théorie et observations, nous pouvons apporter plus d'une
réponse. Le fait que les résultats des études empiriques
soient aussi divergents d'une méthode à une autre nous
pousse quand même à constater que le problème n'est pas
forcement au niveau de son opérationnalisation. Il faudrait
peut-être chercher dans sa conception ou dans celle des
variables prises en
compte dans les analyses pour trouver ses origines.
2.2.2.1. Le biais dû à la
diversité des environnements
concurrentiels
Généralement, la privatisation s'accompagne de
modifications dans l'environnement concurrentiel et réglementaire.
Vichers et Yarrows (1988) remarquent d'ailleurs que la privatisation est
optimale quand les entreprises évoluent dans un marché
concurrentiel. En effet la concurrence à pour effet d'accroître
l'incitation du manager. Car sur le marché de bien et service,
l'entreprise doit pouvoir offrir à la demande des produits
capables de s'imposer. L'opportunité des décisions prises
permet ainsi la comparaison des managers. Egalement sur le
marché du capital humain, l'absence de concurrence entre managers
aurait pour effet de diminuer leur incitation et d'augmenter leur
propension à satisfaire leurs propres intérêts
au détriment de ceux des propriétaires. La
possibilité de leur trouver des substituts nécessitant
d'énormes coûts liés au caractère spécifique
de cet actif.
Ainsi donc, deux entreprises privatisées n'auraient pas le
même comportement
en matière de performance si elles évoluent
dans des environnements concurrentiels différents. Pourtant un bon
nombre de recherches empiriques sur la privatisation n'intègrent
pas le degré de concurrence propre à chaque entreprise.
Même dans le cas des études nationales, cette négligence
des effets de la concurrence sur la performance pourrait être
préjudiciable à l'harmonie des résultats. Ces
études intégrant des entreprises exerçant dans des
secteurs d'activité bien différents les uns des autres, avec des
intensités concurrentielles différentes. A priori nous
pouvons dire qu'une étude
qui introduit dans son modèle une variable mesurant le
degré de la concurrence propre
à chaque entreprise aurait pour effet de diminuer la
divergence des résultats.
Même en unifiant les environnements concurrentiels,
on annulerait pas le résidu. Il faudrait encore s'interroger sur la
capacité des différents indicateurs utilisés dans les
différents modèles à rendre compte de l'évolution
des variables interpellées.
2.2.2.2. Les limites du cadre théorique
traditionnel d'analyse de
la relation P/P
Traditionnellement, les études sur la privatisation
analysent les effets du changement de propriété
(publique/privée) sur la performance de la firme. Celle-ci est
le plus souvent mesurée par les indicateurs de
rentabilité, de profitabilité, ainsi que
ceux de politique financière et de politique de
dividendes (Megginson et al, 1994 ; Parker 1994 ; Charreaux et Alexandre
2001). Ici, l'actionnaire est traditionnellement considéré
comme le seul créancier résiduel. Dans l'approche
originelle de la gouvernance il assure seul l'intégralité des
pertes de l'entreprise et perçoit la totalité des gains
résiduels. Voilà pourquoi toutes les mesures de
performance dans cette approche sont fondées sur la maximisation de la
richesse des actionnaires. Celle-ci se matérialise classiquement par la
capitalisation boursière, ou la valeur de marché des actions
de l'entreprise (Chatelin, Trebucq 2003). La valeur crée dans
ce cas est assimilée à la valeur actionnariale
(shareholder value) et c'est à juste titre que plusieurs
études se fondent sur la notion de valeur actuelle nette pour la
mesurer. La shareholder value repose donc sur la notion d'évaluation des
entreprises dans l'optique des propriétaires ( Copeland et al. 1993).
Elle découle du point de vue méthodologique
du calcul dynamique de l'investissement. Il s'agit de
déterminer la valeur de marché
du capital propre de l'entreprise. Pour ce faire, on escompte les
« free cash flow » qui seront vraisemblablement disponibles
pour rémunérer les actionnaires.
Une seconde vague des études intègre dans
l'analyse de la performance, l'influence des variables environnementales.
Ainsi selon cette approche, la propriété ne serait pas le seul
facteur explicatif de la performance. Pour Villalonga (2000) par
exemple, la performance serait liée à la période de temps
considérée par l'étude. Voilà pourquoi son
analyse est effectuée en statique (avant, après la
privatisation) et en dynamique (sur toute la période).
Au vu de ce cadre d'analyse théorique, on
pourrait critiquer le fait que les mesures de performances (donc
d'efficacité) utilisées ne soient orientées que sur les
seuls actionnaires. Pourtant, les décisions de la firme entraînent
des conséquences sur l'ensemble des SH. Voilà pourquoi selon
le principe d'efficacité, la mesure de la performance
devrait s'étendre sur tous ces SH.
D'autre part ces mesures de performance ne cadrent pas
avec les nouvelles représentations théoriques de la firme. En
particulier elles sont incompatibles avec la
représentation contractuelle qui présente la firme
comme étant un noeud de contrats.
CONCLUSION
Dans ce chapitre, il a été question pour nous de
mieux connaître ce qu'est la privatisation et de savoir quels sont
ses différents objectifs. Nous avons également parlé
des fondements théoriques des politiques de privatisations, ainsi
que des résultats que fournissent les études empiriques
sur ce phénomène à la mode. Sans pour autant
prétendre évacuer toute la polémique née
autour de l'infidélité des observations à la
théorie, il nous a semblé nécessaire de pointer du
doigt non seulement le cadre théorique traditionnel
utilisé pour analyser la relation P/P, mais également les
indicateurs utilisés pour mesurer la performance. Le constat de
la nécessité du renouvellement de ce cadre théorique a
été fait. Ainsi, l'élargissement de
la notion de performance matérialisée par la
mesure de la valeur partenariale telle que préconisée par la
TGP pourrait aboutir à une réconciliation entre la
théorie et la recherche empirique. Cette avancée ne peut
être possible que si l'on réussit à démontrer
comment un renouvellement de l'analyse de la relation P/P est possible à
partir de la TG. Le chapitre qui suit se penche sur cette question
en examinant
particulièrement les apports de la TGP.
CHAPITRE 2
LA THEORIE DE LA GOUVERNANCE : UN NOUVEAU CADRE
D'ANALYSE DE LA RELATION P/P
La représentation classique de la firme, qui la
considère comme une "boîte noire", reconnaît
à celle-ci un seul objectif, la maximisation de la richesse de
l'actionnaire. Cette conception réductrice de la firme et ses
conséquences sur la mesure
de la performance est de moins en moins acceptée
aujourd'hui. En effet, le consensus semble se dégager autour de la
pluralité de l'entreprise et de la reconnaissance de l'homme
comme étant sa richesse essentielle (Caby et Hirigoyen, 2001).
Ainsi, la firme est considérée aujourd'hui comme un
noeud de contrats au centre duquel se trouve le dirigeant. Au
primat des shareholders, succède celui des stakeholders, et la
maximisation de la valeur actionnariale de la firme, on observe un
déplacement théorique vers la maximisation de la
stakeholder value, préconisée par la TGP. Le renouvellement
de l'analyse de la relation P/P étant recherché, nous
nous posons la question de savoir comment est-il possible à partir de
cette théorie ? En privilégiant la mesure de
l'efficacité organisationnelle, synonyme de performance
partenariale, la TGP semble mieux éclairer cette relation. Nous
trouvons nécessaire de revenir dans une première section
sur les origines de la TGP. Ensuite nous analyserons dans la
deuxième section les changements que la privatisation
entraîne dans le système de gouvernance dont dépend la
performance organisationnelle.
Section 1 : Origines et Implications de la TGP
Il faudrait remonter en 1776 avec la publication de l'Essai
sur la Richesse des Nations pour trouver les premières
appréhensions formulées sur le conflit d'intérêt
qui existe entre mandants et mandatés. Adam Smith estimait
déjà à cette époque que « l'on
ne peut guère s'attendre à ce que les
régisseurs de l'argent d'autrui y apportent la même
vigilance exacte et soucieuse que les associés d'une
société apportent souvent dans le maniement de leurs fonds
propres ». Ce débat va véritablement émerger avec
Berle et Means (1932) qui s'interrogent sur les
conséquences de la séparation des
fonctions de propriété et de décision dans
les grandes sociétés (firmes managériales).
Plus de quarante années après quand Jensen et
Meckling (1976) parlent de « relation d'agence » pour qualifier la
relation entre le dirigeant (agent) d'une part et le
propriétaire (principal) d'autre part, on se rend compte que les
appréhensions de leurs prédécesseurs sues-cités
étaient justifiées. En effet Jensen et Meckling qualifient
toute
« relation d'agence », comme source de
conflits et par conséquent de coûts d'agence.
A l'origine la corporate governance va donc se
concentrer sur la seule relation dirigeants/ actionnaires, en cherchant
à trouver les mécanismes visant à faire coïncider
les intérêts de ces derniers. Mais compte tenu de la
relative impuissance des solutions proposées par la théorie
(Cohen, 2002)9, les auteurs ont été amenés
à élargir le champ
de la GE à toutes les questions liées
à la répartition du pouvoir dans l'entreprise. Aujourd'hui,
elle se définit comme étant l'ensemble des
mécanismes (spontanés comme les marchés, intentionnels
comme le CA, le système d'information comptable,
ou le système de rémunération) qui
contrôle et contraignent le processus décisionnel.
La TAG étant considérée comme la
racine de cette nouvelle conception de la gouvernance, nous l'analysons
avant d'évoquer les implications de la TGP.
1.1 La Théorie de l'Agence
Généralisée de Hill et Jones
La TAG de Hill et Jones est une représentation
séduisante de la firme pluraliste qui vient rompre avec le cadre
traditionnel de la théorie de l'agence. En effet, cette
représentation place le dirigeant au centre des liens contractuels et
lui attribue le rôle
de médiateur actif exerçant une influence sur le
processus de création et de répartition
de la valeur. Les points suivant consacrent
particulièrement cette nouvelle vision :
- tous les stakeholders sont explicitement pris en compte
: ici tous les groupes ou agents qui ont une "créance
légitime" sur la firme sont considérés comme
stakeholders. Cette "créance légitime" peut être
liée à l'apport d'une ressource financière,
matérielle, humaine, infrastructurelle etc.... Dans cette
vision, les dirigeants qui sont en relation avec toutes les autres parties
sont considérées comme
leur agent. Leur rôle est donc d'assurer les
intérêts de l'ensemble des stakeholders.
9 Cohen affirme qu'on était persuadé
d'avoir trouvé un système faisant coïncider les
intérêts des actionnaires et ceux des dirigeants. Mais ces
derniers manipulent le CA et le mécanisme de stock-option n'a rien
arrangé.
- Les phénomènes de pouvoir réglementent les
relations dans cette représentation.
En effet, ses auteurs expliquent la notion de dépendance
qui caractérise une relation entre deux agents par le
différentiel de pouvoir. Il y a dépendance de B vis à vis
de A
si le différentiel de pouvoir entre A et B est en faveur
de A, c'est à dire que B dépend plus fortement de A que de B.
- Ces phénomènes de pouvoir qui
réglementent la répartition de la rente et de la quasi-rente
peuvent aboutir à des situations de déséquilibre dans
lesquelles on observe des hold up (situations dans lesquelles un
partenaire s'accapare d'une partie de la rente
qui revient à l'autre), de renforcement du pouvoir
discrétionnaire des dirigeants, ainsi que l'acquisition des positions
dominantes. Dans ce dernier cas par exemple, un agent peut investir pour
acquérir un différentiel de pouvoir afin d'accroître la
dépendance des autres stakeholders par rapport à lui et ainsi
s'approprier les rentes.
Cette théorie représente donc l'entreprise
comme un ensemble de relation où chaque partenaire, y compris les
dirigeants exploite les inégalités qui existent entre les
transactions avec l'autre pour s'approprier une plus grande part de la valeur
crée. Ainsi cette théorie est considérée
à juste titre comme étant à l'origine d la TGP
dans la mesure où tous les stakeholders sont pris en compte. Egalement,
la valeur crée et sa répartition entre les différents
partenaires résulte du processus décisionnel dont le
caractère optimal conditionne l'efficacité organisationnelle dans
la TGP.
1.2. Les implications de la TGP
La TAG étant considérée comme à
l'origine de la TGP, nous nous interrogeons actuellement sur la notion
même de créancier résiduel, directement liée
à la mesure
de la performance. Nous tentons également à
la suite de certains auteurs de donner quelques caractéristiques
de la TGP.
1.2.1. La révision du statut de
créancier résiduel
Selon la théorie des contrats incomplets, la
véritable propriété est celle qui rassemble le «
control right » et le cash flow right. Le créancier résiduel
en référence à cette considération est donc le
véritable propriétaire. Il est le seul bénéficiaire
du droit
et assume toutes les altérations possibles. C'est
donc à juste titre que ce statut
privilégier est attribué à
l'actionnaire, faisant de lui l'unique propriétaire de
l'entreprise. Ceci se justifie non seulement dans les
études relatives à la théorie de l'agence, mais
également dans celles sur la GE. Les premières font de
l'actionnaire pratiquement l'unique « principal » et les secondes
accordent un rôle primordial dans
la recherche des mécanismes de protections de leurs
intérêts. Une autre perspective de cette gouvernance actionnariale
qui fait de l'actionnaire l'unique créancier résiduel est celle
qui insiste particulièrement sur la préservation de la
propriété du capital financier (Shleifer et Vishny, 1997).
Au-delà de cette vision, et en ne s'éloignant pas
du contenu initialement donné
au concept de créancier résiduel, on peut
se rendre compte justement que ceux qui assument les pertes
résiduelles et bénéficient des gains de
même nature sont nombreux. En effet, aussi bien les salariés
que les autres bailleurs de fonds, les clients
et l'Etat pour ne citer que ceux là, subissent les
conséquences des décisions prises et des choix faits par
l'entreprise. L'entreprise étant une coalition
d'intérêts, le retrait d'un maillon pour une raison ou une autre
peut causer de lourds préjudices et aboutir même au
dénouement du noeud. Et parce que détenteurs d'information
spécifiques,
ces partenaires devraient participer dans le meilleur des cas
à la ratification et même à
la surveillance des décisions prises dans l'entreprise.
Et quand on sait que la fonction
de contrôle regroupe la ratification et la surveillance des
décisions, on déduit en toute logique que le statut de
créancier résiduel devrait leur être attribué. La
figure suivante
nous montre comment a évolué le statut de
créancier résiduel depuis 1930.
Créanciers résiduels
Gouvernance élargie
Autres
groupes d'intérêts, gouvernement
Fournisseurs
Clients
Hill
Jones
92
Zigales
98
Char reaux Desb rières
98
ZIGA LES
00
Salariés
Dirigeants
Créanciers
Financiers
Actionnaires
Jensen Meckli ng
76
Castani as Helfat
91
Blair 95
Shleife r Vishny
97
1930 source : Chatelin, Trebucq (2003) 2000's
Figure 2.1 : le statut du créancier
résiduel et l'élargissement de la gouvernance chez certains
auteurs
1.2.2. Les caractéristiques de la
GP
La révision du statut de créancier
résiduel vient donner à la théorie positive de l'agence
son sens initial tel qu'attribué par Jensen et Meckling (1976).
En effet, ces auteurs appréhendent l'organisation comme une
coalition d'intérêts divergents qui interagissent sur la
coopération entre différents partenaires. C'est ce qui
justifie le paradigme de « noeud de contrats ». Les travaux
sur la GP ne s `éloignent pas de cette logique. Ils considèrent
l'entreprise comme un ensemble de relations au centre duquel
se trouve le dirigeant. Le système de
gouvernance permet à chaque partenaire d'exercer une influence sur
le comportement de ce dernier. L'approche de la GP est alors à l'origine
d'une série complexe de conflits tant contractuels que
cognitifs10. Le
tableau suivant nous fait ressortir ces conflits potentiels.
10 Un conflit contractuel est fondé sur
l'asymétrie d'information alors qu'un conflit cognitif est fondé
sur une interprétation des informations existantes construites à
partir du modèle cognitif propre à l'individu (Charreaux
2002).
|
TABLEAU 2.1. Exemples de conflits cognitifs et
contractuels entre partenaires
de l'organisation
|
|
|
Dirigeants
|
Actionnaires
|
Salariés
|
Clients
|
Fournisseurs
|
Environnement
|
|
Dirigeants
|
Conflits
cognitifs entre dirigeants généraux
intermédiaires inférieurs Opportunité/cho ix
d'investissement
|
Type
d'investissement politique de financement
Conflits
Contractuels et cognitifs
|
Gestion des
ressources humaines (rémunération, recrute-ment,
conditions de travail, choix d'investissement en recherche et
développement production... conflits contractuels et cognitifs
|
Qualité globale
coût
Conflits
contractuels et cognitifs
|
Coût qualité
industrielle conflits contractuels et cognitifs
|
Rentabilité Engagement
éthique, Pollution, développement local... Conflits
cognitifs
|
|
Action
naires
|
|
Conflits cognitifs :
minoritaires/majorita ires individuels, collectifs
Dividende, choix d'investissement prix de cession
|
Conflits sur les
choix de rationalisation des coûts, répartition
de valeur Dissonance cognitive et conflits contractuels
|
Conflits indirects
en fonction des arbitrages opérés entre
rentabilité et qualité des produits
|
Conflits contractuels
et cognitifs
Coûts
|
Rentabilité
Engagement éthique, pollution,
développement local... Conflits cognitifs
|
|
Salariés
|
|
|
Concurrence
interne, surveillance mutuelle
Conflits cognitifs et contractuels verticaux et
horizontaux
|
SAV , qualité de la
prestation conflits et contractuels
|
Qualité, coût de la
prestation, coopération conflits cognitifs et
contractuels
|
Rentabilité Engagement
éthique,
Pollution ,développemen t local...
Conflits cognitifs
|
|
Clients
|
|
|
|
Conflits cognitif
Comportement du consommateur et critère de choix
|
Conflits cognitifs sur,
le produit, matière première
|
Engagement éthique,
Pollution ,développemen t local...
Conflits cognitifs
|
|
Fournis
seurs
|
|
|
|
|
Conflits cognitifs sur
produit organisation
|
Engagement éthique,
Pollution ,développemen t local...
Conflits cognitifs
|
|
Environnement
|
|
|
|
|
|
Conflits cognitifs entre
groupes d'intérêts
|
Source : Chatelin et Trebucq 2003
Williamson (1985) en analysant les différents
mécanismes qui permettent de
gérer les différentes transactions entre la
firme et les stakeholders, donne une autre caractéristique
à la GP. En retenant le concept de coûts de
transaction comme fondamental (au lieu de conflit
d'intérêt), il définit l'objectif de la GP comme
étant la minimisation des coûts de transactions dans toute
relation avec un partenaire. Il analyse particulièrement les
relations de la firme avec les salariés, les créanciers
financiers, les actionnaires, et oppose les mécanismes intentionnels
aux mécanismes spontanés11. En caractérisant
les actifs par leurs spécificités, il arrive à la
conclusion
que les mécanismes intentionnels sont appropriés
pour la gestion des actifs fortement
spécifique, alors que les actifs facilement
redéployables sont mieux protégés par les
mécanismes spontanés.
Cette première section nous a permis de savoir les
origines les caractéristiques
et les implications de la TGP dans l'étude de
la performance. Toutes ces analyses resteraient sans objet pour notre
étude si nous nous arrêtons là. Afin de les rentabiliser
nous les intégrons dans l'examen des privatisations, car
elles permettent un renouvellement de la lecture du
phénomène. Ce nouvelle aidera plus tard dans l'étude
de la performance partenariale des privatisations.
Section 2 : LA PRIVATISATION : un changement du
système de gouvernance
L'un des arguments souvent avancés pour justifier
l'accroissement de performance consécutive à une
privatisation est qu'elle renforce les différents
mécanismes de gouvernance. On peut classer ces mécanismes de
plusieurs manières.
Ils peuvent être regroupés selon leur
nature et là on parlera de mécanismes
réglementaires par opposition aux mécanismes contractuels.
On peut également les classer par rapport à leur
spécificité, et là on distinguera les mécanismes
spécifiques des non spécifiques. Dans cette dernière
classification, une autre distinction entre
mécanismes intentionnels et mécanismes
spontanés à l'intérieur de chaque groupe est
11 Les mécanismes intentionnels sont ceux
nés d'une volonté de contrôle de nature intentionnelle
(environnement légal et réglementaire, contrôle direct des
actionnaires, le CA, structure formelle...), alors que les mécanismes
spontanés sont de nature contractuelle (les différents
marchés, l'intermédiation financière, surveillance
mutuelle,
la culture d'entreprise, la régulation interne...).
possible. Enfin les mécanismes de gouvernance peuvent
être internes ou externes, et
dans un cas comme dans l'autre, la privatisation entraîne
des changements profonds justifiant ainsi son caractère
d'opération véritablement complexe.
2.1. Le renforcement des mécanismes externes
de GE
Parmi les mécanismes de gouvernance externe nous
pouvons citer entre autres l'environnement législatif, les syndicats
nationaux, les auditeurs légaux, les associations de consommateurs,
mais également les différents marchés (des biens et
services, financiers, du travail, de la formation, du capital humain).
Nous analysons respectivement le marché financier, le
marché de bien et service et le marché du capital humain,
compte tenu de leur impact plus direct dans l'encadrement du dirigeant
de l'entreprise.
2.1.1. Renforcement de la discipline du
Marché financier
Williamson (1992) affirme que la privatisation permet de financer
la firme par
la dette. Son acquisition est rendue possible par l'existence
d'un marché financier qui
est un mécanisme de gouvernance indéniable. En
effet par l'émission d'un emprunt, l'entreprise donne un signal fort de
sa santé financière et de la qualité de sa gestion. Les
attributs de mécanisme de gouvernance efficace reconnus à la
dette sont amplifiés quand on fait face à des actifs non
spécifiques comme les équipements et les édifices.
Voilà pourquoi le défaut de satisfaire techniquement les
tests de solvabilité et de viabilité donne droit aux
prêteurs de liquider les actifs ou de forcer la réorganisation
de
la firme. Ainsi, en considérant le fait que les
entreprises publiques se financent par des créneaux autres que la
dette (et quand bien même cette solution est envisager, les
potentiels prêteurs serraient moins intéressés
sachant que dans les pays sous développés en
particulier, s'attaque à l'Etat est un exercice très
périlleux), on comprend bien combien le changement du statut de
l'entreprise renforce le contrôle du dirigeant, via la dette.
De manière plus directe, la privatisation a pour
conséquence de soumettre l'entreprise sous la discipline du
marché financier. Car en remplissant sa fonction
d'évaluation objective, il impose à la
nouvelle société privée des exigences de
performances, de publication de l'information
financière, ce qui n'était pas le cas
vraisemblablement dans le passé. Le marché
financier influence également de manière positive le
système d'incitation du dirigeant. Non seulement il permet
d'aligner les intérêts ces derniers à ceux des
actionnaires en rendant possible la pratique de stocks options, mais
également il fait planer la menace d'une prise de contrôle qui
pourrait
lui être préjudiciable.
2.1.2. Renforcement de la discipline du
marché des biens et services et du marché du capital
humain
Très souvent la privatisation est accompagnée
d'une déréglementation du
secteur d'activité de la firme privatisée. La
privatisation elle-même est parfois perçues non pas comme un
transfert de propriété mais comme une
déréglementation et donc une ouverture à la concurrence.
Cette ouverture impose une certaine exigence dans la qualité des biens
et services produits, un respect des normes liés à
l'environnement et une plus grande écoute des besoins de la
clientèle. Ainsi la privatisation en entraînant une
déréglementation du secteur d'activité privatisé,
modifie le système de gouvernance en renforçant
l'intensité concurrentielle (Charreaux et Alexandre, 2001). Ceci est
en principe plus vrai pour les économies africaines où
la majorité des entreprises privatisées étaient en
situation de monopole. La déréglementation auquel il faudrait
ajouter la libéralisation du commerce international fait que
l'offre devient abondante et par respect au principe de sélection
naturelle, les entreprises sont obligées d'accroître la
qualité de leurs produits pour survivre.
Pour ce qui est du marché du capital humain, les
conditions de recrutements de promotions dans les entreprises publiques sont de
nature à donner au salarié de mener une « vie tranquille
». Cette situation se vérifie mieux dans les pays sous
développés
où le politique pour assuré sa
réélection impose des recrutements qui ne sont pas
motivé par une logique économique. On se retrouve dans
certaines situations où soit
le personnel, n'est pas compétent (et dans ce cas les
coûts d'apprentissage sont élevés), soit en face d'une
mains d'oeuvre oisive.
Egalement dans les entreprises publiques, la promotion
obéit à des critères qui
sont de natures à faire tomber l'incitation du
salarié. Si ce n'est pas par affinité qu'elle
intervient, le plus souvent c'est par ancienneté. Et le
grand nombre de fonctionnaires
que l'on retrouve dans les rangs des cadres des
entreprises publiques, vient quelque peu brouiller les choses. Car
malgré les hautes responsabilités que très souvent
ils occupent, cette catégorie se caractérise plus par une inertie
manifeste justifiée par leur dépendance à la fonction
publique. Et bien plus leur présence est souvent
considérée
par la direction générale comme celle d'un
espion que le gouvernement envoie dans l'entreprise. Ainsi la privatisation
renforce la discipline exercée par le marché du capital
humain. En effet, en rendant le salarié méritant de son
recrutement, de sa promotion et le cas échéant responsable
de son licenciement, elle augmente son incitation. Parcequ'attirant une
main d'oeuvre plus qualifiée et en lui offrant des conditions
de travail plus favorables à l'innovation, la privatisation amène
le personnel
à se sentir concerné, responsable de la survie
de l'entreprise. Et très souvent la cession d'une entreprise
s'accompagne d'un plan social qui attribut une part du capital au
personnel.
Ce qui est vrai pour les salariés l'est également
pour les dirigeants. Le marché
de dirigeants n'exerce en principe aucune influence sur
la gestion d'une firme publique, dans la mesure où c'est le
politique qui nomme les personnes en charge de cette gestion. Ce qui n'est pas
le cas dans l'entreprise privée dans laquelle le dirigeant
est soumis à une obligation de bons résultats. Ceci
entre autres parce que sa quotte sur
le marché des dirigeants est fonction de la qualité
de la gestion de l'entreprise dont il
est à la tête. L'existence de potentiels
concurrents entraînant la possibilité d'être
préféré à un autre mieux quotté sur le
marché est un facteur qui va influencer, encadrer son comportement.
La privatisation semble t-il accentue la pression
disciplinaire des mécanismes externes de gouvernance. Le dirigeant
d'une entreprise privatisée se trouve non seulement mieux
contrôlé, mais également dispose d'une liberté
plus grande lui permettant d'engager des actions à même de
satisfaire les propriétaire et donc de lutter pour son maintien. Mais
il existe également des mécanismes internes capables de
discipliner le comportement du dirigeant.
2.2. Le renforcement des mécanismes internes
de gouvernance : la
modification de l'architecture
organisationnelle
Au-delà du renforcement des mécanismes internes
de gouvernance, la privatisation a comme effet de modifier l'architecture
organisationnelle de l'entreprise. Celle-ci peut être
considérée comme étant l'ensemble des systèmes
d'allocation de décision et de contrôle. En effet, Jensen
et Fama (1983a et b) identifient quatre composantes essentielles du
processus de décision en matière d'allocation de
ressources et de création de valeur : l'initiative de la
décision, sa |