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La construction de territoires imaginaires par et pour les diasporas à  travers trois radios locales grenobloises

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par Elsa Mathews
Université Stendhal - CoMundus: Media, Communication and Cultural Studies 2010
Dans la categorie: Communication et Journalisme
  

Disponible en mode multipage

La construction de territoire imaginaire par et pour les diasporas à travers trois radios locales grenobloises

Introduction

Cette étude vise à mieux comprendre les trois diasporas ; juive, maghrébine, et d'Afrique sub-saharienne et les manières dont elles s'expriment dans l'espace médiatique français. Je trouve que cet acte de communication est non seulement un effort vers la diffusion de l'information à propos de la diaspora, mais c'est aussi un processus par lequel chacun affirme son identité sur les ondes. Pour ce faire, nous nous sommes penché tout d'abord sur la notion de territoire.

Selon le dictionnaire Le Robert, dictionnaire de la langue française le mot « territoire » a trois significations. Le premier : « étendue de la surface terrestre sur laquelle vit un groupe humain ; une collectivité politique nationale, pays, nation, parfois état» ; le deuxième «Etendue de pays sur laquelle s'exerce une autorité, une juridiction » ; le troisième « Etendue de pays qui jouit d'une personnalité propre mais ne constitue pas un Etat souverain ».

Mais quand un individu ou un groupe quitte ce territoire pour un autre, la mémoire de son propre territoire reste toujours en lui. Eloignés de leurs territoires d'origine les étrangers commencent à construire leur territoire imaginaire sur le territoire d'accueil. En effet, il y a d'un côté les lieux ou territoires d'origine, qui sont parfois des «patries perdues», avec lesquels une population diasporique s'efforce de maintenir un lien ne serait-ce qu'imaginaire. Et il y a le territoire d'installation ou d'accueil, étranger par définition, mais dans lequel les communautés diasporiques cherchent un ancrage territorial à l'aide de marqueurs, ou en créant des micro-territoires se

référant à la mémoire du territoire d'origine. (Bruneau, 2006).

Décrivant la notion de l'imaginaire national Benedict Anderson écrit que l'idée du nationalisme est un imaginaire « parce que même les plus petites des nations ne connaîtront jamais la plupart de leur concitoyens : jamais ils ne les croiseront ni ne les entendront parler d'eux, bien que dans l'esprit de chacun vive l'image de leur communion...1Les communautés se distinguent, non par leur fausseté ou leur authenticité mais par le styles dans lequel elles sont imaginées2 ». Alors qu'Anderson parle de phénomene du nationalisme dans le pays, ce sentiment du nationalisme peut se transporter avec les peuples qui quittent leur territoire propre pour un autre.

Si les magasins, les écoles, les monuments et les bâtiments construits par des membres de la diaspora sont considérés comme des « ancres territoriales »3, les arts, spectacles, cinéma, médias, littérature offrent l'espace pour le déroulement de l'imaginaire de la diaspora. Les films de la diaspora indienne demeurant aux Etats-Unis et en Angleterre sont une preuve de ce phénomène4. En France, les écrivains d'origine Afrique sub-saharienne expriment leur expérience dans la diaspora5. Un territoire imaginaire ou se manifestent leur identité, leur mémoire des «patries perdues » ainsi que leurs conflits, leurs

1

Benedict Anderson : L'Imaginaire National : Réflexions sur l'origine et essor du nationalisme ; La Découverte/Poche p. 19.

2 Ibid p20

3 Michel Bruneau : Les territoires de l'identité et la mémoire collective dans Espace Géographique 2006/4 À Tome 35. Disponible sur www.cairn.info.

4

Pendant la décennie il y a plusieurs films provenant de la diaspora indienne reflétant les dilemmes et les conflits de la diaspora indienne à étranger. Les plus connus sont Bend It Like Beckham basé sur la diaspora indienne qui vit en Angleterre et The Namesake/Un nom pour un autre basée sur la diaspora indienne aux Etats Unis.

5 Malela B Buata : Les écrivains de la diaspora africaine francophones en France dans Contextes ; Juillet 2010. Disponible sur www.contextes.revues.org.

tensions et leur insertion dans leur territoire d'accueil. Dans ce territoire la diaspora réinvente ses coutumes, les manières de son pays d'origine par ses couleurs, ses présentations, ses paroles. Cette réinvention est basée sur la connaissance et la mémoire des membres de la diaspora. La plupart du temps elle réussit à créer un territoire auquel tous les peuples de la diaspora peuvent s'identifier, appartenir et participer.

Ce mémoire explore les manières dont les diasporas juives, maghrébines et d'Afrique sub-saharienne de la région iséroise construisent leur territoire imaginaire sur trois radios diffusant à Grenoble ; Radio Kol Hachalom, Beur FM, et Radio Kaléidoscope. Alors qu'il existe une diaspora italienne à Grenoble qui se diffuse par la Radio italienne, je ne la retiens pas dans mon étude en raison des limitations linguistiques que je me suis donnée.

Dans le premier chapitre nous étudierons la question des représentations mentales comme facteurs de la construction de stéréotypes relatifs aux immigrés issus de pays autrefois colonisés. Vivant dans un territoire différent de celui de leur origine ces peuples sont confrontés au dilemme de leur représentation pour eux-mêmes et pour les citoyens ou le pays qui les accueille. Alors qu'ils voudraient garder les symboles, les habitudes et les coutumes qui définissent leur singularité, ces mêmes éléments deviennent les moyens par lesquels ils sont identifiés ou séparés par les habitants du pays d'accueil. Dans ce processus ils construisent un stéréotype qui sert à communiquer leur culture aux autres. De leur côté les habitants du pays d'accueil basent leur perception de cet étranger sur leurs idées réelles ou imaginaires, ce qui peut les conduire à la méconnaissance ou à une augmentation de préjugés et construire un stéréotype négatif par rapport à l'autre.

Dans le deuxième chapitre, j'élabore les idées qui ont construit les stéréotypes
de la diaspora juive; la politique fasciste et le développement de la radio.

J'observerai la radio À média puissant pendant cette période marquée par la deuxième guerre mondiale, comme un art ainsi qu'un vecteur de communication et d'expérimentation de ces représentations.

Le troisième chapitre de ce mémoire aborde le thème de la diaspora et fait une esquisse des trois diasporas qui nous concernent : juive, maghrébine et d' Afrique sub-saharienne.

Il est facile de catégoriser tous les individus et groupes qui quittent leur territoire d'origine pour s'installer dans un autre comme « des immigrés », selon Simone Bonnafous le terme « immigré » est un participe passé qui exprime un état autant que le résultat d'une action. Officiellement, l'immigré n'est pas forcement un étranger, ni même un travailleur homme, puisqu'il y a parmi eux des femmes et des enfants. Parlant de la France elle écrit que l'immigré peut être français si l'on prend l'exemple des harkis6, des Antillais ou des jeunes français issus de l'immigration. L'immigré peut également ne jamais avoir immigré s'il fait partie de la deuxième ou de la troisième génération issue de l'immigration.7

Considérant les limitations du mot « immigré » pour décrire une communauté qui a laissé son territoire et s'est installé dans un autre pour une période longue, je préfère l'utilisation du terme « diaspora » qui tient compte du fait de l'amalgame des étrangers dans la société d'accueil ainsi que des enfants qui sont nés dans le nouveau territoire.

6 Le terme «Harki » tiré de l'Arabe harka (mouvement), s'applique aux soldats de certaines unités supplétives autochtones de l'Algérie engagées avec l'armée française, contre la rébellion indépendantiste de 1954 à 1962 : Source Encylopédia Universalis.

7 Yvan Gastaut : L'immigré dans l'opinion publique : Algérien, du migrant au clandestin (1960-1990) dans Migrations Société ; Espace politique et immigration Revue de presse (Italie) Vol 6, N° 36, Novembre-Décembre 1994

La France a reçu des immigrés de plusieurs pays depuis le début de ce siècle. Après la premiere guerre mondiale la France a accueilli de la main d'oeuvre provenant d'Allemagne, de Belgique, de Pologne, d'Italie, d'Algérie, de Tunisie et du Maroc pour travailler dans les mines et les industries8. Après la deuxième guerre mondiale la France, surtout la région de l'Isère fut la terre d'accueil non seulement de main d'oeuvre mais aussi de dissidents politiques de pays européens comme l'Espagne, le Portugal et la Grèce. En Isère, cette forte présence de travailleurs espagnols, portugais ou grecs permit aux immigrés politiques de trouver un milieu d'accueil (Barou, 2001). A défaut de chiffres statistiques on peut dire « Beaucoup parmi eux » sont arrivés à Grenoble attirés par ses universités. Après 1973 l'Isère accueillit des LatinoAméricains, surtout des Chiliens qui fuyaient la répression menée par le régime de Pinochet. A partir de 1975, l'Isère connüt le flux d'arrivée de ressortissants des trois pays du Sud-Est Asiatique touchés par les conséquences des changements de régimes. Des ressortissants du Vietnam, du Laos, et du Cambodge s'installent à Cognin-les-Gorges. Cette immigration historique explique la présence de plusieurs diasporas en Isère. Actuellement, Grenoble continue à attirer les étrangers en tant qu'étudiants et chercheurs scientifiques.

Ensuite, dans le quatrième et dernier chapitre commençant avec un compterendu du paysage radiophonique en France, je présente mon analyse des trois radios grenobloises que j'ai retenues comme sources pour cette étude. Je commence chaque section par une description suivie par une analyse de la construction des identités juives, maghrébines, et d'Afrique sub-saharienne à travers leurs radios respectives : Radio Kol Hachalom, Beur FM, et Radio Kaléidoscope. Je tente de présenter dans ce chapitre la manière dont ces trois diasporas iséroises réinventent leur identité comme un peuple et une société sur

8 Gérard Noiriel ; L'histoire de l'immigration en France : Note sur un enjeu dans Actes de la recherche en Sciences Sociales,1984, Volume 54. Disponible sur www.persee.com

les ondes, et par ce moyen construisent leur territoire ou manifestent leur singularité, leurs inquiétudes et les repères de leur intégration en France. En même temps j'essaie de décrire l'utilisation de la radio comme un moyen de communication pour ces communautés à travers l'emploi de sons, de musiques et de paroles qui leur sont familiers.

Méthodologie

Les principales sources

Alors que ce mémoire a commencé dans le but à mieux comprendre « la représentation des immigrés sur les radios communautaires » il a évolué avec chaque document que j'ai lu sur la voix, les identités, le son et la représentation. Ayant fait des études d'histoire le connaissais les idées d'Orientalisme d'Edward Said. J'ai pensé que ces idées seront utiles pour mieux décrire la représentation des communautés qui viennent de pays autrefois colonisés.

Le deuxième document qui a influencé ce mémoire est « Territoires de la Voix » par Patrick Berthier dans Médiation et Information » n° 8, 1998, dans lequel il postule que la voix se présente, comme un domaine, un ensemble de « territoires » susceptibles d'invasions, de colonialismes et de remodelages, de résistance aussi. Ayant lu ce document j'ai élargi mon propos et décidé de considérer les ondes comme une voix amplifiée où demeurent les territoires divers. Ensuite j'ai essayé de superposer l'idée de l'imaginaire national développé par Benedict Anderson dans son livre : L'imaginaire national : Réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme. Tout cela m'a conduit à traiter mon sujet sous le titre suivant : La construction de territoire imaginaire par et pour les diasporas à travers trois radios locales grenobloises.

Les méthodes

Enregistrement des émissions

J'ai constitué un corpus d'étude par l'écoute de la radio et l'enregistrement des
émissions sur des cassettes. Les enregistrements sont faits sur l'appareil de la
marque Blue Sky Numéro BXC61 sur les cassettes TDK IEC/TYPE I, ainsi que

grâce aux émissions transférées par Manuel Laversanne de la Radio Kaléidoscope, sur ma clé USB. J'ai 250 heures d'enregistrement, auxquelles 100 heures (environs) appartiennent a la Radio Kaléidoscope ( + 50 heures avec des émissions transfert par Manu), 100 heures (environs) a la Radio Kol Hachalom et 50 heures (environs) a la Beur FM.

Analyse

Les paramètres d'analyse donnés par M. Luiz Busato étaient utiles pour comprendre et classifier les aspects des sons, des paroles. Je joins une feuille de tabulations faites pendant l'écoute des émissions.

Les principales difficultés rencontrées ont été

1 le manque de livres et de documents par rapport à l'analyse sonore. J'ai eu de la peine à en trouver quelques uns. La plupart des documents sur l'art de la radio ont été trouvés en ligne.

2 Les émissions qui n'ont pas commencé à l'heure ou qui n'étaient pas diffusées comme attendu, surtout sur Radio Kaléidoscope et Radio Kol Hachalom.

3. Je n'ai eu aucun problème pour établir le contact avec RKS et Beur FM. L'équipe de RKS était tolérante bien que j'y sois allée sans rendez-vous. Pour Beur FM, lorsque M. Nacer Kettane le fondateur de la radio a reçu ma lettre demandant des renseignements, il m'a appelé et me les a fournis. Au contraire, l équipe de la Radio Kol Hachalom n'a jamais répondu à mes courriels. Quand je les appelais, il se disaient trop occupés et c'est après plusieurs coups de fil que j'ai pu avoir des informations à propos de leurs studios et de leurs financements. Selon mon hypothèse l'équipe de cette radio n'est pas ouverte aux questions

qui viennent hors de leur réseau propre.

Chapitre 1. La Représentation

La notion de représentation nous a paru essentielle pour construire notre objet d'étude. En effet, elle va intervenir à plusieurs niveaux, et en particulier dans celui de la compréhension du phénomène diasporique et dans celui des médias qui portent, transportent, médiatisent les valeurs, communications, informations, et toutes sortes d'interactions entre migrants et pays d'immigration. C'est pourquoi nous avons éprouvé le besoin d'y avoir recours.

La représentation est une image, un symbole ou une idée liée à un endroit, une culture ou un système qui nous aide à faire une relation avec eux. Parfois la représentation est une composition d'images, de voix, de mots-clés qui rendent vivant un objet ou un endroit pour le reste du monde. Nos impressions positives ou négatives sont influencées par les représentations qu'on s'est données. La représentation est toujours par rapport à un Autre À que l'on distingue comme différent de nous au niveau du physique, de la couleur, de la langue, des vêtements, des moeurs, etc. De mon point de vue la représentation est créée par quelque chose ou quelqu'un qui vit une réalité intérieure pour quelque chose ou quelqu'un en dehors de la réalité objective qui l'a générée. Quand un individu ou un groupe entre dans un milieu différent de celui auquel il est habitué, il est pris par un souci de présentation. Au début il est embarrassé À il ne reconnaît ni lui-même ni les autres. Par conséquent, il commence à se reconstruire lui-même dans un milieu étranger en s'appuyant sur quelques notions, images et idées de soi enregistrées dans son imagination ainsi que dans l'imagination des indigènes locaux. Désormais, l'individu ou le groupe commence à se représenter. Donc le créateur de représentations inconsciemment crée une image ou un symbole avec lesquels le monde du dehors peut faire une relation avec la réalité du dedans. Les pratiques des

représentations impliquent toujours une position d'où l'on parle ou d'où l'on écrit À une position d'énonciation (Hall, 2007 : 227).

1.1 Représentation Collective et Sociale - Durkheim et Moscovici

Au début, l'idée de représentation était présente dans le domaine philosophique9, par la suite elle a été introduite dans le domaine de la sociologie. Ce concept de représentation est fondamental et en même temps transdisciplinaire, et, d'après Moscovici, elle permet d' « étudier les comportements et les rapports sociaux sans les déformer ni les simplifier »

Néanmoins, la théorie de la représentation sociale est basée sur la théorie de représentation collective développée par Emile Durkheim (1858 -1917), sociologue français, dans son ouvrage Représentations Individuelles et Représentations Collectives en 1898. Pour Durkheim, l'individu est influencé par le groupe auquel il appartient et il y a une différence entre les perceptions individuelles et celles de la société. La société est une entité différente de l'individu. La société limite l'individu et elle pousse l'individu à penser et à agir d'une certaine manière. Les limites imposées par la société se manifestent sur les institutions sociales. Pour Durkheim le premier système de représentation est religieux. Durkheim soutient que les éléments sociaux sont plus dominants que les idées individuelles.

Ensuite la notion de représentation sociale a été élaborée par Serge Moscovici (1925- ), un sociologue français d'origine roumaine qui a aussi introduit la notion en psychologie sociale. Ses idées de représentation créées par les médias et celles générées par les spécialistes sont intéressantes à notre époque.

9 Emmanuel Kant le philosophe Allemand (1724 -1804) a proposé que ce soit la représentation qui rende l'objet vivant et non l'objet qui rende la représentation possible. Cette idée a présenté le cerveau humain comme un créateur d'expérience plutôt qu'un destinataire de perception.

Dans son ouvrage La psychanalyse, son image et son public - Etude de la représentation sociale de la psychanalyse paru 1961, Moscovici développe l'idée de Durkheim que l'individu est influencé par la société. Selon Moscovici il y a une interaction constante entre l'individu et la société et l'individu fait partie de la société et l'influence. Pour Moscovici la notion de représentation est influencée par les medias. «La révolution provoquée par les communications de masse, la diffusion des savoirs scientifiques et techniques transforment les modes de pensée et créent des contenus nouveaux » Et puis « Une notion ou une science qui ne reste pas l'apanage d'un individu ou d'une élite restreinte, subit, par sa circulation toute une série de métamorphoses qui la font changer de contenu et de structure. La nouvelle structure est celle d'une représentation au sens strict du mot, à la fois abstraite et imagée, réfléchie et concrète.». Moscovici explique que les représentations sont à la fois générées et générantes.

Selon Moscovici, les représentations sont générées par les spécialistes «ce qui les marque d'une certaine autonomie. Nous savons qu'il existe une certaine catégorie de personnes ayant pour métier de les fabriquer. Ce sont tous ceux qui se consacrent à la diffusion des connaissances scientifiques et artistiques : médecins, thérapeutes, travailleurs sociaux, animateurs culturels, spécialistes des médias et du marketing politique. A maints égards, ils s'apparentent aux faiseurs de mythes des civilisations plus anciennes. Leur savoir-faire est codifié et transmis, conférant à ceux qui le possèdent une autorité certaine. »10

1.1.1 J.C Abric et Denise Jodelet

La théorie de noyau central de représentation présentée par J.C. Abric (1984,

10 Dominique Aimon : Représentation ; Travail réalisé sur la base de cours de Jean Clenet en Novembre 1998 dans le cadre d'un DEA en Sciences de l'Education. Disponible sur http://daimon.free.fr/mediactrices/representations.html

1989) définit la représentation comme une fonction qui permet à un individu ou à un groupe d'avoir le vrai sens du monde ; les diverses représentations du monde aident à comprendre la réalité. D'après Abric la représentation sert d'organisatrice et porte un caractère stable. Elle aide l'individu à prendre une position sur ses valeurs et idées par rapport à la société. La représentation sociale est un ensemble d'éléments d'un groupe représenté. Il porte des éléments stables, et cohérents entre eux. L'absence d'un élément va rendre la représentation incohóente. Selon Abric, la représentation est à la fois « le produit et le processus d'une activité mentale par laquelle un individu ou un groupe reconstitue le réel auquel il est confronté et lui attribue une signification spécifique ». Elle est déterminée par plusieurs facteurs À par le sujet lui-même (son histoire, son vécu), par le système social et idéologique dans lequel il existe, par les moyens avec lesquels il se connecte avec le système social (Abric, 1989). Abric explique que la représentation sert de guide pour l'action.11

Plus récemment c'est la théorie de la sociologue Denise Jodelet qui a marquéle développement de la théorie de la représentation. Jodelet a élaboré son idée

de représentation dans son ouvrage La Folie et la Représentation Sociale paru en 1989. Selon Jodelet « la notion de représentation sociale désigne une forme de connaissance spécifique, le savoir de sens commun, dont les contenus manifestent l'opération de processus génératifs et fonctionnels socialement marqués. Plus largement, il désigne une forme de pensée sociale. Les représentations sociales sont des modalités de pensée pratique orientées vers la communication, la compréhension et la maîtrise de l'environnement social, matériel et idéel»12. Donc, c'est le groupe qui produit une représentation de

11 Stephen Desbrosses : Représentations Sociales : Théorie du Noyau Central (Abric, 1984) .

Disponible sur www.psychoweb.fr

12 Marie Odile Martin Sanchez dans Concept de représentation Sociale. Disponible sur

http://www.serpsy.org/formation_debat/mariodile_5.html

soi-même. Il absorbe la réalité et la transforme pour le monde. La production de représentation est un acte de pensée. Selon Jodelet les représentations sociales sont des systèmes d'interprétation régissant notre relation au monde et aux autres, orientant et organisant les conduites et les communications sociales.

1.2 La création de stéréotype

Les fonctions du stéréotype, sont perçues, entre autres, comme facteurs de maintien de la cohésion du groupe, en particulier par deux moyens. Le premier est d'ordre communicatif. En effet, le stéréotype facilite la communication en favorisant de longues répétitions de choses déjà assimilées et contribue à faciliter l'échange d'informations, car le degré de redondance en est élevé ; les efforts d'assimilation intellectuelle que doit faire le récepteur en est réduit grâce aux processus automatisé de réflexion implicite. Le second est d'ordre sociopsychologique puisqu'il organise l'identification/inclusion de l'individu à une collectivité de valeurs communes et altérisation/ exclusion d'autres. L'autre est perçu à la fois comme celui qui est exclu du groupe et aussi comme celui qui peut menacer son intégrité. (Boëstch, Villain Gandossi, 2001). Le stéréotype apparaît avant tout comme un instrument de catégorisation qui permet de distinguer commodément un nous d'un ils (Amossy ; Herschberg, 1997, p.45 cité dans Villain-Gandossi).

Les stéréotypes sont aussi liés avec les préjugés et les peurs de l'autre. Les stéréotypes de groupes (stéréotypes nationaux, stéréotypes des peuples, des ethnies, des classes sociales etc.) sont toujours étroitement liés à la question suivante « qui sont ces gens- la par rapport à « nous ?» Une telle question dévoile immédiatement une pensée collectiviste : L'Autre n'est pas conçu comme un être humain tout court, mais comme un être qui a des caractéristiques spécifiques, car il appartient à un groupe qui se distingue de « nous ». Peu importe que les différences soient « réelles » ou « imaginaires »

parce que l'observation de l'Autre est régie par des représentations collectives ou des stéréotypes dès que la distinction est faite : une personne est (sic) l'Autre parce qu'elle a une ou plusieurs caractéristiques qui la distinguent de « nous ». Pour comprendre la nature des stéréotypes de l'Autre, il faut tenir compte des représentations collectives que les membres d'une collectivité ont d'eux-mêmes. Ces représentations, y compris celles d'autres, sont les constructions sociales d'une société ou d'un groupe ethnique. (Berting, 2001 : 41).

Les stéréotypes ethniques et nationaux apparaissent comme une forme particulière à travers laquelle se manifeste la tendance des groupes sociaux à l'ethnocentrisme. Dans la formation des stéréotypes ethniques interviennent une interprétation particulière, unilatérale, déformée ; ce sont les « biais» de l'image d'Autre. Plus celui-ci est étranger, étrange et non-compréhensible plus déformant est le stéréotype qui se forme à ses frais. (Bochman, 1994 cité dans Villain Gandossi, 2001). Les stéréotypes sont aussi interprétés comme un canal par lequel se décharge l'agressivité (Villain Gandossi, 2001).

1.2.1 Les stéréotypes dans les représentations collectives des pays du sud

Comme les diasporas qui font partie de ce mémoire sur la radio viennent de pays du Sud autrefois colonisés par les pays du Nord, j'aimerais bien élargir quelques aspects de représentations du pays du Sud par les pays du Nord et par les peuples de ces derniers.

Historiquement, dans l'axe Nord-Sud, c'est le Nord qui a dominé pendant l'ère d'impérialisme, quand les pays du Nord sont devenus plus puissants que les pays du sud, devenus, eux, des « colonies ». Actuellement on trouve que presque toutes les représentations médiatiques concernant les pays les moins puissants par les pays plus puissants entrent dans des stéréotypes. Les théories suivantes vont éclairer quelques idées dont les stéréotypes du Sud sont issus.

Selon Edward Said Impérialisme' désigne la pratique, la théorie, et la mentalité d'une métropole dominatrice qui gouverne un territoire lointain. Le colonialisme' qui est presque toujours une conséquence de l'impérialisme, est l'installation d'une population sur un tel territoire. « L'empire écrit Michael Doyle, est une relation officielle ou informelle ou un Etat contrôle la souveraineté politique effective d'une autre société. Il peut être instauré par la force, la collaboration politique, la dépendance économique, sociale et culturelle. L'impérialisme est simplement le processus ou la stratégie d'établissement et de maintien d'un empire » (Said 2007 : 44).

1.2.2 L'Orientalisme

En 1978 l'intellectuel Palestinien Edward Said, a tenté de comprendre les représentations générées par les pays coloniaux. Dans son ouvrage Orientalisme : L'Orient créé par l'Occident (1978) il a élaboré la théorie que l'orientalisme est un style occidental de domination, de restructuration et d'autorité sur l'Orient. De manière constante, la stratégie de l'orientalisme est fonction de cette supériorité de position (sic) qui n'est pas rigide et qui place l'Occidental dans toute espèce de rapports avec l'Orient sans jamais lui faire perdre la haute main (Said 1978 :20).

De surcroît, la prise en compte par l'imagination des choses de l'Orient était plus au moins exclusivement fondée sur une conscience occidentale qui se représentait elle même comme souveraine ; de sa position centrale indiscutée émergeait un monde oriental, puis une logique gouvernée non seulement par la réalité empirique, mais par toute une batterie de désirs, de répressions, d'investissements et de projections (Said, 1978 :20).

En même temps Said soutient que l'Occident et l'Orient ont été fabriqués par
l'homme. C'est pourquoi tout autant que l'Occident lui-même, l'Orient est une
idée qui a une histoire et une tradition de pensée, une imagerie et un

vocabulaire qui lui ont donné réalité et présence en Occident et pour l'Occident. Les deux entités géographiques se soutiennent ainsi et, dans une certaine mesure, se reflètent l'une l'autre.

Said a soutenu que le terme Orient' n'est qu'un assemblage de représentations construites par des pays puissants. L'Orient est une création des pays de l'Ouest et porte une image contraire et inférieure à la leur. La culture du pays colonisé est « autre » par rapport à la culture du pays colonisateur. L'orientalisme est un système de régularisation de la connaissance qui appartient au pays colonial. Il s'agit de l'interprétation de la culture du pays colonisé par les pays coloniaux par rapport à leur propre culture, leurs langues, leurs arts et leurs modes de la vie. Les pays colonisateurs génèrent une image globale de la société colonisée. Les pays colonisés internalisent ces représentations générées.

1.2.3 La Culture de la Résistance

Selon Said, après avoir vaincu les colonisateurs il faut que les pays auparavant colonisés s'efforcent de récupérer leur culture déjà effacée par les formes de dominations coloniales. Said postule que les écrivains des pays auparavant colonisés gardent leurs blessures de l'époque précédente ce qui les amène à envisager leur avenir dans un espace réclamé aux pays coloniaux- comme une résistance contre ces pays.

Said élabore sa théorie avec les motifs de la quête et du voyage qui apparaissent dans le livre de l'écrivain d'origine kenyane James Ngugi. Selon la perspective de Said, l'écrivain dans son roman: La Rivière de Vie réinterprète et recrée l'idée du fleuve décrit par Joseph Conrad dans son livre Le Coeur de Ténèbres13.

13 Edward W. Said; Résistance et Opposition dans Culture et Impérialisme : Fayard Le Monde Diplomatique ; 2000 p.302.

Dans Résistance et Opposition qui fait partie de son livre Culture et Impérialisme paru en 1994 Said postule qu'apres la période de : « résistance primaire», qui a été en fait le combat contre l'intrusion extérieur, vient le temps de la résistance secondaire, c'est-à-dire idéologiques14. Trois grands thèmes font surface dans la résistance culturelle décolonisant mais en réalité lies15. : a) le droit du pays à voir son histoire dans son ensemble, b) au lieu d'être une réaction, l'idée de résistance peut être une manière alternative de décrire les histoires de pays autrefois colonisés À dans lesquels les récits du colonisateur et du colonisé sont mélangés. Par exemple le roman Les enfants de minuit de Salman Rushdie16, c) remplacement d'un nationalisme séparatiste par un nationalisme interne qui intègre les communautés humaines.

Se référant aux stéréotypes Said estime que personne n'est purement une chose. Les marques comme indien, femme, musulman, américain ne sont que des points de commencement, et peu importe le moment où ils sont suivis par les expériences réelles. Le don pire et paradoxal du colonialisme fut de laisser les peuples croire qu'ils sont seulement, notamment, noirs, blancs, occidentaux ou orientaux.

1.3 Les représentations dans le monde actuel

Vivant dans une époque postcoloniale on trouve que les théories d'Edward Said

14 Ibid p.300.

15 Ibid p. 307

16 J'aimerais bien ajouter ici les oeuvres de Ruth Prawar Jhabvala. Ecrivaine d'origine juive
allemande. Elle s'est installée en Inde après son mariage avec un Parsi indien Cyrus Jhabvala
en 1951. Elle a écrit plusieurs oeuvres qui mélangent récits indiens, européens et américains.
Ses oeuvres les plus connues sont Heat and Dust/Chaleur et Poussières (1975), How I became a
Holy Mother and other stories
/Comment je suis devenue une mère sainte et autres contes (
1976) et East Into upper East : Plain Tales from New York and New Delhi/Les contes de New
York à New Delhi
(1998). Actuellement elle vit aux Etats-Unis.

nous aident à comprendre les images et des stóéotypes du pays autrefois colonisés. Ce sont ces mêmes images et symboles qui restent figés dans l'imaginaire collectif. Bien qu'il existe une réalité différente dans chaque pays et culture, les images, les histoires, les idées sont conceptualisées selon le schéma des cultures dominantes. Les représentations « clichés » des pays du Moyen Orient et d'Asie continuent. L'Arabe dans l'image populaire est conçu portant robe, coiffure, sandales. Selon Said, l'Occident garde l'image des arabes comme « fournisseurs de pétrole », porteurs de violence et menaçants.

Le stéréotype arabe: un cliché de Lawrence d'Arabie

Le cinéma et la télévision associent l'Arabe soit à la débauche, soit à une malhonnêteté sanguinaire. Il apparaît sous la forme d'un dégénéré hypersexué, assez intelligent, il est vrai, pour tramer des intrigues

tortueuses, mais

essentiellement sadique,

traître, bas. Marchand d'esclaves, conducteur de chameaux, trafiquant, ruffian haut en couleur, voilà quelques-uns des rôles traditionnels des Arabes au cinéma... (Said 1978 : 320).

Les cultures de la Chine, de la Corée et du Japon sont représentées par une idée de fermeture et de discipline qui soutient leur croissance économique. Le dragon qui représente la Chine lui donne une image du pouvoir propre qu'elle réclame aujourd'hui. La Chine est aussi représentée par la couleur rouge À la couleur du parti communiste À qu'on peut interpréter comme le désir de la Chine de devenir une puissance mondiale.

Bien qu'il se trouve de grands bâtiments et des autoroutes dans son continent, l'Afrique est représentée par ses forêts, sa nature, ses animaux, ses religions animistes et surtout par la pauvreté. Pendant la période coloniale les africains furent perçus à travers une théorie dite du Mythe du Nègre17.

Egalement l'Amérique Latine est représentée par les fêtes, le carnaval, les belles femmes. Sa réalité de pauvreté et d'exploitation est peu représentée dans les médias. Comme on vit actuellement dans un monde de séduction audio-visuel ces représentations sont utilisées pour attirer l'attention des gens, qu'il s'agisse de celles des pays anciens colonisateurs ou anciens colonisés.

1.3.1 Les représentations internalisées #177; leIF1sIdeIl'IOde

Pour mieux illustrer les représentations internalisées qui génèrent les stéréotypes d'un pays autrefois colonisé et qui passe par une étape de culture de la résistance, je prends le cas de l'Inde comme c'est le pays que je connais mieux que d'autres. On peut constater qu'il y a deux facteurs qui génèrent les représentations stéréotypées de l'Inde ; le gouvernement de l'Inde et les médias étrangers.

Le gouvernement Indien, par l'office du tourisme Indien veut toujours montrer l'Inde comme un pays accueillant et agréable. Il utilise des images d'Inde orientale établies dans l'imaginaire occidental et les attire avec les images des palais, éléphants et couleurs diverses. Parmi ces représentations ce sont celles du Nord qui dominent, notamment les broderies du Gujarat et les chameaux et palais du Rajasthan. Les bateaux, les cocos du Kerala et les danses du Nord Est sont peu représentés dans les dépliants touristiques de l'Inde.18

17 Naissance du mythe du nègre ; http://fr.allafrica.com/stories/200909250328.html?page=2

18 Dans le site web official du tourisme Indien www.incredibleindia.com les images de Rajasthan et de Gujarat dominent.

Selon Emma Rodero Anton la culture audio visuelle est caractérisée par la recherche de séduction, qui à son tour produit un encrage émotionnel. Les images de l'Inde sont utilisées pour séduire les étrangers vers le pays qui à son tour imagine l'Inde comme un pays exotique et spirituel.

Alors que le gouvernement Indien essaie de créer une image positive du pays, les médias étrangers ont tendance à pointer la pauvreté et la misère de l'Inde. Les journalistes de British Broadcasting Commission (BBC) ont longtemps été accusés d'avoir fait des reportages avec des préjugés sur l'Inde. Après l'indépendance de l'Inde le BBC a eu la responsabilité d'interpréter les événements. Comme les journalistes anglais avaient une mentalité impérialiste et néo-colonialiste ils ont montré l'Inde comme un pays de désordre.19 Les photographes occidentaux sont aussi accusés de prendre des photos qui montrent les pauvres indiens comme victimes et complètement impuissants20. On retrouve les preuves d'internalisation de ces représentations par le fait que les médias audio-visuels indiens ont aussi toujours cherché les stéréotypes de victimes pendant le reportage d'un désastre comme la tsunami qui a frappé l'Inde du Sud en 2006. Visuellement les deux médias Anglais et Tamoul étaient en concurrence pour montrer les images effroyables et pathétiques de la situation. Comme c'était l'un des plus grands événements du siècle les médias ne pouvaient pas s'en détourner, donc ils ont commencé à capter les images des pêcheurs comme victimes21.

19 Pinkerton, Alasdair, A new kind of imperialism? The BBC cold war broadcasting and the contested geopolitics of South Asia; Historical Journal of Film, Radio and Television , October 2008, 28(4): 537-555

20 Shahidul Alam, dans Policy and Practice, A development Education Review Issue 5 Autumn 2007. Disponible sur http://www.developmenteducationreview.com/issue5- perspectives2

21 S. Anand, A Question of Representation, dans Neiman Reports; Tsunami Coverage.

1.3.2 La culture de la résistance - Les narrations de « Bollywood » et les tabloïdes

En même temps on voit des signes de la culture de la résistance dans le domaine médiatique, notamment dans l'industrie du film Hindi (dite Bollywood) et les tabloïdes. Souvent, les scénarios des films produits par l'industrie du film Hindi sont copiés des américains22 ou des anglais. Ce n'est pas seulement les narrations mais aussi les séquences, les actes, les personnages, et les angles de vue. Il y a peu des films originaux. Ces films sont populaires car ils montrent une réalité étrangère' qui est différente de celle qu'ils vivent. Cette tendance montre l'incapacité des réalisateurs du cinéma Hindi, (qui est aussi l'industrie du film dominante de l'Inde), à trouver son originalité dans les domaines public et privé.

L'autre domaine qui manifeste les signes de la culture de la résistance en Inde est le média tabloïde qui toujours s'intéresse à la vie des riches. Les photos qui paraissent dans le journal ont toujours un cadre européen' celui de pubs et de soirées, chacun portant son verre de vin ou de bière. Dans le média audiovisuel la manière de présenter les nouvelles est tout à fait Américaine. Les images et les nouvelles se répètent toute la journée avec des mises à jour. Par contre, il n'y a guère de documentaire télé reflétant la réalité vécue par les populations au jour le jour.

Comme ce mémoire traite de la radio comme un moyen de communication
pour les diasporas je pense qu'il est nécessaire de comprendre quelques aspects
de représentation par la voix, langue et parole, les trois éléments du langage de

Disponible sur http://www.nieman.harvard.edu/reportsitem.aspx?id=101054

22 Les `Etats Unis sont eux aussi pris par cette idée d'Orientalisme. Voir La Phase Récente p.

la radiodiffusion.

1.4 La représentation par la voix

Alors qu'on ne peut pas nier le rôle de l'image pour la représentation et l'apprentissage social23 ce sont les sons et les voix qui rendent ces représentations plus vivantes et facilitent une relation plus personnelle. L'image peut être limitée par le fait qu'elle ne peut dépasser les stéréotypes. En même temps on peut représenter l'incommodité ou la réalité d'une situation ou d'une image par la variation de la voix et du son. Ce qui distingue la voix humaine des bruits et du son ce sont ses liens avec la pensée, par conséquent, la psychologie et le cerveau humain. Plusieurs recherches sont en train d'être menées pour comprendre les liens entre la voix, la psychologie et les émotions. La voix est le propre de l'homme (Abitbol, 2005).

La voix peut être affectée par les changements physiologiques et psychologiques La voix, parce qu'elle est le produit acoustique d'un comportement sensori-moteur, porte l'empreinte corporelle des trois systèmes (respiratoire, phonatoire, articulatoire) impliqués dans sa production. Or, le fonctionnement de ces systèmes est influencé par l'état émotionnel du sujet. C'est pourquoi l'isomorphisme voix-émotion est presque parfait : à l'intensité de l'émotion correspond une modification d'intensité de l'activité phonatoire et articulatoire (Zei, 1995).

Aristote, le philosophe grec, fut le premier à lier la voix (phonè) au logos (raison/parole). Dans plusieurs écrits Aristote indique comment d'une part, la voix enracine l'homme dans l'animalité et, d'autre part, constitue la rupture radicale avec le monde animal. En tant qu'animal politique (politikon zoôn),

318-354 dans Said, E W l'Orientalisme : L'Orient créé par l'Occident ; Seuil ; 2005. 23 Albert Bandura : L'apprentissage social ;Mardaga ; 1980.

l'homme est par nature destiné à vivre en cité ; mais seul d'entre les animaux, il est également et surtout un être social. Il est dit dans la Politique que l'homme et l'animal ont en commun le pouvoir d'exprimer la douleur et le plaisir par les sons de la voix; mais, à l'encontre des animaux, l'homme parlant énonce également ce qui est utile et nuisible et, par suite, ce qui est juste et injuste. Et la Poétique suggère comment l'homme, en manifestant poétiquement ses passions, est capable d'utiliser une voix médiatrice et modératrice, réglant ses volumes, intonations et rythmes. La poétisation de la voix met celle-ci au service de l'art, des actions et la détache ainsi de son enracinement animal (Parret, 2010).

Aristote écrit: « Pour qu'il y ait voix, il faut que l'être qui produit le choc mette en oeuvre quelque représentation (meta phantasias), car la voix est assurément un son chargé de signification (sèmantikos) et non pas un bruit produit simplement par l'air inspiré, comme la toux ». Par conséquent, il est dit que le son vocal est d'emblée sémântisé et qu'il porte ou constitue des représentations, l'acte vocal manifestant ainsi une certaine activité cognitive. La voix n'est pas un phénomène purement physiologique : à la voix s'est imposée la contrainte sémantique (Parret, 2010).

1.4.1 Classification des voix

Les voix diverses sont classifiées dans les répertoires musicaux qui sont devenus les expressions primaires des émotions et des langues depuis le XVIIIème siècle. Framery, Ginguene et Momigny dans leur Encyclopédie Methodique: Musique parue en 1808 postule que « Le caractère le plus général qui distingue les voix n'est pas celui qui se tire de leur timbre ou de leur volume, mais du degré qu'occupe ce volume dans le système général des

sons24 ». Ils distinguent deux types de voix: la voix aiguë et la voix grave.

 

1.4.1.1 La voix aiguë

 
 

La voix aiguë est associée aux femmes, aux enfants et aux eunuques. Cependant ce sont seulement les femmes qui portent une « beauté de timbre », alors que les voix des enfants n'ont pas de consistance, la voix des eunuques est « le plus désagréable de tous les timbres de la voix humaine » (Framery, Ginguene & Momogny, 1808 : 556). Les femmes produisent une voix aiguë par le fait que leur larynx est plus petit que celui des hommes. Dans l'opéra la voix aiguë des femmes est utilisée pour exprimer des émotions, de la tristesse et de l'angoisse. La voix aiguë chez les femmes est un signe de leur féminité. Selon Abitbol, les nourrissons réagissent mieux aux voix aiguës qu'aux voix graves.

Alors que les porteuses de voix aiguë sont considérées comme «belles et fidèles » les autres porteurs de voix aiguë sont considérés comme infidèles. Comme le développement de la voix grave chez les hommes est associé avec le développement hormonal, notamment la croissance sexuelle, par conséquent la virilité, le signe d'être un homme, la voix aiguë chez les hommes est considérée comme un manque de sperme, de virilité donc tous ses attributs sont négatifs. Giambattista Della Porta explique le point de vue d'Aristote par rapport à la voix aiguë chez les hommes dans son livre La Physionomie Humaine paru en 1655 : « la voix claire ou aiguë dénote la timidité car les animaux craintifs l'ont aiguë, tel que le cerf et le lièvre ». Aristote associe la voix aiguë avec l'imbécillité et un homme facile à irriter.

 

1.4.1.2 La voix grave

 
 

24 Encylopédie Methodique : Musique Volume 65 Tome II, par MM Framery, Ginguene, et De Momigny ; Paris, 1808 p.556. Disponible sur www.books.google.fr.

 
 

24

 

Comme la voix grave provient du larynx grand des hommes elle est associée avec la masculinité et la dominance. Une voix aiguë suggère la petite taille du locuteur, c'est pourquoi l'on tend à utiliser des vocalisations plus aiguës que d'habitude lorsque l'on essaie de décourager l'agressivité de quelqu'un, de lui faire entendre que l'on se subordonne ou que l'on se soumet à lui, ou que l'on désire coopérer avec lui. Une voix grave a des connotations inverses: de confiance en soi, d'affirmation, de domination, d'autosuffisance, etc. (Zei, 1995). Abitbol écrit qu'à la préhistoire, l'homme est à la recherche de sa nourriture, il court sur la terre ferme, son langage se perfectionne. Les chefs de tribu s'imposent par leur voix. Les males ont une voix dominatrice.

Si chez l'homme la voix grave et forte accompagne les qualités morales, elle est chez la femme un signe de turpitude ou de déchéance ( Neboit- Mombet, 1997 : 29). Pendant le 18ème siècle la voix grave chez les filles fut associée avec « vice et pilosité foncée ». L'on crut que les « violents désirs vénériens » pouvaient entraîner des enrouements dans la voix des femmes. Les femmes avec la voix grave sont aussi considérées comme celles qui abusent des boissons fortes et ayant un gout illicite pour les personnes de sexe féminin.

Donc, la voix aiguë est classifiée comme la voix idéale des femmes et la voix grave comme celle des hommes. Ces classifications deviennent des stéréotypes quand ils sont associés aux préjugés d'une société patriarcale qui a des idées prédéfinies des hommes' et des femmes' et de leurs rôles sociaux. A notre époque actuelle on trouve que ces différences restent. Dans les médias les voix féminines sont souvent aiguës et les voix mâles sont graves.

La voix humaine est considérée comme un reflet de l'innocence de l'enfance.
De fait, la mue masculine, survenant vers treize ou quatorze ans pourrait être
définie comme une « maladie sonore que seule la castration guérit ». Cette

mue pubertaire consacre définitivement la perte d'innocence, et cette innocence perdue, étouffée s'entend dans la tonique sombre de la voix adulte des mâles. Les hommes perdent leur voix d'enfant, et ils sont à jamais des êtres à deux voix : la voix d'une origine perdue en filigrane de la voix d'une plénitude acquise. Aux femmes la voix est fidèle. Les femmes persistent et meurent en soprano. Leur voix est un soleil qui ne meurt pas. (Badir&Parret, 2001 : 8).

1.5 Représentation Linguistique

Ce qui distingue la voix d'autres bruits humains comme le cri et le hurlement c'est la langue. Le langage est le corps de la voix. Le langage n'est pas immatériel, il est corps subtil, mais il est corps. (Lacan cité par Ducard, 2001 : 204) L'apprentissage de la langue est lié avec le développement du cerveau. Selon les théories des behavioristes la pensée et la langue vont de pair. Il n'y a pas de pensées non-verbalisées. Selon la théorie du déterminisme linguistique de Sapir-Whorf, les individus s'appuient sur la langue pour former leurs idées. Chaque langue a un lexique et une grammaire différents, par conséquent, les locuteurs des langues diverses expérimentent le monde différemment. Bien qu'il existe plusieurs critiques25 de cette théorie on ne peut pas nier l'influence de la langue sur la pensée. Alors que la voix est plutôt une représentation individuelle, la langue représente une culture. Stuart Hall dans son étude des représentations affirme que la culture est faite de « significations partagées ». Les participants de chaque culture donnent des significations aux choses, peuples, et événements par la langue. La langue devient un moyen de donner un sens aux choses ainsi que de faciliter les productions et l'échange de ces significations.

25 Neil Parr-Davies: The Sapir Whorf Hypothesis: A critique ; disponible sur

http://www.aber.ac.uk/media/Students/njp0001.html

Pendant l'époque de colonisation, les langues, par conséquent, les cultures des pays colonisateurs ont dominé. Edward Said soutient que les langues sont une partie importante du processus de décolonisation et de la culture de la résistance. La recherche de l'authenticité d'une origine nationale plus réelle que celle de l'histoire coloniale, d'un nouveau panthéon de héros et (à l'occasion) d'héroïnes, de mythes, de religions À tout cela n'a été possible que grace au sentiment de réappropriation de la terre par son peuple. Et ces premières ébauches nationalistes de l'identité décolonisée se sont toujours accompagnées d'un essor presque magique, presque alchimique, de la langue indigène (Said 1994, 2000 : 322)

1.6 Représentation par la parole

Le dictionnaire Le Robert Micro définit la parole comme : Faculté de communiquer la pensée par un système de sons articulés (une langue) émis par la voix. Etudiant le rôle de la parole dans un cadre religieux Thierry Paquot écrit « Le Christianisme est certes une des religions du Livre mais d'un livre, ne l'oublions pas rassemblement des paroles :

« Au commencement était le Verbe

Et le Verbe était avec Dieu

Et le Verbe était Dieu »

La parole est ce qui distingue, ce qui convainc, ce qui rassemble, mais aussi ce qui oppose, condamne, éloigne, divise et excommunie. La Parole utilise la métaphore, la parabole, et se fait enseignement. La parole brandit la menace, dénonce les hóésies, appelle à la croisade, elle se fait mobilisatrice. La parole est réconfort, sécurité, appui. Cependant la parole est aussi contestation, discussion, remise en cause.

En 1215, les universités apparaissaient. La parole universitaire s'organise
comme scolastique et est fondée sur la « question » et la « dispute ». Pour les

métiers nés du développement du droit et de la justice l'utile est aussi la parole. Un nouveau personnage de la société est l'avocat qui représente ceux qui ne pouvaient pas se représenter. (Le Goff et Schmitt cité dans Paquot, 1992). Dans les « Coutumes de Beauvais » Philippe de Beaumanoir présente ce nouveau venu sur la scène sociale « comme beaucoup de gens ne savent pas comment se servir de coutume, ni comment plaider leurs causes, ils cherchent des personnes qui « parolent » pour eux ; et ceux qui « parolent » pour autrui sont appelés avocats ».

Les cafés devinrent les nouveaux espaces de la parole au XIXème siècle. L'émergence de la presse écrite renforce cette évolution. Point de rencontre et de confrontation directe et extérieure à la rue, le café est une barricade dressée à la hâte avec des moyens de fortune qui façonne une entraide sociale et provoque une communication élémentaire. Ce sont les contestations qui cimentent les rapprochements, par définition provisoires et précaires. Le café est donc un lieu d'intégration et d'exclusion à la fois. Mais la voix qui s'élève dans ce nouveau temple des Idées n'est pas une parole improvisée : c'est un commentaire. Cette voix lit et apprécie les arguments de l'auteur d'un texte, d'un texte imprimé. En effet sans la presse écrite pas de café de ce genre. (Paquot, 1992).

1.6.1 Topoï

La théorie de topoï a été introduite en 1983 par Anscombre et Ducrot. Les topoï sont les inférences qui autorisent la passage de l'argument (A) à la conclusion (C) dans des enchaînements argumentatifs de type A + C (Ducrot 1988 : 1 cité dans Anquetil, 2006) . Par exemple dans l'énoncé suivant (emprunté à Bruxelles, Ducrot, & Raccah, 1993 : 91, par Anquetil, 2006)

Il a certainement gelé cette nuit car les plantes sont mortes

le passage de A et C est garanti par le biais de topos

T2 : Plus il fait froid, plus les plantes souffrent //

Il faut encore préciser les trois principaux caractères que Ducrot (1988) attribue aux topoï.

1. Ce sont des croyances communes et partagées par un groupe social qui se compose d'au moins deux personnes

2. Ils ont vocation à la généralité : pour qu'ils soient valables, il faut qu'ils vaillent dans d'autres circonstances que celles où le discours les emploie.

3. Les topoï sont graduels. Cette gradualité n'apparait pas toujours.

La sociologue Pierre Bourdieu limite la patrimoine d'un individu aux diffóentes formes de capital qui sont le produit de son apparence sociale À capital économique, social, culturel. Sophie Anquetil ajoute deux formes de capital en plus à cette liste À Le capital physique et le capital mental.

· Le capital physique : désigne l'ensemble des propriétés naturelles d'un individu (la force physique, la taille, l'ouïe, la vue, l'endurance...) ; ces propriétés peuvent être génétiques (lignée familiale dont l'individu est issu), ou acquises (entretien qu'on individu accorde à sa condition physique).

· Le capital mental : est composé à la fois du degré d'intelligence d'un individu (ou d'aptitudes intellectuelles qui permettent de répondre à une situation spécifique) et de sa force psychologique.

· Le capital économique : comprend à la fois les biens matériels (voiture, logement...) et les revenus d'un individu. Il peut être individuel ou collectif.

· Le capital social : est l'ensemble de relations personnelles qu'un individu peut mobiliser quand il en a besoin. C'est son réseau social.

· Le capital culturel : désigne l'ensemble des ressources culturelles dont dispose un individu. Il est le produit du système scolaire et de la famille. Et suivant qu'il est incorporé, objectivé, institutionnalisé,

il peut prendre des formes variées, connaissances culturelles, langage, etc ; Dans ce capital culturel pour ma part j'ajouterai la religion ou un système de croyance étant donné que ce mémoire analyse ces aspects. Donc, les topoï de la parole stéréotypée s'appuient sur les formes de capital listées ci-dessus.

Puisque les stéréotypes en tant qu'éléments essentiels de la signification naissent de l'interaction humaine, la signification même s'avère être le résultat de négociations entre les membres de la communauté linguistique donnée. La connaissance et la signification d'une chose donnée implique ou présuppose donc la connaissance des stéréotypes présents dans la communauté linguistique respective. Les marqueurs sémantiques sont à considérer comme les invariants sémantiques, c'est-à-dire les éléments stables et objectifs de la signification. Par contre les stéréotypes reflètent les opinions prédominantes dans une communauté linguistique donnée sur un certain référent réalisé sur le plan linguistique par son signe. Autrement dit, le stéréotype n'a rien à voir avec les propriétés du référent du signe, mais ce qu'il représente, c'est l'opinion fondée ou non fondée des membres de la communauté linguistique respective (Harras cité dans Danler, 2007 : 66)

Chapitre 2. Histoire de la Radio

Dans ce chapitre je décris les manières par lesquelles la radio fut utilisée par les allemands, d'abord et les anglais ensuite dans le contexte des conflits mondiaux de la première moitié du XXème siècle. Nous avons décidé de commencer ce chapitre par une réflexion sur les stéréotypes liés au juif, qui nous paraissent emblématiques de ce que la radio en a fait depuis son apparition au début du XXème siècle. Par ce détour nous espérons retrouver dans notre corpus l'écho du discours radiophonique portant sur ou s'adressant à diverses diasporas.

2.1 Les stéréotypes juifs

Les stéréotypes constituent un important élément d'intégration des groupes, des motivations, des actions sociales, de la propagande, des partis pris, du caractère social des individus (Villain Gandosi, 2001). Il se produit une situation paradoxale qui pourtant existe bien souvent dans la vie, c'est-à-dire que le savoir en apparence intellectuellement assimilée, est émotionnellement «étouffé » et pratiquement effacé de la conscience, car ce savoir est incommode. Une situation somme toute schizophrénique étant donné que le sujet donné sait quelque chose et en même temps ne sait pas. (Villain-Gandossi, 2001).

Les juifs font partie d'un groupe linguistique sémite qui constitue les langues hébreu, arabe, l'araméen et le guèze d'Ethiopie. Toutefois, l'antisémitisme est lié au développement du concept de race. A la fin du XIXème siècle il conçoit les juifs comme les ressortissants d'une race inférieure. Le juif par son refus de devenir chrétien est considéré comme un personnage hors norme. L'imagier médiéval va faire grand cas de cette notion d'étranger pour figurer le juif, le souci primordial est en effet la distinction qui

 

Extrait de l'ouvrage : "Trau keinem Fuchs auf grüner Heid und keinem Jüd auf seinem Eid", 1935-1936 (BD pour enfant)

Dans ce dessin, on aperçoit l'allemand à gauche : grand, blond et fort. La pelle qu'il tient dans sa main indique que c'est un travailleur. Contrastant avec l'idéal nazi, le juif est représenté sur la droite de l'image : petit, gros, très brun, nez crochu. Il est richement vêtu, tient dans sa main droite un attaché-case, enfin un journal dépasse de sa veste. L'image est appuyée par le texte qui demande aux enfants de comparer les deux images, « Facile de reconnaître qui est qui ! » (Léa Boisaubert dans le dossier pédagogique Stéréotypes et préjugés de Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, Paris)

 

doit être faite entre le chrétien et l'autre (en gras dans le texte). Ainsi, on distingue à l'époque certaines caractéristiques «ethniques » : le juif apparaît plus petit que le chrétien, plus foncé de teint et de cheveux. La verve satirique de l'artiste accentue également la courbure du nez : les premieres caricatures de juifs au nez crochu apparaissent en Angleterre dès 1233. Depuis des temps anciens, les caractères imparfaits de la physionomie sont considérés comme liés aux les imperfections mentales du sujet. Le caractère hors norme du physique du juif révèle donc son appartenance à l'univers du mal et du péché. Le juif, avec ces attributs particuliers, est mis en scene dans l'iconographie médiévale à travers des mythes et légendes populaires26.

Les mythes et représentation populaires du juif sont celles de voleur, d'avare, d'envieux et de traitre. Leur rejet du christianisme leur donna le titre de « déicide » ou ceux qui tuent Dieu. En 1596, William Shakespeare dans son oeuvre « Le Marchand de Venise » représente le caractère juif Shylock comme

26 Boisaubert, Léa, Dossiers Pédagogiques; Stéréotypes et Préjugés ; Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, Paris

un usurier inflexible qui demande froidement une livre de chair d'un corps d'un marchand. C'est une fausse27 représentation qui fige le juif dans un stéréotype. Lors de l'écriture du « Le Marchand de Venise » il n'y avait plus des juifs en Angleterre. Ils ont été expulsés en 1290. L'auteur a pourtant hérité des puissants stéréotypes transmis par l'Église, comme celui du juif malveillant, coupable de tout, en passant par l'empoisonnement des puits, jusqu'aux sacrifices rituels (Boisaubert).

2.2 Antisémitisme en Allemagne

Pendant le régime nazi les stéréotypes juifs ont atteint un niveau meurtrier et dangereux. Adolf Hitler en créant le fantasme d'une Allemagne toute-puissante, exploita les sentiments d'antisémitisme déjà présents dans la société allemande de l'époque28. Hitler créa ce fantasme pour atténuer le sentiment d'une Allemagne dégradée après la premiere guerre mondiale. Il s'appuya sur le christianisme et les valeurs familiales29 et sur la supériorité supposée de la race aryenne pour régénérer le pays.

Pour l'antisémite, cette idéologie présente une attraction particulière. La question « qui suis-je ? » est remplacée par « à qui j'appartiens ? ». Dans l'identification collective, les autres deviennent des reflets de soi-même et l'individualité et les différences sont effacées. Les écrits antisémites du XIXe siècle sont pleins de comparaisons entre une nature allemande organiquement fondée, et une nature juive qui serait différente. Le vieux mythe d'Ahasver du

27 La loi juive interdit de découper de la chair sur un animal vivant et insiste sur le fait qu'une mesure juridique ne doit être ni dégradante ni cruelle.

28 Thèse de Daniel Jonah Goldhagen cité dans La Construction de Communautaires imaginaires et l'image des juifs, Werner Bohleber dans Le Coq-héron 3/2002 n°170), p 13-38. Disponible sur www.cairn.info.

29 http://www.hitler.org/speeches/02-01-33.html

Juif éternellement errant et chargé de culpabilité, se transforme en l'image du Juif moderne déraciné. L'affranchissement des Juifs signifie alors leur apparition dans l'ensemble organique de la nation et de la culture allemande. (Bohleber, 2002).

Les représentations des juifs étaient totalement contradictoires pendant le régime nazi. D'une part ils étaient un adversaire diabolique puissant pour la lutte pour la domination du monde et représentaient une menace mortelle pour le peuple allemand et le monde entier, d'autre part, ils devenaient des êtres faibles qu'on pouvait agresser sans crainte et sans danger. Dans le monde politique et intellectuel les juifs étaient considérés comme « corrosifs ». Lorsque la participation politique fut biologisée par la notion raciale, la corrosion reçut, dans le national-socialisme, une signification destructrice concrète pour le corps populaire considéré comme organique. Comme nous le montre l'analyse des idéologies d'extrême droite actuelles, la crainte du mélange est la crainte principale de tous les racistes xénophobes. Ils sont obsédés par la peur qu'un ensemble vu comme homogène et pur pourrait être dissous ou fragmenté ou explosé. C'est la peur de la rencontre avec « l'autre » qui refuse de se fondre dans le tout organique. (Bohleber, 2002). Soulignant les représentations juives pendant l'époque nazie, Hitler a dit « si les juifs n'étaient pas la, il fallait les inventer ».

2.2.1 Les discours antisémites

Dés le début Hitler a reconnue la puissance de la parole. Le parti national socialiste s'appuya sur les discours publics. Elaborant le rôle des discours publiques dans Mein Kampf Hitler a écrit : « Le pouvoir des grandes religions et idéologies politiques dans l'histoire s'est développé par la magie de la parole, uniquement. » Le nazisme fut vague dans les détails de ses objectifs mais clair dans sa rhétorique. Ceux qui avaient des oreilles pouvaient l'entendre

(Bytwerk, 2008:1). Hitler fut un annonceur charismatique qui pouvait convaincre des milliers de personnes de la mission du parti national socialiste. L'extermination des juifs étant la plus importante.

Dès son premier discours radiophonique en 1933, après avoir gagné le pouvoir, Hitler aborda le sujet du « problème juif ». Bien qu'Hitler n'ait pas fait de discours fréquemment à la radio, pendant son régime plusieurs idéologues du parti national socialiste ont fait des discours antisémites. Ces discours sont une preuve des préjugés du parti politique allemand contre les Juifs.

Voici quelques extraits des discours antisémites :

· Politique raciale du parti national socialiste (1934) À Discours du Dr Walter Groß

Bien que ce discours ne soit pas ouvertement antisémite, il sous-entendait des sentiments antisémites.

Dans notre Reich, nous séparons ce qui nous appartient, parce que c'est le sang de notre sang, de ce qui ne nous appartient pas, parce qu'il est étranger. Nous faisons ce qui est droit, non seulement pour le moment, mais pour l'éternité.

· C'est les Juifs ou nous par Robert Ley (1937) : dans ce discours Ley accuse les Juifs de tous les problèmes de l'Allemagne et dit : « Si les Juifs veulent se battre avec nous on n'a pas de probleme. Nous attendons cette bataille depuis longtemps. Il n'y a plus de place pour les Juifs aujourd'hui

dans ce monde. Les Juifs ou nous, un des deux doit partir ».

· La question de race et la propagande mondiale par Joseph Goebbels (1937) : pendant le rassemblement de Nuremberg. Dans ce discours Joseph

Goebbels dit que les Juifs font une grande erreur en critiquant les Allemands.

Cette aile radicale, a porté un coup extrêmement dur à la communauté juive mondiale et à ses alliés. Ils ont mis le problème juif en débat, et les résultats ne peuvent être qu'en leur défaveur.

En 1939 Hitler diffusa la « solution finale au problème juif » dans un discours de Reichstag.

« L'Europe n'aura pas la paix tant que la question juive n'est pas éliminée.... Le monde a la capacité suffisante pour le règlement, mais nous devons rompre avec la notion selon laquelle un certain pourcentage du peuple juif est destiné, par notre cher Dieu, pour être le bénéficiaire parasite du corps, et du travail productif, d'autres peuples. Les Juifs doivent s'adapter à un travail constructif respectable, comme les autres peuples, ou ils succomberont tôt ou tard à une crise aux proportions inimaginables. Si la finance internationale de la communauté juive à l'intérieur et l'extérieur de l'Europe devait réussir à plonger le pays dans une guerre mondiale encore une fois, alors le résultat ne sera pas la victoire des Juifs, mais plutôt l'anéantissement de la race juive en Europe! »

2. 3 Radiodiffusion allemande

Ces sentiments antisémites propagés par tous les médias furent accaparés par les nazis. La radio émergea, en effet, comme un moyen idéal et le moins cher pouvant communiquer cette propagande nazie instantanément aux gens. Le gouvernement nazi obtint le contrôle sur le Reichsrundfunkgesellschaft (RRG) la station de service public. Les allemands ont pensé que la radio allait faciliter la création de la communauté du peuple ( la Volksgemeinschaft).

Volkemsfanger : l'appareil de la radio pendant l'époque nazie

L'élargissement de l'audience passait tout d'abord par le développement du parc des récepteurs. Goebbels opta dans ce domaine pour une politique volontariste, popularisée par un slogan : «La radio dans chaque foyer allemand!». Le lancement en grande pompe, en aoüt 1933, d'un récepteur bon marché, le

Volksempfänger (littéralement « récepteur du peuple »), fut suivi de la commercialisation, en 1938, d'un appareil plus petit et moins cher, mais moins performant, le DeutscherKleinempfänger. Même si elle n'atteignait pas son but, un taux d'équipement de 100%, cette politique porta ses fruits puisqu'en 1941, près de 65% des ménages allemands possédaient un poste de radio, contre 25% en 1933 (Favre, 2004). Pendant le lancement de cet appareil, Goebbels a fait un discours décrivant la radio comme « la huitième grande puissance du monde »30

Pendant la période nazie, il fallait écouter la radio avec la fenêtre ouverte pour que les voix et des idées nazies se répandent partout. C'est pourquoi Marshall Mc Luhan dans Pour comprendre les Média en 1964, a qualifié la radio comme « tam-tam tribal » et « qu'un Hitler ait seulement pu exister politiquement est une conséquence directe de la radio et des systèmes de sonorisation » Hitler disait à la radio de Munich, le 14 Mars 1936 : « Je fais mon chemin avec une assurance de somnambule ». Ses victimes et ses critiques ont été aussi somnambules que lui. Ils ont dansé, envoûtés, par le tam-tam tribal de la radio, qui prolongeait leur système nerveux central et leur imposait à tous une participation en profondeur. « Je vis véritablement à l'intérieur de la radio quand je l'écoute. Il m'est beaucoup plus facile de me perdre dans la radio que

30 Joseph Goebbels: The radio as the Eighth Great Power; disponible sur

http://www.calvin.edu/academic/cas/gpa/goeb56.htm

dans un livre » disait un auditeur interrogé au cours d'un sondage sur les habitudes radiophoniques » (Mc Luhan, 1964 : 326-328)31.

En trouvant que les discours politiques, les campagnes électorales, les rassemblements de Nuremberg faisaient fuir l'attention d'auditeurs, Goebbels a commandé la diffusion des émissions musicales. La part des émissions musicales et de divertissement augmenta fortement entre 1934-1935 et 1938, pour baisser de nouveau en 1939, lorsqu'il s'agit de préparer la population à la guerre (Favre, 2006). D'une part la radio était un moyen de communication très efficace et de l'autre le fait que les chefs ne pouvaient pas voir la réaction des auditeurs, limitait leur contrôle. Le poste de gardien de la radio fut créé pour que la radio ait un médiateur. Le gardien réunissait les auditeurs dans les clubs de radio, qui poussaient comme des champignons en Allemagne, et contrôlait les réactions des auditeurs32.

La propagande nazie n'était pas limitée au territoire allemand. Entre 1939-45 la propagande nazie fut diffusée partout dans le monde, dans plusieurs langues étrangères. Selon une enquête menée par Jeffrey Herf sur la propagande nazie, diffusé en Arabe au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et Persan en Iran, s'appuyaient sur les sentiments anti-juifs existant chez ces peuples pour propager d'avantage l'antisémitisme.33 L'Allemagne avec sa station radiophonique de Zeesen est devenue le plus grand poste de propagande dans le monde. Après les Jeux Olympiques de Berlin en 1936, le poste de Zeesen fut utilisé pour diffuser les émissions en langue allemande pour les Allemands demeurant en Afrique du Sud, en Amérique du Sud et aux Etats-Unis pour

31 Tirée de La Radio Idéologies et la Sociétés collection dirigé par Rémy Martel, Libraire Larousse; 1980 p. 100-101

32 Eugen Hadomsky, The living bridge, On the nature of radio warden activity: disponible sur http://www.calvin.edu/academic/cas/gpa/hada3.htm

33 Jeffrey Herf : Hate Radio: The long toxic after-life of Nazi propaganda in the Arab world in The Chronicle of Higher Education; Novembre 22, 2009; disponible sur http://chronicle.com/article/Hate-Radio-Nazi-Propaganda-in/49199/

propager l'image de l'Allemagne comme un pays grand et tout puissant. Les rédacteurs des journaux dans ces derniers pays ont suivit ces émissions et rajouté ces informations, en les diffusant dans leur journaux popularisant ainsi les idées nazies et antisémites.

2. 4 Radiodiffusion anglaise

En 1937 la BBC commença ses premières émissions internationales en langues espagnole, portugaise et en 1938, en arabe. La station s'appuyait sur les mises à jour diffusées par Reuters et l'Agence France Presse. En 1938 elle lança des émissions en français, italien et allemand, soutenues par un entourage européen de traducteurs et animateurs. L'année suivante, la BBC a diffusé des appels aux mineurs allemands lancés par la British Mineworks Federation pour éveiller les allemands à propos du lavage de cerveau « bombs of mind »34 conduit par le gouvernement nazi. Goebbels a fait des contre diffusions en anglais à partir de stations placées stratégiquement à Hambourg. S'appuyant sur de multiples sources britanniques, françaises, allemandes, fin 1940, la BBC est devenue une radio de combat. 35

2.4.1 Propagande en Angleterre

La propagande faite par la BBC n'a pas attiré autant d'attention car elle était
plus au moins cachée36. L'une des plus importantes caractéristiques de la
propagande anglaise était la valorisation des forces armées en période de

34Mary Cawte, Making Radio into a tool for War; 1996 disponible sur http://www.bmartin.cc/pubs/peace/96Cawte.pdf.

35 Christian Delporte ; Aurélie Luneau-Galy, Thèse La BBC et les Français : de l'écoute à l'action 1940-1944 ; résumé dans Recherches-Actualités ; Le Temps des Médias ; 2004/1 À N°2 ; p. 235 Disponible sur www.cairn.info

36 Cécile Vallée : La propagande cachée sur les ondes de la BBC pendant la deuxième guerre mondiale : vers une héroïsation nationale ; Revue Lisa/ Lisa e-journal. Vol IV À N°3/2006. Disponible sur http://lisa.revues.org/index2025.html

conflit. Le discours a vanté la haute combativité des troupes, les émissions qui mettaient l'accent sur l'héroïsme militaire des soldats, des marins, et des aviateurs étaient multiples. Outre les émissions régulières, comme les bulletins d'information, ou le War Commentary, toute bataille à venir ou passée était l'occasion de rendre hommage aux héros (Vallée, 2006). En outre, la radio diffusa des émissions glorifiant l'histoire de Grande-Bretagne et la célébration constante des victoires du passé et en même temps dénigrant leur ennemie À l'Allemagne. Les diffusions essayaient de démontrer la bestialité, le caractère satanique de l'ennemie. Winston Churchill et J.B. Priestley, que l'on peut considérer comme les deux maîtres de l'allocution radiophonique de l'époque, étaient sans aucun doute les plus efficaces et les plus virulents en la matière (Vallée, 2010).

2.4.2 Propagande au Maghreb

Au Maghreb, la BBC diffusa en Arabe pendant leur guerre brève au Maroc, entre 1942 et 1943, elle a essayé d'améliorer l'image des combattants et de convaincre les arabes de leur mission contre le nazisme. Pour la réalisation des projets de guerre, chaque camp s'ingéniait à trouver les supports nécessaires qui lui offriraient la réussite. La propagande radiophonique avait, à n'en pas douter, tous les moyens de toucher les diverses « couches » des populations. Elle eut recours pendant cette période cruciale outre à l'usage de la langue arabe, aux bulletins d'analyse, aux chants, aux émissions artistiques et littéraires, aux témoignages de prisonniers, aux prêches d'hommes religieux musulmans, aux émissions pour enfants ainsi qu'à quelques cours d'histoire et de civilisation (Cherif, 2006). Mais, si les anglais pouvaient diffuser vers le Maroc car il était plus près de Gibraltar, L'Algérie et Tunisie étaient loin de leur influence.

Cependant, les diffusions de la progression de la bataille, faites par les
présentateurs égyptiens, entre allemands et anglais était loin de l'intérêt du

peuple Tunisien. La programmation suivie étant classique et axée plus sur le facteur culturel qui lie la Grande-Bretagne à ses colonies, elle mettait en exergue le respect des traditions musulmanes tout en évoquant les nouvelles des fronts, les victoires remportées, ou l'alliance de tel ou tel autre pays à la coalition contre l'axe (Cherif, 2006). « Radio Berlin » fut plus écoutée que « Radio Londres » car elle savait comment toucher les sentiments du public.

2.4.3 La BBC durant le régime Vichy

En France, la BBC diffusa les émissions comme Les Français parlent aux Français, Honneur et Patrie. Ces émissions conçues avec imagination sont devenues une source de courage et de soulagement pour le peuple français sous le règne de Vichy. Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, dans l'idée de rallier les individus réceptifs à la cause défendue par Radio-Londres, d'obtenir leur adhésion, la propagande diffusée sur les ondes anglaises fut soigneusement élaborée. Sans recourir à de longs développements, mais en martelant les mots qui servaient ses idées, en usant de formules concises, de slogans courts, simples et faciles à retenir, de la répétition, en jouant sur l'émotion et le sentiment national rassembleur, et en tenant compte de l'opinion collective, la BBC fut le vecteur d'une mobilisation humaine, d'esprit et de corps, sans précédent (Luneau, 2005).

2.5 Les radios noires

La deuxième guerre mondiale a rendu la guerre radiophonique37 plus malveillante. En plus des diffusions les nouvelles de la guerre, les parties en conflit ont lancé plusieurs radios « noires » visant à contrecarrer, dévier, mal renseigner et saper le moral de l'ennemi. Selon les spécialistes de l'action et de la guerre psychologique, ces radios sont dites « noires » car l'émetteur n'est

37 Cawte, Mary ; Making Radio into a tool of War: 1996

pas identifié, par contre, les radios comme BBC or RRG qui ont un émetteur clairement identifié sont dites « blanches »38.

2.5.1 Les stations noires des anglais

Alors que la BBC fut la radio officielle et blanche anglaise, le bureau de guerre politique (Political Warfare Executive) a chargé Sefton Delmer de la propagande « noire » vers l'Allemagne pour démoraliser les populations de ce pays. Ces diffusions visaient ceux qui n'avaient pas un haut niveau d'allégeance pour l'état Nazi. Les diffusions de ces radios noires se sont appuyées sur les discussions des rumeurs en les répandant39. Sefton Delmer était d'origine australienne, né à Berlin. Après ses études à Oxford, il est revenu en Allemagne comme correspondant à Berlin pour The Daily Express. Pendant son séjour à Berlin, il a fait connaissance avec Hitler, Goebbels, Himmler et les autres qui faisaient partie de la direction nazie. En 1940, il a décidé de faire partie de la guerre et s'est rapproché de ses amis dans les services secrets anglais.

Les radios noires diffusant en Allemand déclarèrent qu'elles émettent à partir des stations secrètes installées en Allemagne, mais en réalité ce sont les radios diffusant à partir de l'Angleterre. Ces émissions devaient donner l'impression qu'elles ne s'adressaient pas au grand public, mais devaient faire en sorte que les auditeurs capteraient par hasard des conversations de militaires allemands. (Mettelet, 2008).

Delmer a lancé une station Gustav Seigfied Eins (Georges Sucré) en 1941. La

38 Nicolas Mettelet ; Sefton Delmer le corsaire des ondes de sa majesté ; Cahiers de psychologie Politique ;Disponible sur

http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=102#tocto1n4

39 Boring G. Edwin (Edited by) Psychology for the armed forces prepared by Committee of the National Research Council With the Collaboration of many specialists, Washington Infantry Journal: 1945.p. 493 Disponible sur www.books.google.fr

voix qui parla fut celle d'un Der Chef, un vieux chef prussien qui va toujours soutenir le Führer sur les ondes, utilisant les mots et les paroles qui vont susciter une action contraire. Deutscher Kurzwellensender Atlantik (RadioAtlantique sur ondes courtes) et Soldatensender Calais (Radio Calais-Armée allemande) furent deux autres stations menées par Delmer dans lesquelles, il a utilisé les prisonniers de guerre allemands antinazi pour diversifier les voix et les accents. Delmer diffusa également de la musique classique allemande pour rendre ces émissions plus authentiques.

2.5.2 Les stations noires des allemands

En 1940, les allemands lancèrent la radio Concordia pour faire des émissions « noires » vers l'Angleterre. William Joyce (un anglais fasciste qui faisait les émissions pour RRG aussi connue comme Lord Haw-Haw) était chargé d'écrire les scénarios pour cette radio. Bien qu'ils aient assez d'anglais dans leur station « blanche », ils ne purent utiliser les mêmes. Ils ne pouvaient pas utiliser des allemands avec un mauvais accent pour une station qui prétendrait être diffusée depuis l'Angleterre. Par conséquent, ils ont embauché des animateurs de la poignée d'anglais qui demeuraient en Allemagne.

La première et la plus importante station de Concordia fut le New British Broadcasting Station (NBBS) (Büro N) qui a diffusé de 1940 -1945. L'autre station était Workers' Challenge (Büro S) qui a diffusé entre 1940-45, elle a prétendu soutenir les ouvriers et a toujours diffusé des messages incitant les ouvriers à s'opposer à la guerre. Ces stations étaient mal connues pour le mauvais langage qu'elles utilisaient. La Radio Caledonia (Büro NW) appelait aux sentiments nationalistes des écossais et les encourageait à créer une paix différente que celle de l'Angleterre. Elle a diffusé entre 1940 À 41. Christian Peace Movement (Büro P) était la quatrième station radio de la Concordia. Diffusant entre 1940-42, cette station a fait la propagande chrétienne vers

l'Angleterre. La dernière station était Radio National (Büro F) qui diffusa pour juste un an (1943). Elle était très antisémite40.

2.6 Radiodiffusion Française

C'est difficile de retrouver la date originelle de l'institution du monopole d'Etat en France, qui a accaparé tous les moyens de communication. Mais, c'est au roi Louis XI que l'on fait remonter la création d'une poste contrôlée par l'Etat en 1477 et l'on peut penser que c'était sa volonté d'unifier le royaume qui lui a inspiré cette organisation. (Cazenave, 1980). Le monopole des postes remonte donc à la deuxième moitié du XVème siècle, celui du télégraphe date du 23 juillet 1793. Le législateur place alors dans un cadre rigide les correspondances par signaux. Cela ne va pas déjà, sans contradictions, puisqu'en 1789 était affirmé le principe du droit de manifester sa pensée et son opinion soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière : « la libre communication de pensée et d'opinions est un des droits les plus précieux de l'homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement sauf à répondre des abus cette liberté dans les cas prévus par la loi » (art 11 de la déclaration des droits de l'homme) (Cazenave, 1980).

Cette loi fut suivie par plusieurs lois et ordonnances qui ont renforcé le contrôle du gouvernement sur les médias. La loi de 1928 a reconnu l'existence de postes privées « provisoirement et jusqu'à ce qu'intervienne une loi organique » sur le régime de la radiodiffusion. L'ordonnance du 23 Mars 1945 a annoncé la fin des radios privées. Mais ce qui a fixé le monopole sur les communications sans fil fut la création de la Radiodiffusion TélévisionFrançaise (RTF) en 1959, puis l'établissement de l'Office de Radiodiffusion

40 Doherty, Martin A. Nazi Wireless propaganda: Lord Haw-Haw and British Public Opinion in the Second World War; Edinburgh; Edinburgh University Press (2000); p. 19-29. Disponible sur www.books.google.fr

Télévision Française(ORTF) en 1964. En 1974, l'ORTF était remplacée par un service public national de la radiodiffusion-télévision française comprenant sept unités nouvelles:

-TDF (Telediffussion de France), établissement public de diffusion;

-Radio France, TF 1, Antenne 2, FR3, sociétés nationales s'occupant des programmes, une pour la radio, les trois autres pour la TV;

-SFP (société française de Production)

-INA (Institut National de l'Audiovisuel).

Le décret du 20 Mars 1978 précise à nouveau ce qu'il faut entendre par dérogation au monopole: « les programmes doivent s'adresser à un public déterminé, limité et identifiable; les conditions de diffusion ne doivent en permettre techniquement l'accès qu'au public auquel ces programmes sont destinés » (art 1 er). En Juin 1978 après l'incident de la Radio-Fil- Bleu, qui a commencé à diffuser à Montpellier, le monopole a imposé une amende de 10,000 à 100,000 Francs et jusqu'à un an de prison. Seulement le décret de mars 1978 n'a pas empêché les radios pirates de prolifóer.

2.6.1 Les radios libres

Le monopole permit de contrôler non seulement les moyens de la radiodiffusion mais aussi l'information. Les radios libres émergeaient avec les besoins du public de disposer d'un moyen d'information alternatif. Le surgissement des radios libres provient également des nouvelles interrogations sur les processus d'interaction et de transaction entre les cultures diverses qui se sont installées en Europe et les flux transnationaux.

Le mouvement des radios libres était inspiré par les radios « pirates » comme Radio Caroline en Grande Bretagne et Radio Alice en Italie qui diffusaient depuis des bateaux situés dans les eaux internationales. Ailleurs, les radios libres étaient aussi une expression des enthousiasmes des nouvelles techniques,

paroles et musique.

En France, l'histoire des radios libres a commencé en 1977, avec le lancement de la Radio Verte. Cela a suscité une explosion de stations de radio, par conséquent, une bataille pour les ondes. Les radios libres qui avaient un statut de « radios pirates » et « radios clandestines » jusque là, ont été légalisées en 1981 quand François Mitterrand le président Français a libóé la bande FM. La loi du 29 juillet 1982, autorisant les radios libres à émettre, a brisé définitivementle monopole. Désormais les radios libres deviennent des radios locales privées (R.L.P.). Cette autorisation a encouragé une multiplication de stations de radio partout en France.

2.7 L'art de la radio

Les artistes commencèrent à imaginer les ondes comme un paysage artistique. Le mouvement Dada, regroupant plusieurs artistes qui étaient contre l'absurdité de la guerre, commença en 1916 à Zurich en Suisse. Les artistes voulaient trouver une autre signification à l'art dans toutes ses formes. Dans le domaine sonore, le mouvement Dada produisit des sons diffóents. Kurt Schwitters, Richard Huelsenbeck and Raoul Haussman étaient les artistes du mouvement Dada qui ont expérimenté avec la poésie du son inspiré par l'idée de mots libres développée par l'italien Filippo Tommaso Marinetti en 1919 (environs) qui a mené le mouvement futuriste41. Diverses expóiences de radio futuriste seront tentées avant la Seconde Guerre mondiale, notamment, à Liège, par le Groupe Moderne d'Art42.

41 Un mouvement lancé en Italie par Filippo Tommaso Marinetti en 1909 valorisant la vitesse, l'industrie et la machine.

42 LAUREYS, A.-M., La vie littéraire à Liège entre les deux guerres, Mémoire de licence en Philologie romane, Université de Liège, inédit. Cité dans http://histv2.free.fr/litterature/marinetti.htm

En même temps Luigi Russolo (1885-1947), écrivit l'arte dei rumori (L'art du bruit) et inventa des instruments de bruitage. Selon Russolo « La vie ancienne fut silencieuse. Le bruit naquît avec l'invention de la machine au XIX ème siècle ». Il a estimé que le son était un phénomène physique et le bruit sa désintégration compliquée43. Dans l'appendice au manifeste de Marinetti, un Art des Bruits en 1916 il fait l'inventaire de tous les bruits possibles à rassembler dans ce qu'il appelle l'orchestre futuriste. Il y a, selon Russolo, six classes de bruits dans l'univers qu'il espère simuler tous par des machines dans ses laboratoires. Le lexique des bruits est bien spécifique aux différentes langues, et les traductions de l'italien ne peuvent être qu'approximatives. Première classe : le hurlement (vent), le rugissement, le ronflement (tonnerre, orgues), le mugissement (vent, mer), la détonation, le claquement ; seconde classe : le sifflement (serpent), le bruissement (étoffes), le chuintement (gaz, vapeur), le halètement (souffle) ; troisième classe : le chuchotement, le susurrement (feuilles d'arbres), le murmure, le marmottement ; quatrième classe : le grincement, le craquement, le grésillement, le pétillement, le frottement ; cinquième classe : les bruits obtenus par le battement de métal, de bois, de peau, de pierre ; sixième classe : les bruits produits par les «voix» humaines et animales : la clameur, le gémissement, le vagissement, le sanglot, le beuglement, le braillement, le bourdonnement, etc (Parret, 2010).

En Mai 1924, la revue L'Impartial Français organisa le premier concours de « littérature radiophonique », le jury fut composé d'écrivains et de personnalités du monde du théâtre (Colette, Jacques Copeau, la comtesse de Noailles, LéonPaul Fargue, Rosny Aîné, etc.). Deux premiers prix furent en effet attribués, l'un pour ses «qualités littéraires» et l'autre pour ses «qualités radiogéniques». Les deux oeuvres primées en 1924 sont Agonie de Paul Camille et Maremoto de Gabriel Germinet (pseudonyme de Maurice Vinot) et de Pierre Cusy. La

43Luigo Russolo (1885-1947) disponible sur http://www.occurrence.ca/multimedia/telegraf/pdf/ta_rus.pdf

première, récompensée pour ses qualités littéraires, met en scène «un mourant qui a pu s'emparer d'un poste d'émission de T.S.F» et sa forme est « une simple confidence, une confession ». Maremoto (raz de marée en italien) est « un dialogue entre un radio-télégraphiste et un marin qui appellent désespérément au secours par TSF, car leur navire est entrain de couler. On entend la pluie, le vent, des bruits de chute, les craquements de la coque. (Méadel, cité dans Hartje, 2003).

L'utilisation des ondes pour la propagande a troublé les artistes. Bertolt Brecht le dramaturge, poète et metteur en scène allemand, inquiété par le manque de participation du public dans l'espace radiophonique et l'utilisation de la radio pour et par les propagandes nazis a écrit en 1932 Der Rundfunk als Kommunikationsapparat/La Radio comme Appareil de Communication. 44 Il constate:

La radio porte une face au lieu de deux - elle est purement un appareil de distribution. Voici une suggestion positive : changez cet appareil de distribution en un appareil de communication. La radio peut être le meilleur appareil de communication dans la vie publique, un vaste réseau de conduits. C'est-à-dire, qui sache aussi bien transmettre que recevoir et laisser l'auditeur parler aussi bien qu'écouter.

En 1936, Rudolph Arnheim dans son livre Radio proposa que la radio puisse être un nouvel art. Il a basé son hypothèse en observant la croissance de la communication sans fil en Europe qui à ce moment là comporte 235 stations de radio. Il postule que ce qui empêche le développement de l'art de la radio est la hiérarchie des sens dans laquelle la vue domine l'ouïe.

« L'oeil donne une impression complete du monde, mais l'oreille donne une

44Lander, Dan ; Radiocasting musings on Radio and Art. Disponible sur http://cec.concordia.ca/econtact/Radiophonic/Radiocasting.htm.

Comment [e1]: Correction

impression incomplete. L'essence de diffusion est l'unité, il apporte par les moyens auditifs l'essence d'un événement, le processus de pensée, une représentation... la dominance sensorielle d'un visuel sur l'auditif est telle dans notre vie qu'il est difficile à accepter le monde auditif avec une transition vers le monde visuel. Donc, il y a une opinion qui se généralise à propos du sans fil. »

L'autre raison du retard de l'art de la radio était la dominance de la musique. La musique a gagné en importance grâce à sa valorisation comme condition sine qua non d'art du son. L'auto-réfóentialité de la musique a affaibli, banalisé et effacé les résultats sociaux et imaginaires des autres systèmes de sons. (Kahn, 1990).

En 1933, Filipino Tommaso Marinetti et Pino Masnata ont écrit un manifeste La radia, qui accompagna Le manifeste pour le Futuriste par Marinetti dans laquelle ils envisagent la radio comme un des modes de communication plus avancée que le théâtre (qui avait été selon eux tué par la radio et le cinéma sonore) et du livre (coupable de la myopie de l'humanité). Ce manifeste fut basé sur l'idée des mots libres (parole in liberta).

Par ailleurs les contrôles gouvernementaux sur les diffusions ont bloqué les intentions des artistes pour utiliser la radio dans un but artistique du fait qu'elle était employée comme vecteur de propagande. Circonvenir les influences militaro-industrielles et diffuser d'une manière par laquelle les sons ne soient pas détournés par les puissants, étant donné que la radio avait des racines militaires, était un défi pour les artistes (Lander, 1999). Pourtant, les artistes continuaient à développer ces moyens de diffusion.

La puissance de la radio pour créer des effets « quasi magiques » par le moyen
du son a été démontrée lors de la diffusion de La Guerre des Mondes (de H.G.

Wells) par Orson Wells en 1938 sur CBS, aux Etats-Unis. Cette histoire d'une invasion extra-terrestre convainquit les auditeurs que les événements diffusés par la radio étaient réels. Six millions d'auditeurs crurent qu'il s'agissait d'une émission d'information et un million céda à la panique.45Les artistes furent fascinés par ce nouveau moyen de communication et voulurent l'utiliser non seulement dans des buts artistiques mais aussi pour développer un art sonore.

Marinetti et Kurt Schwitters se sont intéressés à la manipulation du son par la technologie. Pendant les années 30, Marinetti produisit cinq pièces radiophoniques, en mélangeant les sons de feu, d'eau, et de voix humaines. Il a aussi utilisé le son rrrrr d'une moto (Lander, 1990). Cette collection de sons est intitulée Radio Sintesi. Mais cet ouvrage n'a jamais été diffusé. Dans son ouvrage La Radio (1933), inspiré de mots libres par Marinetti, Pino Masnata a proposé que les éléments de la structure linguistique (conjonction, adverbes, adjectifs, etc.) soient éliminés pour la réduire aux mots essentiels. Les mots libérés peuvent être utilisés pour créer une imagination sans fil (sic).

Néanmoins les conditions imposées par l'Etat pour l'utilisation de la radio ont empêché le développement de la radio comme « le huitième art ». En 1947, l'émission, Pour en Finir avec le Jugement de Dieu créée par Antonin Artaud acteur, dramaturge, poète et peintre français était censurée par crainte que l'ouvrage ne véhicule un sentiment de peur. L'enregistrement était composé de sons, cris, hurlements, grognements, onomatopées. Artaud a envisagé la bouche comme le seul émetteur de sons. Selon Allen S. Weiss, cet ouvrage peut être rangé dans le domaine de radio phantasme (Lander,1999).

Selon Hélène Eck l'art de la radio ne se développa pas à cause de sa dépendance
du théâtre. « Il paraissait évident dans les années trente que « le huitième art »

45 Influence, Ibid p.31

s'identifiait au théâtre radiophonique soit en quête d'une nouvelle définition. Il reste très étroitement dépendant du modèle théâtral traditionnel, s'attache aux notions d'oeuvres et d'auteur, seules capables de hisser la radio au rang des Arts » écrit Eck46.

En plus les usages des stéréotypes et les descriptions banales ont rendu l'art radiophonique inefficace. « C'est de l'ordre de la fine moustache par laquelle, dans les Westerns se démontré la traîtrise » (Veille, 1952 cité dans Eck, 1990). Les accompagnements parasites les plus fréquemment décriés sont les récitant, cet auxiliaire postiche dont la voix neutre est plate et décrit le décor et assure les transitions entre les scenes, la musique d'ambiance où l'atmosphère destinée à suggérer un cadre spatial, enfin et surtout le bruitage exagéré, cette multiplication d'indices sonores qui n'épargnent à l'auditeur ni les bruits des voitures , d'ascenseur, de clef, ni ceux de porte ouverte, puis fermée pour évoquer un retour à la maison » (Meriminode,1945 cité dans Eck, 1990)

46 Hélène Eck: A la recherche d'un art radiophonique dans la vie culturelle sous Vichy, sous la

Chapitre 3. La Diaspora

Historiquement le mot diaspora est associé à la dispersion de la communauté juive. Selon le dictionnaire le Petit Robert de la langue française le mot diaspora est d'origine grecque (diaspeirô/dispersion), il s'agit de la dispersion à travers le monde antique des Juifs exilés de leur pays. Dans Le Robert Dictionnaire Culturel en langue française le mot diaspora signifie : la dispersion (d'une ethnie), ensemble des membres dispersés d'un groupe social ou ethnique. La diaspora tchèque, arabe, chinoise.

Toutefois, le mot diaspora est employé depuis les années 80 pour décrire les peuples d'un certain pays ou communauté qui ont quitté leur pays d'origine pour des raisons diverses. (Celikpala, 2006) Gérard François Dumont dans son livre Démographie Politique : Les Lois de la Géopolitique des Populations définit une diaspora comme « un ensemble d'individus vivant sur un territoire avec lequel ils entretiennent des relations régulières, symboliques ou mythologiques ». Robin Cohen dans Global Diasporas (2008) identifie cinq types de diasporas : Africains et Arméniens comme diaspora de victimes ; les travailleurs indiens sous-contrat comme diaspora de main d'oeuvres ; les chinois et les libanais comme diaspora de commerce ; les sionistes et les sikhs comme diaspora marquée par l'imaginaire de leur patrie ; et les Parsis et Sindhis de Mumbai comme diaspora déterritorialisée

Le mot « diaspora » est utilisé normalement par les académiciens, journalistes et politiciens pour décrire les peuples qui habitent loin de leur pays d'origine (Celikpala, 2006). On dégage trois critères pour qu'un groupe soit décrit comme diaspora. Premièrement, il faut qu'il soit dispersé dans deux lieux ou plus en dehors de leur pays d'origine. Ensuite, il faut que la communauté y ait

direction de Jean Pierre Rioux p. 270

demeuré longtemps ou définitivement. Enfin, il faut qu'il y ait des échanges culturels et économiques entre les groupes demeurant dans plusieurs pays. La communication et les voyages entre les nouveaux pays et le pays d'origine sont inclus dans cette catégorie. (Hears cité dans Celikpala, 2006).

Expliquant l'identité diasporique Stuart Hall dans son article Penser la Diaspora : chez soi de loin47 parle de force du « cordon ombilical » dans les diasporas ; l'identification associative avec les cultures des origines reste très forte, même dans la deuxième et troisième génération, bien que le «lieu d'origine ne soit plus la seule source d'identification. « La pauvreté, le sousdéveloppement, le manque d'opportunités - les traces omniprésentes de l'Empire48 peuvent contraindre les populations pauvres à migrer, provoquant l'éparpillement et la dispersion. Pourtant, au fond de notre coeur dit l'auteur, nous sommes convaincus que chaque dissémination porte en elle la promesse d'un retour rédempteur »(Hall, 2007:246). La conception fermée de la diaspora repose sur la construction d'une frontière exclusive, sur une conception essentialisée de l'altérité de « l'Autre » et sur une opposition fixe entre le dedans et le dehors (Hall, 2007:251).

Prenant l'exemple de la diaspora aux Caraïbes, Hall explique que la diaspora a un sentiment de délocalisation avec son pays d'origine. Les membres d'une diaspora aussi expérimentent un mélange ou une hybridité non seulement avec les résidents du pays où ils demeurent mais aussi avec les autres diasporas.

L'Isère et Grenoble sont une terre d'immigration depuis longtemps. Cette
région a accueilli les travailleurs et les commerçants non seulement des pays
limitrophes mais aussi des pays africains, asiatiques et d'Amérique du Sud.

47 Hall, Stuart. Penser la diaspora dans Identités et Cultures Politiques des Cultural Studies ; Editions Amsterdam ; Paris : 2007

48 Par empire l'auteur entend, semble-t-il la puissance dominante dans le lieu de départ.

Nous avons retenu pour notre étude trois de ces diasporas.

3.1 La Diaspora Juive

Selon Robin Cohen, cette communauté représente la notion classique de la diaspora par suite de leurs expériences historiques de persécutions, les immigrations et les mélanges (ou hybridité) avec les peuples du plusieurs régions du monde. L'Isère est une région qui a joué un rôle important dans l'histoire de la communauté juive. La ville de Vienne, sur les bords du Rhône, était l'un des premiers endroits en Europe où les juifs se sont installés après que l'ethnarque de Judée Archelaus y fut exilé par l'Empereur Auguste en l'an 6 de notre ère et où il mourut en l'an 16 de notre ère (Rosenman).. Selon un mémoire d' A. Prudhomme, Archiviste de l'Isère en 1883, les persécutions et humiliations contre la communauté juive eurent lieu en Dauphiné pendant le XIVème et XVème siècle. Le roi Louis XI, là comme ailleurs, fit preuve de sens politique, révoqua quelques mesures prises avant lui contre les juifs du Dauphiné et diminua les charges qui leur étaient imposées. Mais ce ne fut pas un vrai soulagement (Havet, 1883). Les juifs continuaient à vivre en Isère au XVIème (Vial, 2001). Cette communauté continua à se développer aux siècles suivants.

En 1928, l'Association culturelle Israélite fut fondée à Grenoble par Prosper Troujman, Lucien Lévy, Rudolph Fischl, M. Serfaty, et Myriam Dubois. Prosper Troujman possède et dirige les magasins de la Providence, rue Thiers. Rudolph Fischl est à la tête de l'une des plus importantes ganteries et Myriam Dubois est l'épouse d'un magistrat. Dès 1933, cette petite communauté voit arriver les premiers proscrits des lois d'exceptions allemandes. La situation s'est dégradée pendant la décennie, à cause de l'augmentation du taux de chômage, de la chute de la production et du peu de stabilité politique. Cette situation a contribué à l'atmosphère de xénophobie (Ciarrocca, 2005). En juin

1940, après l'invasion allemande et la création du gouvernement de Vichy, des juifs alsaciens et parisiens rejoignent l'Isère puis, entre les étés de 1941 et 1942, des juifs Polonais. Ces derniers constituent alors la moitié des juifs étrangers du département. Au début de l'année 1943, de très nombreux juifs d'Autriche, d'Allemagne et de Roumanie se sont également réfugiés dans la région grenobloise49.

Les montagnes qui cernent Isère ont facilité l'évasion de juifs. Ils étaient quelques vingt mille essaimés dans un rayon d'une trentaine de kilomètres, jusqu'à Voreppe et Voiron, le plateau de Petites-Roches, où les sanatoriums de Saint-Hilaire-du-Touvet (ceux du « Rhône » et des « Etudiants » ) accueillirent de faux malades. ; ils se réfugièrent également dans les petits villages du balcon de la chaîne de Belledone, du Vercors : Villard de Lans, Méaudre et Autrans, et plus au Sud Prélenfrey, et son préventorium pour enfants Alors que la loi du 2 juin 1941 exigeait un recensement des juifs afin des pouvoir les exclure de certaines professions, la grande majorité de ces juifs ne se trouvaient pas sur les listes de recensement du gouvernement de Vichy, car ils vivaient sous une identité d'emprunt (Yagîl, 2005 : 196, 197).

En dépit du fait que le régime dit de Vichy représentait l'Etat français, il était sous le contrôle allemand qui s'est installé dans la partie Nord de la France. Les juifs étaient discriminés et déportés par la politique antisémite suivie dans la région sous la direction du Maréchal Pétain. En revanche on retrouve plusieurs exemples de sauvetage de juifs, particulièrement par des communautés religieuses et des fonctionnaires qui leur étaient favorables en Isère50.

49 Etre Juif à Grenoble entre 1939 et 1945 : Expositions au Musée de la Résistance, Grenoble.

50 Yagil, Limore ; Resistance et Sauvetage de Juifs dans le département de l'Isère (1940-44) ; Guerre mondiale et conflits contemporaines ; 2003/4 n°212. Disponible sur www.cairn.info.

Aujourd'hui il y a 6000 (environ) 51 juifs qui vivent en Isère. Ils sont actifs dans des organisations comme le Conseil Représentatif des Institutions juives de France de Grenoble-Isère (CRIF), Le Cercle Bernard Lazare, etc.

3.2 La Diaspora Maghrébine

La diaspora maghrébine vient de trois pays d'Afrique du Nord : Algérie, Tunisie, Maroc. Ces pays étaient autrefois colonisés par la France52. Le Maroc et la Tunisie sont devenus indépendants en 1956, tandis que c'est en 1962 que l'Algérie a gagné son combat pour la liberté. Les premieres vagues d'immigration maghrébine, jusqu' aux années 70, étaient plus au moins composées de travailleurs venus sans leur famille53. Limitée à l'origine aux régions de l'Est de l'Algérie, et en particulier de la Kabylie, elle s'est généralisée progressivement à l'ensemble de l'Algérie (Zehraoui, 2003).

Les deux guerres mondiales ont amené de nombreux maghrébins en France. Entre 1915 et 1918 la France a recruté 15 000 soldats et 78 000 travailleurs algériens, 35 000 marocain, 18 000 tunisiens. Ils ont été renvoyés chez eux après la démobilisation. En 1920, par exemple, il reste 5000 Algériens en France. Cependant, la période de reconstruction et les besoins des années suivantes créées par l'équipement électrique, le raffinage du pétrole, la construction automobile, l'industrie chimique, la sidérurgie, font que de 1922 à 1924, 175 000 travailleurs algériens sont introduits en France. La crise des années 1930 provoque des retours et en juin 1938 on compte 125 000 algériens

51 C'est une figure approximative communiquée par Edwige Elkaim Présidente du CRIFGrenoble. Selon elle les juifs sont assez frileux concernant les « fichiers ». La deuxième guerre mondiale et la Shoah en sont la cause.

52 L'Algérie était un département français, la Tunisie et le Maroc des protectorats

53 Ahsène Zeheraoui, De l'homme seul à la famille : Changements et résistance dans la population d'origine Algérienne dans Hommes et Migrations, N°1244 Juillet-Aout 2003.

en France54.

A partir de 1939, des algériens furent requis pour travailler à Livet-Gavet notamment ; « être requis » signifiait avoir un statut de « mobilisé » dans une entreprise, avec interdiction de la quitter. Quand des travailleurs s'échappaient, le patron avertissait aussitôt la gendarmerie qui tentait de les retrouver ; certains fuyaient le climat, d'autres, à partir de 1941 étaient sollicités par des filières allemandes pour aller travailler en Allemagne (Muzard, 2001) Les premières données de 1941 constatent 500 Algériens environ dans l'Isère, en 1942 il y avait 589 Algériens et en 1943 il y avait 223 Algériens dans l'arrondissement de Grenoble. Le gouvernement de Vichy à créé un service social nommée MONA (Main d'oeuvre nord-africaine) qui avait pour objet d'apporter un soutien social auprès de cette population afin de la stabiliser55.

La seconde guerre mondiale a eu un impact fort sur la perception par les indigènes des pays colonisateurs, par conséquent sur les relations entre colonisateurs et colonisés. En dépit de la croissance des mouvements nationalistes dans les pays maghrébins le taux d'immigration augmenta dans une proportion plus importante qu'auparavant.

C'est après 1945 que les maghrébins ont commencé à s'enraciner à Grenoble. Il y avait plusieurs raisons à ce développement : l'espérance de trouver une meilleure condition de vie, pour certains le fait d'avoir la nationalité française par le mariage avec une française ; les autorités françaises sont attentives aux demandes d'Algériens pour obtenir logement et emploi (pour ne pas encourager une rébellion contre le régime français au Maghreb).

54 Pour que la vie continue D'Isère et du Maghreb, Mémoires d'immigrés,Musée Dauphinois, Grenoble, Octobre1999.

55 Ibid p. 15.

L'immigration provenant des pays maghrébins augmente vers 1955 lors du démarrage d'une réelle période de croissance provoquée par la mise en exploitation de ressources énergétiques nouvelles, par le développement de grands travaux d'équipement, par la construction de logements, la relance de la sidérurgie, de la chimie, des industries, des automobiles et des appareils ménagers. Des accords bilatéraux de main-d'oeuvre avec des pays africains notamment maghrébins, qui sont demandeurs en raison de la stagnation économique du tiers-monde et de leurs besoins divers sont signés. En 1955 on compte en France 211,000 Algériens, en 1968 471 000, 88 280 Marocains, 60 180 Tunisiens, et en 1974 711 000 Algériens, 260 000 Marocains, 140 000 Tunisiens56. En 1968, la municipalité de Grenoble a confié un local d'animation à l'Association Dauphinoise de Coopération Franco-Algérienne (ADCFA) qui était accolé à la MJC des Allobroges. Des cours, des animation culturelles ont permis à de jeunes algériens d'avoir un lieu de rencontres et de se former à l'organisation des loisirs. (Muzard, 2001).

L'immigration Marocaine est devenue plus forte après l'accord bilatéral entre le Maroc et la France en 1963. A partir de cette date le déploiement des agents français recruteurs de main-d'oeuvre va faire en sorte que les effectifs des travailleurs marocains en France vont passer de 33 300 en 1962 à 260 000 en 1975. En Isère, entre ces deux mêmes dates, le nombre de Marocains est passé de 193 à 2785. (Chaouite, 2001).

Bien qu'un accord ait été signé entre la France et la Tunisie en 1963 un bureau d'Office National français de l'immigration n'a été établi qu'en 1969. C'est l'année qui a enregistré le nombre de plus important de départ de Tunisiens vers l'étranger : 36 340 sorties contre 10 000 en196857.

56 Ibid p. 14

57 Hamouda Hertelli ; Les Tunisiens en Europe dans Migrations Société ; Espace Politique et Immigration Revue de Presse (Italie) Vol, 6, N°6, Novembre-Décembre 1994. P.19.

3.2.1 Intégration

En 1974 un décret met fin à l'immigration de travail, cependant le nombre des immigrés va continuer à augmenter. C'est le regroupement familial introduit par le gouvernement français en 1975 qui provoque ce phénomène. Ce processus est décrit comme la féminisation ou la « familialisation » de l'immigration par les sociologues58. Le recensement de 1990 donne le nombre de 6212 Marocains en Isère dont 1280 à Grenoble. De 1974 à 1990, le nombre de Marocains en France a doublé, grâce au regroupement familial. 65% des arrivées le sont après 1975. Les deux tiers des enfants vivant dans un ménage marocain sont nés sur le sol français. (Chaouite, 2001). C'est plus au moins le même cas avec les enfants algériens. La population enfantine algérienne était estimée à 551 560 personnes au recensement de 1999 en France. Elle représente aujourd'hui la majorité de la population d'origine algérienne. (Zeheraoui, 2003) Observant l'intégration culturelle de le deuxième génération de maghrébins en France Allen Bettegay écrit « ces jeunes affichaient les mêmes goûts et les mêmes frustrations que les autres jeunes des milieux populaires de banlieue, parlaient français avec l'accent de leur région (on savait s'ils venaient de Marseille, du pays ch'timi ou de la banlieue parisienne), regardaient les mêmes séries télévisées que les jeunes Français de leur âge, et se choisissaient des surnoms français ou américains. ». Des sociologues ont ainsi souligné que nombre de ces enfants de l'immigration n'avaient pas la maîtrise de la langue maternelle, ni des éléments essentiels de leur «culture dite d'origine», ce dont se plaignaient d'ailleurs parfois leurs parents (Bettegay, 2001).

Selon le recensement d'INSEE 2006 il y a 13 418 Algériens, 3 963 Marocains,
et 3433 Tunisiens en Isère. Actuellement la diaspora maghrébine à Grenoble est

58 Zehraoui ibid 2003.

active à travers les diverses associations comme l'Association de Solidarité des Algériens en Isère (ASALI), l'Association Culturelle et de Coopération FrancoMaghrébine (Amal), Association des Retraités Marocains en France, l'Association des Tunisiens de l'Isère - Citoyens des deux rives (ATI-CDR), etc.

3.3 Diaspora d'Afrique sub-saharienne

Des africains noirs d'origine sub-saharienne furent présents à Grenoble pendant les deux guerres mondiales. Spécialisée dans la formation des troupes de montagne, la place militaire de Grenoble n'a guère retenu les tirailleurs sénégalais, soudanais, ou malgaches dont la vocation était plutôt les combats en plaine et dans des zones de climat moins rigoureux. Néanmoins, le stationnement de ces troupes est attesté dans la région au cours du premier conflit mondial et, pendant la période d'occupation, des militaires des troupes coloniales, démobilisés à la suite de la signature de l'armistice de 1940 ont participé aux mouvements de résistance (Barou, 2001). Malgré ces interactions il n'y eut pas d'installation significative de personnes et de ménages africains à Grenoble et dans la région. Parmi les unités de troupes coloniales les Sénégalais étaient traditionnellement les plus nombreux, aussi Grenoble fut la région la plus connue dans leur pays.

En même temps il émergea une génération charnière59 des africains qui se sont organisé en Europe et en France pour lutter contre le colonialisme. Née pendant les années vingt et trente et éduquée dans les écoles et lycées établis en Afrique Occidentale Française, (AOF) elle a poursuivi une éducation supérieure dans les universités françaises. Pendant leurs études en France, ces étudiants

59 Amadou Booker Sadji ; Le rôle de la génération charnière Ouest-Africain À Indépendance et Développement ; L'Harmattan 2006.

africains ont mené de multiples efforts pour libérer leurs pays du colonialisme. Une preuve de ce mouvement à Grenoble est manifestée dans une résolution de l'Association des étudiants Camerounais60 de Grenoble pendant une assemblée générale de 23 Mai 195761.

L'immigration de travail a commencé au cours des années 1960 avec l'installation de l'entreprise Merlin-Gérin. Ce sont encore les Sénégalais qui furent les « pionniers » de l'immigration. Ils sont venus de la Basse Casamance et appartiennent aux ethnies Diola et Manjak. D'abord arrivés en célibataires ils se font rejoindre, quelques années après, par leurs épouses et s'installent en famille au début des années 1970 en suivant les processus de regroupement familial. Même s'ils ont maintenu des liens avec leur pays d'origine et conservé un certain nombre de pratiques communautaires à travers une vie associative inspirée de leur culture, ils ont cependant conscience que leur enfants se sont définitivement éloignés de l'Afrique. « En venant ici nous avons perdu deux fois notre pays, avec la migration d'abord et puis à cause des enfants ensuite » dit une mere de famille qui a passé toute sa vie d'adulte à Grenoble (Barou 2001 : 58). Les autres ethnies sénégalaises qu'on trouve ici sont des Soninkés ou des Toucouleurs faisant partie du premier flux migratoire vers la France. Très organisés et solidaires, ils ont toujours privilégié la migration des hommes seuls avec des pratiques d'alternance entre membres des mêmes clans, les uns séjournant en France tandis que les autres restaient au pays gérant les affaires familiales pour le compte des autres.

60 Le Cameroun fut une colonie allemande, mais après le première guerre mondial ils les ont perdu ;e 1919 à 1945, la plus grande partie du Cameroun fut placée par mandat international de la Société des Nations sous l'autorité de la France. A partir de 1946, le Cameroun sous tutelle française avait été représenté dans les assemblées politiques française à l'égal des territoires d'outre mer de la Republique française. Le pays est devenu indépendant en 1960. Source : Encyclopédia Universalis Corpus 4.

61 Ibid p. 219.

Installés dans un « foyer » de travailleurs intégré au quartier de la Villeneuve, ils perpétuent jusqu'à aujourd'hui un mode de vie collectif très hiérarchisé et tourné vers le pays d'origine. Ils participent peu à la vie sociale de la ville, se concentrant plus sur la réussite des enfants dans la société d'accueil. La deuxième vague de l'immigration était due à l'émergence de Grenoble comme ville universitaire. La renommée de Grenoble comme ville de l'innovation va représenter un attrait aussi important que la qualité de l'enseignement dispensé dans les universités locales.

Les mouvements associatifs à Grenoble pendant des années 1960 et 1970, leur implication dans la politique locale, dans la lutte contre le racisme et dans les actions de solidarité en direction des pays en développement ont en effet contribué à créer un climat qui pouvait offrir à de nombreux étudiants africains des occasions d'expression, de rencontre et d'initiative commune qui ont un caractère aussi efficace que les études elles-mêmes. Si les Africains d'origine francophone constituent la majorité des immigrés installés aujourd'hui avec, outre les Sénégalais déjà mentionnés, de nombreux Burkinabés, des Ivoiriens, des Camerounais, des Congolais, on trouve aussi des représentants de l'Afrique anglophone et de l'Afrique lusophone, venus souvent comme demandeurs d'asile (Barou, 2001).

Actuellement la diaspora de l'Afrique sub-saharienne, se fédère autour de l'association Kassumay de Grenoble qui entreprend plusieurs projets de développement au Sénégal, l'Association des Gabonais de Grenoble (France), l'Association Camerounaise de l'Isère (ASI), la Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD), qui joue un rôle important dans son pays pour établir un état respectueux des droits et des biens humains.

Chapitre 4. Les trois radios locales grenobloises

Pendant cette période plusieurs diasporas en France ont pensé à utiliser la radio comme moyen de communication de leurs cultures et leurs sentiments dans leur pays d'accueil. Après le mouvement de radio libres il y avait 31 radios représentant des immigres divers en France. Ce nombre était plus important que celui des autres catégories de radios libres62. Les trois radios locales grenobloises que j'étudie dans ce mémoire ont émergé pendant le mouvement des radios libres dans les années 1980. A verser au compte de l'histoire de la radio locale : les premières radios ont en effet toujours mis en avant l'idée de « donner la parole à ceux qui en sont traditionnellement exclus » (Bistoffi, cité dans Dilli, 1995). Le 29 Juillet 1982 comme le premier organe de régulation audiovisuelle. Il a existé jusqu'en 1986 et a été suivi par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA). Aujourd'hui, il continue à gérer toutes les procédures d'acquisition des autorisations pour la radiodiffusion en France. Les radios locales privées (RLP) sont classées en cinq catégories:

4.1 Les catégories de radios locales privées

La multiplication des radios privées et associatives a conduit les pouvoirs publics à créer un organisme public pour la réglementation des ondes. Dans un premier temps, la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle fut créée Categoric A: Service Associatif éligible au Fonds de Soutien d'Expression Radiophonique (FSER). Cette catégorie inclut radios de proximité, radios communautaires, culturelles ou scolaires.

Categoric B : Services locaux ou régionaux et ne diffusant pas de programme
de national identifié. Par locaux ou régionaux, on entend des services diffusés

62 François Cazenave, Les Radio Libres, Que sais-je ? PUF, 1980. p. 75.

par des opérateurs locaux ou régionaux et dont la zone de desserte ne couvre pas une population de plus de six millions d'habitants.

Categoric C : Services locaux ou régionaux diffusant le programme d'un réseau thématique à vocation nationale. C'est la même définition que dans la catégorie B ci-dessus ; à corriger.

Categoric D : Services thématiques à vocation nationale

Cette catégorie comprend tous les services dont la vocation est la diffusion d'un programme thématique sur le territoire national sans décrochages locaux.

Categoric E - Services généralistes à vocation nationale. Cette catégorie comprend des services à vocation nationale et généraliste dont les programmes, d'une grande diversité de genres et de contenus, font une large part à l'information : les candidats doivent décrire avec précision les différentes catégories d'émissions.

Normalement, les radios diasporiques font partie de la catégorie A étant donné qu'elles s'adressent à une communauté spécifique. Toutefois le terme « radio communautaire » ne s'applique pas aux radios représentant les diasporas. En France, ni le langage officiel français, ni les diffuseurs des émissions communautaires' ne sont d'accord avec l'utilisation de ce mot pour décrire la radiodiffusion par rapport aux groupes immigrés. D'une part, la nature de la Constitution Française qui défend le principe de laïcité et le Républicanisme n'apprécie pas d'utilisation d'un mot qui signifie ouvertement un groupe formé avec une langue ou une culture différente du français, à la base. L'utilisation du mot communautaire se heurte aux principes d'universalisme propagés par la France.63

63 La radio communautaire de la FM à l'internet, Pascal Ricaud, MédiaMorphoses N°23 Juin 2008, La Radio Paroles Donées, Paroles à prendre.

D'autre part, nous avons plusieurs preuves qui démontrent que les diffuseurs des émissions concernant les étrangers en France pensent que le mot communautaire' est péjoratif'64 car les émissions sont ciblées sur les auditeurs étrangers autant que sur les français. Ils ne trouvent pas une grande diffóence entre eux et la société française65 et veulent participer aux enjeux de la société française qui veut sortir des particularismes66. Dans ce cas là, le terme «radio diasporique» s'entend bien avec les intentions de l'Etat français comme avec celles des diffuseurs.

4.2. Radio Kol Hachalom (RKH) 100 FM

Signature : Kol Hachalom : La Voix de la Paix Catégorie A : Radio Associative67

Radio Kol Hachalom a commencé à Grenoble en 1983 avec Myriam et Prosper Abitbol. Le but de cette station, comme précisé dans son site web, est d'être « Au service de la communauté juive de la ville depuis sa création, mais totalement indépendante au sein des nombreuses associations israélites locales, RKH défend le judaïsme et Israël en particulier face à la désinformation ou l'indéniable parti-pris des grands média occidentaux... ». Comme une radio associative, elle vit de dons ainsi que de publicité. Actuellement, elle est dirigée par Patrick Bruttman. Elle a trois studios de diffusion regroupés dans la station. RKH diffuse plusieurs émissions politiques et religieuses. Paroles Yiddish et Passeurs de mots abordent les aspects culturels de la diaspora, alors que les émissions comme

64 Entretien Lalo Aboubaker, animateur de la Radio Kaléidoscope Janvier 11, 2010.

65 « Il n'existe pas une majorité de Français qui serait opposée à une minorité visible » Beur FM, encore Beur mais surtout FM À trois questions avec Ahmed el Keiy, redacteur Beur FM ; Janvier 23, 2007, www.parisduboutdumonde.com

66 Ibid.

67 Association à un but non-lucratif relève de la loi du 1901.s

8h

9h

10h

11h

12h

12h

14h

18h

19 h

19h

20h

 

30

 
 
 

45

hébreu

 
 
 

5
min

20
min

5 min

3 min

30
min

15min

30 min

10 min

15 min

10 min

 

Torah et Société et Kinnereth traitent des questions religieuses et philosophiques. Les émissions Tehana Merkazitt (central station en hébreu), Le Grand entretien, Le Forum abordent des sujets politiques, cependant la plus grande émission politique est le journal.

4.2.1 Les journaux

Pendant la journée RKH diffuse 11 journaux de Kol Israël en français « en direct d'Israël » et deux journaux en hébreu, depuis sept heure du matin jusqu'à 20 heure, La fréquence des journaux et la rapidité avec laquelle les présentateurs parlent diminuent après 14 heures. Kol Israël, qui signifie la voix d'Israël est le service public de radio diffusion d'Israël.

11 rendez-vous d'informations quotidiens francophones en direct d'Israël à 7H - 7H30 - 8H - 9H - 10H - 11H - 12H30 - 14H - 18H - 19H - 19H45

Les journaux des RKH : source www. rkh.com

J'ai analysé les journaux pendant un cycle de 12 heures - de 8 heures jusqu'à20 heures. La durée de ces journaux peut changer en fonction de l'actualité.

4.2.2 Les voix des journaux

Pendant la matinale, jusqu'au flash de 11 heure la présentatrice est normalement une jeune femme qui parle avec un rythme rapide et un ton aigu. A midi, la RKH diffuse un journal en Hébreu. Alors que la voix du présentateur peut être celle d'un homme ou d'une femme, la voix qui lit le slogan est toujours celle d'une

femme. Cette dernière voix est moelleuse, lente et banale sans le ton perçant des voix féminines qu'on a entendu pendant la matinale. Les voix du présentateur ou de la présentatrice du journal de midi ont le même caractère de calme et de lenteur.

Dans le journal de 12h 30 le présentateur est un homme qui a une voix avec une intonation musicale. Le journal de 14 h, lui, peut être lu par un homme ou une femme dont on devine que l'âge est moyen, il/elle lit le journal avec un rythme lent.

Les journaux de 18h et 19h sont présentés par des hommes qui parlent lentement. Le journal de 20h est en hébreu et la voix tantôt féminine tantôt masculine.

La voix aiguë de jeunes femmes, qui parlent vite, est non seulement en accord avec l'atmosphère vive du matin mais aussi crée un sentiment d'urgence et d'émotion pour ceux qui écoutent, ce qui est renforcé par la fréquence des journaux.

Cette atmosphere d'urgence se calme à midi quand RKH fait une «territorialisation géographique » 68 sur les ondes avec un journal de midi en Hébreu et puis un journal de 30 minutes en français à 12h30. La voix de la femme qui énonce les informations en Hébreu est radicalement diffóente de celles des présentatrices du matin. Cette voix est « sans maquillage », donne une impression d'innocence, on imagine une paysanne derriere elle.

La voix du présentateur homme du journal de 12h 30 a une intonation musicale.

68 J'emprunte ici l'idée de territorialisation géographiques de la voix par la langue maternelle expliqué dans Territoires de la voix par Patrick Berthier dans Médiation et Information N° 8, 1998, en imaginant l'idée de la radio comme une voix amplifié. Voir méthodologie.

Selon Michèle Grosjean69 l'intonation musicale apparaît dans la voix humaine dans trois situations a) témoin indigné : dans un discours argumentatif ; b) témoin pédagogique : pour convaincre, pour influencer ; c) l'adoucisseur : la mélodie de type sinusoïdale qu'on entend à la maternité. Dans le cas de RKH, cette voix est une voix-symbole70 de l'argumentation, conviction du territoire juif sur les ondes et c'est aussi un adoucisseur après les voix urgentes de la matinale. C'est la même voix qu'on entend pendant le Grand Entretien interrogeant les intellectuels, spécialistes juifs.

Le rythme du présentateur est lent pendant le journal de 14 heures. Quand ils reprennent à 18 heures le rythme est fluide, il n'y a aucune agression dans les voix d'hommes qui dominent les journaux du soir.

4.2.3 Les voix des correspondants

Pendant les journaux on entend les voix des correspondants qui sont sur le terrain. Alors que la bande FM rend les voix des présentateurs claires, nettes et sous contrôle, les voix des correspondants qu'on entend sur les ondes courtes sont tantôt incompréhensibles, tantôt haletantes et rapides, tantôt chaque mot énoncé et porteur de stress. Ces voix récréent un territoire lointain qui souffre, se bat et lutte.

69 Grosjean, M. Le Jeu musical des voix dans l'interaction dans Puissances de la Voix : Corps sentant, corde sensible ; Badir, S & Parret, H PULIM, Limoges 2001. ibid p.. 71-89.

70 « La voix établit des relations régularisées, elle constitue ces relations même qui font le lien entre langage et musique, parole et cri, sacré et profane, oralité et visualité, son et silence, perception et cognition, etc...Elle est devenue, en sémiotique peircienne; un symbole qui met ensemble, dans un système où dans une synesthésie les différents corrélats en présence...Par exemple cette voix symbole a une fonction politique, elle instaure une communauté euphonique

4.2.4 Musique

Selon Emma Rodero Anton71 on peut diviser l'intrigue d'une situation en trois parties musicales : transformation, attente, et conclusion. Les moments de transformation par la musique sont ceux dans lesquels les événements décrits dans la narration vont avoir lieu. Par exemple : un homme entre dans une salle et tombe sur une situation inattendue. Dans ce cas là avant que l'homme entre dans la salle, une musique ou un son préparant les événements se fait entendre. Les moments d'attente sont ceux où un suspense est créé dans l'histoire. Par exemple : quand la protagoniste vient d'entendre une bonne nouvelle une musique qui souligne ces moments joue. Enfin une musique de fin marque une conclusion. On trouve que le déroulement des journaux de RKH est caractérisé par ces moments de transformation, attente et conclusion soulignés par la musique.

4.2. 4.1 Les flashes : transformation et renforcement

Les flashes de 9h durent 2 à 3 minutes (environ). Pendant ce temps la « musique transformation » joue avec un fort volume. Cette musique synthétisée, alors que la présentatrice lit les titres essentiels renforce ces titres et l'impact sur les auditeurs. Pourtant, comme la musique est aussi lourde que la voix de la présentatrice, l'effet recherché n'est pas probant. Par contre pendant le flash de onze heures la musique de la transformation est moins forte. Elle commence mais continue à jouer en arrière plan. Il n'y a aucune musique pendant les flashes de midi ou 20 heures.

une Einstimmigkeit » (Kant 1790 : 973) ». ibid.p.. 241.

71 Anton, Emma R. The Sleeping Language : How to awaken expressive forms in contemporary radio dans Recherche en Communication: Nouvelles voies de la radio/ The way ahead for radio research N°26 Université Catholique de Louvain , 2006

4.2.4 2 Transformation, attente et conclusion

Le journal de huit heures commence brusquement. Lorsque la présentatrice lit les titres une « musique transformation » à plein volume nous prépare aux détails des nouvelles ; psychologiquement, l'auditeur est disposé à entrer dans le monde politique juif.

Pendant la durée totale des journaux de trente minutes il y a trois pauses pendant lesquelles des publicités pertinentes sont diffusées. Puis, un morceau de musique de type « club musique » est joué pendant une minute (environ), parfois il y a juste le piano ou un morceau de jazz. La musique pendant les pauses crée une atmosphere d'attente et de suspense pour écouter les nouvelles des deuxièmes parties du journal. Cependant, la diffusion de ce morceau de musique crée non seulement une atmosphere d'attente mais aussi creuse un espace exclusif. Alors que toute la journée la radio joue de la musique populaire en anglais, français et hébreu pour attirer les jeunes, les morceaux de musique joués pendant les journaux récréent un espace privilégié et élitiste. Un son symbole qui ressemble à celui d'un jeu vidéo nous ramène au journal.

Un morceau de musique indique la fin du journal. Puis après la météo le journal conclut avec une signature sonore de la Radio Kol Hachalom.

4.2. 5 Les signatures sonores de Radio Kol Hachalom

Les connaissances scientifiques à propos de la voix avancent à pas de géant depuis que la phonétique acoustique s'est dotée de moyens informatiques. Les logiciels spécialement conçus pour le traitement du signal acoustique dévoilent les secrets les plus subtils de la voix humaine. Les analyses informatisées permettent de mesurer les principaux paramètres de la voix et de déterminer ainsi, par exemple, les attributs les plus importants de la personnalité, de l'affectivité,

des attitudes, etc. La plupart de ces attributs dépendent de quatre dimensions vocales: la fréquence fondamentale (F0), responsable de la hauteur de la voix; l'intensité; le spectre (distribution de l'énergie dans le champ fréquentiel); et la vitesse d'élocution (mesurée en nombre de syllabes prononcées par seconde) (Kei, 1995).

On constate par exemple qu'un débit rapide et une voix forte caractérisent souvent une personnalité extravertie; qu'une parole lente, couplée avec une voix de faible intensité et monocorde, caractérise volontiers un locuteur triste, manquant d'énergie, apathique. Telle configuration des paramètres vocaux caractérisera un locuteur stressé, telle autre révélera une personnalité active, indépendante, dominante, telle autre fera ressortir la passivité ou la soumission du locuteur (Kei, 1995).

Pendant la journée de RKH on entend les signatures sonores de la radio qui sont traitées par ordinateur. Elles apparaissent non seulement à la fin de journaux mais aussi pendant la diffusion de la musique. Bien que la RKH soit une radio juive qui diffuse de la musique moderne en hébreu et une émission sur la langue yiddish, toutes les signatures sont en anglais et en français. Les bruitages qui accompagnent chaque signature ressemblent aux bruitages agressifs qu'on entend souvent dans les jeux vidéo. Parfois les bruitages semblent comme une extension de ceux qu'on écoute pendant l'émission de music disco sur la RKH. La voix male est traitée, amplifiée pour la rendre dominante et macho, cela s'applique surtout à celle qui parle en anglais. Au contraire, la voix qui parle en français est mâle mais aiguë. Les voix sont mécanisées pour recréer un phantasme de domination et d'agression sur les ondes.

Les messages de paix et la sonorité de ces messages sont contradictoires. D'une
part les messages promeuvent la RKH comme une « voix de la paix », d'autre
part ils mécanisent les bruitages et les voix qui symbolisent plutôt l'agression que

la paix. Je donne ici quelques illustrations de la lourdeur et la force de ces signatures:

· THEVOICE OF PEACE... IIISSSS ... THIS STATION

24 hours a day.

Voix male, mécanisé, expansion du mot IS' (être' en Français)

· Son mécanisé (ddddd.....) Voix synthétisé : Homme/grave/jeune

La Fréquence juive à Grenoble - C'est Kol Hachalom

· KOL HACHALOM bruitage

LA VOIX DE LA PAIX

· L ...L 'EXCLUSIVITE
KOL HACHALOM

· Kol Hachalom : La voix de la Paix : demi-minute de la musique jazz Un homme balbutie avec un accent utilisé par les rappeurs américains noirs

L'utilisation de voix mécanisées est considérée comme une manière par laquelle les individus peuvent contrôler la présentation de la voix72. Toutefois, la mise en question de la voix humaine par la Machine (sic) parlante transcende le domaine traité par Aristote qui s'intéressait essentiellement au rapport entre le bruit animal et le son humain. En effet on pourrait dire que la Machine n'a rien d'animal elle est pseudo-humaine (Parret, 2010).

72

Il y a une discussion intéressante à propos de la voix mécanisée dans Parret. H, Bruit, son, ton,

voix : un parcours aristotélicien dans Nouveaux Actes Semiotiques

http://revues.unilim.fr/nas/document.php?id=3384

4.2.6 Les stéréotypes dans les émissions reigieuses et phiosophiques

Selon l'approche linguistique-philosophique proposée par Hilary Putnam (1975,1978) avoir des connaissances stéréotypiques des choses suffit pour communiquer avec autrui. Le savoir stéréotypique est le contraire du savoir d'expert. Le premier constitue un savoir superficiel, général et acquis sans être mis en cause alors que le deuxième se caractérise par sa profondeur, sa rigueur scientifique et son essence détaillée et nuancée. Ce qui est indispensable pour que le savoir stéréotypique puisse rendre la communication c'est que les membres d'une communauté linguistique donnée partagent le même savoir (Reiss 1997 cité dans Danler). Ce savoir stéréotypique représente donc la signification attribuée à une certaine chose par toute une communauté linguistique.

Kinnereth et Torah et Société sont deux émissions de la RKH qui abordent les thèmes religieux et philosophiques. Pendant ces émissions les locuteurs utilisent les savoirs stéréotypiques pour construire l'identité de la diaspora juive.

4.2.6.1 Kinnereth 73

Le site web de RKH décrit cette émission comme « le magazine de philosophie juive, réflexions sur des thèmes associant tradition et modernité » Elle est diffusée chaque dimanche à 9h du matin et rediffusée chaque lundi à 22h. La durée de cette émission est d'une heure.

Kinnereth présente des thèmes de la philosophie juive par exemple la signification des fêtes comme Pourim et Pessah, parmi d'autres sujets discutés on peut citer: le sens des âges de la vie, le devoir juif dans le monde matériel, judaïsme et athéisme dans le monde contemporain.

Le locuteur avec une voix grave et une tonalité exigeante décrit

minutieusement plusieurs aspects de la philosophie juive. En plus de la Torah, il se réfère à l'écriture et à la parole des maîtres du judaïsme, aux poésies, aux chansons, aux intellectuels juifs, aux rabbis et aux mystiques juifs pour mieux expliquer ses points de vue. Aussi il donne des exemples de la vie quotidienne juive, des preuves de réussite juive. Il y a une voix féminine, d'âge mûr et qui appartient à une femme d'age moyen qui pose des questions. En introduisant cette émission il y a une musique au xylophone, lors de la pause musicale un morceau de musique classique ou thématique pendant cinq minutes (environ).

Suivent deux extraits de cette émission. J'essaie de les analyser on montrant leurs topoï types ou leurs inférences:


· Devoir du juif dans le monde matériel :

Donc nous sommes là au coeur de Rachi74. .vous vous êtes le peuple de l'esprit, qu'est --ce que vous faites sur une terre ?....et qu'est ce qu'on leur répond d'après Rachi.... On ne possède pas une terre simplement comme un autre peuple peut posséder mais on possède une terre pour montrer comment actualiser une vie spirituelle dans une vie justement terre-terre, c'est-à-dire au quotidien.

En s'appuyant sur un capital mental (Rabbi Rachi) le locuteur justifie la possession d'un capital économique (terre) pour un but culturel (vie spirituelle). En même temps il attribue un caractère exemplaire au peuple israélien comme un « peuple d'esprit » et justifie la possession d'une terre comme un besoin pour nourrir cet esprit spirituel.

73 Kinnereth signifie la mer de Galilée.

74 Rachi est un rabbin français de l'époque médiévale.

Le Topos Type À Plus le peuple possède une terre plus il contribue à la vie spirituelle du monde

Le mot « terre » est répété cinq fois.


· Judaïsme et athéisme contemporain

Je termine la lecture .. pendant la guerre du Golfe. J'ai vu une enquête de Yiddiya (mot incompréhensible : un journal Israélien) . c'est une enquête faite par des sociologues et qui montre que après la guerre du Golfe 17 % de Juifs Israéliens sont revenus à la religion à des degrés divers : observer le Shabbath, manger kasher, etc.. et je me suis dit que lorsqu'Israel est en danger, lorsque les skuds .font tomber. des bâtiments en Israel ; comme cela s'est passé lors de la premiere guerre du Golfe alors le Juif du fond de lui sent qu'il n'a qu'une seule adresse. c'est ce Dieu qui a permis la pérennité d'Israel, qui a permis à ce peuple de traverser l' Histoire, ainsi que la Bible l'avait annoncé dans le livre de Samuel (verset biblique en hébreu) « l'éternité d'Israel ne décevra pas.. .. Ça ne sera pas un mensonge.. la Bible a déjà annoncé que ce peuple traverserait l'histoire..

Le locuteur se réfère à un capital mental (sociologues, journal) pour décrire comment pendant la destruction du capital économique (destruction du bâtiment) il y a eu une croissance du capital culturel (des Israéliens sont revenus à la religion). Enfin il s'appuie sur un capital culturel (La Bible) pour la justification d'un capital social (le peuple israélien). Le locuteur maintient la guerre comme un arrière plan pour souligner le retour à la religiosité comme un caractère exemplaire du peuple israélien qui fut prédit dans la Bible. En même temps il les héroïse pour cette tendance.

Topos type : Plus Israël est attaqué plus la croyance chez son peuple augmente. Le mot « Israël » est répété cinq fois

4.2.6.2. Torah et Société

« Torah et Société » est diffusée chaque Mercredi à 10h et Vendredi à 11h 3075, elle commence avec du piano et le locuteur discute les aspects divers de la Torah. Voici un extrait de Parachat Meraglim (il s'agit d'explorateurs qui sont envoyés par Moïse pour reconnaître le pays) :

C) Locuteur 1: ...en substance...ils sont délégués...il faut d'ailleurs rappeler que dans le texte ce n'est pas Moïse (qui a choisi...hmm) qui a souhaité qu'il y ait des explorateurs...

Le présentateur :...c'est le peuple qui a demandé à Moïse d'envoyer des explorateurs...

Locuteur 1 : Oui... oui... le peuple a demandé et Dieu a répondu à Moïse de désigner qui de droit, autrement dit l'initiative ne vient pas de Moïse, l'initiative vient en partie du peuple et relayé par Dieu et Moïse n'est qu'exécutant et le texte a dit une chose simple (verset en hébreu) on va pour toi. C'est Dieu qui dit à Moïse, on va pour toi... c'est très important d'entendre le « Pour toi ». Pour toi Moïse, par opposition à quoi ? Par opposition à Israël. Autrement dit les explorateurs n'ont pas été envoyés pour faire ensuite un rapport à Israël ils ont été envoyés par Moïse et Dieu pour faire ensuite un rapport à Moïse.

Le locuteur présente un capital culturel (La Torah) et mental (Moïse) pour valoriser un capital social (le peuple israélien). Dans cet extrait le locuteur, valorise la volonté du peuple israélien comme un caractère exemplaire, puis il héroïse Moïse pour sa décision et son rapport avec la tout-puissant.

Topos type : Plus le peuple exprime ses désirs plus son chef devient fort. Le mot « peuple » est répété trois fois.

75 La grille de programmation mentionne le temps comme 11h 05 , mais je trouve que l' émission commence à 11h 30.

Donc, pendant ces interprétations l'identité juive est construite en s'appuyant sur les caractéristiques stéréotypiques de la diaspora juive. Les mots comme «Esprit », « Terre », « Dieu », « Bible », « Rachi », « Israël », « Moïse » étant quelques marqueurs sémantiques dans la représentation radiophonique de cette diaspora.

Les caractéristiques qui sont attribuées aux peuple juif et à l'état Israélien ; : un « peuple d'esprit », «ce peuple traverse l'histoire.... » (c'est son destin) et puis « l'initiative vient en partie du peuple »,(c'est sa volonté) sont valorisées dans les trois extraits. Les topoï des extraits et les fréquences des mots « terre » (cinq fois), « Israël » (quatre fois), et peuple (trois fois), me font conclure que les interprétations dans les émissions Kinnereth et Torah et Société sont en lien avec la justification du retour des juifs en Israël c'est à-dire le sionisme76. Les mêmes genres d'interprétations sont répétés pendant la diffusion de Kol Hatorah et l'Haftarah chaque Vendredi à 9 heure et à 16 heure.

4.2.7 Les publicités

La plupart des publicités diffusées sur RKH s'adressent à Israël et à la diaspora juive. Normalement, ces sont les organisations caritatives qui soutiennent les activités religieuses et sociales qui travaillent pour la conservation, la préservation et la protection de la diaspora en France. Les publicités les plus diffusées sont celles de l'Appel Unifié Juif de France (AUJF), l'OEuvre des secours aux enfants (OSE) France, le Casip Cojasor, L'Alliance Israélite Universelle. Les autres publicités concernent des voyages et séjours en Israël comme celles de Corsairfly, Office du Tourisme Israel (OTI), l'alimentation Kasher, les oeuvres littéraire lié avec la diaspora (Souffle du Jasmin).

76 Les idéologues Sionistes croient qu'Israël est un pays accordé de façon définitive au peuple juif par Dieu, comme il l'a été expliqué dans l'Ancien Testament; ce point de vue est la cause du conflit entre les Juifs et les Palestiniens.

Dans les publicités qu'il s'agisse d'une organisation caritative comme Casip Cajasor, AUJF, OSE, les voix d'hommes ont une tonalité paternelle et les femmes une voix mûre et maternelle. La voix qui parle dans la publicité dans OSE chuchote. Par contre, les publicités pour l'alimentation Kasher sont dites sur un ton grave et jeune pour les hommes et aigu pour les femmes. La voix dans les publicités pour les vols vers Israël est aussi aiguë.

4.2.8. Analyse

La construction identitaire d'un individu ou d'un groupe procède toujours de la confrontation avec un autre, par rapport auquel le soi se situe et s'évalue, et de la validation et de la reconnaissance de cet autre dont le soi dépend également. La représentation de l'autre de soi s'exprime en stéréotypes qui servent aux communautés pour faire signifier le monde (Zerva, 2006). Dans leur manifestation du « nous » c'est intéressant de noter les représentations d'autres par rapport aux juifs : les musulmans. Les préjugés juifs contre ce groupe sont établis dans cette publicité d'AUJF :

AUJF

Femme/âge moyen/ mûre : un message cent pour cent Israël

Homme/âge moyen/ grave /rythme lent /persuasif: Aujourd'hui au Yemen les juifs vivent dans la peur, la plupart sous la menace d'Al Qaeda. Ils sont en danger. Leur espoir : quitter leur pays et s'installer en Israël.

Femme: l'AUJF a décidé de consacrer aux juifs du Yémen sa campagne cent pour cent Israël 2010

Homme: Les familles juives Yéménites sont extrêmement diminuées et ont besoin de notre solidarité pour réussir leur intégration en Israël.

Femme: pour leur venir en aide envoyez très vite votre aide à (adresse...)

Il existe un conflit au Yemen entre les minorités juives et les groupes islamiques dans le pays mais ceux qui sont touchés par ce conflit sont aidés plutôt par les Américains et les Anglais que par Israël77. Cette publicité est un exemple d'utilisation de stéréotype Arabe élaboré par Edward Said (Partie 2) et l'exploitation de la rivalité classique entre juif et musulman comme support pour la diaspora juive et projection d'Israël comme la terre de la diaspora juive en accord avec l'idéologie sioniste. Donc, en reconstruisant son territoire sur les ondes, les musulmans deviennent une menace ambivalente, suspendu entre le réel et l'imaginaire.

Cette publicité n'est pas le seul espace où les musulmans sont représentés comme adversaires. On entend des phrases comme « la Palestine refuse.... », ou pendant l'affaire de la flottille récemment « La Palestine a bafoué les lois internationales », ou condamnant pendant le Grand Entretien diffusée Mercredi à 22h « les femmes en Algérie sont maltraitées par les Islamistes » suivi par une liste longue d'exemples, ou encore « avec ce discours Islamique on est dans le délire », etc.

En décrivant les contradictions de l'espace public médiatisé Dominique Wolton78
écrit que le premier paradoxe est « la réduction » de toutes les échelles de temps à

77 C'est « Les Houthis, une tribu zaïdi, une branche de l'islam chiite, sont opposés au président yéménite, Ali Abdallah Saleh, à qui ils reprochent son alliance avec les Etats-Unis, amis d'Israël » selon un reportage paru dans Le Point Le nouvel exode des juifs du Yémen le 26/02/09. Il y a une présence d'Al Qaeda au Yemen mais bien qu'ils aient déclaré leur but d'écraser ldes juifs au Yemen et les chrétiens au Yemen, le groupe vise les installations américaines et anglaises. Voir : Al qaeda au Yemen appelle à la guerre sainte dans Le Monde, le 08/02/10. Le Yemen nouvelle base pour Al Qaeda. Paris Match, 2 Mars 2010, et aussi Des Juives du Yémen en exil en Grande Bretagne disponible sur www.identitéjuive.com et Is Yemen the new staging ground for Al - Qaeda ? December 28, 2009, Time

78 Dominique Wolton ; Les Contradictions de L'Espace Public Médiatisé dans Espaces, Publics, Traditions, et Communautés, Hermès N°10 1992

celle de l'événement. C'est l'impérialisme du « news » de l'instant et du direct et les répétitions de l'information. Le temps de l'information est littéralement réduit à la seule durée de l'instant. Il n'existe que ce qui apparaît dans l'immédiat. Le triomphe de l'information est la conséquence d'un double changement : l'élargissement du champ du politique, lié à la victoire de la démocratie et les fantastiques progrès sur le plan technique, sur la production, la diffusion et la réception de l'information (Wolton, 1999 : 97). Donc, les diffusions fréquentes

donnent un caractère impéialiste au territoire sur les ondes, ce qui est renforcédavantage par la force des signatures sonores comme je l'ai illustré et

l'héroïsation et stress sur les caractères exemplaires du peuple israélien dans les émissions Kinnereth et Torah et Société.

Selon Emma Rodero Anton, un journal de cinq minutes vaut mieux qu'un journal de trente minutes pour maintenir l'attention de l'auditeur. Dans le cas de Radio Kol Hachalom je trouve que les journaux qui durent plus de quinze minutes ne peuvent pas fixer l'attention de l'auditeur. En plus, les diversités des morceaux musicaux joués pendant le journal font que l'auditeur, pendant une pause musicale, pense que le journal est terminé. Au contraire, l'utilisation des instruments musicaux comme le xylophone et le piano avant le commencement de Torah et Société et Kinnereth est très émouvante et la re-création des sons d'une station centrale de bus avant le commencement de Tehana Merkazitt est originale.

4.3 Beur FM 97.8 FM

Catégorie accordé par CSA : D (à Paris) et C (dans les autres villes) Signature: Nouvelle Génération

Selon le dictionnaire Larousse le mot « beur » signifie une personne avec les parents d'origine nord-africaine né(e) en France. Cela revient à dire que Beur FM représente la diaspora maghrébine en France. Basé sur Paris, cette radio a commencé en 1982, comme Radio Beur par Nacer Kettane, un médecin et intellectuel maghrébin, pour mieux représenter la diaspora maghrébine. Aujourd'hui elle est menée par une quinzaine d'employés, pigistes compris. A Paris ils ont un studio dédié au direct et un studio dit de « secours », identique au studio principal qui sert également à enregistrer les émissions qui ne seront pas diffusées en direct. Ils ont par ailleurs 3 autres studios de productions79. A la station de Beur FM diffusant de Paris est accordé une catégorie D À Services de radio thématiques a vocation nationale par le CSA et catégorie C : services locaux ou régionaux diffusant le programme d'une thématique à vocation nationale. Elle est une radio indépendante qui génère ses propres revenus par les publicités. Au début l'un des premiers objectifs de la radio était « Prendre la parole et la véhiculer en tant qu'expression de nous Àmêmes, sujet du désir et non objet du désir de l'autre »80. Elle est Beur FM depuis 1987. Pendant un cycle de 24heures, Beur FM diffuse des émissions interactives comme Question de tout, Petites annonces, Voyance, et Forum débat. Ces émissions sont accompagnées par la musique populaire arabe.

4.3.1. Les journaux

Commençant à sept heures du matin jusqu'à 17h Beur FM diffuse des flashes.
Le premier titre porte sur l'actualité dans le monde Islamique ou en France. Le

79 Communiqué par Maïa Ket de Beur FM le 21 Juin,2010.

80 Les radios de proximité, Acteurs, produits, publics et vie locale sous la responsabilité de Sophie Tievant, Documentation Française, 1986, p.100.

dernier titre porte sur les sports ou les loisirs. A la fin de chaque journal la présentatrice annonce le sujet de l'émission Forum Débat qui sera diffusée à 18h 30. Normalement, c'est une voix féminine, jeune et mCire qui lit les flashes jusqu'à midi. A 13 heures ils sont lus par une voix jeune, masculine et mûre. Le seul journal de 30 minutes est diffusé à 18h.

Journal à Rédaction :
18h

Voix

Musique

 

Homme/Jeune/Mure

Avant : Beep Beep

 
 

Musique numérique

Durée : 30 minutes

 

Pendant : court

morceau de la

 

Autres éléments sonores :

musique synthétisée

 

Les publicités :

pour marquer le

 

Comme dans toute la

changement d'une

 

journée, il y a beaucoup de
publicités pendant le

actualité vers une autre.

 

journal.

Enfin: Le journal se

termine avec un autre morceau de la musique synthétisée.

 

On entend le son beep beep avant le commencement des flashes du matin suivi par un morceau de la musique mécanisée, par contre il n'y a pas une musique spécifique marquant la fin de ces flashes. Soit ils sont suivis par de la musique, soit par la parole de l'animateur. Les journaux sont intégrés avec les émissions

de la journée qui jouent la musique raï, chaâbi, et gnawa et leurs remixes toute la journée, sauf pendant l'émission Question de tout de 10 à 12h.

Parfois ils finissent par les signatures sonores de Beur FM. J'illustre deux ici :

· Musique synthétisé :

Beur J M

· Musique Synthétisé Beur Beur Beur Beur

BEUR BEUR BEUR BEUR~Beur F M

· Beur FM

bruit Fusion

bruit

Une Nouvelle Génération

Une nouvelle génération

La dernière annonce est la seule dans laquelle on entend une voix féminine. Mais on devine l'âge de la fille qui dit la dernière ligne comme entre 15 et 20 ans, peut-être la même qui présente les critiques du film les mercredis. Les signatures sonores de Beur FM indiquent le caractère musical de la radio.

4.3.2 Les émissions interactives

Beur FM est une radio qui donne la parole aux anonymes. De la matinale jusqu'à minuit Beur FM diffuse des émissions qui sont structurées autour des appels des auditeurs. Pendant chaque émission le présentateur annonce le numéro de téléphone propre pour l'émission. Après quelques mots

d'introduction nous commençons à écouter les anonymes maghrébins 81 qui appellent la radio et partagent leurs nouvelles, soucis, messages, pensées, blagues, questions et éloges. On entend l'interaction fluide entre les animateurs et les anonymes toute la journée.

Je décris ici quelques émissions.

. La matinale

6h à 10h du lundi au vendredi

La Matinale 6h à 10h

Voix

Musique :

 

Homme : jeune/mûre

Femme : jeune/mûre/

Boudaya : moyen

age/mûre/accent du sud

Homme : jeune/mûre/accent

afrique subsaharienne.

La musique populaire en arabe et kabyle joue tout le temps

Durée : 4hrs

Rythme : rapide

 
 

Autres élément sonores :

Happy Birthday To You !

(Chorale Amérique noire ) pour souhaiter joyeux anniversaire aux anonymes

WOOH !!! Un son féminin

comme au cirque pour marquer la fin d'une pause. On l'entend pendant l'émission en arrière plan.

 
 

81 On les connaît par leurs prénoms. Les prénoms français apparaissaient rarement.

L'émission commence à 6h du matin. Après quelques instants de musique, les animateurs, un homme et une femme jeunes, commencent à animer les ondes. Mais, c'est la voix du jeune homme qui prend en charge le matin. Pendant cette émission les anonymes appellent pour partager les blagues, les sentiments divers mais la plupart appellent pour souhaiter à quelqu'un de leur famille un joyeux anniversaire. Normalement, l'anonyme demande à l'animateur d'appeler celui à qui elle/il veut souhaiter un joyeux anniversaire tout en lui faisant une blague et en dissimulant qu'il appelle de Beur FM. Par exemple : une mère appelle pour souhaiter à son fils un joyeux anniversaire par la radio. Elle explique que son fils vient d'acheter une voiture et elle demande que l'animateur l'appelle et lui fasse croire que la voiture a déjà une contravention qui n'a pas été payée par son propriétaire précédent, donc il faut qu'il règle ce problème. Pendant une conversation qui dure presque 15 minutes l'animateur se fait passer pour un agent de police qui demande le règlement de la contravention. Après quelques instants il révèle qu'il appelle de Beur FM et enfin la mere ainsi que l'animateur souhaitent au fils un joyeux anniversaire. Une fois un père a appelé et a dit que son fils aimait bien spider man et l'animateur se fait passer pour ce dernier et appelle le petit garçon. Celui-ci prend peur mais après un moment il est à l'aise avec spider man' et parle avec lui.

Après 8h30 le comédien Boudaya entre et il commence à faire des blagues, se moquant de ceux qui appellent avec son accent du Sud. Parfois entre 8h 45 et 9h un autre entre et parle avec un accent sub-saharien. Ils jouent aussi avec les mots et phrases en anglais pour diversifier l'humour. Après 9h il y a un invité. Tantôt Boudaya intervient avec ses commentaires et ses questions même si elles sont farfelues. La matinale continue jusqu'à 10 heures avec les appels des anonymes. Pendant cette matinale il y a aussi des infos sur la météo, des critiques de films, l'horoscope. A 7h, 8h et 9h il y a des flashes qui durent 2 minutes (environ). L'ambiance de cette émission est légère.


· Question de tout

10h à 12h du lundi au vendredi

Cette émission est divisée en deux parties. De 10h à 11h heures un animateur aborde un sujet comme l'argent, la retraite, l'intégration culturelle, l'histoire, la politique. Lors des séances les lignes téléphoniques sont ouvertes mais ce n'est pas nécessaire que les auditeurs appellent. Parfois elles ne sont pas ouvertes. Normalement la première partie de cette émission est présentée par un homme

avec une voix grave. Les invités aussi ont des voix graves et une tonalitésérieuse. La deuxième partie de cette émission est consacrée à la santé. Chaque

lundi on entend une psychologue et mardi une gynécologue, jeudi un nutritionniste conseillant les anonymes qui appellent avec leurs problèmes de santé.

C'est intéressant de noter les diverses voix pendant cette émission. La voix de la psychologue est moelleuse et basse pour avoir une impression douce sur l'auditeur. La voix de le gynécologue, on le devine, est celle d'une femme âgée parlant avec une voix douce mais ferme, la voix du nutritionniste qu'on entend chaque jeudi a une intonation musicale, comme un adoucisseur.82 Le mercredi cette partie de l'émission est consacrée aux critiques des films on y entend deux voix jeunes, celle d'un homme et celle d'une fille. Le vendredi on entend juste de la musique.


· Petites annonces

12h à 13h du lundi au vendredi

Cette émission est animée par un jeune homme qui parle avec un rythme rapide. Dans ce forum les auditeurs appellent et proposent leurs petites annonces. Introduite par un mélange de voix différentes parlant au téléphone, dans cette émission, chacun annonce ce qu'il cherche et offre : travail, menuiserie,

82 Voir note 102

assistance, aide à domicile, femmes de ménage, meubles, appartements, maisons, voitures, machine à glace, restauration, vêtements, voire amour... Il y a un air de simplicité dans ces annonces. L'animateur reçoit des appels, et il demande les spécificités. (Ex. aide à domicile : jeune ou vieux, plein temps ou temps partiel, etc.). Si l'animateur trouve que l'annonce est un peu farfelue il l'exprime. Puis les gens donnent leur numéro de téléphone. Pendant cette émission le présentateur reçoit également plusieurs annonces par SMS et il les lit très rapidement.

· Voyance

13h à 14h du mardi au dimanche

Pendant cette émission un(e) ou un voyant(e) vient et il ou elle essaie de prédire l'avenir aux anonymes qui appellent avec leurs problèmes divers comme recherche de travail, mariage, amour, réussite dans la vie. Le voyant parle avec une voix banale et un accent maghrébin. Quand quelqu'un appelle le voyant, ce dernier demande quel est son problème puis il prend la première lettre des prénoms et les dates de naissance des personnes concernées. Ensuite, il dit « restez avec moi », cette phrase est suivie par une musique synthétisée qui symbolise non seulement l'attente mais aussi la magie. On entend les rires et les la la la...mélodiques d'enfants impliquant pureté et innocence. La musique joue pendant le moment où le voyant médite sur le problème. Le samedi cette musique est remplacée par une musique traditionnelle. Après le voyant revient il révèle ce qu'il « voit » dans la situation de son interlocuteur. Parfois il dit

qu'il faut que la personne l'appelle en privé car il « ne peut pas révéler ce qu'iivoit sur l'antenne».

· Forum Débat

18h 30 à 20h du lundi au vendredi

Cette émission est introduite avec un mélange de voix qui argumentent,
critiquent, questionnent et expliquent. Elle aborde les sujets sociopolitiques liés

à la diaspora maghrébine en France; l'intégration étant le plus discuté, les autres sujets peuvent être la science et l'Islam, la place des femmes, les politiques du monde islamique, le voile intégral, religion et homosexualité, la gestion des lieux de culte musulman en France, les sans papiers, les banlieues, etc. Elle est présentée par un homme qui s'exprime avec une voix grave. Les invités peuvent être homme ou femme selon les sujets. Pendant cette émission aussi des auditeurs appellent et posent leur question, expriment leur opinion pour ou contre le sujet et témoignent.

· Confidence avec Vanessa

23h à 1h du matin, du lundi au vendredi

A la fin de la soirée une voix féminine présente.

La présentatrice a une voix mûre et on devine que Vanessa est une femme d'âge moyen. Au cours de cette émission des auditeurs appellent et présentent leurs problèmes divers. Pour certains il s'agit de la carte de séjour ou du récépissé et de leur droit à voyager dans leur pays d'origine. Il y a des femmes qui se sont mariées avec des hommes maghrébins au « bled » et se retrouvent dans une situation tout à fait différente ou difficile ici. Quelques uns appellent pour discuter de leur vie amoureuse et demander des conseils; d'autres pour raconter leur expérience difficile au « bled » ou en France, certains ne font que souhaiter du bonheur à Vanessa. Souvent aussi des auditeurs réagissent au problème exprimé par un autre. On entend aussi des témoignages d'expérience de racisme et de discrimination.

· Question religion

10h à 12h Samedi

Cette émission est présentée par deux voix d'homme qui sont graves. La voix de l'imam a une tonalité exigeante et est élevée. L'émission commence avec la présentation de quelques thèmes du Coran et puis des auditeurs commencent à poser des questions concernant la pratique de la religion islamique: par exemple

le voyage à la Mecque, comment parler aux enfants et adolescents maghrébins de leur religion, le comportement homme et femme dans une relation en accord avec l'Islam, les regles de voisinage, etc. Parfois l'Imam gronde ceux qui, à son avis, ne suivent pas les regles de l'Islam dans leur vie. Plus il est exigeant à propos d'application de l'Islam dans la vie quotidienne plus élevée est sa voix. Enfin, l'émission se termine par une récitation de 2 à 3 minutes de sourates par l'Imam83.

· Fou de foot

7h à 10h dimanche

La voix qui présente est celle d'un homme et elle est grave. Une émission dédiée au football que les Maghrébins aime bien. Pendant cette émission, des jeunes maghrébins surtout des hommes appellent et expriment leur avis à propos de football, de l'équipe algérienne et de leurs rivales. En effet, le foot est un sujet discuté toute la journée sur presque toutes les émissions. Pendant la Coupe du monde Beur FM a diffusé une spéciale Fou de foot chaque jour de 21h à 23h, discutant des équipes, des techniques, des politiques et de l'ambiance en Afrique du Sud.

· Infos Kabyle84

18h à 20h Samedi et dimanche

Chaque samedi et dimanche entre 18h et 20h Beur FM diffuse une émission en langue kabyle, qu'on peut interpréter comme une « territorialisation géographique»85 de Beur FM.

Cette émission peut aborder les littératures, la musique ou la culture kabyle ou

83

Bien que l'Imam dise de ne pas consulter les charlatans et les voyantes on entend plus de voyants sur la radio que d'imam. Alors qu'on entend l'imam une fois par semaine (le samedi), on entend le voyant presque tous les jours de la semaine.

84 Le Kabyle est une des langues berbères du Maghreb. La Kabylie est une région où la revendication culturelle berbère est plus forte. Traditionnellement en Algérie cette région a toujours revendiqué l'introduction de la langue amazigh (langue berbere) à l'école. Source : Jamal Zaïmia Président de l'association Algérie au Coeur, Grenoble.

encore un certain aspect de la société kabyle en France. Cette émission est présentée par une voix d'homme grave. Pendant cette émission le présentateur parfois explique les choses en français mais l'émission se déroule généralement en kabyle. La voix féminine pendant les pauses de cette émission est une voix moelleuse et douce comme celle que l'on entend lors de la diffusion des flashes en Hébreu sur la RKH. Cette voix féminine change de toutes les voix masculines et féminines qu'on entend toute la semaine sur Beur FM.

4.3.3. Les voix au téléphone

Les voix au téléphone par rapport à la voix claire du présentateur sont lointaines, parfois incompréhensibles, un « trou radiophonique » par lequel passe la voix quotidienne d'une maghrébine ou d'un maghrébin. Leurs expressions de douleur, de détresse, de désespoir, de contentement, d'excitation, de surprise, rendent les ondes vivantes. Le téléphone est le moyen de communication que les nouveaux immigrés et les membres d'une diaspora utilisent normalement pour communiquer avec leur pays. Sur les ondes de

Beur FM la voix au téléphone est un symbole d'éloignement diasporique créésur la radio. Parfois on entend les bruits quotidiens comme celui d'un enfant, d'une voiture, d'un oiseau, etc.

4.3.4. Les publicités

Les plupart des publicités sont commerciales. Les publicités pour les organisations caritatives sont rares. Je n'en ai entendu que deux À« Secours Islamique France » et «Chorba Pour Tous ». Par contre il y a beaucoup de publicités commerciales: Paris Est isolation, Leader Price, Casino, Sarenza,, Inter marché, TDL logistique, Go sport, Olympus appareil photo, Carrefour, www.redoute.fr, Canal Sat Tunisie, Spartu.com, Canal plus football club,

85 Voir note 100.

SFR.fr, Noroto, Matmut, www.yakaroulé.com, le Claire, Buffalo Grill, Afat voyages, les numéros et lignes pour appeler le Maghreb.

Alors que les publicités des organisations caritatives ont des voix mûres avec des tonalités paternelles chez les hommes et des tonalités maternelles chez les femmes (comme on a vu dans le cas de RKH) les produits commerciaux sont promus par des voix aiguës féminines avec une tonalité prétentieuse et artificielle. En effet la voix dans la publicité pour Paris Est Isolation et Canal plus Football Club est lancinante.

4.3.5. Les voix synthétisées

Comme je l'ai déjà établi pendant l'analyse de RKH la voix mécanisée est un signe de contrôle que l'individu a sur la voix humaine. Beur FM utilise les voix synthétisées pour annoncer une émission juste avant son commencement. Le fait que cette voix est masculine implique un contrôle masculin maghrébin sur les ondes. Voici quelques exemples:

· Question de tout

· La Matinale sur Beur FM

· Amour, Secret... Confidence - avec Vanessa

· Les Blocs Notes de Beur FM avec...

Le contrôle masculin sur les ondes est justifié par le fait qu'il y a plus
d'animateurs que d'animatrices sur la radio. La seule animatrice qui anime une

émission toute seule est Vanessa. Les autres voix féminines qu'on entend sont celles de l'animatrice pendant la matinale, mais plutôt comme une deuxième voix et celle de la jeune fille pendant les critiques de films présentés le mercredi. Les voix féminines sont plutôt celles d'auditrices qui appellent au téléphone.

4.3.6. Analyse

Le caractère du territoire maghrébin sur les ondes est celui d'interaction, de partage et de témoignages. En effet à chaque heure on entend des témoignages différents.

Avec cette ambiance de partage des émotions marquée par 1,2,3 Viva l'Algérie qu'on entend toute la journée, et les échanges comme Salaam Alaikum ! et Hamdililah ! Beur FM récrée son « houma » radiophonique sur les ondes. La «houma» est un quartier urbain qui combine la double particularité d'un espace collectif et privé, le mot signifie à la fois garder son espace privé et s'insérer dans une identité commune créée par la sacralité de la relation. Comme à l'origine, le terme «houma» traduit un ordre social, il désigne un sentiment d'appartenance à une identité communautaire de proximité spatiale à l'intérieur de l'espace social de la ville. La proximité spatiale et sociale prend ici le sens de fratrie et de grande famille, où les rapports de voisinage ont un sens sacré. Se référer à la «houma» c'est à la fois inventer, créer son espace quotidien et être inséré dans une communauté de quartier, qui prend le sens d'un vaste cercle de relations et de paysages familiers (Bouaouina, 2007).

La structure des émissions interactives facilite la création d'un espace de « la double particularité ». Alors que la bande FM signifie un espace collectif, le trou téléphonique est l'espace où l'anonyme recrée son espace privé sur les ondes avec l'expression de ses émotions et ses pensées. En même temps un anonyme en offrant son opinion ou ses sentiments et en partageant ceux des

autres pendant les émissions crée une idée de voisinage radiophonique. Donc, l'anonyme restant dans son espace privé facilité par le téléphone peut participer et contribuer à la solidarité de l'espace collectif sur les ondes.

En outre, on identifie la voix de Vanessa comme la voix symbole de ce territoire de la diaspora maghrébine sur les ondes française. L'animatrice avec sa voix mûre avec un timbre maternel qui console ceux qui sont déprimés par leur situation dans la vie, donne son avis à propos de carte de séjour ou de problèmes personnels. Par contre elle est impatiente avec ceux qui parlent de choses qui ne sont pas pertinentes pour l'émission, comme la politique et elle décourage l'utilisation de la langue arabe pendant l'émission. La voix de Vanessa est celle d'un individu franco-maghrébin, qui est à la fois doux, mûr, réconfortant, séduisant et exigeant.

Un caractère perturbant de cette radio est le nombre des anonymes qui appellent et qui donnent le numéro de téléphone d'un(e) ami(e) ou d'un membre de la famille pour leur faire des gags. L'humour est une source propre, produit par l'imaginaire social, et mobilise un ensemble de normes locales qui permettent non seulement la production du sens mais également l'expression de représentations sociales. (Benamer, 1998). Sören Kierkegaard, le philosophe danois, a considéré l'humour comme l'absurde permettant, grace à une plaisanterie de vaincre les émotions et de transformer ainsi la souffrance en un comportement distant et dominateur. L'explication donnée par Freud désigne un moi qui se défend de la douleur et refuse de se laisser toucher par les contradictions du monde extérieur86. Selon une étude « Ethnic Profiling in Paris » conduit en novembre 2007 et mai 2008 par l'Open Society Justice Initiative (programme de Soros Foundation Network87) et le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) les Arabes et les africains d'origine sub-

86 Thesaurus, Encyclopedia Universalis, 1990

87 La Fondation Soros est une institution privée qui a les succursales partout dans le monde.

saharienne sont particulièrement discriminés et interrogés par les policiers sans preuve de leur mauvais comportement88. Donc, la représentation et les stéréotypes des peuples arabes comme menaçants sont encore figés dans l'imaginaire de l'Occident. D'une part la manifestation de cette tendance sur la radio est un signe d'internalisation des représentations comme l'expliquent les théories d'Edward Said (partie 2.3.1), de l'autre en faisant des gags, les anonymes et les animateurs expriment leur refus d'être touchés par une situation réelle.

La structure de l'interaction décontractée entre l'anonyme et l'animateur par l'utilisation du téléphone fait que les stéréotypes des Arabes comme exotiques ou menaçants (pour le monde) se dissolvent. Les animateurs et l'animatrice utilisent des mots et phrases affectueux comme « ma puce », « je te fais un grand bisou » ou « mon pote ». Les images que Beur FM génère par rapport aux Maghrébins sont celles d'un peuple paisible, croyant, soucieux, plein d'humour, superstitieux, militant, extraverti et passionné de foot.

En revanche, Beur FM est une radio qui manifeste des signes de contrôle masculin sur les ondes. Toute la journée ce sont les voix masculines qui animent les ondes. La seule animatrice est Vanessa mais nous entendons sa voix dans la nuit. Ce contrôle masculin est mis en valeur par les annonces faites par une voix male synthétisée comme je l'ai illustré.

88 Study says Blacks and Arabs face bias from Paris Police by Steven Erlanger June 29, 2009. The New York Times. Disponible sur

http://www.nytimes.com/2009/06/30/world/europe/30france.html?fta=y

4. 4 Radio Kaleidoscope - 97.0 FM (RKS)

Catégorie A (Radio Associative)89 Signature : plusieurs types

Radio Kaléidoscope a commencé en 1981. Elle représente plusieurs diasporas en Isère, notamment, l'Afrique sub-saharienne, les maghrébins, et l'Amérique Latine. Nommée d'après le kaléidoscope90 qui capte la lumière et diffuse plusieurs images colorées, l'objectif de la Radio Kaléidoscope est de «donner la parole, faire valoir la culture et l'histoire de toutes les cultures communiquée91 RKS a un but non lucratif. Elle est soutenue par des subventions du Conseil Général de l'Isère, de la Région Rhône Alpes et des dons de l'état qui se réduisent avec le temps. La radio est pluriculturelle. D'après Vincent Soussi la président « quelle que soit la communauté, l'individu est porteur de messages qui lui sont personnels. Certains peuvent être perçus par l'ensemble de l'auditorat comme une transmission culturelle, d'autres comme une démarche d'analyse des situations qui font notre environnement, donc qui nous sont à tous communes. C'est pourquoi, plutôt que de se refermer dans un discours communautaire, Kaléidoscope a fait le choix délibéré de mélanger les cultures, donc les sensibilités. Finalement ça été le fruit d'une démarche naturelle, qui tout au long de ces 20 ans, a connu l'implication de plus de 1500 individus »92 RKS aussi produit des émissions pour le Groupement d'Intérêt Public Echanges et Production Radiophoniques (GIP-EPRA), un groupe qui met-en oeuvre une banque de programmes radiophoniques favorisant l'intégration en France de populations issues de l'immigration93. RKS diffuse plusieurs émissions comme Ou est donc or ni car, Rédaction, EPRA, Fais moi une scène, Sur les Rives du Fleuve Congo, Tam-

89 Une association à but non lucratif qui relève de la loi de 1901.

90 Le Kaléidoscope est un tube de miroirs réfléchissent à l'infini et en couleurs la lumière extérieurs. Source : www.wikipedia.com

91 Entretien avec Manuel Laversanne de la Radio Kaléidoscope en Octobre 2009.

92 Entretien avec M Vincent Soussi, Directeur de Radio Kaléidoscope ; Source www.radiokaleidoscope.net

93 Qui sommes nous? à www.gip-epra.fr

Tam d'Afrique, Hablando Espagnol, pour faire le lien avec et entre les diasporas diverses à Grenoble. RKS choisit de faire des émissions qui sont littéraires, cinématographiques et historiques.94

4 .4 .1 Les voix de la radio

Francisco Zorihha animant l'émission en espagnol

Puisque RKS donne la parole à plusieurs diasporas on entend des voix avec des accents divers. Cependant trois sont plus fréquentes: des voix avec un accent d'Amérique Latine, des voix avec un accent d'Afrique Sub-saharienne et des voix avec un accent français. Nous entendons en plus des accents maghrébins différents à travers des invités. La voix qui anime « Rédaction », « EPRA », « Fais moi une scène », « ou, est, donc, or, ni, car », des émissions qui abordent le sujet de l'immigration et de la diaspora est jeune, grave, elle parle avec un rythme rapide témoignant son intérêt sur le sujet. La voix qui anime les émissions « Amalgame », « Moulin à Palabres » les émissions musicales et littéraires de RKS, a un accent français, parle avec un rythme lent et

comporte une tonalitépaternelle. Celle qui

anime « Sur les Rives du Fleuve Congo » a une voix banale mais un rythme musical pour s'accorder avec l'humeur de l'émission. Il en est de même pour la voix qui anime « Tam-Tam d'Afrique ». En même temps la voix qui anime l'émission sur l'Amérique Latine « Que Faire » est celle d'un homme vieux et

94 Entretien avec Vincent Soussi en Mars 1, 2010.

elle est grave, celui-ci parle lentement et avec un accent fort de l'Amérique Latine. Nous entendons une voix féminine, jeune et aiguë pendant les signatures sonores. Mais il y a deux voix féminine l'une mûre, l'autre aiguë que nous entendons toute la journée quand elle raconte des histoires intéressantes, entrecoupées de musiques de divers pays. Ces voix sont produites par un robot. En fait RKS possède cinq robots pour produire des voix différentes. (Voir Annexe 4).

4.4 n i)1 iiiriDatEDf IffN P rtiqDHIEtiM

Bien que Radio Kaléidoscope ne diffuse pas de journaux qui nous apportent les actualités du monde, elle diffuse des journaux qui nous renseignent à propos des événements d'Amérique Latine.. Les sources de ces journaux sont, « United Press International », « Agence France Presse » pour les informations de caractère général et puis « Pulsar », « l'Agence Venezuela », « l'Agence Cubaine d'Information », « Radio Oaxaca », « Radio Universidad de Chile » pour des actualités d'Amérique Latine.

4.4.3 Musique

Radio Kaléidoscope joue des musiques diverses. Depuis le matin jusqu'a minuit la radio diffuse la musique de pays et de régions différentes de la France comme la Corse et la Bretagne. Il y a aussi une émission sur la musique reggae de la Jamaïque, sur la country music des Etats Unis. L'émission Amalgame diffusée chaque jour à 7 heure du matin et 13 heure de l'après midi nous présente, pendant une heure, la diversité musicale du monde, par exemple le Jazz ornemental, le choral argentin, un morceau musical d'opéra chinois, de la musique méditerranéenne, etc.

4.4.4 Les Signatures Sonores

J'illustre ici quelques signatures sonores de la radio Kaléidoscope.

1. Kaléidoscope 97 FM La radio que j'aime

2. Radio Kaléidoscope, les musiques du pays

3. Kaléidoscope 97 FM La radio qui vous écoute.

4. Radio Kaléidoscope c'est de la poésie sur 97 FM

5. Radio Kaléidoscope un éclabousseur de couleurs et de senteurs toutes saupoudrées de sons.

La voix qui énonce ces signatures sonores est féminine, jeune et aigué Le rythme est lent et le message signifie la diversité et musicalité sonore de cette radio.

4.4.5. Les émissions visant la diaspora d'Afrique sub-saharienne

 

Il y a deux émissions sur RKS qui sont exclusivement consacrées à la diaspora de l'Afrique sub-saharienne. Sur les Rives du Fleuve Congo animé par Mbeut Animadiela est diffusé chaque Mardi à 18 heure et chaque Dimanche à 10 heure. Nous entendons de la musique Nkumbo ou Rumba du Congo. Cette musique qui fait partie maintenant de la culture de l'Amérique Latine y fut amenée par

Mbeut Animadiela animant l'émission Sur les rives du fleuve Congo

des esclaves africains95. L'autre émission est Tam-Tam d'Afrique diffusé chaque Samedi à 22 heure. Cette musique nous présente la musique moderne de toute l'Afrique.

J'analyse quelques diffusions qui présentent la culture de la diaspora de l'Afrique sub-saharienne dans l'émission Fais Moi Une Scène. Diffusée chaque Mardi et Vendredi à 18h cette émission nous présente un entretien avec un artiste qui est souvent originaire de l'Afrique sub-saharienne. Les artistes sénégalais sont présentés plus fréquemment que ceux des autre pays africains. Cette remarque vient à l'appui de ce que nous avons décrit au paragraphe 3.3

Voici trois extraits d'entretien avec des artistes originaires d'Afrique subsaharienne

S Judith Eya et la Cie

Entretien avec Judith Eya une artiste d'origine franco-gabonaise. Dans cet entretien, Judith parle en détail de sa compagnie de danse et musique bantoue. Je présente des extraits qui s'accordent bien à mes observations sur la diaspora et ses représentations à la radio.

Transformation : Music/ Parole/ bantou Introduction par le présentateur :

a) Présentateur : Madame Judith Eya est une jeune femme grenobloise qui a ses origines au Gabon, ses parents sont évidemment nés làbas~dans ce pays là, dans la capitale notamment, à Libreville et ils sont venus en France dans les années 60-70, venir travailler ici, et puis ils sont retournés dans leur pays d'origine. Quant à Judith, elle, elle est restée ici à Grenoble notamment après avoir fait des études dans le coin elle a décidé de se pencher vers l'artistique en créant une compagnie notamment de danse; c'est la compagnie Bantou. Alors, aujourd'hui,

95 Source : http://www.radio-kaleidoscope.net/Fleuve%20congo.htm

je reçois madame Judith Eya afin de parler d'une part de la culture bantou...du peuple bantou qu'on retrouve à travers toute l'Afrique quasiment à l'exception de l'Afrique du Nord ; évidalment (sic) ; surtout de cette bande d'Afrique Centrale, Afrique Australe et de l'Afrique de l'Ouest. Madame Judith Eya , bonjour

b) Judith : Bonjour

Enfin

c) Présentateur : Alors, vous parlez de festival
justement....(incompréhensible)...vous participez dans le festival « Melting Notes » mis en place par SOS racisme Grenoble, un festival qui prône le (incompréhensible) la rencontre avec les cultures la tolérance bref, un petit peu tout ce que vous disiez précédemment à savoir qu'on peut avoir cette double culture et considérer ça comme richesse, malgré certains qui ...(il rit) à supposer... cela en tout cas cet engagement là pour faire participer votre compagnie là c'était important ?

d) Judith : Ah ah oui, je n'ai pas hésité

e) Présentateur : Dans quelle mesure ?

I) Judith: Ah oui, quand il m'a appelé je n'ai pas... je n'ai vraiment pas hésité, on m'a dit la festival SOS racisme, j'ai dit mais...ça tombe bien, c'est justement à ce moment qu'on doit s'exprimer en disant qu'il faut être tolérant vous savez...le racisme (incompréhensible) quoi c'est la méconnaissance de l'autre on connaît pas l'autre... on ne s/fait pas d' à priori...et puis (incompréhensible) mais il faut découvrir...il faut découvrir l'autre vous savez partout il y a du bon et du mauvais...eh.

g) Présentateur: Et vous qui avait cette double culture française et gabonaise, est-ce que vous avez ressenti, vous dans votre parcours de votre vie de femme, justement, de tension, à un moment donné de tension par rapport à votre origine , votre couleur de peau, ou tout simplement à votre culture, cette double culture justement.

h)

Judith : Par rapport à ma double culture ...non, non...je ne crois pas... mais par rapport à ma couleur de peau on a été victime plus au moins mais... bon nous savons que c'est (incompréhensible) limité à ça. Moi quand ça m'arrive quand je tombe sur quelqu'un qui n'est pas...ehhh...je plains la personne parce que je me dis, il est mal en lui, du fait de réagir... de réagir comme ça c'est qu'il n'est pas bien... il a un mal en lui. le mal ça peut être quoi ? Pour lui les noirs sont ...ehh...c'est...s'il est tombé sur un...qui lui a.... je ne sais pas fait quoi un jour ehh... (Elle rit) pour lui tous les noir sont...ehh ? moi quelque part...mais j'ai beaucoup de recul maintenant par rapport aux...des actes de ce genre. Tant qu'on n'agresse pas physiquement....tant qu'on n'agresse pas physiquement les actes de racisme ça peut être une insulte ou je ne sais pas vous arrivez...on soit pas... la personne (incompréhensible) vous voyez pas.

Conclusion musique : musique bantou.

? Extraits d'entretien avec Black Thiossane

Quelques extraits d'un entretien avec le groupe Black Thiossane. Bien que ce groupe soit né à Dakar et que le chef de ce groupe soit né au Sénégal il est le frère de M. Abu Fall, qui fait partie de la diaspora sénégalaise en Isère et il y a plusieurs références à la représentation de la diaspora d'Afrique sub-saharienne dans cet entretien.

i) Présentateur : Bienvenue, bienvenue à vous chers auditeurs de Radio Kaléidoscope 97 FM dans votre émission « fais moi une scène » qui cette semaine vous propose d'aller à la rencontre d'un groupe de musique franco-suisso-sénégalais qui s'appelle Black Thiossane, il a

fait ses armes dans les années 2000 au début des années 2000 à Dakar où 5 il a été créé par Mame Fall jeune homme sénégalais de la médina le quartier de Dakar et puis il a essaimé un petit peu à travers toute l' Europe pour aller jusqu'à Prague le mois passé et en revenir bien sûr. Alors le Black Thiossane délivre un message de paix, d'espérance de rencontre à travers une musique chaloupée, beaucoup acoustique avec toujours cet envie de dialoguer à travers les cultures, Mame Fall est le petit frere pour l'anecdote du grand Abu Fall le conteur, réalisateur et musicien, instrumentiste et que sais-je encore, qui est Grenoblois d'adoption depuis une trentaine d' années comme vous le savez et qui par ailleurs sera en concert dans le cadre du « Festival des Art du récit » ce n'est pas un concert d'ailleurs mais une pièce de théâtre le lundi 18 Mai au théâtre Premol à Grenoble à 20h 30 pour Alger-Dakar par Abu Fall et Said Ramdan une 15 rencontre entre deux conteurs qui parle de leurs villes respectives Alger et Dakar c'était pour l'anecdote, donc... toute de suite et bien je vous propose de rentrer en contact avec le black Thiossane on aura l'occasion d' entendre des morceaux enregistré dans le studio à la radio pour agrémenté cette conversation... voila...eh bien c'est parti..pour une heure de musique et de parole.

Instrument/Musique Africaine.

j) Le présentateur: Vous ça fait...environ...deux ans à peu prés même si vous faites de

nombreux aller-retour entre la France et puis plein d'autre pays d'ailleurs...ou le Sénégal d'où vous venez à l'origine comment vous observez cette société française qui est de fait métisse puisqu'il suffit de regarder autour de nous dans la rue pour voir des couples...qui sont des couples mixtes..de voir des gens qui viennent d'ici ou d'ailleurs a

plus au moins long terme...bref on sait bien que le métissage existe en France et pourtant on s'aperçoit que justement ces populations qui sont d'origine étrangère je dirai en plus visibles c'est-à-dire les gens qui sont plutôt café-au-lait ou noir ou asiatique pas ceux qui sont de type caucasien pour prendre des termes un petit peu comme ça techniques ...eh pourquoi ces gens là ...souvent... et les jeunes en particulière se sentent mal ? Voila... Vous votre observation de la société française depuis que vous êtes là comment vous la voyez justement comment vous vivez ce métissage vous l'analysez à travers votre oeil, justement de grand voyageur ?

k) Mame : Oui Moi... moi je le vois positif parce que...avec la Fédération des oeuvres laïques, la FOL et...Le Conseil Général de Grenoble...J'ai un grand-frere qui s'appelle 34 Abu Fall, plus de trente ans il est à Grenoble et sa femme...elle s'appelle Dominique et ils ont deux filles et...Abu il m' a amené avec Yves (un autre membre du groupe) ou parfois moi seul dans des endroits en France partout et moi j'ai vécu dans les villages et je croyais que j'étais en Afrique et cette chose là eh...il m'a donné la force de mieux comprendre ce phénomène...mais c'est un problème d'éducation.

Musique de Black Thiossane

l) Présentateur : Tout ces jeunes justement ... ces jeunes gens qu'ont une culture double, triple, métisse qui sont français depuis toujours puisqu'ils sont nés ici, mais ils ont mal dans leur peau est-ce qu'il y a une méthodologie qui.. que vous appliquez à vous-même, pour accepter on pourrait dire, votre singularité votre différence et votre... aussi votre 43manière d'être commun, c'est justement à l'humanité avec tous

ces travers et touts ces bonheurs. Quelle est la formule que vous appliquez à vous et qui pourrait être je dirais transmise à ces enfants qui ont du mal à vivre une double culture dans une société qui parfois met de côté...ceux justement qui ont des origines d'ici ou d'ailleurs.

m) Mame Fall: C...c...c...c'est ce que j'ai dit c'est une...c'est un problème d'éducation parce que l'éducation on ne se fait pas à l'école. C'est à la base, et toi, quand tu grandis dans une famille et tu vois beaucoup de gens qui t'entourent et les maisons n'ont pas de porte et aussi tu sais que tu es terrien. Moi quand je parle de la France, je parle de mon pays parce que j'ai de (incompréhensible) de le voir comme mon pays, parce que j'ai 52dans ma famille, on a perdu notre sang pour amener la liberté ici, en France, c'est ce que je te dis. Moi je marche dans la rue parfois y en a des....je suis marché... je suis marché avec Yves...et... il faisait minuit et je tu te rends compte on a joué et là où on a joué et c'était superbe et on avait envie de manger et Yves m'a dit on va aller .à côté acheter du manger. On part, on a croisé trois jeunes et ces trois jeunes ils m'ont regardé, 57il m'ont dit « sale nègre ». Yves m'a dit...ah.. mais quoi ?? Qu'est ce qu'il a dit ? Je lui ai dit il m'a dit « sale nègre » et on n'a pas répondu il a parlé encore et... « homosexuel » et moi je suis venu et... je lui ai dit « je te remercie beaucoup, parce que nègre veut dire la noblesse. Je sais pas tu es de quelle nationalité, mais va apprendre... » 61et on a discuté et la fin de discussion il m'a donné une clope.

Présentateur fait un petit rire

n) Mame Fall:...tu vas, parce que aussi... comme t'as dit nous on vient pas en Europe jusqu'à notre musique et... mon grand-frère qui te parle qui a une compagnie. On n'est pas venu ici, pour travailler, avoir de l'argent, retourner chez nous, on vient pour apporter notre

participation et apprendre...et la vie il faut l'apprendre parce que un peuple sans passé sera-t-il sans histoire...si tu peux pas...si tu connais pas le passé tu peux pas affronter le présent. Donc moi tous ces jeunes là, j'ai espoir que un jour il vont trouver ce qu'ils cherchent mais encore une fois le respect est récipropre(sic) et dans le tram tu trouves les phénomènes dans la rue...moi parfois... on mon... dans le tram ou dans le bus parfois...tu vois les jeunes, père français, mère française, ils se lèvent, ils laissent les vieux s'asseoir, il y en a d'autres qui ne font pas, pour moi ils sont minorité...parce qu'ils sont minorité et un jour tous ces problèmes là qui passent en France...moi ça fait deux ans comme je t'ai dit....je suis là, parfois j'allume la télé je regarde les infos...je vois les gens comment ils sont frustrés et toutes ces frustrations là aussi j'ai espoir quoi 75que ça va se régler mais jamais je démissionne et je refuse (incompréhensible) la tradition quoi ?

o)...aujourd'hui et Manu...je partage avec toi la même maison et (incompréhensible) tu me le dis, tu me le dis pas. Chaque jour moi quand je me lève je vais te dire « bonjour ». Tu me réponds, tu me réponds pas je vais te saluer, parce je sais que j'habite seul et tu 80habite seul et si je tombe malade ou je meurs à côté si tu viens pas je vais pourrir. Et cette histoire là, c'est un phénomène que tu trouves à la télé, donc, pour moi je dis..c'est un problème d'éducation et on est des humains, on est pas des chats, on est pas des chiens, on n'est pas des...brebis. On mange debout et nous on... vote.... pour l'être humain mais jamais le stress, on perd pas le plan. On essaie d'être juste bien dans la vie 85et dans notre peau et ça il te faut des connaissances et ces connaissances c'est quoi ? C'est juste ce que tu sais pas, demande l'autre, apprend et regarde l'autre chaque fois quand tu le regardes tu vois ton village. Tu doutes pas ! Malgré toutes les contradictions qui sont là, tu doutes pas, parce que tu optes pour la vie, parce que la vie est

magnifique. Donc, nous qui vient de l'autre côté on a des choses qui sont là depuis la nuit des temps. On sait que l'Afrique est le berceau de l'humanité et nous tous on est des Africains, on est des Européens, on est des Asiatiques. Mais l'Afrique, c'est là-bas que l'histoire est débutée. Et donc, aujourd'hui tous ces jeunes là qui sont en manque de connaissance c'est pas de leur faute, ils sont sacrifiés...mais ça aussi ça doit pas aller à pousser à péter les plombs.

Le Page et Tabouret Keller (1984) définissent le mot « identifier » par au moins deux sens : le premier est le fait de reconnaître une personne particulière, une entité particulière, le seconde est de reconnaître une personne comme une partie d'une entité plus large comme membre de... nous pouvons nous identifier nous-mêmes avec un groupe, une cause, une tradition. «Les actes d'identité » sont en relation symbiotique entre ces deux niveaux, et les comportements d'individus reflètent des attitudes envers les groupes, les causes et les traditions mais aussi sont contraints par des facteurs identifiables, externes, exocentrés. Les identités d'un groupe résident dans la projection de chacun au groupe. Ces conceptions de l'identité se tissent à l'interface de deux espaces, un espace intérieur « endocentré » par rapport à un autre espace « exocentré » (notion de mobilité externe) qui replace les identités dans les rapports intercommunautés. La dynamique des constructions des identités se joue dans les rapports et les tensions entre et à l'intérieur de ces espaces, rapports de clôtures ou des chevauchements de frontières, catégorisations, différenciations, unification, construction de la différence et de l'altérité (représentations catégorielles du « moi je » et « d'eux » produites à partir des perceptions de chaque individu membre d'un groupe) (Dreyfus, 2006).

Dans le premier extrait (Judith Eya et Cie) d'entretien affiché ci-dessus nous
trouvons la construction de l'identité de la diaspora d'Afrique sub-saharienne

que je détermine comme « endocentrée » par rapport à celle du présentateur de la RKS, une entité française que j'identifie comme « exocentrée ». Pendant le processus d'interaction entre ces deux entités il émerge un stéréotype et une identité vécue de la diaspora d'Afrique sub-saharienne

Le présentateur en introduisant son invitée, (partie a), lui attribue une identité diasporique en décrivant l'origine gabonaise des ses parents et leur parcours en France et puis leur retour au Gabon. Dans la partie c le présentateur interroge son invité sur les raisons identitaires de sa participation au festival « Melting Pot ». Dans cette partie il utilise un marqueur d'hybridité : la « double culture », pour décrire les origines franco-gabonaises de l'invitée et dans la partie f, l'invitée explique les raisons des problèmes que son identité pose dans la société française (méconnaissance de l'autre) et ce festival peut aider à résoudre ces problèmes. Dans la partie g le présentateur demande comment la « double culture » de l'invitée, son sexe ainsi que sa couleur de peau, signe qui manifeste sa différence clairement, se heurtent aux préjugés de la société française. L'invitée dans la partie f nie être discriminée à cause de sa « double culture » mais accepte que sa couleur de peau provoque des réactions négatives et ensuite elle explique sa façon de réagir par rapport à ces attitudes.

Dans le deuxième extrait (Black Thiossane) Comme l'invité n'est pas resté assez longtemps en France pour qu'il fasse partie d'une diaspora en Isère je l'identifie comme « exocentré ». Dans ce cas là le présentateur de RKS, représentant la société française, devient « endocentré ». Dans cet extrait je trouve que l'invité exocentré exprime ses observations à propos de la société française qui est endocentrée.

En même temps nous sommes informés que le grand-frere de l'invité Abu Fall
va participer au «Festival des Arts du récit» avec sa pièce de théâtre sur Alger-
Dakar qu'il va faire avec Said Ramdan. Donc, alors que le présentateur nous

informe que Mame Fall vient d'entrer en France, il accorde une identité diasporique à son grand-frère Abu Fall, en informant qu'il «est Grenoblois d'adopion depuis une trentaine d' années ». Et en annonçant le thème de la pièce de théâtre : « Alger-Dakar par Abu Fall et Said Ramdan une rencontre entre deux conteurs qui parlent de leurs villes respectives Alger et Dakar » le présentateur fait référence à une interaction entre les diasporas d'Afrique subsaharienne et maghrébine. Cette énonciation est une reconnaissance de l'hybridité que les diasporas en France expérimentent.

Dans la partie i le présentateur demande à l'invité son avis à propos de la société française qui inclut les membres de la diaspora. En décrivant cette société il utilise les marqueurs d'hybridité comme « métisse », « couple mixte », « de gens qui viennent d'ici ou d'ailleurs », « métissage », « cette population qu'on dit d'origine étrangère ». Pour décrire la couleur de peau de ce peuple qui représente l'idée de l'hybridité, comme postulée par Stuart Hall il utilise les marqueurs de couleurs : « café-au-lait », « noir », et ethniques « asiatique ». Selon le présentateur, la population française des différentes diasporas d'Afrique sub-saharienne ne se sent pas à sa place « les jeunes en particulier se sentent mal ?». En répondant à cette question l'invité dans la partie k explique que la raison en est l'éducation.

Encore, dans la partie l, le présentateur relance la question d'une manière différente pour avoir une explication plus claire. Il utilise les marqueurs d'hybridité comme « culture double, triple, métisse », « qui sont français depuis toujours parce qu'ils sont nés ici », « d'ici ou d'ailleurs », pour souligner l'hybridité de la diaspora, en même temps il utilise les marqueurs comme « singularité », « différence », « manière d'être commune » pour accorder une identité unique à la diaspora. En répondant à cette question dans la partie m le locuteur utilise les marqueurs de possession (mon pays) en parlant de la France. Et il se réfère à l'époque de l'histoire de la France, pendant laquelle ses parents

se sont battus pour ce pays (Voir partie 3.3). Avoir grandi pendant cette période en voyant les membres de sa famille consacrer leurs vies pour un autre pays est le type d'éducation que le locuteur a reçu. Et pour mieux souligner son point de vue il raconte un incident de discrimination quand il était en France et comment cet incident était lié à un manque de connaissance et a un type d'éducation de l'autre.

Donc, la question posée par le présentateur a suscité une réponse qui a incorporé toutes les relations imaginaires que le locuteur a avec la France. En même temps je me suis rendue compte d'une série de tensions et de processus de stéréotypages entre l'identité vécue, ressentie, par le locuteur et les identités attribuées par les autres96.

Enfin dans la partie n, l'invité explique que son peuple n'est pas ici juste pour gagner de l'argent et rentrer dans son pays. Les immigrés sont ici pour « apporter leur participation et apprendre ». Cette dernière phrase élargit l'idée que les gens qui viennent d'un autre pays en France ne sont pas ici juste pour des raisons économiques mais veulent participer à la vie française et apprendre tout ce qu'ils peuvent à propos d'une culture différente.

Donc, on trouve que Mame Fall, nouvel arrivant en France identifié comme « exocentré » donne son avis par rapport à la société française qui, elle, est « endocentré » dans le deuxième extrait. Mais la société « endocentrée » décrite par l'animateur de RKS est une société hybride et de métissage et bien que la société « exocentrée » représentée par Mame Fall a des liens historiques avec la société « endocentrée » il expérimente des tensions d'identités qui sont

96 Martine Dreyfus, Production de stéréotypes en situation d'entretien dans Stéréotypage, Stéréotypes: fonctionnements ordinaires et mises en scène, Tome 4 Langue(s), Discours, Sous la direction d'Henri Boyer, Actes du Colloque International de Montpellier (21, 22, 23 Juin 2006, Université Montpellier III) ; L'Harmattan (2007)

un résultat des stéréotypes de l'Afrique sub-saharienne créés par les préjugés ou méconnaissances existant dans la société française. Pendant cette émission la musique de la transformation, attente, et conclusion sont celle de la culture qu'ils traitent à ce moment.

4.4.6 Analyse

Radio Kaléidoscope réussit à bien représenter les diasporas diverses en Isère à travers ses émissions. Les animateurs, surtout pendant les émissions « ou est donc or ni car », « Rédaction », « EPRA », font venir des invités qui ont des racines différentes et leur demandent comment ils s'adaptent à la France. Les invités peuvent être aussi des sociologues ou des historiens dont la recherche porte sur le fait de l'immigration d'une diaspora particulière par exemple celles des Maghrébins, des Arméniens, ou des Espagnols ou encore des responsables d'organisations qui luttent contre l'exclusion ou le racisme, parfois aussi des artistes de la diaspora ou des membres d'une diaspora qui ont vécu une époque difficile dans leur pays ce qui les a fait fuir ou immigrer en France. Pendant tous les échanges les stéréotypes de la diaspora, utilisant, les marqueurs de l'hybridité, des couleurs, et des identités (comme Maghrébins, Mauritaniens, Sénégalais) sont présentés. Nous entendons comme auditeurs les témoignages de l'identité vécue par les membres de la diaspora, les tensions, les défis et les réactions que ces identités provoquent.

En diffusant les émissions sur les diasporas diverses RKS réussit à fondre les stéréotypes existants de diverses diasporas. Ce qui facilite cette fusion sont non seulement les voix diverses avec les accents différents qui parlent de leur travail , leurs situations et leurs points de vue différents, mais aussi les paroles qu'il s'agisse des préjugés et défis que les diasporas diverses expérimentent en Isère. Les voix peuvent être celles des animateurs ou les voix des invités. Ces derniers sont souvent influencés par leur enfance dans leur pays d'origine ou

leurs séjours à l'étranger ils expriment leur point de vue par rapport à cette expérience. En plus de ces émissions, Radio Kaléidoscope évoque les cultures différentes des pays à travers les musiques diverses du monde ainsi que les contes et les récits dans les émissions «Amalgame », et « Moulin à Palabres».

La diaspora de l'Amérique Latine à un statut particulier, des émissions qui abordent les thèmes politiques touchant les événements de leurs pays, permettent aux membres de cette diaspora de garder le lien avec leur pays d'origine. Egalement la nuit nous entendons des pièces de théâtre en espagnol.

En revanche, au niveau radiophonique RKS, nous présente une diversité sonore par les musiques représentant les différentes cultures qu'elle joue. RKS réussit à bien capter l'attention de l'auditeur par les courts morceaux des fictions qui sont lus par une voix féminine pendant la diffusion de la musique. Quelques morceaux fictifs sont intitulés « Le médecin idéal », « Entièrement erroné », « carrière tardive », « la plus belle chose du monde », « Au guichet d'autoroute » etc. Ces morceaux fictifs ne dépassent pas plus de 60 ou 90 secondes et ils sont introspectifs, fantastiques, anecdotiques, ou décrivant une situation quotidienne. Ils sont suivis par une chanson ou musique qui s'accordent bien avec l'humeur générée par le morceau fictif. Donc, pendant un cycle de 24 heures l'auditeur entend une diversité de musiques du monde ainsi que des morceaux de fiction.

Donc, je trouve que Radio Kaléidoscope comme son nom l'indique représente une diversité sonore autant que culturelle. En effet, c'est la diversité sonore qui facilite la diversité culturelle, lors de chaque émission sur une diaspora nous entendons leur musique, leur parole et aussi l'accent et le rythme de parole de l'invité(e). Cette diversité est intensifiée par les chansons des pays différents que nous écoutons toute la journée avec les petits morceaux fictifs. Ces caractéristiques rendent cette radio très intéressante et unique.

Conclusion

« La radio offre un territoire magnifique au déploiement de l'imaginaire... » écrit Laure Adler en 200497. L'histoire de la radio en est une preuve. Depuis son invention par Marconi en 1895, la radio fut utilisée comme une arme de guerre utilisant l'imaginaire. Pendant les années 30 Hitler employa la radio pour créer une atmosphère antisémite, pour diffuser les préjugés et les sentiments de haine contre les juifs en Allemagne en lançant des discours enflammés contre cette diaspora. Si la radio comme moyen de communication a été un véhicule de peur et haine pendant l'ère nazie, elle servit aussi de moyen pour évoquer le patriotisme et les sentiments d'héroïsme chez les anglais. En même temps des stations noires anglaises et allemandes furent déployées pour générer des fausses nouvelles et répandre des idées contradictoires. Cette époque a aussi témoigné de l'émergence de l'art de la radio. Donc, la radio fut employée par ceux qui la contrôlaient pour populariser des idées ou des notions de la manière qui leur a paru la meilleure. Bref, la radio fut le véhicule d'imagination des puissants.

En France, le mouvement des radios libres pendant les années 80 a fait que le public avait plus de contrôle sur ce moyen de communication. Les trois radios étudiées dans ce mémoire, Radio Kol Hachalom (RKH), Beur FM et Radio Kaléidoscope (RKS), ont émergé pendant cette période.

Apres avoir étudie les diffusions diverses de la RKH comme les journaux et les émissions religieuses j'en ai conclu que les fréquences des journaux dans cette radio la rendent « impérialiste ». En revanche je me suis demandée : Est-ce que cette radio reflète vraiment les sentiments de la diaspora juive ? Est-ce que

97 Nouvelles de Beaumarchais Actualités N°6 Janvier - Juillet 2004. Disponible sur http://www.beaumarchais.asso.fr/nouvelles/doc/nouvelles6.pdf

les jeunes juifs suivent la même ligne de pensée ? Chercher les réponses à ces questions est hors de sujet de ce mémoire.

En outre, bien que cette radio essaie de tracer l'histoire de la diaspora juive à travers les siècles il s'agit d'une hybridité ancienne et non moderne. Donc, ce facteur fait que cette radio qui représente la première et la plus importante diaspora du monde est réduite au communautarisme, ce qui est une définition limitée de la diaspora, basée plutôt sur les craintes et les inquiétudes qu'un peuple porte en lui lors qu'il quitte son territoire propre. Ces faits ainsi que l'analyse de quelques extraits de discours sur RKH me fait conclure que cette radio est le support du sionisme.

En expliquant le terme « democratie » l'Encyclopédia Universalis dit que « La democratie est une valeur qui n'est pas seulement une formule d'organisation politique ou une modalité d'aménagement de rapports. Elle est l'inaliénable vocation des hommes à prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif» Si la RKH a recréé un territoire impérialiste sur les ondes par la fréquence de diffusions des journaux, on peut dire que le territoire recréé par Beur FM, la radio qui représente la diaspora maghrébine porte les valeurs « démocratiques ».

Les émissions basées sur les paroles des anonymes, les discussions qui évoluent autour de points de vues exprimés pendant des émissions non seulement donnent à ce territoire maghrébin sur les ondes une structure d'houma radiophonique il facilite aussi la diffusion de la voix et des sentiments individuels, faisant partie de la collectivité maghrébine sur les ondes. Et le fait que les anonymes parlent sans être censurés ou arrêtés par les animateurs renforce ce qualificatif de Beur FM comme radio démocratique.

Cependant, c'est Radio Kaléidoscope qui tente de comprendre l'hybridité et la

mixité de la diaspora de toutes les manières possibles. L'extrait affiché dans ce mémoire en est une preuve. Toutes les émissions de Radio Kaléidoscope essaient de mieux comprendre les diasporas, leurs histoires, leurs parcours, leurs inquiétudes et leur insertion dans la société française. Comme son nom l'indique Radio Kaléidoscope réussit à présenter les diasporas diverses non seulement en Isère mais aussi en France. Comme Radio Kaléidoscope est un des créateurs des émissions pour l'EPRA nous entendons presque chaque jour un entretien ou une émission sur des diasporas d'une autre région de France. En plus, pendant un cycle de 24 heures nous entendons parler en plusieurs langues : 3, 4 voire plus. Alors que la plupart des émissions de cette radio sont en français, l'Espagnol est la langue des émissions diffusées à 11 heure du lundi au vendredi; nous entendons des chansons en anglais pendant la diffusion d'émission sur les musiques américaines et pendant les émissions Tam-Tam d'Afrique et Sur les Rives de Fleuves Congo nous entendons des chansons dans des langues africaines.

Mais au niveau des présentations radiophoniques il reste beaucoup de choses à améliorer sur Radio Kaléidoscope. Tantôt l'auditeur entend annoncer des émissions qui ne sont pas ensuite diffusées. Tantôt l'émission ne commence pas à l'heure. La répétition des chansons sont un défaut qui touche non seulement RKS mais aussi RKH, en entendant ces deux radios nous avons l'impression que les animateurs ne changent pas les chansons pendant plusieurs mois.

Au contraire, nous entendons de la musique vivante du Maghreb sur Beur FM. Cependant, le rythme et la fréquence de diffusion de cette musique donne à cette radio un caractère bruyant et agressif. Cette importance donnée à la musique fait que la radio ne donne pas assez d'attention aux actualités qui proviennent du monde arabe. Ces actualités bien qu'elles soient présentées pendant les flashes, qui sont eux-mêmes éclipsés par cette musique forte, ne sont pas développées pendant la journée. L'émission Forum Débat sur Beur

FM préfère donner plus d'importance aux vies et à la politique des maghrébins en France plutôt qu'au Maghreb. Il n'en est pas de même pour Radio Kol Hachalom, qui tente de présenter la politique et l'économie d'Israël dans des émissions comme Israël Start Up et pour Radio Kaléidoscope qui présente et discute les themes politiques d'Amérique Latine.

Allen S Weiss dans son livre Experimental Sound and Radio (2001), constate la diversité de la radio :

Il n'y a pas une seule identité qui constitue « la radio », plutôt il existe une multitude de radios. La radiophonie est un domaine hétérogène au niveau de ses appareils, de ses pratiques, de ses formes et de ses utopies...

Une esquisse, brève et nécessairement incomplète va nous rendre compte de quelques tendances qui ne sont pas principales et nous donner une idée de sa diversité. F. T Marinetti - imagination sans fil et la radio futuriste - Velimir Khlebnikov- utopie révolutionnaire et la fusion de l'humanité ; Leon Trotsky - Radio révolutionnaire ; Dziga Vertov - agit-prop et la «L' oeil de la radio » ; Upton Sinclair- télépathie et la radio mentale ; Bertolt Brecht - radio interactive et communication publique ; Rudolf Arnheim- spécificité radiophonique et critique de l'imagination visuelle ; les radios narratives labyrinthiques de Hörspiel ; Coupes et destruction de la communication de William Boroughs ; Glenn Gould --perfectionnisme du studio et «radio contrapuntique » ; Marshall Mcluhan - l'extension du système nerveux central ; la diversité des radios communautaires ; radios libres, radios guérillas ; radio pirate ; radio radicale....

Ainsi, chaque « radio » détermine un monde idéal, bien que quelques uns de ces domaines abordent explicitement les themes d'utopie et de dystopie~98

98 Allen S Weiss: Radio Icons, Short Circuits, Deep Schisms dans Experimental Sound and Radio; Massachusetts Institute of Technology Press: 2001. Disponible sur www.books.google.fr.

Dans le contexte de cette observation nous pouvons conclure que les trois radios locales grenobloises en contribuant à la diversité radiophonique au niveau sonore et variétés des émissions aussi représentent l'utopie comme imaginée par leurs créateurs. Alors que RKH construit son monde idéal du sionisme sur les ondes, Beur FM reconstruit son houma comme imaginée et mémorisée par les créateurs de cette radio et Radio Kaléidoscope récrée sur les ondes la France idéale et actuelle où se mêlent les diffóentes identités mondiales avec leurs singularités.

Fin