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1.2.2 Emergence du néo-luddismeSi le mythe du danger de substitution de l'homme par la technologie propre au XIXème siècle ne se fait plus sentir, il apparaît dorénavant qu'un autre danger se fasse sentir, celui du conformisme. Les sceptiques, face à l'outil Internet, accusent désormais ce dernier d'être le biais par lequel l'individualisme, produit du capitalisme selon eux, triomphera. Gérald Berthoud, professeur à l'Institut d'Anthropologie et de Sociologie de l'Université de Lausanne, traduit d'ailleurs bien cet état de fait: « Au lieu de parler de société individualiste, où l'individu-roi couronné par le marketing est en fait manipulé, je pense qu'il faudrait parler de société de con-formisme, au sens où les individus ont l'impression de faire leur choix tout en faisant exactement le même que le voisin (...) Le problème de ce parallèle, c'est que l'un des avantages du système capitaliste est celui de ne pas passer pour ce qu'il est. Les gens n'ont pas l'impression d'être soumis à de fortes contraintes (...) »1(*). Dans ce sens, le réticent aux nouvelles technologies, et notamment à l'outil Internet, dénoncera une certaine « virtualisation » de l'homme dans nos sociétés de communication et, par là même, une altération des rapports sociaux traditionnels, plus « humains ». Ainsi, comme l'explique Philippe Breton, sociologue, « l'homme devenu "être" communiquant n'existe plus que dans ses relations avec les autres, "il n'est plus en tant qu'être un centre d'où tout part et où tout revient, comme dans les conceptions classiques, mais il représente un élément intermédiaire du vaste processus de communications croisées qui caractérise une société »2(*). La réticence à l'usage d'Internet est également justifiée par certaines hantises néanmoins basées sur des risques très prosaïques. Aussi, la crainte de la traçabilité des internautes permise par les « cookies », celle de l'exposition à la fraude lors d'un paiement par carte bancaire, ou encore celle de la contamination par un virus tel que le célèbre « I love you » constituent de véritables freins à l'usage d'Internet pour nombre d'individus. Pour ceux-là, la « toile » incarne le lieu de tous les excès. Ces discours, certes marqués par un relatif rejet de l'innovation, demeurent néanmoins emprunts de réalisme et issus de constats concrets. D'où un usage prudent de l'expression de « technophobie » aujourd'hui, réminiscence de phobie et donc de maladie. Désormais, ce terme est, le plus souvent, employé par opposition à son antonyme, « technophilie », que pour décrire objectivement ce phénomène. Dans ce dernier cas, on lui préfère généralement des synonymes plus modérés tels que technoprudence, technoconscience ou néo-luddisme. * 1 Propos de Gérald Berthoud recueillis par Michel Beuret, journaliste, Une société de l'information. Parlons plutôt de société du conformisme, Allez Savoir, Magazine de l'Université de Lausanne, N°27, octobre 2003. * 2 BRETON, P., in Le culte d'Internet : Une menace pour le lien social ? , Coll. Sur le vif, La Découverte, Paris, octobre 2000. |