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Contribution à l'histoire économique du Soudan Français, le commerce colonial de 1870 à 1960


par Djibril Issa Niaré
Université de Bamako Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines (FLASH) - Maitr??se 2003
Dans la categorie: Histoire
   
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    MINISTÈRE DE L'EDUCATION NATIONALE République du Mali

    UNIVERSITÉ DE BAMAKO Un Peuple-Un But-Une Foi

    FACULTÉ DES LETTRES, LANGUES, ARTS, ET SCIENCES

    HUMAINES (FLASH)

    DER Histoire-Archéologie

    MEMOIRE DE MAITRISE 

    Thème :

    CONTRIBUTION À L'HISTOIRE ÉCONOMIQUE DU SOUDAN FRANÇAIS :

    LE COMMERCE COLONIAL :

    1870-1960

    Présenté et Soutenu par : Djibril Issa Niaré

    Directeur de Mémoire : Mr Mamadou Sow Date de Soutenance : /19 / 04/ 2007/

    Membres du Jury :

    M: Dr Idrissa MAIGA

    Mr : Dr El Mouloud YATTARA

    Promotion 1999 - 2004

    INTRODUCTION

    Cette étude fait une description du commerce colonial : ses causes, ses acteurs (avec leurs rôles), son mode de fonctionnement, les produits commercialisés et son impact (historique, économique, démographique ou social)

    Nous devons comprendre que l'histoire est un processus continu. Ainsi le commerce colonial découle d'une évolution, c'est-à-dire que d'autres événements l'ont engendré. Le phénomène qui l'engendra directement est la traite négrière, car de la cessation de celle-ci, il naquit. La traite négrière est la première forme de commerce régulière qui exista entre l'Europe et l'Afrique après l'invention des outils permettant d'entreprendre des voyages à longue distance.

    Après l'interdiction de la traite négrière, ses différents acteurs se convertissent dans une nouvelle forme de commerce, la nature ayant horreur du vide.

    La conquête coloniale, la colonisation et la réorganisation des colonies ont été décisives pour le commerce colonial. Cette réorganisation touche beaucoup de domaines, d'abord le contrôle militaire de la zone puis le cadre administratif, le cadre fiscal, le cadre législatif, le cadre organisationnel. Elle devrait faciliter également la réalisation des infrastructures permettant la fluidité du commerce français florissant. Le commerce colonial, après ces différents phénomènes qui l'ont introduit, ne pouvait que retrouver un terrain favorable à son plein épanouissement. Ce commerce s'effectuait par un mécanisme bien agencé. Un réseau était ainsi organisé. Il comprenait les maisons de commerce et leurs ramifications et les acteurs animant le réseau. Les maisons de commerce sont des compagnies généralement européennes, qui pratiquent leur activité dans l'espace ainsi organisé à leur gré par la métropole. Il existait des grandes et des petites maisons de commerce, en fonction de leur statut juridique ou fiscal et en fonction de la capacité de brassage d'affaire. Ces maisons disposaient des ramifications. Les ramifications allaient des comptoirs (principales représentations de la maison de commerce), aux colporteurs (derniers distributeurs du produit), passant par les succursales, les factoreries et les points de vente tertiaires (les étalagistes).

    Quant aux acteurs animant les maisons de commerce, ce sont les personnes qui y travaillent. On peut les diviser en trois principaux groupes, à savoir : les Européens, les Syro-Libanais ou Libano-Syriens ou encore les Lévantins, et les indigènes. Les Européens sont ceux qui tiennent les comptoirs de la maison. Ils sont soit issus de la famille d'un actionnaire important du groupe ou issus du cercle restreint des proches de ceux-ci. Ils entretenaient d'étroites relations avec les gouverneurs qui les soumettaient à une surveillance secrète et une fiche de renseignement qui permettait de donner d'amples informations sur eux. Ils étaient tous fichés. Les Syro-Libanais ou Libano-Syriens ou Lévantins sont des migrants venus des territoires français de l'Orient (d'ou leur nom de Lévantins), il s'agit du Liban et de la Syrie. Ils sont majoritairement chrétiens. Ils ont servi au début comme intermédiaires dans les maisons de commerce européennes. Avec la pratique de cette activité, ils parviendront à créer des maisons pour eux-mêmes avec les capitaux ainsi générés. Ces sociétés que les Syro-Libanais ont créées par la suite n'ont pas la même taille que les européennes. Leur profusion fut surtout favorisée par le départ de certains Européens pour des raisons de crise (crise économique de 1929, Première et Deuxième Guerre Mondiale). Ils livrèrent une concurrence rude aux Européens. Le groupe des indigènes est constitué par des Soudanais (Soudan Français) et des Wolofs. On les appelle les `'Dyula''. Ceux ci sont des courtiers, les colporteurs, de véritables navettes des maisons de commerce. Quelques rares d'entre eux créeront des maisons de commerce pour leur propre compte, avec les capitaux qu'ils ont constitués. Cette situation survint à la veille des indépendances et après les indépendances, car des maisons de commerce y rentreront en Europe.

    Le commerce colonial consistait en deux principales opérations : l'importation et l'exportation. L'importation consistait à introduire au Soudan Français des produits issus de la France (métropôle coloniale), des colonies voisines (françaises et anglaises) et d'autres pays (pays européens et latino-américains). Ces produits étaient généralement industriels. Parmi ceux-ci, nous citerons les alimentaires, les textiles, les verreries, les matériaux de construction, etc. L'importation introduit des produits jadis méconnus en Afrique. L'exportation concernait des produits dont l'exploitation avait un caractère de traite. Les différents produits indigènes destinés à l'exportation observent un cycle périodique dans l'année. Toute la machine d'intermédiaires intervenait pendant ces périodes. Ces produits sont essentiellement issus de l'agriculture, de l'élevage, de la cueillette, de la chasse, du ramassage et des mines. Les unités de transformations étaient quasi absentes. Les ramifications des maisons de commerce se chargeaient de la vente des produits importés et l'achat des produits destinés à l'exportation. A ces niveaux du réseau commercial, les intermédiaires (`'Dyula'' et Syro-Libanais) étaient très importants et incontournables.

    Le commerce colonial se pratiquait sur des voies de communication qui connaissent une grande diversité. Ces voies allaient des chemins de fer aux voies routières passant par les voies fluviales. Le chemin de fer était la première voie de communication du point de vue du volume de marchandises transportées de la côte au Soudan Français. Le principal chemin de fer était le Dakar-Niger achévé en 1924. Il relie la côte à l'intérieur du Soudan Français. La voie fluviale est la seconde voie de communication après le chemin de fer selon le même critère. Il existe ici deux principaux cours d'eau qui se prêtent à la navigation. Il s'agit du fleuve Sénégal et du fleuve Niger. Le fleuve Sénégal fut la porte d'entrée principale des Français dans le Soudan Français. Il est navigable de Saint-Louis à Kayes. Des bateaux à vapeur sont déjà fréquents sur le Sénégal au début du XXème siècle. Le Niger offre une possibilité de navigabilité en deux directions, à savoir le Nord (Koulikoro- Tombouctou) et le Sud (Bamako-Kouroussa). Il connait la fréquence des pirogues aménagées avec les progrès de la mécanique en pinasses. Les voies routières constituent la continuité des voies ayant servi le commerce des grands empires du Soudan Occidental (Wagadu-Ghana, Mali et Songhay). Elles connaissent la fréquence des piétons, des camions et d'autres moyens de locomotion tractés par les animaux.

    Les régions s'échangeaient des produits : de Saint Louis et Dakar (les points de départ du commerce colonial), à Tombouctou (son aboutissement). Certaines régions étaient défavorisées par rapport à d'autres dans cet échange. Ainsi le Sud recevait l'essentiel de ses produits des colonies voisines, qu'elles soient françaises ou anglaises. Les produits européens comme les produits africains arrivaient dans toutes les régions qui y participaient. Des centres jadis importants sur le plan commercial perdirent leur éclat avec le basculement des directions du commercial, tel fut le cas de Tombouctou. La monnaie utilisée était celle de la métropôle (la France). Cette monnaie s'impose après l'élimination des autres monnaies et des autres formes d'échange, respectivement, les cauris et les pièces venues des comptoirs autrefois négriers ainsi que le troc.

    Le commerce colonial causa des conséquences sur le plan socio-économique, historique, politique et démographique. Ses déplacements de populations au gré des zones de production des cultures destinées à l'exportation, causèrent des problèmes sociaux avec l'intégration de celles-ci en certains endroits. Les infrastructures réalisées furent un acquis, mais leur réalisation fit une hécatombe. Les travaux de réalisation de ces infrastructures revêtaient un aspect de force. L'exportation massive des produits pendant les Guerres Mondiales, provoqua des famines. A la suite des catastrophes engendrées par ces famines des efforts sanitaires sont déployés par des consciences humanistes. La dépendance de l'Afrique vis à vis de l'Occident est accentuée. Les cultures ainsi exportées suscitèrent des intérêts qui ont permit aux pays du Soudan Occidental de les mettre au centre des préoccupations. Elles occupent de nos jours une place de choix dans l'économie de ces pays. L'arriération de l'Afrique est aggravée également.

    Sous un angle critique, nous constatons que le commerce colonial a mis en place des mécanismes qui devraient défavoriser l'Afrique dans le concert des nations. Ces mécanismes permirent aujourd'hui de maintenir la dépendance de l'Afrique à l'Occident ou la continuité de la colonisation : c'est le néo-colonialisme.

    PREMIERE PARTIE :

    ORIGINES ET FACTEURS DECISIFS DU COMMERCE COLONIAL

    CHAPITRE I :

    LA TRAITE NEGRIERE, ORIGINE DU COMMERCE COLONIAL

    L'esclavage est l'une des plus vieilles pratiques de l'humanité. Il a des origines dans l'Antiquité. Il est pratiqué dans toutes les parties de la terre peuplées par l'espèce humaine. Il s'effectue sur plusieurs échelles : au sein d'un royaume, au sein d'un empire, au sein d'une sous-région, au sein d'un continent et au sein d'un espace intercontinental. L'Afrique ne fait pas exception. Elle connut une forme très importante avec une particularité tant historique, économique, sociale que politique sinon géopolitique.

    Il est convenu d'appeler cette forme Traite Négrière. La traite négrière était pratiquée en direction de plusieurs grands axes, créant ainsi deux cas : la traite orientale et la traite atlantique.

    La traite orientale était pratiquée en grande partie dans l'Océan Indien, la Mer Rouge et la Méditerranée. Elle consistait à amener d'Afrique les esclaves noirs pour le Proche-Orient et les pays occidentaux bordant la Méditerranée.

    Quant à la traite atlantique, qui retient surtout notre attention, elle était pratiquée dans l'Océan Atlantique. Elle débuta à partir du XVème siècle et prit fin dans la seconde moitié du XIXème siècle. La traite atlantique consistait à acheter des esclaves noirs africains en Afrique, pour les vendre sur le continent américain principalement et l'Europe d'une manière relativement faible. L'itinéraire de ces négriers (marchands d'esclaves noirs) avait trois grands pôles : l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. D'Europe, ils s'approvisionnaient essentiellement en produits manufacturés européens (verreries, textiles, alcools, friandises, etc.) qui étaient vendus et échangés contre captifs. Ces derniers (les esclaves) étaient vendus en Amérique et aux Antilles pour répondre à la demande en main-d'oeuvre principalement dans les plantations de canne à sucre, de coton et de café. D'Amérique, les marchands s'approvisionnaient en grande partie en épices et des matières premières pour l'industrie textile. Ces produits étaient vendus en Europe.

    La traite négrière plongea l'Afrique dans une situation sans précédent, créant ainsi la méfiance entre les différentes entités politico-ethniques, favorisant un désordre conjugué à une instabilité et une insécurité qui s'intensifia progressivement de manière croissante. Elle fut causée principalement par l'esprit d'aventure des Européens, la recherche par ceux-ci des bras valides pouvant satisfaire les besoins en main d'oeuvre du nouveau monde dont la puissance réside dans l'agriculture et la recherche pour l'Europe d'une population active servile assumant les tâches domestiques.

    La traite permit au monde occidental de se développer tout en amorçant une croissance économique qui suit le processus irréversible de la mondialisation. L'Europe acquit par la suite une hégémonie économique, politique et culturelle. L'Amérique bénéficia d'une population très active bâtissant de véritables infrastructures économiques permettant de préparer une longue et solide puissance économique.

    Quant à l'Afrique, qui fournit les esclaves, elle fut dépouillée d'une de ses principales richesses que constituent les bras valides et les femmes en âge de procréer. Comme conséquences psychologiques, la traite amorce chez l'Africain un sentiment de surestimation de l'homme blanc. Les différentes entités politico-ethniques ou étatiques se lancent dans une situation de cahot très accentuée. Ces différents facteurs appauvrissent considérablement l'Afrique.

    Cette traite balise le terrain pour les relations économiques entre l'Afrique et l'Occident. A partir des voyages de reconnaissance est apparue la traite négrière, à partir de cette traite est apparu le commerce colonial, et ce commerce colonial enclenche les relations économiques modernes entre l'Afrique et le reste du monde que nous vivons aujourd'hui. Tous ces phénomènes et ces relations sont classés de manière inévitable dans le processus de mondialisation enclenché depuis l'Antiquité.

    Ainsi, la traite négrière apparaît comme un facteur prépondérant dans l'avènement du commerce colonial. Le commerce colonial est la suite historique du processus enclenché par la traite négrière. Plusieurs jalons posés rendent aisés la compréhension de ce point de vue. La pratique régulière de la voie maritime Europe-Afrique favorisa une bonne connaissance de l'Afrique. Les infrastructures commerciales (comptoirs commerciaux), la commercialisation à petite échelle de certains produits africains (peaux et produits végétaux) parallèlement au commerce d'esclaves, le contact permanent avec les peuples africains ne pouvaient que préparer un terrain favorable à la pratique du commerce colonial qui était déjà latent. La cessation de la traite négrière est en soi un début logique pour le commerce colonial car l'Europe en quête d'une dynamique de croissance économique concevait l'Afrique comme un déboucher et aussi il fallait trouver un substitut à l'esclave comme marchandise. Notons qu'à cette période les progrès technique et scientifique avaient propulsé en avant l'industrie européenne qui était jadis « artisanale » en créant une surproduction. Puisque ce surplus devrait être écoulé, l'Afrique répondait à ce besoin, d'autant plus qu'une relation de sujétion était établie. L'événement qui consolida cette relation de sujétion est la conquête coloniale et la colonisation.

    CHAPITRE II :

    FACTEURS POLITIQUES DU COMMERCE COLONIAL : PENETRATION COLONIALE ET COLONISATION

    1- Pénétration coloniale :

    A partir de 1878 les premiers canons de la conquête coloniale retentissent à Sabuciré du Logo. Et  la machine infernale de la France fait tomber tour à tour les centres importants de la résistance ouest africains, plus particulièrement du Soudan Occidental : Le Fouta d'El Hadj Omar Tall, Le Cayor de Lat Dior Diop, le Bélédougou de Koumi Diossé le Wasulu de l'Almamy Samory, le Kénédougou des Traoré, etc.

    A partir de 1850 les bases de la conquête politique du Soudan Occidental sont jetées. De la côte sénégalaise la France s'apprête a donner le coup d'envoi de sa machine militaire. Elle entre à partir de Saint Louis (créé en 1638) et plus tard Dakar (créé en 1862). Les Français suivent le cours du fleuve Sénégal. Ils se mettent à construire des infrastructures militaires, essentiellement les forts dont les plus importants sont : Ceux de Médine et de Dakar. Celui de Médine fut construit de 1855 à 1857. L'artisan de cette politique est le Général Louis Léon César Faidherbe (1818-1889), énergique conquérant de l'empire colonial Français naissant.

    Faidherbe ne manque pas de tact et de moyen pour accomplir sa difficile mission. Il se heurta à la réticence du pays wolof et de leurs voisins. Le cas le plus illustrant est celui des Toucouleurs conduits par El Hadj Omar Tall.

    A cette époque la France organise ces territoires. Depuis le XVIIème siècle quelques factoreries et points de vente européenne sont installes dans le Haut-Fleuve ou Haut-Sénégal. Selon Maurice Delafosse depuis 1867, des tentatives de commerce français dans la région sont menées, ce qui justifiait la construction du fort de Médine1(*).

    Faidherbe en ces termes disait :  « Nous ne pouvions accepter ces conditions, car faire le commerce sans protection avec les barbares est une chose reconnue impossible depuis longtemps. Aussi loin d`abandonner et de démolir nos forts, nous crûmes nécessaire d`en créer un nouveau, plus avancé que tous les autres, à Médine, pour éloigner notre frontière de Bakel et sauver si c`était possible l`important commerce de ce comptoir. »

    Cela traduit la tension entre les Français et les résistants africains, ils croyaient tous au début que les Français venaient juste pour commercer sans pourtant perturber leurs droits de douanes ou de coutumes. Les Français eux n`admettaient pas que la pratique du commerce par leurs ressortissants soit empêchée par les droits de douane ou coutumes très pesants. Alors le seul moyen de favoriser la libre circulation des marchands et de leurs marchandises, était de passer a la conquête politico-militaire afin de détenir tous les facteurs de décision. C`est ce que va faire la France. A partir de cette époque la situation politique est très déterminante et très favorable à la France.

    2- La réorganisation dans les colonies ou colonisation :

    Apres la conquête, la France réorganise ses colonies. Cette réorganisation touche plusieurs domaines : administratif, fiscal, commercial et militaire. Ce processus débute depuis la France. Les colonies étaient d`abord gérées par le ministère de la Marine. En1889, le Sous-secrétariat d`Etat aux Colonies est crée dont le premier responsable est Eugène Etienne. Ce Sous-secrétariat d`Etat est rattaché au Ministère du Commerce. En 1894, le Ministère des Colonies est créé.

    a-Sur le plan administratif :

    La France va procéder à une division administrative. D`abord le Sénégal est divisé en quatre communes principales qui sont Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis. Le Soudan sera divisé en cercles qui seront divisés en subdivisions et les subdivisions en canton.

    Les Cercles sont au nombre de dix-sept à savoir :Kayes, Bafoulabé, Kita, Bamako, Nioro, Goumbou, Sokolo, Satadougou, Sikasso, Ségou , Koutiala, San , Djenné, Mopti, Issa-Ber ou Niafunké, Bandiagara et Tombouctou plus tard en 1911. Les Cercles sont dirigés par des Commandants civils ou militaires. Ils étaient instruits et rendaient compte au Lieutenant-gouverneur du Soudan Français siégeant à Bamako. Les chefs des subdivisons étaient des administrateurs le plus souvent civils. Quant aux chefs de cantons ils étaient des indigènes et choisis dans le groupe des chefs de village constituant le canton.

    Cette administration travaillait étroitement avec des gardes affectés à leur compte. Parmi ceux-ci l'on pouvait retrouver et des indigènes, et des Français. Ces indigènes étaient recrutés parmi les soldats qui avaient servi dans l`armée française au moment des batailles de pénétration. Ils se sont rendus célèbres tristement a travers la terreur qu`ils semaient au sein de la population

    b. Sur le plan fiscal :

    1900, déjà la conquête militaire du Soudan Occidental est presque achevée, à partir de 1895 la France crée l'A.O.F.(l'Afrique Occidentale Française), un gouvernement général dirigé par un gouverneur regroupant huit territoires a savoir la Côte d'Ivoire, le Dahomey, la Guinée, la Haute Volta, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Soudan. Le siège du gouvernement était à Dakar

    La France organise également ses colonies sur le plan fiscal. Le décret du 14 Avril 1905 fixa les tarifs douaniers dans les colonies. Au titre du même décret un bureau des douanes est ouvert à Kayes le 17 octobre 1907. La tarification était beaucoup plus souple dans l`A.O.F. par exemple la gomme était taxée à 30F la tonne, les peaux à 100F la tonne, et le coton exempt de droit de douanes. Pour l`entrée en France, certains produits étaient admis en franchise. Parmi ceux-ci nous avons la gomme, les peaux, le karité, la laine et le caoutchouc. Les territoires qui bénéficiaient de cette déréglementation étaient : La Guinée, la Mauritanie, le Niger et le Soudan. Ils constituaient la `'Zone libre `'

    Toutes les marchandises entrant dans l'A.O.F. non originaires de la Métropole étaient surtaxées. Cette mesure traduit les politiques protectionnistes de l'époque devant la surproduction agricole et industrielle européenne et américaine. Le protectionnisme se définit comme les mesures adoptées par un Etat, pour protéger ses frontières à l'entrée des marchandises étrangères. Ainsi les produits alcooliques sont prohibés à l'entrée, mesure qui n'empêche pas leur entrée.

    Les impôts procèdent à la classification des commerçants. Il y avait sept classes de commerçants et les plus importantes étaient les trois premières. La première était constituée par les représentations principales des grandes maisons de commerce et des grands négociants, les banques, les importateurs et les exportateurs en gros. Ils payaient un impôt de 1500f et 12% de leur chiffre d'affaire. La deuxième classe était constituée par les commissaires en marchandises, les agents de douane, les entrepreneurs de travaux publics, les entrepreneurs des transports eau et terre, l'importateur en gros ou l'exportateur en gros, la succursale d'une maison de commerce ou d'un négociant. Cette classe payait un impôt de 1000f et 10% de leur chiffre d'affaire.

    La France avait fixé des impôts pour tous ceux qui intervenaient dans le circuit économique. Ainsi les exploitants de carrière devraient payer un impôt de 5F par ouvrier et 10% de leur chiffre d'affaire. Pour les fabricants de briques, de carreaux, de ciment, de poteries, de tuiles, de tuyaux, etc., l'impôt était 10F par ouvrier. Un impôt de 10F par hectolitre de capacité brute des alambics et 3F par hectolitre de capacité brute des bassines pour les fabricants distillateurs et liquoristes. Un impôt de10F par ouvrier travaillant dans les usines d'égrenage était payé, et 10F par cheval-vapeur de force motrice pour les machines et tout autre engin.

    c - Sur le plan commercial :

    Sur ce plan la France pose les jalons indispensables pour un commerce consistant. D'abord les premières réalisations furent la création de deux chambres de commerce. La première vit le jour en 1884 sous le nom de `'Chambre de commerce Française de Kayes -Médine `' son siège est à Kayes. La deuxième vit le jour le 04 janvier 1896 sous le nom `'Association des Commerçants et Employés de Commerce du Soudan Français `'.Son siège est à Bamako.

    Beaucoup de difficultés se sont posées pour la fixation des prix. Les difficultés sont dues à la distance et les facteurs liés au transport. Pour cela le colonisateur avait pris des mesures palliatives. L'on tenait désormais compte du coût élevé de transport et les voies de communication. Ainsi l'arachide achetée à Kayes était plus chère pour le traitant que celle achetée à Bougouni ou à Dioïla. Cela se comprend aisément dans la mesure où la différence du prix est compensée dans le transport. Le traitant pouvait imposer son prix en fonction de la zone dans laquelle il opère. L'acheminement des produits vers la côte sénégalaise revenait un peu cher. La France avait uniformisé les prix établissant ce qu'on appelle les Mercuriales une mercuriale est une liste comportant le prix des articles vendus sur le marché. Ainsi en 1910 il y avait deux mercuriales une à Kayes et une à Bamako.

    La MERCURIALE de KAYES à la date du 1er JUILLET 1910

    PRODUITS EUROPEENS

     

     

    Produits

    Unités

    Prix

    Guinée

    Pièce de 15 mètres

    7 Francs

    Toile blanche

    Pièce de 30 mètres

    15 Francs

    Guinée Chandoer

    Pièce de 15 mètres

    9 Francs

    Liménéas

    Le mètre

    1 Franc

    Toile de Vosges

    Pièce de 30 mètres

    15 Francs

    Sucreton

    Pièce de 30 mètres

    14,50 Francs

    Ambre faux

    La boule

    2 à 5 Francs

    Perles

    La filière

    0,30 à 0,50 Franc

    Farine

    Le kg

    1 Franc

    Sucre

    Le kg

    0,80 Franc

    Vin

    Le litre

    1 Franc

    Cognac

    La bouteille

    7 Francs

    Absinte

    Le litre

    4,50 Francs

    Pétrole

    Le litre

    0,50 Franc

    PRODUITS INDIGENES

     

     

    Produits

    Unités

    Prix

    Mil

    Le kg

    0,15 Franc

    Maïs

    Le kg

    0,15 Franc

    Arachides

    Le kg

    0,20 Franc

    Haricots

    Le kg

    0,20 Franc

    Huile d'arachides

    Le litre

    1,50 franc

    Kolas

    Ensemble de 1000 noix

    100 Francs

    Sel

    La barre

    11 Franc

    Beurre de Karité

    Le kg

    1 Franc

    Pagnes

    La pièce

    4 à 10 Francs

    Couverture de Ségou

    La pièce

    15 à 20 Francs

    Couverture de laine

    La pièce

    5 Francs

    Bandes de coton

    Le mètre

    0,10 Franc

    Gomme

    Le kg

    0,35 Franc

    Coton

    Le kg

    0,30 Franc

    Chevaux

    Tête

    200 à 300 Fr

    Boeufs

    Tête

    25 à 75 Francs

    Boeufs porteurs

    Tête

    60 à 100 Francs

    Moutons

    Tête

    3 à 10 Francs

    Boeufs pour bouchérie

    Le kg

    4 à 5 Francs

    Moutons pour boucherie

    Le kg

    1,25 Franc

    Riz

    Le kg

    0,30 Franc

    Miel

    Le kg

    1 Franc

    Tabac

    Le kg

    0,20 Kg

    Peaux de boeufs

    Le kg

    1 Franc

    Peaux de moutons

    Le kg

    0,50 Franc

    Peaux d'agneaux

    Le kg

    0,75 Franc

    Or

    Le gramme

    3 Francs

    Samara

    La paire

    2 à 5 Francs

    Indigo

    Le kg

    1Franc

    Anes

    Tête

    40 à 60 Francs

    Poule

    Tête

    0,50 à 1 Franc

    Canard

    Tête

    2 à 5 Francs

    La MERCURIALE de BAMAKO à la date du 01er juillet 1910

    PRODUITS EUROPEENS

     

     

    Produits

    Unités

    Prix

    Farine

    Le kg

    1,50 Franc

    Sucre

    Le kg

    1,50 Franc

    Café

    Le kg

    1,50 Franc

    Huile

    Le litre

    4,25 Francs

    Vinaigre

    Le litre

    2,50 Francs

    Poivre

    Le kg

    3,25 Francs

    Sel

    Le kg

    0,25 Franc

    Vin blanc

    Le litre

    2,25 Francs

    Vin rouge

    Le litre

    1,75 Franc

    Roume

    Le mètre

    0,50 Franc

    Bazin

    Le mètre

    0,75 Franc

    Percale

    Le mètre

    0,75 à 1 Franc

    Andrinople

    Le mètre

    1 Franc

    PRODUITS INDIGENES

     

     

    Produits

    Unités

    Prix

    Mil

    Le kg

    0,20 Franc

    Riz

    Le kg

    0,40 Franc

    Sel en barre

    La barre

    15 à 20 Francs

    Arachides

    Le kg

    0,12 Franc

    Huile

    Le litre

    1 Franc

    Tabac

    La charge

    0,30 Franc

    Beurre de Karité

    Le kg

    0,30 Franc

    Sel en vrac

    Le kg

    0,25 Franc

    Bandes de coton

    Le mètre

    0,40 Franc

    Couvertures de Kassa

    La pièce

    5 à 7 Francs

    Toiles

    Le mètre

    0,3 Franc

    Guinée

    Le mètre

    0,50 Franc

    Pagne

    L'unité

    6 à 10 Francs

    Cire

    Le kg

    1,50 Franc

    Vache

    La tête

    60 à 70 Francs

    Taureau

    La tête

    35 à 40 Francs

    Ane

    La tête

    35 Francs

    Cheval

    La tête

    150 à 200 Francs

    Mouton

    La tête

    5 à 6 Francs

    Chèvre

    La tête

    3 à 5 Francs

    Source : Mémoire SIDIBE Daouda `'Maisons de Commerce et Commerce Colonial au Soudan Français.1878-1933 `' pp 42-44,  Session de juin 1983 ENSUP, Département Histoire-Géographie.

    DEUXIEME PARTIE :

    ETUDE DETAILLEE DU COMMERCE COLONIAL

    CHAPITRE I :

    ENCLENCHEMENT DU PROCESSUS

    Les références par rapport au temps de l'enclenchement du commerce colonial, se situent au début de la colonisation plus précisément à la fin de la seconde moitié du XIXème siècle. Le qualificatif colonial détermine les débuts de ce commerce effectivement à la fin du XIX ème siècle. Avec la fin de la conquête coloniale, nous assistons à l'installation des institutions commerciales et l'organisation. Les bases de ce commerce furent jetées avant la fin du XIX ème. Selon Maurice Delafosse in `'Haut-Sénégal-Niger `' Tome 3 P 383, un commis nommé Bazy réussit de fructueuses opérations au Galam et jusqu'au `'Rocher'' du Haut-Sénégal. Ce commis serait le premier Français ayant pénétré librement la colonie future du Haut-Sénégal2(*).

    La colonisation est un concept expliquant uniquement l'âge d'or des Européens en Afrique selon Joseph Ki-Zerbo3(*). A partir de ce concept on pourra comprendre aisément que cela ne signifie pas le début du contact des Européens avec l'Afrique, mais plutôt le début de l'hégémonie politique, économique et même culturelle. Ce qui permet de comprendre que certaines des pratiques du temps de la colonisation ont bien débuté avant son avènement. Avec son avènement, elle donne son sceau à celles-ci. Le commerce s'inscrit dans ce cadre parmi plusieurs autres pratiques. Donc le début du commerce colonial rime avec la colonisation. Et cette colonisation ne débute pas dans le Soudan Occidental aux mêmes moments et aux mêmes lieux. Cela est dû à beaucoup de facteurs tantôt liés aux questions de priorité pour les Français tantôt liés aux conditions d'accès et tantôt liés à l'importance politico-économique des régions à conquérir. L'expansion et l'essor du commerce colonial suivent également la même évolution que la colonisation.

    CHAPITRE II :

    ROLE ET PARTICULARITES DES DIFFFERENTS ACTEURS

    Le commerce colonial était une nouvelle pratique, il sera le centre d `intérêt de plusieurs acteurs. Déjà la conquête et la réorganisation de l'ouest-africain sont terminées par la France, le commerce ne peut que trouver un terrain favorable pour son épanouissement. Il sera très organisé. Nous avons plusieurs intervenants dans ce domaine à commencer par les autorités compétentes. L'administration coloniale Française était une administration purement dévouée au service du commerce français : des services du fisc à ceux de l'administration territoriale passant par les organisations commerçantes, tous oeuvrent pour la promotion du commerce des Français.

    Le commerce était organisé en réseau. Ce réseau était composé de structures et d'agents. Les structures allaient des maisons de commerce à leurs ramifications. Quant aux agents ils sont les principaux animateurs de ces structures.

    1- Les structures de commerce :

    Elles étaient principalement composées de grandes et de petites maisons de commerce et leurs ramifications.

    a. Les grandes maisons de commerce

    Elles sont des grandes compagnies issues de la métropole (France). C'est des compagnies qui font l'importation en gros et l'exportation en gros. Leur implantation en Afrique commence à partir de la fin du XIXe siècle et le but du XX ème siècle. Une distinction s'impose: les sociétés commerciales négrières et les compagnies qui font le commerce colonial. L'implantation des compagnies négrières commence à partir de la deuxième moitie du XV ème siècle. L'implantation des maisons de commerce a débuté au Sénégal qui constitua la porte d'entrée du Soudan Occidental. Avant, pendant et après la conquête coloniale, elles s `installèrent à l'intérieur du nouveau territoire. Elles s'occupaient du commerce des produits africains constituant les matières premières pour l'industrie européenne  et également du ravitaillement de l'Afrique en produits européens. Elles ont développé en Afrique la culture de certains produits, ainsi que le ramassage et la cueillette d'autres.

    Elles étaient liées entre elles par un système financier afin de résister aux crises. Cette interpénétration se traduisait par la création d'une grande société. Selon Jean Suret-Canale, les grandes maisons de commerce sont la transformation des maisons familiales et des associés qui se regroupent en sociétés anonymes (S.A.). Bien que la société anonyme réponde à un statut juridique, mais leur origine fut cette interpénétration financière. Ainsi en 1907 les Etablissements Ryff et Roth deviennent Société Commerciale de l'Ouest Africain (S.C.O.A.) ; les maisons bordelaises et la C.F.A.O. organisées en holding contrôlaient la manutention africaine les salines du Sine-Saloum, les Eaux et Electricité de l'Ouest-Africain. Ces maisons de commerce étaient soutenues par un consortium d'institutions financières. Au sein duquel, on retrouvait la Banque Commerciale Africaine (B.C.A.), le Crédit Foncier de l'Ouest-Africain, la Banque Française d'Afrique et la Banque de l'Afrique Occidentale (B.A.O.). La B.C.A. et la Banque Française de l'Afrique elles-mêmes ne résisteront pas à la crise économique de 1929. Aucune maison ne se limite à une seule activité, ce qui fut probablement la cause de la survie de plusieurs jusqu'à nos jours.

    Les maisons les plus importantes sont les bordelaises (Peyrissac, Maurel et Prom) et celles marseillaises (C.F.A.O et la C.I.C.A.). La plus part de ces maisons étaient représentées hors des frontières coloniales de l'A.O.F.. La France dans le cadre de sa politique protectionniste décourageait l'installation des maisons étrangères, de même que le changement de nationalité des siennes. Elle concevait le changement de nationalité de ses compagnies comme la fin de leur existence. Il faut reconnaître que certaines des maisons d'ici étaient tentées de s'implanter dans d'autres territoires beaucoup plus libre-échangistes. Alors toute société faisant un tel acte recevait les mêmes restrictions que celles étrangères. Par contre l'installation des maisons françaises était très encouragée, pour ce faire la France avait entamé une politique de création et de développement des infrastructures de transport.

    Ces maisons de commerce furent appelées aussi `'Sociétés Coloniales''. Elles avaient des ramifications allant de la succursale à la factorerie qui aussi ravitaillent des points de vente et les colporteurs

    b- Les petites maisons de commerce :

    Les petites maisons de commerce sont tenues par des Européens ou des Syro-libanais ayant un capital moins important que ceux des grandes maisons. Elles sont indépendantes. Certaines des petites maisons se ravitaillaient chez les grandes qui peuvent importer une grande quantité de marchandises. Le plus souvent elles sont tenues par une famille ou des familles. Elles ont les mêmes statuts que les grands négociants. Elles se confondaient avec ceux-ci par leurs statuts juridiques et par les traitements fiscaux. Il arrivait aussi qu'elles effectuent le système d'interpénétration financière. Elles étaient également éligibles au crédit des institutions financières de la colonie. Si l'on se réfère aux propos de Jean Suret-Canale, on peut affirmer que les petites maisons sont les grandes maisons a l'étape embryonnaire. Une crise affectant les prix entraînait souvent la fermeture de certaines d'entre elles. Il y en a parmi elles qui ont eu une survie jusqu'à nos jours. Cela s'explique par la capacité dont disposent leurs familles depuis l'Europe. Certains Syro-libanais réussirent à faire une telle évolution. La survie des quelques petites maisons de commerce réside dans le soutien qu `apportent les grandes maisons et celui des institutions financières de la commune. Comme les grandes maisons les petites maisons aussi disposent des ramifications pour certaines d'entre elles. Le nombre de ces ramifications était plus réduit par rapport à celles dont disposent les grandes maisons de commerce :

    c- Les ramifications des maisons de commerce :

    Les ramifications sont la continuité de la compagnie. Elles sont affiliées au comptoir, principal représentation de la compagnie. Elles tirent une relation de subordination entre elles. Cela s'explique par l'importance des uns par rapport aux autres. Pour notre étude nous avons retenu essentiellement quatre types de ramifications classées par ordre d'importance à savoir : la succursale, la factorerie, le point de vente et le colporteur.

    ? La succursale :

    La succursale est une représentation secondaire de la maison de commerce. Elle reçoit toute la variété d'articles que peut disposer la maison. Elle suit juste le comptoir, première représentation de la maison de commerce. Et c'est de ce dernier qu'elle reçoit ses marchandises. Elles sont surtout importantes dans les centres démographiquement importants. L'on pouvait retrouver plusieurs succursales dans une même ville, ou observer leur concentration dans les villes proches. Elle achetait les produits de l'indigène destiné à l `exportation. Ses gérants doivent leur richesse aux activités de crédit qu'ils pratiquaient avec les indigènes. Ceux-ci pouvaient vendre les marchandises à crédit que les indigènes payaient avec intérêt. Souvent les indigènes vendaient leurs produits aux gérants à bas prix pour compenser les intérêts qu'ils leurs doivent.

    ? La factorerie :

    Une factorerie est moins importante qu'une succursale. C'est un établissement résidant dans une enceinte pouvant accueillir une quantité de marchandises correspondant à la demande des consommateurs moyens sans rupture de stock. Elle reçoit ses marchandises de la succursale. Cela n'était pas toujours le cas, certaines factoreries recevaient leurs produits directement du comptoir principal lui-même, principale représentation de la maison. Sa capacité d'affaire et sa quantité de marchandise étaient plus réduites que celles de la succursale. Elles sont avec les succursales des demi-grossistes. Les factoreries comme les succursales faisaient cette activité de crédit avec les indigènes surtout pendant les périodes de traite.

    ? Les points de vente :

    Un point de vente est le local d'un détaillant installé dans un coin d'une ville ou de campagne pour traiter la demande des clients de petites capacités de consommation. Nous pouvons affirmer qu'ils étaient surtout présents dans les campagnes et les centres accueillant les foires hebdomadaires. Pour le cas de ceux qui étaient logés dans une enceinte, il faut noter qu'ils n'avaient pas besoin d'assez de confort. Ils se trouvent dans des centres importants comme dans les campagnes. Ils constituent une des dernières ramifications des maisons du commerce colonial.

    ? Les colporteurs :

    Le colporteur est un vendeur ambulant qui fait son activité de village en village ou de ville en ville en fonction des jours de foire, ou au sein d'une même ville. Le colporteur constitue un des maillons importants du commerce colonial. Il connaît mieux que quiconque les gouts de l'indigène, car étant lui-même indigène.

    2- Les agents du commerce colonial

    Les agents sont ceux qui servent dans les structures de commerce. Ils sont les principaux animateurs des maisons de commerce. On les classe en trois grands groupes à savoir : Les Européens, les Syro-Libanais ou Libano-Syriens ou encore les Lévantins et les indigènes.

    a - Les Européens

    Ce sont les représentants des maisons de commerce dans les comptoirs ou des commerçants installés à leur propre compte. Ils sont généralement des Français. Ils ne s'installaient pas dans la région par hasard. Ils étaient des connaissances des gouverneurs, et bénéficiaient de leur faveur en compensation des pots-de-vin qu'ils leur versaient. Les gouverneurs les déclaraient aux chambres de commerce. L'administration soumettait ces grands commerçants à une surveillance secrète. Et une fiche permettait de traiter leur honorabilité, la marche de leurs affaires, leurs rapports avec l'administration et leurs rapports avec les maisons de commerce pour lesquelles ils travaillent. Tous les commerçants étaient fichés. Ils résidaient dans les villes puisqu'ils travaillent dans les comptoirs qui ne sont implantés que dans les villes. Pour réduire le risque de corruption et de faillite les maisons de commerce préféraient envoyer dans les comptoirs des éléments soit issus de la famille des actionnaires du groupe ou issus du cercle restreint de ceux-ci. Il arrivait souvent que ces Européens rentraient au pays devant la morosité des affaires ou devant une crise d'autres natures. La Guerre de 1914-1918 et la crise économique de 1929 ont vu beaucoup d'Européens rentrer en laissant derrière eux des maisons de commerce fermées ou ruinées.

    b- Les Syro-Libanais ou Libano-Syriens ou Levantins :

    Ils sont issus de la migration des habitants des territoires sous-tutelle française de l'Orient, d'ou leur nom de Levantins. Ils venaient effectivement du Levant c'est à dire l'est. Ils sont surtout des Libanais chrétiens. Il faut noter qu'ils étaient installés en A.O.F. bien avant la Première Guerre Mondiale, plus précisément à la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Le départ de certains Européens pendant et après la même guerre entraîna leur profusion dans le Soudan Français. Le deuxième évènement qui favorisa leur arrivée fut le fait que la Syrie et le Liban furent placés sous-mandat français après la défaite ottomane à la fin de cette guerre.

    La Syrie et le Liban étaient des annexions ottomanes avant cette date, et la S.D.N. pour imposer des réparations de guerre à l'Empire Ottoman va placer ses territoires sous-tutelle de ses membres : la France et l'Angleterre.

    Les Syro-Libanais sont des demi-grossistes, soit dans les succursales et des factoreries des maisons de commerce, soit le plus souvent installés à leur propre compte. C'est des intermédiaires très actifs qui réussirent à créer des maisons de commerce tout en assurant la survie de ces maisons de commerce même après les indépendances africaines. Ils vont livrer une concurrence très rude aux Européens en accumulant une grande fortune et provoquer la faillite de certains d'entre eux. Ils acceptaient les difficultés et les aléas du commerce4(*). Ils disposent de plusieurs boutiques. Ils affectent surtout le commerce des particuliers français. L'administration, dans ses politiques de protection des intérêts français, frappait les Syro-Libanais de surtaxe. Ainsi en 1910 ils étaient obligés de payer 30 Francs supplémentaires en plus des impôts et taxes normaux. Et le Lieutenant-gouverneur du Soudan Français, Terrasson de Fougères dans une correspondance à Carde gouverneur de l'A.O.F attestent ces mesures5(*).

    On les désigne sous le nom de ''Dyula''. Ce groupe est constitué de Wolofs et de Soudanais (Soudan Français). Ils sont les piliers du commerce colonial. Ils opèrent dans les lieux difficiles d'accès. C'était de grands courtiers Eux aussi vont concurrencer les Levantins. Parmi eux on distingue deux groupes : ceux qui étaient installés à leur compte et ceux travaillant pour les maisons de commerce. Parmi les indigènes on retrouve certains qui ont réussi à créer leurs propres sociétés qui par la suite sont devenues très importantes à la veille de l'indépendance et après l'indépendance du Soudan Français. La Société Dossolo et Frères est un exemple illustrant ce cas, elle était dans la pharmacie, le commerce du divers ainsi que la boulangerie.

    QUELQUES MAISONS DE COMMERCE DU SOUDAN FRANÇAIS

    NOMS DES MAISONS DE

    COMMERCE

    DATE DE CONSTITUTION

    INSTALLATION AU SOUDAN

    FRANÇAIS

    C.F.A.O. (Compagnie Française de l'Afrique Occidentale)

    1er Août 1887

    1903

    Peyrissac

    27 Avril1908

    1897(sous la dénomination Etablissement Peyrissac)

    Maurel et Prom

    1821

    1893 à Kayes, 1902 à Bamako

    Buhan et Teisseire

    22 Août 1871

    1892 à Médine (Kayes) 1900 à Bamako

    S.E.A.Maurer

    1896

    1900

    C.I.T.E.C.

    15 Avril1927

    1927

    S.A.C.A.(ex Société Commerciale du Soudan Français)

    1897

    1897

    Chavanel et Fils

    1894 (successeur des Etablissements Chavanel)

    1894

    Devès et Chaumet

    1807 arrivée à Saint-Louis

    1890 à Kayes, 1899 à Bamako

    S.C.O.A. (Société commerciale de l'Ouest Africain)

    1906

    1913

    Compagnie Niger Français

    15 septembre1913

    Fin 1913

    Vezia

    17 Décembre 1925

    1925, Vezia absorbe la Société Vezia et Compagnie

    Manutention Africaine

    1895

    1922

    Ardic

    1er juillet 1931

    Avril 1936

    S.I.E.M.I.

    5 mars 1947 sous la dénomination de S.A.M.I.etS.I.E.M.I., 27 Août 1947

    Decembre1947

    Foucrier et Hoecker

    28 janvier 1902

     

    Dragages

    10 Mai 1902

    Fin 1940

    Société Nationale des T.P

    22 juillet 1911

    Avril 1936

    Société des Briqueteries de Bamako

    31 Décembre 1924

    1925

    Messageries Africaines

    11 Février  1907

    1920

    Coloniale Automobile

    1932

    Fin 1947

    Davum

    1818

    1946

    Valor et Brossete

    1864

    Fin 1946

    Loupiac

    1er Mars 1949

    15 Octobre 1949

    Coignet-Niger

    A la suite de l'installation de F. Coignet en1861 et de E. Coignet en1894

    1948

    Transafricaine

    27 juillet 1948, en absorbant les activités de Transafricaine du Soudan et de la C.C.I

    1948

    Société des Hôtelleries de Bamako

    1950

    1950

    Confiserie E. Achcar et Frères

    1950

    1950

    Société des huileries Soudanaises

    1941

    1941

    Société des Brasseries de l'Ouest Africain

    1950

    1950

    Société des Abattoirs Industriels

    1949

    1949

    Energie A.O.F.

    1951

    1951

    Source : Mémoire SIDIBE Daouda `'Maisons de Commerce et Commerce Colonial au Soudan Français.1878-1933 `' pp 55-56,  Session de juin 1983 ENSUP, Département Histoire-Géographie.

    En 1933 sur 65 maisons de commerce dont le capital était connu 34 avaient un chiffre d'affaire inférieur ou égal à 50.000 Francs, 9 entre 50.000 Francs et 100.000 Francs , 3 entre 100.000 Francs et 200.000 Francs , 3 entre 200.000 Francs et 500.000 Francs 1maison avait un capital de 1million de Francs, 15 avaient un capital de plus de 1 million de Francs

    Exemple :

    Peyrissac avait 8 millions de Francs de capital, elle s'occupait de transport, d'industrie et du commerce.

    Maurel et Prom avaient un capital de 10 millions de Francs

    La S.C.O.A. avait un capital de 30 Millions de Francs

    Ces 65 maisons comptaient 137 lieux de commerce, (comptoirs, succursales et factoreries compris). Certaines de ces maisons puissantes étaient représentées dans plusieurs villes. Ainsi la Société Devès et Chaumet était représentée dans six villes.

    Toutes les sociétés étaient représentées à Bamako et à Kayes. Ces deux villes étaient les centres principaux où le niveau de l'évolution de l'indigène était avancé. Alors les habitants avaient le goût des articles européens

    CHAPITRE III :

    LES ITINERAIRES, LES MOYENS DE TRANSPORT ET LE CADRE MONETAIRE

    Le commerce colonial faisait intégrer la presque totalité des régions du Soudan Français. Il s'opérait par diverses manières et se pratiquait sur plusieurs itinéraires d'ordre très varié. Les différents acteurs agissaient en réseau qui disposait d'une logistique et des systèmes bien structurés

    1-Les voies de communication

    Pour arriver à leur fin, les différents acteurs empruntaient plusieurs voies de communication. Elles permirent d'atteindre les localités aussi proches qu'éloignées de la côte. Il était dans le dessein des Européens d'employer tous les moyens possibles pour distribuer leurs produits. Pour cela, il faut reconnaître que certaines voies ont été réhabilitées, d'autres ont connu une extension et d'autres également furent créées dans le cadre des politiques de développement des infrastructures.

    Trois principaux types de voies de communication étaient fréquentés à savoir : la voie ferroviaire, la voie fluviale et la voie routière

    a-La voie ferroviaire :

    La voie ferroviaire fut la première voie de communication classée selon le volume de marchandises transportées. Elle fut sine qanun pour le commerce colonial. Sans elle il n'y aurait pas l'épanouissement du commerce pratiqué par les Européens au Soudan Français. Force est de reconnaître que l'essentiel des produits importés et exportés arrivait du Sénégal et partaient vers le Sénégal. Pour cela la France a préparé les moyens indispensables à cette entreprise. Les infrastructures ont été créées

    La principale voie ferrée traversant le Soudan Français était le Thiès-Dakar, construit entre 1883 et 1903, et devenu le Dakar-Niger en 1923. Le chemin de fer tout en assurant l'importation et l'exportation des marchandises et des personnes, il désenclava le Khasso et rendit possible l'échange Dakar-Bamako. Il traversait des régions aussi différentes et variées : du pays wolof à Koulikoro passant par le Khasso. Il fut l'une des causes de la prépondérance de Kayes. Il faut reconnaître que Kayes était incontournable pour la pénétration des Français. Le chemin de fer dispose de plusieurs atouts, à savoir : la capacité importante de marchandises et des personnes à embarquer, la régularité et la vitesse de motricité. Il était une entreprise organisée en régie disposant d'une logistique, d'un personnel et d'une administration. Il fut surtout capital pour les périodes de traite agricole qui concerna essentiellement les arachides, le coton, le karité, etc. Il était prévu, selon la conception du chemin de fer Dakar-Niger de faire dépendre le Soudan Français de la côte ou siégeaient les structures dirigeantes de l'AOF, paraissant comme le moyen qui assurait l'épanouissement de ses colonies.

    b-La voie fluviale

    Apres la voie ferrée, la voie fluviale apparaît comme la voie importante pour la pratique du commerce colonial dans le Soudan Français. Elle traversait plusieurs régions. On dénombre deux grands cours d'eau qui se prêtent à la navigation. Il s'agit du fleuve Sénégal et du fleuve Niger.

    Le fleuve Sénégal offre une possibilité de navigation de Saint-Louis à Kayes. L'on voyait pour cela des bateaux à vapeur fréquenter cette voie venant de Saint-Louis, arrivant à Kayes. Elle fut la porte d'entrée des Français dans Soudan Français. Quant au fleuve Niger, il offrait deux directions, à savoir : la direction Sud et la direction Nord. La direction Sud celle allant de Bamako à Kouroussa. Elle permit de commercer avec la Guinée. La direction Nord était celle allant de Koulikoro à Tombouctou. Les compagnies Maurel et Prom et Messagerie africaine étaient très fréquentes sur cette voie.

    Sur les cours d'eau, l'on rencontrait surtout les pirogues traditionnelles improprement appelées `'pinasses'' Ce moyen de locomotion est le principal connu dans tout l'espace sénégalo-nigérien dont l'origine remonte à l'antiquité. L'essentiel du commerce des empires ayant existé dans la vallée du Niger se faisait à bord de ces embarcations. Djenné et Tombouctou leur doivent leur éclat. Elles permirent en dehors du commerce, la mobilité et le transfert des peuples dans des régions allogènes : les Songhay (Dravi, Touré, etc.) à Djenné, les Bamananw (Bouaré, Katilé, Pléa) dans le Boré. Le succès de ces pirogues réside dans leur grande capacité d'embarcation. Avec l'arrivée des Européens, elles connurent l'application des progrès de la mécanique, mais à une époque tardive. De nos jours encore elles restent le principal moyen de transport des marchandises et des personnes sur le fleuve Niger, les bateaux étant opérationnels seulement pendant la crue.

    c-La voie routière

    La voie routière est la plus vieille voie de communication dans tout le Soudan Occidental. Les voies commerciales datent du Moyen Age. Avec le commerce colonial, elles permirent surtout d'acheminer les marchandises vers les destinations finales et furent la voie salutaire pour les localités éloignées difficiles d'accès. De même que des marchés ont été créés, des voies routières furent créées dans le cadre de développement des voies de communication par les Français. Il existait des voies rudimentaires construites par les indigènes sous la demande des Français. Beaucoup de nos voies actuelles sont la réhabilitation des anciennes voies médiévales traversant tout le Soudan Sénégalo-Nigérien aboutissant à l'Afrique du Nord.

    Sur ces voies on retrouvait et des piétons, et des animaux. Avec l'arrivée des Français des rares camions étaient présents sur ces différentes routes. L'état de ces routes ne permettait pas assez la fréquence des camions pour la périphérie. L'essentiel des voyages sur la route se faisait à dos d'animaux en caravane. Le voyage en caravane est une des formes de voyage très anciennes. Elle est beaucoup plus ancienne que la colonisation. Probablement elle date de l'antiquité également. La majorité des routes sont d'origine militaire. Elles furent forcées en certains endroits pour des campagnes militaires. Avec la colonisation leur réhabilitation se faisait généralement en latérite pour les cas de celles qui étaient considérées comme les plus modernes.

    2- Echange entre les régions :

    Le commerce colonial était l'appareil intégrateur des différentes régions du Soudan. Si le réseau paraissait comme la circulation sanguine, les différents acteurs (Européens, Syro-Libanais et les `'Dyula'') seraient le sang qui circule dans le sang.

    Kayes et Médine recevaient les produits vivriers du sud (mil, riz, niébé, maïs). De Kayes et de Médine partaient les produits européens (vin, friandises, tissus, bijoux, farine, pétrole, etc.) pour Bamako d'abord, pour le Sahel (Nioro et Bafoulabe) puis pour le Sahara de l'actuel Mali. Le Sahel produisait la gomme, le bétail sur pieds et le sel gemme en partance pour la côte sénégalaise et l'intérieur du Soudan Français. Quant au Sahara, il produisait presque les mêmes articles que le Sahel : surtout le sel et le bétail pour les différents centres importants, même jusqu'au Nigeria et le Ghana actuels ainsi que le Sénégal. Il faut noter que la cité de Tombouctou perdit son éclat dans le commerce colonial, elle ne constituait plus le centre du circuit commercial mais l'aboutissement. Désormais l'essentiel des produits commerciaux arrive de vers la côte atlantique. Sikasso recevait l'important de ses produits de la Côte d'Ivoire. Le pays mandingue aussi recevait ses produis comme la Guinée des colonies voisines anglaises : Sierra-Léone, Gambie, et Liberia. Le sud était le principal producteur du coton, Bougouni et le Baya (actuelle sous-préfecture de la commune Kangaré) en était très actifs. Bamako et Kayes étaient des villes incontournables pour le commerce colonial. Le niveau d'évolution de leurs habitants indigènes était très avancé. Le Haut-Sénégal ou le Haut-Fleuve a été la première zone de contact entre les Européens et les habitants du Soudan, ces contacts interviennent avant 1850.

    3-Mode d'action des maisons de commerce

    Les différentes opérations du commerce colonial étaient constituées par les importations et les exportations. Les commerçants avec leur réseau constitué, procédaient à la distribution de leurs produits jusque dans les campagnes, achetaient les produits africains dont une grande partie est destinée à l'exportation vers l'Europe et une partie vendue sur les marchés locaux.

    Les ramifications étaient la cheville ouvrière des maisons de commerce. Leur rôle constituait d'abord à faire la vente et à côté de cette vente elles collectaient les produits africains devant être envoyés hors d'Afrique. Ces produits (africains) étaient essentiellement issus de l'agriculture, de l'élevage et de la cueillette. Faute d'industrie de transformation les produits stratégiques étaient exportés. Chaque région avait son produit de spécificité. Il arrivait que plusieurs régions se spécialisent dans un même produit. Tel est le cas des arachides, elles étaient la spécialité de la zone couverte par l'actuelle première région du Mali, mais aussi de Bougouni et de Dioïla

    4-Le cadre monétaire

    Le concept de monnaie paraît important pour plusieurs raisons. Primo, il permet d'évaluer la valeur des différentes opérations effectuées (importation et exportation), secundo, il permet de connaître le futur état des marchés financiers mondiaux, car il retrace l'histoire des monnaies des différents pays concernés.

    Pour notre étude qui concerne le Soudan Français, il existait avant la colonisation deux formes essentielles d'échange, à savoir : le troc et un mode d'économie de marché animé par les cauris et des pièces d'argent venues des comptoirs des côtes et d'Afrique du nord. Cet état de fait est présent à partir du XVIIème siècle. La France à travers une série de décisions imposera sa monnaie comme désormais la seule monnaie légale autorisée servant à faire les paiements dans l'A.O.F. particulièrement. D'abord elle interdit les paiements des impôts en nature, tout en permettant de les faire en cauris6(*). A partir de 1920 la seule monnaie en usage fut le Franc Français. Cet arrêté tout en stabilisant le cadre monétaire, permettant d'évaluer le volume de cauris circulant dans l'espace colonial français. Ainsi les cauris étaient taxés à 1Franc pour 1000 cauris.

    Quant au troc, il est encore présent à la fin des années 30 du XXème siècle. Il persista surtout dans les localités éloignées des centres du circuit économique et dans les moments de crise particulièrement pendant les guerres mondiales ou la liquidité se fait rare et les indigènes se voient contraints d'effectuer cette forme d'échange. Mais toutes les grandes opérations se faisaient en monnaie française. Cette monnaie fut d'usage jusqu'à la veille des indépendances. Cela permet à la France de stabiliser et maîtriser la connaissance des volumes des marchandises à traiter.

    CHAPITRE IV :

    LES PRODUITS COMMERCIALISES : nature, origines et statistiques

    Une grande diversité de marchandises se côtoyait dans Le commerce colonial. Des produits européens (importations) aux produits africains (exportations), nous sommes en face des produits qui animent le commerce entre l'Occident, principalement, la France et le Soudan Français.

    1-Les produits européens

    Ils sont originaires de l'Europe comme leur nom l'indique. Pour notre zone étudiée, ils sont majoritairement d'origine française. Près de 60% des produits importés européens venait de la France. En réalité le volume des produits importés au Soudan était insignifiant par rapport à ce que produisait la France au total. Mais il (Soudan) n'était que l'un des débouchés que possédait la France. Pour parler de ces débouchés il faut citer l'Afrique du Nord Française, l'A.O.F., l'A.E.F., l'Indochine (Cochinchine Annam), le Laos et le Cambodge. Toutes ces colonies cumulées constituaient des marchés d'écoulement pour les produits français. L'important de ces produits était constitué par : les textiles, les friandises, l'alimentaire, les véhicules, la verrerie, les bijoux, les ustensiles, les cigarettes, les briquets, les allumettes et les armes. Si une production se définit comme un bien ou service fourni par une entreprise donnée, nous pourrions dire en ce temps que la France était le principal fournisseur du Soudan Français. En dehors des différents produits cités nous pouvons ajouter les constructions des entreprises de B.T.P. (Bâtiments et Travaux Publics), les opérations des institutions financières, l'hôtellerie, le transport, l'électricité, l'eau, la poste, les télécommunications, la production cinématographique, les loisirs les maintenances, etc. Tout ceux-ci sont considérés comme des produits européens.

    Les biens venaient de la côte sénégalaise. Une partie ou le complément des services était produit localement. L'on pouvait retrouver sur un même marché des mêmes produits fournis par les Français et par les Anglais. Là, les lois protectionnistes favorisaient la France. Il est difficile de déterminer si une entreprise ne fournit qu'un tel produit seulement. Le système d'interpénétration permettait aux sociétés d'avoir une variété de produits. Il est à noter que l'achat des produits européens était un signe d'évolution pour l'indigène. La qualité de ceux-ci n'était pas au centre des préoccupations des différentes maisons de commerce car le nombre d'instruits de la population était infime. Par rapport aux exportations les importations sont négligeables. Même si les chiffres varient selon les années.

    IMPORTATION DES MARCHANDISES DANS LE SOUDAN FRANÇAIS de 1908 à1924

    ORIGINES DES EXPORTATIONS (Importation en Franc)

    ANNEES

    Venant de la France

    Venant des colonies
    françaises

    Venant d'autres pays

    Totaux

    1908

    1272518

    195000

    839247

    2306765

    1909

    1980162

     

    362030

    2342192

    1910

    4221296

     

    2816805

    7038101

    1911

    9528009

    345725

    7622571

    17496305

    1912

    4214946

    1102978

    4485875

    9803799

    1913

    6958479

    1191690

    2633311

    10783390

    1914

    3068612

    652140

    1872128

    5592880

    1915

    2452954

    504425

    1728308

    46856687

    1916

    2667501

    415964

    1761354

    4844819

    1917

    2038083

    334215

    3060190

    12329449

    1918

    5937078

    296181

    3096190

    12329449

    1919

    6517693

    2547408

    12109253

    21174354

    1920

    5719896

    482439

    8303364

    14505699

    1921

    9350027

    166290

    3022597

    12538914

    1922

    8954813

    453614

    5668248

    15076675

    1923

    14196584

    1697139

    15156124

    31049847

    1924

    22098852

    4627997

    25672713

    52399562

    Source : « Renseignements Généraux sur le commerce et la navigation des colonies françaises en 1924» 325-3 (44), Bibliothèque Nationale du Mali (Bamako)

    Courbe d'évolution des importations dans le Soudan Français


    Les chiffres de 1 à 17representent les années de 1908 à 1924

    IMPORTATION EN VALEUR PAR PAYS DE PROVENANCE

    (en %)

    IMPORTATIONS PAR PAYS DE PROVENANCE

    Pays de provenance

    1929

    1930

    1931

    1932

    France

    55%

    55%

    52%

    50%

    Colonies françaises

    2%

    2%

    1%

    4%

    D'autres pays

    43%

    43%

    47%

    46%

    Source : « Renseignements Généraux sur le commerce et la navigation des colonies françaises en 1924» 325-3 (44), Bibliothèque Nationale du Mali (Bamako)

    2-Les Produits africains :

    Les produits africains du Soudan Français sont très variés :du Sahara à la forêt passant par le Sahel et la savane. Ils sont essentiellement issus de l'agriculture, de l'élevage de la cueillette, du ramassage et de la chasse. Leur production avait un caractère de traite. C'est à dire une production saisonnière. Parmi ces produits nous pouvons citer : le mil, le riz, les arachides, le coton, le sisal, le niébé, la kola, la gomme, le kapok, le bétail pour boucherie, le bétail pour travaux, le maïs, le miel, l'indigo, le caoutchouc, les peaux.

    Ces produits étaient destinés à l'exportation. Ces exportations concernaient la France, les colonies voisines et d'autres pays. Les produits africains souffrirent de la concurrence d'autres produits venant d'autres régions du monde telles l'Amérique Latine et l'Asie française. Les indigènes étaient très importants pour ce qui concerne ces périodes de traite. C'est des intermédiaires qui apportaient vers les ramifications des maisons de commerce les produits constituant le gros des exportations. Ils faisaient leurs activités dans les marchés locaux d'ou leur célèbre nom d' « acheteurs ». On n'avait pas besoin d'être instruit pour mener cette activité, il fallait seulement avoir le sens de la mesure. L'Etat français lui-même organisait des achats surtout au moment des guerres. Pendant ces moments la France éprouve le besoin de ravitailler principalement ses troupes aux fronts. Les colonies étaient alors le recours privilégié pour ce ravitaillement à moindre frais pour la France. Il faut ajouter à ceci les nombreux cas d'escroquerie et d'arbitraire auxquels se prêtaient certains fonctionnaires de l'administration et des représentants des maisons de commerce: c'est l'effet de colonisation. Cela permit à certains européens et leurs complices indigènes de cumuler une grande fortune.

    Des grands travaux furent entrepris pour accroître la production agricole, l `Office du Niger fut conçu dans ce cadre par l'ingénieur Emile Belime. Il devrait permettre de produire une grande quantité de coton et de riz tout en permettant le déplacement de près d'un million de voltaïques qui doivent assurer les travaux de réalisation des infrastructures agricoles et la main-d'oeuvre pour la culture.

    EXPORTATION DES MARCHANDISES DU SOUDAN FRANÇAIS DE 1908 à 1924

    Courbe d'évolution des exportation du Soudan Français

    Les chiffres de 1 à 17representent les années de 1908 à 1924

    EXPORTATIONS DANS LE SOUDAN FRANÇAIS

     

    Année

    Pour la France

    Pour les colonies

    Pour d'autres pays

    Totaux

    1908

    483625

     
     

    483625

    1909

    3159996

     
     

    3159996

    1910

    8900966

     

    95968

    8996934

    1911

    3684731

    37749

    208400

    3930880

    1912

    3357642

     

    64768

    3422410

    1913

    3552698

     

    129289

    3681987

    1914

    1673076

     

    721556

    2394632

    1915

    1448732

     

    251156

    1699888

    1916

    1521360

     

    38051

    1559411

    1917

    2652762

     
     

    2652762

    1918

    3352391

     

    3248290

    6600681

    1919

    3013249

    47940

    427505

    3488694

    1920

    572254

     

    1732090

    2304344

    1921

    1052984

    120

    102

    1053206

    1922

    2698307

     
     

    2698307

    1923

    4157436

     
     

    4157436

    1924

    4852732

     
     

    4852732

    Source : « Renseignements Généraux sur le commerce et la navigation des colonies françaises en 1924» 325-3 (44), Bibliothèque Nationale du Mali (Bamako)

    CALENDRIER DE LA PERIODE DE TRAITE DE CERTAINS PRODUITS AFRICAINS

    Produits

    Jan

    Fev

    Mar

    Avr-Mai

    Jun

    Dec

    Mil

    X

    X

     

     

     

    X

    Riz

    X

    X

    X

    X

     

     

    Arachide

    X

    X

    X

    X

    X

    X

    Coton

     

    X

    X

    X

     

     

    Kapok

     

     

     

    X

    X

     

    Karité

    X

    X

    X

     

     

     

    Gomme

    X

    X

    X

    X

     

     

    Caoutchouc

    X

    X

    X

    X

    X

     

    Légende : X : Période de traite

    Source : Hamidou MAIGA Mémoire de Maîtrise ; « L'Organisation et l'éveil du Soudan Français de 1919 à 1945 » -Page 45, ENSUP Département Histoire-Géographie, Session de 1979

    3-L'impact des différentes crises sur les produits

    Les crises perturbèrent beaucoup le commerce colonial. Elles furent la cause de la fermeture partielle ou totale de plusieurs maisons de commerce ou des particuliers. Comme crise, le commerce colonial en a connu trois principales, à savoir : les deux Guerres Mondiales et la Crise Économique de 1929.

    D'abord la crise de 1929 eut une grande incidence sur les prix des articles. Elle touche les produits africains plus que ceux européens. Selon le « Redressement économique de l'A.O.F. » du 30 octobre 1935 (revue) : la chute est de 58% pour l'arachide, 59% pour le coton, 66% pour les peaux, 71% pour le bétail et 73% pour la gomme. Dans l'ensemble les produits africains perdent ¾ de leur prix tandis que les produits européens ne perdent que 1/6 de leur prix. Cela provoque une morosité des affaires de sorte que certains agents de commerce européens se voient rappeler ou contraints de rentrer. Ce qui favorisa beaucoup le commerce des Syro-Libanais. Puisqu'il n'y a pas d'encouragement en faveur de la production, elle chute en même temps que les prix. Les capacités d'absorption sont réduites et les prix ne sont guère intéressants. Le marché se rétrécit énormément. Beaucoup de courtiers ressentent la crise. Elle intensifia le troc dans certaines régions et provoque son retour dans d'autres qui l'avaient déjà abandonné, cela devant la raréfaction de l'argent liquide pour se procurer les denrées de première nécessité. Donc le troc paraissait comme le seul moyen d'échange.

    BILAN DE LA CRISE ECONOMIQUE DE 1929

    1- PRODUITS EUROPEENS

    Produits

    1928

    1929

    TISSUS (en mètre)

    854.799

    654.699

    GUINEES (en mètre)

    3.997.218

    3.962.280

    AUTOMOBILES

    (en unité de voiture)

    161

    111

    VETEMENTS

    (en pièce cousue)

    37.628

    39.098

    SUCRES (en kg)

    1.585.805

    875.847

    SELS (en kg)

    2.364.392

    875.051

    VINS (en litre)

    377.819

    293.210

    Source : Hamidou MAIGA Mémoire de Maîtrise ; « L'Organisation et l'éveil du Soudan Français de 1919 à 1945 » -Page 18, ENSUP Département Histoire-Géographie, Session de 1983

    2-PRODUITS AFRICAINS

    Produits

    1928

    1929

    ARACHIDES en coques (en kg)

    14.327.633

    248

    ARACHIDES décortiquées (en kg)

    12.039

    79.086

    KARITÉ, beurre (kg)

    1.571.511

    72.983

    KARITÉ, amandes (en kg)

    72.983

    966.118

    LAINE (en kg)

    537.608

    801.120

    COTON (en kg)

    1.442.555

    866.583

    KAPOK égrené (en kg)

    722.813

    913.598

    KAPOK non égrené (en kg)

    411.843

    676.651

    GOMME (en kg)

    1.207.953

    1.845.683

    PEAUX (en kg)

    1.298.634

    1.348.376

    Source : Hamidou MAIGA Mémoire de Maîtrise ; « L'Organisation et l'éveil du Soudan Français de 1919 à 1945 » -Page 19, ENSUP Département Histoire-Géographie, Session de 1979 Quant aux deux Guerres Mondiales (celle de 1914-1918 et celle de 1939-1945), elles connurent l'intensification des exportations par rapport aux temps normaux. La France organise pour cela des levées d'impôt et éprouve un besoin énorme pour son ravitaillement de ses troupes aux fronts. L'A.O.F. ne resta pas en marge de l'effort de guerre, elle y participa. Tous les efforts sont déployés pour le drainage à moindre frais des matières premières pour l'industrie française et dans un bref délai par la logistique de guerre française.

    Nos recherches ne nous ont pas permis de trouver des statistiques pour la Seconde Guerre Mondiale, on ne dispose que des statistiques pour la Première Guerre Mondiale.

    CHAPITRE V :

    IMPACT SOCIO-ECONOMIQUE DU COMMERCE COLONIAL

    Le commerce colonial pendant le temps qu'il a existé, causa de nombreuses conséquences au Soudan Occidental. Il donna de surcroît son sceau aux sociétés qui l'ont connu. Les conséquences sont très variées.

    La France dans ses politiques, mit tout en oeuvre pour maintenir l'absence d'une industrie au Soudan. Il n'y était pas de l'intérêt de la France de favoriser une profusion des unités de transformation des produits constituant l'essentiel des exportations dans ses colonies. S'il y avait eu une industrie implantée au Soudan Français, il y aurait d'abord moins de travail pour la population active de la France, il y aurait une baisse du PIB français, il y aurait également une réduction des activités des sociétés dont l'important des opérations constitue l'exportation. C'était une question de vitalité pour la France de préparer la future domination de ses colonies. Il faut reconnaître qu'elle n'écartait pas de faire face un jour à un éveil des différents territoires. Elle avait vu l'exemple un peu partout dans le monde et au cours de l'histoire des peuples demander l'indépendance : les cas des nationalismes européens (Catalogne, Pays Basque, Ecosse, Irlande, etc.), le cas des Etats-Unis d'Amérique, etc. Ces prévisions ne favorisaient guère une préparation des colonies à une indépendance vis à vis de la métropole (France). L'événement qui va alerter la France est la naissance des unités de transformation des arachides au Sénégal vers les années 40 du XX ème siècle qui amena des problèmes entre la France et le Sénégal. Cela comme si une expérience de laboratoire qui donna une ébauche de réflexion pour les colonialistes. Cela poussa les Français à donner au cacao au sein de l'espace A.O.F. une importance (introduit depuis 1908 en Côte d'Ivoire). Etant donné que les produits africains bruts transformés en Afrique revenaient beaucoup plus chers pour une fois sur le sol africain. Ce qui crée une large marge bénéficiaire pour les compagnies françaises. Et puisque des sociétés industrielles existaient déjà en France, il fallait alors pour la France d'accroître leur chiffre d'affaire, de développer leurs activités dans une Europe ou la concurrence était d'actualité et connaissait ses plus grandes rigueurs, sans laisser d'ouverture aussi petite que soit elle à l'adversaire : une concurrence rude, pure et dure. Surtout que l'Occident bourgeois impérialiste et libre échangiste prônait la production et la vente comme seule raison et seul objectif d'une entreprise qui veut éviter la disparition.

    Parmi les conséquences nous pouvons aussi énumérer la conservation jalouse des facteurs de décision pour tout ce qui concerne les échanges internationaux. La France fit tout également afin de détenir le pouvoir de fixation des prix. Les prix des matières premières étaient fixés depuis l'Europe. Les Africains subissaient les décisions. L'indigène qui produit, vendait son produit au prix fixé par la métropole. Les prix venaient de la bourse de Paris ou les sociétés installées dans l'Afrique Noire Française étaient cotées. Ces structures fixaient les prix au gré des sociétés et en leur faveur. Ces sociétés une fois sur le sol africain, disposaient des marges de manoeuvre en fonction des réalités auxquelles elles font face : ainsi l'arachide achetée a Dioïla et à Bougouni était moins chère que celle achetée à Kayes la différence de prix étant compensée dans le transport puisque les matières premières étaient drainées vers la côte sénégalaise et Kayes étant plus proche de la côte que ces deux localités citées. Cela s'avère une arme redoutable pour les colons et un moyen de dépendance des colonies à elle, pour éviter toute future indépendance des colonies : c'est aussi l'effet de colonisation. Ce phénomène est surtout accentué lors des deux Guerres Mondiales, ou la France pour ravitailler les troupes aux fronts créait un type d' ''état d'urgence'' en baissant relativement les prix.

    Pour parler de ces moments de crises, il faut surtout noter la raréfaction de la liquidité monétaire, alors que l'indigène doit s'acquitter de ses obligations fiscales. Il se retrouve dans une situation ou il est obligé de donner une partie de ses récoltes à la place de la monnaie. Et là encore il revenait aux autorités coloniales de fixer les équivalences entre cet impôt exceptionnellement en nature et la somme d `argent imposé. Ce qui ne pouvait qu'accroître la pauvreté sinon la misère de l'indigène.

    Une des conséquences également du commerce colonial fut la spoliation des terres soit disant `'vacantes'' par un décret de 1935. L'administration devant le fait que les cultures créent une spéculation attribuant des terres soit au commandant de cercle ou aux maisons de commerce, pour les permettre de les mettre en valeur. Cette administration respectait la voie tracée par la politique colonialiste de la France. Et ces terres n'étaient pas parmi les moins riches, en réalité. Cet acte s'inscrit dans le lot des actes d'arbitraire que commettait la France à cette époque. Après tout la colonisation ne respectait pas avec rigueur les textes que les métropoles elles-mêmes avaient écrits, les exigences philanthropiques et humaniste du XX ème siècle n'étaient pas au centre de leur préoccupation. La colonisation dans sa logique, devrait exploiter les ressources aussi humaines matérielles que spirituelles des clonies concernées.

    Les autorités coloniales par prétexte avaient décidé de créer des greniers de semences de prévoyance pour les campagnes suivantes, on les appelait : les `'sociétés de prévoyance''. Elles étaient installées au niveau des cercles et les commandants en étaient les présidents de leurs assemblées générales. Ces commandants utilisaient les réserves à des fins de commerce.

    Pour clore la partie, nous évoquerons l'une des conséquences les plus durement ressenties. Le commerce a éprouvé le besoin de construire les infrastructures pouvant soutenir une fluidité importante et permettant des échanges entre les régions. Parmi ces infrastructures, il faut citer les routes les ports, les voies ferrées et les ponts. Ces différentes voies sont jalonnées de cimetières. Le bilan humain de ces ouvrages est très lourd, on peut les qualifier de travaux forcés7(*). Ces infrastructures sont les fruits des sacrifices consentis dans la douleur et dans la force.

    Les commandants pour satisfaire leur soif de produire pour eux-mêmes au besoin du commerce colonial, passaient par des actes d'arbitraire. Les autorités coloniales avaient estimé que les indigènes manquaient d'argent en liquidité, et les obligeaient à effectuer des travaux dans les champs de coton des commandants. Ces commandants tiraient un grand profit de ces pratiques. Cela était surtout favorisé par les maisons de commerce qui se chargeaient de l'exportation de ces cultures africaines qui encourageaient beaucoup la spéculation.

    Un autre phénomène qui devrait obliger les indigènes à vendre leurs produits à prix relativement bas, est le paiement de l'impôt de capitation (l'impôt per capita). Cet impôt le deuxième pilier des recettes budgétaires après les droits de douane. La chose qui pouvait manquer surtout au sujet moyen était l'argent liquide. Cela est attesté par la comparaison entre la valeur des exportations à celle de l'importation, nous verrons que les exportations dépassent de loin les importations. C'est à dire que le but principal des maisons de commerce était de drainer les richesses de l'Afrique vers le vieux continent.

    CHAPITRE VI :

    IMPACT HISTORIQUE DU COMMERCE COLONIAL

    Le commerce colonial causa également des conséquences historiques au Soudan Français. Ces conséquences sont très variées et marquent de nos jours encore, les sociétés s'y trouvant là. Leur physionomie et leur mode de vie en résultent des changements que le commerce colonial en a introduits. Ces sociétés prirent désormais une nouvelle classification et une nouvelle mentalité. Elles révisèrent de facto leur considération avec l'Occident et tentent de définir le genre de relation qu'elles doivent traiter avec ce dernier.

    Comme conséquences, nous évoquerons d'abord les mouvements de population que le commerce colonial a provoqués. Les autorités coloniales avaient ciblé des zones de production pour chaque culture commerciale. Les populations furent soit stimulées soit forcées de se déplacer au gré de cette politique. L'arachide, qui était l'une des cultures d'exportation, était la spécialité du Sénégal, Kayes et ses environs, ainsi qu'une partie de la troisième région du Mali actuel. Des populations effectuèrent des migrations pour les différentes zones de production. L'ouest du Soudan Français, particulièrement le Bélédugu, fut un réservoir de main d'oeuvre pour la culture de l'arachide à Kayes et à Sénégal. Les populations immigrées au Sénégal, de nos jours n'ont pas encore fini leur intégration, car conservent encore des survivances ethniques de leurs localités d'origine. Ainsi, nous retrouvons des noms de famille allogènes dans les régions de production arachidière. Pour cette même culture, mais cette fois ci pour la troisième région de l'actuel Mali, une mobilité de population fut provoquée. La classification de certains villages aujourd'hui dans zone résulte de cette mobilité.

    Le coton aussi connaît ce phénomène. Associé au riz, il devrait être une des raisons de l'Office du Niger dans la conception de l'ingénieur Emile Bélime. Des Voltaïques ont été déplacés pour la réalisation du barrage de Markala (1934-1947) et plus tard l'exploitation de l'espace ainsi aménagé. Dans les prévisions ces travaux devraient déplacer 1.500.000 Voltaïques, mais l'administration coloniale n'a pu atteindre que 13.000 vers les années 40. L'installation des colons s'effectua sous deux principales formes, à savoir : le recrutement forcé intérieur et extérieur et la migration volontaire. Le recrutement extérieur concerna les peuples Mossé et Samo de la Haute-Volta (vers Ouahigouya). Le recrutement intérieur concerna le pays Minianka des cercles de Koutiala et de San. Quant à la migration volontaire, elle concerne la quasi-totalité des régions du Mali actuel, principalement les Dogons entre 1930 et 1970. Ces populations, celles issues de la migration intérieure et extérieure, ainsi que celles de la migration volontaire, se considèrent aujourd'hui comme des Bamananw. Il n'est pas étonnant de voir des villages entiers qui n'ont pas d'histoire au-delà du début du XX ème siècle. Le terme de `'Kolon'' désignant la zone inondée pour la culture du riz, est l'appellation commune donnée au cours du temps à la zone habitée par les colons voltaïques et de l'intérieur du Mali actuel. Les colons ont donné leur nom à cette localité. Les populations s'y sont installées ex nihilo comme à la `'soviétique''. Le fond de peuplement de la zone couverte en grande partie par l `Office du Niger, est constitué par un substratum voltaïque. Avec le cas de l'Office du Niger, on peut parler d'une intégration totale.

    En dehors de la production agricole, les grands ouvrages aussi provoquèrent les déplacements de population. Nous avons principalement le rail, les ponts, les routes, les barrages.

    Le commerce colonial instaura une culture de la révolte organisée, comme celle contre l'autorité centrale établie. En 1925 au cours des mouvements des cheminots, trois meneurs de la grève furent arrêtés. La crise s'intensifia en donnant naissance à d'autres grèves, au cours desquelles des troupes bambara refusèrent de tirer sur les meneurs, et exercèrent une pression sur l'administration qui finit par libérer les détenus. Ces manifestations firent écho, et des grèves s'ensuivirent. Les raisons de ces révoltes étaient nombreuses. Elles vont de la baisse des prix des produits de l'indigène aux travaux forcés pour la construction des infrastructures. La France, pour enrayer le mouvement syndicaliste naissant conditionna le droit de syndiquer à la maîtrise parfaite du français (écrire et parler correctement). Les instruits à cette époque étaient très rares au Soudan Français. Nonobstant ces mesures, les premières révoltes étaient teintées de syndicalisme. Les mécontentements des producteurs étaient généralement provoqués par les maisons de commerce.

    Le commerce colonial provoque une spéculation. La spéculation concerne les cultures principalement. Les terres subissent une répétition étalée sur plusieurs années d'une même culture sans observer les mesures d'accompagnement. A partir de là, on observe un épuisement des sols. L'épuisement des terres peut marquer sur le long terme l'agriculture d'une région et d'une nation, ce qui par la suite peut même affecter son économie. Probablement, l'usage massif des engrais chimiques par les paysans actuels résulte des solutions à apporter à cet épuisement des terres.

    La France dans sa politique commerciale coloniale n'a pas causé que des conséquences négatives, elle a positivé cette colonisation commerciale d'autres parts. L'exportation massive des produits vivriers africains en France, surtout pendant les deux Guerres Mondiales, suscita des réflexions en France. Cette exportation causa des famines en Afrique, particulièrement dans les sociétés du Soudan Français. Par objectivité scientifique, des consciences de la nouvelle éthique médicale, vont se lancer dans un volontariat pour enrayer les effets des famines. Ainsi l'Institut Pasteur voit le jour à Dakar en 1910, l'Institut de la Lèpre est créé à Bamako en 1934 et l'Institut Muraz est créé 1934 à Ouagadougou. L'A.M.I. (Assistance Médicale Indigène) qui auparavant était créé depuis 1905, facilita l'accès au traitement. Les soins étaient gratuits. Nous pouvons évoquer cette expérience comme conséquences positives du commerce colonial. De nos jours encore, ces infrastructures médicales continuent à servir. Et il faut reconnaître qu'elles ont connu une revitalisation périodique. Les raisons de la création de ces infrastructures furent les réponses que voulaient apporter certains scientifiques dotés de manière désintéressée, et le plus souvent ces infrastructures fonctionnent par un personnel majoritairement constitué de missionnaires chrétiens particulièrement les soeurs. A côté de ces centres de soins, existaient des centres de recherche. Et il n `est pas étonnant non plus de voir un centre de soin jumelé au centre de recherche. Cette entreprise posa les jalons de la recherche médicale dans les pays du Soudan Occidental sur les maladies tropicales. Ainsi des épidémies étaient affrontées. Vu les moyens dont, ils disposent et le niveau du personnel, les efforts consentis ne donnaient pas les mêmes résultats que nos campagnes de lutte contre les épidémies.

    La France a apporté une contribution et provoqué certains phénomènes qui furent par la suite bénéfiques pour ses colonies après l'indépendance. Parmi ceux ci, nous pouvons citer le développement de certaines cultures pouvant soutenir les exportations d'un pays. L'arachide est aujourd'hui l'une des richesses d'exportation du Sénégal et une des matières premières pour l'industrie embryonnaire du Mali. Cette culture fut par les soins du commerce colonial développée. Avec leur développement, les régions les pratiquant, en partie, y accumulèrent une grande expérience, pour leur transformation et pour leur commercialisation. Elles sont au centre des travaux des centres de recherche agronomiques installés dans les différents pays concernés.

    Le coton aussi, dont la culture fut développée par le commerce colonial, connut également un essor. Il fut la richesse des sociétés rurales qui pratiquent leurs cultures. Et pour le cas du Soudan Français, après l'indépendance, la filière coton se développa et est un des piliers de l'exportation du Mali. Avec la compagnie qui s'occupe de son exploitation (C.M.D.T), le coton, avec la polémique qui l'entoure, contribue à la réduction du chômage au Mali et une source de revenu pour les paysans. Cette compagnie s'est assignée d'autres missions, à savoir : la réalisation des infrastructures rurales qui contribuent à desservir certaines parties importantes du pays. Le développement de la culture du coton a permis également de commettre les moniteurs d'agriculture dans une mission les amenant même à former les paysans sur la culture d'autres plantes vivrières (soja, manioc).

    Avec le commerce colonial, le karité devient une plante très prisée pour ses amandes pouvant donner de la matière grasse intéressante pour les industries. Le commerce colonial permit d'intensifier la cueillette et le ramassage du karité. Avec le fruit des recherches récentes, il est apparu que le karité peut remplacer le cacao dans l'industrie alimentaire. Ses recherches furent surtout occasionnées par l'importance que le commerce colonial donna au karité.

    Nous avons évoqué ainsi ces cultures parmi tant d'autres qui étaient exploitées par le commerce colonial. Parmi celles ci nous pouvons citer le kapok, la gomme arabique, le riz, etc. Beaucoup de ces cultures connurent le même essor qu'en ont connu le cacao et le café en Côte d'Ivoire. En 1938, les 2/3 des planteurs ivoiriens étaient des noirs. Ce qui permit à cette classe de constituer un capital important permettant de créer des unités de transformation de bases des matières premières locales et de facto la naissance d'une classe ouvrière.

    Les infrastructures issues de la demande du commerce colonial, constituent aujourd'hui, l'essentiel des infrastructures dont disposent les Etats africains concernés. Elles ont été au temps de leurs réalisations des progrès, même si il faut mentionner leur déficit à cette époque ou elles ont été réalisées. Après les indépendances, de nos jours certaines d'entre elles n'ont pas connu de réhabilitation. Et continuent à être utilisées.

    Pour réaliser ces infrastructures, il a fallu baliser le terrain avec des travaux géographiques. Cela permit de préciser les connaissances et de rendre consistant les démarches désormais à suivre. Plusieurs repères géographiques des pays du Soudan Occidental datent de cette période. Ces travaux constituent les bases pour les nouvelles générations de scientifiques. En dehors des connaissances scientifiques qu'a engendrées la réalisation des infrastructures, les héritages matériels mêmes constituent un acquis dont ont bénéficié les pays colonisés. Le Mali souffre aujourd'hui du déficit d'infrastructures routières, car il n'en a pas réalisé jusqu'à hauteur des besoins. N'eut été les travaux des colonisateurs, le manque allait évoluer croissant, même si certains grands chantiers sont ouverts. Nous pouvons qualifier de positive la colonisation dans ce sens.

    D'autres aspects peuvent nous permettre de positiver encore la colonisation. Il s'agit de la connaissance de l'économie de marché et l'avènement d'un éveil économique. La naissance de l'esprit de créativité, la mise en place et l'activité des institutions financières, la stabilisation des prix (Mercuriales), ainsi que l'organisation de la production et de sa vente en sont la résultante. L'esprit de créativité permit aux hommes de penser, d'agir et transformer le milieu naturel dans lequel ils vivent. C'est la condition sine qanun pour tout développement à long terme. Après même l'indépendance, les anciennes métropoles vont appuyer (tardivement) les structures de soutien de cet esprit de créativité : P.A.I.B. (Programme d'Aide aux Initiatives de Base), les foires d'innovation et d'inventions de la Banque Mondiales et de l'Agence Internationale de la Propriété Intellectuelle. Ce concept particulier constitue un potentiel idéel pour la naissance d'une économie puissante.

    Quant aux progrès dans le domaine de l'entreprenariat, ils permirent surtout aux uns et autres de se mettre à l'abri de la demande permanente de moyen de subsistance. Avec ces progrès, désormais, une dynamique entreprenariale naît.

    Les institutions financières constituent, dans leur conception, des structures facilitant la promotion et le développement des différentes opérations économiques, à savoir : les épargnes et les prêts de divers types. Avec la révolution que le domaine a connu (prêt pour l'habitat, pour le commerce, pour les investissements, pour l'action sociale, etc.), il constitua un des facteurs de la croissance économique.

    La stabilisation des prix est un phénomène qui est capital pour tout commerce. Il fait partie du cadre organisationnel du commerce. Le commerce ne pouvant prospérer dans une anarchie due à la non uniformisation des prix, les Mercuriales s'imposaient comme une solution à cette anarchie. Il faudra reconnaitre que l'uniformisation systématique des prix n'était pas un phénomène très présent dans les cultures africaines. Elle est un des concepts introduits avec l'arrivée des Européens qui ont effectué le commerce colonial.

    Un autre phénomène ayant favorisé la croissance, est l'organisation de la production et sa vente comme précédemment évoqué. Avec le commerce colonial, cette idée est introduite. La révolution fut surtout le concept à la grande échelle : de la production de subsistance à la production de masse. C'est la condition pour un accroissement de marge bénéficiaire de toute entreprise. Selon les théories libéralistes du capitalisme, une société qui dispose d'une forte logistique ainsi qu'une grande capacité de production et d'une grande capacité de vente est une société qui ne peut que s'affirmer sur la scène locale et internationale.

    Pour évoquer toujours le cadre organisationnel, nous devrons faire allusion aux organisations commerçantes et autres corps à savoir : les chambres de commerce, les organisations des professions libérales. Ces dernières aussi sont des introductions du commerce colonial. Elles permirent la fluidité et la promotion du commerce. L'organisation aussi du cadre législatif s'inscrit dans cette dynamique. Nous constatons aujourd'hui avec les activités des organisations sous-régionales (UEMOA, BCEAO, CEDEAO), qu'il y a eu une uniformisation des législations dans les différents espaces concernés, pour la circulation des biens, des services et des personnes, ainsi que la liberté de création d'entreprise. Ces organisations sous-régionales s'inspirent des expériences des structures coloniales.

    Toutes ces données ne peuvent que favoriser l'économie de marché, qui est un état d'évolution spontané. Avec la mise en place des structures économiques et le développement de certains concepts, nous assistons à l'avènement de cette économie de marché. Le facteur principal de cette forme d'économie est la présence de la propriété privée. Elle est inhérente à l'économie de marché. Selon les libéralistes, la propriété privée est la motivation principale pour la production. La liberté de produire et de vendre étant permise, l `homme doit sa survie et son épanouissement dans la possession à lui et à lui seul, des propriétés inaccessibles par les autres sans une préalable autorisation de la dite personne et protéger par des sanctions dont disposent des forces de contrainte, à savoir : la justice, les forces de l'ordre et de sécurité. Ces concepts ont trouvé libre cours avec le commerce colonial. Il serait aberrant de dire que la propriété privée était inexistante au le Soudan Français pendant la période précoloniale, mais elle n'y existait pas à l'état ou les théories capitalistes la conçoivent. La philosophie africaine basée sur la sagesse populaire dont les principaux tenants sont : N'Nkrumah, Towa, Cheick Anta Diop, admettent la présence d'une propriété privée négligeable dans leurs théories ou ils mentionnent la connaissance d'un socialisme africain. Ceux ci croient que le socialisme exista d'abord en Afrique, mais ce fut un socialisme primitif qui manqua de théories et des écrits élaborés aux exigences de la science.

    CONCLUSION

    Le commerce colonial a beaucoup influencé l'histoire de l'Afrique sur tous les plans. Il fut l'occasion de procéder à un pillage systématique des richesses de l'Afrique. Avec les différentes pratiques qui y ont prospéré pendant son évolution (dégradation volontaire des prix, escroquerie, abus de pouvoir des administrateurs, réalisation forcée des infrastructures, etc.), les séquelles de la traite négrière prirent corps et ampleur. Ces séquelles ont continué à être aussi celles du commerce colonial. Cela voudrait dire que les deux formes de commerce ont infligé à l'Afrique les mêmes fléaux, mais à des variantes près. Ces variantes sont dues aux différentes situations résultant de l'évolution des régions peuplées de l'humanité. L'état actuel de l'Afrique traduit la misère, la dépendance, la désillusion et la perturbation des moeurs. L'imposition des cultures commerciales au détriment de celles vivrières, pèse de nos jours non seulement sur la vie sociale mais aussi sur la vie économique des différents Etats colonisés. Le déficit alimentaire entraîna un déséquilibre instaurant une situation de dépendance alimentaire à l'Occident. Ce fléau alimentaire est à la base de la dislocation des structures sociales de nos sociétés : la famille, les chefferies traditionnelles ainsi que les autres formes de collectivité. L'autorité fit une mutation. Elle fut bafouée et monétisée. Cette situation suscite des grandes préoccupations par certains milieux universitaires africains de vocation tantôt marxiste ou néo-marxiste, tantôt nationaliste.

    La traite négrière qui fut l'occasion de connaître certaines inhumanités de l'Occident est au centre des travaux de certains chercheurs de nos jours. Il est possible aujourd'hui de parler d'une continuité entre celle-ci et le commerce colonial. Ils forment ensemble un processus historique qui continue de façon irréversible dans les ex-colonies, même si occasionné par des facteurs internes et externes. Ces différentes évolutions donnent des inquiétudes pour les générations à venir. Leur avenir parait hypothéqué. Les facteurs essentiels pour le développement durable sont à rechercher ou à restituer. La présence de ces facteurs essentiels est inhérente à l'épanouissement de ces générations ainsi que leur affirmation au rendez-vous des peuples ou des communautés. La pratique du commerce colonial priva l'Afrique des moyens de son indépendance notamment la détention des centres de décision (fixation des produits qui soutiennent principalement l'économie), le choix des cultures et leur compatibilité avec les réalités des différents pays (réalités sociales, politiques, culturelles et économique). L'Afrique reçut sa part dans la propagation sur la planète des effets de l'industrialisation amorcée en Occident. L'industrialisation se définit comme la mise en place des unités de transformation des produits de base occasionnant la recherche effrénée du gain déshumanisant les relations humaines. Le marxisme et le néo-marxisme en dit plus sur ces effets.

    L'évolution actuelle qui est à la mondialisation nous oblige à créer entre les différentes régions du monde une plus grande intégration favorisant leur épanouissement commun. Les traces de ce passé colonial constituent avec d'autres facteurs identitaires la difficulté majeure pour cette intégration. Ce qui traduit aujourd'hui les tensions qui règnent dans le monde.

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    http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/www/cliotexte/html/colonisation.colonies.6.html

    * 1Maurice Delafosse, Haut-Sénégal-Niger, Page 383, Tome 3 : «  en 1867, un commis nommé Bazy réussi à faire de fructueuses opérations commerciales dans le pays de Galam. Il aurait pénétré librement la future colonie du Haut-Sénégal. Il serait le premier Français à commercer dans cette zone selon la même source. La construction des forts était un moyen de favoriser le commerce des Français dans les vallées du Sénégal et Niger. Faidherbe justifiait la construction du fort de Médine en ces termes : « El Hadj Omar avait anéanti notre commerce au-dessus du Bakel et fait tout son possible pour l`anéantir au-dessous. Il ne cachait plus ses projets à notre égard il disait :'' Les Blancs ne sont que des marchands ; qu`ils apportent des marchandises dans leurs bateaux, qu`ils me payent un fort tribut lorsque je serai maître de tous les Noirs et je vivrai avec eux en paix. Mais je ne veux pas qu`ils forment des établissements à terre, ni qu`ils envoient des bâtiments de guerre dans le fleuve... »

    * 2 Maurice Delafosse, `'Haut-Sénégal-Niger `' G.P. Maisonneuve et Larose, Tome 3 P 383

    * 3Joseph Ki-Zerbo, `'L'Histoire de l'Afrique Noire d'hier à demain `' Paris1978, Editions Hâtier, PP 429-464.

    * 4 Mme Rokiatou N'Diaye Keïta, ''Kayes et le Haut-Sénégal '' Tome1 Page 103 ; « Il faut noter qu'ils acceptent les conditions de vie les plus dures, passant souvent la nuit dans leurs boutiques, couchés à même le sol sur une natte, souvent ils conservent un train de vie modeste même lorsque les affaires deviennent prospères »

    * 5 IQ 115 Fonds Récents Archives Nationales du Mali à Koulouba

    * 6 La décision No 949 du 1er décembre 1916 interdit le paiement des impôts en cauris et d'autres monnaies différentes de celle de la France. Cette décision entre en vigueur par l'arrêté n° 838 du 27 Juillet 1920, Q250 Fonds Anciens, Archives Nationales du Mali à Koulouba.

    * 7Joseph Ki-Zerbo, `'L'histoire de l'Afrique Noire, d'hier à demain'' Editions Hâtier, Paris 1878, P433 : « Les routes, les ports, les voies ferrées, à l'absence de matériels (on limitait au maximum l'achat des machines), ont été construits à la main par des hommes et des femmes. Celles-ci passaient des semaines et des mois à damer les routes comme le plancher de leur case. Nul ne peut compter le nombre d'heures de travail ainsi systématiquement extorquées. »