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La restauration de l'image corporelle chez les adolescentes anorexiques à travers la danse


par Angeline PERJEAN
Haute Ecole Robert Schuman - Educateur Spécialisé 2011
Dans la categorie: Sport
   
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Haute École Robert Schuman

Département pédagogique - Virton

Éducateur spécialisé en accompagnement psycho-éducatif

La restauration de l'image corporelle chez les adolescentes anorexiques, à travers la danse

Travail de fin d'étude présenté par

PERJEAN Angéline

En vue de l'obtention du diplôme

D'éducatrice spécialisée en accompagnement psychoéducatif-

Bachelier

Année académique 2010-2011

Table des matières

Introduction.....................................................................................................................................p.6

1. Définition de l'anorexie...............................................................................................................p.8

1.1 Historique........................................................................................................................p.8

1.2 Étymologie.......................................................................................................................p.9

1.3 Critères du DSM IV.........................................................................................................p.9

1.4 Critères de la CMI (Classification Internationale des Malades).....................................p.9

1.5 Deux types d'anorexie mentale......................................................................................p.10

1.6 Vers une définition actuelle...........................................................................................p.10

2. La problématique de l'image corporelle chez les personnes anorexiques............................p.13

2.1 Qu'est-ce que l'image corporelle....................................................................................p.13

2.1.1 Freud et le Moi Corporel................................................................................p.13

2.1.2 L'image du corps selon Schilder.....................................................................p.14

2.1.3 Lacan et le stade du miroir..............................................................................p.14

2.2 La défaillance de l'image corporelle chez la personne anorexique...............................p.15

3. Les causes de l'anorexie............................................................................................................p.20

3.1 La société.......................................................................................................................p.20

3.2 L'altération de la fonction maternelle............................................................................p.21

L'altération de la fonction paternelle.............................................................................p.22

3.4 Problèmes de fonctionnement familial..........................................................................p.22

Le stade difficile de l'adolescence.................................................................................p.23

Une personnalité spécifique..........................................................................................p.24

3.6.1 Un schéma de pensée destructeur...................................................................p.24

3.6.2 Une pensée négative.......................................................................................p.25

3.7 Le point de vue des personnes anorexiques..................................................................p.25

4. Proposer un accompagnement et des soins, en matière d'image corporelle, à des personnes anorexiques....................................................................................................................................p.27

4.1 Guérir des jeunes filles « qui ne sont pas malades ».....................................................p.27

Hypothèse des besoins à satisfaire pour améliorer l'image corporelle des personnes anorexiques....................................................................................................................p.28

Un exemple de démarche de soins corporels auprès d'adolescentes anorexiques.........p.29

Conclusion.....................................................................................................................p.29

5. L'impact de la danse sur l'image corporelle des personnes anorexiques ?..........................p.31

5.1 Définition et apports de la danse...................................................................................p.31

Étude empirique.............................................................................................................p.32

Claude Lorin : devenir danseuse pour guérir de l'anorexie...........................................p.33

La danse thérapie...........................................................................................................p.34

5.3.1 Définition........................................................................................................p.34

5.3.2 L'expérience de Claire Bertin.........................................................................p.35

5.4 L'anorexie chez les danseuses.......................................................................................p.38

Une forme physique suffisante ?...................................................................................p.39

Conclusion.....................................................................................................................p.40

6. Mon projet..................................................................................................................................p.41

6.1 Les bénéficiaires du projet.............................................................................................p.41

Les objectifs poursuivis.................................................................................................p.41

Stratégie utilisée et planification de mon action............................................................p.42

L'évaluation du projet....................................................................................................p.43

La mise en place du projet.............................................................................................p.44

7. Conclusion..................................................................................................................................p.45

8. Bibliographie..............................................................................................................................p.47

9. Annexes.......................................................................................................................................p.48

Introduction :

Aujourd'hui, nous entendons de plus en plus parler de l'anorexie via de nombreux médias (journaux, magazines people, reportages et témoignages à la télévision...), notamment depuis le scandale en 2006 engendré par la mort, fortement médiatisée, d'une célèbre mannequin brésilienne, présentant une maigreur extrême. Même si elle est très présente dans ce milieu, cette maladie ne touche pas seulement les figures de la mode. En France, en 2008, le ministère de la santé recensait 40 000 jeunes filles et femmes atteintes d'anorexie. De surcroît, l'apparition de cas est en forte augmentation : l'Unité de Soins pour Adolescents a vu son nombre de patientes anorexiques monter en flèche ces deux dernières années et constate des personnes touchées de plus en plus jeunes. Et le plus alertant, c'est que cette structure ne peut pas aujourd'hui parler de guérison de la maladie, « seulement, pour de rares cas, de mieux-être ».

En effet, malgré les cas de plus en plus fréquents, les professionnels de la santé ont encore beaucoup de mal à cerner exactement les symptômes de la maladie et même plus difficilement les causes ainsi que les moyens de traitement. D'ailleurs, des personnes meurent encore de l'anorexie : Isabelle Caro, la jeune femme qui avait posé nue pour une campagne de publicité intitulée « No Anorexia » et dont la photo avait fait le tour du monde en 2007 (voir page de couverture), est décédée en novembre dernier.

Face à des adolescentes présentant un poids en dessous du seuil viable, les médecins fixent la priorité sur une prise de poids de toute urgence pour écarter le risque de mort, employant encore parfois des méthodes un peu radicales (sondes gastriques, contrat de poids1(*)). Néanmoins, l'anorexie ne se résume pas à un problème nutritionnel et alimentaire. Il existe aussi un trouble de l'image de soi et un problème d'ordre corporel, plus difficile à traiter, parfois même un peu oublié, mais pourtant indispensable à la guérison : la personne anorexique est trop maigre, notamment parce qu'elle ne s'alimente plus, mais elle se trouve aussi trop grosse.

Il me semble aussi important de souligner le manque de structures spécialisées pour traiter les cas d'anorexie. En Belgique, il existe quelques établissements spécialisés à Bruxelles, c'est pourquoi, l'équipe pluridisciplinaire de l'association Anorevie par exemple, n'a d'autre possibilité pour ses patientes qui présentent un état de santé trop inquiétant, que de les hospitaliser en clinique, en service de gastro-entérologie ! Ce qui montre le manque de soins adaptés et la mise en marge de l'aspect corporel de la pathologie.

Cette complexité à comprendre l'anorexie et à en cerner le traitement approprié éveille ma curiosité et mon désir de m'y intéresser. Qu'est-ce je pourrais apporter, en tant qu'éducateur spécialisé, pour accompagner ces personnes ?

Étant donné que l'accompagnement proposé à ces personnes consiste davantage à traiter l'aspect alimentaire, au détriment du trouble corporel, je pourrais proposer une façon de travailler ce dernier. Or, lors de ma participation à des cours de danse orientale et moderne-jazz durant l'année précédente, j'ai eu l'occasion de découvrir mon corps autrement et à mieux l'accepter. J'ai pu constater qu'à travers les mouvements, la danse m'offrait de nombreuses occasions de percevoir des sensations corporelles, souvent agréables, de m'étonner des capacités de mon corps dans la réalisation de certains mouvements assez complexes et aussi de prendre confiance en moi. Au terme de cette année de danse, je me suis sentie plus sûre de moi et mieux dans mon corps, en exprimant davantage ma féminité. Ce travail sur moi-même me semblait alors un peu correspondre aux besoins des personnes anorexiques. C'est ainsi que je suis venue à envisager la danse comme moyen d'apporter une image corporelle plus « objective », plus proche de la réalité aux personnes souffrant d'anorexie. Néanmoins, cela peu paraître paradoxal car l'anorexie est très présente dans le milieu de la danse. De surcroît, en tenant compte de leur état mental et physique, sont-elles capables d'un tel travail corporel et d'un tel travail sur elles-mêmes ?

Je décide de m'intéresser aux personnes anorexiques de sexe féminin, parce que ce sont majoritairement elles les plus touchées (à plus de 95%) et particulièrement aux adolescentes, parce que c'est le plus souvent à ce moment de la vie que les personnes tombent dans l'anorexie. En outre, les professionnels affirment qu'il est plus facile de sortir la personne de l'anorexie quand la maladie n'est pas encore installée depuis longtemps. Dans l'idéal, il faudrait proposer un prise en charge dès l'apparition des symptômes.

Dans un premier temps, je tenterai donc de cerner au mieux la maladie. Je développerai plus particulièrement ce qui se passe au niveau de l'image corporelle, après avoir donné une définition de cette dernière. Je m'intéresserai également aux causes de la maladie, qui constituent des informations parfois intéressantes à prendre éventuellement en compte avant de mettre en place un accompagnement. Puis, je tenterai de savoir si la danse est une méthode appropriée pour répondre aux besoins des adolescentes anorexiques, en terme d'image corporelle. Et enfin, j'expliquerai comment moi-même, en tant qu'éducateur spécialisé, je construirais ce genre de projet auprès d'adolescentes anorexiques.

1.Définition de l'anorexie:

L'anorexie est une maladie complexe, que les spécialistes de la santé mentale ont encore beaucoup de mal à définir et à cerner avec précision. Je vais d'abord rappeler la progression des recherches et des définitions apportées par différents spécialistes. Puis, je tenterai d'en dicter la définition actuelle.

1.1 Historique :

Dès le Moyen Age, des symptômes similaires à ceux de l'anorexie sont évoqués, particulièrement dans des écrits biographiques de religieuses, pour qui la restriction alimentaire et le jeûne font partie de l'idéal de vie mystique fixé par l'Église et sont alors un symbole de sainteté. Aujourd'hui, certains auteurs qualifient ce trouble d' « anorexie sainte ».

R.MORTON tente d'élaborer une première définition de la maladie en 1689. Dans un premier temps, il décrit la maladie comme une « maladie nerveuse avec dégoût des aliments », pensant que celle-ci provenait d'une anomalie nerveuse. Au fur et à mesure de ses entretiens avec des patientes anorexiques, il relève comme symptômes : manque d'appétit, refus de nourriture, aménorrhée (absence de règles chez les femmes en âge d'en avoir), constipation, hyperactivité et cachexie (état d'affaiblissement et d'amaigrissement extrême). Plus tard, ces observations le conduiront petit à petit à envisager la maladie davantage comme un trouble psychique.

Le début des recherches pour comprendre et soigner cette maladie a véritablement lieu au XIXe siècle. En 1873, le psychiatre Ch.LASEGUE considère l'anorexie comme une maladie mentale qu'il qualifie d'« inanition hystérique », provenant du refoulement plus ou moins conscient d'un souhait. Ainsi, pendant longtemps l'anorexie sera assimilée à une forme d'hystérie. Ch. LASEGUE entre en conflit avec W.GULL, qui décrit l'anorexie comme une maladie héréditaire et relevant d'un dérèglement de l'hypophyse. Un peu plus tard, Ch.HUCHARD propose une distinction entre anorexie mentale, s'expliquant par un trouble psychique, et l'anorexie gastrique s'expliquant par un trouble organique.

En 1908, G. De LA TOURETTE et J. JANET sont les premiers à instaurer la dimension de perception du corps. Ils mettent l'accent sur le fait que la personne a pourtant faim mais refuse de manger par peur de grossir. Ils suspectent aussi un comportement psychotique du malade vis à vis de son corps et de la nourriture : la personne anorexique considère ceux-ci comme un ennemi lui voulant du mal et tentant de la duper.

En 1965 a lieu le Symposium de Göttingen, où différents auteurs se réunissent et parviennent à s'entendre sur quelques points, pour définir l'anorexie mentale comme une structure bien spécifique, provenant d'une problématique se situant au niveau du corps et non au niveau des fonctions alimentaires et comme étant une manière d'exprimer son incapacité à assumer les transformations corporelles survenant à l'adolescence.

En 1990, H.BRUCH apporte une dimension importante dans la conceptualisation de la maladie. Pour lui, l'anorexie est avant tout un trouble de l'image corporelle et d'identité, lié à une incapacité à percevoir les sensations et les besoins du corps.

Ce bref historique est loin d'être exhaustif parce que de nombreux auteurs, psychiatres ou psychanalystes se sont penchés sur le sujet, avec des avis très divergents. Néanmoins, il permet déjà de se rendre compte de la difficulté à cerner la maladie et du temps qui s'est écoulé avant que les spécialistes prennent en compte la déformation de l'image corporelle se produisant chez les malades, pour finalement choisir ce symptôme comme la problématique principale de la maladie.

1.2 Étymologie :

Tiré du grec ancien « orexis », le mot anorexie signifie absence de désir, d'appétit. Et peut-être pas seulement l'absence d'appétit du point de vue alimentaire, mais aussi l'absence d'envie de « croquer la vie », d'aller de l'avant, l'absence de projet pour l'avenir, l'absence de désir sexuel parfois. C.LORIN propose aussi comme étymologie, le terme grec « oréomai » qui veut dire s'élancer. L'anorexie signifierait alors refus de s'élancer dans la vie, peut-être de grandir, d'avancer. A partir de cette étymologie, C.LORIN définit l'anorexie comme un « trouble restrictif et sévère du désir de s'élancer dans la vie »2(*).

La lettre A du mot Anorexie est aussi utilisé pour faciliter la mémorisation de la règle française des « trois A », relevant les principaux signes cliniques de la maladie : Anorexie, Amaigrissement, Aménorrhée.

1.3 Critères du DSM IV :

Les critères actuellement retenus pour diagnostiquer l'anorexie sont les suivants :

-un refus de se situer au dessus du poids minimal, qui équivaut à 85% du poids normal pour la taille et l'âge de l'individu.

-malgré sa maigreur, une peur très forte de prendre du poids

-dysmorphophobie : perception altérée de la forme de son corps (toujours perçu comme trop gros), du poids (jugé toujours trop élevé).

-le déni de la gravité de la maigreur et la part importante qu'occupe le poids dans l'estime de soi

-aménorrhée

1.4 Critères de la CMI (Classification Internationale des Maladies) :

L'Organisation Mondiale de la Santé définit l'anorexie selon cinq critères, similaires à ceux du DSM IV :

« -Perte de poids ou chez les enfants incapacité à prendre du poids, conduisant à un poids inférieur à au moins 15 % du poids normal ou escompté, compte tenu de l'âge et de la taille.

-Perte de poids provoquée par le sujet qui évite les aliments qui font grossir (graisses, sauces, viandes, sucreries, féculents...)

-Perception de soi comme étant trop grosse avec peur intense de grossir, amenant le sujet à s'imposer un poids limite faible, à ne pas dépasser.

-Présence d'un trouble endocrinien diffus de l'axe hypothalamo - hypophysogonadique (trouble hormonal) avec, aménorrhée chez la fille et perte d'intérêt sexuel et de puissance érectile chez le garçon.

-Ne répond pas aux critères A et B de la boulimie:

A - épisodes répétés d'hyperphagie (au moins 2 fois par semaine pendant au moins 3 mois) avec consommation rapide de quantité importante de nourriture en temps limité.
B - préoccupation persistante par le fait de manger avec désir intense ou besoin irrépressible de manger. 
»3(*)

1.5 Deux types d'anorexie mentale :

La médecine distingue deux types d'anorexie mentale :

- Type restrictif ou classique : la personne restreint excessivement son alimentation jusqu'à parfois ne plus rien manger (ou bien une tomate ou une pomme par jour).

-Type mixte ou crise de boulimie : la personne restreint excessivement son alimentation, de la même manière que la personne anorexique de type restrictif. Néanmoins, par moment, elle est prise de pulsions, durant lesquelles elle ressent le besoin irrépressible de manger, de se remplir le ventre et avale des quantités gargantuesques de nourriture. Puis, s'en suit une culpabilité intense la conduisant à se faire vomir et à avaler des purgatifs (diurétiques, laxatifs...) pour se vider.

1.6 Vers une définition actuelle :

D'après les différents ouvrages que j'ai lu, voici comment je définirais l'anorexie mentale :

L'anorexie n'est pas une maladie qui s'attrape comme la grippe, mais un trouble psychique qui s'installe progressivement et discrètement chez la personne. Au début, il semblerait que la jeune fille soit en train d'entreprendre un simple régime, restreignant les quantités alimentaires et éloignant les aliments qui font grossir. Le plus souvent, l'entourage commence seulement à s'interroger lorsque la perte de poids commence à lui paraître anormale, trop importante pour un simple régime, que la personne flotte dans ses vêtements et qu'elle ne mange plus du tout.

L'anorexie est un trouble qui apparaît le plus souvent à l'adolescence et plus particulièrement chez les jeunes filles (dans 95% des cas). Il est difficile de définir la maladie car elle se manifeste différemment chez chacune des personnes atteintes. Néanmoins, on peut dire que l'anorexie mentale est un trouble psychique. Prise d'un sentiment de dégoût, de honte de soi, la personne anorexique tente de défier la faim, se voyant toujours trop grosse et n'atteignant jamais un poids suffisamment faible à son goût. C.ARTUS, psychologue, considère l'anorexie comme un mécanisme de défense : l'anorexie est un moyen de surmonter un moment de la vie ou un événement important.

L'anorexie mentale est également classée dans la catégorie des troubles du comportement alimentaire, dans le sens où la personne anorexique présente un comportement atypique face à l'alimentation : saute des repas ; élimine de son alimentation les graisses, les sucreries, les viandes, puis les féculents, le poisson,.. (certaines prétextant d'être allergique à toutes ces choses) ; mangeant très lentement et de toutes petites bouchées, ou en « jouant » avec les aliments dans son assiette avant de les mettre en bouche ; se servant des quantités très restreintes ; comptage systématique des calories ; ... Certaines anorexiques parlent de « cercle vicieux » dans lequel elles sont prises au piège : elles mangent moins, perdent du poids, se trouvent toujours trop grosses, la sensation de faim disparaît, la peur de prendre du poids est de plus en plus intense, pour perdre du poids elles restreignent de plus en plus les quantités jusqu'à ne plus rien manger du tout. A ce moment, elles ne savent plus comment s'en sortir : la prise de poids constitue une angoisse très forte mais elle est pourtant inévitable dans le processus de guérison. En outre, des schémas de pensées se sont mis en place et il n'est pas facile de s'en débarrasser (Exemples : calculer les calories dépensées pour chaque activité effectuée, estimer systématiquement les calories des aliments que l'on va manger ou non, compenser chaque aliment mangé en trop en faisant une activité physique...). La jeune fille anorexique ne mange plus des aliments mais des calories, qu'elle calcule au gramme près, de la même manière que tous ses gestes et activités sont comptés également en calories dépensées. Ce calcul devient systématique et la personne perd entièrement le plaisir de manger, le plaisir gustatif. Plus elle maigrit, plus elle se trouve grosse, plus elle trouve des zones de graisse à éliminer. Le poids n'est jamais assez bas. En outre, plus elle maigrit et plus l'angoisse de manger (ou plutôt de se remettre à manger) s'intensifie.

Ce qui caractérise également l'anorexie mentale, c'est la négation de la maladie pour la personne atteinte. En effet, l'image qu'elle a de son corps est en décalage avec la réalité donc seuls son entourage et les médecins s'affolent de son extrême maigreur. Cela rend le traitement et la prise en charge difficile. Puisqu'en effet, il n'existe pas de médicament pour « guérir » de l'anorexie. La personne atteinte de ce trouble, l'est en moyenne pendant quatre ans et dans tous les cas au moins pour un an. Pour 1/3 des personnes anorexiques, la maladie devient chronique. Même si certaines parviennent à trouver un équilibre et acceptent de vivre avec la maladie : elles ne sont plus en danger car elle ont un poids qui est au dessus du seuil vital, réussissent plus ou moins à le stabiliser mais présentent toujours des comportements alimentaires anormaux.

Ainsi, la conceptualisation de l'anorexie est hétérogène. Reste aux professionnels de santé à étudier chacun des cas au début de la prise en charge. On peut tout de même cerner deux grands type de problèmes qui sont intimement liés : le problème alimentaire (poids faible, sous alimentation) et le problème au niveau de la perception de son corps. Dans les prises en charge en pédopsychiatrie et dans certains centres spécialisés, les médecins tentent de répondre au problème d'alimentation, à travers un contrat de poids. La jeune fille est confinée à l'hôpital, coupée de tout contact avec sa famille et ses proches tant qu'elle n'a pas repris un poids estimé correct. Motivé par l'envie de revoir sa famille et de sortir de l'hôpital, elle reprend du poids. Bien que cette méthode soit efficace pour stopper la baisse incessante de poids et éloigner le risque mortel, les rechutes sont nombreuses car la personne n'est pas véritablement sortie d'affaire : les angoisses et la problématique corporelle sont toujours présentes, ce qui conduira la personne à reprendre ses rituels alimentaires. C'est pourquoi, H.BRUCH affirme : « De nombreux malades reprendront du poids, pour une raison ou pour une autre, mais on ne parviendra à aucune guérison réelle et durable si le défaut de la perception de l'image du corps n'est pas corrigé. »4(*)

Or, les spécialistes de la santé mentale semblent traiter les soucis alimentaires de la personne mais encore peu de professionnels traitent le soucis de l'image corporelle. Il me semble qu'en tant qu'éducatrice, c'est un point sur lequel je pourrais tenter de travailler. Avant cela, je vais d'abord essayer de cerner avec précision ce qui est défaillant dans l'image corporelle de la personne anorexique.

2. La problématique de l'image corporelle chez les personnes anorexiques :

Dans un premier temps, je vais chercher à définir ce que signifie le terme « image corporelle » et comment celle-ci se construit chez l'individu. Ensuite, j'essayerai de comprendre en quoi et de quelle manière l'image corporelle de la personne anorexique est perturbée.

2.1 Qu'est-ce que l'image corporelle ?

L'image corporelle résulte des interactions entre le corps et le psychisme (pensées, sentiments,...). C'est l'image que l'on a de soi, la représentation que l'on a de soi, autrement dit comment je me représente moi-même.

Il est important de distinguer image corporelle et schéma corporel qui est la connaissance des différentes parties du corps. Le schéma corporel est le même pour tous, c'est quelque chose que l'on apprend, il s'agit d'une réalité physique. Alors que l'image corporelle est quelque chose de plus subjectif et que chacun construit à sa manière, à partir de ses expériences vécues et son histoire. Il s'agit d'une réalité psychique (ce qu'on imagine être n'est peut-être pas ce qu'on est dans la réalité physique). Le schéma corporel reste le même tout au long de notre vie mais l'image corporelle évolue : notre corps change (à l'adolescence notamment : le corps n'a plus les mêmes formes que le corps d'enfant), on grossit ou maigrit, des rides apparaissent... La manière dont on se représente, l'image qu'on a de nous même évolue au fil du temps.

Plusieurs psychanalystes ont tenté de comprendre la manière dont se construit l'image corporelle.

2.1.1 FREUD et le Moi Corporel :

Selon FREUD, le Moi corporel se structure dans le cadre d'une relation par la communication. Dans les premières années de son existence, il s'agit de la relation que l'enfant entretient avec sa mère. Lorsque la maman lui parle, le berce, le touche, l'embrasse,... c'est l'occasion pour l'enfant de percevoir et de ressentir des choses. L'enfant fait également l'expérience de la sensation de faim et de satiété, de la sensation de froid, de frissons et de chaleur... C'est à partir de toutes ces sensations et ces perceptions corporelles, par ses frustrations et ses satisfactions, que l'enfant va prendre progressivement conscience de son corps.

De plus, dans les premiers mois de son existence, l'enfant émet des cris lorsqu'il sent des distorsions dans son corps engendrées par la faim. Puis, la maman accourt aux cris de l'enfant et le nourrit : le corps se détend et retrouve un bien-être. Cette relation entre l'enfant et la mère relève d'une nécessité physiologique : l'enfant demande à être nourri dans un soucis de survie. Le lait de la maman est associé à ce que Freud appelle une valeur d'usage : il est nécessaire à l'apaisement de la faim. Puis, petit à petit, l'enfant va éprouver du plaisir : il ne va plus pleurer parce qu'il a besoin de manger mais parce qu'il éprouve le désir de retrouver un plaisir (goût, sensations agréables, caresse de la maman...). Le corps devient alors un objet de libido (pulsions sexuelles), par lequel l'enfant éprouve du plaisir et va expérimenter ce désir. Selon Freud c'est à ce moment de la vie que la première représentation de son corps apparaît : l'enfant se représente les zones de son corps par lesquelles il éprouve du plaisir, de manière indispensable pour investir ce désir.

Aussi, par la relation avec sa maman, l'enfant va-t-il progressivement prendre conscience que sa maman est un être bien distinct de lui même, qui ne vient pas seulement le nourrir et calmer sa faim mais qui apporte des gestes affectifs. Ainsi, il va demander à être nourrit non pas seulement pour assouvir sa faim mais pour retrouver les gestes d'amour de la maman. C'est dans ces moments que la notion de narcissisme apparaît car l'enfant comprend qu'il est un objet d'amour aux yeux de sa maman (dans le regard, les gestes, la voix de la maman..).

Par ailleurs, à un stade que Freud nomme le complexe d'oedipe, l'enfant prend conscience de sa sexualité et de son corps sexué : l'enfant se rend compte que l'homme et la femme n'ont pas tout à fait la même structure du corps.

Freud apporte donc des informations importantes pour comprendre comment, dès le plus jeune âge, l'enfant prend conscience de son corps et commence à se construire une image de soi-même.

2.1.2 L'image du corps selon SCHILDER

Schilder est le premier à introduire les termes d' « image du corps », en le définissant comme la façon dont on se représente son corps. De la même manière que Freud, il pense que l'image corporelle se construit à travers nos expériences sensorielles et psychiques. Il souligne l'importance du mouvement dans la connaissance de son corps, pour différencier ce qui est « Moi » de l'ensemble de l'environnement de perception. Selon lui, si on ne se met pas en mouvement, on ressent peu de chose de son corps : les sensations éprouvées, notamment au niveau musculaire, sont très importantes dans la construction de son image corporelle.

Il introduit également une dimension sociale intervenant dans l'élaboration de l'image de son corps. Selon Schilder, l'image du corps se construit par les autres, au contact des autres. Notre manière dont on se représente son corps est fortement influencée par ce que nous renvoie l'autre de nous même : dans son regard, dans ses paroles, dans son attitude envers nous-même. Si on sent que l'autre nous renvoie des choses positives par rapport à notre corps, telles que : « Tu es très jolie » ou bien un regard admiratif ; alors on aura tendance à avoir une meilleure image de soi-même et assez proche de la réalité. Par contre, si autrui nous renvoie des choses négatives alors on aura tendance à avoir une mauvaise image de soi. Ainsi, les paroles et les attitudes de la famille et notamment des parents dans les premières années de notre vie, semblent jouer un rôle important dans la manière dont on va se représenter soi-même.

On se compare aussi aux autres, soucieux de se trouver dans une certaine norme (« je suis plus gros que mes camarades de classe », « mon nez est long par rapport à ceux des autres » ou « je fais à peu près la même taille que mes amis du même âge »). Notre idéal du corps se construit également, en partie, en fonction de ce que notre société ou notre groupe social véhicule comme normes et valeurs. Par exemple, de nos jours, notre société semble valoriser les corps minces. La personne va donc se fixer comme corps idéal : un corps mince. Selon H.Bruch, « dans l'idéal, il ne devrait y avoir aucune contradiction entre la structure du corps, l'image du corps et l'acceptation sociale » 5(*). Mais ceci n'est que ce qui devrait se passer dans l'idéal : ce que mon corps est réellement devrait concorder avec l'image que j'ai de mon corps ainsi qu'avec l'image que les autres attendent de moi.

Ainsi, l'image qu'on se fait de son corps se construit aussi au contact des autres, en fonction de ce qu'ils nous renvoient de nous-mêmes et dans la comparaison aux autres.

2.1.3 LACAN et le stade du miroir

C'est d'abord Wallon qui a élaboré la théorie du stade du miroir et Lacan a approfondi le concept.

Avant ce stade du miroir, l'enfant ne fait pas la différence entre ce qui est son corps et ce qui ne l'est pas, entre son Moi et le reste de l'environnement dans lequel il évolue. C'est en se retrouvant face au miroir que l'enfant va parvenir à se représenter son corps, bien distinct du reste de l'environnement. Ce concept du stade du miroir comporte trois étapes :

-La première étape est celle que Lacan appelle « le fantasme du corps morcelé » : en contemplant son reflet dans le miroir, l'enfant ne voit pas une image mais une personne réelle, comme un camarade qui se présente face à lui. Il ne sait pas encore bien définir ce qui est lui et ce qui n'est pas lui. De la même manière, lorsqu'un de ses camardes se fait mal en tombant et pleure, l'enfant pleure aussi. Dans sa perception de l'environnement, il ne distingue pas bien ce qui appartient à son corps ou non.

-Peu à peu, à force de contempler le miroir et au fur et à mesure que sa maturation psychique évolue, l'enfant comprend que ce qu'il perçoit n'est pas réel mais que c'est une image. Il a tenté d' « entrer » dans le miroir, de toucher la personne qu'il voyait à travers celui-ci mais en a déduit que cela était impossible. C'est ce qui lui a permis de comprendre qu'il ne s'agissait pas d'une personne réelle ni d'objets réels.

-Enfin, l'enfant va reconnaître que la chose qu'il perçoit, c'est lui. Et cela grâce à l'adulte qui le tient dans ses bras ou qui est présent à côté de lui et qui lui dit : « Regarde, tu reconnais ? C'est qui ? Ici c'est maman et ici c'est toi ! ». L'enfant accède alors à une représentation de son corps, à un corps unifié, autrement dit bien distinct des autres et du reste de l'environnement. C'est ce qui lui permet également de s'affirmer en tant que sujet et de se construire progressivement une identité. Dolto ajoutera que l'enfant, à force de se regarder dans le miroir va développer son amour pour soi (notion de narcissisme) et s'approprier son corps. Peu à peu, le paraître va prendre de l'importance et va même avoir tendance à primer sur le ressenti, le vécu.

Il est important également de souligner que l'image que l'on perçoit dans le miroir, n'est pas tout à fait identique à l'image réelle du miroir. La manière dont on se perçoit est influencée par nos sentiments et nos pensées vis à vis de soi-même.

Ainsi, on peut retenir de ces différentes théories, d'une part, que les parents et notamment la relation de la mère à l'enfant jouent un rôle important dans la construction de l'image de soi. Nos sensations, nos expériences dans les premiers instants de la vie nous permettent de prendre progressivement conscience de son corps. L'expérience du miroir permet aussi d'obtenir une image de nous même, plus ou moins proche de notre corps réel. D'autre part, ce que nous renvoie l'autre par rapport à nous même est important, tant dans l'estime de soi que dans sa manière de se représenter soi-même.

Pour conclure, les relations aux autres, la communication, la relation dans son enfance à sa figure d'attachement, nos sensations corporelles et nos sentiments envers soi-même jouent un rôle important dans la construction de notre image corporelle.

2.2 La défaillance de l'image corporelle chez la personne anorexique :

Toutes les caractéristiques relevant de la perturbation de l'image corporelle présentent dans l'anorexie mentale, proviennent d'un sentiment profond de dégoût voire de haine de soi, et même de honte. Les auteurs C.LORIN et S.MALAGUARNERA évoquent l'anorexie comme un « trouble du narcissisme », autrement dit un défaut dans l'amour que l'on éprouve vis-à-vis de soi. La personne anorexique se déteste, tant au niveau physique avec un corps qu'elle n'aime pas, qu'au niveau de la personnalité. C'est ce sentiment qui est à l'origine de toute la défaillance de l'image corporelle chez la personne anorexique.

L'image perçue de son corps en décalage avec la réalité :

Le symptôme le plus évoqué, le plus connu du point de l'image corporelle chez la personne anorexique, c'est le fait que la personne se voit beaucoup plus grosse que ce qu'elle n'est réellement. Bien que la perception de son corps ne soit jamais objective : personne, lorsqu'il se regarde dans le miroir n'a accès à l'image réelle de son corps, parce que nos sentiments et nos émotions influencent cette perception. Par exemple, quelqu'un qui est complexé par son nez, va forcément le voir plus gros, ou plus déformé que ce qu'il ne l'est vraiment. Néanmoins, ce phénomène est fortement accentué chez la jeune fille anorexique. Le décalage entre la réalité et ce qu'elle perçoit est énorme : elle est extrêmement maigre, squelettique et se perçoit très grosse dans le miroir. Certains spécialistes ont même parfois envisagé l'anorexie comme un trouble de type psychotique : la personne semble délirer face au miroir, avoir une image délirante d'elle-même.

En outre, cette dernière se regarde dans le miroir en procédant par abstraction sélective : au lieu de regarder l'entièreté de son corps pour évaluer l'harmonie corporelle, elle va regarder une partie du corps en particulier, en général la dernière partie du corps qui n'est pas encore « osseuse », et se dire qu'elle a encore de la graisse à perdre. Face au miroir, elle ne va, inconsciemment, prendre en compte que les informations qui concordent avec ses pensées et ses sentiments. Elle pense : « je suis grosse », donc elle ne percevra dans le miroir que les parties de son corps qui comportent encore de la chair et ne prendra pas en compte les parties qui laissent apparaître les os.

En plus d'une image perçue dans le miroir fortement en décalage avec la réalité, la personne s'est fixée comme image idéale, une extrême minceur, quasiment impossible à atteindre. Cela génère donc une insatisfaction perpétuelle de son corps.

Un corps « objet » :

La personne anorexique n'habite plus son corps, elle en fait un objet, différent du sujet lui-même, poussée parfois jusqu'à des troubles schizophréniques. Elle n'est plus un esprit mais simplement un corps, un corps « vide ». De plus, ce corps est un objet rejeté et maltraité par la jeune fille anorexique : elle ne prend plus du tout soin de son corps (pas très bien coiffée, pas de maquillage, pas de soins corporels, pas trop habillée à la mode, des vêtement larges et qui ne mettent pas du tout le corps en valeur). Elle le déteste et le considère même parfois comme un ennemi, avec la peur de ne pas contrôler ses agissements. Elle tente alors de le contrôler et de le façonner à sa guise, recherchant le corps parfait.

D'ailleurs, la personne anorexique ne recherche pas seulement la perfection pour son corps mais dans tous les domaines. La majorité des personnes anorexiques ont un très beau parcours scolaire, sont d'excellentes élèves. Certaines sont mêmes des enfants modèles.

C'est ce perfectionnisme qui permet également à la jeune fille de s'infliger un régime aussi strict : des restrictions alimentaires importantes, une perte de poids énorme, permission d'aucun faux-pas... Si l'objectif qu'elle s'est fixé n'est pas atteint, elle s'attribue des « punitions » , qui la conduira par exemple à aller faire un footing de 2h pour compenser la pomme qu'elle a mangé en trop. H.BRUCH estime que l'adolescente anorexique attribue des « qualités magiques »6(*) à son corps : son corps est très puissant alors que son esprit est faible . Effectivement, à un poids qui est à la limite du viable, la personne se sent tout à fait en forme pour multiplier les efforts physiques. Elle présente parfois une hyperactivité, que certains psychiatres préfèrent appeler « activisme ». L'adolescente va par exemple monter et descendre les escaliers de sa maison plusieurs fois d'affilée, puis marcher pendant des kilomètres et des kilomètres... Toujours dans l'idée obsessionnelle de dépenser un maximum de calories. Et cela sans ressentir la moindre douleur ni la moindre fatigue. En tout cas elle se l'interdit.

Face à une sous-alimentation, elle a souvent les extrémités très froides et est souvent frileuse. Certaines multiplieront les couches de vêtements, d'autres préfèreront se dévêtir davantage, occasion de brûler plus de colories. Si la jeune fille anorexique se dévalorise et affirme que son esprit est faible, elle fait pourtant preuve d'un mental d'acier.

Trouble de la perception des sensations corporelles :

En continuité avec le paragraphe précédent sur le fait que la personne n'habite plus son corps, H.BRUCH met l'accent sur l'incapacité à percevoir les sensations corporelles. Effectivement, dans l'anorexie mentale, la personne n'est plus du tout à l'écoute de son corps : elle refuse de reconnaître les besoins de son corps et elle parvient à créer une inhibition sur ses sensations corporelles. C'est ce qui certainement lui permet aussi de tenir son « régime ». Elle avance souvent le prétexte de ne pas avoir faim : ce n'est pas qu'elle n'a pas faim, mais elle refuse de ressentir la sensation de faim. De la même manière, elle se refuse à entendre la souffrance que son corps endure face au régime draconien et aux multiples efforts physiques.

Néanmoins, certaines personnes ressentent des sensations trop fortes, voire gênantes au niveau de l'appareil digestif, autrement dit le ventre. Lorsqu'elles réapprennent à manger, certaines se plaignent de maux de ventre après une bouchée, qui consistent plus en une sensation désagréable au niveau du ventre. Cette sensation est sans doute influencée par la culpabilité et l'angoisse face à la nourriture et la prise de poids. « Je mange comme les autres voire moins qu'eux. Mais pourquoi eux n'ont-ils pas ce mal être d'avoir le ventre plein »7(*).

Certains auteurs parlent même « d'orgasme de la faim », pour signifier le bien-être intense que ressentent parfois les jeunes filles souffrant d'anorexie : la sensation de faim devient pour elles une sensation très agréable et la sensation de satiété très désagréable.

De la même manière, la personne tente également de contrôler ses émotions. Elle n'habite plus son corps donc a fortiori, elle n'exprime plus rien à travers lui. Le corps est figé, le regard vide. Le problème se situe au niveau du désir de contrôle et dans la crainte du lâcher-prise.

Refus de la féminité, refus de grandir :

En voulant effacer toutes les rondeurs de son corps et visant un corps « plat », la jeune fille anorexique semble refuser de voir apparaître des formes féminines (poitrine, hanches...). En outre, les cycles menstruels disparaissent également. Cela conduit certains psychologues à penser que l'anorexie traduirait chez la jeune fille un refus de devenir femme, un refus de grandir, le désir de rester une petite fille. Les infirmières de l'unité de soins pour adolescents de Charleville-Mézières ont d'ailleurs parfois entendu de la part des adolescentes : « je n'ai plus mes règles et c'est très bien comme ça » ou encore « Je ne veux pas être une femme » et des refus également de la maternité parce que voir leur ventre prendre du volume serait insupportable.

Selon H.BRUCH, « Même si elles ont bien conscience de leur structure anatomique, les anorexiques ont tendance à refuser les rondeurs féminines et les seins ».8(*) Il n'y a donc pas de confusion entre le fait qu'elle soit un homme ou une femme ou même asexuée, mais elle refuse les rondeurs féminines. Elle a peut-être une représentation du corps féminin idéal, encore une fois, en décalage avec la réalité.

Les avis divergent concernant ce refus de grandir, ce refus de devenir femme. Certains psychologues et psychiatres ne sont pas d'accord sur ce point de vue. Je pense que ce symptôme n'est pas présent chez toutes les personnes anorexiques puisque chaque cas d'anorexie est différent.

Identité difficile à construire :

La personne anorexique a forcément du mal à se construire une identité, une personnalité puisqu'elle ne parvient plus à vivre en tant que sujet. Ce qui prend la plus grande place dans son esprit, c'est l'obsession d'un corps « parfait ». Elle n'est plus qu'un objet, son corps est « vide ». Certaines jeunes filles anorexiques sont convaincues qu'être mince, qu'un corps parfait leur permettra de se faire apprécier plus facilement, d'être acceptées plus facilement dans un groupe, et ne misent plus que sur leur apparence physique. Elles en oublient complètement leur personnalité, l'importance de ce qu'il y a à l'intérieur de la personne, pris en compte dans les relations. Cela peut peut-être aussi s'expliquer par le fait qu'elles n'osent pas dévoiler quelque chose d'elles par crainte de ce que penseront les autres. Aussi, les personnes anorexiques font-elles preuve d'une hypersensibilité vis à vis des regards et des paroles d'autrui à leur égard. Les critiques vont les bouleverser et accentuer leur mal-être intérieur, que ces remarques soient des critiques négatives ou des compliments. Selon SCHILDER, le regard des autres, ce que ceux-ci nous renvoient, joue un rôle important dans l'image que l'on a de soi et notre estime de soi. Or, la personne anorexique interprète toute remarque d'autrui de manière négative. Par exemple, un simple regard veut forcément dire qu'elle est laide. Ainsi, la jeune fille anorexique aura une image d'elle même très négative.

De plus, les sentiments négatifs qu'elles ont pour elles-mêmes rendent également difficile la construction d'une identité. Elles ont tellement honte d'elles-mêmes, qu'elles cherchent plutôt à s'effacer, à disparaître, en maigrissant jusqu'à l'extrême.

Certaines se construiront une identité d'anorexique, plus particulièrement celles qui souffrent d'anorexie de façon chronique. Le professeur Vidhaillet, psychiatre à la retraire, a pu remarquer chez certaines adolescentes anorexiques qu'elle a pris en charge au C.H.U de Nancy-Brabois, que l'anorexie constitue TOUTE l'identité de ces jeunes filles. Elle a entendu de la part de ces patientes, par exemple : « Si je ne suis pas anorexique, je n'existe pas ». L'anorexie permettrait donc à ces jeunes filles d'exister, serait-ce peut-être un moyen d'attirer l'attention de la famille, de ses proches, à travers un comportement alimentaire atypique, à travers un corps squelettique, en se mettant en danger ? Ces paroles me paraissent paradoxales, car si ces jeunes filles ont le sentiment d'exister grâce à la maladie, l'entourage a plutôt l'impression qu'elle cesse de vivre. De surcroit, le point de vue de la jeune fille anorexique face à la maladie est tout à fait différent de l'angoisse de mort des parents : elle ne se sent pas malade ni affaiblie physiquement. Ces points de vue différents empêchent alors tout dialogue instructifs entre l'enfant et ses parents.

Difficultés relationnelles :

« La vie avec les autres peut se maintenir un certain temps, puis elle devient impossible ».9(*)

D'une part, les pensées obsessionnelles envers le poids, la nourriture et les calories, enferment peu à peu la personne dans une bulle. Ces pensées lui prennent tellement d'énergie qu'elle ne parvient plus à profiter de la vie avec ses amis et à penser à autre chose qu'à la nourriture et aux calories.

D'autre part, elle préfère ne plus sortir afin d'éviter d'être tentée de manger ou de devoir se justifier sur le fait qu'on ne mange pas. Elle fuit les moments de repas : les repas de famille sont une grande angoisse pour elle (rester à table pendant des heures, voir défiler un tas de nourriture, se confronter aux remarques des autres sur le fait qu'elle ne mange pas...). Pour les jeunes filles anorexiques de type restrictif, la difficulté va se trouver dans le fait d'être stigmatisée, montrée du doigt, car elle ne va rien manger. Pour les jeunes filles anorexiques-boulimiques, il existe aussi la crainte de faire une crise de boulimie.

De surcroît, dans les relations, la personne va aussi chercher à tout contrôler, à se fixer des règles (« je dois être comme cela », « il faut que je fasse cela »...). Elle va craindre de ne pas plaire aux autres, de dire une gourde, de ne pas être comme ce que les autres attendent d'elle... Cela peut mettre un frein à la relation.

Néanmoins, C. ARTUS nuance en disant que la personne anorexique n'est pas toujours isolée, notamment au début de la maladie. C'est dans les moments de crise et à un stade avancé de la maladie qu'elle va particulièrement se replier sur elle-même. Dans ses relations, la personne anorexique constitue l'amie « idéale », car dévouée, toujours prête à rendre service, toujours là en cas de besoin. Elle prend ainsi un rôle de « sauveur », ayant envie d'aider et de rendre service. D'ailleurs, C.ARTUS a constaté qu'une grande partie des patientes anorexiques se destinaient à des métiers visant à aider les autres, tels qu'infirmière, aide-soignante, éducateurs...

En outre, en s'isolant, elle n'a plus le contact avec les autres, élément qui entre en compte dans la construction d'une image corporelle saine. Elle perd de l'objectivité en n'ayant plus vraiment l'occasion de se comparer aux autres et perd des repères.

En somme, l'image corporelle chez la personne anorexique est gravement perturbée dans le sens où la personne se voit de plus en plus grosse au fur et à mesure qu'elle maigrit, qu'elle adopte une attitude de dégout et de haine vis-à-vis de son corps, qu'elle « n'habite » plus son corps (le corps est dénudé de l'esprit), qu'elle se coupe des sensations corporelles. En outre, le fait qu'elle s'isole peu à peu accentue peut-être encore davantage la subjectivité dans la représentation d'elle-même.

Si la personne ne redoute pas de mourir et se dit en pleine forme. Pourtant, obsédée par un poids idéal, une silhouette parfaite, il semblerait que la personne en oublie de vivre : Il ne suffit pas d'être en vie pour vivre, encore faut-il habiter son corps.10(*) Comment, en tant qu'éducatrice, je peux amener la personne à percevoir une image d'elle-même plus proche de son image réelle et lui donner l'occasion d' « habiter » à nouveau son corps ?

3. Les causes de l'anorexie :

Il me paraît important de m'intéresser aux causes de la maladie : qu'est-ce qui a amené la personne à devenir anorexique. En effet, pour comprendre et tenter de soigner une maladie psychique, il est indispensable de comprendre ce qui est à l'origine cette maladie.

Le problème, c'est que les causes de cette maladie ne sont pas encore véritablement définies. Les spécialistes de la santé mentale avancent néanmoins diverses hypothèses.

3.1 La société :

Dans notre société occidentale actuelle, les valeurs et les idéaux véhiculés dans les médias semblent être propices à l'apparition de l'anorexie chez les jeunes filles.

Tout d'abord, il est évident qu'aujourd'hui la beauté féminine est associée à un corps mince, au détriment même parfois des formes féminines (poitrine, hanches, fesses rebondies...). Les stars et les personnages de publicité présentent des corps presque plats. La mode recherche et fait défiler des mannequins squelettiques, au corps presque d'enfant ou que l'on pourrait même confondre avec un corps d'homme. En outre, la société accorde une grande importance à l'apparence physique. Une personne un peu enrobée, une femme qui n'est pas maquillée ou encore une jeune fille qui s'habille avec des vêtements de la mode d'il y a trois ans vont être très vite jugées comme étant des gens négligés et présentant peu d'intérêts.

Il me semble important également de noter que la femme est souvent exposée dans les publicités comme un objet. Des corps de femmes, le plus souvent dénudés, qui constituent un objet de désir pour l'homme. Le corps prend une importance considérable par rapport à la personnalité de la personne, par rapport à ce qu'elle est de l'intérieur.

De plus, dès l'arrivée de l'été, les plans de régimes envahissent les magazines et les publicités comme si c'était systématique ou obligatoire d'entamer un régime après l'hiver. Les gens font de plus en plus attention à ce qu'ils mangent et les revues de presse mettent en garde contre les aliments qui font grossir, allant jusqu'à dissuader les individus d'en manger.

D'autre part, les séries télévisées et les publicités véhiculent l'image d'une femme qui doit être capable à la fois de réussir professionnellement, de tenir correctement sa maison, d'être une bonne mère, de rester jolie et d'être une bonne amante pour son mari. Autrement dit, les médias présentent une femme parfaite, qui maîtrise et réussit sa vie à la perfection. Mais il est très difficile voire impossible d'atteindre une telle perfection, de toujours tout réussir sur tous les fronts.

Ainsi, dans notre pays, les adolescentes sont fortement influencées par ce culte de la minceur, car ce sont elles qui sont le plus exposées aux médias et les plus influençables. Elles s'identifient volontiers à leur idole et cherchent à leur ressembler, lisent des articles dans les magazines qui conseillent de se mettre au régime et d'éviter un tas d'aliments qui font grossir et elles voient des séries à la télévision qui font croire qu'il est possible de réussir sa vie à la perfection. Je pense que ces valeurs peuvent conduire certaines jeunes filles qui cherchent à répondre aux attentes de la société, à tomber dans l'anorexie.

Enfin, le fait que l'anorexie soit une maladie qui se développe quasi-exclusivement dans les pays occidentaux, dans les pays riches et développés montre le rôle des valeurs de la société dans l'apparition de la maladie. En effet, les pays orientaux ou les pays d'Afrique par exemple, valorisent les femmes plutôt rondes, avec des formes et ne connaissent pas cette maladie.

Néanmoins, tous les cas d'anorexie ne relèvent pas de l'influence de la société, loin de là même. Les jeunes filles anorexiques sont peu nombreuses à se destiner à des métiers de la mode. Finalement, rares sont les cas où les personnes ont voulu faire un régime afin de correspondre aux critères de beauté de la société actuelle. Il semblerait qu'à travers l'anorexie, la personne cherche plutôt à maigrir jusqu'à mourir plutôt qu'à maigrir pour être belle.

3.2 L'altération de la fonction maternelle :

Selon des études psychanalytiques, l'anorexie pourrait provenir du comportement inadéquat de la mère face aux besoins de son enfant.

Comme expliqué dans le chapitre précédent, la relation mère-enfant joue un rôle important dans la construction de son image corporelle, de son Moi corporel.

Or, chez les personnes anorexiques, il semblerait que la mère ait eu des attitudes inadaptées. Voici différentes théories qui mettent en causes les attitudes inadaptées de la maman :

-Il est possible que la problématique trouve son origine dans un trouble au niveau des premiers échanges entre le bébé et sa maman, au moment du désir et de la demande de l'enfant. Comme évoqué dans le chapitre précédant, pour Lacan et Freud, l'enfant formule la demande d'un objet (nourriture, lait), à travers ses pleurs et ses cris. A ce moment, il ne cherche pas simplement à apaiser sa faim mais que sa maman témoigne de son amour à son égard (caresses, bisous, sourire, attention...). Or, chez les jeunes filles anorexiques, il est probable que la maman ait induit une confusion entre l'amour et la nourriture : celle-ci oriente son attention sur la nourriture du bébé et ne voit pas la demande de preuve d'amour formulé par l'enfant derrière la demande de nourriture. Il s'agit des mères qui tiendront un discours du type : « Allez mange, mange tout, hein ! Il te faut des forces... » ou « Allez, fait moi plaisir, tu vas bien goûter le bon gâteau que j'ai cuisiné ! ». Par l'anorexie, la jeune fille cesserait alors de se nourrir pour obtenir enfin le témoignage d'amour de sa mère. C'est ce que Lacan appelle le « rien » qui accompagne la nourriture, c'est pourquoi il décrit l'anorexie comme « manger rien » plutôt que « ne pas manger ».11(*)

-Lors de la conférence du 2 juin 2010, le professeur Vidailhet évoque également des mères sur-protectrices, qui restent constamment auprès de leur enfant dans les premiers mois de sa vie. La maman surprotège l'enfant et réagit à sa place aux attaques extérieures. Selon le professeur Vidailhet, cette attitude conduirait à une fragilité narcissique. Il s'agit des mères très présentes dans la vie de leur fille et très critiques envers elle ; des mères qui projette leur propre désir sur leur fille, leur expose un idéal à atteindre. Elles exercent ainsi une certaine pression sur leur fille, imposant une certaine rigueur. On peut imaginer que, face à une telle pression, de nombreuses critiques et remarques de la part de la mère (même si celle-ci ne souhaite en aucun cas être « méchante » à travers ces remarques mais être bienveillante et permettre à sa fille d'atteindre l'idéal et de réussir), la jeune fille ait une faible estime de soi et manque de confiance en elle : peur de ne pas réussir, ce processus de dévalorisation face aux critiques. La maman endosse ainsi, inconsciemment, un rôle de persécutrice. Et cela est accentué par le fait que la majorité des filles anorexiques montrent un caractère réservé, une attitude d' « enfant modèle », qui n'ose pas se rebeller. L'anorexie serait alors un moyen pour la jeune fille de trouver une sensation de contrôle, dans sa vie qui semble prise en main et dictée par sa mère. Elle contrôle son corps, son poids ce qui lui donne un certain pouvoir sur elle-même.

On peut aussi noter que l'anorexie apparaît essentiellement à l'adolescence, moment où le corps de la petite fille devient un corps de femme. La jeune fille voit apparaître progressivement dans le miroir, un corps qui ressemble de plus en plus à celui de sa mère. Maigrir à l'extrême permet d'effacer ces formes féminines et d'une certaine manière de se défaire ainsi du corps de sa mère, comme pour dire : « Tu n'agiras pas sur mon corps ».

Je reste assez prudente face à cette hypothèse qui met en cause la maman, parce que je trouve cela un peu « facile ». En effet, plusieurs maladies psychiques ont été expliquées par les attitudes inadéquates des mères, je pense notamment à l'autisme (des mères qui ne donnait pas assez d'amour, des mères distantes, froides). Les mères sont le principal élément de la construction psychique de l'individu, d'après la théorie de Freud. C'est la maman qui permet à l'individu de se construire en tant que sujet, de se différencier du monde extérieur,... Or, lorsqu'un trouble psychique est détecté chez un individu, la mère est rapidement mis en cause. Il me semble que c'est une cause vite trouvée.

3.3 L'altération de la fonction paternelle :

Il est intéressant également d'observer les attitudes des pères des personnes anorexiques. Parce qu'en effet, la plupart d'entre eux présentent un caractère réservé voire absent, qui se plient aux ordres de la mère, qui laissent celle-ci prendre les décisions. Beaucoup de jeunes filles anorexiques ont eu une relation assez distante avec leur père. C. Artus relate : « Je me souviens de jeunes filles en entretien qui disaient : « Si mon père avait réagi davantage, s'il avait tapé un peu plus du point sur la table, je ne serais peut-être pas aller aussi loin dans mes restrictions alimentaires », donc les pères peuvent également être mis en cause ». L'anorexie serait-elle alors un moyen d'attirer l'attention d'un père distant ? Ou un moyen de signifier au père qu'il ne joue pas son rôle de séparateur dans la dyade mère-enfant ?

Quelques psychanalystes tel que Freud et Lacan évoquent aussi la possibilité de voir en l'anorexie un trouble de l'identité sexuelle : le père étant absent, ou du moins en retrait, la petite fille, au moment du stade oedipien (décrit par Freud), n'aurait pas bien différencié les deux sexes homme et femme, n'ayant que la mère comme figure d'identification.

Cette thèse de trouble de l'identité sexuelle est réfutée par la plupart des médecins et des spécialistes, qui affirment que la jeune fille anorexique est tout à fait consciente de sa sexualité et qu'il n'y a aucune ambiguïté. La jeune fille sait tout à fait qu'elle est de sexe féminin et mais elle refuse de voir apparaître des formes féminines sur son corps.

3.4 Problèmes de fonctionnement familial:

L'organisation familiale est souvent mise en cause également. L'anorexie est parfois symptomatique d'un dysfonctionnement familial. L'unité de soins pour adolescents de Charleville-Mézières a proposé (ne le font plus pour cause d'absence de thérapeute familial), des thérapies familiales aux jeunes filles anorexiques. Les parents, la jeune fille anorexique et éventuellement la fratrie étaient réunis autour du thérapeute afin de discuter ensemble d'éventuels changements à apporter dans l'organisation familiale et/ou dans les relations familiales. Au cours de ces thérapies étaient souvent mis en avant :

-des parents trop rigides dans leur éducation, qui ne parviennent pas à s'adapter aux besoins changeants d'une enfant qui devient adolescente.

-des parents assez strict envers l'adolescente, des parents exigeants et amenant une certaine pression dans la réussite de leur enfant. Les parents investissent tous leurs désirs de réussite (scolaire et professionnelle surtout) sur leur petite fille et mise tout sur cette enfant en particulier (parfois parce que les frères et soeurs posent plus de problèmes, ont moins de capacités). La jeune fille, dans sa réussite scolaire satisfait le désir de ses parents, en oubliant ses désirs à elle.

-une adolescente un peu réservée dans la famille, l'enfant modèle à laquelle les parents portent un peu moins d'attention

-des relations particulières entre la personne anorexique et l'un des deux parents : soit très fusionnelles, soit au contraire une absence de relation ou une relation conflictuelle

-une adolescente qui endosse une grande responsabilité au sein de la famille (notamment dans les familles mono-parentales), comme par exemple aider le parent dans la prise en charge du dernier enfant

Ce genre de thérapie permettait aussi d'améliorer les tensions familiales créées par l'anorexie. La jeune fille anorexique ne se voit pas du tout malade et pense qu'elle va très bien alors que les parents sont très inquiets et craignent la mort de leur fille. Leurs discussions par rapport à l'anorexie, par rapport à la nourriture et aux repas sont souvent conflictuelles. La thérapie familiale peut donc permettre à la jeune fille de prendre conscience et d'entendre l'inquiétude de ses parents (ce qui favorise parfois la prise de conscience de la maladie).

Encore une fois, je pense qu'il est important de se montrer extrêmement délicat lorsqu'on met en cause les parents. Il ne faut pas trop rapidement les mettre à l'origine de la maladie sous prétexte que c'est à travers eux que le psychisme de l'enfant se construit. Dans l'anorexie mentale, ce sont très probablement eux qui endurent la plus grande souffrance psychologique. Effectivement, la personne anorexique n'a pas conscience qu'elle est malade et refuse d'admettre cette idée, n'est pas consciente de son extrême maigreur, ne ressent pas son corps qui s'épuise. Ce sont les parents qui s'affolent en voyant l'état de leur fille se dégrader, sans pouvoir rien faire, impuissants. Je pense que de ne pas savoir comment faire pour aider leur fille apporte déjà une culpabilité énorme chez les parents. Si en plus le personnel soignant leur évoque la possibilité qu'ils soient la cause de la maladie de leur fille, cela augmente encore leur souffrance. Dans son livre, Peggy Claude-Pierre, psychologue canadienne qui a vu ses deux filles plonger dans l'anorexie, évoque sa souffrance en tant que parent : « J'avais l'esprit tétanisé par la peur et l'impuissance. »12(*), la peur que sa fille meurt, en être spectateur sans parvenir à la sauver. Pour elle, les parents ne doivent pas être tenus pour responsables. Au contraire, il faut les déculpabiliser et les accompagner pour qu'ils continuent à soutenir leur fille atteinte de l'anorexie.

3.5 Le stade difficile de l'adolescence :

L'anorexie apparaît le plus souvent à l'adolescence. Il est vrai que c'est un stade important de notre vie : le corps change et de manière plus conséquente chez les filles. L'image corporelle est modifiée : l'image que la petite fille se faisait de son corps ne concorde plus avec ce corps de femme qui apparaît. C'est donc un moment propice pour que l'image corporelle soit perturbée. Il est possible que l'adolescente ne se sente pas bien dans ce nouveau corps, qu'elle accepte mal ces modifications.

L'adolescence est également un moment où le groupe d'amis prend une importance assez forte et les jeunes cherchent à se conformer aux valeurs partagées par ses amis afin d'être acceptés, de s'intégrer au sein du groupe. Et la pression du groupe par rapport à son image, à son apparence physique est souvent assez forte chez les adolescents. En outre, ils sont aussi plus sensibles aux remarques des autres à cet âge. C'est le moment aussi où l'on découvre l'amour et on cherche à séduire. L'adolescent se regarde dans le miroir, cherche à être séduisant. Or, la minceur est un critère de beauté dans nos sociétés. Certains jeunes peuvent penser qu'être joli et mince peut leur permettre de s'intégrer plus facilement. Cela pourrait conduire à des troubles alimentaires, en cherchant à être mince.

Le passage de l'enfance au monde adulte peut donc être propice à l'apparition de la maladie et à l'adoption de conduites alimentaires pathologiques.

3.6 Une personnalité spécifique :

3.5.1 Un schéma de pensée destructeur :

L'anorexie apparaît le plus souvent à la suite d'un événement marquant, difficile à surmonter. Elle serait donc une sorte de mécanisme de défense, une manière de faire face à cet événement.

En outre, face à un événement douloureux ou mal compris (ex : divorce des parents), il se pourrait que la personne anorexique eut tendance à se considérer comme responsable.

13(*)

Il s'agit le plus fréquemment d'un événement survenu pendant l'enfance et laissant naître une grande culpabilité. Cela peut être une suite d'évènements également, desquels la personne a endossé la cause, augmentant de plus en plus son sentiment de culpabilité.

L'anorexie serait ainsi dû à un schéma de pensée mis en place chez la personne conduisant celle-ci à se tenir responsable et coupable des évènements négatifs se produisant dans sa vie.

3.5.2 Une pensée négative :

En observant ses deux filles anorexiques, puis par la suite les nombreuses personnes anorexiques qu'elle accueille dans sa clinique, Claude-Pierre PEGGY14(*) est convaincue que l'anorexie est une sorte d'auto-destruction, poussée par un pulsion inconsciente de suicide. Cela est du à une pensée négative, qu'elle appelle État Négatif Confirmé. La personne interprète l'environnement et les évènements de manière pessimiste et négative. Cet état serait présent dès la naissance, un peu comme un trait de personnalité propice au développement du trouble alimentaire. Les personnes anorexiques font preuve d'une hypersensibilité, s'inquiétant du bonheur et du bien être des autres et fortement touchée par les catastrophes survenant dans le monde. Ce sont des gens extrêmement serviable, à l'écoute des autres, toujours prêts à aider autrui, à donner du temps et de leur personne, qui dans les réunions, dans les rassemblements d'amis ou de famille se mettent un peu en retrait et observent les autres. C'est aussi, et surtout, une personne qui endosse une certaine responsabilité et une certaine culpabilité face aux évènements qui se produisent dans sa vie, chez ses proches et même face aux problèmes mondiaux.

Dans ce sentiment de culpabilité et de responsabilité, la personne anorexique a le sentiment d'être mauvaise, incapable. L'anorexie, à travers les restrictions alimentaires est une forme de punition que s'inflige la personne : « Mes enfants ne pouvaient pas me dire pourquoi elles se sentaient coupables ; elles savaient juste qu'elles l'étaient car elles étaient mauvaises »15(*). Ce sentiment va jusqu'à une haine de soi, une négation de soi.

« Après chaque repas, elle parlait de ses modes de pensée illogiques qu'elle ne pouvait se sortir de la tête [...] : « Maman, j'ai tellement mal. Je ne devrais pas le manger. C'est tout ce que je mérite » ».16(*)

Ce sentiment provient de l'hypersensibilité, trait de caractère inné chez la personne, mais aussi de l'environnement qui vient confirmer cette culpabilité, cette responsabilité. Les parents par exemple, qui ont des paroles insinuant une certaine responsabilité (l'auteur donne l'exemple d'un petit garçon qui, lors du divorce des parents, dit à sa mère qu'il sera la pour soutenir sa maman : si la maman confirme ce besoin de soutien, elle fait endosser une certaine responsabilité à l'enfant).

L'auteur compare ce qui se produit dans la tête des gens anorexiques à « une guerre civile dans la tête »17(*), une guerre contre soi-même. Il s'agit d'une sorte de dédoublement de personnalité ou deux esprits (un négatif et un positif) s'affrontent. De nombreuses jeunes filles anorexiques parlent d'une voix qui les culpabilise, qui les punit : la pensée négative (au détriment de la pensée réelle). Une petite voix qui leur dit sans cesse qu'elles sont grosses, nulles, moches, incapables...et qu'elles doivent être punies, en ne s'accordant pas le droit au plaisir.

Ainsi, la personne est incapable de manger quoi que se soit. La pensée réelle (le mode de pensée « normal ») est complètement éteinte : la pensée négative prend le dessus. Manger devient alors une source d'angoisse intense, dominée par la pensée négative.

3.7 le point de vue des personnes anorexiques :

La majorité des personnes anorexiques expriment souvent avoir reçu des remarques dans leur enfance à propos de leur physique (par les camarades de classe, par la famille). Quelques unes avaient des soucis d'embonpoint avant de devenir anorexique et recevaient des remarques par rapport à leur poids. La plupart d'entre elles se souviennent avoir été mal dans leur peau et complexées durant la période précédent la maladie. Elles disent presque toutes avoir voulu entamer un petit régime pour perdre du poids. Petit à petit, elles ont restreint de plus en plus leur alimentation et ont perdu du poids à ne plus pouvoir s'arrêter, ne se trouvant jamais assez mince.

Ce chapitre a exposé les différentes causes possibles, chaque cas d'anorexie possédant sa cause propre. Néanmoins, la thèse qui me semble la plus intéressante à exploiter est celle de la pensée négative qui habite la personne. Les jeunes filles anorexiques, d'après les professionnels de la santé mentale que j'ai rencontrés, semblent peu intéressées par le domaine de la mode, donc la société ne jouerait pas un rôle important dans l'apparition de la maladie. Accuser les parents me semble assez délicat, dans le sens où ils souffrent (peut-être même plus que la personne anorexique elle-même) de se voir impuissants face à leur fille qui semble mourir à petit feu. Par contre, le sentiment de culpabilité et la pensée négative est présente chez toutes les personnes atteintes d'anorexie mentale. C'est ce qui les a conduit à cette culpabilité qui diffère de l'une à l'autre : l'anorexie est un mécanisme de défense qui s'est mis en place pour surmonter un moment difficile de la vie, pour se sortir d'une situation désagréable.

Ainsi, après avoir compris en quoi l'image corporelle de l'adolescente anorexique est perturbée et d'où provient ce trouble, je peux envisager comment, en tant qu'éducatrice, je peux offrir les moyens à la personne anorexique pour qu'elle parvienne à percevoir une image de son corps plus proche de la réalité, pour lui permettre une meilleure connaissance et une meilleure acceptation de son corps.

4. Proposer un accompagnement et des soins, en matière d'image corporelle, à des personnes anorexiques:

Lorsqu'on envisage un projet auprès de personnes anorexiques, il me semble important de prendre en compte le déni de la maladie et le refus de soin de la part de celles-ci. Seulement après je définirai les besoins de ces personnes, du point de vue de l'image corporelle. Puis, j'apporterai des informations de l'unité de soins pour adolescents de Charleville-Mézières, qui s'est engagée dans l'amélioration de l'image corporelle auprès d'adolescentes anorexiques.

4.1 Guérir des jeunes filles « qui ne sont pas malades » :

La personne qui souffre d'anorexie est dans la négation de la maladie : tout va très bien, elle n'est pas malade. Elle est surtout dans le déni de la maigreur : elle ne se voit pas maigre et les inquiétudes de l'entourage et des médecins sont injustifiées pour elle. Lui proposer des soins dans un tel état mental se solde donc par un refus. En tant que soignant, si l'on insiste, si l'on ne va pas dans le sens de la personne, on risque de se retrouver en conflit avec la personne. Il s'agit donc de lui en faire prendre conscience très progressivement. Parfois, les jeunes filles commencent à prendre conscience de leurs difficultés lorsque la fatigue commence à se faire trop grande ou quand des problèmes de sommeil apparaissent (ce qui les dérangent particulièrement dans leur performance scolaire). Certaines ressentiront aussi un état dépressif important et demanderont alors de l'aide à ce moment là.

Quand bien même la personne parvient à prendre conscience du problème de la maladie, elle refuse toute aide extérieure : pour elle, elle peut s'en sortir toute seule. Elle est donc très rétissante aux traitements, à la prise en charge médicale. Elle refuse d'autant plus si les soins sont prescrits sur le temps scolaire ou si elle doit sacrifier du temps prévu pour étudier (ce qui est le cas lors des hospitalisations)

En outre, la personne n'a pas toujours envie (inconsciemment) de sortir de la maladie, parce qu'elle y trouve parfois quelques bénéfices secondaires : par exemple, elle existe au sein de la famille à travers sa maladie (la famille lui porte de l'attention).

Le lâcher-prise et sortir de la maladie, même quand elles prennent conscience qu'elles ne vont pas bien, est difficile. Par exemple, elles annoncent qu'elles vont reprendre du poids : 2kg, puis finalement elles se rendent compte que c'est trop ; donc plutôt se fixer 1,8kg ; puis finalement, elles ne veulent plus prendre du poids mais simplement ne pas en perdre. Elles font ainsi, pendant un certain temps, un pas vers la guérison, vers le lâcher prise, puis reculent.

L'accompagnement des personnes anorexiques nécessite donc de la patience et beaucoup de « tact » pour les amener d'abord à une prise de conscience (le plus souvent partielle), avant d'entamer tout projet ou mise place auprès d'elles. Il faut d'abord instaurer une confiance entre soignants et patientes qui n'est pas très facile.

4.2 hypothèse des besoins à satisfaire pour améliorer l'image corporelle des adolescentes anorexiques :

D'après les informations décrites précédemment, par rapport à ce qui est défaillant du point de vue de l'image corporelle chez la personne anorexique, et en tenant compte des causes de la maladie, cette population semble avoir besoin de:

-se mettre à l'écoute de son corps

-percevoir des sensations au niveau corporel, tant positives que négatives, du moment qu'elles parviennent déjà (à « s'autoriser ») à percevoir des sensations

-mieux connaître son corps (sa structure, sa forme, ses limites, ses capacités)

-d'exprimer des choses à travers son corps (et non plus être simplement un porte manteau, un corps vide)

-apprendre à accepter son corps et parvenir à en faire un « ami »

-s'insérer à nouveau dans des relations sociales épanouissantes

-prendre confiance en soi

-se sentir valorisée

Maryse Ravel Sarrola conseille, pour soigner les personnes anorexiques, particulièrement du point de vue de l'image corporelle :

« En réalité, toute la démarche thérapeutique s'attache à proposer l'expérience corporelle au rythme de l'acceptable et de l'intégrable pour le sujet. Car une grande partie de l'acte thérapeutique consiste à « reconnaître » le sujet dans sa capacité à se retrouver (par) lui-même, ceci en le replaçant toujours au coeur de ses propres intentions de découverte. L'aider dans ses actes de prise de conscience corporelle mais le laisser libre d'explorer son vécu [...]. »18(*)

Autrement dit, je dois apporter l'occasion à la personne anorexique de percevoir son corps autrement. Mais la démarche doit partir de la personne elle-même. Je l'accompagne dans ses ressentis mais c'est elle qui doit se mettre à l'écoute de son corps et faire évoluer l'image qu'elle a d'elle même.

De plus, étant donné que la personne a du mal à se considérer comme « malade » et donc à accepter les soins, les thérapies et autres mises en place, en tant qu'éducatrice je pourrais peut-être proposer une activité ou une démarche qui sorte du domaine purement médical ; une activité dans laquelle la personne n'aura pas l'impression de soins.

4.3 Un exemple de démarche de soins corporels auprès d'adolescentes anorexiques :

Il est encore assez rare de trouver des structures qui proposent de travailler sur l'image corporelle dans le traitement de l'anorexie.

L'Unité de Soins pour Adolescents de Charleville-Mézières, accueille des adolescents souffrants de toutes pathologies psychiatriques confondues. Il y a encore quelques années, cette structure proposait un accompagnement essentiellement par la parole aux adolescentes souffrant d'anorexie. Puis, face à la part grandissante de ces jeunes filles dans l'institution et l'échec de la prise en charge, qui n'était significativement pas très adaptée aux besoins des personnes, les éducateurs et infirmières ont envisagé des soins corporels pour améliorer l'image et la relation des adolescentes anorexiques à leur corps. Ses professionnels ont alors mis en place des séances de massages, soins esthétiques et balnéothérapie visant :

-une prise de conscience de son schéma corporelle (comment est constitué le corps, redéfinir les limites corporelles)

-un retour aux sensations corporelles (positives si possible)

-prendre du temps pour soi, prendre soin de soi

-lâcher prise

Même dans le cadre de soins esthétiques (maquillage, coiffure...), aucun miroir n'est présent : le but n'est pas esthétique mais dans la perception de sensations corporelles.

Les jeunes filles anorexiques fréquentent cet établissement une fois tous les quinze jours, bénéficiant d'une prise ne charge individuelle d'une part, et d'une prise en charge en groupe pour avoir des retours de la part des autres, se construire dans le regard et les attitudes des autres face à elles. Ce groupe n'est pas constitué entièrement d'anorexiques. Pour les professionnels, ce serait impossible de travailler qu'avec un groupe d'anorexiques car elles risqueraient de se lier pour faire front aux soignants et refuser fermement les soins. Ils précisent aussi qu'ils ne commencent pas immédiatement dès la première séance les soins, mais après avoir rencontré la personne au moins trois fois en entretien, pour apprendre à se connaître et instaurer un minimum de confiance. Ensuite, il commence déjà une manucure pour appréhender le toucher (qui leur est souvent insupportable). Ce type de prise en charge nécessite donc beaucoup de patience et s'accorder au rythme du supportable pour la personne. Pour pouvoir noter une amélioration, il faut en moyenne deux à trois ans de prise en charge. Ce type de prise en charge est possible lorsque le pronostic vital de la personne n'est pas engagé (sinon quoi celle-ci est hospitalisée en service de pédiatrie ou dans un hôpital plus spécialisé, souvent sur Paris). En parallèle, la personne continue ses rencontres régulières avec un médecin. Ces professionnels pensent impossible de pouvoir parler de guérison (qu'ils n'ont jamais pu constater) mais plutôt de mieux-être (trouver un équilibre pour vivre avec la maladie), et celui-ci est encore rare.

Ses soins sortent un peu du domaine médical, ce qui pourrait laisser penser que les personnes anorexiques acceptent plus facilement ses soins. Néanmoins, le simple fait de fréquenter cet établissement psychiatrique donne déjà une connotation médicale pour ces jeunes filles.

4.4 Conclusion :

Pour répondre aux besoins cernés ci-dessus, j'envisage la possibilité d'utiliser la danse. En effet, à travers ma propre expérience de la danse (fréquentation de cours de danse orientale et de danse moderne durant une année), j'ai moi même découvert mon corps autrement, perçu un certain nombre de sensations agréables (légèreté, énergie, les vêtements qui glissent sur la peau, tremblement et vibrations...) mais aussi désagréables (étirement douloureux, courbatures). Je suis parvenue à apprécier davantage mon corps, en trouvant des positions et des mouvements à travers lesquels je me trouvais jolie, mais aussi en voyant ce que mon corps était capable de produire. J'ai pris confiance en moi. De surcroit, c'est quelque chose qui sort complètement du domaine médical (ou psychologique) et qui peut-être perçu davantage comme un loisir pour la personne anorexique.

5. Impact de la danse sur l'image corporelle des personnes anorexiques ?

5.1 Définition et apports de la danse :

La danse est un sport, qui « consiste en la réalisation d'un ensemble de mouvements corporels volontaires et rythmés, le plus souvent exécutés au son d'une musique »19(*). La danse est aussi un art : l'art de s'exprimer à travers son corps.

La danse peut s'exercer de manière professionnelle (à haut niveau, suivant des codes et des règles) ou davantage comme un loisir (cours de danse au sein des espaces socio-culturels, par exemple). Présente dans toutes les sociétés, chacune ayant sa propre manière de danser, la danse est aussi un élément social et festif, qui unit et rassemble les gens. C'est pourquoi aussi, il existe différents types de danse, représentants d'une certaine époque et/ou d'une certaine culture : danse africaine, danse classique, danse orientale, danse country, flamenco, tango, salsa, valse, danse contemporaine, hip-hop, danses folkloriques,...

Depuis peu, la danse est aussi utilisée à des fins thérapeutiques, comme outil permettant d'aller à la connaissance de soi, comme moyen d'entrer en relation avec soi en se mettant notamment à l'écoute de son corps et de ses émotions, et d'accéder ainsi à une certaine forme de bien-être.

Principalement, les bienfaits que la danse est susceptible de procurer, d'un point de vue de l'image corporelle sont :

-offrir l'occasion de percevoir des sensations corporelles (étirements, muscles qui travaillent, chaleur, le vent sur la peau, le toucher de l'autre avec qui je danse, éventuellement des sensations de légèreté ...). De surcroît, le fait d'être attentive à ces sensations permet aussi une meilleure maîtrise du mouvement.

-avoir une meilleure représentation de l'espace et de son corps dans l'espace (pour exécuter une certaine chorégraphie, il faut parvenir à se représenter l'espace dans lequel on évolue et la place que l'on occupe dans cet espace, évaluer les distances, les distances que l'on parcourt à travers un de nos pas...)

-mieux accepter son corps en cherchant, face au miroir des mouvements et des postures à travers lesquels on se trouve jolie ou en tout cas en recherchant une certaine harmonie dans les mouvements que l'on effectue. En outre, le corps devient davantage un ami, permettant de créer et de réaliser des choses et l'on prend conscience également des capacités et des limites de son propre corps.

-apprendre à exprimer des choses à travers son corps, à se servir de son corps pour communiquer et faire passer un message.

-la danse se pratiquant rarement seul, elle peut aussi être un outil de socialisation, un moyen de travailler le contact avec autrui : que ce soit dans un club de danse de la ville au sein duquel on crée des affinités avec les autres participants ou dans l'acte de danser lui même, lorsqu'on crée une chorégraphie avec une autre personne, lorsqu'on entre en contact physique avec l'autre (lors des portés, lorsqu'on se tient la main, lorsqu'on joue avec le poids du corps de l'un et de l'autre...). Au sein d'un groupe de danseurs, une certaine cohésion se crée. La danse, d'un point de vue festif, est aussi un moyen de faire connaissance avec la personne, d'entrer en contact avec elle.

-la danse est souvent destinée à être montrée : ainsi, la personne, dans le regard admiratif des autres, éventuellement de ses proches qui sont venus la voir, elle peut acquérir une meilleur estime d'elle-même et se sentir valorisée.

5.2 Étude empirique :

Pour me renseigner davantage par rapport à la danse et ce qu'elle est susceptible de procurer chez les participantes, je me suis rendue au Conservatoire de musique et de danse de Verdun (FRANCE). Les personnes qui viennent y pratiquer la danse le font comme un loisir : il ne s'agit pas du tout de danse à haut niveau. L'idée m'est alors venue de les questionner sur ce que la danse leur apporte et au sujet de leur image corporelle. J'ai donc demandé aux 23 danseuses, âgées de 15 à 50 ans, de remplir un questionnaire de manière anonyme (car les questions me paraissaient tout de même assez intimes)20(*). J'ai ensuite donné le même questionnaire par rapport à l'image corporelle à des personnes qui ne pratique pas la danse, dans le but de rechercher si les personnes qui pratiquent la danse ont une meilleure image de soi que les personnes qui ne dansent pas. Les résultats ne peuvent pas être extrêmement fiables du fait du nombre assez restreint de personnes interrogées. En outre, d'autres facteurs tels que l'âge ou l'histoire de la personne, peuvent influencer la perception que les personnes ont de soi et de leur corps. Voici tout de même ce que révèlent les résultats, selon mon interprétation :

-en ce qui concerne la note que les personnes accorderaient à leur corps, je peux constater que les réponses des danseuses s'étendent de la note 2 à la note 6. Alors que les notes données par les non-danseuses descendent jusqu'à 1 et ne montent pas plus haut que 5. La population de danseuses semble être capable d'attribuer des notes plus clémentes à leur corps que celles des non-danseuses. De plus, 65% des danseuses accordent une note supérieure ou égale à 4/6 contre 57% des non-danseuses. Ce qui permet d'envisager une acceptation de son corps, légèrement plus élevée chez les personnes qui fréquentent un cours de danse de ceux qui n'en pratiquent pas.

-au niveau de l'aisance face aux regards des autres, je peux constater que seule la population de danseuses se permet de monter jusqu'à 6/6 pour évaluer leur perception du regard des autres, les non-danseuses n'ayant pas coché de solutions supérieures à 5. Ce qui me permet de penser qu'une part plus importante chez les danseuses est tout à fait à l'aise face aux regards des autres que chez les non-danseuses. Cependant, seule une personne a affirmé n'être pas du tout à l'aise face aux regards des autres chez les non-danseuses, contre 2 chez les danseuses. Ce qui, bien que les chiffres soit très peu denses, constitue le double de personnes chez les danseuses à y être tout à fait mal à l'aise.

-du point de vue de la confiance en soi, les chiffres ne sont pas significativement très différents d'une population à l'autre. Néanmoins, 5 personnes accordent une note supérieure ou égale à 5/6 chez les danseuses, soit près de 22% d'entre elles, contre 2 personnes chez les non-danseuses, soit 8% de ces dernières.

-pour ce qui est de l'acceptation de soi telles qu'elles sont, il semblerait qu'un peu plus de femmes qui pratiquent la danse s'acceptent bien telles qu'elles sont que les personnes qui ne participent pas à des cours de danse. En effet, 16 danseuses déclarent bien s'accepter voire très bien s'accepter telles qu'elles sont, contre 12 chez les non-danseuses. Cette constatation montre une part plus importante de femmes qui s'acceptent telles qu'elles sont chez les danseuses.

-enfin, il me semblent intéressant de noter qu'aucune personne parmi les non-danseuses n'a coché la réponse 6, autrement dit 6/6 au question sur l'image de soi, ce qui n'est pas le cas parmi les danseuses. Effectivement, une danseuse parvient à donner la note de 6/6 à son corps et 2 d'entre elles être tout à fait à l'aise face au regard des autres.

Ce questionnaire a donc une légère tendance à démontrer que les danseuses ont une meilleure image d'elles mêmes, ou plutôt que la part des personnes ayant une bonne image de leur corps et d'elles-mêmes est plus importante chez les femmes qui fréquentent un cours de danse. Néanmoins, je tiens à me montrer prudente dans l'utilisation de ces résultats, en vue du nombre restreint de personnes interrogées.

Ce qui se révèle particulièrement intéressant dans cette étude, c'est les propos des danseuses par rapport à ce que leur apporte la danse.21(*) En effet, elles rapportent des sentiments et des sensations très positives dans leur expérience de la danse. D'après ces témoignages, la danse apparaît comme une activité agréable, qui leur procure du bien-être et du plaisir. La danse est donc susceptible d'offrir des expériences corporelles agréables et des moments de plaisir aux jeunes filles anorexiques.

5.3 Claude LORIN : devenir danseuse pour guérir de l'anorexie :

Claude LORIN a exercé le métier de psychiatre pendant plusieurs dizaines d'années, durant lesquelles il a traité de nombreux cas d'anorexie. Pratiquant également la danse comme loisir, il a envisagé cette discipline comme un moyen de guérison pour les personnes atteintes d'anorexie mentale. Pour lui, la danse induit un « processus de renarcisisation »22(*) :

-D'une part, la danse redonne un élan de vie à ces jeunes filles qui tanguent plutôt du côté de la mort. Le rythme, la musique et les mouvements apportent du plaisir à la personne qui danse, des sensations et des perceptions agréables et entraînantes.

-La danse conduit aussi à se regarder dans le miroir, à chercher des gestes harmonieux, esthétiques. C.L considère cette action comme un retour au stade du miroir de Lacan : la personne s'observe et se redécouvre face au miroir. Lorsque la danseuse cherche à travers le miroir les positions et les gestes qui mettent en valeur son corps, la personne retrouve de l'amour pour soi (en effectuant des mouvements jolis). La danse suppose aussi qu'on expose et qu'on présente son corps à des spectateurs : le regard admiratif des spectateurs (éventuellement des proches et de la famille) et les encouragements du professeur peuvent également augmenter l'estime de soi et l'amour que l'on a pour soi.

- « Je danse donc j'existe »23(*) : La danse est également une manière de raconter une histoire, d'exprimer des sentiments et des émotions avec son corps. Ceci nécessite donc que la personne habite son corps et exprime des choses à travers lui, chose que la personne anorexique ne fait pas.

Ainsi, à chacune de ses patientes, C.L. demandait qu'elle suivent un cours de danse, voire qu'elle rentre dans une école de danse. Il s'agit d'une pratique de la danse à haut niveau. Celui-ci ne participait pas à ces cours, n'y assistait pas, mais en reparlait avec la personne lors des entretiens psychologiques. A travers cela, il cherche à faire des troubles des anorexiques, des atouts. Il cherche à mettre la personne anorexique dans un contexte où ses difficultés seront des avantages. En effet, la danse nécessite une certaine rigueur alimentaire : la personne ne doit pas grossir mais ne doit pas non plus maigrir et manger suffisamment pour être capable d'effectuer les figures demandées. La personne anorexique peut parler d'alimentation et de comptage de calories sans tabou et sans être stigmatisée puisque c'est un sujet qui pend aux lèvres des danseuses. Ainsi, la personne sera motivée à manger par l'envie de réussir ses figures (besoin de l'énergie suffisante) et sera en quelque sorte rassurée de devoir se situer dans une tranche de poids raisonnable. De plus, la personne anorexique présente une hyperactivité constante qu'elle pourra alors mettre au service de la danse, cette dernière nécessitant une démonstration d'énergie assez importante.

Enfin, pour réussir dans cette discipline, la personne devra se mettre à l'écoute de son corps et de ses perceptions, l'imaginer dans l'espace ce qui la conduira peut-être à une image corporelle plus proche de la réalité

Pour la majorité des jeunes filles anorexiques soignées par C.L., la pratique de la danse a été très bénéfique, dans le sens où la plupart sont parvenues à accepter davantage leur corps, ont repris du poids et ont quitté le chemin vers la mort pour s'élancer à nouveau dans la vie et retrouver l'envie de vivre. Néanmoins, de mon point de vue personnel, il me semble que ces jeunes filles ont plutôt trouver une manière de vivre avec la maladie qu'une véritable guérison. Elles conservent leurs mécanismes et leur schéma de penser d'anorexique : comptage des calories, surveillance pointilleuse du poids, peur de grossir, maîtrise et contrôle de son corps. Elles ont simplement fait de ces comportements pathologiques, des atouts aux profits d'une discipline de rigueur.

5.4 La danse-thérapie :

5.4.1 Définition :

La danse-thérapie s'appuie sur des théories bien spécifiques, nécessitant une formation pour pouvoir l'exercer.

Benoit Lesage24(*) définit la danse-thérapie comme « un questionnement de notre investissement corporel, de nos représentations et modes de présence, de l'acceptation ou non de notre chair, de notre rencontre entre le dialogue corporel et les limites que nous posons »25(*). La danse thérapie propose de mieux se connaître, de connaître son corps en analysant nos mouvements, notre manière de se mouvoir et les émotions que l'on ressent dans le mouvement, seul ou avec l'autre. En effet, notre manière de se tenir, de se déplacer, notre posture révèlent des choses sur notre personnalité et notre identité. Aussi, la danse thérapie se différencie -t-elle de l'expression corporelle : cette dernière consiste à exprimer une émotion, à communiquer en utilisant son corps alors que la danse-thérapie consiste à se mettre en mouvements, de manière improvisée sans réfléchir à faire tel ou tel mouvement, en se laissant aller et à analyser ensuite les émotions que l'on a ressenti et les postures que l'on a prises. Ainsi, des grilles d'observation du mouvement sont élaborées ou tel mouvement, telle partie du corps signifie telle personnalité et apporte telle émotion.

« Chaque posture, chaque geste est façon d'être, de recevoir, de se présenter. Le corps, dont la création est aussi celle du sujet, n'est pas un instrument de l'être, l'objet qu'il manierait mais son écrin, sa présentation. [...](L'expressivité du corps) nous ouvre également la possibilité d'un décryptage, qui sera pour la danse thérapie une lecture psychodynamique du corps en mouvement. Dans ses façons de se tenir, de se mouvoir, quelque chose se dit du sujet, qui peut être déchiffré. »26(*)

Les séances de danse-thérapie sont donc toujours constituées d'un temps de mise en mouvement et d'un temps de parole et d'analyse du mouvement et des émotions.

Personnellement, en tant qu'éducateur spécialisé, je trouve ces théories un peu complexes et je ne comprends pas vraiment comment passer du geste à la parole. Cependant, les expériences de danse-thérapie auprès de jeunes filles anorexiques apportent des informations intéressantes.

5.4.2 L'expérience de Claire BERTIN :

Informations tirées du fascicule intitulé Danse-Thérapie et Troubles des conduites alimentaires, « J'ai mal au corps », dans lequel Claire Bertin relate et analyse son projet.

Claire Bertin est psychomotricienne et danse-thérapeute. Elle a mis en place, en collaboration avec une collègue psymotricienne et psychodramatiste, un projet de danse-thérapie au sein d'un Centre Médico-Pyschologique (CMP), destiné à des adolescentes anorexiques. Cette structure propose des soins ambulatoires (psychothérapie individuelle, entretiens familiaux et consultation médicale afin de vérifier les fonctions vitales), derniers recours avant une éventuelle hospitalisation de ces jeunes filles.

Ce projet a été présenté aux jeunes filles et leurs parents:

« Ce groupe n'est pas un lieu de performance ni de compétition mais une proposition d'espace où chacune peut-être à l'écoute de son corps et de ses sensations : prise de conscience des zones de tension/détente, du tonus à travers le mouvement, les postures...Par l'intermédiaire de différentes médiations inspirées de la relaxation, de la danse, du jeu, soutenues par toutes les musiques (instruments et musiques du monde) et par des supports et matériaux informels (tissus, bambous...), nous explorerons les rythmes du corps, les perceptions, les sensations, les images du corps... »(p.3)

Ainsi, à travers cet atelier thérapeutique, les psychomotriciennes cherchent à offrir des expériences corporelles, sensorielles et relationnelles à ces jeunes filles, en espérant améliorer l'expressivité de leur corps, la connaissance de leur corps (limite, capacités, besoins,..) et leurs relations sociales. Cet espace sera donc un espace d'écoute de son corps et d'analyse de ses émotions et ressentis.

Contrairement aux autres soins et thérapies élaborées pour les personnes anorexiques au sein du CMP, la participation à cet atelier n'est pas une obligation. Cependant, les jeunes filles qui décident d'y adhérer doivent y participer pendant toute la durée du projet (un an à raison d'une séance par semaine). Quatre adolescentes prendront part à ce projet. Les professionnels s'engagent aussi dans les exercices aux côtés de leurs patientes pour signifier une collaboration, d'égal à égal (« entre soignants qui accompagnent et ne savent pas [...]et des adolescentes qui ne comprennent pas pourquoi elles sont malades, ni comment sortir de l'impasse »). Elles tentent d'instaurer un dialogue corporel entre les thérapeutes et les patientes.

Au fil des séances, les psychomotriciennes ont visées :

-dans les premières séances : une prise de conscience de l'espace dans lequel se déroule l'atelier et la connaissance du groupe à travers des jeux de rythme et de présentation de soi.

-des explorations proprioceptives, sensorielles et relationnelles, exprimées et analysées verbalement en fin de séance

-un travail de prise de conscience « des systèmes du corps, os, muscles, peau »(p.15), parce que selon les psychomotriciennes, c'est une expérience sensorielle facilement accessible, qui symbolise la représentation du dedans (os), au milieu (muscles), dehors (peau) du corps, limites difficiles à cerner pour ces adolescentes. Les os, symbole de protection mais aussi d'unité du corps, ont été explorés par des vibrations et percussion osseuses (le squelette, selon Claire Bertin, est source de résonance corporelle mais aussi émotionnelle). Les muscles ont été ressentis par le mouvement, le tonus et à travers des pressions manuelles (occasion aussi d'initier au toucher). Enfin, la peau, qui marque la limite du corps, a été ressentie à travers des enroulements dans différents tissus, des frottements avec des balles, des coussins... La délimitation dedans-dehors apporte la distinction Moi-autrui, indispensable à la construction du Moi corporelle et d'une identité, défaillants chez la personne anorexique.

-un travail du poids du corps pour induire des questionnements : Comment je me soutiens ? Comment je porte mon corps ? Celui de l'autre ? Comment je pèse ? Sur quoi je m'appuie ? ... C'est aussi l'occasion de travailler la confiance en l'autre (qui me porte, me soutient).

-la construction de la kinésphère, presque absente chez la personne anorexique. Il s'agit de l'espace qui part du centre de l'intérieur du corps (entre le nombril et la colonne vertébrale) et qui va jusqu'à l'espace que l'on peut dessiner en mobilisant les extrémités de son corps. Cet exercice consistait donc d'abord à prendre conscience de cet espace, constituer son identité (manière de le délimiter, de le représenter, de se mouvoir dans cet espace...) pour pouvoir acquérir un sentiment de sécurité dans l'approche d'autrui dans cette zone. Cela a donc été aussi l'occasion de travailler le toucher, la relation à autrui, mais aussi le regard (comme moyen de communication et d'invitation plutôt que comme un élément persécuteur, de jugement et d'observation).

-la dynamique de groupe : prendre conscience des guides, des guidés, s'affirmer, se confronter, porter sa voix, se présenter corporellement...

-un exercice sur la représentation du corps des femmes dans différentes cultures a aussi été mis en place. C'est intéressant car chaque culture détient son propre idéal du corps féminin (avec des hanches rondes par exemple, dans les pays orientaux), différents de notre société occidentale. IL s'agissait de prendre la posture et/ou de danser la femme africaine qui porte l'eau ou au pilage du grain, la femme asiatique avec des gestes délicats qui se coiffe,...

-des mises en scène plus théâtrales ont été proposées faisant appellent à des émotions fortes : un homme qui mendie de la nourriture, une maison prend feu par ma faute et c'est celle de mes parents, j'observe un objet qui me fait très peur...

-pour clôturer ce projet, les jeunes filles ont construit un court élément chorégraphique sur l'histoire du groupe.

Les difficultés rencontrées :

-durant les premières séances, les deux thérapeutes ont eu l'impression d'une ambiance étrange et se sont senties peu à l'aise. Elles sont face à quatre adolescentes silencieuses, figées, qui ont un regard « vide » qui fixe le sol ou le mur. Lorsque Claire Bertin et sa collègue leur demandent de se mettre en mouvement, l'une est scotchée au mur et ne s'en éloigne pas alors qu'une autre ne cesse de tourbillonner sur elle-même, empêchant ainsi tout contact avec une autre danseuse. Ces professionnels évoquent la « sensation d'un groupe fantôme, qui semble être là sans y être » (p.8). En outre, face à des corps extrêmement minces, elles semblaient avoir perdu leurs repères spatiaux : la salle leur paraissait alors immense et leur propre corps semblait trop volumineux et prendre trop de place par rapport au corps de leurs patientes. Les voici elles aussi troublées au niveau de leur représentation corporelle.

-les jeunes filles éprouvent beaucoup de mal à occuper tout l'espace (font de petits gestes rapides, restent au même endroit de la salle...), à accepter le toucher, le contact à l'autre (elles gardent les mains dans leurs poches ou accrochées à leurs vêtements et les thérapeutes interprètent cela comme un refus d'entrer en relation). Le regard de l'autre et même regarder l'autre est une chose quasi impossible à supporter au cours des premières séances. Le regard des psychomotriciennes sur elles était particulièrement dérangeant.

-une jeune fille, après plusieurs mois, a exprimé son désir de quitter le groupe, expliquant qu'elle prépare ses examens de première au lycée et qu'elle ressent le besoin de passer plus de temps libre avec d'autres adolescentes de sa classe. Pour les deux psychomotriciennes, c'est un progrès et un pas vers la guérison qu'elle ait pu oser exprimer ce désir et qu'elle reprenne ainsi progressivement une vie relationnelle. Néanmoins, cela crée un grand mal-être chez les autres jeunes filles du groupe, qui ne comprennent pas le besoin de l'adolescente et vivent ce départ de manière fataliste (elles ne veulent pas qu'elle parte mais ne peuvent rien pour l'en empêcher). Pour pallier à ce malaise, qui anesthésie le groupe, un travail sur la manière de penser la séparation a été engagé, à travers des exercices tels que : écrire ou dessiner son vécu de la séparation, signifier corporellement l'au revoir...

Les évolutions constatées tout au long de ce projet :

-au sein de cet atelier, il a semblé émerger une certaine cohésion de groupe et un sentiment d'appartenance au groupe (et c'est l'une des choses les plus intéressantes qui ce sont produites grâce à ce projet de danse-thérapie) : les professionnels mettent en avant la régularité et la continuité avec lesquelles les jeunes filles ont participé à l'atelier et le fait qu'elles se soient montrées de plus en plus investies dans les exercices proposés. En outre, une jeune adolescente est venue rejoindre le groupe, plusieurs mois après sa mise en route. Celle-ci exprimait l'issue fatale de la maladie, évoquant le fait de se laisser mourir, envahit par une pulsion de mort et semblant baisser les bras. Les autres jeunes filles ont alors fait bloc contre elle et ne l'ont pas du tout intégrée dans le groupe. Cette adolescente n'a participé qu'à quatre séances, disant qu'elle ne pouvait plus venir. Les autres filles ont exprimé un soulagement, ne supportant pas l'angoisse de mort qu'elle véhiculait et se sont élancées dans les exercices de plus belle : « Tout se passe comme si le groupe évacuait une partie de lui-même, la plus malade. [...]. Pat cette mise à distance, le risque mortel que représente la maladie laisse place à une dynamique de survie »(p.12).

-au fur et à mesure des séances, le temps de paroles s'est allongé et les jeunes filles se sont de plus en plus exprimées par rapports à leurs ressentis à travers la séance et faisant le lien avec leur vécu de la maladie. Les paroles recueillies au cours des séances27(*) montrent que la danse leur apporte des sensations, que les adolescentes parviennent à repérer et à exprimer. On voit aussi qu'elles parviennent à prendre conscience du corps comme moyen d'expression aussi.

-l'expérience d'une d'entre elles, Vanessa, est retracée pour montrer l'évolution du début à la fin du projet. De part sa présentation physique, elle évoque déjà une pulsion de mort et d'autodestruction : visage pâle, les yeux cernés de noirs, des vêtements/bijoux/tatouages avec des symboles de mort, des vêtements larges et très couvrants. Elle a eu beaucoup de mal à se mettre en mouvement : les sensations qu'elle ressentait étaient désagréables et elle préférait s'immobiliser. Les thérapeutes décrivent un corps sans vitalité et un regard inexpressif. Elle fuit le regard des autres et craint d'être observée. Elle a du mal à se laisser toucher. Sur le temps de paroles, elle se tait et répond parfois d'un hochement de tête. A quelques moments, elle déverse un tas de paroles à ne plus s'arrêter de parler. Claire Bertin fait le lien avec l'anorexie, où la personne ne mange rien puis avale des quantités énormes de nourriture pour finalement se faire vomir. Finalement, elle est parvenue progressivement à se mettre en mouvement, se rapproche des autres. A la fin, elle soutient le regard et sollicite même le contact (elle y prend donc plaisir). Elle se présente avec une nouvelle coupe de cheveux et des vêtements plus près du corps, qui laissent entrevoir un peu ses bras et son ventre. Claire Bertin a alors l'impression qu'elle a pris de la « densité, du volume », dans le sens où elle est plus présente, plus « charismatique », plus sûre d'elle.

En conclusion, dans cette expérience, il me paraît intéressant d'avoir une idée de comment les psychomotriciennes ont construit leur projet (quels objectifs visés et à travers quels exercices), de prendre connaissance des difficultés qu'elles ont rencontrées (et que je suis susceptible de rencontrer aussi au cours d'un tel projet) et de la progression qu'elles ont pu observer chez les jeunes filles pour vérifier l'impact de la danse-thérapie sur l'image que les bénéficiaires ont d'elles-mêmes. On peut noter quelques améliorations, ce qui vient un peu conforter mon hypothèse.

Néanmoins, la danse-thérapie utilise des notions qui me semblent un peu trop compliquées et des interprétations des comportements qui me paraissent un peu trop subjectives.

5.5 L'anorexie chez les danseuses :

Il peut sembler un peu paradoxal de proposer un atelier de danse dans le cadre du traitement de l'anorexie mentale, lorsqu'on sait que les danseuses, et les mannequins, représentent une population particulièrement touchée par la maladie. La plupart des études (telles que les recense le site internet www.medecine-des-arts.com) ont tendance à montrer que les danseuses (professionnelles et de hauts niveaux) sont plus sujettes à développer une forme de troubles du comportement alimentaire. Par exemple, une étude démontre que des étudiants en école de danse ont trois fois plus de risque de développer une anorexie que les étudiants qui suivent un cursus scolaire plus ordinaire.

Effectivement, pour pouvoir être admis dans une grande école de danse, il faut déjà correspondre à certains critères physiques et notamment de poids. Il suffit d'aller sur le site internet du célèbre Opéra de Paris pour y consulter les critères de poids et taille à remplir pour pouvoir prétendre à l'admission. Pour les filles par exemple :

« -8ans : min. 1,32m et 22kg / max. 1,35m et 25kg

-9ans : min. 1,35m et 25kg / max. 1,38m et 27kg

-10ans : min. 1,38m et 27kg / max. 1,42m et 29kg

-11ans : min. 1,42m et 29kg / max. 1,50 et 34kg »

Même si ces critères préconisent un poids minimum et maintiennent l'enfant dans une zone de corpulence normale, ils obligent à maîtriser son poids : pour un certain âge, l'enfant n'a qu'une marge de deux ou trois kilos entre laquelle son poids peut osciller, ce qui me semble très peu. Les exigences de ces écoles de danse poussent souvent les danseuses à des restrictions alimentaires strictes, pouvant facilement tomber dans l'anorexie. En outre, les danseurs maltraitent leur corps à travers des exercices douloureux et épuisant. Les professeurs les incitent à ne plus écouter cette douleur jusqu'à ne plus la sentir. Leur rapport au corps ressemble alors à celui des personnes anorexiques.

Autre exemple : les danseuses du célèbre Moulin Rouge s'engagent à ne pas perdre ou prendre plus de deux kilos durant toute la durée de leur contrat.

Néanmoins, ces normes de poids ne sont présentes que dans les grandes écoles de danse et dans le milieu professionnel de la danse. Si l'on pratique la danse comme loisir, en fréquentant un cours de danse dans la semaine, aucun critère ni exigence en matière de corpulence n'est exigé. En outre, ces critères en matière de poids sont particulièrement présent en danse classique. En opposition, la danse orientale met plutôt en avant les formes généreuses et les hanches rondes. En outre, une étude tirée du site internet www.irida.fr a interrogé des danseuses orientales et des danseuses classiques, en leur demandant des dessiner leur corps, avec les dimensions qui leur paraissaient les plus proches de la réalité. Cet exercice a mis en évidence que les danseuses orientales ont une représentation de leur corps (au niveau des dimensions et de la forme du corps) plus proche de la réalité que les danseuses classiques. En outre, les femmes pratiquant la danse orientale dessinent des formes corporelles plus féminines (taille assez fine, hanches larges/rondes, poitrine plus au moins développée) que les danseuse classiques qui dessine un corps plus masculin (un buste en forme de V, sans hanches, sans poitrine). C'est aussi représentatif des corps typiques mis en valeur par chacune des danses.

5.6 Une forme physique suffisante ? :

La danse constitue une activité physique et induit une dépense énergétique plus ou moins importante. Il est donc nécessaire que la personne qui pratique cette activité soit en assez bonne forme physique.

Or, les jeunes filles anorexiques se nourrissent peu, en petite quantité et avec des aliments faibles en calories (plus du tout de viande, féculents, produits sucrés, graisses...mais plutôt des légumes crus sans sauces, des pommes, des tomates, des boissons sans calories, des yaourts natures 0%...). Certaines traversent des épisodes où elles mangent en quantité énorme des aliments très nourrissants mais les régurgitent après. Ce qui est même pire que de ne pas manger car cela abime, entre autre, l'oesophage. D'autres, à un stade un peu plus avancé de la maladie ne se nourrissent même presque plus du tout. Alors leur proposer une activité physique peut être un peu dangereux si elles n'ont pas les ressources en énergie suffisante. Le plus envisageable en premier lieu, c'est le malaise hypoglycémique. Quelques unes d'entre elles, non seulement ne se nourrissent plus, mais restreignent aussi leur consommation en boisson. La danse pourrait aussi favoriser la déshydratation. De plus, elles cherchent déjà par elles-mêmes à dépenser un maximum de calories et une telle activité viendrait rajouter une dépense supplémentaire. De plus, elles pourraient en avoir une toute autre approche de celle prévue : considérer cette activité comme un moyen de dépenser des calories.

De surcroît, quelques unes des personnes atteintes d'anorexie ne sont pas en bonne santé, notamment celles pour qui la maladie est présente depuis de nombreuses années : problèmes cardiaques, problèmes pulmonaires, difficultés respiratoires, pouls ralenti, rythme cardiaque ralenti, carences importantes (notamment en fer),...Leur os sont parfois aussi fragiles et pourraient être cassés en cas de chute.

L'Indice de Masse Corporelle des personnes anorexiques est souvent très bas, se situant à la limite (voire en dessous) du seuil viable (seuil, en dessous duquel il est estimé qu'on ne peut pas vivre). L'apport calorique ne suffit parfois même plus à fournir de l'énergie suffisante pour faire battre leur coeur, d'où des cas d'arrêts cardiaques parmi ces personnes.

Dans un état de santé aussi préoccupant, il est un peu délicat de proposer de danser à des jeunes filles anorexiques. Néanmoins toutes ne sont pas à un stade aussi agravé de la maladie. Il me semble donc qu'il faut être prudent et prendre en compte l'avis de médecin qui suit la bénéficiaire avant de débuter une telle activité.

5.7 Conclusion :

Ainsi, en prenant connaissance des expériences de danse réalisées auprès de personnes anorexiques et en tenant compte du nombre relativement important de danseuses touchées par l'anorexie, je maintiens et conforte mon idée de la danse comme moyen d'acquérir une image corporelle plus proche de la réalité, mais avec une certaine prudence. Je pense qu'il serait pertinent et bénéfique de proposer un atelier de danse dans le cadre du traitement de l'anorexie, tout en prenant soin de vérifier que ces personnes ne sont pas tombées dans l'anorexie « à cause » de la danse.

De plus, proposer la fréquentation de cours de danse à haut niveau tel que Claude Lorin l'a expérimenté ne me semble pas exactement approprié : cela maintien la personne dans des comportements et des préoccupations corporelles d'anorexiques. Et je n'adhère pas totalement « aux croyances » et aux critères un peu subjectifs de la danse-thérapie. Je proposerais donc une manière de danser, à mi-chemin entre ces deux pratiques :

-de la danse pratiquée comme un loisir (pas à haut niveau pour que cela reste un plaisir, mais pas non plus sous forme de thérapie)

-dans le soucis d'offrir un espace de perceptions sensorielles corporelles

-avec un temps de parole et d'expression des ressentis pour inciter la personne à se mettre à l'écoute de ses sensations corporelles

6. Mon projet :

En m'inspirant des expériences déjà mises en place par d'autres professionnels, et en tenant compte des informations énoncées précédemment par rapport à l'anorexie mentale, voici comment, en tant qu'éducatrice spécialisée, je mènerais ce projet de danse auprès d'adolescentes anorexiques :

6.1 Les bénéficiaires du projet :

Ce projet pourrait être mis en place dans le cadre d'une hospitalisation, afin de faire un travail sur la perception du corps, parallèlement à la prise de poids imposée. Ou bien dans le cadre d'un Centre Médico-Pédagogique (CMP) ou dans une Unité de Soins pour Adolescents, accueillant alors les jeunes filles de manière ponctuelle, sur rendez-vous, pour tenter de diminuer l'angoisse de grossir et peut-être les inciter à se nourrir à nouveau.

Ce projet serait destinée à des jeunes filles qui sortent déjà un peu du déni et qui ne sont pas dans la phase aigüe de la maladie, à des jeunes filles qui se tournent déjà vers une perspective de guérison. Sinon, la danse serait un exercice un peu trop difficile pour elles. Ce serait aussi destinée à des jeunes filles pour qui la danse n'est pas la cause de leur anorexie et qui ont une forme physique suffisante.

Le groupe se constituerait de trois adolescentes anorexiques et de deux ou trois adolescentes qui ont des difficultés différentes, mais pour qui un travail corporel pourrait-être bénéfique (un grand nombre d'adolescentes sont complexées). Le choix d'un groupe hétérogène prend en compte les conseils de l'Unité de Soins pour Adolescents de Charleville-Mézières : face à un groupe formé uniquement d'adolescentes anorexiques, elles risquent d'unir leur force pour résister aux exercices proposés. Un groupe hétérogène a des chances d'être un peu plus dynamique, plus vivant.

6.2 Les objectifs poursuivis :

-se mettre à l'écoute de son corps

La personne sera capable de citer au moins une sensation perçue au cours de la séance

- accepter un peu plus son corps

La personne sera capable de se mettre en mouvement au sein de ce groupe

La personne sera capable de parvenir à donner au moins une propriété positive par rapport à son corps, en cerner une capacité ou donner au moins une sensation agréable

-apprendre à s'exprimer corporellement

La personne sera capable de montrer davantage sa présence à travers sa manière de se tenir et de se mouvoir (avoir une attitude plus présente)

La personne sera capable de proposer un mouvement ou une posture pour signifier un mot ou émotion

-développer ses capacités relationnelles

La personne sera capable d'exprimer du plaisir à danser avec l'autre / avec les autres et de créer avec l'autre

La personne sera capable d'entrer en relation avec l'autre par le toucher (se tenir la main, contact dans les portés et dans certaines figures)

La personne sera capable de s'intégrer au sein du groupe (discuter avec les autres, montrer du plaisir à retrouver les autres à chaque séance)

6.3 Stratégie utilisée et planification de mon action :

Les séances se dérouleraient une fois par semaine, à raison d'environ 1h15-1h30. La participation à cet atelier ne serait pas imposée mais les participants qui décident de s'y engager le font pour toute la durée du projet. Il me semble que la durée optimale de ce projet serait d'au moins 6 mois pour pouvoir noter une évolution (notons que le temps d'adaptation de ces personnes est assez long).

Ce projet nécessite un local relativement grand et dont l'espace est dégagé. Il serait intéressant de pouvoir avoir à notre disposition un gymnase ou un local à l'extérieur de la structure médicale, ce qui ne donnerait pas l'impression d'une prise en charge thérapeutique ou médicale, mais plus d'un loisir. En outre, il n'y aura aucun miroir dans cette salle, pour vraiment se baser sur les ressentis et la perception de son corps, autre que visuelle.

Si les moyens financiers le permettent, je ferais intervenir un professionnel de la danse, avec qui je pourrais collaborer.

La danse contemporaine serait le style de danse le plus adapté à ce que je vise. D'une part, c'est une danse accessible à tous : elle ne nécessite pas une grande souplesse ni des techniques pointues. Elle regroupe différents styles de danse, on a donc une certaine liberté dans la manière de danser. C'est une danse particulièrement « expressive », qui invite à mettre son corps en mouvement à partir d'un thème ou pour exprimer un certain sentiment et/ou raconter une histoire.

Le cours se déroulerait en deux grands moments : un moment de mise en mouvement et un temps de parole (pour inciter les adolescentes à se centrer sur leur corps et à être attentive à leurs ressentis). Le temps de mise en mouvement serait animé par le professionnel de la danse et j'animerais le temps de parole. Sur ce temps de parole, nos partagerions ensemble : comment je me suis sentie pendant cette séance ? Qu'est-ce que j'ai ressentie ? Quelle perception corporelle j'ai pu sentir et où ?

Je prendrais part aux exercices de danse avec les bénéficiaires. De cette façon, je pourrais me positionner comme une partenaire dans un travail de collaboration. Les jeunes filles ne seront pas non plus gênées par un regard observateur dans un coin de la salle. Et cela me permettra aussi de moi-même me rendre compte de la possibilité de ressentis qu'offrent les exercices proposés.

Nous commencerions cet atelier de danse par proposer des mouvements chorégraphiques à reproduire et une chorégraphie avec des gestes à réaliser de manière individuelle (néanmoins, il faut quand même prendre en compte l'autre dans le soucis d'une certaine synchronisation). On exploiterait ensuite différentes énergies dans la chorégraphie (mouvements lents, mouvements rapides). Puis, petit à petit on introduirait des mouvements à réaliser à deux (mouvements en miroir par exemple). On introduirait ensuite, très progressivement, le toucher/le contact avec l'autre (dans des figures ou des danses qui nécessitent de se donner la main, par exemple) et des poids du corps avec l'autre. Puis, en introduisant quelques portés, on travaillera encore le contact/le toucher avec l'autre mais aussi la confiance en soi et en l'autre et peut-être l'estime de soi (en s'étonnant d'avoir pu réaliser une figure qu'elles pensaient ne pas être capables de réussir à première vue). A un moment assez avancé du projet, nous inviterions les personnes à construire eux-mêmes des mouvements ou des positions sur un thème donné, en réfléchissant par groupe de deux ou trois. Cet exercice permettrait d'apprendre à exprimer des choses avec son corps. Proposer un mouvement induit aussi qu'on nous regarde et donc à supporter le regard d'autrui.

Les personnes pourraient accepter plus facilement une telle proposition d'aide et d'accompagnement car elle s'éloigne un peu du domaine médical. En outre, il est possible qu'elles se montrent motivées à participer à cet atelier parce que la danse répond, en quelque sorte, à leur désir de maîtrise du corps et aussi de sport pour dépenser des calories. En outre, c'est un moment durant lequel je ne les considérerais pas comme des personnes malades.

Par contre, elles pourraient trop s'investir dans une démarche de performance physique, avec la volonté de dépenser des calories alors que ce n'est pas ce que je recherche. Il serait aussi probable que certains exercices leur demande un investissement corporel au-delà de leur capacité et qu'elles soient en situation de « blocage » et d'impossibilité à réaliser ce qu'on demande.

6.4 Évaluation du projet :

Pour évaluer si les objectifs fixés sont atteints à travers cet atelier de danse, voici l'observation que je prévois.

D'une part, au cours de la séance, je peux observer l'attitude des participantes :

Critères observés

La personne...

Oui

Partiellement

Non

Justifications et Remarques

Ose se mettre en mouvement aisément (avec peu d'hésitation)

 
 
 
 

N'hésite pas à faire des mouvements amples, en utilisant tout l'espace

 
 
 
 

Parvient à proposer un mouvement / une posture

 
 
 
 

Accepte le contact à l'autre / la relation dansée

 
 
 
 

S'intègre au sein du groupe (parle aux autres, n'est pas à l'écart)

 
 
 
 

Puis, sur le temps de paroles, je peux observer si la personne est capable de citer un ou des ressentis (sensations) et si ces sensations sont agréables ou non. Mes objectifs seront acquis si la personne parvient à citer de plus en plus de sensations et davantage de sensations agréables. Dans la manière dont elle s'est sentie dans l'activité, me permettra aussi de noter si elle parvient à être de plus en plus à l'aise.

Il serait aussi intéressant de demander aux personnes de mettre à l'écrit leurs sensations perçues et leur vécu de la séance pour garder une trace écrite. De cette manière, il est possible qu'elles hésitent moins à exprimer leur point de vue et sont moins influencées par ce qu'on dit les autres. En outre, cela me permet d'avoir une trace écrite. Je pourrais aussi leur donner un questionnaire, similaire à celui dont je me suis servie pour mon étude empirique, pour évaluer si s'est produit un changement chez les bénéficiaires dans l'image qu'elles ont de soi. Pour cela, je leur demanderais de remplir ce questionnaire au début de mon intervention (peut-être pas lors de la première séance mais dès que je sentirai une certaine confiance s'instaurer) et lors de ma dernière séance.

Je peux observer aussi la présentation physique des personnes anorexiques. En effet, les infirmières et éducatrices de l'Unité de Soins pour Adolescents de Charleville-Mézières affirment : « Les jeunes filles anorexiques s'habillent avec des vêtements larges et très couvrants, avec plusieurs épaisseurs de vêtements. Alors quand elles se présentent avec des vêtements qui dénudent un petit peu les bras, à ce moment là, on se dit : ça y est, c'est gagné. »

6.5 La mise en place de ce projet :

La mise en place de ce projet n'a malheureusement pas été possible.

Les structures qui accueillent des adolescentes anorexiques sont peu nombreuses. En tout cas les structures spécialisées, parce que les jeunes filles anorexiques sont souvent des cas isolés en province et sont orientées soit vers un service de gastro-entérologie ou de réanimation ou encore de diététique, soit vers une structure plus spécialisée (à Paris ou Bordeaux pour la France ou Bruxelles pour la Belgique). Ces grands centres, peu nombreux, reçoivent des demandes assez importantes de stage si bien qu'il faut s'y prendre plus d'une année à l'avance pour obtenir un stage (chose que je n'avais pas prévu).

J'ai envoyé des demandes de stage dans la région à des structures psychiatriques (pas vraiment spécialisée mais qui sont susceptibles de prendre en charge des personnes anorexiques) mais qui ont été refusées parce qu'elles avaient déjà des demandes de stage en grand nombre et/ou parce qu'elles refusaient des stages d'éducateur spécialisé : « Travailler dans un service de psychiatrique et surtout auprès des anorexiques, demande des connaissances médicales et des soins médicaux dont l'éducateur n'a pas les compétences (prise de médicaments, poses de sondes gastriques, prise de sang, diagnostic vital...) » ou encore « L'anorexie est une maladie complexe, je ne vois pas ce que vous, en tant qu'éducateur spécialisé, vous pourriez faire ».

J'ai tout de même obtenu un stage en psychiatrie adulte (traitant essentiellement des pathologies de type psychotique et aucun trouble alimentaire) à l'hôpital Desandrouins de Verdun, durant lequel j'ai suivi l'unique éducatrice de cet hôpital. Elle avait la responsabilité d'une prise en charge à domicile pour les malades chroniques, dès leur sortie de l'hôpital. Sa mission consistait à aider le bénéficiaire dans les démarches administratives, pour trouver un logement et l'entretenir, accompagner dans la gestion du budget et favoriser sa socialisation.... Le secteur d'intervention regroupait un grande partie du département Meusien (ce qui montre la minorité de la représentation de ce métier dans le domaine de la psychiatrie). En outre, à l'hôpital, le travail de l'éducatrice était minimisé et pas vraiment pris en compte : pour les infirmières nous nous promenons toute la journée avec les malades ; dans les réunions, les médecins ne prenaient pas en compte les observations de l'éducatrice et préféraient être informés de la prise de traitement des bénéficiaires ; l'éducatrice faisait un compte rendu de chaque visite chez le patient mais qui n'était lu et consulté que part elle-même, conservé dans son bureau et n'avait pas sa place dans le dossier du patient. Je pourrais encore cité bien d'autres moments vécus durant ce stage qui montrent que le domaine de la psychiatrie (dont fait partie l'anorexie mentale) exclu le travail de l'éducateur spécialisé au profit d'une prise en charge purement médicale. Ce qui m'a permis ensuite de mieux comprendre les refus de stage de la part de ces structures, me répondant que l'éducateur n'avait pas sa place dans leur service.

Les professionnels de la santé mentale peinent à comprendre l'anorexie et surtout à trouver un accompagnement adéquat et efficace. Pourtant, ils semblent un petit peu tourner le dos à des propositions de collaboration, autres que purement médicales.

Conclusion :

Dans ce travail, j'ai tenté de montrer que la danse peut être un moyen de permettre aux adolescentes anorexiques d'acquérir une image corporelle plus proche de la réalité. En effet, celles-ci détestent leur corps, ne le respectent pas, se sont « coupées » des sensations corporelles, n'ont plus d'expression corporelle, ont une estime de soi très faible, des relations sociales limitées et la relation tactile à l'autre est particulièrement difficile. La danse constitue un milieu qui offre l'occasion de percevoir des sensations corporelles, souvent agréables (chaleur, légèreté, aisance corporelle...), d'acquérir une meilleure estime de soi et une certaine confiance en soi (dans le regard admiratif des autres, dans ce qu'on parvient à produire). Dans la pratique de la danse, la personne peut s'étonner des capacités de son corps, de ce que son corps peut produire, et travailler la manière de se mouvoir (trouver sa manière de se déplacer et de bouger, chercher à s'exprimer à l'aide de son corps). C'est un moment où l'on est particulièrement à l'écoute de son corps et où il est nécessaire de se le représenter dans un certain espace. C'est aussi un instant de partage, où l'on construit des éléments chorégraphiques avec autrui et où l'on est amené à entrer en contact avec autrui. C'est aussi un lieu où l'on retrouve des personnes à chaque séance, un espace où est susceptible de se créer du lien. Ces bénéfices que peut apporter la danse concordent assez bien avec ce qu'il semble manquer à la personne anorexique pour tendre vers un mieux-être. L'expérience de quelques professionnels qui ont proposé un projet de danse auprès d'adolescents anorexiques viennent confirmer mon hypothèse. Les progrès constatés, en matière d'image corporelle, ne sont pas énormes mais présents tout de même. En outre, l'étude empirique menée auprès de danseurs d'une part et de non-danseurs d'autre part, a tendance à montrer que la pratique de la danse apporte une meilleure image corporelle et une meilleure image de soi.

Malgré ses bienfaits, la danse a parfois poussé certaines jeunes filles dans l'anorexie, de par ses exigences en matière de poids, de par la rigueur qu'elle impose, de par les souffrances infligées au corps et l'effacement de ses sensations douloureuses voire la négation de la douleur dans les exercices d'étirements et de souplesse. Il s'agit là essentiellement de la danse classique. Laura, une jeune fille anorexique de 16ans affirme : « La danse classique m'a fait plonger dans l'anorexie et la danse contemporaine m'aide aujourd'hui à m'en sortir. ». Et cela parce que la danse classique vise une certaine esthétique alors que la danse contemporaine recherche à exprimer et à communiquer des messages à travers le corps. Le corps n'est plus un objet mais un moyen d'expression, de communication. Dans le cadre d'un travail corporel auprès de personnes anorexiques, la danse serait utilisée comme un loisir, sans exigence en matière de souplesse ou de poids, se rapprochant plus de la danse contemporaine.

La difficulté d'un tel projet réside dans le déni de la maladie et le refus de soin de ces jeunes filles qui refusent souvent d'accepter qu'elles sont malades et qu'elles ont besoin d'aide. Le risque de refus est peut-être un peu réduit dans ce genre d'accompagnement car il ne ressemble pas à des soins purement médicaux et se présente davantage comme une activité de loisir. En outre, la danse étant une activité de type sportive, cet aspect risque de motiver les jeunes filles à y prendre part. Mais il est probable qu'elles investissent plus leurs efforts dans la dépense d'énergie que dans un travail sur soi, ce qui serait néfaste et s'éloignerait des objectifs fixés.

Au cours de ce travail, j'ai pu me rendre compte de la difficulté pour l'éducateur à prendre une place dans le domaine psychiatrique, plutôt occupé par des médecins, des psychologues et des infirmiers. En outre, l'image corporelle est encore peu traitée dans l'accompagnement des personnes anorexiques, les médecins fixant la priorité sur une prise de poids et une psychothérapie. J'apporte donc un regard un peu nouveau sur la maladie, mais une proposition de traitement pas très acceptée. Il est important pour moi de souligner que je n'envisage pas la danse comme seul accompagnement dans la maladie mais bien dans le cadre d'une prise en charge pluridisciplinaire, parce qu'il est évident que la danse ne peut pas être utilisée comme seul moyen de traitement.

Bibliographie

1. Livres :

- LORIN, C. Un nouveau regard sur l'anorexie, La danse comme solution possible, Paris : L'Harmattan, 2007

- BRUCH, H., Les yeux et le ventre, L'obèse et l'anorexique, Paris : Payot, 1988

- VINCENT, Th. (sous la direction de), Soigner les anorexies graves, La jeune fille et la mort,Toulouse : ERES, 2009

- PEGGY, C.-P., Guérir l'anorexie et la boulimie par la méthode Montreux, Paris : Plon, 1998

- LESAGE, B., La danse dans le processus thérapeutique, Fondements, outils et clinique en danse-thérapie, Toulouse : ERES, 2009

- MALAGUARNERA, S., L'anorexie face au miroir, Le déclin de la fonction paternelle, Paris : l'Harmattan, 2010

- SIMON, F. et NEF, F., Comment sortir de l'anorexie ?, Et retrouver le plaisir de vivre, Paris : Éditions Odile Jacob, 2002

2. Fascicules :

-Fascicule de la Mutualité Socialiste, Anorexie et Boulimie, Guide à l'intention des parents, édition 2008

-Expérience clinique d'Entresens, Danse-thérapie et Troubles des conduites alimentaires, « J'ai mal au corps... »

3. Sites internet :

-www.esculape.com/psychiatrie/anorexiementale.html

-www.survisme.info

-www.medecine-des-arts.com

-www.irida.fr

-www.sante.gouv.fr/signature-de-la-charte-contre-l-anorexie-et-l-image-du-corps.html

4. Autres sources :

-conférence du 2 juin 2010, intitulée Obésité, Image corporelle et Aspects psychologiques, organisée par l'association ADOR55 (www.ador55.fr) et animée par Madame le Professeur VIDAILHET, à l'Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) de Verdun (France).

Annexes

ï Étude empirique : L'impact de la danse sur l'image corporelle

ï Propos de jeunes filles anorexiques

ï Visite de l'Unité de Soins pour adolescents de Charleville-Mézières et rencontre avec une infirmière et une éducatrice

ï Paroles des jeunes filles qui ont participé à l'expérience de danse-thérapie de Claire Bertin

Annexe 1

Étude empirique

L'impact de la danse sur l'image corporelle

Voici le questionnaire destiné à interroger des femmes, danseuses et non danseuses, à propos de leur image corporelle :

Questionnaire

« L'impact de la danse sur l'image corporelle »

? Vous fréquentez un cours de danse

Oui - Non

Si oui, en quelques mots, pouvez-vous dire ce que la danse vous apporte ?

? Si vous deviez donner une note à votre corps, combien lui accorderiez-vous sur une échelle de 1 à 6 ?

1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6

? Comment vous sentez-vous face au regard de l'autre ? (1 correspondant à Très mal à l'aise et 6 correspondant à Tout à fait à l'aise)

1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6

? De la même manière, si vous deviez évaluer votre confiance en vous ? (1 correspondant à « Je n'ai pas du tout confiance en moi » et 6 correspondant à « J'ai tout à fait confiance en moi »)

1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6

? La manière dont vous vous acceptez telle que vous êtes ? (1 correspondant à « Je ne m'accepte pas telle que je suis » et 6 correspondant à « Je m'accepte tout à fait telle que je suis et je ne voudrais absolument rien changer »)

1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6

Voici les résultats de ces questionnaires anonymes. J'ai relevé, pour chaque question, le nombre de personnes ayant répondu chaque réponse (par exemple, pour la première question, 12 danseuses ont entouré la note de 4 accordé à leur corps). J'ai séparé en deux tableaux les réponses des danseuses et les réponses des non-danseuses.

Danseuses :

Chiffres entourés

1

2

3

4

5

6

Total

Note accordé à son corps...

0

2

6

12

2

1

23

Comment-vous sentez-vous face au regard de l'autre ?

2

1

6

6

6

2

23

Évaluez-votre confiance en vous...

0

6

4

8

5

0

23

La manière dont vous vous acceptez telle que vous êtes...

0

2

5

8

8

0

23

Non-danseuses :

Chiffres entourés

1

2

3

4

5

6

Total

Note accordé à son corps...

1

4

5

10

3

0

23

Comment-vous sentez-vous face au regard de l'autre ?

1

4

4

6

8

0

23

Évaluez-votre confiance en vous...

0

5

5

11

2

0

23

La manière dont vous vous acceptez telle que vous êtes...

0

6

5

6

6

0

23

A la question : Que vous apporte la danse ?, questionnaire écrit et anonyme, voici ce que des danseuses amatrices ont répondu (classer dans l'ordre des réponses qui reviennent le plus souvent) :

- de la détente

- du bien-être

- du plaisir

- c'est une passion

- un moyen d'extérioriser et d'exprimer mes émotions, mes sentiments

- un moment de partage et de rencontre avec d'autres personnes

- un moment où je ne pense à rien, où je me vide l'esprit

- pour me défouler

- un moyen d'évasion

- du bonheur

- m'aide à dépasser des moments difficiles et à oublier mes soucis

- un renforcement musculaire

- un moment pour moi

- un moyen de me dépasser, de mettre mon corps à l'épreuve

- une sensation d'énergie

- de la créativité

- un meilleur regard sur moi

- une confiance en moi

- une sensation de liberté

- de la joie

- un moyen d'évacuer le stress

- faire travailler ma mémoire

- de l'agilité

* 1La personne anorexique est hospitalisée et les communications avec les proches et la famille sont restreintes, voire souvent supprimées, jusqu'à ce qu'elle atteigne un poids convenable défini par le médecin.

* 2 LORIN, C. Un nouveau regard sur l'anorexie, La danse comme solution possible, Paris : L'Harmattan, 2007, p.17

* 3 Www.esculape.com/psychiatrie/anorexiementale.html

* 4 BRUCH, H., Les yeux et le ventre, L'obèse et l'anorexique, Paris : Payot, 1988, p.112

* 5 BRUCH, H., Les yeux et le ventre, L'obèse et l'anorexique, Paris : Payot, 1988, p.109

* 6 BRUCH, H., Les yeux et le ventre, L'obèse et l'anorexique, Paris : Payot, 1988, p.114

* 7 Paroles d'une adolescente anorexique. Voir annexe

* 8 BRUCH, H., Les yeux et le ventre, L'obèse et l'anorexique, Paris : Payot, 1988, p.119

* 9Fascicule de la Mutualité Socialiste, Anorexie et Boulimie, Guide à l'intention des parents, édition 2008, p.15

* 10 VINCENT, Th. (sous la direction de), Soigner les anorexies grave, La jeune fille et la mort,Toulouse : ERES, 2009, p.210

* 11 MALAGUARNERA, S., L'anorexie face au miroir, Le déclin de la fonction paternelle, Paris : L'Harmattan, 2010, p.150

* 12PEGGY, C.-P., Guérir l'anorexie et la boulimie par la méthode Montreux, Paris : Plon, 1998, p.17

* 13Schéma tiré du site : http://www.survisme.info

* 14PEGGY, C.-P., Guérir l'anorexie et la boulimie par la méthode Montreux, Paris : Plon, 1998

* 15 PEGGY, C.-P., Guérir l'anorexie et la boulimie par la méthode Montreux, Paris : Plon, 1998, p.46

* 16 PEGGY, C.-P., Guérir l'anorexie et la boulimie par la méthode Montreux, Paris : Plon, 1998, p. 28

* 17 PEGGY, C.-P., Guérir l'anorexie et la boulimie par la méthode Montreux, Paris : Plon, 1998, p.52

* 18 RAVEL SARROLA, M., dans le livre de VINCENT, Th., Soigner les anorexies graves, La jeune fille et la mort, Toulouse : ERES, 2009, p.206

* 19Définition du Larousse

* 20Voir annexe

* 21Voir annexe

* 22 LORIN, C. Un nouveau regard sur l'anorexie, La danse comme solution possible, Paris : L'Harmattan, 2007, p. 116

* 23 LORIN, C. Un nouveau regard sur l'anorexie, La danse comme solution possible, Paris : L'Harmattan, 2007, p. 162

* 24B. Lesage est médecin, danse-thérapeute et formateur en danse-thérapie

* 25LESAGE, B., La danse dans le processus thérapeutique, Fondements, outils et clinique en danse-thérapie, Toulouse : ERES, 2009, p.14

* 26LESAGE, B., La danse dans le processus thérapeutique, Fondements, outils et clinique en danse-thérapie, Toulouse : ERES, 2009, p.67

* 27Voir annexe 4