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Interactions et ancrage territorial des industries créatives: le cas de la Belle-de-Mai à  Marseille


par hélène sEVERIN
Université Aix-Marseille - Master 2 géographie du développement 2015
  

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Chapitre 2 : rapport des entreprises au territoire : conséquence de leurs implantations à la Belle-de-Mai

1. Des projets qui prennent de plus en plus en compte la population

Dans la définition de l'ancrage territorial, l'entreprise doit se rapprocher de son territoire d'un point de vue social et d'un point de vue sociétal. Concernant le social, nous nous sommes demandé en quoi les pôles Média, Patrimoine et Spectacle vivant intègrent la population locale. Et ce sont les propos que nous avons recueillis dans la presse et lors de nos entretiens qui argumenteront nos idées dans cette sous-partie. Nous verrons ensuite comment les entreprises participent à la vie sociétale du quartier de la Belle-de-Mai.

a) Un projet Friche qui tente de s'ouvrir sur le quartier

Le projet de Friche est le premier à voir le jour à la Belle-de-Mai. Ce projet basé sur une cohabitation entre artistes n'avait pas, au début de l'initiative, un objectif d'ouverture sur le quartier. C'est d'ailleurs le constat que fait Philippe FOULQUIÉ en 1998. Selon lui : « nous n'avions au départ ni l'intention, ni les moyens, de modifier son architecture globale. Mais le but n'est pas de fonder un couvent d'artistes, plutôt de les mettre dans la ville, et de voir comment elle peut se les approprier.»92(*). Finalement, les objectifs du projet de base étaient de fournir à des artistes un espace où ils pourraient s'exprimer. C'était d'ailleurs non pas aux artistes de s'approprier la ville mais bien à la ville de se les approprier. C'est-à-dire que le développement du milieu artistique et culturel à la Belle-de-Mai devait d'abord profiter aux artistes avant de profiter au quartier. Philippe FOULQUIÉ ajoute également le constat que « la Friche de la Belle-de-Mai reste une usine. Protégée par d'immenses remparts, entourés de tunnels, elle tourne le dos au quartier et regarde vers la voie ferrée. ». Tout compte fait, la Friche semble n'être la que pour les artistes, et non pas pour développer le quartier. En effet, « curieusement, cette notoriété semble exercer peu d'influence sur le quartier. ». Des habitants s'étaient d'ailleurs, lors des portes ouvertes, « déplacés en voisins »93(*). La Friche est donc installée sur le leur, mais ne semble pas vraiment lui appartenir. En tous cas, elle ne s'est pas encore territorialisée et les habitants ne se sentent pas concerné par ce nouveau lieu culturel. Et ce constat, beaucoup d'acteurs de la Friche et du quartier le font. Graziella VÉGIS du théâtre Massalia explique par exemple que « si la proximité joue en sa faveur, le quartier n'occupe pas vraiment une place plus importante que les autres ? Si les gens viennent nous voir spontanément, on aura gagné quelque chose. » Ange ANDREANI, président du CIQ pense quant à lui « qu'il faudrait faire un effort pour l'ouvrir d'avantage au quartier. Il y a un manque de communication, cela fonctionne en vase close. ». Le président de l'association des commerçants, Alfred SANTORO confirme que « cet endroit fermé et en retrait par rapport au centre villageois, fait un peu bunker. ». La Friche est donc repliée, elle tourne le dos à son quartier. « Pour les habitants, c'est un peu effrayant, ces grosses institutions, » témoigne Renée ORABONA94(*). Il y a visiblement un grand manque de communication : les habitants voient la Friche comme une inconnue, ils n'osent pas forcement s'y rendre, ils ne savent même pas ce qu'il s'y passe. Mais pour les acteurs locaux, c'est à la Friche de s'ouvrir au quartier, et non l'inverse ! On a donc, d'un coté, le président de la Friche qui pense que la ville doit s'approprier les artistes et de l'autres, des personnes qui participent à la vie associative du quartier, qui pensent que c'est aux artistes de s'ouvrir à la ville.

Rappelons tout de même que l'ancrage territorial se définit par les moyens mis en place par les entreprises pour se rapprocher de leur territoire et pour participer à son développement local. Cette directive ne semble donc pas du tout adoptée par la Friche, tout du moins au début de son implantation. En effet, par la suite, les acteurs vont se rendre compte qu'en se rapprochant de leur quartier et en faisant de la mixité sociale un des objectifs de la Friche, ils pourraient faire de ce lieu un lieu d'exemple et de renommée où culture et cohésion sociale s'assemblent.

C'est notamment depuis le projet de Jean NOUVEL, « un projet culturel pour un projet urbain », que la Friche a décidé de se tourner vers on quartier. Jean NOUVEL est alors président du Système Friche Théâtre et il va demander, à Mathieu POITEVIN, architecte, de faire un projet à la Friche où projet urbain et projet culturel seront indissociables. Le but de se projet est de pérenniser la Friche en l'institutionnalisant. Les besoins des artistes sont pris en compte, et de nouveaux aménagements sont faits pour le permettre d'avoir plus de possibilité. Ajouté à cela, le choix de s'ouvrir sur le quartier apparaît dans ces nouveaux aménagements. Philippe FOULQUIE rappelle que « la complexité a été d'ouvrir le site sur le quartier. Il ne faut pas oublier qu'au début, c'était une usine fermée. Au bout de dix ans, on a installé une crèche et tenté de créer des liens avec le quartier. »95(*). Alain ARNAUDET, son successeur, confie lui aussi qu'ils travaillent « à l'ouverture de la Friche sur le quartier. Cela a été l'un des axes majeurs de la rénovation de la Friche. Il faut créer un espace public poreux. ». Bien que les éléments culturels ne semblent pas vraiment favoriser la mixité sociale (le public qui se rend aux expositions et spectacles est différent du quartier), d'autres lieux favorisent l'ouverture sur le quartier. En tête de liste, on trouve évidemment le Street Park. Mais on trouve aussi d'autres lieux fréquentés par les habitants, comme la crèche. La crèche a d'ailleurs fait de la mixité sociale son objectif principal, c'est ce que nous rapporte Marion LATUILLIERE, Directrice de la crèche, lors de notre entretien le 15 avril 2015. Elle nous explique comment fonctionne le projet de la façon suivante : « Notre projet de base a été développé autour de la mixité sociale. Nous avons fixé le taux de réservataires à 1/3 pour les personnes qui habitent dans le 3ème, 1/3 pour celles qui travaillent dans le 3ème mais n'y vivent pas et 1/3 pour les personnes qui n'ont rien avoir avec le 3ème arrondissement. En 2014, 31% des réservataires vivaient hors du 3ème, 32% travaillaient dans le 3ème et 37% y vivaient. On comptait dans cette totalité 24% de personnes qui travaillaient sur l'ensemble du site du Pôle Belle-de-Mai. De plus, nous réalisons beaucoup de sorties sur le site du quartier, notamment au parc avec les plus grands et au cinéma Gyptis (qui appartient d'ailleurs à la Friche). Nous aimerions également mettre en place des sorties marchées. Nous avons été sollicitésdès le début par la Maison Départementale de la Solidarité du quartier et également celle du quartier des Chartreux dans le 4ème arrondissement pour mettre en place un principe d'accueil d'urgence (pour éviter notamment les placements d'enfants). Ce sont six places à mi-temps qui sont remplies quasiment tout le temps. ».

D'autres projets vont également voir le jour, comme les nouveaux équipements sportifs qui sont actuellement en construction. Ces équipements seront gratuits et mis à disposition des habitants du quartier. Susanna MONTEIRO nous explique que « le projet est de créer de nouveaux équipements sportifs et un espace d'atelier dédié à la pratique artistique. Les travaux vont débuter en juin, au sein de la Friche. Ces nouveaux équipements sportifs seront notamment mis à disposition des écoles du quartier. L'espace atelier constituera une base pour les associations du quartier pour le développement de soutien scolaire, etc. »96(*).

Bien que tous ces projets tentent de prendre en compte la population locale, il semble opportun de signaler le fait que cette population est plutôt jeune. Susana MONTEIRO, chargée d'action culturelle à la Friche, nous explique par exemple les rapports qu'entretiennent la Friche et le quartier.« Nous avons plusieurs projets de partenariat avec certaines structures sociales du quartier. La maison pour tous de la Belle-de-Mai pour qui nous disposons d'ateliers de pratique pour les enfants le mercredi et pendant les vacances à la Friche. La Maison Départementale de la Solidarité avec qui nous avons monté un projet autour de la population de Roms, notamment pour les alphabétiser. Aussi, nous avons mis en place une maison d'accueil pour les enfants de personnes touchant le RSA. C'est une quarantaine d'enfants environ, non scolarisés, qui viennent surtout le mercredi pour s'instruire. Les centres aérés avec qui nous avons des partenariats pour les enfants. Ce sont des projets surtout tournés vers le cinéma ; les enfants vont par exemple tourner un film aux vacances d'avril. Des gouters gratuits sont également donnés le mercredi, pour les enfants. Et enfin les associations de quartier  avec qui nous entretenons des partenariats pour l'alphabétisation des femmes par exemple. Les associations ont notamment accès à la Friche gratuitement pour donner des cours aux femmes en difficulté. ... On a donc tout un volet sur l'action éducative : par exemple une convention de trois ans avec le collège de la Belle-de-Mai est mis en place avec 6 projets par an. Ces projets se traduisent par la mise à disposition des jardins participatifs, de studios photos ou du théâtre pour les enfants. » Le fait que la population visée soit plutôt jeune ou défavorisée peut faire émerger un nouveau rapport entre laFriche et le quartier. Par le biais du jeune public, l'image positive véhiculée va se refléter sur la population moins jeune, et ainsi ouvrir de nouvelle porte au partage et à la mixité sociale à la Friche.

Mais, bien que des projets aboutissent en étroite collaboration avec les associations de quartier, le constat reste sans appel : la Friche n'est que très peu fréquentée par les gens du quartier. La population qui se rend sur le lieu culturel reste en effet bien différente socialement parlant de celle du quartier. Pour Yann LORTEAU, « les habitants du quartier ont souvent d'autres choses à se préoccuper que de venir à la Friche. Bien qu'il y ait des événements gratuits comme le Mad'inFriche, les 48H chrono, ou encore certaines programmations musicales ou cinématographiques, le reste des spectacles est payant et bien souvent pas accessible au petit budget des gens du quartier »97(*).

Finalement, tous ces projets ont fait en sorte que les habitants du quartier commencent à voir la Friche comme un moyen de se développer et de rendre le territoire plus attractif. Anne PFISTER, du collectif citoyen « brouettes et compagnies » exprime par exemple son point de vue : « Personnellement, je m'intéresse plus au devenir de ce quartier qu'à son histoire et je crois à sa valeur et à sa future véritable place dans la ville de Marseille. Vous trouverez quelques renseignements historiques sur le site de la Friche de la Belle-de-Mai qui, depuis quelques années, a fait un effort visible d'ouverture vers le quartier »98(*).

* 92 La Provence, le 11 février 1998, Friche : la culture a pris racine au bord du quartier, Frederic STURLESI.

* 93Ibid

* 9420 minutes, 10 février 2011, « la Friche, îlot « bobo » à la belle-de-mai?, Laurent BERNERON

* 95La Provence, dossier : la belle-de-mai veut croire en l'avenir, avril 2013

* 96Rencontre avec Susana MONTEIRO - Chargée d'Action Culturelle de la Friche la Belle-de-Mai - réalisée par Hélène SEVERIN le 07 avril 2015

* 97 Entretien réalisé le 22 avril 2015

* 98 https://lemistralien.wordpress.com/tag/belle-de-mai/, consulté le 25 juillet 2015

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