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La loi de la force en politique: l'art de gouverner dans Le Prince de Machiavel

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par Alex BATUHOLA MUNKANU
Faculté de Philosophie Saint Pierre Canisius/Kimwenza, RDC - Bachelier en Philosophie 2008
  

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I.1.2. La « virtù » et la fortune

En quoi consiste la virtù chez Machiavel ? Avant toute analyse, il convient de noter que la virtù dont il est question ici n'est pas à confondre avec la vertu au sens moral du terme. Chez Machiavel, la virtù renvoie à la force de la volonté humaine en tant qu'elle tente de s'imposer et de s'adapter au caractère imprévisible et changeant des événements extérieurs, le hasard constituant la fortune.

En effet, chez Machiavel, la virtù et la fortune vont toujours ensemble. Elles sont comme « la matière et la forme ». Généralement définie comme l'énergie dans la conception et la rapidité dans l'exécution, le refus du bon sens abandonné à soi-même et du bénéfice du temps, la fortune se présente suivant les cas, comme contingence aveugle ou comme occasion propice à l'initiative courageuse.27(*) Quant à la virtù, elle est cette volonté habile d'agir sur la fortune. Elle représente la capacité humaine de transformer la fortune en opportunité. Elle s'oppose à la passivité et au renoncement. La virtù est aussi le juste milieu entre le fatalisme et le volontarisme politique, entre le renoncement et l'imprudence. Machiavel évoque l'exemple de Moïse, de Cyrus, de Romulus et de Thésée comme étant ceux qui, par leur virtu et profitant des occasions qui se sont présentées, ont changé le cours du monde et sont devenus de grandes personnalités.

« Et en examinant bien leurs oeuvres et vies, on ne trouve point qu'ils aient rien eu de la fortune que l'occasion, laquelle leur donna la matière où ils pussent introduire la forme qui leur plaisait ; sans cette occasion, les talents de leur esprit se seraient présentés en vain [...] Donc ces occasions ont fait l'heureuse réussite de ces personnages et l'excellence de leur virtù a fait connaître l'occasion d'où leur pays fut ennobli et est devenu très heureux ».28(*)

Pour Machiavel, il n'y a pas en politique des innovations "ex nihilo", ni de victoire sans bataille. Les hommes gouvernent par imitation. De même qu'on ne peut parler de justice sans l'injustice, de même il nous est difficile de parler de la qualité que nous appelons « virtu » sans les vices. Ainsi, la virtù du prince s'accompagne de certains vices. Mais selon quel critère pouvons-nous distinguer la virtù de vices ?

En réponse à cette question, essayons de voir dans la liste de qualités et de vices du prince que nous propose Machiavel; qualités et vices qui aboutissent parfois au renversement des valeurs. Il s'agit pour le prince d'être ladre plutôt que d'être libéral, d'être cruel plutôt que d'être pitoyable, d'être courageux plutôt que d'être pusillanime, d'être orgueilleux plutôt que d'être humain ; d'être rusé plutôt que d'être entier ; d'être craint plutôt que d'être aimé, etc. Pour Machiavel, il est souhaitable que le prince ait les qualités que l'on considère comme bonnes ; et pour lesquelles on est estimé homme de bien. Mais, considérant l'imperfection de la nature humaine, notre auteur reconnait qu'il est impossible au prince d'avoir toutes ces qualités. Il doit cependant faire semblant de les avoir :

« Je sais bien que chacun confessera que ce serait chose très louable qu'un prince se trouvât ayant de toutes les susdites qualités celles qui sont tenues pour bonnes ; mais, comme elles ne se peuvent toutes avoir , ni entièrement observer, à cause que la condition humaine ne le permet pas, il lui est nécessaire d'être assez sage pour qu'il sache éviter l'infamie de ces vices qui lui feraient perdre ses Etats, et de ceux qui ne les lui feraient point perdre ses Etats qu'il s'en garde, s'il lui est possible ; mais s'il ne lui est pas possible, il peut avec moindre souci les laisser aller ».29(*)

Machiavel classe ainsi les vices en trois catégories. D'abord, les vices qui peuvent faire perdre le pouvoir ; ensuite, les vices qui ne font pas perdre le pouvoir et enfin ceux qui sont indispensables au prince. A présent, essayons d'illustrer certains de vices selon qu'ils contribuent à la perte du pouvoir ou au maintien de celui-ci. Dans la première catégorie, nous avons : la haine et le mépris du prince par le peuple, le fait d'être efféminé, l'usage de la mauvaise cruauté, le pillage de bien des ses sujets, etc. La cruauté bien employée, le mensonge, la manipulation, sont des vices de la deuxième catégorie. La politique du « paraître »ou la ruse, etc. sont des vices de la troisième catégorie. La question que l'on se pose est celle de savoir pourquoi Machiavel classe t-il la virtù ou la fortuna, la politique du « paraître » comme faisant partie des vices qui sont indispensables au prince ?

Nous avons souligné le fait que conquérir est un désir naturel de l'homme. Mais que cette conquête n'est pas toujours facile parce qu'elle requiert une énergie, une habileté politique que Machiavel appelle la virtù et une armée nationale. La fortune, comprise comme ensemble de circonstances complexes et changeantes qui peuvent paralyser le prince s'il n'utilise pas au bon moment les moyens appropriés pour maintenir le pouvoir, est l'occasion propice qui peut changer le cours du monde.

En outre, pour Machiavel, la « ruse» est une stratégie utilisée par le prince pour amener les hommes à atteindre non pas l'intérêt particulier du Prince mais bien l'intérêt général. Cette ruse est nécessaire à la bonne marche d'un Etat ou d'une victoire. Mais seulement, une telle victoire est de courte durée.

* 27 V. MONCINI, « Machiavel (1469-1521), p.174

* 28 Machiavel, Le prince, p. 45

* 29Machiavel, Le prince, p. 110

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