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La Normalisation Industrielle: les principes Tayloriens sont- ils toujours d'actualité?

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par El Khoutabi Adil, Dhimen Ibtissam, Houbane Jihad El Khoutabi Adil, Dhimen Ibtissam, Houbane Jihad
Université Mohamed V - Agdal - école doctorale de gestion - DESA marketing et stratégie 2005
  

Disponible en mode multipage

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Université Mohamed V

Faculté des sciences Juridiques Economiques et Sociales

UFR : Ecole Doctorale de Gestion

DESA : Marketing&Stratégie

Séminaire :

Théories et Pratiques du Management

La Normalisation Industrielle : les principes Tayloriens sont-ils toujours d'actualité ?

Préparé par : DHIMEN Ibtissam , EL KHOUTABI Adil et HOUBANE Jihad

Sous la direction du Professeur : Mr. BENABDELHADI Abdelhay

Année Universitaire 2004 - 2005

Introduction

Les transformations industrielles qui bouleversent le monde depuis plus de deux décennies, ont commencé avec la mise en place des nouvelles technologies, c'est-à-dire d'un type de machine qui appelait à un changement complet des modes de production. Dans le plein sens du mot nous vivons une « mutation industrielle » qui implique progressivement une nouvelle culture.

En effet, la révolution industrielle a permis un démarrage sans précédent de la croissance économique. Or cette révolution industrielle avant même d'être celle des machines fut d'abord une modification des façons de travailler, de l'organisation du travail c'est-à-dire de la répartition du travail entre les travailleurs (répartition technique liée aux machines, répartition sociale liée à l'existence ou non d'une hiérarchie).

C'est dans ce contexte que la division du travail s'est développée. La notion d'appareil productif ne se limite pas à sa dimension économique et technique (progrès technique, innovations, investissements, profits...), il faut aussi tenir compte de la dimension sociale de l'entreprise. Toute forme d'organisation du travail présente aujourd'hui quatre objectifs:

· Produire le plus possible.

· Dans les délais les plus courts.

· Avec le moins d'efforts.

· En tenant compte de la qualité.

Ainsi la normalisation et la rationalisation s'étendent aujourd'hui à tous les domaines, les délais sont devenus des critères de compétitivité, le travail répétitif est plus que jamais la règle.

Et si l'on considère le modèle TAYLORIEN parmi l'une des phases de l'organisation du travail qui étaient bien adaptées à l'esprit et aux conditions de leur époque, certains de ses principes demeurent valables et il est indispensable de bien les connaître avant d'entreprendre toute action d'organisation.

Les questions qui se posent dans ce cadre : Est ce que le Taylorisme est mort? Ou est ce qu'il est devenu tout simplement plus intelligent que ces principes sont plus ou moins à l'origine des gains de productivité et donc de la croissance ? Est-ce que la normalisation industrielle est considérée comme un outil du Taylorisme et un impératif également de croissance pour les entreprises?

Pour répondre à ces questions, nous allons aborder ce thème en deux parties. Dans un premier temps, on va présenter le contexte de l'émergence du taylorisme qui a accompagné la transition de la révolution industrielle à la normalisation industrielle. En suite, dans un deuxième chapitre, nous allons définir les principes du taylorisme et en présenter les différentes applications.

Dans la deuxième partie, on va présenter les différentes difficultés rencontrées par l'application du taylorisme, ses limites, ses crises et son irréalisme ; en se posant la question Taylor est-il mort ? Le dernier chapitre tentera de nous éclairer sur la renaissance du taylorisme à travers la normalisation industrielle moderne, notamment dans les domaines de services.

Première partie :

La transition de la révolution industrielle à la normalisation industrielle et l'émergence du TAYLORISME.

Chapitre 1 :

De la révolution industrielle à la normalisation industrielle

Dans un cadre général, la révolution industrielle : essor général des méthodes industrielles de production (machinisme, parcellisation des tâches, multiplication des fabriques) associé au bouleversement des structures économiques et sociales entre la fin du XVIII siècle et la première moitié du XIX siècle en Europe occidentale.

La Grande- Bretagne est le pays pionnier de la révolution industrielle. Avec un certain décalage et des formes moins systématiques, elle affecte la France, la Belgique, l'Allemagne, puis les Etats-Unis, le Japon...

Marquée par de profondes transformations agricoles, des innovations techniques fondamentales, l'accélération du processus d'urbanisation, la formation de la classe ouvrière, la montée en puissance de la bourgeoisie industrielle et financière..., la révolution industrielle se développe dans le cadre d'un élargissement décisif des formes capitalistes de production et d'échanges : progrès technique continu, capitaux mobilisés en vue du profit, séparation entre propriétaires des moyens de production et travailleurs salariés.

La révolution industrielle caractérise ainsi le passage, plus ou moins rapide, de la société traditionnelle précapitaliste à la société industrielle modelée par le mode de production capitaliste dominant.

Avant la révolution industrielle, certains processus économiques peuvent être qualifiés de capitalistes, mais ils se limitent à une sphère étroite (grand négoce, commerce maritime, banque).

Cette révolution industrielle est qualifiée de première, elle est suivie par d'autres révolutions industrielles ou plus communément techniques, et cette seconde acceptation est plus restreinte. Elle ne correspond pas à une mutation générale du système économique et sociale.

En effet, avec la révolution technologique, nous sommes peu à peu entrés dans une nouvelle phase. Les mutations industrielles amènent à une sortie du Taylorisme. Mais les mentalités ne suivent pas. Parce que tout au long du siècle, surtout après la deuxième guerre mondiale, une culture s'est forgée, générée par le modèle taylorien : « Par la place qu'il occupe dans la société, le travail contraint les groupes sociaux à se définir par rapport à lui. »1(*)

Sans nier que la méthode Taylor a non seulement été un système d'organisation du travail très performant pour développer la production industrielle d'alors, mais elle a surtout représenté un moyen redoutable de contrôle du temps d'exécution du travail ouvrier permettant une productivité considérable. Depuis sa naissance jusqu'à nos jours, elle n'a pas cessé de se perfectionner, de se corriger, d'apparaître comme la meilleure organisation du travail possible pour assurer le maximum de productivité de l'entreprise.

Mais le modèle Taylorien ne s'est peut être intéressé qu'à une partie infime de l'organisation. Science du travail, souvent réduit aux seules activités physiques tout en négligeant l'insertion au sein de la société dans son ensemble. (Nous allons voir plus en détails le modèle Taylorien avec ses principaux succès et dérives dans a partie suivante).

Donc compte tenu des évolutions historiques, des mutations industrielles qu'à connu et que connaît toujours le monde qui demeure en pleines transformations, la normalisation en général et particulièrement la normalisation industrielle constitue un outil de développement pour l'économie, de rationalisation de la production, de transparence et de progrès. C'est de même un outil de politique publique qui constitue un complément de la réglementation et une référence pour l'ouverture et la transparence des marchés publics. Et surtout un puissant moyen d'amélioration de la qualité vie.

La normalisation constitue tout simplement un idéal louable, mais rarement atteint (Nous allons voir dans un dernier point les principes de la normalisation industrielle et plus particulièrement est-ce que les principes Tayloriens demeurent existants ? Autrement dit nous allons essayer de répondre à la question : Est-ce que la normalisation industrielle est considérée comme un outil de Taylorisme).

Chapitre 2 :

Principes, concepts et application du Taylorisme

Frédéric Winslow Taylor (18561915) est le fondateur du management scientifique du travail, qui fit passer l'art, le savoir faire d'un petit nombre au savoir refaire du plus grand nombre en formalisant et standardisant les méthodes, les outils, les connaissances. Taylor s'appuya sur la démarche scientifique qui observe et quantifie.

Il utilisa essentiellement le chronomètre, segmenta les tâches et sépara les fonctions d'exécution et d'organisation, prôna la spécialisation. Sa recherche d'amélioration était basée sur une relation gagnant - gagnant entre exécutants et donneurs d'ordre, mais ses principes seront pervertis et son nom sera associé aux excès de méthodes segmentant à outrance les tâches afin de gagner en productivité, sans réelle contrepartie pour l'exécutant.


I/ Le Taylorisme : un ensemble de principes de gestion du travail.


Entre 1893 et 1911, F. W. Taylor, publie une série d'ouvrages de « management » qui, selon lui, définissent les bases d'une nouvelle science : l'OST, l'organisation scientifique du travail. Son ouvrage principal : 1911, la direction scientifique des entreprises.
Il théorise et systématise le mouvement irrésistible qui va du travail qualifié des ouvriers de métiers, de l'artisanat traditionnel au travail déqualifié de la grande industrie ne nécessitant qu'un court apprentissage.

Le point de départ de Taylor est double : d'une part, il constate « la flânerie » des ouvriers, motivée à la fois par un penchant naturel à la paresse et par la stratégie des directions profitant du progrès technique pour augmenter le rendement au lieu d'inciter, par la hausse des salaires, à l'accroissement de la productivité. D'autre part, il remarque le rejet de l'ouvrier faisant preuve de zèle par ses confrères.


Quatre principes sont à la base du système de Taylor : la division verticale du travail la division horizontale du travail, le salaire au rendement et le contrôle des temps.

1. Premier principe : la division verticale du travail.

C'est la séparation entre le travail d'exécution et le travail intellectuel de conception, assuré par les ingénieurs du « bureau des méthodes ». Par la démarche scientifique (étude du poste, décomposition et simplification des gestes, attribution d'un temps d'exécution à chaque tâche élémentaire), ils déterminent la seule bonne façon d'effectuer une tâche (« the one best way »). Ainsi, Taylor, chargé d'améliorer les méthodes dans une entreprise minière, va jusqu'à montrer au manoeuvre la bonne façon de charger sa pelle pour atteindre la productivité quotidienne moyenne la plus élevée.

Taylor préconise donc le « développement d'une science qui, remplace le vieux système de connaissances empiriques des ouvriers ». Dans un contexte aux USA marqué par le pouvoir des ouvriers de métier syndiqués et par la faiblesse de la qualification de la main d'oeuvre immigrée, cette proposition de Taylor ne pouvait que recevoir bon accueil.

Il s'agit donc de transférer le savoir des ouvriers de métier aux ingénieurs. Ce processus implique un détour par son intellectualisation et sa codification formelle car ce savoir devra être ensuite diffusé, non par un long apprentissage auprès des anciens, mais par des instructions adressées par la hiérarchie à des exécutants formés en quelques heures.

2. Second principe : la division horizontale des tâches.

C'est la parcellisation des tâches entre opérateurs. A chaque opérateur est attribuée une tâche élémentaire, afin d'automatiser et d'accélérer les gestes. La division horizontale des tâches, menée le plus loin possible, aboutit au travail à la chaîne, innovation de Ford, appliquée à partir de 1913 dans ses usines. Au début du siècle, cependant, les machines ne réalisent que des opérations simples : l'homme est irremplaçable pour les manipulations complexes. La chaîne contraint ainsi l'homme à adopter le rythme de la machine.


3. Troisième principe : salaire au rendement et contrôle des temps.


Taylor est tout à fait conscient du caractère abrutissant et aliénant du travail ainsi proposé à l'ouvrier : « Mais maintenant il nous faut dire que l'une des premières caractéristiques d'un homme qui est capable de faire le métier de manutentionnaire de gueuses de fonte est qu'il est si peu intelligent et si flegmatique qu'on peut le comparer, en ce qui concerne son attitude mentale, plutôt à un boeuf qu'à toute autre chose. L'homme qui a un esprit vif et intelligent est, pour cette raison même, inapte à exercer ce métier en raison de la terrible monotonie d'une tâche de ce genre. » (TAYLOR, 1911).

La seule motivation d'un tel travail ne peut donc être que l'argent. Pour cette raison, le salaire au rendement s'impose : à chaque tâche correspond un temps d'exécution ; le chronomètre détermine alors la rémunération de l'ouvrier en écart au temps référentiel.

Le salaire au rendement permet donc la lutte contre les temps morts, qu'ils découlent d'une mauvaise organisation ou de la tendance spontanée des travailleurs à choisir leur propre rythme («la flânerie ouvrière»).

4. La coordination du travail au moyen de la hiérarchie fonctionnelle.

Le système de la hiérarchie fonctionnelle consiste en une multiplicité de lignes hiérarchiques. Selon Taylor, l'ouvrier doit avoir autant de chefs spécialisés que l'on peut distinguer de fonctions différentes impliquées par son travail : un pour son rythme de fabrication, un pour ses outils, un pour ses affectations...

Ce système eut moins de succès que celui de la centralisation hiérarchique du français Fayol, reposant sur le principe de l'unicité du commandement. Selon ce dernier, on ne peut éviter d'introduire un pôle d'autorité, quitte à déléguer des tâches qui n'engagent pas la cohésion de l'entreprise.

Donc le travail industriel repose sur une codification et une analyse des processus et des temps de fabrication.  La conception est distincte de l'exécution. Le travail se fait individuel vu la spécialisation. Stimuler la productivité par des bonus, des primes et des salaires au temps et à la pièce, et afin de rendre les tâches moins pénibles physiquement, Taylor a contribué à la mécanisation des processus de production.

L'une des oeuvres importantes du travail Taylorien : L'organisation scientifique du travail, qui de par son essence, consiste plutôt en une philosophie résultant en une combinaison des quatre grands principes de gestion:

1. Le développement d'une véritable science
2. La sélection scientifique du travailleur
3. La formation et le développement du travailleur selon les principes de cette science

4. Une étroite et intime coopération entre l'administration et les employés.

L'histoire du développement de l'organisation scientifique du travail, à ce jour, invite à la prudence. La mécanique de l'organisation scientifique du travail ne doit pas être confondue avec son essence, ou sa philosophie sous-jacente.

Les limites de l'OST 

·
La dépossession du savoir faire de l'ouvrier : l'OST a privé le travailleur des éléments qui donnent un sens à son travail (l'organisation en équipe, choix de l'outil et des modalités d'exécution et le contrôle du travail).

· Le contrôle abusif de l'ouvrier : l'individualisation du travail, la séparation et la décomposition des tâches ainsi que la définition précise de leur contenu, permettent un contrôle systématique

· La démotivation au travail : le taylorisme crée pour l'ouvrier des tâches répétitives monotones et sans intérêt, aboutissant à un travail déshumanisé et démotivant.

Quant à Ford, il a appliqué les principes de l'OST dans son usine et instaura le travail à la chaîne. Son organisation productive était fondé d'une part sur la simplification de la nature et les méthodes de production des voitures et d'autre part sur l'augmentation des salaires des ouvriers de façon à leur permettre d'acheter plus facilement les voitures fabriquées, d'où la hausse des salaires permettra le développement d'une consommation de masse.

II/ L'organisation Fordiste : Amélioration du Taylorisme :

Le fordisme est l'organisation du travail mise en place par Ford dans les usines de l'automobile. C'est une organisation de la production basée sur le taylorisme, auquel s'ajoute le travail à la chaîne (déplacement mécanisé de l'objet travaillé d'un ouvrier à l'autre)

SCHEMA du cercle vertueux fordiste

Production de masse

Gains de productivité

Hausse des revenus

Consommation de masse et investissement

1. Les principes généraux du Fordisme

Ø Travail à la chaîne où les pièces se déplacent vers l'ouvrier et non le contraire,

- Une cadence est imposée,

Ø Standardisation des pièces et des produits

Ø Politique de hauts salaires : 5 $ day

- Consommation de masse production de masse.

2. Les crises du modèle

Première crise : crise sociale

Ø Absentéisme

Ø Accidents du travail

Ø Rebus

Ø Turn-over élevé

Ø Tension dans l'entreprise due Division verticale du travail.

Deuxième crise : crise économique et technologique

Nouveaux mode de pensée :

Ø Exigence de qualité

Ø Automatisation

Ø Consensus entre les patrons et les salariés

L'inadéquation du système Taylorien-Fordien aux évolutions industrielles actuelles conduit à envisager un modèle productif flexible susceptible de répondre à de nouveaux impératifs économiques, technologiques et sociaux. Cette flexibilité conduit l'entreprise à adopter un modèle le juste à temps (JAT) ou toyotisme qui trouve son origine au Japon dans les usines de Toyota en 1950.

III/L'application du modèle japonais (TOYOTISME)
 
Le toyotisme  ou système Ohno est un mode d'organisation du travail intégrant le "juste-à-temps" et la qualité de la production. Il a été mis en place à partir de 1962 dans tout le groupe Toyota.

Ce modèle simple par rapport à Taylorien-Fordien se base sur :

· La qualité totale : la qualité doit être maîtriser par l'ensemble du personnel mais aussi les partenaires (fournisseurs, sous-traitants et distributeurs);

· La réduction des délais : la maîtrise des délais associe à de nouvelles techniques de gestion du temps, de conception et de production, la simplification des personnes sus productifs et des trajets, ainsi que la modernisation des équipements;

· La compression des coûts : la réalisation de cet impératif passe notamment par la diminution des stocks et donc le refus de produire par anticipation, afin de privilégier une production à la demande;

· La recherche d'une plus grande adaptabilité aux variations de la demande : l'évolution rapide des goûts des consommateurs, les entreprises doivent mettre en place des solutions flexibles et à moindre coût.

A partir des années 70, les pays occidentaux sont influencés par la flexibilité et les nouvelles règles de production.

Les principaux avantages :

Le toyotisme en reconnaissant l'existence du facteur humain, atténue certains dysfonctionnements propres au taylorisme (grèves, absentéisme, qualité médiocre). La constitution de groupe de travail autonome ou semi-autonome conduit les employés à avoir des responsabilités de nature opérationnelle, mais aussi à prendre en charge l'organisation du travail. Leur travail associe deux dimensions de niveau de responsabilité :

- une dimension productive : choix des outils de travail, réglage des équipements;

- une dimension managériale : constitution du groupe et sa gestion.

En définitive, le système Taylorien ne manque pas de défaillances. L'argument principal contre les idées de Taylor est la vision réductionniste du travail qui le déshumanise. L'allocation du travail selon ce système précise non seulement ce qui doit être fait, mais aussi comment cela doit être fait et le temps exact dans lequel la tâche doit être accompli. Il n'y a donc plus de possibilité pour un exécutant de "penser" son travail ou même d'exceller, tout étant prédéfini et standardisé.

Partie 2 :

Le taylorisme est-il mort ?

La normalisation industrielle est-elle une renaissance taylorienne ?

CHAP III /

Crise et limites du taylorisme.


I/ La crise du Taylorisme depuis le début des années 70



     1. La crise du travail Taylorisé.


A la fin des années 60, les Organisations Scientifiques se « révoltent ». L'absentéisme et le turnover, formes individuelles de protestation, augmentent dans les entreprises. Chez Renault par exemple, l'absentéisme passe de 4% en 61 à 8.5% en 74. L'intensification du travail (augmentation des cadences) rend en effet de plus en plus pénible la tâche de l'OS. De plus, les hausses de salaires ne compensent plus aux yeux des OS, la monotonie, l'absence de promotion... etc.

     2. Des tentatives de réformes du Taylorisme.


Afin de limiter les coûts de la crise du travail (absentéisme, turnover) et d'intégrer dans le monde du travail une jeunesse caractérisée par une désaffection envers le travail manuel, des tentatives de réformes se font jour : rotation des postes, élargissement des tâches, enrichissement des tâches, création des groupes semi-autonomes. Ces derniers ont un certain succès : l'autodiscipline permet une diminution de l'absentéisme.


Initiées par la crise du travail de la fin des années 60, ces réformes du taylorisme se heurtent dans les années 70 à un changement de contexte socio-économique remettant en cause le Taylorisme.

    3. Un nouveau contexte socio-économique.


Tout d'abord, les transformations de la consommation de masse : à partir des années 70, la demande devient une demande de variété. La phrase de Ford devient obsolète : « les clients pourront avoir une voiture de la couleur qu'ils veulent, pourvu qu'ils la veuillent noire. » La production de produits différenciés remet en cause la standardisation totale sur laquelle le Taylorisme et le Fordisme avaient construit leur supériorité. La production de petites séries de grande qualité au moyen de machines programmables nécessite des travailleurs qualifiés et responsables. La ligne hiérarchique doit donc être réduite.

II/ Le Taylorisme remis en cause :

La crise du Taylorisme est souvent décrite en termes de rejet socioculturel du travail répétitif et ennuyeux, un rejet qui se manifeste par l'absentéisme, la rotation rapide du personnel ou  turnover (c'est à dire la difficulté de stabiliser les individus sur leurs postes de travail), le sabotage, la mauvaise qualité des produits, "la flânerie".

Cette crise du travail est réelle, et elle a un effet important sur la productivité en affectant l'intensité du travail (le nombre d'heures par jour de travail effectif, pauses et temps morts déduits) et, dans une moindre mesure son efficacité.

De fait le taylorisme est entré en crise de manière plus globale et plus profonde que cette interprétation socio-psychologique ne pourrait en rendre compte. De manière très schématique, dans la mise en oeuvre combinée d'hommes et de machines pour produire, le Taylorisme a fondamentalement joué pendant 30 ans d'un seul facteur pour améliorer l'efficacité du travail (et non son intensité). D'un côté "le degré zéro de la qualité du travail humain". De l'autre, des machines de plus en plus perfectionnées où se condense l'essentiel du progrès technologique.
    

En effet, le Taylorisme s'est volontairement interdit, dès le départ, d'intégrer les avancées techniques au processus de production sous la forme principale du travail humain plus qualifié: plus qualifié au niveau individuel (par le caractère évolué des tâches confiées aux ouvriers) et au niveau collectif ( par la maîtrise qu'une équipe de production bien soudée et efficacement organisée peut avoir de son travail et de son produit ). Il faut désormais jouer sur un autre clavier que le seul investissement matériel : celui de la qualité du travail.

Celle-ci passe par la formation des salariés, l'organisation du collectif de travail, la mobilisation des réserves de savoir pratique du personnel, la conception d'équipement et d'ateliers ergonomiquement mieux adaptés. Un tel effort fonde une substitution inverse du mouvement classique : le travail peut économiser le capital. La gestion moderne vise donc à forger, au bureau et dans l'atelier, une nouvelle culture. La fonction idéologique de l'entreprise dans la société s'en trouve fortement renforcée : la productivité doit légiférer sur l'ensemble des rapports sociaux dans l'entreprise et en dehors d'elle, et au-delà, sur les rapports internationaux.

Enfin, les années 70 sont marquées par le renversement des rapports entre producteurs et consommateurs. La saturation de la demande de biens homogènes, la demande croissante de qualité, l'intensification de la concurrence accompagnant l'ouverture des économies modifie le rapport de force entre producteurs et consommateurs aux détriments des premiers. Les entreprises se doivent désormais de fournir au consommateur un produit de qualité et spécifique au moment où celui-ci le demande. Autrement dit, l'aspect commercial devient prépondérant. A ce titre, le toyotisme, organisant la production de l'aval vers l'amont (système du kan ban) apparaît comme plus efficace que le taylorisme, qui organise la production de l'amont vers l'aval (le bureau des méthodes est à la source de la production, pas le consommateur).

III/ Le Taylorisme est-il mort ?

Si le travail à la chaîne stricto sensu ne concerne plus qu'une faible proportion de salariés (2.8% en 1984 ; 3.4% en 1991), on enregistre une augmentation de 19.8% (1984) à 29.5% (1991) des salariés déclarant exercer un travail répétitif. Du point de vue du travail répétitif, on constate en effet un véritable rattrapage des services par rapport aux industries. Dans les services marchands, on pense à la rationalisation mise en oeuvre dans les fast foods, les parcs d'attraction ; et dans les services non marchands, aux effets du développement de la bureautique. En 1984, 11% des salariés estimaient être dépendants directement de collègues pour leur travail, en 1991, ils sont 23% dans ce cas, preuve d'une extension de la subdivision des tâches.

Si la plupart des managers valorisent l'autonomie des salariés et incitent, par des innovations organisationnelles du type du cercle de qualité, le déploiement des compétences des salariés, les responsabilités comme les activités sont rationalisées et standardisées par le bureau des méthodes. L'autonomie des salariés se réalise à la marge. Koïchi SHIMIZU, 1999, le toyotisme, Repères, souligne ainsi les ambiguïtés de la polyvalence, c'est-à-dire « faire les opérations élémentaires d'une ligne de production ou d'un segment d'une ligne de montage » des salariés de Toyota. La polyactivité toyotienne ne se traduit ni par un accroissement des qualifications du fait d'une flexibilisation des postes plus que d'un enrichissement, ni par un surplus d'autonomie, du fait de l'omniprésence de l'encadrement en cas de pannes. La ligne hiérarchique n'est pas en conséquence franchement réduite.


Chapitre IV \

Les normes, un outil de taylorisme ?

La qualité entre motivation et prescription

I/ La qualité : de quoi parlons nous ?

« La qualité désigne le degré de conformité de l ensemble des propriétés et caractéristiques d'un point ou service a l'ensemble des besoins des utilisateurs, pour un niveau de prix acceptable par ces derniers. »

La maîtrise de la qualité est devenue l'une des préoccupations majeures des entreprises, avant tout par les enjeux qu'elle soulève. En effet, la qualité présente des impacts économiques non négligeables : La non - qualité coûtent cher ; et produire du premier coup en conformité aux spécifications requises et aux exigences des clients nécessite d'investir dans la mise au point d'un système qualité fiable.

Plusieurs conceptions de la maîtrise de la qualité se sont succédées. Les entreprises ont tout d'abord cherche à éviter que les produits non-conformes ne soient livres aux clients, en multipliant les contrôles de conformité aux différents stades de fabrication (Les produits juges non-conformes sont alors retouchés ou mis au rebut). Le poste de contremaître contrôleur de qualité, dans le modèle taylorien, répond a cette logique. Les firmes ont ensuite été amenées a s'assurer de leur parfaite organisation, seule garantie pour ne pas introduire de défaut de qualité : l'ère de « l'assurance qualité » s'est alors ouverte.

Tandis que les grands donneurs d'ordres ont longtemps contrôle eux-mêmes les prestations de leurs fournisseurs (de la simple inspection des produits à la réception ou audit approfondi des systèmes qualité), ils ont par la suite incité ces derniers à prouver leur conformité aux règles édictées par leurs clients. A l'origine, les grandes entreprises se chargeaient en effet d'établir leur propre référentiel d'exigences minimales, portant sur les produits ou procédés opératoires, que devaient appliquer les fournisseurs prétendant travailler avec elles.

Progressivement, l'idée s'est imposée d'avoir recours à des systèmes normatifs externes et mondialement reconnus, auxquels toute entreprise pourrait être certifié conforme. Les produits, mais aussi les méthodes de travail des entreprises, ont ainsi fait l'objet d'une normalisation, à un niveau sectoriel, régional ou international. Pour une firme, l'obtention d'un certificat de conformité à une norme et dés lors une preuve objective, garantissant la qualité de ses prestations, propre à donner confiance à ses partenaires commerciaux.

Nous pouvons noter que, parallèlement, certaines firmes ont entrepris de mettre en pratique les ambitieux principes d'une démarche Qualité Totale.

Pour vendre il faut dorénavant, de plus en plus souvent, apporter la preuve factuelle et objective de la qualité des produits et services proposées.

II/ Les normes de qualité en pratique

Comment se traduit, pour les entreprises, l'évolution des conceptions de la qualité ? Quelles sont les implications concrètes de l'essor de l assurance qualité, dans les firmes candidates à une certification ?

D'après le définition officielle, les normes sont des accords documentés contenant des spécifications techniques ou d'autres critères précis, destinés à être utilisés systématiquement en tant que règles, lignes directrices ou définitions de caractéristiques, pour assurer que des matériaux, produits, processus et services sont aptes à leur emploi . Une entreprise désirant que ses produits ou son organisation soient conformes à une norme donnée va devoir mettre à plat, pour les reformuler et les rendre transparentes, l'essentiel de ses procédures de travail.

En effet pour rassurer les clients sur le niveau et la constante des prestations auxquelles on entend s'engager, il faut pouvoir présenter clairement l'ensemble des principes généraux et les règles précises qui les sous tendent, et prouver qu'ils sont effectivement appliqués. Ce qui signifie que pour chaque opération, résolution de problème ou tâche, des procédures explicites doivent être établies.

Les procédures dont des manières spécifiées, souvent écrites, d'accomplir une activité. Elles décrivent donc « qui fait quoi ? » : ce qui doit être fait ; celui, celle ou ceux qui doivent faire ; à partir de quels documents, imprimés ou matériels de référence ; quand, ou, etc.

Concrètement, de nombreux documents sont à établir pour décrire le système qualité ; détail des procédures organisationnelles et opérationnelles, des instructions, des modes opératoires et consignes garantissant le niveau de qualité annoncé. Ce qui relevait précédemment de l'ordre du tacite ou de l'informel doit être harmonisé et formalisé.

Une fois la conformité au référentiel certifiée par un organisme certificateur, des audits réguliers permettront de vérifier l'engagement que prend la firme, d'évaluer les besoins d'amélioration ou de correction ou de remettre en cause le certificat obtenu.

Il est clair que la maîtrise de la qualité met en jeu l'ensemble des fonctions de l'entreprise, de manière à garantir :

- La qualité de définition des besoins : comprendre les attentes de la clientèle- cible ;

- La qualité de conception : correctement traduire les besoins ainsi identifiés en produits ;

- La qualité de réalisation : fabriquer en conformité aux spécifications établies ;

- Et la qualité de service : assurer le niveau de service requis sur toute la vie du produit. Concrètement, satisfaire l'utilisateur implique tous les départements et fonctions d'une firme, la qualité finale étant le résultat d'un processus passant par chacune des étapes du système productif.

On comprend dès lors que l'idée de qualité cache également un enjeu social : elle est utilisée comme terrain d'entente entre les différents acteurs de l'entreprise, dont on cherche à obtenir l'adhésion à travers la recherche d'un « travail bien fait du premier coup ». L'invocation de la qualité et du respect des normes peut être vue comme un moyen commode pour faire exécuter un travail, selon des prescriptions rationnellement arrêtées. C'est un outil plus aisé à manipuler que l'injonction à intensifier productivité et flexibilité.

L'esprit de la normalisation et ses incidences concrètes sur l'organisation du travail en entreprise présentent, dés lors, des points communs avec le taylorisme.

III/ Le respect des normes par tous : une résurgence du taylorisme ?

La normalisation de la qualité, à travers l'évolution de la relation de production qui l'accompagne, présente des signes de parenté avec le taylorisme à deux niveaux : la volonté de rationalisation des activités de l'entreprise et une tendance à la réduction des espaces d'autonomie des individus.

Nous l'avons évoqué, la norme est le règne de l'écrit et du respect de la règle. La normalisation oblige à la formalisation : livrets de référence, procédures, manuels de qualité, plans de surveillance, autant de « bibles » qui doivent assurer l'harmonisation des comportements interindividuels. Les normes imposent un ordre commun dans les entreprises, qui vise à « fonder la coordination sur le respect de prescriptions formalisées ». On retrouve là une vision idéalisée et techniciste de l'organisation, à travers la recherche de l'unification technique et de la répétabilité des actes.

Qui édicte ces prescriptions formalisées ? Dans le rôle du «préparateur rationnel », note Jean Philippe NEUVILLE, la direction de la qualité s'est substituée à la direction des méthodes. Par exemple, dans l'usine Peugeot de Poissy, sur environ huit mille salariés, le département Qualité emploie près de trois cents personnes à l'animation du système qualité ( ce qui est loin d'être négligeable, puisque l'usine compte à peine quelques centaines d'administratifs, d'ingénieurs et de cèdres et que, par ailleurs, l'ensemble du personnel peut être également amené à participer, ne serait-ce que ponctuellement, à des démarches qualité).

Comme avec le taylorisme, la normalisation pose également la question de la séparation entre ceux qui pensent et ceux qui exécutent le travail, malgré la mise en place d'outils participatifs (cercles de qualité, autocontrôle, etc..). Ainsi, un guide de poche sur l'assurance- qualité distribué aux personnels de production d'un grand constructeur automobile français distingue clairement trois niveaux d'intervention : service qualité ; l'encadrement (qui a pour tâche « d'assurer que le processus fonctionne comme prévu ») ; et, enfin, pour reprendre l'expression utilisée, « ceux qui font ».

Enfin, l'assurance - qualité est vue par certains comme une source de rigidifiassions de l'entreprise. S'il est vrai qu'il « ne faut pas confondre l'outil ISO 9000 et ce qu'arrivent à en faire, ou pas, ceux qui l'utilisent », on peut s'interroger sur l'idée même de norme. Par définition, une norme est établie pour jouir d'une certaine pérennité, et va servir de référentiel pendant une durée donnée. Adopter une norme revient, sur cette période, à définir la meilleure façon de faire une tâche, d'atteindre un objectif, de limiter les coûts cachés et d'éviter les dysfonctionnements. Le discours est, la aussi, familier d'une intention rationalisatrice forte.

Pour que la démarche qualité et l'idée de normalisation fonctionnent, la participation de tous, voire leur implication, est nécessaire. Ceci est vrai de l'application des procédures mises en place (à quoi serviraient les manuelles qualités s'ils n'étaient observés par personne ?). Mais ceci est également vrai lors de la mise en place de ces procédures. En effet, pour pouvoir détailler à ce point les « manières de faire dans l'entreprise », le service qualité invite les agents à rendre explicites leur pratiques, leurs savoirs, les routines implicites qu'ils mobilisent dans leurs activités quotidiennes ; les connaissances de terrain et les savoir-faire enfouis dans les pratiques doivent être mis à plat, révélés. La rédaction des procédures participe d'une réappropriation par les services fonctionnels des savoirs des opérateurs et autres membres de l'organisation, qui n'est pas sans rappeler le taylorisme.

De même, normaliser demande de tout décrire, afin d'établir des références à l'aune desquelles surveiller, évaluer et corriger les pratiques. La part du travail prédéfini, et donc prescrit, que l'on croyait propre au taylorisme, ne peut que croître. « A L'image du mode opératoire des ouvriers qui travaillent sur chaîne, les opérations de contrôle de la qualité font l'objet d'un même souci de définition et de précision. La check-list du contrôleur rassemble toutes les opérations qu'il doit effectuer, tous les points qu'il doit contrôler, toutes les postures qu'il doit adopter (....). »

Dés lors, la volonté de clarification des modes de travail qu'impose la normalisation de la qualité n'amène-t-elle pas à limiter les espaces d'autonomie des personnels, en accroissant les occasions de contrôle ? Il y a ici un vrai paradoxe, entre l'idée d'autocontrôle qui accompagne les discours sur la qualité, et que semble nécessiter l'application pratique de cette dernière, et « l'ordre commun » qu'impose les normes. La marge de manoeuvre laissée aux « collaborateurs » paraît bien faible, lorsqu'elle se définit par le strict respect des consignes. Dans la plaquette sur la qualité évoquée plus haut, on peut voir un opérateur en blouse de travail expliquant en ces termes la manière dont il s'autocontrôle : « je respecte le mode opératoire, je vérifie mon travail, je note les résultats sur la fiche de suivi (....). »

La normalisation de la qualité aurait-elle réinventé à la fois le taylorisme et la bureaucratie ? La question est sur l'agenda des chercheurs en organisation, parmi lesquels on peut citer Pierres Yves GOMEZ, Philipe ZARIFIAN ou encore Dénis SEGRESTIN.

 

CONCLUSION

L'organisation du travail demeure Taylorienne en dépit du discours idéologique visant à faire intérioriser à l'individu l'idée d'une plus grande autonomie. Selon LINHART. D, 1995, hors série d'alternatives économiques, l'exigence de qualité donne une nouvelle légitimité au travail Taylorisé : ce n'est plus le patron, mais le marché qui impose la Taylorisation. «C'est le client qui constitue la norme objective, chargée de vider les relations sociales de leur conflictualité ».

La différenciation retardée, c'est-à-dire l'introduction d'éléments de différenciation en fin de processus de production, et la modularité, c'est-à-dire le fait de proposer un modèle standard sur la base duquel le client peut choisir des options complémentaires, permettent, enfin, une production de masse de produits différenciés. L'actualité du Taylorisme tient ainsi au fait que la production reste standardisée. Les économies d'échelle, à la base de la croissance fordiste des trente glorieuses, sont simplement réalisées désormais au niveau de la gamme et non plus du produit.

Il faut donc plus que nuancer l'idée selon laquelle l'émergence d'une demande de variété et de qualité remet en cause le Taylorisme. Selon DUVAL. G, 1998, l'entreprise efficace à l'heure de Swatch et Mac Donald's. La seconde vie du Taylorisme, le discours idéologique sur la nécessaire mobilisation des salariés autour de la qualité et des désirs du client a conduit à la naturalisation des contraintes de l'OST (c'est la faute au marché et non au patron). Le Taylorisme est plus que jamais d'actualité. Mais il faut vraiment tenir compte que nous vivons un certain paradoxe : un monde en pleine transformation et l'homme qui le transforme incapable d'assumer pour lui-même les conséquences de cette transformation.

Sommes-nous, aujourd'hui, autorisés à croire venu le temps d'un après taylorisme ? L'hypothèse de l'avènement d'un nouveau modèle productif, soutenue par plusieurs auteurs a animé la communauté scientifique d'un débat passionnant. Changement de paradigme, ou simple transformation ? Post-taylorisme ou évolution, voire éclatement du modèle ? « Les formes de la transition et les points de rupture, l'enchevêtrement des logiques d'action, l'hétérogénéité et l'indétermination, autant de questions auxquelles la recherche est confrontée pour penser les systèmes productifs de demain. »

ANNEXE

Les trois expériences de Taylor

1. Les maçons

La première est relative à la construction d'un mur de briques. Taylor constate que, depuis des siècles, des millions d'hommes font les mêmes gestes, avec les mêmes matériaux et les mêmes outils, pour sceller des briques.

Il observe attentivement et constate que, sur 18 mouvements "spontanés", il y en a 13 inutiles.

Pendant trois années, il étudie les mouvements et les temps, cherchant ce qui pourrait supprimer la fatigue corporelle provoquée par des gestes à la fois pénibles et inutiles. Constatant que tous les ouvriers se baissaient pour attraper les briques entassées au sol, il fait disposer briques et mortier à bonne hauteur, grâce à des échafaudages réglables. Des hésitations provoquées par le choix de chaque brique ? Il les fait disposer en file telles que la meilleure face de chacune puisse être prise sans devoir être examinée, et que toutes soient facilement saisissables. Il en arrive à faire gâcher le mortier avec la consistance convenable, économisant ainsi le temps passé à taper sur les briques. Enfin, il apprend aux maçons à faire des mouvements simultanément avec les deux mains.

Résultat de tout ce travail, chez GILBRETH, entrepreneur de maçonnerie de Boston, il fait passer les ouvriers de 120 à 350 briques à l'heure, et ceci avec une moindre fatigue.

2. Les pelleteurs

La deuxième grande expérience de Taylor à été vécue en 1899, à la BethIéem Steel Co: 600 manoeuvres, munis de pelles, avaient à y décharger des wagons de minerais et de coke, et à évacuer les cendres et les laitiers. Taylor observe et constate d'abord que le poids unitaire de chaque pelletée est très inégal. Les pelletées de minerai peuvent faire jusqu'à 15 kg, celles de cendres seulement 2 kg.

Il constate aussi que chacun a sa pelle, plus ou moins longue, que chacun a ses gestes, souvent incorrects. Le tonnage moyen quotidien déplacé pu un manoeuvre ne dépasse pas 15 tonnes.

A la recherche d'une charge convenable pour tous, Taylor inspire et contrôle des essais sérieux faits par des pelleteurs qualifiés, ayant accepté de travailler sans s'éreinter mais loyalement. Il fait varier les pelletées, grâce notamment à des longueurs de pelles différentes, et observe les conditions d'exécution de ces travaux.

Après 1 000 heures d'observation, il lui apparaît qu'avec des pelletées de 19 kg un manoeuvre arrive à déplacer 25 tonnes par jour, qu'avec des pelletées de 17 kg il arrive à en déplacer 30 et que c'est, finalement avec des pelletées de 10 kg que le tonnage manipulé est le plus élevé.

Taylor peut donc conclure qu'il a établi "scientifiquement" qu'un manoeuvre, bien adapté à son travail, réalise sa meilleure journée en déplaçant des pelletées de 10 kg, qui lui permettent, seules, d'adopter une allure naturelle tout au long de la journée.

Il fait alors construire un magasin à pelles, de telle manière qu'il y ait des petites pelles plates pour le minerai, des pelles larges en forme de cuillers pour les cendres, des fourches pour le coke, de sorte que toutes les pelletées se rapprochent de ces 10 kg considérés comme désirables. Il veut ainsi éviter et le travail excessif, impossible à prolonger tout au long d'une journée, et le temps gaspillé, rendant impossible d'atteindre un rendement raisonnable.

600 ouvriers travaillant sur un espace de plusieurs kilomètres de long : ceci implique un bureau de préparation du travail prévoyant le travail et les déplacements de chacun.

Résultat : 600 ouvriers manipulaient chacun 10 tonnes par jour ; 140 ouvriers, avec la méthode Taylor, arrivaient à manipuler chacun 59 tonnes par jour.

3. Manutention de gueuses

La troisième grande expérience de Taylor a été vécue par lui aux mêmes aciéries de la Bethleem Steel. La Direction lui demanda d'étudier le travail de manutentionnaires ayant à ramasser, transporter, puis reposer des gueuses de fonte de 41 kg.

Taylor ne pensa pas qu'un tel travail, apparemment élémentaire, dû, à cause de cela, échapper à toute rationalité. Au contraire, il fut vite convaincu qu'il était si complexe, faisant alterner des efforts intenses mais courts et un repos nécessaire, qu'il représentait une sorte de nouvelle science, difficile à découvrir par l'exécutant lui-même.

La loi de ce travail particulier, il la trouva grâce à l'aide d'un spécialiste qui démontra qu'il fallait que 43% du temps total d'activité journalière soient consacrés à des repos convenablement espacés.

Résultat : alors que personne n'osait penser qu'on pourrait manutentionner plus de 25 tonnes, Taylor fil obtenir 48,8 tonnes par jour comme chiffre raisonnable les manutentionnaires se trouvant satisfaits de cette norme.

Bibliographie sélective :

DESREUMAUX Alain, « Théories des organisations », 2ème édition, Edition Management Et Société - Collection : Les Essentiels De La Gestion, 2005.

LIVIAN Yves Frédérique, « Organisation, théories et pratiques », 3ème édition, Editions DUNOD, 1998, 322 p.

ROJOT Jacques, « Théorie de l'organisation », 2ème édition, Editions ESKA, 2005, 541p.

Webographie sélective :

www.ac-versailles.fr

www.ac-bordeaux.fr

www.alternatives-economiques.fr

www.webpublic.ac-dijon.fr

www.travail.gouv.fr

www.elias.ens.fr

* 1 Françoise PIOTET, AUTREMENT N° 3, automne 1975






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