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UN1VERSITE DE GENEVE
INS I 1 i UT UNIVERSITAIRE
D'ETUDES DU DEVELOPPEMENT
IITED)
L'EXPLOITATION FoREsnERE Er LE DEVELOPPERIENT DES
FORETS COMMILUMFAIRESRtJCAIIMIOUN
Une action collective pour la protection ck- la
biothvtasité
MEMOIRE PRESENTE ET SOUTIffli en vue de
l'obtention du Diplôme d'études approfondies
Par : M1301.15 Parfait Thierry Ingénieur
agronome
Sous la Direction de : Marc HITFTY (
Chargé de cours à L'IUED de Genève)
Année académique :
2002/2003
TABLE DE MATIÈRES
|
I-Introduction
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2
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II- Problématique
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5
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III-Etendue restante et valeur économique des
forêts au Cameroun
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15
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IV-Types de forêts rencontrées au Cameroun
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.21
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V-Régime des forêts communautaires au
Cameroun et son application dans les
|
faits
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.28
|
|
VA- L'influence de la décentralisation
|
28
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V.2- l'application du régime forestier au Cameroun
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31
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VI- la gestion de l'exploitation forestière au
Cameroun
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35
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VI.1-Les sociétés étrangères
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36
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VI.2.Les populations locales
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39
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VI.3. La responsabilité de L'Etat camerounais
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43
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VII- Propositions de mise en oeuvre pour la gestion des
forêts au Cameroun
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.48
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IIX- Conclusion
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IX- Bibliographie
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.55
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LISTE DES ANNEXES
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Annexe 1 : Plantes utiles pour l'alimentation humaine
|
..60
|
|
Annexe 2 : Plantes médicinales
|
62
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Annexe 3: Carte de la couverture forestière au
Cameroun
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65
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Annexe 4: Pourcentage de forêt exploitée,
1998/99
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66
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Annexe 5: Estimation de la production de
grumes par département, 1998/99
|
67
|
|
Annexe 6: Les Aires protégées du Cameroun
|
68
|
Résumé
Depuis une bonne décennie, la prise de
conscience des problèmes de l'environnement n'est plus un
phénomène nouveau et, c'est la raison pour lamelle les
économistes ont découvert que l'environnement était une
richesse et que sa destruction systématique n'était pas
économiquement rationnelle. Les problèmes liés à
l'exploitation forestière sont aujourd'hui graves d'autant plus que les
furets assurent un très grand service clans le domaine écologique
et social pour les êtres vivants. En outre, les forêts sont
considérées comme des réservoirs biologiques de la terre
et la production de l'oxygène par les plantes est une
nécessité pour pérenniser la vie sur terre.
Dans la plupart des pays en voie de
développement confronté à la crise économique, la
gestion des ressources naturelles a toujours causé des conflits entre
les populations. Face à cet enjeu qui prend de plus en plus d'ampleur,
les chercheurs qui sont le plus souvent des écologistes et
économistes mettent en place les voies et moyens pour atténuer
ces conflits. Mais, l'absence des mécanismes de protection de la nature
va s'accentuer lors de l'adoption du programme d'ajustement structurel ;
politique qui sera basée sur l'exploitation des ressources naturelles
accélérée mais, le plus souvent sans souci de reboisement
via ringéroece des organismes internationaux dans la gestion des
économies nationales des pays en voie de développement de
manière autoritaire.
Depuis l'indépendance ( 1" janvier 1960), la
politique de gestion des énergies renouvelables s'est progressivement
améliorée au Cameroun et, est devenue formelle via la
création des ministères tels que : Le Ministère des Mmes
et de l'énergie et celui de l'environnement. Le Cameroun est un pays qui
regorge une flore bien boisée et, cependant, les forêts occupent
près de 40% du territoire. On y trouve surtout des forêts humides
denses telles que : forêts sempervirentes de plaine ; forêts
semi-décidue de plaine, et forêts de montagne_ Les essences
très commercialisées au Cameroun sont : l'ayou (triplochiton
scleroxylon), le sapelli (Etandrophragma cylindricum) et l'azobé (
Lophiia alata).
Les forêts denses sont en grande majorité
dans la partie sud du pays et le long de la côte où y pousse la
mangrove surtout dans le Golfe de Guinée. Les ressources
forestières constituent actuellement au Cameroun l'une des
priorités majeures des politiques de développement. Elles
constituent le gros moyen de subsistance pour bon nombre des camerormais car
elles englobent entre autre le bois de chauffe., de domestique, le rotin, les
plantes médicinales et des fruits très appréciés
par les populations.
La problématique qui est au centre de ce
thème vise à savoir s'il existe une véritable politique de
gestion des fixas au Cameroun via les efforts déployés par le
gouvernement en vue de résoudre les problèmes que pose
actuellement l'exploitation forestière au Cameroun, mais
également à travers l'adoption des régimes des
forêts communautaires crées en 1994 considéré
COIIIMe un outil novateur. Comme remarque, selon la FAO, la superficie du
Cameroun était de 465 millions d'hectares mais au milieu des
années 90, les forêts recouvraient qu'environ
19.6 millions d'hectares. Une autre étude utilisait
l'analyse de l'imagerie satellitaiie estimait que la forêt recouvrait
22.8 millions d'hectares au début des années 1990 et plus de 18
millions d'hectares (près de la moitié) de la région
forestière historique du Cameroun a été
défrichée afin de favoriser l'agriculture et l'installation de
villages. Comme constat, la gestion forestière au Cameroun est hautement
conditionnée par certains facteurs tels que : Le taux de natalité
( près de 15 millions d'habitants dont 75% dépendent encore des
ressources forestières. L'agriculture, l'élevage et la
récolte du bois de feu n'ont pas cessé de climinuer depuis le
début du siècle les espaces forestiers et surtout ont
augmenté les surfaces cultivées au Cameroun, pays essentiellement
agricole. Les pratiques comme le débardage, les feux de brousse,
l'urbanisation, la construction de routes, la réalisation des barrages
hydroélectriques, l'exploitation minière et
pétrolière ont aussi causé d'innombrables
dégâts sur les forêts du Cameroun.
Comme valeur économique, le Cameroun
est un pays à vocation clairement agricole et forestière. Le
Cameroun est le 7 exportateur mondial de bois tropical et le 3' en Afrique
après la Côte-d'Ivoire et le Gabon. En 1988-1989, l'exportation du
bois représentait un revenu de quelque 190 millions de dollars. Ce
secteur représente 9% de la production industrielle totale et produit 4%
du PNB.
Le bois d'oeuvre occupe la ir place dans l'ordre d'importance
des exportations camerounaises après le pétrole, le café
et le cacao. Les principaux clients du Cameroun sont les pays de l'Union
européenne qui achètent 70% des grumes. En ce qui concerne le
marché national, II est surtout alimenté par les scieurs
artisanaux qui opèrent dans le secteur informel.
D'après le Ministère de l'envirmmement et des forêts en
1999, l'exploitation forestière a généré environ 28
% du total des recettes d'exportation hors pétrole en 1998. Face au taux
de chômage élevé, et dans le but de lutter contre la
pauvreté, Les entreprises forestières employaient directement
plus de 34000 personnes. Ceci s'est confirmé une année plus tard
par les pouvoirs publics qui estiment que : Plus de 55000 personnes travaillent
actuellement dans ce secteur, y compris les emplois indirects.
L'influence de la décentralisation au
Cameroun est le fruit d'une triple colonisation allemande ( 1884-1916),
Française et Britannique ( 1916-1961) à travers les
régimes communaux. Les principaux grands acteurs de la
décentralisation au Cameroun sont : le FEICOM ( Fonds spécial
d'équipement et d'intervention communale ), ACVC ( Association des
communes et villes du Cameroun), UCVC ( Union des communes et villes du
Cameroun ) et la MAETUlt. Eu égard au caractère vital des
ressources naturelles, et au nombre élevé des demandes d'offre
pour les titres d'exploitation et de la gestion illicite, le gouvernement
camerounais' à travers son Ministère de l'environnement et des
forêts, s'est doté d'une législation forestière qui
n'autorise que les résidents camerounais et des sociétés
inscrites au registre du commerce de mener une exploitation forestière
crédffile. Cette nouvelle législation forestière n'est que
le résultat d'une décentralisation du pouvoir central du
ministère vu l'action des exploitants forestiers sur le terrain.
Le régime des forêts communautaires au
Cameroun a été adopté en 1990, aveu l'appui de la
coopération internationale. Aujourd'hui, cette gestion des forêts
communautaires préoccupe le ministère de l'environnement car elle
reste encore innovatrice. Ce régime remonte à la promulgation de
la loi no 94/01 du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de
la faune et de la pêche et k décret d'application du régime
des forêts, et à l'adoption en novembre 1995, de la nouvelle
politique forestière du Cameroun. Cependant, certains efforts sont
encouragés par les ONG comme le Projet du Mont Cameroun (MCP) qui a
aidé les populations locales à maîtriser la culture de
certaines ressources forestières, en vue d'obtenir un droit de regard en
matière d'aménagement des terres forestières clans la
région d'OngeMokoko. Les efforts déployés sur la gestion
des ressources forestières au Cameroun supposent une participation
active des populations locales. Les prises de décisions doivent
être partagées de manière équitable entre les
différents acteurs pour une approche mieux intégrée afin
de favoriser une durabilité des ressources forestières au
cameroun.
L'action des acteurs dans l'exploitation
forestière au Cameroun est influencée par : Les
sociétés étrangères qui représentent un
petit groupe d'exploitants forestiers dominants qui détiennent
près de 75% de la partie allouée à
l'exploitation. Les Populations locales dépendent et, dépendront
encore des forêts pour la construction de leurs logements, leurs
médicaments etc... Comme remarque, elles ne bénéficient
pas suffisamment des récoltes tirées des produits forestiers. La
responsabilité de L'Etat est hautement conditionnée par les
moyens logistiques et les poursuites qui résultent parfois d'une gestion
illégale observée. La carence du personnel qualifié sur le
terrain gêne la surveillance des activités d'exploitation
forestière. Comme constat, les agents forestiers nationaux font souvent
appel an compagnies d'exploitation étrangères pour être
transportés sur les hem( des concessions à inspecter faute de
moyens de locomotions.
Comme suggestion, face au taux de natalité
exponentiel que connaît le Cameroun, et de part l'épuisement des
réserves pétrolières, les forêts camerounaises ont
connu une exploitation excessive et, comme conséquences, elles subissent
une dégradation due au manque d'application des règles
fondamentales. II est donc important de souligner que, dans le cadre de la
politique actuelle en matière de gestion de forêts, il serait
très capital d'impliquer les populations locales d'une manière
plus active afin qu'elles bénéficient davantage des produits
issus des forêts. L'une des voies les plus sûres, serait
d'encourager l'application de régnas des forêts communautaires
d'une manière rigoureuse. Elle peut être l'une des solutions
préconisées pour la protection des forêts traditionnelles
en constante dégradation. Mais comme dans toute institution, la
définition des droits et des devoirs des membres est fondamentale pour
la bonne gestion et, le risque que court à long terme les membres d'une
telle coopérative ( forêts communautaires) est de voir leur bien
privé, nationalisé C'est ce qui se passe au Cameroun où
l'État peut décider d'exproprier une commimantt de ses terres
lorsque le plan de développement du
gouvernement prévoit la construction dans cette
zone d'un ouvrage public ( pont, route, centrale hydraulique etc..)
I-Introduction
La destruction de la couche d'ozone
stratosphérique et le réchauffement de notre planète
dû aux effets de serres ont entraîné une dégradation
de notre environnement. Face à ce problème extrêmement
préoccupant, la communauté internationale s'est mobilisée
lors du sommet de Rio en 1992 pour élaborer des stratégies
concourrant à la préservation de notre écosystème
et la sauvegarde de la biodiversité. Les pouvoirs publics et des
populations locales en ont été impliqués dans ce vaste
projet de gestion des ressources naturelles qui s'inscrit dans un «
processus historique d'évolution de longue durée des rapports
à la nature
Les rapports des experts ayant pris part au Sommet de
Rio, baptisé « sommet de la terre », confirment que «
les problèmes environnementaux mondiaux ne pouvaient se
résoudre indépendamment des enjeux du développement
»2. Collomb Bertrand et STOFFAES Christian convergent dans
ce sens lorsqu'ils énoncent que « l'aggravation des
problèmes économiques et environnementaux rencontrés par
la plupart des pays en développement avive les conflits entre les
objecte de développement économique et ceux liés à
la préservation de la qualité de l'environnement des populations
et au respect des mécanismes de base de la régulation des
systèmes naturels »3.
A l'issue du sommet, l'adoption de la
déclaration des principes forestiers a permis de prendre conscience de
la gravité des enjeux et de progresser vers des options réalistes
et adaptées. Dans leurs analyses, BERGONZLM[ Jean-Claude et LANDY
Jean-Paul mentionnent que « la création en avril 1995 du Groupe
intergouvernemental sur les forêts, et les très nombreuses
réunions internationales qui ont été tenues ont permis de
faire avancer le débat, sans malheureusement qu'un accord ait
été obtenu sur l'élaboration d'une nécessaire
convention mondiale sur les forêts » 4
·
1 Collomb Bertrand et
STOFFAES Christian , L'économie face à l'écologie,
Paris, 1993,p.12..
2 PNUE , Notre Planète, volume
12, no4,2002,p.5.
3 Idem., p.13.
4 BERGONZIMI Jean-Claude et LANDY Jean-Paul ,
Lesfi,rèts tropicales ( cirad) _Montpellier'
,2000,p.115.
Mais, depuis la fin de la seconde guerre mondiale,
l'approche économique des problèmes de développement a
connu une profonde mutation, notamment sous l'influence du
phénomène de globalisation, mondialisation et du rôle de
plus en plus important des Institutions Internationales sur la gestion des
ressources naturelles. Le capitalisme va donc entraîner des
bouleversements parfois néfastes au sein des sociétés du
monde et, surtout celles des pays du Sud, sans penser à aucune
alternance : En effet, « les systèmes capitalistes, ne
contiennent pas de mécanisme de protection de l'être humain et de
la nature ; ils s'actualisent de connivence avec toutes sortes de formes
marchandes et de systèmes de prise de décision politique (
légaux et illégaux), et ils s'accommodent des économies
d'ombre et des systèmes juridiques dualistes ; enfin ils se
différencient historiquement, et il ne faut pas oublier ici l'ère
coloniale et son emprise structurelle » 5.
L'absence des mécanismes de protection de la
nature va encore s'accentuer pendant l'adoption des Programmes d'Ajustement
Structurel ; ensemble de politiques qui sera basées sur
l'exploitation. des ressources naturelles
accélérée mais le plus souvent sans souci de reboisement
via l'ingérence des organismes internationaux clans la gestion
des économies nationales de manière autoritaire.
Le Cameroun fait partie des pays en voie de
développement dont la forêt est un capital économique
important. Situé dans le Golfe de Guinée, le Cameroun
possède une forêt diverse au plan biologique mais également
la plus menacée du bassin du Congo. Au Cameroun la forêt occupe
une superficie estimée à 40% du territoire national. Elle est
dense dans la partie sud du pays et le long de la côte où y pousse
la mangrove surtout dans le Golfe de Guinée. Mais, « Les
ressources forestières constituent avec l'hydraulique les principales
ressources énergétiques du pays et sont déterminantes dans
l'amélioration de l'environnement où elles jouent un rôle
économique important dans certains secteurs (industries
5 ROLF Steppacher , L
'ingérence économique et la globalisation de l'économie de
marché, In Écologie contre nature ( Développement et
politiques d'ingérence) IUED, Paris ,1995,p. 104.
agroalimentaires) ou dans certaines régions
»6. Ces ressources
constituent l'une des priorités majeures des
politiques nationales de développement. Les essences forestières
les plus exploitées au Cameroun et les plus commercialisées sont
: « l'ayou(triplochiton scleroxylon), le sapelli (Etandrophragma
cylindricum) et l'azobé ( Lophira alata)
»7.
Faute des moyens logistes, d'une carence du personnel
qualifié sur le terrain et parfois d'une surexploitation, la forêt
camerounaise est de plus en plus menacée. Selon la FAO en 1990 «
La superficie totale des forêts du Cameroun était de 46.5
millions d'hectares mais au milieu des années 90, les forêts
recouvraient environ 19.6 millions d'hectares. Une autre étude utilisait
l'analyse de l'imagerie satellitaire estimait que la forêt recouvrait
22.8 millions d'hectares au début des années 1990. Plus de 18
millions d'hectares (près de la moitié) de la région
forestière historique du Cameroun a été
défrichée afin de favoriser l'agriculture et l'installation de
villages »8.
Dans une perspective économique, le
problème forestier au Cameroun rapproche deux groupes
d'intérêts : d'une part des exploitants forestiers et d'autre part
des communautés villageoises. L'Etat et les bailleurs de fond
interviennent dans ce rapport à travers la mise en place d'un
régime susceptible de garantir une jouissance à long terme de ce
patrimoine naturel. La préoccupation qui est la nôtre dans ce
mémoire consiste donc à décrire les mécanismes qui
régissent la gestion des forêts communautaires au Cameroun et
à démontrer comment une telle politique concourre à la
protection de la biodiversité.
6 TCH1NDA, René et
KAPTOUOM,Emest , Situation des énergies nouvelles et renouvelables
au Cameroun In.revue de l'énergie, n° 510, octobre
1999,p.653.
7
www.minef.ctn/forets/presentationforet
bitm,2002,p.l.
8
www.globalforestwatch.org,2002.p.1.
Pour atteindre les objectifs ci-dessus
mentionnés, le plan directeur que nous allons adopter va s'appesantir
sur la gestion de la forêt proprement dite via l'action des acteurs tels
que : les sociétés étrangères, les populations
locales et l'État camerounais qui a mis sur pied des stratégies
crédibles, et capables d'endiguer les dérapages observés
si leur application se faisait avec beaucoup de rigueur. L'étendue
restante et la valeur économique des forêts au Cameroun, ainsi que
les types de forêts feront l'objet d'une parfaitement étude. En ce
qui concerne le régime forestier communautaire au Cameroun, il permettra
non seulement d'appréhender l'influence de la décentralisation et
surtout l'application de ce régime dans les faits à travers la
gestion des forêts.
II- Problématique
Les problèmes qui affectent l'environnement
africain remontent à des temps bien lointains Pour certains
écologistes, « lors de la glaciation, il y a 18 000 ans, la
forêt tropicale africaine était sans doute réduite à
une étroite bande équatoriale ; 6000 ans plus tard, il pleuvait
sur le Sahara et les formations boisées avaient reconquis un espace
supérieur à celui qu'elles occupaient au début du XX'
siècle de notre ère. Puis un nouveau changement climatique,
entraînant une raréfaction des pluies, qui débuta. Il y a
environ 7 000 ans, la végétation régressa, le sol se
modifia, les bactéries qui assuraient son fonctionnement micro
biologique disparurent, le vent s'empara des légères particules
d'argile qui demeuraient et la vie ne réussit à se maintenir que
dans quelques bas-fonds restés humides. Un scénario type qui,
depuis l'origine de notre histoire, a très certainement connu de
nombreuses reprises et de multiples adaptations e.
9 BERGONZIMI Jean-Claude et
LANDY Jean-paul , Les forêts tropicales (
cirad).Montpelher- ,2000,p.7.
Si l'environnement africain en général a
connu une dégradation progressive et irréversible, dans un cas
spécifique, la diminution des ressources forestières s'est
accélérée avec un rythme inquiétant au cours de ces
cinq dernières décennies, si bien que les institutions
internationales en ont tiré la sonnette d' alarme dans le but de
sensibiliser les acteurs du développement à une exploitation
judicieuse de cette richesse naturelle. On comprend dès lors pourquoi
« la forêt tropicale est devenue un objet politique mondial,
c'est à dire un objet de négociations internationales pouvant
aboutir à des décisions susceptibles d'affecter mondialement les
pratiques politiques et économiques, selon un scénario à
peu près commun à toutes les questions d'environnement
d'intérêt planétaire »I°
.
Les rapports de la FAO au sujet des forêts
africaines sont alarmants. L'analyse des données révèle
qu' « en 1980, 1L3 hectares en moyenne par an de la surface
forestière diminuaient. Dix ans plus tard, les estimations de cet
organisme oscillaient entre 17 millions ( 1991) et 15.4 millions ( 1992)
»11. Parmi les facteurs qui sont cités en marge de
la déforestation, figure en première ligne l'action de l'homme:
« les forêts tropicales vont mal, constate BERGONZIMI....
L'homme est l'unique responsable de cette situation. La déforestation,
qui est, pour une bonne part, le résultat de l'expansion des
différentes formes, permanentes ou itinérantes, de l'agriculture
et de l'élevage excessif, continue inexorablement »12.
Une attention particulière des conséquences potentiellement
regrettables de la régression continuelle des forêts est donc
à prendre en compte.
La forêt tropicale humide est
considérée comme un énorme réservoir de la faune
et de la flore inégalement répartie selon les régions
et les continents. « Si l'on se restreint aux plantes
I° HAMPEL, C In
Forêts tropicales, jungle internationale SMOUTS M.C, Paris, Presse de
science Po, 2001,p.19. Il SMOUTS M.0 , La construction d'un
enjeu planétaire In Forêts tropicales, jungle internationale,
Paris, Presse de science P0,2001,p.58.
12 BERGONZIMI Jean-Claude et
LANDY Jean-Paul ,Les forêts tropicales ( cirad)
iviontpelher. ,2000,p.144.
à fleurs, les estimations disponibles
concernant le nombre d'espèces qui composent les flores des formations
arborées tropicales sont de l'ordre de 30 000 pour l'Amérique, de
25 000 pour l'Asie, de 17 500 pour l'Afrique et de 4 000 pour l'ensemble
Australie et îles du pacifique »13 .
Il existe d'après la FAO trois critères
spécifiques de classification des forêts : le taux de
couverture du sol par les cimes des grands arbres, les variations climatiques
et les précipitations. S'agissant du premier paramètre, la
FAO clans son rapport sur la situation des forêts tropicales clans
le monde ne comptabilise que « les formations où le couvert
arboré est supérieur à 10% de la surface occupée
»m . Le climat quant à lui est
l'élément prépondérant de la diversification des
paysages forestiers. II est dépendant de la pluviométrie dont la
moyenne annuelle est de 1500 millimètres»".
L'intérêt consacré aux
forêts africaines fait de cette ressource naturelle « l'affaire
des bailleurs de fond et des grandes ONG institutionnelles que les
états, de moins en moins souverains quant à l'utilisation de ces
écosystèmes perçus comme un patrimoine commun
planétaire »16 . En effet, la forêt procure
aux habitants de cette région du monde des ressources biologiques
essentielles pour le bien-être humain : « l'agriculture,
l'élevage, l'exploitation du bois, et la pêche par exemple, et
constituent une source essentielle de la subsistance de base de la survie, de
l'emploi, des revenus de l'exportation, et du rendement économique d'une
grande partie de l'Afrique au sud du Sahara
»17.
13 LANDY Jean-Paul , Les
ressources forestières tropicales, Rome, Italie, FAO, Fitule FAO,
farêt 1982p30.
14 FAO (Food and Agriculture
Organization of the United Nations), Situation des forêts dans le
monde, Rome,1999,p.1.
15 BERGER A , Le climat
de la terre : un passé pour quel avenir,
Bruxelles,I992,p.10.
16 KARSEN'TY, Alain
,Vers la fin de l'état forestier ? ( Appropriation des espaces et
partages de la rente forestière au Cameroun) In recueil de textes
Marc HUFTY et Frank MUTTENZER : La Biodiversité : De 1 'action
collective à la gouvernance,MED,200212003.
17 GHATTAS Michelle et
LOUDIYI Dounia, Biodiversité africaine : Fondement pour l'avenir
(programme d'appui à la
biodiversité),1993,USA,p.1.
Une pression de plus en plus importante s'exerce donc
sur les écosystèmes africains, et les stratégies doivent
être mises en vigueur vont chercher à augmenter la production, les
revenus et surtout apprendre à mieux gérer le potentiel des
ressources naturelles restantes car « l'Afrique dépend, et
continuera à dépendre, de ses ressources biologiques pour la
nourriture, le logement, et le revenu. Le maintien d'écosystèmes
sains, productifs, et variés permettra en Afrique de relever les
défis des prochaines décennies
»18
.
Le Cameroun est vivement concerné par le
problème crucial de la diminution des forêts. La FAO souligne que
« près de 2 millions d'hectares de forêts furent perdus
entre 1980 et 1995. Ce qui représente le 2 taux le plus
élevé de déboisement annuel dans le bassin du Congo
»19 . Cette régression irréversible des
forêts repose sur plusieurs agents d'altération dont les plus
remarquables sont :
Le taux de natalité : « entre 1980 et
1998, la population du Cameroun est passée de 8.6 millions à 14.3
millions d'habitants, d'où accélération des pressions sur
les terres et ressources forestières »2° et,
avec l'épuisement des réserves pétrolières,
les forêts sont devenues comme "des vaches laitières à
traire".
Le secteur agricole : L'agriculture et
l'élevage n'ont pas cessé de diminuer depuis le début du
siècle les espaces forestiers et surtout ont augmenté les
surfaces cultivées au Cameroun, pays essentiellement agricole : «
Jusqu'en 1977, l'économie du Cameroun reposait principalement sur
l'agriculture. Les principales exportations étaient le cacao, le
café, le bois d'oeuvre, le coton, le caoutchouc, l'huile
de
18 GRATTAS Michelle et
LOUDIYI Dounia ,Biodiversité africaine : Fondement pour l'avenir (
programme d'appui à la biodiversité),1993,USA,p.1.
19 Ibidem.lpp
20 OMF , Aperçu de
la situation de l'exploitation forestière au cameroun,Washington,
2000, p.9.
palme, les bananes, le tabac et le thé
»21 et, « le secteur agricole emploie plus de 75%
de la population active et, contribue à la formation du PIB à
concurrence de 25%. Représente 40% des exportations totales et
génère environ 45% des recettes en devises
>>22
La récolte du bois de feu, principales sources
d'énergies domestique des populations du Cameroun. « Pendant
très longtemps, le ramassage de bois mort, effectué
traditionnellement à proximité des villages par les femmes et les
enfants, et les couples destinés à approvisionner les
agglomérations n'ont que peu altéré les formations
ligneuses, même dans les zones sèches où la ressource
était limitée. C'est autour des villes que le
phénomène est le plus facilement observable, mais il concerne, de
manière tout aussi critique, des zones étendues des tropiques
secs, pauvres en biomasse ligneuse »23. Cette
opération de récolte de bois de feu est aussi causée par
le débardage : 4 C'est l'opération qui provoque les
dégâts les plus importants en surface perturbée. Selon la
fréquence de passage de l'engin, tractant ou non une grume, le sol peut
être profondément perturbé et tassé.
Les feux de brousse couramment utilisés par les
agriculteurs - On distingue trois types de feux de brousse : « Les
feux d'humus : Ces feux pénètrent la couche humere en la
consumant lentement. Ils se développent de préférence dans
les milieux relativement humides quand le feu de surface a du mal à
progresser. Lorsque la xéricité du milieu augmente, ils se
transforment brutalement en feux de surface. Les feux de surface : Ils
intéressent la strate herbacée et buissonnante. Ces feux sont
très fréquents dans les formations forestières très
ouvertes en début de saison sèche. Les arbres sont le plus
souvent peu affectés par ce type de feux. Les feux de cime
:
21 MONZA Jean-Pierre, L'atlas pour la
conservation des foréts tropicales d'Afrique,
Paris,1992,p.134.
22
23 J-C , La démographie, 4è
éditions. Paris, Presses universitaires de France.Que sais-je ?
1998,p.80.
Dans les formations ou les ligneux sont plus
denses, les cimes des arbres jointives peuvent permettre la progression du feu
d'un individu à l'autre. Ces feux sont caractéristiques de
milieux secs et sont fréquemment observés en fin de saison
sèche même dans les formations forestières relativement
ouvertes »24
L'urbanisation, la construction de routes, la
réalisation des barrages hydroélectriques, l'exploitation
minière, pétrolière. C'est dans ce cadre que, lors de la
mise en place du pipeline ( Tchad-cameroun), « afin
d'atténuer les impacts résiduels mineurs sur la
biodiversité et l'habitat naturel causé par la construction et
l'exploitation du système de transport camerounais, COTCO mettra en
oeuvre un programme d'amélioration environnementale en dehors des sites.
L'élément central de ce programme est constitué par le
financement partiel de la part de COTCO pour les projets de préservation
des régions de Mbam-Djerem et de la réserve de campo
»25. La matérialisation des routes au Cameroun
implique le déboisement d'une bande de forêt et, par
conséquent, le sol est décapé et tassé et ce qui
entraîne la destruction totale du peuplement forestier. « Dans
les études menées par le projet API (Aménagement Pilote
Intégré) de Dimako, en forêt semi-décidue passant en
deuxième ou troisième exploitation, riche en bois blancs (
exploitation de 0.77 arbres à l'hectare soit 10.8 m3/ha), la largeur
moyenne des pistes principales est de 16.7 m La largeur moyenne des pistes
secondaires est de 8 m 1.7% de la surface est occupé par les pistes
principales. En forêt dense sempervirente et semi-décidue, pour
une première exploitation ayant prélevé 0.35 arbre par
hectare, on observe que 1.3% de la surface est occupée par les pistes
»26.
24 DUPUY Bernard , Bases pour une
sylviculture en forêt dense tropicale humide africaine,
C1RADforêt.Montpellier --France,1998,p.123.
25 BIYONG Pauline, LA CITE : HOURRA POUR
LE PIPELINE. Edition spéciale-juillet 2000,p.13.
26 MBOLO (M) , Etude des
dégâts d'exploitation dans la zone d'action du projet A :P :Ide
Diniako, Mémoire de fin d'études Dschang
1NADER-UDS,1994,p.5.
Eu égard à tout ce qui
précède, le Cameroun comme la plupart des pays sous
développés, fait face à un manque des moyens financiers.
C'est pourquoi, « L'insuffisance des moyens humains et financiers
constitue une caractéristique générale des contextes
nationaux dans lesquels s'inscrit la gestion forestière. Les
administrations forestières sont trop souvent déficientes, les
agents, insuffisamment nombreux, sont mal formés, sous-payés et
se tiennent ou sont tenus, trop souvent éloignés du terrain. La
carrière forestière, difficile et peu attractive, n'attire pas
les jeunes diplômés. Seuls quelques pays, très rares, ont
les moyens d'entretenir des institutions forestières modernes et
pourvues de moyens opérationnels suffisants. Parallèlement, la
recherche et la formation forestière nationales, lorsqu'elles existent,
sont menées par des institutions affaiblies ou sont
sous-traitées, avec pour conséquence un manque d'adaptation des
compétences aux problèmes locaux. Les Etats, qui rencontrent de
grandes difficultés pour financer le fonctionnement de leurs
administrations forestières, n'ont pas, pour la plupart, les moyens
d'investir dans des projets et ont du mal à attirer des capitaux
privés vers la gestion durable de leurs forêts. Dans ces
conditions, ils sont dépendants des aides internationales, lesquelles
n'oeuvrent pas nécessairement dans le cadre d'une politique
concertée et soutenue et ont de plus en plus tendance à donner la
priorité au seul volet ( conservation) du développement durable
»2 7.
Comme autre conséquence remarquable de la
gestion des forêts du Cameroun, les forêts, plus
précisément les forêts denses humides, sont
utilisées par le gouvernement camerounais comme une source rapide et
facile pour payer les dettes et couvrir les investissements les plus
prioritaires depuis
27 BERGONZIMI Jean-Claude et LANDY Jean-Paul ,
Les forêts tropicales ( cirad)
.Montpeilier,2000,p_109.
l'adoption du programme d'Ajustement Structurel.
Reconnaissant la menace croissante qui affecte les forêts du bassin du
Congo, les principaux chefs de L'Etat de la région ainsi que de la
République du Tchad ont orienté leur objectif en faveur de
l'amélioration de la protection des forêts via la
Déclaration de Yaoundé. « Cette dernière
constitue une démonstration important des mesures nécessaires
pour assurer l'avenir des forêts de la planète indiquant leur
volonté de collaboration, les chefs d'Etat ont reconnu la
nécessité d'établir des réseaux transnationaux de
zones forestières protégées, ainsi que d'améliorer
les gestions des zones forestières existantes
»28.
Comme constat, « la foresterie tropicale
offre un point de départ utile pour les programmes d'administration. Les
mêmes facteurs qui rendent ce secteur stimulant pour l'assistance au
développement en font également le creuset d'une réforme
de l'administration. L'optique d'intégration de la foresterie tropicale,
qui relie le mondial au national et au local ; les hauts niveaux de revenus et
autres avantages qu'elle engendre ; sa base budgétaire locale ; le
rôle central des questions de régimes d'occupation et de droits
collectifs ; ainsi que son importance dans les moyens d'existence ruraux : tous
ces facteurs renforcent les interactions entre bonne administration,
responsabilité publique et réduction de la pauvreté.
Veiller à ce que le secteur forestier remplisse cette mission constitue
un grand défi, non seulement pour les gouvernements des pays
récepteurs, mais aussi pour la communauté de donateurs
»29.
Malgré des améliorations innovatrices,
l'exploitation illicite des ressources naturelles et surtout la corruption a
entraîné des conséquences graves telles que : La
dégradation
28
www.wagne.net./devdmiecologie,
2002,p.l.
29 David, SHEPHERD Gill, Forestry as an entry point
for governance reform la foresterie en tant
que point de départ d'une reforme
d'administration), 2002, In
www.odifpeg.org.uk/fran4ais/publications/policybriefs/frrestrybriefings,p.l.
environnementale, la rareté de revenus
financiers dans les services publics et les conflits entre acteurs. La baisse
progressive des réserves pétrolières au Cameroun et la
chute du prix du cacao a aussi accéléré des pressions
intenses sur l'exploitation forestière via l'action des entreprises
forestières ( le plus souvent étrangères ) qui exploitent
les essences mais représentent un petit groupe d'exploitants
dominants L'action des peuples et les communautés des forêts
agissent aussi d'une manière négative sur les forêts
camerounaises : la chasse pour la viande de brousse, faciliter par la
création des routes d'exploitation du bois représente une autre
menace à la biodiversité du Cameroun.
Pour pallier un bon nombre de problèmes, le
gouvernement camerounais s'est doté d'une stratégie de
décentralisation à travers une nouvelle législation
forestière qui autorise les exploitants forestiers sous titres (
concession forestière, vente de coupe, assiette de coupe) à
exploiter les forêts camerounaises. Le constat qui en ressort est que le
Cameroun n'a toujours pas appliqué de façon
régulière et rigoureuse cette politique qui pourrait endiguer les
dérapages que l'on observe à travers les infractions majeures
dis' qualifiantes telles que : exploitation illégale sans titre,
exploitation en dehors des limites du titre, infraction repérée
aux règlements de l'exploitation forestière, infraction
repérée aux lois relatives à la protection de
l'environnement. Et pour diverses raisons, principalement économique et
politiques, la nouvelle portant régimes des forêts communautaires,
n'est pas mise en application malgré l'intérêt
évident exprimé par divers bailleurs de fond, projets et ONG. Ces
institutions, ayant pour objectifs essentiels : les stratégies de
conservation, voient en effet dans les forêts communautaires un outil
potentiel d'intégration des populations. Comme remarque,« le
transport et la distribution du bois de chauffe demeurent eux aussi au stade
artisanal et ne font pas l'objet d'une réglementation ( la
législation forestière ne prend pas suffisamment en
compte
l'exploitation de la forêt à des fins
énergétiques) . Cette absence du cadre juridique
harmonisé, de concertation et de coordination peut entraîner non
seulement des risques de double emploi et une mauvaise utilisation des
ressources, mais peut aussi avoir des conséquences pour la
maîtrise des effets de l'approvisionnement, l'utilisation des
technologies énergétiques en rendant complexes la prise en compte
des paramètres de sécurité des hommes et des biens, la
protection de l'environnement, qu'une stratégie synergique devrait
intégrer »30
.
Au Cameroun, « les forêts les plus
menacées par les pressions diverses sont les forêts de montagnes,
les forêts côtières sempervirentes et les forêts
semi-sempervirentes de type relativement sec. Les forêts du sud-est du
pays étaient moins menacées jusqu'à l'annonce
récente d'un plan du gouvernement visant à intensifier
l'exploitation forestière. Il est difficile d'estimer l'importance du
déboisement au Cameroun car l'exploitation forestière ne se fait
pas par coupe rase. Le principal problème vient d'une dégradation
insidieuse et rapide des forêts. L'exploitation, l'empiètement
agricole et le feu sont les principales causes de dégradation et de
destruction de la forêt »31.
Pour endiguer cela, « le gouvernement impose
un minimum de 60% de grumes transformées localement. Il est probable que
ce pourcentage sera porté à 70%, et il est même possible
que l'exportation des grumes à l'état brut soit
ultérieurement totalement interdite. Face à cette volonté,
les principaux problèmes viennent de l'inefficacité de la
transformation industrielle des grumes sur place et des bas prix offerts pour
les grumes transformées ( souvent jusqu'à 50% plus faibles ). Le
rendement moyen en bois transformé exportable est d'environ 30% des
grumes brutes, mais peut tomber à 20%.
3° PNGE ( Plan
National de Gestion de l'Environnement), Vol.! , rapport principal,
février ,1996,p_13. 31 MONZA Jean-Pierre ,L'Atlas pour
la construction des forêts tropicales d'Afrique,
Paris,1996,p.138.
De plus, on estime que 20 à 35% du volume
de chaque arbre abattu sont abandonnées sur place. En
conséquence, les pertes de bois depuis l'arbre abattu jusqu'au produit
scié atteignent 65% à 75%. L'une des raisons est que les
concessions sont accordées pour une durée de 5 ans renouvelable
alors que, d'après les règlements actuels, les concessions
approvisionnant une scierie n'ont qu'une durée de vie productive de 9
ans avant l'expiration de leur licence. De ce fait il n'est pas
économiquement rentable d'investir dans les machines efficaces, mais
chères. On a donc tendance à utiliser de vieilles machines peu
efficaces et démodées »32.
III- Etendue restante et valeur économique des
forêts au Cameroun
Au Cameroun, « Les bois et produits
dérivés occupent dans l'économie camerounaise une place
importante. Avant 1979 et l'exploitation pétrolière, ils
représentaient jusqu'à 15% de la valeur totale des exportations
du pays, derrière celles de café et de cacao. Depuis, cette
proportion est tombée aux alentours de 4%, après le coton et
l'aluminium. Malgré une industrialisation relativement poussée,
le secteur des bois connaît depuis 1980 un déclin relatif, et il
forme moins de 3% de la valeur ajoutée totale
>>33.
Ainsi, « Seulement 6 % des forêts sont
utilisées par les peuples forestiers selon le mode traditionnel (
agriculture itinérante à jachère longue). Toutes les
autres utilisations reflètent les besoins d'une population rurale
pauvre, ayant un besoin accru de terres agricoles du fait de la
démographie et des systèmes extensifs de cultures utilisés
»34. Comme remarque, on peut
32 MONZA Jean-Pierre ,L'Atlas pour la
construction des forêts tropicales d'Afrique,
Paris,1996,p.138
33 BUTTOUD,G ,Les produits forestières dans
l'économie Africaine, France,1989,p. 253.
34 DELVINGT W , La gestion
forestière en bordure de la réserve defmme du DJA rapport
préliminaire de mission, Projet ECOFAC-Camerou,
1994,p.14.
noter le faible niveau de vie des populations rurales qui
les oblige à utiliser le bois comme source d'énergie.
L'exploitation forestière reste très
sélective : « Ainsi, parmi les 300 essences
théoriquement commercialisables des forêts camerounaises ( c'est
à dire " pouvant avoir un diamètre supérieur à 60
centimètres" selon la législation forestière), seulement
113 sont exploitées dont une quinzaine d'essences représente
à elles seules près de 90 % des volumes prélevés,
les cinq essences principales ( Ayous, Sapelli, Azobé, Fraké et
Iroko) constituant pour leur part environ 70% de la production en volume
»35.
Les forêts jouent un très grand
rôle dans l'acquisition des biens et de services qui
bénéficient aux économies et aux populations d'une
région donnée. Les ressources naturelles sont actuellement l'une
des plus importantes sources de revenus que procurent les forêts
camerounaises. Mais, « le Cameroun a le taux de déforestation
annuel le plus élevé du bassin du Congo après la
République Démocratique du Congo et, selon la FAO, les
forêts du Cameroun ne représentaient plus que 19.6 millions
d'hectares en 1990 »36.
Comme valeur économique, « Le Cameroun
est le 7 exportateur mondial de bois tropical et le Y en Afrique après
la Côte-d'Ivoire et le Gabon. En 1988-1989, l'exportation du bois
représentait un revenu de quelque 190 millions de dollars. Le secteur
emploie environ 20 000 personnes à plein temps ; il représente 9%
de la production industrielle totale et, produit 4% du PNB. Le bois d'oeuvre
occupe la 4' place dans l'ordre d'importance des exportations camerounaises,
après le pétrole, le café et le cacao. Cependant, la
diminution des ressources du pétrole et la chute des prix mondiaux du
café et
35 DURRIEU de MADRON luc ,FORNI Ericet
al., Le Projet d'Aménagement Pilote intégré de Dimako
( Cameroun). CIRAD-Forêt. Montpellier-France,1998,p.6.
36 OMF , Aperçu de la situation de
l'exploitation forestière au Cameroun,
Washington,2000,p_11.
du cacao se conjuguent pour accentuer la pression
sur le secteur forestier, qui doit combler le déficit. La politique du
gouvernement actuel est en fait de pousser l'exploitation forestière
afin que la production de bois d'oeuvre remplace le pétrole en tant que
moteur de l'économie camerounaise. L'objectif est d'atteindre une
production de 4 millions de m3 avant l'an 2000 et de 5 millions de
m3 avant 2010. Dans ce contexte, il faut noter que la
dévaluation du franc CFA a favorisé le développement
anarchique de l'exploitation forestière ces dernières
années ».37
Au Cameroun, « la transformation est
réalisée par 64 unités, soit 58 scieries, quatre
unités de déroulage, une unité de tranchage et une
fabrique d'allumettes. Ces unités ont produit 300 000 m3 de
sciages, 95 000 m3 de placages déroulés (40 000
m3 de contre-plaqués ) et 20 000 m3 de tranchage.
L'exportation joue donc encore un rôle très important ; en effet
le Cameroun exporte des grumes en sus des produits issus de la première
transformation. En 1992-1993, le Cameroun a exporté 885 000
m3 de bois( sur un total de 2010 000 de m3 produits),
soit 700 000 m3 de grumes, 150 000 de ne de produits
débités et 35 000 de m3 de placages et
contreplaqués. Il est clair que les quantités exportés ont
augmenté par la suite, notamment à cause de la dévaluation
du franc CFA.Les principaux clients du Cameroun sont les pays de l'Union
européenne qui achètent 70% des grumes et 90% des
débités. En ce qui concerne le marché national. Il est
surtout alimenté par les scieurs artisanaux qui opèrent souvent
en marge de la légalité »38.
D'après une étude, « le
prélèvement moyen au Cameroun est d'environ 5
m3/ha, ce qui est faible par rapport à
d'autres régions tropicales et prouve que l'exploitation est
très
37 MONZA Jean-Pierre , L 'Atlas pour la
conservation des foréts tropicales,Paris" ,1996,p_135.
38 DURRIEU de MADRON luc ,FORNI Ericet
al., Le Projet d'Aménagement Pilote intégré de Dimako
( Cameroun).CIRAD-Forêt, Montpellier-France,1998,p.6.
sélective. Pour le début des
années quatre-vingt-dix, le volume des exportations de bois
d'oeu-vre est estimé à environ 1.2 millions de m3 /an,
dont 62% de bois brut. Les pays de l'Union européenne, principalement la
Belgique, la France, l'Allemagne, la Grèce et la hollande,
achètent 85% des grumes exportées et 91% du bois
transformé. Plus de la moitié de la production vient des
forêts semi-sempervirentes et des forêts camerouno-congolaises de
l'Est du pays »".
D'un constat général, l'exploitation
forestière est l'un des piliers du secteur économique national
car « les potentialités forestières du Cameroun sont
considérables au plan économique et écologique. Elles sont
évaluées à 17.5 millions d'hectares de forêts denses
en zone tropicale. humide, 4.5 millions d'hectares de forêts
dégradées et 4 millions d'hectares de savanes boisées
arbustives denses. À ce potentiel naturel, il faut ajouter le potentiel
de régénération qui n'a pas fait l'objet d'une estimation
exhaustive, mais qui est important ( la cellule de communication du
ministère de l'environnement et des forêts déclare que les
efforts de régénération ont porté sur 3.500 ha en
septembre 1993. Ce potentiel est susceptible de mettre à la disposition
des ménages du développement artisanal et industriel une source
d'énergies renouvelables et endogènes
»40
.
D'après le Ministère de l'environnement
et des forêts en 1999 « l'exploitation forestière a
généré environ 28% du total des recettes d'exportation
hors pétrole en 1998 »41. Face au taux de
chômage élevé, et dans le but de lutter contre la
pauvreté, « les entreprises forestières employaient
directement plus de 34000 personnes »42. Ceci s'est
confirmé une année plus tard
39 MONZA Jean-Pierre ,
L'Atlas pour la conservation des forêts tropicales
,Paris,1996,p.138.
PNGE ( Plan National de Gestion de L'Environnement), val
, rapport principal, février 1996,pS.
41 Ministère de
l'environnement et des forêts , Planification de l'attribution des
titres d'exploitationforestièr,
Yaoundé,1999,p.69.
42EBA'A et ATYI.R,
Cameroon's logging industry ( structure, economic Impacts and efects of
devaluation, CIFOR ( Indonésie),1998,p.96.
par les pouvoirs publics qui estiment que : «
Plus de 55000 personnes travaillent actuellement dans ce secteur, y compris
les emplois indirects »43.
Sur le plan de la biodiversité, « le
Cameroun est l'un des pays d'Afrique les plus variés du point de vue
écologique. La principale raison de la forte biodiversité de ces
forêts est qu'elles constituent un système ancien et très
stable, en particulier les forêts de la plaine littorale. Des indices
laissent penser que ces forêts côtières ont
résisté aux vicissitudes climatiques, même durant la
période au climat frais et sec il y
a 18 000 ans, quand les forêts denses
étaient moins étendues qu'aujourd'hui. On estime que 9 000
espèces végétales se trouvent au Cameroun : 156 au moins
sont endémiques, dont 45 sur le seul mont Cameroun. Une étude
récente a permis de recenser plus de 200 espèces de plantes
ligneuses sur un site de 0.1 ha de forêt côtière, un des
plus hauts degrés de diversité observés dans le monde.
Plus de 1000 espèces de papillons ont été relevées
dans les forêts du Golfe du Guinée. Cette région est
également un centre de diversité pour les grenouilles (8 genres
sont quasiment limités à la région). Le Cameroun compte
entre 250 et 300 espèces de mammifères et 848 espèces
d'oiseaux »44.
Les ressources forestières englobent une
multitude richesse au Cameroun et, « la forêt du Cameroun est
importante sur le triple plan de l'étendue, du potentiel et de la
biodiversité. Sur le plan de l'étendue, le Cameroun est
classé en 2 ème rang en Afrique : environ 20 millions d'hectares.
Sur le plan du potentiel, la forêt camerounaise renferme 300
espèces commercialisables, dont une soixantaine seulement fait l'objet
d'une exploitation régulière. Le potentiel exploitable sur la
base des conditions actuelles du marché du bois s'élève
à environ 750 millions de m3. A quoi il faut ajouter les
autres
43 NDOJO, M ,
Ministère de l'environnement et des forêts ( réunion du
comité consultatif) ,yaoundé,1999p.7.
44 MONZA Jean-Pierre ,
L'Atlas pour la conservation des forêts tropicales
d'Afrique,Paris,1996,p.138.
produits forestiers (Plantes médicinales,
plantes nutritives, plantes de service etc..) Aux possibilités tout
aussi diversifiées et importantes. Sur le plan de la
biodiversité, il y a 16 à 17 % des phanérogames, 44
à 52 % des ptéridophytes et 6 % des espèces
vertébrées du monde, ce qui place le Cameroun au 5 ème
rang africain. Les formations forestières ici comportent plusieurs
sous-types écologiques, reflet de sa diversité
géographique qui l'a ainsi doté d'un patrimoine unique en son
genre en Afrique »45.
Avec un PIB par habitant de 2000 $ USA et une
couverture forestière de « 20 009 000 hectares ( forêts
tropicales), les forêts du Cameroun représentent l'une des
principales sources de bois tropicaux du monde avec 1.7 millions de
mètres cubes exportés en 1997 »46. Comme
constat, les exportations de bois constitueront au Cameroun une part
très importante des recettes en devises, vu la baise des gisements de
pétrole et la chute des prix des cultures industrielles telles que le
café et cacao.
Sur le plan de la fiscalité forestière,
« le secteur forestier camerounais revêt une importance
nationale primordiale, représentant 25 % des exportations en 1998/99
»47 et, le secteur informel qui utilise le plus souvent le
bois de feu, rotin, bambous, écorces, charbon de bois, planche, piquets
etc, échappe parfois au contrôle des agents de l'Etat qui ne
dispose pas très souvent les moyens logistiques pour le contrôle.
Mais, ce secteur génère un chiffre d'affaires considérable
via les taxes communales qui sont le plus souvent perçues sur les lieux
de marchés urbains et ruraux.
45 Eléments du plan
forestier national du Cameroun Jin www.proforinfo/does/ELEMENTS%20Du% 20
Plan % 20 forestier % 20 national % Du %.27/04/03
46
www.fao.org,
Bases des données statistiques.27/01/2000
47 FOMETE Timothée ,
La fiscalité forestière et l'implication des
communautés locales à la gestion forestière au Cameroun,
2001, In
www.odifpeg.org.uldfrançais/publications/policybriefs/forestrybriefmgs
IV- Types de forêts rencontrées au
Cameroun
La république du Cameroun est l'un de pays
tropicaux d'Afrique les plus importants pour la biodiversité de ses
forêts. Elle englobe cependant des forêts denses humides
sempervirentes et semi-sempervirentes de basse et moyenne altitude,
submontagnardes et montagnardes ainsi que la mangrove. « La
région afromontagnarde englobe deux grands domaines, les formations
arbustives et formations herbeuses afrosubalpines et les forêts de
montagne, tous deux d'étendue très limitée. Cette
région couvre environ 72 500 ha, soit moins de 0.2% de la surface
terrestre du pays. La région guinéocongolaise, qui comprend des
forêts submontagnardes ( 377 500 ha ) ainsi qu'une vaste étendue
de forêts denses humides sempervirentes et semi-sempervirentes de basse
et moyenne altitude, couvre un total de 26 700 000 ha, soit 57% de la surface
terrestre du pays ; plus de 17 000 000 ha de cette région seraient
encore couverts de forêt à l'heure actuelle
»1".
Il existe cependant une très grande
diversité d'espaces naturels et il convient en fait de distinguer 2
grands types très différenciés. Le premier concerne les
forêts tropicales humides. « Ces forêts, qu'on trouve
là où la pluviométrie annuelle dépasse les 1350 mm
et où la saison sèche n'excède pas 2 mois, sont les seules
à donner lieu à des modes d'exploitation commerciale
structurés à grande échelle. Regroupées en 2
grandes masses forestières situées l'une sur la frange sud de
l'Afrique de l'Ouest, l'autre dans tout le bassin congolais, elles sont en
effet orientées vers la production des bois susceptibles de
transformation industrielle. Leur première caractéristique n'en
reste pas moins leur grande diversité. Ces forêts peuvent
être d'abord plus ou moins denses. Les peuplements continus d'arbres,
dont la hauteur varie généralement de 10 m à 50 m,
voire
48 MONZA Jean-Pierre ,
L'Atlas pour la conservation des forêts tropicales d'Afrique,
Paris,1996,p.134.
davantage, et dont les cîmes
s'étalent sur plusieurs étages en s'interpénétrant
et en se superposant, peuvent suivant l'épaisseur du couvert permettre
ou non le développement de strates arbustives plus ou moins claires
e.
Le deuxième type concerne les espaces
boisés sèche : « Cette forêt dite sèche est
en fait celle qui subit une saison aride de plusieurs mois, saison dont
l'intensité et la durée variables déterminent directement
la nature du couvert boisé.[...] Les forêts des zones arides et
semi-arides sont en fait la plupart du temps des forêts claires,
caractérisées par une croissance lente et par une
régénération par voie végétative. Elles sont
composées d'essences décidues ou semi-décidues aux troncs
droits et souvent espacés, le recouvrement est donc faible, et le tapis
de graminées en sous-bois particulièrement abondant et propice au
développement de l'élevage »50 . Ces deux
types d'espaces naturels sont subdivisés en 5 grands groupes( Les
forêts de montage, les forêts submontagnardes, les forêts
camerouno-congolaises, les forêts situées sur l'aire atlantique et
la mangrove) et, caractérisés par 3 principales zones
écologiques : « Au sud : C'est une région couverte de
forêts denses sous un climat humide de type équatorial. Les sols
sont très épais, d'aspect homogène, formés sur un
matériau originel très altéré. Les produits
d'altération sont des argiles à faible capacité
d'échange, des sesquioxydes de fer et d'alumine ; le résidu
d'altération est constitué surtout de quartz. Les sols sont
connus sous la dénomination générale de sols
ferrallitiques. Au centre : Une région constituée d'une
mosaïque de forêts et de savanes sous un climat moins humide,
comportant une courte saison sèche. Ce sont encore des sols
ferrallitiques aux propriétés généralement
comparables à celles des sols de la zone méridionale. Cependant,
quelques différences apparaissent dans les horizons de surface et dans
la qualité du drainage. Des inclusions de sols aux
propriétés
49 BUTTOUD ,G , Les
produits forestières dans l'économie Africaine, France,
1989, p. 17.
50 Idem.,p.23.
particulières sont localisées sur
des roches volcaniques dans l'ouest du pays et sur le plateau de l'adamaoua. Au
Nord : Une région très diversifiée par sa
végétation et par ses sols, sous un climat à longue saison
sèche. Les sols ont une épaisseur moyenne à faible. Les
produits d'altération sont des mélanges divers d'argiles à
faible ou forte capacité d'échange, de sesquioxydes de fer et de
manganèse, de carbonate de calcium, des sels solubles. Le quartz, les
feldspaths et paifois les micas noirs constituent le résidu
d'altération »5'.
1-Les forêts de montagne
Dans la région tropicale du globe terrestre,
« le plus souvent, les formations de plaine se prolongent sur les
parois des massifs montagneux jusqu'environ 1000 mètres d'altitude. On
n'y observe pas de changement profond de la flore, mais une expression
affaiblie de tous les caractères de vigueur. Avec l'altitude, la taille
des arbres se réduit, les houppiers sont moins importants, les troncs
moins droits, les feuilles plus petites. Au-dessus de 1000 mètres, la
composition floristique peut changer. Des arbres à feuilles persistantes
apparaissent, notamment des conifères, et dans les espaces
libérés un couvert herbacé s'installe, accompagné
paifois de palmier et de bambous. Sur les montagnes importantes ,on rencontre
des formations, baptisées forêts de nuages, plongées dans
une ambiance humide propice au développement des mousses, des lichens et
des épiphytes »52.
Au Cameroun, « les forêts de montagne
s'étalent d'environ 1 500-1800 m jusqu'à 2400-2700 m d'altitude,
quelques lambeaux subsistant jusqu'à 3 000 m et plus. Comparativement
aux forêts de basse altitude, les arbres des forêts de montagne
sont moins hauts ; leur feuillage est toujours vert, leurs feuilles
épaisses. Les lianes sont rares, le
51 BRABANT Pierre , Le
sol des forêts claires du carneroun( Exemple d'étude d'un site
représentatif vue de la cartographie des sols et de l'évaluation
des terres), France, 1988, p29.
52 BERGONZIMI Jean-Claude et
LANDY Jean-Paul , Les forêts tropicales ( cirad) , Montpellier,
2000, p.18.
sous-bois est généralement clair et
les mousses et lichens sont abondants. Cinq espèces d'arbres
caractérisent la zone de montagne, en particulier l'horizon
supérieur : Nuxia congesta, Podocarpus latifolius, Prunus africana,
Rapanea melanophloeos et Syzygium staudttii. On y trouve aussi le bambou
Sinarundinaria alpina tandis qu'Olea capensis pousse dans les forêts
moins humides. D'autres espèces de montagne peuvent être
citées : Crassocephalum mannii, hypericum revolutum, Myrica arborea,
Philippia mannii, et Schefflera abyssinica
»53.
2-Les forêts submontagnardes
Elles s'étalent entre le niveau de la mer et,
une partie du nord cameroun. « les forêts submontagnardes
couvrent moins de 1% des terres. Elles se trouvent entre 800-1200 m et
15001800m d'altitude et peuvent être caractérisées par une
relative uniformité de la flore et une abondance de plantes de la
famille des Clusiaceae. Aux altitudes les plus basses, la composition
spécifique est semblable à celle des forêts voisines de
moyenne altitude ; au fur et à mesure que l'altitude augmente, les
épiphytes, principalement orchidées et mousses, se
développent et des espèces commencent à
apparaître-par exemple Caloncaba lophocarpa, crotonogyne manniana,
Dasylepis racemosa, Erythrococca hispida, prunus africana et xylopia africana.
Les forêts submontagnardes sont beaucoup moins connues du point de vue
biologique que les forêts de montagne et de basse et moyenne altitude.
Ces dernières s'étendent entre le niveau de la mer et 800 m au
sud, et jusqu'à 1200 m au nord du Cameroun. Les forêts
semisempervirentes relativement sèches sont souvent morcelées et
sérieusement mises en danger par les feux de brousse. Ce type de
forêt couvre environ 4 000 000 ha , soit environ 8.6% du pays. Les
forêts sempervirentes hyperhumides à humides et
sémi-sempervirentes relativement humides couvrent quant
à
53 MONZA Jean-Pierre , L'Atlas pour la
conservation des forêts tropicales d'Afrique, Paris, 1996,
p.134.
elles environ 27.5% du pays ( 12 800 000 ha ),
séparées en deux régions principales : L'aire
camerouno-congolaise et l'aire atlantique »54.
3-Les forêts camerouno-congolaises
D'après une observation des experts, «
elles couvrent environ 8 100 000 ha, soit 17.4 % du territoire national ;
ce sont essentiellement des forêts semi-sempervirentes relativement
humides. La diversité de la flore est généralement plus
faible que dans les forêts du littoral atlantique. Les affinités
avec les forêts du bassin congolais sont nettes, comme en
témoignent les espèces suivantes : Lannea welwitschii,
Cleistopholis patens, Xylopia staudtii, Bombax buonopozense, cordier
platythyrsa,Swartzia fistuloides, Irvingia grandifolia et entandrophragma
utile. À l'exception notable de Gilbertiodendron dewevrei qui peut
former des peuplements sempervirents, cette forêt, contrairement à
certaines parties de l'aire atlantique, n'est pas caractérisée
par des Caesalpinaceae grégaires . On trouve aussi dans cette aire les
forêts marécageuses du Haut Nyong avec Sterculia subviolacea et
Macaranga spp , des forêts marécageuses avec Phoenix reclinata et
Raphia monbuttorum et des forêts périodiquement inondées
avec Guibourtia demeusei »".
4-Les forêts situées sur l'aire
atlantique
Elles s'étalent plus précisément
sur la région nigéroCamerouno-gabonaise, et est
composées,« des forêts sempervirentes qui couvrent
environ 4 700 000 ha, soit 10% du territoire national. La diversité
floristique y est très élevée et l'endémisme
marqué. La flore a certaines affinités avec les forêts
d'Amérique du sud. Par exemple, les arbres Erismadelphus exsul et
Sacoglottis gabonensis appartiennent
54 MONZA Jean-Pierre ,
L'Atlas pour la conservation des forêts tropicales d'Afrique,
Paris, 1996, p_134. " Idem.,p.134.
à des familles médiocrement
représentées en Afrique, mais abondantes en Amérique du
sud >>56.
5-La mangrove
Certaines zones côtières du Cameroun,
soumises à un envahissement des marées, ont favorisé
l'installation des formations arbustives déterminées par la
nature du soL « II
s'agit d'une forêt plutôt basse,
d'environ 10 à 15 mètres qui, par rapport aux forêts denses
humides qu'elles côtoient, est composée d'un nombre limité
d'espèces dont les palétuviers sont les représentants les
plus caractéristiques. Ces formations sont typiques tant par la
physionomie générale qui se dégage de
l'enchevêtrement des racines-échasses et par la
multiplicité des formes vivipares que par la faune étrange
qu'elles abritent. On trouve des mangroves avec une strate ligneuse très
basse dans les zones tropicales sèches ou même arides, comme au
sud de la péninsule arabique. D'un point de vue fonctionnel, elles
jouent un rôle essentiel dans le maintien des vases côtières
et dans la reproduction de certains animaux marins
»57.
Sur tout le territoire, « il restait 243 400
ha de mangroves au Cameroun en 1985. Deux aires principales, couvrant ensemble
quelque 230 000 ha, se trouvent à l'est et à l'ouest du mont
Cameroun. Le palétuvier rouge Rhizophora racemosa occupe au total 90
à 95% de la surface des mangroves. IL peut atteindre 25 m de haut tandis
que les deux autres espèces de Rhizophora dépassent rarement 6 m.
On trouve aussi le palétuvier blanc Avicennia germinans. Les mangroves
et les eaux côtières voisines, qui atteignent jusqu'à 50 m
de profondeur, hébergent et nourrissent d'importantes ressources de
pêche d'une valeur économique et alimentaire non
négligeable. La production annuelle de poisson dans le Rio del Rey et
l'estuaire du Cross est d'environ 12 800 tonnes dont au
56 MONZA Jean-Pierre , L'Atlas pour la
conservation des forêts tropicales d'Afrique, Paris, 1996,
p.134
57 BERGONZIMI Jean-Claude et LANDY Jean-Paul
, Les forêts tropicales ( cirad)
,Montpellier,2000,p.17.
moins le tiers ( d'une valeur de 8 millions de
dollars) provient du secteur camerounais »58.
Selon le Centre Mondial de Surveillance de la
Conservation des Forêts, les forêts camerounaises sont
subdivisées en sept grandes parties avec les pourcentages très
variés comme l'indique le tableau suivant.
Types de forêts rencontrées au
Cameroun
|
Pourcentages et superficies
forestières
(((1112)
|
Forêts ombrophile sempervirente
à
larges feuilles plaines
|
56%
163582 km2
|
Forêts altimontaine
|
1%
|
|
3188km2
|
Forêts
|
1%
|
marécageuses
|
2208 km2
|
Mangrove
|
1%
|
|
2275km2
|
Forêt dégradée
|
22%
|
|
63438km2
|
Arbres épars
|
8%
|
|
24163km2
|
Forêts ombrophile
|
11%
|
décidue et semi- décidue à
larges feuilles
|
31111km2
|
|
Source : Observatoire mondial des forêts ( OMF) :
Aperçu de la situation de l'exploitation forestière au cameroun.
Washington, 2000,p. 20.
58 MONZA Jean-Pierre , L'Atlas pour la
conservation des forêts tropicales d'Afrique,
Paris,1996,p.135.
instituées dans six localités. Les
principaux grands acteurs de la décentralisation au Cameroun sont : le
FEICOM ( Fonds spécial d'équipement et d'intervention communale
), ACVC ( association des communes et villes du Cameroun), UCVC ( Union des
communes et villes du Cameroun ) et la MAETUR.
Les politiques de décentralisation visent le
plus souvent « la mise en place d'organes locaux ( les
collectivités territoriales) auxquels 1 'Etat transfère
d'importants pouvoirs de décision. La décentralisation suppose la
personnalité juridique, la notion d'affaires propres, l'élection
de représentants, ainsi que des moyens humains, techniques etftnanciers.
Les organes décentralisés restent soumis à un
contrôle de tutelle de la part de 1 'Etat dont les modalités
varient ( contrôle a priori ou a posteriori)
»61.
D'après GONTCHAROFF George, les raisons
fondamentales de la décentralisation ont pour objet : « une
volonté de dégraisser les services centraux de l'Etat,
considérés comme trop lourds. Les politiques des Etats
menées depuis plus de quarante ans en faveur de leurs
administrés, par l'intermédiaire de services techniques
déconcentrés, appuyés ou non par la coopération
internationale, ont souvent déçu et sont actuellement ouvertement
remises en question : L'Etat central prendrait trop de place-ponctions
démesurée sur les ressources d'une société- il
serait irresponsable-les fonctionnaires nommés n'ont pas de compte
à rendre aux populations- il serait inefficace-gaspillage, effets
pervers des politiques-,une volonté de rapprocher le pouvoir du citoyen
»62.
L'idée de la décentralisation occupe
aujourd'hui une place importante dans les discours : « elle implique
une répartition différente du pouvoir, voire une notion
différente du pouvoir, et personne ne se dessaisit volontairement d'un
pouvoir qui assure des avantages dans l'immédiat
»63. Mais comme remarque, la
décentralisation donne aussi une possibilité de créer un
édifice au niveau du pouvoir traditionnel local :
061 JACOB jean-pierre , Quelques
considérations sur les politiques de mise en place de la
décentralisation en Afrique rurale, Ouagadougou,
1996,p.l.
62 GONTCHAROFF, Georges ,
Démocratie, citoyenneté dans la décentralisation. Etat
des lieux de la citoyenneté locale : décentralisation et
participation, territoires, no 321, 1991, p.8.
63 DDC ,
Décentralisation et développement, Berne ,1999, p.6.
« 1 'Etat central peut aussi 1 'utiliser
pour se décharger de tâches essentielles sur des
communautés locales sans pour autant leur donner la maîtrise
nécessaire sur les ressources financières correspondantes
»m.
L'exploitation forestière a commencé au
Cameroun depuis de longues années. Elle est faite sous titre (
concession forestière, vente de coupe, assiette de coupe ), et sous
licence. Elle a commencé dans la région du littoral, et s'est
progressivement étendue dans les autres régions au fur et
à mesure que le pays a intensifié des infrastructures
routières et ferroviaires. Et, comme remarque, « la gestion
décentralisée des ressources naturelles est 1 'un des nouveaux
sésames du développement. Elle est devenue la
référence convenue du discours des ONG rurales ou de la banque
mondiale. Il est vrai que plus d'un siècle de gestion centralisée
des forêts de L'Afrique francophone, sur le modèle de l'ancienne
métropole, n'a guère apporté de preuves d'une grande
efficacité en matière de bonne gestion ou de contribution au bien
être des habitants des zones forestières »65
.
Eu égard au caractère vital des
ressources naturelles, au nombre élevé des demandes d'offre de
titres d'exploitation, et la gestion illicite, le gouvernement camerounais
à travers son ministère de l'environnement et des forêts
s'est doté d'une législation forestière qui n'autorise que
les résidents camerounais ou à des sociétés
inscrites au registre du commerce de mener une exploitation forestière.
Cette législation forestière n'est qu'une décentralisation
du pouvoir central du ministère via l'action des exploitants forestiers
sur le terrain : « les sociétés d'exploitation du bois
bénéficient de trois ans pour déposer auprès du
Ministère de l'Environnement et des forêts un plan de gestion. Une
fois ces plans acceptés, les droits d'exploitation sont finalisés
et la période de 15 ans de droits débute
»66.
Mais, comme contact, « la nouvelle
loi forestière du Cameroun, inspirée par les bailleurs de
fonds, véhicule des conceptions de l'aménagement des espaces
éloignés des
64 DDC ,
Décentralisation et développement, Berne ,1999, p.6.
65 GONTCHAROFF, Georges ,
Démocratie, citoyenneté dans la décentralisation. Etat
des lieux de la citoyenneté locale : décentralisation et
participation, territoires, no 321, 1991,
p.8.
66www.globalforestwatch.org
pratiques locales. Rompant avec les
clichés de la gestion durable des forêts par les
communautés, le mouvement de privatisation collective des espaces qui se
dessine tend vers une diffusion du modèle rentier à de nouvelles
couches sociales et favorise des alliances politiques inédites. Mais il
risque de faire exploser les fondements de l'état forestier
»67.
V.2. L' Application du régime forestier au
Cameroun
Les résultats de la décentralisation
via l'exploitation forestière ont permis de créer les
délégations provinciales, départementales,
d'arrondissements et les postes forestiers du Ministère de
l'environnement et des forêts. Mais, « le Cameroun s'est
doté d'instruments juridiques lui permettant de gérer et de
conserver de façon durable les ressources naturelles dont il dispose
notamment en ce qui concerne le régime des forêts, de la faune et
de la pêche ( loi no 94/01 du 20 janvier 1994.) Le décret
d'application no 95/531/Pm du 23 août 1995 de la loi portant
régime des forêts, de la faune et de la pêche, confie en son
article 13, la gestion des ressources génétiques
forestières aux administrations chargées des forêts, de la
faune, de I 'environnement et de la recherche scientifique
»68.
Pour mieux renforcer cette décentralisation
auprès des populations locales, le Cameroun a procédé en
1990, avec l'appui de la coopération internationale, à une
importante réforme qui s'est appesanti à la mise en oeuvre des
forêts communautaires, c'est --à-dire « une foresterie
axée sur les gens. Ici, la foresterie communautaire est
considérée comme l'ensemble des processus dynamiques de
responsabilisation des communautés rurales dans la gestion des
ressources forestières, pour contribuer à I 'amélioration
de leurs conditions de vie et promouvoir le développement local
»69.
Cette gestion des forêts communautaires
préoccupe le ministère de l'environnement car elle reste
encore innovatrice mais, « elle remonte à la promulgation de
la loi no 94/01 du
67 KARSENTY Main ,
Vers la fin de l'état forestier ? (Appropriation des espaces et
partages de la rente forestière au Cameroun) In recueil de textes
marc Hufty et Frank Muttenzer : La biodiversité : De l'action collective
à la gouvemance.
68
www.foa.org.2002.p.1.
BIGOMBE LOGO, Patrice , Foresterie communautaire et
réduction de la pauvreté rurale au Cameroun : Bilan et tendances
de la première décennie.In world rainforest movement,
2002,p.1.
20 janvier 1994 portant régime des
forêts, de la faune et de la pêche et le décret
d'application du régime des forêts, et à l'adoption, en
novembre 1995, de la nouvelle politique forestière du Cameroun
»70.
D'une manière générale, «
Plusieurs pays ont oeuvré en faveur d'une administration plus
équitable de leurs ressources naturelles, en transmettant la prise de
décision ainsi que le contrôle des ressources aux populations
locales. En 1994, le Cameroun a adopté une nouvelle loi accordant aux
communautés locales la possibilité d'un contrôle accru sur
les forêts et la faune, principalement en réponse aux conditions
imposées par les bailleurs de fonds concernant les Prêts
d'ajustement structurel (PAS). La promulgation de cette loi a toutefois
pâti d'un manque de soutien considérable au niveau national. Les
rivalités d'intérêts, conjuguées à la forte
centralisation de l'appareil administratif camerounais, ont
empêché une réelle transmission de pouvoirs en
matière d'aménagement de la faune
»71.
On note cependant certains efforts encouragés
par des ONG; C'est le cas du projet effectué sur le mont Cameroun qui
est un bon exemple car les zones forestières situées sur le Mont
Cameroun abritent l'une des biodiversités les plus variée
d'Afrique de l'Ouest . On y trouve notamment de nombreuses espèces
végétales et animales rares et endémiques mais cependant,
l'intensification de la vente de gibier, et le défrichement
illégal des arbres par les agriculteurs à grande échelle
entraînent le déclin des peuplements animaux et
végétaux. Pour pallier cela, « Sur une période de
cinq ans, la présence du Projet du Mont Cameroun (MCP) a aidé la
population locale à maîtriser et articuler ses
préoccupations et ses intérêts, en vue d'obtenir un droit
de regard en matière d'aménagement des terres forestières
dans la région d'OngeMokoko. Longtemps méfiante à
l'égard du projet, la communauté de la Plaine de Boa adjacente a
conclu son propre ( marché) avec une entreprise privée
d'exploitation forestière. Toutefois, grâce aux conseils et
à l'appui du projet, une Évaluation des Incidences sur
l'Environnement (EIE) a servi d'outil de décision participatif,
permettant ainsi de mieux
70
www.wrm.org.uy/countries/cameroon/bigombe.html
71EGBE EGBE Samuel , Les
droits, les communautés et l'aménagement de la faune au
Cameroun,2001.,In
www.odifpeg.uk.27/04/03
cerner les options d'exploitation foncière
et d'abandonner ce projet d'abattage à grande échelle. Depuis
lors, les activités participatives ont engendré un processus de
cartographie et d'aménagement foncier dynamique et organisé au
sein de la communauté, de même qu'un vaste éventail
d'initiatives individuelles en matière d'aménagement des
ressources, qui visent à contribuer directement aux objectifs suivants :
moyens d'existence améliorés, administration performante,
capacité locale accrue pour l'aménagement forestier et foncier,
ainsi que conservation de la biodiversité - but du projet
»n.
L'une des volontés du gouvernement camerounais
à travers son cadre juridique montre le degré de volonté
de L'Etat de faire de la participation active des populations autochtones un
élément essentiel de la nouvelle politique forestière car
celle-ci améliorait l'action des populations locales dans la
conservation et la gestion des forêts. Ceci contribuerait non seulement
à élever leur niveau de vie, mais à faciliter le
contrôle et la réalisation des inventaires, ainsi qu'une meilleure
exploitation des résultats. Le ministère chargé de la
gestion des forêts a fixé des normes d'inventaire sur le plan de
la préservation des forêts, afin de conserver ce patrimoine
forestier tout en assurant des possibilités de coupe.
Mais, on note aussi une réforme juridique qui
est confondue avec le changement de mode de gouvemance : « D'où
l'impasse actuelle du processus de réforme forestière au
Cameroun, premier pays producteur de bois d'Afrique Centrale, qui devait
préfigurer une nouvelle génération de politiques et de
codes forestiers dans le bassin du Congo, objet de toutes les attentions de
l'aide environnementale »73.
.
L'adoption de la loi de 1994 relatif la création
des forêts communautaires auprès des villageois n'est pas
passé inaperçu au Cameroun car elle permet de garantir la
sécurité des espaces péris villageois. Cependant, «
la constitution de ces forêts communautaires est soumise à la
délimitation publique du domaine forestier permanent sur la base des
propositions du plan de zonage. De cette délimitation dépendra
l'ampleur
72 ACWORTH James, EKWOGE henry,et al.,
Vers une conservation participative de la
biodiversité des forêts de la région d'onge-Mokoko
au Cameroun.2001,In
www.odifpeg.org27/04/03
73 KARSENTY Alain ,Vers la fin de
l'état forestier ? ( Appropriation des espaces et partages de la rente
forestière au Cameroun) In recueil de
textes Marc Hufty et Frank Muttenzer : La Biodiversité : De l'action
collective à la
gouvernance,lUED,2002/2003.
de la forêt communautaire potentielle de
chaque village... C'est donc un véritable partage du territoire entre
administration forestière et paysanne qui est en jeu. Et, ce partage
possède tous les traits d'un jeu à sommes nulles »" et,
« Conformément à l'article 37, alinéa 5 de la loi de
1994 portant régime des forêts, et aux articles 3 ( 11) et ( 16)
puis 27 ( 4) et (5) du décret d'application y relatif une forêt
communautaire est une zone du domaine forestier non- permanent, pouvant mesurer
jusqu'à 5000 ha, et faisant l'objet d'une convention de gestion entre
une communauté villageoise et l'administration des forêts. Le plan
d'aménagement fait partie intégrante de la convention ou du
contrat d'aménagement ainsi conclu entre l'administration des
forêts et la communauté villageoise. La durée de la
convention de gestion est la même que celle du plan d'aménagement,
et la période minimale fixée est de 25 ans. Ainsi, si le plan
d'aménagement d'une forêt s'étale sur 50 ans, la convention
de gestion restera valable pour la même période
»".
Dans le cadre de la législation camerounaise,
il est important de noter que « une convention d'aménagement
d'une forêt communautaire ne confère à la
communauté, ni des droits de propriétés sur le domaine, ni
quelque titre de propriété sur la forêt elle-même.
Dans les deux cas, les droits de propriétés sur le domaine
foncier et sur la forêt demeurent ceux de l'Etat. Toutefois, les
avantages dont bénéficie la communauté sont définis
dans le cadre du plan concédé d'aménagement. Lorsque les
activités arrêtées dans le plan d'aménagement sont
respectées, les produits forestiers qui en découlent deviennent
la propriété exclusive de la communauté concernée.
En somme, nous pouvons observer qu'une forêt communautaire fait
essentiellement partie du domaine forestier national soumis à une
convention conclue entre l'administration des forêts, et une
communauté villageoise donnée. En retour, pour peu qu'elle assure
la gestion de la forêt communautaire conformément aux dispositions
du plan concerné de gestion, ladite communauté jouira des
produits de cette forêt, à titre de sa propriété
exclusive. Il convient également de noter que les forêts
communautaires ne
74KARSENTY Alain ,Vers la fin de 1
'état forestier ? ( Appropriation des espaces et partages de la rente
forestière au Cameroun) In recueil de textes Marc Hufty et Frank
Muttenzer : La Biodiversité : De l'action
collective à la gouvernancejUED,200212003.
75
www.minef.cin/forêtcommunautaire.htrn.2002,p.1.
constituent pas simplement une nouvelle forme
d'exploitation du bois. Le cadre politique et juridique révèle
clairement que les forêts communautaires sont conçues pour
permettre aux populations locales de s'impliquer dans la gestion à long
terme de toutes les ressources forestières pour le bien de toutes les
couches de cette communauté »76.
De part sa richesse en ressources naturelles, «
le cas du Cameroun constitue 1 'un des plus grands défis pour la
foresterie communautaire sous les tropiques et a suscité un
intérêt exceptionnel dans la communauté internationale. Une
refonte radicale de la législation forestière en 1994 a ouvert la
voie à la participation de la communauté dans la gestion des
forêts pour une production commerciale des bois [....1 Toutefois, ces
progrès prennent du temps et exigent de la ténacité et un
engagement financier à long terme de la part aussi bien des acteurs
locaux que des bailleurs de fonds internationaux »n
.Cependant, « l'introduction du concept de foresterie communautaire
dans la législation forestière au Cameroun à travers la
notion de forêts communautaires a constitué une très grande
innovation dans la sous-région d'Afrique centrale. Selon les acteurs du
secteur forestier et du développement en général, ce fut
une grande révolution dans le secteur forestier au Cameroun. Toutefois,
environ sept ans après 1 'adoption de la nouvelle loi de janvier 1994,
le développement des activités ne semble pas répondre aux
attentes. Seulement une dizaine de forêts ont été
attribuée et sont actuellement plus ou moins aménagées par
les communautés »78.
VI- La gestion de l'exploitation forestière au
Cameroun
Trois grands acteurs influencent le mode de gestion
de l'exploitation forestière au Cameroun : L'Etat camerounais, les
sociétés d'exploitation forestière et les populations
locales. Mais cependant, on note une exploitation inégalement repartie
entre ces derniers et, par conséquent, assiste à une mauvaise
répartition des revenus tirés desdits forêts et surtout une
dominance des sociétés étrangères.
76
www.mineLern/forests/foretcommunautaireltm
77 BROWN David,
SCHRECKENBERG Kathrin , Foresterie communautaire: relever k défi
camerounais,2001,In
www.odifpeg.org.uk/flan4ais/publications/rdfn25/a.htmllpp
78DJEUMO André ,
Développement des forêts communautaires au Cameroun :
genèse, situation actuelle et contraintes ,2001, In
www.odi.org.uk.
VL1- Les sociétés
étrangères
Au Cameroun, il existe trois grandes zones actuelles
d'attribution de licences d'exploitation mais comme remarque, « une
centaine environ d'exploitants forestiers, dont 55 sont exportateurs de grumes,
s'en partagent la concession, parmi lesquels 60 étrangers, la plupart
français, qui possèdent le tiers seulement du nombre de licences,
mais traitent 80% de la surface totale concédée. Beaucoup d'entre
eux se sont installés au Cameroun entre 1967 et 1973, quittant la
côte-d'ivoire où la concurrence pour l'accès à la
ressource devenait plus vive, pour un pays où les perspectives
apparaissaient intéressantes ( marché international soutenu ;
Prolongation de la ligne du Transcamerounais).Par ailleurs, 5
sociétés mixtes produisent le quart environ à elles seules
de la récolte annuelle : 3 d'entre elles ( La SFID, la SBAF et la
SOFIBEL) dépassent chacune les 100 000 m3 /an. Ces
exploitants, de même que les 90 scieries et 4 unités de
déroulage, sont surtout concentrés dans le Centre-sud et dans la
zone littorale, régions plus faciles d'accès mais qui n'assurent
aujourd'hui qu'un peu plus de la moitié des récoltes nationales
de grumes »" . Ceci s'est confirmé quelques années plus
tard qu'au Cameroun, « l'activité forestière du Cameroun
est sous le contrôle effectif de compagnies étrangères. En
1987-1988, 67 compagnies étrangères exploitaient au total 5 400
000 ha de concessions tandis que 49 entreprises nationales n'en exploitaient
que 1 200 000 ha. Ces entreprises plus petites, sont généralement
concentrées dans les régions les plus accessibles. Au moins 8 000
000 ha de forêt ont été concédés, c 'est
à dire plus de la moitié de la surface des terres officiellement
reconnues comme exploitables. En 1992, 50% des forêts de production ont
été exploités au moins une fois, et certaines même
jusqu'à trois ou quatre fois »80 .
Selon la FAO, « les sociétés
étrangères représentent un petit groupe d'exploitants mais
détiennent 75% de la partie allouée
à l'exploitation. Elles détiennent
25 des 84 autorisations d'exploitation »81. Trois grandes
sociétés françaises ( Thamy, Bolloré et Coron )
détiennent les droits sur le tiers des régions
79 BUTTOUD.G ,Les
produits forestières dans l'économie Africaine,
France,1989.p. 254.
80 MONZA Jean --Pierre ,
L'Atlas pour la conservation des forêts tropicales
d'Afrique,Paris,1996,p.138.
81
www.globalforeswatch.org.2002,p.1.
exploitées. On peut aussi noter la
présence de 10 filiales qui, sont financées partiellement ou
entièrement par les capitaux français.
Le cas du Projet d'Aménagement Pilote
Intégré de Dimako ( P.A.P.I) en est un exemple. Ce projet a
été développé en partenariat avec un exploitant
forestier, la Société Forestière et Industrielle de la
Doumé ( SFID) filiale du groupe Rougier. Cette société est
implantée sur le site depuis 1947 et a un poids considérable dans
la sous --préfecture de Dimako, par le nombre d'emplois qu'elle
génère. « Son capital est de 700 millions de FCFA, dont
55 % sont détenus par le groupe Rougier et 44 % par le groupe
Dassi(Italie). En 1990, sa production totale de grume était de 238 543
m3 dont 88 924 m3 ont été exportés (
37%) sous forme de grumes, le solde 149 719 m3 étant
transformé par les deux unités de la SFID, soit 104 719
m3 destinés au sciage et 44 990 m3 au
déroulage. Les bois débités ont permis de produire environ
36 000 m3 de sciages de bois blancs et 7 838 m3 de
sciages de bois rouges. Les bois déroulés ont permis de produire
17 990 m3 de panneaux de contre-plaqués dont 6 125
m3 ont été exportés. 20 000 hectares de
forêt sont exploités annuellement
»82.
Mais, « pendant toute cette période,
dans l'ensemble de cette zone, seule la SFID pouvait bénéficier
d'une licence, d'un permis ou d'une autorisation d'exploiter, selon la
réglementation en vigueur. Le concessionnaire pouvait procéder
à plusieurs passages en exploitation pour tirer parti d'essences
à commercialisation sporadique selon les conditions fixées
»83.
Comme remarque importante, « les exportations
de bois camerounais ( dont 40% sont acheminées par le chemin-de-fer
Belabo-Douala) sont sans doute concentrées sur un faible nombre
d'essences, mais la dispersion relative des acheteurs européens les a
rendues jusqu'ici moins tributaires que dans les autres pays africains de la
dépression économique ambiante. Le sapelli par exemple est
orienté sur le marché espagnol particulièrement demandeur,
et 1 'ayons dont on fait moulures et placages, est surtout destiné
à l'Italie. Le marché
s2 DURRIEU de MADRON
luc ;FORNI Eric et al., Le Projet d'Aménagement Pilote
intégré de Dimako ( Canzeroun).CIRAD-Forêt.
Montpellier-France,1998,p.33.
3 Idem.,1998.p.33.
intérieur camerounais, quant à lui,
qui a jusqu'ici porté la croissance industrielle du secteur puisqu'il
absorbe aujourd'hui un volume de produits transformés qui a plus que
doublé en 10 ans ( 400 000 m3 de sciages en 1987 par exemple,
pour 200 000 en 1975), devrait pourtant tendre à se stabiliser
»84.
Le tableau suivant nous montre les
sociétés d'exploitation forestière qui occupent les
grandes superficies forestières explo |