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La carte nationale d'identité dans l'Adamaoua: 1960-2013

( Télécharger le fichier original )
par Gabana Jean Francis
Université de Ngaoundéré - Master Recherches en histoire 2013
  

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3. Abandon des cartes nationales d'identité dans les postes d'identification.

Après la ruée des citoyens dans les postes d'identification de l'Adamaoua dans le but d'obtenir une carte nationale d'identité, de nombreux citoyens finissent par abandonner leur carte nationale d'identité dans lesdits postes. Il existe, dans les postes d'identification de l'Adamaoua, des milliers de cartes nationales d'identité en souffrance. Dans les commissariats de police, ces pièces officielles encombrent l'espace. Les armoires de rangement sont surchargées. Les cartes s'empilent dans certains commissariats. Certaines cartes nationales d'identité sont de retour dans les postes d'identification depuis 2002. Évidemment, elles ont eu le temps d'atteindre la date d'expiration de leur validité.

Dès lors, l'on pose la question de savoir : où vivent les potentiels propriétaires? Les citoyens camerounais de cette Région brillent de plus en plus par un penchant à négliger même ce qui est important. Les prétextes se multiplient donc pour esquiver la carte nationale d'identité. Sauf lorsque, pour une transaction financière, pour tracasserie policière ou pour la présentation d'un concours, ils se trouvent contraints de venir auprès des postes d'identification les ayant reçus pour enfin entrer en possession de leur carte. A la faveur d'une vérification des pièces personnelles, il se trouve toujours un passager qui perd l'usage de sa langue devant l'insistance de l'agent de police ou d'un gendarme qui veut l'identifier. Le plus souvent, ce sont les quolibets des autres occupants du véhicule contre les agents publics qui mettent un terme à la confrontation. Le voyage se termine dans certains cas au poste de police. Parfois, on donne des conseils et la randonnée peut reprendre. Tout se passe en tout cas comme si certains citoyens avaient horreur d'être en règle. A un moment, lorsque la sécurisation de ce document a opéré le passage du simple carton à la version informatisée, des voix se sont élevées pour pointer du doigt, le coût élevé de la carte nationale d'identité. La version miniaturisé a ensuite été introduite, sans forcément que les mauvaises habitudes changent.

Puis, il y a eu les années électorales. Les politiques ont pu demander et obtenir de la plus haute autorité du pays, la gratuité de la carte nationale d'identité. Le chef de l'État a accédé à cette demande malgré le fait que cela ait coûté au trésor public. Les populations de l'Adamaoua ont envahi, des journées entières, les postes d'identification. Le responsable régional de la police avait demandé du renfort en ressources humaines à sa hiérarchie, les récépissés ont été délivrés. Mais après cet emballement, très peu de citoyens sont repassés vers les postes d'identification pour retirer gratuitement ces pièces d'identité.

En 2012, les députés ont interpellé le vice-Premier ministre, en charge des Relations avec les Assemblées. La gratuité de la carte nationale d'identité est revenue comme doléance. En réponse, le vice-premier a fait allusion à des centaines de milliers de cartes abandonnées à travers le pays qu'il fallait d'abord retirer, mais Amadou Ali a promis de transmettre la doléance des élus du peuple à qui de droit155(*).

En dehors de l'Assemblée Nationale, certains partis politiques qui font l'expérience de la biométrie, ont souhaité que le chef de l'État accorde encore la gratuité de la carte nationale d'identité aux populations en 2012. Une fois de plus, le Président de la République a accédé à cette demande, en incitant cependant ses compatriotes à aller massivement s'inscrire sur les listes électorales.

Pour l'heure, même les autorités locales de l'Adamaoua ne peuvent expliquer les véritables raisons de cet abandon affiché par certains individus au bénéfice desquels le chef de l'État a accordé l'obtention gratuite de la carte nationale d'identité. Après investigation auprès de quelques citoyens et personnels d'identification de l'Adamaoua, il ressort que l'abandon des cartes nationales d'identité dans cette région est dû à l'ignorance d'une part et d'autre part à la mobilité des demandeurs.

En effet, nombreux sont ceux-là qui abandonnent leur carte nationale d'identité dans les postes d'identification par ignorance. D'aucuns, après établissement de la demande, oublient qu'il faut revenir au poste d'identification après un délai de quatre à cinq mois (qui correspond au traitement de la demande et à la date de validité du récépissé) entrer en possession de leur carte. Ceci tout simplement parce que l'agent identificateur n'a pas pris la peine d'expliquer au demandeur la procédure de délivrance de ladite pièce. Toutefois, le citoyen demandeur n'a aucune idée du lieu d'acheminement de sa demande et du délai de retour de sa carte d'identité.

D'autres citoyens abandonnent leur carte nationale d'identité par négligence. Le patriotisme peut se jauger à ce niveau. Certains jeunes qui se lancent dans la vie active n'ont plus selon eux, le temps à accorder à autre chose que leur activité.

Les épouses cloitrées abandonnent leur carte nationale d'identité dans les postes d'identification, attendant que leur époux ou leurs démarcheurs qui les avaient accompagnées se faire identifier, aillent eux-mêmes les retirer. Cette ignorance qui inclut la négligence et même la sous-scolarisation met en évidence la lassitude des citoyens camerounais et de l'Adamaoua en particulier.

Dans le même sillage de l'abandon des cartes nationales d'identité dans les postes d'identification de l'Adamaoua, il faut également considérer comme cause la mobilité des demandeurs. En fait, la plupart des cartes nationales d'identité en souffrance dans les postes d'identification de l'Adamaoua appartiennent aux Mbororo, nomades par excellence. Du fait de la transhumance pour leurs bétails auquel ils accordent plus d'importance qu'à autre chose, les Mbororo, après avoir reçu le récépissé de demande, ne reviennent pas toujours retirer leur carte nationale d'identité. Ils se contentent juste du récépissé, qui n'a qu'une durée de validité de trois mois, comme pièce à conviction sans laquelle ils auront des ennuis avec les agents de la police156(*). En outre, ils préfèrent refaire une autre demande de carte une fois arrivé dans la localité d'accueil abandonnant ainsi, la première carte de retour dans le poste d'identification qui les avaient reçus.

Par ailleurs, certains citoyens se trouvent contraints d'abandonner leur carte nationale d'identité dans les postes d'identification pour des raisons professionnelles. Certains fonctionnaires affectés dans une Région ou une ville autre que celle où les demandes de leurs cartes nationales d'identité avaient été établies, se voient obligés de les abandonner. Les élèves et les étudiants également délaissent leurs cartes nationales d'identité dans les postes d'identification parce qu'ils doivent aller continuer les études ailleurs. Parfois ces derniers se contentent soit du récépissé, soit de la carte scolaire ou la carte d'étudiant pour des voyages et des opérations bancaires.

Outre la raison de la mobilité des citoyens, certains demandeurs abandonnent leur carte du fait que les personnels d'identification les renvoient à chaque fois qu'ils se pointent au poste d'identification, ceci pour la simple raison que leurs cartes nationales d'identité ne sont pas encore délivrées et que la décision de la délivrance de cette carte ne dépend pas d'eux mais du service central de traitement de demandes basé à Yaoundé157(*). Ces derniers se lassent et ne reviennent que lorsqu'ils sont bousculés par la police ou lorsqu'il y a un impératif administratif ou économique.

Compte tenu de l'augmentation des cartes dans les bureaux et de l'étroitesse de l'espace destiné à contenir toutes les cartes, c'est dans les postes d'ELECAM, établis à quelques encablures de ces services, que les autorités du commissariat ont choisi de déverser ces documents. Cette alternative préconisée par les responsables de la police aurait pour objectif voilé de permettre aux individus de s'inscrire sur les listes électorales lors du retrait de leurs pièces d'identité158(*).

Cette situation d'abandon des cartes d'identité aux postes d'identification inquiète non seulement les responsables d'ELECAM mais aussi les partis politiques. L'engouement affiché au départ par la population a été considérablement réduit. Les raisons invoquées pour justifier cet état de choses seraient la longue file d'attente. « Il faut passer 2 à 3 jours et, avec nos occupations, il est impossible d'aller passer des semaines aux postes d'identification », argue Jonathan Djock159(*), commerçant au centre commercial de Ngaoundéré. La ville de Ngaoundéré regorge près de 70 000 cartes nationales d'identité en souffrance dans les postes d'identification160(*).

Photo 20: service de retrait des cartes du poste d'identification de la ville de Meiganga (AD 07)

(c) : Bétara Narma Paul, juillet 2014.

En mai 2014, le poste d'identification de Meiganga avait 4223 cartes nationales d'identité en souffrance. Le chef de poste a trouvé comme stratégie de faire des communiqués-radio pour sensibiliser les potentiels titulaires de venir retirer leurs cartes. Cette politique a porté plus ou moins de fruits, car la plupart des titulaires de ces cartes ne sont plus dans la ville de Meiganga ou encore d'autres ne vivent plus. En septembre 2014, nous avons comptabilisé 3015 cartes nationales d'identité dans ce poste.

Photo 21: Distribution des cartes nationale d'identité aux titulaires au poste d'identification de Ngaoundéré (AD01).

(c) :Ndjobdi Pierre, mai 2013.

Vu le nombre des cartes nationales d'identité dans les postes d'identification de la ville de Ngaoundéré et l'approche des échéances électorales (municipales et législatives) de 2013, les autorités administratives et politiques entreprirent de distribuer le maximum possible des cartes aux potentiels titulaires. Ainsi, pour ce faire, le personnel d'identification fut renforcé avec le recrutement des agents chargés de la distribution. Certaines cartes furent délocalisées pour les postes d'ELECAM. Ceci concourt à la politique des inscriptions sur les listes électorales. L'usager qui vient retirer sa carte nationale d'identité se fait immédiatement inscrire sur place.

Photo 22: cartes nationales d'identité en souffrance dans le poste d'identification de Banyo (AD 04)

(c) : Jean Francis Gabana, juin 2014.

3425 cartes d'identités sont abandonnées dans ce poste d'identification en juin 2014. Il y a 420 cartes nationales d'identité expirées et 3005 cartes nationales d'identité en cours de validité. Le responsable du poste d'identification explique que malgré les communiqué-radio faites à l'endroit des titulaires, la moyenne journalière de retrait varie entre 15 et 20 cartes.

Photo 23: Des cartes nationales d'identité abandonnées au poste d'identification de la ville de Tibati

(c) : Jean Francis Gabana, juin 2014

C'est l'un des postes qui a moins de cartes abandonnées par rapport aux autres postes. En juin 2014, nous avons comptabilisé dans ce poste d'identification 789 cartes nationales d'identité. Les propriétaires, selon le chef de poste d'identification sont dissimulés dans les campagnes du département du Djerem161(*).

Au demeurant, l'évolution de la structure administrative de l'Adamaoua et l'accroissement de demande de cartes nationales d'identité ont influencé la mise en place et la multiplication des postes d'identification dans l'Adamaoua. De 1960 jusqu'à la fin des années 1990, l'on note une faible demande de cartes nationales d'identité par contre, l'on note une ruée des citoyens dans les postes d'identification au début des années 2000. Toutefois, la ruée des populations dans les postes d'identification et les opérations foraines d'identification ont permis d'établir des milliers de demandes de carte nationale d'identité. Cependant, plusieurs cartes sont abandonnées dans les postes d'identification de l'Adamaoua.

* 155 Informations relayées par le site www. Camer.be.cm,consulté le 28 septembre 2014.

* 156 Entretien avec Adamou Djaodji, berger, Tignere, 13 août 2014.

* 157 Entretien avec Bétara Narma Paul, Personnel d'identification du poste d'identification de la ville de Meiganga, Meiganga, 03 aout 2014.

* 158 Entretien avec Dadjé Jacques, responsable d'ELECAM, Tibati, 04 juin 2014.

* 159 Entretien avec Jonathan Djock, Ngaoundéré, 08 septembre 2014.

* 160Information relayée par le site www. Camer.be.cm, consulté le 28 septembre 2014.

* 161 Entretien avec Mohamadou Salissou, chef de poste d'identification, Tibati, 03 juin 2014.

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"En amour, en art, en politique, il faut nous arranger pour que notre légèreté pèse lourd dans la balance."   Sacha Guitry