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Les procédés de modalisation dans l'oeuvre romanesque de jules verne: le cas de Michel Strogoff

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par Bauvarie Mounga
Université Yaoundé I - DEA 2007
  

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III.3- Les verbes performatifs

Les verbes performatifs ne le sont pas par nature, mais occasionnellement et dans certaines conditions d'emploi. Ces verbes doivent être employés à la première personne et au présent de l'indicatif. De plus, comme le soutient Tomassone (1996 :45), ces verbes indiquent explicitement l'acte accompli en même temps qu'il est énoncé. Nous pouvons citer des verbes tels que ordonner, prier, remercier, interdire... Il existe également d'autres verbes ne possédant pas les caractéristiques des verbes que nous venons de décrire, mais qui peuvent toutefois s'en rapprocher. C'est le cas du verbe promettre qui exprime un engagement de la part du locuteur et équivaut à l'accomplissement d'un acte. Soit les énoncés ci-dessous :

(147) je vous promets, d'ailleurs de garder pour moi tout ce que je pourrai voir. (p.78)

(148) J'irai dire à Irkoutsk tout ce que j'ai vu, tout ce que j'ai entendu, et j'en jure par le Dieu vivant ! (p.246)

Promettre est le verbe d'engagement par excellence. Il permet à Alcide Jolivet de s'engager vis-à-vis de Harry Blount à faire quelque chose en supposant que cela est bon pour ce dernier. Jurer, comme promettre, permet à Michel Strogoff en (148) de s'engager à accomplir une action. A cet égard, Vanderverken (1998 :176) précise que  dans certains contextes, on peut s'engager d'une manière très solennelle en invoquant un objet sacré, une institution révérée ou une personne chère. C'est ce que fait Michel Strogoff en invoquant Dieu pour donner plus de force à son engagement.

On constate que l'étude des verbes subjectifs nous révèle des aspects de la personnalité de certains personnages, car la valeur sémantique des différents verbes étudiés nous situe plus ou moins par rapport à leur univers de croyance. Ce n'est pas le cas des adverbes subjectifs qui laissent plutôt percevoir ce que le narrateur pense des différents personnages ou alors les opinions que ces derniers ont les uns des autres.

IV- LES ADVERBES

Ce sont des mots invariables susceptibles de modifier le sens d'un adjectif, d'un verbe, d'un autre adverbe ou de tout un énoncé. Nous ne nous intéresserons ici qu'aux adverbes qui, pour Tomassone (1996 :317), expriment une réaction émotive du locuteur. En effet, certains adverbes dans leur emploi traduisent les différentes émotions du locuteur. C'est également le cas dans notre corpus, nous allons d'ailleurs étudier le fonctionnement de ces adverbes à l'aide des exemples suivants où le narrateur dépeint tour à tour Marfa, Michel Strogoff, et un personnage secondaire (le grand maître de police) Ivan Ogareff.

(149) La vieille Sibérienne, toujours énergique quand il ne s'agissait que d'elle, avait le visage horriblement pâle. (p.232)

(150) Doué d'une force peu commune, il parvint non sans peine, à maîtriser les chevaux. (p.109)

(151) Ivan Ogareff, imperturbable comme toujours, dit froidement aux déférences des hauts fonctionnaires envoyés à sa rencontre. (p.200-201)

(152) C'est un homme extrêmement dangereux sire, répondit le grand maître de police. (p.25)

Les adverbes subjectifs ci-dessus sont tous des adverbes d'élément selon Gardes-Tamine et Pelliza (1998). Ces linguistes (1998 :96) expliquent, de ce fait, que ces adverbes portent sur un élément de l'unité textuelle ou de la proposition auquel ils sont liés par des contraintes de sélection, puisque le sens de cet élément impose des restrictions sur leur choix. 

En clair, ces adverbes modifient un élément précis dans la phrase et affectent son sens. En (149), le narrateur emploie deux adverbes pour décrire Marfa : toujours et horriblement. Toujours est un adverbe de temps qui exprime une durée infinie, il détermine l'adjectif énergique. Cet adverbe témoigne à suffisance de la forte personnalité de Marfa qui est, selon le narrateur, une femme solide. L'adverbe de manière horriblement détermine l'adjectif pâle pour montrer le degré d'inquiétude de Marfa. En fait, au moyen de ces adverbes, le narrateur tient, sans doute, à montrer l'amour que Marfa a pour son fils Michel Strogoff. Car c'est à cause du danger que court son fils que cette femme ayant une forte personnalité est soucieuse. En (150), l'adverbe de quantité peu modifie le sens de l'adjectif commune. On retrouve encore dans cet énoncé l'hyperbole qui caractérise d'une façon générale le discours du narrateur lorsqu'il parle de Michel Strogoff. Ce personnage est considéré comme un homme extraordinaire, possédant une force peu commune. Autant le discours axiologique portant sur Michel Strogoff est très mélioratif, autant le discours sur Ivan Ogareff est très dévalorisant. A cet effet, l'énoncé (151) ne constitue pas une dérogation dans la mesure où le narrateur à travers l'adverbe froidement indique qu'Ivan Ogareff est un homme brutal. Les termes dépréciatifs vont se poursuivre pour Ivan Ogareff en (152): le grand maître de police recourt à un adverbe qui reflète l'exagération pour qualifier ce personnage. L'adverbe extrêmement déterminant l'adjectif dangereux indique le caractère incroyablement pernicieux qu'aurait Ivan Ogareff selon le maître de police.

L'étude des adverbes, tout comme celle des substantifs, des adjectifs qualificatifs et des verbes, montre que les discours axiologiques mélioratif et péjoratif sont très employés dans notre corpus. Toutefois, tout dépend de celui qui les utilise et à qui ils sont adressés.

En définitive, il s'agissait pour nous de montrer que les supports modaux dans Michel Strogoff se servent de différents procédés stylistiques pour désigner les référents humains ou exprimer leur émotion. Nous avons, à cet effet, étudié les parties prédicatives du discours susceptibles de modaliser axiologiquement un énoncé. Il ressort de cette étude que le discours axiologique dans notre corpus nous permet de mieux appréhender les idéologies qui y sont véhiculées. Il y a chez Jules Verne comme un idéal d'un monde empreint de valeurs morales et pour nous en persuader, il a eu recours à des jugements de valeur. Il nous présente dans son roman deux catégories de personnages. D'une part, des personnages malhonnêtes qu'il n'hésite pas à dévaloriser ; d'autre part, des personnages incarnant la justice et l'éthique qu'il peint de façon méliorative.

L'analyse des jugements de fait et de valeur dans Michel Strogoff nous a permis de mettre en évidence les modalités d'énoncé et la modalisation axiologique. A cet effet, nous avons remarqué que les modalités d'énoncé constituent des procédés à travers lesquels les supports modaux véhiculent leur point de vue et leur système de croyance. L'analyse des jugements de valeur, quant à elle, s'est effectuée à l'aide des parties prédicatives du discours stylistiquement marquées. Il ressort de cette étude que l'éthique tient une grande place dans l'oeuvre de Jules Verne, au regard de la façon dont les différents personnages sont peints. Au terme de cette partie consacrée aux jugements de fait et de valeur, l'on perçoit que la modalisation, loin d'être un simple procédé stylistique, est pour Jules Verne une véritable stratégie discursive.

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"Je ne pense pas qu'un écrivain puisse avoir de profondes assises s'il n'a pas ressenti avec amertume les injustices de la société ou il vit"   Thomas Lanier dit Tennessie Williams