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Croissance des dépenses publiques et incidence sur le développement au Cameroun: le cas du secteur éducatif

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par Romuald sostaine Foueka Tagne
Université de Yaoundé 2 soa - Master/ dea NPTCI 2009
  

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II-4-1-1- Vue d'ensemble des dépenses publiques d'éducation

La lutte contre la pauvreté constitue aujourd'hui une des principales priorités des pouvoirs publics des pays d'Afrique au Sud du Sahara et des partenaires au développement qui apportent leur soutien à cette région du monde. Le Cameroun n'est pas une exception à cette règle. La volonté de faire reculer la pauvreté apparaît à travers la structure des dépenses publiques qui est caractérisée par un arbitrage en faveur des secteurs sociaux notamment l'éducation. En effet, les dépenses d'éducation représentent le premier poste du budget de l'Etat alors que les dépenses sociales représentent près du quart des dépenses totales. Ce choix budgétaire peut être justifié par le fait que dans les pays en développement les dépenses publiques (d'éducation, de santé et d'infrastructures sociales) constituent le principal instrument de la politique de redistribution et de réduction des inégalités96(*).

Dans cette sous-section, nous ferrons ressortir les différents acteurs qui interviennent dans le financement du secteur éducatif, ensuite nous analyserons l'évolution des dépenses courantes d'éducation et enfin nous apprécierons l'efficience de ces dépenses d'éducation.

a) Financement du secteur éducatif

Dans le système éducatif camerounais, selon le document de stratégie de l'éducation, la contribution de l'État au financement de l'éducation est relativement faible (15 % des dépenses publiques97(*) en 2005). Celle des parents est en revanche très importante. En 2002, 30 % des personnes qui enseignent dans les écoles primaires publiques sont des «maîtres des parents». Si on ajoute les enseignants payés de fait par les usagers dans les écoles primaires privées98(*) , ce sont au total plus de 40 % des enfants du primaire qui ont un maître rémunéré par les parents. L'enquête de ménages (ECAM II) montre que les dépenses privées des familles correspondent à 44 % des dépenses totales engagées pour la scolarisation primaire.

Sur l'ensemble du système en 2001, le montant des dépenses courantes d'éducation s'élève à 415 milliards de Fcfa, à raison de 182 milliards pour l'État, soit 43,85% et 233 milliards pour les ménages, soit 57,15%. Au regard de ce qui précède, il se dégage que :

· la part du budget consacrée à l'éducation (15%) reste loin en deçà de ce qui se fait dans les pays d'égal niveau de développement au Cameroun et dont la part du budget consacrée à l'éducation se situe en moyenne à 20%;

· les ménages supportent l'essentiel des dépenses d'éducation.

La distribution des dépenses publiques d'éducation entre niveaux d'enseignement se présente comme suit :

- enseignement maternel ou préscolaire : 4%;

- enseignement primaire : 37%;

- enseignement secondaire : 44 %;

- enseignement supérieur : 15 %.

Cette répartition intra sectorielle est encore éloignée des critères minimaux de performance préconisés dans le cadre incitatif de l'initiative « Fast Track99(*) ».

Par ailleurs, il faut dire que 86% des dépenses de l'Etat sont consacrés au paiement des salaires, le reste (14%) étant insuffisant pour améliorer la qualité du système.

b) Distribution des dépenses publiques d'éducation par niveau d'enseignement et par Nature.

Dans le contexte ci-dessus, en ce qui concerne la contribution de chaque acteur à la dépense publique d'éducation, comment se présente les ressources publiques allouées au secteur éducatif ?

Les données relatives dans ce domaine sont présentées au tableau 4.1 ci contre. L'effort budgétaire national en matière d'éducation, pendant la période considérée, s'élève en moyenne à 2,66% du PIB. Mais cet effort reste variable selon les années. En effet, la part du PIB allouée à l'éducation est passée de 1,96% en 1997 pour s'élever à 3,19% en 2007, avec un pic atteint en 2002 où cette part se chiffre à 3,21%. Par rapport aux dépenses totales, on peut remarquer que la part réservée aux dépenses d'éducation a toujours été inférieure à 20%. Plus précisément, au cours de la décennie considérée, elle n'a cessé de croître, passant de 9,08% des dépenses totales en 1997 à 17,05% en 2007, proche des 20% nécessaire pour respecter l'initiative 20/20100(*).

La lecture du graphique 4.2 montre une même évolution entre les dépenses totales d'éducation et les dépenses courantes d'éducation. Comme il est d'usage, les dépenses courantes constituent l'essentiel des dépenses publiques d'éducation101(*). On s'attarde ici aux dépenses courantes dans la mesure où i) elles représentent la majeure partie des dépenses et constituent les coûts de fonctionnement récurrent du système éducatif, les plus importants dans une logique de soutenabilité à moyen-long terme ; ii) les dépenses en capital peuvent fluctuer considérablement d'une année à l'autre en fonction des projets d'investissements, irréguliers en nombre, et en fréquence et iii) les données de dépenses en capital sont souvent partielles dans la mesure où le financement extérieur est fréquemment insuffisamment renseigné. La part de dépenses

Tableau 4.1 : Dépenses publiques d'éducation, 1997-2007.

Source : Auteur, à partir des lois de finance 1997-2007.

année

Dépenses publiques totales d'éducation

Dépenses publiques courantes d'éducation

En % du PIB

En % des dépenses publiques totales

En % dépenses publiques totales d'éducation

En % du PIB

En % des dépenses publiques totales

%

Indice

(1997=100)

%

Indice

(1997=100)

%

Indice

(1997=100)

%

Indice (1997=100)

%

Indice (1997=100)

1997

1,96

100

9,08

100

91,35

100

1,72

100

8,3

100

1998

2,33

118

10,26

113

90,65

99

2,11

122

9,3

112

1999

2,46

125

11,02

121

87,5

95,7

2,15

125

9,64

116

2000

2,56

131

11,33

125

85,71

93,8

2,19

127

9,71

117

2001

2,04

104

11,68

128

85,52

93,6

1,75

101

9,99

120

2002

3,21

164

16,22

178

85,33

93,4

2,74

159

13,93

168

2003

2,79

142

14,87

164

89,26

97,7

2,5

145

13,28

160

2004

3,1

158

18,2

200

91,4

100

2,89

168

16,65

200

2005

3,1

158

17,07

188

88,88

97,3

2,75

159

15,17

183

2006

2,9

148

17,05

187

91,18

99,8

2,65

154

15,55

187

2007

3,19

162

17,05

187

86,1

94,2

2,75

159

14,68

177

Graphique 4.2 : Evolution des dépenses d'éducation en % du PIB par nature

Graphique 4.1 : Répartition par niveau des dépenses d'éducation en 2004

0

0,5

1

1,5

2

2,5

3

3,5

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

Série1

Série2

MINEDUB

MINESEC

MINESUP

Source : Auteur, à partir de la loi de règlement 2004

Série1 dépenses totales d'éducation Série 2 dépenses courantes d'éducation

courantes dans les dépenses totales d'éducation tourne autour de 90% bien qu'au regard de son indice, elle se trouve en 2007 à un niveau inférieur à celui de 1997 (94,2< 100). Ceci est la résultante de la volonté du gouvernement qui a pris conscience de la nécessité de revoir à la hausse son taux d'investissement en dépenses publiques d'éducation.

Le graphique 4.1 fait ressortir la répartition des ressources publiques mises à la disposition du secteur éducatif par niveau d'étude au cours de l'année 2003/2004. Année dont nous essayerons de donner une mesure de l'efficience globale dans l'usage des ressources publiques en éducation.

c) Mesure de l'efficience globale dans l'usage des ressources publiques en éducation

L'efficience102(*) correspond d'une façon assez générale à la relation qui peut exister entre les ressources mobilisées et les résultats obtenus par l'usage de ces ressources. La dimension comparative est ici importante car il est plus facile d'évaluer si le système éducatif de tel pays est plus efficient que celui d'un autre que d'évaluer, dans l'absolu, si le niveau d'efficience d'un pays donné à un moment donné du temps est élevé ou faible. La question de l'efficience du système éducatif camerounais est alors abordée ici de manière comparative, en comparant la situation du Cameroun à celles d'autres pays de même niveau de développement dans la période actuelle.

Pour mettre en relation les ressources engagées et les résultats, il nous faut au préalable calculer un indicateur global de mesure de la performance du système. Sur la base des niveaux terminaux d'éducation des individus, on peut calculer de façon transversale (au cours d'une année scolaire donnée), la durée moyenne de scolarisation ou espérance de vie scolaire d'une pseudo cohorte, en agrégeant la situation des enfants qui ne vont pas du tout à l'école et de ceux qui y ont accès selon le niveau de scolarisation atteint. Le profil de scolarisation, en tant que série des taux d'accès aux différentes années d'études permet de calculer cette distribution. La compilation de cette distribution jusqu'au niveau de l'enseignement supérieur permet de calculer le nombre moyen d'années qu'un enfant est censé passer dans le système scolaire et universitaire.

L'espérance de vie scolaire, pour l'année 2003/2004 du Cameroun est de 6,54 années, estimée à partir du profil de scolarisation de 2004 (Cf. chapitre III). En 2004, un enfant camerounais peut espérer bénéficier en moyenne de 6,54 années d'études dans le système éducatif national. Ce chiffre qui traduit la situation du Cameroun en termes de nombre moyen d'années par enfant se compare raisonnablement, en 2004, à ce qui est observé en moyenne dans les pays africains francophones (5,1 années) tout en restant supérieur à la moyenne africaine (5,9 années), mais inférieur à la moyenne des pays africains anglophones (7,6 années103(*)).

Pour mettre en relation ressources publiques mobilisées et couverture quantitative (espérance de vie scolaire), on peut calculer directement le rapport entre la durée moyenne des scolarisations et le pourcentage du PIB alloué à ce secteur. Ce rapport indique le nombre d'années de scolarisation qu'un pays réussit à offrir à sa population en dépensant 1% de son PIB en éducation. Ainsi, avec un pourcentage des dépenses publiques d'éducation de 2,89%, nous obtenons pour le cas du Cameroun qu'un point du PIB alloué au financement public du secteur génère 2,26 années de scolarisation en 2003/2004.

En termes comparatifs internationaux, la situation du Cameroun, avec un coefficient d'efficience de 2,26 pour l'année 2003/2004, est meilleure que celle des pays d'Afrique subsaharienne en moyenne (2,0 années), qu'il s'agisse du groupe des pays francophones (2,1années) qu'anglophones (1,9 années). La comparaison de la situation du Cameroun en 2004 avec celle des autres pays africains, nous suggère que les ressources publiques allouées au secteur éducatif sont utilisées de façon relativement efficiente.

L'analyse précédemment faite nous permettait d'apprécier globalement les dépenses d'éducation. L'appréciation de l'impact de ces dépenses sur la population requiert une autre analyse dont nous exposons l'approche ci-dessus.

* 96 la prépondérance des impôts indirects dans les recettes de l'Etat n'autorise pas une redistribution des revenus à travers la progressivité de l'impôt (Bourguignon, 2000).

* 97 Basé sur les prévisions budgétaires de la Loi des Finances 2005.

* 98 23 % des effectifs du primaire sont dans le secteur privé qui est très faiblement subventionné

* 99 Qui préconise que 50% des dépenses d'éducation au moins soient allouées à l'enseignement primaire dans la perspective de son universalisation rapide.

* 100 Initiative obtenue lors du 1er sommet social mondial pour le développement humain qui prône le partage de responsabilités entre pays donateurs et pays en voie de développement où les premiers consacreraient 20% de leur aide publique au développement à des programmes sociaux et les seconds affecteraient, quant à eux, 20% de leur budget global

* 101 Banque Mondiale (2002) : « Education et formation en Madagascar : vers une politique nouvelle pour la croissance économique et la réduction de la pauvreté », document de travail.

* 102 On dira d'un système qu'il est plus efficient qu'un autre, s'il obtient de meilleurs résultats pour un même niveau de dépenses, ou bien s'il obtient les mêmes résultats qu'un autre en dépensant moins.

* 103 Voir Banque mondiale (2007) : « Le système éducatif tchadien : éléments de diagnostic pour une politique éducative nouvelle et une meilleure efficacité de la dépense publique », document de travail no 110, pp 37.

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