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Localisation et traduction: vers une definition du profil de localisateur


par Alshtaiwi Ma'moun et Gonzalez Keren
Université Lumière Lyon 2 - LTMT lexicologie terminologie multilingue traductologie
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

Université Lumière-Lyon 2

Département de Langues Étrangères Appliquées

Master 2 Lexicologie et Terminologie Multilingues, Traduction (LTMT)

Karen GONZALEZ et Ma'moun ALSHTAIWI

LOCALISATION ET TRADUCTION :

VERS UNE DÉFINITION DU PROFIL DE LOCALISATEUR

Enseignant : Mme Pascaline DURY

Le 7 février 2008

SOMMAIRE

INTRODUCTION 3

1. Définitions : mondialisation, internationalisation et localisation 5

2. Rôle du traducteur dans l'internationalisation 5

3. Profil du localisateur 7

3.1. Compétences anciennes 7

3.2. Compétences nouvelles 8

4. Sous-profils 9

4.1. Gestionnaire de qualité 9

4.2. Gestionnaire de projet 10

5. Place du traducteur dans le marché de la localisation 10

5.1. Services informatiques vs services langagiers 11

6. Choix du traducteur 11

7. Formation du localisateur 12

RÉFÉRENCES 16

ANNEXE 1 17

Introduction

L'évolution des technologies de l'information et de la communication a introduit une nouvelle dimension dans les activités traditionnelles du traducteur, non seulement au niveau des outils de travail mais aussi en ce qui concerne son rôle dans la communication interlinguistique. Actuellement, l'activité du traducteur fait souvent appel aux applications informatiques, aussi bien pour des tâches de base comme le traitement de texte que pour la documentation à partir d'ouvrages sous format numérique (CD-ROMs), de ressources disponibles sur Internet (dictionnaires, glossaires, encyclopédies, etc.), et même à partir de forums de discussion en ligne et de listes de diffusion. De même, le recrutement de traducteurs s'effectue souvent par l'intermédiaire de sites, et la messagerie électronique est le principal moyen de communication entre le traducteur indépendant et le client, ainsi qu'entre les équipes de traducteurs.

Depuis quelques années, les produits et processus issus des nouvelles technologies sont devenus l'objet même de l'activité de traduction car les développeurs ont rapidement constaté le besoin de les faire parvenir à un public international. Dans ce contexte, le traducteur acquiert un rôle important dans la mondialisation des produits informatiques, un nouveau marché qui exige une adaptation, voire une redéfinition, des composantes du métier de traducteur. Par conséquent, ces liens entre la traduction et la mondialisation impliquent la nécessité de définir les caractéristiques essentielles du profil du traducteur spécialisé en localisation de produits informatiques.

L'objectif de ce dossier est précisément d'explorer cet ensemble de caractéristiques ainsi que d'autres aspects liés au domaine de la localisation. Notre étude se base principalement sur deux articles traitant plusieurs aspects de la localisation, et sur un troisième qui présente des notions de base sur les étapes de la localisation. Le premier article, intitulé Le Bagage spécifique du localiseur/localisateur, Le vrai nouveau profil requis (Gouadec, 2003), présente les aspects qui permettent de redéfinir le profil idéal du localisateur et de revendiquer son rôle dans les nouveaux marchés ; le deuxième article, La formation en localisation à l'université : pour quoi faire ? (Quirion, 2003), met en relief l'importance de la terminologie dans la localisation et aborde la problématique des programmes universitaires en localisation ; Le troisième article, intitulé Facets of software localization, a translator's view (Dolher, 1997), met l'accent sur l'organisation des projets de localisation de logiciels.

La structure de notre travail s'articulera donc en plusieurs sections correspondantes aux différents aspects de la localisation qui sont directement liés à notre problématique. Quelques considérations évoquées dans les articles mentionnés feront l'objet d'une synthèse suivie de nos réflexions personnelles, dans le but de présenter une vision plus holistique de la problématique.

1. Définitions : mondialisation, internationalisation et localisation

La localisation est une des étapes de la mondialisation qui consiste à adapter un produit et tout ce qui l'environne (processus, concepts, documentations...) aux normes culturelles et langagières ainsi qu'aux attentes du marché cible (Dolher, 1997). Quant à la mondialisation, elle désigne des liens d'interdépendance entre les hommes et leurs activités à l'échelle mondiale. Ce terme est utilisé actuellement pour désigner la diffusion mondiale des informations et l'expansion des activités économiques.

L'étape de la localisation est précédée par l'internationalisation, qui se manifeste par la réélaboration des produits afin de faciliter leur introduction et leur adaptation internationale. L'internationalisation doit également avoir lieu au moment de la conception du produit afin d'éviter des modifications postérieures, ce qui entraînerait des pertes financières. Il est évident que la composante linguistique doit être prise en compte dans l'ensemble du processus de mondialisation, qui se fait non seulement au niveau des produits eux-mêmes mais aussi au niveau de leur diffusion et de leur exploitation (Gouadec, 2003).

Pour internationaliser un produit informatique ou multimédia, il faut au moins trois agents : le concepteur (chargé d'internationaliser les produits), le rédacteur (chargé d'internationaliser les documents qui accompagnent les produits) et le traducteur (chargé de localiser la composante linguistique). D'où notre intérêt pour définir le rôle du traducteur dans le cycle de la mondialisation, ainsi que ses besoins pour faire face aux nouveaux marchés.

2. Rôle du traducteur dans l'internationalisation

Si l'internationalisation consiste à rendre utilisable un produit partout dans le monde, le traducteur se doit, quant à lui, de prendre en compte tout ce qui résiste à l'internationalisation. Autrement dit, il doit réfléchir aux modes de conceptualisation, aux raisonnements, aux systèmes de valeurs, aux points de vue et même aux possibles préjugés propres au pays où sera commercialisé le produit.

A cet égard, l'intervention du traducteur, que nous appellerons dorénavant localisateur1(*), s'organise en plusieurs séquences. Tout d'abord, en amont de la fabrication du produit puisqu'il est celui qui maîtrise les spécificités, les écarts prévisibles et peut signaler le travail linguistique déjà existant. Il transmet ensuite le contenu des matériaux au moment de l'exécution de la prestation de traduction. Enfin, il intervient en aval de la traduction pour la révision et la vérification de la réussite du produit. Par conséquent, le localisateur est responsable de l'adaptation de ce nouveau produit aux représentations culturelles et à la pratique langagière du public cible.

D'après les travaux de Daniel Gouadec, l'internationalisation d'un produit s'effectue en cinq phases, au cours desquelles le localisateur intervient à divers titres. La première phase correspond au « développement logiciel », étant donné que la localisation modifie le produit en lui-même. La phase suivante est le « traitement informatique du matériau à traduire », c'est-à-dire, le traitement du code, suivi du  « retraitement » de certaines composantes du produit, par exemple l'interface graphique, à laquelle succède la « traduction-adaptation » des matériaux linguistiques composant ce produit. A la fin du processus, il ne reste qu'une phase de traduction plus banale, celle des documents d'accompagnement (guides d'utilisateur, fichiers d'aide, etc.). A partir de cette description présentée par l'auteur, nous proposons le graphique suivant :

Graphique 1 : Phases de l'internationalisation d'un produit (logiciel ou site Web)

3. Retraitement

5. Traduction des documents d'accompagnement

1. Développement du produit

4. Traduction- adaptation

2. Traitement informatique

L'auteur met en relief que ce processus s'adapte à la pratique de la localisation dans les deux marchés principaux, à savoir : la localisation de sites Web et la localisation de logiciels. Il va de soit que la première moitié du schéma concerne principalement les concepteurs, les informaticiens, alors que la seconde concerne les localisateurs. Ceux-ci peuvent donc être amenés à travailler sur de nombreux types de documents et de formats de fichiers numériques, et par conséquent doivent avoir des connaissances pointues dans le domaine des technologies de l'information et de la communication. Celui-ci représente l'enjeu principal dans la définition du profil du localisateur, comme nous le confirmerons dans la section suivante.

3. Profil du localisateur

Le localisateur joue un rôle essentiel et majeur dans la localisation puisqu'il est chargé d'adapter non seulement des éléments linguistiques mais aussi de nombreux éléments culturels (pictogrammes, image, sons etc.). Son profil ne se définit pas seulement par son savoir-faire en matière de traduction mais également par sa connaissance approfondie du traitement des produits à localiser.

Le localisateur doit avoir une bonne maîtrise de la traduction spécialisée, de la réécriture, de la gestion de projets. Il doit être capable, grâce à sa connaissance de l'informatique et des outils adéquats, de traiter le matériau à localiser, si nécessaire en modifiant les menus, les icônes, les boîtes de dialogues, etc.

Afin d'effectuer son travail, il doit savoir traduire au-delà d'une certaine aisance de traduction, car quel que soit le matériau qu'il aura à traiter, le localisateur devra accomplir certaines tâches qui exigent de maîtriser les aspects théoriques et pratiques de l'internationalisation. Grâce à la mise en oeuvre de ces diverses compétences, il sera en mesure de mettre en place une véritable méthode de localisation : la vérification de l'internationalisation, l'établissement de la terminologie, la traduction, le contrôle de la qualité, etc. (Jean Quirion, 2003). Ainsi, le profil du localisateur rassemble une série de compétences que nous pouvons classer en deux groupes : les compétences anciennes et les compétences nouvelles.

3.1. Compétences anciennes

Le localisateur est un traducteur spécialisé parce qu'il sait traduire dans un domaine apparenté à un sujet particulier. Selon Gouadec (2003), le localisateur réunit les caractéristiques du traducteur le plus « abouti », car il est sensé avoir des connaissances en phraséologie, en rédaction, en relecture, en révision, en adaptation, et en réécriture, afin d'être capable de traduire tout type de texte. Il s'agit donc de l'ensemble de compétences qui caractérisent un « bon traducteur », appliquées à des domaines spécialisés très divers.

L'exercice de la localisation, comme toute activité de traduction, se fonde également sur l'activité terminologique. A la différence de Gouadec, Quirion insiste particulièrement sur l'importance de la pratique terminologique dans la localisation.

La terminologie étant une part intrinsèque des activités traductionnelles, qu'elles soient bilingues ou multilingues, elle constitue la pierre angulaire dans la pratique de la localisation. En effet, les localisateurs sont menés à établir des glossaires terminologiques qui constitueront un guide (individuel ou collectif) pour le repérage des équivalents dans les langues cibles, ainsi qu'un outil pour assurer la cohérence linguistique du produit à localiser. La terminologie introduit ainsi sa démarche onomasiologique au travers du produit à localiser, parce qu'adapter culturellement implique aller au-delà du mot ou du terme pour se pencher sur les concepts.

Selon Quirion, deux axes sous-tendent cette recherche terminologique : un axe horizontal qui consiste à la recherche terminologique dans le domaine concerné (par exemple une recherche terminologique dans les références juridiques de la culture cible) et un axe vertical qui tient compte de la famille du produit afin de veiller à ce qu'une cohérence rigoureuse opère entre toutes les versions différentes d'un produit. Dans le cas d'un logiciel, on respectera ainsi la terminologie adoptée lors de la précédente édition.

3.2. Compétences nouvelles

Les besoins actuels du marché et les progrès rapides de la technologie impliquent le développement de nouvelles compétences de la part des localisateurs. Ceux-ci ont tout à gagner à identifier clairement ces besoins et à les intégrer à leur profil.

Une des compétences souhaitées par les professionnels, et qui n'est pourtant pas mise en relief par la définition du métier de localisateur proposé par LISA (Localisation Industry Standard Association), est la spécialisation dans les matériaux informatiques et multimédia. De fait, comme nous l'avons précédemment expliqué, le processus de localisation implique une réflexion sur l'ergonomie que ce soit au niveau des interfaces (boite de dialogue), de la conception des logiciels, et même de la traduction en tant que telle.

A partir de cet ensemble de compétences, le profil idéal du localisateur correspondrait à ce que Gouadec (2003) appelle « un ingénieur en communication multilingue multimédia ». Nous précisons également qu'il ne s'agit pas d'un nouveau profil de développeur informatique, mais une variété de traducteur spécialisé, dont les compétences doivent s'adapter à l'ensemble des ses nouvelles activités de « documentaliste, recherchiste, technicien, terminologue, phraséologue, traducteur `proprement dit, adaptateur, relecteur, réviseur , gestionnaire de la qualité, post-éditeur, éditeur, infographiste et maquettiste au besoin, rédacteur toujours, concepteur de sites, intégrateur de pages Web opérateur spécialisé dans le traitement des fichiers (...) » (Gouadec 2003 : 70). De cette description exhaustive, surgissent des sous-profils de localisateur, dont les caractéristiques sont reformulées en fonction des besoins du marché de la localisation. Nous en présenterons deux de ces sous-profils que nous réunissons dans deux grand groupes : les gestionnaires de qualité et les gestionnaires de projet.

4. Sous-profils

Dans son ouvrage Profession : Traducteur, Gouadec (2006:65-66) présente deux sous-profils possibles de localisateur qui correspondent à deux types de compétences nécessaires à l'exercice de cette action. Il en parvient que le localisateur doit être un gestionnaire de qualité et un chef du projet pilote, ou gestionnaire de projet, deux sous-profils qui constituent déjà des métiers spécifiques dans le marché de la localisation.

4.1. Gestionnaire de qualité

Le gestionnaire de qualité appartient à ce que Gouadec denomine le « post-traducteur », qui doit assurer de satisfaire les standards de qualité de tout matériau traduit. Il doit être donc en mesure de vérifier et de garantir la qualité linguistique, technique et traductionnelle, soit en tant que relecteur (chargé de repérer des anomalies), soit en tant que réviseur (chargé de corriger ces anomalies et d'améliorer les traductions).

Plus le traducteur maîtrise la gestion de qualité, plus le matériau gagnera des chances de se localiser avec succès. Les différentes phases de la prestation de la localisation, détaillées précédemment, confirment le besoin de former une équipe de gestion de qualité qui doit être en mesure d'optimiser les résultats dans les délais établis à travers l'application systématique et rigoureuse des procédures de relecture et de révision.

4.2. Gestionnaire de projet

Dans l'étape que Gouadec appelle la « pré-traduction », le principal acteur est le gestionnaire de projet, chargé d'organiser les différentes prestations et les équipes de localisation, ainsi que de repartir les tâches de travail. De même, le chef de projet a des fonctions liées à l'administration du budget, à la prospection de clients et au recrutement des traducteurs et d'autres opérateurs qui interviennent dans la localisation.

Nous considérons que ce sous-profil du traducteur-localisateur joue un rôle indispensable dans le bon fonctionnement d'une équipe de localisation ainsi que dans l'établissement de contact avec les clients potentiels. Cependant, ces tâches de gestion de projets risquent souvent d'être reléguées à des acteurs qui ont de vagues connaissances en traduction, voire aucune, ce qui implique des considérations importantes dans l'établissement des projets (délais de traduction, résolution de problèmes de nature linguistique, préparation du matériau à traduire). Même si les sous-profils de localisateur commencent à se développer, il reste encore beaucoup à faire pour revendiquer le rôle du traducteur dans l'évolution de ces nouveaux marchés de travail.

5. Place du traducteur dans le marché de la localisation

Une fois définies les compétences et les qualités que doit réunir le traducteur-localisateur, il nous semble nécessaire de donner un bref aperçu de la place qu'il occupe dans le marché de la localisation. A cet égard, Dohler (1997) affirme que le traducteur doit non seulement maîtriser les outils informatiques inhérents à la localisation, mais aussi avoir une vaste connaissance du marché et des produits à localiser, ainsi qu'identifier sa place dans le cycle, compte tenu de ses propres limitations.

Il s'agit donc de définir les prestations de base et les prestations supplémentaires qui se situent dans le cadre du spécialiste en informatique et qui vont constituer la valeur ajoutée au travail du traducteur. Ce nouveau marché donne lieu à des configurations compétitives auxquelles doit faire face le traducteur indépendant, car les projets de localisation exigent souvent une grande gamme de services, de l'expérience technique et des prestations rapides et efficaces, caractéristiques qui font penser immédiatement à des groupes ou à des sociétés de localisation.

5.1. Services informatiques vs services langagiers

Compte tenu de l'ampleur des projets de localisation, les localisateurs indépendants optent souvent pour joindre une société qui jouera le rôle de médiateur entre le client et le localisateur. Gouadec (2003) fait référence à la rivalité existante, en Europe, entre deux groupes principaux de sociétés :

§ Les sociétés de service informatique, consacrées aux applications techniques et qui assument également les tâches de traduction (au moyen d'un traducteur sous-traité, d'un technicien qui maîtrise un peu la langue d'arrivée, ou même d'un moteur de traduction).

§ Les sociétés de service langagier ou d'ingénierie linguistique, qui assurent des prestations linguistiques aussi bien qu'informatiques, qui comptent sur des traducteurs avec de bonnes connaissances en informatique (salariés ou indépendants) et éventuellement sur des informaticiens sous-traités.

Dans le contexte de la mondialisation, il paraît évident que les localisateurs s'organisent dans des équipes de travail capables d'assurer des prestations à la hauteur des exigences du marché. Il paraît donc fondamental de revendiquer la place des localisateurs dans ces marchés très compétitifs, tout en mettant en valeur l'importance de la qualité linguistique qui reste souvent subordonnée aux prestations techniques. Pour cette raison, il est important que le localisateur développe une stratégie de valorisation de sa part de marché, précédée par l'acquisition des nouvelles compétences qu'il exige.

6. Choix du traducteur

Le marché de la traduction évolue constamment, notamment grâce à l'introduction de la composante informatique. Le traducteur est donc régulièrement confronté à choisir une nouvelle stratégie pour faire face aux nouvelles exigences des clients et aux nouvelles dimensions du métier de localisateur.

Comme l'indique Gouadec (2003), le traducteur a toujours le choix de n'accomplir que les tâches « dont il a l'habitude », c'est à dire, les tâches inhérentes à la traduction d'un texte écrit ou oral (interprétation, réexpression, relecture, adaptation si nécessaire,...). Cette stratégie serait la moins rentable car le client serait obligé de demander l'intervention d'un spécialiste en informatique capable de complémenter le processus de localisation. Par conséquent, la solution la plus convenable pour l'entreprise serait de contacter directement la concurrence (des techniciens qui « font » de la traduction, des sociétés de courtage et des sociétés de services linguistiques et langagiers).

De même, le traducteur peut se décider à conquérir ces nouveaux marchés, tout en acceptant que la composante technologique représente une valeur ajoutée à son travail et qu'il est toujours possible de se former pour faire face à cette composante inhérente à la localisation. Nous considérons que cette approche serait la plus envisageable, même si elle implique des enjeux importants en ce qui concerne la formation pour l'acquisition du profil de localisateur.

7. Formation du localisateur

Ayant proposé une esquisse des principales caractéristiques du profil du localisateur, il nous reste à envisager les moyens d'acquisitions des compétences au niveau linguistique aussi bien qu'au niveau technologique. En considérant ces deux niveaux de compétences requises, Quirion (2003) examine les deux possibles programmes universitaires pour l'enseignement de la localisation : les programmes spécialisés en localisation adressés aux diplômés en informatique et ceux adressés aux diplômés en traduction. S'ajoute une troisième option de formation envisageable concernant les programmes pour les candidats qui n'ont aucune expérience ni en traduction ni en technologie.

Le premier programme, visant les diplômés en informatique, impliquerait des enjeux de formation linguistique énormes (il faudrait déjà maîtriser au moins deux langues pour être initié à la traduction). Quant à la deuxième option, visant les traducteurs qui cherchent à se spécialiser dans les outils et méthodes informatiques, c'est le type de programme le plus fréquemment proposé par certaines universités, même si parfois ils ne proposent que l'apprentissage de quelques éléments isolés du métier de la traduction (la traduction assistée par ordinateur, la conception de sites web, etc.). Le troisième programme impliquerait la formation parallèle dans les deux composantes, linguistique et technologique, d'une façon approfondie qui résulte encore moins envisageable que la première option. Pourtant, il existe des formations de courte durée proposée aux non-spécialistes ni en traduction ni en technologies, ainsi que des cours ad hoc (notamment dans le domaine de la technologie et de la gestion de projets). A cet égard, Quirion (2003) propose la classification suivante des formations à la localisation concevables et existantes (en 2003 et selon ses recherches) :

Tableau 1 : Formations en localisation

Catégories de programmes concevables

Formation courante

Formation à la traduction destinée aux spécialistes en technologies

Non offert

Formation aux technologies destinée aux spécialistes en traduction

Formation de langagiers aux technologies

Formation double (en traduction et en technologie)

Non offert

[Autres]

§ Séminaires et ateliers de courte durée

§ Cours recyclés et ad hoc

§ Formation à la technologie ou à la gestion de projet de candidats ni traducteurs ni spécialistes de la technologie

De cette façon, Quirion illustre l'importance de la définition de programmes pour la formation de localisateurs, axés sur l'acquisition des compétences nécessaires pour être à la hauteur des nouveaux marchés. Les options dans la formation continue s'avèrent plus nombreuses, dispensée par des universités, par des associations de traducteurs ou par des organisations privées, mais certains n'y voient qu'une solution temporelle et limitée aux besoins de formation. Ayant effectué une recherche rapide sur les offres de formation en traduction et en localisation en France (voir Annexe 1), nous avons constaté qu'il y a de plus en plus de programmes universitaires axés sur ce métier à compétences multiples. Même si l'équilibre entre les composantes linguistiques et technologiques n'est pas encore évident, nous pourrions nous contenter du fait qu'une certaine expertise préalable en traduction est indispensable au moins dans le plan académique.

De même, Gouadec (2003) réaffirme ce besoin actuel de proposer des formations complémentaires aux traducteurs déjà formés, dont le programme serait consacré à l'analyse des produits ou matériaux à localiser, à la mise à point des techniques de traduction de ces matériaux et à l'acquisition des compétences technologiques inhérentes à la localisation.

Selon son expérience dans l'enseignement de la traduction, Gouadec affirme que la familiarisation avec les outils informatiques serait indispensable dans toute formation à la localisation, mais la base fondamentale de ce domaine sera toujours la traduction, l'informatique n'étant « qu'un outil au service du traducteur » (2003). Ainsi, les compétences requises dans la localisation de produits et supports informatiques constituent non seulement la base de ce nouveau profil du traducteur, mais aussi le point de départ pour la reformulation des programmes universitaires existants.

CONCLUSION

La redéfinition des compétences du traducteur s'avère nécessaire pour son adaptation à ces nouveaux marchés de travail qui s'inscrivent dans la mondialisation des produits. Nous avons constaté que même s'il s'agit d'un nouveau métier, avec des caractéristiques de plus en plus spécialisées, la localisation est avant tout une variété de traduction qui se spécialise dans le traitement de matériaux informatiques et multimédia. D'où la dénomination proposé par Gouadec pour mieux cerner ce profil à compétences multiples : ingénieur en communication multilingue multimédia.

A l'ensemble des compétences anciennes et des compétences nouvelles s'ajoute le besoin de revendiquer la place du traducteur dans ces nouveaux marchés tellement compétitifs. L'enjeu est donc double, car il ne s'agit seulement de conquérir la part du gâteau qui reste souvent reléguée à des sociétés de services techniques (qui sous-traitent des traducteurs si besoin est), mais aussi de trouver des stratégies d'adaptation aux nouvelles exigences des clients et aux nouveaux produits à traiter.

Par conséquent, la formation à la localisation s'avère essentielle pour un traducteur qui décide de pénétrer ces marchés émergeants. Bien que la formation continue soit l'option la plus rapide pour assurer cette formation complémentaire en technologies, nous constatons que les programmes de formation initiale en traduction (en France) commencent déjà à introduire des enseignements plus orientés vers les métiers de la localisation. Cependant, il faudrait encore surmonter des problèmes concernant principalement la formation de formateurs en localisation, ainsi que l'acquisition des ressources matérielles inhérentes à la formation.

A partir des recherches que nous avons faites dans ce domaine spécialisé de la traduction, nous nous sommes aperçus que la plupart des recherches en localisation présentent une approche purement technique ou économique. De même que très peu de spécialistes en localisation se consacrent à l'enseignement, très peu de chercheurs s'investissent dans des études sur les divers aspects de la localisation en tant qu'activité de traduction, ce qui semble un peu étonnant si les enjeux académiques et économiques que cette activité implique. Probablement, la revendication devrait commencer par la normalisation du terme le plus approprié pour ce nouveau profil de traducteur, appelé indistinctement localisateur, localiseur, traducteur-localisateur, traducteur spécialiste en localisation et ingénieur en communication multilingue multimédia.

RÉFÉRENCES

Dohler, P. (1997). Facets of Software Localization A Translator's View [en ligne]. Translation Journal 1, Volume 1, janv. 2008 [consulté le].

< http://accurapid.com/journal/softloc.htm>

Gouadec, D. (2003). Le bagage spécifique du localiseur/localisateur, le vrai « nouveau profil » requis [en ligne] : Communication présentée lors du Colloque sur la Localisation tenu à l'Université McGill, Montréal, du 25 au 27 avril 2002, sous la direction de James Archibald. Montréal : Les Presses de l'Université de Montréal, déc. 2007 [consulté le].

<http:www.erudit.org/revue/meta/2003/v48/n4/008724ar.html>

Gouadec, D. (2002). Profession : traducteur. Paris : Maison du Dictionnaire. 51-70.

Quirion, J. (2003). La formation en localisation à l'université : pour quoi faire ? [en ligne] : Communication présentée lors du Colloque sur la Localisation tenu à l'Université McGill, Montréal du 25 au 27 avril 2002, sous la direction de James Archibald. Monréal : Les Presses de l'Université de Montréal, déc. 2007 [consulté le].

<http:www.erudit.org/revue/meta/2003/v48/n4/008724ar.html>

Bibliographie recommandée

Gambier, Y. (2006). Mondialisation en cours et traduction. Meta, vol. 51, No 4. Montréal : Presses de l'Université de Montréal. 848-853.

Quirion, J. (2006). La localisation, palimpseste de l'aménagement terminologique ? Stratégies d'implantation terminologique et marketing. Meta, vol. 51, No 4. Montréal : Presses de l'Université de Montréal. 824-837.

ANNEXE 1

Quelques formations en localisation proposées en France2(*)

- Master Langues et Technologies. Université du Littoral Côte d'Opale - Boulogne sur Mer

< http://www.univ-littoral.fr/form/form_init/pdf/master_lt.pdf>

- Master LEA Traduction spécialisée multilingue. Université Stendhal Grenoble III

< http://www.u-grenoble3.fr/MTPTSPE/0/fiche___formation/>

- Master en traduction spécialisée multilingue : technologie et gestion de projets. Université Charles-de-Gaulle Lille III

< http://documents.univ-lille3.fr/files/pub/www/formations/masters/LEA/LCI_ELEA_TSM.pdf>

- Master Langues étrangères et outils modernes de la traduction. Université Paul Verlaine- Metz

< http://www.univ-metz.fr/ufr/ll/lesformations/masterlea/index.html>

- Master ILTS industrie de la langue et traduction spécialisée. Université Paris Diderot

< http://www.univ-paris-diderot.fr/formation/Specialite.php?NS=869>

- Master Professionnel de Traduction : Traduire en ligne. Université Paris 8

< http://www.univ-paris8.fr/T3L/article.php3?id_article=42>

- Master "Métiers de la traduction et de la communication multilingue et multimédia". Université de Rennes II

< http://www.master-en-traduction.net/>

-  Master de Traduction de Produits de Communication Multisupports. Université Jean Monnet St Etienne

< http://portail.univ-st-etienne.fr/54207_705/0/fiche___formation/>

- Master CAWEB : Création de sites multilingues, localisation et gestion de contenu. Université Marc Bloch - Strasbourg

< http://desscimm.u-strasbg.fr/caweb/>

* 1 Il est possible de l'appeler localisateur ou localiseur, car le terme n'a pas encore été normalisé.

* 2 Source : http://www.lexicool.com/courses_france.asp?IL=1









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