WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Les procédés de modalisation dans l'oeuvre romanesque de jules verne: le cas de Michel Strogoff

( Télécharger le fichier original )
par Bauvarie Mounga
Université Yaoundé I - DEA 2007
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

CHAPITRE QUATRIÈME :

MODALISATION AXIOLOGIQUE DES RÉFÉRENTS HUMAINS

La langue n'est pas un miroir de la réalité ou une série d'étiquettes qui collerait à la réalité. C'est sans doute, ce qui fait dire à Kerbrat-Orecchioni (1980 :79) que  toute unité lexicale est, en un sens subjective, puisque les « mots » de la langue ne sont jamais que des symboles substitutifs et interprétatifs des choses. 

Autrement dit, le simple fait de nommer passe par les filtres de la perception, de l'interprétation, la catégorisation. Les unités lexicales étant donc chargées d'une dose de subjectivité plus ou moins forte, nous tenterons de montrer que les locuteurs et énonciateurs de Michel Strogoff se servent de différents procédés stylistiques pour désigner les référents humains ou exprimer leur émotion, leur point de vue. On l'aura compris, il est question du problème de l'axiologie qui consiste pour le support modal à émettre des jugements de valeur sur un référent précis. Nous procèderons de ce fait à une analyse stylistique des parties prédicatives du discours que sont les substantifs, les adjectifs qualificatifs, les verbes et les adverbes.

Tableau des statistiques

Parties prédicatives du discours

Occurrences

Pourcentages

Substantifs

51

11,33%

Adjectifs qualificatifs

194

43,11%

Verbes

159

35,33%

Adverbes

46

10,22%

Total des occurrences de la modalisation axiologique : 450

Ce tableau présente un aperçu des parties prédicatives du discours qui permettent aux supports modaux de Michel Strogoff de modaliser leurs discours. On constate ainsi que les adjectifs qualificatifs sont les plus employés. Les verbes ont une fréquence non négligeable, alors que les substantifs et les adverbes sont très peu usités. Nous allons à présent nous appesantir sur l'usage concret de ces parties prédicatives du discours dans notre corpus.

I- LES SUBSTANTIFS

On s'intéressera dans cette partie au fonctionnement des substantifs axiologiques dans Michel Strogoff, c'est-à-dire des termes péjoratifs et valorisants. Il s'agit notamment des noms de qualité, des noms métaphoriques et hyperboliques.

I.1- Les noms de qualité

La description des personnages est le plus souvent orientée, et a pour but selon Perelman (1989 :163-164),

 de mettre en avant les caractéristiques sur lesquelles on va s'appuyer pour argumenter, ou pour faire éloge ou blâme. [...] L'orateur n'est évidemment pas un témoin ordinaire des caractéristiques de celui qu'il présente. Il va donc sélectionner et agencer des traits de façon à en faire des arguments et à jouer sur la sensibilité de l'auditoire. 

C'est ainsi qu'il existe des substantifs essentiellement dévalorisants qui sont employés pour déprécier le personnage qualifié : Durrer (1996 :154) les appelle noms de qualité. Syntaxiquement, ils peuvent être identifiés grâce à la propriété qu'ils ont de pouvoir figurer dans deux positions particulières :

-Déterminant démonstratif + orientation négative (insulte) + nom;

- En incise à différents endroits de la phrase.

A ces singularités syntaxiques, sont associées des particularités sémantiques au fonctionnement des noms de qualité. Ces derniers, à en croire Maingueneau (1993 :39), n'ont de référent que par les actes d'énonciation des sujets. En d'autres termes, les noms de qualité n'ont pas de signifié stable. Ainsi, le traître renvoie à une personne que je désigne comme telle et qui n'est traître que par mon énonciation. Il en est de même pour les noms de qualité qui sont employés dans les énoncés suivants respectivement par Ivan Ogareff à l'égard de Marfa (125), Michel Strogoff à l'endroit d'Ivan Ogareff (126), Ivan Ogareff à l'égard de Michel Strogoff (127) et Harry Blount qualifiant Féofar-khan (128).

(125) Quand le moment sera venu, je saurai bien la faire parler, cette vieille sorcière ! (p.153)

(126) Oui je vois ! dit-il. Je vois le coup de knout dont je t'ai marqué, traître et lâche ! (p.338)

(127) Te battras-tu, maintenant, lâche ? répéta le voyageur en ajoutant la grossièreté à la brutalité. (p.133)

(128) Près de cette brute de Féofar-khan ? (p.136)

Les substantifs sorcière, traître, lâche, brute n'ont qu'une visée disqualifiante. Ils fonctionnent comme des injures destinées à dénigrer l'individu désigné. Chaque locuteur voulant marquer l'animosité qu'il a pour une personne précise. De plus, on remarque que ces termes sont à la limite du vulgaire. Cela n'est pas fortuit car plus un terme est péjoratif, plus il tend à dégrader l'objet qu'il dénote. C'est dire que la connotation stylistique peut dans certains cas venir renforcer les effets pragmatiques de la connotation axiologique. Par ailleurs, ces substantifs sont essentiellement subjectifs dans la mesure où ce n'est que dans l'acte d'énonciation utilisé qu'ils ont véritablement un sens. Ainsi, le mot lâche est aussi bien employé par Ivan Ogareff que par Michel Strogoff pour se désigner mutuellement. C'est dans ce sens que Flahault (1978 :41) précise que

 dans le cas où j'insulte quelqu'un, je lui applique un terme qui doit le qualifier ou le désigner, lui, mais me permettre de me croire hors de cause, en ayant pour effet de persuader mon interlocuteur, autant que possible, que c'est sa propre nature qui est stigmatisée par l'insulte. 

Dans les énoncés que nous venons de citer, on peut observer le phénomène décrit par Flahault (1978). Ivan Ogareff, Michel Strogoff et Harry Blount veulent persuader aussi bien leur interlocuteur qu'eux-mêmes qu'ils ont raison d'utiliser des substantifs injurieux pour le désigner. Ces termes injurieux n'auraient donc pas un sens uniquement par rapport à leurs différents auteurs ; sans quoi la vivacité de l'insulte serait émoussée d'avoir été posée comme relative.

Il ne faudrait cependant pas croire que les substantifs dans notre corpus servent seulement à déprécier. On y note également la présence des termes essentiellement valorisants.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Il existe une chose plus puissante que toutes les armées du monde, c'est une idée dont l'heure est venue"   Victor Hugo