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Chambre d'isolement : du point de vue des patients. Impact d'un temps d'élaboration sur le vécu des patients après un séjour en chambre d'isolement dans une unité d'hospitalisation de psychiatrie adulte

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par Charlotte Mouillerac
Université Paris 8 - Master 1 psychologie clinique et psychopathologie 2007
Dans la categorie: Biologie et Médecine > Psychologie et neuropsychologie
  

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7.1 VIOLENCE EN PSYCHIATRIE

Contrairement à ce qu'une affirmation militante voudrait parfois faire entendre, la violence fait partie du quotidien de la psychiatrie. « Les troubles mentaux sont à l'origine d'un risque majoré de violences ou même d'homicide, cela en dehors de tout abus de substance. »50(*)
La maladie mentale concernerait ainsi 1 homicide sur 20. L'usage d'alcool, de cannabis ou de toute autre drogue majore les risques.

Néanmoins, on est loin de la croyance populaire qui fait de tout patient psychiatrique un meurtrier en puissance.

L'évaluation de la dangerosité par les personnels soignants se révèle souvent inadéquate. Elle varie selon le type de pathologie concernée, l'histoire personnelle du patient, l'histoire du service, le nombre et la formation des soignants...

Parmi les mesures citées pour réduire l'utilisation des chambres d'isolement, la prévention et la gestion des comportements agressifs, associées à la formation et à l'encadrement des personnels, sont à privilégier.

Il est certain que chacun ressent la violence selon ses propres valeurs et son propre seuil de tolérance. Agressivité, agression, acte violent et dangerosité sont ainsi des termes qui se substituent aisément les uns aux autres dans le langage courant.

Pour J.P. Vignat51(*), la violence « vise à la destruction de l'autre qui n'est plus reconnu comme semblable à soi-même », alors que l'agressivité, « si elle peut être dangereuse et détruire l'autre, ne lui dénie pas son identité. »

Je garde en mémoire les mots d'une patiente qui, alors que l'on discutait avec elle de la violence qu'elle exerçait à l'encontre de ses parents (qu'elle frappait régulièrement) s'était insurgée en répliquant : « ce n'est pas ça la violence : la violence, c'est couper un bras, arracher une tête... »

Le comportement agressif a selon Lorentz trois fonctions : « la répartition d'êtres vivants semblables dans l'espace vital disponible, la sélection effectuée par les combats entre rivaux et la défense de la progéniture. »52(*)

Toutes ces conduites représenteraient des modalités de fuite, de mise à distance d'une tension interne avec le besoin de vérifier dans la réalité la distanciation avec les relations objectales plus ou moins conflictuelles établies durant l'enfance. Plus ce besoin serait grand, plus la réalisation serait brutale et plus elle prendrait une forme pathologique.

Régulièrement, les média se font l'écho d'agressions dans les services de psychiatrie, qui renforcent le sentiment d'insécurité qui touche de plus en plus les équipes.

Depuis quelques années, les conditions de travail se sont dégradées, augmentant les risques pour les soignants comme pour les malades. On note également une augmentation des phénomènes de violence dans les grandes villes françaises.

Il semblerait que le profil des malades ait évolué : « nous accueillons aujourd'hui des patients plus jeunes, qui allient des problèmes de maladie mentale et de toxicomanie, avec lesquels les rapports sont souvent plus durs », explique Michel Gellion, directeur de l'hôpital psychiatrique des Murets dans le Val-de-Marne, repris dans un article du Monde53(*).

I. Pépier cite M. Haller et H. Deluty qui donnent différents facteurs explicatifs de l'augmentation de la fréquence des agressions :

Ø « La désinstitutionalisation qui a conduit au renvoi des patients les plus "dociles",

Ø Le nombre croissant des admissions sous contrainte,

Ø Le droit des patients au refus de la médication amenant un accroissement des confrontations,

Ø Le mélange des pathologies dans chaque service,

Ø Des patients plus jeunes,

Ø La diminution du personnel dans les unités.

Les agressions du personnel par les patients sont si communes qu'elles sont considérées comme un risque professionnel et comme contribuant à "l'usure" souvent citée par les équipes soignantes. » 54(*)

La pénurie de personnel, psychiatres et infirmiers, la féminisation du personnel, la suppression du diplôme d'infirmier spécifique à la psychiatrie, ont mis en difficulté les équipes soignantes qui, alors que la demande de soins ne cesse d'augmenter, manquent cruellement de temps et de moyens. Dans ces conditions, la violence de certains patients peut apparaître comme une réaction à la violence de l'institution.

* 50 Senon J.L., Manzanera C., Humeau M., Gotzamanis L. (octobre 2006. Les malades mentaux sont-ils plus violents que les citoyens ordinaires ? L'information psychiatrique. vol. 82, n°8. p 645-650

* 51 Prieto N., Vignat J.P. (Avril 1998). La violence comme contre-attitude. Soins. N° 624. p 21

* 52 Lorenz, K.(1969) L'agression. Paris. Ed Flammarion. p.217.

* 53 Article de Cécile PRIEUR paru dans l'édition du Monde du 13.05.2005, "Société Santé".

* 54 In Pépier, I. (1992) A propos de l'utilisation des chambres d'isolement dans l'institution psychiatrique.

Thèse de médecine. Faculté de Dijon. p 26

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