I. Le
phénomène de technophobie en France
1. Définition et
sources
1.1 Notions
Etymologiquement, le terme technophobie vient de l'association
de deux termes ; technologie et phobie. On pourrait donc définir ce
terme, d'ailleurs souvent employé au pluriel -il y a autant de
technophobies qu'il y a de technologies- comme l'expression qualifiant le rejet
irrationnel, une peur irraisonnée des nouvelles technologies.
Néanmoins, de nos jours, le terme néologique de
technophobie désigne, plus souvent, ceux qui mettent en doute et
questionnent les nouvelles technologies, leurs usages et leur utilité,
et surtout leur finalité, que des individus atteints d'une réelle
pathologie. Aujourd'hui, évoquer la technophobie revient à
désigner un groupe de personnes sceptiques sur les bienfaits des
nouvelles technologies, réfractaires à leur utilisation et
accusant la technique de dénaturer les liens sociaux et de se substituer
à l'homme.
1.2 Etymologie
Depuis près d'une décennie et encore
aujourd'hui, on ne peut évoquer les technologies, nouvelles ou non, sans
parler d'innovation. De même, pour beaucoup, l'expression
« nouvelles technologies » est souvent assimilée
à l'émergence d'une nouvelle société dite
« d'information ». En partant du principe que les termes
« innovation » et « nouvelle » sont, le
plus généralement, assimilés au progrès dans son
sens le plus large, le technophobe n'incarnerait finalement qu'un individu
manifestant une méfiance et des réticences au progrès. La
notion de technophobie en termes de ressentis, de craintes, est donc bien
antérieure à l'apparition des nouvelles technologies telles qu'on
les conçoit de nos jours.
1.2.1 Persistance d'un
mythe
Phénomène séculaire, la technique a
toujours fasciné l'homme autant qu'elle ne l'a effrayé et, par
conséquent, a souvent fait l'objet d'un mythe. En l'espèce, le
sujet du travail de réflexion traite des
« technophobes » uniquement. Il est donc nécessaire
de restreindre le champ du mot « progrès » à
celui de technique. En conséquence, la
« technophobie » implique une réaction de
suspicion, voire même de défiance portée à la
technique. Le « technophobe » redoute justement cette
dernière et lui alloue le pouvoir de distancier l'homme de la nature, de
sa nature.
Déjà, dans l'Antiquité, forgerons et
alchimistes, seuls capables de manipuler certains matériaux,
étaient craints par les populations et incarnaient des êtres
sacrés, maîtres de forces surnaturelles.
Plus tard, en 1818, le succès du roman de Mary Shelley,
« Frankenstein », dans lequel le créateur d'un
monstre est dépassé par sa propre création, est
symptomatique d'une société déjà inquiète de
l'emprise de la technique sur l'humain et de l'expansion d'une technocratie
impuissante face aux résultats de ses expériences.
On pourrait penser que, dans nos sociétés
post-industrielles, la technique ne peut encore faire l'objet d'une mythologie
et ne suscite plus autant d'inquiétude qu'au XIXème
siècle. Pourtant, au cours des années 90, l'avènement
d'une nouvelle technique, d'une nouvelle technologie, a démontré
que cette relation ambiguë entre l'homme et la technique perdurait encore.
Internet et la communication qui l'a entouré au cours des années
90 semblent avoir fait rejaillir mythes, fascination et donc angoisses.
Ces inquiétudes apparaissent de nature aujourd'hui
différente, une nature s'inscrivant plus dans la réalité,
moins mystifiée, plus pragmatique et faisant référence
maintenant à l'influence globale et particulière que cette
technologie peut avoir sur la société et son évolution.
Par là même, des termes émergents depuis l'apparition
d'Internet tels que "société de l'information", ou
"société du savoir" n'ont fait que renforcer l'idée que
cette technologie tendait à avoir un impact sur l'économie et
finalement sur toute la société.
Il est une idée selon laquelle cette innovation qui en
elle-même, plus d'une décennie après son apparition dans
nos sociétés occidentales, n'en est plus une, et de part sa
généralisation dans les discours et donc sa
démystification, ne suscite plus de rejet et ne fait plus l'objet de
réticences. Néanmoins, il n'en est visiblement rien.
|