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Ségrégation et dynamiques multiculturelles à  Séville:le cas du quartier "El Cerezo"

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par Matthieu Bouchet-Wacogne
Université de Poitiers - Master 1 migrations internationales 2010
Dans la categorie: Géographie
  

Disponible en mode multipage

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Université de Poitiers
UFR Sciences Humaines et Arts
Département de Géographie

Master 1 Migrations internationales

Année 2010-2011

Ségrégation et dynamiques multiculturelles à Séville:

le cas du quartier "El Cerezo"

Source: photographies personnelles, mars 2011. Montage effectué sous Picasa, 2011. (c) B-W Matthieu

« En matière d'immigration, l'intégration est un chemin de crête, la voie étroite entre deux précipices, entre deux conceptions extrêmes. La première est celle qui considère le pays d'accueil comme une page blanche où chacun pourrait écrire ce qui lui plait, ou pire , comme un terrain vague où chacun pourrait s'installer avec armes et bagages, sans rien changer à ses habitudes. L'autre conception extrême est celle qui considère le pays d'accueil comme une page déjà écrite et imprimée, comme une terre dont les lois, les valeurs, les croyances, les caractéristiques culturelles et humaines auraient déjà été fixées une fois pour toutes, les immigrants n'ayant plus qu'à s'y conformer ».

Amin Maalouf, romancier Franco-Libanais (1998).

Remerciements :

Je tiens à remercier toutes les personnes qui m'ont aidé dans l'élaboration de cette recherche.

Merci tout d'abord à ma tutrice Naik Miret de m'avoir guidé durant cette année d'étude, merci également à Marie-Antoinette Hily, Maria Angeles Huete et Francisco Torres pour leur soutien.

Un grand merci aux différents membres d'associations rencontrés à Séville ainsi qu'aux habitants d'El Cerezo qui ont répondu à mes questions. Leurs témoignages m'ont grandement aidé à réaliser cette étude.

Pour finir, un remerciement tout particulier à mes proches, ma famille, mes amis et notamment à Claire pour m'avoir accompagné tout au long de cette aventure. Je n'oublie pas tous mes lecteurs qui m'ont aidé à concrétiser ce mémoire.

A tous MERCI

Sommaire

Introduction p.1

Chapitre I : Évolution de l'immigration et insertion urbaine des étrangers à Séville p.6

A/ Séville: une ville « récente » d'arrivée de migrants
1/ Évolution de la population immigrée dans la ville

p.6

p.7

2/ Répartition des immigrés dans la ville

p.12

3/ L'influence des logements collectifs en Espagne

p.17

B / Les politiques publiques : enjeux de l'immigration

p.20

1/ Différences et points communs entre la Junta d'Andalousie et la Mairie de Séville

p.21

2/ La délégation des relations institutionnelles sur l'immigration

p.24

3/ Des services publics de la mairie au service de l'immigration

p.26

C/ La Macarena : un district multiculturel

p.28

1/ Diversité culturelle et évolution de l'immigration

p.29

2/ El Cerezo : un quartier de concentration de populations immigrées

p.35

Chapitre II : Enjeux et évolution de l'immigration : le cas du quartier El

 

Cerezo

p.42

A/ Visibilité des immigrés à Séville, particulièrement dans le quartier d'El Cerezo

p.42

1/ L'investissement des immigrés dans la vie culturelle de Séville

p.42

2/ Mise en avant de l'immigration dans le discours électoral

p.45

B/ L'importance des acteurs associatifs locaux

p.48

1/ Les projets associatifs : enjeux de cohabitation

p.48

2/ Le plan pilote de la Macarena : la tentative de créer du « vivre ensemble » collectivement

C/ Transformations urbaines du quartier El Cerezo

p.54

p.58

1/ Une situation géographique avantageuse

p.59

2/ Des changements urbains visibles

p.63

3/ La place de Punta Umbria: illustration des transformations urbaines et sociales

p.69

Chapitre III : Représentations et pratiques liées à l'immigration dans le quartier d'El Cerezo

p.73

A/ Effets de la multiculturalité pour El Cerezo

p.73

1/ Le point de vue des habitants dans leur choix et leur représentation du quartier El Cerezo

p.73

2/ Ségrégation spatiale : entre espaces partagés et espaces « réservés »

p.79

B/ L'immigration comme bouc émissaire

p.83

1/ Un espace conflictuel

p.84

2/ De la réalité au stéréotype

p.87

C/ Les jeunes : première cible des ONG

p.93

1/ Un défi multiculturel

p.93

2/ Intervention dans les établissements scolaires

p.96

Conclusion

p.100

Bibliographie

p.104

Annexes

p.111

Sigles:

ACCEM: Association Commission Catholique Espagnole de Migration (Asociación Comisión Católica Española de Migración)

APDHA: Asociación Pro Derechos Humanos de Andalucía

ATIME: Association des Travailleurs Immigrants Maghrébins en Espagne CEAR: La Comisión Española de Ayuda al Refugiado

CEPAIM: Consortium des Agences de l'action globale avec les migrants (Consorcio de

Entidades para la Acción Integral con Migrantes)

CMPM: Consejo Municipal de Participación de Migrantes

CODENAF: Association de Coopération et Développement avec les pays du Nord de l'Africain

EMASES: Empresa Metropolitana de Abastecimiento et Saneamiento de aguas de Sevilla IMEDES: Instituto de Migraciones y Desarrollo Social de la Universidad Autónoma de Madrid INE: Instituto Nacional de Estadística

INSEE: Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques

MEPSYD: Ministerio de Educacion de Politica Social y Deporte

MPDL : Mouvement pour la Paix, le Désarmement et la Liberté

OBCS: Observatorio Castello Social

OCDE: Organisation de Coopération et de Développement Économiques

ODS: Office de Droits Sociaux

ODI: Office des Droits des Immigrés

ONG : Organisation Non Gouvernementale

OPIA: Observatoire Permanent de l'Immigration en Andalousie

OPIS: Observatoire Permanent de l'Immigration à Séville

PIN: Parti des Immigrés Nouvelle génération: Partido de los Inmigrantes Nueva Generación PIRUM: Partido Iberico de los Rumanos

SOMAÏ: Support Minimum d'attention à l'immigré

UPO: Université Pablo de Olavide

Introduction

Migrer est un phénomène social complexe autant pour les causes que pour les conséquences que cela implique. Les migrations ont formé et transformé les sociétés contemporaines en les rendant plurielles, c'est-à-dire qu'actuellement de nombreux espaces urbains sont composés d'habitants originaires de pays différents.

L'Espagne a été pendant longtemps un pays d'émigration. Mais depuis plus de vingt ans, il est devenu un pays d'immigration. Ce changement relativement récent s'est accru suite aux différentes vagues migratoires et n'a pas permis aux administrations publiques de se préparer à accueillir et intégrer les immigrés.

Deux particularités propres à ce pays nous intéressent car elles divergent de la situation française. Tout d'abord, l'Espagne est un pays de propriétaires, cela concerne plus de 80% de sa population. Ensuite, comme nous venons de le souligner, c'est un territoire d'immigration relativement nouveau. En effet, en 2000, les immigrés représentaient 2,1% de la population totale alors qu'en 2010 ils étaient 12,2% selon l'Institut Nationale de Statistique (INE).

Notre étude traite des conséquences de la multiculturalité dans une ville, ici Séville. Ayant eu diverses expériences en Espagne et particulièrement à Séville (études, emploi, loisirs), le choix de cette ville pour aborder notre sujet s'est rapidement imposé à nous. Par ailleurs, suite à de multiples lectures, recherches et au visionnage d'un reportage télévisé de la chaîne Canal Sur : Inmigrantes en el barrio sevillano de « El Cerezo » (Immigrés dans le quartier sévillan El Cerezo) du 29 septembre 2010 sur les problèmes de cohabitation entre autochtones et immigrés dans le quartier El Cerezo; cet espace est apparu comme étant au coeur de notre recherche. De là s'est confirmé l'intérêt que nous portons aux minorités et à leur intégration dans un espace urbain, ici El Cerezo. Certaines de ses caractéristiques en font un objet d'étude intéressant. Tout d'abord, il est situé au coeur de la Macarena, district où se trouve le plus grand nombre d'immigrés à Séville. Ensuite, ce quartier est celui qui dénombre le plus grand chiffre d'habitants d'origines étrangères de façon relative. Enfin, c'est la zone où il y a le plus de commerces au mètre carré.

Se concentrer sur cet espace pour analyser la question de l'articulation ségrégation-
multiculturalité permet d'aborder les quartiers multiculturels depuis un cas concret et de se

positionner dans le processus de recomposition sociale du district de la Macarena durant les dix dernières années.

L'étude de cas prend tout son sens par le biais de la diversité ethnique et des évolutions récentes dans El Cerezo. "On réaffirme là le lieu comme une relation d'expériences entre le sujet et le focus, un lieu en constante évolution, de par ses « effets multiples » et son fonctionnement particulier, il doit rester au centre des recherches géographiques" (ROZENHOLC, 2010, p.26).

Concrètement, l'apport de cette recherche se trouve principalement dans l'échelle choisie, celle d'un quartier : El Cerezo, se trouvant au Nord du centre ancien de la ville. En cela, elle se démarque des recherches effectuées récemment sur les thèmes de la ségrégation et du "vivre ensemble" dans des espaces multiculturels tels les travaux des chercheurs et professeurs Maria Angles Huete Garcia (tutrice de stage) et Francisco Jose Torres Gutierrez. En effet, ces deux personnes ont effectué avec des équipes de chercheurs, des travaux sur des thèmes similaires mais pour des destinataires différents (l'un pour la mairie de Séville et l'autre pour la communauté autonome d'Andalousie). La première travaille dans le département de sociologie et le second dans celui de géographie de la faculté Pablo de Olavide à Séville. Ils ont permis de restructurer notre étude et de mettre en avant son aspect innovant. C'est pourquoi ce sont des ressources incontournables à la rédaction de ce mémoire. Or, leurs recherches s'inscrivent dans des échelles géographiques macroscopiques en étudiant des phénomènes de ségrégation et de multiculturalité de manière générale et non microscopique dans le sens d'une étude de cas en particulier comme il est question dans notre sujet.

Comme nous le verrons, s'installer dans un quartier se fait par choix ou par contrainte, suivant des critères personnels (coût, amis, famille, proches, situation géographique, etc.). Une fois installée, chaque personne va s'approprier l'espace dans lequel elle vit, l'appartement, l'immeuble, les rues et les espaces publics. Accepter « l'autre » est souvent difficile, c'est ce que nous verrons dans le quartier El Cerezo. Afin de rendre compte de ce qui est mis en place pour développer le "vivre ensemble" au sein de ce quartier, nous nous attacherons aux actions et projets des acteurs qui agissent au niveau local (mairie, région, associations, etc.) en lien avec les habitants. Nous partons ici du postulat que dans le quartier étudié, les immigrés sont victimes de discrimination et de ségrégation. Cela nous amène à poser l'hypothèse suivante:

La mise en place de projets d'interactions multiculturelles entre autochtones et immigrés permet de faire face aux discriminations.

En partant de ces idées préconçues, nous avons pu élaborer notre étude en nous intéressant particulièrement aux associations humanitaires et politiques publiques. Ceci nous a ensuite mené à un questionnement principal qui a guidé nos recherches et qui nous amènera à valider une problématique par la suite. Cette question est:

De quelle façon les politiques publiques et les acteurs associatifs luttent-ils contre le phénomène de ségrégation et qu'est-ce que cela implique de vivre dans un espace multiculturel?

Nous chercherons à savoir si les immigrés sont intégrés parmi les autochtones ou s'ils sont mis à l'écart. Voilà pourquoi cette étude a pour objectif de s'inscrire dans l'analyse des phénomènes de ségrégation et de connaître les politiques publiques et projets associatifs qui tentent de créer du « vivre ensemble ».

En conséquence, l'étude de terrain effectuée en mars 2011 a été le moyen de confronter la réalité à notre hypothèse et de mettre à l'épreuve nos outils conceptuels1. Durant cette période, nous avons pu rencontrer les acteurs intervenant sur les questions de cohabitation dans le quartier et pour la ville de Séville tels que Teresa Maqueda, qui est responsable de la délégation des relations institutionnelles relatives à l'immigration ; Mercedes, qui est coordinatrice de l'Association Commission Catholique Espagnole de Migration (ACCEM) ou encore Ousseyma, coordinateur de la fondation Sevilla Acoge. Ces deux Organisations Non Gouvernementales (ONG) interviennent sur les problématiques liées au « vivre ensemble » tout comme la fondation Cepaim qui illustrera également notre recherche.

C'est pourquoi, durant ce mois passé à Séville, nous nous sommes rendus quasiment chaque jour dans le quartier El Cerezo pour observer ses fonctionnements et voir quelles sont les interactions entre habitants. Cette phase d'observation fût nécessaire afin de s'immerger dans cet espace, de prendre des habitudes et d'être visible. En l'explorant, il fût possible de se rendre compte des pratiques sociales (convivialité, exclusion, etc.) et spatiales (ex: lieux de regroupements, d'interactions) propres à ce quartier. Cela a permis d'élaborer une carte du quartier où sont répertoriés les lieux de regroupements ethniques.

1 Nous avons fait le choix de développer l'argumentaire théorique au fur et à mesure de notre composition.

De surcroît, fréquenter différents commerces du quartier et y interroger les employés fût aussi enrichissant dans le sens où cela a été l'occasion d'obtenir des témoignages sur les évolutions du quartier, particulièrement depuis les années 2000 ainsi que de percevoir les discriminations entre les habitants. Par ailleurs, rencontrer les gens qui vivent ou interviennent dans ce quartier aura permis de leur proposer de répondre à notre questionnaire et parfois de continuer avec des questions plus approfondies. Il n'en reste pas moins qu'aborder des individus n'est pas une chose facile, nous avons été confrontés à différents refus de personnes ne voulant pas remplir de questionnaire ni discuter de la diversité culturelle présente dans le quartier. Les réactions furent diverses en fonction du groupe ethnique des personnes interrogées ce qui permet d'effectuer une typologie. Nous verrons les limites de notre terrain au cours de notre développement.

Enfin, la prise de nombreuses photographies a également permis d'illustrer les sujets évoqués dans notre recherche. Elles apparaissent comme les révélateurs des changements et des recompositions urbaines du quartier. Un de ces changements pourrait être l'apparition, il y a deux ans, d'un local partagé par des membres de l'association Acoge et d'autres de la Cepaim sur la place principale du quartier El Cerezo (place Punta Umbria). Les deux associations ont des projets similaires, particulièrement en ce qui concerne l'immigration (intégration, respect des droits, accès à la citoyenneté, etc.). Ce lieu est d'un grand intérêt puisqu'il est révélateur d'un besoin en terme de médiation culturelle mais également au niveau de l'accompagnement réalisé par les membres de ces associations auprès des habitants du quartier (ex: aide pour constituer des papiers, trouver un travail, régler les conflits). Il fût possible d'interroger trois membres de l'association Acoge (Gabi, Sonia et Ousseynou) et un membre de Cepaim (Demba) ce qui nous a permis de cerner leurs actions et intentions au niveau d'El Cerezo mais également au niveau du district de la Macarena dont il fait partie.

De plus, ayant effectué ce terrain en mars 2011, deux mois avant les élections municipales à Séville, il a été possible d'ouvrir notre recherche à une dimension politique concernant l'utilisation de la multiculturalité dans le discours électoral.

Nous allons à présent voir l'évolution de l'immigration à Séville, les conséquences des arrivées récentes et les propositions des politiques publiques. Pour cela nous utiliserons principalement les statistiques de l'INE (Instituto Nacional de Estadistica) afin de connaître la population habitant à Séville et plus particulièrement dans le district de la Macarena (nombre, nationalités et évolutions). Nonobstant, cela reste une source insuffisante puisque ces chiffres ne concernent que les personnes inscrites en mairie "empadronados" .

Puis, nous aborderons l'insertion socio-spatiale des immigrés dans le quartier d'El Cerezo en nous intéressant particulièrement aux projets associatifs et aux transformations urbaines.

En dernier lieu, nous nous consacrerons aux pratiques et interactions des habitants dans leur quartier ainsi qu'à leurs représentations et à l'image que les médias renvoient d'El Cerezo. Nous essayerons de comprendre comment se construisent des conflits dans ce type d'espace et de quelle façon les acteurs de la vie associative tentent de mettre en place un "vivre ensemble".

Chapitre I : Évolution de l'immigration et insertion

urbaine des étrangers à Séville

Notre recherche s'inscrit dans un tournant de l'immigration en Espagne, pays qui a connu de nombreux changements urbains suite à l'arrivée massive d'immigrés essentiellement durant les dix dernières années. En effet, en 2010 pour 47 021 031 espagnols on dénombrait 5 747 734 citoyens étrangers (INE) soit 12,2% de la population. Ces arrivées ont entraîné une augmentation de la population dans la majorité des villes espagnoles ce qui a donné lieu à diverses mesures politiques comme celles concernant des régularisations massives2.

Afin d'étudier ce phénomène, nous allons nous intéresser plus particulièrement aux évolutions, aux conséquences et aux transformations liées à l'immigration dans la ville de Séville. Pour illustrer nos propos, nous parlerons principalement du district de la Macarena ainsi que du quartier El Cerezo qui sont des espaces pluriethniques où l'immigration joue un rôle important. Nous tâcherons de savoir si les politiques publiques facilitent ou non l'intégration des immigrés.

A/ Séville: une ville « récente » d'arrivée de migrants

D'après une étude de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) de 2009, la crise économique a provoqué une baisse des migrations de travail vers les pays membres de cette organisation. Ce phénomène s'observe plus particulièrement en Espagne, en Irlande et au Royaume-Uni. Par ailleurs, il est à mettre en relation avec le durcissement des politiques migratoires de ces différents pays. Le secteur du bâtiment qui emploie un grand nombre de travailleurs immigrés, a été particulièrement touché par cette crise. Ainsi, en Espagne, la part de chômage concernant les immigrés a pratiquement doublé. A ce titre, il y avait 492 491 chômeurs immigrés en 2009. (MIRET b/ 2009). En outre, pour tenter de répondre à ce problème, le pays a mis en place des politiques qui encouragent la migration de retour pour les immigrés sans emploi, notamment en leur proposant une somme d'argent.

Cependant, depuis vingt ans, différentes lois et réformes montrent le besoin et l'importance des étrangers en Espagne3. Les migrations sont de plus en plus encadrées en

2 Cf: tableau des principales mesures politiques concernant l'immigration en annexe, p.118

3 Cf: Ibid p.118

accord avec les politiques de l'Union Européenne. Malgré cela, l'Espagne garde une liberté dans l'application et la mise en place de ses mesures politiques. En effet, en 2005, 700 000 étrangers inscrits au "padron" (registre d'inscription municipale) ont été régularisés de manière exceptionnelle.

L'arrivée de nombreux migrants est une "composante majeure du paysage espagnol contemporain" (MIRET, b/ 2009 p.129), nous tâcherons de connaître le nombre d'arrivées, les évolutions et la répartition de la population immigrée à Séville.

1/ Évolution de la population immigrée dans la ville

Pour parler d'immigration et de multiculturalité à Séville, il est primordial de connaître la population immigrée présente dans cette ville ainsi que sa répartition et sa localisation. Dans ce cadre, nous utiliserons essentiellement les chiffres de l'Institut National de Statistiques Espagnol (INE). Bien que ces données comptabilisent seulement les étrangers inscrits à la municipalité (« padron ») car cela reste la source la plus fiable pour connaître les évolutions de l'immigration. Par ailleurs, les associations ajoutent "20% au nombre total d'immigrés" (Mercedes, coordinatrice ACCEM) car c'est pour eux, tout du moins pour l'Association Commission Catholique Espagnole de Migration (ACCEM), la proportion d'individus qui ne sont pas inscrits à la mairie.

a/ Comparaison avec Madrid, Barcelone et Valence

Capitale régionale, Séville est la quatrième ville d'Espagne en termes d'habitants, derrière Madrid, Barcelone et Valence (journal ABC, du 21/09/10). Aussi, le taux de population immigrée pour Séville est plutôt faible en comparaison avec ces trois autres agglomérations.

Ainsi, la municipalité de la ville comptait en 2010, 5,3% d'étrangers selon l'inscription municipale (le « padron », INE) pour 12,2% d'étrangers sur le territoire espagnol. La même année, la population des étrangers à Séville a augmenté. Le nombre de résidents étrangers est ainsi passé de 29954 en 2008 à 37352 en 2010 (chiffre du recensement municipal à destination de l'INE). De plus, en 2000, le nombre de personnes immigrées n'était que de 5026, ce qui montre une forte augmentation. Par ailleurs, durant cette même décennie de nombreux sévillans ont déménagé vers d'autres communes de l'aire périurbaine à la recherche de logements moins chers et d'une meilleure qualité de vie. Cela justifie la faible augmentation de la population totale de la ville entre 2000 et 2010, passant de 700716 habitants à 704138.

Graphique 1: Evolution du nombre d'immigrés en pourcentage à l'échelle nationale et locale entre 1996 et 2006

Source, INE et HUETE, Diagnóstico de la población inmigrante en la ciudad de Sevilla, 2011, p.15

Bien qu'allant seulement jusqu'à l'année 2006, le graphique 1 nous montre que malgré une évolution importante de l'immigration à Séville, essentiellement durant les années 2000, la proportion d'immigrés reste faible en comparaison avec la moyenne nationale ainsi qu'avec les villes de Valence, Barcelone et Madrid (graphique 2) qui ont connu une forte croissance durant la même période.

Les quatre villes présentes sur le graphique ont vu le nombre d'immigrés augmenter fortement les dix dernières années bien qu'il y ait une différence entre Séville et les trois autres villes.

Graphique 2: Evolution du nombre d'immigrés en pourcentage dans les quatre plus grandes villes d'Espagne de 1996 à 2006

Source : INE et HUETE, Diagnóstico de la población inmigrante en la ciudad de Sevilla, 2011, p.16

En 1996, Séville et Valence avaient le même pourcentage de population étrangère mais cette similitude n'a pas duré. En effet, le nombre d'étrangers à Valence a augmenté beaucoup plus vite qu'à Séville. Pour les villes de "Madrid et Barcelone, la population étrangère semble augmenter à un rythme similaire à l'exception de l'année 2006 où Barcelone a connu une plus forte augmentation" (HUETE, 2011, p.17).

Cela montre l'attraction des deux grandes villes espagnoles. Séville a été un espace de passage où les immigrés qui se déplaçaient pour travailler partaient pour d'autres villes (Huelva, Almería, Jaén y Málaga) où ils trouvaient des emplois dans les secteurs de l'agriculture, de l'industrie mais également dans la construction. Depuis plus de dix ans avec le développement économique, de nouveaux secteurs de production ont émergé, principalement ceux des services (domestiques, hôtellerie, aide à la personne, etc.) qui ont permis l'embauche de nombreux immigrants. Séville s'est alors transformée en ville réceptrice où l'immigration commence à se stabiliser. Cependant avec l'actuelle crise économique, il y a eu « détérioration de l'accès à l'emploi pour les immigrés » (UNIA). Cela pousse certains immigrés à repartir dans leurs pays d'origine ou à aller dans d'autres pays de l'Union Européenne tels que la France. C'est pourquoi, si la crise continue ainsi, il devrait être possible d'observer prochainement une baisse de l'immigration en Espagne.

Graphique 3: Répartition en pourcentage de la population immigrée par continents dans les quatre plus grandes villes d'Espagne en 2006

Source : INE et HUETE, Diagnóstico de la población inmigrante en la ciudad de Sevilla, 2011, p.19

Pour finir, le graphique 3 nous montre le pourcentage d'étrangers par continents dans les quatre villes énoncées. Il est important de souligner qu'il y a dix ans, la majorité des immigrés à Séville étaient européens. Aujourd'hui, grand nombre d'entre eux sont d'origine sud-américaine et africaine.

Concernant le nombre d'arrivées de personnes d'Amérique du Sud en Espagne, il a augmenté de manière significative depuis dix ans par rapport aux autres nationalités (SIMO, 2006). En 2006 comme l'indique ces diagrammes, la majorité des immigrés étaient originaires d'Amérique et plus particulièrement de la partie Sud de ce continent. En 2000, il y avait en Espagne, 647.364 immigrés d'Amérique du Sud et en 2010, ils étaient 1.591.302 selon l'INE. Ce constat se retrouve pour la ville de Séville. En 2000, d'après l'inscription municipale (INE), il y avait 1.540 personnes d'origine d'Amérique du Sud pour 17.183 en 2010. Cette augmentation montre le poids important de ces migrants dans la société espagnole. D'ailleurs, selon l'ouvrage du chercheur et professeur Francisco Torres (2011), en 2008, "45% des immigrés à Séville sont originaires d'Amérique latine" (p.54).

Par ailleurs, ce graphique nous permet d'observer à nouveau, l'importante différence entre Séville et les trois autres villes. D'autre part, le poids de l'immigration à Séville reste également faible en comparaison à d'autres villes d'Andalousie. En 2010, il y avait 5,3% d'étrangers à Séville, 10,5% à Almeria et 6,2% à Grenade (INE). Bien qu'en valeur absolue Séville soit plus peuplée que ces deux autres villes, cela nous amène à penser que l'immigration est un sujet d'intérêt dans de nombreuses agglomérations espagnoles.

Malgré que le poids de l'immigration à Séville ne soit pas aussi considérable que pour d'autres agglomérations, il est suffisamment important pour avoir des répercussions aussi bien sur les politiques publiques et les habitants que sur les acteurs associatifs. Nous allons à présent, nous attacher à l'évolution et aux conséquences de l'immigration à Séville.

b/ Identification des populations immigrées dans la ville de Séville

Pour parler de l'évolution de l'immigration à Séville, nous avons essentiellement utilisé les données de l'INE relatives à l'inscription municipale. Nombre des immigrés en Espagne la sollicitent car par exemple, elle donne accès aux soins élémentaires de santé et à l'école publique pour les enfants. Elle permet également de s'abonner au gaz, à l'électricité et au téléphone. Cependant ce n'est pas un permis de séjour (délivré par le ministère de l'intérieur)

qui permet entre autres, de se déplacer sur le territoire et de changer de résidence avec peu de difficultés. La limite de ces données vient du fait qu'elles ne comptabilisent pas les étrangers en situations irrégulières, néanmoins elles restent une référence pour parler d'immigration. Dans une enquête de 2008 de l'association ACOGE qui travaille dans trois domaines : le droit citoyen, l'intégration sociale et la cohabitation interculturelle, les auteurs nous informent que 57% des étrangers ne sont pas régularisés.

Si nous observons la place des différentes nationalités dans la ville de Séville, les six groupes majoritaires sont : les Marocains (3 681), les Boliviens (3 355) suivis des Équatoriens (2 712), puis les Colombiens (2 564), les Chinois (2094) et enfin les Roumains (1967) (INE, 2009). L'importance des personnes d'origine bolivienne est assez récente. En effet, dans le classement des groupes d'immigrés majoritaires dans la ville, les Boliviens sont passés en 2006 : "de la quinzième place à la seconde en 2008" (TORRES, 2011, p.55). Par ailleurs, le poids des personnes originaires de Roumanie et du Maroc reste conséquent. Leur présence est importante au sein de la ville et elle est plus ancienne que les arrivées relativement récentes des personnes d'Amérique du Sud. Quant aux Chinois avec une augmentation impressionnante entre 2000 et 2009 (de 382 à 2094 habitants), ils sont la cinquième population d'immigrants la plus présente dans la ville, ce qui permet de comprendre l'essor des épiceries et commerces bons marchés tenus par des personnes d'origine chinoise dans la capitale régionale (Diaro de Sevilla, 2010).

Ensuite, concernant les immigrés habitant dans la ville de Séville, 46% d'entre eux ont entre 25 et 35 ans (ACOGE SEVILLA, 2008). Cela induit une des caractéristiques de l'immigration de cette ville. Cette tranche d'âge correspond à des personnes pouvant s'insérer dans le monde du travail. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.

Pour finir, comme nous l'avons soulevé, le poids de l'immigration est important dans la ville de Séville. Bien que relativement récent, il n'en est pas moins un sujet majeur dans les questions du « vivre ensemble ». Le nombre d'étrangers nous amène à nous intéresser à leur répartition dans la ville, à savoir s'il y a des regroupements ou non, et si cela peut mener au phénomène de ségrégation.

2/ Répartition des immigrés dans la ville

Nous pouvons distinguer des zones de regroupements de population de même origine dans la ville de Séville. Ceci est visible à l'échelle des pays d'origine mais aussi des continents tout en apportant quelques nuances (ex: Maghreb et Afrique Subsaharienne). Les regroupements ethniques peuvent générer des phénomènes de ségrégation qui peuvent s'avérer positifs mais également négatifs.

a/ La ségrégation: aspect majeur de la vie en communauté

La ségrégation qui désigne étymologiquement l'action de mettre à part, de séparer, apparaît dans le domaine scientifique avec W. Burgess et l'école de Chicago. Ce terme a évolué et n'est toujours pas figé dans une définition. Il est traité par différentes disciplines des sciences sociales.

Les causes de ségrégation seraient dues à des « motifs socio-économiques (classes sociales défavorisées mises à l'écart du reste de la ville, etc.), démographiques, ethniques ou raciales » (FULLAONDO, 2007, p.3). Bien souvent, la ségrégation est perçue comme « ayant une connotation fortement péjorative » (BOURDON, 1996, p. 204) et générerait des problèmes entre individus. C'est un processus de division sociale et « de répartition spatiale des groupes sociaux et des individus ». (LEVY et LUSSAULT, 2003, p.830). Ce phénomène positionne habituellement les immigrés en tant que victimes. La ségrégation « implique à la fois un mouvement de rejet, d'exclusion, qui peut même prendre des formes légales ; et un mouvement d'agrégation qui réunit les semblables » (BRUNET, 1993 p.450). L'agrégation traduit les liens immédiats qu'ont les nouveaux arrivants avec leurs semblables, leur permettant ainsi de commencer à s'intégrer.

C'est pourquoi, des avantages de la ségrégation sont mis en avant tels que la proximité spatiale vue comme une aide dans la création de réseaux sociaux, d'accès à l'emploi et au logement par le biais de ces réseaux qui améliorent les conditions de vie (FULLAONDO, 2007). Burgess « montrait que la ségrégation est une composante normale de la vie urbaine et que dès lors qu'elle est socialement acceptée et qu'elle ne produit pas de l'enfermement, elle est une ressource pour les habitants, puisqu'elle leur permet de se mouvoir et de vivre au sein de mondes largement séparés » (BACQUE, LEVY, 2009, p.345). Par conséquent, la

ségrégation peut se percevoir comme une forme d'intégration4 (MARTINEZ ARANDA, 2005). Nous pouvons donc trouver des aspects positifs à la ségrégation même si ce concept renvoie à un éventuel renfermement communautaire et à des interactions cloisonnées entre les différents groupes ethniques.

De plus, le phénomène de ségrégation peut s'identifier par le regroupement de façon habituelle d'un groupe reconnaissable (genre, âge ou origine). Certains utilisent d'ailleurs le terme de ségrégation résidentielle pour parler de situations montrant une sur-représentation d'une communauté localisable dans une zone précise de la ville (FULLAONDO, 2007).

Par ailleurs, analyser les conséquences de la ségrégation permet de comprendre les représentations sociales des individus entre eux, et donc, d'essayer d'évaluer la discrimination5. Par conséquent, c'est un concept majeur dans notre recherche pour tenter de savoir si les interactions entre habitants de quartiers multiculturels sont révélatrices de mise à distance de certains groupes d'individus et si nous avons à faire à une mise à l'écart de populations ou à la formation d'un aspect de la multiculturalité.

Nous reviendrons sur ce concept pour parler des politiques publiques. Pour l'instant, nous allons distinguer des zones de Séville en fonction de la visibilité et de l'importance en termes de nombre d'individus de certains groupes ethniques.

b/ Les zones de concentration urbaine

D'après Ibán Díaz, professeur de géographie à l'université centrale de Séville : "Il n'y a pas de ghetto d'étrangers à Séville mais des points de localisation" (documentaire ODS, 2011). Les immigrés seraient localisés dans des zones plus ou moins précises de la ville. Ceci peut se mesurer à l'échelle d'un district et d'un quartier. Pour connaître la concentration et

4 Nous reviendrons sur la définition d'intégration dans la partie B du chapitre II.

5 La discrimination désignerait la « faculté à faire des distinctions dans la vie sociale aux dépens de

certains groupes, qui sont jugés inacceptables par la majorité », car ils ne respecteraient pas « les normes sociales». La discrimination peut être fondée sur la race, la religion, l'origine nationale ou la culture. Cette définition serait adaptée aux sociétés occidentales dans un souci d'égalité mais ne conviendrait pas aux sociétés fondées sur les différences de statut ou de caste où ce concept apparaîtrait comme « neutre, descriptif, dépourvu de la connotation péjorative que nous lui connaissons dans nos sociétés » (BOURDON, p.73). Quand à la discrimination positive, elle désigne « des mesures qui consistent à aider ceux qui subissent un handicap (économique, social, physique, etc.) ». (DORTIER, 2004 p.157).

répartition de l'immigration à Séville, nous utiliserons principalement, dans cette sous partie et la suivante, la recherche de Francisco Torres qui traite des questions de ségrégation et de multiculturalité dans le district de la Macarena (2011)6.

La répartition de la population dans les différents districts de la ville Séville dépend de l'utilisation des chiffres et de la manière de traiter les résultats que ce soit de façon relative ou absolue. Par exemple, "les quartiers du district Est de Séville, qui comptent de nombreux étrangers en valeur absolue représentent un faible pourcentage en valeur relative (...) tout comme Triana" (p.53), qui est un district central, situé sur la rive gauche du Guadalquivir, face au centre ancien de Séville.

Pour le centre historique, ce serait le cas contraire, "une grande proportion de migrants mais avec une faible valeur en terme absolu due à la faible densité de population intramuros" (p.53). Aussi, comme nous l'indique la cartographie 1 ci-dessous, c'est une zone de forte concentration d'immigrés de façon relative en comparaison avec le reste de la ville. Par ailleurs, les districts de la Macarena et de Cerro-Amate connaissent également une forte proportion d'immigrés. "A l'intérieur des districts où se trouvent la plus grande proportion de migrants, la répartition des individus n'est pas homogène" (p.54). Ainsi, le quartier de La Plata dans le district Cerro-Amate est celui qui a le plus fort taux d'immigrés, "de façon absolue, ces individus représentent plus de 10% de la population totale" de cet espace en 2008 "suivi du quartier Los Pajaritos, avec 8%".

Pour le district de la Macarena, c'est au niveau du quartier d'El Cerezo que se situe la majorité des immigrés. En effet, environ 35% de la population de cet espace est d'origine étrangère, suivi par les quartiers "de Doctor Marañón et El Rocío avec plus de 25% de la population, puis ceux de Begoña et Villegas, avec plus de 15%"(p.54).

Ensuite, pour le district Casco Antiguo, la majorité des étrangers se trouve dans les quartiers de San Bartolomé, Feria y Encarnación. Pour le district Sud, c'est dans le quartier de Polígono Sur que se trouve le plus grand nombre d'étrangers.

Quant au district de Triana, il est constitué de trois quartiers de plus de 500 individus immigrés, ce sont Triana Casco Antiguo, Triana Este et Triana Oeste. Pour le district de Macarena Norte c'est dans les quartiers Pino Montano et San Jerónimo que se trouve la majorité des immigrés de cette zone.

6 Pour chaque citation émanent de cette étude nous ajouterons entre parenthèses la page de l'ouvrage d'où est extrait chaque commentaire. Dans le cas de références d'auteurs différents, nous ajouterons le nom ainsi que l'année de publication de la recherche citée.

N'oublions pas les espaces récents d'urbanisation à l'Est de la ville près de l'aéroport, où se trouve également un nombre non négligeable d'immigrés, comme c'est le cas pour le quartier Polígono Aeropuerto. Ces subdivisions sont des "nouvelles" zones d'immigration dont l'évolution et les transformations peuvent faire l'objet de nouvelles recherches.

Cartographie 1: Répartition de la population d'origine étrangère dans les différents districts de Séville en 2008

Source: TORRES, El Distrito Macarena de Sevilla, Migraciones recientes y transformaciones urbanas sociales 2011, p.52.

La cartographie 1 montre le poids du district de la Macarena en termes d'habitants immigrés, qui représentent entre 8 à 10% de la population totale du district (environ 7 000 personnes soit près de 10% de la population totale de la ville). Le centre historique est lui aussi une zone importante d'immigration, entre 6 à 8% de la population du district, alors que la moyenne de la ville est de 5%. En raison d'un manque de données, nous ne pouvons pas révéler quel est le quartier de Séville où se trouve le nombre le plus important d'immigrés. Cependant, nous reviendrons sur les quartiers de la Macarena dont nous possédons les chiffres.

c/ Localisation par nationalités

Nous allons voir à présent les distinctions de localisation de la population immigrée en fonction de leur origine7. Pour cela nous utiliserons à nouveau, la recherche de Francisco Torres (2011) réalisée pour la Communauté Autonome d'Andalousie: la Junta.

De façon générale, nous pouvons dire que les personnes d'origine d'Amérique latine et du Maghreb ont tendance à se retrouver dans la partie septentrionale de la ville, ce qui inclut le district de la Macarena dont nous venons de voir l'importance quant au nombre d'immigrés. D'autre part, en valeur absolue, il apparait que les migrants des pays de l'Union Européenne (UE) ainsi que des Etats-Unis et du Canada "se concentrent dans les districts Casco Histórico, Triana, Los Remedios, Sevilla Este, Nervión et Buhaira8." (p.55), c'est-à-dire principalement dans le centre historique de la ville ainsi que dans le quartier populaire de Triana. Tous ces secteurs sont très demandés par les classes moyennes et hautes, autant pour être des quartiers conformes aux attentes de ces profils sociaux qu'en étant des secteurs historiques récemment requalifiés.

Ensuite, les individus d'origine de pays appartenant au Mercosur (Argentine, Paraguay, Uruguay, Brésil et Venezuela) se retrouvent dans des zones similaires bien que cette fois-ci extérieures au centre historique : "Sevilla Este, Nervión, La Buhaira, Los Remedios et Triana"(p.56). Ceci signifierait que ces migrants ont un niveau de vie plutôt convenable.

Au sujet des personnes d'origine d'Amérique latine des pays ne faisant pas partie du Mercosur, ils sont "le groupe le plus important et le plus dispersé" (p.56) des étrangers à Séville en valeur absolue. En effet, d'après le professeur Iban Diaz dans le film documentaire de l'Office des Droits Sociaux (ODS, 2011), ces individus se situent particulièrement au Nord de la ville, dans le district de la Macarena, essentiellement dans les quartiers El Cerezo, Polígono Norte, El Rocío et Begoña où ils représentent entre 7 à plus de 18% de la population. Par ailleurs, "le second secteur où se rencontre de grandes concentrations des Andins9 est Cerro-Amate, particulièrement dans les quartiers de La Plata et Los Pajaritos,

7 Cf: cartographie en annexe p.117 Cartographie B : Localisation par continents, zones ou pays d'origine des immigrés présents dans les différents districts de Séville.

8 Cf: cartographies en annexe p.116 de la répartition par groupe de nationalité dans Séville.

9 Les Andins sont les personnes d'origine de pays appuyés par la Cordillère des Andes en Amérique du Sud : la Colombie, l'Equateur, le Pérou, la Bolivie et le Chili.

(...) bien que dans les deux cas, les andins représentent moins de 4% de la population totale" (p.56) .

Concernant les populations d'origine Maghrébine, elles se situent notamment dans le district Cerro-Amate, dans les quartiers "La Plata et Los Pajaritos ainsi que dans les quartiers San Jerónimo et Doctor Marañón du district la Macarena et celui de Bellavista du district Bellavista la Palmera au Sud de la ville" (p.56).

Par ailleurs, la population d'origine d'Afrique subsaharienne est présente principalement dans les districts de la Macarena et Macarena Norte, en particulier dans les quartiers Polígono Norte, Doctor Marañón, Begoña et San Jerónimo, mais également dans le district Cerro Amate. Le documentaire sur la multiculturalité à Séville (ODS, 2011), vient confirmer ces données. Concernant les quartiers La Plata, la Rochelambert, et Los Pajaritos, "le poids de ce groupe par rapport à la population de chaque quartier est assez faible, c'est seulement dans les quartiers El Cerezo, Begoña et Doctor Marañón de la Macarena que cette population dépasse les 2% " (TORRES, 2011, p.58).

Enfin, les habitants originaires du reste de l'Europe et de Russie se retrouvent particulièrement dans des quartiers tels que "Doctor Barraquer au Nord de la ville, Bellavista au Sud et Los Remedios à l'Ouest (...). La Plata à l'Est est le quartier où se trouve le plus grand pourcentage de ces personnes" (p.58).

Pour finir, le district Cerro Amate est également la zone "où prédomine la présence du groupe Asie et Océanie en particulier des habitants d'origine chinoise (...) avec les quartiers la Plata, Palmete, Santa Aurelia, Entrepuentes et Parque Alcosa "(p.58), où vivent entre 100 et 221 individus pour chaque quartier.

Suite au constat qu'il existe des zones de regroupements d'immigrés d'origines communes, nous pouvons supposer que l'aspect du regroupement familial ou par affinité est important puisqu'il justifierait ces points de concentration par nationalités. De plus, l'attraction pour une zone urbaine est liée au coût des logements, c'est ce que nous allons voir maintenant.

3/ L'influence des logements collectifs en Espagne

Les villes sont les premiers secteurs investis par les immigrés à la recherche de logement et de travail. De plus, la ville comme espace social complexe est un endroit où se mélangent travail, logement, lieux de services et de consommations. Dans ces espaces, les

politiques en matière de logement, d'accès à l'école, à l'emploi ou bien aux services de soins, jouent un rôle prépondérant dans le traitement des questions migratoires.

a/ Les années 1960/1970: les quartiers ouvriers

L'Espagne est considérée comme une nation de propriétaires (ce qui la différencie de la France). En effet, en 1998, durant le boom immobilier espagnol, de nombreux propriétaires de logements dans le collectif ont accédé à la propriété individuelle en périphérie des villes entraînant un déclin du nombre d'habitants en appartements. Cette évolution concerne les habitants des grands ensembles construits dans les années 1960-70 dans des quartiers de Séville, mais également dans d'autres villes comme Madrid ou Barcelone. Ces espaces urbains ont connu de grandes transformations autant sociales qu'urbaines essentiellement durant les vingt dernières années. Ce sont les zones où viennent vivre de nombreux immigrés, c'est en cela qu'il est important d'en faire part dans notre développement.

Les polygones (poligonos : grand ensemble d'habitat collectif) ont été construits pour recevoir la vague migratoire des ruraux venant s'installer en ville durant les années 1960-70 (MIRET, b/ 2009). Ces habitats sont le résultat de politiques sociales en faveur du logement et de l'équipement. Ils répondent à un besoin : loger de nombreux travailleurs dont la majorité d'entre eux avaient pour objectif de travailler dans le domaine de la construction.

La période d'arrivées dans ces appartements dans les années 1970 correspond à la période des grands projets d'aménagement urbain mis en place par Franco pour montrer la puissance de l'Espagne. D'autre part, pour pouvoir accueillir l'exposition Universelle de 1992 qui a eu lieu à Séville, la ville a employé de nombreuses personnes pour construire des bâtiments propres à cet événement dans le quartier de la Cartuja. Séville s'est dotée à cette occasion de nombreux hôtels, de huit ponts traversant le Guadalquivir ainsi que d'une nouvelle ligne ferroviaire à grande vitesse AVE (Alta Velocidad Española) la reliant à Madrid. C'est à partir de cette date que nous pouvons parler d'un nouveau boom immobilier pour cette ville. Suite à un développement économique, certains quartiers ont vu ces logements désertés par les autochtones à la recherche de logements individuels, laissant place aux nouveaux arrivants dont font partie les immigrés.

b/ Changements de populations : le cas du district de la Macarena

Déménager, changer de lieu de vie est de plus en plus banal, particulièrement en Occident. Cela est dû à différents facteurs (sociaux, naturels ou encore économiques) et implique des conséquences dans les transformations urbaines.

- Facteurs économiques : accès à la propriété individuelle

Durant les années 1990, suite à une amélioration des conditions de vie des populations de classe modeste, ces quartiers d'habitat collectif se sont "vidés". C'est notamment le cas du district de la Macarena (où se situe le quartier El Cerezo) qui a perdu 4,5% de sa population entre 2000 et 2009 (UCA, 2010). En effet, les habitants qui sont partis, ont déménagé vers d'autres communes de l'aire périurbaine (ex: Ajarafe) à la recherche d'une meilleure qualité de vie, laissant des logements vides. "Une partie importante de la population autochtone semble partir vivre vers des municipalités proches de Séville. Il y a différentes possibilités de départs (...) comme celles de la promotion sociale et le déplacement vers un logement de meilleure qualité" (TORRES, 2011, p.78). Par ailleurs, les départs sont également dus à la dégradation de ces logements collectifs. En dernier lieu, suite à l'arrivée de migrants durant la seconde vague migratoire, les propriétaires de ces habitats ont trouvé le moyen de les revaloriser par des prix attractifs (MIRET, b/ 2009). Tout ceci a induit un intérêt économique (faible coût des loyers) pour certaines populations modestes, comme peuvent l'être de nombreux immigrés particulièrement touchés par le chômage.

- Les immigrés : nouveaux locataires

Ainsi, ces habitats ont été très convoités par les personnes immigrées à la recherche de loyers bon marché et proches des centres-villes. Mais les quartiers où se trouvent ces habitats collectifs "bons marchés" sont des zones dévalorisées où l'arrivée de populations modestes accentue le processus de ségrégation. Ce sont des espaces où bien souvent, nous retrouvons de forts taux de concentration de populations immigrées. La carte de Séville ci-dessous, est issue d'une enquête sur les quartiers défavorisés d'Andalousie de 200810. Elle montre en rouge les zones très défavorisées, notamment le quartier de notre étude : El Cerezo situé dans le district de la Macarena, mais également d'autres quartiers multiculturels tels que Torre Blanca, Palmilla et Poligono Sur.

10 Projet de recherche ayant pour titre Vulnerabilidad del tejido social de los barrios desfavorecidos de Andalucia, Analisis y potencialidades. Financé par la Junta d'Andalousie et le centre d'étude Andalou.

Cartographie 2: Localisation des zones défavorisées dans la ville de Séville.

Source :EGEA JIMENEZ, Carmen, NIETO CALMAESTRA, Jose Antonio, DOMINGUEZ CLEMENTE, Javier, GONZALES REGO, René A. 2008, p.239

Comme nous venons de le voir précédemment, nombre de ces quartiers dits "très défavorisés" et "défavorisés" sont des lieux de concentration urbaine de certains groupes d'immigrés (Poligono Norte, la Palmilla, los Pajaros, Torre Blanca, la Plata, etc.). Ces quartiers souvent "délaissés" intéressent les politiques publiques de la ville aussi bien concernant les "nouveaux" habitants et leur insertion dans la ville, qu'au niveau de la rénovation urbaine.

B / Les politiques publiques : enjeux de l'immigration

La ségrégation est utilisée, dans les études urbaines, « pour parler de la perception des individus des différenciations socio-spatiales qui opposent les quartiers bourgeois et huppés aux quartiers populaires ». Elle représente « un des axes des politiques publiques contemporaines de l'habitat et de l'urbanisme qui se sont attachées à diminuer ses effets et son intensité » (politique de déségrégation aux États-Unis, politiques de lutte contre l'exclusion en Europe, etc.). « Dans la période récente, ce terme devient aussi synonyme des difficultés

sociales de la banlieue assimilée au `ghetto'. » Cela est dû en partie aux médias et aux discours politiques (BACQUE, LEVY, 2009, p.303). Les politiques publiques auraient alors pour objectif de répondre aux problèmes évoqués.

Celles qui nous intéressent concernent les faits migratoires, c'est-à-dire celles qui mettent en place des "modèles de cohabitation où la différence n'est pas un problème" (p.12 SERRA). Il est intéressant de connaître la manière dont elles sont appliquées dans le district de la Macarena.

1/ Différences et points communs entre la Junta d'Andalousie et la Mairie de Séville

Ces deux entités politiques travaillent dans les mêmes domaines mais à des échelles différentes. La Junta, siège du gouvernement autonome d'Andalousie tente de répondre aux besoins et problématiques de la région Andalouse, agissant pour cela au niveau régional mais aussi local en accord avec la mairie. Dans la hiérarchie des normes11, cette dernière doit être en accord avec les politiques de la Junta concernant ses compétences. Elle agit au niveau de la ville de Séville en s'intéressant aux acteurs de la vie publique tels que les associations, les regroupements citoyens, etc.

a/ Similitudes entre deux travaux de recherches : points de départ pour la mise en place de nouvelles politiques publiques

Pour la Junta d'Andalousie, le professeur et chercheur Francisco José Torres a participé avec huit autres investigateurs, à l'étude qui a pour titre : Le district Macarena de Séville: Migrations récentes et transformations urbaines et sociales.

Le projet a pris forme suite à la préoccupation des autorités régionales que se forment des mouvements de contestations dans ce district. Cela fait écho aux émeutes de 2005 dans certaines banlieues parisiennes qui furent des actions de contestation de la jeunesse défavorisée contre le gouvernement (incendies, saccages, confrontations avec la police, etc.). Durant ces manifestations, les immigrés ont été mis en avant sur la scène publique, c'est en partie pour cela que les concentrations de populations d'origine étrangère inquiètent les autorités en place.

11 La hiérarchie des normes est une vision hiérarchique du droit suivant l'importance des normes juridiques, dont la Constitution est souvent la référence principale.

Dans cette recherche, plusieurs phénomènes sont soulevés tels que les mauvaises conditions de logement auxquelles sont confrontées les populations immigrées, les problèmes liés à la régularisation et l'absence de travail qui sont décrits comme des facteurs de mise à l'écart et de ségrégation. A cela vient s'ajouter l'importance de mettre en place une politique d'intégration. "Pour moi l'intégration des minorités est à mettre en lien avec l'acceptation par des autochtones de celle-ci" (Francisco Torres, chercheur et professeur à l'UPO).

La seconde recherche menée par Maria Angeles Huete aidée de trois autres chercheurs et financée par la mairie de Séville s'intitule : Diagnostic de la population immigrante dans la ville de Séville. Cette étude a reçu le prix de la ville de Séville en 2010 pour sa pertinence. En effet, l'objectif principal était d'élaborer un diagnostic de la population immigrée dans la ville en prenant en considération les caractéristiques sociodémographiques, la localisation et la répartition des étrangers dans les différentes zones de Séville grâce aux données de l'inscription municipale. Ce travail est fait à l'échelle de quartiers sous forme de typologie et suite aux données d'une enquête administrée à 2274 personnes immigrées. Cette étude fournit des données sur la population immigrée pour onze quartiers de la ville (caractéristiques, profils, typologies, principales demandes, etc.) dont fait partie El Cerezo. Ces quartiers ont été sélectionnés selon différents indicateurs statistiques : indice d'hétérogénéité entre habitants de ces quartiers, indice de ségrégation et en fonction de la concentration urbaine des populations immigrées. Nous reviendrons sur les données de cette investigation pour parler du quartier El Cerezo.

Dans ces deux recherches, les auteurs dénoncent le manque d'instruments juridiques et politiques pour lutter contre la fracture sociale présente qui exclut une partie de la population dont font partie de nombreux immigrés. Ils critiquent également le fait que dans les espaces urbains, des plans d'intégration ne sont mis en place qu'en situation de crise sociale entre habitants. De plus, il apparaît dans leurs comptes-rendus respectifs, la nécessité d'intégrer dans la législation et le droit espagnol, des principes comme la cohésion sociale et territoriale, le droit à la solidarité et la lutte contre la ségrégation urbaine.

Ces travaux publiés en 2011 montrent la préoccupation actuelle pour la ville de Séville et la Junta de connaître et de considérer les résidents immigrés de cet espace urbain. Ces investigations ont pour objectif d'aider à la mise en place de nouvelles politiques publiques et plans d'action sociale afin de répondre aux problèmes qui sont dénoncés dans ces écrits.

b/Des organes politiques en désaccords

L'Espagne a un fonctionnement différent de celui de la France en termes de politique. En effet, les pouvoirs sont davantage décentralisés, les régions ont plus de pouvoir grâce au système de communautés autonomes et d'auto-gouvernance. Pour l'Andalousie, il y a la Junta Andalouse, qui est composée de trois organes dont le Parlement d'Andalousie qui se réunit dans l'ancien Hôpital "Cinco Llagas", bâtiment qui se trouve dans le district de la Macarena. Il y a également la présidence de la Junta qui détient le pouvoir exécutif en Andalousie et enfin le Conseil du Gouvernement chargé de définir et diriger les politiques Andalouses. C'est le Parlement d'Andalousie qui détient le pouvoir législatif. Il est composé de députés élus au suffrage universel direct.

A la Junta s'ajoutent les pouvoirs locaux identifiables par la figure des maires. Actuellement à Séville, la mairie est gérée par deux partis politiques : le parti socialiste dont fait parti le maire, Alfredo Sánchez Monteseirín et l'Union de Gauche qui s'occupe notamment de la participation citoyenne. L'Union de Gauche travaille, à titre d'exemple, sur les "presupuestos participativos". Ce sont des demandes faites par les habitants de la ville propre à leurs besoins et attentes. Ce système qui a été créé en 2000 donne l'opportunité aux sévillans d'être force de propositions. Pour cela, 25% du budget de la mairie sert à réaliser certains de ces projets validés en commission.

Or, d'après Teresa Maqueda, responsable des relations institutionnelles, "il n'y a pas de coordination entre la Junta et la mairie". De plus, elle ajoute que les politiques appliquées par la mairie de Séville doivent concorder avec celles de la Junta selon la hiérarchie des normes. A titre d'exemple, les deux recherches que nous venons de voir dans la partie précédente ont été réalisées sans concertation et d'après Francisco Torres, c'est lors d'un congrès que les chercheurs de ces études ont réalisé qu'ils travaillaient sur le même sujet. Le savoir au préalable aurait pu permettre un échange et un partage d'informations.

De surcroît, la mairie ne serait pas en accord "avec la politique de surveillance des frontières, la politique d'aide au retour ou encore la carte bleue" (Teresa Maqueda). La "carte bleue" permet de travailler en Espagne durant une période déterminée. C'est pourquoi la politique de la ville se démarque sur quelques points, de celle de la Junta.

Teresa Maqueda travaille à la délégation des relations institutionnelles sur l'immigration, son point de vue est donc orienté particulièrement sur l'immigration. Nous allons dès à présent parler de cette organisation.

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2/ La délégation des relations institutionnelles sur l'immigration

Différentes délégations ont été mises en place par la mairie (éducation, immigration, etc.) pour permettre d'approfondir certains domaines en les déléguant à des personnes jugées compétentes. En accord avec la politique municipale, ces délégations peuvent proposer et mettre en place des projets.

a/ Un organisme de la Mairie qui se différencie de la Junta

En 2007, la mairie de Séville a mis en place une délégation des relations politiques sur l'immigration pour pouvoir proposer le suivi ou parfois des alternatives aux lois sur les étrangers mises en place par le gouvernement espagnol. Cette délégation coordonne le thème de l'immigration en lien avec les autres délégations de la mairie (sport, santé, etc) qui intègrent également les immigrés dans leurs projets mais en moindre proportion. Elle mène des campagnes sur des thèmes tels que la xénophobie ou bien le racisme (sensibilisation dans les écoles, débats, etc). Ces actions et projets sont parfois en lien direct avec des associations humanitaires. Par exemple, un partenariat avec l'association Acoge facilite l'accès au travail dans le domaine de l'aide à la personne pour les étrangers.

Les documents publiés au sein de la délégation des relations politiques sur l'immigration sont traduits en anglais, français, russe, arabe et roumain. Actuellement et grâce à l'étude de l'équipe de la chercheuse et enseignante Maria-Angeles Huete, un projet social est en préparation dans le but "que la Macarena ne devienne pas un ghetto. Nous aimerions que d'autres quartiers deviennent attractifs en faisant baisser les prix de locations des logements. Notre délégation permet à la mairie d'avoir une position moins stricte que l'Etat et la Junta avec qui nous sommes parfois en désaccord malgré que nous n'ayons pas de pouvoir exécutif." (Teresa Maqueda, responsable des relations institutionnelles)

La Junta d'Andalousie (siège du gouvernement autonome Andalou), quant à elle, met en place des projets en accord avec différents ministères, en particulier celui de l'éducation. Elle a mis en place le troisième plan intégral pour l'immigration en Andalousie qui prendra cours de 2010 à 2013 visant à planifier et coordonner les politiques de la Junta en matière

d'immigration (le dernier a eu lieu entre 2006 et 2009). Elle est également à l'initiative du plan d'insertion sociale d'Andalousie de 2003 à 2006. Leurs objectifs principaux dans la réalisation de ces projets furent la répartition spatiale et l'accès au logement dans différentes zones d'interventions (contextes ruraux et urbains), d'autant qu'une des problématiques principales était celle des logements à destination des travailleurs à contrats déterminés.

Au niveau local, des projets se sont réalisés pour venir compléter ces plans "intégraux" tel celui d'intégration des étrangers qui s'est déroulé pour la seconde fois entre 2004 et 2009 et qui a concerné essentiellement le quartier Poligono Sur. En ce moment, un nouveau projet est en cours d'élaboration en lien avec le plan pilote "barrios plurales" qui a pour zone la Macarena située au Nord de la ville. Ces différents plans prennent tous en considération les domaines tels l'emploi, la santé, l'éducation, le sport, etc.

De plus, la Junta finance également certains projets associatifs malgré des budgets de plus en plus restrictifs particulièrement dans le domaine de l'éducation et de la santé. Elle permet, par exemple, de financer trois employés de l'Organisation non gouvernementale (ONG) Sevilla Acoge qui travaillent comme assistants de service social.

b/ Participation des immigrés dans cette délégation

Le Conseil Municipal de Participation des Migrants (CMPM) est un organisme consultatif qui regroupe une fois par mois des associations et ONG (dont 78 associations d'immigrés) ainsi que des membres de la mairie, pour débattre autour de quatre tables rondes sur différents domaines. Cela peut porter sur le sport comme le travail ou bien l'éducation. Ces discussions doivent permettre l'élaboration de projets d'intérêts généraux. A titre d'exemple, ces réunions ont permis l'accès aux sans papiers à des formations professionnelles sans avoir à montrer une homologation de diplôme. C'est également au cours de ces réunions que s'est mis en place le programme Sevilla Solidaria qui permet à différentes associations de la ville de faciliter l'obtention de subventions, non seulement à celles s'occupant des migrants mais aussi aux associations n'ayant aucun lien avec l'immigration.

De surcroît, pour lutter contre les stéréotypes que subissent parfois les immigrés dans les médias ainsi que pour permettre aux habitants d'origine étrangère de pouvoir s'exprimer grâce à un support médiatique, le CMPM a proposé la création d'un journal mensuel gratuit : "De Sur a Sur" (de Sud à Sud) mis en place et publié en 2009 par la délégation des relations politiques sur l'immigration. Rédigé entièrement par des immigrés, il propose "un regard

différent sur l'immigration que celui qui est montré à la télévision ou dans les journaux" (Teresa Maqueda, responsable des relations institutionnelles). Ce mensuel donne entre autres, l'occasion de parler et de s'intéresser aux différents événements qui se déroulent dans les pays dont sont originaires de nombreux immigrés (Amérique du Sud, Roumanie, Maroc, etc.). Cela permet la mise en avant de la multiculturalité et son expression dans un journal accessible à tous les citoyens de Séville.

D'autres organismes de la mairie permettent particulièrement d'orienter les immigrés dans leurs démarches administratives, nous allons voir lesquels dans la partie suivante.

3/ Des services publics de la mairie au service de l'immigration

Pour être en capacité de répondre aux besoins en matière d'immigration, la mairie, par le biais de la délégation des relations institutionnelles sur l'immigration a mis en place différents organismes. Ils permettent de répondre aux demandes et besoins principaux de tous les immigrés venant s'installer à Séville. Ces établissements fonctionnent en réseau pour ainsi optimiser les services qu'ils proposent. Il est important pour les immigrés de les identifier et les localiser puisqu'ils sont des éléments essentiels à leur intégration et à leur insertion dans la ville. Ce sont des lieux de référence pour les populations étrangères qui ont besoin d'une orientation et d'informations dans différents domaines, aussi bien juridiques que sanitaires.

a/ Support Minimum d'Attention à l'Immigré (SOMAÏ) : premier lieu d'accueil pour tout immigré.

En 2003, la mairie a mis à disposition des immigrés, le local SOMAÏ qui est le premier lieu d'accueil pour toute personne d'origine étrangère qui arrive à Séville. En effet, des personnes compétentes dans différents domaines (justice, santé, logement, assistance psychologique, etc.) peuvent intervenir auprès de ces populations pour les renseigner et les guider dans leurs démarches administratives. Les employés de ce local dirigent les étrangers vers des emplois, formations ou encore les renseignent sur la procédure d'inscription municipale.

Du fait de sa multiplicité de services proposés, cet établissement travaille avec de multiples organismes tels que la délégation des relations institutionnelles, celle des jeunes et du sport, la délégation de l'économie et de l'emploi ainsi que celle de la participation citoyenne, tout en collaborant avec la Commission Espagnole d'Aide au Réfugié (CEAR). Ces différents partenariats permettent à SOMAÏ d'améliorer l'intégration des immigrés dans la ville ainsi que

d'effectuer un suivi dans l'accompagnement des immigrés et les nouvelles mesures politiques sur l'immigration.

Dans la brochure de présentation (imprimée par la mairie), cet office dont les bureaux sont situés au centre de la ville, est présenté comme accueillant aussi bien des étrangers en situation régulière que des sans papiers. Cela montre l'intérêt que porte la mairie aux personnes en situation de "non droit", c'est-à-dire n'ayant pas de titre de séjour sur le territoire espagnol. Certains de ces aspects sont repris par des associations tel l'Office des Droits Sociaux.

b/ L'Office des Droits des Immigrés (ODI)

L'ODI a vu le jour en 2008 grâce à l'intervention de la Mairie. Elle est le lieu de défense des droits collectifs et individuels de la population migrante détectée à partir du travail de développement du CMPM. Son objectif est de favoriser l'intégration sociale, la participation et la mise en avant culturelle des immigrés. Cet office se veut être un point de rencontre interculturelle, avec les habitants d'origine étrangère et avec les collectifs de migrants pour ainsi consolider le réseau associatif de la ville.

De plus, l'ODI permet de détecter et répertorier les transformations sociales avec pour objectif de proposer la mise en place de nouvelles politiques publiques. Là encore, différents services sont proposés comme des cours de formations professionnelles, une assistance sociale et affective, l'accès à internet, des conseils sur les services municipaux ou encore un programme d'alphabétisation. En outre, l'Office des Droits Sociaux (ODS) fonctionne de manière similaire mais est financé principalement de manière autonome bien qu'il reçoit des subventions de la mairie de Séville. D'après Carlos, coordinateur de l'ODS, l'ODI aurait repris leur système d'actions et d'interventions mais de façon plus formelle: "L'ODI s'est créé après l'ODS, la mairie a repris nos idées et notre concept".

Néanmoins, l'ODI répond davantage aux politiques de la mairie, il met en avant l'intérêt de l'inscription municipale dans la communication qu'il fait autour de ce sujet telle la distribution de prospectus. Cela passe également par une sensibilisation à certains avantages tels le droit de vote aux élections municipales, la preuve de résider sur le territoire espagnol permettant d'obtenir certaines cartes de séjour, la possibilité d'inscrire ses enfants dans un établissement scolaire, etc. Le problème reste le fait que pour s'inscrire il faut être dans une situation administrative régulière. Cet élément créé un désavantage pour les sans papiers car

cela les empêche d'accéder à certaines prestations sociales. Par conséquent, la politique joue un rôle prépondérant dans le traitement de ces questions, le non droit de libre accès aux élections municipales est une marque d'inégalité. En effet, le fait de voter est un acte citoyen important pour une meilleure cohésion sociale dans une démocratie plus respectueuse des différences. (TORRES, 2006). A Séville l'accès au vote ne dépend pas seulement du fait d'être "en règle" mais résulte également des accords entre l'Espagne et le pays d'origine de la personne, ce qui limite une fois de plus l'accès au vote.

Les deux organismes que nous venons de décrire sont l'illustration du grand intérêt que porte la mairie dans ses politiques publiques et ses projets pour ne pas délaisser les populations d'origine étrangère. Cet aspect est essentiel dans la mise en place d'un "vivre ensemble" dans des espaces pluriethniques. Par ailleurs, l'ODI tient actuellement des permanences au centre civique Hogar San Fernando, situé dans le district de la Macarena à côté de l'hôpital du lundi au vendredi (seulement le matin le vendredi). De ce fait, cela donne un avantage d'accès pour les immigrés du district, plus proches de ce lieu. C'est également intéressant pour cet organisme d'intervenir dans cette zone car cela lui assure un public de personnes potentiellement intéressées par ses services.

C/ La Macarena : un district multiculturel

La Macarena est le district de Séville où se situe le plus fort taux de population immigrée de la ville. Il a subi différentes transformations, essentiellement depuis les années 2000, aussi bien sur le plan urbain que social. Nous tâcherons, dans cette partie, d'observer les groupements dans cette zone, puis nous verrons les évolutions et métamorphoses de cet espace dans le chapitre suivant. La carte ci-dessous situe le district de la Macarena au Nord du Centre Ancien. Nous pouvons voir sa situation périphérique, proche du centre ville.

Cartographie 3 : Le district de la Macarena, situé au Nord du Centre Ville

Source: Google Maps, image satellite de la ville de Séville, modifications par Paint. (c) Bouchet W. Matthieu

1/ Diversité culturelle et évolution de l'immigration

a/ Progression de l'immigration dans le district de la Macarena

L'arrondissement de la Macarena (comprenant 25 quartiers dont : El Cerezo, Begoña, El Rocio, etc.) est un des onze districts de Séville. Il fût principalement habité par des ouvriers dans les années 1960-70. Il est proche du centre ville et enregistre des loyers peu élevés (FERNANDEZ SALINA, 2007). De surcroît, d'après une enquête de l'Université de Cadiz (UCA, 2010), il comprend 11,7% d'immigrés en 2009, alors que la moyenne de la ville est inférieure à 5%. Dans ce district, les communautés les plus représentées sont les Boliviens (1763 personnes) puis les Equatoriens (1383) et les Marocains (785). Dans la même recherche de l'Université de Cadiz, il est spécifié que ces étrangers travaillent principalement dans le domaine de la construction, de l'hôtellerie et des services domestiques.

Malgré l'arrivée de nombreux immigrés, le district de la Macarena a perdu 4,5% de sa population entre 2000 et 2008. La population immigrée du district quant à elle, a augmenté de plus de 6% entre 2006 et 2009. Cela nous indique une évolution rapide impliquant des changements sociaux et spatiaux dans cet espace (commerces ethniques, regroupement de nouveaux groupes ethniques dans les lieux publics, etc.). « Le migrant international apparaît comme un acteur urbain original et producteur de nouvelles dynamiques économiques et sociales » (SIMON, 2008 p.87). C'est durant cette période que dans ces quartiers, les commerces ethniques (commerces de proximité) se sont multipliés, répondant ainsi aux besoins de ces populations (MIRET, a/ 2009). Suite aux changements de population, nous assistons à des écarts intergénérationnels entre les personnes arrivées à la création de ces logements et qui ne sont jamais partis et les nouveaux arrivants, majoritairement jeunes (UCA, 2010). C'est pourquoi, l'implantation nouvelle d'une population étrangère a modifié le paysage de ces quartiers comme à El Cerezo. D'ailleurs, selon Fernandez Salinas (2009 cité dans UCA, 2010), cela a contribué à rendre visible des conflits entre générations : « La plupart des problèmes de cohabitation ne sont pas dus aux différences culturelles, mais à ce que les immigrants sont plus jeunes et utilisent de façon dynamique l'espace public tout comme les jeunes d'ici, ce qui génère des problèmes de cohabitation avec la population autochtone vieillissante ».

La cartographie 4 situe le district de la Macarena, au Nord du centre ancien de Séville. La seconde représente, quant à elle, les onze districts de la ville. Ces cartes nous permettent de situer les différents districts de Séville ainsi que les quartiers de celui de la Macarena. Tout au long de cette étude, elles permettront de repérer les zones citées pour illustrer nos propos.

Cartographie 4 : Noms des districts de Séville et des quartiers de la Macarena

Source : TORRES, 2011, p.28

Suite à l'augmentation récente du nombre d'immigrés dans le district de la Macarena, il apparaît comme un espace de concentration récente de l'immigration. C'est principalement pour cela qu'il nous est apparu comme un espace de grand intérêt au cours de nos recherches pour illustrer notre thématique qui porte comme vous le savez, sur la ségrégation et la multiculturalité. Ce district est révélateur des changements sociaux et urbains qui sont le produit de l'arrivée de nouveaux voisins à intégrer : les immigrés.

b/ Les facteurs de concentration urbaine dans un district voulant répondre aux besoins des immigrés

La concentration urbaine d'une population en un lieu dépend très souvent de facteurs identifiables tels le coût des logements, la proximité de sa famille, de ses amis ou encore de commerces. Elle peut également être la conséquence de politiques publiques attractives. Tout ceci peut permettre de comprendre la répartition ici des immigrés, dans les différents quartiers de la Macarena.

Différents bâtiments et événements se trouvent ou ont lieux dans le district de la Macarena, ce qui pourrait correspondre à une volonté de la mairie de regrouper les différents organismes qui se préoccupent de l'immigration dans une même zone.

Suite à un entretien avec la professeure et chercheuse Maria Angeles Huete, il apparaît que différents édifices à destination des populations immigrées sont regroupés dans le district de la Macarena tel que l'ODI, l'organisme qui lutte pour les droits des immigrés.

De plus, le centre civique San Fernando a été construit il y a plus d'un an dans le but de permettre aux associations d'immigrants de pouvoir se regrouper en un même lieu. C'est également dans ce district que se trouve la délégation du ministère du travail et de l'immigration, rue Sánchez Perrier, proche de l'hôtel Macarena. Elle travaille sur le respect et la coordination des politiques migratoires sur le territoire. C'est pourquoi, elle met en place chaque année, le forum Andalou de l'immigration qui permet de réfléchir à l'élaboration de nouvelles politiques sociales pour les immigrés. Ce forum a pour objet de créer des débats et de faire participer le maximum d'agents sociaux impliqués dans le phénomène de la migration. Il met également en avant l'intégration sociale des immigrés qui habitent en Andalousie. A titre d'exemple, les fonctions de ce forum sont entre autres de faciliter le dialogue entre les collectifs d'immigrés et la société d'accueil, de formuler des propositions et recommandations pour l'intégration sociale des immigrés ou encore d'agir activement pour lutter contre le racisme et la xénophobie et pour la tolérance. Le CMPM avec l'appui de la délégation des relations institutionnelles et de l'immigration organise lui aussi dans le Nord de ce district12, un forum sur le thème de l'immigration avec la participation d'immigrés, des autorités municipales et de représentants de l'Etat espagnol. Les sujets concernent aussi bien le respect des droits que la situation des immigrés en Espagne. De plus, des journées interculturelles ont lieu au centre civique Hogar San Fernando à la fin de l'automne (la

12 Dans les locaux du Centre Avancé de Ressource d'Entreprise (CREA) avenue José Galán Merino.

seconde édition a eu lieu en 2010). Elles ont pour objectif d'améliorer la cohabitation entre autochtones et immigrés grâce à des débats et des tables rondes.

Ces différents lieux et moments d'interactions des immigrants mis en place en grande partie par les politiques locales créent, d'après Maria Angeles Huete, "une réalité artificielle" puisqu'ils ne permettent pas aux populations immigrées de ces quartiers de sortir du district de la Macarena. Le regroupement de ces types de lieux est facteur de ségrégation puisque cela limite les déplacements des populations concernées et donc la possibilité de s'intégrer en rencontrant de nouvelles personnes au cours d'activités diversifiées. Dans son travail collectif cité précédemment, la chercheuse avec ses différents collaborateurs tentent de "combattre les politiques publiques visant à regrouper les bâtiments à destination des immigrés dans le district de la Macarena" (M-A Huete). Leur objectif est de disperser les bâtiments d'utilité publique pour les immigrés, ce qui devrait les pousser à se déplacer vers d'autres zones pour effectuer des activités ou démarches administrative et ainsi leur permettre d'étendre leur réseau social voire d'en créer de nouveaux. Ceci semble un point important de lutte contre la ségrégation et d'amélioration du "vivre ensemble" puisque cela pourrait permettre d'établir de nouvelles rencontres aussi bien entre immigrés qu'entre immigrés et autochtones.

c/ Répartition hétérogène des immigrés

La carte ci-dessous nous indique la répartition des immigrés dans le district de la Macarena. Le quartier El Cerezo, au centre du district, apparaît comme la zone où habite le plus grand nombre de personnes d'origine étrangère. "Six quartiers concentrent la majorité des immigrés et sont El Cerezo, La Palmilla, El Rocío, Las Avenidas, Begoña-Santa Catalina et El Torrejón : tous appartiennent au district de la Macarena, ne faisant que confirmer la situation du district comme pôle d'attraction en étant la zone de Séville dans laquelle la présence d'étrangers est la plus notable" (HUETE, 2011, p.21). Or, l'équipe de Maria Angeles Huete utilise dans sa recherche des chiffres principalement de 2006 alors que l'équipe de Victor Salinas (auteur de la carte) fait appel à des données de 2008. C'est pour cela que nous pouvons observer sur la carte qu'il y a un plus grand nombre d'immigrés dans le quartier Villegas (1557) que dans celui El Torrejon (1351) évoqué dans la citation. De plus avec le nombre d'immigrés qui a continué d'augmenter entre 2006 et 2010 dans le district mais également dans le reste de la ville, nous ne pouvons plus affirmer que les quartiers cités concentrent la majorité des immigrés bien qu'ils en regroupent un nombre non négligeable.

En conséquence, "la distribution de la population étrangère n'est pas homogène. Cependant à quelques exceptions près, tous les quartiers ont une proportion de population étrangère au dessus de la moyenne de la ville" (SALINA, 2008, p.6). Comme nous pouvons le voir, c'est dans les quartiers de la partie centrale du district que se concentrent les plus forts taux d'immigrés. Ce sont des quartiers multiculturels, où se trouvent des commerces ethniques, situés à proximité du centre ancien dans une zone de reconsidération urbaine. Cela correspond au "profil typique identifié dans d'autres villes européennes" (SALINAS, 2008, p.6).

Cartographie 5 : Localisation des immigrés dans les différents quartiers du district de la Macarena en 2008

Source : Carte tirée du Diagnostico sobre el asentamiento de poblacion inmigrante extranjera en el distrito Macarena de Sevilla. FERNANDEZ SALINA, D. Victor. (dir.) Séville, 2008, p.6.

"Le district de la Macarena avait de nombreuses possibilités pour se convertir en un district d'immigration : certains stigmates historiques, participant à l'imaginaire collectif, le bas prix des logements, leur disponibilité et possibilité de location, la tradition de louer aux immigrés grâce à la faculté de médecine et aux étudiants étrangers, les bonnes connexions métropolitaines et l'importante concentration des commerces" (SALINAS, 2008, p.7). Du fait de ces divers facteurs, la Macarena est devenue un espace attrayant pour les immigrés ou du moins une zone qui correspondait à leurs attentes.

Actuellement, avec les mutations du marché du logement dans ce district, "les prix ont subi une augmentation, si bien que l'on assiste à un changement de tendance qui amène à une question importante : Où les immigrés trouvent-ils à se loger quand ils quittent le district de la Macarena ?" (SALINAS, 2008, p7). Des zones comme "Torre Blanca, Cerro Mate, Poligono Sur sont moins chères au niveau du prix des logements que le district de la Macarena" (Mercedes, coordinatrice ACCEM). Ce sont des zones situées au Sud et à l'Est de la ville.

En conséquent, les concentrations d'immigrés à Séville sont amenées à évoluer et se déplacer dans d'autres espaces de la ville que le district de la Macarena.

2/ El Cerezo : un quartier de concentration de populations immigrées

Le choix de centrer notre recherche autour d'un quartier se justifie dans sa définition. En effet, un quartier est un espace délimité, inscrit au sein d'une ville. C'est un lieu de cohabitation et d'interactions entre les habitants. De plus, c'est un espace mouvant, fort d'une identité matérielle et immatérielle : cela passe par le biais de commerces ethniques, des tags, des déplacements d'un endroit à l'autre, etc. (LADIRE, 2004). « Le quartier, loin de représenter une sphère idéale, constitue un lieu de vie bien réel » (Authier cité dans LELIEVRE, 2005, p.1). Cette idée renvoie au fait que "l'intégration dans le quartier et l'intégration dans la ville sont liées" (LELIEVRE, 2005, p1), ce que nous pourrons approfondir dans les deuxième et troisième chapitres.

Dans le quartier El Cerezo, la part d'immigrés est d'environ 38% soit sept fois plus que pour la ville de Séville. Cette originalité en fait un espace particulièrement intéressant. La diversité culturelle de ce quartier devrait nous permettre de décrire les phénomènes de ségrégation et de multiculturalité.

a/ Evolution du nombre d'immigrés

Le quartier El Cerezo est composé de logements collectifs principalement construits en briques. Il est constitué de 22 bâtiments collectifs qui représentent 60 immeubles dont trois tours de neuf étages. Cela correspond à environ 1052 logements. Selon l'inscription municipale (INE), 2612 habitants vivent dans ce quartier dont 1008 étrangers, ce qui représente 38% de la population. En moyenne, il y aurait quatre individus par appartement. De surcroît, d'après la recherche El Distrito Macarena de Sevilla, Migraciones recientes y transformaciones urbanas sociales de Francisco Torres Gutierrez (2011), le quartier serait occupé par moins d'habitants qu'il le pourrait. En effet, moins des trois quart des logements seraient habités. Il faut savoir que ses chiffres datent de 2008 et qu'actuellement ce taux serait supérieur à 75%. Le nombre important d'habitations vacantes est dû à l'augmentation des coûts des logements comme nous l'avons signalé précédemment.

Graphique 4 : Evolution de la population dans le quartier El Cerezo entre 2004 et 2010

2500

2000

1500

1000

500

0

Evolution de la population dans le quartier El Cerezo entre 2004 et
2010

2004 2006 2008 2010

Espagnols autochtones Etrangers

Source : élaboration personnelle, Excel, données de l'INE. (c) B-W Matthieu.

Entre 2004 et 2010, nous pouvons observer une augmentation de la population étrangère ainsi qu'une baisse de la population autochtone comme l'indique le graphique précèdent. En effet, la population immigrée a plus que doublé durant ces six ans, elle est passée de 14,8% en 2004 à 38,6% en 2010. Cela est dû principalement à une arrivée massive d'immigrés en provenance d'Amérique du Sud durant la dernière décennie tel que nous l'avons vu précédemment (Cf : I/ 1/ b/).

Graphique 5 : Répartition des habitants immigrés d'El Cerezo par continents en comparaison avec les autochtones en 2010.

Répartition des habitants d'El Cerezo par nationalités en 2010

Européens Américains Espagnols Africains Asiatiques

Source : élaboration personnelle, Excel, données de l'INE. (c) B-W Matthieu.

Le graphique 5 nous permet de confirmer le poids des immigrés originaires d'Amérique dans El Cerezo. Ils représentent près d'un quart de la population du quartier ce qui permet de dire que c'est un point de localisation pour ces individus. A l'intérieur de ce groupe d'américains, les personnes originaires des Etats-Unis et Canada sont pratiquement inexistantes dans cet espace. Le graphique suivant nous indique le nombre et la répartition des immigrés par nationalités. Il nous amène à regarder l'importance des personnes originaires des pays andins.

Graphique 6 : Evolution du nombre d'habitants étrangers dans le quartier d'El Cerezo entre 2008 et 2010.

Evolution du nombre d'habitants étrangers du quartier El Cerezo
par nationalité

Nombre d'habitant

400

350

300

250

200

150

100

50

0

2008

2010

Nationalité

Source : élaboration personnelle, Excel, données de l'INE. (c) B-W Matthieu.

Nous pouvons remarquer suite au graphique 6, que les immigrés présents dans ce quartier sont essentiellement d'origine latino-américaine en particulier de Bolivie et d'Equateur comme l'indique les diagrammes du graphique pour ces deux pays, hautement supérieurs aux autres. De plus, l'augmentation entre 2008 et 2010 de la population Bolivienne est considérable. Ceci montre un fort intérêt de ces habitants pour ce quartier.

Par ailleurs, le poids des personnes d'origine Marocaine, Colombienne puis Nigérienne dans cet espace est également conséquent. Seules les nationalités étrangères qui dominent au niveau de leur nombre d'individus dans ce quartier sont représentées. La Roumanie fait exception puisqu'elle est indiquée seule en plus d'être comprise dans le diagramme des individus originaires de l'Union Européenne. Sa double présence dans ce graphique s'explique ainsi : avec 23 roumains en 2010, c'est la dixième nationalité étrangère la plus présente dans El Cerezo.

Les communautés majoritaires peuvent expliquer le développement de certains commerces (boucherie hallal, kebab, boulangerie équatorienne, restaurant bolivien, etc.) ainsi que certaines représentations que peuvent avoir les habitants de ce quartier en vu du nombre et de la visibilité de certains groupes d'individus de même origine. C'est ce que nous tâcherons d'analyser dans le chapitre III.

b/ De 2000 à 2010, entre changement et adaptation

La population d'El Cerezo a augmenté de 4% entre 2000 et 2008. De plus, durant cette période, la population autochtone « a perdu 713 individus ce qui correspond à une perte de moins 30% pour le quartier » bien que « 820 personnes nouveaux habitants, espagnoles et immigrées sont venues s'installer» (TORRES, 2011, p.87) ce qui a maintenu le solde migratoire positif. La population autochtone qui est partie l'a fait majoritairement en direction de l'aire métropolitaine pour les raisons précédemment énoncées.

Graphique 7 : Evolution démographique des habitants du quartier El Cerezo entre 2004 et 2010

400

900

800

700

600

500

300

200

100

0

0 à 15 ans 15 à 29 ans 30 à 44 ans 45 à 59 ans Plus de 60 ans

Evolution démographique des habitants du quartier El Cerezo entre
2004 et 2010

2004 2006 2008 2010

Source : élaboration personnelle, Excel, données de l'INE.

Le graphique ci-dessus nous renseigne sur l'évolution démographique de la population du quartier El Cerezo entre 2004 et 2010. Il indique une légère baisse de la population de plus de 60 ans ainsi qu'une hausse importante de celle ayant entre 30 et 44 ans. Cela montre également la nouvelle dynamique démographique de ce quartier revitalisé par des nouveaux arrivants, principalement des immigrés, dans cet espace où la population autochtone est vieillissante.

c/ La multiculturalité: une réalité

Ce concept définit les sociétés multiculturelles comme étant celles où il y a des situations de coprésence et d'interactions entre différentes communautés dans un contexte donné (Lévy et Lussault, 2003). Il caractérise les situations du "vivre ensemble" dans des sociétés plurielles. De surcroît, d'après la chercheuse Cynthia Ghorra-Gobin, une ville multiculturelle désigne un espace où vivent différents groupes culturels. L'adjectif "multiculturel" lui sert à « identifier une réalité pluriethnique ou encore multiethnique » (1999, p.2). Ces termes correspondent à la définition du quartier El Cerezo ainsi que du district de la Macarena. Ce concept est un fait qui permet d'identifier et qualifier un espace en fonction de ses habitants et des transformations urbaines et sociales auxquelles ils ont contribué : le quartier d'El Cerezo en est une parfaite illustration.

En effet, dans les villes qui accueillent des migrants et c'est le cas de Séville, il apparaît primordial de passer du « savoir vivre au singulier au savoir vivre au pluriel » (CONSTANT, 2000 p.88). Par conséquent, l'espace public multiculturel apparaît comme un

lieu de construction de l'altérité et de l'identité de l'individu par des pratiques liées au « vivre ensemble » (GHORRA-GOBIN, 1994). En politique, ce concept est utilisé pour parler d'espace où le mélange des cultures serait positif par souci de tolérance et de respect, il est question ici de multiculturalisme utilisé essentiellement comme une doctrine.

« La question multiculturelle lorsqu'elle se décline dans le champ urbain exige de définir les caractéristiques et les enjeux de ce nouvel espace public » (GHORRA-GOBIN, 1999, p.2). Car, dans la ville, « l'urbanité est indissociable d'un devoir d'exposition qui exige des compétences sociales relatives à la présentation de soi en public et à la considération de l'autre en tant que personne humaine » (STEBE, 2010 p.109). C'est en cela qu'il apparait important de lutter contre les discriminations et pour l'amélioration du "vivre ensemble" en donnant des opportunités aux habitants de se connaître.

Pour finir, la diversité culturelle abordée dans le « traitement politique, soulève des enjeux importants, notamment en ce qui concerne la citoyenneté » (DORTIER, 2004, p.575). C'est pourquoi l'écrivain et journaliste J-F Dortier remet en cause le terme « citoyen » qui ne prend pas en considération les spécificités de chacun et qui, toujours selon sa définition, devrait être protégé par des lois. D'ailleurs, pour le chercheur Michael Walzer, « la communauté peut être le lieu d'apprentissage de la citoyenneté » (DORTIER, 2004 p.576). Il est important de prendre en considération ce terme puisqu'il permet d'intégrer les immigrés dans le pays d'arrivée (ici l'Espagne) en leur donnant la possibilité de voter et d'être considérés comme des personnes du territoire dans lequel ils vivent.

Nous utilisons les termes d'espace multiethnique, pluriethnique ou encore diversité culturelle pour parler de zones où se rencontrent différents groupes d'origines différentes. Celui d'interethnique nous sert à indiquer des regroupements entre personnes d'origines étrangères. Quant à la multiculturalité, elle illustre des espaces où se retrouvent aussi bien des populations autochtones qu'immigrées.

Le concept de multiculturalité nous permet d'introduire nos prochains chapitres qui parlerons davantage du quartier El Cerezo, de ses transformations (urbaines et sociales), des associations et bien évidemment des habitants. Nous verrons aussi les représentations des habitants et comment se construit le "vivre ensemble" dans les quartiers multiculturels où se concentrent de nombreux immigrés sujets au phénomène de ségrégation.

Comme nous venons de le constater, Séville est une ville où l'immigration a une place importante, aussi bien dans les politiques publiques que par son impact dans certaines zones de la ville. L'intérêt que les politiciens de la ville portent à l'immigration est assez récent puisque l'importance de la présence de personnes d'origines étrangères date des années 2000, période durant laquelle se sont créés divers organismes de défense et de soutien des étrangers tel l'ODI ou encore SOMAÏ.

Nous pouvons à présent annoncer et valider notre problématique:

Dans quelle mesure les interactions entre habitants de quartiers multiculturels peuvent-être révélatrices de mise à distance des populations immigrées et quels sont les enjeux des politiques locales et des initiatives associatives pour fabriquer "du vivre ensemble"?

Pour y répondre, nous tâcherons de comprendre comment se créé du "vivre ensemble" au sein de ce type d'espace en utilisant comme exemple le quartier d'El Cerezo et en nous appuyant sur certains projets associatifs tout en tenant compte du discours des habitants.

Chapitre II : Enjeux et évolution de l'immigration : le

cas du quartier El Cerezo

Le nombre d'immigrés présents dans El Cerezo en fait un quartier atypique l'immigration joue un rôle majeur. Ce constat peut se lire dans les différents projets et

ouvrages associatifs ainsi que dans les discours politiques, les événements multiculturels ou encore dans les transformations urbaines apparues durant l'époque des grandes vagues migratoires particulièrement depuis les années 2000. "L'arrivée de population en provenance de pays étrangers durant les dernières années a participé à l'accélération des changements sociaux (...) pouvant mener jusqu'au ghetto et aux conflits ou, au contraire, générer de nouveaux espaces d'interactions et de richesses socioculturelles" (VECINA MERCHANTE, 2010, p.227). Tous ces changements affectent les habitants autochtones avec qui les immigrés partagent les espaces publics. Les projets associatifs essayent de pacifier la cohabitation dans les espaces multiculturels en évitant qu'il y ait un cloisonnement immigrés/autochtones. Nous allons tenter de savoir s'ils facilitent ou non l'intégration des immigrés.

Pour cela nous verrons tout d'abord la participation des immigrés au sein de la ville de Séville puis nous montrerons l'importance des acteurs associatifs avant de terminer par révéler les transformations urbaines induites par les migrations qui nous amèneront à l'aspect social que nous développerons dans le chapitre III.

A/ Visibilité des immigrés à Séville, particulièrement dans le quartier d'El Cerezo

L'importance de l'immigration à Séville, bien qu'étant relative à côté de certaines villes espagnoles, peut se lire parmi les différents événements multiculturels qui ont lieu chaque année. De plus, les immigrés sont de plus en plus présents dans le discours politique, notamment par exemple, dans le cadre des élections municipales de mai 2011.

1/ L'investissement des immigrés dans la vie culturelle de Séville

La multiculturalité est de plus en plus visible au sein de la ville de Séville. Différents festivals célébrés tous les ans en sont la vitrine. Constater la présence d'une diversité

culturelle dans cette agglomération provient de l'implication d'associations et d'habitants qui mettent en avant des cultures d'autres pays.

a/ Les associations d'immigrés: nouvelles dynamiques urbaines

Le centre civique "hogar San Fernando", situé en face de la faculté de médecine, accueille de nombreuses associations d'immigrés comme "Asi es mi Peru" qui propose des cours de danse et musique andine ou celle des Russes à Séville" qui propose des cours de russe. Ce centre civique est l'un des plus grands de la ville. Il a été aménagé pour répondre aux besoins des différentes associations du district. "Le problème de ce centre est le manque de publicité et d'informations dans les quartiers, les gens ne savent pas ce qui s'y passe"(Gabi, équatorien, volontaire ACOGE). Les habitants des quartiers environnants ne connaîtraient que très peu les activités qui se déroulent dans ce centre du fait d'un manque de communication, ce qui ne permettrait pas de maximiser les différents ateliers proposés. Malgré cela, diverses associations participent à des festivals qui se déroulent dans la ville.

Rythmée par des festivals multiculturels tout au long de l'année, la ville de Séville montre ainsi son aspect pluriethnique. Nous allons en citer quelques uns qui nous permettent de comprendre comment il est possible pour des immigrés de faire partager sa culture dans un pays étranger. Ceci revient à lutter contre les discriminations voire à créer du "vivre ensemble".

Tout d'abord, se déroule la fête des Nations qui a lieu au début de l'automne dans le parc du Prado de San Sebastian13 et qui propose des stands de vente d'artisanat et de nourriture de divers pays du monde ainsi que des spectacles de musiques ethniques. De plus, en mars et avril 2011, la fête des Nations (gérée par une fondation du même nom) a organisé le premier festival solidaire au niveau du pont de Triana en partenariat avec l'association Terre des Hommes. Le festival solidaire présente, comme le précédent, différents pays des différents continents14 aussi bien par la gastronomie que par la musique ou encore l'artisanat. "Moi je vais chaque année à la fête des Nations, quand je peux me rendre à des événements j'y vais mais c'est pas évident avec mon travail. En ce moment il y a le festival solidaire au niveau du pont de Triana et je ne peux même pas y aller à cause du travail" (Carlos, Vénézuelien).

13 En 2010 a eu lieu la quinzième édition de ce festival. Il a changé de zone durant toutes ces années.

14 28 pays sont représentés dans ces festivals en fonctions des disponibilités de chacun (ex: Pérou, Canada, Australie, Maroc, France, Afrique du Sud, etc.)

Par ailleurs, le carnaval péruvien qui se déroule habituellement en mars15, a pour but de mettre en avant la culture du Pérou et des pays voisins. Dans ce cadre, des danseuses équatoriennes ont participé à cet événement cette année. "Dès qu'il y a une fête de ma culture, on vient danser avec mon groupe comme au carnaval du Pérou, durant l'Inti Raymi" (Betty, équatorienne). Ensuite, l'Inti Raymi, qui est la fête du soleil (ancienne cérémonie religieuse Inca en l'honneur du soleil qui marque le solstice d'hiver pour les pays andins), vivement célébré à Cuzco au Pérou, s'est déroulée en juin 2010 dans le parc Miraflores au Nord-est de la ville. Cette fête est organisée par l'association de danse et chant équatoriens "Tungurahua", avec la participation de l'association humanitaire Acoge16.

D'autre part, chaque année a lieu l'Aïd el-Kebir qui est une fête musulmane célébrée principalement au Maghreb où un mouton est sacrifié en l'honneur d'Allah. Elle se passe en octobre ou novembre selon le calendrier musulman. En 2010, elle fut organisée dans le quartier el Rocio à côté d'El Cerezo au niveau de la mosquée : "je vais à la fête du mouton en novembre, le Aïd el-Kebir" (Zico, marocain). A cette occasion, la fondation ACCEM a participé à la préparation et au déroulement de cet événement.

Comme nous pouvons le constater, seul l'Inti Raymi et l'Aïd el-Kebir se déroulent à proximité du quartier El Cerezo, ce qui oblige les participants et intéressés à se déplacer pour se rendre sur les différents lieux de festivités. Ceci influx sur la création de nouveaux réseaux, sur les rencontres entre habitants de la ville et donc, ces déplacements participent à la lutte contre la ségrégation urbaine. De plus, ces événements publics rendent visible la multiculturalité de la ville et mettent en avant les groupes minoritaires. Ce sont des occasions pour découvrir des cultures différentes, de connaître un peu mieux les immigrés vivant dans son quartier et une fois de plus, de participer à améliorer le "vivre ensemble".

b/ Propositions d'événements des habitants d'El Cerezo

Certains habitants d'El Cerezo aimeraient voir davantage d'événements culturels en lien avec leurs cultures et leurs passions.

Suite à la question numéro 15 du questionnaire17 et grâce aux entretiens effectués auprès de
certains habitants du quartier, des propositions d'événements ont émergé. Nous pouvons

15 En 2011, ce Carnaval a eu lieu dans le parc de "los Principes" dans le district Los Remedios.

16 Les associations citées seront décrites dans la partie suivante.

17 Question 15: Aimeriez-vous mettre en place des activités pour mettre en avant vos traditions

culturelles? Si oui de quelles types?

distinguer les réponses des autochtones de celles des immigrés puisque les réponses des premiers sont similaires.

Concrètement, parmi les personnes autochtones, cinq ont répondu qu'elles aimeraient organiser un événement culturel selon leur tradition, elles souhaiteraient organiser un festival flamenco, qui est un style musical où se mélange avant tout chant, danse, guitare, joie et souffrance. Une autre des réponses obtenues, est le désir de constituer une association de voisins pour les retraités du quartier, et ainsi d'avoir un espace de rencontre et de regroupement, ce qui pourrait éviter l'isolement de ces personnes parfois plus vulnérables.

Par ailleurs, les réponses des immigrés sont davantage diversifiées et plus personnelles. En effet, certains mettent en avant l'envie d'organiser un festival de danse, d'autres de gastronomie, certains des concerts ou encore des compétitions de football. Des envies plus spécifiques émanent en fonction de chacun "un concert de gnawa fusion" qui est un style musical africain, "un festival qui met en avant le côté positif des roumains", de la danse traditionnelle équatorienne ou encore du "Nigeria". Ainsi, plusieurs immigrés souhaitent mettre en avant leur culture ou leurs goûts musicaux, cela peut révéler un manque ou simplement leur envie de faire découvrir une passion, une partie de leur culture.

Ce désir de faire partager un aspect de leur spécificité culturelle montre l'importance de l'identification par rapport à un lieu. C'est-à-dire que les individus ont envie d'être représentés et identifiés dans leur espace de vie en montrant aux voisins leur traditions ou encore, leur références musicales et gastronomiques. Ce désir est lié aux représentations que peuvent avoir les habitants de leur quartier, c'est ce que nous verrons dans le prochain chapitre. Nous allons maintenant nous intéresser à l'utilisation de l'immigration dans le discours électoral.

2/ Mise en avant de l'immigration dans le discours électoral

« El Cerezo » est un quartier à forte densité d'immigrés où la ségrégation apparaît tel un problème d'exclusion à résoudre. Le multiculturalisme quant à lui, serait une doctrine à développer avec les politiques publiques pour lutter contre les discriminations et développer le "vivre ensemble". Ainsi l'immigration fait parler d'elle et préoccupe les politiciens qui ne manquent pas d'en parler dans leurs discours politiques.

a/ Pression politique

En mai 2011, les élections municipales ont lieu à Séville. Dans ce cadre, certains partis politiques mettent en avant l'immigration dans leurs discours.

Durant la campagne des municipales, Juan Espadas se présente comme le successeur de l'actuel maire, Alfredo Sánchez Monteseirín du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE). Une brochure de format A3 récoltée en mars 2011 dans le district de la Macarena donne à voir, sous forme de bilan, les nouveaux services mis en place ou en cours dans ce même district. Elle a pour titre "Sevilla, barrios con corazón" ce qui veut dire: « Séville, des quartiers avec du coeur ». A titre d'exemple, douze quartiers sont cités dans ce dépliant dont dix qui appartiennent au district de la Macarena sur les douze cités. Par ailleurs, elle spécifie les nouveautés apportées dans ces quartiers ainsi que les projets en cours telles les lignes de métro 3 et 4, la construction de l'école d'infirmières ou bien encore, la création d'un cyberlocal et parc wifi qui verront tous le jour, selon la campagne, dans le district de la Macarena .

Tous les aménagements en cours ou effectués cités dans cette brochure se trouvent dans la zone de la Macarena. Le prospectus ne spécifie pas le programme de la campagne municipale de ce candidat si ce n'est par les projets en cours, ce qui nous laisse à penser que d'autres tracts ou brochures ont suivi ce dernier. Cette brochure ne fait que désigner les innovations récentes mis en place par décisions du maire actuel socialiste tout comme Juan Espadas.

En ce qui concerne l'immigration, au centre de la brochure figure un centre de formations professionnelles. Il est spécifié qu'il a pour cible " les jeunes, les femmes, les immigrés et les chômeurs". A cela viennent s'ajouter les deux projets réalisés pour la "cohabitation" qui sont le centre civique San Fernando et l'aménagement de parcs et places de certains quartiers (las Avenidas, la Paz, etc.). Par ailleurs, sur son site internet, Juan Espadas dit des immigrés qui vivent dans Séville que "ce sont des citoyens sévillans, ils vivent avec nous et l'intégration doit se faire depuis la cohabitation. Ces personnes ne doivent pas être isolées". Il ajoute, ensuite, que pour se faire, "l'idée est qu'il y ait plus d'interlocuteurs pour la cohabitation et l'assistance de la population immigrée surtout dans des districts comme celui de la Macarena". Son discours confirme les préoccupations des politiciens aux problématiques liées à la cohabitation des habitants du district de la Macarena. Deux articles de journaux, l'un du 13 janvier 2011 tiré du journal "20 minutes" de Séville qui a pour titre Espadas propose

de renforcer l'attention portée à la population immigrée dans les nouveaux districts de la municipalité et l'autre du 14 janvier 2011, du journal "ABC" et ayant pour titre Espadas recherche à El Cerezo l'appui des immigrés, mettent en avant les préoccupations du candidat socialiste envers les immigrés. Par conséquent, pour Juan Espadas, les immigrés "sont des citoyens sévillans, ils vivent avec nous et leur intégration doit se faire par la cohabitation" (Ibid).

Pour clarifier, les populations immigrées représentent un éventuel électorat dont l'importance n'est pas négligeable comme nous l'avons constaté. D'un autre côté, la peur d'émeutes dans ces quartiers, "en comparaison avec celles des banlieues de Paris en 2005" (Francisco Torres, professeur de géographie), effraie les politiciens qui tentent de faire régner une cohésion sociale propre au "vivre ensemble". De ce fait, la ségrégation devient un phénomène à "combattre" en prenant des mesures contre les situations d'isolement.

Or, sur le site internet de l'association Acoge Andalousie18, un article daté du 13 mai 2011 appelle les politiciens à ne pas utiliser les immigrés dans leur discours "comme arme électorale pour ne pas porter préjudice à la citoyenneté". Pour clarifier, cette fondation ne veut pas que les politiciens utilisent l'immigration comme un argument pouvant nuire aux principaux concernés, ce qui troublerait l'ordre des projets de cohabitation en cours. Cela n'est pas respecté comme nous l'avons vu précédemment. De plus, d'autres partis politiques mettent également les immigrés en ligne principale dans leurs intentions électorales.

b/ Les espaces multiculturels: enjeux des nouveaux partis politiques

Le nouveau parti politique espagnol "PRUNE" (Partido Renacimiento y Unión de España) a été crée et enregistré par le ministère de l'intérieur en 2009. Particulièrement sensible aux problèmes des minorités musulmanes, ses valeurs sont l'inter-culturalité, la renaissance intellectuelle ainsi que le respect et l'application des principes universels. Il a pour dessein de réunir tous les citoyens espagnols sans différencier ceux "de la première catégorie de ceux de la seconde", ce qui signifie sans distinction entre les citoyens d'origine étrangère et les autochtones. Un de ses objectifs est de donner la parole aux habitants "marginaux" dont

18 Cf: Article Un centenar de organizaciones, contra el uso electoralista de la inmigración

du 13/05/2011, disponible sur le site: http://www.acoge.org

font partie les immigrés pour ainsi les représenter dans les différentes institutions politiques. Mostafa Bakkach, président de ce groupe politique est intervenu le 31 mars 2011 dans le quartier El Cerezo pour faire connaître son parti en sensibilisant les habitants. Se rendre dans cet espace n'est pas neutre. La diversité culturelle présente dans ce quartier a certainement suscité un intérêt majeur pour ce parti politique.

Ce groupe politique s'ajoute à d'autres existants qui ont été créés principalement par et/ou pour les minorités en Espagne tel que le Parti des Immigrés Nouvelle génération (PIN dont le président est Pedro Ribera d'origine bolivienne). Ce parti agit pour l'impulsion de la multiculturalité dans les sociétés espagnoles et la promotion des logements à faibles coûts, aussi bien pour les immigrés que pour les autochtones, les regroupant comme étant tous citoyens d'un même pays et ayant les mêmes droits et devoirs.

De surcroît, Le Parti Ibérique Roumain (PIRUM) créé en 2008 se propose également comme alternative politique pour permettre aux roumains vivant en Espagne de devenir une des préoccupations principales de la politique espagnole.

Par conséquent, ces partis politiques exposent le pluralisme des sociétés espagnoles et mettent en avant les minorités ethniques. "Nous sommes une nouvelle génération de politiciens qui veut développer une politique différente qui croit aux valeurs des citoyens et qui considère tout le monde comme ayant les mêmes droits et devoirs" (RIBERA , 2010). Tout ceci démontre l'importance de l'immigration dans la ville et dans les intérêts des politiciens.

Nous allons à présent laisser l'aspect politique de côté pour nous intéresser aux associations et aux lignes directrice de leurs projets en lien avec l'immigration.

B/ L'importance des acteurs associatifs locaux

Plusieurs associations participent à la mise en avant du quartier El Cerezo en proposant des projets de coopération multiethnique. Les différents organismes travaillent dans l'objectif de faciliter l'intégration des immigrés au sein de leur quartier mais aussi dans la société espagnole. Ils tentent également de contribuer au "vivre ensemble" entre immigrés et autochtones en mettant en avant dans certains cas, les immigrés dans d'autres, les autochtones.

1/ Les projets associatifs : enjeux de cohabitation

Il existe de nombreuses associations d'aide aux migrants et notamment des associations de soutien juridique (O.D.S, Acoge, A.C.C.E.M, C.E.A.R, etc.) qui informent les immigrés et les étrangers sur les papiers à fournir pour accéder à un logement, un emploi, etc. Ils leur expliquent les lois sur l'immigration et assistent les personnes dans leurs démarches. Par ailleurs, différentes associations s'occupent également de la traduction des documents (ACOGE, ACCEM, etc.), (Transfronterizo, 2006).

Nous allons essentiellement nous intéresser aux acteurs associatifs intervenant dans El Cerezo. Deux locaux des fondations Acoge Sevilla, Cepaim et ACCEM se trouvent dans les quartiers d'El Cerezo et Las Avenidas. Le local situé dans le quartier El Cerezo est partagé par les associations Acoge et Cepaim qui agissent dans trois domaines : la médiation (de voisinage, interculturelle), l'éducation (activités extrascolaires, aide aux devoirs, colonies de vacances, etc.) et les échanges interculturels (ateliers, débats, événements culturels, sportifs, etc.). Par ailleurs, l'ACCEM, dont le local se trouve dans le quartier las Avenidas intervient également dans ce type de domaine. De plus, elle propose une assistance juridique grâce à la permanence d'un avocat tous les jeudis. A cela s'ajoute l'association de voisins d'El Cerezo ainsi que l'Office des Droits Sociaux ayant tous deux des impacts pour ce quartier.

Nous tâcherons de comprendre quels sont les conséquences des projets de ces associations.

a/ Les associations humanitaires en lutte contre les discriminations et les conflits multiculturels

Ces associations sont nécessaires pour répondre aux besoins des nouveaux arrivants et d'une certaine manière pour lutter contre la discrimination et la ségrégation. Nous nous intéresserons principalement à celles qui interviennent dans le quartier El Cerezo ou du moins pour le district de la Macarena. Nous allons devoir passer par une phase très descriptive pour bien cerner les associations que nous allons citer à plusieurs reprises dans notre étude.

Tout d'abord, la fondation Consortium des Agences de l'Action Globale Pour les Migrants (CEPAIM) est une organisation indépendante espagnole qui répond aux dynamiques sociales en relation avec les migrations. Leur politique traite de l'inter-culturalité, de la gestion de la diversité et du co-développement avec pour base le territoire espagnol. Leur mission est de promouvoir un modèle de société interculturelle qui facilite principalement l'accès aux droits des citoyens immigrés, notamment en développant des politiques de lutte

contre toutes formes d'exclusion sociale en lien avec les pays d'origines des immigrants. Leurs valeurs sont l'égalité des chances entre femmes et hommes, la solidarité, la justice, la lutte contre les discriminations et la promotion de l'inter-culturalité et de la diversité. Tout cela, est mis en place pour que les minorités ethniques aient les mêmes chances et les mêmes droits en Espagne que les autochtones. Cette association gère, depuis octobre 2010, le programme de retour volontaire financé par le Ministère du travail et de l'immigration.

Ensuite, la fondation Acoge Sevilla est une association qui existe depuis plus de vingt ans et qui aide les immigrés. Elle dirige ces personnes dans leurs démarches à l'obtention de documents (permis de travail, permis de résidence, etc.) ainsi que dans l'accès à l'emploi et la recherche d'un logement. Cet organisme aide les immigrés à faire un Curriculum Vitae, à apprendre l'espagnol, leur propose des formations, etc. En lien avec la mairie, des particuliers peuvent téléphoner à cette association, devenue une fondation, pour des gardes de personnes âgées/d'enfants ou pour des services domestiques.

Par ailleurs, cette fondation travaille avec des associations de voisinage, des centres éducatifs et participe entre autres à des festivals.

Enfin, l'Association Commission Espagnole Catholique sur la Migration (ACCEM) est une Organisation Non-Gouvernementale (ONG) à but non lucratif tout comme les précédentes. Elle travaille sur l'accueil et l'intégration des réfugiés et des immigrés en Espagne dans le respect des droits et devoirs espagnols. Son objectif est d'obtenir une société juste et égalitaire en mettant en avant la richesse culturelle d'une société plurielle. Cette fondation propose des formations professionnelles et une aide à l'insertion au travail. En outre, ils permettent l'accueil dans des centres spécialisés, mettent en avant la participation à la vie locale (manifestation contre le racisme et la xénophobie,...) ou encore proposent des cours de langue. En effet, "le dialecte andalou n'est pas toujours simple à comprendre même pour des populations hispanophones" (Tania, volontaire Acoge). Il est vrai que connaître la langue locale apparaît comme un moyen d'intégration, ici l'andalou, qui est un dialecte du castillan où certaines consonnes ne sont pas prononcées.

Les trois fondations ACCEM, Cepaim et Acoge ont toutes les trois des locaux dans le district de la Macarena19 dans lesquels sont organisés différents projets de cohabitation, comme des débats (droits du travail, racisme, etc.), des ateliers ludiques pour les enfants, des cours de langues, de la médiation auprès des habitants pour essayer de résoudre tous types de

19 Les fondations Cepaim et Acoge partagent le même local dans le quartier El Cerezo plaza Punta Umbria tandis que l'ACCEM a son propre espace de travail, rue Galena dans le quartier Las Avenidas.

conflits. Elles participent à certaines fêtes culturelles (Aïd el-Kebir, Inti Raymi, journées de l'immigration, etc.), dirigent les immigrés dans leurs démarches administratives ou encore prônent le "vivre ensemble" dont il est essentiel de savoir comment pour notre recherche.

Le fait d'être présent dans ce district permet à ces ONG d'améliorer leurs actions auprès d'une population principalement immigrée et de les rendre plus visibles pour les habitants de ces quartiers. Nous verrons par la suite les projets locaux de ces associations, particulièrement ceux auprès des jeunes du district de la Macarena.

De plus à ces associations très présentes dans le domaine de la multiculturalité, intervient l'association des voisins. "Les associations de voisins doivent aller dans la même direction que les associations humanitaires, avec d'autres acteurs, elles peuvent garantir la pluralité et les interactions sociales"(VECINA MERCHANTE, 2010, p.242).

b/ L'association des voisins en lutte contre la relégation urbaine

L'association des voisins est un regroupement d'habitants qui s'occupe de la bonne cohabitation entre les personnes d'un même quartier.

Dans le quartier El Cerezo, ses membres se chargent également de distribuer de la nourriture grâce à la Banque Alimentaire et à la Croix Rouge aux personnes répondant à certains critères sociaux, tels qu'être inscrit au registre municipal ou encore se trouver au chômage. Seize familles du quartier bénéficient de ce service d'après le président de l'association de voisinage, Andres Aranda qui a succédé à Antonio Rodriguez en 2008. Cette association permet de mener des actions au niveau du quartier en fonction des problématiques et des besoins des habitants.

Le président de l'association des voisins, Andres Aranda, est une figure importante pour le quartier. Personne médiatique, il est intervenu de nombreuses fois dans les journaux locaux. Actuellement à la retraite, il vit dans ce quartier depuis 1971. "Ce quartier a toujours un esprit de village". Les gens du quartier se reconnaissent dans cet espace "restreint". En effet, de nombreux retraités vivent ici depuis plusieurs décennies ce qui génère une ambiance familiale.

Le titre d'un article du journal "Diario de Sevilla": Una voz y muchos esfuerzos por El Cerezo (Une voix et beaucoup d'effort pour El Cerezo) daté du 20 janvier 2010, met en avant Andres Aranda, comme réprésentant du quartier El Cerezo. L'article cite une de ses principales actions qui fut la vérification des licences et de l'enregistrement à la mairie des commerces de

ce quartier20, "il est important de savoir que ce n'est pas un quartier marginal" (Andres). Comme son prédécesseur, Antonio Rodriguez, Andres a continué d'agir sur les mêmes problématiques, à savoir les conflits entre immigrés et autochtones. Voilà pourquoi, la demande d'un plan d'intégration sociale pour les immigrés d'El Cerezo et des quartiers voisins a été sa principale requête qui donna suite à des événements médiatiques (manifestations, rencontres avec le secteur environnant de la mairie, articles de journaux, etc.). Actuellement, un plan pilote dans le district de la Macarena traitant ces questions est en cours. Cela a pour objectif de favoriser la cohabitation dans le district et ainsi d'éviter tout type de contestation de la part des habitants. C'est ce que nous verrons dans la partie suivante (Cf: 2/ b/).

"Je veux le respect et je n'admets pas le racisme, ici quand quelqu'un téléphone pour louer un appartement, on ne lui demande pas son origine". Ce discours peut s'interpréter comme une auto-défense aux propos disant de lui qu'il a des comportements xénophobes envers les étrangers "je ne sais pas si je suis un peu raciste".

De surcroît, depuis qu'Andres est président de l'association des voisins, l'ambiance du quartier aurait changé, "ici on a la réputation qu'on ne peut pas faire tout ce qu'on veut" dit-il. Par ailleurs, certaines personnes, tel Ousseynou (coordinateur Acoge) sont assez mitigées sur les actions portées par Andres, "l'avantage de ce quartier, c'est l'implication et l'intérêt du président de l'association des voisins dans tous les événements de la ville mais d'un autre côté son gros défaut c'est qu'il met d'un côté les Espagnols et de l'autre les immigrés et reprend les discours politiques qui ne sont que très peu favorables aux immigrés".

En parallèle, jusqu'au mois de février 2011, une affiche éditée par le parti Démocrate National (DN, l'équivalent de l'extrême droite en France), exposée sur la porte du local de l'association des voisins, sensibilisait les passants aux problèmes liés au chômage. Un dessin montrait ainsi une file d'attente de personnes de différentes origines devant l'office du travail dont le slogan était : "Devine qui sera le dernier? Avec nous les espagnols en premier !". Afficher ce type de document est révélateur de la considération que porte cette association envers les immigrés ou tout au moins certains membres. Il faut rappeler que nous sommes dans un contexte de crise où le chômage est supérieur à 25% en Andalousie (El CorreoWeb, 2011). Cette affiche repousse les possibilités des personnes immigrées de s'investir dans cette association pour participer ainsi à la vie active du quartier. "Un de mes projets est de faire en sorte que les locaux des associations des voisins soient des espaces de collaboration" (Aziz, médiateur

20 Article disponible sur internet:

http://www.diariodesevilla.es/article/sevilla/611201/una/voz/y/muchos/esfuerzos/por/cerezo.html

culturel ACCEM). Ces locaux seraient des lieux à investir par les populations immigrées dans le but d'améliorer la cohabitation entre voisins. Ce projet en cours pourrait alors amener les habitants immigrés à s'investir davantage dans leur quartier. En investissant les locaux d'associations des voisins, l'ACCEM veut permettre aux personnes autochtones et immigrés de se rencontrer, de se connaitre et d'échanger sur divers sujets que ce soit du fait de la participation à la vie de l'association des voisins (dans celle d'El Cerezo, les membres sont tous des habitants autochtones) ou dans le cadre d'une activité ludique qui pourrait être, par exemple, un cours de chant. Cela semble être une nouvelle manière de créer du "vivre ensemble" essentiellement au sein des quartiers multiculturels.

Cette association a un poids important dans l'image du quartier, nous y reviendrons dans le prochain chapitre. Pour continuer notre développement sur l'amélioration de la cohabitation, il est important de parler de l'Office des Droits Sociaux qui opère sur la scène publique contre les inégalités.

c/ L'Office des Droits Sociaux (ODS): au coeur des inégalités sociales

L'ODS est un collectif financé principalement par des fonds propres mais également par des subventions de la mairie. Son objectif premier est de faire connaître leurs droits aux habitants concernant aussi bien le droit du travail que celui à la santé. Les employés et bénévoles sont des éducateurs, avocats, travailleurs sociaux ou simplement des personnes désirant donner un coup de main. Cette association défend la justice des droits sociaux et milite contre la précarité et la répression dont sont victimes les immigrés. Les membres de l'ODS luttent pour que tout le monde ait accès à des papiers, à un logement décent et puisse circuler librement. Ils font des campagnes dénonçant les injustices telles que la précarité des employés domestiques, la répression policière dont sont victimes les immigrés.

Ce collectif compte trois locaux dans la ville de Séville. Leurs campagnes sont élaborées et soutenues par d'autres organismes, entre autres Sevilla Acoge et Mad Africa.

Au niveau de la cohabitation entre voisins, ce collectif met en place des ateliers de débats et réflexions pour "lutter contre les stéréotypes" (Carlos, coordinateur ODS) sur des thèmes variés comme par exemple: les immigrés prennent le travail des autochtones. Il organise également des débats sur différents thèmes comme les avantages et inconvénients de l'immigration à Séville. "C'est une association de revendications" (Carlos). Par ailleurs, le 1er avril 2011, ils ont organisé le "jour contre la violence institutionnelle dont sont victimes les

immigrés " et en mai, ils ont organisé la fête de l'inter-culturalité à Séville. Ces événements illustrent leur engagement pour la justice et pour l'égalité des citoyens.

C'est pourquoi l'ODS s'intéresse plus particulièrement aux quartiers et districts multiculturels de Séville (Macarena, Bellavista, San Jerónimo, Cerro del Águila, et Casco Antiguo). Récemment, cette association a élaboré un projet qui met en avant des immigrés. Pour cela les responsables de cette association ont répertorié les lieux de rencontre des habitants, les établissements scolaires ainsi que les initiatives culturelles prises dans ces quartiers (atelier, animation, débats,...). L'objectif était de cartographier ces espaces de regroupements et d'événements pour maintenant les faire connaître à un plus large public. Toujours dans le cadre de ce projet, un documentaire a été réalisé qui a pour dessein de lutter contre les stéréotypes et de donner une image de la réalité dans ces quartiers. Il s'intitule: Nuevos vecinos en la plaza: barrios e inmigración en la ciudad de Sevilla (Nouveaux voisins dans la place : quartiers et immigrations dans la ville de Séville). Ce film a pour ambition de donner une image positive de la multiethnicité en présentant les immigrés comme les "nouveaux voisins". Il est ici question de présenter les minorités ethniques, de favoriser leur intégration et participation au sein de la ville en promouvant la cohabitation interethnique avec la population autochtone.

Ce projet concerne notre étude car le quartier El Cerezo figure parmi les espaces présentés dans ce documentaire. Actuellement, les membres de cette association essaient de le diffuser auprès d'un large public ; les principaux lieux ciblés sont les locaux des associations humanitaires ou de voisins.

Ce projet s'inscrit dans les tentatives d'amélioration du "vivre ensemble" et de la cohabitation, particulièrement dans les espaces multiculturels. Pour rester dans le domaine associatif et dans les projets de valorisation de la cohabitation multiculturelle, nous allons à présent présenter un plan pilote qui a pour cible le district de la Macarena.

2/ Le plan pilote de la Macarena : la tentative de créer du « vivre ensemble » collectivement.

Avec pour objectif d'améliorer l'intégration des immigrés à Séville et plus particulièrement dans le district de la Macarena, différentes associations (ex: Acoge, ACCEM, Cepaim) mettent en place des projets de coopération, spécifiquement entre habitants de quartiers qualifiés de multiculturels comme c'est le cas pour El Cerezo, El Rocio ou encore la Palmilla (HUETE, 2011) . Ils sont parfois soutenus par la Mairie voire par la Junta ou

encore par l'Union Européenne. "La cohabitation ne peut pas être comprise sans l'interaction, sans laquelle nous ne pouvons parler de partage d'un espace commun" (VECINA MERCHANTE, 2010, p.231). Ainsi, l'intégration permettrait de cohabiter dans l'espace public.

a/ Définition de l'intégration

Dans le plan stratégique de la citoyenneté, le concept d'intégration est défini de telle sorte : "l'intégration n'est pas un état de causes à un moment déterminé mais un processus social dynamique prolongé dans le temps qui doit, d'une part, être constamment reproduit et remis à neuf, d'autre part, exige un effort commun ou bidirectionnel d'adaptation aux nouvelles réalités, tant de la population immigrée que de la société d'accueil. De plus, produire cet effort mutuel doit se faire dans les limites des valeurs fondamentales de l'Union Européenne" (Ministère du travail et de l'immigration, 2007, p.26). Ainsi dans cette définition, l'intégration concerne les immigrés mais également les autochtones qui doivent permettre de la faciliter.

La chercheuse Maria Adoración Martinez Aranda qui travaille pour l'Institut des Migrations et du Développement Social de l'Université Autonome de Madrid (IMEDES) définit l'intégration ainsi: "la plupart des définitions données pour «l'intégration», qui font références aux immigrants, se réfèrent au "devoir être" plutôt qu'à "l'être", c'est à dire, qu'elles ne se centrent pas sur l'analyse de la réalité. (...) L'intégration de la population immigrée, indépendamment de l'aspect social, économique, politique ou culturel, renvoie, d'un côté à l'individu, de l'autre aux groupes qui sont identifiés par nationalités, et enfin, au groupe que forme la population immigrante en général. (...) Contrairement à la logique d '«inclusion-exclusion», l'intégration propose une alternative qui prend en compte le communautarisme comme forme d'intégration. (...) L'intégration est un processus complexe, donnant lieu à différentes modalités qui peuvent être permanentes ou temporaires pour un individu ou un groupe de personnes. Par conséquent, parler de l'intégration des immigrés en général comme un ensemble homogène peut être simpliste, puisque nous avons affaire à de nombreux facteurs différents" (MARTINEZ ARANDA, 2005, p.1 et 2). « L'intégration de personnes, d'immigrants dans un corps social, se marque par leur insertion dans le système productif ainsi que dans les lois et coutumes du lieu. Mais chacun a conservé éventuellement son identité et son originalité contrairement à l'assimilation » (BRUNET, 1993, p.450) qui est le fait de devenir ou rendre semblable.

Cela signifie que l'intégration est relative à l'ouverture des uns et des autres à la diversité culturelle dans un respect réciproque en lien avec les droits et devoirs du pays d'accueil. Elle se distingue ainsi de l'assimilation qui serait relative à la disparition de la spécificité culturelle des étrangers dans une société d'accueil. L'intégration de personnes, d'immigrants dans un corps social, se marque par leur insertion dans le système productif ainsi que dans les lois et coutumes du lieu. Mais chacun a conservé éventuellement son identité et son originalité contrairement à l'assimilation, qui implique une soumission et une identification complète du corps dominant (Brunet, 1993). L'assimilation est délibérée ou plus ou moins contrainte. On peut l'illustrer par le mythe du « melting- pot » (Lévy et Lussault, 2003) où encore par l'image du "creuset", symbolisant le mélange et métissage de différentes cultures dans une même société.

D'après le Haut Conseil à l'Intégration, les politiques d'intégration s'intéressent à ces questions principalement pour maintenir une cohésion sociale au sein de leurs sociétés "de sorte que chacun puisse vivre paisiblement et normalement dans le respect des lois et l'exercice de ses droits et de ses devoirs". Elles ne concernent donc pas seulement les immigrés mais également les autochtones d'un territoire d'accueil. C'est pour cela qu'il existe des personnes travaillant à des postes de médiateurs culturels, profession encore peu reconnue qui fait le lien entre autochtones et immigrés dans un espace délimité.

Comme nous l'avons vu, la ségrégation peut être perçue de façon positive et amener à faciliter l'intégration de certains étrangers. Ce concept dépend de chaque situation. En outre, il semble difficile de faire des plans globaux et il paraît plus adéquat d'adapter des projets à chaque population qualifiée de "non intégrée".C'est ce que nous tâcherons de démontrer maintenant.

b/ Projets de cohabitation pour améliorer le "vivre ensemble"

Les questions d'intégration concernent la cohabitation entre population d'origine différente. Le "vivre ensemble" comme façon de cohabiter, de partager un espace, d'interagir avec ses voisins est quelque chose de complexe21. "On peut déceler dans le vivre ensemble, les prémices de la victoire des discours sur la différence. Le Canada semble être le pays le plus concerné à la tradition du "vivre ensemble", où il traduit la volonté de faire coexister des origines multiples" (F. Abrioux dans: PERRATON, 2009, p.139). C'est pourquoi il n'est pas

21 Cf: définition de l'intégration p.56

une préoccupation nouvelle. Il est lié à la «montée de l'individualisme» qui remet en cause la capacité à vivre ensemble. Le vivre ensemble est le fait de cohabiter entre personnes d'horizons variés: "la vie en société a été et est un mélange enrichissant des uns avec les autres, l'essentiel est de chercher à vivre ensemble" (SANCHEZ ELIAS, 2005, p.97). Cette notion apparaît telle la manifestation des interactions entre individus vivant dans un même espace urbain. Ce serait le partage entre habitants d'un lieu (ex: un quartier) où "l'interculturalité apparaît comme une possibilité de vivre positivement dans une société plurielle" (SANCHEZ ELIAS, 2005, p.98).

D'après l'humaniste Albert Boivin, « l'émancipation et la promotion du vivre ensemble ne concernent pas uniquement les pouvoirs publics ; elles sont l'affaire de chacun de nous » (2009). C'est un fait en soi, tout le monde y est confronté de manière plus ou moins forte en fonction du mode de vie et des interactions en société de tout un chacun. La question du "vivre ensemble" "concerne autant les rapports directs entre les individus que leurs rapports dans l'espace public" (PERRATON, 2009, p.31). "On ne saurait s'insurger contre le «vivre ensemble» parce qu'il cherche plutôt à réconcilier, à ravauder, à négocier, au contraire du conflit qui effraie"(F. Abrioux dans: PERRATON, 2009, p.140).

Actuellement, à Séville, un plan pilote nommé "barrios plurales" mené par quatre associations (ACCEM, Anima Vitae, Sevilla ACOGE et CODENAF) tente de faire le lien entre les immigrants et les autochtones en considérant que c'est collectivement que peut se créer du "vivre ensemble". A l'initiative de la Junta, ce plan est subventionné par la mairie de la ville, le gouvernement autonome d'Andalousie, le Ministère du travail et de l'immigration et l'Union Européenne. C'est le premier projet de ce type qui a pour cible le district de la Macarena. En mai, cela fera deux ans que ce projet a commencé, il a d'ailleurs été renouvelé jusqu'à décembre 2011 "Il est semblable à un projet financé il y a quelques années par le ministère de l'emploi. La vraie nouveauté de ce nouveau plan pilote est la mise en réseaux de différentes ONG et associations. Cela permet de nous compléter et de ne pas faire la même chose"(Ousseynou, coordinateur Acoge).

Le plan pilote de la Macarena axe ses projets suivant cinq domaines : le juridique, l'éducatif, la santé, le dynamisme communautaire et le travail. Par exemple, un de leurs projets est de permettre aux clubs sportifs de la Macarena de pouvoir faire de la compétition dans tous les districts de la ville. C'est la première fois qu'un tel projet a pour exclusivité le district de la Macarena. Nonobstant, il s'inscrit dans la continuité des projets associatifs menés par

différentes ONG telles ACOGE, CEPAIM ou encore ACCEM. Ces associations mettent en place des projets de cohabitation dans les différents quartiers de ce district.

Nous allons nous attacher à un des projets associatifs qui prend place dans ce plan pilote. En travaillant sur la médiation interculturelle, Aziz (marocain, médiateur interculturel) tente de mettre en avant des espaces publics d'interaction comme les parcs, la porte d'entrée des écoles, etc. Actuellement, le projet en cours est de faire en sorte que les parcs et les associations de voisins deviennent des lieux de collaboration et d'interaction entre les habitants. Ainsi, ces lieux permettraient des nouvelles rencontres et pourraient générer de nouveaux contacts entre habitants des quartiers de la Macarena sans différenciation d'origine. D'après Andres (espagnol, président de l'association des voisins du quartier El Cerezo), "la multiculturalité se fait dans les parcs pour enfants et à la garderie. Ce sont des espaces où les enfants jouent entre eux sans différence de nationalité, les parents qui les surveillent sont amenés à discuter par ce biais". Cela démontre l'importance à accorder à ces espaces, bien qu'il y ait d'autres lieux et manières d'agir pour créer du "vivre ensemble".

Ainsi, nous pouvons remarquer l'importance de la présence des médiateurs interculturels. Leur rôle est de tenter de mettre fin aux conflits. C'est pourquoi, ils sont en contact avec les associations des voisins et qu'ils essaient également d'apparaître "comme une référence" (Aziz) pour les jeunes mineurs sans diplôme avec pour objectif de les mener vers des formations (menuiserie, jardinerie, etc.).

Dans sa profession de médiateur culturel, Aziz tente, en investissant les espaces publics, de créer des connexions entre individus de différentes origines.

La notion de "vivre ensemble" apparaît ainsi comme un idéal à atteindre dans ce type de quartier. Il tente d'amener à une cohabitation et à la connaissance entre habitants d'un même espace. L'intérêt que nous portons pour les interactions entre individus dans les espaces multiculturels nous amène à parler des conséquences urbaines suite à l'arrivée des immigrés dans le quartier d'El Cerezo.

C/ Transformations urbaines du quartier El Cerezo

Le quartier El Cerezo a connu, essentiellement depuis l'arrivée massive d'immigrés au cours des dix dernières années, différentes transformations urbaines. Ces changements sont dus autant aux politiques publiques qu'à l'impact des immigrés au sein de cet espace. Ces

modifications peuvent être en partie la conséquence de la situation spatiale de ce quartier, situé au centre du district de la Macarena, proche de différents bâtiments publics.

1/ Une situation géographique avantageuse

El Cerezo est un quartier contourné par des axes routiers importants menant vers les grandes dessertes urbaines de la ville aussi bien pour se rendre dans le centre de Séville que pour partir en direction des villes environnantes. Il est également bien desservi par les transports en commun. Cette facilité d'accès permet de lutter contre le phénomène de ghettoïsation qui est inexistant pour cet espace. Cela est dû en partie grâce aux ouvertures vers le reste de la ville que permettent les axes routiers.

a/ Un quartier proche des grands axes routiers et du centre de la ville

La situation géographique du district lui donne des avantages sur le reste de l'agglomération. En effet, le quartier est proche du centre ville et possède de multiples connexions aussi bien dans Séville que vers l'extérieur grâce aux multiples axes routiers et aux transports en commun. Il est délimité par des voies de circulation routière importantes qui lui permettent « une connexion avec l'aire métropolitaine ainsi qu'avec le réseau interne de la ville » (TORRES, 2011, p.92). Au Nord, la Ronda de Circunvalación est un des axes principaux de la ville car elle rejoint du côté Ouest, les autoroutes A.66 vers Caceres, A.49 direction Huelva et A.4 pour se rendre à Cadix ; du côté Est elle atteint la A.4 au Nord qui va vers Cordoue et la A.92 direction Grenade et Malaga. Par ailleurs, l'avenue Torneo qui longe le fleuve et dessert le centre ville, la circulaire Ronda de Capuchinos ainsi que la route de Carmona donnent accès non seulement à la station ferroviaire de Santa Justa22, mais également à la zone commerciale de Nervión ainsi qu'au centre ville. Cela en fait donc un lieu de proximité à l'intérieur de Séville capitale.

De nombreux autobus circulent dans et autour du district de la Macarena. Les lignes radiales du Nord de la ville du numéro 10 à 16 relient cet espace périphérique au centre de la ville. De plus, les lignes transversales 1, 2 et 6 contournent le centre ville et donc rejoignent différents espaces périphériques de Séville. Enfin, les lignes circulaires C1, , C3 et C5 passent par la rue Resolana qui délimite le district au Sud de la Macarena, elles sont utilisées principalement pour les déplacements périphérie-centre ville.

22 Station ferroviaire la plus importante de Séville, elle permet de se rendre à Grenade, Cadiz ou encore Madrid.

Les lignes 1, 6, 10 passent autour du quartier El Cerezo et la ligne 14, quant à elle, passe à l'intérieur du quartier par la rue du doctor Jaime Marcos. Elles permettent au quartier d'être relié au centre ville et à certains espaces périphériques tel le district de Bellavista-la Palmera au sud de Séville ou encore celui de Triana à l'Ouest.

Pour les personnes enregistrées comme vivant à Séville et ayant de faibles ou aucun revenu, il existe une carte d'autobus adaptée Bonobus Solidario, attribuée sous certains critères comme par exemple, être en recherche d'emploi, percevoir moins de 720 euros mensuels, etc23. Cela permet à de nombreux immigrés en situation de précarité d'en bénéficier, ce qui leur facilite l'accès aux différents quartiers de la ville et les encourage dans leurs démarches administratives.

La ville a également mis en place un système de location de vélo qui résulte "d'une proposition des habitants de Séville (presupuestos participativos) validée dans les 25% du budget de la mairie orienté pour les projets émanant des idées et besoins des habitants" (Teresa, responsable de la délégation des relations institutionnelles). Le Sevici fonctionne de la même façon que les vélib' à Paris24. Pour bénéficier de cette offre de service Sevici, l'usager doit faire la demande d'une carte d'abonnement sur internet (compagnie JCDecaux en partenariat avec la mairie de Séville : www.sevici.es). Elle coûte 25 € pour une année. Pour l'obtenir, il faut vivre à Séville et pouvoir donner une caution de 150 € récupérable en fin de contrat. La carte permet d'emprunter un vélo à des bornes de libre service durant une courte durée et d'avoir la possibilité de le déposer à une autre des 250 bornes de la ville, ce qui facilite les déplacements courts. Deux de ces bornes se trouvant à El Cerezo cela permet par exemple, à certains étudiants du quartier, d'aller à leur université rapidement et aisément.

Tout cela permet une fois de plus de lutter contre la ségrégation, en rendant facile d'accès une zone géographique. Cela permet à de nombreuses personnes de s'y rendre, aussi bien pour des achats dans les commerces spécialisés que pour raisons personnelles (ex: rendre visite à un proche). De surcroît de nombreux bâtiments d'utilité publique sont concentrés dans le district de la Macarena ce qui donne de nouvelles raisons pour venir en ce lieu.

b/ Un espace perméable au sein du district de la Macarena

23 Voir les conditions sur le site internet de la compagnie d'autobus: http://www.tussam.es/index.php?id=160

24 La location de vélo se fait à partir de bornes grâce à une carte d'abonnement ou par carte bancaire. Cela permet le retrait de bicyclettes dans différents sites de la ville.

Le district n'est pas seulement un espace "contourné" puisqu'il est façonné d'avenues importantes, c'est de ce fait un lieu de passage et d'arrêts pour accéder à certains bâtiments publics.

- Un district traversé par des axes routiers importants

Ainsi, l'avenue Doctor Fedriani, qui passe à l'Ouest d'El Cerezo, connecte le Nord de la ville avec le centre historique au niveau de la porte de la Macarena où se trouve une église, dont il se dit que c'est la plus célèbre de la ville. Quant à la rue Leal Castaño, passant au Sud du quartier El Cerezo, elle va du Guadalquivir à l'Ouest du district jusqu'à l'axe de l'autoroute A.4 à l'Est-ce qui en fait également un axe de forte affluence routière.

Ces deux axes sont perpendiculaires à l'angle Sud Ouest du quartier El Cerezo d'où il est possible d'observer l'importance du trafic routier (TORRES, 2011). Ce sont également des voies d'accès qui permettent d'améliorer les connexions entre les quartiers du district et le reste de la ville, ce qui facilite les trajets professionnels des habitants.

Les axes précédemment cités sont également des points d'entrée vers les infrastructures principales du district tels l'hôpital universitaire Virgen Macarena, le Parlement d'Andalousie, l'école officielle de langues (avenue Doctor Fedriani), la faculté de médecine, celle dentaire et prochainement l'école d'infirmières. Tous ces bâtiments sont regroupés dans la moitié Ouest du district. Pour accéder à ces espaces, il faut parfois se stationner dans des quartiers environnants tel El Cerezo pour l'école officielle de langue ou encore l'hôpital. Ce sont des lieux qui encouragent aux déplacements de personnes extérieures, ce qui permet de revaloriser certains quartiers du district (logements, restauration, etc.). Ainsi, ces lieux permettent de lutter contre la ségrégation urbaine en augmentant la fréquentation de ces espaces.

- Projet d'ouverture des quartiers du district de la Macarena via le métro

Un des projets de la ville de Séville et de la Junta d'Andalousie par le biais de la délégation du ministère des travaux publics serait d'agrandir le réseau de métro.

En effet, il est actuellement composé d'une seule ligne, la numéro une, qui traverse la ville d'Ouest en Est, de la station Ciudad Expo à la station Olivar de Quinto. Elle a été mise en service en avril 2009.

La ville de Séville a pour intention d'agrandir le réseau de métro par la construction des lignes 2, 3 et 4. Ces projets ont été validés en même temps que celui de la ligne 1 en 2002 par la Communauté Autonome Andalouse. Construire une ligne représente des coûts considérables de l'ordre d'un milliard d'euros par ligne.25 C'est pourquoi, le projet de construction des trois autres lignes est toujours en cours d'élaboration avec comme priorité la construction de la ligne 3 car elle desservira l'axe Nord-Sud.

Les lignes 3 et 4 passent par le district de la Macrena et se rejoignent au niveau du carrefour où commence le quartier d'El Cerezo -délimité sur le plan ci-dessous en vert- entre l'avenue du Doctor Fedriani et la rue du Doctor Leal Castaño. Elles représentent une ouverture vers le reste de la ville et favorisent ainsi les déplacements des habitants du district.

Cartographie 6 : Plan prévisionnel des futurs lignes de métro dans le district de la Macarena

Source: Affiche de présentation du futur plan de métro dans le district de la Macarena. Junta d'Andalousie, délégation du ministère des travaux publics, photographie personnelle (c)Bouchet-Wacogne Matthieu.

Il serait intéressant de voir quel sera l'impact engendré par ces futurs réseaux de transports en commun aussi bien sur les trajets des habitants que sur les quartiers eux-mêmes. Cela devrait occasionner un nouvel attrait pour les logements dans cette zone, une

25 Budget et projets des lignes de métro sur le site internet: http://www.metrodesevilla.org/

augmentation dans les coûts des loyers ainsi qu'un éventuel renforcement de la position de "cité dortoir" de ce district.

Bien qu'il soit difficile de se projeter dans l'avenir, la création de ces lignes de métro renforcera certainement la fréquentation de ces quartiers et joueront ainsi un rôle de désenclavement, de lutte contre la ségrégation en renforçant les connexions entre les différentes zones de la ville.

2/ Des changements urbains visibles

Depuis les années 2000, période d'arrivée de nombreux immigrés dans le district de la Macarena et particulièrement dans le quartier El Cerezo, des transformations urbaines visibles ont eu lieu. A titre d'exemple, en 2008, dans le quartier El Cerezo, l'ancien stade de football qui était en face de l'école de langues, avenue Doctor Fedriani, est devenu un parc pour enfants. En effet "il y a trois ans c'était un stade de foot mais les voisins se plaignaient du bruit" (Gabi, équatorien, volontaire Acoge). L'ancien stade, à en écouter les habitants, servait de lieu de regroupement à des jeunes qui y consommaient de l'alcool et dérangeaient le voisinage, maintenant ils iraient dans des quartiers plus au Nord du district tel San Jeronimo. Ceci est l'un des changements urbains qu'on peut observer dans ce quartier, nous allons en évoquer d'autres ayant également des répercussions dans les espaces publics.

a/ L'évolution des espaces publics en espaces « fermés »

Au début des années 2000, différents plans de réaménagement des espaces publics ont eu lieu dans différents quartiers de la Macarena comme celui d'El Cerezo.

Les bancs publics ont été retirés dans de nombreux quartiers de la Macarena sous prétexte d'« éviter que les alcooliques et toxicomanes qui se faisaient soigner à l'hôpital de la Macarena viennent dès leur sortie s'y asseoir" (Aziz, marocain, médiateur ACCEM). Actuellement, il n'est possible de s'asseoir que dans deux des trois parcs pour enfants d'El Cerezo. Par ailleurs, dans les espaces dits "ouverts" du quartier il n'y a pas de banc. En effet, les seuls endroits pour s'asseoir restent les chaises en terrasses des bars et restaurants, qui sont des zones en principe réservées aux consommateurs.

Nous pouvons y voir, de ce fait, une forme de lutte contre les rassemblements dans l'espace public (ex: botellon26) ce qui peut engendrer un manque à gagner de même qu'une déconcentration urbaine vers de nouveaux espaces comme c'est le cas en direction des quartiers du district Macarena Norte.

En ce qui concerne les grillages qui encerclent les places publiques, ils auraient été mis en place pour que "les jeunes de ces quartiers ne dégradent pas ces espaces, on peut parler de ségrégation générationnelle mais pas ethnique". Ces deux mesures "résultent d'un certain refus de l'autre" dans des justifications "détournées" de la réalité (Aziz). Le montage photos ci-dessous illustre ce constat dans les trois espaces de jeux pour enfants du quartier. Ces structures sont généralement très utilisées, en partie grâce au climat ensoleillé du sud de l'Espagne. Par conséquent, il apparaît normal de mettre un système de protection pour éviter que les enfants sortent seuls du parc et ne risquent ainsi un accident. Mais ce qui est étonnant, c'est la hauteur de ces barrières d'environ deux mètres, au lieu d'un mètre habituellement, qui bloquent l'accès à toutes personnes. Elles sont donc un moyen de contrôle ne permettant le passage des usagers que par les portes d'entrées et de sorties.

Les photos qui sont en haut à gauche et en haut à droite montrent les aménagements qui ont été faits pour limiter l'accès à certains espaces. Le grillage de forme rectangulaire le long du trottoir de l'avenue du Doctor Fedriani empêche les personnes de traverser la rue à n'importe quel niveau et ne permet pas de s'asseoir le long du mur. Le grillage installé en bas des escaliers qui donnent accès à la place de Punta Umbria, quant à lui, limite les possibilités de regroupement à cet endroit. Le peu d'espaces disponibles qui n'aient pas la fonction de "trottoirs"(lieux de passage) dans El Cerezo sont délimités par des obstacles, laissant peu de possibilité pour se réunir. "Mettre des barrières ressemble à une prison, c'est plus triste, c'est un espace public mais au final non." (Rober, bolivien). Cette réaction témoigne du ressenti que peuvent avoir certains habitants de ces quartiers. Les espaces publics leur semblent « verrouillés », ce qui montre l'aspect négatif des barrières.

26 Botellons : rassemblements de personnes pour consommer des boissons alcoolisées dans des espaces publics.

Planche photo 1: El Cerezo, un espace aux nombreuses barrières

Source: photographies personnelles, montage effectué sous Picasa, 2011. (c) Bouchet-Wacogne Matthieu

"Ainsi, l'espace public a perdu sa qualité de socialisation, il a vieilli et il est l'objet d'une plus grande vigilance policière : le retrait des bancs, la délimitation de certains espaces publics et la gestion de certains par les associations de voisins majoritairement autochtones" ont transféré "les problèmes d'usage de l'espace public dans d'autres zones qui se doivent d'absorber ce que le district de la Macarena ne peut plus offrir" (SALINAS, 2008, p.7). Par conséquent, ces espaces publics deviennent des espaces fermés voire "surveillés" créant ainsi un manque de zone "libre" où il serait possible de se réunir dans le respect de chacun. De plus, les problèmes qui étaient présents dans ce district avant ces aménagements se retrouvent dans le district Macarena Norte ce qui n'a fait que les déplacer au lieu de les résoudre.

b/ El Cerezo : centre commercial de la Macarena

El Cerezo est le quartier de la Macarena qui enregistre le plus grand nombre de commerces en terme de densité urbaine. C'est un lieu de concentration commerciale.

Par ailleurs, malgré la petite taille du quartier, El Cerezo est un quartier où se trouvent « 143 locaux commerciaux pour 1185 logements » (TORRES, 2011, p.125), ce qui en fait un espace commercial non négligeable pour le district dans lequel il s'inscrit.

La carte ci-dessous, issue de la recherche de Francisco Torres (2011) nous montre la répartition des commerces dans le district de la Macarena. Le quartier d'El Cerezo, délimité en rouge, apparaît comme l'espace de regroupement de la majorité des commerces du district. Les triangles en jaune représentent les commerces ethniques (tenus par et principalement à destination des immigrés) et les ronds noirs les commerces espagnols. Ainsi, cette carte légitime l'aspect multiculturel du district.

Cartographie 7: Répartition des commerces dans la zone centrale du district de la Macarena en 2008

Source: El Distrito Macarena de Sevilla, Migraciones recientes y transformaciones urbanas sociales , Torres, 2011 p.123

Au total il y a seize bars, quatre coiffeurs, quatre boucheries Halal, une crèche, un bureau de tabac, un supermarché (Dia), trois bazars, des boutiques d'appels et d'envois d'argent à l'étranger etc. Dans ces commerces, travaillent environ 1000 personnes.

Par ailleurs, avec ces 160 commerces, il est dit de cet espace que "c'est le centre commercial de la Macarena" (Andres, président de l'association des voisins d'El Cerezo). Il y a encore peu, 200 commerces étaient en activité, certains ont dû fermer suite à des contrôles de licences de la part des forces de l'ordre motivées par l'association de voisins du quartier indignée des horaires d'ouverture tardives de certaines boutiques et de la multiplication des services dans un même lieu, augmentant la concurrence entre vendeurs. Au sujet des

commerçants, certains vivent dans le quartier mais la majorité vit en dehors ce qui les confronte aux problèmes de stationnement du quartier, point que nous aborderons ultérieurement.

c/ les commerces ethniques : illustration d'un espace mondialisé

Dans le district de la Macarena, "le phénomène d'augmentation de la population étrangère s'est produit avec une grande rapidité, de la même manière que les transformations qu'elle a induit." (SALINAS, 2008, p.7). Cela concerne particulièrement le quartier d'El Cerezo où la diversité culturelle se révèle grâce aux enseignes commerciales et la diversité des commerces ethniques.

Ce quartier commercial multiethnique comprend aussi bien des commerces qui répondent aux besoins spécifiques des Espagnols qu'à ceux des clients d'origine d'Amérique latine, d'Afrique, etc. (ex: les boucheries Halal, la boulangerie équatorienne, etc.). Les commerces ethniques sont des solutions professionnelles non négligeables pour les immigrés puisqu'ils créent des emplois répondant aux demandes des populations. Malgré cela, ouvrir un commerce n'est pas chose facile, "la moindre activité qu'on met sur pied en deux ou trois semaines, la police y met fin avec n'importe quel alibi" (Alain, Camerounais). Les commerçants sont soumis à des vérifications de licences. Nonobstant ceci, nous pouvons observer dans le quartier de nombreux commerces ethniques.

Planche photo 2: Illustration de la multiculturalité du quartier: les enseignes commerciales internationales

Source: photographies personnelles, montage effectué sous Picasa, 2011. (c) Bouchet-Wacogne Matthieu

Les boutiques d'envois d'argent vers l'étranger et celles d'appels, très présentes dans ce quartier (parfois les deux se retrouvent sous la même enseigne) répondent principalement aux besoins des populations immigrées. Elles permettent de garder un contact entre le lieu de vie des usagers et leurs pays d'origine.

Planche photo 3: Illustration de l'importance des lieux de connections entre Séville et le pays d'origine

Source: photographies personnelles, montage effectué sous Picasa, 2011 (c) Bouchet-Wacogne Matthieu

De ce fait, il semble que tout ces commerces permettent un "mieux vivre" de la population immigrée, "c'est facile de trouver des magasins adaptés à nos besoins, c'est le quartier le plus compatible pour nous" (Zico, marocain). Cela donne au quartier un aspect de "forteresse de l'immigration": Alain (camerounais), témoigne: "comme conseil je dirais à n'importe quel immigré que c'est le lieu où il peut trouver refuge". Nous reverrons dans le troisième chapitre les descriptions faites du quartier en fonction des perceptions des habitants. C'est pourquoi, suite au nombre et à la diversité de ces commerces, cet espace serait le plus apte à répondre aux besoins des immigrés en ce qui concerne la nourriture et les services que proposent les différentes enseignes (coiffeur, téléphone, envoi d'argent, etc.).

Les deux montages photos ci-dessus montrent des enseignes commerciales qui sont autant de marqueurs multiculturels que de symboles de la diversité des nationalités qui composent le quartier. Ils nous montrent ainsi comment les différentes communautés

ethniques se sont appropriées cet espace mondialisé où il est possible de trouver des produits provenant des quatre coins du monde.

Ces commerces représentent également « une possibilité de rencontre entre les habitants de différentes origines et entre les commerçants et les clients» (TORRES, 2011, p.129). Malgré cela, dans la recherche menée, entre autre, par Francisco Torres (2011), les auteurs mettent en avant le manque de connexions entre commerçants car ils n'ont pas d'association propre à leur activité dans cette zone et la seule entité disponible reste l'association de voisins du quartier.

Par conséquent, les enseignes commerciales nous indiquent la diversité ethnique et son importance à l'intérieur d'El Cerezo. Bien qu'ayant une forte influence dans le quartier, les immigrés sont toujours stigmatisés ce qui laisse une "barrière" entre eux et les autochtones. A cela, s'ajoute le peu d'espace public non délimité par des obstacles qui créé un manque pour les habitants désireux de se regrouper entre eux. Pour y pallier certaines personnes, comme des groupes de Camerounais, se retrouvent place Punta Umbria.

3/ La place de Punta Umbria: illustration des transformations urbaines et sociales

La Place de Punta Umbría est certainement le lieu le plus symbolique du quartier aussi bien pour l'aspect multiculturel, conflictuel ainsi que pour celui des transformations urbaines.

Cet endroit est très présent dans la presse car, entre autres, nous y retrouvons l'association des voisins, le local des associations Acoge et Cepaim et un des parcs pour enfants qu'utilise la crèche, située également sur cette place. (TORRES, 2011). Bien que se trouvant au Sud du quartier, elle est la place centrale du quartier. Il y a, à titre d'exemples, des commerces de produits d'Amérique Latine (Mundo latino, etc.), d'autres d'Afrique subsaharienne (Faith Afro Line, Afro American cosméticos, etc), des centres d'appels (locutorio latino, etc.), une droguerie espagnole, un supermarché "Dia" ainsi que la garderie. Tous ces lieux cités sont des pôles d'attraction puisqu'ils attirent aussi bien les habitants du quartier que ceux des quartiers voisins pour effectuer des achats ou se rendre dans les locaux d'utilité publique que sont les associations et la garderie.

a/ Espace aux multiples changements

Deux églises évangélistes place Punta Umbria et rue playa de Mazagon au Sud-Ouest du quartier recevaient des populations principalement d'origine africaine pour célébrer le dimanche, une messe dans des rythmes musicaux (utilisation de percussions, etc.). En lien avec l'augmentation de l'immigration à Séville, ces messes eurent de plus en plus de succès. Mais, suite à des plaintes de la part du voisinage et du fait de l'étroitesse de ces lieux au vu du nombre grandissant de fidèles, elles ont été transférées en 2008, d'après Ousseynou (coordinateur Acoge) dans le quartier San Jeronimo plus au Nord du district de la Macarena.

Une épicerie espagnole, implantée depuis environ trente ans sur la place, vendait il y a encore dix ans, des produits espagnols. Suite à l'arrivée massive d'immigrés depuis les années 2000, majoritairement en provenance d'Amérique du Sud, le propriétaire du magasin à décidé de modifier son commerce et d'y vendre des produits d'origine d'Amérique du Sud et ainsi de faire venir une nouvelle clientèle. Le magasin se nomme actuellement "Mundo Latino". "Au cours des années, on a adapté notre marchandise à la population du quartier" (Monsieur X, espagnol, commercial).

En ce qui concerne le commerce "Afro American Cosmetic", à son ouverture ce n'était qu'un simple salon de coiffure tenu par des personnes d'origine nigériane. "On n'est pas énormément ici mais quand j'ai vu que les nigérians allaient à Madrid acheter des produits de notre pays je me suis dis que j'allais monter mon magasin" (Doris, nigériane, reportage de Canal Sur, 2010). Au vu de ces besoins, ce salon s'est transformé en vrai commerce qui assure actuellement les fonctions de centre d'appel téléphonique et d'envoi d'argent s'ajoutant aux activités précédemment citées.

b/ Le parc pour enfants : espace central de la place

Le parc pour enfants, situé au centre de la place fût durant quelques mois en 2009, fermé le midi, en plus de l'être la nuit (principalement pour restreindre les bottelons). En effet, ce lieu qui est clôturé par des barrières, était utilisé comme point de rendez-vous pour déjeuner de même que comme zone de rencontre la nuit. Sa fermeture provisoire le midi provient d'une demande de l'association de voisinage pour limiter à nouveau les dégradations. Cela n'a pas duré car en étant fermé régulièrement à l'heure du déjeuner, les travailleurs de l'entreprise publique de la mairie Lipasam, s'occupant de l'entretien des espaces publics, ne

pouvaient plus y accéder et donc ce lieu devenait sale. La saleté devenant une nouvelle source de problème, il a ainsi fallu rouvrir ce parc en journée.

De plus, depuis un an, il est "réservé" de 10h à 12h pour les enfants de la crèche situé en face de l'entrée de ce lieu, cela leur permet l'accès à l'extérieur dans une zone délimitée et donc plus facile à surveiller. Pour que cet espace convienne à des enfants en bas âges, il est nécessaire qu'il reste propre et en bon état pour éviter toute forme de danger lié à du matériel défectueux comme le bois utilisé pour les structures de jeux ou encore le fer des barrières.

Les contraintes de ce temps de récréation utilisé par la crèche et les fermetures la nuit rendent ce parc de moins en moins disponible pour les habitants du quartier, leur limitant ainsi l'accès aux rares bancs publics se trouvant dans El Cerezo.

c/ Du partage à la répression

La place Punta Umbria est un lieu de rencontre où se retrouvent principalement certains immigrés d'origine camerounaise mais également les amateurs de football. En effet, un bar de supporters de l'équipe de football de Séville où sont diffusés de nombreux matchs se trouve sur cette place, c'est une Peña Sevillista. "Deux fois par mois on se regroupe entre immigrés africains pour parler de nos problèmes plaza Punta Umbria. On y vient également tout les samedis après nos matchs de foot. " (Alain, camerounais). Cela montre le soutien qui peut exister entre immigrés de même origine géographique (ici, d'Afrique subsaharienne). Ces rencontres permettent de résoudre des problèmes à plusieurs, d'échanger des offres d'emploi, etc. Nous pouvons qualifier ce phénomène de ségrégation positive puisque le but de ces moments est de s'entraider pour ainsi améliorer ses conditions de vie ou celles des autres.

C'est également dans cet espace que se situent les locaux de l'association des voisins et celle des fondations Acoge et Cepaim.

Les conflits qui ont lieu sur la place Punta Umbria sont actuellement moindre comme il est possible de le remarquer chaque jour en ce lieu. En effet, au vu de l'augmentation de la présence policière dans le quartier qui « limite l'utilisation de cet espace public » (TORRES, 2011, p.128), les tensions sociales ont diminuées. " Il y avait des conflits par rapport au bruit, avant les jeunes qui buvaient squattaient la place Punta Umbria. Maintenant avec l'aménagement des barrières, c'est plus tranquille. La police passe plus souvent, ils contrôlent les papiers. Les jeunes ont changés de lieu, ils vont dans d'autres quartiers". (Betty, équatorienne).

Par ailleurs, d'après un article du journal "el diario" de 2005 ayant pour titre "El Cerezo se vuelve global" (EURABIA, 2005), les plaintes concernaient principalement la forte émission de musique en provenance de divers appartements. De plus, l'utilisation de la place Punta Umbria comme lieu de botellon donnait place à des disputes ainsi qu'à la dégradation de cet espace public.

Des mesures ont alors été prises il y a quelques années pour mettre fin aux conflits liés au bruit et à la concentration d'étrangers sur cette place. Ce sont principalement l'association de voisins du quartier en lien avec la délégation de l'environnement de la mairie et les forces de l'ordre qui sont intervenues. Les mesures concernaient notamment la restriction des heures d'ouverture au public du parc pour enfants situé au centre de la place. De plus, des contrôles de licences ont été effectués dans certains commerces pour vérifier qu'ils étaient en règle selon ce qu'ils vendaient. A cela s'ajoute une forte répression policière faisant régulièrement des rondes dans le quartier et vérifiant les papiers d'identité des étrangers. Ces interventions nous indiquent l'existence de conflits liés à la multiculturalité mais également des problèmes de discrimination que subissent certains immigrés.

En outre, ces mesures montrent que les habitants du quartier observent ce qui se passe dans leur espace de vie quotidienne et que certains n'hésitent pas à dénoncer des situations illégales, comme le propriétaire de la droguerie de la place Punta Umbria qui a été suspecté d'héberger des immigrés clandestins d'Afrique subsaharienne. Après des plaintes provenant de voisins du quartier, "une vérification a été faite mais n'a rien révélé". (TORRES, 2011, p129). Tout ceci est lié aux conflits entre habitants dont est victime ce quartier. Nous reviendrons sur certaines querelles dans la seconde partie du chapitre suivant.

Nous pouvons en conclure qu'il est important de connaître ses voisins pour éviter ainsi de les suspecter pour d'innombrables raisons et souvent sans preuves. Les associations humanitaires ont un rôle important à jouer pour limiter les accusations entre habitants et surtout, faire en sorte que ne s'installe pas un climat de méfiance dans les quartiers multiculturels. Pour cela, les projets et actions des associations qui portent sur la cohabitation multiethnique sont essentielles pour limiter les conflits et lutter contre les stéréotypes. Les spécificités de la place Punta Umbria et les changements qu'elle a subis nous permettent d'annoncer la suite de notre recherche qui concerne les représentations qu'ont les habitants de leur quartier, les conflits présents dans cet espace et la préoccupation envers les jeunes dans les inquiétudes liées au "vivre ensemble". Pour cela nous allons analyser les discours des habitants et mettre en relation avec les faits.

Chapitre III : Représentations et pratiques liées à

l'immigration dans le quartier d'El Cerezo

En connaissance du poids de l'immigration dans le quartier El Cerezo et des acteurs locaux qui interviennent sur le plan de la multiculturalité dans cette zone, nous allons pouvoir nous intéresser aux pratiques des habitants dans leur quartier ainsi qu'à leur représentations. Ceci devrait nous permettre de savoir si les immigrés sont victimes ou non de mise à l'écart et dans quelle mesure. Il sera donc possible de déterminer s'il s'agit d'une vraie multiculturalité ou de ségrégation sans interaction entre communauté ethnique. De plus nous devrions être amené à savoir si les conflits s'estompent ou non avec la connaissance de "l'autre".

A/ Effets de la multiculturalité pour El Cerezo

La majorité des magasins du quartier sont fermés l'après midi entre 14h30 et 17-18h comme le veut la coutume espagnole à l'heure de la sieste. Durant ce laps de temps, les rues du quartier sont "désertes" tout comme le sont les rues commerçantes du centre ville. C'est le moment où ceux qui ne font pas la sieste ont davantage de temps pour discuter, ce fût donc un temps adapté pour effectuer quelques entrevues ainsi que pour proposer aux habitants et employés des quelques commerces restés ouverts, de remplir un questionnaire.

1/ Le point de vue des habitants dans leur choix et leur représentation du quartier El Cerezo

Choisir un espace de vie se fait en fonction de critères variés (économiques, familiaux, etc.). Ensuite, connaître son quartier et le décrire, dépend de l'utilisation que chaque individu en fait. "Une formulation unanime de l'habiter n'existe pas pour les différentes disciplines qui abordent la notion : philosophie, géographie, sociologie, anthropologie, psychosociologie, psychologie environnementale, architecture. Chacun en fait usage à son gré, l'entendant selon ses méthodes et ses objets" (HEROUARD, 2007, p.159). Ainsi, l'espace de vie des habitants d'un quartier va se construire en lien avec leur manière de l'habiter, c'est-à-dire la façon dont ils vont utiliser cet endroit, les interactions qu'ils auront ou encore les déplacements qu'ils réaliseront dans cette zone. Tout cela va permettre de se forger une opinion personnelle d'El Cerezo et de leur propre espace de vie.

a/ Les raisons de la venue des habitants dans le quartier

Venir vivre dans un quartier n'est pas neutre, les raisons sont variées. L'une d'elles serait le profil économique de ces espaces, quartiers anciennement ouvriers de classe moyenne. De plus, "beaucoup d'anciens résidents ont opté pour un meilleur logement mettant leur ancienne résidence en location" (HUETE, 2011, p.22) ce qui a libéré des logements les rendant ainsi disponibles. Depuis plusieurs années, dans divers quartiers du district de la Macarena, "les propriétaires essayent de louer ces logements à des étudiants, situation qui ne les oblige pas à réaliser des rénovations trop importantes(...) au détriment de la qualité de ces immeubles". La dégradation des logements aurait généré une baisse "de l'offre résidentielle étudiante (...) en favorisant l'ouverture de ce marché pour un autre secteur demandeur : les immigrés"(HUETE, 2011, p.23). Les étudiants recherchent des appartements convenables, c'est-à-dire conforment à leurs attentes en matière d'hygiène et de propreté. Les propriétaires refusant de faire des travaux de rénovation dans des habitations où cela semble nécessaire, ils doivent à présent trouver des locataires moins exigeants comme peuvent l'être certains immigrés.

Lors d'un diagnostic sur la population immigrée résidant à Séville (HUETE, 2008), un questionnaire a été complété par des habitants immigrés de certains quartiers dont celui d'El Cerezo. Les résultats ont révélé que les principaux motifs de la venue des immigrés en Espagne et à Séville plus particulièrement, sont d'ordre économique et socioculturel (retrouver leurs famille ou amis) : 61% de ces immigrés se sont installés dans tel ou tel quartier par rapport au coût immobilier « accessible » et 73% d'entre eux expriment que leur choix a été motivé par la présence d'un proche dans ce quartier. "Pour établir domicile en un lieu, les citoyens prennent en compte le réseau d'appui sur lequel ils vont pouvoir compter, qui dans le cas des personnes immigrées pourrait être des personnes du même pays d'origine" (HUETE, 2011, p.20).

Les résultats obtenus suite au questionnaire que nous avons réalisé en mars 2011 auprès de personnes du quartier El Cerezo27 sont similaires. Les réponses des autochtones interrogés correspondent principalement à des choix professionnels, familiaux et économiques (prix des logements et des loyers). Par ailleurs, en ce qui concerne les immigrés, leurs raisons sont analogues, bien que le nombre de commerces ethniques ainsi que le phénomène de

27 Question 11 du questionnaire disponible en annexe p. 114 : Pour quelles raisons avez-vous décidé de

vivre dans ce quartier?

mutation urbaine lié au développement économique28 soient également à prendre en considération. "La communauté étrangère montre, par l'importance de sa présence dans cette zone, la nécessité de maintenir un contact avec d'autres membres de son groupe ethnique. Cette situation permet l'accès à l'information, le partage de ressources et la possibilité ou la facilité de trouver un emploi." (HUETE, 2011, p.23) Nous pouvons alors parler d'agrégation qui comme nous l'avons vu dans le chapitre I, peut s'avérer être un élément positif dans l'intégration de population dans un nouvel espace urbain.

Par ailleurs, l'enquête de la chercheuse, Maria-Angeles Huete, met également en évidence le fait que les immigrés perçoivent l'Espagne comme une société d'accueil. Malgré cela, ils disent se sentir discriminés lorsqu'il s'agit d'obtenir un logement ou de trouver un emploi. Ces résultats correspondent aux réponses obtenues lors de notre enquête. De plus, la présence de nombreux commerces spécialisés dans le quartier El Cerezo mais également dans le district de la Macarena est également un argument pour venir vivre dans cette zone, bien qu'il soit d'ordre secondaire. "J'aime le fait de vivre ici car je peux manger de la nourriture de différents pays" (Angelines, espagnole). "Si je n'ai pas le temps de manger je peux m'acheter un kebab, en centre ville il y en a quasiment pas" (Zico, marocain). L'accès à certains types de nourriture constitue ainsi un avantage pour les habitants leur permettant en partis de s'approprier le quartier.

b/ Le quartier : un espace d'appropriation

Toute personne possède son propre espace de vie qu'elle se constitue en fonction de ses pratiques sociales. La territorialité, "est ce qui relie des lieux éventuellement éloignés les uns des autres et parfois de soi, pour former nos parcours individuels et collectifs (...) en nouant des liens avec les lieux, quelqu'en soient d'ailleurs les modalités" (ROZENHOLC, 2005, p.32). Habiter un lieu et effectuer des déplacements est une forme de fabrication de son propre territoire. Les liens créés dans son quartier vont permettre une identification au lieu.

D'après le géographe Armand Frémont, cette identification au lieu ferait partie de "l'espace vécu" qui serait la zone que s'approprie chaque habitant, influencé par la société dans laquelle il se trouve. Ce serait donc l'espace dans lequel se déplace, vit et se reconnait chaque individu, cela peut être un appartement, des rues, une place, un parc ou encore le lieu de travail. Il est donc subjectif puisqu'il découle des représentations de tout individu dans un

28 Cf: chapitre I, partie A/ 3/ b/

"espace perçu" qui dépend de la manière personnelle de chacun de voir et vivre dans un espace. Sa terminologie "rompt avec la primauté spatiale accordée par la géographie vidalienne. Elle insiste sur les rapports 'intimes' que les hommes tissent avec leur espace de vie" (HEROUARD, 2007, p.161). La notion d'espace vécu s'intéresse à l'homme, à ses pratiques, à ses perceptions et non plus seulement à la description de son espace de vie. "L'homme n'est pas un objet neutre (...). Il perçoit inégalement l'espace qui l'entoure, il porte des jugements sur les lieux, il est retenu ou attiré, consciemment ou inconsciemment" (FREMONT, 1976). Dans son ouvrage29, il parle de l'espace vécu en prenant comme espace la région : "la région, si elle existe, est un espace vécu. Vue, perçue, ressentie, aimée ou rejetée, modelée par les hommes et projetant sur eux les images qui les modèlent". Dans notre recherche, et en reprenant ses propos, nous pouvons dire la même chose d'un quartier, et c'est entre autre, avec l'expérience des habitants que nous pouvons décrypter comment cet espace existe au sein de la ville. "L'espace vécu, dans toute son épaisseur et sa complexité, apparaît ainsi comme le révélateur des réalités" (FREMONT, 1976). Dans l'espace vécu, se "réalise une maximisation des interactions sociales et qui est un espace défini «du dedans» par ses

habitants" (LELIEVRE, 2005, p.1). Il peut se refléter dans des dessins suite à une enquête le sujet doit dessiner par exemple, son quartier et à partir duquel il est possible de connaître

"l'espace vécu" de l'enquêté à une échelle restreinte. Il est donc important de situer l'enquêté en fonction de son "espace actuel (...) défini par le lieu de résidence, d'activité actuelle, de résidence actuelle de ses parents, de ses enfants, de ses frères et soeurs et des parents de son conjoint, ses résidences secondaires actuelles, ainsi que les autres lieux cités qu'il/elle fréquente au moment de l'enquête. Le lieu de résidence de l'individu est alors un point central de cet espace de vie, le lieu de départ et de retour de la majorité de ses déplacements" (LELIEVRE, 2005, p.9) qui serait d'après Poulain (cité dans LELIEVRE, 2005, p.9) "le centre de gravité de l'espace de vie de l'individu".

Ainsi le lieu de vie au sein d'un quartier prend toute son importance. En effet, c'est dans cet espace que se passent de nombreuses interactions entre habitants. L'échelle du quartier peut faciliter la compréhension des changements urbains mais peut aussi aider à connaître le rôle des acteurs ou encore à saisir les perceptions des habitants.

De plus, pour reprendre les termes de la chercheuse Caroline Rozenholc dans sa thèse sur le quartier de Florentin situé à Tel Aviv en Israël : "c'est ce mélange d'individus différents,

29 Une partie de son ouvrage La région, espace vécu, de 1976 est repris dans un article de l'encyclopédie

électronique: Hypergeo (voir bibliographie).

de modes de vie et de pratiques spatiales, qui fait l'irréductibilité de ce lieu à d'autres lieux.(...) L'atmosphère du lieu peut constituer ce qui en fait son authenticité, à travers une perception habitante" (p.33). Les habitants participent ainsi à "l'atmosphère" et l'ambiance d'un quartier.

c/ Les perceptions d'El Cerezo selon les habitants du quartier

A présent, nous allons nous intéresser aux perceptions qu'ont les habitants d'El Cerezo de leur quartier. En partant du fait que « l'urbanité est indissociable d'un devoir d'exposition qui exige des compétences sociales relatives à la présentation de soi en public et à la considération de l'autre en tant que personne humaine » (STEBE, 2010, p.109). Toute présence dans l'espace public donne lieu à des jugements, des représentations, parfois même à des interprétations pouvant mener aux stéréotypes.

Suite aux réponses au questionnaire30, certaines différences des descriptions faites d'El Cerezo apparaissent en fonction de l'origine des habitants du quartier. Bien qu'il soit impossible de faire des généralités au vu du nombre restreint de questionnaires réalisés auprès de la population (35), il apparaît que les Espagnols utilisent un vocabulaire majoritairement négatif : dangereux, mal, délinquance, sale, épineux, chômage, anciennement bien, conflictuel, éteint, etc. Bien que nombre d'entre eux ne manquent pas d'ajouter des adjectifs positifs parfois en opposition avec les premiers tels que : propre, familiale, joyeux, bien, beau, bien desservis, etc. Ce paradoxe est lié à différents éléments. Tout d'abord, ce quartier a gardé un caractère familiale où des habitudes perdurent entre les autochtones qui ont grandi ici, ensuite les changements de population ont déclenchés de nombreux stéréotypes que nous verrons plus loin (partie B/2/). C'est pourquoi, « la crainte de se retrouver en minorité face à un groupe étranger ou de ne pas se reconnaître dans ceux avec qui on cohabite, dans un même immeuble voire dans le même couloir, affecte de manière concrète et génère des tensions dans les relations sociales et dans les contacts au quotidien » (ESEVERRI MAYER, 2010, p.490). Cela peut se retrouver dans le vocabulaire utilisé.

Concernant les Latino-américains, ils utilisent des qualificatifs disparates : bruyant, désordonné, bien, sale, concurrence, interculturel, méfiance, problématique, racisme de la part des personnes âgées, tranquille, actif, bruyant, intéressant, tranquille, industriel. En conséquent, nous ne pouvons pas en tirer de conclusion exhaustive. Bien que cela indique un intérêt particulier pour ce quartier, ces personnes semblent attentives aussi bien aux aspects

30 Cf: Le questionnaire est disponible en annexe, p.114

positifs que négatifs. Cela peut montrer une volonté d'améliorer les conditions de vie dans cet espace en améliorant le "vivre ensemble".

Quant aux habitants d'origine Sub-saharienne interrogés, ils décrivent le quartier de manière enthousiaste : parfait, bonne ambiance, calme, multiculturel, harmonieux, bien, etc. tandis que les Maghrébins sont plus sceptiques : stressant, pauvre, quartier d'immigrés, populaire, conflictuel, instable. Les descriptions faites sont à mettre en relation avec la culture de chaque personnes interrogées, à l'année d'arrivée dans ce quartier mais également du fait qu'elles ont été questionnées dans le but d'aider un étudiant Français à réaliser sa recherche. Cela peut remettre en cause l'objectivité des réponses puisqu'elles ont pu être influencées par les différents éléments que nous venons de citer.

Néanmoins, l'utilisation de certains mots tels que : délinquance, bruyant, conflictuel ou encore racisme, nous permet de mettre en évidence qu'il existe des conflits entre les habitants du quartier. Ces termes agissent comme les révélateurs d'une certaine ambiance. "Dire qu'il n'y a pas de problème c'est nier l'évidence" (Andres, espagnol), "maintenant je suis devenu raciste" (Christina, espagnole), "les personnes âgées sont plus fermées à l'immigration surtout avec la race nègre" (Alain, camerounais). « La peur que suscite la différence ethnique, et surtout la méconnaissance de celle ci, est la véritable nouveauté (...) ce qui veut dire qu'aujourd'hui, au malaise que produisent les différents modes de vie, les us et coutumes, s'ajoutent la peur et la méfiance » (ESEVERRI MAYER, 2010, p.490).

Toutefois, nous ne pouvons pas désavouer l'aspect convivial d'El Cerezo dans les descriptions faites : actif, intéressant, harmonieux, etc. " C'est calme, on peut goûter et connaître de nouvelles choses" (Angelines, espagnole), "je n'ai pas de problème dans le quartier. Ici les espagnols se sont habitués aux immigrés même si certains sont un peu racistes" (Carlos, vénézuélien), "il y a une bonne ambiance" (Betty , équatorienne). Nous retrouvons donc des opinions qui divergent dans la qualification de cet espace urbain. Cela dépend du vécu et ressenti de chacun. L'expérience de vie des habitants dans le quartier d'El Cerezo est à mettre en relation avec les géosymboles31 qui donnent à chaque individu une dimension personnelle d'un espace en perpétuel mouvement. Les géosymboles peuvent permettre de s'identifier à un espace ainsi que de se l'approprier par des lieux de culte, des épiceries, des restaurants ou encore des tags.

31 "Un géosymbole peut se définir comme un lieu, un itinéraire, une étendue qui, pour des raisons religieuses, politiques ou culturelles prend aux yeux de certains peuples et groupes ethniques, une dimension symbolique qui les conforte dans leur identité" extrait du résumé de l'ouvrage Voyage autour du territoire de Bonnemaison, 1981.

C'est pourquoi, suite aux changements urbains du quartier, les lieux d'identification ont changé tels les commerces ou encore les lieux de regroupements, c'est en cela que les descriptions peuvent diverger. De plus, en fonction du ressenti des habitants, s'ils se sentent intégrer ou non et s'ils portent de l'intérêt pour d'autres cultures, leurs représentations peuvent changer et évoluer. Pour cela la médiation interculturelle menée par les associations citées auparavant est essentielle. Malgré tout, un communautarisme subsiste, c'est ce que nous allons voir maintenant.

2/ Ségrégation spatiale : entre espaces partagés et espaces « réservés »

A l'intérieur du quartier, les habitants cohabitent, c'est-à-dire qu'ils partagent le même espace public pour se rendre dans leur logement qui serait, quant à lui, l'espace privé. Cela peut engendrer des affinités entre voisins mais également des tensions.

a/ Le "vivre ensemble" dans le discours des habitants

"Le «vivre ensemble» n'a pas une définition figée et unidirectionnelle. Il s'enrichit de la diversité, ce qui l'élève au rang de valeur universelle".32

Dans le quartier d'El Cerezo les avis et les perceptions sur le "vivre ensemble" divergent, certains sont satisfaits de l'aspect multiculturel du quartier, d'autres en parlent comme d'un problème.

"J'ai été habitué dans mon pays à vivre avec d'autres nationalités, ça me plaît, ça permet d'avoir l'esprit plus ouvert. J'ai eu aucun problème d'intégration à Séville mais ici l'ambiance n'est pas très familiale avec les espagnols"(Alain, camerounais). L'avis qu'il émet quant à une entente difficile entre autochtones et immigrés est renforcé par celui de Carlos (vénézuélien) "les équatoriens et les noirs sont ceux qui souffrent le plus du racisme des espagnols".

Par ailleurs, pour certains espagnols interrogés les immigrés intégrés sont ceux qui se sont
assimilés33 : "La cohabitation, si les gens savent bien se comporter avec nous ça me va. Il y a

32 Citation extraite de la lettre de la campagne nationale d'éducation au développement et à la solidarité internationale mis enplace par le ministère de l'éducation française et ayant pour titre "Demain Le Monde...Les migrations pour vivre ensemble", PDF : http://migration.demain-le-monde.org/rubrique115.html

33 L'assimilation est le fait de devenir ou rendre semblable. C'est le processus par lequel un nouveau venu, un
immigré, adopte les usages et coutumes du milieu d'accueil; résultat du processus. (Lévy et Lussault, 2003)

des gens bien et d'autres qui sont tout le contraire. Je ne suis ni raciste ni rien. Un noir qui vient me parler, ça me pose pas de problème mais il doit savoir bien se comporter"(Antonio, espagnol). "Cohabiter avec certains étrangers c'est possible mais avec d'autres non car ils ne s'adaptent pas à nous" (Christina, espagnole), cette dernière faisait ici référence aux équatoriens qu'elle n'apprécie guère depuis une querelle qu'elle a vécue, son discours est donc subjectif. « Clairement, les immigrés doivent s'accommoder aux règles urbaines et respecter les espaces publics dans nos villes. Mais nous devons également nous accommoder aux nouveaux voisins » (TORRES, 2006 p.128). Cet auteur montre ici l'importance d'un effort partagé entre autochtones et immigrés dans le souci du vivre ensemble. Ces préoccupations concernent notre quartier où des changements de population ont eu lieu depuis trente ans et plus particulièrement depuis les dix dernières années. De surcroît, une étude de l'Observatoire Permanent de l'Immigration en Andalousie (OPIA) en 2005 montre que l'adaptation des immigrés aux valeurs et normes du pays se fait par rapport à l'ouverture des autochtones vis-à-vis d'eux. C'est-à-dire lorsqu'il y a des échanges un intérêt mutuel entre autochtones et immigrés. Il y a cohésion sociale si la société est perméable, ouverte et intégrante sinon les immigrés se renferment dans leur propre monde (mode de vie). La citoyenneté apparaît alors telle une reconnaissance des immigrés comme des voisins et non pas comme des étrangers, en leur permettant de posséder les mêmes droits que les autochtones (RINKER, 2007). "Personne n'a vraiment de problème avec la cohabitation. Quelqu'un qui vient dans un autre pays doit respecter les coutumes et les personnes. Pour vivre ensemble, il faut essayer de connaître notre culture et de la respecter simplement" (Elena, espagnole). De plus, d'après Zico (marocain) dans le quartier "les immigrés sont à part". Il y aurait pour lui une frontière entre les immigrés et les autochtones, séparant ainsi les habitants en deux groupes distincts.

En conséquence, nous pouvons remarquer un manque de cohésion sociale ainsi qu'une différence entre autochtones et immigrés. Nous pouvons également constater que les habitants, selon des critères personnels, font une différence entre les immigrés qui se seraient adaptés aux us et coutumes des autochtones et ceux qui rejetteraient la culture espagnole.

Pour mieux comprendre ces sentiments opposés, nous allons essayer d'examiner concrètement l'organisation spatiale des lieux d'interactions entre individus.

b/ Lieux de rencontres et de regroupements : des différences Nord-Sud

Dans El Cerezo, il y a des zones de regroupements identifiables entre individus du même groupe ethnique. Par exemple, l'angle Sud-ouest du quartier se fait nommé le coin des

péruviens34, c'est un point de rendez-vous entre personnes originaires du Pérou. Ce type de dénomination montre l'importance des regroupements ethniques.

C'est pourquoi, les journées passées dans ce quartier en mars 2011 nous permettent de distinguer et de différencier les lieux de regroupement en fonction des nationalités. En effet, des personnes d'origine maghrébine se retrouvent devant le restaurant Eliza Victoria sur l'avenue de San Lazaro. Les personnes d'origine sub-saharienne sont, elles, souvent par groupes au niveau de la place Punta Umbria. Quant à ceux d'Amérique latine, nous pouvons les localiser au croisement de la rue Leal Castano avec l'avenue Doctor Fedriani au niveau du coin des péruviens. La carte ci-dessous répertorie ces points de rencontres et d'interactions.

Cartographie 8 : Lieux de regroupements ethniques dans El Cerezo

Dans la légende, apparaissent les symboles qui indiquent les lieux de regroupements de différentes nationalités. Certains endroits concernent un public composé en majorité d'adultes et d'autres se rapportent à des regroupements ethniques entre jeunes. Nous pouvons définir la notion de "regroupements de jeunes" qui apparaît sur cette carte ainsi : ce sont généralement des personnes entre 12 et 20 ans se retrouvant régulièrement entre individus de même origine dans un lieu défini.

De plus, tous les endroits de regroupements ethniques se trouvent dans la partie Sud d'El Cerezo. D'après Demba (médiateur culturel Cepaim, sénégalais), qui travaille notamment à créer des connexions entre les habitants d'origine diverses, "il est difficile d'éviter la ségrégation au Sud du quartier car pour changer les opinions chacun doit faire un effort", il ajoute que "s'habituer aux immigrés est un long chemin". Il aurait tendance à penser que les regroupements communautaires pourraient-être amenés à disparaître au cours du temps mais que cela reste complexe. La moitié Nord du quartier apparaît, quant à elle, comme un espace partagé où les individus se déplacent et se croisent. Dans cet espace, des bars comme "el Xanti" ou "el Palomo" sont révélateurs de lieux non partagés où se retrouvent seulement des populations autochtones. Le point de location de vélo (borne Sevici) situé au Nord du plus grand parc pour enfants du quartier, face à l'école de langues, permet de prendre ou de déposer un vélo sous conditions d'abonnement35. C'est là encore un espace de passage et non de regroupement.

Nous pouvons ainsi parler de ségrégation sociale malgré des avis divergents. "Je pense qu'El Cerezo est un quartier où il n'y a pas ou peu de ségrégation car il est très diversifié par rapport aux différentes nationalités qui cohabitent, on constate une mixité démographique entre retraités et jeunes travailleurs bien que la proximité spatiale ne veut pas dire proximité sociale" (Francisco Torres, UPO). La ségrégation se lit ici à l'échelle d'un quartier, elle se traduit par des regroupements ethniques d'un nombre réduit de personnes (4 à 12 par groupes). "Dire que les habitants du quartier ne se mélangent pas est radical car ils vivent dans les mêmes immeubles ce qui oblige à un contact entre eux" (Tania, péruvienne, volontaire ACOGE). De plus, malgré ces regroupements ethniques visibles, il existe différentes formes d'interactions entre les habitants du quartier de différentes nationalités. Tout d'abord dans les espaces de vie en commun comme le sont les halls d'entrée de chaque immeuble. Ensuite, dans les commerces qui sont des lieux de services et d'échanges verbaux, au moins entre le commerçant et ses clients."Des habitants de différentes nationalités

35 Se référer à la partie II/ 1/ a/

viennent acheter de la viande dans notre magasin" (Ahmed, marocain, boucher, produits Halal). La peña sevillista est également un lieu d'échange entre habitants, sans différence d'origine mais avec un attrait commun pour le football, en particulier pour l'équipe de Séville. "Avec les jeunes, on sympathise dans les bars, on commente les matchs, on mange ensemble" au minimum avec (Alain, camerounais). Il y a également les salles de musculation et terrains de sport comme celui de la Barzola qui permettent là encore, des contacts entre habitants bien que cela reste faible. Enfin, les parcs pour enfants, qui sont des espaces publics mais également des lieux de rencontres, de connaissances et d'échanges.

Par conséquent, nous supposons que le "vivre ensemble" n'est pas une chose aisée et que c'est pour cela qu'interviennent les associations et les politiques publiques. Se réunir entre personnes du même groupe ethnique est une forme de protection qui permet d'être davantage en sécurité en cas de conflits. Ainsi, les problèmes de cohabitation peuvent mener à la stigmatisation des minorités, dans le cas présent, des immigrés. C'est ce que nous tâcherons de comprendre dans le point suivant.

B/ L'immigration comme bouc émissaire

Les représentations propres à chaque individu se font dans leur espace de vie. "L'espace public est le champ de la formation symbolique d'une opinion publique à travers toutes les formes de communication existantes dans la société, (...) il n'est pas un lieu abstrait de consensus démocratique idéal, c'est un espace conflictuel exprimant des rapports sociaux d'inégalité et de domination" (FLORIS, 2003). Ce qui nous intéresse ici est de savoir, s'il y a des rapports de domination et d'inégalité entre immigrants et autochtones qui se révèlent parmi les conflits et stéréotypes rencontrés dans El Cerezo.

1/ Un espace conflictuel

La population autochtone est démographiquement vieillissante dans le district de la Macarena, cela concerne également El Cerezo. "Une grande partie des problèmes de cohabitation ne sont pas dus à l'apparition de nouvelles cultures mais parce que les immigrants sont plus jeunes et ont un usage de l'espace public dynamique et donc plus bruyant, tout comme les jeunes autochtones, ce qui génère des problèmes avec la population locale âgée" (SALINAS, 2008, p.7). Ceci est une des causes de conflits entre Espagnols autochtones et immigrés. De surcroît, suite au questionnaire effectué durant le mois de mars 2011 et aux différentes rencontres faites durant cette période dite de terrain, d'autres types de

contestations se sont révélées. Durant cette étape, il fut impossible de faire remplir le questionnaire à trois personnes d'origine africaine qui ont rétorqué ne pas parler castillan et ont suggéré de "demander aux Espagnols de répondre à ce questionnaire". Ce propos peut révéler un mécontentement de la part de ces personnes, qui peut s'interpréter de diverses manières, par exemple, cela peut être dû au fait qu'ils se sentent mis à part dans ce quartier ou bien du fait que cela ne leur apporte rien de manière instantanée. A cela s'ajoute parfois la difficulté pour certains étrangers à vivre en Espagne du fait de la complexité à obtenir des papiers relatifs à leur présence dans ce pays. Cela peut générer peur et méfiance vis à vis d'un questionnaire inconnu.

a/ Litiges liés à la consommation de l'eau courante

La source récente de conflits dans le quartier est due à la consommation d'eau. En effet, les habitants utiliseraient beaucoup plus d'eau que ce qui est prévu pour le nombre de personnes vivant dans chaque immeuble. En Espagne, très souvent, les immeubles ont un compteur collectif donc le coût de la consommation d'eau pour chaque logement est estimé en statistiques par rapport au nombre de personnes et d'appartements de chaque bâtiment. "Les compteurs d'eau collectifs ont été créés sous Franco" (Andres, président de l'association des voisins d'El Cerezo). La compagnie qui s'occupe de la distribution d'eau courante dans ce quartier est l'EMASESA (entreprise de traitement et d'assainissement des eaux métropolitaines).

Suite à des augmentations de factures d'eau, des habitants se sont plaints auprès de l'association des voisins, ce qui a engendré des conflits entre habitants. En effet, il était dit que les personnes immigrées étaient plus nombreuses dans les logements que ce qu'elles déclaraient et qu'elles laissaient de nombreuses personnes venir se doucher dans leur logement. Par la suite, il a été proposé de poser des compteurs individuels pour régler la situation. Ceci a été refusé car non seulement cela implique de nouvelles dépenses pour l'installation de matériel mais également parce que, dans certains cas, les coûts de consommation d'eau courante seraient plus élevés. En effet, les factures sont calculées sur une moyenne évaluée en fonction de la taille du logement et du nombre d'habitants. Ceci donne le montant qui est censé correspondre à la consommation de chaque foyer. Dans le cas de compteur individuel, le coût minimum pour ce service peut se révéler souvent supérieur au prix mensuel que paye chaque foyer calculé avec le système des compteurs collectifs. C'est d'autant plus vrai pour les petits consommateurs d'eau courante comme le sont bien souvent

les couples à la retraite. De tels changements "pourraient impliquer le déménagement de nombreuses personnes âgées qui n'ont ni l'envie ni les moyens de payer davantage les factures de consommation d'eau courante" (Tania, péruvienne, volontaire ACOGE). Par la suite, les volontaires de l'association ACOGE sont intervenus pour mettre à jour ce conflit et voir quelle était la situation réelle. Pour cela, différents membres du groupe local de l'association se sont rendus dans plusieurs immeubles pour rencontrer les présidents de chaque bâtiment36 ainsi que les habitants (locataires et propriétaires) et leur demander s'ils avaient des problèmes liés à leur consommation d'eau. Il est ressorti de leur investigation qu'effectivement plus de personnes que celles recensées à la mairie vivaient dans ces logements mais que cela concernait en majorité les étudiants espagnols. En effet, dans le but d'obtenir davantage de bourses d'aide sociale, les étudiants se déclarent comme vivant toujours dans le logement familial et ne déclarent pas leur habitation dans la ville de Séville (augmentation de la bourse par rapport à la distance lieu de vie/université) : beaucoup d'immigrés ne sont pas recensés et nous estimons qu'il y a plus de personnes dans les appartements que seulement celles déclarées. Il faut prendre en compte que beaucoup d'étudiants universitaires qui louent des appartements ici ne sont pas recensés, ce qui génère des problèmes avec les factures Emasesa (Andres, espagnol). D'autant que, pour les 60 immeubles, il y en aurait moins de cinq où ce problème apparaît comme étant réel ce qui montre une exagération dans les conversations et articles de journaux sur ce sujet. "Le problème dans ce type de quartier, c'est que très vite les habitants généralisent un problème dès qu'un cas est démontré" (Ousseynou, sénégalais, coordinateur Acoge).

A cela s'ajoute le fait que des logements restés vacants dans certains immeubles sont saisis par des banques quand les propriétaires ne peuvent plus payer et restent vides en attendant de futurs propriétaires. Il paraît donc difficile de mettre en place des compteurs individuels pour ces appartements vides.

b/ Problèmes relatifs au stationnement

En termes de conflits, le stationnement des voitures est un sujet qui fait débat dans le quartier. En effet, les voitures garées en grand nombre font parties du décor du quartier. Les habitants reprochent un manque de place pour garer leurs véhicules à cause de nombreux

36 Chaque immeuble privé élit un "président" parmi les propriétaires des appartements pour permettre, par exemple de gérer les rénovations à établir dans le bâtiment, de répartir les factures de consommation d'électricité des couloirs, de mise aux normes de sécurité ou encore de gérer les problèmes de voisinage.

clients qui viennent faire leurs achats dans cet espace commercial. Par leur nombre conséquent à toute heure de la journée, nous pouvons y voir un manque d'emplacements. Bien qu'il y est environ 700 places de parking dans le quartier, cela n'est pas suffisant, des véhicules en surnombre viennent s'y stationner. C'est pourquoi "on dit de ce quartier que c'est un parking géant" (Andres). Il est, par ailleurs, difficile de se stationner car il n'y a pas assez de places en comparaison avec le nombre de personnes qui vivent dans le quartier et dans les quartiers à proximité. Comme nous pouvons l'observer sur le montage ci-dessous, les voitures bordent chaque rue et sont parfois stationnées en double files : pour sortir de la première file, il faut pousser les voitures garées sur la seconde dont le frein à main n'est pas enclenché, ce qui est chose commune à Séville et dans d'autres villes espagnoles telle que Madrid.

Planche photo 4 : L'importance des automobiles dans le paysage urbain d'El Cerezo

Source: photographies personnelles, montage effectué sous Picasa, 2011. (c) Bouchet-Wacogne Matthieu

Dans certains quartiers du district (La Palmilla, el Carmen, etc.) des barrières automatiques ont été mises en place pour limiter l'accès à certaines zones de stationnement aux habitants. Elles permettent de réguler les entrées et sorties des véhicules dans certaines rues mais cloisonnent des zones d'habitat, "elles engendrent de la ségrégation" (Aziz, marocain). Les places de stationnements dans le district se faisant plus rares, cela entraîne des répercussions dans le quartier d'El Cerezo en augmentant le nombre de véhicules dans cet espace. D'autre part, mettre un système de barrière37 dans ce quartier pourrait représenter une

37 Mettre des barrières est une proposition de l'association des voisins qui a été récemment refusée par la

perte de clientèle pour cette zone commerciale qu'est El Cerezo. En effet, en empêchant l'entrée aux véhicules des personnes qui ne vivent pas dans cet espace, elles limiteraient l'accès à certaines zones d'El Cerezo, ce qui suscite des craintes pour certains commerçants et clients du quartier: "cela va encore nous obliger à fermer nos commerces" (Alain, Camerounais). Pour Andres (espagnol), si le quartier se voit équiper à son tour de barrières automatiques, cela pourra bénéficier aux résidents, "pour 1050 appartements et 714 places de stationnement, si on met des barrières, nous aurons suffisamment de places pour tout le monde"38. Une autre solution pourrait être d'enlever toutes les barrières automatiques installées dans le district pour désengorger le quartier d'El Cerezo en permettant ainsi l'accès à d'autres zones publiques pour se stationner.

Ces différents conflits sont souvent influencés par les représentations que se font les habitants du quartier et de leurs voisins. Cela peut entraîner des rumeurs et de fausses informations pouvant perturber l'ordre social que tente d'établir les associations et les politiques publiques.

2/ De la réalité au stéréotype

Les autochtones des quartiers dits multiculturels sont souvent méfiants vis-à-vis de leurs voisins d'origine étrangère. De plus, dans le monde du travail, ils les prennent parfois pour des adversaires, particulièrement en période de crise comme c'est le cas actuellement. Ainsi, les immigrés sont régulièrement victimes de stéréotypes provenant de l'imagerie de leurs voisins, terme que nous définirons dans cette partie. Cela peut se retrouver dans le discours des voisins mais aussi dans certains médias tels les journaux ou encore la télévision.

a/ El Cerezo un quartier « habitué » à la présence de populations immigrées

Depuis dix ans, la population du quartier à changé. Actuellement, la présence des immigrés est devenue ordinaire." L'immigration n'est pas une apparence mais une réalitéqu'il faut accepter, si on ne l'accepte pas les conflits apparaissent. S'habituer aux immigrés

est un long chemin, actuellement les gens se sont habitués mais il reste des conflits à
résoudre. La solution c'est la médiation
" (Demba, médiateur culturel, sénégalais). Le quartier

Mairie.

38 Citation de Andres de l'article du journal La Razon , du 9 janvier 2011 qui a pour titre: Si se cierra el

Cerezo no hay zona azul. http://www.larazon.es/noticia/5556-si-se-cierra-el-cerezo-no-hay-zona-azul

El Cerezo apparait comme un " lieu de regroupement des étrangers" (Alain, camerounais), "c'est un quartier où il y a des gens de mon pays" (Zico, marocain).

D'après Demba, le problème viendrait du fait que certains autochtones n'acceptent pas tous les changements de population du quartier, "avant il y avait des gens bien qui sont partis à cause des étrangers. En plus ils sont en train de nous prendre notre travail " (Christina, espagnole), "un faux discours circule à propos des commerces disant que les immigrés expulsent les individus locaux, alors qu'avant l'arrivée des immigrés depuis les dix dernières années, le district de la Macarena souffrait d'un déclin commercial. D'autre part, le commerce ethnique propose des produits particuliers en dehors des offres traditionnelles " (SALINAS, 2008, p.7). En outre, les immigrés ont permis de redynamiser l'économie du district sans pour autant prendre le travail des autochtones.

De surcroît, certains habitants parlent de la période précédant l'arrivée des immigrés comme d'un temps volatilisé : "c'était merveilleux avant, maintenant non à cause des immigrés" (Antonio, espagnol). Les évolutions du quartier ne plaisent pas à certains autochtones qui ont l'impression qu'une partie de leur culture a disparu suite à l'apparition des commerces ethniques, de l'augmentation des immigrés, etc. "Avant il y avait plus d'événements festifs des gens d'ici, maintenant il y a des événements des gens de l'extérieur" (Elena, espagnole). Cela montre la faiblesse des liens sociaux qui «n'est pas la simple cause du changement de population ou du nouveau mélange culturel. L'individualisme est né durant la transformation socio-économique et culturelle. Les liens entre un travail stable, le lieu de résidence et la socialisation se sont transformés » (ESEVERRI MAYER, 2010, p.252)

C'est pourquoi, d'après la chercheuse Cécilia Eseverri Mayer39, la frontière entre immigrés et autochtones viendrait d'un individualisme qui est apparu avec le développement économique du pays et notamment suite à l'entrée de l'Espagne dans l'Union Européenne en 1986. Le développement économique et l'augmentation du pouvoir d'achat ont augmenté les différences sociales parmi les individus. L'arrivée des immigrés dans ce contexte les a mis "à l'écart", ils ont été perçus comme une éventuelle concurrence et non pas comme des alliés au développement économique. Les autochtones appréhendent ainsi la multiculturalité de manière négative alors qu'elle devrait "être perçue comme un fait neutre" (SANCHEZ ELIAS, 2005, p. 97), ce qui éviterait certainement les conflits et améliorerait le "vivre ensemble".

39 Cette jeune chercheuse a fait sa thèse sur la trajectoire des jeunes issu de l'immigration qui vivent à Madrid et qui ont "abandonnés" l'école. Elle s'intéresse particulièrement aux équatoriens, marocains et dominicains de 14 à 18 ans tout en tenant compte des contrastes avec les jeunes espagnols.

Cela donne à la multiculturalité un aspect particulier. Ce concept n'est pas seulement considéré comme un fait en soi mais comme une évolution logique des espaces urbains dans des pays ouverts à la mondialisation.

b/Les immigrés stigmatisés

Les médias sont "les lieux autorisés de diffusion des interrogations ou des doutes propres à la majorité. Les lignes ouvertes, les forums de discussion, les blogs, les commentaires se multiplient et une tendance à la stigmatisation de l'Autre apparaît : celui-ci est tenu responsable de la destruction des fondements de la culture", ici espagnole (C. Agbobli dans PERRATON, 2009, p.126).

-Les journaux accusés de discriminations

Dans les journaux, les conflits dans le quartier El Cerezo apparaissent de façon simplifiés en comparaison avec la réalité. En effet, les articles opposent radicalement les immigrés aux autochtones en positionnant les Espagnols comme victimes de l'arrivée de populations d'origine étrangère. Cela peut se lire notamment grâce aux titres de journaux de certains articles principalement issus du journal ABC, ce dernier se positionnant dans ses articles comme étant tourné vers le parti politique de droite : le Parti Populaire (PP).

Planche photo 5 : Titres d'articles de journaux faisant référence au quartier El Cerezo

Source: photographies personnelles, montage effectué sous Picasa, 2011. (c) Bouchet-Wacogne Matthieu

Dans les journaux, nous pouvons remarquer l'utilisation de stéréotypes et de généralisations pour parler des immigrés (ex : "Tour de Babel", "bruyant", "se battent entre eux"). Le titre de l'article du journal ABC de Séville du 11/07/07 s'intitulait : " les voisins dénoncent l'impunité des botellons d'immigrants dans El Cerezo". Il relatait ainsi qu'il y aurait deux groupes opposés, celui des « voisins » qui seraient les autochtones victimes du groupe des « immigrés » qui représenteraient par conséquence, la source de conflits. "La stigmatisation d'El Cerezo est conditionnée par l'existence de stéréotypes sur l'immigration (...) et l'idée d'une différence irréductible entre endo et exo-groupes" (TORRES, 2011, p.167). Dans ces articles, les immigrés d'El Cerezo ne sont pas considérés comme des habitants du quartier mais comme des personnes à part qui ne seraient pas réellement membres de cet espace bien qu'y habitant, cela pose la question de citoyenneté, à savoir à quel moment un nouvel arrivant est-il considéré comme citoyen d'une ville ?

Le problème des médias serait qu'ils informent "de manière négative et quasiment jamais positive de l'immigration" (SANCHEZ ELIAS, 2005, p.97). Nous pouvons donc parler de discrimination sous forme écrite qui participe aux discours des habitants et à l'image globale du quartier.

Par ailleurs, en règle générale, les articles évoquant le quartier proposent seulement la vision des autochtones et très rarement celle des immigrés, ce qui ne permet pas de tirer des conclusions exhaustives sur les auteurs des conflits existants.

-L'imagerie: déformation de la réalité

L'imagerie est d'après Yves Chalas, professeur et chercheur sur les Politiques Publiques Action Politique et Territoires (PACTE) : "l'ensemble des préjugés, des idées toutes faites, des lieux communs et des clichés qui sont dans l'air du temps et qui ne manquent jamais de resurgir en tout premier lieu dans une conversation". (2000, p.10) Il ne faut pas la confondre avec l'image qui "est une présence sémantique des rapports vécus" alors que l'imagerie appartient au "registre du non-vécu (...) et de la représentation" (2000, p.24). Ainsi, l'imagerie semble proche de la caricature et de la rumeur qui sont toutes dans le champ de la représentation et du stéréotype.

De plus, le chanteur sénégalais Bibalo, en venant rendre visite à son oncle qui vit dans le quartier San Jeronimo au Nord de la Macarena, a écrit une chanson sur l'immigration qui a pour titre "Inmigrantes"40. Le refrain de cette chanson est en espagnol, il traite des problèmes

40 Cf: documentaire Nuevos vecinos en la plaza, 2011

que peuvent rencontrer les étrangers sans papier avec la police : "je n'ai pas de papier, je suis illégal, je sors dans la rue, ils me jettent en prison". Les paroles sont le reflet de ce que ce chanteur a pu voir, entendre, percevoir dans le district de la Macarena, elles traduisent la représentation qu'il s'est fait de cet espace. Cela revient à dire que ces paroles font parties de l'imagerie du chanteur. Sa chanson illustre des problèmes que rencontrent certains étrangers et montre l'importance de l'immigration dans cette zone.

- El Cerezo : mise en avant des stéréotypes

Dans le quartier, en fonction de l'actualité, des références et de l'imagerie de chacun, des stéréotypes apparaissent renvoyant une image parfois dégradante pour certaines populations.

Pour Andrés Aranda, président de l'association des voisins d'El Cerezo, "le grand problème de l'immigration, se sont les «pisos patera»41" (cité dans Codenaf42, 2010). Il parle ainsi pour qualifier le regroupement en surnombre de plusieurs individus voire de différentes familles dans le même appartement par rapport à la capacité d'accueil du logement. D'après Andres, une personne qui a des papiers en règle loue un appartement et ensuite elle fait venir sa famille, ses amis et parfois des inconnus et des connaissances pour obtenir de l'argent (EURABIA, 2005)."Nous savons que davantage de personnes que celles habitant dans certains appartements utilisent les douches pour 3€, des lits sont loués pour 8€. L'objectif est de rentabiliser au maximum le privilège d'avoir un logement" (Andres). Ces propos concernent des cas particuliers mais il n'a nullement été démontré que ce phénomène apparaissait de façon significative dans le quartier pour en faire une généralité. Malgré tout, cela a suffi pour que le dessinateur, Rafael Calderon qui travaille pour le journal ABC, en fasse une caricature (cf. : document ci-dessous). Cette représentation peut être perçue comme étant de mauvais goût puisqu'en jouant sur les mots, elle renvoie à l'aventure mortelle dont sont victimes, chaque année, des étrangers prenant des embarcations souvent de mauvaises qualités, de plus en surnombre, au péril de leur vie afin d'effectuer un trajet Maroc-Espagne de manière illégale. Cela montre une convergence des regards portés sur l'immigration à El Cerezo.

41 Les "pisos patera" définissent les appartements où se regroupent plusieurs familles d'étrangers. Cette adaptation provient des bateaux de fortune (patera) où s'entassent les immigrés pour traverser la méditerranée et arriver en Espagne.

42 CODENAF: Association de Coopération et Développement avec les pays du Nord de l'Africain

Document 1: Des boat people aux appartements de fortune

Source: caricature du journal ABC, 11 juillet 2007

Ce quartier aurait une mauvaise image du fait de la focalisation d'acteurs tels l'association de voisins, les associations humanitaires, la presse, des politiciens et du fait que ce soit l'espace urbain où le nombre d'habitants immigrés est le plus élevé. "El Cerezo présente le plus fort taux de résidents étrangers, mais d'autres zones, comme le quartier Begoña, présentent aussi un taux important de population immigrée sans souffrir autant de stigmatisation. Par ailleurs, dans le quartier El Rocío, il n'y a pas autant de point d'attractions entre immigrés comme le sont les commerces ethniques, les associations "(TORRES, 2011, p.167) et il y a encore peu, les lieux de culte. La visibilité des immigrés dans El Cerezo est plus importante que dans les quartiers environnant du fait des lieux de regroupements et du nombre important de commerces ethniques qui contribuent à lui donner une image de référence pour parler d'immigration.

Habiter en surnombre dans un même appartement est souvent dû à un malaise social et à un manque de ressources. «Le malaise augmente dû aux conditions du logement dont souffrent les habitants. On en déduit que les différences culturelles seules n'expliquent pas les tensions vécues à l'heure actuelle, mais que les discours fondés sur l'ethnicité et la xénophobie, quand à eux peuvent influencer voire déchaîner des conflits sociaux axés autour de ces différences » (ESEVERRI MAYER, 2010, p.491). Si bien que, les tensions entre habitants peuvent parfois amener à des changements urbains.

Toutes ces déformations de la réalité donnent une image "faussée" de l'immigration. Liées à l'imagerie, elles peuvent générer tensions et conflits à l'intérieur d'un espace urbain comme c'est le cas pour El Cerezo. Pour cela les associations ont un rôle fondamental à jouer. Une des cibles les plus importantes qui semble pouvoir influencer toutes les générations confondues reste les jeunes.

C/ Les jeunes : première cible des ONG

D'après Jean-Yves Authiers, professeur et chercheur en sociologie, le quartier occupe une place importante chez les jeunes. "Il est d'abord un espace familier dans lequel ces individus ont «leurs repères» (...) si le quartier de ces jeunes est bien un espace familier, il n'est pas, contrairement à leur logement, un espace familial" (2006). Le quartier devient un espace d'appropriation des jeunes avec leurs amis. Bien que cela soit à nuancer pour certains quartiers comme El Cerezo où des populations accordent davantage de place à la famille dans les espaces publics tels plusieurs marocains. Pour certains, ce sont des lieux où il est possible de se réunir en famille (avec ses tantes, oncles, cousins, neveux, etc.). Toujours d'après Jean-Yves Authier, dans son enquête sur des lycéens de Lyon, les quartiers seraient "investis selon les temporalités qui scandent la vie sociale de ces jeunes citadins" (2006), ils vont sortir en semaine davantage dans leur quartier et le week-end, plutôt en centre ville. Leurs besoins sont relatifs à leurs passions et au niveau de vie de leurs parents ou des aides sociales en fonction de la situation familiale.

1/ Un défi multiculturel

Pour les association, les jeunes apparaissent comme une cible de grand intérêt pour amener à des interactions entre groupes ethniques mais c'est aussi un public difficile dont la situation familiale joue un rôle important pour leur développement. En partant du principe qu'ils peuvent faire changer le point de vue de leurs parents, qu'ils sont de futurs travailleurs et que les laisser sans occupation peut mener à des situations de troubles et de conflits ; différentes associations interviennent et mettent en place des projets auprès d'eux.

a/ Le discours et les pratiques des jeunes envisagés comme solutions aux conflits multiculturels

Pour Aziz, médiateur culturel ACCEM, l'intégration des jeunes enfants est importante puisqu' "ils ne font pas de différence ethnique entre eux, ils ne peuvent que s'en enrichir. Nous

pouvons dire que nos enfants nous enseignent la multiculturalité". C'est pour lui un des axes principaux dans le travail de cohabitation entre population de différentes origines. Travailler auprès des enfants permettrait d'atteindre par la même occasion les adultes, parents de ces derniers. De même, comme nous l'avons vu, des lieux se prêtent aux contacts entre individus tels les parcs pour enfants où les parents communiquent entre eux au sujet de leurs enfants. Ceci peut créer du lien social, c'est-à-dire permettre des connexions entre habitants, leur donnant ainsi l'occasion de faire connaissance.

Un autre public est visé par les associations : les adolescents. Il apparaît important de les connaître, de comprendre leurs envies et leurs besoins, ainsi que leur donner l'opportunité de développer des projets selon leurs désirs.

Par ailleurs, les jeunes sont souvent accusés de vandalisme dans le quartier que ce soit sous forme de tags, de propos injurieux, de destruction d'infrastructures publiques ou encore en termes de bagarre. Tous ces stéréotypes sont accolés aux jeunes, les mettant ainsi dans un groupe homogène alors que ces qualifications ne définissent fréquemment qu'un groupe minoritaire. « Les jeunes immigrés vivent entre l'illusion d'un nouveau projet et la peur de l'exclusion» (Llorens T. cité dans SIMO, 2006, p86). C'est pourquoi, l'intervention des médiateurs culturels auprès des adolescents de ces quartiers a pour objectif de les orienter vers des propositions d'activités ludiques, de formations professionnelles, "on essaye d'être une référence pour ces jeunes, de leur créer des nécessités, chercher pour eux des ressources et les mettre dans des domaines professionnels" (Aziz). Le but des médiateurs est d'accompagner les adolescents et jeunes adultes vers le monde du travail en essayant de les rendre responsable, de leur attribuer des valeurs tels le partage, l'égalité ou encore le civisme.

b/ Activités et sociabilité hors des temps scolaires

L'association ACOGE met en place des ateliers du lundi au vendredi en fin de journée, qui permettent aux jeunes du quartier de pratiquer diverses activités comme les jeux sportifs tels le football, des cours de langues, l'aide aux devoirs scolaires, le théâtre, des activités manuelles, etc., qui ont principalement lieu dans le local qui se trouve place Punta Umbria. De manière similaire, l'association ACCEM propose diverses activités du lundi au jeudi, telles des cours de langues (français, anglais, arabe), également de l'aide aux devoirs et des activités plus ludiques (sports, jeux, etc.) dans son local situé dans le quartier las Avenidas. De plus, deux samedis par mois, l'association Acoge invite les jeunes et leurs parents à des excursions dans Séville et les alentours (ex: plaza de España, parc Alamillo, etc.).

Ces moments permettent aux jeunes du quartier de se connaître, de se mélanger et de se rencontrer. Ainsi, la cohabitation entre les différentes nationalités du quartier peut être améliorée. "C'est en agissant auprès des jeunes que nous pouvons sensibiliser les familles à nos différents projets" (Gabi, équatorien, volontaire ACOGE). Il apparaît important que les projets associatifs concernent un public aussi bien d'adultes que de jeunes pour ne pas se limiter à un groupe d'individus mais bien prendre en compte les habitants dans leur ensemble. Pour cela, s'ajoutent à ces activités, des formations professionnelles, des conférences informatives ainsi que des débats à destination d'un public d'adulte. Les membres d'ACOGE et ACCEM interviennent également dans les établissements scolaires au niveau de l'aide aux devoirs et des activités extra scolaires.

Par ailleurs, durant l'année, trois colonies de vacances se déroulant sur trois à dix jours sont organisées par les fondations ACOGE et CEPAIM pour permettre aux jeunes de partir en vacances. Cela leur permet de voyager, de découvrir un nouvel espace, de vivre en communauté durant un temps de vacances et d'apprendre à devenir autonome en participant aux tâches de la vie quotidienne. Les jeunes participants avec l'aide d'un ou plusieurs référents de ces fondations forment un groupe dont le nom est "Raices", qui signifie « les racines » ce qui peut-être interprété comme la métaphore de la multiculturalité: la diversité culturelle serait représentée par les racines d'un arbre dont le tronc serait le mélange des cultures. Ce groupe de jeunes recherche des subventions, mette en place des événements comme des concerts, de la vente d'artisanat, des repas collectifs ou encore des spectacles de théâtre pour financer leurs projets de vacances. Le problème est que, durant ces événements, "la grande majorité des participants sont des immigrés" (Gabi, équatorien, volontaire Acoge). Il semble alors difficile de sensibiliser un public autochtone à ce type de manifestation, ce qui est lié aux perceptions et aux pratiques de chacun comme nous l'avons vu précédemment (Cf: III/ A/ 2/).

Pour réaliser ces événements, les locaux des associations ODS et "el colectivo" sont souvent utilisés, ce qui montre une cohésion dans les projets de toutes ces associations. L'ACCEM, quant à elle, met également en place un séjour de vacances pour jeunes d'une durée d'une semaine durant l'été. Cela semble être une solution pour sensibiliser les jeunes à la multiculturalité et également pour toucher les familles, au retour de leurs enfants suite à ces périodes de vacances. Les relations amicales qui ont pu se créer durant ce type de séjour entre des enfants d'origines différentes peuvent permettre une ouverture d'esprit à certains parents.

2/ Intervention dans les établissements scolaires

Intervenir dans les bâtiments scolaires permet de sensibiliser les enfants et jeunes du district de la Macarena à des projets multiculturels que mettent en place les différentes associations humanitaires que nous avons présenté précédemment. Entre 2003 et 2007 le nombre d'élèves étrangers dans le secondaire est passé de 80286 à 169490 (MARTINEZ DE LIZARRONDO ARTOLA, 2009, M.E.P.S.Y.D., p.95).

L'idée d'ouvrir les programmes scolaires à l'inter-culturalité apparaît comme une solution face aux problèmes de ségrégation. Cela passe par la formation aux valeurs humaines d'égalité, de respect, de tolérance, de diversité et de coopération; en reconnaissant le droit personnel de chaque élève, en admettant le respect de la différence, la lutte contre le racisme, la discrimination et les stéréotypes et enfin, en intégrant les parents des élèves immigrés dans la vie des établissements scolaires (PENALVA VELEZ, 2009). Tout ceci ne peut se faire que lorsque que c'est jugé "important" par les professeurs, c'est pourquoi il est essentiel que des membres d'associations participent également à la mise en avant des valeurs humaines dans les lieux de scolarisation.

a/ La cour de récréation : espace de visibilité

Les cours de récréation sont des lieux révélateurs de ségrégations sociales entre groupes ethniques. En effet, il suffit de se rendre dans les deux établissements scolaires les plus proches du quartier El Cerezo43 pour s'apercevoir que les différents jeunes restent entre groupe de même origine géographique. "C'est le reflet de l'éducation qu'ils ont à la maison" (Tania, péruvienne, volontaire Acoge). Les enfants se mélangent peu car leurs parents ont, en règle générale, de faibles contacts avec les différents groupes ethniques du quartier. Mais cela dépend bien souvent du travail que les parents exercent. En effet, beaucoup de femmes travaillent dans l'aide et l'assistance à la personne et peuvent être perçues comme des personnes "aux services des espagnols dans des situations d'infériorité". Cette perception de Tania fait partie de son imagerie, et donc de ses perceptions. Sa réponse expliquerait les motifs de mise à l'écart entre autochtones et immigrés dans des situations de dominant/dominé. Cela est bien évidemment le constat d'une personne et ne peut donc pas être généralisable.

43 Ces deux établissements sont l'école San Jose Obrero dans le quartier El Rocio et le lycée Miguel Cervantes dans le quartier Leon XIII

Par ailleurs, pour Demba (médiateur culturel, Cepaim) "il existe un phénomène de ségrégation visible durant la récréation au collège José Obrero". C'est pourquoi une de ses actions est de lutter contre cela en mettant en place des activités d'interactions ouvertes à tous les élèves. En revanche, pour Aziz (médiateur culturel, ACCEM) qui intervient lui aussi dans ce collège, "il n'y a pas de groupes de jeunes qui forment des groupes par nationalité".

Nous avons donc ici deux avis qui divergent dans la description d'un même lieu. Cela signifie que leurs représentations des attitudes sociales des enfants dans cet espace sont influencées, autant par leur imagerie que par leur profession ainsi que par le désir d'influencer et de créer de la multiculturalité. C'est seulement en se rendant dans l'école primaire San Jose Obrero pendant la récréation qu'il est possible de remarquer des regroupements communautaire entre enfants. Bien que, de nouveau d'après Aziz, les enfants jouent entre eux sans "différence ethnique, les jeunes ne forment pas de groupes par nationalité". Suite au constat que nous avons pu faire il est évident que son avis est n'est pas neutre. D'après lui, rechercher à tisser des liens avec des personnes de son groupe ethnique, concerne principalement les mineurs non accompagnés44, sans repère familial, ce qui ne concerne pas les enfants de cette école. En effet, les jeunes se regroupent davantage pour leur goûts sportifs, musicaux, vestimentaires, etc. De plus, toujours selon Aziz, "la diversité culturelle n'est pas dans les gènes" ce serait propre à chaque individu par rapport "aux croyances, aux goûts, à la composition familiale, aux revenus" etc. En cela les enfants n'ont pas ou peu de préjugé concernant les différences culturelles. "Les enfants ont des amis de différents pays avec qui ils jouent sans problème" (Elena, espagnole). Il n'y aurait alors pas de conflits directs entre jeunes en lien avec leurs origines. Nous ne pouvons pas en dire davantage puisque l'enfance et l'adolescence sont de vastes sujets dont certains raccourcis seraient malvenus.

A l'indifférence des jeunes vis-à-vis de la diversité culturelle, s'ajoute le désintérêt de certains habitants de quartiers multiethniques aux difficultés des autres, "les gens ne s'intéressent aux problèmes de discrimination que quand cela les concerne personnellement" (Tania, volontaire Acoge). Sensibiliser les individus aux discriminations et au "vivre ensemble" apparaît alors comme un défi où il importerait que chacun trouve un intérêt personnel. De plus, dans ces quartiers "le racisme existe mais il n'est pas flagrant même s'il y a des problèmes d'exclusion sociale" (Esteban, coordinateur Acoge). Il est possible de distinguer une mise à l'écart de certains groupes ethnique par les autochtones, ce qui créée de

44 Selon la legislation de l'Union Européenne, un mineur non accompagné est un ressortissants de pays tiers âgés de moins de dix-huit ans qui vit dans un territoire dont il n'est pas originaire sans être accompagnés d'un adulte qui soit responsable de lui, de par la loi ou la coutume.

l'exclusion sociale dans certains lieux tel des bars ou encore des salons de coiffure. Le but des interventions de différents acteurs associatifs dans les établissements scolaires est bien de créer une cohésion entre les jeunes, principalement durant les temps de récréations pour ainsi lutter contre d'éventuelles mises à l'écart. Intervenir dans les écoles est une forme d'action sociale et de sensibilisation pour éviter l'exclusion.

Il n'en reste pas moins que cela ne concerne pas seulement les enfants. La médiation interculturelle avec les voisins de différentes origines est également une façon d'aider à créer du "vivre ensemble" de la part des membres des associations (Cepaim, ACCEM et Acoge).

b/Utiisation du collège durant les vacances d'été

Le collège San José Obrero du quartier el Rocio, situé à l'Est d'El Cerezo est utilisé par des membres de la fondation ACCEM durant l'été.

Les responsables du local ACCEM se trouvant dans le quartier las Avenidas à l'Ouest d'El Cerezo, organisent durant l'été, des "classes d'été" ouvertes à des horaires similaires que ceux des établissements scolaires (de 9h à 12h), où ont lieu des cours de rattrapages et des activités ludiques. Cela permet aux enfants dont les parents travaillent d'occuper leurs journées ainsi que de maintenir et d'approfondir leurs connaissances scolaires. Ils organisent et proposent également à ces jeunes, par le biais d'une entreprise, une semaine de vacances hors de Séville chaque été. Ceci permet à des jeunes, soutenus par des aides sociales, de partir en vacances alors que cela n'est souvent pas le cas dans le cadre familial en raison des problèmes d'argent qui subsistent.

De cette manière, l'ACCEM lutte contre l'isolement des enfants et des jeunes, ce qui peut être considéré comme une mesure pour améliorer le "vivre ensemble" dans ces quartiers. C'est pourquoi, les différentes activités proposées ne concernent pas seulement les immigrés mais également les jeunes autochtones.

Les enfants et les jeunes en général interviennent comme des miroirs de la société dans laquelle ils évoluent, leurs comportements, leurs actes et leur développement dépendent de facteurs multiples. Cette transition vers l'âge adulte est une question délicate et nous n'avons pas pour prétention d'y répondre, seulement de montrer l'importance de l'intervention des acteurs associatifs pour améliorer le "vivre ensemble" en visant ce public.

Comme nous venons de le constater, l'étude des quartiers multiculturels est quelque chose de complexe. Aussi bien dans la relation entre voisins, que celle entre habitants et pouvoirs publics ou encore acteurs associatifs. C'est pourquoi il est primordial d'observer les évolutions de ces espaces urbains pour permettre ainsi, la mise en place de nouvelles politiques publiques ou bien de projets associatifs adaptés aux problèmes qui peuvent survenir dans ce type de quartier.

Vivre dans un espace multiculturel, c'est se confronter à partager son "espace de vie" avec des individus de cultures différentes. Par conséquent, comme nous l'avons signalé, la méconnaissance de "l'autre" peut être facteur de troubles sociaux. Voilà pourquoi autant d'acteurs se mobilisent autour des questions de multiculturalité et de "vivre ensemble". C'est dans la combinaison d'acteurs que se trouvent des solutions aux conflits multiethniques.

De plus, l'influence des médias et des politiciens inspirent les représentations des gens et sont à considérer dans les réponses à apporter aux problèmes liés à la multiculturalité.

Conclusion

L'analyse de la ségrégation, de la multiculturalité et du "vivre ensemble" dans le quartier d'El Cerezo nous permet d'entrer dans les débats actuels concernant ces questions aussi bien en Espagne qu'en France.

Cette étude nous montre la place importante qu'a pris l'immigration en Espagne. Présente aussi bien dans le débat public que politique, c'est un sujet auquel s'intéressent de nombreux chercheurs et acteurs de la vie publique. L'immigration est un phénomène qui a commencé à être important vers 1995 à Séville, et qui s'est amplifié dans les années 2000. Les immigrés habitent principalement dans des quartiers en reconversion, anciennement ouvriers, où les logements sont à des prix plus abordables (districts de la Macarena, CerroAmate, Macarane Norte, etc.) et disponibles du fait d'un déplacement de nombreux autochtones vers la périphérie de Séville pour obtenir un logement individuel.

La Macarena étant le district qui regroupe le plus grand nombre d'immigrés de la ville, il n'est pas étonnant de voir un phénomène de ségrégation dans une telle zone.

En effet, comme nous l'avons décrit, la ségrégation apparaît comme un "entre-soi" n'ayant pas qu'une portée négative puisque cela amène à un soutien psychologique, à résoudre certains problèmes ou encore à élargir son réseau social. Ce phénomène peut donc contribuer à la multiculturalité qui se traduit par le fait de partager son "espace vécu" avec des personnes d'origines différentes même si cela a lieu de façon restreinte. Dans El Cerezo, nous pouvons parler de ségrégation choisie puisqu'elle se fait par affinité et donne lieu à des situations d'entraide entre personnes d'origines similaires malgré qu'elle soit influencée et donc subie par le comportement xénophobe de certains autochtones. Nous n'avons pas traité la question de la ségrégation comme elle peut être abordée dans les médias, c'est-à-dire que nous n'avons pas parlé de ghetto car ce n'est pas le cas pour le quartier El Cerezo ni pour les quartiers environnants. Nous pouvons simplement parler de regroupements communautaires qui participent à la visibilité du phénomène migratoire dans cet espace.

Par ailleurs, les questions liées à la ségrégation sont importantes pour les politiciens qui craignent d'éventuelles émeutes et situations de crise. Cela pourrait avoir lieu en cas d'affrontements non maîtrisables entre individus d'origine ou de religion différentes voire entre immigrés et pouvoirs locaux pour cause de mécontentement. Cela n'est pas sans rappeler

les violentes émeutes raciales et xénophobes d'El Ejido45 en 2000. Pour éviter les conflits et maîtriser l'immigration, la mairie de Séville a mis en place différents organismes qui traitent de ces questions. Ils ont pour objectif d'intégrer les immigrés dans la ville de Séville que ce soit aussi bien grâce au travail, au logement, à l'éducation que l'accès à la santé. Les différents services propres à l'immigration rendent visible le grand intérêt que portent les pouvoirs publics en place à ce sujet.

A cela s'ajoute les actions des organismes associatifs. Pour leur part, ils luttent davantage contre l'exclusion sociale mais aussi spatiale et pour l'égalité des droits dans un souci de justice sociale. Ils permettent également de faciliter l'intégration et d'éviter les situations conflictuelles. Voilà pourquoi, participer à la mise en avant de la cohabitation est une de leur ligne directrice qui permet d'éviter la ghettoïsation dans les quartiers multiculturels. Ces espaces sont prédisposés au phénomène de ségrégation qui lui-même peut mener au ghetto lorsqu'il n'est pas maîtrisé. Ainsi, les projets associatifs viennent souvent compléter les politiques publiques. Ils permettent d'agir directement auprès des migrants et leurs projets sont compatibles avec ceux de la mairie et de la région. Le plan pilote de la Macarena en est l'illustration.

Par conséquent, il est essentiel de combiner les actions politiques à celles des associations pour être plus à même de répondre aux attentes et besoins des immigrés en matière du "vivre ensemble" bien que ça ne soit pas suffisant pour lutter contre les discriminations. Tous les projets réalisés sont nécessaires puisqu'ils évitent que les immigrés soient "mis à côté" en essayant de les valoriser et les intégrer parmi les autochtones. Aussi, suite à cette étude nous pouvons constater qu'il faut beaucoup de temps ainsi que l'implication de nombreux acteurs (politiques, associatifs, médiatiques, etc.) pour pouvoir affirmer que les interactions entre immigrés et autochtones améliorent le "vivre ensemble" dans les espaces pluriethniques et font diminuer les discriminations. Souvent dû à la méconnaissance de certaines cultures, religions ou autres, les interactions entre individus peuvent se transformer en conflits. Ce qui est particulièrement le cas dans les espaces multiculturels. Dans ce type de lieu, il semble indiqué de ne pas être fermé à des cultures différentes dans un souci de cohabitation.

D'une part, vivre dans une société plurielle implique de cohabiter avec des individus de cultures différentes, ce qui est parfois mal perçu. D'autre part, cela suppose souvent des changements sociaux et urbains qui sont pour certains, difficiles à accepter, c'est pourquoi des

45 Ville de la Costa del Sol, département d'Almeria, en Andalousie. En février 2000, de violents affrontements ont eu lieu entre immigrés et autochtones visant essentiellement les marocains installés dans la ville.

conflits persistent. Cela concerne essentiellement les populations installées avant l'arrivée des immigrés. Si bien que, pour El Cerezo, les conflits concernent principalement les jeunes immigrés récemment arrivés et les seniors installés dans ce quartier depuis plusieurs décennies. Dans ce cas, les contestations sont essentiellement d'ordre générationnelles en lien avec l'appropriation de chacun de l'espace public. Vient s'ajouter les préjugés et stéréotypes qui engendrent une stigmatisation des immigrés. Tout cela entraîne des incompréhensions pouvant mener à des situations conflictuelles. Voilà pourquoi, dans l'objectif de limiter les querelles, les quartiers de ce type sont enclins à des fermetures ou à des contraintes dans l'usage des espaces publics. Par ailleurs, les conflits sont fréquemment liés aux représentations des habitants qui émanent des discours politiques, des journaux ou des émissions de télévision, qui s'opposent trop souvent aux intérêts et aux bienfaits du "vivre ensemble". Ces propos sont ensuite repris et interprétés par la population locale pour donner place la plupart du temps à des stéréotypes encore bien trop présent dans ce type de quartier. C'est pourquoi, les immigrés sont toujours stigmatisés et que l'action coopérative d'acteurs publics est primordiale pour tenter de mettre fin aux stéréotypes et aux dénonciations abusives. Actuellement le poids médiatique est trop important pour lutter efficacement contre les préjugés et pour une insertion rapide des immigrés dans des sociétés multiculturelles. Comme nous l'avons vu "le manque d'interaction sociale entre la population rend difficile la connaissance mutuelle et augmente la jalousie entre les uns et les autres" (VECINA MERCHANTE, 2010, p233), ce qui mène souvent à des relations conflictuelles ou tout au moins à de la méfiance. Le problème est lié à un désir d'assimilation des étrangers au lieu de vouloir les intégrer, c'est-à-dire qu'ils aient les même droits et devoirs que les autochtones tout en conservant leur culture d'origine. C'est pour cela que la présence d'acteurs associatifs est essentielle au "vivre ensemble" dans les quartiers multiculturels, elle permet, de plus, d'éviter les incompréhensions face à "l'inconnu" qui peuvent être illustrées dans les différences culturelles. Pour finir, la forte visibilité des immigrés dans le quartier El Cerezo, aussi bien par la concentration urbaine que par le nombre important de commerces ethniques, a fait qu'il est "devenu un quartier d'hyper visibilité de l'immigration" (TORRES, 2011, p. 176). Ceci contribue à générer une peur de "l'autre" perçue comme un envahisseur qui "prend la place" des autochtones ce qui engendre de la xénophobie. D'autant que les associations qui luttent contre ces stéréotypes sont parfois contrées par des discours extrémistes émanant de partis politiques radicaux tel le parti Démocrate Espagnol. Si bien qu'une des solutions pour "banaliser" la présence des immigrés est de leur laisser accès régulièrement à la scène publique. Ce qui se fait grâce à la multiplicité d'événements pluriethniques qui ont lieu tout au

long de l'année dans divers lieux de la ville. Cela augmente les situations de coprésence et les rend neutre. De plus, lors de ces festivités l'immigré n'apparaît plus comme quelqu'un qui "dérange" mais comme une personne d'intérêt au niveau de sa culture et de ses coutumes. Bien que tout le monde ne se déplace pas à ce type d'événements, se sont des moments essentiels à l'amélioration de l'image que peuvent avoir les immigrés.

Il faudrait ajouter à cela une visibilité médiatique mettant en avant les immigrés en parlant d'eux comme des voisins et non pas comme des étrangers comme c'est trop souvent le cas jusqu'à présent. Le journal fait par et pour les immigrés à Séville (De Sur a Sur) n'a pas cette portée. Diffuser régulièrement une image positive des immigrés permet de lutter contre la xénophobie et contre les discriminations raciales encore présentes dans le discours de certains sévillans mais aussi de compléter les actions des associations et des politiques publiques qui ne suffisent pas à changer les représentations et les préjugés que peuvent avoir les habitants. Cela nécessite beaucoup de temps et doit se faire à toutes les échelles aussi bien locale que nationale voire internationale pour ainsi correspondre à l'ère de la mondialisation.

Les pistes de travail pour approfondir ce sujet sont nombreuses. Nous en évoquerons une qui nous intéresse particulièrement.

Comme nous l'avons vu, El Cerezo est un quartier où la population immigrée est à majorité andine, il pourrait être pertinent d'étudier un quartier à majorité d'immigrés d'Europe de l'Est ou bien des gitans, population officiellement intégrée mais en marge de la société espagnole comme c'est le cas dans le quartier Poligono Sur

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Table des figures

GRAPHIQUES:

- Graphique 1: Evolution du nombre d'immigrés en pourcentage à l'échelle nationale et locale entre 1996 et 2006 p.8

- Graphique 2: Evolution du nombre d'immigrés en pourcentage dans les quatre plus grandes villes d'Espagne de 1996 à 2006 ....p.8

- Graphique 3: Répartition en pourcentage de la population immigrée par continents dans les quatre plus grandes villes d'Espagne en 2006 p.9

- Graphique 4 : Evolution de la population dans le quartier El Cerezo entre 2004 et 2010..p.36

- Graphique 5: Répartition des habitants immigrés d'El Cerezo par continents en comparaison avec les autochtones en 2010 p.37

- Graphique 6 : Evolution du nombre d'habitants étrangers dans le quartier d'El Cerezo entre 2008 et 2010 .p.37

- Graphique 7 : Evolution démographique des habitants du quartier El Cerezo entre 2004 et

2010 ....p.39

CARTOGRAPHIES:

- Cartographie 1: Répartition de la population d'origine étrangère dans les différents districts de Séville en 2008 p.15

- Cartographie 2: Localisation des zones défavorisées dans la ville de Séville p.20

- Cartographie 3 : Le district de la Macarena, situé au Nord du Centre Ville ..p.29

- Cartographie 4: Noms des districts de Séville et des quartiers de la Macarena .p.31

- Cartographie 5: Localisation des immigrés dans les différents quartiers du district de la Macarena en 2008 p.34

- Cartographie 6 : Plan prévisionnel des futurs lignes de métro dans le district de la Macarena
p.62

- Cartographie 7: Répartition des commerces dans la zone centrale du district de la Macarena en 2008 .p.66

- Cartographie 8 : Lieux de regroupements ethniques dans El Cerezo .p.81

PLANCHES PHOTOS:

- Planche photo 1: El Cerezo, un espace aux nombreuses barrières p.65

- Planche photo 2: Illustration de la multiculturalité du quartier: les enseignes commerciales internationales ..p.67

- Planche photo 3: Illustration de l'importance des lieux de connections entre Séville et le pays

d'origine

p.68

- Planche photo 4 : L'importance des automobiles dans le paysage urbain d'El Cerezo

p.86

- Planche photo 5 : Titres d'articles de journaux faisant référence au quartier El Cerezo

p.89

DOCUMENTS:

 

- Document : Des boat people aux appartements de fortune

p.92

ANNEXES

Table des annexes

Table des matières p.114

Cartographie A: Répartition des différents groupes ethniques dans la ville de Séville en 2008 p.116

Cartographie B: Localisation par continents, zones ou pays d'origine des immigrés présents dans les différents districts de Séville p.117

Législation et réglementation concernant l'entrée et le séjour des étrangers en

Espagne

p.118

Bilan du terrain de Mars 2011

p.120

Cuestionario

p.121

Questionnaires approfondis

p.124

Table des matières

Introduction 1

Chapitre I : Évolution de l'immigration et insertion urbaine des étrangers à Séville 6

A/ Séville: une ville « récente » d'arrivée de migrants 6

1/ Évolution de la population immigrée dans la ville 7

a/ Comparaison avec Madrid, Barcelone et Valence 7

b/ Identification des populations immigrées dans la ville de Séville 10

2/ Répartition des immigrés dans la ville 12

a/ La ségrégation: aspect majeur de la vie en communauté 12

b/ Les zones de concentration urbaine 13

c/ Localisation par nationalités 15

3/ L'influence des logements collectifs en Espagne 17

a/ Les années 1960/1970: les quartiers ouvriers 18

b/ Changements de populations : le cas du district de la Macarena 19

B / Les politiques publiques : enjeux de l'immigration 20

1/ Différences et points communs entre la Junta d'Andalousie et la Mairie de Séville 21

a/ Similitudes entre deux travaux de recherches : points de départ pour la mise en place

de nouvelles politiques publiques 21

b/Des organes politiques en désaccords 23

2/ La délégation des relations institutionnelles sur l'immigration 24

a/ Un organisme de la Mairie qui se différencie de la Junta 24

b/ Participation des immigrés dans cette délégation 25

3/ Des services publics de la mairie au service de l'immigration 26

a/ Support Minimum d'Attention à l'Immigré (SOMAÏ) : premier lieu d'accueil pour

tout immigré. 26

b/ L'Office des Droits des Immigrés (ODI) 27

C/ La Macarena : un district multiculturel 28

1/ Diversité culturelle et évolution de l'immigration 29

a/ Progression de l'immigration dans le district de la Macarena 29

b/ Les facteurs de concentration urbaine dans un district voulant répondre aux besoins

des immigrés 32

c/ Répartition hétérogène des immigrés 33

3/ El Cerezo : un quartier de concentration de populations immigrées 35

a/ Evolution du nombre d'immigrés 36

b/ De 2000 à 2010, entre changement et adaptation 38

c/ La multiculturalité: une réalité 39

Chapitre II : Enjeux et évolution de l'immigration : le cas du quartier El Cerezo 42

A/ Visibilité des immigrés à Séville, particulièrement dans le quartier d'El Cerezo 42

1/ L'investissement des immigrés dans la vie culturelle de Séville 42

a/ Les associations d'immigrés: nouvelles dynamiques urbaines 43

b/ Propositions d'événements des habitants d'El Cerezo 44

2/ Mise en avant de l'immigration dans le discours électoral 45

a/ Pression politique 46

b/ Les espaces multiculturels: enjeux des nouveaux partis politiques 47

B/ L'importance des acteurs associatifs locaux 48

1/ Les projets associatifs : enjeux de cohabitation 48

a/ Les associations humanitaires en lutte contre les discriminations et les conflits

multiculturels 49

b/ L'association des voisins en lutte contre la relégation urbaine 51

c/ L'Office des Droits Sociaux (ODS): au coeur des inégalités sociales 53

2/ Le plan pilote de la Macarena : la tentative de créer du « vivre ensemble »

collectivement. 54

a/ Définition de l'intégration 55

b/ Projets de cohabitation pour améliorer le "vivre ensemble" 56

C/ Transformations urbaines du quartier El Cerezo 58

1/ Une situation géographique avantageuse 59

a/ Un quartier proche des grands axes routiers et du centre de la ville 59

b/ Un espace perméable au sein du district de la Macarena 60

2/ Des changements urbains visibles 63

a/ L'évolution des espaces publics en espaces « fermés » 63

b/ El Cerezo : centre commercial de la Macarena 65

c/ les commerces ethniques : illustration d'un espace mondialisé 67

3/ La place de Punta Umbria: illustration des transformations urbaines et sociales 69

a/ Espace aux multiples changements 69

b/ Le parc pour enfants : espace central de la place 70

c/ Du partage à la répression 71

Chapitre III : Représentations et pratiques liées à l'immigration dans le quartier d'El Cerezo 73 A/ Effets de la multiculturalité pour El Cerezo 73
1/ Le point de vue des habitants dans leur choix et leur représentation du quartier El

Cerezo 73

a/ Les raisons de la venue des habitants dans le quartier 74

b/ Le quartier : un espace d'appropriation 75

c/ Les perceptions d'El Cerezo selon les habitants du quartier 77

2/ Ségrégation spatiale : entre espaces partagés et espaces « réservés » 79

a/ Le "vivre ensemble" dans le discours des habitants 79

b/ Lieux de rencontres et de regroupements : des différences Nord-Sud 80

B/ L'immigration comme bouc émissaire 83

1/ Un espace conflictuel 83

a/ Litiges liés à la consommation de l'eau courante 84

b/ Problèmes relatifs au stationnement 85

2/ De la réalité au stéréotype 87

a/ El Cerezo un quartier « habitué » à la présence de populations immigrées 87

b/Les immigrés stigmatisés 89

C/ Les jeunes : première cible des ONG 93

1/ Un défi multiculturel 93

a/ Le discours et les pratiques des jeunes envisagés comme solutions aux conflits

multiculturels 93

b/ Activités et sociabilité hors des temps scolaires 94

2/ Intervention dans les établissements scolaires 96

a/ La cour de récréation : espace de visibilité 96

b/Utilisation du collège durant les vacances d'été 98

Conclusion 100

Bibliographie 104

Table des figures 110

Table des annexes 113

Table des matières 116

Cartographie A: Répartition des différents groupes ethniques dans la ville de Séville en 2008

Source: Torres 2011. p.57

Cartographie B: Localisation par continents, zones ou pays d'origine des immigrés présents dans les différents districts de Séville.

Source: Mairie de Séville, Adobe Illustrator (c) Bouchet-Wacogne Matthieu

Législation et réglementation concernant l'entrée et

le séjour des étrangers en Espagne:

Politiques Espagnoles en matière

d'Immigration

Descriptif

Loi de 1984

Relative au droit d'asile et à la condition de réfugié.

Loi de juillet 1985

Loi des Droits et Libertés des Etrangers en Espagne (Ley de Extranjeria), qui porte sur l'intégration, les droits et devoirs des étrangers en Espagne. Elle a connu différentes modifications en 2000.

Régularisation exeptionnelle de 1986

Le gouvernement espagnol régularisa la

situation des étrangers, pour la première fois et de façon exceptionnelle

Loi de 1993

Première loi espagnole des quotas pour

l'attribution des permis de travail. (PERES,
1999)

Loi de 2000 et 2001

Régularisation automatique de tout étranger en situation irrégulière au bout de deux ans, elle permit la régularisation de 200 000 personnes (TANDONNET, 2003). En 2001 une seconde loi l'a modifié en portant la régularisation au bout de cinq ans.

Nouveau système de recrutement en 2001

Recrutement par quotas de métiers définis au niveau de chaque région est mis en place (idem en Italie).

Réforme du code civil en 2002

Toute personne ayant un père, une mère, un grand-père ou une grand-mère nés en Espagne peut acquérir la nationalité espagnole sans limite d'âge.

Loi de 2003

Elle impose aux étrangers extra-communautaires de se réinscrire tous les deux ans sur le registre municipal (padron). Cela a amener des immigrés a quitter l'Espagne du fait de leur situation qui n'était plus en règle.

Régularisation de 2005

José Luis Rodríguez Zapatero, chef du

gouvernement Espagnol, a régularisé 700 000 sans papiers. Son objectif est de réduire les travailleurs sans papiers et de les faire participer aux cotisations sociales (sixième régularisation exceptionnelle depuis 1986).

Loi de 2005

Elle favorise l'immigration légale mais met de
nouvelles règles restrictives à respecter. Le

 

Numéro d'Identification des Étrangers (NIE) permet de résider en Espagne, il est donnée par les autorités espagnoles. Toute personne ayant un visa ou une autorisation permettant de rester en Espagne pour plus de six mois peut en bénéficier en la demandant auprès des autorités compétentes durant le mois suivant son arrivée.

 

Cette loi met également en place de nouvelles
conditions pour limiter le regroupement familial.

 

Pour faire venir sa famille, un étranger doit avoir une autorisation de résidence, de travail et de regroupement.

Bilan du terrain de Mars 2011:

Questionnaires:

Nationalités Nombre de personnes interrogées

Espagnols 17

Camerounais 1

Nigérians 4

Ivoiriens 2

Vénézuéliens 2

Equatoriens 3

Bolivien 1

Mexicain 1

Marocains 3

Roumains 1

Total 35

Entretiens avec les habitants d'El Cerezo (9 personnes):

Prénoms des personnes interrogées Nationalités

Angelines Espagnole

Elena Espagnole

Antonio Espagnol

Christina Espagnole

Betty Equatorienne

Rober Bolivien

Carlos Vénezuelien

Zico Marocain

Alain Camerounais

Entretiens avec acteurs locaux:

Prénom Fonction Origine

Ousseynou Coordinateur Acoge Sevilla Sénégalais

Demba Médiateur interculturel Sénagalais

Cepaim

Mercedes Coordinatrice ACCEM Espagnole

Aziz Médiateur interculturel, Marocain

ACCEM

Gabi Volontaire Acoge Sevilla Equatorien

Tania Volontaire Acoge Sevilla Péruvienne

Andres Président de l'association de Espagnol

voisinage d'El Cerezo

Carlos Coordinateur ODS Espagnol

Teresa Responsable délégation de Espagnole

l'immigration

Francisco Chercheur, géographe UPO Espagnol

Maria-Angeles Chercheuse, sociologue Espagnole

Cuestionario

Soy estudiante en la universidad de Poitiers en Francia. Para llevar a cabo mi tesina necesito saber más de su vida en el barrio del Cerezo. Por favor, ayúdeme rellenando este cuestionario, es rápido, fácil y anónimo.

I/ Conocerle

1. ? Hombre ? Mujer

2. Edad: n entre 18 y29 años n entre 30 y 65 años n más de 65 años

3. Desde cuando vive en España?

n Menos de un año n de 1 a 3 años n de 3 a 5 años

n de 5 a 10 años n más de 10 anos n nacido en España

4. Cuál es su lengua maternal ?

5. En una escala de 1 a 5, Cómo valoraría su nivel de español? : (1=no habla , 5=corrientemente)

1 2 3 4 5

6. Cuál es su situación profesional?

? Estudiante n Parado

n Sin trabajo n Ama de casa

? Trabajador; puede escribir usted su profesión:

7. Con quién vive?

? Solo n En familia n Con amigos

8. Tiene niños entre 1 y 18 años? n Sí n no
8 bis. Si tienes niños escolarizados en Sevilla, qué centro escolar frecuentan?

II/ Usted y El Cerezo

9. Desde cuando vive en este barrio?

n Menos de un año n de 1 a 3 años n de 4 a 10 años n más de 10 años

10. Cómo describiría el barrio en tres palabras? -

-

-

11. Porque vive en este barrio?

12. Con qué frecuencia va en los barrios siguientes?

 

4 veces o más a la semana

De 1 a 3 veces a la semana

De 1 a 2 veces al mes

Casi nunca

Distrito de la Macarena (sin el Cerezo)

 
 
 
 

Santa Cruz y Arenal

 
 
 
 

Triana

 
 
 
 

13. Normalmente, con qué tipo de transporte va a otros barrios?

n en coche n en transportes públicos n en bici n en moto n andando

14. Está usted apuntado en un club deportivo o una asociación?: n sí n no

14 bis. Si es el caso, cuáles?

15. Le gustaría organizar eventos o actividades que pongan de relieve sus tradiciones culturales? n sí n no

15 bis.Si es el caso, de qué tipo?

III/ Usted y los habitantes del Cerezo

16. En el bloque en el que vive, tiene usted vecinos de estos orígenes?

 

Espanoles

Otros Europeos

Americanos

Latinoamericanos

Africanos

Asiáticos

SI

 
 
 
 
 
 

NO

 
 
 
 
 
 

17. Ha tenido usted problema(s) con los habitantes del barrio?

? sí ? no: puede ir a la pregunta 18

17 bis.Sí esel caso, de qué tipo?

18. Suele usted relacionarse con gente de estos origenes?:

 

Espanoles

Otros

Americanos

Latinoamericanos

Africanos

Asiaticos

 
 

Europeos

 
 
 
 

SI

NO

19. Puede situar el lugar o los lugares dónde va lo más a menudo? (mínimo: una vez a la semana): (máximo 5 lugares)

Nombres de los lugares que frecuenta:

1 :

2 :

3 :

4 :

5 :

Muchas gracias por el tiempo que ha dedicado a contestar a este cuestionario.

Si está interesado en estar entrevistado puede dejar su número de teléfono:

Questionnaires approfondis

Pourquoi avez-vous fait le choix de venir vivre ici?

Pouvez-vous me décrire l'ambiance dans votre quartier?

Que pouvez-vous dire du fait que des études décrivent votre quartier comme étant multiculturel du fait qu'il y a des habitants de différentes nationalités dans votre quartier?

Appréciez-vous le fait de vivre avec des voisins de différentes origines?

D'après certains journaux, il y aurait des conflits dans votre quartier, êtes-vous d'accord avec cela et si oui, pouvez-vous m'en parler?

Participez-vous à des actions ou événements dans ce quartier? Si oui pouvez-vous en parler?

Comment d'après vous est-il possible de "créer" du "vivre ensemble" dans votre quartier ?

 

El Cerezo

Pratiques

Contacts entre

voisins

Evénements et

Lieux symboliques

Quoi? Lesquels ?

 
 
 
 

Où? Avec Qui?

 
 
 
 

Pourquoi,

comment et quels problèmes rencontrez-vous?

 
 
 
 

Résumé :

La multiculturalité et la ségrégation sont des termes qui, dans une certaine mesure, peuvent s'opposer. Dans le référentiel commun, l'un fait davantage renvoi à des situations de pluralité tandis que l'autre se rapporte essentiellement à une mise à l'écart. Cette recherche propose d'aller plus loin dans la définition de ces concepts et de les illustrer en s'appuyant sur le quartier pluriethnique d'El Cerezo situé au Nord de la ville de Séville dans le district de la Macarena.

Par ailleurs, dans un contexte d'espace mondialisé, l'intérêt de cette recherche est de comprendre comment se fabrique le "vivre ensemble" et quelles sont les interactions entre autochtones et immigrés. Pour cela, cette étude s'intéresse aussi bien aux associations, qu'aux habitants des quartiers multiculturels mais aussi aux politiques publiques.

Mots clés : Séville, immigrés, discriminations, ségrégation, intégration, vivre ensemble, représentation, interactions, multiculturalité.

Abstract :

Multiculturalism and segregation are notions which, to a certain extent, can oppose each other. In their common usage, the first refers to situations of plurality, as the other pertains essentially to the act of isolation. This research is proposing to deepen the comprehension of these concepts, and to illustrate the findings according to the results of an empirical work led in the multiethnic neighborhood of El Cerezo, located in the district of Macarena in northern Sevilla.

Furthermore, considering the context of globalization, the focus of this study is to understand how the «living together» process is constructed, and the interactions between natives and immigrants. Consequently, equal consideration is given to the study of the local associations, of the inhabitants of the multicultural neighborhoods, and of the public policies.

Key words : Seville, immigrants, discrimination, segregation, integration, «living-together», representation, interaction, multiculturalism.

Resumen :

Multiculturalidad y segregación son dos términos que, en cierta medida, pueden oponerse. En un sentido referencial común, el primero hace más hincapié en situaciones de pluralidad mientras que el otro se relaciona principalmente con algún tipo de aislamiento. Esta investigación se propone ir más allá en la definición de estos conceptos ilustrándolos y apoyándose en el barrio pluriétnico del Cerezo ubicado en el Norte de la ciudad de Sevilla, en el distrito de la Macarena.

Además, en un contexto espacial mundializado, el interés de este estudio es entender cómo opera el «vivir juntos» y cuáles son las interacciones existentes entre oriundos e inmigrados. De modo de qué este trabajo pretende interesarse tanto en las asociaciones implicadas, como en los habitantes de barrios multiculturales, y también en las políticas públicas desarrolladas.

Palabras claves : Sevilla, inmigrados, discriminación, segregación, integración, vivir juntos, representación, interacciones, multiculturalidad.