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Chambre d'isolement : du point de vue des patients. Impact d'un temps d'élaboration sur le vécu des patients après un séjour en chambre d'isolement dans une unité d'hospitalisation de psychiatrie adulte

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par Charlotte Mouillerac
Université Paris 8 - Master 1 psychologie clinique et psychopathologie 2007
Dans la categorie: Biologie et Médecine > Psychologie et neuropsychologie
  

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1 Résultats

L'attention que porte la pragmatique sur les caractéristiques formelles des discours ne doit pas faire oublier l'importance des contenus sémantiques. Pour que l'analyse ait du sens, il faut bien évidemment savoir à quoi se réfère le discours et dans quel contexte il est prononcé.

Certains des patients interrogés présentaient des troubles ou un appauvrissement du langage, une tendance au néologisme, voire au paralogismes. Certains avaient tendance à rationaliser, d'autres à interpréter sur un mode délirant, d'autres encore étaient à un moment critique de leur vie et mettaient plus ou moins de poids dans les mots qu'ils utilisaient.

Certains étaient avares de mots, d'autres au contraire parlaient beaucoup. Tous avaient pourtant quelque chose à dire sur le sujet120(*).

Le caractère subjectif de ces expressions a donné lieu à des interprétations qui pourront être contestées mais qui ont été faites avec le plus grand respect du contexte, histoire des patients et de leur maladie.

L'analyse des réponses s'est faite en deux étapes121(*) :

1) relevé des termes et des propositions correspondant aux 4 thématiques suivantes : ressenti, notion de soin intensif, notion d'utilité, temps de parole.

Chaque entretien a été analysé afin d'en extraire les propositions correspondant à chaque thématique.

2) classement des propositions par catégories. (ex : dans la thématique "notion de soin intensif", 6 catégories)

Pour chaque thématique, il a ainsi été possible de déterminer à combien de patients correspondait chaque catégorie.

Étant donné le faible nombre de sujets, les résultats ne sont pas significatifs d'un point de vue inférentiel. L'analyse s'en tiendra donc à un point de vue descriptif.

1.1 ÉTUDE DE DEUX ENTRETIENS

Avant la présentation des résultats, le choix a été fait d'exposer ici le détail de deux cas apparemment très différents, avec des patients ayant vécu leur temps d'isolement de façon presque opposée.

En effet, comme l'a montré la première partie de ce travail, les conditions d'isolement sont toujours uniques et les paramètres multiples.

Les deux cas présentent des différences :

La durée d'abord. Le patient 4 est resté 36 jours en CI, ce qui est deux fois la moyenne de l'échantillon. Le patient A n'y est resté qu'un jour, ce qui n'arrive que rarement dans l'unité.

Les pathologies des patients sont différentes :

Le patient 4 souffre d'une trouble affectif bipolaire, avec des comportements de type
hétéro agressifs et des antécédents de séjours en prison.

Le patient A souffre d'une schizophrénie. Il présente des signes graves de désorganisation de la pensée et du langage et des angoisses de morcellement importantes.

Les circonstances de MCI sont également très différentes. Le patient 4 a été isolé en urgence, dans un état de grande agitation, avec appel de renforts. Il a dû être contenu une journée aux quatre membres. Il a également subi le transfert d'une unité à une autre au bout d'une journée.

Le patient A a donné son accord. Il a formulé son accord en évoquant l'idée que l'on allait être « aux petits soins » avec lui. Il s'est lui-même rendu dans la CI et mis en pyjama, simplement accompagné par les soignants. Sa seule inquiétude était que l'on ne réponde pas à ses sonnettes.

Le patient A a déjà bénéficié d'un entretien de recueil du vécu par le psychologue de l'unité lors d'un précédent isolement. Ce n'est pas le cas du patient 4.

Ils présentent aussi des points communs :

Les deux patients ont une histoire personnelle émaillée d'abandons.

Ils sont suivis à Saint-Exupéry depuis une longue période.

Tous deux ont été isolés à Saint-Exupéry, dans laquelle ils connaissaient déjà le personnel.

Tous deux ont déjà été isolés dans le passé.

1.1.1 ENTRETIEN 4

Le patient 4 a été isolé pendant 36 jours au début de l'année 2007.

Il s'agit d'un patient de 49 ans connu de l'unité pour un trouble affectif bipolaire et des conduites délinquantes et violentes qui lui ont valu des séjours en prison et en UMD.

Il a été hospitalisé en HO après un problème familial (sa mère est partie sans le prévenir), à la suite duquel il s'est montré agressif et a proféré des menaces. Il a été amené par la police et a dû être contenu, avec appel de renforts, dans une unité où il est resté 1 jour en "dépannage"122(*).

Il a été décontenu dès son arrivée en CI à Saint-Exupéry.

Les indications d'isolement étaient alors les suivantes :

- Agitation psychomotrice

- Dissociation, destructuration

- Acte agressif, violence gestuelle ou verbale, attitudes ou comportements menaçants

En CI, l'humeur était triste avec présence d'idées suicidaires. Des temps de sortie provisoire ont été organisés à partir du 13/03 mais différentes transgressions du cadre puis des menaces envers un infirmier ont conduit à la poursuite de l'isolement et à une mutation à l'USIP (unité de soins intensifs psychiatriques) de l'hôpital du Vinatier. C'est pourquoi il n'a pas bénéficié d'entretien de recueil du vécu.

Au moment de l'entretien de recherche, il est de retour de l'USIP depuis 3 jours. Il s'y est comporté comme un "malade modèle".

Il est encore en HO mais elle va être levée quelques heures après et une sortie est prévue dans les jours qui suivent avec un retour au domicile parental.

Il a accepté de participer à cet entretien de recherche sans hésiter.

Son humeur est stabilisée. Il ne présente plus d'idées suicidaires ni de troubles du comportement et a retrouvé des défenses d'ordre psychopathique.

On sent dans cet entretien de recherche que le patient mesure ses paroles chaque fois qu'il est question de l'équipe soignante, comme s'il retenait de la colère ou de la violence.

Plusieurs fois, alors qu'il évoque (directement ou pas) son histoire personnelle, il passe du "je" au "ils", comme pour mettre ses propos à distance.

Il a une assez bonne représentation, à quelques jours près, de la durée de son temps d'isolement.

Il minimise l'importance de ses comportements et des propos menaçants qu'il a eu et rejette la responsabilité des événements sur l'infirmier : « Je l'ai menacé sans vraiment le menacer. J'ai dit : si demain c'était l'apocalypse tu serais le premier que j'égorgerais. J'ai dit ça comme une plaisanterie. Il l'a pris au sérieux et l'a répété au docteur Ribault. »

CLASSEMENT DES PROPOSITIONS PAR CATÉGORIES

A- Ressenti

Apaisement on finit par s'habituer / ça s'apaise

Fatigue ça fatigue, l'isolement / c'est la fatigue qui donne l'air apaisé / encore fatigué

Colère rage d'être enfermé / en colère / haine contre la société

Ennui, temps long rien à faire / toujours en instance d'attente

Incompréhension pourquoi moi ?

Mal être c'est dur, très dur / mal dans votre peau / très mal / l'enfer

Solitude, abandon abandonné / le silence ,le désert

Regrets regret des propos qu'on a eu

Tristesse, déprime  beaucoup affecté moralement / plus dans la déprime

B- Soin intensif

Pas du soin intensif : pas du soin intensif

C- Utilité

A améliorer la relation aux soignants : oui, beaucoup même / ça crée une sympathie

A calmer : vous êtes apaisé

A changer : ça change votre état

A protéger : à isoler des autres patients quand un patient est menaçant /

à se protéger soi-même et les autres

Pour les malades difficiles : pour les malades difficiles / comme les UMD

A faire le point : à faire le point

A évaluer : les médecins font des évaluations

A rien : silencieux, face à soi-même, on guérit pas / l'isolement, ça ne guérit pas

D- Temps de parole

Pas de temps de parole : non / enfermé entre 4 murs, il n'y a pas de discussion

Ca manque : ça manque ça / il manque des psychologues, des psychiatres, des psychanalystes /

il faudrait plus d'écoute du patient

Consignes, évaluations : c'est des évaluations, pas des temps de parole

Pas envie d'en parler : tout le monde la craint. C'est peut-être pour ça qu'on n'en parle pas

A qui ? : jamais (à personne) / la famille n'est pas au courant

* 120 L'intégralité des entretiens est disponible en annexe.

* 121 En annexe

* 122 Un patient est en « dépannage » quand il n'y a pas de place dans son unité de référence.

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