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ÉCOLE DOCTORALE
de Sciences Économiques et de Gestion
de l'Université de RENNES I
LOCALISATION COMMERCIALE MULTIPLE:
UNE APPLICATION DU TRAITEMENT DU SIGNAL ET DU MODELE P-MEDIAN
AU DEVELOPPEMENT D'UN RESEAU DE MAGASINS DE PRODUITS BIOLOGIQUES
THÈSE DE DOCTORAT DE L'UNIVERSITÉ DE RENNES
I
MENTION SCIENCES DE GESTION
Mention très honorable avec félicitations du
jury.
Présentée et soutenue publiquement par
Jérôme BARAY
le 3 décembre 2002
JURY
Directeur de thèse
Rapporteurs
Suffragants
Gérard CLIQUET
Jacques-Marie AURIFEILLE Alain JOLIBERT
Philippe ROBERT- DEMONTROND
Alexandre STEYER
Professeur à l'Université de Rennes I
Professeur à l'Université de la Réunion
Professeur à l'Université Pierre Mendes- France
de Grenoble
Professeur à l'Université de Rennes I,

Professeur à l'Université de Paris I

Centre de REcherche
Rennais en Economie et en
Gestion
UMR CNRS C6585
IGR-IAE : 11 Rue Jean Macé - CS 70803 - 35708 Rennes
Cédex 7 France : 02 23 23 77 77 Fax : 02 23 23 78 00
LOCALISATION COMMERCIALE MULTIPLE :
UNE APPLICATION DU TRAITEMENT DU SIGNAL ET DU MODELE
P-MEDIAN AU DEVELOPPEMENT D'UN RESEAU DE MAGASINS DE PRODUITS
BIOLOGIQUES
Sommaire
Introduction
générale...........................................................................................................1
Partie I : La localisation commerciale multiple:
enjeux et théories............19
Chapitre 1 : Enjeux et pratiques de la localisation commerciale
.........................................20
Chapitre 2 : Les théories de la localisation
..........................................................................57
Chapitre 3 : L'apport du traitement du signal dans le
modèle p-médian ............................113
Partie II : La localisation d'un réseau
.................................................................193
Chapitre 4 : Analyse d'un réseau de points de vente de
produits biologiques dans l'Ouest parisien
..........................................................................................................194
Chapitre 5 : Mise au point d'un système rapide d'aide
à la décision de localisation ..........240
Chapitre 6 : Comparaison et implications managériales et
stratégiques ............................260
Conclusion générale
.........................................................................................................300
Bibliographie.....................................................................................................................312
Table des matières
............................................................................................................332
Tables des
illustrations.....................................................................................................335
Annexe A : Cartes des clients géocodés par
arrondissement et communes de périphérie ...........339
Annexe B : Répertoire français-anglais des
termes du traitement du signal et de
l'analyse automatique d'image
......................................................................344
Introduction générale
Les regroupements massifs des réseaux de
distribution ces dernières années et la
conjoncture fluctuante et imprévisible ont rappelé
que leur organisation n'était jamais figée et restait soumis
à la loi impitoyable de la concurrence. De 1995 à 2000 surtout,
les opérations
de fusions-acquisition se sont répandues dans
l'ensemble des pays développés en atteignant la dernière
année 1143 milliards de dollars, soit une progression de 49,2
% en 1999 (source
www.Ipsofaxo.com). L'Union
Européenne, à elle seule, a compté pour 64,4 % de
ces réorganisations et les Etats-Unis pour 14,6 %. Les avantages
recherchés sont en général :
1°) l'effet de taille : une entreprise de taille
optimale permettrait d'atteindre une meilleure rentabilité, mais
cette hypothèse est sujette à de nombreuses controverses
(par exemple dans le domaine bancaire, de petits établissements
centrés sur leur clientèle peuvent coexister à
côté de mastodontes) 316;
2°) des économies d'échelle : une
fusion permettrait de réduire les coûts de
fonctionnement même si les coûts humains et
organisationnels, parfois imprévisibles, peuvent perturber le simple
calcul économique des gains escomptés par une telle manoeuvre.
Mais l'avantage le plus immédiat d'une fusion
est d'obtenir une part de marché plus importante sur son secteur
et dans le cas de la distribution de biens ou de services, une bien meilleure
présence et une couverture du marché géographique, un
accès plus aisé aux grands médias et une meilleure
efficience logistique317. Cela dit, certaines entreprises subissent
plutôt
les fusions qu'elles ne les souhaitent réellement, sachant
que celles-ci sont souvent le résultat
de la déréglementation des marchés comme
dans le secteur de la banque ou de l'assurance 318
(réduction des entraves à l'accès aux
services financiers de détail).
316 FILSER M. (1998) Taille critique et
stratégie du distributeur. Analyse théorique et implications
managériales,
Décisions Marketing, Numéro : 15,
p.7-16.
317 CLIQUET G. (1998) Valeur Spatiale des
Réseaux et Stratégies d'Acquisition des Firmes de Distribution,
in
Valeur, Marché et Organisation, Ed. J-P. Brechet,
Presses Académiques de l'Ouest.
318 UNI-Europa Finance (2000) L'impact des Fusions
dans le Secteur de la Banque et de l'Assurance, Rapport
Interne d'Entreprise, janvier 2000.
Les fusions ou tout simplement les difficultés
financières des entreprises ne sont pas les seules responsables des
réorganisations de réseaux de distribution ou de l'appareil
industriel.
Le progrès technique et l'introduction de
nouvelles technologies (Internet, distributeurs automatiques) remettent
périodiquement en question en particulier la pertinence
des localisations commerciales. Par exemple en Belgique, alors
que le nombre d'agences bancaires a diminué de 24 % de 1993
à 1998 (en passant de 17 757 à 13 444 en 5 ans), le nombre de
distributeurs automatiques de billets s'est accru de 150 % (2 636 distributeurs
à
6 323)319. Afin de compenser cette baisse
importante du nombre d'agences, les banques
développent en parallèle les services de banque par
téléphone ou sur Internet moins coûteux
en terme d'exploitation.
Ainsi, des dizaines de grandes entreprises et des centaines de
filiales cherchent à ou se voient contraintes de restructurer leur mode
de production dans les secteurs industriels et leur réseau de
distribution pour celles dont l'activité se situe dans le domaine de la
distribution des biens ou des services. Ces quelques lignes du rapport
d'activité d'une grande entreprise comme France
Télécom sont évocatrices : «
Amorcé en 2000, un programme de relocalisation vise
à implanter les agences dans les meilleures zones de chalandise. A la
fin
2001, près de la moitié des agences auront
été relocalisées »320. Cette
société en proie à des
difficultés financières compte en effet selon
d'autres propos fermer à moyen terme 10 % de
ses agences, agences qui regroupent 35 % des effectifs de
l'entreprise soit près de 130 000
salariés321. De nombreux cas illustrent, de
manière concrète, l'impact énorme d'une fusion sur
les implantations commerciales des sociétés.
La fusion de la banque Lloyds avec le TSB Group en décembre
1995, a propulsé l'ensemble au deuxième rang des groupes
bancaires britanniques, derrière le géant HSBC-Midland. Cela
s'est traduit par un bénéfice avant impôt
de 31 milliards de francs en 1997 en hausse de 26 % et un profit
net de 23 milliards en hausse
319 Source des données : entreprise ABB.
320 FRANCE TELECOM (2001) Rapport
d'Activité de la Société, Mars 2001.
321 LES ECHOS (2001) Les Echos Magazine,
parution du 28 août 2001.
de 48 % par rapport à 1996 : « deux ans
après la fusion, le groupe a déjà réduit ses
coûts de fonctionnement annuels de 2,2 milliards de francs et
prévoit encore de réaliser 4 milliards d'économies
à travers l'intégration des deux réseaux d'ici
1999. L'intégration des réseaux des deux banques devrait se
traduire par la fermeture de 650 agences et 10 000 suppressions
d'emplois (sur un effectif de 82 500 salariés).
» 322
Pour des entreprises comportant plusieurs centaines de
points de vente ou même plusieurs milliers comme dans le cas des
agences de compagnies d'assurance ou de banque, la réorganisation d'un
réseau s'avère être une tâche colossale. Chaque point
de vente ou agence doit être passé à la loupe,
comparé en termes de rentabilité, de chiffre d'affaires et de
zone de chalandise par rapport à ses plus proches voisins dans certains
cas concurrents par le passé et désormais, partenaires d'un
même réseau. Les sacrifices sont très souvent
inévitables pour éviter le double emploi de points de vente et
améliorer la rentabilité du nouvel ensemble. Cet examen en
détail des situations individuelles de chaque
élément du réseau doit être
particulièrement bien mené afin de ne pas supprimer des
points de vente ou des agences stratégiques pour la bonne
rentabilité ou même pour la survie du groupe. Ce constat est tout
aussi valable dans les services publics que privés. Par exemple pour la
Poste Suisse soumis à une prochaine libéralisation du
marché de la distribution du courrier : "dans un délai de
cinq ans, l'entreprise va réduire ce réseau de 140 à 180
unités par année, pour conserver à terme
2500 à 2700 offices de poste. Cette
évolution se déroulera dans des conditions sociales
acceptables, et le service public restera garanti sur l'ensemble du
territoire national. Les syndicats ont donné leur accord à la
procédure envisagée, qui, à terme, permettra à la
Poste d'économiser quelque 100 millions de francs par
année.323" Les bureaux de poste avec leur
hiérarchie (bureau de poste principal ou secondaire)
constituent les éléments d'un réseau dans
322 BEHBAHANI A. et HOZMAN H. (1998) La
Concentration dans le Secteur Bancaire, Mémoire de maîtrise
d'Economie mention Economie Internationale, Monnaie et Finance,
Université des Sciences Sociales de Toulouse.
323 LA POSTE SUISSE (2001) Communiqué de
Presse
, http://www.poste.ch
la distribution du courrier avec les centres de tri en
amont et les facteurs en aval qui acheminent le courrier à
domicile. On conçoit donc aisément que la suppression d'un
bureau
de Poste engendre des conséquences notables
sur l'organisation de tout le réseau de distribution du
courrier. Même chose pour d'autres services publics comme les
réseaux de services hospitaliers qui cherchent dans la majorité
des pays à rationaliser leur fonctionnement.
Parfois, ne s'agit-il pas forcément d'une
suppression pure et simple, mais d'un recentrage de deux
activités ou plus en une relocalisation plus optimale. Mais encore
faut-il que les différentes parties impliquées de
près ou de loin dans le fonctionnement de ces activités
(dirigeants, salariés, clients, fournisseurs ou même hommes
politiques) trouvent leur compte dans ce recentrage. Ainsi en
est-il du cas de figure suivant qui illustre la
réorganisation d'un ensemble de cinq sites hospitaliers dans le canton
de Vaud en Suisse où il s'agissait de choisir entre le statu quo, le
regroupement en deux monosites ou bien la création
d'un monosite entraînant la disparition des centres de soin
initiaux324.

Introduction - Fig. 1: Scénarii de la
réorganisation de sites hospitaliers dans le canton de Vaud
Les critères de sélection entre ces trois
scénarii retenus étaient la taille optimale du bassin de
captation, la flexibilité, l'accessibilité et la proximité
des installations vis-à-vis du public, et la rentabilité ou
l'efficience relative de chaque scénario.
324 CAP GEMINI / ERNST & YOUNG (2000) Etudes de
Divers Scenarii d'Organisation liés aux Hôpitaux du
Chablais et de la Riviera, Rapport Final pour le
Département de la Santé / Service Santé Public,
p.3-16

Introduction - Fig. 2 : Notation des scénarii de la
réorganisation de sites hospitaliers dans le canton de Vaud
Un système de notation pondérée a
bien mis en évidence que le scénario 3 du regroupement
des cinq hôpitaux en un seul était le cas le plus favorable bien
que l'on puisse s'interroger sur la rationalité du système de
notation non-explicité. Mais, les différents acteurs
ont tous eu des vues différentes sur le site
exact d'implantation de cet hôpital unique, les dirigeants des
cinq centres souhaitant chacun agrandir le leur au détriment
des autres, les habitants désirant être au plus proche du futur
site,... d'où un gros problème décisionnel en perspective
qui ne pourra que retarder le projet ou même remettre en cause
le choix du scénario du site hospitalier unique pour la région
! D'autres contraintes dans le processus de réorganisation viennent
alors immédiatement à l'esprit : comment établir un
processus de décision plus rationnel avec une force de
démonstration telle que le scénario en découlant
fasse l'unanimité entre tous les acteurs ?
D'un autre côté, on remarque depuis les
années 60, une profonde mutation dans la distribution des
produits et des services caractérisée par la
réticulation des activités commerciales 325. Bien
que l'apparition des premières chaînes de magasins date de la
seconde moitié du XIXème siècle, le
développement des réseaux d'agences bancaires, de
supermarchés et hypermarchés, de concessionnaires
automobiles, de chaînes d'hôtels s'est
considérablement accéléré. On
évalue qu'à l'heure actuelle, les chaînes de
magasins
325 CLIQUET G. (2000) Plural Form in Store
Networks : A Model for Store Network Evolution, The
International Review of Retail, Distribution and Consumer
Research, vol. 10, n°4, pp 369-387.
représentent près de la moitié du
commerce du détail aux Etats-Unis 326 327. Les
formes organisationnelles prises par ces groupes sont variées.
L'organisation en succursales même si elle coûte cher, favorise
l'opérateur du réseau en ce qui concerne son pouvoir et le
contrôle
des différentes entités. Le système de
franchise outre son développement à moindre coût,
permet au réseau d'avoir une réactivité plus
élevée sur le marché local, tout comme d'accéder
à une connaissance plus fine du marché et de
responsabiliser les gérants qui possèdent alors
une affaire bien à eux 328 329. Des formes
mixtes associant succursales et franchises permettent dans certains cas, de
tirer profit des avantages de chaque type d'organisation en particulier par
330 331 :
? une plus grande souplesse stratégique : il est
plus facile d'acquérir par exemple des hôtels individuels en
proposant à l'entrepreneur une formule de rachat ou de franchise,
? une implication et une démonstration des
capacités du franchiseur accrues par sa responsabilisation,
? une meilleure efficacité économique : les
franchises stimulent le développement du réseau et les
filiales participent beaucoup à l'amélioration des
résultats financiers 332,
? une plus grande souplesse d'organisation : il est plus
facile à une organisation mixte de répondre aux évolutions
comportementales du client et de l'environnement juridique (loi Raffarin par
exemple). L'innovation s'enrichit par un travail conjoint du franchiseur et
des franchisés tout comme l'information également
de meilleure qualité.
326 BRADACH J.L. (1998) Franchise
Organizations, Harvard Business School Press, Boston, Ma.
327 CLIQUET G. (2000) Plural Form in Store
Networks : A Model for Store Network Evolution, The
International Review of Retail, Distribution and Consumer
Research, vol. 10, n°4, pp 369-387.
328 BRICKLEY J.A., DARK F.H. (1987) The Choice of
Organizational Form : The Case of Franchising, Journal
of Financial Economics, 18, 401-20.
329 CAVES R.E. , MURPHY II W.F. (1976)
Franchising : Firms, Markets, and Intangible Assets,
Southern
Economic Journal, 42, 572-86.
330 CLIQUET G. (2000) Plural Form in Store
Networks : A Model for Store Network Evolution, The
International Review of Retail, Distribution and Consumer
Research, vol. 10, n°4, pp 369-387.
331 BRADACH J.L. (1998) Franchise
Organizations, Harvard Business School Press, Boston, Ma
332 BRIEC W., CLIQUET G. (1999) Plural Forms
Versus Franchise and Company-owned Systems : A DEA Approach of Hotel
Chain Performance, 28th EMAC Conference, Berlin, May, 11th-14th
5proceedings on CD-
ROM).
? une stimulation de la dynamique commerciale avec une
concurrence plus constructrice entre les franchisés et les filiales. Au
niveau local, l'animation commerciale est facilitée par l'effet
synergique des efforts mis en commun de toutes les entités du
réseau,
? une maîtrise de la rapidité de
développement du groupe par rapport à l'assimilation du concept :
le développement peut se faire rapidement par la création de
franchises alors que les filiales permettent de mailler le territoire
tout en assimilant graduellement le concept.
Ainsi, qu'il s'agisse de la création pure d'un
réseau ou de sa réorganisation et quel que soit le mode
d'organisation choisi, un choix précis de la localisation de ses
différents points de vente est indispensable tout comme une
certaine rapidité des prises de décision et de leur
application dans ce domaine. Toute organisation commerciale doit en effet avoir
une capacité
de réaction correspondante à la rapidité du
changement afin d'assurer sa survie 333 334, cette
capacité de réaction se décomposant en
temps de perception, temps de prise de décision et temps
d'exécution. Il apparaît clair que la qualité de la
décision concernant les localisations commerciales d'une chaîne
dépendra étroitement de celle de son système d'information
et que
la bonne exécution de la décision sera
influencée par sa maîtrise. Concrètement, quelques
mois de trop de fonctionnement d'un réseau "boiteux" peut aller
jusqu'à représenter des millions ou des dizaines de
millions d'euros de coûts supplémentaires pour un
réseau d'importance moyenne (de quelques dizaines à trois
cents points de vente) qui auraient été
économisés si la procédure avait été
plus rapide. Dans certains cas, un retard dans la restructuration d'un
réseau est susceptible de pénaliser lourdement la
performance d'une entreprise et de faire fléchir
irrémédiablement le cours de ses actions même si ce retard
n'est
pas forcément imputable au processus de
restructuration lui-même. En témoignent les
333 VERAN L. (1991) La prise de Décisions
dans les Organisations : Prise de Décision et Changement, Les
Editions de l'Organisation.
334 CLIQUET G. (2000) Plural Form in Store
Networks : A Model for Store Network Evolution, The
International Review of Retail, Distribution and Consumer
Research, vol. 10, n°4, pp 369-387.
péripéties de la réorganisation de
Swiss Telecom planifiée dès sa privatisation partielle : "si
Swiss Telecom n'aura pas à supporter une lourde dette, son plan de
restructuration va tout de même engloutir 3 à 4 milliards de
francs. Sans attendre l'issue des débats parlementaires,
l'entreprise prépare déjà la réforme de ses
structures et devrait annoncer sous peu les noms
de ses futurs dirigeants. Plus qu'un affrontement entre la
gauche et la droite, le Parlement redoute le lancement d'un
référendum. A l'origine, la Suisse voulait prendre
l'Europe de vitesse. Au mieux, elle aura quelques mois d'avance. Au pire, en
cas de votation populaire, deux ans de retard. Dans un tel scénario, le
capital de Swiss Telecom serait considérablement dévalué.
Car, en l'an 2000, le marché des télécommunications
sera agité et risqué."335 La
compétitivité d'une grande entreprise comme Swiss Telecom peut
donc être amoindrie d'une manière irréversible si la
réorganisation de son réseau commercial n'est pas
effectuée en temps et en heure. Il s'agit donc non seulement de ne pas
rater le train du changement quel
qu'en soient les motifs, mais aussi de savoir très vite
où l'on veut diriger l'entreprise.
D'où cette problématique gestionnaire qui en
découle : quel outil de réorganisation ou de
déploiement d'un réseau de points de vente sur le plan de la
localisation à la fois rapide, précis
et démonstratif peut-on utiliser dans un tel cas ? Il
s'agit également de ne pas perdre de vue, dans cette réflexion
managériale, le fonds de commerce des points de vente à
savoir, leur clientèle. Les grands distributeurs, les banques, les
assurances possèdent des bases de données très
élaborées sur leur clientèle. Les data
warehouse ou "entrepôts de données" qui rassemblent
l'ensemble des données (marketing, comptables, ressources
humaines, achats, production,...) de l'entreprise, mais aussi son
système d'information décisionnel en sont un
exemple.
335 L'HEBDO (1998) Le "T"qui Vaut 20 Milliards de
Marks, L'Hebdo N°47, 21 novembre 1996

Introduction - Fig. 3 : Schéma d'un data warehouse
classique dans une entreprise336
Adossés au data warehouse, les outils de data mining ou de
"forage des données" ou encore
"d'extraction de la connaissance" font apparaître les
corrélations cachées qui existent au sein
du gisement de données de l'entreprise. Ces
outils sont de trois types : les filtres qui
sélectionnent certaines catégories de données (ex:
les points de vente ayant un chiffre d'affaires inférieur
à moins de 80 % de l'objectif), les outils fondés
sur l'intelligence artificielle qui découvrent des relations
logiques entre les variables, les agents intelligents capables
de naviguer en permanence dans les différentes bases de données
et élaborent ainsi
de nouvelles connaissances même en l'absence de
l'utilisateur.
En particulier, les hypermarchés se sont
constitués des bases de données monumentales à partir des
sorties de caisse qui répertorient le type d'achats effectués par
les clients (nombre d'articles, panier moyen, liste des articles par
client obtenus classiquement grâce au système code barre /
scanner, et également possibilités de suivi des achats de
certains clients identifiés par leurs moyens de paiement ou par leur
carte de fidélité,...). Les magasins d'importance plus modeste,
les hôtels, les restaurants peuvent aussi se constituer ce type de
données toujours grâce à un matériel informatique et
des logiciels spécifiques (Ok-Gestion,
336 Source :
http://www.businessdecision.com
WinCash, Gest-Mag pour les caisses individuelles, Cocktess pour
les restaurants ou bars, SHS
pour les hôtels, Columbus ou Winmaster pour des caisses en
réseau,...).
Les distributeurs automatiques savent également
établir des statistiques très précises
sur leurs clients et peuvent même les suivre à la
trace. Les sociétés de transport public, les
sociétés de gestion des autoroutes ou de parking, les
cinémas ont développé des cartes à puce avec et
sans contact qui permettent au client de franchir péages, portillons de
station de métro, parkings ou salles de cinéma (systèmes
commercialisés par la société Ascom et King Products
Inc.),... De la même façon, les agences bancaires
possèdent un suivi des retraits d'argent à partir de leurs
distributeurs automatiques de billets (ex. logiciel Prognis pour DAB).
Les cabinets d'études de marché et les
organismes spécialisés dans les habitudes de consommation,
eux aussi, ont entre leurs mains des millions d'adresses de clients
potentiels
par secteur, par produit, par segment de marché :
Consodata revendique par exemple le fait de posséder 22 millions de
fiches nominatives sur les citoyens de 4 pays. Une société
comme DoubleClick possède une technologie particulière lui
permettant de connaître les habitudes de navigation de plusieurs
millions d'internautes grâce à l'utilisation de cookies
(fichiers résidents sur le disque dur rassemblant des informations
personnelles du surfeur localisé sur le réseau Internet).
Les "géodonnées" sur les consommateurs ne
manquent donc pas, mais les moyens de les exploiter de manière
concrète font cruellement défaut. Les systèmes
d'information géographique, les fameux SIG, constituent l'outil
classique utilisé par un bon nombre d'entreprises pour analyser
leurs données géomarketing337. Ces systèmes
ne permettent malheureusement en fait que d'établir des
cartographies un peu élaborées. Parmi ces SIG,
citons les principaux :
337 CLIQUET G. (2002) Le Géomarketing :
Méthodes et Stratégies du Marketing Spatial, Hermès,
Paris.
· MapInfo : "Reconnu comme étant l'outil
cartographique le plus puissant et le plus intuitif
en environnement bureautique, MapInfo Professional est
distribué dans 54 pays, en 20 langues."338 Parmi les
seuls outils d'analyse marketing de MapInfo, on trouve un
générateur d'isochrones, d'isodistances ou d'isocoût
à partir d'un centre géographique donné (outil
Chronomap).
· MacMap : "il permet de créer
et d'exploiter des bases de données intégrant une
représentation des éléments géographiques
(points, axes, surfaces...), associées à des données
de format quelconque (numérique, alphabétique, date,
heure...). Il est naturellement possible d'effectuer des requêtes
(géographiques ou non) à partir de cette base de données,
comme par exemple, chercher les points de vente situés le long de la N20
générant plus de 4 % du CA total, et de
générer de nouvelles données et
cartographies grâce à des modules de
calcul."339
Il existe encore de nombreux autres SIG tels
Logicarte-SIG ou Carte & Données qui tous, n'offrent qu'une
solution passive de représentation de données sous forme
symbolique (points, camemberts, rectangles) superposée à une
cartographie (appelée image raster et constituée de pixels)
agrémentée de quelques opérateurs d'analyse
statistique ou de création de requêtes, sans jamais
intégrer une quelconque méthode de recherche de
localisations optimales. L'absence de progrès des SIG dans ce
domaine vient aussi sans doute de la difficulté technique
d'établir une passerelle entre le géocodage et la
représentation d'informations sur une carte et les techniques
classiques de calcul des localisations optimales : au contraire d'une
représentation planaire, ces techniques de localisation, nous le
verrons plus loin, font en général au contraire appel
à une représentation en réseau constitué de points
(les noeuds du réseau) et de liaisons entre ces points. Le
problème surgit donc du fait de l'incompatibilité entre la
représentation en deux dimensions des cartographies d'informations
géocodées et la
338
http://w3.claritas.fr : site Internet de
Claritas France distributeur de MapInfo
339
http://www.macmap.com : site Internet du
distributeur de Macmap
représentation monodimensionnelle des réseaux
(voir plus loin les modèles de localisation-
allocation340).
Nous démontrerons donc qu'il est possible de faire
évoluer les systèmes d'information géographique existants
vers de véritables outils de préconisation dans la
recherche de localisations optimales. Nous établirons ainsi pour cela
une passerelle entre les représentations cartographiques de ces
systèmes et les réseaux utilisés traditionnellement en
recherche de localisations. De plus, toutes les données
très précises de localisation des consommateurs,
réels ou potentiels, doivent pouvoir être prises en compte
dans un nouvel outil de décision capable d'aiguiller le manager
sur les emplacements optimaux des futurs
points de vente de son réseau. Tel est en effet le but de
notre présente démarche : découvrir et
démontrer la faisabilité d'un nouvel
instrument de décision précis, rapide et
également
démonstratif pour sélectionner les meilleurs
emplacements commerciaux dans l'optique d'une
restructuration ou de la création d'un réseau de
points de vente.
Il est un fait que cet outil performant ne connaît
à ce jour pas réellement d'existence, chose confirmée
par la lenteur des réorganisations de réseaux qui
même, sans connaître de problèmes sociaux, peuvent
prendre de nombreuses années. La majorité des responsables que
nous avons interviewés (Chambre Syndicale des Banques Populaires,
AGF, Groupe Etam, CCF, Groupe AXA) nous ont d'ailleurs
généralement fait part d'un déficit de méthodes en
ce
qui concerne l'optimisation de la localisation des agences ou
des boutiques malgré l'énorme quantité de données
disponibles : trop d'informations tue l'information pourrait-on clamer
! Qu'il s'agisse de la création pure ou bien de la
réorganisation d'un réseau, le manager est constamment en
proie à des doutes, à des interrogations sur la
méthodologie à suivre pour localiser de la meilleure
façon ses futurs centres de profit. Il se sent
généralement frustré et
impuissant devant tous ces monceaux de données
géomarketing qu'il n'a pas les moyens
340 WEBER A. (1909) Über den Standort der
Industrien, Tübingen, Traduction Anglaise de Friedrich
(1929)
Theory of the Location of Industries, University of
Chicago Press, Chicago.
d'exploiter ce qui est renforcé par le fait que
son Directeur lui demande de justifier très
précisément tous ses choix de localisation. Cela est sans compter
que les conséquences d'une mauvaise décision d'implantation ne
restent jamais inaperçues et se révèlent très
rapidement dans les résultats financiers désastreux
engendrés. L'investissement souvent onéreux dans les surfaces
commerciales, est lui-même de nature pratiquement
irréversible et des erreurs de localisation risquent d'obérer
à jamais la rentabilité future de l'ensemble du réseau.
Quels sont aujourd'hui brièvement les moyens
à disposition du décideur pour sélectionner la (ou
les) localisation(s) optimale(s) dans la perspective d'une création
intégrale
ou d'une réorganisation de points de vente ? Les
principales méthodes de choix de localisations se fondent sur
les modèles gravitaires ou d'interaction spatiale341
et sur les modèles de localisation-allocation. D'une
manière générale, ces méthodes comparent
plusieurs localisations potentielles en se fondant sur
différents critères. Les modèles gravitaires342
343 344 ou d'interaction spatiale se fondant sur une analogie
avec la loi de la gravitation, considèrent que chaque point de
vente attire à lui d'autant plus de clients que son niveau
d'attractivité est élevé. Cette attractivité est
fonction de la proximité géographique du magasin avec sa
clientèle ou encore d'autres facteurs comme la surface de vente
345. Le
modèle MCI (multiplicative competitive interaction) ou
Modèle Interactif de Concurrence346
est une généralisation des modèles
d'interaction spatiale pouvant intégrer d'autres facteurs
d'attractivité que la distance ou la surface de vente tels que le
service de paiement par carte bancaire, le nombre d'allées du
magasin, le nombre de caisses, l'emplacement à une
341 WILSON (1971) A Family of Spatial
Interaction Models, and Associate Developments, Environment
and
Planning A, vol. 3, 1-32.
342 REILLY W. J. (1931) The Law of Retail
Gravitation, W. Reilly ed, 285 Madison Ave, New York, NY.
343 CONVERSE P.D. (1949) New Laws of Retail
Gravitation, Journal of Marketing 14, p.379-384.
344 GUIDO P. (1971) Vérification
Expérimentale de la Formule de Reilly en Tant que Loi
d'Attraction des
Supermarchés en Italie, Revue Française de
Marketing n°39, p. 101-107.
345 HUFF D. L. (1964) Defining and Estimating a
Trading Area, Journal of Marketing, Vol 28, p. 38.
346 NAKANISHI M. et COOPER L.G. (1974) Parameter
Estimates for Multiplicative Competitive Interaction
Models: Least Square Approach, Journal of Marketing Research
11: 303-311.
intersection347 ou même des facteurs
subjectifs comme l'image du magasin348 349 dans le MCI subjectif
350 351. Ainsi, il s'agit d'abord de calculer les
différents paramètres d'une formule donnant la
probabilité qu'un client fréquente tel ou tel point de
vente en fonction des paramètres précités le plus
souvent par la méthode classique des moindres carrés
352. Mais, les méthodes d'interaction spatiale sont lourdes
à mettre en oeuvre et nécessitent un découpage
géographique du territoire à analyser,
découpage qui, nous le verrons, peut difficilement ainsi être
établi de manière rationnelle.
La seconde catégorie de méthodes de localisation
est constituée d'un autre côté par les modèles de
localisation-allocation et leur résolution353. Ces
modèles (représentés en général sous forme
de réseaux constitués de noeuds et de segments inter-noeuds) et
en particulier le modèle p-médian, sont l'un des moyens les
plus rationnels à disposition pour optimiser la localisation
d'un ensemble de p points de vente par rapport à un ensemble
de n clients354. Mais, malgré des méthodes de
résolution parfois très pointues, la mise en oeuvre de ce
modèle engendre un nombre de calculs si important que des
solutions même approchées sont difficilement atteignables
dès que le nombre de clients atteint quelques milliers compte tenu
du nombre considérable de configurations de magasins
à passer en revue. D'autre part, les
solutions avancées par les hermétiques
modèles de localisation-allocation ne sont ni très
347 JAIN K. et MAHAJAN V. (1979) Evaluating the
Competitive Environment in Retailing Using Multiplicative
Interactive Model, Research in Marketing, Vol. 2,
Jagdish Sheth ed., Greenwich, Conn.: JAI Press.
348 NEVIN J.R. et HOUSTON M.J. (1980) Image as a
Component of Attraction to Intraurban Shopping Areas,
Journal of Retailing, Vol. 56, No. 1, pp.77-93.
349 COOPER L.G. et FINKBEINER C.T. (1983) A
Composite MCI Model for Integrating Attribute and
Importance Information, Advance in Consumer Research,
109-113.
350 STANLEY T.J., SEWALL M.A. (1976) Image Inputs to
a Probabilistic Model: Predicting Retail Potential, Journal of
Marketing, 40 (July), 48-53.
351 CLIQUET G. (1995) Implementing a Subjective
MCI Model: An Application to the Furniture Market,
European Journal of Operational Research 84, 279-291.
352 NAKANISHI M. et COOPER L.G. (1974) Parameter
Estimates for Multiplicative Competitive Interaction
Models: Least Square Approach, Journal of Marketing Research
11: 303-311.
353 WEBER A. (1909) Über den Standort der
Industrien, Tübingen, Traduction Anglaise de Friedrich
(1929)
Theory of the Location of Industries, University of
Chicago Press, Chicago.
354 ACHABAL D.D., GORR W.L. et MAHAJAN V.
(1982) Multiloc : A Multiple Store Location Decision
Model, Journal of Retailing, 58, 5-24.
démonstratives, ni très convaincantes pour le
décideur qui n'est généralement pas un homme
de l'art en la matière.
Dans la pratique, les professionnels font souvent appel
à des méthodes statistiques plus simples et rapides mais
très peu précises comme la méthode par le
modèle de régression multiple ou la méthode
analogique355 356. En se fondant sur l'expérience,
ces méthodes essayent en général dans un premier
temps d'identifier quels sont les paramètres et critères
socio-économiques qui influencent la performance du point de vente, et
ensuite détectent les zones géographiques répondant
à ces conditions pour y implanter un futur magasin. Les
méthodes statistiques sont intéressantes pour cerner
grossièrement les zones géographiques possédant
globalement un certain potentiel commercial, mais se
révèlent incapables de positionner avec soin le (ou les)
futur(s) point(s) de vente. Elles ne tiennent pas compte de la
localisation exacte des clients potentiels et ignorent en
général la présence d'éventuels concurrents.
Nous pensons en revanche que les méthodes d'analyse
dérivées de celles du traitement
du signal et de l'analyse d'image associés au
modèle p-médian peuvent répondre aux critères
de rapidité, de précision et de
capacité de traitement d'informations en grand nombre pour servir
le géomarketing. En effet, les algorithmes développés pour
traiter les images capturées
en temps réel enregistrent les performances de vitesse les
plus élevées au monde357. Conçus
pour la rapidité, ils sont également capables
d'assimiler d'énormes quantités de données puisque,
à une image dynamique, correspondent au minimum plusieurs
mégabits de données
par seconde. Ainsi, l'apport de notre démarche est
constitué par l'introduction de méthodes
originales de filtrage et de convolution destinées
à accélérer le traitement des données
355 APPLEBAUM W. (1968) The Analog Method for
Estimating Potential Store Sales, Guide to Store Location
Research, Addison-Wesley, Reading, Mass.
356 ROGERS D.S. (1980) 5 ways to Evaluate a Store
Location, Store Location, 42-48.
357 CHESNAUD C. (2001) Activité de Simag -
Développement en Recalage, Tracking et Reconstruction 3D,
Aux Frontières de l'Instrumentation et du
Traitement d'Image, Journée Thématique Organisée
par le Pôle
Optique et Photonique Sud, Marseille, 20 mars 2001, p.11.
géomarketing, méthodes ayant déjà
fait leurs preuves dans le domaine des "sciences dures" :
le filtrage permet par une multiplication de la valeur d'un
signal à une ou plusieurs dimensions d'accentuer ou de lisser
certaines parties dudit signal alors que la convolution consistant
à intégrer un signal en utilisant un second signal comme poids
offre la possibilité d'extraire par exemple les
caractéristiques fondamentales d'informations géomarketing
comme le contour des zones de chalandise. Ces moyens d'analyse issus de
l'analyse d'image ou visionique nous serviront à introduire
un nouvel algorithme fondé sur le modèle p-médian,
pour faciliter la recherche de localisations optimales de points de
vente, de points de services ou même
d'entrepôts dans le domaine de la logistique.
Ainsi, nous montrons au chapitre 1 dans la
première partie de notre démarche, les enjeux de
la localisation commerciale et nous présentons les
méthodes actuelles de localisation faisant souvent appel
à la notion de zone de chalandise tout en exposant leurs
inconvénients. Dans le domaine de la localisation, les théories
développées par de nombreux chercheurs, et objets du chapitre
2, ont largement devancé les méthodes utilisées en
pratique, sans toutefois dans leur grande majorité, réussir
à devenir populaire du fait de leur difficulté
de mise en oeuvre ou simplement de leur approche trop
éloignée de la réalité. Ce chapitre nous permet
d'introduire les modèles de localisation-allocation et en particulier le
modèle p-médian dont les méthodes de résolution, on
l'a dit, sont trop peu performantes pour donner lieu à des applications
répondant aux attentes des professionnels. Le chapitre 3 offre
une réponse à ce déficit de méthode en montrant
comment les principes du traitement du signal rappelés à ce
moment, peuvent améliorer considérablement la formulation
d'un problème de localisation multiple : cette approche permet, nous
le verrons, de modéliser un problème de localisation en partant
d'une base de données de clients potentiels, de simplifier l'approche de
la recherche de
localisations et de déterminer ainsi avec précision
et de façon démonstrative les localisations
optimales tout en fournissant en parallèle des
informations commerciales stratégiques comme
les limites de zones de chalandise ou leur importance.
La deuxième partie de notre thèse
fournit l'occasion de mettre en pratique notre méthode combinant
traitement du signal et modèle p-médian pour la recherche
de localisations optimales de magasins distribuant des produits bio
dans l'Ouest Parisien. Le chapitre 4 présente le
marché récent et en plein développement du "bio"
en France ainsi que les principaux réseaux commerciaux. Une base de
données d'adresses de clients potentiels vis-à-
vis des produits biologiques est géocodée et
modélisée sous la forme d'un modèle p-médian
grâce à certaines fonctions du traitement du signal. Le
chapitre 5 est l'occasion de résoudre le modèle
simplifié obtenu pour dégager les localisations optimales
de points de vente de produits biologiques. Enfin, le dernier chapitre
montre la supériorité de notre méthode sur le plan de
la précision, de la rapidité et de la
démonstrativité comparée aux pratiques courantes dans le
domaine de la localisation avec un éclairage particulier sur la
localisation des réseaux
de points de vente. Ce cheminement intellectuel met
naturellement en lumière les nombreux autres avantages du traitement
du signal associé au p-médian dans la gestion du point
de vente. Les perspectives d'un apport du traitement du signal
à d'autres problèmes de
localisation-allocation comme la localisation de services publics
seront alors évoquées
Partie I
La localisation commerciale multiple :
enjeux et théories
Chapitre 1 :
Enjeux et pratiques de la localisation commerciale
Introduction
Quel que soit le type d'activité commerciale
considérée, le choix d'une bonne localisation est sans doute
l'une des décisions les plus importantes qu'un manager
doive prendre. L'emplacement du point de vente est en effet un investissement
fixé sur le long terme et son choix bon ou mauvais se ressentira sur le
niveau des ventes, sur la part de marché et sur la rentabilité
de l'activité d'une manière d'autant plus importante que
le niveau local de concurrence est élevé 358
359. Les prix peuvent être réexaminés, les
services réorientés, les marchandises changées, mais une
mauvaise localisation est une décision pénalisante parfois
irréversible pour l'entreprise.
La sélection d'un site pour l'implantation d'un point
de vente s'accompagne nécessairement, dans la plupart des cas,
d'une mesure quantitative et parfois qualitative du potentiel
commercial au voisinage du ou des emplacements pressentis, non seulement pour
décider en finalité de la localisation la plus
intéressante, mais aussi pour établir des prévisions de
vente et élaborer une politique marketing adéquate.
Nous verrons, dans le présent chapitre,
précisément quels sont les enjeux de la localisation commerciale
et comment déterminer ce potentiel commercial à travers la
circonscription dans l'environnement du point de vente de la part la plus
représentative des clients traditionnellement dénommée
«zone de chalandise». La détermination de la zone de
chalandise est en effet l'étape initiale fondamentale qui va orienter
la recherche d'une localisation optimale de points de vente. Il
est préférable de focaliser sa recherche dans les zones
géographiques les plus porteuses, les plus riches en clients pour ne
pas risquer de trouver une "aiguille dans une botte de
foin" comme le dit le dicton populaire.
358 INGENE C.A. (1984) Structural Determinants of
Market Potential, Journal of Retailing, Vol.60 N°I, p.37.
359 STANLEY T.J., SEWALL M.A. (1976) Image Inputs to
a Probabilistics Model : Predicting Retail Potential,
Journal of Marketing, 40, P.48
Prendre la décision d'ouvrir un point de vente
présente toujours le risque financier de
ne jamais voir l'activité devenir rentable : «
alors qu'une bonne localisation engendrera un chiffre d'affaires et des
profits élevés, une localisation pauvre se transformera en
dettes. »360
Il sera possible cependant après coup de
relocaliser le point de vente, mais au prix d'une charge
financière importante361. De plus, l'échec
d'une implantation peut avoir des conséquences sur l'image
de l'entreprise auprès de la clientèle362.
Au contraire, une localisation optimisée offrant un accès
aisé aux produits ou aux services proposés drainera en
effet un grand nombre de clients et induira une
rentabilité élevée. La localisation d'un unique magasin
se fondera beaucoup sur la sélection et sur la comparaison de
plusieurs sites potentiels. Les chaînes de magasins devront prendre en
considération de nombreux facteurs comme les objectifs de l'entreprise,
ses ressources (financières, managériales et autres), ses
capacités commerciales et logistiques, la concurrence, le marché
potentiel, la démographie, le comportement des consommateurs, les
facteurs environnementaux influençant la tendance économique,
les transports, les lois gouvernementales (impôts et taxes) sans compter
un adroit
timing363. Le niveau à long terme de
l'activité et de la rentabilité d'un tel réseau de
magasins
dépendra alors beaucoup des interactions et des
relations entretenues entre ses différentes localisations et forces
de vente.
Il n'y a pas à proprement parler de recette-miracle ou une
science bien ordonnée pour choisir
au mieux sa ou ses localisations commerciales.
Alors que les décisions de choix d'implantation se fondaient
dans les siècles précédents essentiellement sur un
jugement
360 KIMES S.E. et FITZSIMMONS (1990) Selecting
Profitable Hotel Sites at La Quinta Motors Inn, Interfaces
20, Mars-Avril 12-20.
361 ACHABAL D.D., GORR W.L. et MAHAJAN V.
(1982) Multiloc : A Multiple Store Location Decision
Model, Journal of Retailing, 58, 5-24.
362 GHOSH A. et McLAFFERTY S. (1987) Location
Strategies for Retail and Service Firms, Lexington Books, p.10.
363 APPLEBAUM W. (1952) Store Location Strategy
Classes, Preface, Addison-Wesley Publishing Co.
subjectif fondé le plus souvent sur des
check-lists de critères à respecter364, les
années d'après-guerre marquées par la croissance des
pôles urbains et l'augmentation des revenus ont conduit à la
nécessité de mieux formaliser le processus de choix à
travers le développement de techniques nouvelles. Cette
évolution s'est faite parallèlement à la
démocratisation de l'automobile et au déploiement de grands
centres commerciaux de périphérie urbaine tout d'abord aux
Etats-Unis puis en Europe. On attendait de ces nouvelles techniques
non seulement la possibilité de pouvoir orienter au mieux le
décideur vers un emplacement sinon optimal du moins optimisé,
mais aussi de prédire avec une certaine exactitude le niveau
d'activité du futur point de vente. Ainsi, les ventes du futur magasin
étant évaluées, on aurait
moins de mal à convaincre et à rassurer les
organismes prêteurs ou les investisseurs potentiels
à participer financièrement au projet d'ouverture.
D'un autre côté, ces chiffres fournissaient la possibilité
de fixer des objectifs réalistes à atteindre dans le centre de
profit géré par tel ou tel manager. En comparant le niveau
prévu avec le niveau effectif des ventes, il devient alors
possible de cerner quels facteurs jouent sur l'activité et sur
la rentabilité en se posant par exemple les questions de base :
« quels facteurs affectent les ventes de différents points
de vente ? » ; « pourquoi les ventes de deux points de vente
sont-elles différentes ? ». L'analyse des différences de
potentiel entre deux magasins met en évidence les facteurs
externes sur lesquels la politique marketing n'a pas de prise et ceux relatifs
à un marketing inefficace365.
Un exemple de facteur externe sur lequel il n'est pas possible
d'agir et mis en évidence dans
un modèle de localisation est l'augmentation du
prix du carburant automobile ou d'une manière
générale l'augmentation du prix des transports qui érodent
le chiffre d'affaires des grands centres commerciaux366. Le manager
peut alors en prenant conscience des paramètres modulant
l'activité de son point de vente, réorienter sa politique
marketing si nécessaire et
364 JALLAIS J., ORSONY J. et FADY A. (1994)
Marketing du Commerce de Détail, Vuibert, Paris.
365 GHOSH A. et McLAFFERTY S. (1987) Location
Strategies for Retail and Service Firms, Lexington Books, p.11.
366 GAUTSCHI D.A. (1981) Specification of Patronage
Models for Retail Center Choice, Journal of Marketing
Research, Vol. XVIII, 162-174.
même connaître l'impact de futures
réorientations stratégiques ou celui de modifications dans
la structure concurrentielle ou économique avoisinante.
Avant de procéder à toute étude de
localisation, il est cependant utile de bien déterminer quelle
va être la clientèle future du point de vente et de la
repérer dans l'espace. La connaissance précise des
caractères des zones concentrant la clientèle
baptisée zones de chalandise s'avère également
nécessaire, si l'on veut prévoir la performance du futur
magasin
en établissant par exemple des prévisions de vente
au niveau du commerce de détail.
1.1 Enjeux d'une bonne connaissance de la zone de
chalandise
Même si cela constitue un défi, définir
et surveiller attentivement les frontières et les
caractéristiques des zones de chalandise est stratégique pour la
survie de magasins existants
ou pour projeter la création de nouveaux points de vente
de détail ou de service. Dans le cas des magasins existants,
l'analyse des caractéristiques de la zone de chalandise est
utile principalement pour adapter continuellement la politique marketing
afin d'attirer autant de clients que possible tout en contrebalançant
l'effort commercial des concurrents s'exerçant en sens opposé.
Dans le cas des nouveaux points de vente, l'évaluation des zones de
chalandise donne l'occasion de juger l'intérêt d'un investissement
à un endroit géographique spécifique aussi bien que
d'établir des prévisions de ventes et de déterminer une
future stratégie de vente.
La délimitation précise des zones denses
de clients potentiels s'insère également dans la
perspective de recherche d'une localisation optimale par une
modélisation de type p-médian (voir plus
particulièrement le paragraphe 1.3, le chapitre III et la
deuxième partie).
On parle assez souvent de la zone de chalandise primaire367
pour désigner la partie de la zone
de chalandise qui contribue le plus fortement au chiffre
d'affaires du magasin, c'est-à-dire à hauteur d'au moins 75 % du
chiffre d'affaires mais sur une période entière et
suffisamment
367 APPLEBAUM W. (1968) The Analog Method for
Estimating Potential Store Sales, Guide to Store Location
Research, Addison-Wesley, Reading, Mass.
longue. Il arrive en effet que même des professionnels du
marketing fassent des erreurs sur la période de référence
à prendre en compte pour évaluer la zone de chalandise. Pour
exemple,
ce magasin qui fut surpris de n'assister à aucune
retombée positive de ses mailings et pour cause: il n'avait retenu
comme base de son chiffre d'affaires que les mois de vacances et
n'avait alors considéré pour ses relances postales
que des clients de passage, des consommateurs vraiment très
occasionnels368.
Lorsque la zone de chalandise ou au moins la zone de chalandise
primaire a été définie avec
précision pour un point de vente existant, il est
alors possible de procéder à différentes analyses
fondamentales destinées à évaluer et à
améliorer la performance du point de vente:
A- l'analyse du taux de pénétration du
marché
B- l'analyse démographique
C- l'analyse de performance statistique
D- la recherche de consommateurs cibles
E- les promotions ciblées
A- l'analyse du taux de pénétration du
marché
Il est intéressant suite à la délimitation
de la zone de chalandise et en se procurant les données
de consommation et les données démographiques de
déterminer soit le taux de pénétration ou d'emprise, soit
la part de marché du point de vente. Cette analyse peut être
conduite pour le point de vente dans son ensemble, pour chaque
département ou encore par catégorie de produits ou pour
chaque produit. Dans le cas d'un réseau de points de vente, on comparera
ensuite ces taux avec ceux des autres magasins de manière
à les classer par niveaux de performance.
368
http://visionarymarketing.com/articles/
B- l'analyse démographique
On peut, avant de sélectionner les catégories de
produits à inclure dans l'offre ou même plus
en amont lors du choix de l'implantation d'un
commerce, comparer les caractéristiques démographiques de la
zone de chalandise du point de vente avec celles d'autres zones de
chalandise aux performances connues. L'hypothèse que des
performances identiques s'observeront dans des régions sert de
base à la méthode analogique369 de
délimitation des zones de chalandise, méthode exposée
plus loin au paragraphe 1.3. Par exemple, dans les zones de
chalandise où le niveau d'éducation est plus élevé,
il sera plus facile de vendre des livres mais moins évident de
commercialiser des cigarettes. Une segmentation de la clientèle pourra
aussi être élaborée en comparant ses
spécificités aux caractéristiques générales
de la population résidant au sein de la zone de chalandise
préalablement identifiée.
C- l'analyse de performance statistique
Comme on le verra un peu loin au travers du modèle de
régression, il est possible grâce à une base de
données incluant, par exemple, la part de marché du magasin, les
spécificités de la concurrence et les caractéristiques
socio-économiques, d'identifier les paramètres ayant un lien
positif ou négatif de cause à effets sur la performance du point
de vente370. Néanmoins,
ce type de modèle doit être utilisé avec
prudence car une faible performance peut être due à
des raisons complémentaires à celles
invoquées dans l'analyse.
D- l'identification de consommateurs cibles
Une bonne délimitation de la zone de chalandise permet
aussi d'enquêter dans la zone à l'aide d'entretiens
téléphoniques ou d'interviews, cela afin de spécifier avec
précision le profil des
369 APPLEBAUM W. (1968) The Analog Method for
Estimating Potential Store Sales, Guide to Store Location
Research, Addison-Wesley, Reading, Mass.
370 LORD J.D. et OLSEN L.M. (1979) Market Area
Characteristics and Branch Bank Performance, Journal of
Bank Research 10, p. 102-110.
consommateurs. Des informations complémentaires
peuvent être obtenues par des enquêtes répondant
à des interrogations comme371 :
· quels autres concurrents les consommateurs
fréquentent-ils et pourquoi ?
· pour quelles raisons les consommateurs ne
fréquentent-ils pas le point de vente ?
· quelles perceptions les consommateurs ont-ils du magasin
et des magasins concurrents sur
les points stratégiques du type prix, offre et service
?
E- les promotions ciblées
Enfin, une bonne délimitation de la zone de
chalandise permet de cibler efficacement le consommateur par des
courriers personnalisés, des mailings, des contacts
téléphoniques ou
des tracts publicitaires au sein de l'aire
spécifiée372. C'est donc en premier lieu les
clients
potentiels qui seront contactés ce qui aura aussi pour
effet de réduire sensiblement les coûts
de promotion en ayant un meilleur rendement
(meilleur succès de la campagne de communication) et moins de
déchets (contacts sans objet et ratés).
1.2 Définir précisément la zone de
chalandise
De multiples définitions de la zone de chalandise ont
été introduites depuis une cinquantaine d'années prenant
pour fondement des approches variées. Mais que cette aire
géographique s'apprécie par une approche comportementale,
managériale, sociale, financière, commerciale
ou géographique, la zone de chalandise est une
zone de peuplement qui se différencie des aires
géographiques voisines par l'importance de son potentiel de
consommation.
Ainsi, si l'on se réfère à toutes les
définitions avancées, la zone de chalandise est en termes de
pouvoir attractif:
371 DRUMMEY G.L. (1984) Traditional Methods of Sales
Forecasting, in Store Location and Store Assessment
Research, R.L. Davies and D.S. Rogers eds., Wicley,
279-299.
372 DESMET P. (2001) Marketing Direct,
2ème éd., Dunod, Paris.
Î "l'aire géographique locale d'où
proviennent 90 % de la clientèle total du
commerce."373
ou:
Î "l'aire d'influence à partir de laquelle
un centre commercial peut espérer attirer au
moins 85 % de son volume total des ventes " 374.
en termes de chiffre d'affaires:
Î "toute aire susceptible de fournir à un magasin
un chiffre d'affaires minimum annuel
de un dollar" 375 ou au minimum 0,5 % de la part de
marché 376,
en termes d'éloignement:
Î "d'une manière générale... une
grande majorité des clients qui sont prêts à se
déplacer
de 12 à 15 minutes jusqu'à un maximum de
25 minutes pour atteindre un centre commercial régional"
377.
en termes de concurrence:
Î "la véritable zone de chalandise est
entièrement déterminée par les opérations
d'attraction et de résistance des zones de chalandise en
compétition... La zone de
373 ISADORE V.F. (1954) Retail Trade
Analysis, University of Wisconsin, Bureau of Business Research
and
Service, Madison.
374 GRUEN V. et SMITH L. (1960) Shopping
Town USA: The Planning of Shopping Centers, Reinhold
Publishing Co., New York.
375 GREEN H.L. (Avril 1959) Correspondence with
Applebaum W. & Cohen S.B.
376 APPLEBAUM W. et COHEN S.B. (1961) The Dynamics of
Store Trading Areas and Market Equilibrium,
Annals of the Association of American Geographers
n°51/1, reprinted with permission of the original publishers by
Kraus Reprint Ltd Nendeln Lichtenstein in 1967.
377 GRUEN V. et SMITH L. (1960) Shopping
Town USA: The Planning of Shopping Centers, Reinhold
Publishing Co., New York., p.33.
chalandise n'est pas un fait géographique mais est
créée entièrement par la réponse et
le comportement des individus" 378.
Huff 379 a une approche plus statistique en
définissant la zone de chalandise comme "une région
délimitée géographiquement, contenant des clients
potentiels pour lesquels il existe une probabilité plus grande
que zéro qu'ils achètent une classe donnée de
produits ou de services offerts à la vente par une firme
particulière ou par un groupe particulier de firmes".
Selon Ghosh et McLafferty 380 qui ont tenté
d'unifier ces définitions, la zone de chalandise est
tout simplement:
Î "le secteur géographique à partir duquel
le magasin tire la plupart de ses clients et dans lequel son taux de
pénétration du marché est le plus fort".
On remarque aussi que la zone de chalandise soit considère
la clientèle effective d'un magasin
ou d'un service existant (définitions d'Isadore,
de Ghosh et McLafferty), soit s'attache à mesurer une
clientèle potentielle dans l'optique de création d'un nouveau
point de vente ou avec l'objectif de conquérir des parts de
marché en empiétant sur la zone de chalandise effective
d'un concurrent (définitions de Gruen et Smith, d'Applebaum et Cohen, de
Green, de Huff).
1.2.1 Variables façonnant l'étendue et la forme
des zones de chalandise
Un grand nombre de paramètres façonnent la
zone de chalandise d'un magasin ou d'une société de
services. Ces paramètres sont aussi bien des facteurs
intrinsèques marketing liés au magasin comme les prix, la
taille du magasin, le choix des marchandises, que des facteurs
378 NELSON R.L. (1958) The Selection of Retail
Locations, F.W. Dodge Corp, p.153, New York.
379 HUFF D. L. (1964) Defining and Estimating a
Trading Area, Journal of Marketing, Vol 28, p. 38.
380 GHOSH A. et McLAFFERTY S. L. (1987)
Location Strategies for Retail and Service Firms, Lexington
Books, Reading, Mass.
environnementaux tels l'existence de concurrents dans le
voisinage ou l'environnement sociologique et économique.
1.2.1.1 Variables intrinsèques au point de
vente
Une multiplicité de facteurs influence la forme,
l'étendue spatiale et la nature intrinsèque de la zone de
chalandise d'un point de vente parmi lesquels on recense:
· les caractéristiques propres au point de
vente rigidifiées lors de la création du point de
vente:
- la taille,
- les voies d'accès et les facilités de parking.
· des paramètres liés à la politique
marketing:
- la promotion des ventes,
- les prix,
- l'assortiment des marchandises,
- la décoration,
- les services complémentaires offerts.
1.2.1.2 Variables environnementales
Comme on l'a mentionné, des check-lists de
critères ont été établis pour choisir au
mieux l'emplacement de son futur point de vente en examinant les
infrastructures existantes 381 382 383
384 385 386. L'effet recherché est de
réussir à centrer son point de vente dans un bassin
géographique riche en consommateurs potentiels
compte-tenu bien évidemment de la
381 DELOZIER M.W. et LEWISON D.M. (1986)
Retailing, 2nd ed., Merill.
382 CLIQUET G. (1992) Le Management
Stratégique des Points de Vente, p.187-191, Ed. Sirey.
383 NELSON R.L. (1958) The Selection of Retail
Locations, F.W. Dodge Corp, p.153, New York.
384 KANE B.J. (1966) A Systematic Guide to
Supermarket Location Analysis, Fairchild, New York.
385 APPLEBAUM W. (1966) Method for determining Store
Trade Areas, Market Penetration and Potential Sales,
Journal of Marketing Research, 3, 127-141.
386 GRUEN V. et SMITH L. (1960) Shopping
Town USA: The Planning of Shopping Centers, Reinhold
Publishing Co., New York.
concurrence. En se référant à ces
études, on peut s'apercevoir que la forme des zones de
chalandise est en général conditionnée par:
· des paramètres environnementaux
variés387 dont :
- l'accessibilité mesurée par la
qualité et le nombre de voies de circulation automobile et
piétonnière, le niveau et la fluidité du trafic,
ainsi que par les dessertes de transports en commun, l'existence de stations
de taxi,...,
- la qualité et le débit de la circulation
piétonnière et automobile,
- la concurrence et particulièrement son importance
et sa nature, la politique marketing, son éloignement au point de
vente considéré,
- la complémentarité avec d'autres
activités,
- les barrières physiques et psychologiques,
- l'utilisation du foncier
Plus précisément, les facteurs liés
à l'infrastructure jouant sur l'accessibilité et
donc influençant les caractéristiques des zones de chalandise
sont:
- la structure du réseau routier ou
piétonnier (sinuosité et configuration des voies),
- la qualité des infrastructures,
appréhendée par leurs caractéristiques techniques (nombre
et largeur des voies, aménagement des côtés, existence
d'un séparateur central de chaussées, etc...),
- les contraintes topographiques (pente),
- les réglementations en vigueur (code de la route et
particularités locales),
- la congestion qui perturbe le fonctionnement du système
et fait ainsi varier la qualité du service selon les jours de
l'année et les heures de la journée.
387 JALLAIS J., ORSONY J. et FADY A. (1994)
Marketing du Commerce de Détail, Vuibert, Paris.
Egalement, la qualité des transports collectifs
dégrade ou améliore sensiblement l'accessibilité
à un site en particulier concernant:
- le schéma de services en vigueur tenant compte des
règles de sécurité (noeuds desservis, fréquence de
la desserte et horaires de circulation),
- le taux de remplissage du véhicule qui peut en interdire
l'utilisation lorsque la capacité maximale est atteinte.
Selon la clientèle ciblée, d'autres critères
peuvent être examinés : économiques, esthétiques,
paysagers, environnementaux, touristiques,...
Même s'il est bien évident que chaque
activité recherchera plutôt une clientèle-cible
particulière, d'autres études ont dégagé les
paramètres environnementaux cette fois liés à la
population résidente, ayant une influence sur les
caractéristiques de la zone de chalandise parmi lesquels:
· des variables démographiques et
socio-économiques recensées par Ingene 388 et
parfois plus particulièrement étudiées par d'autres
chercheurs:
- le revenu 389 390,
- l'âge de la population 391,
- l'âge du chef de famille,
- le pourcentage d'hommes dans la population,
- l'âge médian des femmes et des hommes,
388 INGENE C.A. (1984) Structural Determinants of
Market Potential, Journal of Retailing, Vol.60 N°I, p.37-64.
389 FERBER R. (1958) Variations in Retail Sales
Between Cities, Journal of Marketing, 22, p.295-303.
390 INGENE C. et LUSCH R. (1980) Market Selection
Decisions for Department Stores, Journal of Retailing,
56, p.21-40.
391 WELLS W. et GUBAR G. (1966) The Life
Cycle Concept in Marketing Research, Journal of Marketing
Research, 3, p.355-363.
- la taille des ménages 392,
- la population ou la densité de population
393,
- la mobilité394 395.
1.2.1.3 La variable temporelle
Les frontières et les caractéristiques
internes des zones de chalandise ne sont pas statiques mais
évoluent dans le temps396, influencées par des
facteurs d'espace-temps comme la concurrence locale, la stratégie
marketing, la saisonnalité ou même la mode.
Une réduction de prix (ou des soldes) réussira par
l'augmentation de son attractivité à attirer
les consommateurs sur une plus grande distance,
hypothèse vérifiée dans la pratique en particulier
sur le marché du meuble397. De même, la taille
de la zone de chalandise peut croître en fonction de la
publicité et des efforts de promotion du point de vente.
1.3 Méthodes traditionnelles de délimitation
des zones de chalandise
Deux classes de méthodes de
délimitation, l'une subjective et l'autre normative, sont
employées pour déterminer les frontières de zones
de chalandise. Alors que la première catégorie de
méthodes reste théorique, les méthodes normatives au
contraire sont caractérisées
par leurs observations du monde réel. Elles sont donc plus
précises et plus commodes à mettre
en oeuvre et peuvent même aller jusqu'à
décrire les variations dynamiques des frontières des
392 INGENE C. et YU (1981) Determinants of
Retail Location in SMSAs, Regional Science and Urban
Economics 11, p.529-547.
393 HALL M. et KNAPP J. et WINSTEN C. (1961)
Distribution in Great Britain and North America, Oxford
University Press, London.
394 INGENE C. et LUSCH R. (1980) Market Selection
Decisions for Department Stores, Journal of Retailing, 56, p.21-40.
395 INGENE C. et YU (1981) Determinants of
Retail Location in SMSAs, Regional Science and Urban
Economics 11, p.529-547.
396 APPLEBAUM W. et COHEN S.B. (mars 1961)
The Dynamics of Store Trading Areas and Market
Equilibrium, Annals of the Association of American
Geographers, N°51/1.
397 CLIQUET G. (1995) Implementing a Subjective
MCI Model: An Application to the Furniture Market,
European Journal of Operational Research 84, pp
279-291.
zones de chalandise. Nous allons d'abord passer en
revue les principales méthodes subjectives.
1.3.1 Approches subjectives : la méthode du temps de
conduite
Cette méthode employée par beaucoup de
professionnels suppose que les clients sont disposés
à fréquenter un magasin seulement selon
des critères de proximité mesurés en termes de
distance ou de temps de conduite. En pratique, on trace des courbes
isochrones autour du point de vente ou de son implantation envisagée.
Les courbes indiquent les temps de trajet en général automobile
qui les séparent du point de vente en tenant compte des voies
de circulation et des obstacles (feux tricolores, croisements et
inter-parties, limitations de vitesse,...). La zone de chalandise
équivaut à la surface géographique intérieure
à l'une de ces courbes en se fixant un temps de conduite limite
au-delà duquel on pense qu'une faible
proportion de consommateurs potentiels sera prête à
se déplacer jusqu'au point de vente 398.
Parmi différents paramètres déterminant les
habitudes des consommateurs comme la densité
de population, le pouvoir d'achat, l'importance des
réseaux de communication, on a montré en effet
numériquement que les temps de conduite requis pour atteindre
un ensemble de magasins a une influence forte sur le choix d'un
centre commercial 399. Certaines études comportementales
avaient montré en leur temps qu'à partir d'un temps de conduite
supérieur à
20 minutes, les consommateurs hésitaient à se
rendre dans un centre commercial 400.
Actuellement, certains clients, particulièrement dans
les zones rurales, n'hésitent pas à parcourir 50
kilomètres pour faire leurs courses dans les hypermarchés qui
remplacent de plus
en plus les petits commerces traditionnels de plus en plus
rares401. Mais, dans les zones de
398 BRUNNER J. A. et MASON J. L. (1968) The Influence
of Driving Time Upon Shopping Center Preference,
Journal of Marketing Vol. 32, p.57.
399 BRUNNER J. A. et MASON J. L. (1968) The Influence
of Driving Time Upon Shopping Center Preference,
Journal of Marketing Vol. 32, p.57.
400 NELSON R.L. (1958) The Selection of Retail
Locations, F.W. Dodge Corp, p.153, New York.
401 BOVET P. (2001) L'hypermarché, le Caddie
et le congélateur, Le Monde Diplomatique, Mars 2001, p.32.
périphérie urbaine où les
services commerciaux sont plus denses, les consommateurs deviennent
plus exigeants quant à la proximité des centres commerciaux. Aux
Etats-Unis, au début des années 90, on était
prêt, selon Madame Yecko, une spécialiste renommée
de la distribution et la présidente du groupe d'immobilier
commercial Capital Realty Group, à parcourir 50 miles pour se
rendre dans un hypermarché Wal-Mart402. De nos jours,
une distance de 20 à 30 miles (30 à 50 kilomètres
environ) semble être la limite que les gens peuvent supporter
pour accéder à un tel centre commercial.
Brunner et Mason ont avancé, quant à eux,
que les limites de zone de chalandise se ramenaient à un temps
de conduite de 15 minutes autour du centre commercial et que ce sont
l'importance de la population, le nombre de ménages et les revenus au
sein de cette zone qui conditionnent les performances du centre. D'autres
auteurs ont énoncé que les consommateurs sont prêts
à parcourir en moyenne une distance correspondant à un temps
moyen de conduite
de 10 minutes403. Même si la méthode ne
prétend pas être parfaite puisqu'elle ne prend pas en
considération la puissance d'attractivité du
magasin, on constate donc qu'il n'y a pas dans la littérature un temps
de conduite bien défini pour mesurer les limites de la zone de
chalandise. Sans doute, l'effort que les consommateurs sont prêts
à fournir pour atteindre un centre commercial dépend-il
d'autres facteurs que le simple temps de conduite ou que des facteurs
d'attractivité. Les conditions météorologiques,
l'âge, le sexe, les quartiers traversés, les
facilités de parking, le pouvoir d'achat plus généralement
peuvent conduire à ce que l'effort fourni ou évalué soit
ressenti comme étant plus ou moins élevé par
l'individu.
402 SCHOOLEY T. (2001) For some retailers,
drive-time is more important than location, Pittsburgh Business
Times, American City Business Journals, march 9, 2001, p.10.
403 APPLEBAUM W. et GREEN H.L. (1974)
Determining Store Trade Areas, Handbook of Marketing
Research, edited by R. Ferber NY Mac Graw Hill, pp
4.313-4.323.
1.3.2 Approches normatives
L'approche subjective de la méthode du temps de
conduite décrite précédemment est facile à mettre
en application et fournit des données assez fiables mais avec
un degré de précision inconnue. Elle est
préconisée dans le cas où les données marketing sur
la clientèle ne sont pas accessibles ou lorsque cette méthode est
trop longue ou trop coûteuse à mettre en oeuvre. En revanche, les
méthodes normatives prennent en considération l'information
sur la clientèle et/ou les performances passées du point
de vente. Ces données d'observation obtenues par enquêtes
s'avèrent indispensables pour évaluer une zone de
chalandise existante avec une précision accrue par rapport aux
méthodes subjectives qui n'utilisaient que des données
environnementales.
Les méthodes normatives les plus populaires fondées
sur l'expérience passée pour déterminer
les frontières de zone de chalandise sont:
- la méthode analogique
- la méthode par le modèle de régression
- la méthode par les surfaces enveloppantes
- la méthode des nuées dynamiques
Détaillons ces différentes approches dans leurs
principes et leurs inconvénients.
1.3.2.1 La méthode analogique
La méthode analogique sous-tend que la géographie
se répète: si un point de vente est placé à
un emplacement similaire à un autre, ou alors on
s'attend à ce que la performance des deux points de vente soit
identique. Supposons qu'un magasin connaisse les adresses de ses clients.
Celles-ci peuvent alors être représentées sur une carte par
des points dont la densité indique
grâce à un examen visuel, la taille, la
forme et les caractéristiques générales de la zone
de chalandise de ce magasin 404.
La délimitation des zones de chalandise s'apprécie
traditionnellement en prenant des paliers
en matière de niveau de clientèle en progression
linéaire 405. En première approximation, la zone de
chalandise est supposée à frontière circulaire irradiant
à partir du point de vente sur
un rayon r. Ainsi, on considère en
général la zone de chalandise comme le disque dont le
rayon a une dimension telle qu'il concentre au minimum X % de la
clientèle (X=80 % par exemple). Le problème est que la zone de
chalandise est loin d'avoir la géométrie parfaite d'un disque. En
outre, ce mode de procédure s'avère peu précis, car il
présuppose une diminution régulière du taux de
pénétration selon l'éloignement au point de vente ou bien
une certaine homogénéité et une bonne
répartition de la clientèle sur la surface
géographique compacte déterminée par cette
méthode.
Fig 1.1 - Exemple de détermination d'une zone de
chalandise par un logiciel commercial utilisant la méthode analogique

Or, les irrégularités
socio-économiques de la population dans l'espace, les
frontières géographiques, les caractéristiques de la
concurrence et la politique commerciale du magasin
404 APPLEBAUM W. et GREEN H.L. (1974)
Determining Store Trade Areas, Handbook of Marketing
Research, edited by R. Ferber NY Mac Graw Hill, pp
4.313-4.323.
405 APPLEBAUM W. (1968) The Analog Method for
Estimating Potential Store Sales, Guide to Store Location
Research, Addison-Wesley, Reading, Mass.
font que très souvent les zones de chalandise ne sont pas
totalement compactes. Les "trous"
ou discontinuités de la clientèle au sein de
cette surface sont donc négligés dans la méthode
précédente. On ne pense pas également à
considérer la rupture pouvant être assez brusque qui
s'opère entre une zone à forte densité de clients et une
zone à faible densité.
1.3.2.2 La méthode par les modèles de
régression
La méthode par le modèle régression
cherche à mesurer un paramètre de performance en le
corrélant avec diverses variables socio-économiques,
environnementales et marketing. Il suppose ainsi d'avoir pour base un
certain nombre de magasins ou des études commerciales antérieures
à partir desquelles, on mesurera les coefficients d'une droite de
régression du type:
Y = b0 + b1X1 + b2X2 + ... + bnXn
où Y est le paramètre de performance ; X1, X2, ...
, Xn les variables explicatives et b0, b1, b2,
..., bn les coefficients de la droite de régression.
Les modèles de régression sont fondés sur
deux hypothèses: premièrement, la performance du point de vente
est fonction des caractéristiques de localisation de son
emplacement, de l'environnement socio-économique, du niveau de la
concurrence et des caractéristiques du magasin. Deuxièmement,
les facteurs fondamentaux de performance peuvent être isolés
grâce
à une analyse statistique des données.
La méthode est en particulier employée pour
prévoir la performance globale projetée Y d'un magasin qui est
évaluée par cette formule et l'emploi de données locales
406. Mais elle peut également être utilisée pour
estimer la part du marché des zones entourant un nouveau point
de vente et délimiter alors la zone de chalandise.
Il suffit pour cela de parcourir l'espace
entourant le point de vente à la recherche des populations
tendant à accroître le paramètre de
406 LORD J.D. et OLSEN L.M. (1979) Market Area
Characteristics and Branch Bank Performance, Journal of
Bank Research 10, p. 102-110.
performance Y du fait de leurs caractéristiques
démographiques et socio-économiques entrant
en tant que variables dans le modèle de
régression. On pourra considérer qu'au-dessus ou qu'en
dessous d'un certain niveau de contribution à la
performance, les populations considérées appartiendront ou
n'appartiendront pas à la zone de chalandise.
Des difficultés peuvent cependant
apparaître dans l'utilisation de la méthode lorsque
apparaissent des corrélations entre des variables supposées
indépendantes dans le modèle de régression. Un test
simple préalable consiste à mesurer le taux de
corrélation entre les données. Un taux supérieur
à 0,5 ou plus est significatif d'une certaine
multicolinéarité entre des variables redondantes 407
408.
On peut également utiliser le test de Fisher (ou test
d'égalité des variances) qui a pour but de
comparer deux distributions de valeurs X et Y supposées
suivre chacune une loi normale. Si
n1 et (S1)² respectivement la taille et la variance non
biaisée du premier échantillon et n2 et (S2)² sont la
taille et la variance non biaisée du second échantillon (S1 et
S2 sont les écarts- types), alors le calcul de la quantité F
définie par :
F = [ n1 * (S1)² / (n1 - 1) ] / [ n2 * (S2)² / (n2 -
1) ]
(dans le cas où F<1, on inverse le numérateur et
le dénominateur)
permettra de savoir si les distributions sont de
même nature en se fondant sur la règle de décision
suivante : si F est supérieure au quantile d'une loi de Fisher de
paramètres n1 et n2 au risque 0,05, les variances ne sont pas
homogènes et les distributions sont de natures différentes.
Dans le cas contraire, les variances sont
considérées équivalentes et les distributions de
même nature.
Un autre moyen pour détecter la
multicolinéarité est de séparer les données en deux
groupes
et de calculer pour chaque groupe un modèle de
régression. L'absence de multicolinéarité se
révèlera par une certaine similitude des résultats
en ce qui concerne les coefficients de
407 JOHNSTON J. (1972) Econometric Methods,
McGraw-Hill, New York.
408 MALINVAUD E. (1980) Statistical Methods of
Econometrics, North Holland, New York.
régression et la qualité d'ajustement. Dans
le cas contraire, il est souhaitable d'éliminer certaines
variables parmi celles corrélées entre elles soit en examinant
les variables prises 2
par 2, en pratiquant une analyse factorielle, ou
mieux une régression ridge qui considère un estimateur
légèrement biaisé des paramètres pour
améliorer la variance des estimations (coûteux en temps de
calcul) ou une régression pas à pas (stepwise) qui
consiste à introduire
les variables l'une après l'autre dans le modèle
(selon leur contribution partielle) et, à chaque étape, à
vérifier si l'ensemble des variables déjà
introduites sont encore significatives (une variable qui ne le serait plus
serait rejetée).
Un autre problème pouvant surgir dans
l'élaboration d'un modèle de régression est
l'intégration de données difficilement quantifiables comme celles
relatives à la perception du consommateur ou bien concernant
l'évaluation de la concurrence ou bien l'image de marque malgré
que cette difficulté ait été surmontée dans
certains modèles comme le MIC subjectif409
que nous verrons plus tard (§ 2.1.5). L'objectif de
ce modèle est en effet avant tout de se
fonder sur l'expérience d'un site commercial pour
approcher par calcul la performance future d'un nouvel emplacement et
accessoirement d'identifier ce que pourra être sa zone de
chalandise.
1.3.2.3 La méthode par les surfaces
enveloppantes
Les surfaces enveloppantes ont été mises en
application par Peterson 410 dans la continuation
des travaux de Bucklin 411 et de McKay
412. Cette méthode consiste à représenter les
taux de pénétration sur une carte quadrillée en zones de
manière à obtenir un relief. La surface de ce relief
épousant les variations spatiales du taux de pénétration
est approximée par des courbes
409 CLIQUET G. (1995) Implementing a Subjective
MCI Model: An Application to the Furniture Market,
European Journal of Operational Research 84, 279-291.
410 PETERSON R.A. (1974) Trade Area Analysis
Using Trend Surface Mapping, Journal of Marketing
Research, Vol. XI, 338-42.
411 BUCKLIN L.P. (1971) Trade Areas Boundaries:
Some Issues in Theory and Methodology, Journal of
Marketing Research, 30-7.
412 MCKAY D.B. (1973) Spatial Measurement of Retail
Store Demand, Journal of Marketing Research, 10, 4, p.
447-453.
ou des plans et en particulier par des équations dont les
coefficients sont déterminés grâce à
un modèle de régression. Ces surfaces peuvent
être modélisées par des séries de Fourier
surtout si elles présentent une certaine périodicité.
Mais, comme cette régularité de l'espace
est plutôt rare dans le monde réel, on
préfère décrire le taux de pénétration
spatiale par des polynômes orthogonaux qui sont plus aptes à
rendre compte de la concurrence et des irrégularités
spatiales telles que les barrières naturelles (rivières,
espaces verts protégés, autoroutes,...).
Il serait théoriquement possible, même si
les auteurs n'effectuent pas la démonstration, de délimiter
la zone de chalandise en déterminant les minima de cette courbe
polynomiale par l'annulation de sa dérivée seconde.
Cependant, la méthode des surfaces enveloppantes comporte des
limitations notamment l'impossibilité de trouver des polynômes
orthogonaux ou d'autres fonctions pas trop élaborées qui puissent
suffisamment bien modéliser le relief des taux de
pénétration. Peterson l'a bien compris dans son étude en
faisant remarquer qu'il y avait une faible corrélation entre
certains paramètres spatiaux du type socio-économique et
les variations de taux de pénétration
modélisé: la raison en était sans doute en
particulier la présence de termes résiduels,
différences entre les courbes du modèle et les taux de
pénétration constatés.
1.3.2.4 La méthode des nuées dynamiques
La méthode de délimitation par les nuées
dynamiques repose sur une famille d'algorithmes
dus à Diday 413. Son principe est de construire
itérativement une classification d'un nuage de points.
- chaque classe étiquetée i est
représentée par son noyau Ni (souvent le barycentre de
la
classe, mais pas nécessairement), calculable en
utilisant une fonction à partir des
413 CELLEUX G. et DIDAY E. (1980) L'analyse
des Données, Bulletin de liaison de la recherche en
informatique et automatique, INRIA.
représentants de la classe.
- on dispose d'une mesure de similarité d entre
un point et un noyau de classe. (d est par exemple la distance
euclidienne au noyau lorsque ce dernier est un point).
L'algorithme est alors le suivant:
i,
· On initialise les noyaux Ni, 1 i k à leur valeur
de départ N
1 i k, la variable
booléenne STABLE à FAUX et le compteur
d'itérations t à 1.
· Tant que (STABLE - FAUX) et
(t < tmax), on effectue :
Î Début
i
· On affecte chacun des points à la classe dont le
noyau N(t) est le plus proche au
sens de la mesure de similarité d.
i
· Pour chacune des classes, on calcule le nouveau noyau
N(t+1)
avec .
· Si l'un des noyaux a été modifié,
alors STABLE vaut FAUX sinon il vaut VRAI.
Î Fin
(les instructions principales de l'algorithme sont en
gras).
Cette méthode consiste donc à incorporer des
zones autour de centres mobiles ou centres de gravité: une
nécessité est de définir au préalable le
nombre k de zones. Puis, k centres de gravité supposés
sont alors tirés au hasard et chaque point géographique
appartenant à l'espace géographique est assigné au plus
proche des k centres de gravité engendrant ainsi k cellules
géographiques. Le vrai centre de gravité de chacune des
k zones est calculé et le processus qui consiste à assigner
chaque point géographique à l'un des nouveaux centres de
gravité recommence. Cet algorithme fonctionne en boucle jusqu'à
ce que les k zones et les k centres de gravité soient invariables. Un
calcul de la variance à l'intérieur de chaque zone peut
être effectué pour vérifier si les moyennes sont
sensiblement différentes d'une classe à une autre et si le
nombre de classes est exact.
La méthode a été employée pour
indiquer les limites de zones de chalandise de centres commerciaux
414 avec l'exécution de fonctions spline qui consiste
à réduire au minimum le
rayon de courbe de la fonction représentant les limites de
la zone de chalandise f(x) pour la
rendre plus régulière (
[f(x)' ' ]² dx
minimisé). Ainsi, lors de l'application de cette
méthode à
la délimitation des zones de chalandise, l'aire
géographique est initialement découpée en
secteurs caractérisés par une plus ou
moins forte fréquentation du point de vente considéré
(l'étude de Roger415 comporte par exemple 50 secteurs). Les
fréquentations obtenues auprès d'un échantillon de
clients sont chacune affectées au secteur géographique de
leur lieu de domicile, l'ensemble desdites fréquentations
étant ensuite moyenné. Ces secteurs sont alors
agglomérés en zones de fréquentation homogènes
(les classes mentionnées précédemment)
par l'algorithme des nuées dynamiques ce qui permettra
ultérieurement de tracer les lignes de niveau de fréquentation
entourant le point de vente considéré grâce en
particulier aux fonctions splines qui joignent harmonieusement les
centres de gravité des secteurs. On constate que la zone de
chalandise est finalement délimitée de façon assez
imprécise puisqu'en général le nombre de secteurs pour
définir sa frontière est faible. Ces secteurs ne correspondent
d'autre part qu'à un découpage artificiel pas forcément
logique le plus souvent
en quartiers ou en arrondissements dans les grandes
villes. De plus, les secteurs peuvent rassembler des populations et des
fréquentations inhomogènes ce qui risque de conduire à des
erreurs puisqu'en considérant une fréquentation moyenne au
sein de ces secteurs, on fait abstraction de cette
hétérogénéité de clientèle. D'autre
part, la transition de fréquentation de la clientèle entre les
secteurs voisins est supposée s'effectuer de manière progressive
ce qui n'est pas forcément le cas. La lourdeur de la méthode et
son manque de côté pratique la rendent très
difficilement accessibles aux professionnels.
414 ROGER P. (1983) Description du Comportement
Spatial du Consommateur, Thèse de Doctorat, Lille.
415 ROGER P. (1983) Description du Comportement
Spatial du Consommateur, Thèse de Doctorat, Lille.
La méthode des nuées dynamiques est
cependant susceptible en fait de résoudre la
problématique de l'analyse typologique qui vise à chercher les
principales représentants d'un nuage de points. Nous verrons au
paragraphe 2.2.3 que ce type de méthode peut simplifier la recherche de
localisations commerciales en particulier lors de l'utilisation du
modèle p- médian. En bref, le modèle p-médian
(voir § 2.2) pose le problème de positionner et d'allouer
p centres (p points de vente pour l'application
à la localisation commerciale) à chacun des points d'un
nuage de points (les clients) de telle manière que la somme des
distances de ces points au centre correspondant atteigne un minimum, ce
qui permet effectivement de rassembler les points en un certain
nombre de cellules (ou clusters en anglais) de
caractéristiques (souvent le niveau moyen de fréquentation)
homogènes.
1.4 Inconvénients et limitations des méthodes
traditionnelles de délimitation
Comme on l'a vu, les méthodes subjectives
ne prennent pas en considération les caractéristiques
propres du point de vente, ni celles de la clientèle pour
évaluer la zone de chalandise, et s'attachent uniquement
à déterminer les emplacements stratégiquement
intéressants en termes d'accessibilité pour la
majorité des clients potentiels. Ces méthodes rapides mais
sans grande précision s'avèrent utiles principalement dans une
première phase de prospection de la localisation d'un point de vente
à créer. Rien ne saurait en effet remplacer une bonne
connaissance des consommateurs.
Les méthodes de type normatif leur sont donc
préférables si l'on dispose d'informations sur les clients
existants ou potentiels d'un magasin. Il est cependant hasardeux de
réduire une zone de chalandise à un disque rassemblant un
pourcentage élevé de clients comme le fait la méthode
analogique. La réalité est souvent différente et on
peut constater l'existence d'une zone de
chalandise réduite en fragments au lieu d'une zone de
chalandise compacte entourant le point
de vente416. Les caractéristiques de la
population (densité, caractéristiques socio- économiques,
préoccupations), l'environnement (infrastructure des routes,
barrières naturelles), les facteurs commerciaux (concurrence,
stratégies d'entreprise et en particulier différenciation)
changent dans l'espace et, de ce fait, expliquent la répartition des
clients en plusieurs secteurs parfois sans relation. Les limites des
zones de chalandise sont devenues plus floues qu'autrefois également
du fait du comportement plus versatile et de la plus grande
mobilité417 du consommateur, et leur détermination
précise nécessite désormais des analyses plus
poussées : "l'approche d'une zone de chalandise est rendue plus
complexe aujourd'hui
par les nouveaux comportements des consommateurs, plus
mobiles et moins fidèles."418
Les surfaces enveloppantes constituent une approche
intéressante bien qu'à force de vouloir trop modéliser une
réalité fort complexe par des équations
paramétriques, on ne fait que s'en éloigner. Il est en effet
souvent indispensable d'approximer les données discrètes de
clientèle
par des équations suffisamment simples pour ne
pas voir les difficultés de résolutions augmenter de
manière exponentielle. D'où, là encore, la naissance
d'incertitudes dont il est impossible de mesurer l'importance et la
portée sur les résultats de la délimitation.
La méthode par les nuées dynamiques est certes
novatrice, mais aussi coûteuse en temps de calcul puisque chaque point
est examiné et lié à la classe la plus proche et que
l'algorithme tourne en boucle jusqu'à parvenir à une
stabilité des centres de gravité et des zones. Le
problème de ce processus est aussi qu'il faut au départ
pressentir et fixer un nombre de types
de zone pour pouvoir choisir aléatoirement les centres de
gravité puis assigner chaque point
au centre de gravité le plus proche. Un autre point est
que cette méthode n'a été expérimentée que
sur des zones géographiques massives bien qu'assimilées à
des points, en l'occurrence sur
416 CLIQUET G., FADY A., BASSET G. (2002)
Management de la Distribution, Dunod, Paris.
417 MOATI P. (2001) L'avenir de la Grande
Distribution, Ed. Odile Jacob.
418 DOUARD J.P. (2002) Géomarketing et
Localisation des Entreprises Commerciales, Stratégies de
localisation
des Entreprises Commerciales et Industrielles : De
Nouvelles Perspectives, Gérard Cliquet et Jean-Michel
Josselin éditeurs, De Boeck Université, à
paraître p.120
des communes de différentes tailles telles que celles
de la Communauté Urbaine de Lille419, et non sur des
secteurs équidistants, de tailles égales en terme de
superficie et suffisamment petits pour obtenir une précision de
délimitation intéressante.
La majorité de toutes les méthodes
évoquées, peu précises, font appel à un
découpage initial
de l'aire analysée en secteurs géographiques qui
ne peut en règle générale, on l'a dit, que se fonder que
sur l'intuition ou sur des limites administratives ce qui risque
fortement de compromettre la qualité de la délimitation de la
zone de chalandise.
Une bonne connaissance de la zone de chalandise et de
ses limites conditionne pourtant l'analyse et les résutats de
la recherche de localisations commerciales, d'autant que les
méthodes utilisées dans le monde professionnel font
souvent appel à des notions de statistiques prenant pour cible la
zone de chalandise elle-même.
1.5 Les méthodes de localisation actuellement
utilisées
Une étude récente auprès des
décideurs du commerce de détail a démontré que le
choix d'une localisation commerciale était plutôt fondée
sur l'approche intuitive et informelle autant que
sur les approches statistiques rigoureuses des analystes de la
localisation420 421. Les décideurs
rechignent à utiliser les méthodes trop lourdes
développées par les chercheurs, même si ces derniers sont
allés jusqu'à développer des systèmes intelligents
d'aide à la décision (SIAD) qui parviennent assez bien sinon
à déterminer un emplacement optimal, du moins à
prévoir le chiffre d'affaires du futur point de
vente422. Ces derniers décideurs préfèrent
souvent incorporer dans la décision leur propre vision,
intuition ou expérience, rassurante et
419 ROGER P. (1983) Description du Comportement
Spatial du Consommateur, Thèse de Doctorat, Lille.
420 CLARKE I., HORITA M. et MACKANESS W.
(2002) Intuition et Evaluation des Sites Commerciaux :
Appréhender la Connaissance des Commerçants, ,
Stratégies de localisation des Entreprises Commerciales et
Industrielles : De Nouvelles Perspectives, p.107,
Gérard Cliquet et Jean-Michel Josselin éditeurs, De Boeck
Université, à paraître.
421 HERNANDEZ J.A. (1998) The Role of
Geographical Information Systems Within Retail Location Decision
Making, PhD Thesis, The Manchester Metropolitan
University Manchester.
422 LAPARRA L. (1995) L'implantation
d'hypermarché : comparaison de deux méthodes
d'évaluation du potentiel, Recherche et Applications en
Marketing, Vol. : 10, Numéro : 1, p. 69-79
explicative. D'un autre coté, ceux-ci rechignent
à utiliser des représentations spatiales alimentées en
d'immenses quantités d'impalpables données et se méfient
souvent des variables adoptées comme critères d'implantation trop
souvent laissées au libre arbitre de l'analyste.
Dans la pratique, les professionnels utilisent des
méthodes statistiques démonstratives en général
assez simples qui ont aussi le bénéfice de la
rapidité. Une autre étude auprès des décideurs
de 226 réseaux de distribution canadiens a montré que
87 % des décideurs utilisaient l'expérience pour orienter
leurs décisions de localisation, mais aussi d'autres
méthodes statistiques simples comme les checklists (46 %), la
méthode analogique (37 %), les méthodes statistiques du type
parts de marché ou marché potentiel (34 %), le
modèle de régression multiple (29 %), les modèles
d'interaction spatiale (13 %), les systèmes experts (8
%). La difficulté de mettre en pratique des
modèles vient souvent du fait de ne pouvoir accéder
à toutes les données dont on aurait besoin. Comment
connaître la performance des points de vente concurrents, mesurer la
valeur de leurs managers, évaluer le pouvoir d'achat
de consommateurs potentiels, déterminer avec exactitude
les limites d'une zone de chalandise
? Rogers423 de la société DSR
Marketing Systems Inc. recense cinq méthodes pratiques
inspirées de la recherche dans le domaine de la localisation et
cependant accessibles à tout manager désireux de créer une
nouvelle implantation commerciale ou d'étendre un réseau de
points de vente. Ces cinq méthodes sont :
- la méthode par les parts de marché et les
surfaces de vente,
- la méthode analogique,
- la méthode par le modèle de régression
multiple,
- l'analyse discriminante,
- la méthode du marché potentiel.
423 ROGERS D.S. (1980) 5 ways to Evaluate a Store
Location, Store Location, 42-48.
1.5.1 La méthode par les parts de marché et les
surfaces de vente
Elle consiste tout d'abord à déterminer
quelle peut être la zone de chalandise au sein de chacune des
aires qui représente une alternative d'implantation, en tenant
compte de la concurrence, de la population et de sa répartition
géographique, de l'infrastructure routière et
piétonnière et des barrières naturelles (ex. lacs,
rivières)424. Il s'agit ensuite, de calculer le nombre
de personnes habitant dans la zone de chalandise, à la fois à
l'instant présent et dans le futur, puis d'estimer le potentiel du
marché par individu pour le produit ou le service qui sera
proposé. La multiplication du potentiel de marché individuel par
le nombre d'habitants de la zone fournira le potentiel
général du marché pour l'activité
considérée. Une règle de trois indiquera alors la part
de ce potentiel que représentera le point de vente à créer
en fonction de
son importance au point de vue de sa surface de vente
prévue, par rapport à celle, globale, représentée
par les concurrents toujours au sein de la zone de chalandise. Il
convient de sélectionner l'emplacement de la zone de chalandise
qui maximise le potentiel calculé en termes de chiffre d'affaires,
de marge ou de rentabilité. Cette méthode ne permet pas de cerner
avec précision un emplacement, mais seulement de
sélectionner les aires intéressantes de localisation. Elle
ne tient compte que des surfaces commerciales en ignorant les autres
facteurs d'attractivité tels que les prix pratiqués par la
concurrence, les efforts de promotion,... Egalement, l'étape initiale de
délimitation de la zone de chalandise qui n'est pas
réputée facile, joue un rôle capital dans la
tangibilité des résultats obtenus.
1.5.2 La méthode analogique
Comme nous l'avons vu au chapitre 1, le modèle
analogique425 426 développé par Applebaum pour les
supermarchés Kroger dans les années 50, prend
l'hypothèse que la géographie se
424 GHOSH A. et McLAFFERTY S.L. (1987)
Location Strategies for Retail and Service Firms, Lexington
Books, Reading, Mass, p.43.
425 APPLEBAUM W. et GREEN H.L. (1974)
Determining Store Trade Areas, Handbook of Marketing
Research, edited by R. Ferber NY Mac Graw Hill, pp
4.313-4.323.
répète: si un point de vente est placé
à un emplacement similaire à un autre, la performance des deux
points de vente sera identique selon ce modèle. La méthode
revient tout d'abord à établir une cartographie des clients
potentiels représentés spatialement par des points. Il s'agit
ensuite de déterminer la zone de chalandise correspondant à
l'emplacement pressenti pour le point de vente, puis de chercher des
points de vente analogues en termes d'accessibilité et
d'environnement économique et concurrentiel. La performance du futur
magasin s'inspirera de celle d'un magasin analogue en calculant pour ce dernier
le chiffre d'affaires par client et en l'extrapolant à la zone de
chalandise du premier. Le problème est que la notion de similitude
est subjective et dépend de l'appréciation de
l'analyste. D'autre part, cette approche ne tient pas compte des interactions
concurrentielles locales et est assez lourde à mettre en oeuvre dans
le cas où un grand nombre de points de vente seraient
à localiser.
Lorsqu'un distributeur possède un grand nombre de
magasins, une vingtaine voire plus, la méthode analogique offre
une voie intéressante pour réaliser des prévisions
de vente en corrélant le chiffre d'affaires par les
caractéristiques des magasins (surface, nombre de
départements, nombre de caisses), les caractéristiques des
sites commerciaux (facilités de parking et d'accès), les
caractéristiques de la population au sein de la zone de chalandise
(âge, revenu, taille des ménages, niveau d'éducation) et
l'importance de la concurrence (poids des concurrents et niveau de leur chiffre
d'affaires).
1.5.3 La méthode par le modèle de
régression multiple
La méthode par le modèle de
régression multiple s'appuie sur l'analyse de points de vente
existants à travers la détection de facteurs modelant leur
chiffre d'affaires ou d'une manière générale une mesure
de leur performance. Les données analysées par des
traitements
426 APPLEBAUM W. (1968) The Analog Method for
Estimating Potential Store Sales, Guide to Store Location
Research, Addison-Wesley, Reading, Mass. by Kraus
Reprint Ltd Nendeln Lichtenstein in 1967.
statistiques seront en l'occurrence celles qui identifient les
variables les plus en relation avec
les ventes comme :
- les ventes ou les parts de marché estimées de
magasins;
- les ventes prévisionnelles;
- le niveau de concurrence mesuré par exemple par la
surface totale des magasins concurrents
au sein de la zone de chalandise;
- la proportion des ménages ou des individus correspondant
à la cible commerciale recherchée dans la zone de chalandise;
- le revenu moyen des ménages dans cette même
zone.
La méthode par le modèle de régression a
été codifiée de manière précise afin de
donner au monde professionnel des moyens clairs pour évaluer une
localisation, identifier des facteurs
de performance ou établir des prévisions de
vente. La méthode a, en France, été baptisée
méthode EVEC ou méthode d'Evaluation des Emplacements
Commerciaux.
La méthode EVEC427
La méthode EVEC, mise au point par la
société Gallup Poll en Grande-Bretagne en 1968, permet de
tenir compte d'un très grand nombre de données pour
à la fois évaluer la performance d'une chaîne de
points de vente ou de l'un de ses composants ainsi que pour
sélectionner les meilleurs emplacements dans le cadre de la
création d'un nouveau magasin ou d'un établissement. Une
application dérivée consiste également à
détecter les emplacements à fermer.
Les différentes étapes de la méthode EVEC
sont:
- la reconnaissance des facteurs: il s'agit de cerner
quels sont les facteurs qui peuvent avoir une influence sur le chiffre
d'affaires du magasin ramené à sa superficie. Ces
facteurs sont
427 DELENDA J.F. (1970) EVEC : Une Méthode
d'Evaluation des Emplacements Commerciaux, L.S.A. n° 335, sept. 1970,
57-61.
ensuite regroupés si possible en ensembles
homogènes (facteurs de concurrence, de taille, de trafic...). Les
facteurs individuels non regroupables sont dits "composants
spécifiques".
- la mesure des facteurs : les facteurs
préalablement identifiés sont mesurés, soit de
manière objective (ex. nombre de caisses, superficie du magasin),
soit plus rarement de manière subjective (ex. valeur du personnel
dirigeant).
- le rassemblement des données : les
données se regroupent en 3 classes:
É les statistiques internes caractérisant le
point de vente étudié (ex. surface de vente, nombre de
vendeurs, valeur du personnel dirigeant);
É les statistiques démographiques liées
à la zone de chalandise entourant chaque point de vente (ex. population,
structure d'âge, de revenus ou socioprofessionnelle);
É les statistiques externes de l'environnement
qui proviennent d'études de marché (ex. nombre et type de
concurrents, nombre et type de commerces influents, nombre de bureaux,
importance du trafic piétonnier, facilité de parking,
possibilité de transport en commun).
- l'analyse de régression: le chiffre d'affaires
(CA) est alors exprimé en fonction de n facteurs
par une analyse de régression multiple (voir
méthodes d'analyse au chapitre 1) et donné par
l'équation de régression:
CA = ax1 + bx2 + cx3 + ...nxn + K
- l'analyse comparative par magasin :
l'équation de régression sert à calculer le chiffre
d'affaires attendu pour chaque magasin. Ce chiffre est ensuite comparé
au chiffre réel et sa différence, positive ou négative,
indique une performance élevée ou faible. Pour choisir parmi
un échantillon de localisations possibles, un
emplacement pour un ou plusieurs points de vente à créer,
on calcule le chiffre d'affaires théorique pour les
différentes configurations possibles à partir de la
même équation de régression et on sélectionne
celle maximisant le
chiffre d'affaires.
La difficulté dans cette méthode de
régression, comme dans la méthode précédente,
est de définir la zone de chalandise dans laquelle mesurer les
statistiques démographiques ou celles liées aux consommateurs
potentiels du futur magasin. La méthode EVEC définit la zone de
chalandise telle que l'a fait Applebaum, c'est-à-dire l'aire circulaire
qui contiendra au moins
80 % de la clientèle. Cette zone se décompose en
général en un certain nombre d'îlots au sein desquels il
est aisé de se procurer des statistiques démographiques
commercialisées par des organismes étatiques comme l'Insee.
Or, comme on l'a vu au chapitre 1, les zones de chalandise ont
très rarement une forme idéale de cercle mais sont
plutôt constituées d'aires séparées de formes
variables. Ainsi, la méthode EVEC dont la promotion en France
a été assuré par l'Ifop-Etmar, convient plutôt
à une recherche primaire de localisation de point de vente pas trop
exigeante sur la précision des résultats obtenus. Ses promoteurs
reconnaissent eux-mêmes que EVEC n'est pas applicable pour des
chaînes de magasin en nombre réduit (au minimum 20 magasins) ou
pour des points de vente très dissemblables comme pour un
échantillon composé de petites surfaces urbaines et de grandes
surfaces en pleine nature, ou bien des magasins de création
récente en phase de développement et d'autres ayant atteint leur
rythme de croisière. Il est donc nécessaire, pour appliquer une
méthode du type modèle de régression, d'avoir à sa
disposition un échantillon de points de vente suffisamment
homogènes pour obtenir des résultats d'évaluation des
emplacements, fiables et pertinents.
1.5.4 L'analyse discriminante
L'analyse discriminante possède des analogies
méthodologiques avec le modèle de régression, mais ne
débouche pas sur des prévisions de vente pour le nouvel
emplacement. Alors que l'analyse de régression identifie, par une
équation linéaire, les relations qui lient les variations des
ventes entre différents points de vente et des facteurs explicatifs,
l'analyse multidiscriminante sépare les magasins en plusieurs groupes
selon leurs résultats
commerciaux, en l'occurrence les magasins ayant une
performance acceptable et les autres plutôt inacceptables.
L'analyse discriminante ne constitue pas à elle seule une
méthode de localisation, mais aide seulement à cerner
quels sont les magasins performants afin d'implanter plus en
aval, une méthode du type analogique ou de régression
multiple : on recherchera ainsi à créer un nouvel
établissement dans un endroit ayant les caractéristiques d'une
zone où est implanté un magasin performant avec
éventuellement les caractéristiques de
ce type de magasins.
1.5.5 La méthode du marché potentiel
La méthode du marché potentiel découle
directement du principe de gravité du commerce de détail de
Reilly428 (voir § 2.1.2). Cette technique souvent
utilisée par la grande distribution minimise la distance du futur
emplacement aux consommateurs potentiels et la maximise par rapport à
celle des concurrents. Les clients sont censés fréquenter
d'autant plus le magasin qu'ils en sont proches. Les facteurs
d'attraction jouant sur la fréquentation et propres aux magasins
ne sont pas examinés par souci de simplicité ou tout simplement
du fait de l'absence
de données disponibles : les données
de performance des magasins concurrents, les caractéristiques
de leurs surfaces commerciales ou de leurs produits ne sont pas,
dans la majorité des cas, accessibles. Cependant, il est
possible en affectant les consommateurs au point de vente situé
à l'emplacement pressenti, de prévoir la part de
marché du futur commerce par rapport à celle des
concurrents (qui eux aussi se voient affectés les
consommateurs qui leur sont les plus proches).
1.5.6 Le modèle p-médian
Le modèle p-médian est plus simpliste que
les méthodes précédentes dans le sens où il
ne tient compte que des critères de la distance (minimisation de la
somme des distances entre les
428 REILLY W. J. (1931) The Law of Retail
Gravitation, W. Reilly ed, 285 Madison Ave, New York, NY.
clients et les points de vente), de la demande et
éventuellement du coût d'ouverture des points
de vente pour sélectionner les emplacements
adéquats. En revanche, il sait en théorie être plus
précis lorsqu'il calcule la position idéale des points de vente
la plus proche en moyenne des clients car contrairement aux autres
méthodes de localisation, la situation géographique des clients
est examinée individu par individu, même si ensuite on effectue
des regroupements par quartier ou rue dans un souci de simplification.
Dans la pratique, on localise sur le terrain les clients
potentiels par leur adresse ou leur origine géographique en
réalisant des enquêtes de terrain. L'auteur a
lui-même effectué ce type d'enquête pour des compagnies
de transport urbain : dans ce secteur d'activité, les clients sont
interrogés directement dans les bus ou les tramways. On leur demande en
particulier de situer
sur une carte le lieu de départ de leur trajet qui est
ensuite codifié par quartier ou par cellule géographique
urbaine, l'objectif étant dans ce cas d'améliorer la
localisation des arrêts de transport en commun. Dans la
restructuration d'un réseau d'agences bancaires, les adresses des
clients sont connues, de même que dans la grande distribution lorsque la
chaîne de magasins a réussi à populariser parmi ses clients
un système de cartes de fidélité ou d'avantages. Pour
ce
qui est de la création pure et simple d'un point de
vente, c'est alors une base de données de consommateurs potentiels
qu'il s'agit d'élaborer. De nombreux organismes de sondage
constituent de telles bases principalement par enquête
téléphonique. Dans certains pays comme au Japon, les
consommateurs potentiels sont épiés dans leurs faits et
gestes jusque dans la rue : ainsi en est-il de cette grande entreprise de
construction automobile qui, pour créer un nouveau concessionnaire
dans une ville, allait jusqu'à repérer les conducteurs
de
vieilles voitures et à les suivre jusqu'à leur
domicile en repérant leur adresse429.
C'est en effet du domicile que partent, en semaine, 68
% des trajets ayant une destination commerciale. Ce pourcentage
croît même encore plus le week-end (73 % le samedi et 79 % le
429 Interview personnel en 1999 d'un commercial d'une
grande entreprise automobile japonaise.
dimanche)430. De là, naît
l'importance stratégique de réussir à se constituer
une base de données d'adresses de clients potentiels ou réels
pour alimenter un modèle p-médian. Ceci dit,
les pratiques actuelles d'utilisation d'un tel
modèle souffrent d'approximations qui malheureusement font
fléchir son intérêt commercial. Comme nous l'avons
vu dans le chapitre précédent, l'examen de toutes les
configurations des différentes localisations possibles des
points de vente vis-à-vis des clients ne peut être fait compte
tenu de leur nombre exhorbitant. Dans un premier temps, lors de la
construction du modèle, on cherche donc à assigner chaque
client de la base de données d'adresses à un quartier ou à
un secteur urbain de manière à réduire le nombre de
cellules d'analyse. Ainsi, c'est le centre de gravité de chacun
de ces secteurs qui servira de noeud au réseau du
modèle. Le nombre de noeuds qui correspond chacun à un secteur,
est alors considérablement réduit comparé au cas où
l'on aurait créé pour chaque client un nouveau noeud. Le
problème est que ce découpage en secteurs géographiques
correspond plus à une logique administrative qu'à une
logique commerciale. En effet, les secteurs sont le plus souvent des
quartiers, des arrondissements, le découpage Insee (Iris), le
découpage de la société Adde (ZAD) dans le cas de grandes
villes pour lesquelles il est facile
de se procurer les statistiques démographiques mais qui
forment une partition trop grossière
de la zone géographique d'analyse. De plus,
l'affectation des clients à ces secteurs
géographiques non homogènes, de tailles souvent
inégales en population et en superficie, choisis uniquement par
commodité risque de déboucher sur des choix de localisation
erronés.
Il est plutôt rare de constater dans la pratique
que les zones de chalandise épousent exactement les formes de
ce découpage administratif artificiel. Le paragraphe 8.1 dans la
deuxième partie montrera un exemple concret de cette pratique portant
sur un découpage de l'Ouest parisien en arrondissements et communes de
périphérie qui conduit à des solutions de
localisation de points de vente loin de l'optimal.
430 MOATI P. et POUQUET L. (1998)
Stratégies de Localisation de la Grande Distribution et Impact
sur la
Mobilité des Consommateurs, Collection des Rapports
n°194, Crédoc, p.53.
Conclusion
Nous avons vu qu'une localisation optimisée
facilitant l'accès aux produits ou aux services d'un point de
vente aura tendance à attirer un grand nombre de clients et
induira une rentabilité élevée à l'instar d'une
localisation pauvre pouvant aller jusqu'à conduire le point de vente
à la banqueroute. Le choix d'une localisation optimale
doit s'accompagner de l'évaluation des caractéristiques
de sa zone de chalandise, démarche stratégique pour
sélectionner, entre plusieurs localisations, la plus prometteuse
commercialement. L'observation de la zone de chalandise doit être
suivie dans le temps car celle-ci est susceptible d'évoluer
suivant les aléas des modifications du tissu économique
et social. Malheureusement, les méthodes disponibles pour
localiser de manière adéquate ou pour évaluer une
zone de chalandise sont, soit trop simplistes et donc peu
précises, soit trop complexes pour être mis en oeuvre. D'un
autre côté, malgré la masse importante de données
disponibles et souvent organisée dans les entreprises sous forme
de datawarehouses, les systèmes d'informations géographiques
n'ont pas encore réussi à devenir de véritables
instruments de décision dans les problèmes d'optimisation en
dépassant leurs fonctionnalités
de représentation cartographique
améliorée.
Ainsi, nous nous proposons dans le prochain chapitre de
présenter de manière exploratoire les différentes
théories de la localisation dont une au moins, on l'espère,
pourra servir de marche- pied à une véritable méthode
pratique et rapide susceptible de tirer parti des grandes bases de
données constituées par les entreprises concernant leur
clientèle.
Chapitre 2
Les théories de la localisation
Introduction
Le processus d'ouverture d'un ou de plusieurs
commerces de détail se décompose habituellement en quatre
décisions fondamentales431. La société doit
d'abord déterminer sur quel marché elle souhaite s'implanter. Il
est ensuite nécessaire pour elle de spécifier le nombre
de points de vente qu'elle compte ouvrir en fonction de ses
capacités financières et du taux de saturation du marché.
Puis, la société doit examiner les localisations possibles et
retenir après une étude poussée celle qui lui semble la
plus convenable. En dernier lieu, il s'agit de spécifier
la taille du magasin et de ses caractéristiques
(aménagement, décoration, assortiment, merchandising, ...). Les
théories de la localisation s'attachent à résoudre le
troisième point et tentent de modéliser à travers des
concepts mathématiques plus ou moins élaborés
l'espace commercial pour y détecter d'éventuelles
opportunités d'implantation.
Il existe deux grandes familles de modèles de localisation
représentées par :
- les modèles gravitaires et d'interaction spatiale,
- les modèles de localisation-allocation.
Alors que les modèles gravitaires dérivent de
modèles physiques en postulant une interaction réciproque entre
points de vente et clients, les modèles de localisation-allocation
cherchent à optimiser la localisation et éventuellement le
nombre de points de vente en minimisant les coûts de
déplacement des clients. Nous allons examiner, dans le présent
chapitre, en exposant leurs forces et faiblesses, ces modèles
caractérisés le plus souvent par une approche plus ou moins
théorique et simplifiée de la réalité.
Les modèles gravitaires et d'interaction spatiale
comparent plusieurs localisations potentielles
en se fondant sur différents critères objectifs
(éloignement à la clientèle, accessibilité,
surface)
ou subjectifs (enquête d'opinion). Ils se fondent
principalement sur l'analogie avec la
431 KOTLER P. (1971) Marketing Decision Making: A
Model Building Approach, New York: Holt, Rinehart & Winston.
gravitation. Le territoire géographique est
supposé être occupé par des espaces agrégés
ou des zones qui comportent un certain nombre d'activités. Ces
agrégats décrits par des attributs interagissent les uns avec
les autres par l'intermédiaire de flux pouvant être des
déplacements, des migrations ou encore des transports de marchandises.
Les modèles d'interaction spatiale
peuvent s'écrire d'une façon très
générale sous la forme432:
Tij
= K Wi
(1)W j
Cijn
(2)
où :
Tij est une mesure de l'interaction entre deux zones i et j; Wi
(1) : une mesure de masse associée à la zone i;
Wj (2) : une mesure de masse associée à
la zone j;
Cij : une mesure de la distance ou du coût de transport;
n : un paramètre à estimer;
k : une constante de proportionnalité.
D'autre part, il existe les modèles de
localisation-allocation qui cherchent à placer un nombre défini
de points de vente en les rapprochant le plus près possible de la
demande. Ce dernier type de modèles pour lesquels ont été
développés de nombreux algorithmes sur ordinateur, est bien
adapté à la multi-localisation d'activités.
Passons tout d'abord en revue les modèles
d'interaction spatiale, le premier dans l'histoire
ayant été la loi de Hotelling.
432 WILSON (1971) A Family of Spatial
Interaction Models, and Associate Developments, Environment
and
Planning A, vol. 3, 1-32.
2.1 Les modèles d'interaction spatiale
Comme on l'a dit, les modèles d'interaction
spatiale abordent les problèmes de localisation sous l'angle de
l'analogie avec certains principes physiques fondamentaux. Les
principaux modèles de ce type sont :
- la loi de Hotelling,
- la loi de Reilly et la formule du point de rupture,
- la méthode des secteurs proximaux et la théorie
des places centrales de Christaller,
- le modèle de Huff,
- le modèle MCI ou Modèle Interactif de
Concurrence.
Les modèles d'interaction spatiale comportent
certains inconvénients liés justement à leur approche
un peu trop idéaliste de la réalité.
2.1.1 La loi de Hotelling
La loi de Hotelling433 n'est pas à
proprement parler un modèle mais permet de prendre conscience
des interactions concurrentielles. Elle part de la problématique
mathématique suivante : considérons une répartition
homogène de clients le long d'un segment AB. Il s'agit
de déterminer l'emplacement optimal sur ce segment de
deux points de vente de même type gérés individuellement
par deux managers, qui prennent leur décision sans se consulter l'un
l'autre. On part du principe que les clients chercheront à
fréquenter le magasin le plus proche
et que les managers voudront obtenir un profil maximal en ayant
le plus de clients possibles.
Si ces clients avaient la possibilité de choisir
eux-mêmes les deux emplacements ou que les managers puissent se consulter
en ayant à l'esprit de se partager le marché, les deux magasins
seraient placés au tiers et au deux tiers du segment AB et donc à
équidistance l'un de l'autre. Dans ce cas, chaque magasin capterait une
moitié des clients et ils atteindraient tous les deux
433 HOTELLING H. (1929) Stability in Competition,
The Economic Journal, Vol. 39, p 41-57.
un profit identique. Mais, si chaque manager ignore la
décision de son concurrent, ils auront alors la saine réaction
de vouloir en premier s'installer au milieu du segment de manière
à attirer en moyenne le plus de clients possibles. Ainsi,
Hotelling met par là en évidence les
phénomènes possibles d'interactions qui existent entre les
concurrents au sein d'un même marché géographique,
interactions qui conditionnent le choix des localisations commerciales. Mais,
sa théorie appelée aussi principe de différenciation
minimale explique aussi la tendance
de certains magasins à se regrouper. Si l'on
considère à nouveaux les deux sociétés A et B
identiques qui souhaitent maximiser leur profit en vendant des produits
identiques au même prix en présence d'une demande
inélastique et constante, en réduisant, par souci
de simplification, l'éventail des localisations possibles de ces deux
distributeurs à un segment de droite (xy), les entreprises vont chercher
idéalement en premier lieu à se partager le marché en deux
demi-segments sur lesquels elles occuperont des positions centrales
(étape 1 - fig. 1).

Fig. 2.1 - Le principe de différenciation
minimale434
Dans un deuxième temps, l'une d'elles deviendra plus
ambitieuse et s'installera vraisemblablement à proximité de
l'autre de manière à être à la fois proche de son
marché et à capter une part du marché concurrent
(étape 2). Ensuite, l'entreprise B se sentant menacée
jouera à "saute-mouton" pour aller empiéter sur le
marché de l'autre (étape 3) ce qui
434 Source : BROWN S. (1992) Retail Location : A
Micro-scale Perspective, Ashgate, England.
contraindra l'entreprise A à faire de même,... On
s'aperçoit qu'au bout d'un certain temps, les entreprises A et B se
seront toutes les deux regroupées au centre du marché qui
correspond en fait au milieu du segment (XY).
Ainsi, la loi de Hotelling offre essentiellement la
possibilité de comprendre la logique de répartition des
points de vente concurrents dans l'espace sans pouvoir être
utilisée en pratique dans une recherche de localisations optimales
au sein d'un même réseau. Cependant, là encore, les
explications de ces phénomènes restent purement
spéculatives. Les points de vente
ne sont généralement pas si mobiles que
le laisse entendre le principe de différenciation minimale
même si on assiste parfois dans la réalité à ce jeu
de "saute-mouton" que Hotelling a introduit pour expliquer le regroupement des
activités en groupes ou cellules. Les magasins plutôt
qu'être nomades ont tendance à vouloir rentabiliser les
investissements qu'ils ont consacrés à un site et à
rester donc assez longtemps à un emplacement donné.
2.1.2 La loi de Reilly et la formule du point de
rupture
En se fondant sur une analogie avec les
propriétés de pesanteur des corps célestes, la
population intermédiaire I localisée entre deux pôles
urbains A et B sera attirée par chacun de
ces pôles proportionnellement à leur taille et en
proportion inverse de la distance entre la zone
I et les pôles urbains A et B 435:
Va = [Pa ]
[Db ]
Vb Pb Da
Va et Vb: Proportion des ventes
réalisées en A et B auprès des habitants de la
zone
intermédiaire I,
Pa et Pb: population des pôles urbains A et B,
Da et Db: distance entre la zone intermédiaire I et les
pôles urbains A et B,
: coefficient positif mesurant l'importance du facteur population
sur le niveau des ventes,
435 REILLY W. J. (1931) The Law of Retail
Gravitation, W. Reilly ed, 285 Madison Ave, New York, NY.
: coefficient positif mesurant l'impact de la distance entre
clients et point de vente jouant sur
le niveau des ventes.
Comme et sont souvent pris égaux à 1 et à
2 respectivement 436 437, on obtient la formule:
Va Pa
=
Vb Pb
Db²
Da ²
Pour délimiter la frontière de la zone de
chalandise de deux aires de marché éloignées, les
populations des pôles urbains A et B, Va et Vb, sont
remplacées par la surface de vente des deux zones. Le point de rupture
de l'attractivité commerciale issue du pôle urbain A et du
pôle
B est alors indiqué par son abscisse X à partir du
pôle A :
x = distance entre le pôle A et le pôle
B

1+ surface de vente du pôle B
surface de vente du pôle A

Fig. 2.2 - Illustration de la Formule du Point de Rupture
Fig. 2.3 - Estimation d'une Zone de Chalandise par la
Méthode du Point de Rupture
436 CONVERSE P.D. (1949) New Laws of Retail
Gravitation, Journal of Marketing 14, p.379-384.
437 GUIDO P. (1971) Vérification
Expérimentale de la Formule de Reilly en Tant que Loi
d'Attraction des
Supermarchés en Italie, Revue Française de
Marketing n°39, p. 101-107.
De nombreuses études empiriques dont celles de Reilly
lui-même sont venues confirmer la validité de sa loi même
s'il s'avère que l'exposant de la distance n'était pas
forcément le carré. Converse438 a
vérifié la loi de Reilly avec un coefficient
égal à 1 et égal à 2 pour un certain
nombre de centres urbains en Illinois, mais la puissance
prédictive de la formule a semblé diminuer quand les centres
concurrents étaient approximativement de taille égale. Elle
a également servi à localiser des agences
bancaires439. La loi de Reilly, très
théorique,
suppose une isotropie de l'espace, l'absence de
barrières naturelles, un comportement invariable des
consommateurs en tout point de l'espace ce qui n'est pas
forcément le cas. Ainsi, la localisation optimale du magasin selon les
hypothèses de la loi de Reilly se trouve au coeur même du bassin
de population en l'absence de concurrence.
En résumé, prétendre que la forme de la
zone de chalandise ne dépend que de l'importance des populations en
présence et de la seule surface commerciale des points de vente est
assez hasardeux alors même que les magasins ont en
général une attractivité propre vis-à-vis de
consommateurs éventuels qui n'ont pas forcément les mêmes
attentes. Le modèle de Huff à l'approche probabiliste reprend
cependant les mêmes hypothèses approximatives que la loi de Reilly
à savoir que seules la distance entre le point de vente et les clients
potentiels d'une part,
et la surface de vente du point de vente d'autre part
influenceront l'importance de sa fréquentation.
2.1.3 La méthode des secteurs proximaux et la
théorie des places centrales de
Christaller
La théorie des places centrales rend compte de
la taille, de l'espacement et du nombre des villes. On
considère un espace géographique non
différencié, une zone homogène, où la
densité de population est uniforme, où tous les habitants ont le
même revenu à dépenser et où
438 CONVERSE P.D. (1949) New Laws of Retail
Gravitation, Journal of Marketing 14, p.379-384.
439 JOLIBERT A., ALEXANDRE D. (1981) L'utilisation du
modèle gravitaire généralisé dans la localisation
des agences bancaires, Techniques Economiques, 123, 31-44.
les biens sont offerts à des prix identiques,
auxquels s'ajoutent seulement les coûts de transport, lesquels ne
dépendent que de la distance au centre. On fait aussi l'hypothèse
d'un comportement rationnel des individus, qui cherchent à se procurer
les biens et les services au meilleur coût et s'approvisionnent donc au
centre le plus proche.
Selon cette théorie 440, dans cet espace
physique idéal représenté par une distribution
uniforme des consommateurs pouvant se déplacer
uniformément, la localisation des magasins
est régulière et occupe le sommet
d'hexagones. Ces sommets correspondent aux points d'accessibilité
maximale pour les consommateurs potentiels de la zone de chalandise.
Christaller traite, sur une base hiérarchique, les points de vente selon
leur niveau d'importance
et prouve que la localisation d'un point de vente d'un niveau
plus élevé (chiffre d'affaires plus important pour plus de
clients avec une exigence plus élevée) sera optimale au
centre de l'hexagone constitué par six magasins
élémentaires:

Fig. 2.4 - Les hexagones de la théorie des places
centrales
Plus précisément, La disposition des lieux
centraux qui permet de desservir toute la population en couvrant tout
l'espace (pavage du territoire) varie alors selon le point de vue que l'on
privilégie:
440 CHRISTALLER W. (1935) Die Zentralen Orte in
Süddeutschland, G.Fischer, Germany, Jena.
Î le principe de marché: si l'on
veut maximiser le nombre de lieux centraux (meilleure desserte de la
population) tout en assurant un partage équitable de la clientèle
entre
les centres, les villes d'un même niveau
hiérarchique sont disposées au sommet de triangles
équilatéraux. La limite d'influence de chaque ville passe
par le milieu de chaque côté du triangle, ce qui forme
autour de chaque ville une zone d'influence hexagonale. Chaque centre
de niveau inférieur est partagé entre l'influence de
trois centres de niveau supérieur. La superficie de la zone desservie
par un centre est trois fois plus grande que celle que dessert un centre de
niveau immédiatement supérieur (rapport k=3);
Î le principe de transport: si l'on
déforme la configuration des villes précédentes de
façon à en placer plusieurs sur un même axe de transport,
afin de réduire les coûts d'infrastructures de circulation, on
obtient une hiérarchie où la dimension de la zone d'influence
d'un centre supérieur est quatre fois celle d'un centre
de niveau immédiatement inférieur (rapport k=4);
Î le principe administratif: les
fonctions d'encadrement politique et de gestion territoriale ne se
partagent pas entre des centres concurrents, mais s'exercent dans des
circonscriptions aux limites fixées et sans recouvrement. Chaque ville
au centre d'une circonscription hexagonale contrôle six centres de niveau
inférieur, et la superficie de
sa zone d'influence est sept fois celle d'un centre de niveau
inférieur (rapport k=7)441.
La méthode des secteurs proximaux suppose que les
consommateurs choisiront le service le plus proche d'eux selon
l'hypothèse de la théorie des places centrales. Les zones de
chalandise
441 CHAMUSSY H., CHAPELON L.,
DURAND-DASTES F., ELISSALDE B., GRASLAND C., GRATALOUP C., PUMAIN D.,
ROBIC M.C., SANDERS L., SAINT-JULIEN T. (2001)
http://www.cybergeo.presse.fr/
ou secteurs proximaux sont dessinés en
construisant des polygones de Thiessen 442 ou de Dirichlet
443 qui représentent chacun la surface polygonale la
plus proche d'un magasin particulier que de tout autre. Ces
polygones se dessinent en 4 étapes
élémentaires.
Premièrement, on localise les points de vente ou
de services sur une carte, ensuite on lie chaque point les uns aux
autres, troisièmement on trace la médiatrice à partir du
point médian
de chaque segment et enfin, on prolonge les médiatrices
pour former à leurs inter-parties les sommets des polynômes de
Thiessen.
La méthode des secteurs proximaux essentiellement
géométrique permet de repérer les lacunes spatiales
représentant autant d'opportunités d'implantation en
supposant qu'une saturation de l'espace commercial se note par de petits
polygones contrairement à une vaste

zone polygonale dotée d'un fort potentielle.
Fig. 2.5 - Etapes pour la Détermination des Secteurs
Proximaux 444
442 THIESSEN A.H. et ALTER J.C. (1911), Precipitation
Averages for Large Areas, Monthly Weather Review,
39, p. 1082-1084.
443 DIRICHLET, G. L. (1850), Über die Reduktion
der Positiven Quadratischen Formen mit Drei Unbestimmten
Ganzen Zahlen , Journal für die Reine und Angewandte
Mathematik 40, p. 216.
444 GHOSH A. et McLAFFERTY S.L. (1987)
Location Strategies for Retail and Service Firms, Lexington
Books, Reading, Mass.
En accord avec les hypothèses posées par
Christaller, on sous-entend en utilisant cette méthode qu'il n'y a
aucune complémentarité entre les points de vente contrairement
à ce qui
est constaté pour certaines activités qui
ont au contraire tendance à se regrouper pour augmenter leur
pouvoir d'attractivité445 446. Ce phénomène
n'est pas nouveau et a été constaté chez les
confréries et guildes d'artisans et de commerçants au
moyen-âge ou dans les souks
des pays du Maghreb 447.

Fig. 2.6 - Répartition des commerces et de l'artisanat par
métier dans un souk marocain 448
Le problème est qu'un secteur du marché souvent
composé de distributions non-isotropes de consommateurs engendre donc
une distorsion de la forme de la zone de chalandise 449.
Quelques tentatives ont tout de même été
réalisées pour prolonger le modèle de Christaller
grâce à des transformations géographiques permettant
de convertir un environnement non- isotrope en un environnement
isotrope et réciproquement 450. D'autres chercheurs
comme Lösch ont tenté d'expliquer la taille et
l'organisation de certaines villes à partir de ce
modèle451. A peu près à la
même époque que durant les recherches de Christaller,
Reilly
445 HOTELLING H. (1929) Stability in Competition,
The Economic Journal, vol. 39, p. 41-57.
446 DELOZIER M.W. et LEWISON D.M. (1986)
Retailing, 2nd ed., Merill.
447 FOGG W. (1932) The Suq: a study in the human
geography of Morocco, Geography 12, p. 257-258.
448 BROWN S. (1992) Retail Location: A
Micro-Scale Perspective, Edit. Ashgate, Grande-Bretagne.
449 ISARD W. (1956) Location and Space
Economy, p. 254-287, New York.
450 GETIS A. (1961) The Determination of the
Location of Retail Activities with the Use of a Map
Transformation, Economic Geography, p. 12-22.
451 LÖSCH A. (1940) Die Räumlische
Ordnung der Wirtschaft, Fischer, Iena.
allait, lui, introduire un modèle tenant compte de
la répartition des clients et des points de vente ainsi que de
leur interaction réciproque.
2.1.3 Le modèle de Huff
Huff452 a été le premier à
introduire au début des années 60 un modèle d'interaction
spatiale tenant compte de la concurrence. Selon lui, un consommateur n'est pas
rivé irrémédiablement
à un magasin mais est susceptible d'hésiter
entre plusieurs choix de lieux d'achats. Tous les magasins ont donc une
chance d'être fréquentés, cette approche probabiliste
tranchant avec l'approche déterministe qui prévalait
à cette époque. Selon Huff, la surface de vente du
commerce en particulier joue un rôle important dans son
attractivité vis-à-vis des clients tout autant que sa
proximité.
La probabilité qu'un consommateur au point i
fréquente un magasin particulier au point j est
donnée par l'axiome de Luce453:
Pij
= Uij
U ik
k Ni
S
=
avec l'utilité du point de vente Uij
D
j ij
et Sj: la taille du point de vente j
Dij: la distance entre le consommateur en i et le magasin en j
á et â reflètent l'importance
accordée à la taille et à la distance dans la
décision du consommateur de fréquenter tel ou tel magasin. Etant
donné que l'utilité diminue avec
la distance, le paramètre â est négatif.
Plus l'utilité est grande, plus le consommateur aura
tendance à être attiré par le point de vente.
Il est à noter que dans la formule, la taille
Sj du point de vente en j peut être remplacée
par
452 HUFF D. L. (1964) Defining and Estimating a
Trading Area, Journal of Marketing, Vol 28, p. 38.
453 LUCE R. (1959) Individual Choice
Behavior, New York: John Wiley & Sons.
une quelconque autre mesure de l'attractivité du
magasin comme dans le modèle MCI que nous examinerons un peu plus
loin. Le modèle de Huff est approximatif de la même façon
que
la loi de Reilly puisque, comme nous l'avons vu au chapitre 1,
l'étendue et la forme de la zone
de chalandise conditionnant la fréquentation du
point de vente dépendent de nombreux facteurs environnementaux,
socio-économiques et marketing (les caractéristiques propres du
magasin) autres que la distance à la clientèle ou que la surface
commerciale. Le modèle de Huff a cependant, vis-à-vis de la
loi de Reilly, l'avantage de pouvoir comparer entre elles plusieurs
localisations potentielles par le calcul des probabilités de
fréquentation. Il peut constituer une approche rapide et sommaire
pour évaluer très grossièrement la qualité
d'un site par rapport à un autre malgré le fait que les
paramètres de puissance á et â demandent à
être évalués au préalable grâce
éventuellement à l'expérience tirée de points de
vente existants pour lesquels on connaît les surfaces commerciales, les
fréquentations et la distance moyenne des consommateurs au point de
vente.
2.1.5 Le modèle MCI
Le modèle MCI ou Modèle Interactif de Concurrence
(multiplicative competitive interaction)
est en fait une prolongation du modèle de comportement
spatial de Huff avec l'avantage de tenir compte d'autres facteurs que la
distance ou la surface de vente. Dans ce modèle, on a simplement
remplacé la surface Sj dans la formule de Huff donnant la
probabilité de fréquentation du magasin j par le
consommateur i par une mesure plus générale de
l'attractivité du magasin comportant L facteurs d'attraction Alj
à la puissance ál (facteurs
d'attraction pouvant être comme nous l'avons
déjà dit le service de paiement par carte
bancaire, le nombre d'allées du magasin, le nombre
de caisses, l'emplacement à une
intersection 454 ou des paramètres subjectifs
comme l'image du magasin 455 456) :
A
L l
lj
l =
1
)
Cette probabilité devient donc:
L L
Pij
= ( l
A
D
lj
ij
l =1
/
k Ni
l
D
(
)
lk ik
A
l =1
Ni étant le nombre d'alternatives de
points de vente où les consommateurs sont susceptibles
d'effectuer leurs emplettes. Les différents
paramètres du modèle MCI peuvent être
calculés
par la méthode classique des moindres
carrés457. Les consommateurs font effectivement appel
à leurs affections personnelles pour fréquenter
tel ou tel point de vente 458. Ce phénomène a permis
de distinguer MCI objectif qui ne se préoccupe que de
données rationnelles le plus souvent liées au magasin (ex.
surface de vente, prix, nombre de caisses), du MCI subjectif 459
qui prend en compte les perceptions des consommateurs
quant aux attributs les plus déterminants pour le choix du
point de vente. Le modèle MCI subjectif montre des taux
d'explication de la variance dans la régression bien supérieurs
du fait de l'importance de la perception dans le choix du magasin, la
difficulté étant néanmoins de quantifier cette
perception sur une échelle de mesure. Le MCI objectif et le
modèle de Huff sous-entendent un calibrage parfait dans toutes les
cellules du découpage géographique de l'analyse (ou
condition de stationnarité) avec l'incertitude non
levée de savoir si les consommateurs auront
454 JAIN K. et MAHAJAN V. (1979) Evaluating the
Competitive Environment in Retailing Using Multiplicative
Interactive Model, Research in Marketing, Vol. 2,
Jagdish Sheth ed., Greenwich, Conn.: JAI Press.
455 NEVIN J.R. et HOUSTON M.J. (1980) Image as a
Component of Attraction to Intraurban Shopping Areas,
Journal of Retailing, Vol. 56, No. 1, pp.77-93.
456 COOPER L.G. et FINKBEINER C.T. (1983) A
Composite MCI Model for Integrating Attribute and
Importance Information, Advance in Consumer Research,
109-113.
457 NAKANISHI M. et COOPER L.G. (1974) Parameter
Estimates for Multiplicative Competitive Interaction
Models: Least Square Approach, Journal of Marketing Research
11: 303-311.
458 WRIGHT P. et RIPS P.D. (1981) Retrospective
Reports on the Causes of Decisions, Journal of Personality and Social
Psychology 40, 601-614.
459 STANLEY T.J., SEWALL M.A. (1976) Image Inputs to
a Probabilistic Model: Predicting Retail Potential, Journal of
Marketing, 40 (July), 48-53.
ou non des réactions différentes d'une cellule
à l'autre460. Ainsi, certaines personnes résidant dans
les secteurs résidentiels les plus isolés peuvent par exemple
être beaucoup plus sensibles
à la distance que le reste de la population en raison
du manque d'accès aux transports461. Le modèle MCI a
pourtant montré son efficacité en particulier sur le
marché du meuble462 où des variables subjectives
telles que l'influence de la promotion sur les décisions d'achat, la
qualité
des produits et de l'accueil ont été prises en
compte. Le modèle a alors été calibré dans chaque
cellule de découpage géographique pour respecter la
condition de stationnarité463 et des facteurs
subjectifs comme le jugement des consommateurs ont été
introduits en utilisant la transformation mathématique du
zéta-carré 464. Cependant, le traitement et la
détection de la non-stationnarité est difficile même s'il
existe des moyens mathématiques de s'en affranchir comme la
procédure du jackknife popularisée par Tukey465
et donc le modèle MCI reste
difficile à mettre en pratique pour les
problématiques de localisation des professionnels.
Mais, l'approche MCI peut être adoptée, si
on le souhaite, en complément du modèle analogique, pour
localiser un magasin unique ou en complément du modèle de
localisation- allocation dans un processus de localisation
multiple466.
2.1.6 Le modèle MNL
Le modèle MNL ou Multinomial Logit est un modèle
destiné à analyser le processus de choix des consommateurs. Il
prend l'hypothèse que les alternatives de choix sans rapport les unes
460 GHOSH A. (1984) Parameter Nonstationarity in
Retail Choice Models, Journal of Business Research 12,
425-426.
461 GHOSH A. et McLAFFERTY S. (1987) Location
Strategies for Retail and Service Firms, Lexington Books, p.117.
462 CLIQUET G. (1990) La Mise en OEuvre du
Modèle Interactif de Concurrence Spatiale (MICS) Subjectif,
Recherche et Applications en Marketing 5 / 7, 3-18.
463 GHOSH A. (1984) Parameter Nonstationarity in
Retail Choice Models, Journal of Business Research 12,
425-426.
464 COOPER L.G. et NAKANISHI M. (1983) Standardizing
Variables in Multiplicative Choice Models, Journal
of Consumer Research , 10, 96-108.
465 TUKEY (1958) Bias and Confidence in
Not-Quite Large Samples, Annals of Mathematical Statistics 29,
p.614.
466 ACHABAL D.D., GORR W.L. et MAHAJAN V.
(1982) Multiloc: A Multiple Store Location Decision
Model, Journal of Retailing, 5-24.
avec les autres (IIA : Independence of Irrelevant
Alternatives), liées à un processus aléatoire, sont des
évènements indépendants et que l'introduction d'une
nouvelle alternative de choix influencera la probabilité de choix de
toutes les autres alternatives. La résolution du modèle
s'apparente à l'analyse discriminante multiple. Si la probabilité
de choix d'un magasin au point
j par un consommateur au point i est, selon l'axiome de
Luce467:
Pij
= Uij
U ik
k Ni
alors le modèle MNL considère
l'hypothèse que la part stochastique des fonctions d'utilité
Uik
sont indépendantes et non corrélées . Le
modèle MNL est surtout utilisé dans les transports, pour
prévoir le choix du mode, pour analyser le choix des marques468
ou encore pour choisir l'emplacement de magasins 469. Un
modèle encore plus général, le NMNL ou nested
multinomial logit, suppose que le choix entre deux alternatives
ne dépend pas des caractéristiques d'une quelconque autre
alternative: le consommateur prend d'abord le choix
de fréquenter un point de vente et décide seulement
ensuite lequel470. Le principe du NMNL
est en fait d'établir une hiérarchie de
préférence dans les choix et de prendre l'hypothèse qu'un
individu prendra la décision correspondant à sa
préférence la plus élevée en connaissant tous
les choix de niveaux inférieurs et leurs
caractéristiques471. Ainsi, on prend l'hypothèse dans
ce
modèle qu'un consommateur sélectionnera le
point de vente le meilleur selon ses propres critères parmi tous
les points de vente qu'il connaît suffisamment pour s'en faire une
opinion.
467 LUCE R. (1959) Individual Choice
Behavior, New York: John Wiley & Sons.
468 HRUSCHKA H., FETTES W. et PROBST M. (2001) A
Neural Net-Multinomial Logit (NN-MNL) Model to Analyze Brand Choice. In:
Govaert, G., Janssen, J., Limnios, N. (eds.): Applied Stochastic Models and
Data Analysis, Volume 2. ASMDA, Compiègne 2001, 555-560.
469 FOTHERINGHAM A. S. (1988) Market Share Analysis
Techniques : A review and Illustration of Current
US Practice, in Store Choice, Store Location and Market
Analysis, Neil Wrigley, Routlege, 120-159.
470 GUPTA I. et DASGUPTA P. (2000) Report :
Demand for Curative Health Care in Rural India : Choose between
Private, Public and No Care, Programme on Research Development of
the National Council of
Applied Economic Research sponsored by the United
Nations Development Programme, Dec. 2000.
471 DENG Y., ROSS L.S. et WATCHER S.M.
(1999) Employment Access, Residential Location and
Homeownership, Lusk Center for Real Estate Report, Los
Angeles.
2.2 Les modèles de localisation multiple
Pouvoir gérer en parallèle plusieurs points de
vente, outre l'intérêt économique qu'une telle organisation
commerciale représente, permet de réaliser des
économies d'échelle sur la promotion, la main d'oeuvre et
la distribution. Ce mode de gestion synergique de plusieurs
implantations offrant une meilleure représentation
géographique conduit également à diminuer le
risque lié à l'incertitude de l'environnement
économique qui pèse tant sur un magasin individuel. Ces
avantages ne sont effectifs que si les localisations des
différents points de vente ont été examinées avec
soin, l'impact réciproque d'ouverture d'un magasin sur l'activité
de l'autre étant alors connu.
La problématique de localisation multiple contraint le
décideur à trouver la réponse à quatre
questions472 473dont :
- sur quels marchés faut-il s'implanter ?
- combien de points de vente faut-il créer ?
- comment évaluer les localisations possibles ?
- quelles seront la taille et les caractéristiques des
magasins et des sites retenus ? Parmi les instruments capables de
répondre à ces questions, on trouve :
- les modèles de localisation-allocation474,
- le modèle Multiloc475,
- la méthode d'analyse de portefeuille476.
472 KOTLER Philippe (1971) Marketing
Decision Making : A Model Building Approach, Holt, Rinehart et
Winston, NY.
473 CLIQUET G. (1992) Le Management
Stratégique des Points de Vente, p.187, Ed. Sirey.
474 GHOSH A., RUSHTON G. (1987) Spatial
Analysis and Location-Allocation Models, Van Nostrand, Rheinhold,
1987.
475 ACHABAL D.D., GORR W.L. et MAHAJAN V.
(1982) Multiloc: A Multiple Store Location Decision
Model, Journal of Retailing, 5-24.
476 MAHAJAN V., SHARMA S. et SRINIVAS D. (1985) An
Application of Portfolio Analysis for Identifying
Attractive Retail Locations, Journal of Retailing,
vol.61, n°5, hiver 1985, 19-34.
2.2.1 les méthodes de localisation-allocation
Pour faciliter la recherche d'implantation,
différents modèles baptisés modèles de
localisation-allocation ont été mis au point. La question
fondamentale soulevée par ces modèles est de savoir
comment approvisionner ou servir au mieux une aire géographique
vaste à partir d'un nombre limité de points de vente. Etant
donné que les entreprises ont toutes des moyens financiers
limités (coûts d'ouverture et d'exploitation), le nombre
maximal de commerces de détail à ouvrir est souvent fixé
au préalable et constitue une donnée de base de
ce type de modèle. Les modèles de
localisation-allocation prennent d'une manière générale
l'hypothèse que la probabilité d'un consommateur de
fréquenter un point de vente ou de service donné est
d'autant plus élevée qu'il en est plus proche, compte-tenu
de son niveau d'attractivité. L'analyse tend ainsi à
réduire la distance moyenne séparant l'ensemble des
consommateurs au point de vente le plus proche de son domicile en maximisant
l'accessibilité des localisations. Les modèles de
localisation-allocation regroupent d'une manière
générale
cinq composants de base dont :
- la fonction objectif : c'est une fonction
qui intègre la notion de distance séparant les consommateurs aux
emplacements potentiels des points d'offre ainsi éventuellement
qu'une mesure de leur attractivité. Elle quantifie donc
l'accessibilité globale des points d'offre vis-à-vis des clients
ou bien encore une mesure de la viabilité économique des
emplacements.
- les points de demande : ils
représentent le niveau de la demande concernant un ensemble de
marchandises ou de services concernant un certain zonage géographique
pouvant être une région, une ville ou
un quartier. Les points de demande
correspondent en général à des cellules
densément peuplées où réside un pouvoir
d'achat intéressant pour l'activité considérée.
- les emplacements potentiels : ce sont les
localisations possibles en termes de disponibilité foncière,
coût, accessibilité.
- la matrice d'éloignement ou de temps
: cette matrice rend compte de la distance géographique
ou temporelle séparant les emplacements potentiels des points de
demande. Plus précisément, ces distances peuvent être
mesurées en pâtés de maison,
en distance kilométrique à vol d'oiseau,
en terme de cheminement piétonnier, en temps de conduite selon
la clientèle considérée et les moyens investis pour
la déterminer.
- la règle d'allocation : cette
règle spécifie de quelle manière les emplacements
potentiels seront alloués aux points de demande. On peut par exemple
considérer dans
le cas le plus simple que chaque client fréquentera le
point de vente le plus proche de son domicile, la règle d'allocation
étant alors la proximité géographique. Il est
possible d'envisager des règles plus complexes à
savoir par exemple que la fréquentation de tel ou tel point de
vente dépendra de la saison et se reportera sur un autre emplacement
à d'autres moments de l'année.
Ainsi, compte tenu de ces cinq facteurs décrivant
entièrement un modèle de localisation- allocation
donné, l'espace commercial peut être apprécié sous
la forme d'un réseau constitué
de noeuds caractérisés par une certaine demande
et/ou pouvant accueillir un point d'offre, les segments liant les noeuds de
ce réseau représentant les éloignements. A ce
réseau doit être néanmoins associé une
fonction objectif qui, exprimé le plus souvent sous
forme mathématique, spécifie la manière selon
laquelle les clients opteront pour tel ou tel
emplacement potentiel.
Dans le cas où n'existerait qu'un seul point d'offre
à localiser, le problème revient à le placer virtuellement
tour à tour à l'un ou à l'autre des emplacements
potentiels puis à choisir celui pour lequel la fonction objectif est la
plus favorable. Tout se complique si l'on doit localiser plusieurs
activités, car le nombre de noeuds étant souvent
élevé, il devient pratiquement impossible physiquement,
même avec des ordinateurs puissants, de calculer la fonction
objectif exhaustivement pour chacune des combinaisons d'emplacements
envisageables. Il a donc été développé pour cela
des solutions approchées par la mise en oeuvre d'heuristiques
qui conduisent, non pas à une série de
localisations optimales mais tout au moins à un niveau satisfaisant de
la fonction objectif.
L'un des premiers modèles de localisation-allocation a
été développé par Alfred Weber avec comme
problématique la réduction du coût total de transport de
matières premières à l'usine
et de l'usine au marché.
Le modèle p-médian
La recherche opérationnelle en matière
de localisations d'activités a été l'une des
préoccupations majeures pour beaucoup de champs d'applications
(logistique, transport, grande distribution, services bancaires,
assurance). En particulier, en ce qui concerne la localisation de
points de vente ou de services ou même d'entrepôts, une
problématique importante est de trouver les localisations pour un
nombre p d'activités devant fournir n clients de telle
manière que la somme de l'ensemble des distances séparant chaque
activité aux clients les plus proches soit minimale. Ce problème
lié à un réseau discrétisé bien
identifié est classiquement connu sous le nom de
p-médian477 478 qui trouve son origine au
début du
477 HAKIMI S.L. (1965) Optimum Distribution of
Switching Centers in a Communication Network and Some
Related Graph Theoretic Problems, Operations Research
13, 462-475.
478 REVELLE C. et SWAIN R. (1970) Central Facilities
Location, Geographical Analysis, 2, 30-40.
XXème siècle dans les réflexions d'Alfred
Weber 479 sur la meilleure manière de placer un centre de
production par rapport aux sources de matières premières. En
pratique, le problème
du p-médian (nommé en abrégé p-MP)
est soulevé dans la plupart des réseaux qu'ils soient routiers,
aériens ou téléphoniques 480 481. Handler et
Mirchandani 482 ont dressé la liste très
variée des applications potentielles du modèle p-médian
comme les décisions de localisation pour les services d'urgence
(police, pompiers, urgences médicales), les réseaux
de communication et informatique (localisation des fichiers informatiques
sur une série de serveurs identifiés), les applications
militaires (centres militaires stratégiques), les activités de
service public ou privé (les magasins, centres commerciaux, postes), les
activités de transport (arrêts de transport en commun,
entrepôts), l'intelligence artificielle et les modèles
statistiques (partition de nuage de points). Mais, les applications vraiment
centrées sur le domaine de la
distribution ont été mises en oeuvre dans
les années 1980 avec comme objectif principal d'optimiser le
nombre de points de vente et leurs emplacements, connaissant la localisation
précise de consommateurs, les coûts de déplacement et
éventuellement la demande 483 484 485.
Le présent exposé même s'il se concentre sur
l'application à la localisation spatiale d'activités,
pourrait très bien être directement transposé
aux autres domaines précédemment cités.
Il existe bien entendu de nombreux autres
modèles dits de localisation-allocation que le p- médian,
plus ou moins bien adaptés selon les cas. On peut citer parmi
eux le modèle p- centré486 qui recherche les
p localisations les plus proches de clients: créer p
activités, en
479 WEBER A. (1909) Über den Standort der
Industrien, Tübingen, Traduction Anglaise de Friedrich
(1929)
Theory of the Location of Industries, University of
Chicago Press, Chicago.
480 DASKIN M.S. (1995) Network and Discrete
Location - Models, Algorithms and Applications, John Wiley and Sons, Inc.,
New York..
481 GALVAO R.D. (1993) Use of Lagrangean
Relaxation in the Solution of Uncapacited Facility Location
Problems, Location Science 1, 57-70.
482 HANDLER G.Y. et MIRCHANDANI P.B. (1979)
Locations on Networks, MIT Press, Cambridge, MA.
483 GHOSH A. et CRAIG C.S. (1984) A Location
Allocation Model for Facility Planning in a Competitive
Environment, Geographical Analysis, Vol. 16, n°1,
39-51.
484 McLAFFERTY S.L. et GHOSH A. (1987) Optimal
Location and Allocation with Multipurpose Shopping,
Spatial. Analysis and Location-Allocation Models, ed.
Ghosh Avijit, Rushton Gerard, Van Nostrand Reinhold.
485 CLIQUET G. (1992) Le Management
Stratégique des Points de Vente, p.187-191, Ed. Sirey.
486 KARIV O. et HAKIMI S.L. (1979) An algorithmic
Approach to Location Problems, Part 1: The p-Centers,
SIAM J. Math. 37, 513-538.
assignant chaque client à l'une d'entre elles,
de telle manière que la distance maximale de n'importe quelle
activité à l'ensemble de ses clients soit minimale. Cette
problématique, dénommée également minimax, cadre
bien avec la localisation d'ambulances ou de stations de pompiers qui doivent
être les plus proches possibles des zones d'intervention. Il
existe des modèles plus élaborés et plus
spécifiques à la localisation d'enseignes commerciales tels
que
le MCI487 déjà
évoqué et associé au modèle
Multiloc488, qui intègrent la notion de
concurrence, le coût d'ouverture des points de vente ou
même les attributs des magasins.
Mais, il est vrai que les caractéristiques des
points de vente et des clients ne sont pas une information facile
à obtenir, tâche d'autant plus ardue que le nombre de ces derniers
est élevé. Rassembler des données sur les activités
concurrentes s'avère également souvent particulièrement
difficile pour le manager. C'est l'une des raisons pour laquelle
notre thèse s'est concentrée sur le problème plus simple
mais pas plus simpliste du p-médian. De plus, il
est fondamental dans la plupart des projets d'ouverture de
commerces (ou même d'entrepôts) d'être le plus proche
possible de ses clients potentiels et de se mettre en quête
d'un emplacement commercial en étant guidé par cette logique, au
moins dans un premier temps. A quoi bon tenter en effet de chercher des
informations sur une clientèle trop distante pour être conquise
par le service offert au sens large du terme ! D'une manière
générale, on peut
distinguer deux catégories de
clientèle489: l'une domiciliée dans une zone proche du
point de
vente nommée zone de chalandise, est attirée par
un point de vente jouant le rôle d'un pôle (attraction polaire).
L'autre, ayant un caractère plus aléatoire, est induite
par le flux de clientèle passant à proximité du
point de vente et interceptée par ce dernier (attraction
passagère). Les points de vente eux-mêmes selon le produit ou le
service proposés se rangent
487 NAKANISHI M. et COOPER L.G. (1974)
Parameter Estimate for Multiplicative Competitive Interactive
Model - Least Squares Approach, Journal of Marketing
Research, 11, 303-311.
488 ACHABAL D.D., GORR W.L. et MAHAJAN V.
(1982) Multiloc: A Multiple Store Location Decision
Model, Journal of Retailing, 5-24.
489 CLIQUET G. (1997) Attraction Commerciale,
Fondement de la Modélisation en Matière de Localisation
Différentielle, Revue Belge de Géographie,
121ème année, p. 62-65.
dans l'une ou l'autre des catégories selon leur
capacité à capter le flux de clients circulant à
proximité (ex.: bureau de poste, agence bancaire, distributeur
automatique) ou à attirer "à distance" les consommateurs
selon un principe similaire à celui de la gravitation étendue au
commerce de détail par Reilly490 (ex.: agence
d'intérim, supermarché, charcuterie,
papeterie)491. Certaines activités
possèdent un caractère mixte et comptent donc les deux types
de clientèle évoqués avec
éventuellement une certaine prépondérance pour l'un ou
pour l'autre
(ex.: bar-café-brasserie, épicerie,
pâtisserie).
Notre recherche visera à considérer la
clientèle de points de vente ou de services jouant plutôt
sur le principe de l'attraction polaire. Nous supposerons la
localisation de cette clientèle au sein de zones de chalandise connue,
par exemple identifiée par les adresses du domicile avec
l'hypothèse que les clients seront d'autant plus fidèles (ou
satisfaits) que le point de vente leur
est proche. Les termes de "points de vente" et de "clients"
peuvent être pris au sens large à savoir que le raisonnement
qui suit s'appliquerait de la même manière à un
service de livraison à partir d'entrepôts (les points de
services) devant acheminer un produit vers des centres de distribution ou
vers des détaillants (ex: services de tri postal et bureaux de poste;
grossistes en boissons et cafés-bars-brasseries).
Bien que le modèle p-médian ne s'appuie
que sur la notion de distance (ou de coût de déplacement)
entre clients et sites potentiels d'activité, compiler
les données sur les localisations de ces différents
acteurs pour trouver une localisation proche de l'optimal demande
beaucoup d'efforts et de temps de calcul ainsi que nous le constaterons plus
loin.
2.2.1.1 Formulation mathématique du p-MP
La résolution du problème p-médian
n'échappe pas à sa nécessaire rationalisation consistant
à l'exprimer en langage mathématique: le p-MP sous-entend
l'existence d'un réseau constitué
490 REILLY W. J. (1931) The Law of Retail
Gravitation, W. Reilly ed, 285 Madison Ave, New York, NY.
491 CLIQUET G. (1997) Attraction Commerciale,
Fondement de la Modélisation en Matière de Localisation
Différentielle, Revue Belge de Géographie,
121ème année, p. 66.
de noeuds ou points et de liens, ces derniers étant
associés à un coût de déplacement
représenté
par la distance di,j (distance du point i au point j).
L'objectif est ainsi de trouver un emplacement optimal pour p
activités au sein des noeuds du réseau en cherchant à
minimiser
la distance totale entre les p activités et les clients
qui leur sont associés (un client est associé
à une activité s'il se trouve plus proche de cette
dernière que de toutes les autres). Les modèles
p-médian pondérés et
non-pondérés se différencient par le fait que les
premiers tiennent compte de la demande ai au point i avec l'objectif de
minimiser la somme totale des distances pondérées par la
demande.
D'une manière générale, la formulation
mathématique du p-MP s'écrit de la façon
suivante492:
Minimiser
i j
ai dij xij représente la fonction objectif,
(1)
avec
i
xij = 1, i, assure que tous les clients sont
assignés à une activité et une seule, (2)
xij yj, i, j empêche d'assigner un client à
une activité si elle n'est pas ouverte, (3)
yj = p, le nombre total d'activités est
p, (4)
j
xij, yj {0,1}, i, j nature binaire des variables xij, yj
(5)
où
ai : la demande au noeud i,
di,j : la distance du noeud i au noeud j,
p : le nombre d'activités à localiser,
xi,j = 1, si le noeud i est assigné à
l'activité j et 0 autrement,
yj = 1, si l'activité j est ouverte et 0 autrement.
492 BEAUMONT J.R. (1987) Location-Allocation
Models and Central Place Theory, Spatial Analysis and
Location-Allocation Models, ed. Ghosh Avijit, Rushton
Gerard, Van Nostrand Reinhold.
Cette formulation suppose que tous les noeuds du
réseau ont la qualité de localisation potentielle pour les
activités et que les p activités seront localisées
en des points distincts. Dans le cas non-pondéré, les
demandes ai sont toutes égales à 1.
Le problème p-MP est réputé appartenir
à la classe des problèmes connus comme étant NP-
complets493: ses solutions issues d'algorithmes
linéaires deviennent insolubles au fur et à mesure que
le nombre des variables (activités et clients) augmente avec
une progression exponentielle de la taille du problème. En effet, selon
une logique d'analyse combinatoire, le nombre de solutions à examiner
est en fonction de n, le nombre de noeuds, et p, le nombre d'activités
à placer:
n!
p! (n -
p)!
ce qui signifie par exemple que si l'on devait simplement
chercher à placer 15 points de vente
au milieu d'un réseau de 100 clients et que l'on
dispose d'un ordinateur capable de réaliser un million
d'opérations par seconde, le temps requis pour parvenir à la
solution optimale serait de huit millénaires494 ! Dans le
cas où l'on voudrait solutionner tous les problèmes
p-médian (p variant de 1 à p activités à placer) si
on ne connaît que le nombre maximum p d'activités à placer,
le nombre de combinaisons à étudier serait alors de:
n n!
-
=2n -1
j = 1 p! (n
j)!
Il existe donc un grand nombre d'heuristiques pour
trouver une solution acceptable au
problème p-Médian malgré le fait que
toutes ces solutions ne convergent que vers des optima locaux et non vers une
solution globale et qu'il ne soit pas possible a priori de connaître le
niveau d'optimalité de cette solution. Dans les algorithmes de
résolution fondamentaux, on trouve l'algorithme flou,
l'algorithme de recherche de voisinage, une heuristique de
493 KARIV O et HAKIMI S.L. (1979) An Algorithmic
Approach to Network Location Problems, Part 2: The p- median", SIAM Journal
of Applied Mathematics 37, 539-560.
494 DASKIN M.S. (1995) Network and Discrete
Location - Models, Algorithms and Applications, John Wiley and Sons, Inc.,
New York.
substitution495 et ses variantes496, cette
dernière catégorie étant l'une des plus robustes selon
Densham et Rushton497.
2.2.1.2 Les algorithmes de résolution du p-MP
Mais d'une façon générale, les heuristiques
se rangent en deux classes498: les algorithmes de construction
qui permettent de rechercher des localisations avec un degré
d'optimalité faible
et les algorithmes d'amélioration
destinés comme leur nom l'indique, à améliorer les
résultats fournis par les algorithmes de construction. Alors
que l'algorithme flou est du type construction, l'heuristique de
substitution et l'algorithme de recherche de voisinage ont une approche
d'amélioration. Pour clarifier la signification de ces termes, nous
passerons en revue
le principe de mise en oeuvre de ces heuristiques.
Localisation d'une activité unique dans la
problématique du p-MP : le 1-médian
Examinons tout d'abord la recherche de solutions dans le cas le
plus simple, la localisation d'une activité unique ou problème
1-médian. Dans le cas où, plus de la moitié de la
demande
ai est localisée en un point, une des solutions
optimales consiste à placer l'activité en ce
i
noeud. Et si ce noeud concentre plus de la moitié de la
demande, cette localisation est alors la
localisation optimale unique499.
495 TEITZ M.B. et BART P. (1968) Heuristic
Methods for Estimating the Generalized Vertex Median of a
Weighted Graph, Operations Research 16, 955-961.
496 GOODSCHILD M.F. et NORONHA V. (1983),
Location-Allocation for Small Computers, University of
Iowa, Monograph N°8.
497 DENSHAM P.J. et RUSHTON G. (1992) A More
Efficient Heuristic for Solving Large p-median Problems,
Papers in Regional Science: The Journal of the RSAI
71/3, 307-329.
498 GOLDEN B, BODIN L., DOYLE T. et STEWART Jr.
(1980) Approximate Travelling Salesman Algorithms,
Operations Research, 28, 694-711.
499 DASKIN M.S. (1995) Network and Discrete
Location - Models, Algorithms and Applications, John Wiley and Sons, Inc.,
New York.
La résolution du cas le plus
général a été donnée par
Goldman500. Elle consiste à choisir aléatoirement
un noeud d'extrémité de branche sur le réseau et
si au moins la moitié de la demande n'est pas fixée en ce
noeud à le supprimer (ainsi que le lien) et à reporter sa
demande
sur le noeud suivant. Si l'un des noeuds du réseau
concentre plus de la moitié de la demande, alors l'activité est
à localiser en ce point et on peut calculer la distance totale
pondérée par la demande.
Un exemple concret plus explicite selon Daskin501 est
donné par le réseau suivant qui compte
une demande totale de 48 (la demande au point x est
représenté par hx) :

Fig. 2.7 - Méthode de résolution du 1-médian
: étape 1
Aucun des noeuds ne compte plus de la moitié de la
demande. Si l'on considère donc le point
A dont la demande égale à 10 est inférieure
à 48/2 = 24, on reporte cette demande sur le point
B en supprimant le point A, demande qui atteint alors 5 + 10 =
15:
500 GOLDMAN 1J (1971) Optimal Center Location in
Simple Networks; Transportation Science 5, 212-221.
501 DASKIN M.S. (1995) Network and Discrete
Location - Models, Algorithms and Applications, John Wiley and Sons, Inc.,
New York.

Fig. 2.8 - Méthode de résolution du 1-médian
: étape 2
La demande en B égale à 15 est toujours
inférieure à 24 (comme celle de tous les autres points).
Supprimons alors le point D où la demande, 12, est la plus faible en la
reportant sur le point adjacent C:

Fig. 2.9 - Méthode de résolution du 1-médian
: étape 3
Comme les demandes de B, C et D sont toujours inférieures
à 24, supprimons E et reportons
sa demande sur C. On s'aperçoit alors que la
demande de C égale à 33 est supérieure à
la
demande totale divisée par deux (24), ce qui signifie que
C est le point optimal sur lequel doit être placée
l'activité:

Fig. 2.10 - Méthode de résolution du
1-médian : étape 4
L'algorithme flou
L'algorithme flou consiste tout simplement à localiser
les activités sur le réseau une par une, puis à utiliser
une procédure de voisinage ou de substitution pour optimiser les
localisations. Dans un premier temps, on choisit donc le meilleur emplacement
pour la première activité ce
qui est facile si on calcule la fonction objectif pour chaque
noeud envisagé en retenant le noeud pour lequel cette fonction objectif
est la plus faible. Ensuite, on localise un deuxième point envisageant
chaque noeud (sauf celui déjà occupé) et en assignant
à la localisation précédente,
les noeuds qui lui sont les plus proches comparés au
noeud examiné. La fonction objectif est calculée de la même
manière et on retient toujours comme second emplacement le noeud pour
lequel cette fonction possède la valeur minimale. Ce processus est
réitéré autant de fois qu'il y
a d'activités à localiser.
Ainsi, l'organigramme de cette procédure se résume
à:
Localiser la première
activité en utilisant
l'énumération totale
Avons-nous p
activités ?
Non
Localiser l'activité suivante en utilisant
l'énumération totale et en fixant les autres
localisations
Oui
Algorithme
d'amélioration par substitution ou de voisinage
Fin
Fig. 2.11 - Organigramme de l'algorithme flou
Résolution par les multiplicateurs de
Lagrange502
Une méthode de résolution appartenant aux
algorithmes de construction, plus classique mais moins performante, est
représentée par les contraintes du p-médian
relaxées à l'aide des multiplicateurs de Lagrange. Elle
permet de transformer un problème contraint en un problème
sans contraintes503. Nous la mentionnons pour mémoire.
Appliquée à la relation (2)
de la formulation générale du problème du
p-médian, une relaxation par les multiplicateurs de
Lagrange devient:
502 DE LAGRANGE Louis, mathématicien
français né en 1736, mort en 1813.
503 DASKIN M.S. (1995) Network and Discrete
Location - Models, Algorithms and Applications, John Wiley and Sons, Inc.,
New York.
Minimiser
i j
ai dij xij +
i
i [1 -
j
xij ] (1)
=
i j
( ai dij + i ) xij + i
i
avec
i
xij = 1, i, (2)
xij yj, i, j, (3)
yj = p, (4)
j
xij, yj {0,1}, i, j (5)
Les coefficients i considérés comme fixes
sont appelés multiplicateurs de Lagrange et la nouvelle fonction
objectif à minimiser devient (1). En appliquant une relation identique
à la relation (3) de la formulation générale du
p-médian, on démontre que les multiplicateurs de Lagrange
peuvent être calculés à partir d'une formule
récurrente, avec des multiplicateurs
initialisés à une valeur quelconque:
n
in+1 = max { 0, in - tn
(Xij
- Yjn)}
n
avec t n =
(UB -
Ln)
( X
j
n
ij
i j
- Y n )2
où
tn : le pas de la procédure de Lagrange
à la nième itération,
n : une constante généralement prise
égale à 2,
UB : (upper bound) la plus petite limite supérieure de la
fonction objectif,
Ln : la fonction objectif de Lagrange (1)
ci-dessus,
Yjn : la valeur optimale de la variable de
localisation Yj à la nième itération.
La méthode de résolution du p-médian par
les multiplicateurs de Lagrange a été récemment
utilisée dans des travaux de recherche en informatique pour
déterminer sur quels serveurs en réseau il était
préférable d'implanter les informations pour obtenir des
traitements de calcul plus rapides au niveau de l'ensemble504. Le
même algorithme a été utilisé dans le même
esprit
pour améliorer la configuration des réseaux de
communication505.
Une méthode de résolution
générale et (presque) exacte des problèmes de
localisation développée par Homberg, Rönnqvist et Yuan fait
appel à l'algorithme par les multiplicateurs
de Lagrange en parallèle d'une procédure par
séparation et évaluation (Branch and Bound en anglais)
dans le cas où chaque noeud de demande est assigné à une
activité et une seule506. La procédure par
séparation et évaluation est une méthode
d'énumération implicite qui repose sur
le principe de diviser les solutions en paquets. Plus
précisément, on divise l'ensemble des solutions possibles
d'un problème de localisation-allocation (ou plus
généralement d'optimisation combinatoire) en sous-ensembles de
plus en plus petits afin d'isoler dans l'un
de ces sous-ensembles une solution optimale. Le parcours est
représentable par un arbre avec comme racine le problème de
départ et toutes les combinaisons possibles, les branches
représentant les sous-problèmes correspondant à
des sous-ensembles de toutes les combinaisons admissibles.
L'exploration de l'arbre se fait vers des niveaux d'optimalité
des solutions obtenues croissantes et la partition des ensembles de solutions
(destinée à créer des branches) est produite en
allouant un ou plusieurs clients d'une activité à une
autre si l'on considère la solution explorée en cours. Cette
réallocation des clients se fait généralement par
un processus aléatoire. La recherche de Homberg,
Rönnqvist et Yuan montre que l'utilisation
individuelle de la procédure par séparation
et évaluation (grâce à l'algorithme commercial
504 CHURCH R.L. et SORENSEN P.A. (1995) A
Comparison of Strategies for Data Storage Reduction in
Location-Allocation Problems, National Center for Geographic
Information and Analysis, Technical Report
95-4, University of Santa Barbara, California.
505 GUPTA R. (1996) Problems in
Communication Network Design and Location Planning; New Solution
Procedures, PhD, Graduate School of the Ohio State
University.
506 HOLMBERG K., RÖNNQVIST M. et YUAN D. (1999)
An Exact Algorithm for the Capacitated Facility
Location Problems with Single Sourcing, European Journal of
Operational research 113, 544-559.
CPLEX) met jusqu'à 5 heures pour résoudre un
problème de 30 activités à localiser en prenant
en compte la position de 300 clients alors que la
méthode associant cet algorithme avec les multiplicateurs de Lagrange
ne met qu'une heure pour obtenir des solutions
généralement meilleures. On le voit, les meilleurs
algorithmes de résolution même s'ils tournent sur des
ordinateurs puissants (un ordinateur Sun Sparc 20/HS151 pour cette recherche)
n'arrivent à résoudre dans un temps raisonnable que des
problèmes de localisation-allocation de quelques centaines de noeuds.
Dans certains cas (1 cas sur 71 cas étudiés), l'algorithme de
Homberg, Rönnqvist et Yuan ne réussit cependant pas à
trouver une solution optimale et donc cet algorithme ne peut être
qualifié de méthode de résolution exacte.
Résolution par la méthode des algorithmes
génétiques
Les algorithmes génétiques se fondent sur la
théorie générale de l'évolution de Darwin selon
laquelle les espèces vivantes progressent en organisation et en
complexité par la simple sélection naturelle de leurs
caractères génétiques les plus performants lors des
phases de reproduction. Ainsi, ce principe qui optimiserait la
configuration génétique des systèmes vivants face
à un environnement hostile serait tout aussi bien capable de traiter des
problèmes d'optimisation beaucoup plus généraux tels que
la résolution des problèmes d'optimisation ou des modèles
de localisation-allocation. Les premières applications à ces cas
datent des années
70 507 508. De manière analogue pour ces
modèles, un individu ou une solution se caractérise
par son empreinte génétique ou sa
structure de données. Les opérations
génétiques de croisement et de mutation modifient les
données ou chromosomes de chaque individu ce qui permet en
théorie de parcourir tout l'éventail des solutions possibles.
L'algorithme génétique
va donc à chaque nouvelle génération
créer de nouvelles solutions mais aussi en détruire ainsi
507 HOLLAND J.H. (1975) Adaptation in
natural and artificial systems, Ann Arbor: University of
Michigan
Press.
508 GOLDBERG D.E. et LINGLE R. Jr. (1985) Alleles,
loci and the travelling salesman problem, Proceedings of
an International Conference on Genetic Algorithms, J.J.
Grefenstette (Ed.), LEA Pub, p 154-159.
que le décrit la théorie de la
sélection naturelle509. La performance de l'individu ou
l'optimalité de la solution se mesure par le niveau de sa fonction
objectif. Dans un premier temps, l'algorithme génétique va
générer des solutions de manière aléatoire,
puis il va les laisser évoluer jusqu'à obtenir les meilleures
solutions possibles.
Pour utiliser avec succès un algorithme
génétique, il est nécessaire :
- de réussir à coder les solutions en des ensembles
de chromosomes,
- de partir d'une population ou de solutions de base,
- de disposer d'une fonction objectif qui va mesurer le niveau
d'optimalité de chaque solution,
- de décider comment sélectionner les chromosomes
les plus performants,
- de décrire les opérateurs
génétiques ou le mode d'échange des données,
- de spécifier les paramètres de l'algorithme tels
que taille de la population initiale, probabilités de croisement et de
mutation,
- de donner un critère d'arrêt de l'algorithme.
Le codage d'un modèle p-médian est
une succession binaire de 0 et de 1 correspondant à l'absence
ou à la présence d'un point de vente dans la liste des
noeuds du réseau. Les caractéristiques des solutions de
départ et leur nombre (population de départ) peuvent
être tirées au hasard ou bien déterminées par une
autre heuristique du modèle p-médian. Dans ce dernier cas,
l'algorithme génétique constituera une procédure
d'amélioration de la solution.
La fonction objectif du p-médian nous conduisait à
minimiser la quantité :
ai dij xij
i j
L'évaluation la plus simple de la force de
l'individu ou optimalité de la solution consiste à
prendre l'inverse de la fonction objectif que l'on cherchera
à maximiser :
509 HOLLAND J.H. (1992) Les algorithmes
génétiques, revue Pour la Science, No 179, Sept. 1992,
p. 44-51.
1 / ai dij xij
i j
La sélection ou reproduction va déterminer
à partir de quels individus on va construire la
génération suivante. On utilise assez souvent la
roue de Goldberg510 qui consiste à tirer les solutions sur
une roue de loterie sur laquelle les individus sont
représentés sur une surface proportionnelle à leur
force ou optimalité. De cette façon, les individus les plus forts
auront à l'étape ultérieure de croisement et de mutation,
une représentativité plus forte avec un nombre
de copies plus importantes au sein de la population. Le
croisement consiste alors à échanger des paquets de
données (des suites de 0 et de 1 découpées dans la
solution) entre des paires d'individus. La mutation consiste, elle,
à basculer dans notre cas un 0 en 1 ou réciproquement
un 1 en 0 en de très rares occasions selon une
probabilité de mutation fixée à l'avance. Cette
procédure permettrait d'explorer tous les recoins de
l'espace des solutions en évitant d'emprisonner la recherche
dans un maximum local (ou un minimum pour la fonction objectif). En
pratique, les chromosomes sont tirés de façon aléatoire et
sont remplacés par un chromosome d'une autre valeur toujours prise
aléatoirement. Enfin, le nombre maximal de
générations correspond au nombre d'itérations que l'on se
fixe pour stopper la procédure.
Tous les paramètres de l'algorithme
génétique sont généralement fixés
empiriquement. Une population de 20 à 1000 individus qui en
général reste stable au fur et à mesure des
générations, satisfait généralement la
résolution de tous les problèmes. Une taille de
population trop faible ne permettra pas d'explorer tous les champs de solutions
possibles alors qu'une taille très élevée engendrera un
nombre d'opérations importantes qui pourra nuire à la
rapidité d'exécution. Les valeurs de moyennes des
probabilités de croisement oscillent entre
0,65 et 0,9 : une probabilité élevée
favorisera l'examen d'un grand nombre de solutions, mais
une probabilité de croisement excessive risque
d'emprisonner la recherche dans des maxima
510 GOLDBERG D.E. (1991) Genetic Algorithms,
Addison-Wesley, New York.
locaux. Une certaine probabilité de
mutation511 est au contraire nécessaire pour
réussir de temps en temps à générer des individus
hors-normes qui sont susceptibles de constituer des super-solutions au
problème. Ces solutions bien meilleures ne sauraient dans certains cas
être générées par des simples transformations de
croisement. Il reste que la probabilité de mutation doit rester faible,
de 0,001 à 0,2 voire 0,1 à 10 pour ne pas entraver le processus
normal de reproduction et d'empêcher l'algorithme de converger
vers un optimum512. Outre ces paramètres
fixés empiriquement, il n'existe pas à l'heure actuelle
de critère de convergence efficace pour stopper le processus
dès qu'une solution intéressante est atteinte. Il est
donc indispensable de déterminer au départ le nombre de
générations ou d'itérations au bout duquel
on arrête l'algorithme513.
Les algorithmes génétiques sont, d'une
façon générale, particulièrement
recommandés pour
les problèmes pour lesquels n'existe aucune autre
méthode de résolution ou bien pour lesquels
les méthodes de résolution existantes
n'offrent que des solutions approchées comme les modèles de
localisation-allocation514.
Les algorithmes d'amélioration
Dans un second temps, on utilise l'algorithme
d'amélioration de voisinage515 ou celui de
substitution516.
511 GOLDBERG D.E. (1994) Algorithmes
Génétique, Exploration, Optimisation et Apprentissage
Automatique, Editions Addison-Wesley, 1994.
512 AURIFEILLE J.M. (2001) Les
algorithmes génétiques, Conférence
invitée à l'IREIMAR, Institut de
Recherche Européen sur les Institutions et les
Marchés, CNRS, Mars 2001.
513 AURIFEILLE J.M. (2001) Conjoint fuzzy vs
non-fuzzy clustering : some empirical evidence using a genetic algorithm
optimization, Actes du 7ème congrès international SIGEF,
sept. 2001.
514 ROBERT-DEMONTROND P., THIEL D. (2002) Algorithmes
génétiques et stratégies spatiales des firmes de
distribution, in Stratégies de Localisation des
Entreprises Commerciales et Industrielles : De Nouvelles
Perspectives, G. Cliquet et J-M. Josselin éd., De
Boeck Université, Bruxelles.
515 MARANZANA F.E (1964) On the Location of
Supply Points to Minimize Transport Costs, Operational
Research Quarterly, 15, 261-270.
516 TEITZ M.B. et BART P. (1968) Heuristic Methods
for Estimating Generalized Vertex Median of a Weighted
Graph, Operations Research, 16, 955-961.
· L'algorithme de recherche de voisinage
Dans l'algorithme de voisinage, on
considère le voisinage de chaque localisation d'activité,
c'est-à-dire l'ensemble des noeuds qui lui sont le plus proche et on
calcule dans ce voisinage une localisation améliorée par
l'algorithme du 1-médian vu précédemment. L'algorithme
de voisinage peut être utilisé comme algorithme de construction
si l'on démarre la recherche de localisation avec une configuration
aléatoirement choisie.
· L'heuristique de substitution
On procède à l'heuristique de substitution
en supprimant tout à tour chacune des p activités
déterminées dans la procédure initiale de localisation,
ensuite en recherchant le meilleur autre emplacement pour cette
activité supprimée par une simple énumération
et en calculant la fonction objectif correspondante. La recherche d'une
valeur plus faible de la fonction objectif parmi celles calculées en
recherchant une nouvelle localisation pour chaque activité
déjà déterminée donnera éventuellement une
configuration améliorée par rapport à celle obtenue
à l'étape précédente.
Les variantes des algorithmes d'amélioration
La variante très proche de l'algorithme
précédent, donnée par Goodschild et
Noronha517, revient à identifier le noeud
d'activité et le noeud libre dont la substitution offre la
fonction objectif la plus basse. Si la fonction objectif a tendance à
diminuer par rapport à la solution trouvée initialement, alors
ce nouvel emplacement peut être considéré comme un
optimum local.
Une autre variante des algorithmes d'amélioration consiste
à travailler au niveau global, puis
régional518. Considérons l'ensemble des
noeuds occupés par une activité S et celui des noeuds
517 GOODSCHILD M.F. et NORONHA V. (1983),
Location-Allocation for Small Computers, University of
Iowa, Monograph N°8.
518 DENSHAM P.J. et RUSHTON G. (1992) A More
Efficient Heuristic for Solving Large p-median Problems,
Papers in Regional Science: The Journal of the RSAI
71/3, 307-329.
non occupés (V-S) avec V l'ensemble de tous les noeuds.
Si un nouveau noeud est mis dans l'ensemble S, on appelle cette
procédure ADD alors que si on retire un noeud de l'ensemble S, cette
procédure est nommée DROP. Dans la première phase
globale, on réalisera une séquence de DROP et d'ADD
jusqu'à ce que l'on ne trouve plus d'amélioration à la
fonction objectif. Dans la phase locale, on décomposera le réseau
en p problèmes 1-médian que l'on résoudra par l'algorithme
de voisinage explicité précédemment.
Enfin, la procédure "Tabu" (mot anglais signifiant tabou)
mise au point par Rolland, Schilling
et Current519 utilise un temps dit tabou,
mesuré en nombre d'itérations, durant lequel il est
interdit de pratiquer une procédure DROP sur un noeud
incorporé à l'ensemble S par une procédure ADD (le
compteur d'itérations est initialisé dès que ce
noeud est placé dans l'ensemble S). Cette durée "taboue" fixe,
aléatoire ou dynamique durant le fonctionnement de l'algorithme doit
être écoulée pour avoir le droit à nouveau
de supprimer le noeud de l'ensemble S. Ce programme d'amélioration
semble enregistrer de meilleurs résultats que les heuristiques
déjà citées. Les auteurs ne s'attachent cependant
à démontrer l'efficacité de l'algorithme par rapport
aux autres méthodes qu'en se fondant sur un cas particulier.
En tous les cas, l'algorithme flou correspond assez
bien à la logique d'implantation des chaînes de magasins :
celui-ci cherche en effet dans la procédure à localiser
les points de vente les uns après les autres de la même
manière qu'un manager voudra la plupart du temps
en pratique les ouvrir graduellement avec une mise en
puissance progressive et non d'une manière simultanée. De
plus, dans un deuxième temps, l'algorithme d'amélioration
s'identifie
en quelque sorte à la phase de réorganisation des
points de vente déjà créés qui est
marquée
par exemple soit par la suppression d'un point de vente non
rentable (que se passe-t-il si je
519 ROLLAND E., SCHILLING D.A. et CURRENT J.R. (1996)
An Efficient Tabu Procedure for the p-Median
Problem, European Journal of Operational Research,
329-342.
supprime un magasin ? algorithme de substitution), soit
par la redistribution au niveau local des localisations ( algorithme de
voisinage) .
2.2.2 Le modèle Multiloc
Supposons que l'on veuille placer r points de vente
parmi un éventail de n emplacements possibles. Le modèle
Multiloc520 est en fait une extension du modèle MCI qui,
d'une manière générale, considère q attributs
d'attractivité de ces magasins Aijk, attributs susceptibles de
prendre ík valeurs: par exemple, on a pour k=1 un attribut Aij1 qui
peut être la distance (í1 =1); pour k=2, Aij2 peut signifier la
taille du magasin qui peut être petite, moyenne ou grande (í2
=3 et valeurs discrètes),...
Si l'on considère le nombre de combinaisons des
attributs d'attractivité, le nombre de
"designs" ou de configurations possibles que peuvent prendre les
magasins est : L = í1 í2 ...íq
La fonction objectif qui doit maximiser le profit est la
suivante:
m n n L
Max Z = C j Ei
Pij - Fjl X
jl
i =1
j =1
j =1 l =1
avec
Z : le profit
Ei: Le chiffre d'affaires total par groupe i sur le
marché
Fjl: les coûts fixes d'un magasin du plan l au site j
Cj: un coefficient multiplicateur
Xjl = 1 si un magasin avec le design l est implanté sur le
noeud j et égale à 0 sinon
j: la localisation considérée qui varie de 1
à n l: le design considéré qui varie de 1 à L
on a aussi les conditions suivantes sur le nombre r de points de
vente à localiser :
520 ACHABAL D.D., GORR W.L. et MAHAJAN V.
(1982) Multiloc: A Multiple Store Location Decision
Model, Journal of Retailing, 5-24.
n L
X jl = r
j = 1l = 1
L
et X jl 1
j=1,...,n
l =1
La probabilité qu'un consommateur au point i
fréquente un magasin particulier au point j est
alors:
Pij
L q n
( Akl X jl) /
L q
( Akl X jl)
n + s
q
( Akl )
=
ijkl
ijkl
+
ijkl
l =1 k =1
j =1l =1 k =1
j = n + l
k =1
Comme pour le modèle p-médian ou pour le
modèle MCI, il n'est pas possible de résoudre le
modèle Multiloc par la complète
énumération des combinaisons d'emplacements possibles.
En effet, si l'on doit placer r points de vente au niveau de n
emplacements possibles avec L
configurations de magasin possibles, le nombre de solutions
à examiner est:
W Lr n!
= r! (n
- r)!
De la même manière que pour les
modèles p-médian ou MCI précités ou n'importe
quel
problème d'analyse combinatoire de ce type, l'une
des méthodes les plus réputées pour résoudre
le modèle Multiloc est sans conteste encore l'algorithme de substitution
de Teitz et Bart 521 mis en pratique dans la localisation d'agences
bancaires 522.
Une alternative consiste à employer
l'échantillonnage aléatoire développé par
McRoberts523.
Le nombre de solutions h tirées d'une
manière aléatoire à examiner pour qu'il y ait
une
521 TEITZ M.B. et BART P. (1968) Heuristic
Methods for Estimating the Generalized Vertex Median of a
Weighted Graph, Operations Research 16, 955-961.
522 CORNUEJOLS G., MARSHALL L.F. et NEMHAUSER
G.L. (1977) Location of Bank Accounts to
Optimize Float: An Analytic Study of Exact and Approximate
Algorithms, Management Science, 23 (1pril),
789-810.
523 Mc ROBERTS K.L. (1971) A Search Model for
Evaluating Combinatorially Explosive Problems, Operations
Research, 19, 1331-1349.
probabilité y qu'au moins l'une des p meilleures
configurations possibles soit dans cet
échantillon est de:
1
h = W 1- (1- y)
pW
Ainsi, si l'on veut avoir 99 % de chance de trouver 1
% des meilleures configurations
d'emplacements et de designs possibles dans un échantillon
aléatoire, il faudra un ensemble de
460 combinaisons tirées au hasard. Si l'on a 7 magasins (r
= 7) de 3 designs possibles (L = 3)
à localiser sur 35 localisations potentielles (n =
35), il y a 14,7 milliards d'alternatives. La méthode de
l'échantillonnage aléatoire revient donc si l'on se satisfait de
la probabilité d'avoir
99 % de chance de tomber sur les 1 % des
configurations les plus optimales, à tirer 460 combinaisons
parmi les 105 configurations possibles d'emplacement et de
design (7 emplacements x 3 designs possibles), puis à
sélectionner le meilleur emplacement et le meilleur design
possibles en calculant la fonction objectif qui doit être la
plus importante possible524.
2.2.3 La méthode d'analyse de portefeuille
La méthode d'analyse des portefeuilles issue du monde de
la finance525 puis popularisée par
les consultants de cabinets tels que le Boston Consulting Group
(BCG), Mc Kinsey ou Arthur
D. Little526 a été
adaptée pour cibler les localisations les plus
intéressantes ou comparer plusieurs localisations entre
elles527. En variations verticales, on trouve l'attrait du
secteur (atractiveness en anglais) alors qu'en horizontal, on a la
force concurrentielle du réseau de points de vente (competitive
strenght).
524 ACHABAL D.D., GORR W.L. et MAHAJAN V.
(1982) Multiloc: A Multiple Store Location Decision
Model, Journal of Retailing, 5-24.
525 MARKOWITZ H. (1952) Portfolio Selection, Journal
of Finance, Vol. 7, mars, p.77-91.
526 KOENIG G. (1990) Management
Stratégique : Visions, Manoeuvres et Tactiques, Nathan.
527 MAHAJAN V., SHARMA S. et SRINIVAS D. (1985) An
Application of Portfolio Analysis for Identifying
Attractive Retail Locations, Journal of Retailing, vol.
61, n°4, hiver 1985, 19-34.
L'attrait du secteur, en l'occurrence le plus souvent de la zone
de chalandise, est quantifiable
en prenant une combinaison de paramètres comme 528
529:
- la taille de la zone de chalandise ;
- son taux de croissance ;
- le taux de profit ;
- l'intensité de la concurrrence au sein de la zone de
chalandise. Et la force concurrentielle est, elle, une combinaison de :
- la part de marché ;
- la qualité des points de vente (équivalents aux
produits) ;
- la réputation des enseignes ;
- l'efficacité promotionnelle.
L'exemple ci-dessous montre l'utilisation de la matrice
des portefeuilles par le groupe Lévi Strauss, fabricant de Jeans,
pour renforcer sa présence dans les pays de distribution où il
est le moins bien implanté.

Fig. 2.12 : La matrice de Portefeuille appliquée à
l'Europe par le groupe Lévis Strauss530
Il n'y a eu cependant aucune étude qui est venue
confirmer la validité et l'efficacité de la méthode
d'analyse de portefeuille531. Certaines études sur les prises
de décision ont montré au
528 THIETARD Raymond-Alain (1988) La
Stratégie d'Entreprise, Mc Graw-Hill.
529 CLIQUET G. (1992) Le Management
Stratégique des Points de Vente, Ed. Sirey., p.193
530 University of Newcastle upon Tyne, Agricultural
Economics & Food Marketing Department (2001) Student
Ressources,
http://www.ncl.ac.uk/aefm/student_resources/aef334/LeviStrauss.pdf
contraire que l'utilisation de cette méthode
aboutissait dans 64 % des cas à la sélection d'un investissement
non-rentable et dans 87 % des cas à l'un des investissements
les moins rentables.
2.2.4 Les autres modèles de
localisation-allocation
Il existe de nombreux autres modèles dont la
fonction objectif est dérivée de celle du p-
médian. Citons les modèles p-centrés et le modèle
de couverture maximale. Alors que le p- médian imposait de minimiser
la somme des distances entre chaque client et son point de vente
assigné, le modèle p-centré cherche la configuration
pour laquelle la distance entre chaque point de vente et le plus
éloigné de ses clients soit minimale. Ce modèle
est particulièrement indiqué pour placer des services d'urgence,
des hôpitaux ou des casernes de
pompiers étant donné une population. Le
modèle de couverture maximale532 vise à
assurer
que la majorité des clients sont à une distance
maximale au moins d'un service donné : si cette condition est bien
vérifiée, on dit alors que l'ensemble des clients est couvert :
les modèles de couverture sont tout indiqués pour placer
des services généraux du type poste, trésorerie,
services de mairie et administrations d'une manière
générale. Les algorithmes de résolutions
de ces autres modèles de localisation-allocation se
calquent sur ceux du p-médian.
2.3 Limitations du modèle p-médian et de ses
méthodes actuelles de résolution
2.3.1 Le modèle p-médian : une
réalité simplifiée
Le modèle p-médian est uniquement
axé, comme nous l'avons précisé, sur les notions
de distance et de demande dans le cas du modèle p-médian
pondéré. Mais, même si le propos n'est pas
fondamentalement de critiquer le modèle lui-même, il
est évident que le
531 ARMSTRONG J.S. et BRODIE R.J. (1994)
Effects of Portfolio Planning Methods on Decision Making : Experimental
Results, International Research Journal in Marketing 11,
North-Holland, 73-84.
532 KOLEN A. et TAMIR A. (1990) Covering Problems,
Discrete Location Theory de Mirchandani & Francis
Chap. 6, Wiley & Sons.
consommateur ne se fondera pas seulement sur le seul
critère de distance pour choisir son point de vente parmi un
éventail de concurrents. Les autres paramètres jouant sur la
décision des clients peuvent être formulés sous forme de
cinq principes qui guideront la sélection des emplacements
commerciaux533 534:
- le principe d'interception: le point de vente a
d'autant plus de chance de capter la clientèle
que le passage de consommateurs à proximité,
mesuré le plus souvent en terme de trafic piétonnier ou
routier, est important.
- le principe d'attraction cumulative: le
regroupement de commerces dans un environnement géographique proche
d'activités similaires crée souvent une synergie
d'attractivité alors supérieure à la somme des
attractivités individuelles des commerces.
- le principe de compatibilité: de même, le
regroupement d'activités complémentaires permet assez souvent de
parvenir à ce même effet synergique des attractivités.
- le principe de suréquipement: une trop grande
concentration de points de vente a tendance à avoir un effet
répulsif sur la clientèle alors soumis à l'inconfort de la
congestion du trafic.
- le principe d'accessibilité:
l'accessibilité au point de vente, c'est-à-dire la
facilité d'entrer, de pénétrer, de traverser et de
sortir du site commercial doit être le plus facile possible.
Une bonne signalisation, la qualité et le nombre de voies
d'accès, les facilités de parking sont autant de
paramètres à privilégier dans le choix d'un emplacement
convenable.
Une solution que nous proposons pour intégrer tous ces
critères seraient d'introduire dans le
problème p-médian un poids évaluant
chaque site potentiel. Rien n'empêche en effet de
mesurer et de quantifier pour chaque emplacement potentiel des
points de vente les différents critères mentionnés tels
que l'ont fait Lewison et Delozier535 et Jallais, Orsony et
Fady 536.
533 DELOZIER M.W. et LEWISON D.M. (1986)
Retailing, 2nd ed., Merill.
534 CLIQUET G. (1992) Le Management
Stratégique des Points de Vente, p.187-191, Ed. Sirey.
535 DELOZIER M.W. et LEWISON D.M. (1986)
Retailing, 2nd ed., Merill.
536 JALLAIS J., ORSONY J. et FADY A. (1994)
Marketing du Commerce de Détail, Vuibert, Paris.
Puis il convient d'attribuer une note globale à
chaque site potentiel, note résultant d'une pondération de
ces critères. A titre d'exemple, il suffirait d'attribuer des notes par
exemple de
0 (emplacement vraiment médiocre) à 100
(emplacement excellent) pour chaque critère, de
les pondérer avec des coefficients positifs de
manière à quantifier leur importance et d'obtenir une note
globale nj. Cette note introduite dans la fonction objectif avec un signe
négatif (ayant tendance à minimiser avantageusement la
fonction) au même niveau que les distances dij servirait de
pondération à chaque site potentiel d'activité. La
distance dij en tant que critère impliquant à la fois le
commerce et le client considéré devrait alors être
normalisée (sur la même échelle de notes) de manière
à obtenir une homogénéité au sein de la fonction
objectif.
La formulation mathématique du p-médian deviendrait
alors:
Minimiser
i j
ai (dij - nj) xij représente la
nouvelle fonction objectif, (1)
avec
i
xij = 1, i, assure que tous les clients sont
assignés à une activité et une seule, (2)
et dij - nj
0, j assure que toute
activité possède un minimum d'attractivité,
(2)'
xij yj, i, j empêche d'assigner un client à
une activité si elle n'est pas ouverte, (3)
yj = p, le nombre total d'activités est p,
(4)
j
xij, yj {0,1}, i, j nature
binaire des variables xij, yj (5)
où
ai : est la demande au noeud i,
nj: la note positive attribuée au site potentiel du noeud
j, di,j : la distance du noeud i au noeud j,
p : le nombre d'activités à localiser,
xi,j = 1, si le noeud i est assigné à
l'activité j et 0 autrement,
yj = 1, si l'activité j est ouverte et 0 autrement.
On observe que logiquement dans la fonction objectif, plus
l'activité au noeud j est attractive
(note nij importante), meilleure est la fonction objectif
(valeur plus faible) et que l'attractivité
est un réducteur de distance, la valeur
(dij - nj) pouvant être qualifiée de "distance
psychologique" qui est la distance ressentie effectivement par les
consommateurs et non plus seulement la distance routière ou
temporelle537 538. Un autre avantage de cette nouvelle
formulation que l'on pourrait qualifier de "modèle p-médian
généralisé" est qu'elle est soluble
par les méthodes traditionnelles de résolution
du p-médian puisque la forme de la fonction objectif est
similaire (forme linéaire).
2.3.2 La complexité des méthodes de
résolution du p-médian
L'autre reproche déjà évoqué
au niveau du modèle p-MP concerne cette fois ses
méthodes existantes de résolution. Celles-ci sont très
lourdes et même souvent impossibles à mettre en oeuvre si l'on
considère un réseau de plusieurs centaines de milliers de noeuds.
Quelle tâche herculéenne que d'imaginer vouloir trouver une
solution plus ou moins optimale à un réseau comprenant l'ensemble
des clients potentiels d'une future grande surface ! Un autre
problème
du même ordre, mais cette fois dans le domaine
de la gestion informatique serait de considérer le réseau de
communication Internet et les différents micro-ordinateurs, serveurs et
réseaux Intranet le composant (soit des millions d'ordinateurs à
travers le monde): sur quels serveurs (les noeuds d'activités) serait-il
préférable de localiser les données pour que celles-ci
soient acheminées le plus rapidement possible à destination des
autres ordinateurs (les clients)
connaissant les probabilités de requête (les
demandes ) ?
537 HUBBARD R. (1978) A Review of Selected Factors
Conditioning Consumer Travel Behavior, Journal of
Consumer Research, vol. 5, june, p.1-21.
538 VOLLE P. (1999) Du Marketing des Points de Vente
à Celui des Sites Marchands : Spécificités,
Opportunités
et Questions de Recherche, Cahier n°276, Centre de
Recherche DMSP, juin 1999.
Le problème classique du p-médian a pourtant fait
couler beaucoup d'encre, en témoigne le


nombre d'articles où ce modèle est cité (en
excluant les auto-citations):
Fig. 2.13 - Nombres d'articles traitant du p-médian par
année - source: The Scientific Literature Digital Library
Les 225 articles cités sur 30 ans ne s'attaquent
cependant qu'à l'affinage de la résolution du p- médian
à savoir essentiellement améliorer l'optimalité des
solutions à travers de nouvelles heuristiques
d'amélioration (et rarement des algorithmes de
résolution). Les autres publications de recherche traitent
principalement des applications du p-MP en adaptant le modèle
à certains cas particuliers comme l'efficacité des moteurs de
recherche539, le coloriage
de graphes à l'aide du p-MP et d'un algorithme
génétique540 ou encore la localisation de
simulateurs de conduite de char de l'armée américaine au plus
près des casernes541.
2.3.3 L'analyse typologique : une approche pour simplifier
la problématique du p-MP Peu d'articles abordent vraiment la
partie fondamentale, mais ô combien stratégique de la
formulation ou de la modélisation même du problème p-MP.
Si elle est mieux établie, elle permettra de simplifier le
problème et de parvenir à une solution plus rapidement ou
à une
meilleure solution en utilisant un algorithme plus lent mais plus
performant capable de traiter
539 CRASWELL N. et BAILEY P. (1999) Is it fair to
evaluate Web systems using TREC ad hoc, Department of
Computer Science - CSIRO, The Australian National University
Pub.
540 RIBEIRO FILHO G. et NOGUEIRA LORENA L.A.
(2000) Improvements On Constructive Genetic
Approaches To Graph Coloring, Sao José Dos
Campos, Spain.
541 MURTY K.G. et DJANG P.A. (2000) The US Army
National Guard's Mobile Training Simulator Location and Routing Problem,
US Army Training and Doctrine Analysis Command, Dept. of IOE,
University of
Michigan.
les modèles intégrant un très grand
nombre de noeuds. Cependant, il est à noter qu'un
problème assez étudié et à la mode est
celui de l'analyse typologique (cluster analysis en anglais).
Déjà évoqué par Aristote, cette dernière
consiste à partitionner un ensemble d'entités
en sous-ensembles bien séparés et homogènes
selon un certain nombre de paramètres. Dans le domaine de
l'identification de classes, on peut recenser dans la littérature deux
approches qui
se sont développées, la première
étant celle de la reconnaissance déterministe et de
décision
par sélection de distance; la seconde est
statistique car elle a pour base des probabilités acquises lors
d'une phase d'apprentissage et une décision par
sélection de pénalisations
encourues. En particulier, la classification
séquentielle utilisée par de nombreux chercheurs
dans les procédures de reconnaissance de forme se rattache
à cette dernière approche542 543 544
545 546 547 548. Il existe également
des méthodes de segmentation fondées sur un algorithme
génétique associé à un modèle de
régression549.

Fig. 2.14 - Un exemple de 3 classes , et identifiées par
les variables x1, x2, x3
542 DUDA R.O. et HART P.E. (1973) Pattern
Classification and Scene Analysis Editions J. Wiley, New York, N.Y.
543 TOU J.T. et GONZALEZ R.C. (1974) Pattern
Recognition Principles, Edition Addison-Wesley, Reading,
Mass.
544 FU K.S. (1968) Sequential Methods in Pattern
Recognition and Machine Learning, Editions Academic Press, New York,
N.Y.
545 PAVLIDIS T. (1977) Structural Pattern
Recognition, Editions Springer-Verlag, New York, N.Y.
546 PATRICK E.A. (1972) Fundamentals of Pattern
Recognition, Edition Prentice-Hall, Englewood Cliffs, N.J.
547 POSTAIRE J.G. (1987) De l'Image à la
Décision, Editions Dunod-Informatique Bordas, Paris.
548 CHEN C.H. (1973) Statistical Pattern
Recognition, Editions Spartan Books, Rochelle Park, N.J.
549 AURIFEILLE J.M. (2000) A Bio-mimetic
Approach to Marketing Segmentation : Principles and
Comparative Analysis, European Journal of Economic and Social
Systems 14 N°1, p. 93-108.
Si l'analyse typologique intéresse principalement le
domaine des mathématiques statistiques, elle recense également
des applications dans le domaine de la localisation et du problème p-
médian550 (voir son utilisation au § 2.4.2.4. dans la
délimitation des zones de chalandise). Un exemple récent est
représenté par la décomposition de la Suisse ou
plutôt des 2863 principales communes suisses en 23 cellules
associées chacune à un centre urbain551 selon
diverses
méthodes comparées: p-médian,
méthode Alt552, algorithme de
décomposition553. Le
problème est en premier lieu d'identifier les 23
centres urbains et d'y affecter ensuite des communes selon le
critère du plus proche voisin en terme de distance à vol
d'oiseau. Selon notre point de vue, cette analyse typologique
géographique peut conduire en quelque sorte à une simplification
du problème p-médian, dans le sens où, plutôt que
prendre comme noeuds
du réseau l'ensemble des 2863 communes au sein
desquelles on rechercherait une ou plusieurs localisations optimales, on
pourrait plus aisément considérer les 23 centres urbains
comme étant les noeuds d'un réseau p-médian
simplifié: l'étape d'analyse typologique constituerait une
étape amont destinée à constituer ce réseau
p-médian simplifié (avec comme noeuds les 23 centres
urbains) préalablement à sa résolution.
Mais, cette manière de simplifier le
problème p-médian comporterait de nombreuses limitations
dont celle en premier lieu de devoir spécifier à l'avance en
combien de classes (et donc de noeuds du futur réseau p-médian
simplifié) il conviendrait de partitionner l'ensemble des
entités de départ: ainsi, dans le problème
précédent, il a été fixé
d'entrée de jeu de partitionner le territoire suisse en un nombre de
23 cellules associées à 23 centres urbains sans
que ce nombre ait été ultérieurement
justifié.
550 ROGER P. (1983) Description du Comportement
Spatial du Consommateur, Thèse de Doctorat, Lille.
551 TAILLARD E.D. (1996) Heuristic Methods for Large
Centroid Clustering Problems, Technical Report Idsia
96-96, Idsia.
552 COOPER L.G. (1963) Location-Allocation Problems,
Operations Research 11, 331-341.
553 TAILLARD E.D. (1996) Heuristic Methods for Large
Centroid Clustering Problems, Technical Report Idsia
96-96.

Fig. 2.15- Partition des communes suisses en 23 cellules
représentées chacune par un centre urbain 554
Les exemples personnels suivants illustrent le principe de
l'analyse typologique utilisée dans
le cadre du p-médian et l'erreur dans la recherche
d'une localisation optimale qui peut résulter d'un nombre
prédéfini de partitions. D'abord, un cas où l'approche de
l'analyse typologique fonctionne bien: considérons 76 villes de
même taille réparties sur un territoire, chaque ville étant
représentée par un cercle :
554 TAILLARD E.D. (1996) Heuristic Methods for Large
Centroid Clustering Problems, Technical Report Idsia
96-96, Idsia.

Fig. 2.16 - Les 76 villes représentées chacune par
un cercle
Si l'on décide de partitionner l'espace
géographique en deux par la méthode des k-plus
proches voisins (k=2) par exemple, on aura deux régions A et B avec
leurs centres respectifs,
les noeuds a et b:

Fig. 2.17 - Partition des 76 villes en 2 ensembles
Prenons comme poids des noeuds a et b de ce réseau
pondéré, l'importance de la population représentée
respectivement par le nombre de villes des deux ensembles soit 39 villes
et 37 villes. Alors la localisation optimale d'une activité
unique selon le problème 1-médian sera choisie au noeud a
car il a un coefficient de pondération plus important. Mais, si l'on
choisit un nombre de partitions égal à 4, on obtient alors la
répartition suivante avec chacun des noeuds reliés aux noeuds de
ceux des autres ensembles les plus proches:

Fig. 2.18 - Partition des 76 villes en 4 ensembles
Le centre optimal est alors situé sur le noeud de
l'ensemble A' qui correspond bien au noeud a
de l'ensemble A précédemment. Si on
considère maintenant le contre-exemple suivant avec 3
partitionsde 17 villes, la droite verticale passant par O
étant la droite médiane du segment ab:

Fig. 2.19 - Partition de 17 villes en 3 ensembles
Selon le modèle 1-médian, le centre optimal est
situé au noeud b. En considérant une partition
en deux ensembles, le centre optimal est cette fois
situé au noeud a puisque que sa partition a
une pondération plus élevée en nombre de
villes (9 villes):

Fig. 2.20 - Partition des 17 villes en 2 ensembles
De plus, on peut se poser la question de savoir si certaines
villes, ou paquets de villes, très éloignées valent ou non
la peine d'être prises en compte dans l'étude de localisation:
quel que soit leur potentiel de clientèle même faible, leur
éloignement a tendance à attirer vers elles le (ou les) site(s)
à implanter sans que cela ne vaille peut-être la peine.
Dans l'exemple précédent, la partition constituée des
quatre villes du noeud c est d'une importance moindre devant les deux autres
partitions des noeuds a (7 villes) et b (6 villes). Si le problème
était de livrer un produit ou un service à partir du noeud a
à un ensemble de clients, faudrait-il intégrer
les clients associés au noeud c qui, compte tenu du
faible potentiel et du coût de déplacement, engendrerait une
faible rentabilité ? La réponse à cette question n'est pas
fournie par l'analyse typologique et ses méthodes de partition qui
traitent le problème d'une manière brute et
mathématique.
Outre le fait de fournir des résultats
rationnels, le développement de méthodes plus
performantes dans la recherche de localisations optimales
doit conduire à notre sens, à
améliorer la capacité du p-médian
à traiter des réseaux de plus en plus importants afin
de modéliser de manière plus précise le monde réel
et pouvoir prendre en compte par exemple l'ensemble des clients d'une grande
surface, le réseau Internet et ses nombreux ordinateurs, la
totalité des entrepôts d'un transporteur,...
Conclusion
Ainsi, les théories de la localisation rassemblent un
certain nombre de modèles dont certains comme le modèle de
Christaller ou la loi de Hotelling, deviennent plutôt des
curiosités intellectuelles en présentant la réalité
sous un jour très idéal, mais permettent néanmoins de
prendre conscience des phénomènes non-aléatoires de
répartition des activités commerciales dans l'espace. D'autres
modèles dérivant de la loi de Reilly comme les modèles MCI
ou MNL
ont permis d'analyser les variations de
fréquentation selon les caractéristiques de
l'environnement ou du point de vente considéré. Leur mise
en oeuvre pour répondre aux problématiques de localisation
reste cependant ardue d'une part par le fait qu'il faille identifier
précisément quels sont les paramètres fondamentaux jouant
sur le choix des consommateurs
de tel ou tel magasin en se fondant sur l'expérience,
et d'autre part, car il est nécessaire de rassembler les données
relatives à ces paramètres avant de lancer l'analyse : rien ne
prouve d'un autre côté que les paramètres identifiés
dans une zone soient transposables dans celle où l'on recherche un ou
plusieurs emplacements commerciaux. Les modèles de localisation
multiple comme le modèle p-médian jouent essentiellement
sur la notion de distance en choisissant les sites les plus proches d'une
clientèle potentielle. D'autres variables comme le coût
d'ouverture des points de vente, les coûts de déplacement
ou même une mesure de
l'attractivité des points de vente avec le modèle
Multiloc555, peuvent être pris en compte dans
ces modèles ce qui est susceptible de les
rendre assez intéressants pour la recherche de localisations
multiples optimales. Mais, les algorithmes approchés permettant de
résoudre ces problèmes élaborés, trop lents, ne
sont pas suffisamment performants pour être utilisés tels
quels. Partant d'une base de données de clients potentiels, le processus
initial de modélisation conduisant à un réseau de
localisation-allocation s'avère souvent être une tâche
difficile.
555 ACHABAL D.D., GORR W.L. et MAHAJAN V.
(1982) Multiloc : A Multiple Store Location Decision
Model, Journal of Retailing, 58.
Alliés au modèle le plus adapté
à la localisation multiple de points de vente
c'est-à-dire le modèle p-médian, les principes du
traitement du signal introduits dans le chapitre suivant
réussiront à surmonter ces difficultés en facilitant
considérablement à la fois la modélisation d'un
réseau de localisation-allocation et la résolution de ce
modèle. D'autres avantages
complémentaires apparaîtront à la lecture de
l'exposé.
Chapitre 3
L'apport du traitement du signal dans le modèle
p-médian
Introduction
Comme nous l'avons vu au chapitre précédent, la
problématique de recherche de localisations optimales mérite
d'être repensée à la fois sur le plan de la
modélisation et au niveau de la résolution ultérieure
du modèle. Pour cela, il nous est apparu comme pratiquement
logique que les informations concernant la clientèle potentielle des
futurs points de vente devaient être réagencées et si
nécessaire "pré-digérées" au lieu de se
lancer à corps perdu dans la construction d'un modèle
trop complexe à résoudre. Ce pré-traitement peut
être réalisé en faisant appel à une technique de
traitement de l'information assez élaborée et
dénommée dans
le jargon scientifique «traitement du
signal». Le traitement du signal est un domaine d'importance
si l'on s'en réfère aux 50 000 ingénieurs
travaillant sur ce sujet directement à travers le monde et
plusieurs centaines de milliers indirectement. Cette science bien
qu'inconnue il y a cinquante ans, s'est discrètement introduite
dans notre vie quotidienne à travers l'électronique,
l'informatique ou les télécommunications. On pourrait
qualifier le traitement du signal de technique capable de
réaliser des opérations variées sur une
information quantifiable dont la valeur est mesurable sur une certaine
période. Ces opérations peuvent être une simple conversion
(par exemple entre informations analogiques et digitales), une compression de
l'information pour minimiser le nombre de données qui la
caractérise, une correction d'erreur, une amplification destinée
à accroître l'amplitude de cette information,...
Or, malgré la richesse de la recherche en traitement du
signal, sa contribution aux sciences de gestion et en particulier au
géomarketing s'avère pour l'instant très mince. Nous
verrons au cours de ce chapitre que le traitement du signal se combine pourtant
très harmonieusement aux modèles de localisation-allocation
en particulier au modèle p-médian pour faciliter la
recherche de localisations multiples.
3.1 Une nouvelle approche du p-MP par le traitement du
signal : premier aperçu d'un nouvel algorithme rapide de
multilocalisation d'activités
Nous avons abordé le problème de recherche
de localisations optimales par une approche modélisatrice.
L'approche modélisatrice passe par une attention portée à
ce qui est représenté, mais aussi à la symbolisation de ce
qui est représenté, donc aux fondements et aux
propriétés même de la projection556. "Le
système de modélisation est récursif,
s'établissant dans l'interaction entre le système
modélisé (le phénomène perçu comme complexe)
et le système modélisant. [...] Le système de
modélisation (le modélisateur concevant et
interprétant le modèle d'un système complexe) se comprend
comme s'auto-finalisant : il élabore ses projets,
il est projectif "557. Ainsi, le premier
niveau de notre réflexion est global et peut nous conduire
à retenir une méthodologie. Ensuite, les
idées vont se transformer en variables au niveau du système,
"cet ensemble d'unités en interrelations
mutuelles558" qui seront alors analysées et
organisées pour parvenir à des conclusions en effectuant
un retour vers le niveau initial (processus récursif).
Ceci nous a conduit à élaborer un algorithme du
type poupées russes. Son organigramme sera d'ores et déjà
présenté étant donné que certaines de ses
fonctionnalités, comme la délimitation
de zones de chalandise, mériterons d'être
améliorées vis-à-vis de l'état de l'art
existant (cf. chapitre II). La modélisation des données a
été faite par une analyse systémique de la zone de
chalandise composée de la demande 'les clients). Il s'agit de
définir un modèle de données de
la zone de chalandise composée d'objets
c'est-à-dire les aires de la zone de chalandise denses
en clientèle (voir pages suivantes). Cette approche
correspond à l'idée de modélisation
556 MABILLOT V. (2000) Mises en Scène
de l'Interactivité : Représentations des Utilisateurs dans
les
Dispositifs de Médiations Interactives, Thèse
soutenue le 7 janvier 2000, Université de Lyon II, p.6
557 LE MOIGNE J.L. (1990) La modélisation
des Systèmes Complexes, Bordas, Paris, 178p.
558 VON BERTALANFFY L. (1968) Théorie
générale des systèmes, Trad. fr. par J. B. Chabrol.,
Dunod, Paris.
projective avancée par Le Moigne où le
territoire géographique est analysée à
différentes échelles 559.
Rappelons et résumons tout d'abord à nouveau la
problématique à résoudre.
Problématique:
Trouver les localisations optimales pour un ensemble de p
activités destinées chacune à servir
un ensemble de clients, de telle manière que la somme
totale des distances de l'ensemble des activités à ses clients
soit minimale, avec la contrainte que le nombre n de clients est
élevé. Les données disponibles sont au minimum la
localisation spatiale des clients représentée par exemple par
leurs adresses, le nombre p d'activités à localiser et
éventuellement le niveau de demande de chaque client quant aux services
ou aux produits offerts par lesdites activités.
L'algorithme recherchera une solution globale avant de
s'attaquer à la recherche d'une solution locale ce qui permettra de
simplifier le problème. Voici l'organigramme de l'algorithme
proposé :
559 CRAUSAZ P.A., MUSY A., MATTEI A. (1999) GESREAU :
GESREAU: Ein Konzept für ein Integriertes
Management der Fliessgewässer, Rapport de l'Hydram, Suisse,
p.6
Nous proposons dans ce cadre l'algorithme global suivant qui
prendra en compte les données
disponibles pour les traiter dans l'optique de résoudre la
problématique exposée :
Initialisation:
Echelle Globale
Géocodage: Repérer
les
1 clients à l'aide de leurs
coordonnées spatiales.
Délimitation: Délimiter des
zones homogènes de
2 localisation de clients à
l'aide de filtres et/ou d'un
algorithme morphologique.
Identification des centres
3 de gravité: les centres de
gravité constitueront les
noeuds d'un réseau.
Changement d'échelle: Echelle plus fin e,
locale
Résolution du p-MP: les
4 algorithmes du p-médian sont
utilisés pour trouver les
p localisations d'activités.
La résolution est-
elle suffisante ?
Non
Oui
Fin
Fig. 3.1 - Organigramme du nouvel algorithme proposé
Explicitons le fonctionnement de cet algorithme
avant d'étudier plus précisément ses
différentes fonctions: notre procédure de recherche de
localisations optimales comprend donc quatre phases suivies d'une boucle de
rétroaction. Elle fonctionne en quelque sorte par effet
loupe en s'attachant dans un premier temps à
déterminer les meilleurs emplacements au niveau global, par exemple
au niveau national, puis à faire une boucle pour réitérer
le même processus mais au niveau local. Les noeuds du
modèle p-médian sont constitués dans un premier temps
des zones géographiques (zones de chalandise) dans lesquelles la
densité de clients est homogène et plus importante qu'ailleurs.
Les frontières de ces zones de chalandise seront
déterminées, comme nous le verrons plus loin, par les
méthodes classiques utilisées en traitement du signal qui
rassemble en fait un ensemble d'outils mathématiques
destinés à extraire de manière rapide des informations
précises d'une source.
Dans un second temps, on se concentrera sur les p
noeuds calculés par l'algorithme de résolution et on
déterminera au sein de chacun de ces p zones géographiques
à nouveau un certain nombre de noeuds constitués de la
même manière de zones de clientèle homogènes
mais au niveau local cette fois. Le modèle p-médian (ou
un autre modèle incorporant des paramètres de coût, de
concurrence ou des critères socio-économiques) sera
ré-appliqué dans chacune de ces p zones locales de
manière à améliorer la précision de
localisation des activités.
Les dessins suivants résument le fonctionnement de
ce nouvel algorithme fondé sur la délimitation de zones de
chalandise.
1

La phase 1 consiste à codifier les
adresses de clients potentiels ou réels
en termes de coordonnées géographiques, adresses
tirées d'une base de données. On pourra alors obtenir une
représentation cartographique des différentes localisations de
la clientèle, chaque client étant représenté
par un point.

2
La phase 2 correspond à la
délimitation des "paquets" de clients ou aires appartenant
à la zone de chalandise. Nous utiliserons dans cette optique les
techniques de traitement du signal qui font aussi l'originalité
de notre démarche.
3

On calculera dans la phase 3 les
coordonnées des centres de gravité
de chaque aire délimitée dans la phase
précédente de manière à modéliser un
réseau: les noeuds du réseau seront représentés par
les centres de gravité et les segments par les distances
routières ou par un indicateur d'éloignement (temporel,
kilométrique, généralisé...). Des localisations
potentielles supplémentaires pourront d'autre part être
introduites comme noeud même si elles ne comptent pas de
clients. Ce réseau peut être, si nécessaire,
pondéré et dans ce cas, à chaque noeud sera
affecté un poids représentatif de l'importance de
la clientèle ou de son potentiel.
4

Dans la phase 4, le réseau sera
résolu sur la base du modèle p-médian grâce aux
algorithmes classiques de résolution et d'amélioration. On
aboutira donc au choix de certains noeuds comme localisations
optimales.

Rétroaction et changement d'échelle:
après avoir identifié les p noeuds optimaux par
l'algorithme du p-médian, on pourra, si un degré de
précision supplémentaire s'avère nécessaire,
réitérer le processus en se concentrant cette fois au niveau de
chaque noeud. L'examen d'aires de plus en plus petites pour améliorer la
finesse du choix de localisation pourra se faire autant de fois que
souhaité sous réserve de l'existence d'un nombre suffisant
de clients ou d'emplacements potentiels à cette échelle.
Ainsi, la partie centrale et novatrice de cette méthode
est constituée par la délimitation des
aires de chalandise (zones denses de clientèle appartenant
à la zone de chalandise) au niveau
desquelles il sera possible de définir un centre de
gravité caractérisant la localisation spatiale
de ladite aire. Ces centres de gravité
constitueront les noeuds d'un modèle p-médian. Il est donc
fondamental de définir avec précision les contours de
ces aires de chalandise: une évaluation grossière des
frontières induira nécessairement un repérage des centres
de gravité entachés d'erreurs ce qui ne manquera pas de se
répercuter sur le résultat final de localisation des p centres au
niveau global et plus encore au niveau local. La deuxième innovation
découle
du fait que l'on simplifie le problème en
l'appréhendant de manière globale grâce à
l'identification de "paquets" de clients, et qu'ensuite seulement, on
pousse l'analyse dans le détail en recherchant dans les zones
intéressantes des emplacements plus précis toujours en utilisant
la délimitation d'aires de chalandise caractérisées
par leurs centres de gravité et le modèle p-médian.
Cette technique utilise à la fois des principes de la localisation
discrète (à travers le modèle p-médian) et
celles du modèle planaire (à travers le calcul de
centres de gravité).
Le prochain paragraphe donnera tout d'abord
l'occasion de récapituler les techniques existantes de
traitement du signal, puis de montrer leur capacité à
s'intégrer dans une problématique de multilocalisation
d'activités du type p-médian.
3.2 Méthodes de délimitation fondées
sur le traitement du signal et l'analyse d'image
La première étape de l'algorithme introduit
précédemment et destiné à localiser un ensemble
de points de vente avec un bon niveau
d'optimalité consiste à délimiter les zones de
chalandise. Or, comme on l'a vu au chapitre 1, les méthodes
actuelles de délimitations comportent un grand nombre de lacunes et
d'imprécisions.
3.2.1 Introduction au traitement du signal et à
l'analyse d'image
Les limitations précédentes se devaient
d'être surmontées en introduisant une nouvelle approche pour
délimiter les aires composant la zone de chalandise ou même toute
autre zone géographique possédant des
caractéristiques commerciales, économiques, sociologiques
propres. Cette nouvelle solution devait à la fois être rapide,
précise et pouvoir être convertie
en algorithmes de manière à pouvoir être mise
en application sur ordinateur et de préférence sur les
calculateurs les plus courants du marché, c'est-à-dire les
micro-ordinateurs.
Pour répondre à ces exigences, il est un
fait que les algorithmes nécessitant la plus grande vitesse
d'exécution sont ceux fonctionnant en dynamique. Dans ce cas, les
informations issues
de capteurs sont fournies en temps réel au calculateur
qui les traite au même rythme que les données sont
prélevées. Outre les applications purement
électroniques, les domaines qui utilisent ce genre de
traitement d'information ne sont pas légion et se
rassemblent essentiellement autour du traitement du signal. Le traitement du
signal vise à interpréter une information possédant une
certaine continuité soit dans le temps, soit dans l'espace. Il s'agit
ainsi d'arriver à distinguer, dans la masse de données, les
informations non-aléatoires, et de caractériser ces
données atypiques pour éventuellement les reconnaître
à chaque fois qu'elles
se présenteront à nouveau. De nombreuses
applications utilisent les principes du traitement du signal dont la plus
élaborée est la vision artificielle, une technique
complémentaire de la robotique. D'autres disciplines font largement
appel au traitement du signal comme toutes les sciences désireuses de
rendre de façon automatique le résultat de leurs observations.
Ainsi,
ont procédé la cristallographie et la
biologie en microscopie électronique, la médecine en
échographie et radiographie, la géographie et la géologie
pour traiter les images prises d'avion
ou de satellite, l'acoustique pour les signaux sonores, la
climatologie dans l'interprétation des
images radars, la physique pour l'examen des spectrographes,
etc... Les premières études sur
la vision artificielle furent menées à
partir de 1950 par Gibson 560 à Boston puis dans
les années 60 dans le domaine de la recherche spatiale en particulier
pour tout ce qui concerne le traitement des images provenant des sondes et des
satellites. Plus tard, la robotique, avec les travaux de Binford 561
et de Horn 562 563, a pris le relais dans le
développement de ce domaine récent qui allait désormais
s'appeler visionique ou computer vision en anglais.
On observe une grande similitude entre les
données issues de capteurs électroniques ou optiques et les
données géomarketing. Ces données, quelle qu'en soit la
source, sont en effet variables dans l'espace et dans le temps. D'autre part,
les capteurs ou les moyens d'obtention des informations marketing
n'étant pas parfaits, elles comportent toutes des erreurs de mesure soit
aléatoires du type neige, soit de type absences d'information,
soit encore de type perturbations hautes ou basses fréquences
liées à des interférences dans le cas de capteurs
"physiques" ou liées au mode de collecte des données dans le cas
de données géomarketing.
McKay 564, de l'Université d'Indiana, fut le
premier à avoir noté que les données
géomarketing
comportaient un signal de base avec une perturbation,
le bruit, à éliminer par un filtrage approprié. Son
travail s'est malheureusement limité à un filtre médian de
base sans explorer toutes les possibilités qu'offre la science du
signal.
Il y a quatre étapes fondamentales qui se succèdent
d'une façon générale dans le processus d'analyse du signal
et qui sont dans l'ordre:
%o l'acquisition des données par un
capteur, dans le cas du géomarketing, ce capteur prenant la forme
d'une enquête auprès d'une population donnée de clients
effectifs, de
clients potentiels, de non-clients ou de toutes autres
informations commerciales
560 GIBSON J.J. (1950) The Perception of the
Visual World, Editions Houghton-Miffin, Mass., Boston.
561 BINFORD T. (1971) Visual Perception by Computer,
IEEE Systems Science & Cybernetics Conference, FA, Miami.
562 HORN B.K.P. (1975) The Psychology of Computer
Vision, Editeur P.Winston, NY.
563 HORN B.K.P. (1986) Robot Vision,
Editions MIT, Press Mc Graw-Hill, NY.
564 MCKAY D.B. (1973) Spatial Measurement of Retail
Store Demand, Journal of Marketing Research, 10, 4, p.
447-453.
quantifiées et liées à une
localisation géographique précise. Dans le cas de
données d'adresses, celles-ci sont géocodées afin
d'obtenir une cartographie représentant l'ensemble des clients
potentiels.
%o le pré-traitement des données
destiné à éliminer les imperfections du capteur
ou de
la source d'information à savoir dans le cas d'une
enquête marketing, les non-réponses
ou l'absence de réponse, les fausses
réponses, les erreurs d'échantillonnage ou les biais,
%o le traitement à proprement parler
qui s'attache dans notre problématique à détecter
par des algorithmes les frontières de la zone de chalandise,
%o l'exploitation des résultats qui
vise à caractériser les informations extraites de la
masse des données, ici, en l'occurrence, il s'agit de donner les
caractères propres à la zone de chalandise,
c'est-à-dire les paramètres géométriques qui
vont nous servir à construire le modèle p-médian tels
que les coordonnées des centres de gravité (noeuds
du réseau) de chaque aire composant la zone de
chalandise ou éventuellement la surface de ces aires (qui pourra
constituer une possibilité de mesure de la demande).
Nous allons maintenant décrire plus
précisément les étapes de pré-traitement
et de délimitation des zones de chalandise sachant que nous supposons
avoir obtenu à ce stade une cartographie des données d'adresses
clients. Les deux étapes suivantes seront illustrées par des
exemples concrets de délimitation de zones de chalandise
théoriques. A noter que la répartition de clients dans
l'espace va être prise en considération à titre d'exemple,
mais on aurait aussi bien pu, en suivant les mêmes
méthodes, s'attacher à la délimitation de zones
d'implantation de commerces ou d'activités de services.
3.2 2 Le géocodage et la représentation des
données géomarketing
La première phase de notre algorithme consiste donc
à repérer les coordonnées géographiques des
clients: leur localisation conditionnera en effet le choix
d'une (ou de plusieurs) localisation(s) d'activités. Supposons
qu'on connaisse la localisation géographique de la
clientèle d'un point de vente. Une base de données
d'adresses peut être construite grâce à l'information
obtenue à partir:
1- des cartes de fidélité (grands magasins,
chaînes) 
2- des modes de paiement comme les chèques (magasins,
banques)

3- des bulletins d'un jeu-concours spécialement
organisé pour l'occasion 

4- d'un repérage des immatriculations des véhicules
sur le parking
s)
5- d'une enquête directe (questionnaire auprès des
client

.
En utilisant en premier lieu, la méthode empirique, on
représente chaque adresse client par un
point sur un graphique correspondant au plan
géographique 2D (géocodage), on obtient un nuage de points
dont la densité varie dans le plan en fonction de la
concentration de la clientèle. Les amas de points figurent les zones
de chalandise à partir desquelles le point de vente tire l'essentiel de
sa clientèle. L'oeil humain réussit assez bien, en visualisant
une telle carte, à délimiter les frontières de ces
amas grâce à ses fonctions performantes d'analyse spectrale.
Ceci dit, la vision humaine n'est pas parfaite et un examen visuel, outre le
fait que
ce mode de procédure, pour délimiter les zones de
chalandise, est long et fastidieux, risque de
conduire à des erreurs d'interprétation.
La délimitation analytique des aires denses
s'avère aussi difficile sur le plan mathématique mais
nécessaire néanmoins si l'on veut non seulement bien
connaître sa clientèle, par exemple pour de futures
opérations promotionnelles (mailing par quartier), mais aussi pour
s'assurer de
la bonne localisation de ses points de vente.

Y
O X
Fig. 3.2 - Exemple de représentation de clients sous forme
de pixels
Si l'on revient au cas précédent,
l'analyse peut porter sur les données d'adresses clients
précédemment évoquées ou bien encore sur les
données de fréquentation du point de vente. A chacun des k
clients C1,...Ck , recensés, on peut associer une fréquentation
du point de vente respectivement f1,...,fk sur une période T qui est
choisie de manière adéquate (une semaine, un mois, un an,...)
selon le type de point de vente considéré.
Les données d'enquête sont de type discret tout
comme les données graphiques numériques,
ce qui facilite leur représentation visuelle (Le
présent exposé mathématique pourrait être
établi sans mise en parallèle avec une quelconque
représentation visuelle, mais cette approche
en facilite la compréhension).
Chaque adresse d'un client Ci correspond à un point
allumé soit un pixel noir de coordonnées
(xi, yi) dans une base orthonormée (OX,OY) : i
variant de 1 à n et j de 1 à m pour un
découpage de la région géographique analysée en n x
m petites zones (xi,yi). Le pixel noir (présence d'au moins un
client) ou blanc (absence de client) correspond dans ce cas à
un élément de l'espace géographique quadrillé sous
forme d'un réseau carré. Ceci dit, le réseau carré
(matriciel), bien que très pratique, n'est pas forcément la
partition la plus adéquate de l'espace géographique, car celle-ci
ne conserve pas les propriétés topologiques du monde
réel,
et en particulier la propriété de connexité
(contrairement au réseau hexagonal).
Pour améliorer la représentativité de
la zone de chalandise, on peut faire correspondre à chaque
pixel un niveau linéaire de gris (ou de couleur) en fonction soit du
nombre de clients dans la zone (xi,yi), soit de la somme f = fij
des fréquentations du point de vente par l'ensemble des clients de
la zone (xi,yi) sur une période T. Ce codage est souhaitable lorsque
le quadrillage de la zone géographique possède une
faible résolution (peu de pixels). D'autres
variables peuvent être bien sûr prises en compte
selon les préoccupations de l'analyse, comme
le chiffre d'affaires (ou la rentabilité)
lié à chaque client sur une période de temps. Si
l'on considère par exemple chaque pixel d'une matrice carrée 512
x 512, formé d'une information codée sur 8 bits, on a alors
256 niveaux de valeurs disponibles pour chaque point pour un
encombrement mémoire sur 256 k octets. Le dessin suivant montre
une possibilité de représentation des points-clients sur une
carte bidimensionnelle.
Y
O
X
Fig. 3.3 - Exemple de localisation de clients associés
à leur fréquentation, sous forme d'un nuage de pixels en niveaux
de gris
Il existe cependant de nombreuses possibilités
différentes de représentations graphiques des
données géomarketing que par des points comme :
%o la projection cavalière qui est une
représentation en 3 dimensions des données
géomarketing (exemple: niveau de fréquentation des clients d'un
magasin) dans l'espace géographique:

Fig. 3.4 - Exemple de projection cavalière
%o les lignes de Niveau délimitant les
frontières de zones possédant des valeurs homogènes
(exemple: niveaux d'équi-fréquentation):

Fig. 3.5 - Exemple de lignes de niveaux
%o le code Ternaire qui est une simplification de
la représentation ponctuelle. Ce code de représentation ne
possède que 3 valeurs possibles avec par exemple, si l'on
considère les différents types de zones d'une ville en termes de
fréquentations d'un point de vente, les zones comptant au moins un
client (point foncé), les zones comptant uniquement des
habitants non-clients (point clair) et les zones urbaines sans
habitants (en blanc):

Fig. 3.6 - Exemple de représentation en code ternaire
Après avoir vu les modes de représentation
possible des données géomarketing et la manière d'obtenir
les adresses, l'étape suivante consiste à délimiter les
aires denses en terme de clients dont le regroupement est appelé
communément "zone de chalandise" (la zone concentrant au mieux le
meilleur du potentiel commercial). Après avoir rappelé les
différentes approches de
ces aires dans la littérature, nous nous proposons
d'introduire de nouvelles méthodes de délimitation pour
pallier le manque de précision et de rapidité des méthodes
actuelles.
3.2.3 Le prétraitement des données par
filtrage
Le prétraitement des données d'enquête
est destiné à faciliter l'analyse des données sans
réduire la qualité de l'information disponible, bien au
contraire. En traitement du signal, la principale méthode
consiste en un filtrage ondulatoire (une image ou une enquête
sur un secteur géographique étant une onde bidimensionnelle). On
cherchera ainsi non seulement à accentuer le crénelage
(accentuation des contours entre les zones de différentes
caractéristiques à peu près homogènes), mais
aussi à s'affranchir de la pollution par des données
atypiques (bruit) dues par exemple à des erreurs
d'enquête (ex. mauvaise administration ou saisie), aux fausses
réponses (ex. fausse adresse) ou tout simplement à des
réponses marginales au sein de la zone de caractéristiques
homogènes.
Comme on l'a déjà vu, McKay est le premier à
avoir utilisé la technique du filtrage sur des
données de localisation spatiale d'un
échantillon de clients 565 en constatant que ces
informations étaient composées d'un signal fondamental de base et
d'un signal perturbateur ou bruit dont il fallait s'affranchir. Mais, cette
imperfection des données n'était pour lui que le fait
de fortes différences comportementales entre des
consommateurs habitant à proximité les uns des autres, alors
que le bruit trouve aussi son origine dans des informations
erronées ou manquantes. Etudiant un échantillon d'une
centaine de clients seulement, le traitement des données
s'était limité à l'utilisation d'un filtre binomial
(filtrage en moyenne pondérée) du
type:
1 / 16
C = [cmn]= 2 / 16
1 / 16
2 / 16
4 / 16
2 / 16
1 / 16
2 / 16
1 / 16
avec, si Zij représente la valeur
mesurée au point de localisation (Xi, Yi), une
nouvelle valeur
Wij modifiée par ce filtre est donnée par :
M N
W ij
=
m = -M n = -N
cmn Z i + m,
j + n
le filtre ayant pour dimension 2M+1 par 2N+1 (c'est-à-dire
M= et N =1 pour le filtre binomial
précédent). Comme on va le voir, le filtre binomial
bien qu'éliminant le bruit lié par exemple à des erreurs
d'enquête n'est pas le plus recommandé pour conserver les
contours.
Le filtrage spatial repose d'une manière
générale sur des opérations ponctuelles appliquées
de manière itérative sur chaque valeur ou agrégat de
valeurs d'une matrice ou d'une image (en quelque sorte des opérations
portant sur les aires géographiques regroupant des clients d'un niveau
moyen de fréquentation homogène). Les filtres spatiaux les plus
courants sont:
565 McKAY D.B. (1973) Spatial Measurement of Retail
Store Demand, Journal of Marketing Research, 10, 4, p.
447-453.
- le filtre en moyenne
- le filtre médian
- le filtre sigma
- le filtre Nagao
Il est également intéressant d'utiliser la
transformation de dilatation lorsque les points
représentant les clients sont assez éloignés les uns des
autres et qu'il n'y alors pas possibilité
de distinguer de forme claire de la zone de chalandise.
Le filtre en moyenne
Ce traitement revient à traiter la matrice de
données en prenant comme nouvelle valeur de chaque point, la
moyenne du point considéré aggloméré avec ses
voisins. Il correspond en fait
au filtre binomial avec des coefficients de pondération
égaux à 1. Dans une matrice, chaque élément
(excepté sur les bords) compte 8 voisins adjacents de
même que sur une image à matrice carrée.

Fig. 3.7- 8 voisins adjacents à un point central
Ainsi, la nouvelle valeur f 'i,j de fi,j est :
f 'i,j = [fi,j + fi+1,j+1
+ fi+1,j + fi,j+1 + fi-1,j-1 +
fi-1,j + fi,j-1 + fi+1,j-1 +
fi-1,j+1] / 9
Ce procédé comme tous les filtres binomiaux en
général a l'inconvénient de lisser les données mais
lisse aussi les transitions (les bords d'objets à fort gradient
d'intensité deviennent souvent
flous). Très simple, rapide, il n'est à utiliser
que lorsque la densité des clients dans les aires de chalandise est
faible afin d'obtenir un effet de lissage fort.
le filtre médian
Le filtrage en moyenne compte tenu de ses inconvénients
peut être avantageusement remplacé
par le filtrage médian, un filtre passe-bas qui a tendance
à accentuer les intensités sans lisser
les bords. La médiane M d'une variable x vérifie
par définition les probabilités suivantes: P(x M) 1/2 et P(M
x) 1/2
Le filtrage médian élimine le bruit de type neige
(erreur dispersée de façon aléatoire) mais au
détriment d'une légère perte de
résolution.
L'exemple suivant représente la même
représentation des localisations de clients virtuels selon leurs niveaux
de fréquentation d'un point de vente (les points foncés
représentent les clients fréquentant assidûment le
magasin, les points plus clairs les clients moins fidèles). Le dessin
à côté montre cette cartographie
traitée par deux filtres médians successifs: les aires de
chalandise à forte fréquentation de clients apparaissent plus
nettement (zones foncées) ce qui facilitera la délimitation des
frontières :
Fig. 3.8 - Adresses clients associées aux
fréquentations Fig. 3.9 - La représentation traitée par 2
filtres médians


Comme vu précédemment (§ 1.4), nous
remarquons que les zones denses de clientèle ne
forment pas un ensemble géographique compact
566, mais se répartissent en différentes aires
de chalandise (nous dirons que la zone de chalandise se compose
en fait de plusieurs aires de chalandise).
le filtre sigma
Le filtre sigma est surtout un filtre de débruitage. A
tout point (i, j) de la zone image active de niveau de fi,j est
affectée la moyenne de ses voisins dont le niveau appartient
à l'intervalle centré en fi,j de demi-largeur 2 sigma,
sigma étant la variance locale dans la fenêtre.
Toutefois, si le nombre de voisins appartenant à cet intervalle est
inférieur ou égal au nombre
de voisins V=2L+1, alors f i,j sera remplacé par la
moyenne de ses huit voisins immédiats.
Ce traitement est bien adapté au filtrage d'un
bruit impulsionnel (erreur très forte, répétée
mais localisée, cas de réponses totalement erronées
mais rares), en choisissant <2 et L=1 (V=2L+1=3, correspondant
à un voisinage 3x3) ce qui peut être le cas si les
données géomarketing présentent des erreurs importantes
mais espacées.
le filtre de Nagao
Un des filtrages spatiaux les plus utilisés et
les plus intéressants de nos jours est celui de Nagao
567. On considère cette fois le voisinage d'un pas
de deux éléments (ou plus généralement de e
éléments) autour du point (i, j) considéré, soit
une sous-matrice de 5 x 5 =
25 éléments. On calcule ensuite pour 9
configurations compactes d'éléments de 3 types
différents (voir dessin suivant), la moyenne et la variance des
valeurs des éléments les
composant.
566 CLIQUET G., FADY A., BASSET G. (2002)
Management de la Distribution, Dunod, Paris.
567 NAGAO M., (1979) Edge Preserving Smoothing,
CGIP, vol. 9, p.394-407.
1 du type (1) + 4 du type (2) + 4 du type (3)

Fig. 3.10 - Les 3 catégories des 9 configurations du
filtrage de Nagao sur lesquelles porte le calcul des moyennes et des
variances
La nouvelle valeur choisie pour le point (i, j) est alors
celle de la moyenne correspondant à la plus faible variance. Ce
traitement est réalisé en considérant tour à tour
tous les points de la matrice des données de fréquentation.
Les contours sont ainsi bien conservés car le
lissage ne se fait que dans sa direction tangentielle
c'est-à-dire dans la direction où la modification est la moins
visible 568. C'est la raison pour laquelle on dit que le filtre de
Nagao est qualifié de lissage avec conservation et même
accentuation des contours. Ce filtrage peut être
réitéré plusieurs fois sur la matrice déjà
traitée. On observe que ce filtre est pratiquement idempotent: au bout
de quelques itérations, l'image (ou la matrice) ne se modifie presque
pas. On arrête alors le processus de traitement. L'exemple suivant montre
la même représentation des localisations de clients virtuels selon
leur niveau de fréquentation d'un point de vente (les points
foncés représentent les clients fréquentant
assidûment le magasin, les points plus clairs les clients moins
fidèles). Le dessin
à côté montre cette cartographie
traitée par deux filtres successifs: on distingue beaucoup plus
nettement les frontières des aires de chalandise à forte
fréquentation de clients (zones foncées
plus homogènes que pour les filtres
précédents):
568 ORSTOM (1998) Image Satellite et Milieux
Terrestre en Régions Arides et Tropicales, Editions de l'Orstom,
Bondy.
Fig. 3.11- Adresses clients associées aux
fréquentations Fig. 3.12 - La représentation traitée par 2
filtres Nagao


Il existe encore de nombreux autres filtres capables
d'améliorer la qualité de l'image cela afin
de faciliter dans l'étape suivante, le processus
de délimitation des contours des aires. En particulier, de la
même façon que sur une photo de mauvaise
qualité, les données géomarketing sont
susceptibles de comporter soit des perturbations basses
fréquences aléatoires et stationnaires (ex: données
manquantes, échantillon d'enquête trop faible ou base
de données d'adresses clients incomplète) qui
influent négativement sur les frontières de zone
de chalandise en les rendant floues. Un deuxième
type d'interférences est constitué par les perturbations
hautes fréquences liées plus spécifiquement au mode de
collecte des données: il peut par exemple arriver dans une
enquête que tous les 100 questionnaires, il y ait une ou
plusieurs réponses fantaisistes (clients donnant une fausse
adresse ou bien surestimant son taux de fréquentation ou d'achat
dans le magasin). Même si les filtres précédents ont
tendance
à lisser ces erreurs, il existe des filtrages de
fréquence spécifiques dont le rôle est d'assurer la
suppression de ces fréquences non désirées. Le premier
type s'atténue avec les filtres passe- haut (laissant passer les hautes
fréquences) alors que le deuxième s'estompe grâce à
des filtres
passe-bas (laissant passer les faibles fréquences).
La transformation de dilatation
Elle consiste en résumé à grossir les
points représentatifs des clients jusqu'à ce que ceux-ci se
touchent et que l'on distingue les formes pleines de la zone de
chalandise. En effet, dans certains cas, les clients d'un point de vente
représentés sur une carte à la suite d'une phase de
géocodage, apparaissent si éloignés les uns des
autres qu'il est impossible de percevoir les formes de la zone de
chalandise, la dilatation permettant alors de résoudre ce
problème. La dilatation tend donc à connecter les parties
disjointes et à lisser les contours. Nous reviendrons plus
précisément sur cette transformation dite "morphologique"
dans le paragraphe suivant
qui montre comment délimiter de cette manière
les zones de chalandise (la dilatation sera également
utilisée dans la deuxième partie pour lisser les zones de
chalandise constituées par
les clients potentiels de l'Ouest parisien
intéressés par les produits biologiques).
3.2.4 La délimitation des zones de chalandise par
traitement du signal
Après avoir lissé les données par
un filtrage approprié pour obtenir une cartographie plus nette
des données géomarketing, on choisit une méthode parmi
celles disponibles, méthodes toujours inspirées du traitement
du signal ou de l'analyse d'image, pour procéder à la
délimitation de la zone de chalandise. Les méthodes de
délimitation possibles sont:
- une méthode empirique (le seuillage d'histogramme),
- la méthode par masquage et convolution: gradient,
laplacien, Sobel, Prewitt,
- la méthode par analyse morphologique.
· Délimitation par seuillage
d'histogramme
La délimitation par seuillage d'histogramme
consiste en premier à comptabiliser chaque valeur discrète
que les éléments de la matrice f'i,j des fréquentations
préalablement obtenues peut prendre puis de les tracer sous la forme
d'un histogramme. On tente alors de déterminer une valeur seuil T qui
permette de séparer le groupe appartenant à l'objet et celui
appartenant
au fond. Ainsi, pour toute valeur de l'image ou de la matrice
f'i,j supérieure ou égale à T, le point correspondant
appartiendra à la zone de chalandise au contraire des valeurs
inférieures à
T.

Fig. 3.13 - Exemple de représentation sous forme d'un
histogramme des valeurs f(x,y) des points d'une image
Dans le cas plus général, on peut
réussir à distinguer plusieurs seuils T1,...Ts sur
l'histogramme avec donc plusieurs types de zones de
fréquentation du point de vente considéré par la
clientèle :
si f'i,j < T1, fréquentation quasi nulle
si T1 f'i,j < T2, fréquentation faible
. .
. .
. .
si Ts f'i,j, fréquentation
élevée
Le seuillage T1,...Ts déterminé peut être
soit global (valable pour tout l'espace géographique
analysé), soit local (les valeurs du seuil varie selon les
régions du plan),
Mais, dans beaucoup de cas, l'histogramme ne présente pas
de seuils distinctifs de zones bien nets comme dans l'exemple ci-dessous.

Fig. 3.14 - Détermination d'un seuil de valeurs sur un
histogramme
Une première méthode, empirique, consiste
à tenter de définir un seuil T par tâtonnements successifs
en observant la pertinence de l'image seuillée. Il est
également possible de rechercher un seuil T en considérant que
l'histogramme H(f) est la somme de deux densités de probabilité
:
H(f) = H1 x h1(f) + H2 x h2(f)


h1(f) et h2(f) sont les fonctions de densité de
probabilité et H1 et H2 sont les probabilités d'existence
de 2 groupes de valeurs dans la matrice (ou des 2 types de niveaux de gris dans
l'image).
Fig. 3.15 - Exemples d'un histogramme et de son enveloppe
comportant plusieurs valeurs de seuils
La probabilité de classement par erreur d'un point
à fréquentation faible dans la zone 2 à forte
fréquentation (zone de chalandise) s'exprime par :
T
E1(T) =
h2(f)df
-
Et inversement, la probabilité de classement par erreur
d'un point à fréquentation importante
(appartenant à la zone de chalandise) dans la zone 1
à faible fréquentation s'exprime par :
+
E2(T) =
h1(f)df
T
La probabilité d'erreur totale est donnée par
: E(T) = H2 E1(T) + H1
E2(T)
Celle-ci doit être minimisée et en
conséquence la dérivée de E(T) par rapport à T est
nulle. On
a donc H1 h1(T) = H2 h2(T). Le seuil T qui permet
de départager les deux densités de
probabilité h1(T) et h2(T) correspond ainsi à
la valeur du minimum de l'histogramme
correspondant à la densité h1(T)
c'est-à-dire :
1 2
P1
T = 2 ( + )+ 1 -2 Ln(P2 )
1 2
1 et 2 étant les luminances
des densités de probabilité p1(f) et
p2(f),
1 et 2 étant les écarts-types de ces mêmes
densités de probabilité.
· Délimitation par le gradient
La méthode par le gradient et celle par le
laplacien décrite dans le paragraphe suivant, utilisent les
différences de valeur entre les points proches pour déterminer
les frontières. Le vecteur gradient qui traduit les variations de
fréquentation des clients dans le sens vertical (composante de
l'abscisse sur la cartographie) et dans le sens horizontal (composante
de l'ordonnée sur la cartographie) a pour expression dans l'espace
f'i,j du chapitre précédent :
f
r i
G =
f
j
f
lim f i, j - f i + h,
j
f lim f i, j - f i, j
+ h
avec
i = h0 h
et j = h0 h
r
La norme du vecteur G orienté dans le sens
de la variation maximale correspond au maximum
de variation d'intensité.
r 2
1/ 2
G = (f )2+ f
i j
en approximation dans les algorithmes, on prend :
r ( f - f
)2 ( f - f
)2 1/ 2
G
i, j
i+1, j +
i, j
i, j+1
et surtout :
r
G f i, j-
f i+1, j + f i,
j- f i, j+1
ou bien lorsque les contours sont peu marqués, on
utilise l'approximation de Roberts
(variations du gradient peu importantes)569 570 :
r
G f i, j-
f i+1, j+1 +
f i+1, j- f
i, j+1
r
Pour délimiter les contours par la méthode du
gradient, il faudra en pratique comparer G à
une valeur seuil T positive. Si
r
G 0 , alors le point considéré appartient
au contour (qui peut
comporter une épaisseur de plusieurs pixels) et dans le
cas inverse, le point appartient au fond
ou à l'objet.
0 0 0
Le gradient s'exprime par l'opérateur matriciel : -1 1
0
0 0 0
· Délimitation par le laplacien
L'opérateur laplacien est défini par :
2f
=
+ 2f
i2
j2
soit en première approximation,
= fi+1, j - 2 fi,j + fi-1,j
+ fi,j+1 - 2fi,j + fi,j-1 =
fi+1,j + fi-1,j + fi,j+1 + fi,j-1
- 4fi,j
On définit la norme du vecteur laplacien par :
2
r
2 1/ 2
= 2f + 2f
i2
j2
569 CANNY J. (1986) A Computational Approach to
Edge Detection, IEEE Transactions on Pattern Analysis and Machine
Intelligence, Vol. PAMI-8, No. 6, pp. 679-698.
570 LIM J. S. (1990) Two-Dimensional Signal and
Image Processing, Englewood Cliffs, NJ: Prentice Hall, pp.
478-488.
0 -1
et le laplacien s'exprime par l'opérateur matriciel : -1
4
0 -1
0
-1
0
Le gradient et le laplacien sont en fait des masques
linéaires. Nous examinons dans le
paragraphe suivant la technique de délimitation par
masquage d'une façon générale.
La même représentation des localisations
de clients virtuels selon leurs niveaux de fréquentation
d'un point de vente nous permet d'illustrer le filtre laplacien de
délimitation (dessin de droite) suite à l'application de
deux filtres médians sur la cartographie initiale (dessin de
gauche) conformément à l'étape précédente.
Les contours sont nets mais présentent
des courbes non fermées à ébavurer:
Fig. 3.16 - Adresses clients associées aux Fig. 3.17 - La
représentation traitée par le fréquentations laplacien
après 2 filtres médian


· Délimitation par masquage
Le masquage est un type de filtrage qui généralise
le principe des filtres laplacien et gradient vus précédemment en
faisant appel au produit de convolution de deux fonctions.
Pour rappel, le produit de convolution de deux fonctions f et g :
Z Æ R est une fonction h : Z
Æ R définie par :

Ses propriétés sont d'être commutatif,
associatif et d'avoir pour élément unité
l'impulsion
unité. On utilise la notation h = f*g. Dans le cas
d'une fonction à 2 variables ou d'une matrice carrée à 2
dimensions telle fi,j (image) convoluée avec une fonction ou une
matrice du même type hi,j , (filtre) on a :
i +k
j +k
gi,j = fi,j * hi,j = f,
hi -, j -
=i -k
= j -k
Fig. 3.18 - L'image fi,j et le filtre
hi,j

Les dimensions de l'image fi,j et du filtre hi,j sont
respectivement de 2m+1 et de 2k+1 et celle
du produit de convolution de 2(m+k)+1. Si la dimension du filtre
est très petite devant celle
de l'image, ce filtre constitue une fenêtre. Il est
à noter que les bords extérieurs de la nouvelle image issue du
produit de convolution sont entachés d'erreurs.
On a plus spécifiquement pour le produit scalaire
matriciel de 2 matrices A , l'image et M ,
le masque, la notation :
A M
. La matrice résultante
A M
possède les mêmes
dimensions que la matrice image A . Pour une matrice
masque M , 3x3, et le produit scalaire
matriciel est défini par :
3 3
A M
= ai, j mi, j
i = 1 j = 1
avec :

r r
Le produit scalaire Ps s'écrit : Ps =
A. M = a1w1 +
a2w2 + ...+ a9w9
r r
Les coefficients ai et wi
respectivement de A et de M étant rangés dans les vecteurs
A et M .
Le contour s'apprécie en comparant la valeur Ts à
une valeur seuil T. Dans le cas où Ps>T, le pixel transformé
par la convolution est rangé dans la nouvelle matrice de
délimitation.
Voici différents types de masques possibles :
Les masques linéaires
Les masques linéaires les plus connus sont le
gradient et le laplacien déjà évoqués au
paragraphe précédent :
-le Gradient
0 0 0
0 0 0
0 0 0
0 1 0
- 1 1
0 ou
- 1 0
1 ;
0 1
0 ou
0 0 0
0 0 0
0 0 0
0 - 1 0
0 - 1 0
Matrices de détection horizontale ; et matrices de
détection verticale
-Le laplacien
0 0 0
0 0 0
0 0 0
0 1 0
- 1 1
0 ou
- 1 0
1 ;
0 1
0 ou
0 0 0
0 0 0
0 0 0
0 - 1 0
0 - 1 0
Matrices de détection horizontale ; et matrices de
détection verticale
On a en parallèle des masques linéaires pouvant
faire apparaître par convolution uniquement
les frontières d'objet orientés dans une certaine
direction avec par exemple:
- un masque pour la détection des
droites horizontales
- 1
- 1 - 1
2 2 2
- 1
- 1 - 1
- un masque pour la détection des
droites à 45°
- 1 - 1 2
- 1 2
- 1
2 - 1
- 1
Il existe aussi des matrices 3x3 dont les termes sont des
facteurs de corrélation de Markov
(voir chapitre sur le filtre spatial) ou bien des composantes
issues de fonctions gaussiennes. Voici d'autres masques parmi les plus courants
avec dans les masques non-linéaires :
- les masques de Sobel
Ils sont représentés par les deux matrices:
0 0 0
0 1 0
Sx = - 1 1 0
; Sy = 0 0 0
0 0 0
0 - 1 0
Matrice de détection horizontale ; et matrice de
détection verticale
Le "pseudo-gradient" G de Sobel (une approximation du
gradient vu précédemment) est donné par :
G = Gx2 +
Gy
2 1 / 2 ou
G = Gx
+ Gy
(formule encore plus approchée)
avec Gx = (w7 + 2w8 +
w9) - (w1 + 2w2 + w3)
Gy = (w3 + 2w6 + w9) - (w1 + 2w4 + w7)
La direction du pseudo-gradient est alors = tg -1
(Gy / Gx)
Fig. 3.20 - La représentation traitée par
filtres Fig. 3.19- Adresses clients Sobel après 2 filtres médian
(les contours sont associées aux fréquentations superposés
à l'image filtrée par les 2 Nagao)


On remarque que le filtre Sobel possède grâce
à sa fonction de détection des sauts de valeurs
(de fréquentation) la propriété de
fragmenter l'espace à la manière d'un puzzle en séparant
les régions pleines et celles vides de clients. Une suggestion
d'application est que ce filtre pourrait servir à découper de
manière très fine une zone géographique en un certain
nombre
de cellules juxtaposées pour effectuer une
étude sur la proximité spatiale des activités
commerciales ou non, en utilisant le principe de l'analyse quadratique571
572. Cette technique visant à mesurer la dispersion spatiale
des activités repérées par la position du centre
de gravité de ces cellules par rapport à une distribution
aléatoire ou la méthode voisine des plus proches voisins573
ont déjà été utilisées dans de
nombreuses études sur la proximité spatiale
dans des comme le Canada574 575, la
Grande-Bretagne576 577, l'Irlande578 579, la
Suède580, la
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Yougoslavie581, Israël582,
Singapour583, l'Australie584, Hong Kong585 ou
le Japon586. L'analyse quadratique difficile à mettre en
oeuvre, compare donc la distribution des localisations par rapport
à celle qui aurait été générée
aléatoirement : les résultats de cette technique risquée
sont malheureusement sujets à variation en fonction du
découpage géographique retenu de l'aire d'analyse. La
méthode des plus proches voisins consiste, quant à elle, en une
mesure de l'écart d'une configuration spatiale de points par
rapport à une répartition aléatoire : le
problème est que, selon l'étendue de la zone d'analyse,
les mêmes distributions de points peuvent engendrer des mesures
différentes de proximité spatiale et que la méthode est,
d'une manière générale, très sensible aux effets de
bord 587 588 589. La majorité de ces études
ont cependant remarqué que les commerces de détail avaient
tendance à se regrouper comme le prévoit la loi de Hotelling
590 (voir § 2.1.1), au niveau des zones urbaines surtout en ce
qui concerne la distribution de biens élaborés comme les
grands magasins, le prêt-à-porter
féminin, à l'inverse des stations-service ou de
certaines activités de services basiques. Le filtre
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Point Patterns without Reference to Area or Density,
Professional Geographer, 27, p. 432-440.
590 HOTELLING H. (1929) Stability in Competition,
The Economic Journal, Vol. 39, p 41-57.
Sobel pourrait donc avantageusement servir à construire
de manière précise et harmonieuse le découpage
géographique introduit dans ce type d'études qui deviendrait
ainsi plus fiable (les découpages retenus dans la plupart des cas
étaient les limites administratives pas forcément très
logiques).
D'autres masques sont pratiquement équivalents au
masque Sobel comme les masques de
Kirch ou de Prewitt:
7
- le masque de Kirch
Le pseudo-gradient est cette fois donné par l'expression
:
G = max
1, max[ 5Si - 3Ti ]
i = 0
avec : Si = wi + wi+1 +
wi+2 et Ti = wi+3 + wi+4 +
wi+5 + wi+6 + wi+7
- le masque de Prewitt
Le masque de Prewitt 591 est l'un des filtres du type
dérivatif le plus simple.
- 1 - 1
- 1
- 1
0 1
Px = 0
1
0 0
1 1
; Py = - 1
- 1
0 1
0 1
Détection Horizontale Détection Verticale
Il existe aussi de nombreux masques commerciaux
proposés par diverses sociétés comme
Robotronics, ITMI, Visiomat, FTR proposent d'autres types de
détermination de contour par
le procédé de masquage. Vicom, par exemple
propose l'extracteur de contour (passe-haut)
suivant:
591 PREWITT J.M.S. (1970) Picture Processing and
Psychopictories, Academic Press, p.75.
1 - b 1
( 1 )2 - b b²
- b
b + 2
1
- b 1
suivi par un atténuateur (filtre passe-bas pour supprimer
les aires de clientèle bien identifiées
mais trop petites pour être intéressantes dans
l'analyse):
1 b 1
b
( 1 )2 b² b
b + 2
1 b 1
b pouvant adopter selon les cas une valeur comprise entre 0 et
9.
Voici un algorithme général qui sera capable
de mettre en oeuvre tous ces processus de masquage:
FONCTION MASQUE;
DEBUT
DE i=1 A largeur
DE j=1 A hauteur
DE x=1 A 3
DE y=1 A 3
ImageTransformée(i, j) = ImageTransformée(i, j) +
Masque (x, y) x
ImageOriginale(i+x-1, j+y-1);
FIN FIN
FIN FIN
(les instructions de programmation sont en caractères
gras).
· Délimitation par transformation
morphologique
L'application de la théorie du morphisme
mathématique à la science de la localisation vise à
pallier ces manques en rationalisant le concept de zone de
chalandise. Le morphisme mathématique qui s'inspire de notions de
topologie, de traitement du signal, de probabilités et
de théorie des graphes comporte un grand nombre
d'applications qui toutes relèvent du monde réel. Les domaines
intéressés par cette technique sont très variés et
l'on trouve par exemple la science des matériaux, la géologie, la
biologie, la géographie, la robotique. Le point commun des champs
d'applications possibles est que les données traitées sont
variables dans un espace d'observation assez souvent supérieur ou
égal à deux dimensions.
Le morphisme mathématique s'attache à analyser
les informations dans leur globalité. Voilà pourquoi, cette
science a beaucoup apporté, comme son nom l'indique, à la
reconnaissance des formes (empreinte digitale; voix, écriture;
structure des matériaux; structure géologique, cytologique ou
génétique; circuit électronique) et donc au traitement des
images provenant de diverses sources: enregistrement sonore, photographie,
microscopie électronique ou optique, images satellites, images radar ou
sonar, radiographie, échographie.
Or, pourquoi ne pas utiliser les méthodes du
morphisme, en s'appuyant sur le principe d'universalité des
mathématiques, sur d'autres données que celles acquises
par vision ou enregistrement direct du monde réel ? Le morphisme est
en effet tout aussi apte à traiter des informations qui sont issues
de capteurs humains (ex. enquêtes marketing quantitatives ou
qualitatives) que de capteurs électroniques ou optiques ainsi que de
bases de données mixtes. Cette nouvelle méthode fondée
sur le morphisme mathématique peut être décrite par
une succession de plusieurs étapes:
· Segmentation des données
· Amincissement et régularisation de la
frontière de la zone de chalandise
Segmentation des données
Avant de poursuivre la description du traitement sur la matrice,
nous allons évoquer certaines notions utiles sur les transformations
morphologiques de base.
Transformations Morphologiques de Base: dilatation -
érosion - fermeture - ouverture - chapeau "haut-de-forme"
Les premiers filtres morphologiques sur des données
discrètes ou continues datent de la fin
des années 1970 592 593, mais c'est entre 1982
et 1986 que les Français Matheron et Serra ont établi une
théorie de la morphologie mathématique possédant une
véritable unité 594 595.
Voici les principes fondamentaux de cette théorie
d'analyse des formes :
Soit X un ensemble connexe de données binaires d'une
matrice (0 ou 1, point allumé ou éteint dans un espace 2D),
une première transformation de base possible de cet ensemble
est la dilatation binaire 596 qui a pour effet d'augmenter
la surface totale de cet ensemble. Elle tend à
connecter les parties disjointes et à lisser les
contours.
592 MEYER F. (1978) IIème Symposium
Européen d'Analyse d'Images en Sciences des Matériaux, Biologie
et
Médecine, 4-7 oct. 1977. Pract. Met., S8, p. 374,
Caen, France.
593 STERNBERG (1979) Proc. 3rd Int. IEEE
Comprac, Chicago 1979.
594 SERRA J. (1982) Image Analysis and
Mathematical Morphology, Academic Press.
595 MATHERON G. (1982) Les Applications
Idempotentes, Rapport du Centre de Géostatistique et
de
Morphologie Mathématique n°743, Ecole des
Mines, Fontainebleau.
596 MINKOWSKI H. (1903) Mathematics Annals,
Vol. 57, p.447.
Fig. 3.21 - Exemple d'une dilatation:

en hachures, la forme originale
Une autre transformation morphologique de base est
l'érosion binaire 597 qui lisse aussi la
surface mais à l'inverse la réduit.
Fig. 3.22- Exemple d'une érosion:
en hachures, la forme originale

Pour obtenir des contours plus réguliers, il est
possible de réaliser une succession d'érosion- dilatation
c'est-à-dire qu'en partant de l'image initiale, on élimine tous
les points de la forme considérée en contact en bas, en
haut, à droite ou à gauche avec au moins un point
n'appartenant pas à la dite forme (érosion). Seule, donc,
restent les points de sa partie intérieure. Puis, on entoure
chaque point frontière de la forme érodée de nouveaux
points, à
597 HADWIGER H. (1957) Vorlesung Über
Inhalt, Oberfläche und Isoperimetrie, Springer Verlag, Berlin.
droite, à gauche, en haut, en bas (dilatation).
Fig. 3.23 - Image Initale, érosion, puis dilatation.

Si on considère au lieu de données binaires, des
données réelles comme les fréquentations fi, j
préalablement définies, alors on a un relief qui
varie en tout point défini par ses coordonnées
(i, j) selon la valeur fi, j , (ensemble de valeurs
représentées par la matrice [ f i, j ]).
La dilatation ou l'érosion binaire peut être
généralisée aux paramètres évoluant sur un
éventail
de données 598 comme les
fréquentations fi, j : dans la transformation d'érosion, la
valeur de chaque point est remplacée par la valeur la plus
basse l'entourant à moins qu'elle n'ait la valeur la plus
élevée parmi tous ses voisins. La dilatation est
définie de la même manière, suivant le principe
qu'une dilatation d'une forme est l'érosion de son
complémentaire. Appliquée à de telles données, la
dilatation a tendance à élargir les vallées et à
abaisser les pics.
Fig. 3.24 - En Noir: La Courbe Originale / En Gris: a courbe
transformée par dilatation

598 CHERMANT J.L. et COSTER M. (1989)
Précis d'Analyse d'Images, Presses du CNRS.
Fig. 3.25 - En Noir: La Courbe Originale / En Gris: la courbe
transformée par dilatation

Les régions à valeurs maximales ont tendance
à élargir leur surface et les régions à valeurs
minimales décroissent. Dans le cas de l'érosion, les
vallées sont élargies et les pics sont abaissés:
Fig. 3.26 - En Noir: La Courbe Originale / En Gris: la courbe
transformée par érosion

Les régions à valeurs minimales ont tendance
à élargir leur surface et les régions à valeurs
maximales décroissent.
La transformation morphologique de fermeture combine la
dilatation et l'érosion (remplit les
vallées sans transformer les pics).
Fig. 3.27 - En Noir: la courbe originale / En Gris: la courbe
transformée par fermeture

On peut citer aussi la transformation morphologique
d'ouverture qui est la succession, dans
cet ordre, d'une érosion et d'une
dilatation de même taille. Enfin, la transformation
morphologique du "chapeau haut-de-forme" est la soustraction des
données de la matrice initiale [f i, j] aux
données de la matrice fermée [f T i,
j]. Elle constitue un filtre morphologique
qui met donc en évidence les contours. Un exemple
à la fin de ce paragraphe montre son
utilisation pour délimiter les frontières d'une
zone de chalandise.
Fig. 3.28 - En Noir: la courbe originale / En Gris: la courbe
transformée par chapeau haut-de-Forme

La matrice résultat est faite de données binaires
correspondant à une valeur de 1 si l'élément
de matrice appartient à la frontière, et
inversement à une valeur nulle.
· Amincissement et régularisation de la
frontière de la zone de chalandise
Les éléments binaires appartenant à la
frontière de la zone de chalandise sont amincis. Ceci signifie que
pour un ensemble d'éléments caractérisant la
frontière, seul l'élément moyen représentatif de
cette frontière est maintenu dans la matrice tandis que les autres
éléments sont mis à 0.
Les points qui ont été calculés lors de
la dernière étape sont liés par les courbes
régulières de Bézier: considérons une suite de n+1
points du plan: {Pi = (xi ,yi) } / i = 0 to n}, qui définit un polygone
à n côtés appelés polygone de commande. On appelle
approximation de Bernstein-

Bézier de cet ensemble de points 599, la courbe
paramétrée par:
Nous avons pris n = 3 et obtenu des courbes dites cubiques: les
courbes cubiques sont définies
en utilisant quatre points, deux points situés aux
deux extrémités de la courbe, et les deux autres sur les
deux tangentes exerçant dans une certaine mesure une attraction sur la
courbe.
Fig. 3.29 - Les 2 points et les 2 tangentes définissant
une courbe de Bézier cubique

Soient t un nombre entre 0 et 1, et p(t) un point non
spécifié de la courbe. Lorsque t varie de 0
à 1, on obtient l'ensemble des points qui
constituent la courbe. Voici les équations qui permettent de
définir la courbe:
Le polynôme p(t) = ap t 3 + bp t ² + cp t +
p0
599 LANE J.M. et RIESENFELF R.F. (janvier 1980) A
Theoretical Development for the Computer Generation and display of Piecewise
Polynomial Surfaces, IEEE Trans. on PAMI, Vol. PAMI-2, No 1, p.
35-46.
où t [0, 1]
et ses coefficients:
p1 = p0 + cp / 3
p2 = p1 + (cp + bp) / 3
p3 = p0 + cp + bp + ap
L'exemple concret suivant de délimitation
morphologique reprend le cas de clients virtuels abordé au
chapitre précédent avec en premier lieu une cartographie des
clients associés à leurs fréquentations d'un point de
vente suivi de deux filtres Nagao (voir paragraphe 2.6.2.1).
Fig. 3.30 - Adresses clients associées aux
fréquentations Fig. 3.31 - suivies de deux filtres Nagao,


Fig. 3.32 - puis une dilatation, Fig. 3.33 - ensuite une
érosion
(transformation de fermeture),


Fig. 3.34 - Une soustraction par rapport Fig. 3.35 - Enfin un
amincissement
à l'image filtrée du début (transformation
et une régularisation, des contours chapeau haut-de-forme) (grâce
aux courbes de Bézier)


A la suite de ces délimitations de zones de chalandise, il
convient de construire le modèle p-
médian avant de le résoudre ce qui signifie au
minimum, définir les noeuds du réseau (noeuds constitués
par les centres de gravité de chacune des aires formant la zone de
chalandise) et quantifier la demande associée à chaque noeud. La
construction de ce réseau est ainsi l'objet
de notre prochain paragraphe.
3.3 La construction du modèle p-médian :
détermination des centres de gravité, distances et
pondérations du modèle p-médian
La délimitation de la zone de chalandise a mis en
évidence les diverses régions de l'espace concentrant un grand
nombre de clients. Pour déterminer les coordonnées des
centres de gravité de ces régions (futurs noeuds du
modèle) et procéder à une analyse en profondeur des
caractéristiques de la clientèle (demandes du
modèle), il s'agit auparavant de définir analytiquement
ces régions, c'est-à-dire de préférence par les
coordonnées de leurs contours. Connaître d'une manière
rationnelle les frontières des régions formant la zone de
chalandise nous permettra de calculer la position de leurs centres de
gravité, futurs noeuds du modèle p- médian. L'autre
intérêt est de déterminer l'étendue de ces
régions dans lesquelles la densité de
clients est forte et de même niveau, afin d'évaluer
le niveau de la demande dans chacune de
ces aires (demande associée à chaque noeud du futur
modèle p-médian).
Plus précisément, les frontières des
régions géographiques peuvent être définies par
différents types de coordonnées comme la succession des
coordonnées, le code de Freeman, le code hexagonal ou
les points essentiels.
· la succession des coordonnées
La succession des coordonnées (i, j ) des points de
la frontière linéique s'obtient en parcourant
la frontière dans un sens ou dans l'autre. Ce codage a
l'inconvénient de nécessiter un grand nombre de données (2
x Nf, où Nf est le nombre de points de la frontière).
· le code de Freeman 600
On décrit en partant d'un point de la frontière et
en la parcourant dans un sens de convention,
les différentes orientations prises par la courbe
(vecteurs successifs), soit en général 8 orientations :
N(nord), NE (nord-est), NO (nord-ouest), O (ouest), SO (sud-ouest), S (sud), SE
(sud-est), E (est) ou bien avec moins de précision seulement 4 : N
(nord), O (ouest), S (sud), E (est). Ce type de codage ne nécessite que
Nf + 2 données distinctes (incluant les coordonnées
du point de départ, chaque élément
directionnel du codage n'étant représenté que par
un nombre restreint de bits, 4 ou 8).
· le code hexagonal (dans le cas d'une matrice [de
points images] hexagonale)
Le contour est décrit par le point de départ et 3
directions (comme pour le code de Freeman)
mais on simplifie en n'indiquant que la direction d'orientation
du segment courant par rapport
au précédent en parcourant la courbe selon
un sens de convention. Le nombre de bits nécessaire au codage
descend à 2 et nécessite le même nombre de données
distinctes que le code de Freeman.
Fig. 3.36 - Exemple de Codage Hexagonal
600 FREEMAN H. (1970) Boundary Encoding and
Processing in Picture and Processing and Psychopictrorics, Lipkin B.S. and
Rosenfeld A., Academic Press, New York, p. 241-266.

G=direction gauche et D=direction droite par rapport au segment
précédent
· les points essentiels
On cherche alors à minimiser le nombre de points de
description en approximant le contour
par une courbe enveloppante continue et dérivable
(familles de fonctions B-splines). Ce principe est surtout utilisé
dans les logiciels de CAO.
Comment connaître les coordonnées des
points formant les frontières de la zone de chalandise par
l'algorithme de description ?
La procédure de segmentation
précédente a, comme on l'a souligné, permis
d'identifier des points P(i, j) connexes formant des zones
d'équi-fréquence. La réunion de ces
différentes zones constitue l'ensemble de la zone de chalandise.
Un algorithme de description simple permet d'extraire les
coordonnées de la frontière de la zone de chalandise
à partir de la fonction caractéristique à
l'étape précédente de délimitation. En effet, pour
chaque zone de chalandise Z, on peut définir une fonction
caractéristique fZ (i, j) telle que:
P(i, j) Z , fZ (i, j) = 1 et P(i, j) Z ,
fZ (i, j) = 0
Cette fonction permet de toujours savoir si on est à
l'intérieur ou à l'extérieur de la zone. On applique
maintenant l'algorithme de suivi de contour:
1) On balaye la matrice fZ (i, j) de la fonction
caractéristique ligne par ligne jusqu'à atteindre
le point P'(i', j'), le plus haut de la zone Z :

Fig. 3.37 - Exemple de parcours d'une forme à l'aide de
l'algorithme
destiné à extraire les coordonnées du
contour
2) Si on est en un point situé à
l'intérieur de la zone Z, [fZ (i, j) = 1] , tourner
à droite puis
avancer d'un cran dans cette direction (d'une colonne ou d'une
ligne).
3) Si on se trouve en un point situé à
l'extérieur de la zone Z, [fZ (i, j) = 0] , tourner à gauche
puis avancer d'un cran dans cette direction (d'une colonne ou d'une ligne).
4) Interrompre l'algorithme dès que l'on atteint à
nouveau le point de départ.
Fig. 3.38 - Exemple de parcours de frontière de zone de
chalandise à l'aide de l'algorithme

On enregistre ainsi les directions successives prises par
l'algorithme de suivi ce qui donne une description du contour sous la forme
d'une chaîne ascii en codes de Freeman :
[
E,S,E,S,O,S,O,S,E,S,E,N,E,N,E,S,E,N,E,S,E,N,O,N,E,N,O,S,O,N,E,N,O,S,O,N,O,S,O,N,E,N,O,S,O
]
Ce codage a aussi le grand avantage de pouvoir tout de suite
déterminer très simplement la surface géographique Sg de
la zone de chalandise par l'algorithme suivant en supposant que la chaîne
en code de Freeman s'écrive [a1, a2,...ai,...,an] :
1) Au départ; u = 0 et t =0
2) De i = 1 à n Faire
A) Si ai = Nord Alors
t = t + 1 Sinon Aller en B)
|
B) Si ai = Sud
|
Alors
|
u =
|
u + t
|
Sinon Aller en C)
|
|
C) Si ai = Ouest
|
Alors
|
t =
|
t - 1
|
Sinon Aller en D)
|
D) Si ai = Est Alors
u = u - t
3) Sg = u x S
où la valeur du paramètre u à la
fin de la procédure est le nombre de points contenus dans la zone de
chalandise considérée, t un paramètre de comptage et S la
superficie géographique unitaire d'un point.
Comment calculer les coordonnées des centres de
gravité des aires de chalandise ?
Les coordonnées des contours des aires
délimitées vont nous permettre d'accéder simplement aux
coordonnées des centres de gravité des différentes
aires constitutives de la zone de chalandise globale. Le repérage
de ces centres de gravité correspondant aux futurs noeuds du
modèle p-médian dans notre algorithme, donnera aussi par un
simple calcul de longueur, les distances de chaque segment du réseau (de
plus, si la zone de chalandise est très fragmentée et pas du
tout rassemblée, la moyenne des distances entre les centres de
gravité fournira une mesure de l'éloignement des noeuds). Une
question basique que l'on peut se poser est de savoir pourquoi, dans la
recherche d'une localisation optimale unique à partir de l'adresses de
clients,
on ne procèderait pas directement au calcul du centre
de gravité (localisation moyenne) par rapport à ces
mêmes clients pour choisir un emplacement bien centré de
son futur site. Considérons la cartographie suivante qui montre un
ensemble de clients potentiels représentés
par des points (voir figure 3.39). Le centre de gravité de
la totalité des clients est au point J, en pleine campagne. On remarque
que J est très éloigné de l'ensemble majoritaire des
clients de
l'agglomération rassemblés dans le cercle et donc
du potentiel commercial le plus intéressant.
Fig. 3.39 - Ensemble de clients potentiels
représentés par des points

Le fait de pratiquer un filtrage, par exemple
médian, et de délimiter la zone de chalandise (zone dense
de clients) permet de ne prendre en compte que les régions ayant
un potentiel commercial suffisant. L'analyse de localisation fait donc
abstraction de tous les clients "saupoudrés" dans l'espace et dont
la prise en compte risque de perturber les calculs. On voit
sur la cartographie suivante la zone de chalandise principale
délimitée par filtrage: le centre
de gravité est bien centré sur cette zone à
potentiel et non plus décalé en pleine campagne
(voir figure 3.40).

Fig. 3.40 - Centre de gravité d'une zone de chalandise
délimitée
Le centre de gravité convient donc bien pour
représenter la position moyenne d'une entité dans l'espace
en l'occurrence ici la position de l'agglomération (centre d'un futur
noeud du p- médian), mais celui-ci n'est pas compatible avec les
contraintes du modèle p-médian pour déterminer une
localisation optimale. D'autre part, au niveau régional ou national, il
est plus significatif de comparer entre eux les centres de
gravité des aires mises en évidence par le processus de
délimitation que les centres de gravité calculés
sur l'ensemble des points appartenant aux aires (localisation moyenne des
clients). Le centre de gravité d'une aire est en effet
théoriquement le point à partir duquel on parcourt la distance la
plus courte en moyenne
pour l'atteindre à partir de tous les autres points de
l'aire (point le plus accessible). L'aire est,
on le rappelle, constituée d'une masse de
clients de densité homogène obtenue par lissage (filtrage).
Le centre de gravité de l'aire qui circonscrit l'esnsemble des clients
ne correspond pas forcément à la moyenne des localisations des
clients (voir figure 3.41). Prendre un tel centre de gravité des
adresses des clients au lieu de celui de la surface de l'aire totale revient
aussi à ne pas tenir compte de ce lissage destiné à
éliminer une partie des erreurs d'enquête (adresses manquantes ou
fausses adresses, clients ayant déménagé).

Fig. 3.41 - Les centres des aires et ceux des points appartenant
à ces mêmes aires
Le centre de gravité des aires est également
très intéressant dans le cas de desserte de transport
interurbaine qu'il s'agisse de transport de voyageurs (gare Sncf ou gare
routière) ou
de transport de marchandises (entrepôt) : on cherche en
effet le point le plus central possible
au sein d'une aire pour implanter un entrepôt
destiné à recevoir des marchandises de gros, entrepôt
à partir duquel on effectuera des livraisons au détail
vers des clients situés en périphérie de ce centre
local de distribution.
Le repérage du centre de gravité au
niveau global sur un ensemble d'adresses clients ne permet d'obtenir
qu'une position moyenne pour une localisation sans tenir compte des
barrières naturelles ou des sites géographiquement inaccessibles.
En outre, cette méthode est complètement inadaptée
à la recherche de localisations multiples.
Ayant déterminé précédemment les
coordonnées des points décrivant la frontière de la
zone
de chalandise, les coordonnées de son centre de
gravité seront tout simplement la moyenne
des coordonnées de ces points de contour.
Cependant, d'une manière plus générale, le
centre de gravité G d'une zone Z composée de n points clients P1,
..., Pn auxquels sont affectées des fréquentations (ou une
demande) f1, ..., fn
est tel que :
n
[ fu GPu] = 0
u=1
Considérons la fonction caractéristique
fZ (i, j) de la zone de chalandise Z,
préalablement
définie par:
P(i, j) Z , fZ (i, j) = 1 et P(i, j) Z , fZ (i, j) = 0
Pour déterminer G le plus simplement possible sur un
espace de valeurs discrètes, l'expression
de la fréquentation étant alors sous la forme f(i,
j) pour un point P de coordonnées P(i, j), on utilisera la relation:
m p
[fz(i, j) f(i, j) GPij] = 0
i =1
j =1
Avec m, le nombre de lignes de la matrice des
fréquentations associées à l'espace
géographique 2D considéré et p son nombre de
colonnes.
A noter que comme dans chaque aire, la
fréquentation est environ la même (f(i, j) =
constante), l'équation précédente se
réduit à:
p
m [fz(i, j)
GPij ] = 0
i = 1 j = 1
Comment déterminer les distances entre les noeuds du
modèle p-médian ?
Les distances des segments du modèle p-médian
reliant noeuds ou centres de gravité des zones sont calculées
soit en utilisant la distance euclidienne classique, soit en
déterminant les distances routières ou temps de
parcours (par exemple à l'aide d'un logiciel comme
AutorouteExpress de Microsoft), soit encore en utilisant la notion de distance
psychologique
(dij - nj) introduite dans un modèle p-médian
"généralisé" (voir § 2.3.1).
Comment déterminer le niveau de la demande
associé à chaque noeud ?
Cette même fonction caractéristique permet en
outre de fournir les propriétés marketing ou
socio-économiques liées aux zones et donc d'obtenir le niveau de
demande dans chaque zone (demandes dans le modèle p-médian
pondéré): soit V une variable dont la valeur évolue dans
l'espace total de la zone de chalandise. V est donc fonction du
point P(i,j) de l'espace géographique et s'écrit V(i,j).
La variable V peut être simplement le chiffre d'affaires
escompté dans la zone pour un produit ou un service spécifique
(niveau de la demande), une variable socio-économique (taux de
possession d'un véhicule, PCS, pouvoir d'achat moyen), une mesure de la
contribution locale à la performance (fréquentation comme dans
l'exemple
qui suit, chiffre d'affaires ou bénéfices
perçus par des clients en P(i,j)), un paramètre
environnemental (densité de la concurrence en P, places de parking,
circulation automobile),... Pour connaître la valeur de V à
l'intérieur d'une zone soit en somme, soit en moyenne, on
utilise encore la fonction caractéristique fZ(i, j). Pour une variable
V(i, j) à sommer comme
par exemple le nombre de places de parking dans la zone Z ou le
chiffre d'affaires tiré de la
zone Z, on aura Vz, la somme des V(i, j) sur l'ensemble de la
zone Z comme étant:
m p
Vz =
[f z (i, j)
i = 1 j = 1
V(i, j) ]
Pour une variable V(i, j) à étudier en valeur
moyenne comme par exemple le pouvoir d'achat
moyen dans la zone Z, on aura pour expression de Vz, la moyenne
des V(i, j) sur l'ensemble
de la zone Z:
m p
[f Z (i, j)
i =1 j =1
V(i, j) ]
VZ = m p
[f z (i, j) ]
i =1 j =1
Considérons la variable N(i, j) représentant le
nombre de clients en chaque point P(i,j). Alors
le pourcentage de clients contenu dans la zone de chalandise
à forte densité de clientèle par rapport au nombre de
clients total, est donné par:
p
Z
m [f
(i, j) N(i, j) ]
i =1 j =1
m
p
[N(i, j) ]
100
i =1 j =1
Si la zone de chalandise Z est morcelée en plusieurs
aires Z1,...Zh, il suffit de faire le calcul
sur chaque région et de sommer pour avoir le
pourcentage total, une alternative étant de définir la
fonction caractéristique réunissant toutes ces régions.
3.4 Approches stratégiques de la localisation
Les techniques de localisation peuvent être introduites
pour élaborer de véritables stratégies
de développement au niveau de réseaux de
magasins. Dans un contexte favorable et avec à l'esprit une
stratégie spatiale bien définie, un réseau de distribution
en croissance cherchera à s'étendre par addition de nouveaux
points de vente 601. La recherche de croissance par simple
accroissement de la surface commerciale de magasins existants est en effet bien
vite limitée et
601 MERCURIO J. (1984) Store Location Strategies,
dans Store Location and Store Assessment Research cité par
CLIQUET G. dans Valeur Spatiale des Réseaux et
Stratégies d'Acquisition des Firmes de Distribution, in
Valeur, Marché et Organisation, Ed. J-P. Brechet,
Presses Académiques de l'Ouest.
modifie d'autre part le concept initial et
éventuellement porteur du magasin dont la taille est l'un des
éléments. Outre un pouvoir de négociation accru
vis-à-vis des producteurs, une extension d'un réseau de
points de vente apporte une meilleure couverture géographique.
Cette couverture géographique est en effet importante car,
agissant comme un phare, elle permet aux consommateurs de
repérer leur enseigne en tous points du territoire et les
producteurs de voir en elle un moyen d'écouler en plus grandes
quantités leurs produits et de réaliser des
bénéfices accrus. Cliquet a effectué un état
de l'art des différents types de
stratégies spatiales et de leur
classification602. Six stratégies principales sont
offertes aux
distributeurs pour croître, dont les trois
premières seulement mettent en scène la
problématique de localisation spatiale 603:
1) Conquérir de nouvelles aires de marché par
ouvertures de nouveaux points de vente, mais
en conservant l'assortiment existant. Ce scénario augmente
la couverture spatiale du réseau,
2) Etendre son réseau dans des aires de
marché déjà occupées toujours en conservant
son choix de marchandises,
3) Conquérir de nouvelles aires de marché en
ouvrant et en diversifiant ses nouveaux points
de vente avec un nouvel assortiment,
4) Ouvrir de nouveaux points de vente avec de nouvelles
marchandises, mais sur des aires de marché déjà
conquises,
5) Augmenter sa part de marché avec les mêmes points
de vente et le même assortiment,
6) Diversification en améliorant l'assortiment dans des
points de vente existants.
La conquête de nouvelles aires est susceptible de se
réaliser par contagion, les points de vente s'implantent alors sur un
large front ou bien par diffusion hiérarchique ou par stratégie
de tête
602 CLIQUET G. (1998) Valeur Spatiale des
Réseaux et Stratégies d'Acquisition des Firmes de Distribution,
in
Valeur, Marché et Organisation, Ed. J-P. Brechet,
Presses Académiques de l'Ouest.
603 GHOSH A. et McLAFFERTY S. (1987) Location
Strategies for Retail and Service Firms, Lexington Books, p.10.
de pont604. Les points de vente s'implantent
alors dans les villes principales puis dans les villes de moindre
importance comme le décrit la théorie des places
centrales605. Par analogie avec le monde animal, un autre classement
des types de stratégies distingue l'évitement dans
l'esprit du principe de différenciation minimale de
Hotelling (voir § 2.1.4) qui consiste à s'installer loin des
concurrents, la recherche de concurrents et en particulier la
prédation qui
au contraire recherche l'affrontement souvent par une guerre des
prix en visant la proximité
des compétiteurs 606. Davidson, Sweeney et
Stampfl utilisent la méthode d'analyse de portefeuille
(décriée par certains auteurs - voir § 2.2.3) en croisant
les décisions sur les points
de vente, sur les aires de marché et sur les
segments de consommateurs à privilégier et dégagent
trois grandes catégories de stratégies 607 :
1) la stratégie d'expansion de
marché, par contagion, établissement de têtes de
ponts, constitution de grappes et recyclage de sites et l'acquisition de sites
concurrents ;
2) la stratégie de remplissage : on conforte
les positions acquises en agrandissant les points
de vente, en conquérant des marchés
secondaires et également comme précédemment, en
prenant le contrôle de sites concurrents ;
3) le downsizing : les performances sont
améliorées en réorganisant le réseau par la
fermeture des points de vente à la traîne et en en relocalisant
d'autres ainsi qu'en revoyant le mix produit.
Le choix d'une stratégie spatiale particulière est
dicté par le niveau d'ambition du réseau qui,
si elle est internationale ou même nationale,
nécessite l'établissement de têtes de pont avec
éventuellement des hiérarchies d'implantation à respecter.
Un niveau d'ambition modeste avec une volonté régionale
uniquement ne nécessitera qu'une stratégie de diffusion par
contagion. D'une manière générale, les
stratégies spatiales se découpent simplement en deux
grandes
604 LAULAJAINEN R. (1987) Spatial Strategies in
Retailing, Dordrecht, Holland, Reidel.
605 CHRISTALLER W. (1935) Die Zentralen Orte in
Süddeutschland, G.Fischer, Germany, Jena.
606 BROWN S. (1992) Retail Location : A
Micro-Scale Perpective, Aldershot : Avebury, p.170-171
607 DAVIDSON W.R., SWEENEY D.J. et STAMPFL R.W.
(1988) Retailing Management, 6th Ed., New York : Wiley, cité
par Cliquet G. dans Valeur Spatiale des Réseaux et
Stratégies d'Acquisition des Firmes de
Distribution, in Valeur, Marché et Organisation,
Ed. J-P. Brechet, Presses Académiques de l'Ouest, p.234.
catégories, les stratégies de
développement externe où le développement passe
par l'absorption d'autres chaînes ou par la coopération
avec les concurrents pour l'ouverture de centrales d'achat ou de
référencements communs et d'un autre côté, les
stratégies de développement interne608.
Cette variété de stratégies peut
s'observer effectivement sur le terrain. Le centre d'étude de
l'activité commerciale (Centre for the Study of
Commercial Activity) au Canada a réalisé une étude
à l'été 2000 sur les orientations stratégiques
pressenties auprès d'un échantillon de 475 décideurs, en
majorité présidents et directeurs généraux
appartenant à 226 réseaux de distribution canadien 609
représentant 32000 points de vente de l'alimentation,
l'habillement,
de l'équipement ménager et de grands magasins
plus généralement (voir figure ci-dessous).
Arrivent en tête des décisions que ces responsables
envisagent pour environ 80 % d'entre eux,
la modernisation et la rénovation des points de
vente (refurnishment), la relocalisation (relocation) puis
l'extension des réseaux de distribution et de façon moindre le
changement d'enseigne. L'extension du réseau de points de vente est
envisagée en majorité par l'ouverture
de nouvelles surfaces pour 74 % des décideurs (opening an
established format) ou de façon accessoire par l'acquisition d'un groupe
de points de vente appartenant à un autre réseau pour
35 % d'entre eux. Enfin, 10 % des décideurs pensent
à fermer des points de vente.
608 CLIQUET G. (1998) Valeur Spatiale des
Réseaux et Stratégies d'Acquisition des Firmes de Distribution,
in
Valeur, Marché et Organisation, Ed. J-P. Brechet,
Presses Académiques de l'Ouest.
609 HERNADEZ T., BIASIOTTO M. (2001) The Survey of
Corporate Planning : Summary Findings, Research
Letter 2001-2, Centre for the Study of Commercial Activity,
p.1-8.

Fig. 3.42 - Type de Décisions prise par les
décideurs dans un avenir proche pour leur réseau de
distribution610
Cette enquête a montré également que 40
décisions impliquant la notion de localisation étaient
prises par an dans chaque réseau comptant en moyenne 437 magasins.
Les décisions impliquant la localisation des points de
vente tournent d'une manière générale autour de:
- la création pure d'un réseau de points de vente
;
- l'extension d'un réseau par création de nouveaux
points de vente ;
- l'extension d'un réseau par acquisition de points de
vente concurrents ;
- la relocalisation de points de vente ;
- la suppression de points de vente.
Ces décisions ne sont pas, comme on l'a vu,
forcément contradictoires entre elles. On peut par exemple envisager
l'extension d'un réseau tout en supprimant certains points de vente et
en relocalisant d'autres. D'autre part, nous avons vu en introduction
que les réseaux peuvent adopter une organisation différente,
en franchises pour bénéficier d'une réactivité plus
élevée
610 HERNADEZ T., BIASIOTTO M. (2001) The Survey of
Corporate Planning : Summary Findings, Research
Letter 2001-2, Centre for the Study of Commercial Activity,
p.2.
et une connaissance du marché plus fine au niveau local
611 612, en succursales pour asseoir le contrôle du
franchiseur sur son réseau ou bien sous forme mixte associant
les deux types d'établissements. Cette dernière forme
d'organisation présente un intérêt indéniable
pour accroître la souplesse stratégique de l'ensemble pour
faciliter l'acquisition de nouveaux points
de vente en proposant aux propriétaires
différentes formules de rachat ou de franchise ainsi que pour animer le
réseau en bénéficiant des efforts d'innovation et de
promotion des deux catégories d'établissements commerciaux
613. Le point important qui nous concerne est surtout que
cette organisation mixte permet de trouver un compromis entre le
développement
du réseau et l'assimilation du concept du groupe.
Ainsi, le développement du réseau peut se faire assez rapidement
et à moindre prix par la création de franchises alors que les
filiales plus sous contrôle permettent de mailler le territoire tout en
assimilant graduellement le concept.
Le choix de tel ou tel type d'organisation dépend plus
des vues stratégiques du manager et de l'activité commerciale
considérée. La méthode associant modèle
p-médian et traitement du signal pourra, après avoir
délimité la zone de chalandise, spécifier la localisation
idéale des points de vente et hiérarchiser l'intérêt
des différents sites. Mais, ce n'est qu'au cas par cas et selon les
moyens financiers du groupe que l'on pourra décider de la
configuration en succursalisme, franchise ou de bâtir un réseau
mixte. Sans doute, les sites sans trop de risques liés à la
concurrence ou à l'environnement, établis depuis longue
date et qui peuvent ainsi contribuer majoritairement à
l'amélioration des résultats financiers tout en structurant
le réseau, bénéficieront plus facilement de la
structure en succursales ce qui leur permettra d'assimiler plus
aisément l'identité du groupe. Une identité commune
au réseau facilite et
fluidifie en effet les efforts de promotion et de communication
vis-à-vis de l'extérieur. Elle
611 BRICKLEY J.A., DARK F.H. (1987) The Choice of
Organizational Form : The Case of Franchising, Journal
of Financial Economics, 18, 401-20.
612 CAVES R.E. , MURPHY II W.F. (1976)
Franchising : Firms, Markets, and Intangible Assets,
Southern
Economic Journal, 42, 572-86.
613 CLIQUET G. (2000) Plural Form in Store
Networks : A Model for Store Network Evolution, The
International Review of Retail, Distribution and Consumer
Research, vol. 10, n°4, pp 369-387.
constitue en quelque sorte un signe de ralliement pour
une masse de clients fidèles ou potentiels qui chercheront alors
à fréquenter les points de vente du réseau où
qu'ils soient. La structure en franchise conviendrait sans doute mieux
à des implantations récentes, plus risquées où
il s'agit d'avoir une grande capacité d'innovation pour s'adapter au
marché local. Les managers des franchises à l'esprit
entrepreneurial, sans doute plus motivés car plus responsables de
leur affaire, défricheront en pionniers les territoires non
encore conquis et plus en proie à la concurrence. Une plus grande
marge de manoeuvre dans le marketing et la gestion souple quotidienne du point
de vente leur sera nécessaire pour conforter la position du groupe dans
ces régions. A plus long terme, ces franchises pourront
éventuellement être converties en succursales de manière
à renforcer globalement le concept du groupe et pour transformer une
simple chaîne de points de vente en "un dispositif de forme
éclatée permettant de mettre en oeuvre simultanément
en plusieurs endroits un ensemble d'actions
avec une adaptation souple sur le
terrain"614.
L'ouverture ou la réorganisation d'une chaîne de
points de vente est un art difficile qui consiste, comme on l'a vu, à
choisir au mieux le nombre et la localisation des magasins ainsi que leur
type d'organisation (en succursales, en franchises ou mixte). Mais une
stratégie d'implantation peut être beaucoup plus
élaborée, sans se limiter à ces deux paramètres.
Ainsi, faut-il par exemple ouvrir tous les points de vente en même temps
ou bien adopter un ordre séquentiel de création judicieusement
conçu ? Nous avons d'autre part sous-entendu lors de la construction du
modèle p-médian précédent, que les points de vente
devaient se situer au plus proche des clients, d'autres paramètres
liés à la notion de distance méritent d'être
examinés. Certes le modèle p-médian peut incorporer
un coût d'ouverture des activités en chacun des
différents noeuds du réseau correspondant. Mais d'un autre
côté, les modèles de localisation- allocation prennent
d'une manière générale l'hypothèse, on l'a dit au
début de cet exposé, que
614 BOULANGER P., PERELMAN G. (1990) Le
réseau et l'Infini, Nathan, Paris, Cité par Cliquet G.
dans
CLIQUET G. (2000) Plural Form in Store Networks : A
Model for Store Network Evolution, The
International Review of Retail, Distribution and Consumer
Research, vol. 10, n°4, pp 369-387.
le futur site du point de vente que l'on cherche
à implanter devra se situer au plus près de clients
potentiels. Une manière d'aborder le problème consiste à
localiser ses points de vente non seulement par rapport aux clients, mais aussi
par rapport à la concurrence. La stratégie d'évitement
615 décrite précédemment
privilégiera dans les choix de localisation les zones encore peu
exploitées par la concurrence. Sur le plan stratégique,
on se situe alors dans la première étape du principe de
différenciation minimale correspondant à la phase
primaire
d'implantation d'une activité dans un territoire
vierge de concurrence (voir §2.1.4). Notre méthode
est tout à fait apte à cerner de telles régions qui, si
elles s'avèrent comporter un fort potentiel de clients, constituent des
mines d'or sur le plan commercial. S'installer en un lieu à
la fois riche en clientèle et dépourvu de
concurrence est un avantage stratégique indéniable que les
compétiteurs surmonteront sans doute (phase 2 du principe de
différenciation minimale616), mais au bout seulement
d'un certain temps. Nous nous proposons de décrire dans le
prochain paragraphe comment développer cette stratégie
d'évitement à partir de la méthode associant
traitement du signal et modèle p-médian.
3.4.1 La stratégie d'évitement ou
rechercher les zones non exploitées par la
concurrence
Considérons l'exemple où la première carte
représente cette fois l'ensemble de ces magasins associés
à leur chiffre d'affaires sur un territoire vaste
(région, pays) et que la deuxième
représente la même cartographie mais filtrée
par deux filtres Nagao :
615 BROWN S. (1992) Retail Location : A
Micro-Scale Perpective, Aldershot : Avebury, p.170-171
616 Source : BROWN S. (1992) Retail Location : A
Micro-scale Perspective, Ashgate, England.
Fig. 3.43- Adresses de magasins associées à leur
chiffre d'affaires, Fig. 3.44 - suivies de deux filtres Nagao


Dans ce cas, pour trouver la localisation la plus
éloignée et remplir les trous ou interstices de zones non
encore exploitées, il suffira de considérer la
cartographie "inverse" (c'est-à-dire celle obtenue en prenant pour
nouvelle valeur en chaque point la valeur maximale représentée
retranchée de la valeur actuelle du point: Vmax - Vactuelle =
Vnouvelle valeur). On obtient alors en reprenant l'exemple
précédent les figures 3.45 et 3.46 :
Fig. 3.45 - Cartographie inverse, Fig. 3.46 - Cartographie
inverse filtrée par deux filtres Nagao


En procédant à une délimitation par
transformation morphologique, on obtient la figure 3.47 :

Fig. 3.47 - Délimitation des zones vides de concurrence
Les zones vides où la concurrence est rare sont
bien délimitées. Il faut néanmoins prendre garde aux
effets de bords: la cartographie, mal ajustée, a ici coupé des
zones vides en limite
de représentation ce qui fait que celles-ci sont
limitées par des segments rectilignes (voir dessin ci-dessus).
D'autre part, certaines zones vides d'activités (ou
à faible nombre d'activités) ne correspondent peut-être
pas à des zones d'implantation possibles pour un point
de vente mais à des barrières naturelles
(bois, lac, rivière, aéroport) qu'il s'agit d'identifier.
Cette dernière approche reprend en fait la théorie des secteurs
proximaux (voir § 2.1.1) qui cherchait à cibler les lacunes
spatiales au niveau desquelles résident des opportunités
d'implantation (zones dépourvues de concurrence). Dans cette
perspective, il est intéressant de comparer les deux approches à
savoir la délimitation des zones de chalandise (à forte
densité
de clients) et la délimitation de zones vides (à
faible densité de concurrents) pour sélectionner
les régions cumulant les deux avantages.
3.4.2 La recherche de concurrents ou la
prédation
Certaines activités ont cependant au contraire
tendance à se regrouper pour augmenter leur pouvoir
d'attractivité dans une stratégie de recherche de concurrents ou
pour se lancer dans un affrontement direct par exemple à travers une
guerre des prix dans l'optique d'une stratégie de prédation
617 618 619. Il sera alors intéressant de délimiter
les zones de chalandise de clients potentiels pour rechercher les emplacements
qui leur sont les plus proches et en parallèle, de délimiter les
zones d'implantations de concurrents pour également
détecter les régions géographiques où ceux-ci ont
tendance à se concentrer pour également s'en rapprocher le plus
possible. La démarche cherchera alors à être
à la fois proche des clients et proche des concurrents en
procédant à une délimitation à la fois des
zones de chalandise et des zones
commerciales du secteur. Dans la pratique cependant, au niveau
local, les concurrents ne sont
617 HOTELLING H. (1929) Stability in Competition,
The Economic Journal, vol. 39, p. 41-57.
618 DELOZIER M.W. et LEWISON D.M. (1986)
Retailing, 2nd ed., Merill.
619 BROWN S. (1992) Retail Location : A Micro-Scale
Perpective, Aldershot : Avebury, p.170-171
pas en général suffisamment nombreux pour
pouvoir clairement définir par traitement du signal les zones de
leur implantation. On cherchera, dans ce cas, à
sélectionner par simple examen les emplacements de
préférence à proximité des regroupements de
concurrents. L'identification des zones de concurrence peut être
intéressante dans le cadre d'une stratégie
de recherche de concurrents parfois aussi car ces zones
d'implantation sont révélatrices d'une activité
florissante du secteur et sont donc porteuses commercialement. C'est en
particulier le
cas dans la filière du tourisme (hébergement,
restauration, centres de loisirs). Par exemple, un terrain de camping
souhaitant accueillir une clientèle de touristes n'aura pas
intérêt à s'installer dans les régions à
fortes populations puisque durant les saisons touristiques, celles-ci migrent
vers d'autres lieux. Géocoder les implantations de campings et
délimiter leurs régions d'installation comme nous l'avons
fait ci-dessous, paraît dans ce cas assez intéressant. La
même procédure s'appliquerait pour une stratégie de
prédation.

Fig. 3.48 - Représentation des campings sur le
territoire national par des points Source des données : CD
Stratégie & Localisation de J.Baray et Société
Articque Géocodage par Logiciel Carte & Données
d'Articque

Fig. 3.49 - Délimitation des zones d'implantation de
campings par filtre Sobel

Fig. 3.50 - Numérotation des zones d'implantation de
campings
Après avoir délimité les zones
d'activité par traitement du signal (filtre Sobel), nous avons
identifié 16 zones d'implantation principale de campings qui
correspondent chacune à des zones touristiques comme la logique
le veut, souvent à proximité du bord de mer: Côte
d'Azur, côte vendéenne, Bretagne, Bouches du Rhône,
Pyrénées Orientales,... Il convient donc
de rechercher pour un camping touristique une
implantation au sein même de l'une de ces zones denses en
concurrents en évitant tout de même les régions
saturées en offre. Une approche encore meilleure serait
d'établir ce même type de carte sur plusieurs années et de
cibler les zones d'implantation de camping en
développement (ayant un nombre de concurrents en croissance ou
s'étendant) et d'éviter celles ayant tendance à
régresser.
3.4.3 Stratégie d'ouverture des points de
vente
Un réseau de points de vente peut adopter
différentes stratégies d'ouverture, en se déployant
rapidement sur un territoire ou bien en créant ses magasins, tour
à tour, selon un ordre bien déterminé. Les modèles
de localisation multiple de points de vente ont longtemps passé sous
silence les effets des délais d'ouverture. Il est rare qu'une
société décide l'ouverture simultanée
de plusieurs magasins que ce soit pour des raisons de budget
ou même par souci de prudence afin de mesurer le succès des
premières créations initiales sur un marché
donné et de se conforter dans l'idée dans lancer d'autres
ultérieurement. Ceci dit, dans le choix même des
localisations, il est possible soit de sélectionner les
meilleures localisations de manière itérative, soit de
chercher à implanter un réseau de manière globale. Dans le
premier cas, le décideur identifiera une première
localisation optimale en essayant de maximiser le chiffre d'affaires du
magasin, puis un peu plus tard va ouvrir de la même façon un
certain nombre
d'autres sites en tenant compte des magasins existants et de la
concurrence 620. Ce processus
se poursuivra jusqu'à ce que le marché ait atteint
son point de saturation en terme d'offre. Le
620 KAUFMANN P.J., DONTHU N. et CHARLES M.B.
(2000) Multi-unit Retail Site Selection Processes : Incorporating Opening
Delays and Unidentified Competition, Journal of Retailing, Vol.76(1),
p. 113-127
problème est qu'en suivant cette procédure, le
fait de placer au départ un point de vente entre deux localisations
potentiellement très intéressantes va condamner ces
opportunités à moyen terme621. Il est en effet
impensable pour des raisons de coût, d'ouvrir ultérieurement ces
deux nouvelles surfaces commerciales après avoir fermé le magasin
existant devenu inutile et sans doute non-rentable, sans avoir au minimum
rentabilisé l'investissement souvent onéreux de la
création de ce dernier.
Il est donc presque indispensable de choisir les sites optimaux
en une étape unique 622 623 624
ce qui permet en outre d'avoir ultérieurement une
meilleure couverture du marché 625. Même
s'il existe un délai d'ouverture entre les points de vente
sélectionnés de cette manière globale,
le chiffre d'affaires de ces différentes entités
sera en général plus équilibré et meilleur à
long terme que ne le seraient des localisations déterminées
séquentiellement. Dans ce dernier cas,
le premier magasin avec sa localisation très centrale
par rapport au potentiel du marché aura tendance à avoir un
revenu excellent alors que les magasins suivants devront se contenter des
restes et seront moins performants 626. Mais si, pour
différentes raisons, les délais d'ouverture entre les premiers
magasins à ouvrir et les suivants doivent être longs, il
est préférable d'adopter le processus séquentiel de
décision afin d'amasser durant cette période les profits sur
ces premiers magasins possédant un potentiel commercial
plus intéressant. Cette stratégie est également
confortée par le fait que plus le délai d'ouverture est long,
plus le risque que les
meilleurs emplacements soient préemptés par un
concurrent est élevé 627. Kaufmann, Donthu
621 KAUFMANN P.J., DONTHU N. et CHARLES M.B.
(2000) Multi-unit Retail Site Selection Processes : Incorporating Opening
Delays and Unidentified Competition, Journal of Retailing, Vol.76(1),
p. 113-127
622 GHOSH A., CRAIG S. (1991) Fransys : A
Franchise Distribution System Location Model, Journal of
Retailing, 67, p. 466-495.
623 GOODSCHILD M.F. (1984) Ilacs : A
Location-Allocation Model for Retail Site Selection, Journal
of
Retailing, 60, p. 84-100.
624 ACHABAL D.D., GORR W.L. et MAHAJAN V.
(1982) Multiloc : A Multiple Store Location Decision
Model, Journal of Retailing, 58, 5-24.
625 SCOTT A.J. (1971) Combinatorial
Programming, Spatial Analysis and Planning, London: Methuen and
Company Limited.
626 GHOSH A., TIBREWALA (1992) Optimal Timing
and Location in Competitive Markets, Geographical
Analysis, 24 (4): 317-334.
627 GHOSH A., CRAIG S. (1983) Formulating Retail
Location Strategy in a Changing Environment, Journal of
Marketing, 47, p. 56-68.
et Brooks ont vérifié toutes ces hypothèses
assez logiques en simulant l'implantation de deux réseaux de magasins
à travers un modèle MCI 628.
3.5 Un exemple de construction d'un modèle
p-médian par traitement du signal
Reprenons l'exemple du magasin avec les clients virtuels
associés à leurs fréquentations du chapitre
précédent :
Fig. 3.51 - Adresses clients associées aux
fréquentations Fig. 3.52 - La délimitation des zones par filtres
médian et Sobel


En calculant les coordonnées (X,Y) du
centre de gravité et la valeur moyenne des
fréquentations (ainsi que divers paramètres
géométriques) de chaque aire selon les méthodes
décrites ci-dessus, on obtient la cartographie avec chaque aire
numérotée et les deux tableaux
de valeurs suivants (3.1 et 3.2).
628 KAUFMANN P.J., DONTHU N. et CHARLES M.B.
(2000) Multi-unit Retail Site Selection Processes : Incorporating Opening
Delays and Unidentified Competition, Journal of Retailing, Vol.76(1),
p. 113-127

Fig. 3.53 - Numérotation des aires de chalandise
Tableau 3.1 - Paramètres géométriques des 12
aires de la zone de chalandise obtenus après délimitation
|
Aire
|
Superficie
|
X
|
Y
|
Périmètre
|
Diamètre Ds
|
Epaisseur De
|
Angle
|
|
1
|
346
|
87
|
9
|
142
|
24
|
20
|
138
|
|
2
|
110
|
165
|
6
|
60
|
13
|
10
|
49
|
|
3
|
156
|
239
|
4
|
59
|
18
|
10
|
175
|
|
4
|
194
|
134
|
37
|
88
|
19
|
12
|
129
|
|
5
|
124
|
55
|
41
|
64
|
13
|
11
|
53
|
|
6
|
143
|
182
|
45
|
89
|
17
|
10
|
31
|
|
7
|
1048
|
105
|
74
|
236
|
52
|
25
|
152
|
|
8
|
322
|
32
|
90
|
148
|
28
|
14
|
134
|
|
9
|
467
|
235
|
122
|
147
|
45
|
13
|
102
|
|
10
|
7594
|
70
|
152
|
1139
|
134
|
77
|
34
|
|
11
|
467
|
180
|
137
|
213
|
28
|
21
|
144
|
|
12
|
689
|
183
|
167
|
233
|
45
|
19
|
1
|
Tableau 3.2 - Paramètres marketing des 12 régions
de la zone de chalandise obtenus après délimitation
|
Aire
|
Fréquentation
Moyenne
|
Valeur
Modale
|
Maximum des
Fréquentations
|
|
1
|
143
|
128
|
192
|
|
2
|
134
|
128
|
173
|
|
3
|
145
|
128
|
190
|
|
4
|
135
|
128
|
173
|
|
5
|
136
|
128
|
173
|
|
6
|
136
|
128
|
173
|
|
7
|
164
|
192
|
192
|
|
8
|
133
|
128
|
173
|
|
9
|
157
|
128
|
192
|
|
10
|
161
|
173
|
192
|
|
11
|
134
|
128
|
173
|
|
12
|
147
|
128
|
192
|
Les valeurs de X et de Y nous donnent les coordonnées des
centres de gravité de chaque aire
de chalandise et donc les noeuds du réseau
p-médian. La demande en chaque noeud peut être
caractérisée soit par la fréquentation, soit par la
demande globale dans l'aire égale à la
fréquentation moyenne par la superficie (les fréquentations
moyennes représentent les valeurs
de la fréquentation au sein des aires qui
possède, par notre définition, le caractère d'avoir un
niveau homogène). L'intérêt de prendre la demande globale
dans l'aire comme valeur de la demande en chacun des noeuds est que celle-ci
est révélatrice à la fois du niveau moyen de
fréquentation dans l'aire considérée et de
l'étendue de cette aire, et constitue ainsi une mesure
intéressante du potentiel commercial au voisinage du centre de
gravité. Il est à noter que ces fréquentations
associées aux adresses des clients peuvent être les
fréquentations effectives d'un point de vente ou d'un ensemble de
points de vente existants dans le cas où l'on voudrait
réorganiser un réseau de magasin en tirant parti de
l'expérience commerciale acquise. Mais,
ces fréquentations tout aussi bien susceptibles
d'être tirées d'une enquête marketing en demandant
à un échantillon de clients potentiels répartis dans
l'espace s'ils comptent acheter
tel ou tel produit ou service et à quel rythme. Pour
caractériser la demande, nous aurions aussi
bien pu prendre en compte d'autres paramètres que
les fréquentations comme le volume d'affaires ou même les
bénéfices.
La dernière étape avant d'obtenir le réseau
p-médian complet est de lier les noeuds en fonction
du réseau de routes existant et d'évaluer les
distances kilométriques (ou de mesurer les temps
de parcours) pour évaluer les "coûts" de
déplacement.
Fig. 3.54 - Le p-médian modélisé
après délimitation de la zone de chalandise et calcul des
centres de gravité et fréquentations moyennes. La valeur de
fréquentation au sein des aires est ici prise comme valeur de la
demande aux noeuds.

Ensuite, peut alors s'effectuer la résolution du
modèle p-médian (simplifié) selon les méthodes
existantes. En utilisant par exemple la méthode de
Goldman629 (voir chapitre I) pour la recherche d'une
localisation proche de l'optimale, on trouve que l'aire 7 avec sa
fréquentation
de 164 est un site convenable pour l'implantation d'un
magasin. En admettant que nous ne soyons pas encore satisfaits de la
précision du lieu d'implantation (dans l'aire 7), notre nouvel
algorithme associant le p-médian et le traitement du signal
(exposé au paragraphe 4.2.1) nous
demande alors d'effectuer la même démarche au sein
de cette aire 7, à savoir une délimitation
629 GOLDMAN J.L. (1971) Optimal Center Location in
Simple Networks; Transportation Science 5, 212-221.
par filtrage et une analyse des intra-aires de chalandise pour
constituer un nouveau réseau p-
médian plus petit occupant l'aire :

Fig. 3.55 - L'aire 7 agrandie

puis un filtrage médian (les fréquences sont
très semblables):
Fig. 3.56 - L'aire 7 filtrée par un filtre
médian

une délimitation par filtrage Sobel:
Fig. 3.57 - L'aire 7 délimitée par un filtre
Sobel
puis un nouveau calcul de centres de gravité et une
évaluation des fréquentations intra-aires:


Fig. 3.58 - Les éléments de l'aire 7
numérotés après délimitation
pour constituer le nouveau réseau p-médian:
Fig. 3.59 - Le réseau p-médian correspondant
à l'aire 7
Sa résolution montre que le site commercial doit non
seulement se situer dans l'aire 7 mais aussi plutôt dans la sous-aire
7.2.
3.6 Utiliser toutes les sources d'informations commerciales
disponibles
L'intérêt du traitement du signal associé
à un modèle de localisation-allocation tel que le p-
médian réside aussi pour le manager dans les nouvelles
perspectives offertes pour manipuler
de façon souple des informations de sources
d'extraction variées. Les bases de données d'adresses de
consommateurs potentiels construites par enquête ou déduites
des modes de paiement servent comme on l'a vu, à alimenter le
modèle après une phase de géocodage et de
délimitation. Mais rien n'empêche non plus d'introduire des
informations déjà mises en forme comme des cartes de
données statistiques en format électronique ou même
sur support imprimé. L'exemple suivant nous montrera qu'il
est possible d'effectuer une étude d'implantation sans
même passer par la fastidieuse étape de géocodage
d'adresses, mais
simplement en reprenant des documents glanés au fil de ses
lectures.
Exemple de l'implantation d'activités commerciales au
niveau national
Le traitement du signal peut aussi s'attaquer à
traiter des informations issues de sources variées comme par
exemple des cartographies sur support papier, qui seront directement
intégrées dans un modèle p-médian. En
témoigne l'exemple de cette carte représentant des
densités de population en 2000, carte publiée dans le
supplément "l'atlas des régions"630 du magazine les
Echos.
Une première phase consiste à acquérir
l'information, c'est-à-dire à scanner le document de la
même manière que précédemment. Les données
d'enquête ont été saisies pour constituer une base de
données, puis ont été géocodées. Le
procédé consiste alors à appliquer à ces
données scannées le même traitement de filtrage et de
convolution par un filtre Sobel pour en extraire
les contours les plus marquants, en l'occurrence ceux des
bassins de population. Cet exemple illustre bien la souplesse et la
rapidité du traitement du signal qui permet d'intégrer n'importe
quel document dans une logique p-médian (ou autre modèle de
localisation-allocation) sans
même ici perdre de temps ou d'énergie à
saisir les données !
630 LES ECHOS (2000) L'atlas des Régions
Tome 1, Les Echos, réalisé en collaboration avec l'Insee.
Fig. 3.60 - Carte de France des densités de population en
2000 631

Fig. 3.61 - La carte traitée par un filtre médian,
Fig. 3.62 - puis délinée par filtre Sobel
631 LES ECHOS (2000) L'atlas des Régions
Tome 1, Les Echos, réalisé en collaboration avec l'Insee.


Fig. 3.63 - Les zones numérotées et
analysées

Nous obtenons tout de suite les caractéristiques de
bassins de population en terme de
localisation de leur centre d'inertie et de leur
étendue (voir tableau 3.3). Il est à noter que nous avons pris
comme exemple une carte de densité de population, mais que
n'importe quelle autre carte issue d'une quelconque source électronique
ou papier aurait pu convenir, cela en fonction des besoins de l'analyse.
Supposons que la France ne compte pas encore
d'hypermarchés et qu'un grand groupe décide
d'y créer 10 magasins. Où faudrait-il les installer
compte tenu des bassins de population ? Le
p-médian (ou plutôt 10-médian) va nous
donner ici encore une fois rapidement la réponse
grâce à l'étape précédente
de délimitation des zones par traitement du signal. La résolution
du modèle avec les paramètres X, Y et la superficie,
pour une distance limite raisonnable de parcours pour les consommateurs
de 50 miles, nous apprend très rapidement que les meilleures
implantations sont en : 1 (Lille-Roubaix), 6 (Paris et Région
Parisienne), 9 (Strasbourg), 18 (Tours), 24 (Lyon), 33 (Bordeaux), 35 (Nice),
36 (Montpellier et la côte), 37 (Marseille et Région) et 38 (la
distance maximale à parcourir est alors en théorie 645 pour une
fonction objective de 10 253 440). Dans le cas où un nouvel
hypermarché viendrait à s'installer, il lui faudrait se placer
en 5. Les premiers hypermarchés ont en effet été
créés dans
ces régions fortement peuplées à partir des
années 60.









































































Tableau 3.3 : Les caractéristiques des 43 aires de
population détectées par traitement du signal
|
ZONE
|
Superficie
|
X
|
Y
|
Longueur
|
Majeur
|
Mineur
|
Angle
|
|
1
|
13272
|
1237
|
168
|
1050
|
177
|
98
|
155
|
|
2
|
740
|
1373
|
213
|
163
|
50
|
19
|
29
|
|
3
|
2443
|
952
|
420
|
371
|
69
|
45
|
96
|
|
4
|
870
|
1211
|
409
|
198
|
58
|
19
|
63
|
|
5
|
2680
|
1706
|
433
|
308
|
89
|
38
|
91
|
|
6
|
18179
|
1135
|
531
|
1324
|
165
|
145
|
102
|
|
7
|
1256
|
733
|
454
|
245
|
45
|
35
|
70
|
|
8
|
1435
|
1815
|
448
|
290
|
68
|
27
|
174
|
|
9
|
4594
|
1951
|
557
|
528
|
116
|
51
|
59
|
|
10
|
1356
|
1721
|
556
|
230
|
51
|
34
|
133
|
|
11
|
753
|
97
|
599
|
132
|
49
|
20
|
13
|
|
12
|
875
|
1908
|
680
|
142
|
45
|
25
|
42
|
|
13
|
1803
|
518
|
696
|
225
|
54
|
42
|
162
|
|
14
|
850
|
810
|
731
|
143
|
41
|
27
|
106
|
|
15
|
2021
|
1900
|
749
|
263
|
65
|
41
|
126
|
|
16
|
922
|
1076
|
753
|
134
|
41
|
29
|
4
|
|
17
|
1389
|
1837
|
811
|
307
|
55
|
32
|
89
|
|
18
|
1132
|
693
|
845
|
155
|
39
|
37
|
68
|
|
19
|
1495
|
885
|
874
|
198
|
44
|
43
|
12
|
|
20
|
805
|
1710
|
883
|
165
|
48
|
21
|
37
|
|
21
|
2452
|
532
|
896
|
253
|
61
|
51
|
159
|
|
22
|
831
|
827
|
1041
|
159
|
42
|
25
|
104
|
|
23
|
1065
|
1780
|
1108
|
301
|
55
|
24
|
63
|
|
24
|
7045
|
1553
|
1230
|
606
|
114
|
79
|
135
|
|
25
|
870
|
1746
|
1186
|
140
|
43
|
26
|
117
|
|
26
|
1770
|
1273
|
1229
|
239
|
69
|
33
|
107
|
|
27
|
1046
|
971
|
1218
|
161
|
43
|
31
|
38
|
|
28
|
827
|
1717
|
1249
|
160
|
51
|
21
|
100
|
|
29
|
706
|
792
|
1259
|
114
|
37
|
25
|
27
|
|
30
|
2390
|
1475
|
1293
|
339
|
64
|
48
|
20
|
|
31
|
2627
|
1690
|
1339
|
443
|
60
|
56
|
116
|
|
32
|
1046
|
1560
|
1410
|
201
|
54
|
25
|
112
|
|
33
|
3138
|
669
|
1436
|
300
|
76
|
53
|
180
|
|
34
|
2633
|
1579
|
1635
|
334
|
59
|
57
|
66
|
|
35
|
4155
|
1930
|
1690
|
522
|
149
|
36
|
41
|
|
36
|
4911
|
1434
|
1705
|
626
|
168
|
37
|
36
|
|
37
|
8558
|
1685
|
1766
|
870
|
162
|
67
|
148
|
|
38
|
3642
|
990
|
1731
|
303
|
77
|
60
|
58
|
|
39
|
1524
|
1594
|
1725
|
274
|
61
|
32
|
71
|
|
40
|
1547
|
1315
|
1782
|
306
|
68
|
29
|
8
|
|
41
|
893
|
696
|
1788
|
165
|
37
|
31
|
146
|
|
42
|
906
|
1266
|
1819
|
189
|
41
|
29
|
33
|
|
43
|
1992
|
1247
|
1936
|
254
|
53
|
48
|
111
|













Fig. 3.64- Pour 10 localisations: zones de potentiel commercial
associées aux points de vente en gras
(en ignorant la distance limite de parcours des 50 miles)

Il est à noter cependant qu'avec 10
hypermarchés, seulement 40,6 % de la demande est couverte.
D'autre part, on s'aperçoit que, compte-tenu d'une distance limite de 50
miles que les consommateurs seraient prêts à parcourir, les
hypermarchés ne couvrent en terme d'offre que leur propre aire
d'implantation soit 10 aires sur 43, ces aires étant en France parmi les
plus peuplées. Si cette logique d'implantation
préoccupait une activité pour laquelle les
consommateurs sont prêts à parcourir une plus grande distance
comme par exemple celle des parcs d'attraction qui doivent aussi se placer au
plus près de leurs clients, nous aurions obtenu
les mêmes résultats mais avec un taux de couverture
de 100 % (en supposant que les clients soient prêts à parcourir
deux cents ou trois cents kilomètres) : les zones de population sont
en
effet éloignées les unes des autres ce qui ne les
met pas en concurrence.
Fig. 3.65 - Distance moyenne à parcourir en fonction du
nombre de magasins ouverts
(en ignorant la distance limite de parcours des 50 miles)

Conclusion
Nous avons vu dans ce chapitre que les principes du
traitement du signal pouvaient être introduits dans une
problématique de gestion et en particulier la recherche de
localisations commerciales optimales. Dans ce cadre, nous avons
présenté un nouvel algorithme composé
de quatre étapes en l'occurrence :
- une phase d'acquisition des données
constituées par les adresses des clients qui seront
géocodées afin d'obtenir une cartographie représentant
l'ensemble des clients potentiels.
- un pré-traitement des données
destiné à éliminer par un filtrage les imperfections
de la base
de données d'adresses entraînées par
exemple par des adresses incomplètes, de mauvaises saisies, des
erreurs d'échantillonnage,.... Cette étape comprend en
deuxième lieu la phase de traitement ou la mise en forme des
données à proprement parler qui s'attache dans notre
problématique à détecter par une convolution avec
un filtre du type Sobel et un sous- algorithme, les frontières de
la zone de chalandise,
- l'exploitation des résultats
qui permet de spécifier les caractéristiques propres de la
zone de chalandise, c'est-à-dire les paramètres
géométriques qui vont nous servir à construire le
modèle p-médian (coordonnées des centres de gravité
de chaque aire composant la zone de chalandise correspondant aux noeuds du
réseau et la surface de ces aires mesurant la demande).
- la résolution du modèle ainsi
élaboré par les heuristiques bien connues de résolution du
p- médian.
Nous avons déjà laissé entrevoir à
travers quelques exemples, les avantages d'un tel mode de recherche de
localisations optimales à savoir la rapidité, la souplesse
d'utilisation et la démonstrativité. La deuxième partie
nous donnera l'occasion de vérifier ces avantages sur des exemples
concrets portant sur la filière de distribution des produits
biologiques, et en
particulier l'exactitude de la méthode, sa
rapidité, sa précision et sa capacité à traiter de
larges
bases de données d'adresses clients pour la
recherche de localisations proches de l'optimal. Pour introduire ces
exemples, nous allons dans un premier temps établir un bilan du
marché des produits bio en France et dans le monde, puis
présenter les différents modes de distribution de ces
produits pour illustrer enfin le fonctionnement de notre algorithme avec le
cas particulier de la localisation de points de vente de
produits biologiques dans l'Ouest
parisien.
Partie II :
La localisation d'un réseau
Chapitre 4 :
Analyse d'un réseau de points de vente
de produits biologiques dans l'Ouest parisien
Introduction
Les produits bio sont un secteur qui en France comme
en Europe ou aux Etats-Unis connaissent une forte croissance d'abord
car les consommateurs échaudés par les scandales
alimentaires souhaitent de plus en plus acheter des produits à la fois
sûrs, sains et savoureux. D'autre part, les politiques
françaises et européennes favorisent très largement
l'agriculture biologique en octroyant aux surfaces agricoles
dédiées à ce mode de production des subventions non
négligeables. Enfin, les grands distributeurs voient dans ce type de
produits
un moyen d'améliorer leur image de marque et leur
rentabilité. La distribution des produits biologiques constitue un
champ intéressant d'étude dans le cadre d'une
problématique d'implantation commerciale étant donné que
les magasins "bio" sont actuellement en pleine phase d'expansion, les
premières créations datant d'une dizaine d'années.
Ainsi, il reste en France encore de nombreuses opportunités pour
créer son point de vente de produits biologiques en particulier
dans les villes de taille moyenne. Nous nous proposons donc
d'appliquer la nouvelle méthode explicitée au chapitre
précédent à la localisation d'un réseau
de points de vente de produits biologiques dans l'Ouest Parisien.
Ce choix géographique n'est pas anodin car l'Ouest Parisien à
fort pouvoir d'achat et très hétéroclite est
constitué de zones
où les magasins "bio" sont bien implantés (en
particulier certains arrondissements de Paris) et d'autres zones apparemment
encore libres de toute offre dans ce secteur. Notre démarche dans
ce chapitre constituera à partir d'une base de
données d'adresses de clients potentiels habitant cette région
et dans l'optique d'une recherche de localisations optimales pour des
points de vente de produits biologiques, à construire le
modèle p-médian correspondant grâce aux
principes du traitement du signal vus
précédemment.
4.1 Le marché et la distribution des produits
biologiques
4.1.1 Les produits biologiques : définition et
importance du marché
Dopés par les nombreux scandales alimentaires (vache
folle, poulet aux hormones, dioxine, fièvre aphteuse...), les produits
biologiques sont un secteur dynamique et en pleine expansion bien que le
commerce "bio" reste pour l'instant un micro-marché qui
n'implique à l'heure actuelle que 1 % de la production
agroalimentaire française et moins de 1 % du chiffre d'affaires
du commerce de détail. Les qualités hygiéniques ou
gustatives de ces produits très souvent au moins 10 % plus chers
que les aliments industriels, n'apparaissent pas encore évidentes
aux yeux des consommateurs : cependant, malgré leur
chèreté, la vente de produits biologiques progresse |