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Haute École Robert Schuman
Département pédagogique - Virton
Éducateur spécialisé en accompagnement
psycho-éducatif
La restauration de l'image corporelle chez les adolescentes
anorexiques, à travers la danse

Travail de fin d'étude présenté par
PERJEAN Angéline
En vue de l'obtention du diplôme
D'éducatrice spécialisée en accompagnement
psychoéducatif-
Bachelier
Année académique 2010-2011
Table des matières
Introduction.....................................................................................................................................p.6
1. Définition de
l'anorexie...............................................................................................................p.8
1.1
Historique........................................................................................................................p.8
1.2
Étymologie.......................................................................................................................p.9
1.3 Critères du DSM
IV.........................................................................................................p.9
1.4 Critères de la CMI (Classification Internationale des
Malades).....................................p.9
1.5 Deux types d'anorexie
mentale......................................................................................p.10
1.6 Vers une définition
actuelle...........................................................................................p.10
2. La problématique de l'image corporelle chez les
personnes anorexiques............................p.13
2.1 Qu'est-ce que l'image
corporelle....................................................................................p.13
2.1.1 Freud et le Moi
Corporel................................................................................p.13
2.1.2 L'image du corps selon
Schilder.....................................................................p.14
2.1.3 Lacan et le stade du
miroir..............................................................................p.14
2.2 La défaillance de l'image corporelle chez la personne
anorexique...............................p.15
3. Les causes de
l'anorexie............................................................................................................p.20
3.1 La
société.......................................................................................................................p.20
3.2 L'altération de la fonction
maternelle............................................................................p.21
L'altération de la fonction
paternelle.............................................................................p.22
3.4 Problèmes de fonctionnement
familial..........................................................................p.22
Le stade difficile de
l'adolescence.................................................................................p.23
Une personnalité
spécifique..........................................................................................p.24
3.6.1 Un schéma de pensée
destructeur...................................................................p.24
3.6.2 Une pensée
négative.......................................................................................p.25
3.7 Le point de vue des personnes
anorexiques..................................................................p.25
4. Proposer un accompagnement et des soins, en
matière d'image corporelle, à des personnes
anorexiques....................................................................................................................................p.27
4.1 Guérir des jeunes filles « qui ne sont pas
malades ».....................................................p.27
Hypothèse des besoins à satisfaire pour
améliorer l'image corporelle des personnes
anorexiques....................................................................................................................p.28
Un exemple de démarche de soins corporels auprès
d'adolescentes anorexiques.........p.29
Conclusion.....................................................................................................................p.29
5. L'impact de la danse sur l'image corporelle des
personnes anorexiques ?..........................p.31
5.1 Définition et apports de la
danse...................................................................................p.31
Étude
empirique.............................................................................................................p.32
Claude Lorin : devenir danseuse pour guérir de
l'anorexie...........................................p.33
La danse
thérapie...........................................................................................................p.34
5.3.1
Définition........................................................................................................p.34
5.3.2 L'expérience de Claire
Bertin.........................................................................p.35
5.4 L'anorexie chez les
danseuses.......................................................................................p.38
Une forme physique suffisante
?...................................................................................p.39
Conclusion.....................................................................................................................p.40
6. Mon
projet..................................................................................................................................p.41
6.1 Les bénéficiaires du
projet.............................................................................................p.41
Les objectifs
poursuivis.................................................................................................p.41
Stratégie utilisée et planification de mon
action............................................................p.42
L'évaluation du
projet....................................................................................................p.43
La mise en place du
projet.............................................................................................p.44
7.
Conclusion..................................................................................................................................p.45
8.
Bibliographie..............................................................................................................................p.47
9.
Annexes.......................................................................................................................................p.48
Introduction :
Aujourd'hui, nous entendons de plus en plus parler de l'anorexie
via de nombreux médias (journaux, magazines people, reportages et
témoignages à la télévision...), notamment depuis
le scandale en 2006 engendré par la mort, fortement
médiatisée, d'une célèbre mannequin
brésilienne, présentant une maigreur extrême. Même si
elle est très présente dans ce milieu, cette maladie ne touche
pas seulement les figures de la mode. En France, en 2008, le ministère
de la santé recensait 40 000 jeunes filles et femmes atteintes
d'anorexie. De surcroît, l'apparition de cas est en forte augmentation :
l'Unité de Soins pour Adolescents a vu son nombre de patientes
anorexiques monter en flèche ces deux dernières années et
constate des personnes touchées de plus en plus jeunes. Et le plus
alertant, c'est que cette structure ne peut pas aujourd'hui parler de
guérison de la maladie, « seulement, pour de rares cas, de
mieux-être ».
En effet, malgré les cas de plus en plus
fréquents, les professionnels de la santé ont encore beaucoup de
mal à cerner exactement les symptômes de la maladie et même
plus difficilement les causes ainsi que les moyens de traitement. D'ailleurs,
des personnes meurent encore de l'anorexie : Isabelle Caro, la jeune femme qui
avait posé nue pour une campagne de publicité intitulée
« No Anorexia » et dont la photo avait fait le tour du
monde en 2007 (voir page de couverture), est
décédée en novembre dernier.
Face à des adolescentes présentant un poids en
dessous du seuil viable, les médecins fixent la priorité sur une
prise de poids de toute urgence pour écarter le risque de mort,
employant encore parfois des méthodes un peu radicales (sondes
gastriques, contrat de poids1(*)). Néanmoins, l'anorexie ne se résume pas
à un problème nutritionnel et alimentaire. Il existe aussi un
trouble de l'image de soi et un problème d'ordre corporel, plus
difficile à traiter, parfois même un peu oublié, mais
pourtant indispensable à la guérison : la personne anorexique est
trop maigre, notamment parce qu'elle ne s'alimente plus, mais elle se trouve
aussi trop grosse.
Il me semble aussi important de souligner le manque de
structures spécialisées pour traiter les cas d'anorexie. En
Belgique, il existe quelques établissements spécialisés
à Bruxelles, c'est pourquoi, l'équipe pluridisciplinaire de
l'association Anorevie par exemple, n'a d'autre possibilité pour ses
patientes qui présentent un état de santé trop
inquiétant, que de les hospitaliser en clinique, en service de
gastro-entérologie ! Ce qui montre le manque de soins adaptés et
la mise en marge de l'aspect corporel de la pathologie.
Cette complexité à comprendre l'anorexie et
à en cerner le traitement approprié éveille ma
curiosité et mon désir de m'y intéresser. Qu'est-ce je
pourrais apporter, en tant qu'éducateur spécialisé, pour
accompagner ces personnes ?
Étant donné que l'accompagnement proposé
à ces personnes consiste davantage à traiter l'aspect
alimentaire, au détriment du trouble corporel, je pourrais proposer une
façon de travailler ce dernier. Or, lors de ma participation à
des cours de danse orientale et moderne-jazz durant l'année
précédente, j'ai eu l'occasion de découvrir mon corps
autrement et à mieux l'accepter. J'ai pu constater qu'à travers
les mouvements, la danse m'offrait de nombreuses occasions de percevoir des
sensations corporelles, souvent agréables, de m'étonner des
capacités de mon corps dans la réalisation de certains mouvements
assez complexes et aussi de prendre confiance en moi. Au terme de cette
année de danse, je me suis sentie plus sûre de moi et mieux dans
mon corps, en exprimant davantage ma féminité. Ce travail sur
moi-même me semblait alors un peu correspondre aux besoins des personnes
anorexiques. C'est ainsi que je suis venue à envisager la danse comme
moyen d'apporter une image corporelle plus « objective »,
plus proche de la réalité aux personnes souffrant d'anorexie.
Néanmoins, cela peu paraître paradoxal car l'anorexie est
très présente dans le milieu de la danse. De surcroît, en
tenant compte de leur état mental et physique, sont-elles capables d'un
tel travail corporel et d'un tel travail sur elles-mêmes ?
Je décide de m'intéresser aux personnes
anorexiques de sexe féminin, parce que ce sont majoritairement elles les
plus touchées (à plus de 95%) et particulièrement aux
adolescentes, parce que c'est le plus souvent à ce moment de la vie que
les personnes tombent dans l'anorexie. En outre, les professionnels affirment
qu'il est plus facile de sortir la personne de l'anorexie quand la maladie
n'est pas encore installée depuis longtemps. Dans l'idéal, il
faudrait proposer un prise en charge dès l'apparition des
symptômes.
Dans un premier temps, je tenterai donc de cerner au mieux la
maladie. Je développerai plus particulièrement ce qui se passe au
niveau de l'image corporelle, après avoir donné une
définition de cette dernière. Je m'intéresserai
également aux causes de la maladie, qui constituent des informations
parfois intéressantes à prendre éventuellement en compte
avant de mettre en place un accompagnement. Puis, je tenterai de savoir si la
danse est une méthode appropriée pour répondre aux besoins
des adolescentes anorexiques, en terme d'image corporelle. Et enfin,
j'expliquerai comment moi-même, en tant qu'éducateur
spécialisé, je construirais ce genre de projet auprès
d'adolescentes anorexiques.
1.Définition de l'anorexie:
L'anorexie est une maladie complexe, que les
spécialistes de la santé mentale ont encore beaucoup de mal
à définir et à cerner avec précision. Je vais
d'abord rappeler la progression des recherches et des définitions
apportées par différents spécialistes. Puis, je tenterai
d'en dicter la définition actuelle.
1.1 Historique :
Dès le Moyen Age, des symptômes similaires à
ceux de l'anorexie sont évoqués, particulièrement dans des
écrits biographiques de religieuses, pour qui la restriction alimentaire
et le jeûne font partie de l'idéal de vie mystique fixé par
l'Église et sont alors un symbole de sainteté. Aujourd'hui,
certains auteurs qualifient ce trouble d' « anorexie
sainte ».
R.MORTON tente d'élaborer une première
définition de la maladie en 1689. Dans un premier temps, il
décrit la maladie comme une « maladie nerveuse avec
dégoût des aliments », pensant que celle-ci
provenait d'une anomalie nerveuse. Au fur et à mesure de ses entretiens
avec des patientes anorexiques, il relève comme symptômes : manque
d'appétit, refus de nourriture, aménorrhée (absence de
règles chez les femmes en âge d'en avoir), constipation,
hyperactivité et cachexie (état d'affaiblissement et
d'amaigrissement extrême). Plus tard, ces observations le conduiront
petit à petit à envisager la maladie davantage comme un trouble
psychique.
Le début des recherches pour comprendre et soigner cette
maladie a véritablement lieu au XIXe siècle. En 1873, le
psychiatre Ch.LASEGUE considère l'anorexie comme une maladie mentale
qu'il qualifie d'« inanition
hystérique », provenant du refoulement plus ou moins
conscient d'un souhait. Ainsi, pendant longtemps l'anorexie sera
assimilée à une forme d'hystérie. Ch. LASEGUE entre en
conflit avec W.GULL, qui décrit l'anorexie comme une maladie
héréditaire et relevant d'un dérèglement de
l'hypophyse. Un peu plus tard, Ch.HUCHARD propose une
distinction entre anorexie mentale, s'expliquant par un trouble
psychique, et l'anorexie gastrique s'expliquant par un trouble
organique.
En 1908, G. De LA TOURETTE et J. JANET sont les premiers
à instaurer la dimension de perception du corps. Ils
mettent l'accent sur le fait que la personne a pourtant faim mais refuse de
manger par peur de grossir. Ils suspectent aussi un comportement psychotique du
malade vis à vis de son corps et de la nourriture : la personne
anorexique considère ceux-ci comme un ennemi lui voulant du mal et
tentant de la duper.
En 1965 a lieu le Symposium de Göttingen,
où différents auteurs se réunissent et parviennent
à s'entendre sur quelques points, pour définir l'anorexie
mentale comme une structure bien spécifique, provenant d'une
problématique se situant au niveau du corps et non au niveau des
fonctions alimentaires et comme étant une manière d'exprimer son
incapacité à assumer les transformations corporelles survenant
à l'adolescence.
En 1990, H.BRUCH apporte une dimension importante dans la
conceptualisation de la maladie. Pour lui, l'anorexie est avant tout un trouble
de l'image corporelle et d'identité, lié à une
incapacité à percevoir les sensations et les besoins du
corps.
Ce bref historique est loin d'être exhaustif parce que de
nombreux auteurs, psychiatres ou psychanalystes se sont penchés sur le
sujet, avec des avis très divergents. Néanmoins, il permet
déjà de se rendre compte de la difficulté à cerner
la maladie et du temps qui s'est écoulé avant que les
spécialistes prennent en compte la déformation de l'image
corporelle se produisant chez les malades, pour finalement choisir ce
symptôme comme la problématique principale de la maladie.
1.2 Étymologie :
Tiré du grec ancien
« orexis », le mot anorexie signifie
absence de désir, d'appétit. Et peut-être pas seulement
l'absence d'appétit du point de vue alimentaire, mais aussi l'absence
d'envie de « croquer la vie », d'aller de l'avant,
l'absence de projet pour l'avenir, l'absence de désir sexuel parfois.
C.LORIN propose aussi comme étymologie, le terme grec
« oréomai » qui veut dire s'élancer.
L'anorexie signifierait alors refus de s'élancer dans la vie,
peut-être de grandir, d'avancer. A partir de cette étymologie,
C.LORIN définit l'anorexie comme un « trouble restrictif
et sévère du désir de s'élancer dans la
vie »2(*).
La lettre A du mot Anorexie est aussi
utilisé pour faciliter la mémorisation de la règle
française des « trois A », relevant les principaux
signes cliniques de la maladie : Anorexie,
Amaigrissement, Aménorrhée.
1.3 Critères du DSM IV :
Les critères actuellement retenus pour diagnostiquer
l'anorexie sont les suivants :
-un refus de se situer au dessus du poids minimal, qui
équivaut à 85% du poids normal pour la taille et l'âge de
l'individu.
-malgré sa maigreur, une peur très forte de
prendre du poids
-dysmorphophobie : perception altérée de la forme
de son corps (toujours perçu comme trop gros), du poids (jugé
toujours trop élevé).
-le déni de la gravité de la maigreur et la part
importante qu'occupe le poids dans l'estime de soi
-aménorrhée
1.4 Critères de la CMI (Classification
Internationale des Maladies) :
L'Organisation Mondiale de la Santé définit
l'anorexie selon cinq critères, similaires à ceux du DSM IV :
« -Perte de poids ou chez les enfants
incapacité à prendre du poids, conduisant à un poids
inférieur à au moins 15 % du poids normal ou escompté,
compte tenu de l'âge et de la taille.
-Perte de poids provoquée par le sujet qui
évite les aliments qui font grossir (graisses, sauces, viandes,
sucreries, féculents...)
-Perception de soi comme étant trop grosse avec
peur intense de grossir, amenant le sujet à s'imposer un poids limite
faible, à ne pas dépasser.
-Présence d'un trouble endocrinien diffus de l'axe
hypothalamo - hypophysogonadique (trouble hormonal) avec,
aménorrhée chez la fille et perte d'intérêt sexuel
et de puissance érectile chez le garçon.
-Ne répond pas aux critères A et B de la
boulimie:
A - épisodes répétés
d'hyperphagie (au moins 2 fois par semaine pendant au moins 3 mois) avec
consommation rapide de quantité importante de nourriture en temps
limité. B - préoccupation persistante par le fait de manger
avec désir intense ou besoin irrépressible de
manger. »3(*)
1.5 Deux types d'anorexie mentale :
La médecine distingue deux types d'anorexie mentale
:
- Type restrictif ou classique : la personne restreint
excessivement son alimentation jusqu'à parfois ne plus rien manger (ou
bien une tomate ou une pomme par jour).
-Type mixte ou crise de boulimie : la personne
restreint excessivement son alimentation, de la même manière que
la personne anorexique de type restrictif. Néanmoins, par moment, elle
est prise de pulsions, durant lesquelles elle ressent le besoin
irrépressible de manger, de se remplir le ventre et avale des
quantités gargantuesques de nourriture. Puis, s'en suit une
culpabilité intense la conduisant à se faire vomir et à
avaler des purgatifs (diurétiques, laxatifs...) pour se vider.
1.6 Vers une définition actuelle :
D'après les différents ouvrages que j'ai lu,
voici comment je définirais l'anorexie mentale :
L'anorexie n'est pas une maladie qui s'attrape comme la grippe,
mais un trouble psychique qui s'installe progressivement et discrètement
chez la personne. Au début, il semblerait que la jeune fille soit en
train d'entreprendre un simple régime, restreignant les quantités
alimentaires et éloignant les aliments qui font grossir. Le plus
souvent, l'entourage commence seulement à s'interroger lorsque la perte
de poids commence à lui paraître anormale, trop importante pour un
simple régime, que la personne flotte dans ses vêtements et
qu'elle ne mange plus du tout.
L'anorexie est un trouble qui apparaît le plus souvent
à l'adolescence et plus particulièrement chez les jeunes filles
(dans 95% des cas). Il est difficile de définir la maladie car elle se
manifeste différemment chez chacune des personnes atteintes.
Néanmoins, on peut dire que l'anorexie mentale est un trouble psychique.
Prise d'un sentiment de dégoût, de honte de soi, la personne
anorexique tente de défier la faim, se voyant toujours trop grosse et
n'atteignant jamais un poids suffisamment faible à son goût.
C.ARTUS, psychologue, considère l'anorexie comme un mécanisme de
défense : l'anorexie est un moyen de surmonter un moment de la vie ou un
événement important.
L'anorexie mentale est également classée dans
la catégorie des troubles du comportement alimentaire, dans le sens
où la personne anorexique présente un comportement atypique face
à l'alimentation : saute des repas ; élimine de son alimentation
les graisses, les sucreries, les viandes, puis les féculents, le
poisson,.. (certaines prétextant d'être allergique à toutes
ces choses) ; mangeant très lentement et de toutes petites
bouchées, ou en « jouant » avec les aliments dans
son assiette avant de les mettre en bouche ; se servant des quantités
très restreintes ; comptage systématique des calories ; ...
Certaines anorexiques parlent de « cercle vicieux » dans
lequel elles sont prises au piège : elles mangent moins, perdent du
poids, se trouvent toujours trop grosses, la sensation de faim disparaît,
la peur de prendre du poids est de plus en plus intense, pour perdre du poids
elles restreignent de plus en plus les quantités jusqu'à ne plus
rien manger du tout. A ce moment, elles ne savent plus comment s'en sortir : la
prise de poids constitue une angoisse très forte mais elle est pourtant
inévitable dans le processus de guérison. En outre, des
schémas de pensées se sont mis en place et il n'est pas facile de
s'en débarrasser (Exemples : calculer les calories
dépensées pour chaque activité effectuée, estimer
systématiquement les calories des aliments que l'on va manger ou non,
compenser chaque aliment mangé en trop en faisant une activité
physique...). La jeune fille anorexique ne mange plus des aliments mais des
calories, qu'elle calcule au gramme près, de la même
manière que tous ses gestes et activités sont comptés
également en calories dépensées. Ce calcul devient
systématique et la personne perd entièrement le plaisir de
manger, le plaisir gustatif. Plus elle maigrit, plus elle se trouve grosse,
plus elle trouve des zones de graisse à éliminer. Le poids n'est
jamais assez bas. En outre, plus elle maigrit et plus l'angoisse de manger (ou
plutôt de se remettre à manger) s'intensifie.
Ce qui caractérise également l'anorexie mentale,
c'est la négation de la maladie pour la personne atteinte. En effet,
l'image qu'elle a de son corps est en décalage avec la
réalité donc seuls son entourage et les médecins
s'affolent de son extrême maigreur. Cela rend le traitement et la prise
en charge difficile. Puisqu'en effet, il n'existe pas de médicament pour
« guérir » de l'anorexie. La personne atteinte de ce
trouble, l'est en moyenne pendant quatre ans et dans tous les cas au moins pour
un an. Pour 1/3 des personnes anorexiques, la maladie devient chronique.
Même si certaines parviennent à trouver un équilibre et
acceptent de vivre avec la maladie : elles ne sont plus en danger car elle ont
un poids qui est au dessus du seuil vital, réussissent plus ou moins
à le stabiliser mais présentent toujours des comportements
alimentaires anormaux.
Ainsi, la conceptualisation de l'anorexie
est hétérogène. Reste aux professionnels de santé
à étudier chacun des cas au début de la prise en charge.
On peut tout de même cerner deux grands type de problèmes qui sont
intimement liés : le problème alimentaire (poids faible, sous
alimentation) et le problème au niveau de la perception de son corps.
Dans les prises en charge en pédopsychiatrie et dans certains centres
spécialisés, les médecins tentent de répondre au
problème d'alimentation, à travers un contrat de poids. La jeune
fille est confinée à l'hôpital, coupée de tout
contact avec sa famille et ses proches tant qu'elle n'a pas repris un poids
estimé correct. Motivé par l'envie de revoir sa famille et de
sortir de l'hôpital, elle reprend du poids. Bien que cette méthode
soit efficace pour stopper la baisse incessante de poids et éloigner le
risque mortel, les rechutes sont nombreuses car la personne n'est pas
véritablement sortie d'affaire : les angoisses et la
problématique corporelle sont toujours présentes, ce qui conduira
la personne à reprendre ses rituels alimentaires. C'est pourquoi,
H.BRUCH affirme : « De nombreux malades reprendront du poids, pour une
raison ou pour une autre, mais on ne parviendra à aucune guérison
réelle et durable si le défaut de la perception de l'image du
corps n'est pas corrigé. »4(*)
Or, les spécialistes de la santé mentale
semblent traiter les soucis alimentaires de la personne mais encore peu de
professionnels traitent le soucis de l'image corporelle. Il me semble qu'en
tant qu'éducatrice, c'est un point sur lequel je pourrais tenter de
travailler. Avant cela, je vais d'abord essayer de cerner avec précision
ce qui est défaillant dans l'image corporelle de la personne
anorexique.
2. La problématique de l'image corporelle chez
les personnes anorexiques :
Dans un premier temps, je vais chercher à
définir ce que signifie le terme « image
corporelle » et comment celle-ci se construit chez l'individu.
Ensuite, j'essayerai de comprendre en quoi et de quelle manière l'image
corporelle de la personne anorexique est perturbée.
2.1 Qu'est-ce que l'image corporelle ?
L'image corporelle résulte des interactions entre le
corps et le psychisme (pensées, sentiments,...). C'est l'image que l'on
a de soi, la représentation que l'on a de soi, autrement dit comment je
me représente moi-même.
Il est important de distinguer image corporelle et schéma
corporel qui est la connaissance des différentes parties du corps. Le
schéma corporel est le même pour tous, c'est quelque chose que
l'on apprend, il s'agit d'une réalité physique. Alors que l'image
corporelle est quelque chose de plus subjectif et que chacun construit à
sa manière, à partir de ses expériences vécues et
son histoire. Il s'agit d'une réalité psychique (ce qu'on imagine
être n'est peut-être pas ce qu'on est dans la réalité
physique). Le schéma corporel reste le même tout au long de notre
vie mais l'image corporelle évolue : notre corps change (à
l'adolescence notamment : le corps n'a plus les mêmes formes que le corps
d'enfant), on grossit ou maigrit, des rides apparaissent... La manière
dont on se représente, l'image qu'on a de nous même évolue
au fil du temps.
Plusieurs psychanalystes ont tenté de comprendre la
manière dont se construit l'image corporelle.
2.1.1 FREUD et le Moi Corporel :
Selon FREUD, le Moi corporel se structure dans le cadre d'une
relation par la communication. Dans les premières années de son
existence, il s'agit de la relation que l'enfant entretient avec sa
mère. Lorsque la maman lui parle, le berce, le touche, l'embrasse,...
c'est l'occasion pour l'enfant de percevoir et de ressentir des choses.
L'enfant fait également l'expérience de la sensation de faim et
de satiété, de la sensation de froid, de frissons et de
chaleur... C'est à partir de toutes ces sensations et ces perceptions
corporelles, par ses frustrations et ses satisfactions, que l'enfant va prendre
progressivement conscience de son corps.
De plus, dans les premiers mois de son existence, l'enfant
émet des cris lorsqu'il sent des distorsions dans son corps
engendrées par la faim. Puis, la maman accourt aux cris de l'enfant et
le nourrit : le corps se détend et retrouve un bien-être. Cette
relation entre l'enfant et la mère relève d'une
nécessité physiologique : l'enfant demande à être
nourri dans un soucis de survie. Le lait de la maman est associé
à ce que Freud appelle une valeur d'usage : il est nécessaire
à l'apaisement de la faim. Puis, petit à petit, l'enfant va
éprouver du plaisir : il ne va plus pleurer parce qu'il a besoin
de manger mais parce qu'il éprouve le
désir de retrouver un plaisir (goût, sensations
agréables, caresse de la maman...). Le corps devient alors un objet de
libido (pulsions sexuelles), par lequel l'enfant éprouve du plaisir et
va expérimenter ce désir. Selon Freud c'est à ce moment de
la vie que la première représentation de son corps apparaît
: l'enfant se représente les zones de son corps par lesquelles il
éprouve du plaisir, de manière indispensable pour investir ce
désir.
Aussi, par la relation avec sa maman, l'enfant va-t-il
progressivement prendre conscience que sa maman est un être bien distinct
de lui même, qui ne vient pas seulement le nourrir et calmer sa faim mais
qui apporte des gestes affectifs. Ainsi, il va demander à être
nourrit non pas seulement pour assouvir sa faim mais pour retrouver les gestes
d'amour de la maman. C'est dans ces moments que la notion de narcissisme
apparaît car l'enfant comprend qu'il est un objet d'amour aux yeux de sa
maman (dans le regard, les gestes, la voix de la maman..).
Par ailleurs, à un stade que Freud nomme le complexe
d'oedipe, l'enfant prend conscience de sa sexualité et de son corps
sexué : l'enfant se rend compte que l'homme et la femme n'ont pas tout
à fait la même structure du corps.
Freud apporte donc des informations importantes pour comprendre
comment, dès le plus jeune âge, l'enfant prend conscience de son
corps et commence à se construire une image de soi-même.
2.1.2 L'image du corps selon SCHILDER
Schilder est le premier à introduire les termes
d' « image du corps », en le définissant comme
la façon dont on se représente son corps. De la même
manière que Freud, il pense que l'image corporelle se construit à
travers nos expériences sensorielles et psychiques. Il souligne
l'importance du mouvement dans la connaissance de son corps,
pour différencier ce qui est « Moi » de l'ensemble
de l'environnement de perception. Selon lui, si on ne se met pas en mouvement,
on ressent peu de chose de son corps : les sensations éprouvées,
notamment au niveau musculaire, sont très importantes dans la
construction de son image corporelle.
Il introduit également une dimension sociale intervenant
dans l'élaboration de l'image de son corps. Selon Schilder,
l'image du corps se construit par les autres, au contact des
autres. Notre manière dont on se représente son corps
est fortement influencée par ce que nous renvoie l'autre de nous
même : dans son regard, dans ses paroles, dans son attitude envers
nous-même. Si on sent que l'autre nous renvoie des choses positives par
rapport à notre corps, telles que : « Tu es très
jolie » ou bien un regard admiratif ; alors on aura tendance à
avoir une meilleure image de soi-même et assez proche de la
réalité. Par contre, si autrui nous renvoie des choses
négatives alors on aura tendance à avoir une mauvaise image de
soi. Ainsi, les paroles et les attitudes de la famille et notamment des parents
dans les premières années de notre vie, semblent jouer un
rôle important dans la manière dont on va se représenter
soi-même.
On se compare aussi aux autres, soucieux de se trouver dans une
certaine norme (« je suis plus gros que mes camarades de
classe », « mon nez est long par rapport à ceux des
autres » ou « je fais à peu près la
même taille que mes amis du même âge »). Notre
idéal du corps se construit également, en partie, en fonction de
ce que notre société ou notre groupe social véhicule comme
normes et valeurs. Par exemple, de nos jours, notre société
semble valoriser les corps minces. La personne va donc se fixer comme corps
idéal : un corps mince. Selon H.Bruch, « dans
l'idéal, il ne devrait y avoir aucune contradiction entre la structure
du corps, l'image du corps et l'acceptation sociale » 5(*). Mais ceci n'est que ce
qui devrait se passer dans l'idéal : ce que mon corps est
réellement devrait concorder avec l'image que j'ai de mon corps ainsi
qu'avec l'image que les autres attendent de moi.
Ainsi, l'image qu'on se fait de son corps se construit aussi au
contact des autres, en fonction de ce qu'ils nous renvoient de nous-mêmes
et dans la comparaison aux autres.
2.1.3 LACAN et le stade du miroir
C'est d'abord Wallon qui a élaboré la
théorie du stade du miroir et Lacan a approfondi le concept.
Avant ce stade du miroir, l'enfant ne fait pas la
différence entre ce qui est son corps et ce qui ne l'est pas, entre son
Moi et le reste de l'environnement dans lequel il évolue. C'est en se
retrouvant face au miroir que l'enfant va parvenir à se
représenter son corps, bien distinct du reste de l'environnement. Ce
concept du stade du miroir comporte trois étapes :
-La première étape est celle que Lacan appelle
« le fantasme du corps morcelé » : en contemplant
son reflet dans le miroir, l'enfant ne voit pas une image mais une personne
réelle, comme un camarade qui se présente face à lui. Il
ne sait pas encore bien définir ce qui est lui et ce qui n'est pas lui.
De la même manière, lorsqu'un de ses camardes se fait mal en
tombant et pleure, l'enfant pleure aussi. Dans sa perception de
l'environnement, il ne distingue pas bien ce qui appartient à son corps
ou non.
-Peu à peu, à force de contempler le miroir et au
fur et à mesure que sa maturation psychique évolue, l'enfant
comprend que ce qu'il perçoit n'est pas réel mais que c'est une
image. Il a tenté d' « entrer » dans le miroir,
de toucher la personne qu'il voyait à travers celui-ci mais en a
déduit que cela était impossible. C'est ce qui lui a permis de
comprendre qu'il ne s'agissait pas d'une personne réelle ni d'objets
réels.
-Enfin, l'enfant va reconnaître que la chose qu'il
perçoit, c'est lui. Et cela grâce à l'adulte qui le tient
dans ses bras ou qui est présent à côté de lui et
qui lui dit : « Regarde, tu reconnais ? C'est qui ? Ici c'est maman
et ici c'est toi ! ». L'enfant accède alors à une
représentation de son corps, à un corps unifié, autrement
dit bien distinct des autres et du reste de l'environnement. C'est ce qui lui
permet également de s'affirmer en tant que sujet et de se construire
progressivement une identité. Dolto ajoutera que l'enfant, à
force de se regarder dans le miroir va développer son amour pour soi
(notion de narcissisme) et s'approprier son corps. Peu à peu, le
paraître va prendre de l'importance et va même avoir tendance
à primer sur le ressenti, le vécu.
Il est important également de souligner que l'image que
l'on perçoit dans le miroir, n'est pas tout à fait identique
à l'image réelle du miroir. La manière dont on se
perçoit est influencée par nos sentiments et nos pensées
vis à vis de soi-même.
Ainsi, on peut retenir de ces différentes
théories, d'une part, que les parents et notamment la relation de la
mère à l'enfant jouent un rôle important dans la
construction de l'image de soi. Nos sensations, nos expériences dans les
premiers instants de la vie nous permettent de prendre progressivement
conscience de son corps. L'expérience du miroir permet aussi d'obtenir
une image de nous même, plus ou moins proche de notre corps réel.
D'autre part, ce que nous renvoie l'autre par rapport à nous même
est important, tant dans l'estime de soi que dans sa manière de se
représenter soi-même.
Pour conclure, les relations aux autres, la communication, la
relation dans son enfance à sa figure d'attachement, nos sensations
corporelles et nos sentiments envers soi-même jouent un rôle
important dans la construction de notre image corporelle.
2.2 La défaillance de l'image corporelle chez
la personne anorexique :
Toutes les caractéristiques relevant de la perturbation
de l'image corporelle présentent dans l'anorexie mentale, proviennent
d'un sentiment profond de dégoût voire de haine de
soi, et même de honte. Les auteurs C.LORIN et S.MALAGUARNERA
évoquent l'anorexie comme un « trouble du
narcissisme », autrement dit un défaut dans l'amour que l'on
éprouve vis-à-vis de soi. La personne anorexique se
déteste, tant au niveau physique avec un corps qu'elle n'aime pas, qu'au
niveau de la personnalité. C'est ce sentiment qui est à
l'origine de toute la défaillance de l'image corporelle chez la personne
anorexique.
L'image perçue de son corps en décalage
avec la réalité :
Le symptôme le plus évoqué, le plus connu du
point de l'image corporelle chez la personne anorexique, c'est le fait que la
personne se voit beaucoup plus grosse que ce qu'elle n'est réellement.
Bien que la perception de son corps ne soit jamais objective : personne,
lorsqu'il se regarde dans le miroir n'a accès à l'image
réelle de son corps, parce que nos sentiments et nos émotions
influencent cette perception. Par exemple, quelqu'un qui est complexé
par son nez, va forcément le voir plus gros, ou plus
déformé que ce qu'il ne l'est vraiment. Néanmoins, ce
phénomène est fortement accentué chez la jeune fille
anorexique. Le décalage entre la réalité et ce qu'elle
perçoit est énorme : elle est extrêmement maigre,
squelettique et se perçoit très grosse dans le miroir. Certains
spécialistes ont même parfois envisagé l'anorexie comme un
trouble de type psychotique : la personne semble délirer face au miroir,
avoir une image délirante d'elle-même.
En outre, cette dernière se regarde dans le miroir en
procédant par abstraction sélective : au lieu de regarder
l'entièreté de son corps pour évaluer l'harmonie
corporelle, elle va regarder une partie du corps en particulier, en
général la dernière partie du corps qui n'est pas encore
« osseuse », et se dire qu'elle a encore de la graisse
à perdre. Face au miroir, elle ne va, inconsciemment, prendre en compte
que les informations qui concordent avec ses pensées et ses sentiments.
Elle pense : « je suis grosse », donc elle ne percevra dans
le miroir que les parties de son corps qui comportent encore de la chair et ne
prendra pas en compte les parties qui laissent apparaître les os.
En plus d'une image perçue dans le miroir fortement en
décalage avec la réalité, la personne s'est fixée
comme image idéale, une extrême minceur, quasiment impossible
à atteindre. Cela génère donc une insatisfaction
perpétuelle de son corps.
Un corps « objet » :
La personne anorexique n'habite plus son corps, elle en fait un
objet, différent du sujet lui-même, poussée parfois
jusqu'à des troubles schizophréniques. Elle n'est plus un esprit
mais simplement un corps, un corps « vide ». De plus, ce
corps est un objet rejeté et maltraité par la jeune fille
anorexique : elle ne prend plus du tout soin de son corps (pas très bien
coiffée, pas de maquillage, pas de soins corporels, pas trop
habillée à la mode, des vêtement larges et qui ne mettent
pas du tout le corps en valeur). Elle le déteste et le considère
même parfois comme un ennemi, avec la peur de ne pas contrôler ses
agissements. Elle tente alors de le contrôler et de le façonner
à sa guise, recherchant le corps parfait.
D'ailleurs, la personne anorexique ne recherche pas seulement la
perfection pour son corps mais dans tous les domaines. La majorité des
personnes anorexiques ont un très beau parcours scolaire, sont
d'excellentes élèves. Certaines sont mêmes des enfants
modèles.
C'est ce perfectionnisme qui permet également à la
jeune fille de s'infliger un régime aussi strict : des restrictions
alimentaires importantes, une perte de poids énorme, permission d'aucun
faux-pas... Si l'objectif qu'elle s'est fixé n'est pas atteint, elle
s'attribue des « punitions » , qui la conduira par exemple
à aller faire un footing de 2h pour compenser la pomme qu'elle a
mangé en trop. H.BRUCH estime que l'adolescente anorexique attribue des
« qualités magiques »6(*) à son corps : son
corps est très puissant alors que son esprit est faible .
Effectivement, à un poids qui est à la limite du viable, la
personne se sent tout à fait en forme pour multiplier les efforts
physiques. Elle présente parfois une hyperactivité, que certains
psychiatres préfèrent appeler « activisme ».
L'adolescente va par exemple monter et descendre les escaliers de sa maison
plusieurs fois d'affilée, puis marcher pendant des kilomètres et
des kilomètres... Toujours dans l'idée obsessionnelle de
dépenser un maximum de calories. Et cela sans ressentir la moindre
douleur ni la moindre fatigue. En tout cas elle se l'interdit.
Face à une sous-alimentation, elle a souvent les
extrémités très froides et est souvent frileuse. Certaines
multiplieront les couches de vêtements, d'autres
préfèreront se dévêtir davantage, occasion de
brûler plus de colories. Si la jeune fille anorexique se
dévalorise et affirme que son esprit est faible, elle fait
pourtant preuve d'un mental d'acier.
Trouble de la perception des sensations corporelles
:
En continuité avec le paragraphe précédent
sur le fait que la personne n'habite plus son corps, H.BRUCH met l'accent sur
l'incapacité à percevoir les sensations corporelles.
Effectivement, dans l'anorexie mentale, la personne n'est plus du tout à
l'écoute de son corps : elle refuse de reconnaître les besoins de
son corps et elle parvient à créer une inhibition sur ses
sensations corporelles. C'est ce qui certainement lui permet aussi de tenir son
« régime ». Elle avance souvent le prétexte
de ne pas avoir faim : ce n'est pas qu'elle n'a pas faim, mais elle refuse de
ressentir la sensation de faim. De la même manière, elle se
refuse à entendre la souffrance que son corps endure face au
régime draconien et aux multiples efforts physiques.
Néanmoins, certaines personnes ressentent des sensations
trop fortes, voire gênantes au niveau de l'appareil digestif, autrement
dit le ventre. Lorsqu'elles réapprennent à manger, certaines se
plaignent de maux de ventre après une bouchée, qui consistent
plus en une sensation désagréable au niveau du ventre. Cette
sensation est sans doute influencée par la culpabilité et
l'angoisse face à la nourriture et la prise de poids. « Je
mange comme les autres voire moins qu'eux. Mais pourquoi eux n'ont-ils pas ce
mal être d'avoir le ventre plein »7(*).
Certains auteurs parlent même « d'orgasme de
la faim », pour signifier le bien-être intense que ressentent
parfois les jeunes filles souffrant d'anorexie : la sensation de faim devient
pour elles une sensation très agréable et la sensation de
satiété très désagréable.
De la même manière, la personne tente
également de contrôler ses émotions. Elle n'habite plus son
corps donc a fortiori, elle n'exprime plus rien à travers lui. Le corps
est figé, le regard vide. Le problème se situe au niveau du
désir de contrôle et dans la crainte du lâcher-prise.
Refus de la féminité, refus de grandir
:
En voulant effacer toutes les rondeurs de son corps et visant un
corps « plat », la jeune fille anorexique semble refuser de
voir apparaître des formes féminines (poitrine, hanches...). En
outre, les cycles menstruels disparaissent également. Cela conduit
certains psychologues à penser que l'anorexie traduirait chez la jeune
fille un refus de devenir femme, un refus de grandir, le désir de rester
une petite fille. Les infirmières de l'unité de soins pour
adolescents de Charleville-Mézières ont d'ailleurs parfois
entendu de la part des adolescentes : « je n'ai plus mes
règles et c'est très bien comme ça » ou encore
« Je ne veux pas être une femme » et des refus
également de la maternité parce que voir leur ventre prendre du
volume serait insupportable.
Selon H.BRUCH, « Même si elles ont bien
conscience de leur structure anatomique, les anorexiques ont tendance à
refuser les rondeurs féminines et les seins ».8(*) Il n'y a donc pas de confusion
entre le fait qu'elle soit un homme ou une femme ou même asexuée,
mais elle refuse les rondeurs féminines. Elle a peut-être une
représentation du corps féminin idéal, encore une fois, en
décalage avec la réalité.
Les avis divergent concernant ce refus de grandir, ce refus de
devenir femme. Certains psychologues et psychiatres ne sont pas d'accord sur ce
point de vue. Je pense que ce symptôme n'est pas présent chez
toutes les personnes anorexiques puisque chaque cas d'anorexie est
différent.
Identité difficile à construire :
La personne anorexique a forcément du mal à se
construire une identité, une personnalité puisqu'elle ne parvient
plus à vivre en tant que sujet. Ce qui prend la plus grande place dans
son esprit, c'est l'obsession d'un corps « parfait ». Elle
n'est plus qu'un objet, son corps est « vide ».
Certaines jeunes filles anorexiques sont convaincues qu'être mince, qu'un
corps parfait leur permettra de se faire apprécier plus facilement,
d'être acceptées plus facilement dans un groupe, et ne misent plus
que sur leur apparence physique. Elles en oublient complètement leur
personnalité, l'importance de ce qu'il y a à l'intérieur
de la personne, pris en compte dans les relations. Cela peut peut-être
aussi s'expliquer par le fait qu'elles n'osent pas dévoiler quelque
chose d'elles par crainte de ce que penseront les autres. Aussi, les personnes
anorexiques font-elles preuve d'une hypersensibilité vis à vis
des regards et des paroles d'autrui à leur égard. Les critiques
vont les bouleverser et accentuer leur mal-être intérieur, que ces
remarques soient des critiques négatives ou des compliments. Selon
SCHILDER, le regard des autres, ce que ceux-ci nous renvoient, joue un
rôle important dans l'image que l'on a de soi et notre estime de soi. Or,
la personne anorexique interprète toute remarque d'autrui de
manière négative. Par exemple, un simple regard veut
forcément dire qu'elle est laide. Ainsi, la jeune fille anorexique aura
une image d'elle même très négative.
De plus, les sentiments négatifs qu'elles ont pour
elles-mêmes rendent également difficile la construction d'une
identité. Elles ont tellement honte d'elles-mêmes, qu'elles
cherchent plutôt à s'effacer, à disparaître, en
maigrissant jusqu'à l'extrême.
Certaines se construiront une identité d'anorexique, plus
particulièrement celles qui souffrent d'anorexie de façon
chronique. Le professeur Vidhaillet, psychiatre à la retraire, a pu
remarquer chez certaines adolescentes anorexiques qu'elle a pris en charge au
C.H.U de Nancy-Brabois, que l'anorexie constitue TOUTE l'identité de ces
jeunes filles. Elle a entendu de la part de ces patientes, par exemple :
« Si je ne suis pas anorexique, je n'existe pas ».
L'anorexie permettrait donc à ces jeunes filles d'exister, serait-ce
peut-être un moyen d'attirer l'attention de la famille, de ses proches,
à travers un comportement alimentaire atypique, à travers un
corps squelettique, en se mettant en danger ? Ces paroles me paraissent
paradoxales, car si ces jeunes filles ont le sentiment d'exister grâce
à la maladie, l'entourage a plutôt l'impression qu'elle cesse de
vivre. De surcroit, le point de vue de la jeune fille anorexique face à
la maladie est tout à fait différent de l'angoisse de mort des
parents : elle ne se sent pas malade ni affaiblie physiquement. Ces points de
vue différents empêchent alors tout dialogue instructifs entre
l'enfant et ses parents.
Difficultés relationnelles :
« La vie avec les autres peut se maintenir un
certain temps, puis elle devient impossible ».9(*)
D'une part, les pensées obsessionnelles envers le poids,
la nourriture et les calories, enferment peu à peu la personne dans une
bulle. Ces pensées lui prennent tellement d'énergie qu'elle ne
parvient plus à profiter de la vie avec ses amis et à penser
à autre chose qu'à la nourriture et aux calories.
D'autre part, elle préfère ne plus sortir afin
d'éviter d'être tentée de manger ou de devoir se justifier
sur le fait qu'on ne mange pas. Elle fuit les moments de repas : les repas de
famille sont une grande angoisse pour elle (rester à table pendant des
heures, voir défiler un tas de nourriture, se confronter aux remarques
des autres sur le fait qu'elle ne mange pas...). Pour les jeunes filles
anorexiques de type restrictif, la difficulté va se trouver dans le fait
d'être stigmatisée, montrée du doigt, car elle ne va rien
manger. Pour les jeunes filles anorexiques-boulimiques, il existe aussi la
crainte de faire une crise de boulimie.
De surcroît, dans les relations, la personne va aussi
chercher à tout contrôler, à se fixer des règles
(« je dois être comme cela », « il faut que
je fasse cela »...). Elle va craindre de ne pas plaire aux autres, de
dire une gourde, de ne pas être comme ce que les autres attendent
d'elle... Cela peut mettre un frein à la relation.
Néanmoins, C. ARTUS nuance en disant que la personne
anorexique n'est pas toujours isolée, notamment au début de la
maladie. C'est dans les moments de crise et à un stade avancé de
la maladie qu'elle va particulièrement se replier sur elle-même.
Dans ses relations, la personne anorexique constitue l'amie
« idéale », car dévouée, toujours
prête à rendre service, toujours là en cas de besoin. Elle
prend ainsi un rôle de « sauveur », ayant envie
d'aider et de rendre service. D'ailleurs, C.ARTUS a constaté qu'une
grande partie des patientes anorexiques se destinaient à des
métiers visant à aider les autres, tels qu'infirmière,
aide-soignante, éducateurs...
En outre, en s'isolant, elle n'a plus le contact avec les autres,
élément qui entre en compte dans la construction d'une image
corporelle saine. Elle perd de l'objectivité en n'ayant plus vraiment
l'occasion de se comparer aux autres et perd des repères.
En somme, l'image corporelle chez la personne anorexique est
gravement perturbée dans le sens où la personne se voit de plus
en plus grosse au fur et à mesure qu'elle maigrit, qu'elle adopte une
attitude de dégout et de haine vis-à-vis de son corps, qu'elle
« n'habite » plus son corps (le corps est
dénudé de l'esprit), qu'elle se coupe des sensations corporelles.
En outre, le fait qu'elle s'isole peu à peu accentue peut-être
encore davantage la subjectivité dans la représentation
d'elle-même.
Si la personne ne redoute pas de mourir et se dit en pleine
forme. Pourtant, obsédée par un poids idéal, une
silhouette parfaite, il semblerait que la personne en oublie de vivre : Il
ne suffit pas d'être en vie pour vivre, encore faut-il habiter son
corps.10(*)
Comment, en tant qu'éducatrice, je peux amener la personne à
percevoir une image d'elle-même plus proche de son image réelle et
lui donner l'occasion d' « habiter » à nouveau
son corps ?
3. Les causes de l'anorexie :
Il me paraît important de m'intéresser aux causes
de la maladie : qu'est-ce qui a amené la personne à devenir
anorexique. En effet, pour comprendre et tenter de soigner une maladie
psychique, il est indispensable de comprendre ce qui est à l'origine
cette maladie.
Le problème, c'est que les causes de cette maladie ne sont
pas encore véritablement définies. Les spécialistes de la
santé mentale avancent néanmoins diverses hypothèses.
3.1 La société :
Dans notre société occidentale actuelle, les
valeurs et les idéaux véhiculés dans les médias
semblent être propices à l'apparition de l'anorexie chez les
jeunes filles.
Tout d'abord, il est évident qu'aujourd'hui la
beauté féminine est associée à un corps
mince, au détriment même parfois des formes
féminines (poitrine, hanches, fesses rebondies...). Les stars et les
personnages de publicité présentent des corps presque plats. La
mode recherche et fait défiler des mannequins squelettiques, au corps
presque d'enfant ou que l'on pourrait même confondre avec un corps
d'homme. En outre, la société accorde une grande
importance à l'apparence physique. Une personne un peu
enrobée, une femme qui n'est pas maquillée ou encore une jeune
fille qui s'habille avec des vêtements de la mode d'il y a trois ans vont
être très vite jugées comme étant des gens
négligés et présentant peu d'intérêts.
Il me semble important également de noter que la femme
est souvent exposée dans les publicités comme un
objet. Des corps de femmes, le plus souvent
dénudés, qui constituent un objet de désir pour l'homme.
Le corps prend une importance considérable par rapport à la
personnalité de la personne, par rapport à ce qu'elle est de
l'intérieur.
De plus, dès l'arrivée de l'été, les
plans de régimes envahissent les magazines et les
publicités comme si c'était systématique ou obligatoire
d'entamer un régime après l'hiver. Les gens font de plus en plus
attention à ce qu'ils mangent et les revues de presse mettent en garde
contre les aliments qui font grossir, allant jusqu'à dissuader les
individus d'en manger.
D'autre part, les séries télévisées
et les publicités véhiculent l'image d'une femme qui doit
être capable à la fois de réussir professionnellement, de
tenir correctement sa maison, d'être une bonne mère, de rester
jolie et d'être une bonne amante pour son mari. Autrement dit, les
médias présentent une femme parfaite, qui maîtrise
et réussit sa vie à la perfection. Mais il est
très difficile voire impossible d'atteindre une telle perfection, de
toujours tout réussir sur tous les fronts.
Ainsi, dans notre pays, les adolescentes sont fortement
influencées par ce culte de la minceur, car ce sont elles qui sont le
plus exposées aux médias et les plus influençables. Elles
s'identifient volontiers à leur idole et cherchent à leur
ressembler, lisent des articles dans les magazines qui conseillent de se mettre
au régime et d'éviter un tas d'aliments qui font grossir et elles
voient des séries à la télévision qui font croire
qu'il est possible de réussir sa vie à la perfection. Je pense
que ces valeurs peuvent conduire certaines jeunes filles qui cherchent à
répondre aux attentes de la société, à tomber dans
l'anorexie.
Enfin, le fait que l'anorexie soit une maladie qui se
développe quasi-exclusivement dans les pays occidentaux, dans les pays
riches et développés montre le rôle des valeurs de la
société dans l'apparition de la maladie. En effet, les pays
orientaux ou les pays d'Afrique par exemple, valorisent les femmes plutôt
rondes, avec des formes et ne connaissent pas cette maladie.
Néanmoins, tous les cas d'anorexie ne relèvent pas
de l'influence de la société, loin de là même. Les
jeunes filles anorexiques sont peu nombreuses à se destiner à des
métiers de la mode. Finalement, rares sont les cas où les
personnes ont voulu faire un régime afin de correspondre aux
critères de beauté de la société actuelle. Il
semblerait qu'à travers l'anorexie, la personne cherche plutôt
à maigrir jusqu'à mourir plutôt qu'à maigrir pour
être belle.
3.2 L'altération de la fonction maternelle :
Selon des études psychanalytiques, l'anorexie pourrait
provenir du comportement inadéquat de la mère face aux besoins de
son enfant.
Comme expliqué dans le chapitre précédent,
la relation mère-enfant joue un rôle important dans la
construction de son image corporelle, de son Moi corporel.
Or, chez les personnes anorexiques, il semblerait que la
mère ait eu des attitudes inadaptées. Voici différentes
théories qui mettent en causes les attitudes inadaptées de la
maman :
-Il est possible que la problématique trouve son origine
dans un trouble au niveau des premiers échanges entre le
bébé et sa maman, au moment du désir et de la
demande de l'enfant. Comme évoqué dans le chapitre
précédant, pour Lacan et Freud, l'enfant formule la demande d'un
objet (nourriture, lait), à travers ses pleurs et ses cris. A ce moment,
il ne cherche pas simplement à apaiser sa faim mais que sa maman
témoigne de son amour à son égard (caresses, bisous,
sourire, attention...). Or, chez les jeunes filles anorexiques, il est probable
que la maman ait induit une confusion entre l'amour et la
nourriture : celle-ci oriente son attention sur la nourriture du
bébé et ne voit pas la demande de preuve d'amour formulé
par l'enfant derrière la demande de nourriture. Il s'agit des
mères qui tiendront un discours du type : « Allez mange, mange
tout, hein ! Il te faut des forces... » ou « Allez, fait moi
plaisir, tu vas bien goûter le bon gâteau que j'ai cuisiné
! ». Par l'anorexie, la jeune fille cesserait alors de se nourrir
pour obtenir enfin le témoignage d'amour de sa mère. C'est ce que
Lacan appelle le « rien » qui accompagne la nourriture,
c'est pourquoi il décrit l'anorexie comme « manger
rien » plutôt que « ne pas
manger ».11(*)
-Lors de la conférence du 2 juin 2010, le professeur
Vidailhet évoque également des mères
sur-protectrices, qui restent constamment auprès de leur enfant
dans les premiers mois de sa vie. La maman surprotège l'enfant et
réagit à sa place aux attaques extérieures. Selon le
professeur Vidailhet, cette attitude conduirait à une fragilité
narcissique. Il s'agit des mères très présentes dans la
vie de leur fille et très critiques envers elle ; des mères qui
projette leur propre désir sur leur fille, leur expose un idéal
à atteindre. Elles exercent ainsi une certaine pression sur leur fille,
imposant une certaine rigueur. On peut imaginer que, face à une telle
pression, de nombreuses critiques et remarques de la part de la mère
(même si celle-ci ne souhaite en aucun cas être
« méchante » à travers ces remarques mais
être bienveillante et permettre à sa fille d'atteindre
l'idéal et de réussir), la jeune fille ait une faible estime de
soi et manque de confiance en elle : peur de ne pas réussir, ce
processus de dévalorisation face aux critiques. La maman endosse ainsi,
inconsciemment, un rôle de persécutrice. Et cela est
accentué par le fait que la majorité des filles anorexiques
montrent un caractère réservé, une attitude
d' « enfant modèle », qui n'ose pas se
rebeller. L'anorexie serait alors un moyen pour la jeune fille de trouver une
sensation de contrôle, dans sa vie qui semble prise en main et
dictée par sa mère. Elle contrôle son corps, son poids ce
qui lui donne un certain pouvoir sur elle-même.
On peut aussi noter que l'anorexie apparaît
essentiellement à l'adolescence, moment où le corps de la petite
fille devient un corps de femme. La jeune fille voit apparaître
progressivement dans le miroir, un corps qui ressemble de plus en plus à
celui de sa mère. Maigrir à l'extrême permet d'effacer ces
formes féminines et d'une certaine manière de se défaire
ainsi du corps de sa mère, comme pour dire : « Tu n'agiras pas
sur mon corps ».
Je reste assez prudente face à cette hypothèse qui
met en cause la maman, parce que je trouve cela un peu
« facile ». En effet, plusieurs maladies psychiques ont
été expliquées par les attitudes inadéquates des
mères, je pense notamment à l'autisme (des mères qui ne
donnait pas assez d'amour, des mères distantes, froides). Les
mères sont le principal élément de la construction
psychique de l'individu, d'après la théorie de Freud. C'est la
maman qui permet à l'individu de se construire en tant que sujet, de se
différencier du monde extérieur,... Or, lorsqu'un trouble
psychique est détecté chez un individu, la mère est
rapidement mis en cause. Il me semble que c'est une cause vite
trouvée.
3.3 L'altération de la fonction paternelle :
Il est intéressant également d'observer les
attitudes des pères des personnes anorexiques. Parce qu'en effet, la
plupart d'entre eux présentent un caractère réservé
voire absent, qui se plient aux ordres de la mère, qui laissent celle-ci
prendre les décisions. Beaucoup de jeunes filles anorexiques ont eu une
relation assez distante avec leur père. C. Artus relate
: « Je me souviens de jeunes filles en entretien qui disaient :
« Si mon père avait réagi davantage, s'il avait
tapé un peu plus du point sur la table, je ne serais peut-être pas
aller aussi loin dans mes restrictions alimentaires », donc les
pères peuvent également être mis en cause ».
L'anorexie serait-elle alors un moyen d'attirer l'attention d'un père
distant ? Ou un moyen de signifier au père qu'il ne joue pas son
rôle de séparateur dans la dyade mère-enfant ?
Quelques psychanalystes tel que Freud et Lacan évoquent
aussi la possibilité de voir en l'anorexie un trouble de
l'identité sexuelle : le père étant absent, ou du
moins en retrait, la petite fille, au moment du stade oedipien (décrit
par Freud), n'aurait pas bien différencié les deux sexes homme et
femme, n'ayant que la mère comme figure d'identification.
Cette thèse de trouble de l'identité sexuelle est
réfutée par la plupart des médecins et des
spécialistes, qui affirment que la jeune fille anorexique est tout
à fait consciente de sa sexualité et qu'il n'y a aucune
ambiguïté. La jeune fille sait tout à fait qu'elle est de
sexe féminin et mais elle refuse de voir apparaître des formes
féminines sur son corps.
3.4 Problèmes de fonctionnement familial:
L'organisation familiale est souvent mise en cause
également. L'anorexie est parfois symptomatique d'un dysfonctionnement
familial. L'unité de soins pour adolescents de
Charleville-Mézières a proposé (ne le font plus pour cause
d'absence de thérapeute familial), des thérapies familiales aux
jeunes filles anorexiques. Les parents, la jeune fille anorexique et
éventuellement la fratrie étaient réunis autour du
thérapeute afin de discuter ensemble d'éventuels changements
à apporter dans l'organisation familiale et/ou dans les relations
familiales. Au cours de ces thérapies étaient souvent mis en
avant :
-des parents trop rigides dans leur
éducation, qui ne parviennent pas à s'adapter aux besoins
changeants d'une enfant qui devient adolescente.
-des parents assez strict envers l'adolescente,
des parents exigeants et amenant une certaine pression dans la réussite
de leur enfant. Les parents investissent tous leurs désirs de
réussite (scolaire et professionnelle surtout) sur leur petite
fille et mise tout sur cette enfant en particulier (parfois parce que les
frères et soeurs posent plus de problèmes, ont moins de
capacités). La jeune fille, dans sa réussite scolaire satisfait
le désir de ses parents, en oubliant ses désirs à elle.
-une adolescente un peu réservée dans la famille,
l'enfant modèle à laquelle les parents portent un peu moins
d'attention
-des relations particulières entre la personne
anorexique et l'un des deux parents : soit très
fusionnelles, soit au contraire une absence de relation ou une
relation conflictuelle
-une adolescente qui endosse une grande
responsabilité au sein de la famille (notamment dans les familles
mono-parentales), comme par exemple aider le parent dans la prise en charge du
dernier enfant
Ce genre de thérapie permettait aussi d'améliorer
les tensions familiales créées par l'anorexie. La jeune fille
anorexique ne se voit pas du tout malade et pense qu'elle va très bien
alors que les parents sont très inquiets et craignent la mort de leur
fille. Leurs discussions par rapport à l'anorexie, par rapport à
la nourriture et aux repas sont souvent conflictuelles. La thérapie
familiale peut donc permettre à la jeune fille de prendre conscience et
d'entendre l'inquiétude de ses parents (ce qui favorise parfois la prise
de conscience de la maladie).
Encore une fois, je pense qu'il est important de se montrer
extrêmement délicat lorsqu'on met en cause les parents. Il ne faut
pas trop rapidement les mettre à l'origine de la maladie sous
prétexte que c'est à travers eux que le psychisme de l'enfant se
construit. Dans l'anorexie mentale, ce sont très probablement eux qui
endurent la plus grande souffrance psychologique. Effectivement, la personne
anorexique n'a pas conscience qu'elle est malade et refuse d'admettre cette
idée, n'est pas consciente de son extrême maigreur, ne ressent pas
son corps qui s'épuise. Ce sont les parents qui s'affolent en voyant
l'état de leur fille se dégrader, sans pouvoir rien faire,
impuissants. Je pense que de ne pas savoir comment faire pour aider leur fille
apporte déjà une culpabilité énorme chez les
parents. Si en plus le personnel soignant leur évoque la
possibilité qu'ils soient la cause de la maladie de leur fille, cela
augmente encore leur souffrance. Dans son livre, Peggy Claude-Pierre,
psychologue canadienne qui a vu ses deux filles plonger dans l'anorexie,
évoque sa souffrance en tant que parent : « J'avais l'esprit
tétanisé par la peur et l'impuissance. »12(*), la peur que sa fille meurt,
en être spectateur sans parvenir à la sauver. Pour elle, les
parents ne doivent pas être tenus pour responsables. Au contraire, il
faut les déculpabiliser et les accompagner pour qu'ils continuent
à soutenir leur fille atteinte de l'anorexie.
3.5 Le stade difficile de l'adolescence :
L'anorexie apparaît le plus souvent à
l'adolescence. Il est vrai que c'est un stade important de notre vie : le
corps change et de manière plus conséquente chez les filles.
L'image corporelle est modifiée : l'image que la petite fille se faisait
de son corps ne concorde plus avec ce corps de femme qui apparaît. C'est
donc un moment propice pour que l'image corporelle soit perturbée. Il
est possible que l'adolescente ne se sente pas bien dans ce nouveau corps,
qu'elle accepte mal ces modifications.
L'adolescence est également un moment où le groupe
d'amis prend une importance assez forte et les jeunes cherchent à se
conformer aux valeurs partagées par ses amis afin d'être
acceptés, de s'intégrer au sein du groupe. Et la pression du
groupe par rapport à son image, à son apparence physique est
souvent assez forte chez les adolescents. En outre, ils sont aussi plus
sensibles aux remarques des autres à cet âge. C'est le moment
aussi où l'on découvre l'amour et on cherche à
séduire. L'adolescent se regarde dans le miroir, cherche à
être séduisant. Or, la minceur est un critère de
beauté dans nos sociétés. Certains jeunes peuvent penser
qu'être joli et mince peut leur permettre de s'intégrer plus
facilement. Cela pourrait conduire à des troubles alimentaires, en
cherchant à être mince.
Le passage de l'enfance au monde adulte peut donc être
propice à l'apparition de la maladie et à l'adoption de conduites
alimentaires pathologiques.
3.6 Une personnalité spécifique :
3.5.1 Un schéma de pensée destructeur :
L'anorexie apparaît le plus souvent à la suite d'un
événement marquant, difficile à surmonter. Elle serait
donc une sorte de mécanisme de défense, une manière de
faire face à cet événement.
En outre, face à un événement douloureux ou
mal compris (ex : divorce des parents), il se pourrait que la personne
anorexique eut tendance à se considérer comme responsable.
13(*)
Il s'agit le plus fréquemment d'un
événement survenu pendant l'enfance et laissant naître une
grande culpabilité. Cela peut être une suite
d'évènements également, desquels la personne a
endossé la cause, augmentant de plus en plus son sentiment de
culpabilité.
L'anorexie serait ainsi dû à un schéma de
pensée mis en place chez la personne conduisant celle-ci à se
tenir responsable et coupable des évènements négatifs se
produisant dans sa vie.
3.5.2 Une pensée négative :
En observant ses deux filles anorexiques, puis par la suite les
nombreuses personnes anorexiques qu'elle accueille dans sa clinique,
Claude-Pierre PEGGY14(*)
est convaincue que l'anorexie est une sorte d'auto-destruction, poussée
par un pulsion inconsciente de suicide. Cela est du à une pensée
négative, qu'elle appelle État Négatif
Confirmé. La personne interprète l'environnement et les
évènements de manière pessimiste et négative. Cet
état serait présent dès la naissance, un peu comme un
trait de personnalité propice au développement du trouble
alimentaire. Les personnes anorexiques font preuve d'une
hypersensibilité, s'inquiétant du bonheur et du
bien être des autres et fortement touchée par les catastrophes
survenant dans le monde. Ce sont des gens extrêmement serviable, à
l'écoute des autres, toujours prêts à aider autrui,
à donner du temps et de leur personne, qui dans les réunions,
dans les rassemblements d'amis ou de famille se mettent un peu en retrait et
observent les autres. C'est aussi, et surtout, une personne qui endosse une
certaine responsabilité et une certaine culpabilité face aux
évènements qui se produisent dans sa vie, chez ses proches et
même face aux problèmes mondiaux.
Dans ce sentiment de culpabilité et de
responsabilité, la personne anorexique a le sentiment d'être
mauvaise, incapable. L'anorexie, à travers les restrictions alimentaires
est une forme de punition que s'inflige la personne : « Mes enfants
ne pouvaient pas me dire pourquoi elles se sentaient coupables ; elles
savaient juste qu'elles l'étaient car elles étaient
mauvaises »15(*). Ce sentiment va jusqu'à une haine de soi, une
négation de soi.
« Après chaque repas, elle parlait de ses
modes de pensée illogiques qu'elle ne pouvait se sortir de la tête
[...] : « Maman, j'ai tellement mal. Je ne devrais pas le manger.
C'est tout ce que je mérite » ».16(*)
Ce sentiment provient de l'hypersensibilité, trait de
caractère inné chez la personne, mais aussi de l'environnement
qui vient confirmer cette culpabilité, cette responsabilité. Les
parents par exemple, qui ont des paroles insinuant une certaine
responsabilité (l'auteur donne l'exemple d'un petit garçon qui,
lors du divorce des parents, dit à sa mère qu'il sera la pour
soutenir sa maman : si la maman confirme ce besoin de soutien, elle fait
endosser une certaine responsabilité à l'enfant).
L'auteur compare ce qui se produit dans la tête des
gens anorexiques à « une guerre civile dans la
tête »17(*), une guerre contre soi-même. Il s'agit d'une
sorte de dédoublement de personnalité ou deux esprits (un
négatif et un positif) s'affrontent. De nombreuses jeunes filles
anorexiques parlent d'une voix qui les culpabilise, qui les punit : la
pensée négative (au détriment de la pensée
réelle). Une petite voix qui leur dit sans cesse qu'elles sont grosses,
nulles, moches, incapables...et qu'elles doivent être punies, en ne
s'accordant pas le droit au plaisir.
Ainsi, la personne est incapable de manger quoi que se soit.
La pensée réelle (le mode de pensée
« normal ») est complètement éteinte : la
pensée négative prend le dessus. Manger devient alors une source
d'angoisse intense, dominée par la pensée négative.
3.7 le point de vue des personnes anorexiques :
La majorité des personnes anorexiques expriment
souvent avoir reçu des remarques dans leur enfance à propos de
leur physique (par les camarades de classe, par la famille). Quelques unes
avaient des soucis d'embonpoint avant de devenir anorexique et recevaient des
remarques par rapport à leur poids. La plupart d'entre elles se
souviennent avoir été mal dans leur peau et complexées
durant la période précédent la maladie. Elles disent
presque toutes avoir voulu entamer un petit régime pour perdre du poids.
Petit à petit, elles ont restreint de plus en plus leur alimentation et
ont perdu du poids à ne plus pouvoir s'arrêter, ne se trouvant
jamais assez mince.
Ce chapitre a exposé les différentes causes
possibles, chaque cas d'anorexie possédant sa cause propre.
Néanmoins, la thèse qui me semble la plus intéressante
à exploiter est celle de la pensée négative qui habite la
personne. Les jeunes filles anorexiques, d'après les professionnels de
la santé mentale que j'ai rencontrés, semblent peu
intéressées par le domaine de la mode, donc la
société ne jouerait pas un rôle important dans l'apparition
de la maladie. Accuser les parents me semble assez délicat, dans le sens
où ils souffrent (peut-être même plus que la personne
anorexique elle-même) de se voir impuissants face à leur fille qui
semble mourir à petit feu. Par contre, le sentiment de
culpabilité et la pensée négative est présente chez
toutes les personnes atteintes d'anorexie mentale. C'est ce qui les a conduit
à cette culpabilité qui diffère de l'une à l'autre
: l'anorexie est un mécanisme de défense qui s'est mis en place
pour surmonter un moment difficile de la vie, pour se sortir d'une situation
désagréable.
Ainsi, après avoir compris en quoi l'image corporelle de
l'adolescente anorexique est perturbée et d'où provient ce
trouble, je peux envisager comment, en tant qu'éducatrice, je peux
offrir les moyens à la personne anorexique pour qu'elle parvienne
à percevoir une image de son corps plus proche de la
réalité, pour lui permettre une meilleure connaissance et une
meilleure acceptation de son corps.
4. Proposer un accompagnement et des soins, en
matière d'image corporelle, à des personnes anorexiques:
Lorsqu'on envisage un projet auprès de personnes
anorexiques, il me semble important de prendre en compte le déni de la
maladie et le refus de soin de la part de celles-ci. Seulement après je
définirai les besoins de ces personnes, du point de vue de l'image
corporelle. Puis, j'apporterai des informations de l'unité de soins pour
adolescents de Charleville-Mézières, qui s'est engagée
dans l'amélioration de l'image corporelle auprès d'adolescentes
anorexiques.
4.1 Guérir des jeunes filles « qui
ne sont pas malades » :
La personne qui souffre d'anorexie est dans la négation
de la maladie : tout va très bien, elle n'est pas malade. Elle est
surtout dans le déni de la maigreur : elle ne se voit pas maigre et les
inquiétudes de l'entourage et des médecins sont
injustifiées pour elle. Lui proposer des soins dans un tel état
mental se solde donc par un refus. En tant que soignant, si l'on insiste, si
l'on ne va pas dans le sens de la personne, on risque de se retrouver en
conflit avec la personne. Il s'agit donc de lui en faire prendre conscience
très progressivement. Parfois, les jeunes filles commencent à
prendre conscience de leurs difficultés lorsque la fatigue commence
à se faire trop grande ou quand des problèmes de sommeil
apparaissent (ce qui les dérangent particulièrement dans leur
performance scolaire). Certaines ressentiront aussi un état
dépressif important et demanderont alors de l'aide à ce moment
là.
Quand bien même la personne parvient à prendre
conscience du problème de la maladie, elle refuse toute aide
extérieure : pour elle, elle peut s'en sortir toute seule. Elle est donc
très rétissante aux traitements, à la prise en charge
médicale. Elle refuse d'autant plus si les soins sont prescrits sur le
temps scolaire ou si elle doit sacrifier du temps prévu pour
étudier (ce qui est le cas lors des hospitalisations)
En outre, la personne n'a pas toujours envie (inconsciemment)
de sortir de la maladie, parce qu'elle y trouve parfois quelques
bénéfices secondaires : par exemple, elle existe au sein de la
famille à travers sa maladie (la famille lui porte de l'attention).
Le lâcher-prise et sortir de la maladie, même quand
elles prennent conscience qu'elles ne vont pas bien, est difficile. Par
exemple, elles annoncent qu'elles vont reprendre du poids : 2kg, puis
finalement elles se rendent compte que c'est trop ; donc plutôt se fixer
1,8kg ; puis finalement, elles ne veulent plus prendre du poids mais simplement
ne pas en perdre. Elles font ainsi, pendant un certain temps, un pas vers la
guérison, vers le lâcher prise, puis reculent.
L'accompagnement des personnes anorexiques nécessite donc
de la patience et beaucoup de « tact » pour les amener
d'abord à une prise de conscience (le plus souvent partielle), avant
d'entamer tout projet ou mise place auprès d'elles. Il faut d'abord
instaurer une confiance entre soignants et patientes qui n'est pas très
facile.
4.2 hypothèse des besoins à satisfaire
pour améliorer l'image corporelle des adolescentes anorexiques :
D'après les informations
décrites précédemment, par rapport à ce qui est
défaillant du point de vue de l'image corporelle chez la personne
anorexique, et en tenant compte des causes de la maladie, cette population
semble avoir besoin de:
-se mettre à l'écoute de son
corps
-percevoir des sensations au niveau corporel, tant
positives que négatives, du moment qu'elles parviennent
déjà (à « s'autoriser ») à
percevoir des sensations
-mieux connaître son corps (sa structure, sa
forme, ses limites, ses capacités)
-d'exprimer des choses à travers son corps (et
non plus être simplement un porte manteau, un corps vide)
-apprendre à accepter son corps et parvenir
à en faire un « ami »
-s'insérer à nouveau dans des relations
sociales épanouissantes
-prendre confiance en soi
-se sentir valorisée
Maryse Ravel Sarrola conseille, pour soigner les personnes
anorexiques, particulièrement du point de vue de l'image corporelle :
« En réalité, toute la
démarche thérapeutique s'attache à proposer
l'expérience corporelle au rythme de l'acceptable et de
l'intégrable pour le sujet. Car une grande partie de l'acte
thérapeutique consiste à
« reconnaître » le sujet dans sa capacité
à se retrouver (par) lui-même, ceci en le replaçant
toujours au coeur de ses propres intentions de découverte. L'aider dans
ses actes de prise de conscience corporelle mais le laisser libre d'explorer
son vécu [...]. »18(*)
Autrement dit, je dois apporter l'occasion à la personne
anorexique de percevoir son corps autrement. Mais la démarche doit
partir de la personne elle-même. Je l'accompagne dans ses ressentis mais
c'est elle qui doit se mettre à l'écoute de son corps et faire
évoluer l'image qu'elle a d'elle même.
De plus, étant donné que la personne a du mal
à se considérer comme « malade » et donc
à accepter les soins, les thérapies et autres mises en place, en
tant qu'éducatrice je pourrais peut-être proposer une
activité ou une démarche qui sorte du domaine purement
médical ; une activité dans laquelle la personne n'aura pas
l'impression de soins.
4.3 Un exemple de démarche de soins corporels
auprès d'adolescentes anorexiques :
Il est encore assez rare de trouver des
structures qui proposent de travailler sur l'image corporelle dans le
traitement de l'anorexie.
L'Unité de Soins pour Adolescents de
Charleville-Mézières, accueille des adolescents souffrants de
toutes pathologies psychiatriques confondues. Il y a encore quelques
années, cette structure proposait un accompagnement essentiellement par
la parole aux adolescentes souffrant d'anorexie. Puis, face à la part
grandissante de ces jeunes filles dans l'institution et l'échec de la
prise en charge, qui n'était significativement pas très
adaptée aux besoins des personnes, les éducateurs et
infirmières ont envisagé des soins corporels pour
améliorer l'image et la relation des adolescentes anorexiques à
leur corps. Ses professionnels ont alors mis en place des séances de
massages, soins esthétiques et balnéothérapie visant :
-une prise de conscience de son schéma corporelle
(comment est constitué le corps, redéfinir les limites
corporelles)
-un retour aux sensations corporelles (positives si possible)
-prendre du temps pour soi, prendre soin de soi
-lâcher prise
Même dans le cadre de soins esthétiques (maquillage,
coiffure...), aucun miroir n'est présent : le but n'est pas
esthétique mais dans la perception de sensations corporelles.
Les jeunes filles anorexiques fréquentent cet
établissement une fois tous les quinze jours, bénéficiant
d'une prise ne charge individuelle d'une part, et d'une prise en charge en
groupe pour avoir des retours de la part des autres, se construire dans le
regard et les attitudes des autres face à elles. Ce groupe n'est pas
constitué entièrement d'anorexiques. Pour les professionnels, ce
serait impossible de travailler qu'avec un groupe d'anorexiques car elles
risqueraient de se lier pour faire front aux soignants et refuser fermement les
soins. Ils précisent aussi qu'ils ne commencent pas immédiatement
dès la première séance les soins, mais après avoir
rencontré la personne au moins trois fois en entretien, pour apprendre
à se connaître et instaurer un minimum de confiance. Ensuite, il
commence déjà une manucure pour appréhender le toucher
(qui leur est souvent insupportable). Ce type de prise en charge
nécessite donc beaucoup de patience et s'accorder au rythme du
supportable pour la personne. Pour pouvoir noter une amélioration, il
faut en moyenne deux à trois ans de prise en charge. Ce type de prise en
charge est possible lorsque le pronostic vital de la personne n'est pas
engagé (sinon quoi celle-ci est hospitalisée en service de
pédiatrie ou dans un hôpital plus spécialisé,
souvent sur Paris). En parallèle, la personne continue ses rencontres
régulières avec un médecin. Ces professionnels pensent
impossible de pouvoir parler de guérison (qu'ils n'ont jamais pu
constater) mais plutôt de mieux-être (trouver un équilibre
pour vivre avec la maladie), et celui-ci est encore rare.
Ses soins sortent un peu du domaine médical, ce qui
pourrait laisser penser que les personnes anorexiques acceptent plus facilement
ses soins. Néanmoins, le simple fait de fréquenter cet
établissement psychiatrique donne déjà une connotation
médicale pour ces jeunes filles.
4.4 Conclusion :
Pour répondre aux besoins cernés ci-dessus,
j'envisage la possibilité d'utiliser la danse. En effet, à
travers ma propre expérience de la danse (fréquentation de cours
de danse orientale et de danse moderne durant une année), j'ai moi
même découvert mon corps autrement, perçu un certain nombre
de sensations agréables (légèreté, énergie,
les vêtements qui glissent sur la peau, tremblement et vibrations...)
mais aussi désagréables (étirement douloureux,
courbatures). Je suis parvenue à apprécier davantage mon corps,
en trouvant des positions et des mouvements à travers lesquels je me
trouvais jolie, mais aussi en voyant ce que mon corps était capable de
produire. J'ai pris confiance en moi. De surcroit, c'est quelque chose qui sort
complètement du domaine médical (ou psychologique) et qui
peut-être perçu davantage comme un loisir pour la personne
anorexique.
5. Impact de la danse sur l'image corporelle des
personnes anorexiques ?
5.1 Définition et apports de la danse :
La danse est un sport, qui « consiste en la
réalisation d'un ensemble de mouvements corporels volontaires et
rythmés, le plus souvent exécutés au son d'une
musique »19(*). La danse est aussi un art : l'art de s'exprimer
à travers son corps.
La danse peut s'exercer de manière professionnelle
(à haut niveau, suivant des codes et des règles) ou davantage
comme un loisir (cours de danse au sein des espaces socio-culturels, par
exemple). Présente dans toutes les sociétés, chacune ayant
sa propre manière de danser, la danse est aussi un élément
social et festif, qui unit et rassemble les gens. C'est pourquoi aussi, il
existe différents types de danse, représentants d'une certaine
époque et/ou d'une certaine culture : danse africaine, danse classique,
danse orientale, danse country, flamenco, tango, salsa, valse, danse
contemporaine, hip-hop, danses folkloriques,...
Depuis peu, la danse est aussi utilisée à des fins
thérapeutiques, comme outil permettant d'aller à la connaissance
de soi, comme moyen d'entrer en relation avec soi en se mettant notamment
à l'écoute de son corps et de ses émotions, et
d'accéder ainsi à une certaine forme de bien-être.
Principalement, les bienfaits que la danse est susceptible de
procurer, d'un point de vue de l'image corporelle sont :
-offrir l'occasion de percevoir des sensations corporelles
(étirements, muscles qui travaillent, chaleur, le vent sur la peau, le
toucher de l'autre avec qui je danse, éventuellement des sensations de
légèreté ...). De surcroît, le fait d'être
attentive à ces sensations permet aussi une meilleure maîtrise du
mouvement.
-avoir une meilleure représentation de l'espace et de
son corps dans l'espace (pour exécuter une certaine chorégraphie,
il faut parvenir à se représenter l'espace dans lequel on
évolue et la place que l'on occupe dans cet espace, évaluer les
distances, les distances que l'on parcourt à travers un de nos
pas...)
-mieux accepter son corps en cherchant, face au miroir des
mouvements et des postures à travers lesquels on se trouve jolie ou en
tout cas en recherchant une certaine harmonie dans les mouvements que l'on
effectue. En outre, le corps devient davantage un ami, permettant de
créer et de réaliser des choses et l'on prend conscience
également des capacités et des limites de son propre corps.
-apprendre à exprimer des choses à travers son
corps, à se servir de son corps pour communiquer et faire passer un
message.
-la danse se pratiquant rarement seul, elle peut aussi
être un outil de socialisation, un moyen de travailler le contact avec
autrui : que ce soit dans un club de danse de la ville au sein duquel on
crée des affinités avec les autres participants ou dans l'acte de
danser lui même, lorsqu'on crée une chorégraphie avec une
autre personne, lorsqu'on entre en contact physique avec l'autre (lors des
portés, lorsqu'on se tient la main, lorsqu'on joue avec le poids du
corps de l'un et de l'autre...). Au sein d'un groupe de danseurs, une certaine
cohésion se crée. La danse, d'un point de vue festif, est aussi
un moyen de faire connaissance avec la personne, d'entrer en contact avec
elle.
-la danse est souvent destinée à être
montrée : ainsi, la personne, dans le regard admiratif des autres,
éventuellement de ses proches qui sont venus la voir, elle peut
acquérir une meilleur estime d'elle-même et se sentir
valorisée.
5.2 Étude empirique :
Pour me renseigner davantage par rapport à la danse et ce
qu'elle est susceptible de procurer chez les participantes, je me suis rendue
au Conservatoire de musique et de danse de Verdun (FRANCE). Les personnes qui
viennent y pratiquer la danse le font comme un loisir : il ne s'agit pas du
tout de danse à haut niveau. L'idée m'est alors venue de les
questionner sur ce que la danse leur apporte et au sujet de leur image
corporelle. J'ai donc demandé aux 23 danseuses, âgées de 15
à 50 ans, de remplir un questionnaire de manière anonyme (car les
questions me paraissaient tout de même assez intimes)20(*). J'ai ensuite donné le
même questionnaire par rapport à l'image corporelle à des
personnes qui ne pratique pas la danse, dans le but de rechercher si les
personnes qui pratiquent la danse ont une meilleure image de soi que les
personnes qui ne dansent pas. Les résultats ne peuvent pas être
extrêmement fiables du fait du nombre assez restreint de personnes
interrogées. En outre, d'autres facteurs tels que l'âge ou
l'histoire de la personne, peuvent influencer la perception que les personnes
ont de soi et de leur corps. Voici tout de même ce que
révèlent les résultats, selon mon interprétation :
-en ce qui concerne la note que les personnes
accorderaient à leur corps, je peux constater que les
réponses des danseuses s'étendent de la note 2 à la note
6. Alors que les notes données par les non-danseuses descendent
jusqu'à 1 et ne montent pas plus haut que 5. La population de danseuses
semble être capable d'attribuer des notes plus clémentes à
leur corps que celles des non-danseuses. De plus, 65% des danseuses accordent
une note supérieure ou égale à 4/6 contre 57% des
non-danseuses. Ce qui permet d'envisager une acceptation de son corps,
légèrement plus élevée chez les personnes qui
fréquentent un cours de danse de ceux qui n'en pratiquent pas.
-au niveau de l'aisance face aux regards des
autres, je peux constater que seule la population de danseuses se
permet de monter jusqu'à 6/6 pour évaluer leur perception du
regard des autres, les non-danseuses n'ayant pas coché de solutions
supérieures à 5. Ce qui me permet de penser qu'une part plus
importante chez les danseuses est tout à fait à l'aise face aux
regards des autres que chez les non-danseuses. Cependant, seule une personne a
affirmé n'être pas du tout à l'aise face aux regards des
autres chez les non-danseuses, contre 2 chez les danseuses. Ce qui, bien que
les chiffres soit très peu denses, constitue le double de personnes chez
les danseuses à y être tout à fait mal à l'aise.
-du point de vue de la confiance en soi, les
chiffres ne sont pas significativement très différents d'une
population à l'autre. Néanmoins, 5 personnes accordent une note
supérieure ou égale à 5/6 chez les danseuses, soit
près de 22% d'entre elles, contre 2 personnes chez les non-danseuses,
soit 8% de ces dernières.
-pour ce qui est de l'acceptation de soi telles qu'elles
sont, il semblerait qu'un peu plus de femmes qui pratiquent la danse
s'acceptent bien telles qu'elles sont que les personnes qui ne participent pas
à des cours de danse. En effet, 16 danseuses déclarent bien
s'accepter voire très bien s'accepter telles qu'elles sont, contre 12
chez les non-danseuses. Cette constatation montre une part plus importante de
femmes qui s'acceptent telles qu'elles sont chez les danseuses.
-enfin, il me semblent intéressant de noter qu'aucune
personne parmi les non-danseuses n'a coché la réponse 6,
autrement dit 6/6 au question sur l'image de soi, ce qui n'est pas le cas parmi
les danseuses. Effectivement, une danseuse parvient à donner la note de
6/6 à son corps et 2 d'entre elles être tout à fait
à l'aise face au regard des autres.
Ce questionnaire a donc une légère tendance
à démontrer que les danseuses ont une meilleure image d'elles
mêmes, ou plutôt que la part des personnes ayant une bonne image de
leur corps et d'elles-mêmes est plus importante chez les femmes qui
fréquentent un cours de danse. Néanmoins, je tiens à me
montrer prudente dans l'utilisation de ces résultats, en vue du nombre
restreint de personnes interrogées.
Ce qui se révèle particulièrement
intéressant dans cette étude, c'est les propos des danseuses par
rapport à ce que leur apporte la danse.21(*) En effet, elles rapportent des sentiments et des
sensations très positives dans leur expérience de la danse.
D'après ces témoignages, la danse apparaît comme une
activité agréable, qui leur procure du bien-être et du
plaisir. La danse est donc susceptible d'offrir des expériences
corporelles agréables et des moments de plaisir aux jeunes filles
anorexiques.
5.3 Claude LORIN : devenir danseuse pour guérir
de l'anorexie :
Claude LORIN a exercé le métier de psychiatre
pendant plusieurs dizaines d'années, durant lesquelles il a
traité de nombreux cas d'anorexie. Pratiquant également la danse
comme loisir, il a envisagé cette discipline comme un moyen de
guérison pour les personnes atteintes d'anorexie mentale. Pour lui, la
danse induit un « processus de renarcisisation »22(*) :
-D'une part, la danse redonne un élan de vie à ces
jeunes filles qui tanguent plutôt du côté de la mort. Le
rythme, la musique et les mouvements apportent du plaisir à la personne
qui danse, des sensations et des perceptions agréables et
entraînantes.
-La danse conduit aussi à se regarder dans le miroir,
à chercher des gestes harmonieux, esthétiques. C.L
considère cette action comme un retour au stade du miroir de Lacan : la
personne s'observe et se redécouvre face au miroir. Lorsque la danseuse
cherche à travers le miroir les positions et les gestes qui mettent en
valeur son corps, la personne retrouve de l'amour pour soi (en effectuant des
mouvements jolis). La danse suppose aussi qu'on expose et qu'on présente
son corps à des spectateurs : le regard admiratif des spectateurs
(éventuellement des proches et de la famille) et les encouragements du
professeur peuvent également augmenter l'estime de soi et l'amour que
l'on a pour soi.
- « Je danse donc
j'existe »23(*) : La danse est également une manière de
raconter une histoire, d'exprimer des sentiments et des émotions avec
son corps. Ceci nécessite donc que la personne habite son corps et
exprime des choses à travers lui, chose que la personne anorexique ne
fait pas.
Ainsi, à chacune de ses patientes, C.L. demandait qu'elle
suivent un cours de danse, voire qu'elle rentre dans une école de danse.
Il s'agit d'une pratique de la danse à haut niveau. Celui-ci ne
participait pas à ces cours, n'y assistait pas, mais en reparlait avec
la personne lors des entretiens psychologiques. A travers cela, il cherche
à faire des troubles des anorexiques, des atouts. Il cherche à
mettre la personne anorexique dans un contexte où ses difficultés
seront des avantages. En effet, la danse nécessite une certaine rigueur
alimentaire : la personne ne doit pas grossir mais ne doit pas non plus maigrir
et manger suffisamment pour être capable d'effectuer les figures
demandées. La personne anorexique peut parler d'alimentation et de
comptage de calories sans tabou et sans être stigmatisée puisque
c'est un sujet qui pend aux lèvres des danseuses. Ainsi, la personne
sera motivée à manger par l'envie de réussir ses figures
(besoin de l'énergie suffisante) et sera en quelque sorte
rassurée de devoir se situer dans une tranche de poids raisonnable. De
plus, la personne anorexique présente une hyperactivité constante
qu'elle pourra alors mettre au service de la danse, cette dernière
nécessitant une démonstration d'énergie assez importante.
Enfin, pour réussir dans cette discipline, la personne
devra se mettre à l'écoute de son corps et de ses perceptions,
l'imaginer dans l'espace ce qui la conduira peut-être à une image
corporelle plus proche de la réalité
Pour la majorité des jeunes filles anorexiques
soignées par C.L., la pratique de la danse a été
très bénéfique, dans le sens où la plupart sont
parvenues à accepter davantage leur corps, ont repris du poids et ont
quitté le chemin vers la mort pour s'élancer à nouveau
dans la vie et retrouver l'envie de vivre. Néanmoins, de mon point de
vue personnel, il me semble que ces jeunes filles ont plutôt trouver une
manière de vivre avec la maladie qu'une véritable
guérison. Elles conservent leurs mécanismes et leur schéma
de penser d'anorexique : comptage des calories, surveillance pointilleuse du
poids, peur de grossir, maîtrise et contrôle de son corps. Elles
ont simplement fait de ces comportements pathologiques, des atouts aux profits
d'une discipline de rigueur.
5.4 La danse-thérapie :
5.4.1 Définition :
La danse-thérapie s'appuie sur des théories bien
spécifiques, nécessitant une formation pour pouvoir l'exercer.
Benoit Lesage24(*) définit la danse-thérapie comme
« un questionnement de notre investissement corporel, de nos
représentations et modes de présence, de l'acceptation ou non de
notre chair, de notre rencontre entre le dialogue corporel et les limites que
nous posons »25(*). La danse thérapie propose de mieux se
connaître, de connaître son corps en analysant nos mouvements,
notre manière de se mouvoir et les émotions que l'on ressent dans
le mouvement, seul ou avec l'autre. En effet, notre manière de se tenir,
de se déplacer, notre posture révèlent des choses sur
notre personnalité et notre identité. Aussi, la danse
thérapie se différencie -t-elle de l'expression corporelle :
cette dernière consiste à exprimer une émotion, à
communiquer en utilisant son corps alors que la danse-thérapie consiste
à se mettre en mouvements, de manière improvisée sans
réfléchir à faire tel ou tel mouvement, en se laissant
aller et à analyser ensuite les émotions que l'on a ressenti et
les postures que l'on a prises. Ainsi, des grilles d'observation du mouvement
sont élaborées ou tel mouvement, telle partie du corps signifie
telle personnalité et apporte telle émotion.
« Chaque posture, chaque geste est façon
d'être, de recevoir, de se présenter. Le corps, dont la
création est aussi celle du sujet, n'est pas un instrument de
l'être, l'objet qu'il manierait mais son écrin, sa
présentation. [...](L'expressivité du corps) nous ouvre
également la possibilité d'un décryptage, qui sera pour la
danse thérapie une lecture psychodynamique du corps en mouvement. Dans
ses façons de se tenir, de se mouvoir, quelque chose se dit du sujet,
qui peut être déchiffré. »26(*)
Les séances de danse-thérapie sont donc toujours
constituées d'un temps de mise en mouvement et d'un temps de parole et
d'analyse du mouvement et des émotions.
Personnellement, en tant qu'éducateur
spécialisé, je trouve ces théories un peu complexes et je
ne comprends pas vraiment comment passer du geste à la parole.
Cependant, les expériences de danse-thérapie auprès de
jeunes filles anorexiques apportent des informations intéressantes.
5.4.2 L'expérience de Claire BERTIN :
Informations tirées du fascicule intitulé
Danse-Thérapie et Troubles des conduites alimentaires,
« J'ai mal au corps », dans lequel Claire Bertin
relate et analyse son projet.
Claire Bertin est psychomotricienne et danse-thérapeute.
Elle a mis en place, en collaboration avec une collègue psymotricienne
et psychodramatiste, un projet de danse-thérapie au sein d'un Centre
Médico-Pyschologique (CMP), destiné à des adolescentes
anorexiques. Cette structure propose des soins ambulatoires
(psychothérapie individuelle, entretiens familiaux et consultation
médicale afin de vérifier les fonctions vitales), derniers
recours avant une éventuelle hospitalisation de ces jeunes filles.
Ce projet a été présenté aux jeunes
filles et leurs parents:
« Ce groupe n'est pas un lieu de performance ni
de compétition mais une proposition d'espace où chacune
peut-être à l'écoute de son corps et de ses sensations :
prise de conscience des zones de tension/détente, du tonus à
travers le mouvement, les postures...Par l'intermédiaire de
différentes médiations inspirées de la relaxation, de la
danse, du jeu, soutenues par toutes les musiques (instruments et musiques du
monde) et par des supports et matériaux informels (tissus, bambous...),
nous explorerons les rythmes du corps, les perceptions, les sensations, les
images du corps... »(p.3)
Ainsi, à travers cet atelier thérapeutique, les
psychomotriciennes cherchent à offrir des expériences
corporelles, sensorielles et relationnelles à ces jeunes filles, en
espérant améliorer l'expressivité de leur corps, la
connaissance de leur corps (limite, capacités, besoins,..) et leurs
relations sociales. Cet espace sera donc un espace d'écoute de son corps
et d'analyse de ses émotions et ressentis.
Contrairement aux autres soins et thérapies
élaborées pour les personnes anorexiques au sein du CMP, la
participation à cet atelier n'est pas une obligation. Cependant, les
jeunes filles qui décident d'y adhérer doivent y participer
pendant toute la durée du projet (un an à raison d'une
séance par semaine). Quatre adolescentes prendront part à ce
projet. Les professionnels s'engagent aussi dans les exercices aux
côtés de leurs patientes pour signifier une collaboration,
d'égal à égal (« entre soignants qui
accompagnent et ne savent pas [...]et des adolescentes qui ne comprennent pas
pourquoi elles sont malades, ni comment sortir de l'impasse »).
Elles tentent d'instaurer un dialogue corporel entre les thérapeutes et
les patientes.
Au fil des séances, les psychomotriciennes ont
visées :
-dans les premières séances : une prise de
conscience de l'espace dans lequel se déroule l'atelier et la
connaissance du groupe à travers des jeux de rythme et de
présentation de soi.
-des explorations proprioceptives, sensorielles et
relationnelles, exprimées et analysées verbalement en fin de
séance
-un travail de prise de conscience « des
systèmes du corps, os, muscles, peau »(p.15), parce que
selon les psychomotriciennes, c'est une expérience sensorielle
facilement accessible, qui symbolise la représentation du dedans (os),
au milieu (muscles), dehors (peau) du corps, limites difficiles à cerner
pour ces adolescentes. Les os, symbole de protection mais aussi d'unité
du corps, ont été explorés par des vibrations et
percussion osseuses (le squelette, selon Claire Bertin, est source de
résonance corporelle mais aussi émotionnelle). Les muscles ont
été ressentis par le mouvement, le tonus et à travers des
pressions manuelles (occasion aussi d'initier au toucher). Enfin, la peau, qui
marque la limite du corps, a été ressentie à travers des
enroulements dans différents tissus, des frottements avec des balles,
des coussins... La délimitation dedans-dehors apporte la distinction
Moi-autrui, indispensable à la construction du Moi corporelle et d'une
identité, défaillants chez la personne anorexique.
-un travail du poids du corps pour induire des questionnements :
Comment je me soutiens ? Comment je porte mon corps ? Celui de l'autre ?
Comment je pèse ? Sur quoi je m'appuie ? ... C'est aussi l'occasion de
travailler la confiance en l'autre (qui me porte, me soutient).
-la construction de la kinésphère, presque absente
chez la personne anorexique. Il s'agit de l'espace qui part du centre de
l'intérieur du corps (entre le nombril et la colonne vertébrale)
et qui va jusqu'à l'espace que l'on peut dessiner en mobilisant les
extrémités de son corps. Cet exercice consistait donc d'abord
à prendre conscience de cet espace, constituer son identité
(manière de le délimiter, de le représenter, de se mouvoir
dans cet espace...) pour pouvoir acquérir un sentiment de
sécurité dans l'approche d'autrui dans cette zone. Cela a donc
été aussi l'occasion de travailler le toucher, la relation
à autrui, mais aussi le regard (comme moyen de communication et
d'invitation plutôt que comme un élément
persécuteur, de jugement et d'observation).
-la dynamique de groupe : prendre conscience des guides, des
guidés, s'affirmer, se confronter, porter sa voix, se présenter
corporellement...
-un exercice sur la représentation du corps des femmes
dans différentes cultures a aussi été mis en place. C'est
intéressant car chaque culture détient son propre idéal du
corps féminin (avec des hanches rondes par exemple, dans les pays
orientaux), différents de notre société occidentale. IL
s'agissait de prendre la posture et/ou de danser la femme africaine qui porte
l'eau ou au pilage du grain, la femme asiatique avec des gestes délicats
qui se coiffe,...
-des mises en scène plus théâtrales ont
été proposées faisant appellent à des
émotions fortes : un homme qui mendie de la nourriture, une maison prend
feu par ma faute et c'est celle de mes parents, j'observe un objet qui me fait
très peur...
-pour clôturer ce projet, les jeunes filles ont construit
un court élément chorégraphique sur l'histoire du groupe.
Les difficultés rencontrées :
-durant les premières séances, les deux
thérapeutes ont eu l'impression d'une ambiance étrange et se sont
senties peu à l'aise. Elles sont face à quatre adolescentes
silencieuses, figées, qui ont un regard « vide » qui
fixe le sol ou le mur. Lorsque Claire Bertin et sa collègue leur
demandent de se mettre en mouvement, l'une est scotchée au mur et ne
s'en éloigne pas alors qu'une autre ne cesse de tourbillonner sur
elle-même, empêchant ainsi tout contact avec une autre danseuse.
Ces professionnels évoquent la « sensation d'un groupe
fantôme, qui semble être là sans y être »
(p.8). En outre, face à des corps extrêmement minces, elles
semblaient avoir perdu leurs repères spatiaux : la salle leur paraissait
alors immense et leur propre corps semblait trop volumineux et prendre trop de
place par rapport au corps de leurs patientes. Les voici elles aussi
troublées au niveau de leur représentation corporelle.
-les jeunes filles éprouvent beaucoup de mal à
occuper tout l'espace (font de petits gestes rapides, restent au même
endroit de la salle...), à accepter le toucher, le contact à
l'autre (elles gardent les mains dans leurs poches ou accrochées
à leurs vêtements et les thérapeutes interprètent
cela comme un refus d'entrer en relation). Le regard de l'autre et même
regarder l'autre est une chose quasi impossible à supporter au cours des
premières séances. Le regard des psychomotriciennes sur elles
était particulièrement dérangeant.
-une jeune fille, après plusieurs mois, a exprimé
son désir de quitter le groupe, expliquant qu'elle prépare ses
examens de première au lycée et qu'elle ressent le besoin de
passer plus de temps libre avec d'autres adolescentes de sa classe. Pour les
deux psychomotriciennes, c'est un progrès et un pas vers la
guérison qu'elle ait pu oser exprimer ce désir et qu'elle
reprenne ainsi progressivement une vie relationnelle. Néanmoins, cela
crée un grand mal-être chez les autres jeunes filles du groupe,
qui ne comprennent pas le besoin de l'adolescente et vivent ce départ de
manière fataliste (elles ne veulent pas qu'elle parte mais ne peuvent
rien pour l'en empêcher). Pour pallier à ce malaise, qui
anesthésie le groupe, un travail sur la manière de penser la
séparation a été engagé, à travers des
exercices tels que : écrire ou dessiner son vécu de la
séparation, signifier corporellement l'au revoir...
Les évolutions constatées tout au long
de ce projet :
-au sein de cet atelier, il a semblé émerger
une certaine cohésion de groupe et un sentiment d'appartenance au groupe
(et c'est l'une des choses les plus intéressantes qui ce sont produites
grâce à ce projet de danse-thérapie) : les professionnels
mettent en avant la régularité et la continuité avec
lesquelles les jeunes filles ont participé à l'atelier et le fait
qu'elles se soient montrées de plus en plus investies dans les exercices
proposés. En outre, une jeune adolescente est venue rejoindre le groupe,
plusieurs mois après sa mise en route. Celle-ci exprimait l'issue fatale
de la maladie, évoquant le fait de se laisser mourir, envahit par une
pulsion de mort et semblant baisser les bras. Les autres jeunes filles ont
alors fait bloc contre elle et ne l'ont pas du tout intégrée dans
le groupe. Cette adolescente n'a participé qu'à quatre
séances, disant qu'elle ne pouvait plus venir. Les autres filles ont
exprimé un soulagement, ne supportant pas l'angoisse de mort qu'elle
véhiculait et se sont élancées dans les exercices de plus
belle : « Tout se passe comme si le groupe évacuait une
partie de lui-même, la plus malade. [...]. Pat cette mise à
distance, le risque mortel que représente la maladie laisse place
à une dynamique de survie »(p.12).
-au fur et à mesure des séances, le temps de
paroles s'est allongé et les jeunes filles se sont de plus en plus
exprimées par rapports à leurs ressentis à travers la
séance et faisant le lien avec leur vécu de la maladie. Les
paroles recueillies au cours des séances27(*) montrent que la danse leur apporte des sensations,
que les adolescentes parviennent à repérer et à exprimer.
On voit aussi qu'elles parviennent à prendre conscience du corps comme
moyen d'expression aussi.
-l'expérience d'une d'entre elles, Vanessa, est
retracée pour montrer l'évolution du début à la fin
du projet. De part sa présentation physique, elle évoque
déjà une pulsion de mort et d'autodestruction : visage
pâle, les yeux cernés de noirs, des
vêtements/bijoux/tatouages avec des symboles de mort, des vêtements
larges et très couvrants. Elle a eu beaucoup de mal à se mettre
en mouvement : les sensations qu'elle ressentait étaient
désagréables et elle préférait s'immobiliser. Les
thérapeutes décrivent un corps sans vitalité et un regard
inexpressif. Elle fuit le regard des autres et craint d'être
observée. Elle a du mal à se laisser toucher. Sur le temps de
paroles, elle se tait et répond parfois d'un hochement de tête. A
quelques moments, elle déverse un tas de paroles à ne plus
s'arrêter de parler. Claire Bertin fait le lien avec l'anorexie,
où la personne ne mange rien puis avale des quantités
énormes de nourriture pour finalement se faire vomir. Finalement, elle
est parvenue progressivement à se mettre en mouvement, se rapproche des
autres. A la fin, elle soutient le regard et sollicite même le contact
(elle y prend donc plaisir). Elle se présente avec une nouvelle coupe de
cheveux et des vêtements plus près du corps, qui laissent
entrevoir un peu ses bras et son ventre. Claire Bertin a alors l'impression
qu'elle a pris de la « densité, du volume », dans le
sens où elle est plus présente, plus
« charismatique », plus sûre d'elle.
En conclusion, dans cette expérience, il
me paraît intéressant d'avoir une idée de comment les
psychomotriciennes ont construit leur projet (quels objectifs visés et
à travers quels exercices), de prendre connaissance des
difficultés qu'elles ont rencontrées (et que je suis susceptible
de rencontrer aussi au cours d'un tel projet) et de la progression qu'elles ont
pu observer chez les jeunes filles pour vérifier l'impact de la
danse-thérapie sur l'image que les bénéficiaires ont
d'elles-mêmes. On peut noter quelques améliorations, ce qui vient
un peu conforter mon hypothèse.
Néanmoins, la danse-thérapie utilise des notions
qui me semblent un peu trop compliquées et des interprétations
des comportements qui me paraissent un peu trop subjectives.
5.5 L'anorexie chez les danseuses :
Il peut sembler un peu paradoxal de proposer un atelier de
danse dans le cadre du traitement de l'anorexie mentale, lorsqu'on sait que les
danseuses, et les mannequins, représentent une population
particulièrement touchée par la maladie. La plupart des
études (telles que les recense le site internet
www.medecine-des-arts.com)
ont tendance à montrer que les danseuses (professionnelles et de hauts
niveaux) sont plus sujettes à développer une forme de troubles du
comportement alimentaire. Par exemple, une étude démontre que
des étudiants en école de danse ont trois fois plus de risque de
développer une anorexie que les étudiants qui suivent un cursus
scolaire plus ordinaire.
Effectivement, pour pouvoir être admis dans une grande
école de danse, il faut déjà correspondre à
certains critères physiques et notamment de poids. Il suffit d'aller sur
le site internet du célèbre Opéra de Paris pour y
consulter les critères de poids et taille à remplir pour pouvoir
prétendre à l'admission. Pour les filles par exemple :
« -8ans : min. 1,32m et 22kg / max. 1,35m et
25kg
-9ans : min. 1,35m et 25kg / max. 1,38m et 27kg
-10ans : min. 1,38m et 27kg / max. 1,42m et 29kg
-11ans : min. 1,42m et 29kg / max. 1,50 et
34kg »
Même si ces critères préconisent un poids
minimum et maintiennent l'enfant dans une zone de corpulence normale, ils
obligent à maîtriser son poids : pour un certain âge,
l'enfant n'a qu'une marge de deux ou trois kilos entre laquelle son poids peut
osciller, ce qui me semble très peu. Les exigences de ces écoles
de danse poussent souvent les danseuses à des restrictions alimentaires
strictes, pouvant facilement tomber dans l'anorexie. En outre, les danseurs
maltraitent leur corps à travers des exercices douloureux et
épuisant. Les professeurs les incitent à ne plus écouter
cette douleur jusqu'à ne plus la sentir. Leur rapport au corps ressemble
alors à celui des personnes anorexiques.
Autre exemple : les danseuses du célèbre Moulin
Rouge s'engagent à ne pas perdre ou prendre plus de deux kilos durant
toute la durée de leur contrat.
Néanmoins, ces normes de poids ne sont présentes
que dans les grandes écoles de danse et dans le milieu professionnel de
la danse. Si l'on pratique la danse comme loisir, en fréquentant un
cours de danse dans la semaine, aucun critère ni exigence en
matière de corpulence n'est exigé. En outre, ces critères
en matière de poids sont particulièrement présent en danse
classique. En opposition, la danse orientale met plutôt en avant les
formes généreuses et les hanches rondes. En outre, une
étude tirée du site internet
www.irida.fr a interrogé des
danseuses orientales et des danseuses classiques, en leur demandant des
dessiner leur corps, avec les dimensions qui leur paraissaient les plus proches
de la réalité. Cet exercice a mis en évidence que les
danseuses orientales ont une représentation de leur corps (au niveau des
dimensions et de la forme du corps) plus proche de la réalité que
les danseuses classiques. En outre, les femmes pratiquant la danse orientale
dessinent des formes corporelles plus féminines (taille assez fine,
hanches larges/rondes, poitrine plus au moins développée) que les
danseuse classiques qui dessine un corps plus masculin (un buste en forme de V,
sans hanches, sans poitrine). C'est aussi représentatif des corps
typiques mis en valeur par chacune des danses.
5.6 Une forme physique suffisante ? :
La danse constitue une activité physique et induit une
dépense énergétique plus ou moins importante. Il est donc
nécessaire que la personne qui pratique cette activité soit en
assez bonne forme physique.
Or, les jeunes filles anorexiques se nourrissent peu, en petite
quantité et avec des aliments faibles en calories (plus du tout de
viande, féculents, produits sucrés, graisses...mais plutôt
des légumes crus sans sauces, des pommes, des tomates, des boissons sans
calories, des yaourts natures 0%...). Certaines traversent des épisodes
où elles mangent en quantité énorme des aliments
très nourrissants mais les régurgitent après. Ce qui est
même pire que de ne pas manger car cela abime, entre autre, l'oesophage.
D'autres, à un stade un peu plus avancé de la maladie ne se
nourrissent même presque plus du tout. Alors leur proposer une
activité physique peut être un peu dangereux si elles n'ont pas
les ressources en énergie suffisante. Le plus envisageable en premier
lieu, c'est le malaise hypoglycémique. Quelques unes d'entre elles, non
seulement ne se nourrissent plus, mais restreignent aussi leur consommation en
boisson. La danse pourrait aussi favoriser la déshydratation. De plus,
elles cherchent déjà par elles-mêmes à
dépenser un maximum de calories et une telle activité viendrait
rajouter une dépense supplémentaire. De plus, elles pourraient en
avoir une toute autre approche de celle prévue : considérer cette
activité comme un moyen de dépenser des calories.
De surcroît, quelques unes des personnes atteintes
d'anorexie ne sont pas en bonne santé, notamment celles pour qui la
maladie est présente depuis de nombreuses années :
problèmes cardiaques, problèmes pulmonaires, difficultés
respiratoires, pouls ralenti, rythme cardiaque ralenti, carences importantes
(notamment en fer),...Leur os sont parfois aussi fragiles et pourraient
être cassés en cas de chute.
L'Indice de Masse Corporelle des personnes anorexiques est
souvent très bas, se situant à la limite (voire en dessous) du
seuil viable (seuil, en dessous duquel il est estimé qu'on ne peut pas
vivre). L'apport calorique ne suffit parfois même plus à fournir
de l'énergie suffisante pour faire battre leur coeur, d'où des
cas d'arrêts cardiaques parmi ces personnes.
Dans un état de santé aussi préoccupant, il
est un peu délicat de proposer de danser à des jeunes filles
anorexiques. Néanmoins toutes ne sont pas à un stade aussi
agravé de la maladie. Il me semble donc qu'il faut être prudent et
prendre en compte l'avis de médecin qui suit la
bénéficiaire avant de débuter une telle
activité.
5.7 Conclusion :
Ainsi, en prenant connaissance des expériences de
danse réalisées auprès de personnes anorexiques et en
tenant compte du nombre relativement important de danseuses touchées par
l'anorexie, je maintiens et conforte mon idée de la danse comme moyen
d'acquérir une image corporelle plus proche de la réalité,
mais avec une certaine prudence. Je pense qu'il serait pertinent et
bénéfique de proposer un atelier de danse dans le cadre du
traitement de l'anorexie, tout en prenant soin de vérifier que ces
personnes ne sont pas tombées dans l'anorexie « à
cause » de la danse.
De plus, proposer la fréquentation de cours de danse
à haut niveau tel que Claude Lorin l'a expérimenté ne me
semble pas exactement approprié : cela maintien la personne dans des
comportements et des préoccupations corporelles d'anorexiques. Et je
n'adhère pas totalement « aux croyances » et aux
critères un peu subjectifs de la danse-thérapie. Je proposerais
donc une manière de danser, à mi-chemin entre ces deux pratiques
:
-de la danse pratiquée comme un loisir (pas à haut
niveau pour que cela reste un plaisir, mais pas non plus sous forme de
thérapie)
-dans le soucis d'offrir un espace de perceptions sensorielles
corporelles
-avec un temps de parole et d'expression des ressentis pour
inciter la personne à se mettre à l'écoute de ses
sensations corporelles
6. Mon projet :
En m'inspirant des expériences déjà
mises en place par d'autres professionnels, et en tenant compte des
informations énoncées précédemment par rapport
à l'anorexie mentale, voici comment, en tant qu'éducatrice
spécialisée, je mènerais ce projet de danse auprès
d'adolescentes anorexiques :
6.1 Les bénéficiaires du projet :
Ce projet pourrait être mis en place dans le cadre d'une
hospitalisation, afin de faire un travail sur la perception du corps,
parallèlement à la prise de poids imposée. Ou bien dans le
cadre d'un Centre Médico-Pédagogique (CMP) ou dans une
Unité de Soins pour Adolescents, accueillant alors les jeunes filles de
manière ponctuelle, sur rendez-vous, pour tenter de diminuer l'angoisse
de grossir et peut-être les inciter à se nourrir à
nouveau.
Ce projet serait destinée à des jeunes filles qui
sortent déjà un peu du déni et qui ne sont pas dans la
phase aigüe de la maladie, à des jeunes filles qui se tournent
déjà vers une perspective de guérison. Sinon, la danse
serait un exercice un peu trop difficile pour elles. Ce serait aussi
destinée à des jeunes filles pour qui la danse n'est pas la cause
de leur anorexie et qui ont une forme physique suffisante.
Le groupe se constituerait de trois adolescentes anorexiques et
de deux ou trois adolescentes qui ont des difficultés
différentes, mais pour qui un travail corporel pourrait-être
bénéfique (un grand nombre d'adolescentes sont
complexées). Le choix d'un groupe hétérogène prend
en compte les conseils de l'Unité de Soins pour Adolescents de
Charleville-Mézières : face à un groupe formé
uniquement d'adolescentes anorexiques, elles risquent d'unir leur force pour
résister aux exercices proposés. Un groupe
hétérogène a des chances d'être un peu plus
dynamique, plus vivant.
6.2 Les objectifs poursuivis :
-se mettre à l'écoute de son
corps
La personne sera capable de citer au moins
une sensation perçue au cours de la séance
- accepter un peu plus son corps
La personne sera capable de se mettre en mouvement au
sein de ce groupe
La personne sera capable de parvenir à donner au
moins une propriété positive par rapport à son corps, en
cerner une capacité ou donner au moins une sensation
agréable
-apprendre à s'exprimer
corporellement
La personne sera capable de montrer davantage sa
présence à travers sa manière de se tenir et de se mouvoir
(avoir une attitude plus présente)
La personne sera capable de proposer un mouvement ou une
posture pour signifier un mot ou émotion
-développer ses capacités
relationnelles
La personne sera capable d'exprimer du plaisir à
danser avec l'autre / avec les autres et de créer avec l'autre
La personne sera capable d'entrer en relation avec l'autre
par le toucher (se tenir la main, contact dans les portés et dans
certaines figures)
La personne sera capable de s'intégrer au sein du
groupe (discuter avec les autres, montrer du plaisir à retrouver les
autres à chaque séance)
6.3 Stratégie utilisée et planification
de mon action :
Les séances se dérouleraient une fois par
semaine, à raison d'environ 1h15-1h30. La participation à cet
atelier ne serait pas imposée mais les participants qui décident
de s'y engager le font pour toute la durée du projet. Il me semble que
la durée optimale de ce projet serait d'au moins 6 mois pour pouvoir
noter une évolution (notons que le temps d'adaptation de ces personnes
est assez long).
Ce projet nécessite un local relativement grand et dont
l'espace est dégagé. Il serait intéressant de pouvoir
avoir à notre disposition un gymnase ou un local à
l'extérieur de la structure médicale, ce qui ne donnerait pas
l'impression d'une prise en charge thérapeutique ou médicale,
mais plus d'un loisir. En outre, il n'y aura aucun miroir dans cette salle,
pour vraiment se baser sur les ressentis et la perception de son corps, autre
que visuelle.
Si les moyens financiers le permettent, je ferais intervenir un
professionnel de la danse, avec qui je pourrais collaborer.
La danse contemporaine serait le style de danse le plus
adapté à ce que je vise. D'une part, c'est une danse accessible
à tous : elle ne nécessite pas une grande souplesse ni des
techniques pointues. Elle regroupe différents styles de danse, on a donc
une certaine liberté dans la manière de danser. C'est une danse
particulièrement « expressive », qui invite à
mettre son corps en mouvement à partir d'un thème ou pour
exprimer un certain sentiment et/ou raconter une histoire.
Le cours se déroulerait en deux grands moments : un
moment de mise en mouvement et un temps de parole (pour inciter les
adolescentes à se centrer sur leur corps et à être
attentive à leurs ressentis). Le temps de mise en mouvement serait
animé par le professionnel de la danse et j'animerais le temps de
parole. Sur ce temps de parole, nos partagerions ensemble : comment je me suis
sentie pendant cette séance ? Qu'est-ce que j'ai ressentie ? Quelle
perception corporelle j'ai pu sentir et où ?
Je prendrais part aux exercices de danse avec les
bénéficiaires. De cette façon, je pourrais me positionner
comme une partenaire dans un travail de collaboration. Les jeunes filles ne
seront pas non plus gênées par un regard observateur dans un coin
de la salle. Et cela me permettra aussi de moi-même me rendre compte de
la possibilité de ressentis qu'offrent les exercices proposés.
Nous commencerions cet atelier de danse par proposer des
mouvements chorégraphiques à reproduire et une
chorégraphie avec des gestes à réaliser de manière
individuelle (néanmoins, il faut quand même prendre en compte
l'autre dans le soucis d'une certaine synchronisation). On exploiterait ensuite
différentes énergies dans la chorégraphie (mouvements
lents, mouvements rapides). Puis, petit à petit on introduirait des
mouvements à réaliser à deux (mouvements en miroir par
exemple). On introduirait ensuite, très progressivement, le toucher/le
contact avec l'autre (dans des figures ou des danses qui nécessitent de
se donner la main, par exemple) et des poids du corps avec l'autre. Puis, en
introduisant quelques portés, on travaillera encore le contact/le
toucher avec l'autre mais aussi la confiance en soi et en l'autre et
peut-être l'estime de soi (en s'étonnant d'avoir pu
réaliser une figure qu'elles pensaient ne pas être capables de
réussir à première vue). A un moment assez avancé
du projet, nous inviterions les personnes à construire eux-mêmes
des mouvements ou des positions sur un thème donné, en
réfléchissant par groupe de deux ou trois. Cet exercice
permettrait d'apprendre à exprimer des choses avec son corps. Proposer
un mouvement induit aussi qu'on nous regarde et donc à supporter le
regard d'autrui.
Les personnes pourraient accepter plus facilement une telle
proposition d'aide et d'accompagnement car elle s'éloigne un peu du
domaine médical. En outre, il est possible qu'elles se montrent
motivées à participer à cet atelier parce que la danse
répond, en quelque sorte, à leur désir de maîtrise
du corps et aussi de sport pour dépenser des calories. En outre, c'est
un moment durant lequel je ne les considérerais pas comme des personnes
malades.
Par contre, elles pourraient trop s'investir dans une
démarche de performance physique, avec la volonté de
dépenser des calories alors que ce n'est pas ce que je recherche. Il
serait aussi probable que certains exercices leur demande un investissement
corporel au-delà de leur capacité et qu'elles soient en situation
de « blocage » et d'impossibilité à
réaliser ce qu'on demande.
6.4 Évaluation du projet :
Pour évaluer si les objectifs fixés sont atteints
à travers cet atelier de danse, voici l'observation que je
prévois.
D'une part, au cours de la séance, je peux observer
l'attitude des participantes :
|
Critères observés
La personne...
|
Oui
|
Partiellement
|
Non
|
Justifications et Remarques
|
|
Ose se mettre en mouvement aisément (avec peu
d'hésitation)
|
|
|
|
|
|
N'hésite pas à faire des mouvements amples,
en utilisant tout l'espace
|
|
|
|
|
|
Parvient à proposer un mouvement / une
posture
|
|
|
|
|
|
Accepte le contact à l'autre / la relation
dansée
|
|
|
|
|
|
S'intègre au sein du groupe (parle aux autres,
n'est pas à l'écart)
|
|
|
|
|
Puis, sur le temps de paroles, je peux observer si la personne
est capable de citer un ou des ressentis (sensations) et si
ces sensations sont agréables ou non. Mes objectifs seront acquis si la
personne parvient à citer de plus en plus de sensations et
davantage de sensations agréables. Dans la
manière dont elle s'est sentie dans l'activité, me
permettra aussi de noter si elle parvient à être de plus en plus
à l'aise.
Il serait aussi intéressant de demander aux personnes de
mettre à l'écrit leurs sensations perçues et leur
vécu de la séance pour garder une trace écrite. De cette
manière, il est possible qu'elles hésitent moins à
exprimer leur point de vue et sont moins influencées par ce qu'on dit
les autres. En outre, cela me permet d'avoir une trace écrite. Je
pourrais aussi leur donner un questionnaire, similaire à celui dont je
me suis servie pour mon étude empirique, pour évaluer si s'est
produit un changement chez les bénéficiaires dans l'image
qu'elles ont de soi. Pour cela, je leur demanderais de remplir ce questionnaire
au début de mon intervention (peut-être pas lors de la
première séance mais dès que je sentirai une certaine
confiance s'instaurer) et lors de ma dernière séance.
Je peux observer aussi la présentation physique des
personnes anorexiques. En effet, les infirmières et éducatrices
de l'Unité de Soins pour Adolescents de
Charleville-Mézières affirment : « Les jeunes
filles anorexiques s'habillent avec des vêtements larges et très
couvrants, avec plusieurs épaisseurs de vêtements. Alors quand
elles se présentent avec des vêtements qui dénudent un
petit peu les bras, à ce moment là, on se dit : ça y est,
c'est gagné. »
6.5 La mise en place de ce projet :
La mise en place de ce projet n'a
malheureusement pas été possible.
Les structures qui accueillent des adolescentes anorexiques sont
peu nombreuses. En tout cas les structures spécialisées, parce
que les jeunes filles anorexiques sont souvent des cas isolés en
province et sont orientées soit vers un service de
gastro-entérologie ou de réanimation ou encore de
diététique, soit vers une structure plus
spécialisée (à Paris ou Bordeaux pour la France ou
Bruxelles pour la Belgique). Ces grands centres, peu nombreux, reçoivent
des demandes assez importantes de stage si bien qu'il faut s'y prendre plus
d'une année à l'avance pour obtenir un stage (chose que je
n'avais pas prévu).
J'ai envoyé des demandes de stage dans la région
à des structures psychiatriques (pas vraiment spécialisée
mais qui sont susceptibles de prendre en charge des personnes anorexiques) mais
qui ont été refusées parce qu'elles avaient
déjà des demandes de stage en grand nombre et/ou parce qu'elles
refusaient des stages d'éducateur spécialisé :
« Travailler dans un service de psychiatrique et surtout
auprès des anorexiques, demande des connaissances médicales et
des soins médicaux dont l'éducateur n'a pas les
compétences (prise de médicaments, poses de sondes gastriques,
prise de sang, diagnostic vital...) » ou encore
« L'anorexie est une maladie complexe, je ne vois pas ce que vous, en
tant qu'éducateur spécialisé, vous pourriez
faire ».
J'ai tout de même obtenu un stage en psychiatrie adulte
(traitant essentiellement des pathologies de type psychotique et aucun trouble
alimentaire) à l'hôpital Desandrouins de Verdun, durant lequel
j'ai suivi l'unique éducatrice de cet hôpital. Elle avait la
responsabilité d'une prise en charge à domicile pour les malades
chroniques, dès leur sortie de l'hôpital. Sa mission consistait
à aider le bénéficiaire dans les démarches
administratives, pour trouver un logement et l'entretenir, accompagner dans la
gestion du budget et favoriser sa socialisation.... Le secteur d'intervention
regroupait un grande partie du département Meusien (ce qui montre la
minorité de la représentation de ce métier dans le domaine
de la psychiatrie). En outre, à l'hôpital, le travail de
l'éducatrice était minimisé et pas vraiment pris en compte
: pour les infirmières nous nous promenons toute la journée avec
les malades ; dans les réunions, les médecins ne prenaient pas en
compte les observations de l'éducatrice et préféraient
être informés de la prise de traitement des
bénéficiaires ; l'éducatrice faisait un compte rendu de
chaque visite chez le patient mais qui n'était lu et consulté que
part elle-même, conservé dans son bureau et n'avait pas sa place
dans le dossier du patient. Je pourrais encore cité bien d'autres
moments vécus durant ce stage qui montrent que le domaine de la
psychiatrie (dont fait partie l'anorexie mentale) exclu le travail de
l'éducateur spécialisé au profit d'une prise en charge
purement médicale. Ce qui m'a permis ensuite de mieux comprendre les
refus de stage de la part de ces structures, me répondant que
l'éducateur n'avait pas sa place dans leur service.
Les professionnels de la santé mentale peinent à
comprendre l'anorexie et surtout à trouver un accompagnement
adéquat et efficace. Pourtant, ils semblent un petit peu tourner le dos
à des propositions de collaboration, autres que purement
médicales.
Conclusion :
Dans ce travail, j'ai tenté de montrer que la danse peut
être un moyen de permettre aux adolescentes anorexiques d'acquérir
une image corporelle plus proche de la réalité. En effet,
celles-ci détestent leur corps, ne le respectent pas, se sont
« coupées » des sensations corporelles, n'ont plus
d'expression corporelle, ont une estime de soi très faible, des
relations sociales limitées et la relation tactile à l'autre est
particulièrement difficile. La danse constitue un milieu qui offre
l'occasion de percevoir des sensations corporelles, souvent agréables
(chaleur, légèreté, aisance corporelle...),
d'acquérir une meilleure estime de soi et une certaine confiance en soi
(dans le regard admiratif des autres, dans ce qu'on parvient à
produire). Dans la pratique de la danse, la personne peut s'étonner des
capacités de son corps, de ce que son corps peut produire, et travailler
la manière de se mouvoir (trouver sa manière de se
déplacer et de bouger, chercher à s'exprimer à l'aide de
son corps). C'est un moment où l'on est particulièrement à
l'écoute de son corps et où il est nécessaire de se le
représenter dans un certain espace. C'est aussi un instant de partage,
où l'on construit des éléments chorégraphiques avec
autrui et où l'on est amené à entrer en contact avec
autrui. C'est aussi un lieu où l'on retrouve des personnes à
chaque séance, un espace où est susceptible de se créer du
lien. Ces bénéfices que peut apporter la danse concordent assez
bien avec ce qu'il semble manquer à la personne anorexique pour tendre
vers un mieux-être. L'expérience de quelques professionnels qui
ont proposé un projet de danse auprès d'adolescents anorexiques
viennent confirmer mon hypothèse. Les progrès constatés,
en matière d'image corporelle, ne sont pas énormes mais
présents tout de même. En outre, l'étude empirique
menée auprès de danseurs d'une part et de non-danseurs d'autre
part, a tendance à montrer que la pratique de la danse apporte une
meilleure image corporelle et une meilleure image de soi.
Malgré ses bienfaits, la danse a parfois poussé
certaines jeunes filles dans l'anorexie, de par ses exigences en matière
de poids, de par la rigueur qu'elle impose, de par les souffrances
infligées au corps et l'effacement de ses sensations douloureuses voire
la négation de la douleur dans les exercices d'étirements et de
souplesse. Il s'agit là essentiellement de la danse classique. Laura,
une jeune fille anorexique de 16ans affirme : « La danse classique
m'a fait plonger dans l'anorexie et la danse contemporaine m'aide aujourd'hui
à m'en sortir. ». Et cela parce que la danse classique vise une
certaine esthétique alors que la danse contemporaine recherche à
exprimer et à communiquer des messages à travers le corps. Le
corps n'est plus un objet mais un moyen d'expression, de communication. Dans le
cadre d'un travail corporel auprès de personnes anorexiques, la danse
serait utilisée comme un loisir, sans exigence en matière de
souplesse ou de poids, se rapprochant plus de la danse contemporaine.
La difficulté d'un tel projet réside dans le
déni de la maladie et le refus de soin de ces jeunes filles qui refusent
souvent d'accepter qu'elles sont malades et qu'elles ont besoin d'aide. Le
risque de refus est peut-être un peu réduit dans ce genre
d'accompagnement car il ne ressemble pas à des soins purement
médicaux et se présente davantage comme une activité de
loisir. En outre, la danse étant une activité de type sportive,
cet aspect risque de motiver les jeunes filles à y prendre part. Mais il
est probable qu'elles investissent plus leurs efforts dans la dépense
d'énergie que dans un travail sur soi, ce qui serait néfaste et
s'éloignerait des objectifs fixés.
Au cours de ce travail, j'ai pu me rendre compte de la
difficulté pour l'éducateur à prendre une place dans le
domaine psychiatrique, plutôt occupé par des médecins, des
psychologues et des infirmiers. En outre, l'image corporelle est encore peu
traitée dans l'accompagnement des personnes anorexiques, les
médecins fixant la priorité sur une prise de poids et une
psychothérapie. J'apporte donc un regard un peu nouveau sur la maladie,
mais une proposition de traitement pas très acceptée. Il est
important pour moi de souligner que je n'envisage pas la danse comme seul
accompagnement dans la maladie mais bien dans le cadre d'une prise en charge
pluridisciplinaire, parce qu'il est évident que la danse ne peut pas
être utilisée comme seul moyen de traitement.
Bibliographie
1. Livres :
- LORIN, C. Un nouveau regard sur l'anorexie,
La danse comme solution possible, Paris : L'Harmattan, 2007
- BRUCH, H., Les yeux et le ventre, L'obèse et
l'anorexique, Paris : Payot, 1988
- VINCENT, Th. (sous la direction de), Soigner les
anorexies graves, La jeune fille et la mort,Toulouse : ERES, 2009
- PEGGY, C.-P., Guérir l'anorexie et la boulimie
par la méthode Montreux, Paris : Plon, 1998
- LESAGE, B., La danse dans le processus
thérapeutique, Fondements, outils et clinique en
danse-thérapie, Toulouse : ERES, 2009
- MALAGUARNERA, S., L'anorexie face au miroir, Le
déclin de la fonction paternelle, Paris : l'Harmattan, 2010
- SIMON, F. et NEF, F., Comment sortir de l'anorexie ?, Et
retrouver le plaisir de vivre, Paris : Éditions Odile Jacob, 2002
2. Fascicules :
-Fascicule de la Mutualité Socialiste, Anorexie
et Boulimie, Guide à l'intention des parents, édition
2008
-Expérience clinique d'Entresens,
Danse-thérapie et Troubles des conduites alimentaires,
« J'ai mal au corps... »
3. Sites internet :
-www.esculape.com/psychiatrie/anorexiementale.html
-www.survisme.info
-www.medecine-des-arts.com
-www.irida.fr
-www.sante.gouv.fr/signature-de-la-charte-contre-l-anorexie-et-l-image-du-corps.html
4. Autres sources :
-conférence du 2 juin 2010, intitulée
Obésité, Image corporelle et Aspects psychologiques,
organisée par l'association ADOR55 (www.ador55.fr) et animée par
Madame le Professeur VIDAILHET, à l'Institut de Formation en Soins
Infirmiers (IFSI) de Verdun (France).
Annexes
ï Étude empirique : L'impact de la danse sur
l'image corporelle
ï Propos de jeunes filles anorexiques
ï Visite de l'Unité de Soins pour adolescents de
Charleville-Mézières et rencontre avec une infirmière et
une éducatrice
ï Paroles des jeunes filles qui ont participé
à l'expérience de danse-thérapie de Claire Bertin
Annexe 1
Étude empirique
L'impact de la danse sur l'image corporelle
Voici le questionnaire destiné à interroger des
femmes, danseuses et non danseuses, à propos de leur image corporelle :
Questionnaire
« L'impact de la danse sur l'image
corporelle »
? Vous fréquentez un cours de danse
Oui - Non
Si oui, en quelques mots, pouvez-vous dire ce que la danse vous
apporte ?
? Si vous deviez donner une note à votre corps, combien
lui accorderiez-vous sur une échelle de 1 à 6 ?
1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6
? Comment vous sentez-vous face au regard de l'autre ?
(1 correspondant à Très mal à l'aise et 6
correspondant à Tout à fait à l'aise)
1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6
? De la même manière, si vous deviez
évaluer votre confiance en vous ? (1 correspondant à
« Je n'ai pas du tout confiance en moi » et 6 correspondant
à « J'ai tout à fait confiance en
moi »)
1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6
? La manière dont vous vous acceptez telle que vous
êtes ? (1 correspondant à « Je ne m'accepte pas
telle que je suis » et 6 correspondant à « Je
m'accepte tout à fait telle que je suis et je ne voudrais absolument
rien changer »)
1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6
Voici les résultats de ces questionnaires anonymes. J'ai
relevé, pour chaque question, le nombre de personnes ayant
répondu chaque réponse (par exemple, pour la première
question, 12 danseuses ont entouré la note de 4 accordé à
leur corps). J'ai séparé en deux tableaux les réponses des
danseuses et les réponses des non-danseuses.
Danseuses :
|
Chiffres entourés
|
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
6
|
Total
|
|
Note accordé à son corps...
|
0
|
2
|
6
|
12
|
2
|
1
|
23
|
|
Comment-vous sentez-vous face au regard de l'autre ?
|
2
|
1
|
6
|
6
|
6
|
2
|
23
|
|
Évaluez-votre confiance en vous...
|
0
|
6
|
4
|
8
|
5
|
0
|
23
|
|
La manière dont vous vous acceptez telle que vous
êtes...
|
0
|
2
|
5
|
8
|
8
|
0
|
23
|
Non-danseuses :
|
Chiffres entourés
|
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
6
|
Total
|
|
Note accordé à son corps...
|
1
|
4
|
5
|
10
|
3
|
0
|
23
|
|
Comment-vous sentez-vous face au regard de l'autre ?
|
1
|
4
|
4
|
6
|
8
|
0
|
23
|
|
Évaluez-votre confiance en vous...
|
0
|
5
|
5
|
11
|
2
|
0
|
23
|
|
La manière dont vous vous acceptez telle que vous
êtes...
|
0
|
6
|
5
|
6
|
6
|
0
|
23
|
A la question : Que vous apporte la danse ?,
questionnaire écrit et anonyme, voici ce que des danseuses amatrices ont
répondu (classer dans l'ordre des réponses qui reviennent le plus
souvent) :
- de la détente
- du bien-être
- du plaisir
- c'est une passion
- un moyen d'extérioriser et d'exprimer mes
émotions, mes sentiments
- un moment de partage et de rencontre avec d'autres personnes
- un moment où je ne pense à rien, où je me
vide l'esprit
- pour me défouler
- un moyen d'évasion
- du bonheur
- m'aide à dépasser des moments difficiles et
à oublier mes soucis
- un renforcement musculaire
- un moment pour moi
- un moyen de me dépasser, de mettre mon corps à
l'épreuve
- une sensation d'énergie
- de la créativité
- un meilleur regard sur moi
- une confiance en moi
- une sensation de liberté
- de la joie
- un moyen d'évacuer le stress
- faire travailler ma mémoire
- de l'agilité
* 1La personne anorexique est
hospitalisée et les communications avec les proches et la famille sont
restreintes, voire souvent supprimées, jusqu'à ce qu'elle
atteigne un poids convenable défini par le médecin.
* 2 LORIN, C. Un nouveau
regard sur l'anorexie, La danse comme solution possible, Paris :
L'Harmattan, 2007, p.17
* 3
Www.esculape.com/psychiatrie/anorexiementale.html
* 4 BRUCH, H., Les yeux et
le ventre, L'obèse et l'anorexique, Paris : Payot, 1988, p.112
* 5 BRUCH, H., Les yeux et
le ventre, L'obèse et l'anorexique, Paris : Payot, 1988, p.109
* 6 BRUCH, H., Les yeux et
le ventre, L'obèse et l'anorexique, Paris : Payot, 1988, p.114
* 7 Paroles d'une adolescente
anorexique. Voir annexe
* 8 BRUCH, H., Les yeux et
le ventre, L'obèse et l'anorexique, Paris : Payot, 1988, p.119
* 9Fascicule de la
Mutualité Socialiste, Anorexie et Boulimie, Guide à
l'intention des parents, édition 2008, p.15
* 10 VINCENT, Th. (sous la
direction de), Soigner les anorexies grave, La jeune fille et la
mort,Toulouse : ERES, 2009, p.210
* 11 MALAGUARNERA, S.,
L'anorexie face au miroir, Le déclin de la fonction paternelle,
Paris : L'Harmattan, 2010, p.150
* 12PEGGY, C.-P.,
Guérir l'anorexie et la boulimie par la méthode
Montreux, Paris : Plon, 1998, p.17
* 13Schéma tiré
du site : http://www.survisme.info
* 14PEGGY, C.-P.,
Guérir l'anorexie et la boulimie par la méthode
Montreux, Paris : Plon, 1998
* 15 PEGGY, C.-P.,
Guérir l'anorexie et la boulimie par la méthode
Montreux, Paris : Plon, 1998, p.46
* 16 PEGGY, C.-P.,
Guérir l'anorexie et la boulimie par la méthode
Montreux, Paris : Plon, 1998, p. 28
* 17 PEGGY, C.-P.,
Guérir l'anorexie et la boulimie par la méthode
Montreux, Paris : Plon, 1998, p.52
* 18 RAVEL SARROLA, M., dans le
livre de VINCENT, Th., Soigner les anorexies graves, La jeune fille et la
mort, Toulouse : ERES, 2009, p.206
* 19Définition du
Larousse
* 20Voir annexe
* 21Voir annexe
* 22 LORIN, C. Un nouveau
regard sur l'anorexie, La danse comme solution possible, Paris :
L'Harmattan, 2007, p. 116
* 23 LORIN, C. Un nouveau
regard sur l'anorexie, La danse comme solution possible, Paris :
L'Harmattan, 2007, p. 162
* 24B. Lesage est
médecin, danse-thérapeute et formateur en
danse-thérapie
* 25LESAGE, B., La danse
dans le processus thérapeutique, Fondements, outils et clinique en
danse-thérapie, Toulouse : ERES, 2009, p.14
* 26LESAGE, B., La danse
dans le processus thérapeutique, Fondements, outils et clinique en
danse-thérapie, Toulouse : ERES, 2009, p.67
* 27Voir annexe 4
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