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Essai d'analyse critique du role de la philosophie à travers les ouvrages de Paulin Hountondji et de Marcien Towa


par Issiaga DIALLO
Université de Sonfonia Conakry - Maitrise 2005
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Philosophie
   
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CHAPITRE III : LE ROLE DE LA PHILOSOPHIE DANS SUR « LA PHILOSOPHIE AFRICAINE » CRITIQUE DE L'ETHNOPHILOSOPHIE

Paulin Hountondji est consédéré comme le chef de fil du courant critique de l'etnophilosophie en Afrique. Ces prises de position tranchées dans « Sur la philosophie africaine » critique de l'ethnophilosophie, concernant particulièrement le statut théorique de la philosophie et le fait d'ériger l'écriture en condition nécessaire de toute philosophie, font croire que l'Afrique précoloniale en particulier n'a pas connu la philosophie. Cependant puisque son projet s'inscrit dans la perspective de la problématique philosophique en Afrique, il est important d'analyser les rôles qu'il y assigne à la philosophie. Ce sera le but de chapitre qui sera amorcé par une brève étude biographique et bibliographique de Paulin Hountondji.

SECTION 1 : ETUDE SOMMAIRE DE L'OUVRAGE DE PAULIN HOUNTONDJI

Né à Abidjan en 1942, Paulin J. Hountondji est béninois. Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure de Paris. Il a eu comme professeurs de grands nom de la philosophie comme Louis Althusser, Jacques Derrida, Paul Ricoeur et Georges Canguilhem. Agrégé de philosophie, docteur ès lettres, À partir de 1967, lui-même a enseigné la philosophie à l'université des Besançon. Il a également enseigné dans les Universités africaines, l'Université de Kinshasa de Lubumbashi (ex- Elisabethville). En 1972 il est nommé chef de la chaire philosophie de l'Université nationale du Bénin où il est aujourd'hui encore en tant professeur de philosophie. En 1974, il est nommé Doyen de la Faculté de Lettres de ladite Université. Il a contribué à la démocratisation des pays africains en général et du Benin en particulier en développant des critiques virulentes contre lmes dictatures militaires. Ministre de l'Education au lendemain de la Conférence nationale, puis ministre de la culture et de la communication, ensuite chargé de mission du Président de la République, il démissionne en octobre 1994 pour reprendre son enseignement à l'Université. Son activité académique est intense et de renommée internationale. Ainsi il est co-lauréat du prix Mohamed El Fasi 2004. Il dirige à Porto-Novo le Centre africain des hautes études. La version américaine de son livre Sur la « philosophie africaine » : critique de l'ethnophilosophie (Paris, Maspero 1976) a été couronné en 1984 du prix Herskovits. L'ouvrage figure sur la liste des 100 meilleurs livres africains du XXème siècle établie à Accra en 2000. Hountondji a publié plus récemment The Struggle for Meaning : Reflections on Philosophy, Culture and Democracy in Africa (Ohio University Press, 2002). Il dirige plusieurs publications collectives dont Les savoirs endogènes : pistes pour une recherche (CODESRIA39(*), 1994), il a été vice-président du Conseil International de la Philosophie et des Sciences Humaines et vice-président du CODESRIA.

Sur « la philosophie africaine » critique de l'ethnophilosophie est l'une des principales productions littéraires et philosophique de Paulin Hountondji. Dans cet ouvrage, comme il l'indique lui-même, il se propose de circonscrire une certaine littérature africaine (qu'il qualifie d'ethnophilosophie), en dégager les thèmes majeurs, montrer quel en a été jusque là la problématique et rendre problématique cette problématique (p.12). Ainsi Hountopndji critique l'ethnophilosophie pour montrer qu'il n'existe pas de philosophie collective, unanimiste et inconsciente comme le prétendent les ethnophilosophies à la suite de Tempels. Il se donne pour tache de définir un nouveau concept de philosophie africaine ainsi que les conditions favorable à l'essor d'une véritable culture philosophique sur le continent africain. Son livre présente une structure en deux parties et un post-scritum.

La première partie est intitulée argument et se subdivise en quatre chapitres. Le premier chapitre a pour titre « Une littérature aliénée ». Dans celle-ci, il se propose de circonscrire la problématique de l'ethnophilosophie et rendre problématique cette problématique. Plus précisément il analyse le discours ethnophilosophie et tente de dégager ses carences. Il s'articule autour des critiques des ouvrages de Tempels et de Kagamé. Il y montre que leur discours n'est pas destiné aux Africains, mais aux Européens, dans une démarche arbitraire où ceux-ci se font les portes paroles de l'Afrique globale devant l'Europe globale. Il estime que leur prétendue philosophie n'est en réalité qu'une ethnophilosophie et qu'il y a urgence de réorienter la problématique philosophique africaine sur l'Afrique et de soumettre le discours philosophique aux Africains eux-mêmes. Le second chapitre s'intitule « Histoire d'un mythe ». Ici Hountondji se propose de révéler les raisons théoriques qui sont à la base de l'émergence de l'thnophilosophie. Il considère que cela est à mettre sur le compte d'une confusion sur le terme philosophie. La confusion d'un usage populaire, idéologique et d'un usage scientifique, rigoureux du terme de philosophie. De plus selon lui, cette confusion ne s'explique pas par une méconnaissance mais par le désir intense qui animait les Africains de se réhabiliter à leurs propres yeux et à ceux des Occidentaux. Dans le troisième chapitre qui porte le titre de « L'idée de philosophie », il se propose de montrer que :

o Que jusque là l'expression "philosophie africaine" n'a fait l'objet que d'une exploitation mythologique dans l'énorme littérature qui est considéré

o Qu'il est néanmoins possible de la récupérer pour l'appliquer à autre chose que cette fiction d'un système de pensée collectif, à savoir un ensemble de discours, de textes philosophiques

Dans le chapitre 4, intitulé « La philosophie et ses révolutions » Hountondji montre que :

o La philosophie est une histoire et non un système, qu'elle est un processus essentiellement ouvert, une recherche inquiète et inachevée et non un savoir clos

o Cette histoire ne procède pas par évolution continue, mais par saut et bonds successifs

o La philosophie africaine est peut-être entrain de d'opérer aujourd'hui sa première mutation vers la construction l'éclosion d'une véritable culture philosophique sur le continent africain

En un mot, dans ce chapitre l'auteur se propose de dégager une théorie de la philosophie comme histoire. Pour lui dès l'instant que des textes sur la philosophie africaine existent commence un débat pluraliste dans la philosophie africaine; débat qui est le propre de toute philosophie.

La deuxième partie s'intitulé « Analyses » et est étroitement liée à la première. Car il se fonde sur les arguments de cette dernière pour avancer des analyses de certains auteurs qu'ils considère comme faisant partie de ceux qui, dans une certaine mesure, produisent des textes qu'il faut ranger dans la littérature philosophique africaine. C'est le cas de Antoine Guillaume Amo, de Kwamé N'Krumah. Dans cette seconde partie il analyse également le pluralisme culturel. L'ouvrage se termine par un post-scritum qui s'ouvre par une critique politique du discours ethnophilosophique et une analyse de Essai sur la problématique philosophique dans l'Afrique actuelle de Towa. Cette critique permet à l'auteur d'avancer trois thèses fondamentales sur les rapports philosophie-science, philosophie-idéologie et philosophie-politique. Les idées ainsi développées traitent de trois thèses principales : de la critique de l'ethnophilosophie, du statut de la philosophie africaine ainsi que des conditions de l'essor de la pensée philosophique en Afrique.

Concernant la critique de l'ethnophilosophie, il en analyse la problématique, les fondements, les démarches et les fonctions idéologique de celle-ci. Pour lui, « l'ethnophilosophie est une philosophie qui se prend à tort pour une métaphilosophie, une philosophie qui plutôt que de fournir ses propres justifications rationnelles se réfugie paresseusement derrière l'oralité d'une tradition et projette dans cette tradition ses propres thèses, ses propres croyances » (pp.65-66). Du point de vue de sa genèse l'ethnophilosophie était déjà en gestation dans la négritude dont le développements métaphysique remonte à l'année 1939. Cependant l'ethnophilosophie ne prend effectivement corps qu'à partir de la publication de La Philosophie Bantoue du Père Tempels. L'ethnophilosophie, tout comme la négritude se propose de dégager et de rendre compte d'une pensée, d'une culture, en un mot d'une civilisation africaine unanimiste qui, en réalité n'existe nulle part que dans la pensée du chercheur lui-même. Cela procède à ses yeux d'une confusion d'un usage populaire, idéologique du concept de philosophie et d'un usage rigoureux, scientifique. En effet dans chaque société il existe une pensée spontanée véhiculée par la littérature orale et se traduisant dans la vie concrète du groupe par des attitudes existentielles comme les coutumes, les traditions, les rites et de comportements de toutes sortes. Cette pensée est une vision du monde, un système de représentation du monde sous-jacente au comportement de l'individu et du groupe. Il s'agit d'un élément stable qui subsiste au changement, à l'évolution, il est comme innée, substantiel au sujet. Sous ce rapport, l'ethnophilosophie échappe au temps, elle une philosophie inconsciente, enfouie dans le psychisme collectif marquant ainsi une identité culturelle du groupe. Mais sous cet angle, elle n'est pas non plus une philosophie, mais une aptitude à la philosopher qui du reste est présente dans toutes les sociétés humaines. Cependant pour Hountondji, la philosophie au sens théorique et scientifique est une discipline spécifique dans la connaissance humaine, elle est une discipline particulière ayant un objet particulier et une méthode déterminée. Une discipline prenant corps dans une littérature écrite, car pour lui la forme écrite est la seule concevable de l'existence historique de la philosophie et la seule condition de son développement et de son progrès dans une société quelconque.

A la suite de cela Hountondji se penche sur le statut de la philosophie africaine. Comme nous venons de voir, à ses yeux elle relève essentiellement de l'ethnophilosophie. Cependant elle peut être considérée comme faisant partie de la philosophie africaine. Car la philosophie est essentiellement un ensemble de textes, « l'ensemble précisément des textes écrits par les philosophes africains et qualifiés par leurs auteurs eux-mêmes de philosophiques ». Cette définition lui permet de marquer les divergences entre les auteurs africains et faciliter l'intégration à la philosophie africaine de travaux philosophiques africains comme ceux de Towa, Fabien Eboussi Boulaga ou autres Henri Oruka Odera. De plus cette définition de la philosophie africaine ne doit pas occulter le fait que dans sa majorité, la littérature qui lui est consacrée n'a jusque là fait l'objet que d'un usage mythologique et qu'il importe donc de la transformer « en véhicule d'une discussion exigeante et libre entre les philosophes africains eux-mêmes ». Enfin Hountondji explore les conditions de l'émergence de la pensée philosophique en Afrique. Pour lui, la pratique philosophique suppose une terminologie, un vocabulaire et tout un appareil conceptuel légué par la tradition philosophique existante. La réflexion philosophique en Afrique doit s'engager sur cette voie. Il en veut pour preuve le fait que la philosophie n'est pas un système clos et achevé, mais un débat sans cesse contradictoire qui se transmet de génération en génération et dans lequel chaque philosophe est responsable de ses idées. La démarche philosophique est comparable à celle de la science, autrement dit toute nouvelle théorie se réalise par dépassement dialectique. Pour expliquer cette parenté entre science et philosophie il reprend Marx et Engels lorsque ceux-ci affirmaient que la philosophie « n'est pas autonome et ne tire pas d'elle-même les lois de son propre développement mais elle est déterminée en dernière analyse par l'histoire la production des biens matériels et des rapports sociaux de production ». Pour expliquer cette situation elle-même, il part d'une hypothèse d'Althusser contenue dans Lénine et la philosophie: « la philosophie n'a pas toujours existé; on observe l'existence de la philosophie que dans un monde qui comporte ce qu'on appelle une science ou des sciences. Science au sens strict : discipline théorique c'est-à-dire idéelle et démonstrative et non un agrégat de résultats empiriques... Pour que la philosophie naisse ou renaisse, il faut que les sciences soient. C'est peut-être pourquoi la philosophie au sens strict n'a commencé qu'avec Platon, provoquée à naître par l'existence de la mathématique grecque, a été bouleversée par Descartes, provoquée à sa révolution moderne par la physique galiléenne; a été refondue par Kant sous l'effet de la découverte newtonienne; a été remodelée par Husserl sous l'aiguillon des premières axiomatiques » (p.27). Pour cette raison il importe plus en Afrique de « promouvoir ce qu'on pourrait appeler une science, une recherche scientifique africaine. Ce n'est pas de la philosophie, c'est d'abord de la science que l'Afrique a besoin ». La science est donc perçue comme la condition de l'émergence de la philosophie. Or la condition première de la science c'est l'écriture. Dans ces conditions Hountondji estime que les civilisations africaines ne pouvaient pas donner naissance à une science au sens le plus strict et le plus rigoureux du terme aussi longtemps qu'elle n'avaient pas subi la profonde mutation dont elles sont aujourd'hui sujets, mutations qui les traveraille de l'intérieur et font d'elles petit à petit des civilisations de l'écrit.

* 39 Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique

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