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Le rôle du périmètre maraà®cher de Keur Saà¯b Ndoye dans l'approvisionnement du marché central de Thiès en produits maraà®chers (légumes)

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par Théophile Marc NDIONE
Université Chéikh Anta Diop de Dakar - Maitrise en géographie 2009
  

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Chapitre I : Keur Saïb Ndoye et la ville de Thiès

La ville de Thiès a connu une fulgurante évolution au cours de ces dernières années et cette évolution a eu pour effet d'entrainer dans le périmètre communal plusieurs villages de la communauté rurale de Fandène dont Keur Saïb Ndoye. C'est ainsi que ce dernier entretien des rapports de natures diverses qui ont marqué son évolution au sein de la ville de Thiès.

1- Présentation de Keur Saïb Ndoye

Administrativement ce nouveau quartier est composé de Diakhaté 1 dit Keur saïb ndoye, de Diakhaté 2 et de Keur Mamadou Ndiaye dit Keur Modou Ndiaye. Il est limité au nord par Diassap, keur mbaye diakhaté, keur fara, à l'Est et au Sud - Est par la CR de Fandène au Sud - Quest par Médina Fall et par la route nationale no 2 (route de St Louis) à l'Ouest.

Carte 2 : Localisation de Keur Saïb Ndoye

Comme visible sur cette carte KSN fait partir des principaux sites maraichers qui bordent la sortie Nord - Est de la ville de Thiès, grâce à ces différents atouts dont les sols.

18

Sur le plan pédologique la zone est constituée principalement de trois types de sol comme le montre le graphique suivant :

> Les sols decks : sols argileux à argilo-limoneux lourd et difficilement manipulable

vu les faibles moyens techniques dont disposent les maraichers. Ces sols sont localisés dans les bas-fonds le long la vallée de Fandène aux alentours du barrage. Ils sont plus compacts, plus imperméables et riches en matières organiques donc plus favorable à la culture du piment, de l'aubergine etc..... Ces sols sont les plus faiblement représentés, 7 % des sols de la zone.

> Les sols diors : sont les types de sols les plus étendus dans la zone (75 %),

constituent une texture très sablonneuse qui les rend légers, meubles et perméables. Leur structure instable leur vaut une grande fragilité et limite étroitement leur capacité de rétention d'eau. Ces sols diors, très répandus au niveau des anciennes carrières dans les périphéries Sud - Est et Sud - Quest du quartier. Ils accueillent bien les spéculations telles que la salade, la tomate, l'oseille de Guinée (bissap) etc..... Du fait du lessivage actif qui s'y exerce, ces sols révèlent une grande pauvreté en éléments minéraux utiles, aggravés par la destruction de la matière organique et de l'humus.

> Les sols deck-dior, quant à eux sont argileux et suffisamment sableux pour rester

meubles lorsqu'ils se dessèchent et perméable lorsqu'il pleut. Ils se situent sur les hautes terres qui abordent les bas-fonds. Beaucoup moins importants que les sols diors, ils prédominent cependant assez largement sur les sols decks (18 %).

Figure No 1 : la répartition des types de sols à keur saïb ndoye

Source : service départemental de Thiès

Ces différents types de sols, de par leurs caractéristiques sont plus ou moins propices au
maraichage. Les sols diors très meubles et riche en fer, supportent bien les légumes feuilles.

Les sols decks quant à eux sont beaucoup plus propices à la culture des légumes fruits du fait de leur richesse en argile et de leur grande capacité de rétention d'eau.

Le relief est plus ou moins plat dans la partie Nord à part quelques dépressions faibles. Il devient de plus en plus accidenté au fur à mesure qu'on s'approche des zones Est, Sud - Est et Sud - Ouest ou l'on trouve des cuvettes, des bas fond intercales entre différents systèmes dunaires. La localisation de KSN au niveau du plateau de Thiès est à l'origine de multiples vallées parmi lesquelles celle de Fandène. Cette dernière réglemente quasiment le réseau hydrographique de la zone.

Le réseau hydrographique qui irrigue KSN est constitué principalement de la vallée de Fandène, canal de convergence des eaux de ruissellements s'écoulant sur le bassin versant du plateau de Thiès. Ce petit cours d'eau temporaire, long de 15 km entre dans la CR de Fandène au niveau du pont de la RN no2 à hauteur de Diassap et continue en passant par KSN où il est localement ralenti. Il est alimenté par deux rivières, l'un venant du Nord et l'autre de l'école polytechnique de Thiès. Ce dernier bras (qui est le plus puissant) à été canalisé dans les années 70 jusqu'au niveau de Thionakh. Ces deux principaux affluents se rencontrent au niveau de Pognéne pour former la vallée de Fandène. Cette vallée n'est plus ce qu'elle était d'une part par la forte baisse de la pluviométrie dans toute la zone sahélienne et d'autre part par la construction de barrages. En effet, l'écoulement à été fortement réduit (vers Fandène) à cause de ces installations construites à hauteur de KSN, créant localement un lac temporaire où les eaux stagnent pendant presque toute la campagne maraichère (de novembre à juin).

20

Carte 3 : Carte de la vallée de Fandène

En plus de cela, la zone dispose d'importantes nappes souterraines dont les plus exploitées sont le maestrichtien et le paléocène. La présence d'une nappe phréatique qui affleure, constitue un atout majeur pour le développement des activités agricoles généralement et plus particulièrement maraichères levier économique de la localité.

Sur le plan social KSN qui constitue une zone tampon entre la commune de Thiès et la CR de Fandène à connu une évolution rapide de sa population durant ces dernières années. En effet celle-ci est passée de 676 habitants (avec 81 concessions et 86 ménages) lors du RGPH de 198813 à plus de 1010 habitants (avec 99 concessions et 101 ménages) d'après le RGPH de 200214. Cette évolution s'explique d'une part par l'intégration de la localité dans la ville de Thiès et le développement des activités maraichères. Et d'autre part elle est liée au fait que des fonctionnaires ayant pris leur retraite achètent des champs dans la principale cuvette maraichères de la cité du Rail. Ces champs sont légués à des proches ou à des « sourgas » qui viennent s'y implanter pour les exploiter.

13 ANSD : Répertoire des localités de la région de Thiès RGPH 1988

14 ANSD : Répertoire des localités de la région de Thiès RGPH 2002

L'insertion de KSN dans la ville de Thiès procède plus d'une volonté des autorités communales à disposer des terres de la localité qu'à une logique de développement de la zone. Ainsi celle-ci a eu pour effet une augmentation de la pression foncière, une rivalité d'occupation entre usage agricole et usage non agricole des ressources en terres.

La localisation de ce quartier dans la périphérie urbaine de Thiès fait de lui aujourd'hui une zone fortement convoité au regard des besoins en espace habitable de la ville. Mais les exploitations maraichères semblent être à l'abri avec leur situation au fond des cuvettes. Même si des possibilités de remblayage ont été avancées par les autorités communale mais elles ont été jugées trop couteuses15.

En conclusion, KSN est une localité qui a été rattrapé par l'évolution exponentielle de la ville de Thiès. Il bénéficie dès lors, de par sa proximité aussi bien des avantages et opportunités d'emplois qu'offre la ville, que des activités rurales à savoir l'agriculture, l'élevage, l'arboriculture, l'aviculture etc..... que procurent la proximité de la campagne.

2 - Evolution de Keur Saïb Ndoye dans la ville de Thiès

Le quartier de Keur Saïb Ndoye est situé à la périphérie Est de la ville de Thiès. A l'origine ce fut un petit village de la communauté rurale de Fandène qui voit se développer à ses alentours une importante carrière de sable. Mais avec l'extension rapide de la ville de Thiès elle fut intégrée à celle-ci par décret en 1978 (méme si l'existence de ce dernier est contesté par les habitants et que la mairie ne nous a pas montré un document prouvant son existence).

L'absorption de KSN ainsi que des autres villages environnants s'est faite suite à l'extension du périmètre communal relatif à une croissance démographique de plus en plus rapide de la ville à partir des années 30. Face à la demande urbaine, la commune de Thiès a connu des ajustements à la hausse sur plusieurs périodes :

· 1973, absorption par rattachement de 33 villages qui appartenaient à la communauté rurale dans le cadre de l'extension du périmètre communal;

· 1978, rattachement de 14 villages dont Keur Saïb Ndoye, Keur Modou Ndiaye, Thiès None, Silmang, Thiapong, Diassap, Pogniéne etc..... suite à un décret présidentiel autorisant l'extension du périmètre communal,

15 Broutin C, Commeat P.G, Sokona K. Mars 2005, Le maraichage face aux contraintes et opportunités de l'expansion urbaine. Le cas de Thiès / Fandène (Sénégal)

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· 1983, établissement d'un Plan Directeur Horizon 2000 avec une proposition de nouvelles limites.

De 1.200 ha puis 3.400 ha en 1978 la commune de Thiès couvrirait une superficie de 6.822 ha en 2000, c'est à dire deux fois plus en moins de 30 ans. Cette explosion spatiale qui s'est manifestée par le grignotage d'espaces à la périphérie a, au fur et à mesure créé des frustrations chez les populations rurales, surtout au sein de la CR de Fandène. Celles-ci voient cette extension comme une « colonisation " de leurs terres par la « manipulation " de procédures, de textes. En profitant de la « supposée " ignorance des élus locaux ou en bénéficiant, d'une certaine manière de leur complicité ou en utilisant les pouvoirs centraux de l'Etat pour légitimer l'illégalité.

Aujourd'hui encore, plus qu'hier les besoins en terres de la commune sont importants. C'est pour cette raison qu'en dehors des rattachements de villages et de régularisation de « quartiers périphériques ", plusieurs lotissements ont été organisés pour satisfaire la demande urbaine : c'est l'exemple de ceux de Mbour I, Mbour II et Mbour III. Pourtant la commune de Thiès étouffe, son extension est stoppée de part et d'autre par la CR de Fandène qui la ceinture notamment dans ses parties Sud, Est et Quest (forêt classée). Certains pensent cependant que l'expansion pourrait d'une certaine manière s'effectuer dans la partie Nord mais la difficulté réside dans le fait que cette partie est une zone agricole et aussi une réserve foncière.

D'autres évoquent également la possibilité de favoriser le développement de lotissements et de terrains d'habitation dans la CR de Fandène.

La problématique centrale se trouve dans la contestation de la communauté rurale de Fandène des limites communales actuellement déclarées. Par conséquent il existe une forte compétition spatiale entre les deux collectivités locales. Cette compétition s'effectue sur les espaces périphériques. Elle est accentuée et entretenue par le flou qu'entoure l'identification réciproque des limites entre la commune de Thiès et la communauté rurale de Fandène. Ce flou entraîne une confusion qui couve des conflits permanents de propriété, de droits d'extension, d'accès entre la commune et la CR. Il semblerait que ni les agents communaux, ni les agents de la communauté rurale ne parviennent à identifier de manière précise les limites des deux entités territoriales. D'après les populations ces divergences existent depuis très longtemps et ont été entretenues aux dépens de la CR. Le problème entre Thiès et Fandène est ancien mais il a été surtout exacerbé avec le transfert des compétences en 1996.

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Non seulement la ville absorbe les terres agricoles des gens, mais profite aussi du déficit d'eau provoqué par les mauvais hivernages pour transformer les terres en zones d'habitation et occupe des espaces de réserves de la CR.

C'est dans cette situation marquée par des relations conflictuelles entre Thiès et les communautés rurales voisines que s'est effectuée l'intégration de KSN dans la ville. Celle-ci a aussi été facilitée par la proximité de KSN par rapport aux limites de la ville qui fait qu'il soit beaucoup plus exposé que les autres villages de la CR de Fandène. Ainsi, la compréhension des facteurs et processus d'absorption de la localité de Keur Saïb Ndoye par la ville de Thiès passe obligatoirement par l'étude des relations entre ces deux entités ThièsFandène. Cette expansion spatiale de la ville de Thiès notée, explique d'une part l'évolution de cette dernière et d'autre part celle des villages engloutis.

3 : Le cadre physique

- Le Climat

La ville de Thiès à l'image de toute la région, se particularise du point de vue climatique par son appartenance au domaine Soudano sahélien. La proximité de l'océan et sa façade nord qui borde la grande côte, constamment balayée par l'alizé maritime issu de l'anticyclone des Açores lui confèrent un climat doux et favorable souvent qualifié de climat sub-canarien avec une influence continentale.

- Les précipitations

A l'instar des autres pays sahéliens, le Sénégal a connu une forte baisse de la pluviométrie qui s'est traduite par une translation des isohyètes vers le sud. Les volumes d'eau reçus ont diminué globalement et leur répartition dans l'espace a connu une forte irrégularité. Les causes de cette péjoration climatique pourraient être liées aux changements globaux survenus dans le climat de la Terre, du fait de l'effet de serre16.

. Tableau No 2 : Pluviométrie de la décennie 2000-2009 (Station de Thiès)

Année

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

Moyenne

Précipitation en (mm)

607,9

584,3

321,1

426,5

325,7

530,9

310

578,1

644,5

536,3

486,5

 

Source : service départemental de Thiès

16 http://www.cse.sn/sid/biblioth/pnae/desert/descau.htm

24

Les précipitations dans la ville de Thiès s'étalent sur quatre mois de juillet à octobre. Pendant la décennie 2000-2009, la station de Thiès a enregistré des précipitations variant entre 300 et 650 mm / an. La moyenne de la décennie est de 486,5 mm. C'est en 2005 qu'on a eu le moins de précipitation avec seulement 310 mm contrairement à l'année 2008 qui a enregistré le plus de précipitation avec 644,5 mm. Cette variation traduit une certaine irrégularité interannuelle. Cette irrégularité des précipitations a pour conséquence la baisse des rendements des cultures pluviales, dés lors de nouvelles techniques de cultures s'imposent. Comme partout ailleurs dans le reste du pays, la péjoration climatique n'a pas épargné cette ville.

- Les températures

Les températures au niveau de la ville varient entre 20.3°C et 33.1°C avec une moyenne qui tourne autour de 26°C. Les températures les plus basses sont enregistrées durant les mois de janvier et février où, le minimum peut aller jusqu'à 16°C. Alors que les températures les plus fortes sont notées durant les mois de mars à octobre où le mercure peut atteindre 35°C.

La proximité de l'océan, lui procure une humidité relative moyenne de 62%. Cependant, elle demeure très variable car l'humidité maximale se situe à 87% et la minimale à 37%. Les mois où les teneurs en eau dans l'air sont fortes coïncident avec la saison des pluies.

Deux types de vent circulent principalement dans la zone; il s'agit:

· des alizés notamment l'alizé maritime en provenance du nord qui est de secteur N-NW apportant avec lui la fraîcheur et l'alizé maritime en provenance du sud qui détermine la pluviométrie.

· de l'harmattan vent d'est circulant durant les mois d'avril à juillet. Il reste très affaibli où pas du tout perceptible au niveau de la zone littorale.

- La géomorphologie

Sur le plan géologique, la zone de Thiès est inclue dans le bassin sédimentaire Sénégalomauritanien. Elle présente un relief relativement plat excepté le plateau de Thiès (105 mètres), le massif de Ndiass (90 mètres), la " Cuesta " (65 km2 de large et 128 mètres d'altitude). Ces formes géologiques renferment beaucoup de richesses, qui sont sous exploitées (minerai de fer, attapulgite, etc.). Plusieurs formations géologiques résultant des périodes du Secondaire, du Tertiaire et du Quaternaire sont très présentes dans ce milieu. Le modelé très varié, est formé de plateaux, de dépressions, et de collines. Le plateau de Thiès

sur lequel la ville est érigée est constitué d'un substrat de marne et de calcaire avec des couches phosphatées. Une partie de ces couches riches en alumine forment des cuirasses blanchâtres compactes, recouvertes par endroit par des cuirasses ferrugineuses.

- Les Sols

Les sols de la région sont caractérisés par une majorité de types ferrugineux tropicaux non lessivés. Dont les plus répandus sont : les sols diors (70% des surfaces cultivables) aptes à la culture de l'arachide et du mil. Les sols decks et decks diors (25% des surfaces cultivables) favorables à la culture du sorgho, du souna et du maïs. Les sols de bas-fond (3 à 5% des superficies cultivables) favorables aux cultures maraîchères. Les sols ferrugineux tropicaux faiblement lessivés sur sable siliceux au nord et au centre caractérisés par des concrétions ferrugineuses sur grès plus ou moins argileux sont présents au S-E : ce sont les sols deck. Dans la zone des Niayes, dans les dépressions, dans les vallées asséchées et inter-dunes, les vertisols et les sols minéraux à pseudo gley très humifères se particularisent.

A cela s'ajoute le fait que la localité dispose également depuis 2008 d'une station d'épuration. Celle-ci dont la construction a démarré en 2006 sous l'égide de l'ONAS est localisée à proximité d'un bas-fond à Keur Saïb Ndoye. D'autant plus que depuis 2007 un projet de valorisation des eaux usées de la STEP a été initié avec l'appui du gouvernement et de la mairie de Thiès. Cette valorisation des eaux usées de la STEP de Thiès nord s'inscrit dans le cadre d'une meilleure gestion de l'écosystème par le recyclage de l'eau pour une utilisation par les populations, et pour le maraichage.

Au vu de toute cette évolution Keur Saïb Ndoye a souffert de sa proximité avec la ville de Thiès qui a entrainé son changement de statut en l'absorbant. Mais cette absorption qui s'est faite suivant un processus résultant de plusieurs facteurs a bouleversé les habitudes des habitants de ce petit village devenu quartier maintenant. Ainsi pour répondre à leur nouveau rôle de ravitailleur de la ville et bien tiré profit de leur statut de quartier, les maraichers de la zone se sont efforcés à améliorer leurs systèmes de production maraichère.

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Chapitre II : Des systèmes de production maraichère adaptés aux spécificités de Keur Saïb Ndoye

Le maraichage constituant avec la production fruitière et florale l'horticulture est définit comme étant la culture des légumes de manière intense et professionnelle, c'est-à-dire dans le but d'en faire un profit (ce qui le distingue du jardinage)17.

Le concept de système de production est utilisé pour décrire la marche d'une unité de production aux modes de fonctionnement analogiques (susceptibles de réagir de la même façon à un ensemble de proposition). Mais aussi pour désigner le type d'exploitation qui domine et qui caractérise une région ou une zone agricole dans ce cas ci maraichère. Selon certains auteurs et chercheurs français en science sociales, le système de production peut être considéré comme un ensemble de composant d'une exploitation agricole donnée. Interagissant en tant que système (les personnes, les cultures, le bétail etc.....) ainsi que leurs rapports socioéconomiques qu'elles ont entre elles et avec leur environnement.

Cette définition est un peu différente de la conception anglo-saxonne tournée vers l'expérimentation et l'intervention. Pour la plupart de ces auteurs anglais, le terme système de production agricole fait référence à une organisation particulière de l'entreprise agricole (culture, élevage, transformation des produits agricoles, etc.....). Elle est gérée en fonction d'un environnement biophysique et socioéconomique conformément aux objectifs, aux références et aux ressources de l'agriculteur.

Ce concept de système de production est différent de l'unité de production qui est définie comme étant la cellule économique et sociale constituée par un ensemble d'individus liés solidement au moins lors de la mise en culture d'un champ collectif. Il est aussi différent de l'unité de consommation qui est définie comme l'ensemble des personnes qui ont l'habitude de prendre en commun les repas.

D'une manière générale, l'agriculture au Sénégal est essentiellement pluviale et saisonnière,
comme en témoigne la forte fluctuation des productions sur les deux dernières décennies.
Dans la grande majorité, les producteurs agricoles sont de petits exploitants ruraux, qui

17 SMITH O, 1999, Agriculture urbaine en Afrique de l'ouest : une contribution à la sécurité alimentaire et à l'assainissement des villes, Ottawa, Canada, CLA, CRDI

cultivent la terre sur des régimes fonciers traditionnels. L'état actuel de cette activité fait qu'elle ne joue pas efficacement sa mission qui est d'assurer l'autosuffisance alimentaire pour toute la population nationale. Cette situation de morosité en évolution croissante, est due à différents facteurs tels que les effets des sécheresses, la forte croissance démographique qui exerce une grande pression sur les ressources naturelles. Ceci équivaut à dire que l'agriculture est essentiellement basée sur les ressources naturelles et le climat.

Cette activité se développe de plus en plus au Sénégal avec l'objectif que s'est fixée l'état à savoir d'atteindre l'autosuffisance alimentaire en produit agricole de grande consommation. Pour l'aboutissement de cet objectif, plusieurs systèmes de production maraichère sont adoptés. Parmi ces derniers certains sont traditionnels tandis que d'autres résultent d'une véritable stratégie de développement du maraichage. Ces systèmes de productions peuvent variés en fonction de la zone étudiée.

Dans le cadre de l'étude du maraichage, KSN présente un mode de production qui a beaucoup évolué en fonction des opportunités offerte par la ville. Le mode de production est donc indissociable du mode d'exploitation et de la localisation de l'activité.

La typologie des exploitations maraichères de la zone fait apparaitre une classification des exploitations selon la taille et selon l'origine de l'eau utilisée. Ce critère de classification semble plus pertinent quand il s'agit de catégoriser les systèmes de production maraichère dans la zone de Keur Saïb Ndoye eu égard de certaines spécificités. Ici, la taille des exploitations varie généralement suivant l'origine de l'eau utilisée. Et que le niveau d'équipement technique était sensiblement identique partout c'est pour cela que ce dernier critère n'a pas été prise en compte pour la classification des exploitations.

1- LA TYPOLOGIE DES EXPLOITATIONS

Elle varie d'une localité à une autre et détermine souvent la production. Dans la zone de keur saïb ndoye plusieurs types d'exploitations ont été identifiés et classés en fonction de deux critères. Cette classification s'est d'abord faite selon la taille des exploitations puis selon le mode d'approvisionnement en eau.

- Classification selon la taille

Selon la direction de l'agriculture il y'a trois types d'exploitations agricoles au Sénégal : les
exploitations de types traditionnelles ou familiales, les exploitations moyennes et les

28

exploitations agro-industrielle. Mais vu les spécificités de KSN, deux types ont été retenus : les exploitations de types traditionnelles et les moyennes exploitations.

a- Les exploitations de types traditionnelles ou familiales

Comme leur nom l'indique elles sont de petites tailles sur des étendues variant entre 200 m2 et 500 m2. Elles représentent 60 % des exploitations de la zone et utilisent généralement l'eau des puits. Elles se retrouvent la plupart dans les sites à l'entré du quartier (camb 1) et dans les cuvettes situées derrière celui-ci (camb 2).

b- Les exploitations moyennes

Ce sont pour la plupart des propriétés individuelles de taille de 500 à 2500 m2. Ces exploitations utilisent souvent les eaux épurés de la STEP, des nappes de surface (céanes), ou ont des motopompes pour aspirer l'eau du puits. L'absence d'une corvée pour avoir de l'eau explique dans une moindre mesure l'importance des superficies cultivées. Elles se retrouvent dans la vallée (zone barrage) et accessoirement dans les cuvettes derrière keur saïb ndoye. Elles représentent 40 % des exploitations.

- Classification selon le mode d'approvisionnement en eau

L'eau, facteur de production de très grande envergure est considérée comme limitant en zone sahélienne car elle conditionne en grande partie la production agricole indépendamment des autres facteurs. Dans cette zone, l'eau constitue la principale contrainte face au développement des activités maraichères. Les maraichers s'approvisionnaient à partir des céanes et des puits. Mais depuis la mise en place de la STEP (décembre 2007) le mode d'approvisionnement le plus fréquent pour les maraichers les plus proches de cette installation est les eaux épurées. Ce type de classification parait opportun car les modes d'approvisionnements diffèrent selon le site et la localisation de l'exploitation. En effet trois types d'exploitations sont répertoriés selon cette classification : les exploitations utilisant l'eau des puits ; celles utilisant les eaux des nappes de surface (céanes) et celles utilisant les eaux épurées de la STEP.

a- Les exploitations utilisant les eaux des puits

Il s'agit d'exploitations qui disposent d'un puits, l'eau est extrait du puits manuellement à
l'aide d'une poulie ou mécaniquement à l'aide d'une motopompe. La dure corvée que

représente l'extraction de l'eau explique la faiblesse des superficies exploitées (photo No 1). Ces exploitations sont localisées dans les cuvettes à l'entrée de KSN ainsi que dans celles situées derrière le quartier. Elles représentent 60 % des exploitations de la zone et se développent sur des superficies d'environs 400 m2.

Photo No 1 I LILIWIIIHQtrLIQ IIIISXIMI IIIMILX

Sources : T.M. NDIONE, 2010

b- Les exploitations utilisant les eaux des nappes de surface (céanes)

Ces exploitations sont localisées dans la vallée vers Fandène, où la nappe phréatique est affleurant ou à une profondeur dépassant rarement trois mètres. Car cette zone constitue le point de chute des eaux de pluies qui ruissellent de Thiès vers Fandène. Vers le mois de novembre cette zone submergée par les eaux, ainsi les maraichers s'installent pour une campagne qui durera 6 à 7 mois. Au fur et à mesure que la saison sèche avance le niveau de la céane baisse et les maraichers sont obligés de creuser le fond pour avoir de l'eau. Ces exploitations représentent 13,8 % et se développent sur des superficies de 500 m2 à 1000 m2.

Photo No 2 : maraicher utilisant une céane simple

Sources : T.M. NDIONE, 2010

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c- Les exploitations utilisant les eaux épurées de la Station d'épuration

Cette catégorie regroupe toutes les exploitations utilisant les eaux épurées de la STEP. Ces eaux sont fournies aux exploitants par la STEP depuis décembre 2007 à travers des canalisations souterraines qui remplissent les céanes connectés tous les 15 jours. Toutes les exploitations les plus proches de la STEP reçoivent sur demande et par des canalisations les eaux usées épurées qui remplissent leurs céanes durant toute la campagne maraîchère (de novembre à fin juin). Compte tenu de la disponibilité de l'eau les surfaces exploitées sont plus importantes dans ces parcelles. Ces dernières représentent 26,2 % des exploitations de la zone et se développent sur des surfaces de 1300 m2 environs. Ce pourcentage relativement faible s'explique part le fait que la STEP n'a pas encore atteint son débit normal qui est de 9000 m3/jour, actuellement elle ne fournit que 3000 m3/jour.

Photo No 3 : céanes alimentée par les eaux épurées de la STEP

Sources : T.M. NDIONE, 2010

Cette classification des exploitations selon ces deux critères permet de comprendre d'une manière générale la pratique de l'activité maraichère. Mais pour une plus grande compréhension l'analyse des caractéristiques des producteurs demeure nécessaire.

32

Figure No 2 : la répartition des exploitations selon les sources de l'eau utilisée par les exploitants maraîchers à Keur Saïb Ndoye

Sources : Données d'enquêtes T. M. NDIONE, 2010

2- CARACTERISTIQUES DES PRODUCTEURS

Le maraichage est une activité qui nécessite une main d'oeuvre bien soutenue dans les pays sahélien eu égard de sa pénibilité. Cette main d'oeuvre est caractérisée par une diversité telle qu'il a paru intéressant de l'étudier pour mieux la comprendre. Dans la localité de KSN le maraichage est dominé par différentes types de systèmes d'exploitation : le métayage qui englobe le prêt de planches et le confiage ou « mbéy séddo » (Terme wolof signifiant littéralement cultiver pour partager, système qui consiste a un partage de la récolte entre l'exploitant et le propriétaire de la parcelle),

la rémunération mensuelle. La location de parcelle annuellement et le système ou le propriétaire exploite lui-méme sa parcelle. Pour bien caractériser cette main d'oeuvre le profil des maraichers a été déterminé à travers plusieurs paramètres que sont : le genre, l'âge, l'ethnie, la situation matrimoniale et le niveau d'instruction.

a- Répartition par sexe

Les résultats du recensement national de l'agriculture au Sénégal de 1998-1999 montraient une part notable des femmes dans cette activité. Mais les enquêtes effectuées en 2010 dans la zone de KSN montrent que le maraichage est une activité pratiqué par une population constituée exclusivement d'homme. Il en résulte que dans toute la zone étudiée la population féminine est nulle. Ainsi la tendance est à la baisse très soutenue de la part des femmes dans cette activité si l'on se réfère au RNA de 1998. Au niveau des trois sites enquêtés la part des hommes est égale à 100% de la population interrogée. (cf figure no 5)

Figure No 3 : la répartition des maraichers selon le sexe

Sources : Données d'enquêtes T. M. NDIONE, 2010

Cette absence des femmes s'explique d'une part par la force physique que nécessite la pratique du maraichage pour l'entretien des exploitations dont ne disposent pas les femmes. D'autre part le maraichage exige une présence quasi permanente dans les exploitations (du matin au soir) pour l'entretien et la surveillance enfin d'éviter les ravages si l'on sait la vulnérabilité des ces cultures. Or en zone rurale et semi rurale les femmes sont les principales responsables des activités domestiques, donc elles ne peuvent pas respecter une présence constante dans les exploitations.

L'analyse de ce critère montre que dans la zone de KSN le maraichage est et reste l'affaire des hommes. Cependant cette main d'oeuvre ne concerne pas toutes les tranches d'age de la population ce qui permet de parler du critère âge.

b- Répartition par âge de la population maraichère

Il est apparu après analyse que la gente masculine constitue la principale et unique source de main d'oeuvre du maraichage à KSN. Cependant la répartition de cette dernière selon l'age peut différer en fonction du site.

En effet dans le premier site d'enquête (camb 1), 9 sur les 18 maraichers de l'échantillon sont âgés de 30 à 40 ans. Ils constituent les adultes et représentent 50% des producteurs sur ce site. Ils sont suivis par les jeunes de 20 à 30 ans qui représentent un effectif de 5 maraichers sur les 18 soit 28%. Ce groupe de jeune précède les adultes âgés de 40 à 50 ans qui représentent 17% des maraichers qui sont à l'entrée de KSN. Sur ce site la part des adolescents (moins de 20 ans) et des adultes âgés de plus de 50 ans est très insignifiante. En effet, aucun producteur

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âgé de moins de 20 ans n'a été recensé, mais aussi il est très rare de rencontrer des maraichers âgés de plus de 50 ans qui sont certes présent mais peu nombreux 1 sur les 18 maraichers.

Dans le second site d'enquête (camb 2), la situation est tout autre car ici 11 des 20 maraichers de la localité sont âgés de 20 à 30 ans soit (55%) contrairement au premier site où ils ne représentent que 28%. Ils représentent ici donc plus de la moitié des producteurs. Ils sont suivis par les adultes de 30 à 40 ans puis de 40 à 50 ans ces deux classes enregistrent au total 40% (8 des 20 maraichers) avec une forte baisse de la part des adultes de 30 à 40 ans comparé au camb 1. La part des producteurs de 40 à 50 ans qui est égal à 15% correspond à la situation au niveau du site 1. Mais aussi la part des producteurs âgés de 50 ans et plus est nul (0 producteur).

La troisième zone qui est la zone du barrage (située dans la vallée de Fandène) qui constitue dernière zone d'étude est dominée par les producteurs de 20 à 30 ans, 13 des 27 producteurs soit 49%. Ce pourcentage est presque identique à celui du précédent site (camb 2). Ces jeunes sont suivis par les adultes de 30 à 40 ans et 40 à 50 ans ces deux classes enregistrent les mêmes effectifs (5 effectifs sur les 27 pour chaque classe). Contrairement aux sites précédents les adolescents occupent une place plus ou moins importante 8% des producteurs. C'est ici également qu'il y a le plus de producteurs âgés de plus de 50 ans, 2 producteurs sur les 27 soit 7%.

Figure No 4 : la répartition des maraichers selon l'âge

Sources : Données d'enquêtes T.M. NDIONE, 2010

D'une manière générale les jeunes (20 - 30 ans) occupent 45% des effectifs des producteurs de KSN. Cette prédominance s'explique d'une part par le chômage qui sévit dans la zone péri-urbaine de Thiès et qui poussent les jeunes (plus touchés par ce phénomène) à se tourner vers le maraichage quasiment seule opportunité fiable. D'autre part cette situation s'explique par le faite que la force physique que demande la pratique du maraichage est beaucoup plus présente chez cette classe d'age que les autres. Ces jeunes sont suivis par les adultes de 30 - 40 ans qui regroupent 30% des producteurs, puis par ceux de 40 - 50 (17%). Dans toute la zone ce sont les adolescents et les âgés de plus de 50 ans qui occupent les plus faibles pourcentages 4% pour chacune des ces classes. Ces deux classes regroupent six producteurs sur les 65 de l'échantillon (voire figure no 6). Cette faiblesse peut s'expliquer par le mode d'accès à la terre qui est un peu difficile pour les adolescents vu leur jeune âge. Pour les plus de 50 ans leur faiblesse s'expliquerait peut être par le fait que la dureté de l'activité ne permet pas une pratique jusqu'à un certain âge avancé.

Toutefois il est à signaler que dans tous les sites étudiés, les enfants de moins de 10 ont été trouvés mais n'ont pas fait l'objet d'enquête car ne faisant pas partie de la population cible. Ils effectuent les petits travaux, font les commissions, s'occupent du désherbage manuel, de l'arrosage, de la cueillette et du ramassage etc.... Mais ces deux dernières activités sont cependant beaucoup plus effectuées par les femmes bien n'étant pas productrices.

Elles s'activent de manière considérable dans la cueillette et le ramassage.

Ainsi on peut tirer la conclusion suivante : la population s'exerçant au maraichage dans la zone de KSN est constituée majoritairement de jeune et exclusivement d'hommes, cache cependant une diversité ethnique.

c- Répartition selon l'ethnie

A la suite de cette analyse il apparait nettement que l'ethnie majoritaire dans l'ensemble de la zone est les wolofs (64,6 %), suivies par les sérères (20 %), viennent loin derrière les peulhs, les diolas, les soninkés et les bambaras (ces deux dernières ethnies sont regroupées dans la catégorie autres ethnies) (cf figure no 7).

Figure No 5 : la répartition des maraichers selon l'ethnie

Sources : Données d'enquêtes T.M. NDIONE, 2010

La population maraichère de la zone renferme plusieurs ethnies variant d'un site à un autre. Dans le premier site étudié (camb 1), se trouve cinq ethnies dont les wolofs sont majoritaires (66,9 %), ceci s'explique d'une part par le fait que cette ethnie est majoritaire au sein du quartier et dans les quartiers environnants. Et d'autre part par le fait que le maraichage dans la zone étant généralement une activité familiale, ainsi la l'appropriation des terres se fait par héritage ce qui fait qu'elles restent aux mains de l'ethnie majoritaire. Ces wolofs sont suivis par les sérères qui viennent en deuxième position avec 16,6 %. Les diolas et les peulhs totalisent chacun 5,5 %. Une ethnie étrangère est retrouvée sur ce site : les bambaras qui représentent 1 producteur sur les 18 de l'échantillon.

Au niveau du site 2 (camb 2) les tendances du premier site se confirme avec une domination des wolofs (60 %), suivis de loin par les sérères 20 %. Les peuhls viennent en troisième position avec 10 %, soit une légère hausse comparée au camb 1. Sur ce site l'absence des diolas contrairement au site précédent est observée. Les peuhls partagent cette troisième place avec les soninkés qui marquent leur présence avec 10 %. Ces dernières sont originaires pour la plupart de la sous région (Guinée, Cote d'Ivoire, Mali) venues pour fuir souvent la guerre ou l'instabilité économique dans leur pays. Ils louent des terres ou sont employés comme « sourgas »18 et sont souvent exploités par des propriétaires conscients du fait qu'ils sont en pays étranger et donc dépourvus de toutes les connaissances et des réalités du pays.

Dans la zone du barrage, la domination des wolofs se poursuit. Sur ce site ils représentent 67 % des producteurs. Ils sont suivis par les sérères 22 % qui enregistrent une hausse par rapport aux deux premiers sites visités. Les peulhs viennent en troisième position avec 7 % soit une baisse de 3 % par rapport au camb 2. Les diolas ferment la marche avec 4 % seulement des

18 Travailleur engagé dans les exploitations pour une duré bien déterminée et selon différentes modalités de rémunérations.

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effectifs. Mais les autres ethnies sont absentes sur ce site. C'est dans ce site que se trouve la majeure partie des exploitations utilisant les céanes et les eaux usées épurées de la STEP. Donc ces maraichers sont plus ou moins exemptés de la corvée que constitue l'extraction de l'eau. Ce qui explique le fait que ce site soit largement occupé par les autochtones et les sérères des villages proches et l'absence ou la faiblesse des autres ethnies.

La domination des wolofs sur l'ensemble des sites s'explique par le fait que Keur Saïb Ndoye fut fondé par eux, ce sont les premiers à se lancer dans le maraichage dans la zone, suivi en cela par les sérères. L'importance de ces derniers s'explique par la proximité des villages sérères de Fandène. Toutes les autres ethnies sont venues tardivement attirées par le développement du maraichage avec une demande de la main d'oeuvre de plus en plus importante.

L'analyse de la diversité ethnique des producteurs de KSN est un paramètre très important pour comprendre la composition de la population maraichère. Après ceci l'analyse du niveau d'instruction s'impose.

d- Niveau d'instruction des producteurs

Sur 65 producteurs à Keur Saïb Ndoye seul le quart (24,6 %) a fréquenté l'école française (Cf. figure n° 8). Parmi ces 24,6% (soit 16 producteurs), les 13 ont arrêté leurs études au primaire et les 3 restants au moyen secondaire. Dans l'ensemble des trois sites aucun producteur n'a atteint le cycle supérieur. Les analphabètes sont au nombre de 38 soit 58,4 %. Si l'on y ajoute les 17 % ayant reçu l'enseignement coranique le résultat atteint 75,4 %. L'effectif plus ou moins important des producteurs ayant fait le cycle primaire est lié à la présence d'une école primaire dans le quartier. Mais aussi à la proximité de ce dernier avec le centre ville siège de nombreux établissements scolaires.

Figure No 6 : la répartition des maraichers à Keur Saïb Ndoye selon le niveau d'instruction

Sources : Données d'enquêtes T.M. NDIONE, 2010

Le taux élevé d'analphabétisme est lié au fait que l'instruction en français dans le monde semi rural n'a pas atteint le niveau escompté par les autorités en terme d'éducation. Pour la plupart des familles rurales, l'école occidentale est source de perdition et de perte de temps autant pour les garçons que pour les filles. A cet effet les parents préfèrent amener leurs enfants avec eux dans les champs et avoir une bonne main d'oeuvre, ou les envoyer à l'école coranique que de les laisser fréquenter l'école française.

Cette analphabétisme constitue un risque car ces maraichers analphabètes ne pouvant pas lire peuvent se tromper sur le dosage et le mode d'utilisation des engrais. Ceci peut conduire à des risques de pollution de la nappe phréatique (qui affleure), et à des complications sanitaires liées à la consommation des produits cultivés.

e- Situation matrimoniale des maraichers

D'emblée, dans toute la zone d'étude l'effectif des mariés domine tous les autres situations matrimoniales.

Au niveau de Camb 1, 66,6 % des maraichers enquêtés sont mariés, 27,9 % sont des célibataires et 5,5 divorcés. Ceci résulte sans doute du fait que sur ce site plus de 50% des maraichers sont des adultes de plus de 30 ans, à cela s'ajoute le fait qu'en milieu rural et semi rural, les hommes ont tendance à se marier des qu'ils ont une source de revenu. L'importance des célibataires est liée à la présence de jeune de moins de 20 ans sur ce site.

Sur le site de Camb 2, 55 % maraichers interrogés sont mariés, suivis par les célibataires 40
%. Sur ce site y'a pas de divorcé par contre il y'a 5 % de veufs. Ici méme s'il est vrai que les
jeunes de 20 à 30 ans sont beaucoup plus nombreux, lié au fait que son exploitation a démarré

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beaucoup plus tardivement que les autres. Il n'en demeure pas moins que la moitié d'entre eux soit des mariés.

Figure No 7 : la répartition des maraichers selon la situation matrimoniale

Sources : Données d'enquêtes T.M. NDIONE, 2010

Le site du Barrage présente presque les mêmes tendances avec 66,6 % de mariés, 33,4 % de célibataire par contre il n'ya pas de divorcé, ni de veuf contrairement aux sites précédents.

Il apparait nettement après analyse que plus de la moitié des maraichers (63%) dans toute la localité de KSN sont mariés contre un tiers de célibataires (34 (Cf. figure no 9).

Dans l'analyse de la figure des classes d'age les jeunes de 20 à 30 ans étaient beaucoup plus nombreux suivis par les adultes de 30 à 40 ans. Ainsi bien que cette population maraichère soit composée majoritairement de jeunes et d'adultes ; il n'en demeure pas moins que plus de sa moitié sont des mariés. Ceci s'explique part le fait que même si KSN fait parti de la ville, ses habitants gardent les habitudes des ruraux qui veulent que les jeunes se marient très tôt afin d'éviter les dérives et d'être responsables.

3- ORGANISATION DES PRODUCTEURS

L'enquête menée dans la zone de KSN révèle l'absence de toute structure d'organisation de la part des producteurs. Alors que face à l'évolution des techniques de cultures, à la recherche de nouveaux partenaires, à l'augmentation de la pression foncière, une bonne organisation des maraichers demeure nécessaire pour une modernisation et une sauvegarde de la pratique maraichère.

En effet pour Khar Diakhaté19, un producteur de la zone, cette absence d'association ou de GIE s'explique très bien : « personne ne veut laisser sa parcelle même temporairement pour aller s'occuper de documents, des démarches administratives nécessaires ou diriger une association qui financiqrement n'apporte pas grand-chose ». Cette absence de coordination de la part des maraîchers entrave parfois la distribution des eaux usées épurées de la STEP. Car pour bénéficier de ces eaux il faut faire une demande et sachant que la STEP n'a pas atteint son volume maximal de production ce qui fait que tout le monde ne peu pas bénéficier de ces eaux : se pose alors le problème de leur répartition. Ce phénomène ne milite pas en faveur du développement de l'activité maraichère. Cette absence de structure d'organisation des maraichers s'explique par le niveau d'instruction en français faible, les querelles de leaderships entre les maraichers habitant KSN et ceux venant des autres localités. Toujours selon Khar Diakhaté : « ici la seule forme d'organisation qui existe est lorsqu'un producteur tombe malade les autres s'organisent pour entretenir son exploitation jusqu'à son retour. On forme un groupe qui va se charger d'entretenir la parcelle de la personne absente apr~s que chacun d'entre nous ai déjà fait le nécessaire dans sa propre exploitation ». Mais cette forme d'organisation relève beaucoup plus d'une solidarité entre producteur que d'une organisation professionnelle. Cette manque d'organisation fait qu'il n'ya aucune coordination entre les actions des producteurs, chacun adopte son propre calendrier cultural, ses propres méthodes, chacun se débrouille individuellement pour vendre sa récolte. Et ce manque de coordination fait qu'ils sont exposés à des risques de surproduction d'une meme spéculation sur une même période et dans ces conditions ils subissent le dicta des commerçants qui profitent de leur désorganisation.

En définitive, l'évolution de Keur Saïb Ndoye a été entrainée par l'évolution de la ville de Thiès. Mais aussi la pratique et le développement du maraichage n'ont été possibles que grâce á la situation géographique du quartier (point de chute des eaux de ruissellement), á ses caractéristiques physiques avec ses sols propices au maraichage. Mais également á l'existence d'un marché de consommation (marché de Thiès) et á la présence de la STEP des cuvettes formées par l'extraction du sable. La réunion de tous ces éléments a poussé les autochtones du quartier á se lancer dans le maraichage. Cette population maraichère composée majoritairement d'hommes jeunes et d'adultes wolofs, fut enrichie au cours des années par des personnes venant d'ethnies et d'horizon diverses. Cette activité caractérisée

19

Producteur rencontré au niveau de notre second site d'enquête, qui fait partie des rares disposant d'un groupe électrogène

40

par une diversité de l'origine de l'eau utilisée est cependant gangrenée par un manque
d'organisation des producteurs. Mais ces derniers ont mis en place des systèmes de
production adaptés au milieu pour faire des cultures maraichères suivant plusieurs éléments.

DEUXIEME PARTIE : CULTURES MARAICHERES,
ECOULEMENT DE LA PRODUCTION ET REVENUS DES
PRODUCTEURS

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"Je ne pense pas qu'un écrivain puisse avoir de profondes assises s'il n'a pas ressenti avec amertume les injustices de la société ou il vit"   Thomas Lanier dit Tennessie Williams