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Mémoire de fin
d'études
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2010
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Po u rq u o i l e ta u x d e change
est-il si instable?
Jonathan Chelet
BEM - Bordeaux Management School Programme Ecole
Supérieure de Commerce
Stage d e fin d ' é t u d e s r é a li s
é a u s e i n d e :
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N e w e d g e Group
1 0 Bishops Square London E 1 6 E G
United Kingdom
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Maitre de stage: Pierre Gruson
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Remerciements
Mes remerciements vont tout d'abord à mes professeurs
d'économie qui, au fil de mes études, ont su me passionner pour
cette matière.
Je remercie également monsieur Pierre Gruson,
professeur associé de finance à BEM - Bordeaux Management School,
pour son assistance et ses conseils dans l'écriture de cette
étude.
Je tiens ensuite à remercier tout
particulièrement et à témoigner toute ma gratitude aux
personnes suivantes, pour l'expérience enrichissante qu'elles m'ont
permis de vivre au sein des bureaux londoniens de Newedge Group:
Monsieur Frédéric Mazoyer, Manager du
Contrôle Produit pour le marché des changes chez Newedge Group
à Londres, pour ses explications, son soutien et sa patience au cours
des six mois passés à ce poste. Je le remercie également
pour m'avoir permis de rencontrer de nombreuses personnes et de
découvrir les autres départements de l'entreprise.
Monsieur Nigel Pinder, Manager du département
Contrôle Produit chez Newedge Group à Londres, pour m'avoir
donné l'opportunité de rejoindre ce département et pour la
confiance qu'il m'a accordé tout au long de cette période.
Monsieur Jemaine Maddix, contrôleur produit pour le
marché actions et Mademoiselle Asha Tailor, contrôleur produit
pour les produits de trésorerie chez Newedge Group à Londres,
pour leur sympathie et leur assistance pendant ces six mois.
Avant-Propos
Dans le cadre de mes études en école de commerce
à BEM - Bordeaux Management School, j'ai eu l'opportunité
d'effectuer un stage d'un an au sein d'un courtier Ç
multi-assetÈ au cÏur de la City à Londres:
Newedge, joint venture entre les ex courtiers de Société
Générale et de Crédit Agricole CIB. Au cours de cette
année, de juillet 2009 à juillet 2010, j'ai travaillé
à deux postes différents au sein du même département
Finance: contrôleur financier puis contrôleur produit, plus
particulièrement pour les produits échangés sur le
marché des changes. C'est ce tte deuxième expérience qui
m'inspirera au fil de ce mémoire et qui permettra d'ajouter une
dimension pratique au sujet.
En effet, en tant que contrôleur produit pour le
marché des changes, j'ai assisté au quotidien aux fluctuations
des produits échangés sur ce marché et donc de leur sous
jacent: les devises du monde entier. Mon activité principale
était de produire les résultats quotidiens des bureaux de
Londres, Chicago, New-York et de Sydney pour ce marché. Mes autres
activités se répartissaient entre la production d'une
variété de rapports (commissions, volumes, flux de
liquidités, profitabilité etc.) et les contacts divers avec le
Front Office notamment pour confirmer les montants reportés.
J'ai ainsi observé les importantes variations du
marché à l'origine des résultats que je produisais chaque
jour ce qui m'a amené à m'interroger sur les origines de ces
fluctuations. Cette expérience privilégiée m'a en outre
permis de découvrir le marché des changes et de
m'intéresser à son caractère unique.
C'est donc mon expérience et l'originalité du
marché des changes qui ont suscité mon intérêt pour
une étude d'un phénomène qui a retenu depuis longtemps
l'attention des économistes et des dirigeants : l'instabilité du
taux de change.
Pourquoi le taux de change est-il si instable ?
Milton Friedman, 1953:
Ç Instability of exchange rates is a symptom of
instability in the underlying economic structure... a flexible exchange rate
need not be an unstable exchange rate. If it is, it is primarily because there
is underlying instability in the economic conditions. È1
1 Friedman, M. (1953). Essays in Positive Economics. Chicago:
University of Chicago Press
Résumé
Ce mémoire sÕintéresse au
caractère instable du marché des changes depuis lÕabandon
des parités fixes au début des années 1970. Après
avoir exposé les insuffisances des modèles bases sur les
fondamentaux économiques, lÕétude montre les apports de la
psychologie de marché et de la théorie de la micro structure dans
l `explication de la volatility des taux de change. Les résultats de ces
recherches sont ensuite confrontés à la reality du marché
des changes de fagon à tester leur légitimité
empirique.
Abstract
This study focuses on the unstable nature of the foreign
exchange market since the end of fixed parities in the early 1970s. After
explaining the limitations of models based on economic fundamentals, the study
shows the contribution of market psychology and the theory of microstructure in
the understanding of exchange rates volatility. The results of this research
are then challenged with the reality of the foreign exchange market in order to
test their empirical legitimacy.
Table des matières
Remerciements 2
AvantPropos 3
Résumé 5
Introduction 7
I. Les explications théoriques de
l'instabilité des changes 1 1
a . Des theories de reference mises à mal 1
1
i. Le sur ajustement des taux de change de Dornbusch 1 1
ii. E n ig m e de Meese et Rogoff 1 2
iii. La deconnection des taux de change avec les fondamentaux 1
3
b . Re n ouve lle me nt de la formalisation par l'analyse
psychologique 14
i. Les anticipations rationnelles ou limitees 1 4
ii. Les bulles speculatives 1 5
iii. La rationalite mimetique et les autres travers de
comportement 1 6
c. L' hete rog e neite des intervenants et de leur
comportements 1 8
i. Differentes motivations et stratégies des intervenants
1 8
ii. Interactions entre operateurs Ç fondamentalistes
È et Ç chartistes È 2 0
|
Conclusion de la partie théorique
II. Confrontation des théories au marché
des changes actuel
a . Etude de la periode Janvier - Juin 2010: l'exemple de
l'euro dollar
|
21
2 2 2 3
|
|
i.
|
Etude de la tendance observee sur la période
|
2 3
|
|
ii.
|
Etude de la volatilite observee sur la periode
|
2 4
|
|
b .
|
|
La force des Ç news È
|
2 7
|
|
i.
|
Les annonces
|
2 7
|
|
ii.
|
Les rumeurs et les anticipations
|
3 0
|
|
c.
|
|
Theories et réalite : une entente certaine mais
imprecise
|
3 3
|
|
i.
|
U n e meilleure comprehension de lÕinstabilite des taux de
change
|
3 3
|
|
ii.
|
M ai s leur determination à court terme reste tres
limitée
|
3 4
|
Conclusion 36
Bibliographie 3 8
Annexes 40
Annexe 1. Les devises non livrables 40
Annexe 2. Article de Kenneth Rogoff 4 1
Annexe 3. Calendrier economique du CEPII pour le mois de juin 4
3
Annexe 4. Conclusions de lÕEnquete triennale aupres des
banques centrales sur les marches des changes et des produits derives en 2007
de la Banque
des Reglements Internationaux 44
Annexe 5. Informations complementaires 47
Introduction
Face à la diminution croissante du stock d'or de la
Réserve Fédérale américaine, le Président
des Etats-Unis Richard Nixon annonce le 15 aoOt 1971, la fin de la
convertibilité du dollar en or ce qui marque de facto la fin du
système de Bretton Woods. Le système des taux de change fixes
utilisé depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale est alors
progressivement abandonné au profit d'un régime de changes
flottants. C'est le début d'une forte instabilité des taux de
change au se in d'un marché dans lequel les devises du monde entier
s'échangent les unes contre les autres à des valeurs
déterminées selon la loi qui gouverne tous les marchés:
l'Offre et la Demande.
L'instabilité des taux de change est donc un
phénomène récent à l'échelle de
l'économie qui est apparu avec l'avènement du flottement des
monnaies.

Graphique 1. La volatilité du cours dollar/yen de 1965
à 2000
Depuis les années 1970, les devises sont susceptibles
de variations plus ou moins importantes. En effet, alors qu'il est
fréquent de constater des variations de change de l'ordre de 5 %
à 10 % d'un mois à l'autre, certaines devises ou certaines
périodes ont été plus largement touchées. Par
exemple, de 1995 à 1998, la parité du dollar a enregistré
une hausse de plus de 30 %, ce qui a contribué par la suite aux crises
de change des pays émergents en 1997 et 1998. De 1999 à 2002, le
dollar s'est encore apprécié de 45 % pour perdre ensuite
près de 75 % de sa valeur contre l'euro entre 2002 et 2009. Plus
récemment, en seulement quelques mois , de janvier 2010 à juin
2010, l'euro a perdu près de 20 % de sa valeur. L'instabilité des
taux de change est donc un fait observable et enregistrable tant en longue
période qu'en courte et très courte période. Le taux de
change euro/dollar par exemple, change en moyenne près de 18,000 fois
par jour.
Le graphique n°2 montre la volatilité du cours
euro/dollar depuis le début des années 1980, le cours de l'euro
avant 1999 ayant été reconstitué à partir d'un
panier de monnaies européennes. Une enveloppe de plus ou moins 20 %
permet de mettre en valeur les fluctuations à long terme du cours qui
évolue ainsi depuis près de 30 ans dans une assiette de 40 %.

Graphique 2. Variations du cours de l'euro/dollar depuis
1980 avec une enveloppe
de +/- 20 %
La volatilité des taux de change est sans aucun doute
une des caractéristiques majeures de l'économie mondiale
contemporaine. Dans ce contexte, il est légitime de s'interroger sur les
origines de ces variations. Certains économistes, devenus de
véritables théoriciens du taux de change , ont tenté
d'expliquer les variations des taux de change et le caractère parfois
Ç chaotique È2 du marché des changes. Il
s'agira alors dans ce mémoire de s'intéresser à certaines
de ces théories et de les rapproc her de mon expérience au
cÏur de ce marché pour trouver des explications à
l'instabilité du taux de change.
Dans cette perspective, il est tout d'abord nécessaire de
définir les concepts essentiels en relation avec la
problématique.
Le taux de change d'une monnaie est le cours, autrement dit,
le prix de cette devise par rapport à une autre. Les taux de change sont
cotés sur le marché des changes et varient en permanence selon
l'Offre et la Demande.
Le marché des changes sert à échange r
une devise contre une autre au comptant (tout de suite) ou à terme
(à l'échéance). Il est le lieu de la confrontation des
offres et des demandes (achats/ventes) de devises et assure la
détermination des cours de change, c'est à dire des prix des
monnaies les unes par rapport aux autres.
Ce marché est unique pour de nombreuses raisons.
Premièrement, le marché des changes est le plus
important et le plus liquide des marchés financiers. Le volume quotidien
échangé sur le marché des changes est évalué
à plus de trois mille milliards de dollars3 soit plus de dix
fois la capitalisation boursière mondiale. Ce volume
considérable, qui permet de compenser la très faible marge de
profit des opérations de change, a plus que doublé depuis
2001.
2 De Grauwe et al. (1993) ont qualifié de Ç
chaotique È la dynamique de l'instabilité sur le marché
des changes.
3 D'après l'enquete triennale auprès des banques
centrales sur les marchés des changes et des produits
dérivés en 2007 de la Banque des Règlements
Internationaux.
Le marché des chan ges est également parfois
qualifié de Ç marché - réseau È, car par
opposition aux marchés boursiers, il ne conna»t pas de
frontières. Le marché des changes est un marché
planétaire, en continu et majoritairement interbancaire. En effet, les
transactions sur une devise se font aussi bien, et en même temps,
à Paris, à Londres ou à New York. Les opérateurs
communiquent gr%oce à des réseaux d'information
spécialisés (Reuters, Telerate, SWIFT) et des systèmes
informatiques qui permettent d'effectuer et d'enregistrer rapidement les
opérations. Le marché des changes fonctionne ainsi en continu,
successivement sur chacune des principales places financières mondiales
gr%oce au jeu des décalages horaires de Sydney à San Francisco.
Les cours de change sont ainsi côtés 24 heures sur 24, ce qui
signifie qu'à l'échelle de la planète, il y a constammen t
des cambistes, c'est le nom donné aux opérateurs qui
négocient les devises, qui travaillent (excepté les week-ends et
jours fériés).
Enfin, si les intervenants sur le marché des changes
sont très variés, ce sont les banques qui participent activement
au marché des changes, pour exécuter les ordres de leur
clientèle ou pour leur propre compte. Les trois quarts des
échanges sont ainsi réalisés par les dix plus importantes
banques du monde. On dit qu' Ç elles font le marché È : ce
sont les Ç market makers È.
Quant à la notion d'instabilité, elle peut
premièrement être définie comme un défaut de
stabilité. La stabilité étant le caractère de ce
qui est assuré, durable ou permanent. Au contraire, l'instabilité
désigne le caractère changeant ou fluctuant d'une chose.
Appliqué au marché des changes, cela signifie aussi que ce
dernier est donc continuellement déséquilibré.
La notion de volatilité est très liée
à celle de l'instabilité et s'utilise davantage en finance. La
volatilité est une mesure de l'ampleur des variation s du cours d'un
actif financier, dans cette étude, les produits dont les sous jacents
sont les devises. Elle sert alors de paramètre d'évaluation
quantitative du risque de rendement et de prix d'un actif. Lorsque la
volatilité est élevée, l'espérance de gain est plus
importante, mais le risque de perte également d'oU l'enjeu de la
compréhension de ce phénomène pour les professionnels des
marchés. Le concept de volatilité prend pour hypothèse que
l'évolution future sera inspirée par l'évolution
passée. Le calcul de la volatilité d'un actif utilise en effet
l'écart type des variations historiques de rentabilité.
Malgré l'intérêt du calcul de la volatilité, le cas
particulier du marché des changes est difficile à analyser car
les taux de changes possèdent des propriétés statistiques
différentes de celles postulées par l'économétrie
traditionnelle comme la non normalité de leur distribution. Cela
explique en partie la multitude de raisonnements non mathématiques sur
l'instabilité du marché des changes.
Dans ce cadre, l'objet de ce mémoire est de produire
des explications aux fluctuations des taux de change et à
l'instabilité continue du marché des changes depuis la mise en
place du régime de changes flottants au début des années
1970. En d'autres termes, il sera question de comprendre pourquoi le taux de
change est si instable.
Ma démarche de travail s'est organisée à
la fois autour de mes recherches conceptuelles, théoriques et
bibliographiques, et de mon expérience au quotidien des fluctuations du
marché des changes. Par exemple, après une journée
particulièrement bonne ou mauvaise, je demandais
régulièrement au Front Office les origines de tels
résultats. Les sources que j'ai utilisées pour répondre
à la problématique se répartissent donc entre les
théories et articles d'économistes ou spécialistes du taux
de change et mes observations et les discussions que j'ai eues avec les
professionnels du marché des changes au cours de mon stage.
Les enjeux de la compréhension de l'instabilité
du taux de change sont considérables car, mesurant les prix des monnaies
nationales les unes par rapport aux autres, le taux de change est au centre des
relations entre les pays. Le taux de change a ainsi non seulement une valeur
économique mais également diplomatique et symbolique. De plus,
les conséquences des fluctuations du marché des changes
impliquent directement ou indirectement de nombreux individus: dirigeants
politiques, chefs d'entreprise, spéculateurs et bien évidemment
les populations des pays dont le prix de la monnaie flotte au gré du
marché.
Les limites de cette étude sont majoritairement
liées au fait que bien que l'instabilité du taux de change soit
interprétée par de nombreuses théories, celles-ci reposent
inévitablement sur des hypothèses. Or, les hypothèses
sont, par nature, biaisées et tendent parfois à soutenir des
idéologies avec lesquelles on peut être en désaccord .
Toutes les théories présentées dans ce mémoire ne
sont donc valides que dans leur champ d'application, et uniquement sous couvert
de la vérification de leurs hypothèses. Une autre limite majeure
est simplement le fait que les devises n'ont pas toutes les mêmes
caractéristiques et les mêmes fondements. Il est alors difficile
d'expliquer les variations d'une monnaie de la même facon qu'une autre
monnaie très différente. En cela, il est difficile d'expliquer
l'instabilité des taux de change en tant qu'un ensemble
homogène.
Dans une première partie, il s'agira de
s'intéresser aux explications des théoriciens de
l'instabilité des changes. Nous commencerons alors par analyser la
théorie révélatrice dans ce domaine et les critiques
soulevées par les modèles macroéconomiques. Nous verrons
par la suite que le caractère instable des taux de change s'explique en
réalité grandement par l'analyse psychologique et par la
compréhension du fonctionnement et de la nature des intervenants du
marché des changes.
La seconde partie sera consacrée à confronter
les théories de l'instabilité au marché des changes tel
que je l'ai observé sur la période de Janvier à Juin 2010.
Nous verrons en outre dans cette partie comment il est possible d'expliquer la
volatilité constatée du marché, notamment gr%oce aux
réactions des opérateurs vis à vis des annonces
macroéconomiques et des autres Çnews È. Enfin, nous
confluerons sur la connivence entre les théories de l'instabilité
des changes et la réalité du marché.
I. Les explications théoriques de
l'instabilité des changes
Dès 18 ème
le siècle et avec la croissance du commerce international,
certains
économistes et philosophes comme David Ricardo et David
Hume s'intéressèrent aux taux de change et à leurs
mouvements. Néanmoins, c'est véritablement Gustave Cassel, lors
de l'abandon de l'étalon-or durant la première Guerre Mondiale,
qui développa un point d'ancrage de nombreuses théories et
réflexions sur les taux de change: la relation de parité
4
des pouvoi rs d'achat ou théorie de la PPA . Celle-ci
soutient qu'il y a égalité entre les niveaux de prix national (P)
et étrangers (P'); le taux de change PPA étant ainsi P/P'.
L'autre relation de parité essentielle à la compréhension
des théories des changes est la relation de parité des taux
d'intérêt (PTI). Développée par John Maynard Keynes,
celle-ci soutient que le taux de change est équilibré lorsqu'un
placement offre le même rendement qu'elle que soit la devise dans
laquelle il est réalisé, le taux de rendement du pays
étranger devant être converti au taux de change.
Les changes ont ainsi retenu depuis longtemps l'attention des
économistes, mais c'est au lendemain de l'abandon des parités
fixes, qui s'est traduit par une forte instabilité des taux de change,
que les explications théoriques de l'instabilité des changes se
sont le plus développées. Deux types de modèles tentent
d'expliquer ce phénomène: le premier modèle décrit
le Ç sur ajustement È des taux de change par les
différences d'ajustement entre les marchés des biens et le
marché des actifs financiers. Une deuxième catégorie de
travaux met l'accent sur le rTMle des facteurs psychologiques et des
anticipations pour expliquer notamment les bulles spéculatives.
L'analyse sera ensuite enrichie par la prise en compte de plusieurs types de
comportements, obéissant à des formes différentes de
rationalité, dont les interactions peuvent conduire à
l'instabilité des marchés.
a. Des théories de référence mises
à mal
i. Le sur ajustement des taux de change de Dornbusch
L'étude5 de Rudiger Dornbusch,
publiée en 1976, est devenue immédiatement un classique, car elle
propose la première explication cohérente de l'instabilité
des changes et constitue une synthèse des analyses réelles et
financières du taux de change. Le fondement de cette théorie est
que les vitesses d'ajustement sont différentes sur les marchés
des capitaux et sur les marchés des biens. En effet, selon Dornbusch, il
y a ajustement instantané de l'offre et de la demande sur les
marchés financiers alors que sur les marchés des biens, les prix
des biens et des services sont rigides à court terme (rigidité
des prix, rigidité du niveau de production). Les hypothèses de
Dornbusch reprennent les deux théories fondamentales de la
détermination du taux de change. A long terme, le taux de change est
défini par la parité du pouvoir d'achat (PPA): l'évolution
du cours de change est gouvernée par le différentiel d'inflation
entre les pays. A court terme, le taux de change est dominé par les
mouvements de capitaux et il vérifie donc la relation de parité
des taux d'intérêt (PTI) : l'écart de taux
d'intérêt entre deux monnaies est égal au taux
anticipé de dépréciation du taux de change.
4 Cassel, G (1916). The present situation of the foreign
exchanges , The Economic Journal.
5 Dornbusch, R. (1976). Expectations and exchange rate
dynamics, Journal of Political Economy.
La dynamique des changes selon Dornbusch est alors la
suivante: lors d'un choc monétaire, expansionniste par exemple,
l'accroissement de l'offre de monnaie entraine une baisse du taux
d'intérêt nominal et donc une baisse de la
rémunérations des obligations nationales ce qui entraine une
fuite des capitaux. Le taux de change est alors instantanément
déprécié. Il y a ainsi sur ajustement ou sur
réaction (overshooting) du taux de change, car le mouvement
immédiat du change est trop fort et doit être compensé par
la suite. En effet, dans un deuxième temps, à la suite de la
dépréciation initiale de la monnaie nationale, les
échanges de biens et de services devenus moins chers au reste du monde
réagissent par une amélioration de la balance courante, ce qui
amène une appréciation de la monnaie jusqu'à ce que la
parité de pouvoir d'achat soit à nouveau respectée.
Pour Dornbusch, la volatilité excessive des taux de
change est donc le résultat inévitable de politiques
monétaires elles mêmes très volatiles. La volatilité
de la politique monétaire est alors non seulement reflétée
mais amplifiée par celle du taux de change. En fait, la rigidité
des prix et des salaires nationaux oblige le taux de change à absorber
les chocs monétaires. La théorie de sur ajustement a ainsi permis
une meilleure compréhension de l'instabilité des taux de change
après la mise en place des changes flexibles tout en participant
à dénoncer les effets pervers de ce système.
ii. Enigme de Meese et Rogoff
Si le modèle de Rudiger Dornbusch présente un
cadre théorique pertinent permettant d'expliquer la volatilité
des taux de changes, empiriquement, il ne suffit pas à rendre compte de
l'instabilité des changes. En effet, Il est évident que les
politiques monétaires sont aujourd'hui beaucoup plus stables que celles
pratiquées dans les années 1970. L'inflat ion a largement ralenti
et la plupart des banques centrales sont devenues indépendantes avec
à leur tête des Ç conservateurs È dont les
stratégies sont centrées sur la stabilité des prix.
Pourtant, la volatilité des taux de change n'a diminué que de
facon très marginale. De plus, tous les travaux destinés à
tester empiriquement la théorie du sur ajustement confirme ce constat
d'échec.
Bien que ses résultats soient corrects pour des petits
pays, le modèle de Dornbusch ne permet donc pas totalement d'expliquer
les fluctuations des taux de change, particulièrement à court et
moyen terme. Cependant, ce constat d'échec peut être élargi
à la plupart des modèles macroéconomiques qui sont,
à leur tour, contredis par la réalité du marché des
changes.
6
En effet, dans une étuderetentissante publiée en
1983, Richard A. Meese et Kenneth S. Rogoff ont clairement
démontré l'incapacité des modèles issus des
principales théories du change à prévoir correctement
l'évolution des taux de change à court terme (moins d'un an). Les
modèles de prévision du taux de change basés sur les
fondamentaux macroéconomiques (inflation, balance commerciale, taux
d'intérêt etc.) conduisent en fait à des prévisions
de change erronées.
6 Meese, R. et Rogoff, K. (1983). Empirical exchange rates models
of the seventies : do they fit out of sample?, Journal of International
Economics, n°14.
Pour des horizons courts, la prédictibilité de
ces modèles serait alors moins bonne que la simple Ç marche au
hasard È, qui suppose que le taux de change d'aujourd'hui constitue la
meilleure prévision des taux de change futurs:
E t+1 = a + b E t + U t OU :
- E t+1 est le taux de change de la période future t +
1;
- E t est le taux de change de la période actuelle t;
- U t est un terme aléatoire ou Ç bruit
blancÈ
Cette étude a contraint les autres économistes
à rechercher les raisons des insuffisances des modèles
macroéconomiques. Une des raisons permettant d'expliquer la faiblesse de
ces modèles est propre à toute théorie : les
hypothèses. La parité de pouvoir d'achat par exemple, veut que
tous les biens et services soient échangeables sur le plan
international, ce qui n'est pas le cas dans la réalité,
particulièrement pour les services. L'intégration
économique est en effet imparfaite sur le plan international et les
biens produits sur les différents marchés nationaux ne sont pas
parfaitement substituables. Aussi, l'effet Balassa-Samuelson montre que les
pays développés ont des prix plus élevés que les
pays en développement à cause des écarts relatifs de
productivité entre les pays.
On peut alors se demander si la macroéconomie à
encore des choses à dire sur les taux de change.
iii. La déconnection des taux de change avec les
fondamentaux
Dans la continuité de cette analyse, Kenneth S. Rogoff et
Maurice Obstfeld ont inventé de des taux change fondamentaux
7
le concept déconnexion de avec les . L'ampleur
de la volatilité observée des taux de change par
rapport à celle des fondamentaux économiques et le fait que le
taux de change d'aujourd'hui constitue la meilleure prévision du taux de
change futur, provoquent inévitablement le scepticisme quant au rTMle
des fondamentaux macroéconomiques à expliquer les variations des
taux de change. Le taux de
8
change et l'économie réelle seraient donc
Ç déconnectés È. D'après Rogoff , cela
pourrait être du en partie au fait que, malgré la globalisation,
le commerce intérieur reste supérieur aux échanges
internationaux. Dans ce cas, même une modification minime des soldes
extérieurs pourrait entra»ner de fortes variations du taux de
change.
L'invalidité empirique de la théorie de
Dornbusch tout comme l'échec de la plupart des modèles
macroéconomiques de détermination des taux de change, du moins
à court terme, font débat dans le monde économique. Les
mystères des taux de change ou Çreal exchange rate puzzles
È, développés essentiellement par Rogoff et Obstfeld,
posent la question d'un renouvèlement de la formalisation par des
approches totalement différentes. La théorie de la microstructure
par exemple, permet d'apporter de nouvelles réponses à
l'instabilité des taux de change. Celle-ci consiste à
s'intéresser au fonctionnement du marché des changes ainsi
qu'à la psychologie et aux comportements de ses intervenants.
7 Obstfeld, M. (2000). The six major puzzles in international
macroeconomics: Is there a common cause? (NBER working paper series), National
Bureau Of Economic Research, New York.
8 Rogoff, K. (2002). Pourquoi les taux de change du G3
sont-ils si instables ? C.f. Annexe 2.
b. Renouvellement de la formalisation par l'analyse
psychologique
i. Les anticipations rationnelles ou limitées
Un grand nombre de théories incluent dans leurs
hypothèses la rationalité des agents économiques et
supposent que ces derniers font des anticipations rationnelles. L'étude
du comportement de ces derniers nécessite don c la compréhension
de ce concept. Robert Lucas a introduit dans les années 1960 ce concept
fondateur de la Nouvelle Economie Classique. Selon cette approche, les agents
possèdent toute l'information disponible pour former leurs
anticipations9. Les agents peuvent donc se projeter dans le futur de
facon précise, non plus en se basant sur le passé mais sur la
quantité d'information disponible, information qu'ils sauront
entièrement comprendre et utiliser dans un but: maximiser leur
utilité, ou satisfaction.
A l'opposé de ce courant de pensée, certains
auteurs pensent que la rationalité des agents économiques est en
fait limitée. Ces derniers sont bien rationnels mais limités par
leurs capacités cognitives ou par l'information disponible. Lors d'un
choix complexe, les agents vont davantage chercher une solution raisonnable
plutôt que d'étudier l'ensemble des possibilités. Ainsi,
ils vont la plupart du temps s'arrêter au premier choix qu'ils jugeront
satisfaisant. Les agents économiques ne sont donc pas pleinement
rationnels dans toutes les situations.
C'est particulièrement, l'économiste Herbert A.
Simon qui a développé ce concept en l'appliquant au monde de
l'entreprise. D'après lui, l'acteur réagit aux stimuli
informationnels, mais ces derniers sont limités par un ensemble
d'habitudes et par la poursuite d'un objectif.10 La réflexion
de l'acteur est donc limitée par son environnement qui conditionne sa
décision. La rationalité individuelle n'est donc pas absolue,
elle est non seulement limitée par l'étendue des connaissances et
des informations mais également par les habitudes et les réflexes
ou encore par les valeurs de la personne.
Pour résumer, le comportement des agents
économiques peut être compris comme ci- d esso u s:
Moyen + But + Information = Comportement
Dans cette perspective, les individus font des anticipations
dont la rationalité est limitée. Elle peut en effet être
limitée par les moyens à la disposition des agents pour prendre
des décisions, par l'objectif poursuivi par les agents, et bien entendu
par la nature même de l'information.
9 Lucas, R. E. Jr. (1972). Expectations and the Neutrality of
Money, Journal of Economic Theory.
10 Simon, H. (1947). Administrative Behavior, Macmillan,
New York
ii. Les bulles spéculatives
Sur le marché des changes, la surévaluation du
dollar au milieu des années 1980 suivi du krach boursier de 1987 a
contribué au développement d'une nouvelle approche de
l'instabilité des taux de change: les bulles spéculatives
rationnelles. La notion de bulle spéculative désigne des
emballements sans fondements sur les marchés financiers. Le prix des
actifs est alors très excessif par rapport à la valeur
financière intrinsèque de ces actifs (valeur réelle,
fondamentale). La bulle se caractérise en trois grandes phases,
détaillées dans le graphique ci-après:
- un décollage vis-à-vis des tendances longues
- une accélération de l'évolution à
l'approche du retournement
- un retournement brutal

Graphique 3. Les étapes successives d'une bulle
spéculative.
Si la bulle Ç pure È, sans aucun fondement
objectif, est une curiosité, il n'est pas rare que des
phénomènes spéculatifs se développent sur des
croyances plus ou moins fondées et prennent le caractère d'une
bulle rationnelle. Il peut donc exister des écarts durables entre le
taux de change dont la valeur est déterminé par le marché
et la valeur d'équilibre du taux de change, correspondant aux
fondamentaux économiques (inflation, balance commerciale, taux
d'intérêt etc.).
Cet écart est appelé bulle spéculative
car il tend à se gonfler, pour se résorber brutalement. Au cours
d'une bulle spéculative, la valeur du taux de change sur les
marchés est donc la suivante:
E = E * + B OU :
- E est le taux de change du marché;
- E * est le taux de change d'équilibre ;
- B est la bulle spéculative;
Alors que pendant longtemps, les bulles spéculatives
ont été considérées comme le résultat de
comportements irrationnels, l'hypothèse des anticipations rationnelles
permet de comprendre les bulles comme un phénomène rationnel.
Olivier Blanchard et Mark Watson en 1984 ont ainsi démontré ce
résultat avec la théorie des bulles spéculatives
rationnelles.
Celle-ci apporte trois conclusions majeures:
- à court terme, le marché des changes peut
conna»tre une multiplicité d'équilibres;
- la divergence entre le taux de change du marché et sa
valeur fondamentale peut être croissante;
- la valeur du taux de change dépend alors de sa propre
valeur anticipée car les anticipations deviennent
autoréalisatrices ;
Par exemple, sur le marché des changes:
Dans le cas oU la majorité des opérateurs
anticipent la hausse d'une devise sans prendre en compte les fondamentaux, il
va s'ensuivre une demande excédentaire en faveur de cette monnaie dont
le taux de change s'apprécie et s'éloigne de sa valeur
économique réelle. Les anticipations s'autoréalisent car
les op érateurs ont rationnellement intérêt à
acheter cette devise aussi longtemps que le risque de perte lié à
la surévaluation est plus que compensé par le gain en capital
qu'ils escomptent réaliser, et cela même si les opérateurs
savent très bien que le cours ne correspond pas aux fondamentaux. La
hausse de la devise est alors autoréalisatrice c'est à dire que
plus celle-ci est surévaluée, plus la probabilité que la
bulle éclate est forte et plus le cours du change doit augmenter pour
compenser le risque croissant. La bulle spéculative finit enfin par
éclater lorsque les anticipations se retournent.
Finalement, l'intérêt de la théorie des
bulles spéculatives rationnelles est de montrer qu'il est rationnel de
continuer à spéculer à la hausse sur une devise dont on
sait que le cours est déconnecté des fondamentaux et largement
surévalué, car on espère réaliser un gain du fait
même de la bulle que l'on pourrait appeler Ç la prime de bulle
È.
iii. La rationalité mimétique et les autres
travers de comportement
Ce modèle développé par André
Orléan en 1989 permet d'expliquer le phénomène des bulles
spéculatives et la volatilité des taux de change par l'analyse
comportementale des intervenants des marchés. Pour Orléan, les
anticipations sur un actif se forment, non pas sur des valeurs exogènes
comme les fondamentaux mais sur ce que sera l'opinion moyenne du marché
à propos de cet actif. John Maynard Keynes parlait déjà de
la spéculation comme Çl'activité qui consiste à
prévoir la psychologie du marché È. En situation
d'incertitude totale, le mimétisme est alors un comportement rationnel
car il permet de profiter de l'information des opérateurs
informés, et cela, sans aucun coOt . En cas de forte incertitude, on
assiste alors à une polarisation des anticipations et les
opérateurs vont s'efforcer de deviner le comportement futur des autres
opérateurs. De plus, ceux qui s'éloigneront de la pensée
Ç moyenne È du marché prennent un risque très
important. L'anticipation mimétique est là encore, un
comportement rationnel.
Les prix s'autoconfirment de cette manière, même
s'ils s'éloignent de plus en plus de leur valeur fondamentale. Les
bulles de change par exemple se développent car elles sont entretenues
par les comportements mimétiques des opérateurs.
Poussée à l'extrême, la rationalité
mimétique se traduit par une imitation généralisée
des opérateurs au point de conduire au paradoxe soulevé par
Joseph Stiglitz et Sanford Grossman, selon lequel les prix
échangés sur les marchés ne contiennent au final plus
aucune information.
Le mimétisme est un travers de comportement reconnu et
étudié par la finance comportementale qui applique la psychologie
au domaine de la finance. La finance comportementale nous enseigne ainsi les
différents travers de comportement et leurs effets sur les
marchés financiers, sous forme d'anomalies de prix ou de rendement.
Les travers de comportement peuvent être regroupés
sous quatre formes:
- Cognitifs individuels;
- Cognitifs collectifs;
- Emotionnels individuels;
- Emotionnels collectifs:
Les travers cognitifs sont liés au mécanisme de
la pensée, et particulièrement liés au processus
d'acquisition des connaissances. La cognition désigne les processus de
traitement de l'information tels que le raisonnement, la mémoire, les
habitudes ou encore la prise de décision et les fonctions
exécutives.
Les travers émotionnels ou passionnels sont liés
aux peurs, aux envies, à la répulsion ou l'attirance, ou encore
aux sentiments d'admiration et de fierté.
Les défauts de comportement peuvent jouer tant au
niveau individuel qu'au niveau collectif. La rationalité
mimétique d'Orléan explique par exemple le comportement
moutonnier collectif de la plupart des opérateurs lorsqu'ils sont dans
l'incertitude. Les anticipations collectives autoréalisatrices peuvent
ainsi devenir de véritables Ç prophéties È
autoréalisatrices. Une prophétie autoréalisatrice est une
anticipation qui se réalise effectivement, parce qu'un groupe de
personnes croyait qu'elle devait se réaliser. Cette croyance a en fait
modifié les comportements de telle sorte que ce qui n'était que
croyance advienne réellement.
De nombreuses tendances boursières peuvent s'expliquer
par une suite de sous réactions et sur réactions collectives aux
informations. Les bulles de change, tout comme les autres bulles
financières et les krachs peuvent être le résultat de ces
tendances, oU les prix deviennent complètement démesurés
et déconnectés de leur valeur fondamentale.
c. L'hétérogénéité
des intervenants et de leur comportements
i. Différentes motivations et stratégies des
intervenants
L'étude de la micro structure du marché des
changes suppose de s'intére sser au fonctionnement de celui-ci et
à la nature de ses composantes. Comme défini en introduction, le
marché des changes sert à échanger une devise contre une
autre au comptant ou à terme. Néanmoins, cette définition
cache en fait des motivations très différentes de la part des
intervenants qui sont eux mêmes très différents. En effet,
quatre catégories d'intervenants opèrent sur le marché des
changes:
- les entreprises;
- les gestionnaires de fonds;
- les banques et les courtiers;
- les autorités monétaires (les banques
centrales);
Les trois premiers interviennent sur le marché de change
pour trois grandes motivations:
- la couverture;
- la spéculation;
- l'arbitrage;
Les banques centrales, quant à elles, interviennent
éventuellement sur le marché des changes pour régulariser
ses fluctuations. L Ôéquilibre sur le marché des changes
résultant des interactions entre ces trois activités.
Les entreprises utilisent le marché des changes pour
régler des transactions commerciales (compte clients/fournisseurs) ou
financières (transactions intra-entreprise, fusions/acquisitions) dans
d'autres devises ; ou bien pour se prémunir contre le risque de change
grâce à des instruments financiers spécifiques (forwards,
futures, swaps, options). Les entreprises transmettent ainsi aux banques et aux
courtiers des ordres de clientèle que ces derniers vont exécuter
sur les marchés contre des commissions.
Les gestionnaires de fonds, comme les gérants de hedge
funds par exemple, et les banques, quand elles agissent pour leur propre
compte, vont vouloir spéculer ou arbitrer sur le marché des
changes.
Spéculer, c'est prendre délibérément
un risque, dans l'espoir d'un gain ultérieur.
Arbitrer, c'est réaliser un profit en tirant parti des
différences momentanées de cours de change entre plusieurs
places, mais aussi d'écarts de taux d'intérêt sur les
devises (cf. relation de parité de taux d'intérêt).
Les opérations spéculatives sur le marché
des changes sont souvent qualifiées d'opérations sèchent
car elles ne sont pas liées à des transactions commerciales et se
suffisent donc à elles mêmes. L'opérateur s'expose au
risque en ouvrant une position de change, c'est à dire que le solde de
ses avoirs et de ses engagements en devises n'est pas nul, sa position de
change est alors longue ou créditrice. Il bénéficiera
alors d'une appréciation de la devise ou pâtira de la
dépréciation. Le schéma est inversé dans le cas
d'une position courte ou débitrice. Le spéculateur sur le
marché des changes va alors ouvrir une position de change, et s'expose
ainsi volontairement au risque de change en espérant que
l'évolution future des cours lui rapportera un profit. Il a cependant
plusieurs moyens à sa disposition pour y parvenir.
Par exemple:
Soit un agent économique qui anticipe une
dépréciation de la livre anglaise contre le dollar et souhaite
réaliser un gain en jouant la livre a la baisse. Celui-ci va prendre
délibérément une position longue sur le dollar, au
comptant ou a terme. Au comptant, le spéculateur va acheter des dollars
puis les placer et enfin les vendre lorsque la livre se sera
déprécié. Le bénéfice est donc la
différence entre la somme de livres initialement versée pour
acheter les dollars, et la somme recue de livres a la vente des dollars. A
terme, le spéculateur peut simplement passer un ordre d'achat a terme
(contrat forward), ou utiliser des contrats de futures ou des options. Il prend
alors une position longue sur le dollar dont il anticipe une
appréciation future. Le grand avantage des contrats de future, est de
permettre un fort effet de levier. En effet, ils permettent de mettre en jeu
des sommes importantes en ne versant qu'un faible dépôt de
garantie, le deposit. Bien sur, ces opérations
spéculatives ne sont profitables a posteriori, si et seulement si la
dépréciation effective de la livre est supérieure a
l'écart de taux d'intérêt entre la livre et le dollar. Dans
le cas opposé, le spéculateur aurait adopté une position
en faveur de la livre.
Les stratégies spéculatives sont nombreuses sur
le marché des changes, du carry trade qui consiste a s'endetter dans une
devise a faible taux d'intérêt et a placer ces fonds
empruntés dans une autre devise a taux d'intérêt plus fort,
a l'utilisation de produits dérivés et de la vente a
découvert. Les paris spéculatifs sont donc grandement
facilités par les instruments a la disposition des opérateurs,
très au courant de ces techniques.
Les banques, qui, a elles seules, contribuent a 75 % des
opérations sur le marché des changes, et les courtiers qui
exécutent les ordres des fonds spéculatifs utilisent ainsi toutes
les techniques de spéculation et d'arbitrage pour réaliser des
profits. On sait que la spéculation est nécessaire au bon
fonctionnement des marchés car elle en assure la liquidité,
notamment des marchés a terme, qui sont structurellement
déséquilibrés. Cependant, il est légitime de
s'interroger sur les conséquences de la spéculation sur
l'instabilité du marché et sur la volatilité des taux de
change. On sait par exemple que les fonds d'arbitrage spéculent sur les
monnaies et peuvent provoquer des crises de change (crise du SME en 1992, crise
asiatique en 1997).
Dans la réalité, il semblerait qu'en
période calme, la spéculation soit plutôt stabilisante,
équilibrante, dans la mesure oU les mouvements sur les cours de change
sont temporaires. Si l'euro baisse par exemple, et si sa
dépréciation est jugée temporaire, les spéculateurs
vont l'acheter car ils anticipent son redressement ultérieur. Les
entreprises nécessitant des euros vont également en acheter pour
l'acquérir Ç au creux de la vague È. Au contraire, en
période de crise, les mouvements sur les cours de change sont
jugés durables. Les spéculateurs vont alors Ç jouer la
poursuite È de la hausse des monnaies fortes qu'ils vont chercher a
acheter, et la poursuite de la baisse des monnaies faibles qu'ils vont chercher
a vendre. Dans ce contexte, la spéculation est déstabilisante car
elle amplifie les mouvements des cours. Le cours des devises peut alors varier
de plusieurs points au cours d'une seule et même journée. De plus,
toute opération de spéculation amène une opération
de sens inverse lorsqu'elle est Ç débouclée È. Le
profit réalisé a la baisse d'une monnaie se suit ainsi du rachat
de celle-ci après sa dépréciation. C'est ce qu'on appelle
les Ç reprises techniquesÈ sur les monnaies attaquées, au
moment oU les spéculateurs débouclent leurs positions pour
prendre les bénéfices. Ces débouclements
d'opérations spéculatives participent en fait largement aux
mouvements de yo-yo observés sur l'évolution des cours de
nombreuses monnaies.
La spéculation recherchée par les banques et les
fonds joue donc un rTMle primordial dans l'instabilité des taux de
change. Les différentes stratégies parfois hautement
spéculatives des opérateurs du marché des échanges,
particulièrement dans les banques et dans les fonds permettent donc en
partie d'expliquer l'existence de bulles et de la volatilité des taux de
change.
Nous avons vu que les stratégies des acteurs de ce
marché diffèrent grandement en fonction de leurs motivations. Par
exemple, les <<traders)) dans les banques ou les gestionnaires de fonds
de pension opèrent à des horizons très courts car ils sont
à l'affOt des moindres occasions de profits. Ces derniers ignorent alors
parfois les <<fondamentaux )) économiques censés
refléter la valeur des cours car les mouvements des cours à
très court terme (dans la journée, dans l'heure) sont
effectivement déterminés par les stratégies des
<<traders)) qui <<font)) le marché. Il est dans ce contexte
tout à fait rationnel d'ignorer les fondamentaux.
ii. Interactions entre opérateurs
« fondamentalistes » et
« chartistes «
Certains opérateurs ignorent donc les fondamentaux
lorsqu'ils procèdent à des transactions sur le marché des
changes. Ce comportement rationnel est cependant davantage légitime sur
le court terme que le moyen long terme et ne concerne pas tous les intervenants
du marché des changes. Il est effet possible d'établir une
seconde différenciation entre les opérateurs du marché des
changes selon qu'ils prennent leurs décisions en fonction des
« fondamentaux « économiques (inflation, balance
commerciale, taux d'intérêt etc.), appelés les <<
fondamentalistes È ou en fonction d'analyses graphiques des cours,
appelés les << chartistes È.
A ce sujet, les économistes Paul De Grauwe et Hans
Dewachter ont montré que les périodes de forte volatilité
sont associées à la prédominance des fondamentalistes
tandis que les périodes de faible volatilité sont
associées à la prédominance des chartistes. En fait, plus
le taux de change est proche de sa valeur fondamentale, plus la proportion des
fondamentalistes au sein des opérateurs est faible et celle des
chartistes est forte. Effectivement, les fondamentalistes n'ont aucun
intérêt à intervenir sur le marché puisque la valeur
fondamentale du taux a été atteinte, il n'y a pas d'écart
entre celle-ci et la valeur courante, donc pas de bénéfice
possible pour ces derniers. A l'opposé, plus le taux de change
s'éloigne de sa valeur fondamentale, plus le poids des chartistes
diminue car les fondamentalistes peuvent procéder à des
interventions correctrices. La volatilité du taux de change est donc
d'autant plus importante que le poids des fondamentalistes est
élevé, c'est à dire quand le taux de change est
éloigné de sa valeur fondamentale.
Pour résumer, à chaque moment, le taux de change
observé sur le marché est le résultat de l'interaction
entre les agents chartistes, dont l'action conduit le taux de change à
s'écarter de sa valeur d'équilibre et les fondamentalistes qui
maintiennent le taux de change autour d'une valeur correspondant aux
déterminants économiques fondamentaux.
Plusieurs analyses dont celle de Paul De Grauwe insistent sur
les interactions entre les intervenants du marché des changes et
particulièrement les interactions entre les «
fondamentalistes « et les « chartistes « . Ces
interactions entraîneraient en effet une dynamique de marché
instable sur le marché des changes, que certains économistes ont
qualifié de <<chaotique È, dont les caractéristiques
sont très proches de celles observées empiriquement sur le
marché des changes.
Conclusion de la partie theorique
Les explications théoriques de l'instabilité des
changes apportent un éclairage certain sur la volatilité et
l'instabilité du taux de change.
La théorie de sur ajustement des changes de Dornbusch
est brillante et ne manque pas d'élégance, car elle fut la
première à donner une explication théorique pertinente de
l'instabilité du marché des changes constatée après
l'abandon des changes fixes au milieu des années 1970. Cependant, cette
théorie comme la plupart des théories reposant sur les
fondamentaux macroéconomiques se révèlent être des
échecs empiriques. La détermination des taux de change reste un
mystère. Les fluctuations des cours semblent totalement
indépendantes de facteurs exogènes comme si elles étaient
déconnectées de la réalité si bien que les
économistes Robert Flood et Andrew Rose dirent que le taux de change
semble Ç avoir sa propre vie È.11
L'échec de ces théories s'est vu confirmé
par un fait élémentaire: l'utilisation de la marche au hasard
constitue à l'heure actuelle la meilleure façon de prévoir
l'évolution future des taux de change.
Dans ce contexte, la finance comportementale et l'étude
de la micro structure du marché des changes renouvellent grandement
l'analyse. En effet, contrairement aux théories macroéconomiques
(PPA, PTI, sur ajustement de Dornbusch etc.) ou financières
(modèles monétaires, modèles de portefeuille etc.), ces
approches préfèrent expliquer l'instabilité que de tenter
la détermination d'un taux de change par nature très provisoire.
Les bulles de change par exemple, sont aujourd'hui assez bien comprises gr%oce
à la compréhension des anticipations rationnelles.
En fait, ces théories répondent à une
représentation bien connue du marché des changes et d'inspiration
keynésienne dans laquelle la psychologie des différentes
catégories d'opérateurs est essentielle. Le fondement
microéconomique ou micro structurel de ces conceptions est
également beaucoup plus adapté au fonctionnement effectif du
marché des changes oU l'hétérogénéité
des acteurs et leurs interactions jouent un grand rTMle.
Enfin, à court terme, d'après cette perspective,
qui semble être confirmée dans les données, il n'existerait
pas d'équilibre général; il y aurait une
multiplicité d'équilibres possibles selon les configurations du
marché et les anticipations.
1 1 Ç The exchange rate appears to have a life of its
own.È Robert Flood and Andrew Rose (1995)
Cette deuxième partie a pour objet de confronter les
conclusions tirées des analyses précédentes à la
réalité du marché des changes. Dans cette perspective,
l'étude sera limitée à la période de Janvier 2010
à Juin 2010; période au cours de laquelle j'ai assisté
quotidiennement aux fluctuations des cours de change du fait de mon rTMle en
tant que contrTMleur produit sur le marché des devises.
La période utilisée est riche en
événements tant économiques que politiques, avec des
conséquences importantes sur les marchés financiers notamment du
point de vue des monnaies européennes. En six mois seulement, l'euro a
ainsi perdu près de 17 % de sa valeur contre le dollar. Certains parlent
déjà d'une Ç crise de l'euro È, jusqu'à
remettre en cause sa légitimité et son futur.

Graphique n°4. Evolution du cours de l'euro depuis sa
crOation, le 1er janvier 1999
L'euro a atteint son niveau le plus bas depuis quatre ans, le
7 juin 2010 s'échangeant à un prix de 1,1917 contre le dollar. La
tendance a effectivement été très clairement
baissière sur l'ensemble de la période. En revanche, sur de
courtes périodes, voire de très courtes périodes
(intraday), la volatilité de l'euro et des autres monnaies
européennes, en particulier de la livre sterling a été
particulièrement forte.
L'application des théories à la
réalité du marché des changes suppose tout d'abord
d'étudier les variations des cours et les épisodes de
volatilité sur la période définie. Il sera ensuite
question de s'intéresser aux conséquences des annonces et des
rumeurs sur les variations des taux de change, en particulier gr%oce aux
anticipations des acteurs. Enfin, il s'agira de comprendre dans quelle mesure
les théories peuvent aider à la compréhension de
l'instabilité des taux de change, à la fois sur la période
utilisée, et de facon générale c'est-à- d i re si
les théories permettent d'expliquer la dynamique toujours instable
constatée du marché des changes.
a. Etude de la période Janvier - Juin 2010:
l'exemple de l'euro
dollar
i. Etude de la tendance observée sur la
période
Les explications de la chute de l'euro au cours de cette
période s'expliquent essentiellement par la mauvaise santé des
fondamentaux économiques des pays de l'Union Européenne. Tout
d'abord, la croissance est panne dans la plupart des pays européens, qui
chacun à leur tour, s'engage dans des politiques de rigueur et
d'austérité (ma»trise de la dépense publique et de
réduction des déficits). Ces politiques qui s'apparentent
à des plans de sauvetage pour les pays du sud de L'Europe (Grèce,
Portugal, Espagne) pèsent en effet grandement sur les perspectives de
croissance de la zone euro. De plus, l'écart de croissance avec les
Etats-Unis se creuse de plus en plus, et les signes de reprise y sont davantage
marqués, ce qui favorise logiquement le dollar.
La Ç crise de l'euro È serait donc une crise de
la dette ; celle des Etats du sud de l'Europe, pour le moins à l'heure
actuelle. Dans ce contexte risqué, dans lequel les restructurations
menacent la capacité de remboursement de la dette publique, les
investisseurs se débarrassent de tous les titres de dette de la zone
euro, qu'ils soient espagnols, grecs, portugais ou italiens. Il est
estimé que les échéances de dettes, au sein de la zone
euro, représentent 2,300 milliards d'euros soit trois fois plus que le
plan de stabilisation européen, voté début juin 2010 et
censé décourager toute tentative de spéculation contre
l'euro et contre les dettes souveraines.
Enfin, la Ç crise de l'euro È cache peut
être une crise politique, voire une Ç crise de l'Europe È.
Les doutes politiques à propos de la zone euro sont très
nombreux, et beaucoup se demandent si l'Union Européenne en tant que
construction institutionnelle, avec une solidarité budgétaire
entre les Etats membres et tout cela associé à un conservatisme
monétaire, peut finalement fonctionner correctement. D'après le
prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, si l'Europe Çne
règle pas ses problèmes institutionnels fondamentaux, l'avenir de
l'euro sera peut-être très brefÈ .
Au cours de cette période, les marchés se sont
en fait largement réfugiés sur le dollar et l'or, au
détriment donc de l'euro et des dettes souveraines européennes.
Le cours de l'euro a ainsi perdu 17 % de sa valeur contre le dollar entre
Janvier et Juin 2010, dont 10 % de Mai à Juin 2010 (Graphique 5.
ci-après).

Graphique 5. Evolution du cours EUR/USD de Janvier à
Juin 2010 (Données de la BCE.)
ii. Etude de la volatilité observée sur la
période
Comme défini en introduction, la volatilité est
une mesure de l'ampleur des variations du cours d'un actif financier. Pour
étudier la volatilité du marché des changes, nous
utiliserons la volatilité historique, la volatilité dite de
Chaikin et l'Average True Range. Ces indicateurs seront utilisés avec un
paramètre de dix jours au sens de dix séances
boursières.
La volatilité historique se calcule en choisissant une
période (ici dix jours), puis en calculant la variation quotidienne sur
cette période. Elle indique le niveau de volatilité atteint dans
le passé.
La volatilité de Chaikin se calcule en
déterminant une moyenne mobile exponentielle de la différence
entre les plus hauts et plus bas cours quotidiens, puis en calculant la
variation de cette moyenne mobile. Une volatilité élevée
indique un plafond de la valeur et une volatilité faible indique un
niveau plancher.
Le True Range est le plus haut ou le plus bas en valeur
absolue parmi le plus haut et le plus bas du jour, le plus haut du jour et de
la clTMture de la veille et le plus bas du jour et de la clTMture de la veille.
L'Average True Range se calcule en déterminant une moyenne mobile des
True Range. L'ATR indique la pression des vendeurs et des acheteurs. Un ATR
élevé signe une forte pression et donc une forte
volatilité.
Le graphique 6. présente la volatilité historique
du cours de l'euro/dollar de Janvier à mi Juin 2010.

Graphique 6. Volatiité historique du cours EUR/USD de
Janvier à mi Juin 2010
Les différents indicateurs tels que la volatilité
historique ou la volatilité de Chaikin
permettent de mettre en valeur les épisodes de
volatilité au cours de la période définie. De nombreux
pics (+ de 10% de volatilité historique c'est-à-dire de variation
quotidienne par rapport à une période de dix jours) sont alors
identifiables :
Le 20 janvier : Volatilité de 10,48 %
Explications: La forte baisse de l'indice de confiance des
investisseurs sur la santé financière de l'Allemagne, le Ç
Zew
È et l'annonce des déficits de la Grèce.
Le 17 février : Volatilité de 12,09 %
Explications : Annonce des déficits de l'Espagne et du
Portugal. Persistance des inquiétudes sur la Grèce et indicateurs
américains meilleurs que prévus.
Le 28 avril : Volatilité de 12,69 %
Explications: Rebond gr%oce à la résolution de la
Grèce à demander de l'aide à l'Union Européenne et
au FMI.
Le 5 mai : Volatilité de 15,98 %
Explications: Psychose de contagion de la crise grecque à
toute l'Europe. Chute de la devise européenne.
Le 20 mai : Volatilité de 18 ,97 %
Explications: Rebond technique, en tendance de fond lourdement
baissière. Vote à Berlin du plan de sauvetage de l'euro.
Le 27 mai : Volatilité de 22,58 %
Explications: Craintes sur la solidité du système
bancaire espagnol, en raison du sauvetage de la banque Cajasur par la Banque
Centrale d'Espagne.
Le 4 juin : Volatilité de 15,73 %
Explications: Rumeurs sur la faillite de l'Etat hongrois.
Déceptions de la rencontre du G20 à Busan.
La volatilité, c'est à dire, l'ampleur des
variations du cours euro/dollar, a été particulièrement
forte sur la période. La journée la plus volatile sur la
période fOt le jeudi 27 mai avec une volatilité historique de
22,58 % par rapport à une période de 10 jours et de 18,03 % par
rap port à une période de 20 jours.
Le graphique 7. présente la volatilité historique
et ATR du cours EUR/USD de Avril à mi Juin 2010 auquel il est
rajouté un ATR.

Graphique 7. Volatilité historique et ATR du cours
EUR/USD de Avril à mi Juin 2010
Le graphique 8. utilise la volatilité de Chaikin et permet
d'identifier facilement les pics de volatilité dus aux comportements des
cambistes.

Graphique 8. Volatilité de Chaikin du cours EUR/USD de
Janvier à mi Juin 2010
Il est clair que la volatilité a été
forte sur la période observée. L'étude des variations du
cours de l'euro/dollar montre que les fluctuations des cours sont importantes.
Ces variations peuvent en fait être expliquées par les sous
réactions ou sur réactions dues à
l'hypersensibilité des marchés financiers à toute annonce,
nouvelle, ou rumeur que les marchés financiers aiment appeler Ç
news È.
b. La force des « news «
i. Les annonces
Les annonces sont des avis qui apportent la connaissance d'un
fait ou d'une information au public, ici, aux opérateurs des
marchés financiers. Elles peuvent être de nature diverse :
économique, politique, financière etc. Ces informations peuvent
être publiées par les gouvernements, les autorités
monétaires ou les agences privées comme Reuters ou Bloomberg. La
publication de certains indicateurs économiques peut par exemple
créer rapidement beaucoup de volume et accroitre considérablement
les fluctuations des cours. Certaines annonces, alliées à leur
effet de surprise ont ainsi le pouvoir de faire chuter ou de relever le cours
des taux de change.
Il existe en fait des indicateurs dits avancés car ils
permettraient d'anticiper les cours, en prévenant l'arrivée d'une
nouvelle tendance et des indicateurs dits retardés qui constatent un
changement de l'économie et informe que la tendance est
installée. Un dernier type d'indicateur est dit co
·ncident car
il évolue en même temps que les variations économiques et
donne donc un aperçu global et instantané de
l'économie.
Le tableau 1. permet d'établir des relations entre les
indicateurs économiques et le cours d'un actif. Ces indicateurs
représentent les fondamentaux économiques car ils
reflètent l'état de santé économique d'un pays ou
d'une zone. Gr%oce aux indicateurs, les opérateurs des marchés
ont une connaissance précise de la situation économique du pays
et vont alors investir si les chiffres sont bons ou à l'inverse
désinvestir si les chiffres ne sont pas bons. Cependant, il est
indispensable de rapprocher les chiffres publiés aux données
précédentes et aux prévisions des marchés. Ce qui
compte, c'est donc l'évolution de ces chiffres par rapport au
passé et aux attentes des investisseurs.
|
Indicateur
|
Variation
|
Signification
|
Influence
|
|
P.I.B.
|
Hausse
|
Surchauffe de l'économie
|
Hausse
|
|
Baisse
|
Ralentissement de l'économie
|
Baisse
|
|
Indice des prix à la production
|
Hausse
|
Surchauffe de l'économie
|
Hausse
|
|
Baisse
|
Ralentissement de l'économie
|
Baisse
|
|
Commande de biens durables
|
Hausse
|
Surchauffe de l'économie
|
Hausse
|
|
Baisse
|
Ralentissement de l'économie
|
Baisse
|
|
Production industrielle
|
Hausse
|
Surchauffe de l'économie
|
Hausse
|
|
Baisse
|
Ralentissement de l'économie
|
Baisse
|
|
Stocks industriels
|
Hausse
|
Ralentissement de l'économie
|
Baisse
|
|
Baisse
|
Surchauffe de l'économie
|
Hausse
|
|
Indice des prix à la consommation
|
Hausse
|
Hausse de l'inflation
|
Hausse
|
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Baisse
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Dépression
|
Baisse
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|
Ventes de détails
|
Hausse
|
Croissance
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Hausse
|
|
Baisse
|
Dépression
|
Baisse
|
|
Mise en chantier de maisons neuves
|
Hausse
|
Croissance
|
Hausse
|
|
Baisse
|
Dépression
|
Baisse
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|
Revenus des ménages
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Hausse
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Inflation
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Hausse
|
|
Baisse
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Dépression
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Baisse
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|
ChTMmage
|
Hausse
|
Dépression
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Baisse
|
|
Baisse
|
Inflation
|
Hausse
|
Tableau 1. Grandes tendances de réaction des
marchés aux indicateurs
économiques.
En plus des indicateurs classiques tels que le solde de la
balance commerciale, le PIB ou le taux de chômage, il
existe de nombreux indicateurs composites qui permettent de mieux
appréhender la condition économique d'un Etat ou d'une zone. Ce
sont les Etats-Unis qui publient le plus d'indicateurs, suivi par la zone euro
et le Royaume Uni. Voici une liste non exhau stive des indicateurs
européens:
Le Conseil BCE
Le conseil de la BCE et la conférence de presse qui a
lieu le premier jeudi de chaque mois sont très suivis par les
opérateurs du marché des changes. La politique monétaire
de la BCE y est analysée et des projections de taux de croissance et
d'inflation sont établies. Des prises de décision relatives
à la hausse ou à la baisse des taux directeurs peuvent
également être annoncées.
IFO (Institute fuer Wirtschaftsforschung)
L'IFO publie le dernier mercredi de chaque mois des analyses
sur la santé économique de l'Allemagne. L'IFO mesure la confiance
des entrepreneurs allemands à travers des sondages sur l'activité
et la production.
IPC (Indice des prix à la consommation)
L'IPC existe en plusieurs versions, pour l'Allemagne, la
France, l'Italie, ainsi qu'en version ÇflashÈ et
définitive pour la zone euro. L'IPC donne le niveau de l'inflation de la
zone euro à travers l'ensemble des données prévisionnelles
des prix.
PMI manufacturier zone euro (Purchasing Manager
Index)
Le PMI mesure la confiance des directeurs d'achat de la zone
euro à travers des sondages relatifs à l'évolution du
secteur manufacturier. Il est divisé en trois parties: la production,
les commandes et l'emploi.
ZEW (Zentrum für europische
Wirtschaftsforschung)
Le ZEW est semblable au IFO mais pour le secteur bancaire. Le
ZEW est un indicateur de confiance des investisseurs à travers des
sondages relatifs aux taux d'intérêts, aux indices boursiers et au
marché des changes.
Dans la réalité des dizaines d'indicateurs sont
publiés chaque jour, et les opérateurs peuvent connaitre en temps
réel les derniers résultats de l'économie. Il existe, par
exemple, des calendriers économiques en temps réel destiné
aux cambistes qui suivent tous les événements importants et les
publications d'indicateurs économiques à venir.
12
Les évènements économiques et politiques
comme les rencontres du G20, les
forums économiques ou les réunions des ministres
des finances de l'Union Européenne peuvent aussi affecter les
marchés financiers, dans la mesure oU il y a une attente de la part des
investisseurs.
Les réactions du marché des changes à la
publication des indicateurs et aux annonces seront étudiées
à travers les deux exemples suivants:
Chute de l'euro après la publication du ZEW
Dans la matinée du 19 janvier 2010, la publication de
l'indice ZEW fait chuter l'euro. C'est en effet la quatrième fois
consécutive que ce dernier se dégrade. Le moral des investisseurs
allemands est en forte baisse du fait des difficultés économiques
des autres pays membres de l'UE comme la Grèce ou le Portugal. Au cours
de cette journée, l'euro est passé de 1,44 dollar pour un euro,
à 1,4321 dollar.

Graphique 9. Chute de l'euro après la publication du
ZEW le 19 janvier 2010
1 2 Cf. Annexe 3. Calendrier économique du CEPII pour le
mois de juin
Chute de l'euro aprOs l'annonce de la mise sous tutelle de la
Cajasur par la Banque centrale espagnole
Lorsque les quotidiens espagnols annoncent le sauvetage de la
caisse d'épargne espagnole Cajasur par la Banque centrale espagnole, le
cours de l'euro ne fait que commencer sa chute. L'euro, qui était
monté à 1,2670 dollar le vendredi,
a chuté jusqu'à 1,2386 dollarà la fin de
la journée du 24 pour des cendre à 1,2177 le 26 mai. Les
cambistes on en effet vendu massivement de l'euro, en raison du coOt de la mise
sous tutelle de la Cajasur estimé à plus de 2,7
milliards d'euro, ce qui aggraverait encore davantage la situation
économique de l'Espagne et de l'UE.

Graphique 10. Chute de l'euro aprOs l'annonce de la mise
sous tutelle de la Cajasur
par la Banque centrale espagnole le 24 mai 2010
ii. Les rumeurs et les anticipations
La rumeur fait partie du quotidien des salles de marché
et déclenche parfois de véritables tempêtes sur les
marchés financiers. L'adage Ç Acheter la rumeur, vendre la
nouvelle )) est en effet, bien connu de tous les financiers. La rumeur, quand
elle est suffisamment forte, peut ainsi amplifier ou renverser une tendance par
le biais des anticipations des opérateurs qui deviennent
autoréalisatrices.
Par définition, la rumeur est un
phénomène de transmission large, par tout moyen de communication
formel ou informel, d'une information à prétention de
vérité et de révélation.
Le pouvoir de la rumeur sur les marchés financiers est
considérable si bien que les marchés réagissent parfois
à Ç n'importe quelle rumeur )). A ce sujet, le 27 mai 2010, le
gouverneur de la Banque de France Christian Noyer, a jugé la
réaction des marchés Ç un peu ridicule)) face à une
information du Financial Times qui affirmait que la Chine s'interrogeait sur
son portefeuille d'obligations libellées en euros. Le cours de l'euro
aurait été affecté durant cette journée, et ce,
malgré le démenti du gouvernement chinois.
M. Noyer a déclaré par la suite: « Ce
qui est surtout révélateur dans cet épisode, c'est
qu'aujourd'hui on a l'impression que la nervosité sur les marchés
financiers est telle que n'importe quelle rumeur est colportée et donne
lieu à des mouvements dans les prix des actifs financiers »
Les effets de la rumeur sur le marché des changes
seront étudiés à travers deux exemples au cours de la
période: une intervention imminente de la BCE, et la faillite de l'Etat
hongrois.
Le rebond de l'euro gràce à des rumeurs
d'intervention de la BCE
Entre le 18 et le 21 mai 2010, la devise européenne a
gagné près de 3%, en partie gràce à la rumeur d'une
intervention de la Banque centrale européenne sur les marchés des
changes pour soutenir l'euro. Certains spéculateurs misent donc sur une
plausible intervention de la banque centrale pour enrayer la chute de
l'euro.
Selon le président de la BCE Jean-Claude Trichet,
Ç Les mouvements de marché sont une combinaison de l'humeur des
investisseurs et de l'influence des spéculateurs comme les hedge funds
È.
Cependant, pour Audrey Childe-Freeman, stratégiste
à Londres, Ç Les rumeurs d'intervention sont des excuses pour se
couvrir après des paris risqués à la baisse È. Les
spéculateurs avaient en effet vendu massivement des euros lors des
séances précédentes par le biais des contrats de vente
à découvert. Lorsque ces derniers ont atteint des niveaux record,
les spéculateurs ont pris peur et ont racheté de l'euro pour
couvrir leurs pertes éventuelles.

Graphique 11. Rebond du cours euro/dollar entre le 18 et le
21 mai 2010 La chute du forint hongrois suite aux declarations d'un homme
politique
Durant la journée du 4 juin 2010, le forint hongrois a
perdu 5,5 % et la bourse de Budapest de 3 %. La valeur des CDS, notamment avait
également largement baissé. Des rumeurs de faillite de la Hongrie
suite aux propos tenus par un haut placé du gouvernement alarmants sur
la santé économiq ue du pays.
Lajos Kosa a en effet déclaré que la condition
économique de la Hongrie est Çtellement critique qu'elle est
comparable à celle de la Grèce È et que la
Çfaillite de l'Etat est proche È.
Ces propos ont été par la suite confirmés
par le nouveau gouvernement qui a annoncé que le déficit public
devrait atteindre en 2010 7,5% du PIB au lieu seulement 3,8%.
Le graphique 12. montre la hausse de l'euro contre le forint,
i.e. la chute du forint, le 4 juin 2010.

Graphique 12. Hausse du cours euro ! forint le 4 juin
2010
Le graphique 13. montre la hausse du dollar contre le forint,
i.e. la chute du forint, le 4 juin 2010.

Graphique 13. Hausse du cours dollar! forint le 4 juin
2010
c. Théories et réalité: une
entente certaine mais imprécise
i. Une meilleure compréhension de
l'instabilité des taux de
change
La période étudiée de janvier à
juin 2010 a permis de tester la validité empirique des théories
de l'instabilité des changes. Pour la raison de ce mémoire, les
conclusions tirées de l'analyse de cette période seront
extrapolées de façon à comprendre le comportement
général du marché des changes.
Tout d'abord, la théorie de Dornbusch est difficilement
applicable pour expliquer la volatilité contemporaine de la
majorité des taux de change du fait de la stabilité actuelle des
politiques monétaires, particulièrement des Etats-Unis et de la
zone euro. Cependant, ce point de vue pourrait être révisé
si des banques centrales comme la FED ou la BCE décident d'intervenir de
façon importante sur le marché des changes, pour protéger
l'euro contre des attaques spéculatives dans le cas de la BCE, par
exemple. Les résultats de Rudiger Dornbusch restent aussi pertinents
dans le cas de petits pays dont la monnaie est, à la fois soumise
à l'inflation et à des politiques monétaires changeantes,
ce qui est certes, de plus en plus rare dans notre économie
globalisée.
Ensuite, les variations des taux de change ne sont pas
totalement Ç déconnectés È des fondamentaux
économiques, comme l'affirme Rogoff et Obstefld, dans la mesure oU
les comportements des cambistes sont grandement
influencés dans leur choix d'investissement par la publication des
indicateurs économiques qui reflètent ces fondamentaux. La
santé des fondamentaux économiques se révèle
primordiale, car ils sont regardés, suivis et analysés par les
marchés financiers avec la plus grande attention. Ce n'est alors pas
tant les chiffres en tant que tels, que les réactions que ces derniers
suscitent, qui provoquent la volatilité des taux de change. Les effets
d'annonce et les surprises qu'elles soient bonnes ou mauvaises font ainsi vivre
et vibrer le marché des changes.
Dans ce contexte, ce sont les théories issues de
l'analyse psychologique des intervenants qui apportent le plus de
réponses. Les anticipations des cambistes par exemple, qu'elles soient
rationnelles ou irrationnelles, ont des conséquences
considérables à court terme. Ces anticipations, suite à la
publication d'indicateurs ou à des annonces importantes, peuvent en
effet amplifier ou retourner la tendance d'un cours. Les anticipations
deviennent autoréalisatrices, car le marché se précipite
sur l'information et les cambistes passent quasi instantanément des
ordres de transaction en espérant en tirer profit.
En ces temps de crise, la psychologie des intervenants est
plus que jamais essentielle à la compréhension de la
volatilité des changes car les acteurs des marchés financiers et
tout particulièrement les cambistes sont Ç hypersensibles
È. Le concept de la rationalité mimétique
évoquée par André Orléan se constate alors
remarquablement. Les opérateurs s'imitent, de peur d'avoir manqué
une information ou simplement parce qu'il est rationnel de suivre la foule. Par
ailleurs, les rumeurs sont à l'origine de nombreuses fluctuations sur le
marché des changes, même si les cours reviennent
généralement à un niveau raisonnable lorsque la rumeur est
passée.
Le nombre de théorie des changes peut dérouter,
et la plupart sont limitées par leurs hypothèses. Cependant, les
théories de l'instabilité des changes apparaissent comme les plus
justes car elles prennent en compte les caractéristiques modernes du
marché des changes telles l'intégration et le traitement quasi
instantané de l'information.
Nous savons qu'à moyen et long terme, ce sont
plutôt les fondamentaux qui gouvernent les mouvements des taux de change.
Les soldes des balances commerciales , l'inflation et le niveau des taux
d'intérêt par exemple, jouent dans la détermination des
taux de change d'un pays. L'hétérogénéité
des intervenants et les caractéristiques structurelles du marché
des changes sont également des facteurs explicatifs de
l'instabilité durable du taux de change. A court et très court
terme, par contre, ce sont plutôt les comportements des cambistes et
leurs interactions, particulièrement face aux annonces, qui semblent
être la meilleure facon d'expliquer la volatilité des taux de
change.
La compréhension de la volatilité des taux de
change est donc grandement aidée par les théories, qu'elles
soient macroéconomiques, microéconomiques ou comportementales.
Ces différentes théories se complètent, et leur
diversité permet alors de multiplier les interprétations de
l'instabilité des taux de change.
Néanmoins, dans les faits, si la compréhension
de la volatilité est rendue possible par les théories, la
détermination et la prévision des taux de change,
particulièrement à court terme, reste aujourd'hui encore
très limitée.
ii. Mais leur détermination à court terme
reste très limitée
La compréhension de l'instabilité du taux de
change est donc possible autant à long terme qu'à court terme,
mais la prévision de celui-ci pose davantage problème.
L'indétermination des taux de change est effet clairement
démontré par le fait que la marche au hasard constitue,
aujourd'hui, le meilleur instrument de prévision du cours des taux de
change.
Les théories macroéconomiques ont
été les plus utilisées jusqu'au début des
années 1980 mais la publication de l'étude de Meese et Rogoff va
remettre en cause leur capacité à prévoir correctement les
fluctuations des taux de change. Ces théories sont effectivement
limitées par leurs hypothèses, trop éloignées de la
réalité. Les fondamentaux économiques ne permettent donc
pas de déterminer précisément les variations du taux de
change.
Devant les insuffisances de ces approches, les théories
microéconomiques, ou de la microstructure du marché des changes
renouvellent grandement l'analyse en expliquant les mouvements des taux de
change par l'étude du fonctionnement réel du marché des
changes et des interactions entre les différents intervenants.
Il est vrai également que les théories de
l'instabilité, pour la plupart non mathématiques, peuvent
difficilement fournir des données chiffrées sur
l'évolution des taux de change. En effet, si la psychologie de
marché et l'analyse des comportements apportent une meilleure
compréhension de l'instabilité du taux de change, elles
n'apportent aucun moyen de prévoir et de mesurer cette
instabilité.
Cette incapacité des théories à expliquer
précisément les variations des taux de change à court
terme résulte de leur non adaptation à la globalisation
financière et ses conséquences. Le marché des changes,
comme les autres marchés financiers, a en effet connu au début
des années 1980 une véritable révolution dans le domaine
de la communication et de l'information gr%oce aux progrès de
l'informatique. Le volume de l'information s'est alors accru de facon
colossale, mais cette augmentation de la quantité de l'information s'est
réalisée au détriment de la qualité et de la
fiabilité de l'information. Aussi, les progrès technologiques ont
permis une intégration quasi parfaite du marché des changes :
intégration physique et temporelle car le marché des changes n'a
(presque) Ç pas de frontières È et Ç ne se couche
jamais È. Dans ce contexte, les effets de contagion par exemple dus aux
rumeurs sont multipliés et provoquent une plus grande instabilité
des changes.
La détermination précise, à court terme,
des taux de change est donc particulièrement difficile, et il n'y a pas
à ce jour, de théorie capable de produire des prévisions
chiffrées de l'évolution des taux de change. C'est en outre pour
cela que de nombreux économistes s'intéressent désormais
à une approche plus modeste: le calcul d'un taux de change
d'équilibre de moyen long terme afin de savoir si une devise est
simplement sur ou sous évaluée.
Dans la pratique, les cambistes utilisent pourtant l'analyse
technique pour prévoir les fluctuations des cours à court terme.
Cette méthode largement répandue auprès des
opérateurs du marché des changes est réputée pour
donner de bons résultats. Les Ç chartistes È peuvent alors
prévoir les variations des taux de change en identifiant des figures
récurrentes dessinées par la courbe des cours.
Conclusion
Pourquoi le taux de change est-il si
instable?
En 1953, Milton Friedman affirmait que l'instabilité du
taux de change était avant tout un symptôme de
l'instabilité de la situation économique.13 Depuis,
les Etats ont connu alternativement des périodes prosp ères et
des périodes de crise, et pourtant l'instabilité du taux de
change apparait comme une caractéristique structurelle de
l'économie mondiale.
En effet, il est certain que les conditions économiques
ont une influence sur les variations des taux de change, comme le pensait
Friedman. Cependant, depuis la mise en place des changes flottants, les
fluctuations des taux de change peuvent être à la fois très
importantes et continues, à tel point que le taux de change est en
permanence déséquilibré, instable.
Au fil de ce mémoire, il a été question
de s'intéresser au marché des changes et à sa dynamique
très instable. Dans ce cadre, l'étude des théories de
l'instabilité du taux de change a permis de mieux comprendre ses
variations. L'application de ces théories à la
réalité du marché des changes sur une période
définie a ensuite permis de tester ces approches.
Il est alors possible d'apporter des réponses à
l'instabilité constante du taux de change.
Premièrement, le taux de change est instable car la
nature même du marché des changes le rend instable. En fait, la
structure et le fonctionnement même du marché des devises sont
à l'origine de l'extrême volatilité des taux de change. Le
marché des changes est avant tout un marché de
spécialistes dont les interactions peuvent générer une
forte instabilité des cours. De plus, la grande majorité des
transactions sur le marché des changes sont de nature non commerciale,
c'est à dire spéculative. Or, la spéculation,
particulièrement en période de crise, tend à amplifier la
volatilité des changes et donc l'instabilité.
Ensuite, le rôle des anticipations et des comportements
des cambistes est essentiel dans la compréhension de
l'instabilité du taux de change. Le taux de change est instable parce
que les opérateurs du marché des changes anticipent les
variations des cours en espérant réaliser des
bénéfices. Ces anticipations, qui lorsqu'elles sont suivies
deviennent autoréalisatrices, multiplient les variations des cours de
change.
Enfin, le traitement de l'information est également
à l'origine de l'instabilité du taux de change. Devant la
quantité d'information disponible, à tout instant et en tout
lieu, les individus opérant sur le marché des changes
interprètent les informations avec leurs caractéristiques
psychologiques propres, ce qui peut donner lieu à des
déformations de l'information qui sert de base à la prise de
décisions. L'information ainsi sous-évaluée ou
surévaluée va ensuite se répandre à travers le
réseau par le phén omène de rationalité
mimétique et provoquer des transactions, ce qui peut créer de
fortes variations des taux de change.
1 3 Friedman, M. (1953). Essays in Positive Economics.
Chicago: University of Chicago Press
Pour conclure, l'instabilité du taux de change est un
fait. Un faisceau de facteurs gouverne ses mouvements et permet d'expliquer la
forte volatilité des taux de change, particulièrement à
court terme. L'instabilité fait partie intégrante de la nature du
taux de change et donc de l'économie internationale. Dans cette
perspective, la question n'est donc plus de trouver des explications à
l'instabilité du taux de change mais de trouver des remèdes.
Milton Friedman avait déjà posé cette
question au début des années 1950 : Ç The major aim of
policy is not to prevent changes (in the circumstances affecting international
transactions) from occurring, but to develop an efficient system of adapting to
them È. Il s'agirait dans ce cadre de mettre en place des politiques
monétaires ou financières capables d'atténuer la
volatilité des taux de change à l'échelle mondiale. La
taxe suggérée par le prix Nobel James Tobin, qui consiste en une
taxation des opérations fréquentes sur le marché des
changes pourrait par exemple réduire la volatilité induite par la
spéculation.
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l'instabilité des changes
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reappraisal, Journal of Political Economy.
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"rumeurs" est "ridicule", estime Noyer. (Les Echos - Actualités
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http://www.lesechos.fr/investisseurs/actualites-boursieres/afp00255707-la-reaction-d
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Le Figaro - Taux et devises. L'euro soutenu par des rumeurs
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(Forex.fr). 19 janvier 2010
http://www.forex.fr/index.php?option=comcontent&task=view&id=1793&Itemid=50
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Forex - Chute du forint sur fond de rumeurs de faillite.
(Forex.fr). 4 juin 2010
http://www.forex.fr/index.php?option=comcontent&task=view&id=2284&Itemid=50
Cambiste - Tableau des grandes tendances de réaction
des marchés aux indicateurs économiques. (
Cambiste.fr)
http://www.cambiste.info/sdmpage/analyse/anafond20.php
Annexes
Laura Lipscomb, An Overview of Non-Deliverable Foreign
Exchange Forward Markets, Federal Reserve Bank of New York, May 2005.
http://efinance.org.cn/cn/PHDS/An%20overview%20of%20nondeliverable%20foreign%20ex
change%20forward%20markets.pdf
Banque des Règlements Internationaux. (2007)
Enquete triennale auprOs des banques centrales sur les marchés des
changes et des produits dérivés en 2007,
http://www.bis.org/publ/rpfxf07t.htm
Annexes
Annexe 1. Les devises non livrables
Dans le but de prévenir la forte volatilité de
leur taux de change, certains pays ont interdit la livraison de leurs devises
ainsi que les produits des marchés à terme. Ces devises sont
partiellement convertibles car elles peuvent être uniquement converties
en certaines devises, typiquement le dollar. Le marché des devises non
livrables a commencé au début des années 1990 alors que
les entreprises souhaitaient couvrir leur exposition aux fluctuations des
devises des pays émergents.
Le non deliverable currency forward (NDF) est l'instrument le
plus utilisé pour traiter ce type de devises. Le NDF est similaire
à tout autre forward, à la différence que le NDF ne
requiert pas la livraison physique de la devise lorsqu'il arrive à
maturité, la livraison étant réalisé classiquement
en dollars.
Les NDF permettent ainsi de couvrir des expositions au risque
de change ou bien de spéculer sur les fluctuations d'une devise pour
laquelle les autorités monétaires ont justement voulu
réduire ces activités.

Aujourd'hui, les NDF apparaissent pourtant comme un
marché volatil, notamment à cause des intérêts
spéculatifs. Les hedge funds par exemple, peuvent rapidement faire
évoluer le cours d'une monnaie gr%oce à de fréquentes et
d'importantes interventions sur le marché.
Il est en effet estimé que 60 à 80 % du volume
des NDF est du à la spéculation, principalement des plus grands
hedge funds. Les plus grandes banques participent aussi largement à ce
marché pour lequel elles contribuent à la liquidité :
elles Ç fontÈ le marché et permettent ainsi à leurs
client de disposer d'un prix à l'achat et à la vente.
Annexe 2. Article de Kenneth Rogoff


Annexe 3. Calendrier économique du CEPII pour le
mois de juin

Annexe 4. Conclusions de l'Enquête triennale
auprès des banques centrales sur les marchés des changes et des
produits dérivés en 2007 de la Banque des Règlements
Internationaux





Annexe 5. Informations complémentaires 1)
Marché traditionnel
a. Volume quotidien des transactions sur le marché des
changes

b. Répartition géographique des transactions sur
le marché des changes

c. Répartition par contrepartie des transactions sur le
marché des changes

d. Répartition par paire de devises des transactions sur
le marché des changes

e. Répartition par devise des transactions sur le
marché des changes

f. Répartition par devise et par instrument des
transactions sur le marché des changes

1) Marché Over-the-counter
a. Volume quotidien des transactions de produits
dérivés sur le marché des changes

b. Montants des positions par instrument sur les produits
dérivés
