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Cultures maraîchères et sécurité alimentaire en milieu rural


par Siégnounou BOGNINI
Université de Ouagadougou - Master II recherche 2010
Dans la categorie: Sciences
   
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I.CULTURES MARAICHERES ET DISPONIBILITE ALIMENTAIRE

Les cultures maraîchères offrent aux ménages une gamme variée de produits alimentaires entrant pour la plupart dans la composition des sauces. Ces produits accompagnent généralement les aliments de base qui varient des céréales aux tubercules en fonction des régions. Par exemple, dans les pays sahéliens, les aliments de base sont constitués de céréales (mil, sorgho, maïs, riz, etc.) tandis que dans les régions côtières les tubercules comme le manioc, les ignames, et la banane plantain sont les aliments de base.

La contribution du maraîchage à la disponibilité alimentaire est décrite par plusieurs auteurs à travers l'approvisionnement des villes en légumes. Dans les villes, l'activité est généralement développée en zone périurbaine. Ainsi, la part de jardins situés dans la ville et dans la périphérie proche représente 80 % de l'approvisionnement en légumes-feuilles pour Brazzaville ; 100 % pour Bangui ; 90 % pour Bissau et Antananarivo. Pour les autres légumes, les zones rurales jouent un rôle important dans l'approvisionnement, même pour un produit périssable comme la tomate (MOUSTIER P. et DAVID O., 1997). La part des champs villageois dans l'approvisionnement en tomate (zones situées à plus de 50 kilomètres du centre urbain) est de 80 % à Brazzaville, 60 % à Bangui et 50 % à Bissau. A Abidjan, la tomate provient de zones rurales situées à plus d'une centaine de kilomètres de la ville. Les légumes frais contribuent à assurer l'autosuffisance et la sécurité alimentaire, à améliorer la qualité nutritionnelle de l'alimentation des consommateurs urbains et la santé physique et psychologique grâce à l'intensification de l'activité physique (Agriculture urbaine, 2001).

Une enquête menée sur 42 maraîchers dans les périphéries de la Havane à Cuba a montré la contribution du maraîchage à l'augmentation significative de la quantité d'aliments (MOSKOW A., 1995). En moyenne, les jardiniers nourrissent 5,8 membres de leur famille immédiate et fournissent des aliments provenant de leur jardin à 9,5 personnes de la famille élargie. En moyenne, les jardins répondent à 60% des besoins en légumes des familles.

Le potentiel important des jardins familiaux a donné lieu à de nombreux projets de jardinage parrainés par les Organisations Non Gouvernementales (ONG), les gouvernements et les organismes des Nations Unies. C'est le cas du projet Croix Rouge au Mali qui en partenariat avec la Croix Rouge Suisse, a réduit les risques d'insécurité alimentaire auxquels sont exposés les ménages de Gouand, localité située au Nord du pays, en combinant plusieurs activités : santé communautaire, sécurité alimentaire et eau/assainissement. Au niveau de la sécurité alimentaire, l'objectif a été de renforcer les stocks de vivres et leur accessibilité grâce aux cultures maraîchères. Ainsi, chaque groupement maraîcher féminin sélectionné par sa vulnérabilité a bénéficié d'outil de travail (daba, pioche, binette, etc.) et les semences (laitue, betterave, chou, carotte, oignon et tomate). Le projet a eu des effets positifs sur la sécurité alimentaire des ménages concernés en améliorant la disponibilité en légume dans la région où cette activité n'était presque pas pratiquée (Fédération Internationale des Sociétés de la Croix rouge et du Croissant Rouge, 2008).

Selon le rapport sur la conférence internationale sur l'agriculture biologique et la sécurité alimentaire FAO (2007), le projet Pro Huerta a permis à 3,5 millions de personnes pauvres en Argentine d'être auto-suffisants à 70% en légumes frais grâce à la création de jardins maraîchers biologiques au profit de familles vulnérables.

Cependant, certains auteurs ont montré que la contribution des cultures maraîchères à la sécurité alimentaire n'était pas évidente à tous les niveaux. Ils l'ont prouvé à partir de la composition des légumes, leur mode de consommation ainsi que les quantités et variétés consommées.

Ainsi, pour ce qui est des variétés et quantités consommées, une étude menée par BOGNINI S. (2006) à Goundi et à Réo au Burkina Faso a montré que seulement 5% des légumes étaient consommés par les ménages des maraîchers. Les quantités consommées étaient faibles et réservées à certaines variétés (oignon, tomate et chou). Les autres produits ne sont consommés que lorsqu'il y a des invendus et dans ces conditions l'état nutritionnel des producteurs ne peut s'améliorer par la seule croissance des disponibilités des produits maraîchers. `

22 exploitants maraîchers à Niamakori, localité située à proximité de Bamako affirmaient selon
ZALLE D. (1999), que l'activité maraîchère était un moyen pour eux de gagner de l'argent.
Toute leur production était vendue sur les marchés de cette ville. Les produits du jardin sont peu

utilisés dans le régime alimentaire local et quand cela arrive c'est parce qu'ils étaient abîmés ou s'étaient détériorés. Dans ces conditions, l'amélioration de l'état nutritionnel par les produits maraîchers devient secondaire.

II.CULTURES MARAICHERES ET APPORT NUTRITIONNEL II.1. Cultures maraîchères et régime alimentaire

Les résultats sur la contribution des cultures maraîchères à l'amélioration du régime alimentaire sont présentés par certains auteurs sous forme d'étude de cas ou d'analyse comparative.

Les stratégies de lutte contre l'insécurité alimentaire des projets et programmes visent entre autres pour l'objectif l'amélioration nutritionnelle. Ainsi, le jardinage, par exemple, peut être une stratégie de diversification alimentaire à des fins nutritionnelles, développé aux niveaux des ménages. La contribution du maraîchage à l'amélioration du régime alimentaire est souvent perçue par certains auteurs sous l'angle de l'apport des produits maraîchers en vitamine A. Des enquêtes nutritionnelles indiquent que la malnutrition chez les enfants ainsi que plusieurs pathologies (maladies infectieuses, parasitaires, etc.) sont très répandues et que la vitamine A est un micronutriment essentiel au bon fonctionnement de l'organisme, et notamment au système immunitaire. L'avitaminose A demeure un grave problème dans les pays pauvres. Elle est sans doute liée à la faible consommation d'aliments riches en vitamine A et en carotènes. Les signes cliniques révélateurs de la carence en vitamine A incluent la cécité nocturne, la tâche de Bitot et l'ulcération de la cornée (FABER et al. 2002). Les légumes sont des aliments complémentaires de choix et d'une importance capitale pour renforcer la résistance de l'organisme aux maladies. La consommation des légumes améliore grandement l'alimentation car on trouve beaucoup d'éléments de croissance de l'être humain tels que les vitamines, les sels minéraux et les oligoéléments (KINKELA. S., 2001). Ces facteurs font que les légumes soient indispensables à la santé et à la conservation de l'espèce humaine. Selon toujours, KINKELA. S., (2001) les légumes se distinguent par un ou plusieurs constituants utiles selon la partie comestible. Ainsi, les légumes fruits par leur richesse en protéine, les légumes racines ou bulbes en hydrate de carbone et les légumes feuilles en vitamines surtout C et les sels minéraux (fer, calcium, magnésium soufre, etc.). Certains légumes contiennent même des huiles étheriques (céleri,

oignon, ail) qui stimulent l'appétit. L'augmentation de la consommation des légumes est la meilleure façon d'améliorer la qualité du régime alimentaire.

Selon DELISLEN. H et al (2003), le Bangladesh offre un exemple convaincant de ce qui peut être accompli grâce à la promotion des jardins familiaux pour la vitamine A. Un projet pilote a d'abord permis de vérifier que moyennant un appui technique et financier, il était possible de stimuler la production de fruits et de légumes en toute saison et d'augmenter par ce biais les apports nutritifs aux femmes et aux enfants.

La consommation de légumes par les enfants de ménages ayant un jardin amélioré était de 60 % supérieure à celle d'enfants de ménages ayant des jardins traditionnels au Bangladesh (TALUKDER et al. 2000). Le projet a depuis été étendu à l'échelle nationale au Bangladesh et reproduit dans d'autres pays. Une approche comparable a été adoptée en Inde pour promouvoir les jardins familiaux, dans une région sujette aux sécheresses et dont 77 % de la population avaient des apports de vitamine A insuffisants (CHAKRAVARTY I., 2000). On a pu noter, dans la zone du projet, une proportion accrue de ménages cultivant des légumes feuillus vert foncé et d'autres végétaux sources de vitamine A, une augmentation significative de la consommation de ces produits.

Leur contribution au régime alimentaire est également décrite à travers des variables sanitaires. Ainsi, dans cette même localité les signes cliniques de carence en vitamine A a diminué trois fois moins de cécité nocturne et deux fois moins de xérosis conjonctival.

Certains auteurs l'ont apprécié à travers des études comparatives. En Tanzanie, un projet conjoint d'horticulture, de promotion de séchoirs solaires et d'éducation nutritionnelle a été mis en oeuvre sur une période de 7 ans. La zone d'intervention a alors été comparée à une zone témoin. La proportion de ménages produisant des fruits et légumes sources de vitamine A était de 66 % dans la zone d'intervention, contre 20 % dans la zone témoin (KIDALA et al. 2000).

U n programm e de jardin fam iliaux en A friq e u S d a m on ré ue les app de

vitam ines B6 et C d'enfant d fam ille ayant un jardin étaient supérieur ceu d'enfants

dont les fam illes n'avaient pas de jardin (FABER et al. 2002).

En outre, même si le jardinage avait peu d'effets sur l'apport en énergie et en micronutriments des
enfants, les apports de riboflavine, de pyridoxine et de vitamine C des enfants de ménages avec jardins

étaient significativement plus élevés que ceux des ménages sans jardin, ce qui met en lumière les bienfaits nutritionnels autres que l'apport accru de vitamine A (FABER et al. 2002).

Les cultures de plein champ fournissent la majeure partie de l'énergie nécessaire aux ménages, tandis que le potager complète le régime alimentaire avec des fruits et des légumes riches en vitamines, des végétaux de base énergétiques, des herbes aromatiques et condiments. Les jardins familiaux contribuent à la sécurité alimentaire et à la nutrition des ménages en leur offrant un accès direct à des aliments variés pouvant être récoltés et préparés pour les membres de la famille, souvent tous les jours. Ils peuvent devenir la source principale de nourriture du ménage durant les périodes difficiles (MARSH R,.1998).

CHADHA, M.L. et OLUOCH, M.O (2003) montrent que l'accroissement de la production maraîchère renforce la sécurité alimentaire des petits agriculteurs. Cette production constitue une stratégie de complément alimentaire jouant un rôle important dans la lutte contre les carences aiguës en micronutriments notamment des femmes dans la mesure où les légumes sont riches en micronutriments et des composantes majeures d'un régime alimentaire sains.

Au Libéria, la guerre civile avait forcé des milliers d'agriculteurs à émigrer vers Monrovia en quête de sécurité et de nourriture. Les personnes déplacées se sont installées chez des parents ou dans des camps en zone périurbaine, mettant à rude épreuve les disponibilités alimentaires et les services sociaux de la ville. A cause de la surpopulation et du chômage, de nombreuses familles ne pouvaient se nourrir correctement et les enfants sont dénutris.

Face à cette situation, la FAO a fourni à 2 500 familles d'agriculteurs, touchées par la guerre un soutien par la mise en oeuvre d'un projet d'aide d'urgence au secteur agricole visant à réduire la malnutrition chez les enfants par l'affectation de terrains pour la production de cultures maraîchères. La production de légumes frais et leur vente dans les marchés locaux ont contribué à renforcer les disponibilités alimentaires de Monrovia (FAO, 2007). Ces activités ont entraîné une augmentation de la production de légumes, une meilleure nutrition et une baisse sensible des cas de malnutrition dans les camps de personnes déplacées.

NZOLAMESO M. B. (2007), montre qu'à Kinshasa, les cultures maraîchères constituent une alternative à l'insécurité alimentaire. Parmi les avantages de cette culture, il met en évidence l'apport qualitatif des produits maraîchers à la sécurité alimentaire en se référant à la composition d'une bonne alimentation qui contient une série d'éléments (les glucides, les

protéines ou protides, les vitamines et les sels minéraux). Il fait une comparaison entre la valeur alimentaire et nutritionnelle des différents légumes par 100g de matière comestible. Les légumes concernés sont les légumes fruits (gombo, aubergine), des légumes feuilles (amarante, baselle) et des légumes racines (carotte). En termes de contribution à la sécurité alimentaire, la filière maraîchère s'illustre principalement par l'amarante qui représente, de tous les légumes cultivés, le plus grand pourvoyeur en éléments nutritifs. Ses feuilles représentent 60 à 70% du poids frais des pousses, riches en protéines (3,6- 4,6%) et en vitamine C (64 mg/100g de matière comestibles). Du point de vue nutritionnel, la filière maraîchère contribue jusqu'à 1,3 Kcal et 8,1g des protéines par tête d'habitant. Bien que relativement faible, elle constitue un complément nutritionnel intéressant par rapport à la sécurité alimentaire. Les approch es de diversificatio alim entaire, en am éliorant la disponibilit et l'accessibilité d'alim ent sources ddivers nutrimen ts c o ntrib uen l sécurité alim entaire (RUBAIHAYO E.B., 2002), laquelle a aussi une dimension qualitativ et ne se lim ite pa à la quantité de nourriture et répond aux besoins énergétiqu e s .

Il est un fait que la disponibilité en quantité et en qualité est assurée par l'approvisionnement permanent en légumes produits localement et l'accessibilité de la population à ceux-ci constituent des facteurs de contribution de la filière maraîchère à la sécurité alimentaire.

La composition des légumes a été utilisée par ces auteurs pour justifier la contribution des produits maraîchers à l'amélioration de l'état nutritionnel des ménages. En plus, les produits maraîchers assurent une disponibilité en aliments comme le soutien la sécurité alimentaire. L'importance du rôle des légumes dans l'amélioration du régime alimentaire explique l'intervention de la FAO, et des autres programmes dans la promotion des cultures maraîchères.

Cependant, d'autres auteurs ont, lors de leur analyse faire ressortir des éléments de désaccords. Ces derniers se sont plus fondés sur des indicateurs comme les motivations pour la culture des légumes, les modes de consommation, les variétés, les quantités consommées, etc.

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