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L'être en devenir, considérations aristotéliciennes sur le devenir

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par Martin MBENDE
Grand séminaire philosophat Paul VI Bafoussam, Cameroun - Graduat de philosophie 2008
  

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DEDICACE

A mes parents,

KOUM TOUNGA Pierre Damien et KOUM Augustine

A M. TUWA Jérôme,

qui le premier initia mon esprit à l'exercice de la pensée

REMERCIEMENTS

Que parents, Xavériens, enseignants et amis dont les efforts conjugués ont permis la réalisation de cette oeuvre de l'esprit, trouvent ici l'expression de ma profonde et sincère gratitude. Et qu'en tout et pour tout, le Nom du Seigneur en qui nous avons « la vie, le mouvement et l'être », soit sans fin béni !

INTRODUCTION GENERALE

« L'arbre de la philosophie croît du sol nourricier de la métaphysique »1(*) disait Martin Heidegger. En effet, comme l'avait perçu Leibniz, toute philosophie s'origine dans la question métaphysique du pourquoi : pourquoi y a-t-il quelque chose et non pas rien ? La métaphysique est donc la science des fondements qui s'efforce d'appréhender l'« Etre en tant qu'Etre. »2(*) Dans sa quête de l'Être, la métaphysique se heurte à son devenir.

D'après l'Encyclopédie philosophique universelle, « on entend par le terme «devenir» soit l'ensemble des changements présents si l'on ne veut attirer spécialement l'attention sur aucun d'entre eux, soit la série des changements susceptibles d'affecter, spécialement dans l'avenir, une chose, une personne, une institution etc. »3(*) André Lalande s'inscrit dans cette même logique et attribue à son tour au terme devenir, « le changement considéré en tant que changement, c'est-à-dire en tant que passage d'un état à un autre. »4(*)

En effet, avant d'être une donnée métaphysique, le devenir ou tout simplement le changement, « est un fait d'expérience courante. »5(*) N'importe qui peut faire l'expérience du caractère éphémère de sa propre vie, des saisons qui se succèdent les unes aux autres, des choses qui changent au fil du temps. Cependant, plus qu'une simple caractéristique qu'on collerait facilement aux choses, le devenir pose de véritables difficultés métaphysiques. En effet, le devenir s'attaque particulièrement au principe d'identité. Car, « le changement consiste en ceci que ce qui était n'est plus et que ce qui n'était pas est maintenant. »6(*) Dans cette perspective, le devenir est donc « une destruction de l'identité de l'être avec lui-même. »7(*)

Le premier à faire sienne cette approche est incontestablement Héraclite d'Ephèse. Portant à l'extrême l'expérience du changement, celui-ci a ruiné le principe d'identité et par là l'Etre lui-même. Dès lors, rien n'existe en dehors du mouvement. Toutefois, il sera vite remis en question par Parménide et son école. Ceux-ci, voulant sauvegarder la certitude intellectuelle du principe d'identité, ont suivi le chemin inverse de Héraclite en figeant l'Etre dans l'éternelle stabilité.

L'opposition Héraclite-Parménide au sujet du devenir marque l'affrontement de deux systèmes philosophiques qui ont chacun perçu un aspect de la vérité de l'Etre et sont par la suite tombés dans l'erreur en se radicalisant. En effet, s'il est vrai que le devenir est un fait d'expérience courante, il est également vrai que du néant, rien ne peut surgir. Le problème du devenir se rapporte finalement à la question : comment concilier changement et principe d'identité ? Autrement dit, comment adéquationner au sein d'un même être mouvement et stabilité ?

L'examen d'un tel problème exige que nous organisions notre réflexion en cinq mouvements. Dans le premier, il sera question pour nous de remonter aux sources du problème. A cet effet, nous nous appesantirons sur les différentes approches héraclitéennes et parménidiennes du devenir pour aboutir à la première tentative de leur conciliation par Platon. Viendra ensuite le second mouvement qui sera consacré à la présentation de quelques critiques apportées par Aristote sur les précédentes conceptions du devenir. Le troisième mouvement ainsi que le quatrième, étayeront l'analyse aristotélicienne du devenir. Celle-ci abordera le problème du devenir à partir des catégories de l'Etre. Ces catégories seront résumées en trois couples de notions qui constituent selon François Châtelet « les trois distinctions cardinales de l'aristotélisme. »8(*) Ce sont : les couples substance et accident, acte et puissance, matière et forme. « Tous trois ont pour fonction de servir de schèmes d'intelligibilité à la représentation d'un monde ordonné à des réalités autonomes en devenir. »9(*) Toutefois, il est important d'avoir présent à l'esprit au moment où nous abordons cette étude, qu'Aristote emploie indifféremment le terme ×éíçóéò (mouvement) pour désigner aussi la ãåíåóéò (devenir) ou la ìåôáâïëç (changement).10(*)

Par ailleurs, si l'analyse aristotélicienne du devenir résout le conflit Héraclite-Parménide, elle ne laisse pas cependant de susciter quelques interrogations. D'où le cinquième mouvement de notre réflexion qui sera en même temps une lecture critique de la contribution aristotélicienne à propos de l'étude du devenir et une mise en évidence de quelques perspectives que cette contribution ouvre dans le champ de la philosophie en général et du vécu quotidien de l'homme en particulier.

* 1 HEIDEGGER M., Questions I et II, Paris, Gallimard, 1968, p. 25.

* 2 ARISTOTE, Métaphysique, , 1, 1003 a, 20.

* 3 JACOB A., (dir.), Encyclopédie philosophique universelle, Les notions philosophiques, Paris, P.U.F, 1990, p.628.

* 4 LALANDE A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, Quadrige / P.U.F, 1997, p. 224.

* 5 DAUJAT J., Y a-t-il une vérité ?, Paris, TEQUI, 1974, p. 59.

* 6 Idem.

* 7 Idem.

* 8 CHÂTELET F., La philosophie païenne du VI e siècle av. J.-C. au III e siècle ap. J.-C., Paris, Hachette, 1999, p. 162.

* 9 Idem.

* 10 AUBENQUE P., Le problème de l'être chez Aristote, Paris, P.U.F, 1962, p. 420.

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