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Les conditions professionnelles du journaliste de la presse privée au Cameroun ( enquête)

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par Miriam Aurélie Fogoum Mawa
Siantou Supérieur sous couvert IFASIC KINSHASA - Graduat III 2009
  

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Section II : Les conditions économiques et matérielles

1- Les conditions économiques

Devant le parlement américain, le président américain Thomas Jefferson prononça une phrase qui a amplifié son prestige: `'Puisque l'information du peuple constitue le fondement de notre démocratie, et que notre mission est de bien l'informer, s'il fallait choisir entre un gouvernement sans journaux et des journaux sans gouvernement, je prendrais sans hésiter la seconde hypothèse''. L'information peut alors modifier la vision que nous avons de notre environnement, du monde qui nous entoure et la façon dont nous organisons notre vie. Elle peut transformer radicalement nos perspectives politiques, sociales et économiques. Un peuple bien informé est celui qui prend de bonnes décisions. Laisser mourir sa presse, c'est faire le choix de l'opacité, et de la pensée unique.

Au Cameroun, la presse écrite privée connait un revirement de son sort, elle qui fut au cours des années 1990 intouchable, est en baisse de forme. Il y a une dizaine d'années, elle arrivait à captiver l'attention du public en étant des plus critiques vis à vis du pouvoir. Les «grands» journaux pouvaient tirer à 80 000 exemplaires. Challenge hebdo tirait par exemple à 60 00015(*). Être patron de presse était alors une véritable entreprise lucrative, d'autant plus que malgré ces fortes ventes, les journalistes restaient très peu rémunérés.

Aujourd'hui, les tirages varient entre 2000 à 8000 exemplaires. Par exemple, Le Messager tire à 6000 au lieu de 50.000 comme en 1992, le Popoli à a peine700016(*)

En janvier 1994, la dévaluation du FCFA et la crise économique ont beaucoup réduit le pouvoir d'achat, alors que dans le même temps les journaux ont été obligés de relever leur prix de vente pour faire face à la croissance du coût des intrants. En moyenne, le prix de vente des journaux est ainsi passé de 200 à 300 FCFA au début des années 2000 et aujourd'hui il coûte 400 FCFA.

La réduction du franc CFA, implique une baisse de sa valeur. Le taux de sa parité fixe qui était de 50f.cfa pour 1 Franc français, est passé du simple au double, à savoir : 100f.cfa pour 1 Franc français (1 FF = 50 FCFA, depuis lors, 1 FF = 100 FCFA). Et comme pour le Cameroun particulièrement, cet acte de l'Etat n'était escorté d'aucun effet d'accompagnement économique et social, ce fut l'effondrement total et généralisé des fondamentaux de notre arsenal juridico-financier17(*).

Et comme tous les autres secteurs d'activité la galaxie médiatique camerounaise commence alors à décliner. Car même si la presse écrite au démarrage connait des handicaps structurels, les faits sociaux économiques ont enfoncé le clou. Ils ont perturbé un équilibre déjà précaire par les effets catastrophiques de la fameuse doctrine de l'ajustement structurel dont les objectifs visaient le redressement des économies, des états en voie de développement par la réduction du train de vie de l'Etat. Mais hélas les coûts du papier, encre, film on doublé.18(*) A cela s'ajoute l'entrée en vigueur depuis 1999 de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée). Les entreprises de presse doivent théoriquement reverser au Trésor public 18,7% de leurs recettes publicitaires.

Les ménages également ont subi cette forte influence de la dévaluation du franc CFA. Le pouvoir d'achat chute du fait de la baisse excessive des salaires « Un enseignant de lycée à l'époque qui touchait 250.000FCFA se retrouve avec 100.000FCFA » soutient Benjamin NYOUM enseignant d'université19(*) il continue : «Comment peut-il s'organiser pour se loger, manger, se soigner, son épouse et ses enfants avec s'il en a ?». Influence : baisse drastique des ventes de journaux, et chutes vertigineuses des recettes.

Mais le coup de massue viendra aussi de la désillusion du public face aux médias indépendants. Beaucoup n'ont pas pu s'adapter aux besoins quotidiens des citoyens La principale évolution des lignes éditoriales a été une place croissante donnée aux faits divers et au sport (football) censés plaire aux lecteurs20(*).

Tous les secteurs de la vie économique ont subi les affres de la dévaluation, et la presse avec. En 1990, 80 à 90% de ceux qui écrivent dans les journaux sont des aventuriers qui acceptent n'importe quel salaire pour survivre. Le public se fait alors méfiant à cause du manque de fiabilité des informations. Ces derniers développent la corruption dans les médias. On parlera de ce phénomène qu'est le terme gombo (nom d'une légumineuse gluante, mangée en sauce au Cameroun, et qui renvoie, métaphoriquement, dans le jargon de la scène médiatique, à une variété de pratiques de corruption des hommes de médias par tous ceux qui en obtiennent en retour, toute la bienveillance)

On constate que le secteur du journalisme a ainsi subi les angoisses d'une économie dévaluée, facteur déterminant. Elle a pour ainsi dire et à fortiori brisé l'élan exponentiel de son épanouissement tout autant matériel, financier, moral que psychique. Des valeurs qui se synthétisent de l'appropriation par l'ensemble de l'unité de production qu'est l'entreprise de presse au plan matériel.

Pourtant, les journalistes enquêtés dans la presse écrite privée déclarent sans hésitation que le manque de conditions matérielles influences négativement sur le rendu de leur travail. C'est d'ailleurs pourquoi, dans le souci de remonter une pente toujours aussi glissante, il faudrait que des conditions soient réunies.

* 15 _ Elisabeth Paquot, (GRET), Séverin Cécile Abega, L'état des médias au Cameroun, Ed. Gret, P.4

* 16 _ idem, P.4

* 17 _Valentin Siméon Zinga, Les Cahiers du journalisme N°9 Automne 2001, Cameroun : une liberté de la presse précaire. De la chape de plomb politique à l'étau économique

* 18 _ Idem

* 19 _ Entretien avec Nyoum Benjamin, enseignant de journalisme à l'institut Siantou Supérieur.

* 20 _ Elisabeth Paquot, Séverin Cécile Abega, L'état des médias au Cameroun, Ed. Gret, P 4

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