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Ségrégation et dynamiques multiculturelles à  Séville:le cas du quartier "El Cerezo"

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par Matthieu Bouchet-Wacogne
Université de Poitiers - Master 1 migrations internationales 2010
  

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Sigles:

ACCEM: Association Commission Catholique Espagnole de Migration (Asociación Comisión Católica Española de Migración)

APDHA: Asociación Pro Derechos Humanos de Andalucía

ATIME: Association des Travailleurs Immigrants Maghrébins en Espagne CEAR: La Comisión Española de Ayuda al Refugiado

CEPAIM: Consortium des Agences de l'action globale avec les migrants (Consorcio de

Entidades para la Acción Integral con Migrantes)

CMPM: Consejo Municipal de Participación de Migrantes

CODENAF: Association de Coopération et Développement avec les pays du Nord de l'Africain

EMASES: Empresa Metropolitana de Abastecimiento et Saneamiento de aguas de Sevilla IMEDES: Instituto de Migraciones y Desarrollo Social de la Universidad Autónoma de Madrid INE: Instituto Nacional de Estadística

INSEE: Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques

MEPSYD: Ministerio de Educacion de Politica Social y Deporte

MPDL : Mouvement pour la Paix, le Désarmement et la Liberté

OBCS: Observatorio Castello Social

OCDE: Organisation de Coopération et de Développement Économiques

ODS: Office de Droits Sociaux

ODI: Office des Droits des Immigrés

ONG : Organisation Non Gouvernementale

OPIA: Observatoire Permanent de l'Immigration en Andalousie

OPIS: Observatoire Permanent de l'Immigration à Séville

PIN: Parti des Immigrés Nouvelle génération: Partido de los Inmigrantes Nueva Generación PIRUM: Partido Iberico de los Rumanos

SOMAÏ: Support Minimum d'attention à l'immigré

UPO: Université Pablo de Olavide

Introduction

Migrer est un phénomène social complexe autant pour les causes que pour les conséquences que cela implique. Les migrations ont formé et transformé les sociétés contemporaines en les rendant plurielles, c'est-à-dire qu'actuellement de nombreux espaces urbains sont composés d'habitants originaires de pays différents.

L'Espagne a été pendant longtemps un pays d'émigration. Mais depuis plus de vingt ans, il est devenu un pays d'immigration. Ce changement relativement récent s'est accru suite aux différentes vagues migratoires et n'a pas permis aux administrations publiques de se préparer à accueillir et intégrer les immigrés.

Deux particularités propres à ce pays nous intéressent car elles divergent de la situation française. Tout d'abord, l'Espagne est un pays de propriétaires, cela concerne plus de 80% de sa population. Ensuite, comme nous venons de le souligner, c'est un territoire d'immigration relativement nouveau. En effet, en 2000, les immigrés représentaient 2,1% de la population totale alors qu'en 2010 ils étaient 12,2% selon l'Institut Nationale de Statistique (INE).

Notre étude traite des conséquences de la multiculturalité dans une ville, ici Séville. Ayant eu diverses expériences en Espagne et particulièrement à Séville (études, emploi, loisirs), le choix de cette ville pour aborder notre sujet s'est rapidement imposé à nous. Par ailleurs, suite à de multiples lectures, recherches et au visionnage d'un reportage télévisé de la chaîne Canal Sur : Inmigrantes en el barrio sevillano de « El Cerezo » (Immigrés dans le quartier sévillan El Cerezo) du 29 septembre 2010 sur les problèmes de cohabitation entre autochtones et immigrés dans le quartier El Cerezo; cet espace est apparu comme étant au coeur de notre recherche. De là s'est confirmé l'intérêt que nous portons aux minorités et à leur intégration dans un espace urbain, ici El Cerezo. Certaines de ses caractéristiques en font un objet d'étude intéressant. Tout d'abord, il est situé au coeur de la Macarena, district où se trouve le plus grand nombre d'immigrés à Séville. Ensuite, ce quartier est celui qui dénombre le plus grand chiffre d'habitants d'origines étrangères de façon relative. Enfin, c'est la zone où il y a le plus de commerces au mètre carré.

Se concentrer sur cet espace pour analyser la question de l'articulation ségrégation-
multiculturalité permet d'aborder les quartiers multiculturels depuis un cas concret et de se

positionner dans le processus de recomposition sociale du district de la Macarena durant les dix dernières années.

L'étude de cas prend tout son sens par le biais de la diversité ethnique et des évolutions récentes dans El Cerezo. "On réaffirme là le lieu comme une relation d'expériences entre le sujet et le focus, un lieu en constante évolution, de par ses « effets multiples » et son fonctionnement particulier, il doit rester au centre des recherches géographiques" (ROZENHOLC, 2010, p.26).

Concrètement, l'apport de cette recherche se trouve principalement dans l'échelle choisie, celle d'un quartier : El Cerezo, se trouvant au Nord du centre ancien de la ville. En cela, elle se démarque des recherches effectuées récemment sur les thèmes de la ségrégation et du "vivre ensemble" dans des espaces multiculturels tels les travaux des chercheurs et professeurs Maria Angles Huete Garcia (tutrice de stage) et Francisco Jose Torres Gutierrez. En effet, ces deux personnes ont effectué avec des équipes de chercheurs, des travaux sur des thèmes similaires mais pour des destinataires différents (l'un pour la mairie de Séville et l'autre pour la communauté autonome d'Andalousie). La première travaille dans le département de sociologie et le second dans celui de géographie de la faculté Pablo de Olavide à Séville. Ils ont permis de restructurer notre étude et de mettre en avant son aspect innovant. C'est pourquoi ce sont des ressources incontournables à la rédaction de ce mémoire. Or, leurs recherches s'inscrivent dans des échelles géographiques macroscopiques en étudiant des phénomènes de ségrégation et de multiculturalité de manière générale et non microscopique dans le sens d'une étude de cas en particulier comme il est question dans notre sujet.

Comme nous le verrons, s'installer dans un quartier se fait par choix ou par contrainte, suivant des critères personnels (coût, amis, famille, proches, situation géographique, etc.). Une fois installée, chaque personne va s'approprier l'espace dans lequel elle vit, l'appartement, l'immeuble, les rues et les espaces publics. Accepter « l'autre » est souvent difficile, c'est ce que nous verrons dans le quartier El Cerezo. Afin de rendre compte de ce qui est mis en place pour développer le "vivre ensemble" au sein de ce quartier, nous nous attacherons aux actions et projets des acteurs qui agissent au niveau local (mairie, région, associations, etc.) en lien avec les habitants. Nous partons ici du postulat que dans le quartier étudié, les immigrés sont victimes de discrimination et de ségrégation. Cela nous amène à poser l'hypothèse suivante:

La mise en place de projets d'interactions multiculturelles entre autochtones et immigrés permet de faire face aux discriminations.

En partant de ces idées préconçues, nous avons pu élaborer notre étude en nous intéressant particulièrement aux associations humanitaires et politiques publiques. Ceci nous a ensuite mené à un questionnement principal qui a guidé nos recherches et qui nous amènera à valider une problématique par la suite. Cette question est:

De quelle façon les politiques publiques et les acteurs associatifs luttent-ils contre le phénomène de ségrégation et qu'est-ce que cela implique de vivre dans un espace multiculturel?

Nous chercherons à savoir si les immigrés sont intégrés parmi les autochtones ou s'ils sont mis à l'écart. Voilà pourquoi cette étude a pour objectif de s'inscrire dans l'analyse des phénomènes de ségrégation et de connaître les politiques publiques et projets associatifs qui tentent de créer du « vivre ensemble ».

En conséquence, l'étude de terrain effectuée en mars 2011 a été le moyen de confronter la réalité à notre hypothèse et de mettre à l'épreuve nos outils conceptuels1. Durant cette période, nous avons pu rencontrer les acteurs intervenant sur les questions de cohabitation dans le quartier et pour la ville de Séville tels que Teresa Maqueda, qui est responsable de la délégation des relations institutionnelles relatives à l'immigration ; Mercedes, qui est coordinatrice de l'Association Commission Catholique Espagnole de Migration (ACCEM) ou encore Ousseyma, coordinateur de la fondation Sevilla Acoge. Ces deux Organisations Non Gouvernementales (ONG) interviennent sur les problématiques liées au « vivre ensemble » tout comme la fondation Cepaim qui illustrera également notre recherche.

C'est pourquoi, durant ce mois passé à Séville, nous nous sommes rendus quasiment chaque jour dans le quartier El Cerezo pour observer ses fonctionnements et voir quelles sont les interactions entre habitants. Cette phase d'observation fût nécessaire afin de s'immerger dans cet espace, de prendre des habitudes et d'être visible. En l'explorant, il fût possible de se rendre compte des pratiques sociales (convivialité, exclusion, etc.) et spatiales (ex: lieux de regroupements, d'interactions) propres à ce quartier. Cela a permis d'élaborer une carte du quartier où sont répertoriés les lieux de regroupements ethniques.

1 Nous avons fait le choix de développer l'argumentaire théorique au fur et à mesure de notre composition.

De surcroît, fréquenter différents commerces du quartier et y interroger les employés fût aussi enrichissant dans le sens où cela a été l'occasion d'obtenir des témoignages sur les évolutions du quartier, particulièrement depuis les années 2000 ainsi que de percevoir les discriminations entre les habitants. Par ailleurs, rencontrer les gens qui vivent ou interviennent dans ce quartier aura permis de leur proposer de répondre à notre questionnaire et parfois de continuer avec des questions plus approfondies. Il n'en reste pas moins qu'aborder des individus n'est pas une chose facile, nous avons été confrontés à différents refus de personnes ne voulant pas remplir de questionnaire ni discuter de la diversité culturelle présente dans le quartier. Les réactions furent diverses en fonction du groupe ethnique des personnes interrogées ce qui permet d'effectuer une typologie. Nous verrons les limites de notre terrain au cours de notre développement.

Enfin, la prise de nombreuses photographies a également permis d'illustrer les sujets évoqués dans notre recherche. Elles apparaissent comme les révélateurs des changements et des recompositions urbaines du quartier. Un de ces changements pourrait être l'apparition, il y a deux ans, d'un local partagé par des membres de l'association Acoge et d'autres de la Cepaim sur la place principale du quartier El Cerezo (place Punta Umbria). Les deux associations ont des projets similaires, particulièrement en ce qui concerne l'immigration (intégration, respect des droits, accès à la citoyenneté, etc.). Ce lieu est d'un grand intérêt puisqu'il est révélateur d'un besoin en terme de médiation culturelle mais également au niveau de l'accompagnement réalisé par les membres de ces associations auprès des habitants du quartier (ex: aide pour constituer des papiers, trouver un travail, régler les conflits). Il fût possible d'interroger trois membres de l'association Acoge (Gabi, Sonia et Ousseynou) et un membre de Cepaim (Demba) ce qui nous a permis de cerner leurs actions et intentions au niveau d'El Cerezo mais également au niveau du district de la Macarena dont il fait partie.

De plus, ayant effectué ce terrain en mars 2011, deux mois avant les élections municipales à Séville, il a été possible d'ouvrir notre recherche à une dimension politique concernant l'utilisation de la multiculturalité dans le discours électoral.

Nous allons à présent voir l'évolution de l'immigration à Séville, les conséquences des arrivées récentes et les propositions des politiques publiques. Pour cela nous utiliserons principalement les statistiques de l'INE (Instituto Nacional de Estadistica) afin de connaître la population habitant à Séville et plus particulièrement dans le district de la Macarena (nombre, nationalités et évolutions). Nonobstant, cela reste une source insuffisante puisque ces chiffres ne concernent que les personnes inscrites en mairie "empadronados" .

Puis, nous aborderons l'insertion socio-spatiale des immigrés dans le quartier d'El Cerezo en nous intéressant particulièrement aux projets associatifs et aux transformations urbaines.

En dernier lieu, nous nous consacrerons aux pratiques et interactions des habitants dans leur quartier ainsi qu'à leurs représentations et à l'image que les médias renvoient d'El Cerezo. Nous essayerons de comprendre comment se construisent des conflits dans ce type d'espace et de quelle façon les acteurs de la vie associative tentent de mettre en place un "vivre ensemble".

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