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UNIVERSITE DE YAOUNDE II



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POUR L'AMELIORATION DES PERFORMANCES DES ENTREPRISES
PUBLIQUES CAMEROUNAISES : LE ROLE DU CONSEIL D'ADMINISTRATION
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Mémoire présenté et soutenu
publiquement Par
Monsieur MBILI ONANA André Marie
En vue de l'obtention du Diplôme d'Etudes
Approfondies en Sciences de Gestion
Option Finance
Sous la direction des
Pr. Henry WAMBA, agrégé en Sciences de
Gestion
Pr. Roger TSAFACK NANFOSSO, agrégé en
Sciences Economiques
Juillet 2004
Introduction générale
0.1 CONTEXTE ET INTERET DE L'ETUDE
«Historiquement, dans nos pays, on observe que quelle que
soit l'option idéologique, l'évolution de nos économies
s'est accompagnée d'une forte intervention de l'Etat. » C'est en
ces termes que Bekolo-Ebe (cité par Tamba I., 1991) justifie l'existence
prépondérante des entreprises publiques au sein de
l'économie camerounaise. En effet, en marge de toute
considération du débat sur l'interventionnisme étatique,
le Cameroun s'est doté d'un ensemble important d'entreprises publiques
dans le but de donner un coup d'accélérateur à son
économie. Touna Mama et Tamba I. (1996) remarquent à cet effet
que le poids des entreprises publiques dans l'économie camerounaise est
tel qu'elle se trouverait revigorée si ces dernières
florissaient. Le secteur public à lui seul emploie près de
100.000 personnes, la masse salariale variant entre 100 et 120 milliards de
FCFA soit 18% des dépenses publiques et 50% des recettes
pétrolières (Banque mondiale, citée par Touna Mama et
Tamba I., 1996).
Il convient cependant de rappeler que la situation politique
va constituer un obstacle à la création de ces entreprises
(Tedga, 1990). Excepté les entreprises publiques françaises et
anglaises qui ont été nationalisées, à peine une
dizaine d'entreprises publiques ont été créées en
dix ans d'indépendance. Les années 70 seront plus sereines, c'est
ce qui, avec le décret de juin 1986 portant délimitation du
secteur public et para-public, va favoriser l'essor des entreprises publiques
dont on dénombre près de 170 (Nguiffo et Owona Etoundi, 1988) en
1988. Cette course vers le développement d'un secteur public solide
trouve sa légitimité dans la thèse du
libéralisme planifié prônée par le
président Ahidjo, ainsi que dans le manque de culture entrepreneuriale
qui caractérise encore le secteur privé.
Cependant, depuis quelques années déjà,
la crise économique aidant, le contexte de fonctionnement de ces
entreprises a laissé entrevoir de multiples turbulences ; les
entreprises publiques dans leur grande majorité ont cessé
d'être rentables mieux elles ne réalisent plus que
d'énormes pertes (Tedga, 1990). Celles du secteur non financier
totalisant ainsi pour la période 1985/1986 un
déficit global de 33,6 milliards de FCFA (Touna Mama, 1996). Depuis
lors, beaucoup d'entre elles ont été sorties du portefeuille de l
'Etat (privatisées) quand elles n'ont pas été purement et
simplement dissoutes1. Il faut dire ici que la privatisation est
l'une des principales mesures préconisées par la mission de
réhabilitation des entreprises publiques, laquelle avait mission de
trouver des solutions aux problèmes dont faisaient face les entreprises
publiques.
En effet, les entreprises publiques se sont
révélées être d'énormes gouffres financiers ;
les subventions, constituant une règle pour elles, ont joué un
rôle négatif en ce sens qu'elles ont permis de masquer leurs
défaillances et d'entretenir un pilotage à vue (Bekolo C., 1995).
On estime à 150 milliards par an les subventions reçues par ces
dernières, soit 20 à 25% des budgets annuels de l'Etat, sans
compter qu'elles grevaient à concurrence de 40% la dette publique du
Cameroun. Outre ces appuis financiers, on déclame aussi les choix de
gestion qui tenaient moins compte d'un souci d'efficacité que de celui
du prolongement de la politique, parfois incohérente, de l'Etat.
Cependant il faut rechercher en la construction même des
entreprises publiques les causes de leur désuétude. La
volonté de protéger notre économie de la concurrence
étrangère au lendemain de notre indépendance aurait
conduit les autorités à créer, sans études de
marchés préalables des entreprises qui constituent aujourd'hui de
véritables «tonneaux de danaïdes. »
Face donc à tous ces griefs, et convaincus que le
secteur public est d'une importance indéniable pour l'économie
camerounaise, des thérapeutiques ont été
administrés au secteur public. Contrats de performances, programme
d'ajustement structurel (PAS),
1 On dénombre 52 entreprises publiques dissoutes (Ndjom
Nack Elie desiré, Les liquidations administratives, Editions
imprimerie nationale, novembre 1992) en mars 1992 sur les 170 existantes en
1988, soit un taux de faillite de l'ordre de 31%.
programme d'aide à la gestion (PAGE)2 semblent
jusqu'ici ne pas avoir remédié aux difficultés que
rencontrent les entreprises publiques.
La présente proposition de recherche s'inscrit dans le
sillage de l'étude des causes du déclin des entreprises publiques
camerounaises, mais elle se veut, à l'exemple de Faye (2003) pour le
Sénégal, une contribution à l'explication du malaise
persistant des entreprises publiques camerounaises via l'analyse de leur mode
de gouvernement.
Ainsi cette étude présente un
intérêt certain, lequel peut être appréhendé
à différents niveaux.
Primo, elle intervient au moment où le secteur public
camerounais, compte tenu du marasme économique, connaît des
turbulences. Ces entreprises ont coûté 750 milliards de Francs CFA
à l'Etat (Mayegle, 1992) et ne demandent qu'à être remises
sur pied. C'est dans cette optique que la mission de
réhabilitation3 a proposé qu'elles soient
privatisées, mais seulement les résultats des récentes
privatisations ne semblent pas convaincre sur la pertinence de ce choix. Notre
étude peut donc permettre de relativiser cette approche trop radicale et
minimiser par là le coût d'opportunité associé
à cette mesure.
Deusio, une étude sur les entreprises publiques est
toujours intéressante ceci eu égard au poids qu'elles
représentent dans le tissu économique indifféremment de
l'espace et du temps. Au Cameroun, elles demeurent les plus grandes
pourvoyeuses d'emplois.
Tertio, l'ouverture du Cameroun aux investisseurs
étrangers (privatisations) et la création du marché
boursier (DSX) sont des opérations qui ne sont pas sans
conséquences dans la mesure où elles sont de nature à
favoriser le développement d'un nouvel actionnariat, souvent peu
familier des règles et pratiques de fonctionnement des
2 Le début de la crise économique favorise
l'adoption de pilules tel le programme d'ajustement structurel (PAS),
signé le 27 juillet 1989 avec le FMI et la BAD, le programme d'aide
à la gestion (PAGE) avec la banque mondiale et dont la mission depuis
l'exercice 1986-1987 était de réhabiliter les entreprises
publiques et parapubliques décadentes.
3 La mission de réhabilitation des entreprises publiques a
été créée en 1986 (décret n° 86/656 du
3 juin 1986, puis modifié et complété par les
décrets n° 89/010 du 4 janvier 1989 et n° 90/428 du 27
février 1190).
entreprises publiques et privées camerounaises et qui est
naturellement demandeur d' éclaircissements.
0.2 PROBLEMATIQUE
Le gouvernement des entreprises dont la manifestation la plus
visible est la production de codes de conduite pour dirigeants4
trouve ses origines dans les travaux de Berle et Means en 1932. C'est le
développement de la grande entreprise aux Etats-Unis, il y'a plus d'un
siècle, caractérisée par un actionnariat dispersé,
qui a donné lieu aux premières réflexions sur le
gouvernement des entreprises. Pour Berle et Means, les dirigeants ne
possédant pas (ou très peu) d'actions de telles entreprises, ils
ne cherchent pas à maximiser la richesse des actionnaires. Puisqu'un tel
risque existe, il est donc apparu nécessaire de s'interroger sur les
moyens à mettre en oeuvre pour protéger les investisseurs contre
le comportement opportuniste des dirigeants.
En effet, cette hypothèse de l'opportunisme
managérial est fortement mobilisée par la théorie des
coûts de transaction (Williamson, 1975). Elle constitue une
représentation extrême du comportement humain, qui, motivé
par la recherche d'avantages personnels, serait caractérisé par
une tendance à tricher et à transgresser les règles
éthiques. La quasi-institutionalisation de la concussion, des
détournements du bien public, de la volonté illimitée
d'enrichissement des dirigeants, etc. participe de cette hypothèse
notamment pour expliquer les choix stratégiques des dirigeants
d'entreprises publiques au Cameroun.
Dans une étude - bien que les résultats des
études empiriques menées sur l' efficacité des entreprises
publiques et privées soient contradictoires (Bös, 1991 et Lawson,
1994) - Nash et Van Randenborgh (1994) concluent, à partir d'un
échantillon de 61 entreprises appartenant à 18 nations
différentes et relevant de 32 secteurs d'activité, à
4 La réflexion sur le gouvernement d'entreprise est
marquée par la publication de travaux généralement admis
comme des codes de bonne conduite des dirigeants. Les plus connus sont le
rapport cadbury (1992) pour la Grande Bretagne, les rapports vienot (1995 et
1999) et le rapport bouton pour la France, le rapport dey (1993) pour la Canada
et l'OCDE (1999). Le Kenya et l'Afrique du sud demeurent les seuls pays
africains à avoir publié un code en la matière. Les
réflexions menées ont également donné lieu à
des modifications réglementaires. On peut citer à titre d'exemple
les lois KonTrag (1999) en Allemagne, Sarbanes Oxley (2001) aux Etats-Unis ou
la loi NRE (Nouvelles Régulations Economiques) du 15 mai 2001 en
France.
une supériorité de performance des entreprises
dont la propriété serait privée, semblant ainsi condamner
la propriété publique. Cependant, pour les tenants de la
théorie des droits de propriété, à l'exemple de De
Alessi (1969, 1973) c'est le comportement discrétionnaire des dirigeants
des entreprises publiques, faiblement contrôlés en raison de la
forme publique de propriété et peu incités à
être performants qui expliquerait cette supériorité de la
propriété privée. Cette explication s'adapte
aisément au contexte des entreprises publiques camerounaises dont les
dirigeants, au vu et au su des organes chargés de les contrôler
procèdent souvent à des choix qui tiennent plus du libertinage
managérial que du souci d'agir dans l'intérêt du
propriétaire l'Etat.
Relativement donc à la protection des
intérêts des propriétaires (de l'Etat dans le cadre des
entreprises publiques) contre l'opportunisme des dirigeants, la
modélisation faite par Jensen et Meckling en 1976, s'intéressant
à la relation d'agence, qui lie un principal (les actionnaires) à
un agent (les dirigeants) montre que la valeur des entreprises dépend de
leur mode de financement en ce sens que l'ouverture du capital par un
entrepreneur (qui entraîne une forte dispersion de l'actionnariat) donne
naissance à des coûts d'agence et réduit par
conséquent la valeur de l'entreprise. Divers mécanismes
permettant alors de réduire les coûts d'agence résultant de
l'opportunisme des dirigeants sont proposés, l'ensemble de ceux-ci
formant ce que Charreaux (1997) nomme «système de gouvernement
d'entreprise » et définit comme l' << ensemble des
mécanismes organisationnels ayant pour effet de délimiter les
pouvoirs et d'influencer les décisions (notamment de financement et
d'investissement) des dirigeants, autrement dit qui << gouvernent
>> leur conduite et définissent leur espace discrétionnaire
>>. La fonction d'un mécanisme de gouvernance et, plus
généralement, d'un système de gouvernance étant de
contribuer à améliorer l'efficience de la firme (Charreaux,
2004).
Les mécanismes du système de gouvernance sont
répertoriés selon qu'ils sont de nature externe ou interne. Les
mécanismes externes comprennent le marché des biens et services,
le marché financier (particulièrement comme lieu de
réalisation des prises de contrôle), les relations de financement
avec les banques, le marché du travail
notamment celui des cadres dirigeants et l'environnement
légal, politique et réglementaire, notamment par les relations
qui s 'établissent avec les bureaucraties publiques et par le
régime légal qui encadre le règlement des
défaillances. L'efficacité de ces mécanismes pour ceux qui
relèvent du processus de marché est fondée pour
l'essentiel sur le caractère concurrentiel. Les mécanismes de
contrôle externes sont complétés par des mécanismes
internes, susceptibles de pallier leurs carences éventuelles. Quatre
principaux types de contrôles peuvent être distingués : le
contrôle exercé par les actionnaires, la surveillance mutuelle
entre dirigeants, les contrôles formels ou informels mis en place par les
employés et le conseil d'administration (désormais CA) qui joue
un rôle important dans la résolution des conflits
d'intérêts entre agents et principaux (Fama et Jensen, 1983).
Par ailleurs, si l'actionnariat dans les entreprises publiques
est moins dispersé, il n'en demeure pas moins vrai que le
problème de l'opportunisme managérial relevé dans les
firmes managériales (caractérisées par une forte
dispersion du capital) se pose avec acuité du fait da la
complexité de la relation liant l'Etat-actionnaire et ses dirigeants. Il
convient donc dans cette optique de doter les mécanismes de
contrôle des entreprises publiques de pouvoirs nécessaires, afin
de juguler les dérapages des dirigeants, dans le but ultime
d'améliorer leurs performances et par delà leur gestion.
C'est donc conscients du débat sur l'opportunisme
managérial, de sa présence dans nos entreprises publiques, et des
travaux entrepris dans les pays européens notamment en France afin de
réformer les mécanismes de gouvernance tel que le conseil
d'administration dans l'objectif d'améliorer le fonctionnement des
entreprises, que nous souhaitons analyser la gestion des entreprises publiques
camerounaises à travers le rôle qu'y joue le CA. De manière
spécifique, il s'agira de répondre à la question de savoir
quel est l 'impact des attributs du conseil d 'administration sur les
performances de ces dernières ? Le conseil d'administration tel qu 'il
fonctionne dans nos entreprises publiques peut-il con tribuer à
améliorer les performances de ces dernières ?
0.3 OBJECTIF DE L'ETUDE
Notre principal objectif est de déterminer entre les
différentes caractéristiques du conseil d'administration celle
qui influencent de façon significative la performance des entreprises
publiques.
De manière spécifique, notre étude
consiste à retracer la constitution des entreprises publiques au
Cameroun afin d'en faire une analyse qui nous permette de comprendre les causes
de leur échec.
De plus, en référence à la
littérature sur le gouvernement d'entreprise, il sera établit un
lien entre les différentes variables du conseil d'administration dans
les entreprises publiques camerounaises et leurs performances économique
et financière. En effet, les attributs du conseil d'administration sont
censés agir sur la gestion de l'entreprise à travers le
développement des systèmes d'incitation et de contraintes
à l'égard de l' équipe dirigeante.
0.4 REVUE DE LA LITTERATURE
Dans les sociétés cotées en bourse,
caractérisées par une certaine diffusion de l'actionnariat, il
existe un risque de spoliation des intérêts des actionnaires par
les dirigeants (Berle et Means, 1932 ; Jensen et Meckling, 1976). Cette
situation est transposable aux entreprises publiques, bien que celles-ci soient
aux mains d'un actionnaire dominant l'Etat. En effet, la difficulté
réside dans ce que le statut d'actionnaire de l'Etat est
caractérisé par un laxisme, favorisant le développement de
comportements opportunistes de leurs dirigeants.
En principe, divers mécanismes de contrôle
limitent le comportement opportuniste des dirigeants (Shleifer et Vishny,
1997). En particulier le conseil d'administration, en tant qu'autorité
légale chargée de ratifier et de contrôler les
décisions des dirigeants, joue un rôle majeur dans la
résolution de ces conflits d'intérêts (Fama et Jensen,
1983). Il constitue un mécanisme de gouvernance interne, dont
l'efficacité n'est probablement
pas sans incidence sur la création de valeur et par
conséquent, sur la satisfaction des actionnaires.
Cependant, au cours de ces dernières années, le
fonctionnement de cet organe a été critiqué dans de
nombreux pays notamment la France oü les rapports viénot (1995,
1999) ont essayé pour autant que faire se peut de réformer ce
dernier en préconisant quelques règles admises comme des codes de
conduite des dirigeants. Il est admis à travers ces codes que le conseil
d'administration, du moins certaines de ses variables peuvent avoir une
influence sur la performance de la firme.
L'analyse théorique du conseil d'administration
attribue un rôle central aux administrateurs
externes5 qui sont chargés de contrôler
les dirigeants et de garantir la performance afin de préserver les
intérêts des actionnaires. L'étude directe de la relation
entre performance pour les actionnaires et pourcentage d'administrateurs
externes révèle une influence positive (Baysinger et Butler, 1985
; Rosenstein et Wyatt, 1990 ; Scott et Kleidon, 1994). Cette relation positive
est également confirmée tant pour la performance passée
que future, par Pearce et Zahra (1992), à partir d'un modèle
stratégique6 expliquant la composition du conseil
d'administration. Enfin, Hermalin et Weisbach (1991) montrent que les firmes
dont les performances se dégradent ont tendance à accroître
le poids des administrateurs externes.
L'influence de la composition du conseil d'administration sur
la performance a été également mise en exergue à
travers le pouvoir de révocation
7de ce dernier. Ainsi, Weisbach (1988) établit
qu'il y'a une forte relation entre la performance réalisée et la
probabilité de démission du dirigeant lorsque le conseil est
dominé par des administrateurs externes. Charreaux (1991), prenant en
compte les autres systèmes de
5 Ce sont des administrateurs qui n'ont aucun contrat avec
l'entreprise dont ils occupent des sièges dans le CA. Cependant, ils
peuvent ne pas être indépendants. Ces derniers désignent
des personnes n'étant pas employées dans l'entreprise, n'ayant ni
aucun intérêt dans l'entreprise considérée, ni aucun
lien de familiarité avec un membre de l'équipe dirigeante ; ils
peuvent tout au moins entretenir un lien d'amitié (Becht M. et
alii., 2002, p.42).
6 Le modèle utilisé dans cette étude est
d'ailleurs inspiré de celui de Pearce et Zahra.
7 Le conseil d'administration dispose en effet de deux leviers
d'action pour assurer sa mission de contrôle : le pouvoir de
révocation des dirigeants et le système de
rémunération.
contrôle (notamment la discipline exercée par les
marchés), conclue à une influence positive et significative du
pourcentage d'administrateurs externes sur la performance des
sociétés managériales et contrôlées.
La taile du conseil d'administration
peut influencer la performance de l'entreprise. Elle se
réfère au nombre d'administrateurs dans le conseil. Pearce et
Zahra (1992) ont mis en évidence une relation positive entre la taille
du conseil et la performance. De même, Dalton et alii. (1998)
confirment cette relation et surtout pour les entreprises de petite taille. Par
contre, Yermack (1996) met en évidence une relation négative
entre la taille du conseil d'administration et la performance. Ce
résultat est confirmé par Eisenberg et alii. (1998), par
Godard (1999) en France et par Dalton et alii. (1998) aux Etats-Unis.
Jensen (1993) soutient l'idée que les conseils d'administration
composés d'un nombre élevé d'administrateurs, plus de sept
ou huit membres, ne fonctionnent pas efficacement et qu'il est facile pour le
dirigeant de les contrôler.
D'après cette divergence de la littérature, nous
pouvons dire que l'impact de la taille du conseil sur sa capacité de
surveillance et sur la performance est ambigu du fait de la divergence des
résultats et des problèmes d'agence (Lipton et Lorsh, 1992).
Parmi les recommandations des rapports viénot, il est
une dont les résultats des études empiriques divergent en
l'occurrence le cumul des fonctions de président du conseil
et de directeur général. Le débat concernant
les effets du cumul de ces deux fonctions sur la performance de l'entreprise
n'est pas tranché. Nlemvo Ndonzuau (2000) corrobore ce point de vue. En
comparant deux groupes d'entreprises, le premier constitué d'entreprises
dont les fonctions de président et de directeur sont assurées par
une même personne et le second constitué d'entreprises où
les fonctions sont séparées, et à partir d'un test de
variance, Nlemvo conclue à une indifférence du niveau de
performance entre les deux groupes.
D'autres caractéristiques du conseil d'administration
tels que l'indépendance des administrateurs,
le nombre de réunions du conseil,
la présence de comités dans le conseil
d'administration, influencent positivement la performance de la
firme.
Une autre façon d'appréhender l'influence du
conseil d'administration sur la performance est de recourir à une
typologie des conseils qui fait intervenir deux dimensions, le
pouvoir du conseil sur les dirigeants et
l'activité du conseil. Pearce et Zahra (1991)
distinguent ainsi quatre types de conseils : formel, contrôleur, dominant
et participatif. Aux Etats-Unis Pearce et Zahra trouvent que les conseils
appartenant aux types dominant et participatif conduisent à une
meilleure performance. Ce n'est pas l'avis de Charreaux et Pitol-Belin (1992)
qui, à partir du taux de rentabilité des capitaux propres comme
indicateur de la performance, concluent qu'un conseil dominant ne conduit pas
à une meilleure performance qu'un conseil du type formel.
Nous nous servirons des variables illustrées dans la revue
de la littérature pour une application au cas des entreprises publiques
camerounaises.
0.5 METHODOLOGIE
Le premier effet potentiel du gouvernement d'entreprise auquel
on s'intéresse est relatif aux incitations (Mayer C., 1996). En effet,
le conseil d'administration dans sa structuration met en place des
systèmes d'incitations et de contraintes dont le but est d'atteindre de
meilleures performances de la part de la technostructure8, au profit
de toutes les parties prenantes au noeud de contrats. C'est donc un
mécanisme participant à la gestion de l'entreprise.
H1/ Le conseil d'administration, à
travers ses attributs (composition, caractéristiques, structure et
processus), développe des systèmes d'incitations et de
contraintes à l'égard de la technostructure et qui ont pour objet
de réduire les coûts d'agence associés associés
à l'opportunisme des dirigeants.
8 Elle désigne l'équipe dirigeante dans
l'entreprise. Elle est constituée généralement de cadres
supérieurs qui prennent les grandes décisions engageant la vie de
l'entreprise.
H2/ Le conseil d'administration, à
travers ses attributs (composition, caractéristiques, structure et
processus), développe des systèmes d'incitations et de
contraintes à l'égard de la technostructure et qui ont une
influence sur la performance de l'entreprise.
~ Illustration des
hypothèses Figure O.1 Illustration
générale du sujet.

ATTRIBUTS DU CONSEIL D'ADMINISTRATION
Processus
- Réunions
- interface PDG- CA
- Consensus
- Evaluation
- Formalité
Composition
- Taille
- Nature des administrateurs
- Représentation
Caractéristiques
- Antécédents des administrateurs
- Personnalité du conseil
Structure
- Comités
- Organisation
- Système d'information
- Leadership
Rôles du conseil
- Incitations
- Contraintes
Gestion de l'entreprise
- Performance
- Coûts d'agence
Source: construction de l'auteur inspiré de celui
de Réal Labelle.

Démarche empirique
Pour arriver à la vérification de nos
propositions de recherche, nous avons retenu au départ 60 entreprises
qui remplissaient les critères d'appartenance au secteur public ou
parapublic. Seulement 34 de ces entreprises (échantillon statistique)
ont pu faire l'objet de traitement.
Les données y relatives proviennent, pour les
indicateurs de performance de l'exploitation des déclarations
statistiques et fiscales (DSF) déposées par ces entreprises
à la Direction Nationale de la Statistique sur une période de
trois ans ; et pour les attributs des conseils d'administration de
l'exploitation de 120 rapports des réunions de cet organe, disponibles
à la Commission Technique de Réhabilitation9 (CTR).
Dans l'un et l'autre cas, la collecte des données s'est effectuée
au moyen de protocole de collecte d'informations figurant en annexe.
Le traitement de ces données s'est fait en deux phases
:
- Les logiciels SPAD et SPSS nous ont permis de faire une
analyse factorielle multiple pour déterminer les variables du conseil
d'administration agissant sur la performance des entreprises publiques
camerounaises.
- Ensuite nous avons opéré deux
régressions à l'aide du logiciel EVIEWS 3.1 à partir de
ces variables pour déterminer l'impact des variables du CA sur la
performance des entreprises.
La démarche ainsi retenue a imposé la
structuration qui suit.
0.6 PLAN
PREMIERE PARTIE
La gestion de l'entreprise publique : fondements
théoriques et expérience camerounaise.
DEUXIEME PARTIE
La nécessité d'ajustement de la gestion
des entreprises publiques camerounaises : les déterminants
associés au conseil d'administration.
9 C'est une division de la mission de réhabilitation des
entreprises publiques.
PREMIERE PARTIE LA GESTION DE L'ENTREPRISE PUBLIQUE
: FONDEMENTS THEORIQUES ET EXPERIENCE CAMEROUNAISE
Nonobstant les nombreuses difficultés que traversent
les entreprises publiques camerounaises - révélées par la
crise économique (Bekolo Claude, 1995) - celles-ci occupent toujours une
place importante dans notre économie. C'est fort de cette conviction que
l'Etat camerounais, par le biais de la mission de
réhabilitation10 a proposé des thérapeutiques
afin de les sortir de la tourmente. Ceci est de nature à confirmer
l'idée qu'elles demeurent de véritables supports de
l'activité économique, même si d'aucuns s 'interrogent sur
leur avenir et leur utilité.
Il appert cependant que les restructurations et autres
mesures jusque là préconisées semblent ne pas avoir les
effets escomptés. Il convient alors de revenir un temps soit peu sur la
gestion de nos entreprises publiques, notamment sur les principaux organes qui
en orientent les actions.
L'examen du conseil d'administration mis en cause pour
expliquer les défaillances de gestion au sein de l'entreprise publique
(Tamba I. , 1991) retiendra notre attention (chapitre II) dans l'optique ultime
de déterminer certains de ses dysfonctionnements qui influenceraient la
saine gestion de l'entreprise publique.
Mais avant cela, nous nous attèlerons d'abord à
analyser de manière théorique le concept d'entreprise publique et
sa gestion (Chapitre I) afin de mieux comprendre les écarts par rapport
au cas camerounais.
10 Les éléments de procédure d'une
réhabilitation sont : la réforme juridique (textes de base
conformes), la réforme de l'environnement, la réforme
organisationnelle, la rationalisation des ressources humaines, la
restructuration financière, la réforme de l'approche
managériale et l'informatisation des systèmes de gestion.
Chapitre I
L'entreprise publique et son système de
gestion
La légitimité de l'entreprise publique, surtout
en ce temps de quasi-déclin de ce type d'entreprise, ne semble plus
faire l'unanimité non seulement parmi les chercheurs mais aussi parmi
ses initiateurs ; la tendance est maintenant au désengagement de l'Etat
au profit des entrepreneurs privés dont l'action est jugée plus
dynamique. C'est d'ailleurs pourquoi, dès 1967, Simon Nora faisait
remarquer que la gestion publique ne saurait être automatique, qu'elle
devrait se soumettre au critère de rationalité économique,
gage de sa survie. Il devient alors impérieux, lorsqu'on s'engage
à mener une étude sur ce type d'entreprise, d'en rappeler la
justification de leur existence. Avant d'y arriver, il faudrait en donner une
définition afin de ne pas avoir à s'égarer dans le flot de
définitions qui caractérise l'entreprise publique. C'est
l'objectif que poursuit la première section de ce chapitre (section I).
Cependant, la légitimité de l'entreprise publique à elle
seule ne suffit pas, d'où la nécessité d'en définir
les modes de gestion (section II).
I- Définitions et justifications de l'existence des
entreprises publiques
La définition de l'entreprise publique est une mission
complexe au regard du flou à la fois juridique et opérationnel
qui la caractérise. Mais nous tenterons tout au long de ce paragraphe
d'en déterminer les principales définitions, nous serons
aidés en cela par la recherche des éléments de
définition du concept. Ce n'est qu'après avoir
appréhendé les contours de la notion d'entreprise publique que
nous nous attèlerons à en justifier l'existence dans le tissu
économique.
I-1 Tentative de définition de l'entreprise
publique
I-1-1 Les éléments de la
définition
Il est une réalité qui fait l'unanimité
parmi les chercheurs qui traitent de l'entreprise publique, c'est la difficile
définition de ce concept. Proposer une définition précise
de l'entreprise publique s'avère donc être une mission complexe
à bien des égards. Les
entreprises publiques sont hybrides de nature, elles sont
caractérisées par une grande diversité tant sur le plan de
leurs statuts juridiques que sur celui de leurs activités ; l'entreprise
publique constitue une des composantes du secteur public11. Rivier
(1969) propose cependant que l'on caractérise l'entreprise publique par
les traits suivants :
- le caractère public du capital ;
- les règles de fonctionnement de cette dernière
;
- le rattachement à une collectivité
territoriale.
Toujours dans le même ordre d'idée, Causse (1988)
identifie trois critères de définition de l'entreprise publique
:
- le caractère de l'activité et le degré de
contrainte de service public. C'est ce qui permet de distinguer les
activités des entreprises stratégiques des autres ;
- la propriété de l'organisation concernée
qui donne le droit au contrôle sur la base de la part du
propriétaire ;
- la situation (monopole, concurrence...) dans laquelle
opère cette entreprise publique.
Cette approche par la définition de normes souffre de
limites de plusieurs ordres. Le capital dans les entreprises publiques n' est
pas nécessairement public, il existe des entreprises où le
capital est partagé entre le public et le privé ; les
règles de fonctionnement au sein des entreprises publiques sont loin
d'être uniformes, elles sont influencées par l'appartenance
à un secteur d'activité quelconque. Enfin, le rattachement
à une collectivité territoriale n'implique pas du coup l'Etat.
Au Cameroun, les entreprises publiques, du moins pour ce qui est
de leur statut juridique, se définissent suivant deux catégories
:
- les sociétés à capital public ;
- les sociétés d'économie mixte.
La communauté européenne quant à elle
définit les entreprises publiques comme <<celles sur lesquelles,
l'Etat peut exercer directement ou indirectement une influence dominante.
» Eu égard la diversité caractérisant l'entreprise
publique, on peut néanmoins dire que l'entreprise publique << se
présente d'une manière générale comme
11 Le secteur public est constitué en effet des
établissements administratifs, des sociétés d'Etat et
d'économie mixte qui toutes deux participent de ce qu'on appelle
entreprises publiques. Nous utiliserons indifféremment les expressions
secteur public et entreprises publiques tout au long de notre exposé.
une forme originale de production de biens et services
à mis chemin entre les administrations d'Etat et les entreprises
privées » (Douanla, 1993). Ceci traduit l'idée que
l'entreprise publique, du fait qu'elle soit l'émanation de l'ensemble
des citoyens est soumise aux autorités politiques et en même
temps, elle se doit d'optimiser l 'allocation de ses ressources. C 'est aussi
cette idée qui conduit à la pluralité des
définitions suivantes de l'entreprise publique.
I-1-2 Quelques propositions de
définition
Selon Chevalier F. (1979), l'entreprise publique est une
entreprise produisant des biens et services en vue de leur vente à un
prix qui doit couvrir approximativement leur prix de revient, mais qui est la
propriété de l'Etat ou placée sous son contrôle.
Anastassopoulos J.P (1980) pense que l'entreprise publique est une organisation
ayant pour objet de produire et de vendre des biens et services et dont l'Etat
a la responsabilité. Durupty M. (1986) propose une définition
beaucoup plus large en partant de trois approches : l'approche normative
confère à certaines entreprises publiques un caractère
légal ou réglementaire et fonctionnent dans un but de
contrôle. D'autres ont un caractère jurisprudentiel et
correspondent à une tentative de légalisation des flux de passage
alternatif du secteur public au secteur privé ou inversement. Enfin, les
dernières ont un caractère plus économique, voire plus
gestionnaire et s'efforcent de restituer les caractères
spécifiques des entreprises publiques par rapport aux entreprises
privées.
La multitude de définitions et d'approches de
l'entreprise publique est révélatrice de la complexité du
secteur dont elle relève (secteur public), notamment aux plans de sa
gestion et de ses obj ectifs. Si l 'on retient les deux éléments
suivants : la structure du capital de l'entreprise et le contexte légal
et réglementaire, nous pouvons dire avec Darbelet et Laugine J.M (1984)
que l'entreprise publique est une entreprise dans laquelle tout ou partie du
capital et du pouvoir de décision appartient à une
collectivité publique, c'est-à-dire l'Etat, une région, un
département ou une commune. C'est sous cette approche que sera
abordée l'entreprise publique tout au long de ce travail.
I-2 Justifications de l'existence des entreprises
publiques
L 'accent est mis ici sur le débat relatif à l
'intervention de l 'Etat dans l 'activité économique. Pour les
uns, l'Etat est un simple arbitre et doit laisser le marché
s'autoréguler, c'est la main invisible d'Adam Smith. Une autre
thèse veut que l'Etat assure la restauration de l'équilibre du
marché en cas d'altération de ce dernier. Cependant, outre ce
débat une autre justification de l'entreprise publique est sa mission de
service public.
I-2-1 Le débat sur l'interventionnisme
Trois courants de pensée s'opposent sur ce point.
I-2-1-1 L'analyse du courant du
libéralisme
A- Les classiques
L'approche classique se veut une limitation de
l'interventionnisme étatique. Chaque fois que la consommation d'un bien
est nécessairement collective (bien collectif) et dont la principale
propriété est le non fonctionnement du principe
d'exclusion12 ; ou que la production de tel bien est physiquement
optimale dans les conditions techniques données par une seule
entreprise, l'intervention de l'Etat sera bénéfique à
l'économie. L'optimum ainsi mobilisé dans la seconde proposition
sus-citée est encore appelé rendement social maximal dans
l'analyse libérale. La compréhension de cette dernière
notion nécessite au passage une éclaircie en ce qui concerne la
situation d'optimum économique ou état de redressement social
optimal. En effet, on se trouve dans une telle situation chaque fois que la
modification de l'une des composantes de cette situation entraîne une
diminution du bien être d'un ou de plusieurs individus.13
B- Les néo-classiques
C'est la continuité de l'approche classique ; ainsi, la
notion de bien collectif constitue le fondement du justificatif de l'entreprise
publique pour les économistes du courant néo-classique. Avec la
notion de monopole naturel, les néo-classiques parviennent à
regrouper les activités selon que celles-ci doivent être
nationalisées ou confiées au
12 Voir supra
13 Pour une illustration, voir Douanla (1993), Contribution
à la connaissance des causes des difficultés des entreprises du
secteur public et parapublic au Cameroun, thèse de doctorat
3è cycle en Sciences Economiques, Janvier, p.23
secteur privé. Les activités jugées ne
pas revenir au secteur privé sont ainsi concentrées entre les
mains de l'Etat, généralement sous la forme de monopole
justifiant ainsi l'existence, à tout au moins sur le plan
économique, de l'entreprise publique.
Les degrés d'intervention de l'Etat, sous la forme de
l'entreprise publique, se font ainsi à quatre niveaux.
L'Etat est le garant du respect des règles du jeu de
l'économie de marché, qui peuvent être remises en cause
à tout moment. Il convient alors, non seulement de créer un corps
de législation assurant le respect des règles de la concurrence,
mais aussi et surtout de nationaliser des entreprises ou des secteurs
produisant à rendements constamment croissants.
Deuxièmement, les cas de défaillances, de
lacunes du marché peuvent impliquer une intervention de l'Etat dans la
vie économique. L'Etat peut ainsi assurer la production des biens
collectifs.
De plus, l'Etat peut jouer un rôle de tuteur des
préférences individuelles des consommateurs, on parlera alors de
biens et services sous-tutelle. Deux motifs principaux justifient la mise en
tutelle d'un bien : l'information disponible au niveau des consommateurs est
insuffisante, l'Etat doit alors, par contrainte ou par incitation, orienter les
choix de ces derniers. Dans un second temps, les effets externes étendus
(interdépendances entre centres de décision et non
sanctionnées dans le système des prix) conduisent à la
mise sous-tutelle du bien impliqué.
Enfin, le rôle de répartition des ressources est
dans la vision néo-classique confié à l'Etat parce que
garant de l'intérêt général, d'où son
éventuelle intervention dans l 'activité économique.
La partialité de la justification du secteur public,
notamment l'incapacité du courant néo-classique de rendre compte
de l'existence d'une large part du secteur public productif dans la
quasi-totalité des pays (Nioche J.P. , 1979 ), ainsi que l'absence de
dimension organisationnelle dans l'analyse sont les principaux griefs à
l'approche néoclassique. Cela traduit les difficultés qu'il y'a
à dégager à partir de cette doctrine, une justification et
une définition pertinentes de l'entreprise publique ; d'où le
recours à des approches plus denses en l'occurrence l'approche
keynésienne.
I-2-1-2 Le courant keynésien
Keynes préconise l'intervention de l'Etat au moyen de
la dépense publique afin de restaurer les différents
équilibres du marché détériorés à la
suite de crises. La théorie keynésienne apparaît en effet
dans les années 1920-1930, années de crise et s'interprète
comme une légitimation de la nécessaire intervention de l'Etat
dans l'activité économique dans le but de redonner vie au
marché. L'analyse keynésienne est fondée sur le
modèle de la demande agrégée. Elle part des insuffisances
de l'analyse classique dont l'optimum économique est loin de l'optimum
social, notamment en matière d'emploi. Les keynésiens
définissent la notion d'intérêt public qui se situe au
dessus des mécanismes microéconomiques et justifient ainsi la
gestion publique des affaires. Les entreprises publiques sont alors
perçues comme l'épine dorsale d'un processus
socio-économique qui prend en compte les problèmes d'
équilibre macroéconomique.
Dans la théorie keynésienne, l'Etat est
considéré comme un agent économique agissant au nom de la
société et utilisant au besoin la contrainte. L'Etat doit
dépasser son rôle d'arbitre, car il est l'émanation d'une
volonté générale, pour assurer la régulation du
système économique dans son ensemble. Les entreprises publiques
font donc partie de l'ensemble des politiques mises en oeuvre par l'Etat pour y
parvenir. Ces entreprises doivent alors concourir à la maximisation de
l'utilité sociale.
L'investissement est aussi au coeur de la théorie
keynésienne. L'Etat doit en effet chercher, par l'intermédiaire
de ses entreprises, à limiter les faiblesses conjoncturelles de
l'investissement privé par des augmentations de la formation brute du
capital fixe des entreprises publiques.
I-2-1-3 Le courant marxiste
Pour comprendre le développement marxiste relativement
à l'interventionnisme étatique dans l'activité
économique, il convient de rappeler d'abord le conflit qui oppose la
classe ouvrière aux capitalistes. En effet, les capitalistes ou la
classe dirigeante dans leur processus d'accumulation du capital exploitent les
prolétaires, ce qui conduit ces derniers à des
soulèvements. Pour les marxistes, la création d'un
secteur public n'est donc rien d'autre que l'accumulation
excessive du capital entre les mains des personnes privées.
L'industriel développe un capital en vue de maximiser
son profit. Cependant la réalisation de cet objectif est
contrecarrée par divers facteurs. Il est par exemple impossible
d'augmenter trop fortement le taux d'exploitation des travailleurs, en raison
notamment de la lutte qu'ils mènent en vue de diminuer ce taux. Ainsi,
l'accumulation du capital conduit à une baisse des profits. L'Etat qui
est l'instrument de la classe dirigeante, c'est-à-dire des capitalistes,
s'approprie une partie du capital de l'économie en se contentant de sa
mise en valeur réduite ou de sa gestion simplement
équilibrée voire déficitaire. Ce sacrifice consenti par
l'Etat permet de relancer l'exploitation des capitalistes privés, car si
l'Etat produit une plus-value, il renonce à se l'approprier. Pour les
marxistes, l'Etat perd ainsi sa qualité d'arbitre, de médiateur
neutre que lui reconnaissaient les deux courants de pensée
précédents. C'est un Etat de classe qui se veut à la
disposition de la classe dominante en socialisant les coûts alors que les
profits restent privés. Les entreprises publiques ne sont alors que des
outils permettant de réaliser des transferts de valeur au profit du
secteur privé.
I-2-2 La mission de service public
D'après Bon et Loupe (1977), c'est la mission de
service public qui est le véritable motif de l'existence des entreprises
publiques. Cependant, il pèse sur cette notion une ambiguïté
foncière. Pour les uns il est générateur de la
cohérence d'un ensemble juridique, tandis que pour les autres, il est le
noeud d'une certaine conception de la société civile toute
entière et l'enjeu de la cohésion sociale. La crise aidant, ce
concept a souvent été dramatisé, remettant ainsi en cause
la notion même de service public. Elle s'est ainsi fait de fervents
ennemis (Devolvé, 1985 ; Pisier, 1986) qui l'accusent d'être
foncièrement liberticide d'une part, et d'autres parts elle aura eu des
défenseurs chaleureux qui en font un véritable symbole des
valeurs républicaines (Regourd, 1987 ; Chevallier, 1976, 1984, 1994).
En deçà de ce combat toujours présent
dans l'idéologie comme dans les discours scientifiques, la loi du
marché fait inexorablement peser sur le service public le poids
d'exigences qui le contraignent, le contiennent et viennent
jusqu'à changer son appellation, et donc sa
signification.14
Alors la question se pose, qui semble naïve, mais qui est
impérative. Que faire du service public, de ce service public qui se
réduit à une expérience spatialement limitée (le
service public à la camerounaise) et temporellement discutée
(notion du passé voire dépassée). Faut-il y renoncer, le
moderniser, le repenser ? La question est vaste et complexe, les
réflexions nombreuses et diverses. Toute fois, il existe une voie qui a
été singulièrement délaissée (Espagno D.,
1997) celle de l'analyse des sources de la notion de service public. Si cette
perspective ne peut constituer une investigation complète du sujet, elle
est cependant susceptible d'apporter des éclaircissements.
I-2-2-1 Les dimensions de la notion
Le service public désigne une activité
d'intérêt général prise en charge par une personne
publique ou privée pour le compte d'une personne publique (Espagno D.,
1997) - définition classique mais qui ne détermine qu'un aspect
de la notion. - Il convient cependant d'admettre que cette notion contient
intrinsèquement certaines dimensions qu'il faudrait retrouver.
L'élément déterminant et fondamental de
la notion de service public, c'est le collectif. Dès l'analyse
étymologique, on perçoit qu'elle ne véhicule en aucune
manière une dimension individuelle. Or le critère collectif n'est
pas né de la doctrine de service public. Il est le fruit d'une
perception lointaine, relevant d'une certaine conception de la vie en
société. Dans cette perspective, l'une des premières
sources à laquelle il convient de revenir est constituée par
l'approche de la dimension collective.
Outre la dimension collective, le service public est
également fondé par le bien commun. Une étude de la notion
de communauté dans le cadre du service public supposerait que l'on
s'attache à l'analyse des autres notions de bien commun et
d'intérêt général. De plus il appelle effectivement
des dimensions essentielles différentes du concept de
collectivité.
14 Cf. les notions de service universel, utilities ou encore
monopole naturel.
I-2-2-2 Les sources originelles15 de la
notion
L'exploration des sources originelles du service public se fera
au détour de l'analyse des dimensions collective et communautaire de la
notion.
A- La dimension collective, source de la
notion
Il existe plusieurs manières d'aborder le
phénomène collectif. Nous nous intéresserons notamment sur
la perception philosophique du collectif au travers des pensées
platonicienne et aristotélicienne. Le propos peut paraître
étonnant pour une étude des sources de la notion de service
public. Pourtant, l'analyse des perceptions platonicienne et
aristotélicienne du phénomène collectif permettront de
mieux appréhender comment, dès l'antiquité, le collectif a
été pensé comme un élément fondamental de
l'organisation politique et économique.
1- L'éclairage platonicien
Le concept de collectif n'est pas explicitement
énoncé chez Platon. Pour ce dernier, la Cité naît
d'une nécessaire association politique à laquelle les hommes ont
été confrontés afin de faire face aux difficultés
de la vie. Ainsi donc, de manière brève, l'idée d'une
nécessaire association suppose que l'homme ne puisse pas affronter seul
les pièges de la vie. En revanche, par le biais du groupe, les
difficultés s'estompent. Dans La République, Platon
explique que des nécessités de la vie naît l'association
politique. Dans un premier temps, l'association politique est une association
naturelle, voire spontanée. Il s'agit alors de la Cité nature.
Dans un deuxième temps, la Cité nature ne suffisant plus aux
exigences des hommes, il convient de construire la Cité juste, la
callipolis. Celle-ci suppose l'existence d'un certain nombre de
règles de vie, la mise en place d'un système d'éducation.
En bref, une réelle organisation de la communauté, que nous avons
l'habitude de désigner actuellement par la satisfaction de
l'intérêt général qui est la mission principale de
la Cité de Platon et dont le reflet est l' entreprise publique.
15 Nous distinguons les sources originelles des sources
récentes comme l'intérêt général ou encore la
solidarisme. Pour cette dernière notion voir les travaux de Durkheim.
2- L'éclairage
aristotélicien
A l'opposé de Platon, Aristote fait de la dimension
communautaire le fondement de sa vision de la Société.
L'élément fondamental connu de tous est le postulat selon lequel
«l'homme est par nature un animal politique. » Cette
célèbre affirmation constitue une reconnaissance explicite de la
dimension communautaire ; elle signifie que l'homme est un animal
destiné par nature à vivre en Société.
A partir de ce postulat, Aristote démontre que la
Cité est le système le plus favorable à
l'épanouissement de la communauté et de ses membres. De ce fait,
l'organisation politique et économique dépend entièrement
de cette dimension collective garantie par l'intervention de l'Etat dans
l'économie au moyen des entreprises publiques.
La matérialisation politique, juridique et
économique du collectif se manifeste notamment, par l'institution d'un
certain nombre de grands services administratifs qu'il convient de
désigner par l'expression grands services publics. La dimension
collective peut ainsi être considérée comme une
véritable source de la notion.
B- Bien commun et notion de service public
Ce sont les liens qui se tissent entre la notion thomiste de
bien commun (Gilson, 1930,1948 ; Michel, 1931 ; Chenu, 1993) et la notion de
service public, parce que particulièrement significatifs en tant que
source du service public, qui seront mis en évidence ici. Alors que chez
les philosophes grecs l'objectif de l'homme doit être d'atteindre le
bien, chez le philosophe chrétien, l'ultime but de l'homme consiste en
l'atteinte du bien commun. Cette notion qui vient relayer celle du bien naturel
et individuel est une des clés de voûte de la doctrine thomiste.
La question est alors de savoir dans quelle mesure le bien commun peut
être une des composantes de la notion de service public ?
Le concept de bien commun, en jouant le rôle de principe
philosophique dans la doctrine de l'Eglise, a eu pour conséquence de
contribuer à la mise en place d'un certain esprit de solidarité.
En ce sens, il apparaît comme un élément
générateur du service public.
Le bien commun exerce d'un point de vue des sources une
influence sur celle de service public dans la mesure où elle met
à jour une perception particulière de la solidarité et de
la réciprocité, éléments déterminants du
service public.
A bien des égards, la notion thomiste apparaît
comme l'expression religieuse d'un concept, l'intérêt
général, que l'on retrouve dans la définition de la notion
de service public. Or si l'on peut parvenir à poser le principe selon
lequel le service public consiste, notamment en la satisfaction de
l'intérêt général, c'est parce qu'avant
l'intérêt général il y'a eu le bien commun. C'est
à partir de cette doctrine du bien commun qu'un certain nombre de
solidarités se mettent en place et que l'Etat prend en charge des pans
entiers de la question sociale.
Charité, fraternité, solidarité
(Chevallier et alii., 1992), sont trois des éléments
instillés par la doctrine du bien commun et que l'on retrouve
implicitement dans la notion de service public. En ce sens, le principe du bien
commun semble être générateur de l'idée de service
public et plus particulièrement de l'approche théorique du
service public. Il est en effet difficile d'aborder la question du service
public en excluant celles de l'intérêt général et du
bien commun.
II- Les systèmes de gestion du service public
Une fois précisées les définitions et les
différentes justifications de l' existence des entreprises publiques, il
paraît désormais important de savoir quelles méthodes et
outils utilise-t-on pour en assurer la gestion. Tel est le leitmotiv de cette
deuxième section ; ceci dit, avant d'en arriver là nous proposons
que soit revisité le concept de gestion lui-même dans sa
globalité avant d'en définir les contours pour ce qui est des
entreprises du service public.
II-1 L'existant en matière de gestion
d'entreprise
Il nous est essentiellement fourni par la théorie des
organisations et fait apparaître deux tendances : une gestion
traditionnelle appréhendée par le taylorisme et faisant
référence aux exigences d'augmentation de rendement dans les
ateliers d'usines industrielles et de l'autre côté, après
les années 70 notamment une gestion de la firme se voulant plus
modernisée. C'est cette deuxième tendance qui va susciter la
naissance
du concept de gestion stratégique, suite aux
contributions des chercheurs de la Harvard Business School (HBS) et d'Igor
Ansoff (1965). L'expression de gestion stratégique est alors
substituée à celle de « politique générale de
l'entreprise » encore assimilée par certains chercheurs à la
« gestion prévisionnelle. »
II-1-1 L'approche traditionnelle de la gestion
d'entreprise
Elle est constituée respectivement de l'organisation
scientifique du travail (OST), de la prise en compte progressive du management
et de l'introduction de la rationalité dans la conduite de la firme.
I-1-1-1 L'organisation scientifique du
travail
C'est l'invention de Taylor F.W. qui a ainsi eu le mérite
de formaliser la science de l'organisation. Son oeuvre va par la suite
être revue et augmenter par Henry Ford.
A- Le taylorisme (1 856-1945)
F.W. Taylor développe le système des salaires
aux pièces et étudie les éléments ayant trait
à la productivité, à la qualité du travail, au
moral des travailleurs et à la façon de les
rémunérer. Cette analyse débouche sur les cinq principes
de l'organisation du travail que voici :
- les tâches doivent être décomposées
en éléments constitutifs ;
- chaque élément doit être analysé
afin de rechercher la meilleure méthode d'exploitation ;
- les éléments de chaque tâche doivent
être intégrés, et il est nécessaire d'établir
des normes de rendement ;
- les employés doivent être
sélectionnés et entraînés d'une façon
scientifique ;
- les travailleurs doivent être
rémunérés en fonction du rendement.
Pour ce qui est du premier principe, notamment la
décomposition des tâches en gestes élémentaires
à durée imposée, il permet de parcelliser et
d'individualiser les opérations
humaines qui apparaissent alors en << miettes
>>16 pour reprendre l'expression de Friedmann G. (1956).
L'O.S.T a certes le mérite de formaliser l'action dans
l'organisation, mais elle participe en même temps à
déshumaniser une catégorie de personnes, notamment les
employés dont la seule tâche dans l'organisation se résume
en l'exécution.
B- Le fordisme
La contribution de Ford à l'O.S.T
développée par Taylor consiste en la quasimécanisation de
la chaîne de production. Cette dernière, à travers la
simplicité des gestes qu'elle induit, assure une rapidité, source
de la productivité. La répétition et la monotonie sont
cependant des griefs contre ce système. En effet, la mise en oeuvre du
capitalisme automatique va enlever au travailleur la petite parcelle
d'activité intellectuelle qui lui restait, et réduire son travail
à une tâche de surveillance purement <<réflexe
>> car le principe mécanique, en donnant à la machine l'art
de façonner l'objet, met presque à l'écart l'ouvrier. Le
fordisme se caractérise cependant par trois aspects :
- le << rapport de production fordien >>17
, c'est l'expression de la production en grande série de
marchandises dont la valeur unitaire en termes de temps de travail
nécessaire est abaissée ;
- le << rapport salarial fordien >>18
, c'est la substitution du salaire au temps : au salaire à la
pièce. Elle regorge une double dimension : le salaire direct garanti par
les formules d'indexation des salaires sur les prix des biens de consommation ;
et le salaire indirect (chômage, santé, vieillesse) apportant
quelques garanties concernant la reconstitution de la force de travail ;
- la << configuration fordienne de la division du
travail >>19 , c'est la liaison établie entre norme de
production et norme de consommation à l'origine de la production en
16 Friedmann G., (1956), Le travail en miettes,
Gallimard, paris
17 Le << rapport de production fordien >>
désigne les conditions particulières de production des biens
suscitées par la rationalisation taylorienne et fordienne du travail et
de la production.
18Le << rapport salarial fordien
>> désigne ce qui a trait aux modalités institutionnelles
et concurrentielles de fixation des salaires et des revenus secondaires.
19 La << configuration fordienne de la division sociale du
travail >> désigne les contours du fractionnement et du
sectionnement de l'appareil productif.
masse. Les secteurs ainsi concernés sont ceux de
l'automobile, le logement et plus généralement les biens
d'équipement des ménages.
La rigidité du système (Ansoff I., 1965) est le
principal reproche fait à l'O.S.T, que ce soit dans l'optique de Taylor
ou de Ford, d'où le recours aux principes de management pour le
combattre.
II-1-1-2 La dimension management de la gestion
d'entreprise
Elle est entendue comme << le processus
d'accomplissement des objectifs de l'entreprise par le personnel >>
(Besong M., 1988). C'est donc l'ensemble des moyens à mettre en oeuvre
pour déterminer l'orientation de l'entreprise et la guider vers ses
objectifs qui est mobilisé ici. Ansoff I., (1965) la compare ainsi
à << un vaste complexe d'activités comportant
études, décisions, communications, direction, motivation, mesures
et contrôles. >> Les pionniers du management (Fayol H., 1841-1925 ;
Mayo E., 1880-1949) estiment que c'est le processus opérationnel qui se
prête le mieux à la compréhension de l'entreprise à
travers une étude globale de ses fonctions. C'est Fayol qui en distingue
les toutes premières : planifier, organiser, commander, coordonner et
contrôler (P.O.D.C) tandis que Drucker F. les regroupe en cinq
catégories : la fixation des objectifs, l'organisation du travail, la
motivation, l'évolution de la firme et le développement du
personnel. Le tableau suivant en illustre les techniques.
Tableau I-1 Les techniques
traditionnelles de management
|
Face à l'avenir
|
Face aux clients
|
Face à l'environnement
|
Face à l'obj ectif interne
|
|
Techniques
|
Planification
|
Marketing
|
Marketing Mutisme
|
Contrôle Paternalisme
|
Source: Tsafack Nanfosso R., (1992), p. 31
La lecture de ce tableau nous enseigne que la planification,
catalogue des actions à entreprendre dans tous les domaines de la vie de
l'entreprise, s'impose à celle-ci afin
de prévenir les mutations de l'environnement. Le
marketing lui permet d'avoir une bonne perception des attentes de la
clientèle, et face à l'environnement il permet de procéder
à une exploration permanente du marché. L'organisation interne
quant à elle combine les techniques de contrôle et les
comportements pécuniairement paternalistes.
II-1-1-3 L'approche rationnelle de la gestion
d'entreprise
Elle fait la part belle aux techniques quantitatives de
gestion. Deux catégories retiendront notre attention : les
modèles de gestion en environnement certain et les modèles en
avenir aléatoire.
A- Les modèles de gestion du
prévisible
Les méthodes de prévision et de programmation en
constituent le fondement.
La prévision est un élément clé de
tout processus de gestion. Elle permet de prévoir l'évolution de
l'environnement de l'entreprise à travers tous les facteurs pouvant
exercer une influence sur ses résultats. On dispose à cet effet
de techniques quantitatives et qualitatives et/ou endogènes et
exogènes.
Les techniques quantitatives sont basées sur
l'étude des données chiffrées caractérisant une
variable économique permettant ainsi de mettre en évidence des
régularités susceptibles de se produire et à partir des
quelles il est concevable de faire des prévisions sur l'état
futur de cette variable. Les méthodes qualitatives recourent
partiellement à des données chiffrées, mais elles
procèdent beaucoup plus par intuition.
Les techniques endogènes de prévision ne
retiennent que le temps comme variable explicative de l'évolution des
phénomènes tandis que les techniques exogènes prennent en
compte d'autres variables en plus du temps.
La programmation revêt deux formes : la programmation
mathématique recouvre un ensemble de techniques d'optimisation sous
contraintes, et la programmation dynamique elle s'impose lorsque la
décision change de période en période.
B- Les modèles de gestion en situation
d'incertitude
C'est en effet la situation la plus récurrente en
matière de gestion d'entreprise. En cas de possible probabilisation de
l'environnement, l'analyse de Bayes est indiquée pour la prise de
décision, pendant que la théorie des jeux s'adapte en situation
non probabilisée. Les critères de Laplace, Wald, Hurwicz et
Savage constituent en ces cas de meilleurs techniques face au choix des
investissements.
Les modèles de gestion rationnelle en traitant de la
prévision, de la programmation et de l'incertitude permettent d'engager
le pas vers une gestion moderne de l'entreprise.
II-1-2 L'approche modernisée de la gestion
d'entreprise
Elle s'articule autour de trois principaux points ayant tous
en commun la caractéristique de mettre à la disposition des
entreprises de nouvelles voies pour faire face à l'instabilité de
plus en plus soutenue de l'environnement.
II-1-2-1 La stratégie
La stratégie fait son apparition dans le domaine de
gestion d'entreprise avec l'ouvrage20 pionnier d'Igor Ansoff
publié en 1965. Il s'agit en effet de la manipulation d'un ensemble de
quatre grandes masses21 ayant une influence certaine sur les
décisions d'envergure que l'entreprise est amenée à
prendre pour, selon les cas, préserver sa survie, se redresser ou
poursuivre son développement. Ainsi, << faire de la
stratégie consiste donc, essentiellement à placer l'entreprise
dans une position - notamment à l'égard des forces
concurrentielles - telle qu'elle puisse dégager durablement une
performance jugée suffisante par les dirigeants et autres parties
prenantes (actionnaires, personnel, banques...) » (Martinet A., 1987). La
diversité des outils utilisés ainsi que l'éparpillement
des plans où se situent les auteurs des diverses contributions
théoriques et pratiques fait de la pensée stratégique une
discipline disparate en dépit de sa relative jeunesse. C'est sans doute
dans ce mouvement que s'inscrit le management stratégique défini
<< comme la formulation de l'exécution de plans mettant en relief
les activités touchant à ce qui est vital, répandu et
d'une
20 Igor Ansoff, (1965), Corporate strategy, Mc Graw
Hill
21 Selon Charles Martinet, (1987), il s'agit du projet du groupe
dirigeant, de l'environnement économique, des compétences, des
ressources de l'entreprise et enfin des obligations et pressions sociales
externes.
importance permanente pour l'organisation. » Le
schéma qui suit en présente les différentes
articulations.
Figure I-1 Le processus du management
stratégique

Planification stratégique
Planification des compétences
Exécution stratégique
Gestion de l'évolution discontinue
Source: Tsafack Nanfosso R., p.44, opt. cit.
D'après la figure, les objectifs de l'organisation se
définissent dans le cadre de la planification stratégique. La
mise en oeuvre de l'exécution de la stratégie,
c'est-à-dire engager vis-à-vis de l'environnement des manoeuvres
stratégiques découlant des orientations choisies et
adoptées, ne peut parfaitement s'opérer que par l'étude
des compétences managériales et aptitudes de l'entreprise.
II-1-2-2 Le nouveau management
La nécessité d'adopter un nouveau management
fait suite à la montée ainsi qu'à la persistance des
turbulences de l'environnement. En référence aux quatre
éléments évoqués précédemment lors de
l'étude du management traditionnel, le tableau suivant montre les
nouvelles méthodes adoptées pour la gestion d'entreprise.
Tableau I-2 Les techniques du
management moderne
|
Face à l'avenir
|
Face aux clients
|
Face à l'environnement
|
Face à l'organisation interne
|
|
Techniques
|
Projet d'entreprise mobilisateur
|
Vente
|
Marketing Communication
|
Motivation active Action à tout prix
|
Source: Tsafack Nanfosso R., p.45, opt. cit.
Nous remarquons que le marketing perd son prestige face
à la clientèle, on lui préfère désormais la
vente au sens de Bloch, Hababou et Xardel (1986) pour qui << vendre c'est
se taire. >> L'entreprise doit être capable de saisir, au travers
d'attitudes, de critiques, de signes plus ou moins perceptibles les
véritables attentes des clients et au delà celles du
marché. Cependant, le marketing conserve sa mission d'exploration face
à l'environnement. Et face à l'organisation interne, l'accent est
désormais mis sur la motivation du personnel plutôt que sur
l'amélioration des conditions de travail au sens strict.
II-1-2-3 L'offensive
Selon la théorie behaviouriste (Cyert et March, 1970)
l'entreprise est un système dont l'équilibre est sans cesse remis
en question du fait des variations que subit l'environnement. Il convient de ce
fait, comme le pense Tabatoni P., (1974), que les entreprises attaquent
l'environnement au lieu de seulement chercher à s'y adapter. Cela
participe de la flexibilité offensive22 de l'entreprise.
Le processus d'innovation en constitue le nerf. C'est <<
la mise en application originale et porteuse de progrès d'une
découverte, d'une invention ou tout simplement d'un concept >>
(Barreye P-Y., 1976). On lui assigne plusieurs objectifs, qui
résumés, amène à distinguer les innovations
à caractère imitatif des innovations absolues ou innovations de
rupture. De ce qui précède, on retiendra que la
flexibilité offensive traduit l'aptitude de l'entreprise à
modifier l'environnement par la production et la
22 Pour une vue plus détaillée, voir Tsafack
Nanfosso R., opt. cit.
distribution des nouveautés viables sur le plan
commercial, afin de dégager un avantage comparatif par rapport à
la concurrence (Tsafack R., 1992).
II-2 Les articulations de la gestion du service public
La sous-section précédente nous a permis de
revisiter le concept de gestion, on a ainsi pu mettre en évidence ses
deux principaux aspects, le traditionnel et le modernisé notamment.
Cependant, il faut dire que les techniques, telles qu'elles ont
été développées faisait plus
référence à la gestion des entreprises privées
qu'à celle des entreprises produisant des biens collectifs, donc
publics. Il est alors intéressant pour nous de savoir ce qu'il en est de
cette catégorie d'entreprises. Nous examinerons, pour ce faire, tour
à tour, les spécificités de la gestion publique par
rapport à la gestion privée et les différentes fonctions
(quatre) de gestion de l'entreprise publique.
II-2-1 Les faits non marchands
Deux points ressortent particulièrement pour aborder
les spécificités de la gestion publique dont l'accroissement de
la diversité et de la complexité des biens concernés par
ce type de gestion (ceux relevant de l'Etat) a conduit à la qualifier
par une négation : le non marchand.
II-2-1-1 Les organisations à but non
lucratif
Une organisation à but non lucratif (OBNL) est une
organisation dont le mobile d'action n'est pas un avantage monétaire
proportionnel à la cotisation de chacun de ses membres. Cette
organisation - publique ou privée - produit des biens ou des services au
profit de ses adhérents ou de ses non-adhérents.
L'adhésion étant cependant volontaire ou obligatoire. Toutes les
organisations publiques relèvent de cette catégorie. Mais il
existe aussi des grandes OBNL privées, c'est le cas des mutuelles
d'assurance, des coopératives de production ou d'achat, des
organisations caritatives, des syndicats, des clubs, etc. Les OBNL sont aussi
appelées institutions non marchandes (INM).
II-2-1-2 Les biens et services collectifs
Deux singularités caractérisent les biens
collectifs purs : la non-rivalité et la non-exclusion. La
non-rivalité signifie qu'un bien disponible pour un individu l'est aussi
pour tout autre, sans modification de la quantité disponible pour
chacun. La non-exclusion signifie que tout consommateur se trouvant dans un
espace donné, et éventuellement sous réserve de sa
capacité à être consommateur accède librement
à l'usage de ce bien. Il faut cependant signaler avec Samuelson P. que,
le fait que le bien soit disponible pour tous n'implique pas le même
degré de satisfaction.
Ces deux caractéristiques permettent alors de faire la
différence entre les biens publics et les biens privés. Pour les
derniers, la demande totale d'un bien s'obtient en additionnant horizontalement
les demandes individuelles, ce qui signifie que pour satisfaire une demande
supplémentaire il faut accroître la production. Au contraire, pour
un bien public, la demande totale s'obtient en additionnant verticalement les
demandes individuelles ; une demande supplémentaire non seulement ne
nécessite pas une augmentation de la production, mais encore elle permet
d'abaisser le coût moyen par consommation. Le tableau suivant
résume bien ce mécanisme.
Tableau I-3 La dualité
duale
|
Biens
Variables
|
Bien privé pur
|
Bien public pur
|
|
Quantités consommées
q1, q2, , qi, ,qn
|
n
~ qi = qt
i = 1
|
|
q1 = q2 =
|
=qn = qt
|
|
Prix
p1, p2, , pi, ,pn
|
p1 =p2=
|
= pi....= pn=cm
|
n
E pi = CT
i= 1
|
|
1,2, , i, , n : indice caractérisant les individus
p : prix ; qt: quantité
totale ; q: quantité ; CT : coût
total ; c: coût ; cm: coût
marginal.
Source: Kolm S.C., (1970), L 'Etat et le
système des prix, Dunod, Paris.
Les biens publics purs existent rarement. En revanche, il
existe de nombreux biens qui possèdent simultanément tel ou tel
attribut de bien collectif et de bien privé : il s'agit des biens
collectifs mixtes23.
En ne retenant que deux catégories, les biens
privés et les biens collectifs et deux organisations de production
(entreprise et INM), il apparaît la distinction suivante entre la gestion
des entreprises publiques et celles du domaine privé.
Figure I-2 Le graphe des modes de
gestion
|
Organisation
Public
Privée
|
|
Cahier des charges
Concurrence
|
Monopole
Indicateur de succès
|
|
|
|
|
|
Bien
Source: Le Duff R., Papillon J.-C., (1988), p.37
Le graphe nous indique que le cahier de charges et le monopole
sont les deux modes de gestion qui relèvent du domaine des entreprises
publiques.
II-2-2 Les principales fonctions de gestion du non
marchand
Nous articulerons notre propos autour de quatre principales
fonctions qui singularisent le mieux la gestion des biens collectifs. Il s'agit
notamment de la tarification, du marketing, de la gestion des achats et de la
gestion des ressources humaines (GRH).
23 Voir Le Duff R. et Papillon J.-C., (1988).
II-2-2-1 La tarification publique
Les objectifs poursuivis par la tarification sont divers et
parfois contradictoires ; les plus souvent cités sont le bien-être
et la solidarité. Dans le premier cas, l'usager doit couvrir le
coût pour la collectivité ; dans le second, la tarification est
l'occasion d'un transfert de richesses des plus riches vers les plus pauvres.
Avant d'analyser ces objectifs, attardons nous quelque peu sur les
généralités de la tarification.
A- La tarification en bref
Les critères de tarification
généralement admis sont liés entre autres à la
production, à l'échange et à la consommation. Relativement
à la production, la tarification tient compte de la quantité, de
la qualité et du mode de production. Les critères liés
à l'échange intègrent les circonstances qui varient avec
le moment de la délivrance du service, et les indicateurs de
quantité. Une double discrimination sur le plan notamment de l 'usager
(vieux et j eunes par exemple) et de l 'usage caractérise les
critères liés à la consommation.
De ces critères naissent deux tendances opposées
en matière de structure tarifaire (voir tableau I-4) : la tendance
à l'uniformisation et celle relative à la modulation. Les
dispositifs de tarification visent à répondre à trois
questions : qui va payer ? selon quelles modalités ? et qui va recevoir
les sommes versées ?
Pour ce qui est des payeurs, le plus fréquemment ce
sont les utilisateurs des services publics. C'est le cas des hôpitaux ou
l'expression de « tiers payant » est bien connue. La figure I-3 en
constitue une illustration.
Les modes de perception varient avec le type de tarif et de
service rendu. Selon l'agencement temporel du paiement, les modes de perception
sont au préalable, concomitant et postérieur.
L'affectation des ressources fait de l'organisme public
prestataire du service le bénéficiaire des recettes et les impute
entièrement à son crédit.
B- Le bien-être optimal et la
solidarité
La recherche du bien-être impose que chacun paye le
coût de sa consommation ce qui conduit l'INM à fixer tous les prix
au niveau du coût marginal. Il lui revient donc de
calculer les coûts marginaux de ces diverses productions en
y incluant, le cas échéant, les coûts que son
activité fait supporter à la société.
Tableau I-4 La structure
tarifaire

Création de multiples services
différenciés
Service unique
Critère lié à la qualité ou à
l'occasion
Discrimination fine selon l 'usager
Tarifs identiques pour tous
Critère lié à l'usager
Tendance à Dimension sur laquelle Tendance
à la
l'uniformisation porte le choix tarifaire
modulation
Forfaitisation ou tarif proportionnel aux quantités
Critère lié à la quantité
Tarif par tranches (dégressif ou progressif)
|
Source: Le Duff R., et Papillon J.-
|
C., (1988), p.137
|
Figure I-3 Illustration du «
tiers payant »
Cotisant

Malade
Hôpital
S.S
Mutuelle complémentaire
Flux financier Service rendu S.S : service social
Prestation
Source: Le Duff R., et Papillon J.-C., (1988), p.138
Si la référence est faite à la
solidarité, la tarification va se faire influencer par les subventions.
Tantôt certains usagers subventionnent d'autres usagers ; ces subventions
croisées sont invisibles de l'extérieur tant que l'INM a un
monopole public. Tantôt les subventions proviennent du budget
général. Dans ce dernier cas, elles peuvent être
suffisantes pour que le service soit gratuit. Cependant quelles que soient
leurs formes, les subventions posent les problèmes d'efficacité
économique, de la réalité de la solidarité et de la
liberté individuelle.
II-2-2-2 Le marketing public
L'amélioration de la gestion du service public est
susceptible de s'opérer au moyen de son marketing. Cependant dans le
service public il a plutôt un souci de la légitimation du secteur
public.
A- La participation des usagers
Le succès de nombreux services publics est
conditionné par l'adhésion des usagers. L'INM a donc
intérêt à les convaincre de modifier leur conduite dans un
sens favorable pour tous. Les moyens dont elle dispose sont entre autres la
persuasion, l'information mais surtout la coercition.
B- Le marketing, légitimation de
l'INM
Les institutions ont le devoir de rendre des comptes à
leurs mandants, l'information va constituer de ce fait un moyen de
démontrer que les dirigeants ont bien interprété les
désirs des mandants, voire défendu leurs véritables
intérêts, cependant qu'ils n'en ont pas tous une claire
conscience.
II-2-2-3 La gestion des achats
L'acheteur public, du fait de l'importance des achats
effectués par les diverses autorités publiques
représentant une grande part de la demande nationale, est de loin le
premier. Il convient donc d'en analyser le processus.
A- Les procédures normales de passation des
contrats
Deux principaux objectifs sont visés : l'obtention du prix
le plus bas et l'équité entre les offreurs.
En référence à ces objectifs, on distingue
aujourd'hui quatre modes de passation des marchés publics.
1- L'adjudication
C'est le mode de passation le plus ancien et le plus
rigoureux. L'adjudication ouverte et l'adjudication fermée sont ses deux
composantes. Dans la première, tout fournisseur peut soumissionner ;
alors que dans la seconde, le soumissionnaire doit au préalable avoir
été retenu. Indifféremment du cas de figure, quatre
conditions sont obligatoirement remplies.
- La publicité de l'ouverture des soumissions et de
l'attribution provisoire du marché.
- L'attribution du marché, si une soumission au moins
répond aux conditions de l'adjudication.
- L'attribution du marché à l'offreur le moins
disant.
- La fixation d'un prix maximum au-delà duquel
l'adjudication ne sera pas prononcée.
Le fait que l'adjudication soit manipulable, fait qu'on lui
préfère l'appel d'offres.
2- L'appel d'offres
Deux points l'en distinguent du précèdent.
- L'ouverture des plis n'est pas publique. Les ententes sont
donc particulièrement découragées.
- L'attribution du marché ne va pas obligatoirement au
moins disant. La commission chargée de l'attribution examine les
différents dossiers et choisit le meilleur candidat en fonction de
critères qui lui sont propres. Le prix est cependant un critère
déterminant.
3- La négociation
Cette démarche se rencontre très peu souvent. Elle
a cependant le mérite d'être moins contraignante que les deux
précédentes du point de vue des formes à respecter,
elle
garanti aussi une plus grande autonomie. Elle n'assure pas
l'égalité entre tous les fournisseurs aussi son utilisation est
limitée.
4- Les achats sur facture
L'existence de monopole au niveau des fournisseurs et la
faible importance de l'achat entraînent la disparition de toutes les
procédures suscitées. L'acheteur public n'est plus qu'un acheteur
ordinaire qui paie le prix qu'on lui demande.
B- Les dérogations
Elles sont nombreuses et constituent ne pas toujours à
proprement parler des dérogations.
La participation à une centrale d'achats :
elle est comparable, du moins en partie à un achat sur facture.
L'acheteur public commande ses fournitures à une centrale publique
d'achats.
La commission d'enquête : elle doit s'assurer que
l'acheteur public ne fait pas trop la part belle au fournisseur.
La négociation : elle est spécifique au
secteur. Ainsi, les hôpitaux et les hospices publics peuvent en
être autorisés par décision préfectorale.
II-2-2-4 La gestion publique des ressources
humaines
Dans la quasi-totalité des pays, les services publics
constituent pour la plupart d'entre eux de véritables entreprises de
main-d'oeuvre. D'où l'intérêt qu'il y'a à observer
comment se fait la gestion de cet important patrimoine. Théoriquement,
l'organisation de la fonction publique obéit à deux
systèmes : celui de la carrière et celui de l'emploi.
A- Le système de carrière
Ici le fonctionnaire est recruté à un certain
niveau dans un corps et dans un grade donnés. Il peut ensuite monter
dans la hiérarchie en fonction de l'appréciation de ses
résultats et dans des proportions plus ou moins fixées. Les
techniques de recrutement dans ce système encouragent le mérite,
tant à l'entrée qu'à l'intérieur. Le concours
s'avère donc être la technique la plus indiquée.
B- Le système de l'emploi
Dans ce système, l'agent est recruté pour
occuper un poste bien déterminé, dans lequel il reste pour une
période fixée ou indéfinie et sans aucune
évolution, sauf les augmentations de traitement, qui peuvent être
liés à l'ancienneté ou aux performances. Les techniques de
recrutement utilisées sont la sélection des agents et le
recrutement automatique. Ce dernier est le plus présent et consiste
à embaucher tous les candidats titulaires d'un certain diplôme.
Au terme de ce chapitre théorique se rapportant aux
fondements et aux modes gestion des entreprises publiques, les leçons
suivantes mérites d'être retenues. Premièrement,
l'entreprise publique est une composante importante du tissu économique
tant du point de vue du courant classique que de celui des marxistes en passant
par les keynésiens. Deuxièmement, ses modes de gestion se
différencient nettement de ceux appliqués dans les entreprises
privées, même si l'objectif à la fin est quasiment le
même. Qu'en es-il de la gestion des entreprises du secteur public au
Cameroun, évidemment au regard de ce qui a été
développé sur le plan théorique ? C'est la question
à laquelle se propose de répondre le chapitre suivant
consacré exclusivement à l'exploration du secteur public
camerounais.
Chapitre II
La conduite des entreprises publiques camerounaises
: les déficits de gestion
Au lendemain de l'indépendance, la
nécessité de prendre en main notre économie s'est
imposée. Il est trivial de dire que les années d'avant
indépendance sont caractérisées par une mise à
l'écart des nationaux de la vie politique et économique du pays.
En raison de l'absence, mieux du manque de mâturité de
l'initiative privée, ce rôle d'impulsion de l'économie va
être pris en charge par l'Etat au moyen de la création de
nombreuses entités économiques et juridiques que l'on regroupe
sous le vocable d'entreprises publiques. Ce vaste mouvement est animé
par ce qui était appelé à cette époque là
libéralisme planifié.
Il faut dire aussi que cela aura valu d'énormes
sacrifices, notamment sur le plan financier. En effet, la mise en place des
entreprises publiques camerounaises a nécessité près de
750 milliards24 de Francs CFA. Cependant, dès les
années 80, le contexte de délabrement de l'économie, sur
les plans international et local, aidant, l'on va s'apercevoir que ces
dernières sont en difficulté.
Notre objectif principal dans ce chapitre deuxième est,
après avoir de façon théorique justifier l' existence et
la gestion des entreprises publiques dans le précédent, de
dresser un bilan complet de la situation des entreprises publiques depuis leur
création jusqu'à nos jours. Pour ce faire, il convient de
présenter comment s'est opérée la gestion des entreprises
publiques camerounaises et quels sont les obstacles qui se sont imposés
à celles-ci. Elles relèvent pour la plupart de l' « inertie
» des organes de gestion à l'instar du conseil d'administration
(section II). La réalisation de cette tâche sera cependant
précédée par la mise en exergue des premiers pas (section
I) de ce qui était encore jusqu'à une certaine date
considéré comme l'espoir des camerounais.
24 Voir infra.
I- La constitution du secteur public camerounais
La présentation de la naissance des entreprises
publiques au Cameroun exige que l'on en saisisse le contexte avant de
s'attarder sur les différents actes qui en constituent l'ossature.
II-1 Le contexte de création des entreprises
publiques
C'est le contexte d'un pays nouvellement indépendant,
caractérisé par des élans d'ambitions politiques de la
part de chaque faction ayant participé à la lutte pour
l'obtention de la libération. Malheureusement, cette transition ne va
pas s'opérer sans heurts pour le cas camerounais contrairement à
d'autres pays nouvellement indépendants eux aussi à l'instar de
la Côte-d'Ivoire ou encore le Sénégal. Cette
instabilité sur le plan politique va entamer quelque peu les efforts
menés sur le plan économique.
I-1-1 La situation politique
La course vers l'indépendance s'est
opérée dans une atmosphère de lutte armée, l'on se
souvient encore du célèbre maquis. L'accession du Cameroun
à l'indépendance, le 1er janvier 1960 ne va pas mettre fin
à cette lutte présente sur l'ensemble du territoire. L'histoire
de la lutte politique nous apprend les difficultés rencontrées
par le jeune pouvoir dont l'ex-président Ahmadou Ahidjo assurait la
direction.
En effet, des factions armées refusaient de
déposer leurs armes justifiant ce comportement par l'absence de
représentativité de l'équipe au pouvoir. Pour eux,
l'indépendance n'avait pas été accordée grâce
au dialogue mais par la seule force des armes. Bénéficiant alors
d'une réelle sympathie dans certaines grandes provinces du pays, les
résistants vont mettre à mal l'autorité de l'Etat, les uns
parleront même de son « illégitimité » (Tedga,
1990). Le gouvernement avait donc grand besoin de s'affirmer, ce qui peut
expliquer les coûteux investissements pour assurer la
sécurité du pays et l'éradication à la longue de la
rébellion armée. La pression constante de certains groupes
armés et la volonté des pouvoirs publics de les faire
disparaître
avaient certainement pris le pas sur les questions de
développement économique comme nous le verrons dans ce qui
suit.
I-1-2 Les conséquences sur l'économie
L'incertitude, mieux l'instabilité du politique a
inévitablement déteint sur l'économique. Hormis les
entreprises rentrant dans le domaine public français et britannique, qui
devaient, quelque temps après changer de nationalité
(Electricité du Cameroun, Power Cameroon, Imprimerie Nationale,
Régie des Chemins de Fer, Cameroon Development Corporation ...),
très peu d'entreprises furent créées entre 1960 et 1969.
Le tableau ci-dessous retrace un peu le rythme de création des
entreprises publiques sur cette période.
Tableau II-1 Entreprises publiques
créées entre 1960 et 1969 par secteur
|
Entreprise
|
Secteur d'activité
|
Année de création
|
|
Société Sucrière du
|
|
|
|
Cameroun (SOSUCAM)
|
Primaire
|
1964
|
|
Contreplaquées du
|
|
|
|
Cameroun
|
Primaire
|
1966
|
|
Société camarounaise des palmeraies
(SOCAPALM)
|
Primaire
|
1968
|
|
Crevettes du Cameroun
|
primaire
|
1968
|
|
Equatoriale électrique
|
Secondaire
|
1964
|
|
Société Nationale des Eaux du Cameroun (SNEC)
|
Secondaire
|
1967
|
|
Parc national de génie civil
|
Secondaire
|
1967
|
|
Banque camerounaise de développement (BCD)
|
Tertiaire
|
1962
|
|
Société Nationale d'Investissement (SNI)
|
tertiaire
|
1963
|
Source: L'auteur à partir des informations
contenues dans Tedga P.J-M., (1990).
Au total, l'Etat n'avait pu créer qu'une dizaine
d'entreprises publiques en dix ans d'indépendance. La situation
était autrement pour les pays comme la Côte-d'Ivoire et le
Sénégal ; les autorités n'y ont eu pour seul souci que le
développement économique et social de leurs jeunes nations
certainement favorisé par ce calme qui prévalait sur le plan
politique.
Avant d'entamer le volet des actes qui ont vraiment
contribué à créer le secteur public camerounais, il est
une société qui mérite qu'on s'y attarde un peu, parce que
constituant le symbole de l'Etat camerounais investisseur.
I-1-3 La Société Nationale
d'Investissement (SNI)25
La SNI constitue un véritable holding26 pour
l'Etat camerounais. En effet, quand on parle de l'Etat investisseur, c'est
surtout au regard de la place prépondérante que la SNI occupe
dans l'économie de notre pays. Ce rôle va être mis en valeur
successivement en déclinant l'identité de cet outil et dans une
autre mesure en présentant dans le détail les moyens dont elle
dispose pour atteindre ses objectifs.
I-1-3-1 Les objectifs de la SNI
Mobilisation, fixation et orientation de l'épargne
nationale en vue de favoriser, par des moyens appropriés, les
opérations d'investissements d'intérêt économique et
social, dans les domaines industriel, agricole et commercial, sont les
maître-mots de l'objectif assigné à la SNI dès sa
création en 1963. La volonté de l'Etat de faciliter
l'émergence d'un secteur industriel national, non pas dans l'optique de
la création d'un capitalisme étatique, mais pour suppléer
temporairement à une insuffisance des investissements privés
nationaux est la clé de voûte de l'existence de la SNI.
Ses actions concrètes au sein de l'économie
camerounaise se dévoilent ainsi qu'il suit :
25 Cette partie a été réalisée
grâce aux informations fournies en grande partie par la SNI
elle-même.
26 Une société holding est par
définition, une société dépourvue d'activité
industrielle ou commerciale propre, détenant des participations dans
d'autres sociétés en nombre important, pour pouvoir se
réserver le droit d'exercer un contrôle politique sur elle.
- Elle participe à l'éclosion de la grande
industrie, mais aussi et surtout de la petite. Depuis l 'échec de la
stratégie des industries industrialisantes27, la SNI a
recentré ses activités dans la création des PMI/PME.
Néanmoins, certains secteurs lourds ne peuvent se passer des concours de
l'Etat. Il revient de ce fait à la SNI d'investir et de gérer les
intérêts de la nation quand une telle opportunité se
présente.
- Elle intervient également aux cotés de l'Etat
et assiste les entreprises. Elle participe, avec l'Etat, à
l'élaboration de la politique industrielle mais elle est en même
temps l'opérateur chargé de sa mise en place effective.
Si ces missions sont louables sur le plan du
développement économique du Cameroun, il reste cependant que l'on
peut s'interroger sur les moyens dont dispose la SNI pour parvenir à
concrétiser ses ambitions.
I-1-3-2 Les moyens de la SNI sur le plan
économique et financier
Sur le plan financier donc, le capital de la SNI est fort
révélateur de son importance. En effet, le capital social de la
SNI s'élève à 7 milliards de F CFA, un chiffre
supérieur à celui de la défunte banque camerounaise de
développement, institution de financement rivale.
Ses ressources sont composées de ses réserves
mais aussi et surtout de bons d'équipement. Il s'agit d'une sorte
d'emprunt forcé auquel toutes les institutions financières sont
obligées de souscrire périodiquement pour financer des
investissements dans l'industrie et l'agro-alimentaire. La SNI rembourse avec
un taux d'intérêt fixé par le gouvernement.
La SNI peut aussi s'endetter auprès des organismes
internationaux de financement ou auprès des banques regroupées
dans le cadre du financement d'une opération commune. Elle autofinance
aussi certains projets.
Eu égard ces énormes moyens financiers, la SNI a
connu une sorte de piétinement de son activité. Pour s'en
convaincre, observons que l'importance de son porte-feuille est allée
décroissant sur la période 1983-1988. En effet, au 30 juin 1983
la SNI totalisait 77 sociétés dans son porte-feuille contre 59
seulement au 30 juin 1988. Cette situation
27 C'est l'idéologie qui veut que le développement
économique passe par la constitution de grosses entreprises
industrielles.
étant contradictoire à la conjoncture de
l'heure, laquelle faisait état de finances intérieures et
extérieures excédentaires grâce aux recettes
pétrolières. Au fil des ans, la situation ne s'est guère
améliorée, on passe ainsi de 59 entreprises constituant le
portefeuille de la SNI au 30 juin 1988 à 39 entreprises au 30 juin
2001.
I-1-3-3 Les moyens de la SNI sur le plan
politique
Sur le plan politique, l'influence de la SNI s'explique par le
fait que la SNI remplacerait un ministère des entreprises publiques que
l'Etat n'a pas voulu créer pour des raisons de souplesse et un
légitime souci d'éviter la bureaucratie (Tedga, 1990). De par la
liberté des mouvements qui est la sienne, la SNI ne s'apparente à
aucune autre société d'Etat de la place. Par exemple, la SNI peut
initier, financer - y associer des investisseurs privés (nationaux ou
étrangers) - des projets qu'elle a identifiés et jugés
financièrement viables. Le MINDIC peut aussi en faire autant, à
condition cependant de négocier le volet financement avec le
ministère des finances, les banques ou la SNI, ce qui est de nature
à limiter sa marge de manoeuvre.
L'importance de la SNI, sur le plan politique, découle
aussi des enjeux de la politique industrielle du pays. « Le gouvernement
étant incapable de créer de nouveaux emplois, » il revient
à la SNI de le relayer dans cette mission en multipliant les
sociétés d'économie mixte. Cette situation favorise
l'étroitesse des liens entre cette société et la
présidence de la république et accroît par la même
occasion son poids dans la politique de nation.
Tableau II-2 Liste des entreprises
à participation SNI en 2001
|