République du Cameroun
Republic of Cameroon
Paix - Travail - Patrie
Peace - Work -
Fatherland
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Université de Douala
University of Douala ---
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Faculté des Sciences Economiques et de
Gestion Appliquée Faculty of Economics and Applied
Management
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Département de Finance et
Comptabilité Finance and Account
Department

LES DETERMINANTS DE L'EPARGNE
DES MENAGES AU CAMEROUN
Mémoire de fin d'étude en vue de
l'obtention d'un
Diplôme d'Etude Supérieure
Spécialisée (DESS) en
Gestion Financière et
Bancaire
Présenté
par : Pierre Alain YOUMBI
Maîtrise
en Sciences Economiques
Sous la
direction du
Pr. Georges KOBOU
Agrégé en Sciences Economiques
Vice Doyen, chargé de la scolarité
Année Académique 2001 - 2002
2ème
Promotion
DEDICACE
A
Mon fils
Brice Bryan YOUMBI
A 4 mois seulement, tu étais
déjà un champion et un brave. A ta manière, tu as
significativement contribué à la qualité de ce
travail.
et à
Mon épouse
Idalie YOUMBI
J'ai trouvé auprès de toi un soutien sans
complaisance, une motivation sans prix et des encouragements
sincères.
Trouvez tous les deux à travers ces lignes
l'expression de ma reconnaissance infinie.
REMERCEMENTS
Loin d'être un une simple formalité
académique, nous avons l'obligation intellectuelle de nous acquitter
d'un devoir du coeur en exprimant notre reconnaissance et notre gratitude
à tous ceux qui de près ou de loin, de manière directe ou
indirecte, ont contribué à la réalisation de ce
travail.
Nous remercions infiniment le Seigneur DIEU Tout
Puissant pour les nombreuses grâces et inspirations
reçues gratuitement.
Nous remercions très solennellement le
Professeur Georges KOBOU, Directeur de mémoire,
auprès de qui nous avons trouvé, disponibilité
malgré ses contraignantes et diverses occupations, rigueur, ouverture et
conseils constructifs. Il a su canaliser notre pensée vers l'utile et
l'essentiel.
Nous remercions très sincèrement :
- Le Docteur David KAMDEM, coordonnateur
du DESS GESFIBA pour ses encouragements et ses judicieux conseils.
- Nos enseignants qui n'ont ménagé aucun
effort pour nous transmettre les connaissances acquises.
Nul mot ne peut suffire pour exprimer notre gratitude aux
camarades et amis de la 2ème promotion, pour les
échanges et partages d'expérience, les remarques et suggestions
pertinentes, le climat fraternel et interactif qui a régné tout
au long de notre formation. Nous ne pouvons nous empêcher de citer les
membres de Club Challenge (Alain EDIMO, Joseph
FOGUE, Virginie ESSOH, Raymond NGAHANE, Aubin KENGNE, Norbert TCHABEU,
Moïse KEUMOE, Hilaire NZEMPANG, ESSASSANOHO Apollinaire, etc....) et
Charles NGUEMKAM.
Sans être ni exclusif, ni exhaustif, nous sommes
moralement redevables à la famille et la belle-famille ( le
Père Léon KAMGANG, Jean NANA, Rosalie NIEKOU, mes parents, mes
frères et soeurs), aux amis (Thierry DJOU, la famille MBANIA,
Louis Bernard TCHEKOUMI, Cosmas MEKA, Edgar MANGA, Serges TCHOUAFFI, Emile
MOUTCHEU, Mesmer GUEUYOU , Serges JEPANG, Simon NANA, Kennedy MEDZANA, Rosette
ENONGA, Valentin TCHAKOUNTE, Georges MOUMPOU, Ledoux MATONG, Elvis YETGANG,
Laure ALEGUE, etc....), aux collaborateurs de la Poste d'Akwa et aux
collègues Postiers.
AVANT PROPOS
De la conception à la réalisation, en passant
par le choix de la méthodologie, du cadre théorique d'analyse,
des modèles et tests à utiliser, un travail de recherche a de
tout temps été un exercice à la fois périlleux et
exaltant. Il marque une étape importante dans l'itinéraire
intellectuel que nous avons suivi pendant notre formation en Gestion
financière et bancaire à la Faculté de Sciences
Economiques et de Gestion Appliquée de l'Université de Douala.
Nous avons voulu, au regard des contraintes de financement du
développement économique, mener notre activité de
recherche dans le domaine de la connaissance des déterminants de
l'épargne des ménages au Cameroun.
Nous n'avons nullement la prétention d'avoir
traité la question de manière exhaustive. Les difficultés
d'obtention des données statistiques nécessaires à
l'analyse ou l'accès à une documentation actualisée ont
constitué de limites importantes.
Aussi, vos critiques et suggestions vont contribuer à
l'améliorer ou le parfaire. Tout en reconnaissant et en
appréciant hautement la contribution de notre encadreur, nous assumons
entièrement les insuffisances et les manquements de ce travail.
Pierre Alain YOUMBI
pieralayo@yahoo.fr
Téléphone : (237) 762 40
40
SOMMAIRE
Dédicace.....................................................................................................i
Remerciements.............................................................................................ii
Avant
propos...............................................................................................iii
Sommaire...................................................................................................iv
Liste des abréviations,
...................................................................................v
Liste des figures, des graphiques et des tableaux
..............................................vi
Résumé / Abstract
.......................................................................................vii
Introduction générale
......................................................................................
1
Première partie : L'analyse
économique du comportement d'épargne des
ménages........... 8
CHAPITRE I : L'influence du revenu et du
patrimoine............................................. 10
I- L'approche
keynésienne..................................................................
11
II- L'approche
néoclassique..................................................................
19
CHAPITRE 2 : L'influence des instruments
de politique économique........................... 30
I- Les variables
monétaires.................................................................
31
II- Les variables
budgétaires.................................................................
37
Deuxième partie : L'analyse extra
économique et empirique du comportement
d'épargne des
ménages.................................. 45
CHAPITRE 3 - L'influence des facteurs
psychosociologiques et politiques .................. 47
I- Les variables
psychologiques.........................................................
48
II- Les variables
sociopolitiques...........................................................
.57
.CHAPITRE 4 - L'analyse empirique de la
fonction d'épargne des
ménages...................... 67
I- Présentation des variables, des tests et
estimations................................. ... 68
II- Résultats, interprétations et
recommandations........................................ 79
Conclusion
générale..........................................................................................
92
Références
bibliographiques..............................................................
96
Annexes
........................................................................................101
Table des matières
....................................................................................104
LISTE DES ABREVIATIONS
ADF = Augmented Dicked-Fuller
COBAC = Commission Bancaire de
l'Afrique Centrale
DF = Dicked-Fuller
EMC = Error Model Correction
EMF = Etablissement de
Microfinance
FCFA = Franc de la
Coopération Financière en Afrique
HCV = Hypothèse du Cycle de
Vie
INS = Institut National de la
Statistique
IRPP = Impôt sur le revenu
des personnes physique
LR = Likehood ratio
MCO = Moindres carrées
Ordinaires
PIB = Produit intérieur
brut
Pmc = Propension marginale
à consommer
PMC = Propension moyenne à
consommer
PP = Phillips - Perron
PVD = Pays en voie de
développement
Resp. = Respectivement
LISTES DES FIGURES
Figure 1 : Les différents catégories de
l'épargne ......................................................1
Figure 2 : La fonction Keynésienne du revenu
courant.............................................12
Figure 3 : La fonction de consommation de
DUESENBERRY.......................................15
Figure 4 : La fonction de consommation de FRIEDMAN
..........................................22
Figure 5 : La fonction de consommation dans la
théorie du cycle de vie..........................25
LISTE DES TABLEAUX
Tableau n°1 : Opérationnalisation des variables
indépendantes de l'analyse
économique du comportement
d'épargne des ménages...........................44
Tableau n°2 : Opérationnalisation des variables
indépendantes de l'analyse extra
économique du comportement
d'épargne des ménages............................66
Tableau n°3 : Récapitulatif des tests de
stationnarité sur les variables.............................80
Tableau n°4 : Test de la trace et de la valeur propre
maximale de JOHANSEN..................81
Tableau n°5 : Estimation de la relation de long terme
par la méthode des MCO ................82
Tableau n°6 : Test de stationnarité sur les
résidus .......................................................83
Tableau n°7 : Estimation de la relation de court terme
entre les variables ........................84
Tableau n°8 : Test de causalité des variables au
sens de GRANGER .............................86
Tableau n°9 : Récapitulatif des résultats
des tests et estimations ...................................91
LISTES DES GRAPHIQUES
Graphique n°1 : Evolution du taux de l'épargne
des ménages de 1970 à 2000..................69
Graphique n°2 : Evolution du revenu disponible brut des
ménages au Cameroun
de 1970 à 2000
..................................................................
............70
Graphique n°3 : Evolution du taux
d'intérêt réel au Cameroun de 1970 à
2000................71
Graphique n°4 : Evolution de l'inflation au Cameroun de
1970 à 2000..............................71
Graphique n°5 : Evolution des impôts sur le
revenu des ménages au Cameroun de 1970 à 2000 ......72
RESUME
La mise en oeuvre des plans d'ajustement et des programmes de
stabilisation, les avantages tirés de la dévaluation de 1994 ont
juste permis de sortir de la crise économique et de retrouver une
croissance encore en deçà du niveau requis pour avoir un impact
significatif sur la pauvreté. L'épargne intérieure et
l'investissement demeurent insuffisants pour stimuler fortement cette
croissance. Ce faible niveau est lié à la fois à un
accroissement rapide des déficits publics et à une mobilisation
modeste de l'épargne des ménages pourtant structurellement stable
et potentiellement abondante et régulière.
Notre étude a pour objectif l'identification des
variables qui influencent significativement le comportement d'épargne
des ménages.
En nous appuyant sur les techniques de co-intégration
et des modèles à correction d'erreur, la présente
étude aboutit aux résultats suivants :
-Le revenu (à court et à long terme) et
le taux de l'intérêt réel (à long terme uniquement)
sont les principales variables explicatives de la fonction d'épargne des
ménages au Cameroun.
-Le taux d'intérêt réel et des
impôts sur le revenu ont un effet négatif alors que le revenu et
l'inflation agissent positivement sur l'épargne des ménages.
-Ces variables expliquent à près de
90°/° le comportement de l'épargne.
ABSTRACT
The implementation of the adjustment plans and stabilization
programs, the advantages raises from the devaluation of 1994 have just
permitted to come out of the economic crisis and to recover a positive growth
although under the required level that can have a significant impact on
poverty. Internal saving and investment are still insufficient to strongly
stimulate this growth. This low level can be explained both by a fast increase
of steady of public deficits and by a low mobilization of households savings
nevertheless structurally steady and potentially abundant and regular.
The main objective of our study is to identify the variables
that meaningfully influence the saving behaviour of the households.
By laying on the co-integration techniques and error model
correction, the present study lead us to the following the results:
-The household revenue (to short and long term) and the real
interest rare (long term only) are the main variables that can better explain
the households saving function in Cameroon.
-The real interest rate and the taxes on income have a
negative impact whereas the household revenue and the inflation act positively
on the households saving.
-The saving behaviour can be explained can be explained at least
at 90 per cent by the above variables.
«C'est notre faute et non celle des
étoiles si
nous ne sommes que des
subordonnés »
SHAKESPEARE
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Dans les années 60 à 80, le crédit
international était abondant et bon marché. Nos pays ont ainsi
contracté un volume important d'emprunts extérieurs pour financer
leur développement. Ces entrées massives de capitaux, dans leur
phase de retour ont généré un important service de la
dette dont le gonflement a été accéléré
à partir des années 80 par la hausse concomitante des taux
d'intérêt et des taux de change. L'incapacité à
honorer le service de la dette a été à l'origine des
politiques de rééchelonnements, de remises ou d'annulations
partielles du stock ou de l'encours commercial et public.
Pour assurer la solvabilité de nos pays, les bailleurs
de fonds vont imposer des politiques d'ajustement budgétaire et
monétaire à l'objectif de rétablir les équilibres
macroéconomiques. La mise en place de ces réformes
s'avèrent tellement contraignantes (restructuration du
système bancaire, surveillance mul1tilatérale des finances
publiques, désengagement de l'Etat du système productif...)
que des solutions alternatives à la dépendance extérieure
(promotion de l'épargne intérieure) commencent
sérieusement à être explorées pour pallier la
diminution des flux de capitaux externes.
Figure n° 1 : Les
différentes catégories d'épargne
Epargne budgétaire
Epargne gouvernementale
Epargne des entreprises publiques
Epargne officielle
étrangère
Epargne étrangère
Emprunt commercial privé
Investissements directs
Epargne privée Epargne des
entreprises
Epargne des ménages
Pour ce qui est de l'épargne des ménages, elle
se présente sous plusieurs formes (voir Annexe I).
On peut la regrouper en :
- Epargne financière (placements) ou non
financière.
- Epargne formelle, semi formelle et informelle.
- Epargne affectée ou avortée
(ROBERTSON, 1926).
La mise en place progressive d'un marché financier,
l'organisation et la réglementation de l'activité de microfinance
participent d'une volonté de promotion de l'épargne
intérieure. L'appel direct à l'épargne va réduire
l'importance du financement par le crédit bancaire. Les
banques sont responsables de la création monétaire alors que les
marchés de capitaux ont un rôle d'affectation de l'épargne.
Dans un cas, il y a injection nouvelle de pouvoir d'achat, dans l'autre il y a
recyclage de la monnaie existante.
Au Cameroun, le taux de
l'épargne des ménages pour la période allant de 1970
à 2000 varie entre 4,15 et 10,75 % du revenu
disponible brut (voir annexe IV). Ce taux, faible
assurément, est un indicateur de l'effort qui reste à fournir.
L'existence de l'épargne n'est plus à démontrer. Seulement
il existe des capacités et gisements sous-estimés et
sous-exploités. Cette épargne est thésaurisée ou
transférée à l'étranger (fuites) ou encore
dirigée vers des investissements improductifs, des consommations
somptuaires, des acquisitions spéculatives ou enfin vers des circuits
financiers traditionnels qui échappent à toute
comptabilité.
Paul WACHTEL1(*) (1985) constate que
l'épargne des ménages qui, dans les pays développés
ou à revenus intermédiaires (en 1992, ce taux
d'épargne2(*)
était de 39% en Chine, 37% en Indonésie, 35% en Malaisie, 28% en
Allemagne, 23% au Nigeria et 21% au Brésil) est une source de
financement importante pour la formation du capital n'est qu'une source
potentielle dans les PVD parce que largement inutilisée.
Dans une politique de mobilisation de l'épargne
ADAMS3(*)
(1985) recommande que l'accent soit mis non pas sur
l'incapacité à épargner mais sur les incitations à
l'épargne et les opportunités de placement. De même, ces
politiques d'encouragement à l'épargne doivent s'accompagner de
politiques d'orientation de l'épargne vers la formation du capital
productif. Celles-ci passent par une meilleure connaissance des motivations,
des pratiques, attitudes et comportements d'épargne et par une bonne
compréhension des mécanismes de formation de l'épargne
financière ainsi que de sa composition entre les différents
emplois possibles.
Après avoir fixé la problématique et
l'intérêt du sujet, nous allons définir les concepts
épargne,
ménages et déterminants de
l'épargne pour ensuite préciser les objectifs et
enfin parcourir les évolutions de l'analyse du rôle de
l'épargne dans la pensée économique.
D'après François POULON4(*) (1998)
« l'épargne est un des concepts dont la
définition est si claire qu'elle frôle la tautologie mais dont les
racines plongent dans l'obscurité ». Il la
définit comme la non dépense du revenu en biens de consommation,
comme une consommation future substituable à une consommation
présente. Concevable aisément comme non consommation
présente du revenu courant, il fait remarquer le caractère
imprécis de cette définition dès qu'on l'envisage dans la
continuité du temps, à chaque instant duquel le flux de non
consommation présente est normalement compensé par un flux
strictement égal (sauf croissance du revenu) de non
consommation passée redevenue consommation présente.
Pour KEYNES, l'épargne est le
résidu du revenu après la consommation.
Pour Bernard BERNIER, Yves SIMON5(*) (2001),
l'épargne est la « part des ressources
courantes qui reste disponible pour accumuler les actifs physiques ou
financiers ».
Le Petit Larousse définit l'épargne comme
« la fraction du revenu individuel ou du revenu national
qui n'est pas affecté à la consommation».
S'agissant de la définition conceptuelle du
ménage, R. LAGRAVE et J. B PAJET6(*) (1966) le réduit
à « l'ensemble des personnes vivant ensemble dans
un même foyer et formant une même famille ».
La comptabilité nationale améliore la
définition précédente et considère le ménage
comme « un groupe de personnes qui vivent ensemble sous
un même toit quelque soit les liens qui les réunissent et qui
mettent en commun au moins une partie de leur revenu pour pourvoir au logement,
à la nourriture et aux besoins essentiels »
Leurs ressources principales proviennent des revenus du
travail (salaire, traitement...), des revenus de la
propriété (loyers, dividendes...) et des revenus mixtes
pour les entrepreneurs individuels à la fois apporteurs de travail et
propriétaire des moyens de production.
Les ménages dont il est question ici sont les
ménages résidents qui ont effectué des
opérations économiques pour un an ou plus sur le territoire
économique du pays.
Au sens du Petit Robert, le terme
déterminant renvoie à ce qui peut amener,
inciter, pousser à poser volontairement un acte. Les déterminants
de l'épargne peuvent alors être considérés comme les
variables qui influencent ou expliquent le comportement d'épargne i.e.
qui peuvent soit inciter, amener ou pousser à épargner ou
à ne pas épargner, soit déclencher, provoquer ou
entraîner le désir d'épargner plus ou la décision
de ne plus épargner.
Le type d'épargne étudié est
l'épargne volontaire des ménages. Ils décident du montant,
de la durée et du type de placement. A coté de cette
épargne volontaire (produits d'épargne souscrits), il
existe également une épargne involontaire ou forcée
(remboursement d'emprunt, fiscalité, inflation, taux de change
surévalué...) et une épargne contractuelle
(produits d'assurance vie, compte à terme, plan épargne
logement).
L'analyse du rôle de l'épargne dans la
pensée économique s'est faite dans deux directions. Celle qui
accorde une importance mineure à l'épargne et celle qui milite
pour sa promotion.
Au départ de la première tendance, on retrouve
MALTHUS (1766-1834). Dans sa correspondance du 7
juillet 1821, il indique qu' « un effort
d'accumulation très rapide en impliquant une dimension
considérable de la consommation improductive affaiblit grandement les
motifs habituels de production, entraîne un arrêt
prématuré du développement de la
richesse ». Il existe selon lui un taux
d'épargne optimal fournissant le maximum de richesse et d'emploi. Le
dépassement de ce taux engendre la crise.
KEYNES et les postkeynésiens tiennent
des positions radicales. Pour KEYNES7(*) « l'acte
d'épargne individuelle signifie une décision de ne pas
dîner aujourd'hui. Mais, il n'implique pas nécessairement une
décision de commander un dîner ou une paire de chaussures, une
semaine ou une année plus tard ». Du fait de
cette incertitude, l'épargne est un gaspillage de ressources
présentes qui ne peut qu'accentuer les déséquilibres
futurs tandis que la consommation présente est un gage de consommation
future. La consommation des ménages constitue pour lui la composante
stable, prévisible et largement dominante du revenu national.
L'épargne n'est donc pas un préalable nécessaire à
l'investissement. Les comportements d'épargne et d'investissement ont
des motivations différentes. Le premier est une fonction stable du
revenu tandis que le second est très volatile et dépend des
anticipations du taux de l'intérêt.
Dans le modèle de croissance d'HARROD et
DOMAR (1939), l'épargne est à
l'origine d'une croissance déséquilibrée avec des
fluctuations importantes et cumulatives de l'activité.
Pour Alvin H. HANSEN, l'épargne
provoque la stagnation.
Parallèlement à ces analyses, d'autres auteurs
ont accordé une place importante à l'épargne.
D'Adam SMITH8(*) (1723 -1790) à David
RICARDO9(*) (1772-1823) en passant par
John STUART MILL10(*) (1806 -1873), ils pensent que
l'épargne est la principale source de croissance et d'accumulation du
capital. La consommation utilise les ressources dans le présent et
l'épargne accroît le potentiel de croissance de demain.
Les tenants de la croissance endogène
(ROMER, 1986) et (LUCAS,
1986) pensent qu'une augmentation du taux de l'épargne augmente
pour toujours le taux de croissance de l'économie. D'autres
néoclassiques (SOLOW, 1956) ont mis en exergue
une corrélation positive entre la croissance et l'épargne. Des
auteurs comme D. W. ADAMS11(*) (1985) montrent que l'épargne
financière a une importance capitale pour le développement parce
qu'elle :
- améliore l'affectation des ressources;
- induit une répartition plus équitable des
revenus;
- renforce la vitalité du marché financier
en favorisant l'intégration des circuits financiers et
économiques;
- réduit l'inflation;
- accroît le degré de liberté
économique.
Après l'analyse du rôle de l'épargne, il
est nécessaire de préciser la raison pour laquelle notre
étude se réduit à l'épargne des ménages.
P. WACHTEL12(*) (1985) attire l'attention sur
le fait que le financement public (épargne
budgétaire) soustrait les décisions d'investissement et de
financement de la discipline concurrentielle du marché pouvant aller
jusqu'à la mauvaise allocation des ressources.
Sur un autre plan, la possibilité de s'endetter pour
financer l'accumulation permet de relâcher transitoirement la contrainte
sur l'épargne. L'endettement revient simplement
à déplacer dans le temps cette contrainte.
- Il expose aux contraintes aléatoires des
marchés internationaux de capitaux, (inflation importée,
spéculation sur les taux de change, fluctuation des taux
d'intérêt).
- Il favorise les éventuels effets
d'éviction de l'épargne nationale par l'épargne
étrangère. En plus d'avoir un effet négatif sur la balance
des paiements et de ne pas être adapté aux indispensables
financements à court terme, il accroît la dépendance
financière.
L'analyse de la structure des agrégats et des ratios
d'endettement au Cameroun montre qu'une partie importante de la richesse
nationale est absorbée par le service de la dette. Au regard du poids
de l'encours de la dette totale dans le PIB, il est quasi certain qu'à
terme, le développement pourrait même être compromis
(cf. Evolution des agrégats et ratios d'endettement au
Cameroun de 1992 à 2001 en Annexe II)
J.P. BENOIT13(*) remet en cause l'efficacité de la
dette dans la mesure où la plupart des décisions des pays
donateurs concernant l'affectation de leur aide extérieure sont
fondées sur des liens politiques, économiques et culturels
(une ancienne puissance coloniale veut maintenir des relations
privilégiées avec les anciennes colonies), des
affinités religieuses, des considérations stratégiques et
géopolitiques (l'aide est considérée comme un outil
pour l'accomplissement d'objectifs de politique étrangère du
donateur) plutôt que sur des critères purement financiers.
Même si les entreprises
réalisent une épargne qui est à l'origine de
l'autofinancement, des placements ou des prises de participations, il n'en
demeure pas moins qu'elles restent structurellement des emprunteurs nets. Dans
la plupart des cas, les ménages possèdent encore des droits de
propriété (actions) ou de créances
(obligations) sur ces entreprises.
Il reste enfin les ménages qui
structurellement sont des épargnants nets. Ce sont des agents à
capacité de financement dont le fonction économique principale
est la consommation et accessoirement la production quand elle est
organisée dans le cadre d'une entreprise individuelle.
Numériquement, ils sont plus importants. D'après ECAM II,
(Enquête Camerounaise
Auprès des Ménages)
réalisée en 2001, le nombre de ménages est
évalué à 2 865 265 pour
une population active et totale respectivement
estimée à 6 121 000 et à
15 472 558.
Les objectifs assignés à notre étude
sont de :
- déterminer les facteurs qui influencent le
comportement d'épargne des ménages;
- cerner la pertinence des variables de politiques
économiques par rapport à l'épargne des
ménages.
La détermination des facteurs qui influencent le
comportement d'épargne des ménages va permettre dans le cadre
d'une politique nationale de mobilisation de l'épargne des
ménages de repérer les variables significatives sur lesquelles
les autorités peuvent agir pour :
- identifier les préférences des
ménages en services financiers;
- augmenter le taux et le volume de l'épargne des
ménages;
- modifier la structure en augmentant la part de
l'épargne financière;
- maîtriser la répartition régionale
de l'épargne;
- concevoir et appliquer des techniques adéquates
de collecte de l'épargne des ménages;
- attirer l'épargne informelle vers le secteur
financier formel.
Aussi, allons-nous déterminer le rôle du secteur
informel et leur importance dans la mobilisation de l'épargne et
proposer des politiques qui seront utiles pour la mobilisation et la promotion
de l'épargne des ménages au Cameroun.
De la revue de la littérature, nous testerons la
significativité des variables influençant le comportement
d'épargne des ménages en utilisant des tests et estimations
économétriques. Nous utiliserons la technique de
co-intégration pour identifier clairement la relation véritable
entre les variables en cherchant l'existence d'un vecteur de
co-intégration et en éliminant son effet le cas
échéant. En d'autres termes, nous estimerons d'abord les
relations d'équilibre à long terme entre l'épargne des
ménages et ses variables explicatives, pour ensuite procéder
à l'estimation du modèle à correction d'erreur du
comportement à court terme des variables. Le respect de cette
procédure attestera, non seulement la fiabilité de
l'interprétation des résultats obtenus, mais aussi la
fiabilité des prévisions et des recommandations de politiques
pour une meilleure promotion de l'épargne des ménages au
Cameroun. Le modèle sera estimé par la méthode des MCO
avec le logiciel E-Views 4.0. La période d'estimation va de 1970
à 2000.
Les données secondaires utilisées sont obtenues
pour certains, à partir CD-ROM 2002 World Development indicators de la
Banque Mondiale et pour d'autres auprès de l'institut National de la
Statistique.
Pour ce qui est du plan, l'étude est subdivisée
en deux parties et en quatre chapitres. Trois chapitres sont consacrés
à la théorie et un chapitre aux tests, interprétations et
recommandations.
« Le principe qui nous porte à
épargner, c'est le désir d'améliorer notre sort,
désir qui est en général calme et
sans passion, mais qui naît
avec nous et ne nous quitte qu'au tombeau
»
ADAM SMITH
Première partie : L'analyse
économique
Comportement d'epargne des ménages
L'analyse des variables économiques affectant le
niveau de l'épargne des ménages va porter sur trois
étapes :
- La production. Il s'agit d'étudier les
mécanismes qui président à la naissance ou à la
formation de l'épargne. A l'origine, il y a le niveau de la
consommation. Selon les approches, on parlera de revenu absolu
(KEYNES), de revenu relatif
(DUESENBERRY), de revenu permanent
(FRIEDMAN) ou de patrimoine accumulé sur le
cycle de vie (MODIGLIANI). Les différences
tiennent sur la nature du revenu (courant ou patrimonial), sur la
période d'étude (court terme, long terme), sur
l'indépendance ou non de la consommation d'un ménage de celle des
autres ménages, sur la prise en compte de l'influence du passé ou
des anticipations.
- Le placement. Il renvoie aux variables affectant la
rémunération nette et la productivité de l'épargne.
Le taux de l'intérêt nominal et réel et la fiscalité
agissent sur le rendement du placement. L'inflation a la
spécificité d'agir également sur le pouvoir d'achat du
revenu.
- Les motivations à l'épargne. Le
crédit reste la seule motivation quantitative de l'épargne. Il
influence la propension à épargner et le volume de
l'épargne des ménages.
Nous allons dans un premier temps aborder les variables
influençant la production de l'épargne (chapitre 1) pour ensuite
analyser celles qui agissent sur le placement et la motivation à
l'épargne (chapitre 2).
CHAPITRE I : L'INFLUENCE du revenu
et DU patrimoine
Les Keynésiens et les classiques ont des approches
méthodologiques et conceptuelles différentes dans leur
démarche de formulation de la fonction de consommation et
d'épargne.
- Chez les Keynésiens, la variable explicative de
l'épargne est le revenu courant, qu'il soit absolu ou relatif alors que
les néoclassiques lui préfèrent le patrimoine entendu au
sens de la richesse.
- Les Keynésiens déduisent le comportement
d'épargne à partir des données macroéconomiques
pendant que les néoclassiques partent de l'analyse
microéconomiques des fonctions individuelles de consommation des
ménages à l'agrégation macroéconomique.
La propension à épargner est
également influencée par des variables comme la taille du
ménage. L'étude de LEFF14(*) (1969)
montre sur la base des données d'observation que la taille de la famille
a un effet significatif du point de vue statistique sur le taux
d'épargne. IQBAL15(*) (1986) suppose qu'une
famille nombreuse indique une large dépendance sur le chef de famille.
Cette situation affecterait négativement le taux d'épargne des
ménages et par conséquent, l'utilisation du revenu.
I- L'approche Keynésienne
Elle va se développer dans deux directions :
- le revenu courant de Keynes établit en fonction
de la loi psychologique fondamentale un parallélisme entre les
fluctuations du revenu et celles de la fonction de consommation;
- le revenu relatif et l'effet de mémoire.
DUESENBERRY va plutôt mettre en exergue le
phénomène de l'égalisation inter temporelle des
utilités et l'idée d'interdépendance des consommations
fondée sur l'effet de démonstration ou d'imitation. Pour
BROWN, le passé n'intervient plus de
façon discontinue par le biais du plus haut revenu jamais atteint, mais
de façon continue par la consommation de la période
précédente
1- LA THEORIE DU REVENU
ABSOLU
L'analyse de Keynes repose sur quatre idées.
- La consommation est principalement fonction du
revenu réel beaucoup plus que le revenu nominal.
- La propension marginale à consommer (part
d'un éventuel supplément du revenu qui sera affecté
à la consommation) est positive et inférieure à
un en vertu de la loi psychologique fondamentale16(*)qu'il énonce
ainsi : «en moyenne et pour la plupart de temps, les hommes
tendent à accroître leur consommation à mesure que les
revenus croissent mais non d'une quantité aussi grande que
l'accroissement des revenus». Ainsi une hausse (resp. baisse) du
revenu entraîne un accroissement (resp. baisse) plus marquée de
l'épargne.
- La propension moyenne à consommer (fraction
du revenu dépensé qui est égale au rapport de la
consommation totale au revenu) est inférieure à la propension
marginale à consommer.
- La fonction de consommation est stable à
court terme.
Pour démontrer cette stabilité, Keynes part
d'une fonction de consommation de la forme :
Cs = (rs)
(1.1)
rs et
Cs représentent respectivement le revenu
et la consommation mesurée en unités de salaires.
Il distingue six facteurs susceptibles d'agir sur la fonction
: l'unité de salaire, l'écart entre le
revenu et le revenu net, le rapport entre les revenus futurs et
présents, les valeurs en capital n'entrant pas en ligne de compte dans
le calcul du revenu net, le taux d'intérêt et la politique
fiscale.
Il constate que la variation des trois premiers facteurs
joue un rôle négligeable et que celle imprévisible des
valeurs en capital joue un rôle important sur la fonction
et qu'enfin les deux derniers facteurs peuvent jouer
un rôle important à condition que leurs variations soient
très profondes.
Ainsi, en se plaçant dans une période où
la politique fiscale ne présente pas de changements importants,
où les fluctuations du taux d'intérêts ne prennent pas une
ampleur exceptionnelle et où les variations en capital qui en
résultent sont limitées, la fonction peut
être considérée comme stable.
C = Y
Figure n°2
C = C0 + cY
La Fonction Keynésienne
Epargne
du Revenu courant
C1
E
C2
C0
Désépargne
45°
Y2 Y1
Il se dégage les caractéristiques
suivantes :
- Même si le revenu (Y) est nul, il existe un
montant positif de consommation Co appelé consommation
incompressible. Cette consommation autonome n'est pas fonction de
revenu;
- lorsque la PMC 1 i.e. (C2
> Y2), l'épargne dans ce cas est négative.
Toute valeur du revenu comprise entre 0 et Y1 correspond à
la zone de désépargne;
- lorsque la PMC = 1 i.e. (C1 =
Y1) au point E, l'épargne est nulle;
- lorsque la PMC < 1 (pour toute valeur de revenu
supérieur à Y1), l'épargne est
positive et cela veut dire que plus le revenu croit, plus la PMC
diminue.
Des travaux empiriques de vérification de la
théorie Keynésienne par l'étude de séries
temporelles ont été effectuées.
L'étude de séries
temporelles porte à la fois sur des
observations de court terme et des observations de long
terme.
* L'étude des observations de court
terme examine les valeurs annuelles ou trimestrielles prises
par la consommation réelle et le revenu réel disponible des
ménages au cours d'une dizaine ou d'une vingtaine d'année. Il
en résulte que la consommation des ménages peut être
représentée par une fonction linéaire de la
forme :
Ct = aYt
+ b
(1.2)
où Ct,,
Yt,, a et b
représentent respectivement la consommation
réelle, le revenu réel des
ménages et les paramètres de la droite
d'ajustement.
Ces études ont donc permis de vérifier
à court terme les hypothèses de l'analyse Keynésienne.
* L'étude des observations à long
terme (sur un horizon correspondant à la durée
de vie d'un consommateur) de l'évolution de la consommation
et du revenu disponible réels des ménages,
réalisée aux Etats-Unis par S. KUZNETS17(*) (1946)
et GOLDSMITH18(*)(1956) montre essentiellement
deux choses :
- La Pmc est approximativement constante et
inférieure à un.
- La PMC est approximativement égale à la
Pmc. Ce qui infirme donc l'hypothèse de Keynes selon laquelle la Pmc
aura tendance à décroître au fur et à mesure que
le revenu s`accroît.
Les autres hypothèses de Keynes ont
été vérifiées. Ces études ont mis en
évidence une fonction de consommation de type :
Ct = cYt
(1.3)
2- LA THEORIE DU REVENU RELATIF ET DE
L'EFFET DE MEMOIRE
Nous présenterons successivement la théorie du
revenu relatif développé par
J. DUESENBERRY19(*) (1949) et
celle de l'effet de mémoire de BROWN20(*) (1982) qui
se constitue comme prolongement de la première.
Les hypothèses de la théorie du revenu relatif
se partagent entre deux vérifications, l'une orientée vers
les caractéristiques en coupes transversales de la population des
consommateurs et l'autre orientée vers les séries
chronologiques.
L'interprétation des observations de courtes
périodes montre l'absence de parallélisme entre les fluctuations
du revenu et celles de la consommation.
La fonction de consommation observée est de type
Ct = aYt. + b
DUESENBERRY considère que le taux
d'épargne des ménages est variable. Il diminue pendant les phases
de récession et augmente pendant les phases d'expansion.
Il formule cette idée en posant :
= a - b
(1.4)
St est la variable
dépendante qui représente l'épargne des
ménages au cours de la période
t. a et
b sont des constantes positives.
Yt et
YM sont respectivement le revenu
disponible des ménages au cours de la période t et
le revenu disponible le plus élevé atteint dans le
passé.
Ainsi, le taux d'épargne est une variable
dépendante de la position du revenu relativement au plus haut niveau
de revenu atteint dans la passé YM. Il y a
alors une visibilité dans le temps des décisions de
consommation. Cet effet de cliquet ou effet
crémaillère explique qu'en cas de baisse de l'activité
économique et des revenus, la baisse de la consommation des
ménages est freinée du fait de l'égalisation inter
temporelle des utilités. Une fois un certain niveau de
vie atteint, ce dernier est mis en mémoire par les ménages et
tend, comme par un cliquet, à s'opposer à la baisse de la
consommation résultant de la diminution du revenu.
Figure n°3 : La fonction de
consommation de DUESENBERRY
Yt YxM
Yt
C A
S
C
S S
Récession
Reprise
Temps
t0 t1
t2
La forme de la fonction de consommation à
laquelle conduit la théorie du revenu relatif se présente comme
suit :
Ct = ( 1+b) Yt -
avec Yt = YM
(1.5)
En période de récession, le revenu
disponible réel régresse mais la consommation diminue moins
fortement, les ménages maintiennent leur niveau de consommation en
réduisant leur épargne S. La fonction de
consommation devient :
Ct = ( 1 + b - 2a) Yt
(1.6)
A la reprise et pendant l'expansion, la
consommation s'élève mais plus lentement que le revenu, car
l'accroissement de celui-ci permet aux ménages de reconstituer leur
épargne. La fonction de consommation devient :
Ct = [ 1 + b - a ( 1 + ) ]Yt
(1.7)
est assimilé au
taux de croissance de l'économie
La consommation redevient proportionnelle au revenu
lorsque ce dernier retrouve le niveau le plus élevé atteint dans
le passé A.
L'interprétation des observations en coupes
instantanées de la théorie du revenu relatif débouche sur
l'abandon de l'un des postulats de la théorie classique de la
consommation, à savoir l'indépendance de la
consommation d'un agent de celle des autres agents.
DUESENBERRY va développer l'idée
d'interdépendance des consommations fondée sur l'effet de
démonstration ou d'imitation. Les agents du groupe
i auront une propension à consommer plus forte que
celle des agents du groupe supérieur à
i parce qu'ils chercheront à imiter la consommation de
ceux ayant un niveau de vie supérieur. Ceci explique pourquoi la
croissance du revenu au cours du temps n'entraîne pas la diminution
de la propension à consommer. En somme, les individus sont plus
sensibles à leur consommation relative et comparent
régulièrement leur dépense à celle des autres
consommateurs. Ainsi, pour un même niveau de revenu, une famille
appartenant à la population noire aux Etats-Unis aura une PMC plus
faible que celle d'une famille appartenant à la population blanche.
L'explication que propose DUESENBERRY est qu'à
revenu égal, la famille noire sera, à l'intérieur du
groupe social formé par la population noire relativement plus riche que
la famille blanche à l'intérieur du groupe social formé
par la population blanche.
La théorie du revenu relatif permet ainsi
d'expliquer que la croissance du revenu des ménages au cours du temps
n'entraîne pas de diminution de la PMC bien que, en coupes
instantanées, l'élévation du revenu s'accompagne d'une
baisse de celle-ci.
Les développements de DUESENBERRY
appellent les remarques suivantes :
- S'il a raison de mettre l'accent sur les
phénomènes de longues périodes, il convient en revanche de
remarquer qu'il n'explique pas vraiment pour quelle raison les PMC globales
des différents groupes sociaux demeurent constantes en longue
période.
- La conception qu'il se fait de la mémorisation
est critiquable dans la mesure où celle-ci fait abstraction du temps.
Ainsi, le revenu maximum Ym agira sur la relation
entre la consommation et le revenu durant toute la période comprise
entre to et t2 quelle que
soit la longueur de cette période. On peut valablement penser que
l'influence de Ym diminuera au fur et à
mesure qu'on s'éloigne de to et
en particulier, qu'elle sera plus faible que la période de
récession sera longue.
- On peut aussi reprocher le fait que
DUESENBERRY ait traité d'une
façon symétrique la phase de dépression et la phase
de reprise qui présentent la même liaison entre la consommation
et le revenu. Or, il est probable que cette liaison ne soit pas la même
au cours de ces phases.
Quant à l'analyse de BROWN, elle
part de l'observation des différences existant entre la consommation
observée et la consommation expliquée par une équation de
type
Ct = aYt + b.
L'observation des ces différences appelées
résidus montre qu'ils sont fortement corrélés entre
eux. Ces résidus sont négatifs en période d'expansion et
positifs en période de récession. Ce résultat met en
évidence un retard de la consommation sur le revenu. BROWN est
alors conduit à préciser la manière dont les
événements passés agissent concurremment avec le revenu
sur la consommation de la période courante. Pour résoudre ce
problème, il cherche à savoir, d'une part s'il faut
choisir le revenu ou la consommation comme variable expliquant l'action du
passé sur la consommation de la période courante ou si d'autre
part, cette variable agit de façon continue ou discontinue sur la
consommation de la période courante.
Pour répondre à ces préoccupations, il
teste quatre types de fonction de consommation.
- Ct = aYt + bYt
-1 + c
(action continue sur le revenu) (1.8)
Yt -1, est
le revenu de la période
précédant la période courante.
- Ct = aYt +
b YM,t +
c (action discontinue sur le revenu)
(1.9)
YM,t
est le plus haut revenu atteint au cours
de la période t ou des périodes qui
précèdent.
- Ct = aYt +
b Ct -1
+ c (action continue sur la
consommation) (1.10)
Ct -1, est la consommation
de la période précédant la période
courante.
- Ct = aYt +
b C M,t
+ c (action discontinue sur la
consommation) (1.11)
C M,t est la
consommation la plus élevée atteinte au cours de la
période t ou des périodes qui la
précèdent.
Les résultats statistiques le conduisent
alors à conclure que la meilleure fonction de consommation est de la
forme (1.10) :
Ct = aYt +
b Ct -1
+ c
Tout comme DUESENBERRY, BROWN
reconnaît l'influence du passé dans la détermination de la
consommation. Toutefois, au lieu de choisir le revenu, il adopte la
consommation comme une variable représentant l'action du
passé. De même, le passé n'intervient plus de
façon discontinue par le biais du plus haut revenu jamais atteint,
mais de façon continue par la consommation de la période
antérieure. Les travaux empiriques confirment que la
PMC de courte période est inférieure à
celle de longue période. Pour BROWN, ce résultat
est la conséquence de l'effet de mémoire. C'est ce que
VESPERINI21(*) appelle l'effet
d'hystérésis. Selon cet effet, la consommation
d'une période dépend non seulement de la variation du revenu au
cours de la période courante, mais aussi des variations de revenus
intervenues au cours des périodes précédentes.
La fonction de consommation de longue période est
représentée par :
Ct = Yt +
(1.12)
En différenciant cette fonction, on obtient la
Pmc de longue période qui est égale
à :
> a
On retrouve une Pmc de longue
période supérieure à celle de courte période.
À une augmentation (resp. diminution)
donnée du revenu correspondra une augmentation (resp.
diminution) de la consommation plus grande en longue période qu'en
courte période parce que, le poids des habitudes de consommation
passées qui vient limiter en courte période l'action de
l'augmentation (resp. diminution), du revenu sur la consommation ne
joue plus en longue période.
La fonction de consommation de BROWN aboutit,
comme celle de DUESENBERRY et pour les mêmes raisons,
à une augmentation de la PMC durant les phases de
récession. Cependant, à la différence
de DUESENBERRY, l'augmentation de la
PMC tend à s'affaiblir au cours de la phase de
récession lorsque le revenu diminue à un rythme plus faible ou se
stabilise. Cette différence de formulation traduit un affaiblissement
progressif de l'effet de mémoire au fur et à mesure que le temps
s'écoule.
En définitive, la théorie de l'effet de
mémoire de BROWN suscite quelques remarques :
- La fonction de long terme n'est pas comme chez
DUESENBERRY de type proportionnel puisqu'elle
comporte une ordonnée à l'origine égale à qui est normalement
nulle.
- Si elle supprime la discontinuité qui est un
défaut important chez DUESENBERRY, elle
présente en revanche l'inconvénient de faire disparaître,
en rétablissant la continuité, l'asymétrie de la
description des phases d'expansion et de récession.
- La formulation de l'effet de mémoire
apparaît malgré tout comme excessivement rigide.
II - L'APPROCHE NEOCLASSIQUE
L'analyse de l'épargne sous l'angle du patrimoine
est celle de la théorie néoclassique. Dans cette optique,
l'épargne s'apparente au patrimoine et se répartit entre les
différents types d'actifs. Ainsi, le patrimoine d'un agent
économique est l'ensemble de ses actifs susceptibles d'évaluation
monétaire et constituant une source de revenu. Les ménages
peuvent accumuler les actifs réels, les actifs financiers et les actifs
monétaires.
Les actifs réels sont
des «biens et actifs durables qui servent non seulement
à la consommation de la période présente, mais
également à celle des périodes futures. Au moment de leur
mise en service, il n'y a donc pas consommation -destruction, mais accumulation
-enrichissement22(*) ». Ces actifs
générateurs de flux durables de service et de bien-être ont
une capacité de réserve de valeur.
Les actifs monétaires (monnaie
active ou circulante et monnaie oisive) sont définis
par leur fonction de moyen de paiement et d'intermédiaire des
échanges.
Les actifs financiers sont
composés des placements à terme et des produits
d'assurance-vie.
Dans cette approche néoclassique, nous allons
examiner successivement la théorie du revenu permanent et la
théorie du cycle de vie.
1- LA THEORIE DU REVENU PERMANENT
L'idée de départ de cette théorie est que
la consommation d'une période donnée ne peut pas être
entièrement déterminée par le revenu de cette
période. Il dépend plus généralement du revenu de
cette période et des revenus anticipés des périodes
futures.
FRIEDMAN23(*) (1957) va s'inspirer des
travaux de FISHER24(*), TINTNER25(*),
HICKS26(*) et
BOULDING27(*) qui ont tous
étudié le mode de répartition inter temporelle de la
consommation dans le cas simple de deux périodes.
Ses hypothèses sont les suivantes :
- Le revenu observé Y
de chaque période se compose d'un revenu
transitoire YT essentiellement
aléatoire (gains de jeux, primes, bonus, ...) et du revenu
permanent YP, (revenu anticipé
provenant à la fois du travail et de la richesse qu'ils ont
accumulée). Celui-ci est également la somme qu'un consommateur
peut consommer en maintenant constante la valeur de son capital, l'agent ayant
la possibilité d'emprunter ou de prêter sur un marché
financier parfait afin de mieux repartir sa consommation dans le temps. Il
est obtenu par approximation de la moyenne pondérée des revenus
observés de la période courante et des périodes
passées. La consommation observée C est obtenue
de la même façon que le revenu observé Y.
Elle est la somme de la consommation permanente CP
et de la consommation transitoire CT.
On a alors :
Y = YP +
YT (1.13)
et C = CP +
CT
(1.14)
D'après les analyses de FRIEDMAN,
il n'existe pas de corrélation entre le revenu permanent et le revenu
transitoire, ni entre la consommation permanente et la consommation
transitoire, ni encore entre le revenu transitoire et la consommation
transitoire.
- L'élément permanent du revenu consiste,
non dans des gains escomptés en une vie, mais dans le revenu moyen
obtenu à tout âge et jugé permanent par la famille. Pour
FRIEDMAN, les individus peuvent prévoir avec un
degré de certitude raisonnable, l'ensemble de ces flux pendant leur
existence et fonder leur consommation sur ce qui est à leurs yeux, le
revenu normal ou permanent, qui tend à la stabilité sur une
longue période.
L'expression fondamentale de la fonction de consommation
établie au niveau microéconomique se présente sous la
forme :
CP = k (r,w,u) YP
(1.15)
r, K et w représentent
respectivement le taux de l'intérêt, le
coefficient de proportionnalité existant entre CP et Yp, et
le rapport du capital non humain au revenu
permanent.
u recouvre les
préférences des agents dans le choix consommation - accumulation
d'actifs (nombre de personnes appartenant à l'unité de
consommation considérée , âge, caractéristiques
sociologiques, importance des facteurs transitoires affectant le revenu et la
consommation).
YP est le
revenu permanent global.
Pour parvenir à une fonction macroéconomique,
FRIEDMAN suppose comme condition d'agrégation que la
distribution des unités de consommation par revenu est
indépendante de leur distribution selon le taux de
l'intérêt, le ratio du capital non humain au revenu permanent et
selon leurs préférences relatives au choix consommation -
accumulation d'actifs. Cette hypothèse n'est évidemment pas
vérifiée dans les faits puisque la répartition des
unités de consommation par revenu est liée à leur
répartition selon les valeurs des variables r, w et
u.
En adoptant cette hypothèse, on retrouve une fonction
macroéconomique sous la forme (1.3) CP =
k YP
Une façon de modéliser le rôle joué
par les anticipations consiste à utiliser des formules à retards
échelonnés portant sur les revenus passés pour estimer la
situation du revenu courant de quelqu'un par rapport au passé.
Supposons que, l'équation suivante représente l'hypothèse
du revenu permanent.
Ct = k (i, w, u, ) W ( L)Yt .
(1.16)
W ( L)
représente le système de
pondération arbitraire du revenu réel Yt
L est un
opérateur de retard,
LYt = Yt-1, L2
Yt = Yt-2 ,...,
Ln Yt =
Yt-n
Le système de pondération utilisée est
celui de KOYCK.
Dans ce cas, on a :
W ( L) =
(1.17)
Pour simplifier, on va supposer que k (i, w, u, )
= k
On obtiendra la fonction de consommation correspondant
à l'hypothèse du revenu permanent
Ct = k Yt
(1.18)
On en tire l'équation d'estimation
Ct = Ct-1 +
k(1- )Yt + t
(1.19)
t est un terme représentatif des erreurs.
L'hypothèse spécifique de pondération de
KOYCK est représentée par le paramètre
,
paramètre qui est aussi justifié par la vision
«permanente» selon laquelle les
calculs du revenu attendu reposent sur des moyennes de revenus
passés.
La démarche par laquelle Friedman s'attaque au
problème de la pondération des observations passées
consiste à formuler le revenu permanent sous la forme :
Yp(t) = Yo [Y(T) -
Y0 ] dT
(1.20)
t représente le
présent , T, les observations
passées du revenu
est
le taux de croissance tendanciel, est
le paramètre de pondération.
Après quelques manipulations qui impliquent
l'évaluation de l'intégrale à t =
T, FRIEDMAN aboutit à l'équation
suivante en terme des données observables
Ct = k Y(T)dT
avec Yt =  Y(T)Dt
(1.21)
En terme discret, on obtient :
YPt = k
(1.22)
Ici, la variable indépendante est une moyenne
pondérée des valeurs passées du revenu. Cette version
contient trois paramètres (k, ). Friedman propose
un calcul à part de la tendance. et k
peuvent alors être déterminés dans la
régression qui lie la consommation au revenu.
La théorie du revenu permanent permet de rendre
compte du fait que la fonction de consommation observée en longue
période est linéaire alors que celle observée en courte
période est affine dans la mesure où il existe un revenu
transitoire. En moyenne, les personnes riches ont un revenu transitoire
positif, ce qui fait que leur Pmc est faible alors
qu'à l'inverse une personne pauvre dont le revenu transitoire est
négatif aura une plus forte Pmc.
La PMC de longue période est
supérieure à la PMC de courte période.
Dans le cas où les individus préfèrent un flux stable de
consommation sur une longue période, la consommation de chaque
période (consommation courante) est fonction du revenu
permanent, la PMC et le taux d'épargne étant constants.
C = Yp
C
Figure n°4
La fonction de consommation de FRIEDMAN
45°
Y
Dans la variante la plus restrictive, la consommation tend
à représenter une proportion constante du revenu permanent,
proche de 100% de celui-ci. Dès lors, toute épargne
accumulée proviendra principalement du revenu transitoire. Ainsi, une
Pmc extrêmement forte sur le revenu transitoire
pourrait être le résultat de l'imperfection des marchés
financiers; DOLDE28(*) (1978) et T.
RUSSEL29(*)
(1974).
KREINEN (1961) et
LANDSBERGER30(*) (1970) sur des données
israéliennes, ont débouché sur une confirmation
très forte de la théorie de Friedman.
Allant en sens contraire, L.R. KLEIN
et LIVIATAN31(*) (1957) ont obtenu une
Pmc supérieure à un pour une catégorie
de revenu considérée comme transitoire. Mais, des
démarches similaires de REID (1962)32(*) et plus récemment
celle de I.A.SHAPIRO33(*) (1976) vont dans le sens
suggéré par FRIEDMAN.
Ainsi et au regard de nombreuses études de
vérifications empiriques infirmant et confirmant les résultats
obtenus par FRIEDMAN, la théorie du revenu permanent
présente deux intérêts majeurs.
- Le premier est d'avoir quitté la sphère
macroéconomique pour rechercher au niveau microéconomique les
fondements du comportement de consommation des agents.
- Le second est d'avoir montré que les variables
permettant de décrire le comportement des agents ne sont pas objectives
i.e. mesurables statistiquement mais au contraire, elles sont subjectives i.e.
qu'elles dépendent de la façon dont les agents les
perçoivent. Il appartient alors à la théorie
économique d'analyser et de les relier aux variables objectives.
Par ailleurs, cette théorie présente quelques
limites.
- L'analyse microéconomique du comportement de
consommation des agents s'appuie sur les concepts de la théorie
marginaliste et constitue une description tout aussi sommaire. La distribution
des unités de consommation par revenu est indépendante de leur
distribution selon le taux de l'intérêt r, le
ratio du capital non humain au revenu permanent w et les
préférences relatives au choix consommation - accumulation
d'actifs u.
- Le passage du niveau microéconomique est soumis
à des hypothèses qui apparaissent éloignées de la
réalité tel qu'il est difficile d'admettre que la fonction de
consommation finalement obtenue résulte bien du comportement
microéconomique des agents.
- Sa formulation est beaucoup trop rigide pour pouvoir
décrire dans toute sa diversité le comportement de consommation
des agents tel qu'il est observé dans la réalité.
- La justification de la stabilité à long
terme du rapport consommation au revenu n'est pas suffisamment
convaincante.
- Enfin, la théorie du revenu permanent obtenu en
introduisant l'hypothèse des anticipations adaptatives (modèle
de CAGAN34(*), 1956) a été remise
en cause par les critiques de LUCAS (1976) et les
hypothèses des anticipations rationnelles35(*).
HALL36(*) (1978) a alors pensé une
version rationalisée du revenu permanent qui tient compte explicitement
de l'incertain. Son modèle montre que la meilleure prévision de
la consommation future est la consommation présente. Ainsi, la
consommation future est très dépendante de l'aléa que
constitue l'innovation du revenu permanent. Cet aléa constitue la
principale source de variabilité de la consommation au cours du temps.
En effet, le modèle implique le lissage de la consommation de l'agent
d'une période à l'autre tout au long du cycle de vie.
2- LA THEORIE DU CYCLE DE VIE
Les fondements théoriques de l'action du patrimoine sur
la consommation et l'introduction de cette variable dans la fonction de
consommation résultent des travaux effectués par
BRUMBERG, MODIGLIANI et ANDO37(*) à la
suite des réflexions développées par
HARROD38(*).
Leurs travaux sont basés sur les hypothèses
suivantes :
- Les ménages consomment et épargnent en
fonction de leur cycle de vie. Ils empruntent où s'endettent pour
financer leurs études lorsqu'ils sont jeunes, ils consomment moins
qu'ils ne gagnent pendant la période active; ce qui leur permet de
rembourser le prêt étudiant et de constituer une épargne
pour financer la retraite. Une fois à la retraite, ils puisent dans leur
épargne pour vivre i.e. qu'ils désépargnent.
L'épargne permet à l'individu de reporter une partie de sa
consommation vers les périodes (retraites) où les revenus
escomptés sont plus faibles que le revenu moyen sur la durée de
vie normale.
- Si l'on raisonne sur la durée de vie de
l'individu et en supposant que celui-ci d'une part, connaît avec
certitude la date de sa retraite et son décès et d'autre part
qu'il ne se préoccupe pas de ses héritiers, les propensions
moyennes et marginales à consommer les revenus sur la durée de
vie sont égales entre elles et égales à l'unité
pour tous les ménages.
- Le ménage désire maximiser une fonction
dépendant de sa consommation présente et de ses consommations
futures sous la contrainte d'un certain montant de ressources.
- Le taux d'actualisation choisi par le ménage est
le même pour chaque période.
- La fonction d'utilité est homogène par
rapport aux consommations des différentes périodes. Autrement
dit, la richesse inter temporelle des consommations de l'agent est
indépendante du niveau de sa richesse, de telle sorte que, si sa
richesse double, la consommation de chacune des périodes doublera
également.
- Dans le modèle de l'HCV, la consommation
dépend du revenu courant Yt, du
revenu anticipé Yta, des actifs
initiaux at -1 et de l'âge de la
famille t.
- La fonction de consommation est stable. Il faut pour
cela que le revenu courant perçu pendant la vie active excède
les besoins de consommation.
- La propension moyenne à épargner, nulle en
régime stationnaire, s'accroît avec le taux de croissance de
l'économie. De cette relation, on déduit que la propension
moyenne à épargner de longue période est constante et
égale à la propension marginale.
Figure n°5 : La fonction de
consommation dans la théorie d l'HCV
Epargne
Revenu
Consommation
Désépargne
Retraite
Vie active
Décès
Temps

A
S/Y
A = Patrimoine accumulé
Y = Revenu courant
C = Consommation
Y
C
Les déterminants du taux de l'épargne dans l'HCV
sont :
- La croissance économique.
Le taux d'épargne augmente avec la production et le taux de croissance
de la production. Seule une économie en expansion engendre (et
nécessite) une épargne globale positive. Entre des pays
à comportement individuel identique, le taux d'épargne global
sera autant plus élevé qu'est important le taux de croissance
à long terme de l'économie.
- La croissance
démographique. Une répartition par âge
ressortant plus d'actifs que de jeunes et retraités, un allongement de
la durée de vie (espérance de vie), une diminution de
l'âge de départ à la retraite ont un effet positif sur
l'épargne des ménages.
Par ailleurs, MODIGLIANI et
BRUMBERG39(*) (1984) soulignaient
qu' « un ménage dont le revenu courant
augmente de façon inattendue au-dessus du niveau antérieur,
auquel le ménage était habitué (...) épargnera une
fraction de son revenu plus grande que celle qu'il épargnait avant le
changement et aussi plus grande que celle qu'épargnent actuellement les
membres permanents de la classe de revenu dans laquelle entre maintenant le
ménage».
Nous allons maintenant procéder à l`analyse
formelle de l'HCV. Il ressort des études que les ressources des
ménages sont constitués par la richesse nette ou actif net dont
ils disposent au début de la période courante et des
périodes futures durant leurs années
d'activité.
Ainsi, le consommateur d'âge t
est supposé maximiser à chaque période
t sa fonction d'utilité telle que :
Ut = f
(1.23)
t, rt, sont
respectivement l'âge actuel du chef de famille,
le taux d'actualisation et la consommation de la
période j,
sous la contrainte. 
Nt = aTt-1 +
yTt +  (1.24)
Avec
aTt-1 =
Actif net disponible des agents d'âge T ou richesse accumulée
par une famille d'âge t à la fin de la
période précédant la période courante.
YTt = Revenu du travail
au cours de la période T
Yta,T,T'
= Revenu du travail moyen que l'agent d'âge T anticipe de
recevoir lorsqu'il aura l'âge T'
N = âge jusqu'au auquel
l'agent est supposé travailler.
La consommation est constituée par les achats de biens
de consommation non durables et de services augmentés de la valeur
locative des biens de consommation durables, qui est égale à la
diminution de leur valeur au cours de la période augmentée du
coût d'opportunité du capital immobilisé.
En faisant l'hypothèse selon laquelle le taux
d'actualisation est égal au taux de rendement de ses actifs, la
consommation de la période courante d'un agent d'âge T peut
s'écrire :
CTt = f
(1.25)
En admettant que l'agent ne laisse ou ne reçoit pas
d'héritage, on montre dans ces conditions que la consommation durant la
période t d'une personne d'âge
T
CTt est
proportionnelle au montant de ses ressources.
CTt =
(1.26)
facteur de proportionnalité qui dépend de la forme de la
fonction d'utilité, du taux de rendement des actifs r t, et
de l'âge T de l'agent considéré.
Ressources de l'agent considéré.
La fonction de consommation microéconomique devient
CTt = (1.27)
Pour obtenir une fonction de consommation
macroéconomique, il convient de procéder à
l'agrégation. Une des conditions suffisantes d'agrégation est
que la structure par âge de la population soit constante.
On aura : 
C*t = á'1
Y*t + á'2
Ya*t + á'3
a*t+1 (1.28)
Avec C*t = , Y*t
= 
Chacun des á1, á2,
á3 dépend de la durée de vie et de t
(l'âge du ménage).
Pour déterminer le revenu anticipé,
ANDO et MODIGLIANI adoptent deux
formulations :
- La première consiste à admettre que le
revenu moyen anticipé est proportionnel au revenu courant, autrement dit
que Yta* = ß'
Y*t. Dans ces conditions, la fonction de
consommation devient en posant :
á1 = á'1 +
á'2 ß' á3 =
á'3
C*t = á1
Y*t + á3 a*t-1
(1.29)
- La seconde formulation consiste à distinguer le
revenu anticipé des personnes disposant d'un emploi du revenu
anticipé des chômeurs.
Ils obtiennent :
Yta* = (ß1 -
ß2) Y*t + ß2
Y*t. avec
ß2 < ß 1
(1.30)
Y*t = le
revenu global du travail ; Nt = le nombre de personne
disposant d'un emploi, Pt = population
active
ß 1 =
coefficient de proportionnalité entre le revenu anticipé et le
revenu du travail moyen des personnes disposant d'un emploi.
ß2 =
coefficient de proportionnalité entre le revenu anticipé et le
revenu du travail des chômeurs.
En remplaçant (1.31) dans (1.32), la fonction de
consommation obtenue sera de la forme :
C*t = á1
Y*t + á2 Y*t
+ á3 a*t - 1
. (1.31)
avec á1= á'1 + (
ß 1 - ß2 ). á `2 ;
á2 = á
`2 ß2 ; á3 =
á'3
Des études du budget des ménages
effectuées aux Etats Unis par MIRER40(*) (1979) ont
montré que les personnes âgées augmentent en
réalité leur épargne après leur départ en
retraite bien que les faits ne permettent pas de dire clairement s'il s'agit
d'un transfert entre générations (effet de
génération), ou du résultat d'une baisse de la
productivité dans les fonctions individuelles de consommation (effet
d'âge), ou encore d'une réaction étonnamment lente face
à des gains non anticipés ou enfin d'une réaction face
à une incertitude accrue.
Il ressort des études de ATKINSON41(*) (1971)
au Royaume Uni et WOLFF42(*) (1981) aux Etats-Unis que
l'HCV ne rend pas compte de la répartition observée des niveaux
du patrimoine.
Des études faites par RUGGLES
(1981) sur les ménages américains et
A. BABEAU43(*)(1983) en France laissent
apparaître :
- une stabilité assez remarquable du rapport
patrimoine - revenu sur la période étudiée;
- l'existence d'un patrimoine non nul au moment du
décès imputable dans un premier temps à la prise en compte
de l'incertitude quant à la date du décès et dans un
second temps au caractère altruiste des ménages qui de plus en
plus veulent transmettrent un héritage positif à la
génération suivante.
Ainsi, l'importance relative des motifs d'héritage et
de retraite dans les déterminants de l'accumulation patrimoniale fait
l'objet d'une controverse empirique chez les économistes.
*Pour MODIGLIANI, la durée de la
retraite est le déterminant principal du taux de l'épargne.
*Pour KOTLIKOFF44(*) (1979), les
transferts intergénérationnels sont l'explication principale de
l'épargne.
*D'après KESSLER et MASSON45(*) (1990),
on accumule le patrimoine pour deux mobiles :
- L'épargne pour soi qui
répond aux propres besoins du ménage.
- L'épargne pour autrui qui met en
jeu les relations sociales (volonté de léguer et prestige
social).
*FARREL46(*) (1970) pense que
l'incidence quantitative de l'épargne de solidarité sur le taux
de l'épargne des ménages dépend du taux de
l'intérêt et de l'importance (par rapport au revenu) de
l'héritage transmis.
Dans la réalité, les dons et legs entre
générations sont en fait fréquents, mais il est difficile
de dire s'ils sont dus au désir de laisser un héritage ou bien
qu'en raison de l'incertitude quant à la date du décès,
ils représentent des économies constituées en vue de la
retraite ou des économies de précaution qui n'ont pas
été dépensées.
Par ailleurs, il faut noter que cette théorie est bien
adaptée aux pays où l'éducation est coûteuse et
où la retraite n'est pas (ou peu) prise en charge par la
collectivité. Cette forme d'épargne forcée et
contractuelle n'empêche pas les ménages à vouloir
compléter la retraite par mutualisation d'une épargne
individuelle ou par capitalisation.
On retient de l'HCV qu'il reste un modèle analytique
intéressant et toujours d'actualité. Plusieurs études de
vérifications empiriques ont été menées. Elles ont
introduit l'incertitude sur les revenus, sur la durée de vie, sur
l'âge de la retraite, les considérations d'héritage,
l'inégalité des revenus et sur l'imposition des prestations
sociales dans le modèle de base. Le résultat a été
modifié sans toutefois changer les résultats essentiels de
MODIGLIANI.
Après avoir parcouru le processus de production de
l'épargne à travers les différents types de revenus, nous
allons aborder au chapitre suivant l'étude des variables qui influencent
le placement et l'affectation de l'épargne.
« Enrichissez-vous par le travail et
l'épargne »
GUISOT
CHAPITRE 2 : L'INFLUENCE DES instruments
de politique economique.
Deux types d' instruments de politique économique
agissent sur l'épargne des ménages :
- Les variables monétaires, constituées du
taux d'intérêt et de l'inflation.
- Les variables budgétaires, constituées de
la fiscalité et du crédit octroyé aux
ménages.
L'influence des taux ou des facilités au niveau
international est à prendre en compte dans une stratégie de
maintien de l'épargne dans le pays d'origine. Des taux
d'intérêts élevés, une fiscalité avantageuse,
une inflation maîtrisée dans les pays étrangers peut
occasionner la fuite de l'épargne vers ces destinations plus
attractives.
Un environnement politique stable encourage
l'épargne productive. L'instabilité politique et monétaire
nécessite l'inclusion d'une prime de risque dans la
rémunération de l'épargne. Quel que soit le taux de
rendement offert, les conditions de confiance des ménages
résidents par rapport aux institutions locales, la
sécurité économique et fiscale de leur placement ainsi que
les anticipations concernant le taux de change de la monnaie doivent pouvoir
être rassurants. La simple existence d'une stabilité politique et
monétaire ne suffit pas. Il est nécessaire de créer une
situation dans laquelle cette stabilité est anticipée, car les
décisions d'épargne sont fondées sur des risques
anticipés sur les variables monétaires ou
budgétaires.
I - Les variables monétaires
L'action des taux d'intérêts est à
l'origine d'une controverse entre les partisans des taux élevés
(classiques et néoclassiques) et des taux faibles (Keynésiens),
entre ceux qui lui accordent une importance capitale et ceux qui ne
reconnaissent aucun rôle à une politique de l'épargne. La
réaction de l'épargne au taux de l'intérêt est
difficile à déterminer. L'effet de substitution
montre qu'une hausse du taux peut stimuler l'épargne pendant que
l'effet de revenu montre qu'une hausse des taux peut au
contraire déprimer l'épargne.
L'inflation quant à elle est à l'origine
d'abord, de l'effet de fuite devant la monnaie, ensuite du
phénomène de reconstitution des encaisses réelles et enfin
de l'illusion monétaire.
1- LE TAUX DE
L'INTÉRÊT
D'après J.P.V. BENOÎT47(*) (1985), le taux de
l'intérêt «est un prix, le prix payé par
un emprunteur - un individu ou une institution, une institution
financière ou une autre personne juridique - au possesseur du capital
emprunté, en monnaie ou en nature, ou à l'épargnant qui a
déposé son argent, en rémunération des services
rendus par ce propriétaire de capital, ou cet épargnant qui a
volontairement et temporairement mis son avoir à la disposition de
l'emprunteur».
Le taux de l'intérêt nominal
rémunérant les dépôts est celui qui est
proposé aux épargnants lors du dépôt. Le taux de
l'intérêt réel est le taux nominal adapté pour
prendre en compte l'inflation ou plus précisément le taux
d'inflation escompté du public.
Dans l'optique où l'épargne est perçue
comme renoncement à consommer à court terme, le taux de
l'intérêt dans ce contexte est la rémunération de
cette privation. Pendant ce renoncement, les prix des biens peuvent augmenter.
L'arbitrage entre la consommation et l'épargne va alors dépendre
du taux de l'intérêt réel.
Les auteurs classiques et néoclassiques, d'Adam
SMITH à Milton FRIEDMAN, pensent que l'épargne
est fonctionnellement liée au taux de l'intérêt. Le taux de
l'intérêt agit donc de manière directe sur
l'épargne. Ainsi, une augmentation (resp. diminution) du taux
de l'intérêt doit entraîner, à revenu donné,
une augmentation (resp. diminution) de l'épargne et par
conséquent, une diminution (resp. augmentation) de la
consommation.
Pour I. FISHER48(*) (1926), le taux de
l'intérêt réel doit ajuster l'épargne à
l'investissement désiré. Il ne s'agit pas de l'équilibre
du marché des biens d'investissement pour lequel le prix des biens de
capital nouveaux joue le rôle de régulateur, mais d'un
équilibre financier entre les fonds requis par l'investissement et ceux
épargnés par les ménages. L'offre de fonds met en balance
le taux réel (le rendement) et le taux d'escompte psychologique
(le sacrifice). La demande résulte de la confrontation de la
productivité marginale du capital et de l'intérêt
réel (le coût du capital). A l'équilibre, toutes
ces grandeurs sont égales et le taux de l'intérêt
réel représente à la fois la préférence
pour le présent, le coût d'opportunité des fonds et la
productivité du capital.
Schéma classique
Demande d'investissement
Offre d'épargne
Taux de l'intérêt
Pour KEYNES49(*) (1936), l'intérêt n'a pas
d'importance et il n'est pas pris en compte dans les décisions de ceux
qui veulent se constituer un pécule au moyen de l'épargne.
L'intérêt est une grandeur purement financière. Il conteste
l'idée selon laquelle le taux de l'intérêt soit une
variable qui ajuste l'offre d'épargne et la demande des capitaux par les
investisseurs. Il relie la notion de taux de l'intérêt à
celle de préférence pour la liquidité. Le taux de
l'intérêt est le prix qui équilibre le désir de
détenir la richesse sous forme de monnaie et la quantité de
monnaie disponible. De ce fait, si le taux de l'intérêt est moins
élevé, le montant global de la monnaie que le public
désire conserver est supérieure à la quantité
offerte. Si au contraire, le taux est majoré, il y a un excédent
que personne ne voudra conserver. KEYNES pense alors que le
taux de l'épargne n'est pas déterminé par le taux de
l'intérêt mais par le revenu courant.
Schéma Keynésien
Offre de monnaie
Taux de l'intérêt
Demande de monnaie préférence
pour la liquidité
Le taux d'intérêt agit indirectement sur
l'épargne de plusieurs manières :
- Une élévation du taux de
l'intérêt a pour effet d'augmenter le coût du crédit
à la consommation et à l'investissement, de diminuer le volume du
crédit à la consommation et à l'investissement et par
conséquent, la consommation et le revenu.
- Une augmentation du taux de l'intérêt
provoque une diminution de la valeur du patrimoine financier des
ménages, qui entraîn |