WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

précédent sommaire suivant

2. De la culture au projet urbain

a) Institutionnalisation du projet : le pouvoir des politiques publiques dans la visibilité de la Friche culturelle.

Les projets qui ont émergé dès les années 1970 aux Etats-Unis et dès les années 1980 en Europe4(*) ont permis aux différents gouvernements des pays concernés de se mobiliser dans une démarche de développement par la culture. Lorsque les Friches sont investies par les artistes, les bâtiments restent à l'état brut. Ils ne sont que très partiellement réhabilités pour répondre aux normes de sécurité. L'artiste s'adapte au lieu et non l'inverse. C'est là qu'intervient toute l'importance de la visibilité et de l'institutionnalisation de la Friche.

Il existe plusieurs types de lieux culturels (ANDRES, GRESILLON, 2011), que ce soit des Friches spontanées et rebelles, des Friches régularisées ou encore des Friches institutionnalisées. Les dernières étant les plus connues, les plus pérennes et sans doute celles où les acteurs politiques interviennent le plus, elles constituent pour eux une possibilité certaine à la régénération urbaine. Bien sûr, comme les autres Friches, elles proviennent d'initiatives d'artistes. Mais c'est après le temps de veille que la Friche peut soit disparaître soit se pérenniser par l'institutionnalisation du lieu.

Par le biais d'acteurs locaux et de politiques de développement, les Friches culturelles deviennent des opportunités de régénération urbaine. « Par leur existence même, elles instaurent un point de vue sur la culture, sur l'organisation culturelle, sur l'animation culturelle et sur l'avenir de la culture, qui entre en concurrence avec les points de vue déjà existants et, en particulier, le point de vue d'emblée légitime qu'est celui des institutions publiques, de l'État ou des collectivités territoriales. » (DESBONS D., RUBY C., 2002).

Le déclin des espaces industriels a entrainé une dégradation foncière, mais aussi économique, sociale et culturelle. Finalement, les politiques publiques voient en la réappropriation de ces lieux un excellent moyen de redynamiser le territoire en déclin, par le bais de la ressource culturelle. Ces politiques doivent permettre une redynamisation du territoire plus ou moins interventionnelle par le biais d'une transformation physique et idéelle du quartier, mais aussi une transformation en matière d'action sociale (ANDRES, 2006). Pour comprendre le processus, prenons l'exemple que nous avons développé dans une précédente étude (SEVERIN, 2014) de l'ancienne usine Seita à Marseille devenue une Friche culturelle en scission avec son quartier. La Seita était une manufacture de tabac au sein du quartier de la Belle-de-Mai et constituait sa seule ressource économique. La fermeture de ses portes en 1990 fut donc un réel traumatisme pour les habitants du quartier. Elle a également entrainé son déclin économique, social et urbain. Dans un même temps, la ville de Marseille est à la recherche de politiques urbaines innovantes. Elle se met donc d'accord avec l'association Système Friche Théâtre pour son installation dans les locaux en 1992. Cette appropriation du lieu, en collaboration avec la ville de Marseille, a permis d'aboutir en 1996 à « un projet culturel pour un projet urbain » pour réhabiliter la Friche. La Friche est alors directement reliée à la politique culturelle de la ville. Finalement, la revalorisation de ce lieu a permis de revaloriser tout un quartier, voir toute une ville. « Cette ville qui était considérée comme celle de la French connexion (la drogue, le trafic de cigarettes, la mafia, etc.) est devenue la ville artistique par excellence. Cela a été une politique générale sur laquelle la Friche a eu un rôle phénoménal »5(*).

La participation des collectivités locales intervient donc dans le rayonnement du lieu culturel et dans sa visibilité. « En découlent alors des jeux d'échelles et d'acteurs diversifiés (acteurs économiques, politiques, professionnels de l'espace ou encore habitants-usagers-citoyens » (BASSAND, 1996). En effet, les enjeux des nouveaux territoires de l'art s'inscrivent à plusieurs échelles : un quartier, une ville, une agglomération. S'ajoute parfois d'autres acteurs selon l'ampleur et les enjeux du projet : État et même parfois Europe. Mais le rôle de l'échelle locale reste prédominant dans ces interactions multi-échelles (ANDRES, 2006). Le locale joue notamment sur le rapport entre la Friche et son territoire dans son acceptation. Le rôle des habitants est quant à lui dans l'attractivité du site par sa fréquentation et ses répercussions sur les territoires alentours.

* 4 Projets que nous avons énuméré en 1.a dont font partie les waterfront aux Etats-Unis, Glasgow, Barcelone ou encore Bilbao

* 5 Entretien entre ANDRES L. et Fabrice LEXTRAIT, 2006

précédent sommaire suivant