Rechercher sur le site:
             
 
Web Memoire Online

Consulter les autres mémoires    Publier un mémoire    Une page au hasard

La naissance du courant de conscience en litterature: « Les lauriers sont coupes ».


par Stefania Iannella
Linköpings Universitet - Master
Traductions: Original: fr Source:

sommaire suivant

Université de Linköping

LA NAISSANCE DU COURANT DE CONSCIENCE EN LITTÉRATURE : « LES LAURIERS SONT COUPÉS ».

Mémoire de master écrit par : Directeur du mémoire :

Stefania Iannella Lars-Håkan Svensson

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION 3

CHAPITRE I: Le courant de conscience par Dujardin

1. Le monologue intérieur 4

2. L'aspect poétique 6

3. Les phrases courtes et les motifs wagnériens 8

4. Le courant de conscience et la liberté des pensées 9

CHAPITRE II: Les Lauriers sont coupés

1. Aperçu 10

2. Les Lauriers sont coupés avant et après 13

3. Le courant de conscience 17

4. Leitmotiv et portée musicale 22

5. La prose-poésie dans Les Lauriers 24

CHAPITRE III: Quelques réactions de la part de la critique

1. Dujardin: innovateur incompris ? 26

2. Est-ce qu'on aperçoit le point de vue de Dujardin dans Les Lauriers? 29

CONCLUSION 30

BIBLIOGRAPHIE 32

WEBLIOGRAPHIE 34

INTRODUCTION

Les procédés de la sphère subjective de l'inconscient, outre sujets de transpositions littéraires, ont aussi été l'objet d'étude de la psychologie et de la philosophie. Cet intérêt remonte à l'antiquité grecque, de Socrate et Platon.1(*) Cependant, et malgré plusieurs oeuvres littéraires dans lesquelles l'intériorité des personnages joue un rôle important, on doit attendre 1887 pour voir l'intériorité endosser le rôle de protagoniste d'un roman entier. Dans Les Lauriers sont coupés, elle a été traduite par Édouard Dujardin, dans notre langage, celui de mots. Quand l'auteur ne trouve pas les mots adéquats pour traduire certaines perceptions, il en invente d'autres. De cette façon, Dujardin expérimente la morphologie, au même temps que la technique narrative, en concevant des néologismes (dont la plupart sera supprimée dans les éditions successives de l'oeuvre). Il peut arriver que le traducteur de l'âme, en difficulté, ne parvienne plus à inventer des mots pour manifester certaines sensations. Dans le cas où il s'agit de perceptions musicales, Dujardin fait directement usage de portées musicales, qu'il place au milieu de son récit. La musique est, en fait, une autre composante essentielle de ce roman, avec la poésie. Ces deux Arts si proches de l'intimité humaine, aident l'écrivain à exprimer ce qui n'est pas simple à formuler : ce tumulte intérieur face à l'extérieur ; le moi livré au monde.

Le but de ce mémoire est de remonter aux origines de cette fascinante technique littéraire qu'est le courant de conscience, par l'analyse de Les Lauriers sont coupés, en tenant compte des intentions que Dujardin se proposait d'accomplir et des innovations achevées, ainsi que d'éventuelles défaillances. Le premier chapitre portera sur les aspects théoriques caractérisant ce roman, dont l'auteur traite dans son essai sur le monologue intérieur. Ce niveau théorique sera rapproché, très brièvement, aussi à celui de son contemporain et éventuel inspirateur, Téodor de Wyzéwa. Dans le deuxième chapitre nous concentrerons plus précisément sur Les Lauriers sont coupés. Ses caractéristiques principales seront analysées à travers l'étude de certains passages significatifs du roman. Finalement, nous considérerons une partie de la réaction critique, en essayant de remettre en question les faiblesses imputées au roman Les Lauriers sont coupés.

« Voici mon interprétation de monologue intérieur : Quand la raison cesse d'aller dans les coulisses pour tourner la manivelle, nous commençons d'entendre une musique exquise. La cage est ouverte et les oiseaux (nos pensées) chantent en vers libres. »2(*)  (George Moore)

CHAPITRE I: Le courant de conscience selon Dujardin

1. Le monologue intérieur

La métaphore par laquelle George Moore définit le monologue intérieur, rassemble les éléments chers à Dujardin : la musique, les vers libres et la liberté donnée aux pensées de se manifester. Ce sont les mêmes éléments que Dujardin met en scène dans son roman Les Lauriers sont coupés et qu'il considère comme points cardinaux du monologue intérieur tout au long de son essai, Le Monologue Intérieur: son apparition, ses origines, sa place dans l'oeuvre de James Joyce, publié en 1931.

Joyce ayant affirmé que Les Lauriers sont coupés avait inspiré la technique utilisée dans Ulysses, on reconnu à Dujardin une innovation qu'il n'était pas encore conscient d'avoir créé. L'originalité des Lauriers qui avait été seulement perçue par quelques uns, n'avait pas été prise très au sérieux lors de ses premières publications. Dans son essai sur le monologue intérieur, Dujardin formule une notion sur la technique narrative qu'il a introduite. Il examine des romans susceptibles d'entrer sous cette dénomination, qu'il exclut pourtant de ce genre, aux vues des principes narratifs qu'il préconise.

Le monologue intérieur est d'abord caractérisé comme étant « non prononcé ». Son expression ne suppose pas l'existence d'un public, ou des lecteurs. Il s'agit d'une « pensée intime », donc, spontanée et sincère.

Dans cette perspective, il est indispensable que l'écrivain ne l'explique pas, ni qu'il la modifie. Il s'agit purement la communiquer tel qu'elle naît dans l'esprit du personnage ; sans l'interrompre, ni organiser les pensées qui s'engendrent. Le but est de donner « l'impression d'un `tout venant' »3(*). Selon Dujardin, de part ce principe, plusieurs romans, comme, par exemple, ceux de Proust, ne peuvent pas s'inscrire dans ce genre, vu que : « là où il y a explication, il n'y a pas monologue intérieur »4(*). L'écrivain de ce genre, peut enfin extérioriser ce qui avant était généralement expliqué ou omis par le narrateur omniscient. L'innovation accomplie par Dujardin, consiste à laisser place à la conscience du protagoniste du roman. Ainsi, les éléments autrefois exclus car inappropriés, ne sont plus censurés. Par exemple, on trouve dans Les Lauriers des pensées concernant la toilette du protagoniste espérant une éventuelle nuit avec sa bien-aimée, ou, le temps écoulé depuis sa dernière visite aux toilettes.

Un autre aspect fondamental est que les pensées données pour véritables, doivent le sembler. Il ne faut pas qu'elles paraissent artificielles ou raisonnées. De la même façon par laquelle les pensées humaines se mêlent aux perceptions, aux sensations et perpétuellement à travers elles se renouvellent ; ainsi l'écrivain est amené à créer les pensées de ses personnages. Il s'agit d'une pensée recueillie par l'écrivain à sa naissance, à l'instant exacte de sa formation ; d'une « pensée non encore filtrée et décantée... la pensée à l'état brut... »5(*) ; « la plus proche de l'inconscient, antérieurement à toute organisation logique ». Il est intéressant de remarquer cette façon de décrire une pensée « larvaire », à sa naissance, avant qu'elle soit rationalisée. Comme observé par des nombreux critiques, parmi lesquels Kathleen McKilligan, on peut concevoir la définition que Dujardin nous donne à propos du monologue intérieur, une sorte d'équivalent de ce qui est le courant de conscience.

À l'époque où Dujardin écrit son essai, le terme pour définir ce qui venait d'être crée n'était pas encore en usage. « Monologue intérieur » était parfois considéré comme le synonyme français de l'anglais « stream of consciousness »6(*). Ce dernier terme n'a pas d'origine précise. Plusieurs écrivains y ont fait allusion par des expressions similaires. Parmi eux, Samuel Richardson, qui dans sa préface à Clarissa  parle de « descriptions et réflexions instantanées »7(*); Coleridge a fait allusion à « la nature torrentielle des associations, que la pensée freine et dirige »8(*). Finalement, le psychologue William James a proposé les dénominations de : « courant de la pensée, de conscience, ou de subjectivité »9(*). Pourtant, les termes « monologue intérieur » et « courant de conscience » ont longtemps été utilisés indistinctement. Nombreuses ont été les interprétations pour les distinguer l'un de l'autre. On peut par exemple nommer Francis Scarfe, qui qualifie le courant de conscience comme « la matière grise du monologue intérieure », ou Constantin-George Sandulescu, qui voit le monologue intérieur comme la « texture », tandis que le courant de conscience concerne le « niveau de la structure »10(*) du roman. Dans tous les cas, on remarque que le monologue intérieur peut avoir lieu sans le courant de conscience, mais que le contraire n'est pas possible. Le courant de conscience dérive directement de l'intériorité ; il est, en lui-même « intérieur ». Il est, en outre, lié au niveau antérieur au discours, celui de l'inconscient et, donc, de l'irrationnel ; au contraire du monologue intérieur, qui (en dépit de ce qu'affirme Dujardin) peut être organisé logiquement.

* 1 Constantin-George Sandulescu, The Joycean Monologue: a Study of Character and Monologue in Joyce's Ulysses Against the Background of Literary Tradition, Colchester, A Wake Newslitter Press, 1979, p. 14.

* 2 George Moore (lettre à É. Dujardin datée le 8 novembre 1930), dans : Édouard Dujardin, Le Monologue Intérieur: son apparition, ses origines, sa place dans l'oeuvre de James Joyce, Paris, Editions Messein, 1931, p. 79.

* 3 Ibidem, p. 68.

* 4 Ibid., p. 75.

* 5 Ibid., p. 47, (citation de Pierre d'Exideuil).

* 6 « He [Dujardin] invented a form of interior monologue (a French term synonymous with stream-of-consciousness which I shall use except when I wish to suggest the syntactic disorder of Joyce). » dans: J. P. Houston, Fictional Technique in France 1802-1927, NY, Louisiana State University Press, 1972, p. 97.

* 7 (ma traduction), « instantaneous descriptions and reflections », Samuel Richardson dans: Melvin Friedman, Stream of Consciousness : a Study in Literary Method, Binghamton, Yale University Press, 1955, p. 25.

* 8 (ma traduction), « the streamy nature of association, which thinking curbs and rudders », Coleridge dans : C. G. Sandulescu, The Joycean Monologue, op. cit., p. 19 (cité à la n. 1).

* 9 « Such words as `chain' or `train' do not describe it fitly [..]. It is nothing jointed ; it flows. A `river' or a `stream' are the metaphors by which it is most naturally described. In talking of it hereafter, let us call it the stream of thought, of consciousness, or of subjective life», (mon caractère gras), William James, The Principles of Psychology, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1983, p. 233.

* 10 « will only operate at level of structure », C. G. Sandulescu, The Joycean Monologue, op. cit., p. 22.

sommaire suivant






Self-éditeur – Guide Pratique d’Autoédition » – Livre 18.90 € / Ebook 8.90 €.

 Vous avez une idée de livre ? L’autoédition à votre portée. Pour publier votre livre et le vendre.

En vente sur www.selfediteur.com



Rechercher sur le site: 
 
 
Web Memoire Online




© Memoire Online 2000-2009 - Pour tout problème de consultation ou si vous voulez publier un mémoire: webmaster@memoireonline.com