Rechercher sur le site:
             
 
Web Memoire Online

Consulter les autres mémoires    Publier un mémoire    Une page au hasard

Les déterminants de l'épargne des ménages au Cameroun


par Pierre Alain YOUMBI
Université de Douala - DESS en Gestion Financière et Bancaire
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

République du Cameroun Republic of Cameroon

Paix - Travail - Patrie Peace - Work - Fatherland

--- --- --- --- --- ---

Université de Douala University of Douala --- --- --- --- --- ---

Faculté des Sciences Economiques et de Gestion Appliquée Faculty of Economics and Applied Management

--- --- --- --- --- ---

Département de Finance et Comptabilité Finance and Account Department

LES DETERMINANTS DE L'EPARGNE

DES MENAGES AU CAMEROUN

Mémoire de fin d'étude en vue de l'obtention d'un

Diplôme d'Etude Supérieure Spécialisée (DESS) en

Gestion Financière et Bancaire

Présenté par  : Pierre Alain YOUMBI

Maîtrise en Sciences Economiques

Sous la direction du

Pr. Georges KOBOU

Agrégé en Sciences Economiques

Vice Doyen, chargé de la scolarité

Année Académique 2001 - 2002 2ème Promotion

DEDICACE

A

Mon fils

Brice Bryan YOUMBI

A 4 mois seulement, tu étais déjà un champion et un brave. A ta manière, tu as significativement contribué à la qualité de ce travail.

et à

Mon épouse

Idalie YOUMBI

J'ai trouvé auprès de toi un soutien sans complaisance, une motivation sans prix et des encouragements sincères.

Trouvez tous les deux à travers ces lignes l'expression de ma reconnaissance infinie.

REMERCEMENTS

Loin d'être un une simple formalité académique, nous avons l'obligation intellectuelle de nous acquitter d'un devoir du coeur en exprimant notre reconnaissance et notre gratitude à tous ceux qui de près ou de loin, de manière directe ou indirecte, ont contribué à la réalisation de ce travail.

Nous remercions infiniment le Seigneur DIEU Tout Puissant pour les nombreuses grâces et inspirations reçues gratuitement.

Nous remercions très solennellement le Professeur Georges KOBOU, Directeur de mémoire, auprès de qui nous avons trouvé, disponibilité malgré ses contraignantes et diverses occupations, rigueur, ouverture et conseils constructifs. Il a su canaliser notre pensée vers l'utile et l'essentiel.

Nous remercions très sincèrement :

- Le Docteur David KAMDEM, coordonnateur du DESS GESFIBA pour ses encouragements et ses judicieux conseils.

- Nos enseignants qui n'ont ménagé aucun effort pour nous transmettre les connaissances acquises.

Nul mot ne peut suffire pour exprimer notre gratitude aux camarades et amis de la 2ème promotion, pour les échanges et partages d'expérience, les remarques et suggestions pertinentes, le climat fraternel et interactif qui a régné tout au long de notre formation. Nous ne pouvons nous empêcher de citer les membres de Club Challenge (Alain EDIMO, Joseph FOGUE, Virginie ESSOH, Raymond NGAHANE, Aubin KENGNE, Norbert TCHABEU, Moïse KEUMOE, Hilaire NZEMPANG, ESSASSANOHO Apollinaire, etc....) et Charles NGUEMKAM.

Sans être ni exclusif, ni exhaustif, nous sommes moralement redevables à la famille et la belle-famille ( le Père Léon KAMGANG, Jean NANA, Rosalie NIEKOU, mes parents, mes frères et soeurs), aux amis (Thierry DJOU, la famille MBANIA, Louis Bernard TCHEKOUMI, Cosmas MEKA, Edgar MANGA, Serges TCHOUAFFI, Emile MOUTCHEU, Mesmer GUEUYOU , Serges JEPANG, Simon NANA, Kennedy MEDZANA, Rosette ENONGA, Valentin TCHAKOUNTE, Georges MOUMPOU, Ledoux MATONG, Elvis YETGANG, Laure ALEGUE, etc....), aux collaborateurs de la Poste d'Akwa et aux collègues Postiers.

AVANT PROPOS

De la conception à la réalisation, en passant par le choix de la méthodologie, du cadre théorique d'analyse, des modèles et tests à utiliser, un travail de recherche a de tout temps été un exercice à la fois périlleux et exaltant. Il marque une étape importante dans l'itinéraire intellectuel que nous avons suivi pendant notre formation en Gestion financière et bancaire à la Faculté de Sciences Economiques et de Gestion Appliquée de l'Université de Douala.

Nous avons voulu, au regard des contraintes de financement du développement économique, mener notre activité de recherche dans le domaine de la connaissance des déterminants de l'épargne des ménages au Cameroun.

Nous n'avons nullement la prétention d'avoir traité la question de manière exhaustive. Les difficultés d'obtention des données statistiques nécessaires à l'analyse ou l'accès à une documentation actualisée ont constitué de limites importantes.

Aussi, vos critiques et suggestions vont contribuer à l'améliorer ou le parfaire. Tout en reconnaissant et en appréciant hautement la contribution de notre encadreur, nous assumons entièrement les insuffisances et les manquements de ce travail.

Pierre Alain YOUMBI

pieralayo@yahoo.fr

Téléphone : (237) 762 40 40

SOMMAIRE

Dédicace.....................................................................................................i

Remerciements.............................................................................................ii

Avant propos...............................................................................................iii

Sommaire...................................................................................................iv

Liste des abréviations, ...................................................................................v

Liste des figures, des graphiques et des tableaux ..............................................vi

Résumé / Abstract .......................................................................................vii

Introduction générale ...................................................................................... 1

Première partie : L'analyse économique du comportement d'épargne des ménages........... 8

CHAPITRE I : L'influence du revenu et du patrimoine............................................. 10

I- L'approche keynésienne.................................................................. 11

II- L'approche néoclassique.................................................................. 19

CHAPITRE 2 : L'influence des instruments de politique économique........................... 30

I- Les variables monétaires................................................................. 31

II- Les variables budgétaires................................................................. 37

Deuxième partie : L'analyse extra économique et empirique du comportement

d'épargne des ménages.................................. 45

CHAPITRE 3 - L'influence des facteurs psychosociologiques et politiques .................. 47

I- Les variables psychologiques......................................................... 48

II- Les variables sociopolitiques........................................................... .57

.CHAPITRE 4 - L'analyse empirique de la fonction d'épargne des ménages...................... 67

I- Présentation des variables, des tests et estimations................................. ... 68

II- Résultats, interprétations et recommandations........................................ 79

Conclusion générale.......................................................................................... 92

Références bibliographiques.............................................................. 96

Annexes ........................................................................................101

Table des matières ....................................................................................104

LISTE DES ABREVIATIONS

ADF = Augmented Dicked-Fuller

COBAC = Commission Bancaire de l'Afrique Centrale

DF = Dicked-Fuller

EMC = Error Model Correction

EMF = Etablissement de Microfinance

FCFA = Franc de la Coopération Financière en Afrique

HCV = Hypothèse du Cycle de Vie

INS = Institut National de la Statistique

IRPP = Impôt sur le revenu des personnes physique

LR = Likehood ratio

MCO = Moindres carrées Ordinaires

PIB = Produit intérieur brut

Pmc = Propension marginale à consommer

PMC = Propension moyenne à consommer

PP = Phillips - Perron

PVD = Pays en voie de développement

Resp. = Respectivement

LISTES DES FIGURES

Figure 1 : Les différents catégories de l'épargne ......................................................1

Figure 2 : La fonction Keynésienne du revenu courant.............................................12

Figure 3 : La fonction de consommation de DUESENBERRY.......................................15 

Figure 4 : La fonction de consommation de FRIEDMAN ..........................................22

Figure 5 : La fonction de consommation dans la théorie du cycle de vie..........................25

LISTE DES TABLEAUX

Tableau n°1 : Opérationnalisation des variables indépendantes de l'analyse

économique du comportement d'épargne des ménages...........................44

Tableau n°2 : Opérationnalisation des variables indépendantes de l'analyse extra

économique du comportement d'épargne des ménages............................66

Tableau n°3 : Récapitulatif des tests de stationnarité sur les variables.............................80

Tableau n°4 : Test de la trace et de la valeur propre maximale de JOHANSEN..................81

Tableau n°5 : Estimation de la relation de long terme par la méthode des MCO ................82

Tableau n°6 : Test de stationnarité sur les résidus .......................................................83

Tableau n°7 : Estimation de la relation de court terme entre les variables ........................84

Tableau n°8 : Test de causalité des variables au sens de GRANGER .............................86

Tableau n°9 : Récapitulatif des résultats des tests et estimations ...................................91

LISTES DES GRAPHIQUES

Graphique n°1 : Evolution du taux de l'épargne des ménages de 1970 à 2000..................69

Graphique n°2 : Evolution du revenu disponible brut des ménages au Cameroun

de 1970 à 2000 .................................................................. ............70

Graphique n°3 : Evolution du taux d'intérêt réel au Cameroun de 1970 à 2000................71

Graphique n°4 : Evolution de l'inflation au Cameroun de 1970 à 2000..............................71

Graphique n°5 : Evolution des impôts sur le revenu des ménages au Cameroun de 1970 à 2000 ......72

RESUME

La mise en oeuvre des plans d'ajustement et des programmes de stabilisation, les avantages tirés de la dévaluation de 1994 ont juste permis de sortir de la crise économique et de retrouver une croissance encore en deçà du niveau requis pour avoir un impact significatif sur la pauvreté. L'épargne intérieure et l'investissement demeurent insuffisants pour stimuler fortement cette croissance. Ce faible niveau est lié à la fois à un accroissement rapide des déficits publics et à une mobilisation modeste de l'épargne des ménages pourtant structurellement stable et potentiellement abondante et régulière.

Notre étude a pour objectif l'identification des variables qui influencent significativement le comportement d'épargne des ménages.

En nous appuyant sur les techniques de co-intégration et des modèles à correction d'erreur, la présente étude aboutit aux résultats suivants :

-Le revenu (à court et à long terme) et le taux de l'intérêt réel (à long terme uniquement) sont les principales variables explicatives de la fonction d'épargne des ménages au Cameroun.

-Le taux d'intérêt réel et des impôts sur le revenu ont un effet négatif alors que le revenu et l'inflation agissent positivement sur l'épargne des ménages.

-Ces variables expliquent à près de 90°/° le comportement de l'épargne.

ABSTRACT

The implementation of the adjustment plans and stabilization programs, the advantages raises from the devaluation of 1994 have just permitted to come out of the economic crisis and to recover a positive growth although under the required level that can have a significant impact on poverty. Internal saving and investment are still insufficient to strongly stimulate this growth. This low level can be explained both by a fast increase of steady of public deficits and by a low mobilization of households savings nevertheless structurally steady and potentially abundant and regular.

The main objective of our study is to identify the variables that meaningfully influence the saving behaviour of the households.

By laying on the co-integration techniques and error model correction, the present study lead us to the following the results:

-The household revenue (to short and long term) and the real interest rare (long term only) are the main variables that can better explain the households saving function in Cameroon.

-The real interest rate and the taxes on income have a negative impact whereas the household revenue and the inflation act positively on the households saving.

-The saving behaviour can be explained can be explained at least at 90 per cent by the above variables.

«C'est notre faute et non celle des étoiles si

nous ne sommes que des subordonnés »

SHAKESPEARE

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Dans les années 60 à 80, le crédit international était abondant et bon marché. Nos pays ont ainsi contracté un volume important d'emprunts extérieurs pour financer leur développement. Ces entrées massives de capitaux, dans leur phase de retour ont généré un important service de la dette dont le gonflement a été accéléré à partir des années 80 par la hausse concomitante des taux d'intérêt et des taux de change. L'incapacité à honorer le service de la dette a été à l'origine des politiques de rééchelonnements, de remises ou d'annulations partielles du stock ou de l'encours commercial et public.

Pour assurer la solvabilité de nos pays, les bailleurs de fonds vont imposer des politiques d'ajustement budgétaire et monétaire à l'objectif de rétablir les équilibres macroéconomiques. La mise en place de ces réformes s'avèrent tellement contraignantes (restructuration du système bancaire, surveillance mul1tilatérale des finances publiques, désengagement de l'Etat du système productif...) que des solutions alternatives à la dépendance extérieure (promotion de l'épargne intérieure) commencent sérieusement à être explorées pour pallier la diminution des flux de capitaux externes.

Figure n° 1 : Les différentes catégories d'épargne

Epargne budgétaire

Epargne gouvernementale

Epargne des entreprises publiques

Epargne officielle étrangère

Epargne étrangère

Emprunt commercial privé

Investissements directs

Epargne privée Epargne des entreprises

Epargne des ménages

Pour ce qui est de l'épargne des ménages, elle se présente sous plusieurs formes (voir Annexe I). On peut la regrouper en :

- Epargne financière (placements) ou non financière.

- Epargne formelle, semi formelle et informelle.

- Epargne affectée ou avortée (ROBERTSON, 1926).

La mise en place progressive d'un marché financier, l'organisation et la réglementation de l'activité de microfinance participent d'une volonté de promotion de l'épargne intérieure. L'appel direct à l'épargne va réduire l'importance du financement par le crédit bancaire. Les banques sont responsables de la création monétaire alors que les marchés de capitaux ont un rôle d'affectation de l'épargne. Dans un cas, il y a injection nouvelle de pouvoir d'achat, dans l'autre il y a recyclage de la monnaie existante.

Au Cameroun, le taux de l'épargne des ménages pour la période allant de 1970 à 2000 varie entre 4,15 et 10,75 % du revenu disponible brut (voir annexe IV). Ce taux, faible assurément, est un indicateur de l'effort qui reste à fournir. L'existence de l'épargne n'est plus à démontrer. Seulement il existe des capacités et gisements sous-estimés et sous-exploités. Cette épargne est thésaurisée ou transférée à l'étranger (fuites) ou encore dirigée vers des investissements improductifs, des consommations somptuaires, des acquisitions spéculatives ou enfin vers des circuits financiers traditionnels qui échappent à toute comptabilité.

Paul WACHTEL1(*) (1985) constate que l'épargne des ménages qui, dans les pays développés ou à revenus intermédiaires (en 1992, ce taux d'épargne2(*) était de 39% en Chine, 37% en Indonésie, 35% en Malaisie, 28% en Allemagne, 23% au Nigeria et 21% au Brésil) est une source de financement importante pour la formation du capital n'est qu'une source potentielle dans les PVD parce que largement inutilisée.

Dans une politique de mobilisation de l'épargne ADAMS3(*) (1985) recommande que l'accent soit mis non pas sur l'incapacité à épargner mais sur les incitations à l'épargne et les opportunités de placement. De même, ces politiques d'encouragement à l'épargne doivent s'accompagner de politiques d'orientation de l'épargne vers la formation du capital productif. Celles-ci passent par une meilleure connaissance des motivations, des pratiques, attitudes et comportements d'épargne et par une bonne compréhension des mécanismes de formation de l'épargne financière ainsi que de sa composition entre les différents emplois possibles.

Après avoir fixé la problématique et l'intérêt du sujet, nous allons définir les concepts épargne, ménages et déterminants de l'épargne pour ensuite préciser les objectifs et enfin parcourir les évolutions de l'analyse du rôle de l'épargne dans la pensée économique.

D'après François POULON4(*) (1998) « l'épargne est un des concepts dont la définition est si claire qu'elle frôle la tautologie mais dont les racines plongent dans l'obscurité ». Il la définit comme la non dépense du revenu en biens de consommation, comme une consommation future substituable à une consommation présente. Concevable aisément comme non consommation présente du revenu courant, il fait remarquer le caractère imprécis de cette définition dès qu'on l'envisage dans la continuité du temps, à chaque instant duquel le flux de non consommation présente est normalement compensé par un flux strictement égal (sauf croissance du revenu) de non consommation passée redevenue consommation présente.

Pour KEYNES, l'épargne est le résidu du revenu après la consommation.

Pour Bernard BERNIER, Yves SIMON5(*) (2001), l'épargne est la « part des ressources courantes qui reste disponible pour accumuler les actifs physiques ou financiers ».

Le Petit Larousse définit l'épargne comme « la fraction du revenu individuel ou du revenu national qui n'est pas affecté à la consommation».

S'agissant de la définition conceptuelle du ménage, R. LAGRAVE et J. B PAJET6(*) (1966) le réduit à « l'ensemble des personnes vivant ensemble dans un même foyer et formant une même famille ».

La comptabilité nationale améliore la définition précédente et considère le ménage comme « un groupe de personnes qui vivent ensemble sous un même toit quelque soit les liens qui les réunissent et qui mettent en commun au moins une partie de leur revenu pour pourvoir au logement, à la nourriture et aux besoins essentiels »

Leurs ressources principales proviennent des  revenus du travail (salaire, traitement...), des revenus de la propriété (loyers, dividendes...) et des revenus mixtes pour les entrepreneurs individuels à la fois apporteurs de travail et propriétaire des moyens de production.

Les ménages dont il est question ici sont les ménages résidents qui ont effectué des opérations économiques pour un an ou plus sur le territoire économique du pays.

Au sens du Petit Robert, le terme déterminant renvoie à ce qui peut amener, inciter, pousser à poser volontairement un acte. Les déterminants de l'épargne peuvent alors être considérés comme les variables qui influencent ou expliquent le comportement d'épargne i.e. qui peuvent soit inciter, amener ou pousser à épargner ou à ne pas épargner, soit déclencher, provoquer ou entraîner le désir d'épargner plus ou la décision de ne plus épargner.

Le type d'épargne étudié est l'épargne volontaire des ménages. Ils décident du montant, de la durée et du type de placement. A coté de cette épargne volontaire (produits d'épargne souscrits), il existe également une épargne involontaire ou forcée (remboursement d'emprunt, fiscalité, inflation, taux de change surévalué...) et une épargne contractuelle (produits d'assurance vie, compte à terme, plan épargne logement).

L'analyse du rôle de l'épargne dans la pensée économique s'est faite dans deux directions. Celle qui accorde une importance mineure à l'épargne et celle qui milite pour sa promotion.

Au départ de la première tendance, on retrouve MALTHUS (1766-1834). Dans sa correspondance du 7 juillet 1821, il indique qu' « un effort d'accumulation très rapide en impliquant une dimension considérable de la consommation improductive affaiblit grandement les motifs habituels de production, entraîne un arrêt prématuré du développement de la richesse ». Il existe selon lui un taux d'épargne optimal fournissant le maximum de richesse et d'emploi. Le dépassement de ce taux engendre la crise.

KEYNES et les postkeynésiens tiennent des positions radicales. Pour KEYNES7(*) « l'acte d'épargne individuelle signifie une décision de ne pas dîner aujourd'hui. Mais, il n'implique pas nécessairement une décision de commander un dîner ou une paire de chaussures, une semaine ou une année plus tard ». Du fait de cette incertitude, l'épargne est un gaspillage de ressources présentes qui ne peut qu'accentuer les déséquilibres futurs tandis que la consommation présente est un gage de consommation future. La consommation des ménages constitue pour lui la composante stable, prévisible et largement dominante du revenu national. L'épargne n'est donc pas un préalable nécessaire à l'investissement. Les comportements d'épargne et d'investissement ont des motivations différentes. Le premier est une fonction stable du revenu tandis que le second est très volatile et dépend des anticipations du taux de l'intérêt.

Dans le modèle de croissance d'HARROD et DOMAR (1939), l'épargne est à l'origine d'une croissance déséquilibrée avec des fluctuations importantes et cumulatives de l'activité.

Pour Alvin H. HANSEN, l'épargne provoque la stagnation.

Parallèlement à ces analyses, d'autres auteurs ont accordé une place importante à l'épargne. D'Adam SMITH8(*) (1723 -1790) à David RICARDO9(*) (1772-1823) en passant par John STUART MILL10(*) (1806 -1873), ils pensent que l'épargne est la principale source de croissance et d'accumulation du capital. La consommation utilise les ressources dans le présent et l'épargne accroît le potentiel de croissance de demain.

Les tenants de la croissance endogène (ROMER, 1986) et (LUCAS, 1986) pensent qu'une augmentation du taux de l'épargne augmente pour toujours le taux de croissance de l'économie. D'autres néoclassiques (SOLOW, 1956) ont mis en exergue une corrélation positive entre la croissance et l'épargne. Des auteurs comme D. W. ADAMS11(*) (1985) montrent que l'épargne financière a une importance capitale pour le développement parce qu'elle :

- améliore l'affectation des ressources;

- induit une répartition plus équitable des revenus;

- renforce la vitalité du marché financier en favorisant l'intégration des circuits financiers et économiques;

- réduit l'inflation;

- accroît le degré de liberté économique.

Après l'analyse du rôle de l'épargne, il est nécessaire de préciser la raison pour laquelle notre étude se réduit à l'épargne des ménages.

P. WACHTEL12(*) (1985) attire l'attention sur le fait que le financement public (épargne budgétaire) soustrait les décisions d'investissement et de financement de la discipline concurrentielle du marché pouvant aller jusqu'à la mauvaise allocation des ressources.

Sur un autre plan, la possibilité de s'endetter pour financer l'accumulation permet de relâcher transitoirement la contrainte sur l'épargne. L'endettement revient simplement à déplacer dans le temps cette contrainte.

- Il expose aux contraintes aléatoires des marchés internationaux de capitaux, (inflation importée, spéculation sur les taux de change, fluctuation des taux d'intérêt).

- Il favorise les éventuels effets d'éviction de l'épargne nationale par l'épargne étrangère. En plus d'avoir un effet négatif sur la balance des paiements et de ne pas être adapté aux indispensables financements à court terme, il accroît la dépendance financière.

L'analyse de la structure des agrégats et des ratios d'endettement au Cameroun montre qu'une partie importante de la richesse nationale est absorbée par le service de la dette. Au regard du poids de l'encours de la dette totale dans le PIB, il est quasi certain qu'à terme, le développement pourrait même être compromis (cf. Evolution des agrégats et ratios d'endettement au Cameroun de 1992 à 2001 en Annexe II)

J.P. BENOIT13(*) remet en cause l'efficacité de la dette dans la mesure où la plupart des décisions des pays donateurs concernant l'affectation de leur aide extérieure sont fondées sur des liens politiques, économiques et culturels (une ancienne puissance coloniale veut maintenir des relations privilégiées avec les anciennes colonies), des affinités religieuses, des considérations stratégiques et géopolitiques (l'aide est considérée comme un outil pour l'accomplissement d'objectifs de politique étrangère du donateur) plutôt que sur des critères purement financiers.

Même si les entreprises réalisent une épargne qui est à l'origine de l'autofinancement, des placements ou des prises de participations, il n'en demeure pas moins qu'elles restent structurellement des emprunteurs nets. Dans la plupart des cas, les ménages possèdent encore des droits de propriété (actions) ou de créances (obligations) sur ces entreprises.

Il reste enfin les ménages qui structurellement sont des épargnants nets. Ce sont des agents à capacité de financement dont le fonction économique principale est la consommation et accessoirement la production quand elle est organisée dans le cadre d'une entreprise individuelle. Numériquement, ils sont plus importants. D'après ECAM II, (Enquête Camerounaise Auprès des Ménages) réalisée en 2001, le nombre de ménages est évalué à 2 865 265 pour une population active et totale respectivement estimée à 6 121 000 et à 15 472 558.

Les objectifs assignés à notre étude sont de :

- déterminer les facteurs qui influencent le comportement d'épargne des ménages;

- cerner la pertinence des variables de politiques économiques par rapport à l'épargne des ménages.

La détermination des facteurs qui influencent le comportement d'épargne des ménages va permettre dans le cadre d'une politique nationale de mobilisation de l'épargne des ménages de repérer les variables significatives sur lesquelles les autorités peuvent agir pour :

- identifier les préférences des ménages en services financiers;

- augmenter le taux et le volume de l'épargne des ménages;

- modifier la structure en augmentant la part de l'épargne financière;

- maîtriser la répartition régionale de l'épargne;

- concevoir et appliquer des techniques adéquates de collecte de l'épargne des ménages;

- attirer l'épargne informelle vers le secteur financier formel.

Aussi, allons-nous déterminer le rôle du secteur informel et leur importance dans la mobilisation de l'épargne et proposer des politiques qui seront utiles pour la mobilisation et la promotion de l'épargne des ménages au Cameroun.

De la revue de la littérature, nous testerons la significativité des variables influençant le comportement d'épargne des ménages en utilisant des tests et estimations économétriques. Nous utiliserons la technique de co-intégration pour identifier clairement la relation véritable entre les variables en cherchant l'existence d'un vecteur de co-intégration et en éliminant son effet le cas échéant. En d'autres termes, nous estimerons d'abord les relations d'équilibre à long terme entre l'épargne des ménages et ses variables explicatives, pour ensuite procéder à l'estimation du modèle à correction d'erreur du comportement à court terme des variables. Le respect de cette procédure attestera, non seulement la fiabilité de l'interprétation des résultats obtenus, mais aussi la fiabilité des prévisions et des recommandations de politiques pour une meilleure promotion de l'épargne des ménages au Cameroun. Le modèle sera estimé par la méthode des MCO avec le logiciel E-Views 4.0. La période d'estimation va de 1970 à 2000.

Les données secondaires utilisées sont obtenues pour certains, à partir CD-ROM 2002 World Development indicators de la Banque Mondiale et pour d'autres auprès de l'institut National de la Statistique.

Pour ce qui est du plan, l'étude est subdivisée en deux parties et en quatre chapitres. Trois chapitres sont consacrés à la théorie et un chapitre aux tests, interprétations et recommandations.

« Le principe qui nous porte à épargner, c'est le désir d'améliorer notre sort,

désir qui est en général calme et sans passion, mais qui naît

avec nous et ne nous quitte qu'au tombeau »

ADAM SMITH

Première partie : L'analyse économique

Comportement d'epargne des ménages

L'analyse des variables économiques affectant le niveau de l'épargne des ménages va porter sur trois étapes :

- La production. Il s'agit d'étudier les mécanismes qui président à la naissance ou à la formation de l'épargne. A l'origine, il y a le niveau de la consommation. Selon les approches, on parlera de revenu absolu (KEYNES), de revenu relatif (DUESENBERRY), de revenu permanent (FRIEDMAN) ou de patrimoine accumulé sur le cycle de vie (MODIGLIANI). Les différences tiennent sur la nature du revenu (courant ou patrimonial), sur la période d'étude (court terme, long terme), sur l'indépendance ou non de la consommation d'un ménage de celle des autres ménages, sur la prise en compte de l'influence du passé ou des anticipations.

- Le placement. Il renvoie aux variables affectant la rémunération nette et la productivité de l'épargne. Le taux de l'intérêt nominal et réel et la fiscalité agissent sur le rendement du placement. L'inflation a la spécificité d'agir également sur le pouvoir d'achat du revenu.

- Les motivations à l'épargne. Le crédit reste la seule motivation quantitative de l'épargne. Il influence la propension à épargner et le volume de l'épargne des ménages.

Nous allons dans un premier temps aborder les variables influençant la production de l'épargne (chapitre 1) pour ensuite analyser celles qui agissent sur le placement et la motivation à l'épargne (chapitre 2).

CHAPITRE I : L'INFLUENCE du revenu

et DU patrimoine

Les Keynésiens et les classiques ont des approches méthodologiques et conceptuelles différentes dans leur démarche de formulation de la fonction de consommation et d'épargne.

- Chez les Keynésiens, la variable explicative de l'épargne est le revenu courant, qu'il soit absolu ou relatif alors que les néoclassiques lui préfèrent le patrimoine entendu au sens de la richesse.

- Les Keynésiens déduisent le comportement d'épargne à partir des données macroéconomiques pendant que les néoclassiques partent de l'analyse microéconomiques des fonctions individuelles de consommation des ménages à l'agrégation macroéconomique.

La propension à épargner est également influencée par des variables comme la taille du ménage. L'étude de LEFF14(*) (1969) montre sur la base des données d'observation que la taille de la famille a un effet significatif du point de vue statistique sur le taux d'épargne. IQBAL15(*) (1986) suppose qu'une famille nombreuse indique une large dépendance sur le chef de famille. Cette situation affecterait négativement le taux d'épargne des ménages et par conséquent, l'utilisation du revenu.

I- L'approche Keynésienne

Elle va se développer dans deux directions :

- le revenu courant de Keynes établit en fonction de la loi psychologique fondamentale un parallélisme entre les fluctuations du revenu et celles de la fonction de consommation;

- le revenu relatif et l'effet de mémoire. DUESENBERRY va plutôt mettre en exergue le phénomène de l'égalisation inter temporelle des utilités et l'idée d'interdépendance des consommations fondée sur l'effet de démonstration ou d'imitation. Pour BROWN, le passé n'intervient plus de façon discontinue par le biais du plus haut revenu jamais atteint, mais de façon continue par la consommation de la période précédente

1- LA THEORIE DU REVENU ABSOLU

L'analyse de Keynes repose sur quatre idées.

- La consommation est principalement fonction du revenu réel beaucoup plus que le revenu nominal.

- La propension marginale à consommer (part d'un éventuel supplément du revenu qui sera affecté à la consommation) est positive et inférieure à un en vertu de la loi psychologique fondamentale16(*)qu'il énonce ainsi : «en moyenne et pour la plupart de temps, les hommes tendent à accroître leur consommation à mesure que les revenus croissent mais non d'une quantité aussi grande que l'accroissement des revenus». Ainsi une hausse (resp. baisse) du revenu entraîne un accroissement (resp. baisse) plus marquée de l'épargne.

- La propension moyenne à consommer (fraction du revenu dépensé qui est égale au rapport de la consommation totale au revenu) est inférieure à la propension marginale à consommer.

- La fonction de consommation est stable à court terme.

Pour démontrer cette stabilité, Keynes part d'une fonction de consommation de la forme :

Cs = (rs) (1.1)

rs et Cs représentent respectivement le revenu et la consommation mesurée en unités de salaires.

Il distingue six facteurs susceptibles d'agir sur la fonction   : l'unité de salaire, l'écart entre le revenu et le revenu net, le rapport entre les revenus futurs et présents, les valeurs en capital n'entrant pas en ligne de compte dans le calcul du revenu net, le taux d'intérêt et la politique fiscale.

Il constate que la variation des trois premiers facteurs joue un rôle négligeable et que celle imprévisible des valeurs en capital joue un rôle important sur la fonction   et qu'enfin les deux derniers facteurs peuvent jouer un rôle important à condition que leurs variations soient très profondes.

Ainsi, en se plaçant dans une période où la politique fiscale ne présente pas de changements importants, où les fluctuations du taux d'intérêts ne prennent pas une ampleur exceptionnelle et où les variations en capital qui en résultent sont limitées, la fonction   peut être considérée comme stable.

C = Y

Figure n°2 C = C0 + cY

La Fonction Keynésienne Epargne

du Revenu courant

C1 E

C2

C0

Désépargne

45°

Y2 Y1

Il se dégage les caractéristiques suivantes :

- Même si le revenu (Y) est nul, il existe un montant positif de consommation Co appelé consommation incompressible. Cette consommation autonome n'est pas fonction de revenu;

- lorsque la PMC 1 i.e. (C2 > Y2), l'épargne dans ce cas est négative. Toute valeur du revenu comprise entre 0 et Y1 correspond à la zone de désépargne;

- lorsque la PMC = 1 i.e. (C1 = Y1) au point E, l'épargne est nulle;

- lorsque la PMC < 1 (pour toute valeur de revenu supérieur à Y1), l'épargne est positive et cela veut dire que plus le revenu croit, plus la PMC diminue.

Des travaux empiriques de vérification de la théorie Keynésienne par l'étude de séries temporelles ont été effectuées.

L'étude de séries temporelles porte à la fois sur des observations de court terme et des observations de long terme.

* L'étude des observations de court terme examine les valeurs annuelles ou trimestrielles prises par la consommation réelle et le revenu réel disponible des ménages au cours d'une dizaine ou d'une vingtaine d'année. Il en résulte que la consommation des ménages peut être représentée par une fonction linéaire de la forme :

Ct = aYt + b (1.2)

Ct,, Yt,, a et b représentent respectivement la consommation réelle, le revenu réel des ménages et les paramètres de la droite d'ajustement.

Ces études ont donc permis de vérifier à court terme les hypothèses de l'analyse Keynésienne.

* L'étude des observations à long terme (sur un horizon correspondant à la durée de vie d'un consommateur) de l'évolution de la consommation et du revenu disponible réels des ménages, réalisée aux Etats-Unis par S. KUZNETS17(*) (1946) et GOLDSMITH18(*)(1956) montre essentiellement deux choses :

- La Pmc est approximativement constante et inférieure à un.

- La PMC est approximativement égale à la Pmc. Ce qui infirme donc l'hypothèse de Keynes selon laquelle la Pmc aura tendance à décroître au fur et à mesure que le revenu s`accroît.

Les autres hypothèses de Keynes ont été vérifiées. Ces études ont mis en évidence une fonction de consommation de type :

Ct = cYt (1.3)

2- LA THEORIE DU REVENU RELATIF ET DE L'EFFET DE MEMOIRE

Nous présenterons successivement la théorie du revenu relatif développé par

J. DUESENBERRY19(*) (1949) et celle de l'effet de mémoire de BROWN20(*) (1982) qui se constitue comme prolongement de la première.

Les hypothèses de la théorie du revenu relatif se partagent entre deux vérifications, l'une orientée vers les caractéristiques en coupes transversales de la population des consommateurs et l'autre orientée vers les séries chronologiques.

L'interprétation des observations de courtes périodes montre l'absence de parallélisme entre les fluctuations du revenu et celles de la consommation.

La fonction de consommation observée est de type Ct = aYt. + b

DUESENBERRY considère que le taux d'épargne des ménages est variable. Il diminue pendant les phases de récession et augmente pendant les phases d'expansion.

Il formule cette idée en posant :

  =   a - b (1.4)

St est la variable dépendante qui représente l'épargne des ménages au cours de la période t. a et  b sont des constantes positives.

Yt et YM sont respectivement le revenu disponible des ménages au cours de la période t et le revenu disponible le plus élevé atteint dans le passé.

Ainsi, le taux d'épargne est une variable dépendante de la position du revenu relativement au plus haut niveau de revenu atteint dans la passé YM. Il y a alors une visibilité dans le temps des décisions de consommation. Cet effet de cliquet ou effet crémaillère explique qu'en cas de baisse de l'activité économique et des revenus, la baisse de la consommation des ménages est freinée du fait de l'égalisation inter temporelle des utilités. Une fois un certain niveau de vie atteint, ce dernier est mis en mémoire par les ménages et tend, comme par un cliquet, à s'opposer à la baisse de la consommation résultant de la diminution du revenu.

Figure n°3 : La fonction de consommation de DUESENBERRY

Yt YxM Yt

C A

S

C

S S

Récession Reprise

Temps

t0 t1 t2

La forme de la fonction de consommation à laquelle conduit la théorie du revenu relatif se présente comme suit :

Ct = ( 1+b) Yt - avec Yt = YM (1.5)

En période de récession, le revenu disponible réel régresse mais la consommation diminue moins fortement, les ménages maintiennent leur niveau de consommation en réduisant leur épargne S. La fonction de consommation devient :

Ct = ( 1 + b - 2a) Yt (1.6)

A la reprise et pendant l'expansion, la consommation s'élève mais plus lentement que le revenu, car l'accroissement de celui-ci permet aux ménages de reconstituer leur épargne. La fonction de consommation devient :

Ct = [ 1 + b - a ( 1 + ) ]Yt (1.7)

est assimilé au taux de croissance de l'économie

La consommation redevient proportionnelle au revenu lorsque ce dernier retrouve le niveau le plus élevé atteint dans le passé A.

L'interprétation des observations en coupes instantanées de la théorie du revenu relatif débouche sur l'abandon de l'un des postulats de la théorie classique de la consommation, à savoir l'indépendance de la consommation d'un agent de celle des autres agentsDUESENBERRY va développer l'idée d'interdépendance des consommations fondée sur l'effet de démonstration ou d'imitation. Les agents du groupe i auront une propension à consommer plus forte que celle des agents du groupe supérieur à i parce qu'ils chercheront à imiter la consommation de ceux ayant un niveau de vie supérieur. Ceci explique pourquoi la croissance du revenu au cours du temps n'entraîne pas la diminution  de la propension à consommer. En somme, les individus sont plus sensibles à leur consommation relative et comparent régulièrement leur dépense à celle des autres consommateurs. Ainsi, pour un même niveau de revenu, une famille appartenant à la population noire aux Etats-Unis aura une PMC plus faible que celle d'une famille appartenant à la population blanche. L'explication que propose DUESENBERRY est qu'à revenu égal, la famille noire sera, à l'intérieur du groupe social formé par la population noire relativement plus riche que la famille blanche à l'intérieur du groupe social formé par la population blanche.

La théorie du revenu relatif permet ainsi d'expliquer que la croissance du revenu des ménages au cours du temps n'entraîne pas de diminution de la PMC bien que, en coupes instantanées, l'élévation du revenu s'accompagne d'une baisse de celle-ci.

Les développements de DUESENBERRY appellent les remarques suivantes :

- S'il a raison de mettre l'accent sur les phénomènes de longues périodes, il convient en revanche de remarquer qu'il n'explique pas vraiment pour quelle raison les PMC globales des différents groupes sociaux demeurent constantes en longue période.

- La conception qu'il se fait de la mémorisation est critiquable dans la mesure où celle-ci fait abstraction du temps. Ainsi, le revenu maximum Ym agira sur la relation entre la consommation et le revenu durant toute la période comprise entre to et t2 quelle que soit la longueur de cette période. On peut valablement penser que l'influence de Ym diminuera au fur et à mesure qu'on s'éloigne de to et en particulier, qu'elle sera plus faible que la période de récession sera longue.

- On peut aussi reprocher le fait que DUESENBERRY ait traité d'une façon symétrique la phase de dépression et la phase de reprise qui présentent la même liaison entre la consommation et le revenu. Or, il est probable que cette liaison ne soit pas la même au cours de ces phases.

Quant à l'analyse de BROWN, elle part de l'observation des différences existant entre la consommation observée et la consommation expliquée par une équation de type

Ct = aYt + b.

L'observation des ces différences appelées résidus montre qu'ils sont fortement corrélés entre eux. Ces résidus sont négatifs en période d'expansion et positifs en période de récession. Ce résultat met en évidence un retard de la consommation sur le revenu. BROWN est alors conduit à préciser la manière dont les événements passés agissent concurremment avec le revenu sur la consommation de la période courante. Pour résoudre ce problème, il cherche à savoir, d'une part s'il faut choisir le revenu ou la consommation comme variable expliquant l'action du passé sur la consommation de la période courante ou si d'autre part, cette variable agit de façon continue ou discontinue sur la consommation de la période courante.

Pour répondre à ces préoccupations, il teste quatre types de fonction de consommation.

- Ct = aYt + bYt -1 + c (action continue sur le revenu) (1.8)

Yt -1, est le revenu de la période précédant la période courante.

- Ct = aYt + b YM,t + c (action discontinue sur le revenu) (1.9)

YM,t est le plus haut revenu atteint au cours de la période t ou des périodes qui précèdent.

- Ct = aYt + b Ct -1 + c (action continue sur la consommation) (1.10)

Ct -1, est la consommation de la période précédant la période courante.

- Ct = aYt + b C M,t + c (action discontinue sur la consommation) (1.11)

C M,t est la consommation la plus élevée atteinte au cours de la période t ou des périodes qui la précèdent.

Les résultats statistiques le conduisent alors à conclure que la meilleure fonction de consommation est de la forme (1.10) :

Ct = aYt + b Ct -1 + c

Tout comme DUESENBERRY, BROWN reconnaît l'influence du passé dans la détermination de la consommation. Toutefois, au lieu de choisir le revenu, il adopte la consommation comme une variable représentant l'action du passé. De même, le passé n'intervient plus de façon discontinue par le biais du plus haut revenu jamais atteint, mais de façon continue par la consommation de la période antérieure. Les travaux empiriques confirment que la PMC de courte période est inférieure à celle de longue période. Pour BROWN, ce résultat est la conséquence de l'effet de mémoire. C'est ce que  VESPERINI21(*) appelle l'effet d'hystérésis. Selon cet effet, la consommation d'une période dépend non seulement de la variation du revenu au cours de la période courante, mais aussi des variations de revenus intervenues au cours des périodes précédentes.

La fonction de consommation de longue période est représentée par :

Ct = Yt + (1.12)

En différenciant cette fonction, on obtient la Pmc de longue période qui est égale à :

> a

On retrouve une Pmc de longue période supérieure à celle de courte période.

À une augmentation (resp. diminution) donnée du revenu correspondra une augmentation (resp. diminution) de la consommation plus grande en longue période qu'en courte période parce que, le poids des habitudes de consommation passées qui vient limiter en courte période l'action de l'augmentation (resp. diminution), du revenu sur la consommation ne joue plus en longue période.

La fonction de consommation de BROWN aboutit, comme celle de DUESENBERRY et pour les mêmes raisons, à une augmentation de la PMC durant les phases de récession. Cependant, à la différence de DUESENBERRY, l'augmentation de la PMC tend à s'affaiblir au cours de la phase de récession lorsque le revenu diminue à un rythme plus faible ou se stabilise. Cette différence de formulation traduit un affaiblissement progressif de l'effet de mémoire au fur et à mesure que le temps s'écoule.

En définitive, la théorie de l'effet de mémoire de BROWN suscite quelques remarques :

- La fonction de long terme n'est pas comme chez DUESENBERRY de type proportionnel puisqu'elle comporte une ordonnée à l'origine égale à qui est normalement nulle.

- Si elle supprime la discontinuité qui est un défaut important chez DUESENBERRY, elle présente en revanche l'inconvénient de faire disparaître, en rétablissant la continuité, l'asymétrie de la description des phases d'expansion et de récession.

- La formulation de l'effet de mémoire apparaît malgré tout comme excessivement rigide.

II - L'APPROCHE NEOCLASSIQUE

L'analyse de l'épargne sous l'angle du patrimoine est celle de la théorie néoclassique. Dans cette optique, l'épargne s'apparente au patrimoine et se répartit entre les différents types d'actifs. Ainsi, le patrimoine d'un agent économique est l'ensemble de ses actifs susceptibles d'évaluation monétaire et constituant une source de revenu. Les ménages peuvent accumuler les actifs réels, les actifs financiers et les actifs monétaires.

Les actifs réels sont des «biens et actifs durables qui servent non seulement à la consommation de la période présente, mais également à celle des périodes futures. Au moment de leur mise en service, il n'y a donc pas consommation -destruction, mais accumulation -enrichissement22(*) ». Ces actifs générateurs de flux durables de service et de bien-être ont une capacité de réserve de valeur.

Les actifs monétaires (monnaie active ou circulante et monnaie oisive) sont définis par leur fonction de moyen de paiement et d'intermédiaire des échanges.

Les actifs financiers sont composés des placements à terme et des produits d'assurance-vie.

Dans cette approche néoclassique, nous allons examiner successivement la théorie du revenu permanent et la théorie du cycle de vie.

1- LA THEORIE DU REVENU PERMANENT

L'idée de départ de cette théorie est que la consommation d'une période donnée ne peut pas être entièrement déterminée par le revenu de cette période. Il dépend plus généralement du revenu de cette période et des revenus anticipés des périodes futures.

FRIEDMAN23(*) (1957) va s'inspirer des travaux de FISHER24(*), TINTNER25(*), HICKS26(*) et BOULDING27(*) qui ont tous étudié le mode de répartition inter temporelle de la consommation dans le cas simple de deux périodes.

Ses hypothèses sont les suivantes :

- Le revenu observé Y de chaque période se compose d'un revenu transitoire YT essentiellement aléatoire (gains de jeux, primes, bonus, ...) et du revenu permanent YP, (revenu anticipé provenant à la fois du travail et de la richesse qu'ils ont accumulée). Celui-ci est également la somme qu'un consommateur peut consommer en maintenant constante la valeur de son capital, l'agent ayant la possibilité d'emprunter ou de prêter sur un marché financier parfait afin de mieux repartir sa consommation dans le temps. Il est obtenu par approximation de la moyenne pondérée des revenus observés de la période courante et des périodes passées. La consommation observée C est obtenue de la même façon que le revenu observé Y. Elle est la somme de la consommation permanente CP et de la consommation transitoire CT.

On a alors :

Y = YP + YT (1.13)

et C = CP + CT (1.14)

D'après les analyses de FRIEDMAN, il n'existe pas de corrélation entre le revenu permanent et le revenu transitoire, ni entre la consommation permanente et la consommation transitoire, ni encore entre le revenu transitoire et la consommation transitoire.

- L'élément permanent du revenu consiste, non dans des gains escomptés en une vie, mais dans le revenu moyen obtenu à tout âge et jugé permanent par la famille. Pour FRIEDMAN, les individus peuvent prévoir avec un degré de certitude raisonnable, l'ensemble de ces flux pendant leur existence et fonder leur consommation sur ce qui est à leurs yeux, le revenu normal ou permanent, qui tend à la stabilité sur une longue période.

L'expression fondamentale de la fonction de consommation établie au niveau microéconomique se présente sous la forme :

CP = k (r,w,u) YP (1.15)

r, K et w représentent respectivement le taux de l'intérêt, le coefficient de proportionnalité existant entre CP et Yp, et le rapport du capital non humain au revenu permanent.

u recouvre les préférences des agents dans le choix consommation - accumulation d'actifs (nombre de personnes appartenant à l'unité de consommation considérée , âge, caractéristiques sociologiques, importance des facteurs transitoires affectant le revenu et la consommation).

YP est le revenu permanent global.

Pour parvenir à une fonction macroéconomique, FRIEDMAN suppose comme condition d'agrégation que la distribution des unités de consommation par revenu est indépendante de leur distribution selon le taux de l'intérêt, le ratio du capital non humain au revenu permanent et selon leurs préférences relatives au choix consommation - accumulation d'actifs. Cette hypothèse n'est évidemment pas vérifiée dans les faits puisque la répartition des unités de consommation par revenu est liée à leur répartition selon les valeurs des variables r, w et u.

En adoptant cette hypothèse, on retrouve une fonction macroéconomique sous la forme (1.3) CP = k YP

Une façon de modéliser le rôle joué par les anticipations consiste à utiliser des formules à retards échelonnés portant sur les revenus passés pour estimer la situation du revenu courant de quelqu'un par rapport au passé. Supposons que, l'équation suivante représente l'hypothèse du revenu permanent.

Ct = k (i, w, u, ) W (L)Yt . (1.16)

W (L) représente le système de pondération arbitraire du revenu réel Yt

L est un opérateur de retard, LYt = Yt-1, L2 Yt = Yt-2 ,...,  Ln Yt =  Yt-n

Le système de pondération utilisée est celui de KOYCK.

Dans ce cas, on a :

W (L) = (1.17)

Pour simplifier, on va supposer que k (i, w, u, ) = k

On obtiendra la fonction de consommation correspondant à l'hypothèse du revenu permanent

Ct = k Yt (1.18)

On en tire l'équation d'estimation

Ct = Ct-1 + k(1-)Yt + t (1.19)

t est un terme représentatif des erreurs.

L'hypothèse spécifique de pondération de KOYCK est représentée par le paramètre , paramètre qui est aussi justifié par la vision «permanente»  selon laquelle les calculs du revenu attendu reposent sur des moyennes de revenus passés.

La démarche par laquelle Friedman s'attaque au problème de la pondération des observations passées consiste à formuler le revenu permanent sous la forme :

Yp(t) = Yo [Y(T) - Y0] dT (1.20)

t représente le présent , T, les observations passées du revenu

est le taux de croissance tendanciel, est le paramètre de pondération.

Après quelques manipulations qui impliquent l'évaluation de l'intégrale à t = T, FRIEDMAN aboutit à l'équation suivante en terme des données observables

Ct = k Y(T)dT avec Yt = Y(T)Dt (1.21)

En terme discret, on obtient :

YPt = k (1.22)

Ici, la variable indépendante est une moyenne pondérée des valeurs passées du revenu. Cette version contient trois paramètres (k, ). Friedman propose un calcul à part de la tendance. et k peuvent alors être déterminés dans la régression qui lie la consommation au revenu.

La théorie du revenu permanent permet de rendre compte du fait que la fonction de consommation observée en longue période est linéaire alors que celle observée en courte période est affine dans la mesure où il existe un revenu transitoire. En moyenne, les personnes riches ont un revenu transitoire positif, ce qui fait que leur Pmc est faible alors qu'à l'inverse une personne pauvre dont le revenu transitoire est négatif aura une plus forte Pmc.

La PMC de longue période est supérieure à la PMC de courte période. Dans le cas où les individus préfèrent un flux stable de consommation sur une longue période, la consommation de chaque période (consommation courante) est fonction du revenu permanent, la PMC et le taux d'épargne étant constants.

C = Yp

C

Figure4

La fonction de consommation de FRIEDMAN

45°

Y

Dans la variante la plus restrictive, la consommation tend à représenter une proportion constante du revenu permanent, proche de 100% de celui-ci. Dès lors, toute épargne accumulée proviendra principalement du revenu transitoire. Ainsi, une Pmc extrêmement forte sur le revenu transitoire pourrait être le résultat de l'imperfection des marchés financiers; DOLDE28(*) (1978) et T. RUSSEL29(*) (1974).

KREINEN (1961) et LANDSBERGER30(*) (1970) sur des données israéliennes, ont débouché sur une confirmation très forte de la théorie de Friedman.

Allant en sens contraire, L.R. KLEIN et LIVIATAN31(*) (1957) ont obtenu une Pmc supérieure à un pour une catégorie de revenu considérée comme transitoire. Mais, des démarches similaires de REID (1962)32(*) et plus récemment celle de I.A.SHAPIRO33(*) (1976) vont dans le sens suggéré par FRIEDMAN.

Ainsi et au regard de nombreuses études de vérifications empiriques infirmant et confirmant les résultats obtenus par FRIEDMAN, la théorie du revenu permanent présente deux intérêts majeurs.

- Le premier est d'avoir quitté la sphère macroéconomique pour rechercher au niveau microéconomique les fondements du comportement de consommation des agents.

- Le second est d'avoir montré que les variables permettant de décrire le comportement des agents ne sont pas objectives i.e. mesurables statistiquement mais au contraire, elles sont subjectives i.e. qu'elles dépendent de la façon dont les agents les perçoivent. Il appartient alors à la théorie économique d'analyser et de les relier aux variables objectives.

Par ailleurs, cette théorie présente quelques limites.

- L'analyse microéconomique du comportement de consommation des agents s'appuie sur les concepts de la théorie marginaliste et constitue une description tout aussi sommaire. La distribution des unités de consommation par revenu est indépendante de leur distribution selon le taux de l'intérêt r, le ratio du capital non humain au revenu permanent w et les préférences relatives au choix consommation - accumulation d'actifs u.

- Le passage du niveau microéconomique est soumis à des hypothèses qui apparaissent éloignées de la réalité tel qu'il est difficile d'admettre que la fonction de consommation finalement obtenue résulte bien du comportement microéconomique des agents.

- Sa formulation est beaucoup trop rigide pour pouvoir décrire dans toute sa diversité le comportement de consommation des agents tel qu'il est observé dans la réalité.

- La justification de la stabilité à long terme du rapport consommation au revenu n'est pas suffisamment convaincante.

- Enfin, la théorie du revenu permanent obtenu en introduisant l'hypothèse des anticipations adaptatives (modèle de CAGAN34(*), 1956) a été remise en cause par les critiques de LUCAS (1976) et les hypothèses des anticipations rationnelles35(*). HALL36(*) (1978) a alors pensé une version rationalisée du revenu permanent qui tient compte explicitement de l'incertain. Son modèle montre que la meilleure prévision de la consommation future est la consommation présente. Ainsi, la consommation future est très dépendante de l'aléa que constitue l'innovation du revenu permanent. Cet aléa constitue la principale source de variabilité de la consommation au cours du temps. En effet, le modèle implique le lissage de la consommation de l'agent d'une période à l'autre tout au long du cycle de vie.

2- LA THEORIE DU CYCLE DE VIE

Les fondements théoriques de l'action du patrimoine sur la consommation et l'introduction de cette variable dans la fonction de consommation résultent des travaux effectués par BRUMBERG, MODIGLIANI et ANDO37(*) à la suite des réflexions développées par HARROD38(*).

Leurs travaux sont basés sur les hypothèses suivantes :

- Les ménages consomment et épargnent en fonction de leur cycle de vie. Ils empruntent où s'endettent pour financer leurs études lorsqu'ils sont jeunes, ils consomment moins qu'ils ne gagnent pendant la période active; ce qui leur permet de rembourser le prêt étudiant et de constituer une épargne pour financer la retraite. Une fois à la retraite, ils puisent dans leur épargne pour vivre i.e. qu'ils désépargnent. L'épargne permet à l'individu de reporter une partie de sa consommation vers les périodes (retraites) où les revenus escomptés sont plus faibles que le revenu moyen sur la durée de vie normale.

- Si l'on raisonne sur la durée de vie de l'individu et en supposant que celui-ci d'une part, connaît avec certitude la date de sa retraite et son décès et d'autre part qu'il ne se préoccupe pas de ses héritiers, les propensions moyennes et marginales à consommer les revenus sur la durée de vie sont égales entre elles et égales à l'unité pour tous les ménages.

- Le ménage désire maximiser une fonction dépendant de sa consommation présente et de ses consommations futures sous la contrainte d'un certain montant de ressources.

- Le taux d'actualisation choisi par le ménage est le même pour chaque période.

- La fonction d'utilité est homogène par rapport aux consommations des différentes périodes. Autrement dit, la richesse inter temporelle des consommations de l'agent est indépendante du niveau de sa richesse, de telle sorte que, si sa richesse double, la consommation de chacune des périodes doublera également.

- Dans le modèle de l'HCV, la consommation dépend du revenu courant Yt, du revenu anticipé Yta, des actifs initiaux at -1 et de l'âge de la famille t.

- La fonction de consommation est stable. Il faut pour cela que le revenu courant perçu pendant la vie active excède les besoins de consommation.

- La propension moyenne à épargner, nulle en régime stationnaire, s'accroît avec le taux de croissance de l'économie. De cette relation, on déduit que la propension moyenne à épargner de longue période est constante et égale à la propension marginale.

Figure n°5 : La fonction de consommation dans la théorie d l'HCV

Epargne

Revenu

Consommation

Désépargne

Retraite

Vie active

Décès

Temps

A

S/Y

A = Patrimoine accumulé

Y = Revenu courant

C = Consommation

Y

C

Les déterminants du taux de l'épargne dans l'HCV sont :

- La croissance économique. Le taux d'épargne augmente avec la production et le taux de croissance de la production. Seule une économie en expansion engendre (et nécessite) une épargne globale positive. Entre des pays à comportement individuel identique, le taux d'épargne global sera autant plus élevé qu'est important le taux de croissance à long terme de l'économie.

- La croissance démographique. Une répartition par âge ressortant plus d'actifs que de jeunes et retraités, un allongement de la durée de vie (espérance de vie), une diminution de l'âge de départ à la retraite ont un effet positif sur l'épargne des ménages.

Par ailleurs, MODIGLIANI et BRUMBERG39(*) (1984) soulignaient qu' « un ménage dont le revenu courant augmente de façon inattendue au-dessus du niveau antérieur, auquel le ménage était habitué (...) épargnera une fraction de son revenu plus grande que celle qu'il épargnait avant le changement et aussi plus grande que celle qu'épargnent actuellement les membres permanents de la classe de revenu dans laquelle entre maintenant le ménage».

Nous allons maintenant procéder à l`analyse formelle de l'HCV. Il ressort des études que les ressources des ménages sont constitués par la richesse nette ou actif net dont ils disposent au début de la période courante et des périodes futures durant leurs années d'activité.

Ainsi, le consommateur d'âge t est supposé maximiser à chaque période t sa fonction d'utilité telle que :

Ut = f (1.23)

t, rt, sont respectivement l'âge actuel du chef de famille, le taux d'actualisation et la consommation de la période j,

sous la contrainte.

Nt = aTt-1 + yTt + (1.24)

Avec

aTt-1 = Actif net disponible des agents d'âge T ou richesse accumulée par une famille d'âge t à la fin de la période précédant la période courante.

YTt = Revenu du travail au cours de la période T

Yta,T,T' = Revenu du travail moyen que l'agent d'âge T anticipe de recevoir lorsqu'il aura l'âge T'

N = âge jusqu'au auquel l'agent est supposé travailler.

La consommation est constituée par les achats de biens de consommation non durables et de services augmentés de la valeur locative des biens de consommation durables, qui est égale à la diminution de leur valeur au cours de la période augmentée du coût d'opportunité du capital immobilisé.

En faisant l'hypothèse selon laquelle le taux d'actualisation est égal au taux de rendement de ses actifs, la consommation de la période courante d'un agent d'âge T peut s'écrire :

CTt = f (1.25)

En admettant que l'agent ne laisse ou ne reçoit pas d'héritage, on montre dans ces conditions que la consommation durant la période t d'une personne d'âge T

CTt est proportionnelle au montant de ses ressources.

CTt = (1.26)

facteur de proportionnalité qui dépend de la forme de la fonction d'utilité, du taux de rendement des actifs r t, et de l'âge T de l'agent considéré.

Ressources de l'agent considéré.

La fonction de consommation microéconomique devient

CTt = (1.27)

Pour obtenir une fonction de consommation macroéconomique, il convient de procéder à l'agrégation. Une des conditions suffisantes d'agrégation est que la structure par âge de la population soit constante.

On aura :

C*t = á'1 Y*t + á'2 Ya*t + á'3 a*t+1 (1.28)

Avec C*t = , Y*t =

Chacun des á1, á2, á3 dépend de la durée de vie et de t (l'âge du ménage).

Pour déterminer le revenu anticipé, ANDO et MODIGLIANI adoptent deux formulations :

- La première consiste à admettre que le revenu moyen anticipé est proportionnel au revenu courant, autrement dit que Yta* = ß' Y*t. Dans ces conditions, la fonction de consommation devient en posant :

á1 = á'1 + á'2 ß' á3 = á'3

C*t = á1 Y*t + á3 a*t-1 (1.29)

- La seconde formulation consiste à distinguer le revenu anticipé des personnes disposant d'un emploi du revenu anticipé des chômeurs.

Ils obtiennent :

Yta* = (ß1 - ß2) Y*t + ß2 Y*t. avec ß2 < ß 1 (1.30)

Y*t = le revenu global du travail ; Nt = le nombre de personne disposant d'un emploi, Pt = population active

ß 1 = coefficient de proportionnalité entre le revenu anticipé et le revenu du travail moyen des personnes disposant d'un emploi.

ß2 = coefficient de proportionnalité entre le revenu anticipé et le revenu du travail des chômeurs.

En remplaçant (1.31) dans (1.32), la fonction de consommation obtenue sera de la forme :

C*t = á1 Y*t + á2 Y*t + á3 a*t - 1 . (1.31)

avec á1= á'1 + ( ß 1 - ß2 ). á `2 ; á2 = á `2 ß; á3 = á'3

Des études du budget des ménages effectuées aux Etats Unis par MIRER40(*) (1979) ont montré que les personnes âgées augmentent en réalité leur épargne après leur départ en retraite bien que les faits ne permettent pas de dire clairement s'il s'agit d'un transfert entre générations (effet de génération), ou du résultat d'une baisse de la productivité dans les fonctions individuelles de consommation (effet d'âge), ou encore d'une réaction étonnamment lente face à des gains non anticipés ou enfin d'une réaction face à une incertitude accrue.

Il ressort des études de ATKINSON41(*) (1971) au Royaume Uni et WOLFF42(*) (1981) aux Etats-Unis que l'HCV ne rend pas compte de la répartition observée des niveaux du patrimoine.

Des études faites par RUGGLES (1981) sur les ménages américains et A. BABEAU43(*)(1983) en France laissent apparaître :

- une stabilité assez remarquable du rapport patrimoine - revenu sur la période étudiée;

- l'existence d'un patrimoine non nul au moment du décès imputable dans un premier temps à la prise en compte de l'incertitude quant à la date du décès et dans un second temps au caractère altruiste des ménages qui de plus en plus veulent transmettrent un héritage positif à la génération suivante.

Ainsi, l'importance relative des motifs d'héritage et de retraite dans les déterminants de l'accumulation patrimoniale fait l'objet d'une controverse empirique chez les économistes.

*Pour MODIGLIANI, la durée de la retraite est le déterminant principal du taux de l'épargne.

*Pour KOTLIKOFF44(*) (1979), les transferts intergénérationnels sont l'explication principale de l'épargne.

*D'après KESSLER et MASSON45(*) (1990), on accumule le patrimoine pour deux mobiles :

- L'épargne pour soi qui répond aux propres besoins du ménage.

- L'épargne pour autrui qui met en jeu les relations sociales (volonté de léguer et prestige social).

*FARREL46(*) (1970) pense que l'incidence quantitative de l'épargne de solidarité sur le taux de l'épargne des ménages dépend du taux de l'intérêt et de l'importance (par rapport au revenu) de l'héritage transmis.

Dans la réalité, les dons et legs entre générations sont en fait fréquents, mais il est difficile de dire s'ils sont dus au désir de laisser un héritage ou bien qu'en raison de l'incertitude quant à la date du décès, ils représentent des économies constituées en vue de la retraite ou des économies de précaution qui n'ont pas été dépensées.

Par ailleurs, il faut noter que cette théorie est bien adaptée aux pays où l'éducation est coûteuse et où la retraite n'est pas (ou peu) prise en charge par la collectivité. Cette forme d'épargne forcée et contractuelle n'empêche pas les ménages à vouloir compléter la retraite par mutualisation d'une épargne individuelle ou par capitalisation.

On retient de l'HCV qu'il reste un modèle analytique intéressant et toujours d'actualité. Plusieurs études de vérifications empiriques ont été menées. Elles ont introduit  l'incertitude sur les revenus, sur la durée de vie, sur l'âge de la retraite, les considérations d'héritage, l'inégalité des revenus et sur l'imposition des prestations sociales dans le modèle de base. Le résultat a été modifié sans toutefois changer les résultats essentiels de MODIGLIANI.

Après avoir parcouru le processus de production de l'épargne à travers les différents types de revenus, nous allons aborder au chapitre suivant l'étude des variables qui influencent le placement et l'affectation de l'épargne.

« Enrichissez-vous par le travail et l'épargne »

GUISOT

CHAPITRE 2 : L'INFLUENCE DES instruments

de politique economique.

Deux types d' instruments de politique économique agissent sur l'épargne des ménages :

- Les variables monétaires, constituées du taux d'intérêt et de l'inflation.

- Les variables budgétaires, constituées de la fiscalité et du crédit octroyé aux ménages.

L'influence des taux ou des facilités au niveau international est à prendre en compte dans une stratégie de maintien de l'épargne dans le pays d'origine. Des taux d'intérêts élevés, une fiscalité avantageuse, une inflation maîtrisée dans les pays étrangers peut occasionner la fuite de l'épargne vers ces destinations plus attractives.

Un environnement politique stable encourage l'épargne productive. L'instabilité politique et monétaire nécessite l'inclusion d'une prime de risque dans la rémunération de l'épargne. Quel que soit le taux de rendement offert, les conditions de confiance des ménages résidents par rapport aux institutions locales, la sécurité économique et fiscale de leur placement ainsi que les anticipations concernant le taux de change de la monnaie doivent pouvoir être rassurants. La simple existence d'une stabilité politique et monétaire ne suffit pas. Il est nécessaire de créer une situation dans laquelle cette stabilité est anticipée, car les décisions d'épargne sont fondées sur des risques anticipés sur les variables monétaires ou budgétaires.

I - Les variables monétaires

L'action des taux d'intérêts est à l'origine d'une controverse entre les partisans des taux élevés (classiques et néoclassiques) et des taux faibles (Keynésiens), entre ceux qui lui accordent une importance capitale et ceux qui ne reconnaissent aucun rôle à une politique de l'épargne. La réaction de l'épargne au taux de l'intérêt est difficile à déterminer. L'effet de substitution montre qu'une hausse du taux peut stimuler l'épargne pendant que l'effet de revenu montre qu'une hausse des taux peut au contraire déprimer l'épargne.

L'inflation quant à elle est à l'origine d'abord, de l'effet de fuite devant la monnaie, ensuite du phénomène de reconstitution des encaisses réelles et enfin de l'illusion monétaire.

1- LE TAUX DE L'INTÉRÊT

D'après J.P.V. BENOÎT47(*) (1985), le taux de l'intérêt «est un prix, le prix payé par un emprunteur - un individu ou une institution, une institution financière ou une autre personne juridique - au possesseur du capital emprunté, en monnaie ou en nature, ou à l'épargnant qui a déposé son argent, en rémunération des services rendus par ce propriétaire de capital, ou cet épargnant qui a volontairement et temporairement mis son avoir à la disposition de l'emprunteur».

Le taux de l'intérêt nominal rémunérant les dépôts est celui qui est proposé aux épargnants lors du dépôt. Le taux de l'intérêt réel est le taux nominal adapté pour prendre en compte l'inflation ou plus précisément le taux d'inflation escompté du public.

Dans l'optique où l'épargne est perçue comme renoncement à consommer à court terme, le taux de l'intérêt dans ce contexte est la rémunération de cette privation. Pendant ce renoncement, les prix des biens peuvent augmenter. L'arbitrage entre la consommation et l'épargne va alors dépendre du taux de l'intérêt réel.

Les auteurs classiques et néoclassiques, d'Adam SMITH à Milton FRIEDMAN, pensent que l'épargne est fonctionnellement liée au taux de l'intérêt. Le taux de l'intérêt agit donc de manière directe sur l'épargne. Ainsi, une augmentation (resp. diminution) du taux de l'intérêt doit entraîner, à revenu donné, une augmentation (resp. diminution) de l'épargne et par conséquent, une diminution (resp. augmentation) de la consommation.

Pour I. FISHER48(*) (1926), le taux de l'intérêt réel doit ajuster l'épargne à l'investissement désiré. Il ne s'agit pas de l'équilibre du marché des biens d'investissement pour lequel le prix des biens de capital nouveaux joue le rôle de régulateur, mais d'un équilibre financier entre les fonds requis par l'investissement et ceux épargnés par les ménages. L'offre de fonds met en balance le taux réel (le rendement) et le taux d'escompte psychologique (le sacrifice). La demande résulte de la confrontation de la productivité marginale du capital et de l'intérêt réel (le coût du capital). A l'équilibre, toutes ces grandeurs sont égales et le taux de l'intérêt réel représente à la fois la préférence pour le présent, le coût d'opportunité des fonds et la productivité du capital.

Schéma classique

Demande d'investissement

Offre d'épargne

Taux de l'intérêt

Pour KEYNES49(*) (1936), l'intérêt n'a pas d'importance et il n'est pas pris en compte dans les décisions de ceux qui veulent se constituer un pécule au moyen de l'épargne. L'intérêt est une grandeur purement financière. Il conteste l'idée selon laquelle le taux de l'intérêt soit une variable qui ajuste l'offre d'épargne et la demande des capitaux par les investisseurs. Il relie la notion de taux de l'intérêt à celle de préférence pour la liquidité. Le taux de l'intérêt est le prix qui équilibre le désir de détenir la richesse sous forme de monnaie et la quantité de monnaie disponible. De ce fait, si le taux de l'intérêt est moins élevé, le montant global de la monnaie que le public désire conserver est supérieure à la quantité offerte. Si au contraire, le taux est majoré, il y a un excédent que personne ne voudra conserver. KEYNES pense alors que le taux de l'épargne n'est pas déterminé par le taux de l'intérêt mais par le revenu courant.

Schéma Keynésien

Offre de monnaie

Taux de l'intérêt

Demande de monnaie préférence pour la liquidité

Le taux d'intérêt agit indirectement sur l'épargne de plusieurs manières :

- Une élévation du taux de l'intérêt a pour effet d'augmenter le coût du crédit à la consommation et à l'investissement, de diminuer le volume du crédit à la consommation et à l'investissement et par conséquent, la consommation et le revenu.

- Une augmentation du taux de l'intérêt provoque une diminution de la valeur du patrimoine financier des ménages, qui entraîn