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I. Etat des lieux de la presse écrite françaisePour comprendre la situation actuelle de la presse écrite en France, il est nécessaire de retracer les évènements clés de son histoire. En effet, l'état moderne de ce média résulte, en fait, d'un processus lent de transformation commencé il y a plus d'un siècle, et d'influence d'ordres divers qu'il semble nécessaire de rappeler au préalable. Toutefois, ce mémoire ne traite pas de la presse écrite elle-même, mais faire une rétrospective historique revient à poser les fondements de l'exercice journalistique qui fait, lui, l'objet de ce travail d'analyse. 1. Histoire de la presse écrite en France 1.1 Prémices de la presse : du XVIIème au XVIIIème siècleSi, depuis le début du 17ème siècle, maintes tentatives de création d'un journal seront entreprises, ça n'est qu'à la fin de cette période que le premier périodique verra le jour en France sous les traits des Nouvelles ordinaires de divers endroits créé à l'instigation de l'université de Paris. Celui-ci cèdera rapidement place à La Gazette, journal fondé à l'initiative de Richelieu et dans lequel Louis XIII écrira régulièrement. Ce périodique soumis au contrôle de l'Etat et, de part cette influence politique, imposera son monopole par voie procédurière. Ce lien étroit entre politique et presse, d'une part, et l'influence que ces organes exercent réciproquement l'un sur l'autre, d'autre part, constitueront un des piliers de l'histoire de la presse écrite et perdureront de nombreux siècles. L'interdépendance entre ces deux organes s'avèrera, plus tard, être un des facteurs clés de l'évolution des pratiques rédactionnelles. En 1789, la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen1(*) donnera naissance à l'essence même de la presse d'opinion. En effet, l'article 11 de ce texte proclame la liberté d'expression et la liberté de presse, et considèrera la pluralité comme un principe des lois fondamentales de la République, donc de la démocratie. Néanmoins, par la suite, cette liberté sera souvent bridée par l'Etat qui fera alterner libéralisme et censure sévère au fil des décennies, et multipliera les contraintes financières auprès des éditeurs de presse (hausse des tarifs postaux, taxes diverses, cautionnement...). 1.2 Indépendance et essor : du XIXème au XXIème sièclePour contrer ces obstacles, la publicité incarnera la solution au financement des journaux et permettra, surtout, de limiter la hausse des prix de vente. De plus, l'avènement au XIXème siècle de la révolution industrielle, de même que les progrès techniques réalisés en imprimerie, illustration et communication qui l'accompagneront, accélèrera indéniablement l'expansion de la presse écrite et sa démocratisation. Dès lors, la presse deviendra une véritable industrie et fera, par conséquent, de l'information une marchandise. Grâce à ses nouvelles techniques, la presse écrite, jusque là réservée à l'élite, perfectionnera sa présentation, multipliera les tirages, et pourra abaisser ces prix, se rendant ainsi accessible à tous. A la même époque, en 1835 précisément, la création de la première agence de presse par Charles Louis Havas, qui deviendra l'Agence France Presse que l'on connaît, facilitera le travail des journaux. En fournissant des nouvelles et annonces aux journaux, l'agence offrira aux supports de presse une large couverture de l'actualité mondiale. Le métier de journaliste remplacera alors le simple statut de chroniqueur qui existait jusque ici. Un autre fait marquant de ce siècle renforcera les fondements démocratiques de la presse écrite. La loi du 29 juillet 18812(*), sur laquelle est encore fondée la législation contemporaine, garantira une très grande liberté d'expression et d'opinion. Elle simplifiera les procédures administratives préalables à la création et à la diffusion d'un nouveau titre, et supprimera les entraves au secteur déjà recensées (censure, cautionnement). Elle prévoira également la punition aux crimes, délits, à la désobéissance militaire, les offenses au Président de la République et aux diplomates étrangers, les outrages aux bonnes moeurs, la publication de fausses nouvelles, la diffamation...Cette loi donnera naissance à un réel débat démocratique dont le journal deviendra le principal vecteur de diffusion et permettra ainsi à la presse française de détenir le régime le plus libéral au monde. A la fin de cette ère et jusque 1914, la presse sera rendue totalement libre autant en terme d'opinion que de gestion. C'est l'Age d'Or de la presse. Pourtant, la première guerre mondiale fera renouer presse et censure. En 1914, le Ministère de la guerre instaurera la censure préventive proscrivant les informations favorisant l'ennemi ou nuisant au moral des populations. La presse fera alors uniquement objet de propagande de l'Etat. Ce qui ne l'empêchera pas de poursuivre son essor, notamment grâce aux réactions de journalistes pacifistes ; en attestera l'explosion des ventes de quotidiens passant de 5.5 millions d'exemplaires en 1914 à 8,2 millions en 1917. L'entre-deux guerres verra naître le premier concurrent de la presse, la radio. Ce nouveau média incitera les éditeurs de presse à moderniser leurs supports, en forme et contenu, et à se spécialiser. A partir de là, les médias écrits se diviseront en deux catégories : celle des quotidiens, qui sature déjà en nombre de titres, et celle de la presse périodique, assimilée aux magazines, qui, elle, connaît un engouement grandissant de la part du lectorat. Cette dernière, en mêlant reportages et illustrations, se diversifiera dans les années 30 pour se décliner sur un large éventail : presse d'actualité, enfantine, satirique, sportive, à sensation et féminine. Ce succès financier attirera des capitaux considérables de la part d'industriels de tout bord et l'on assistera, ainsi, à la mise en régie des organes de presse ; c'est la naissance des premiers groupes multimédias. Après la parenthèse des années de guerre de 39-45, durant laquelle se développera la presse clandestine, la presse écrite connaîtra une transformation notable. Parmi les mesures appliquées par le Conseil National de la Résistance dès la libération du territoire français, celle de la mise en application de l'Ordonnance du 26 août 19443(*) posera les bases du pluralisme4(*) de la presse et consolidera sa liberté. En évoquant la transparence financière des entreprises de presse et la célèbre formule « un homme, un titre », ce texte prohibera l'appartenance par, un seul homme, de plusieurs titres de journaux. Même si, dès les années 40, de nombreux quotidiens nationaux et régionaux seront créés (La Parisien, Le Monde, France Soir, Ouest France...), en 1972, la France ne comptera plus que 89 titres quotidiens contre 203 en 1946. Sévèrement concurrencée par la radio et bientôt par la télévision, on parlera déjà de « mort de l'écrit ». Francisque Gay, à l'époque directeur du quotidien l'Aube, assimilera cette conjoncture du secteur de presse à « une révolution sans précédent » et précisera que « Jamais dans l'histoire moderne pareille suppression de toute la presse d'un pays et la création d'une presse entièrement nouvelle ne se sont encore produites. »5(*). Les magazines incarneront cette presse « entièrement nouvelle » et sortiront seul vainqueur de cette course au lectorat. Cette prospérité se poursuivra jusqu'à nos jours. * 1 Annexe 1 p.40 * 2 Annexe 2 p.42 * 3 Annexe 2 p.42 * 4 Cf. Notes et glossaire p.38 * 5 Cité par Claude BAUDRY, « Commémoration : la liberté de la presse et son indépendance », Paris, L'Humanité, Mars 2004. |