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La carte nationale d'identité dans l'Adamaoua: 1960-2013

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par Gabana Jean Francis
Université de Ngaoundéré - Master Recherches en histoire 2013
  

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II- Impact de l'identification dans l'adamaoua.

L'identification est une entreprise publique, visant à contrôler les personnes et de lutter efficacement contre une éventuelle insécurité. Ainsi, la carte nationale d'identité a un caractère ambivalent. Il ne s'agit pas de donner les avantages et les inconvénients de cette pièce dans cette partie. Il est question ici de relever les effets et les apports de l'identification sur la vie sociale des citoyens de l'Adamaoua.

1. Fragilisation de la nationalité camerounaise et trafic d`identité.

Les pièces officielles actuellement les plus officieuses au Cameroun sont l'acte de naissance, le certificat de nationalité et, malheureusement, la carte nationale d'identité. Ces pièces font l'objet de tant de tripatouillages, au point qu'elles sont délivrées à des expatriés soit pour des raisons politiques, soit encore pour des buts purement mafieux. On a ainsi vu des Tchadiens, des Centrafricains et des Nigérians dans l'Adamaoua, brandir des cartes nationales d'identité camerounaises, obtenues grâce à l'influence et à la duplicité de l'élite politique et administrative de la zone, pour gonfler les listes électorales et se constituer des armes politiques lors des échéances dont les issues sont incertaines très souvent. Les cas de duplicité dans les concours administratifs et d'autres compétitions pour l'accès à la fonction militaire ou aux diplômes sont des histoires de tous les jours.

L'opération de délivrance gratuite de la carte nationale d'identité donne des idées à certains ressortissants des pays voisins. Ils sont coupables des cas de substitution d'identité et de fausses nationalités. Un faux sans précédent s'est installé dans les commissariats de police de la capitale régionale de l'Adamaoua. En effet, la délivrance gratuite de la carte nationale d'identité décidée par le chef de l'État Paul Biya suscite par enchantement des convoitises les plus inattendues. De fait, il y a comme une volonté manifeste d'être camerounais à part entière de la part de beaucoup de citoyens étrangers168(*).

La plupart des étrangers veulent s'arroger le statut de «Camerounais» sans passer par la procédure en vigueur169(*). Selon les révélations faites par certains personnels d'identification dans l'Adamaoua, il y aurait des tentatives irrégulières de détention de la carte nationale d'identité. Les étrangers candidats à ce précieux sésame usent de toutes sortes de ruses pour obtenir cette pièce. À plusieurs reprises, les agents les sortent des rangs pour une raison ou une autre. Le stratagème est simple et désormais connu de tous. Pour parvenir jusqu'au poste d'identification, ces « candidats » négocient avec des autorités locales pour disposer d'un acte de naissance en bonne et due forme. Ironie du sort, certains n'arrivent pas souvent à situer les villages dont ils sont soit disant originaires sur la carte du Cameroun. Pour ces derniers, l'acte de naissance suffit pleinement à ne plus éveiller des soupçons. Le cafouillage provoqué par la forte demande et la saturation des agents de police est un facteur facilitant pour échapper à la vigilance. Fidèle à la tradition du flair de l'argent facilement gagné, des démarcheurs traînent dans les parages, dans le but de glisser des dossiers irréguliers dans le système. Très souvent, ils ne réussissent pas toujours à corrompre toute la chaîne de délivrance du précieux document. Pour autant, les fameux intermédiaires disposent de plusieurs tours dans leurs poches. Et ils finissent parfois à réussir leur coup. C'est le cas, confie un inspecteur de police dans le département de la Vina, de ce monsieur venu établir des cartes à une liste de personnes sous la couverture d'un opérateur économique de la place, avec des actes de naissance trafiqués170(*).

L'on s'interroge sur des mesures prises pour éviter cette situation. Les responsables parlent de plus de vigilance. Pourtant, ils sont nombreux les Tchadiens et Centrafricains à bénéficier illégalement de la gratuité. La culture de la double carte d'identité est réputée dans la région de l'Adamaoua. Ici les frontières sont poreuses, donnant lieu à la perméabilité de nationalité. Des doubles, voire triples identités et nationalités, qui varient en fonction de l'activité, du lieu et de la circonstance par un simple geste de main dans la poche. Ce n'est pas un Tchadien qui démentira ou une Centrafricaine qui niera les faits, puisque jouissant de ces facilités bon marché. « Avec l'entrée en vigueur de la libre circulation des hommes et des personnes en zone CEMAC, il serait patriotique pour tous de préserver leur identité véritable »171(*)s'exclame ce haut cadre rencontré au cours de notre enquête. A quoi servent donc les passeports et visas s'il suffit d'une pirouette pour changer d'identité ?

C'est un fait courant et « normal » que de posséder la carte nationale d'identitéì de plusieurs pays : celles du Cameroun, du Tchad, de la RCA ou du Nigeria, notamment parce que cela facilite l'obtention d'un emploi. Un exemple d'acquisition de cartes d'identitéì a étéì observeì lors des audiences foraines organisées de manière expéditive dans les Régions frontalières par le Cameroun afin de procéder aÌ l'identification des populations. Les populations de l'ethnie Sango installées à Ngaoui172(*), par exemple, pourtant reconnues comme exclusivement centrafricaine, ont pris massivement la nationalitéì camerounaise tout en conservant naturellement leur citoyennetéì centrafricaine.

AÌ part la circulation régionale pour le commerce ou le travail, par exemple, ces cartes d'identitéì permettent aÌ des bandits de dissimuler leur véritable identitéì et de se soustraire aÌ la police ou aÌ la justice. De ce fait, il semble difficile voire impossible de les poursuivre lorsqu'ils se cachent dans les pays voisins, faute d'accords d'extradition ou « par souci de préserver une certaine tranquillitéì diplomatique ». AÌ défaut de la mise en circulation du « passeport C.E.M.A.C » tant annonceì pour une intégration régionale ordonnée des populations et des économies, à un usage des cartes nationales identités aÌ des fins de trafics transfrontaliers, ce que favorise la mauvaise gestion de l'état- civil.

Des candidats, munis de fausses cartes d'identité établies sur la base d'actes de naissance appartenant à des tiers et moyennant des rémunérations la plupart du temps, ont régulièrement été pris en flagrant délit dans des salles d'examens. Plusieurs fonctionnaires, militaires, policiers et cadres d'entreprises ont réussi à passer cette épreuve, en faisant composer des tiers lors des concours et sont actuellement en fonction. De même que des étrangers, sous l'effet non pas de l'attrait que le Cameroun exerce sur leur personne, mais par les effets d'une municipalité et d'une police corrompue, brandissent avec fierté des cartes nationales d'identité camerounaises parce que, très souvent, un Camerounais de naissance et de souche leur a vendu l'acte de naissance d'un parent décédé. Cet acte de naissance d'un frère déjà décédé permet, avec une autre somme d'argent si nécessaire, de s'établir une carte d'identité, un passeport, voire de se présenter à des concours administratifs. Or, l'article 341 du code pénal camerounais condamne l'atteinte à la filiation. Toute violation à la loi est réprimée conformément à l'article 134 relatif à la corruption. Une corruption de la nationalité camerounaise est actuellement exacerbée par la gratuité de l'établissement de la carte nationale d'identité dans l'Adamaoua.

Pourtant, un tribunal spécial a été créé, et c'est une instance juridique qui a pour mission, de délivrer des actes de naissance à tous ceux qui en étaient dépourvus. Cette grâce s'obtenait après accomplissement d'une condition unique: le témoignage de deux ou trois membres de la famille du demandeur, attestant que ce dernier était bel et bien de la famille, du village, du département, de la région et pourquoi pas du pays. C'est ainsi que des commerçants nigérians, nigériens, maliens et tchadiens ont acquis la nationalité camerounaise dans la région de l'Adamaoua. Contre des sommes d'argent versées à des «témoins», payés pour avoir attesté de la «camerounité» de ces étrangers173(*).

A ce sujet, plusieurs Nigérians, Tchadiens, Nigériens et centrafricains se sont fait établir un premier acte de naissance et ont obtenu par ricochet la nationalité camerounaise. Une situation gravissime qu'un maire de la Région de l'Adamaoua a dénoncée, faisant état de ce que les Centrafricains étaient en train d'acquérir illégalement la nationalité camerounaise174(*). S'il est vrai que les autorités camerounaises, conscientes de la présence massive des ressortissants des pays voisins sur le sol camerounais, ont pris des mesures conséquentes pour éviter quelque imbroglio, il n'en demeure pas moins vrai que poussé par la hantise de la refonte biométrique, l'État du Cameroun ouvre de fait les vannes à ces étrangers qui verront par ailleurs certaines des tracasseries policières qu'ils essuyaient prendre un terme. Dans ce contexte, plusieurs étrangers établis dans les localités de Djohong, Ngaoui, Meiganga... finissent par ces stratagèmes d'acquérir des noms camerounais en pseudonyme ou en se mettant en couple avec des Camerounaises ou des Camerounais pour tromper la vigilance des autorités. La conséquence est aisément visible. La question de la gratuite de la carte nationale d'identité, et celle des actes de naissance pour tous, remet au goût du jour l'épineux problème de la naturalisation au Cameroun. Car au regard de ce qui précède, il est un fait que nos jours, des Tchadiens, Nigérians, Centrafricains et autres peuvent devenir Camerounais du jour au lendemain. Cette autre trouvaille du gouvernement camerounais, ouvre le débat sur la double nationalité au Cameroun. Car comment comprendre, qu'un étranger puisse devenir facilement camerounais, alors que les Camerounais qui ont la double nationalité n'ont pas la possibilité d'exercer les droits civiques.

Dans tous les cas, dans la suite, les maires et les officiers de police dans les commissariats n'avaient qu'à fermer les yeux ou faire semblant de n'est rien voir quand il fallait légaliser des pièces ou établir des cartes nationales d'identité. Les maires récemment portés à la tête des municipalités à travers l'Adamaoua devront donc veiller à l'état-civil. En attendant la venue d'un système moderne et intelligent de centralisation et de gestion du fichier de l'état-civil national, le Cameroun doit être habité par des Camerounais et des étrangers bien accueillis et respectueux des lois de leur pays d'accueil. Sinon, un ressortissant tchadien pourrait engager un litige foncier avec un Gbaya, originaire du Mbéré, en brandissant la carte nationale d'identité attestant qu'il est bel et bien Camerounais et de surcroît du Mbéré. Néanmoins, l'identification a permis aux citoyens de l'Adamaoua de participer aux échéances électorales.

* 168 Entretien avec Bétara Narma Paul, personnel d'identification, Meiganga, 04 aout 2014.

* 169 Entretien avec Enama Justine Rose, Chef de poste d'identification, Ngaoundéré 14 octobre 2014.

* 170 Cet informateur a requis l'anonymat.

* 171 Entretien avec Henri Sanama, commissaire de police Principal, Meiganga, 03 Aout 2014

* 172 Entretien avec Deke Gabriel, agent de la Mairie de Ngaoui, Meiganga, 06 Aout 2014.

* 173Cet informateur a requis l'anonymat.

* 174 Cet informateur a requis l'anonymat

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"Je ne pense pas qu'un écrivain puisse avoir de profondes assises s'il n'a pas ressenti avec amertume les injustices de la société ou il vit"   Thomas Lanier dit Tennessie Williams