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MINISTERE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRE, BURKINA FASO
SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE Unité -
Progrès - Justice MESSRS
UNIVERS ITE DE OUAGADOUGOU
UNITE DE FORMATION ET DE RECHERCHE EN SCIENCES HUMAINES ET
SOCIALES (UFR/SH)
DEPARTEMENT DE GEOGRAPHIE Option rurale
MEMOIRE DE MAÎTRISE
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LES PROBLEMES FONCIERS EN ZONE DE FRONT PIONNIER
AGRICOLE : CAS DE DEREGOUE DANS LA PROVINCE DE LA COMOE
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Présenté par : NEYA Sihé
Sous la Direction de :
Frédéric O. Koulansouonthé.
PALE, chargé de recherche
Bonayi DABIRE, Enseignant-chercheur à
l'ISSP
Juin 2007
TABLE DES MATIERES
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DEDICACE
|
VII
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REMERCIEMENTS
|
.VIII
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LISTES DES SIGLES ET ABBREVIATIONS
|
..IX
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RESUME
|
.X
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INTRODUCTION GENERALE
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1
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I. LA PROBLEMATIQUE
|
2
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II. LES HYPOTHESES DE TRAVAIL
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3
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III. LES OBJECTIFS D'ETUDE
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4
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IV. LA DEFINITION DE CONCEPTS
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.4
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V. L'APPROCHE METHODOLOGIQUE
|
8
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5.1. La recherche documentaire
|
8
|
|
5.2. Les enquêtes de terrain
|
9
|
|
5.2.1. Le choix de la zone d'étude
|
.9
|
|
5.2.2. Le choix des variables
|
10
|
|
5.2.3. Les populations enquêtées
|
.10
|
|
5.2.3.1. Les personnes ressources
|
11
|
|
5.2.3.2. Les chefs d'exploitation agricole
|
11
|
|
5.2.4. Les techniques de collecte de données
|
12
|
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5.2.4.1. Le questionnaire
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12
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5.2.4.2. Les guides d'entretien
|
12
|
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5.2.4.3. L'observation directe
|
12
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5.3. Le traitement des données
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13
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VI. LES DIFFICULTES
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.13
|
PREMIERE PARTIE : LES CARACTERISTIQUES PHYSIQUES ET
HUMAINES DE
|
LA ZONED'ETUDE
|
..14
|
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CHAPITRE I : LE MILIEU PHYSIQUE
|
17
|
|
1.1. LE RELIEF
|
17
|
|
1.2. LE CLIMAT
|
.17
|
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1.3. LE RESEAU HYDROGRAPHIQUE
|
20
|
III
1.4. LES SOLS .20
1.5. LA VEGETATION 21
CHAPITRE II : LE MILIEU HUMAIN .23
2.1. LE PEUPLEMENT DE LA ZONE D'ETUDE 23
2.1.1. L'historique de la fondation de
Dèrègouè 23
2.1.2. Le peuplement de Dèrègouè par les
« douna » ..25
2.2. LES DONNEES DEMOGRAPHIQUES ..29
2.3. L'ORGANISATION SOCIALE 30
2.3.1. L'organisation sociale chez les autochtones 30
2.3.1.2. Les autorités traditionnelles 31
2.3.1.2. Les unités socio-spatiales 31
2.3.2. L'organisation sociale chez les migrants ...33
2.3.3. Les relations entre autochtones et migrants 33
2.4. LES ACTIVITES ECONOMIQUES 34
2.4.1. L'agriculture ...34
2.4.1.1. Les cultures pratiquées et l'outillage agricole
34
2.4.1.2. les techniques de culture et fertilisation 37
2.4.2. L'élevage 40
2.4.2.1. Les espèces élevées .41
2.4.2.2. Les techniques d'élevage .41
CONCLUSION PARTIELLE ..43
DEUXIEME PARTIE : LES PRATIQUES FONCIERES Á
DEREGOUE 44
CHAPITRE III : LES MODES D'ACCES A LA TERRE Á
DEREGOUE 45
3.1. LES ACTEURS DU FONCIER 45
3.1.1. Les propriétaires du foncier 45
3.1.2. Les exploitants agricoles 46
3.1.3. Les pasteurs 48
3.2. L'ACCES Á LA TERRE À DEREGOUE 49
3.2.1. LE SYSTEME FONCIER TRADITIONNEL 49
3.2.2. LES MODES D'ACCES A LA TERRE EN VIGUEUR À DEREGOUE
51
3.2.2.1. Les modes d'accès à la terre à
durée illimitée 52
3.2.2.1.1. Le don coutumier .52
3.2.2.1.2. Le prêt traditionnel 53
|
3.2.2.1.3. Le métayage
|
.53
|
|
3.2.2.1.4. L'héritage
|
.55
|
|
3.2.2.1.5. Le « sanny/Féré » ou
de la « terre » de terre
|
56
|
|
3.2.2.2. Les modes d'accès à durée
limitée
|
..58
|
|
3.2.2.2.1. Le prêt saisonnier
|
.58
|
|
3.2.2.2.2. Le métayage saisonnier
|
58
|
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3.2.2.2.3. La location saisonnière
|
.59
|
|
3.2.2.2.4. Les contrats de prestations saisonniers
|
59
|
|
CHAPITRE IV : LES PROBLEMES LIES AUX PRATIQUES FONCIERES
|
..61
|
|
4.1. LES PROBLEMES D'INSECURITE FONCIERE
|
..61
|
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4.1.1. L'insécurité foncière chez les
migrants
|
.61
|
|
4.1.2. L'insécurité foncière chez les
autochtones
|
63
|
4.1.3. Le déguerpis sement foncier : une situation
d'insécurité vécue par les migrants et les
|
autochtones
|
64
|
|
4.1.3.1. Le peuplement de la zone pastorale et le
déguerpissement
|
64
|
|
4.1.3.2. La situation des paysans après le
déguerpissement
|
66
|
|
4.2. LES PROBLEMES DE PRECARITE FONCIERE
|
.68
|
|
4.3. LA DURABILITE DES DROITS D'USAGE SUR LA TERRE
|
70
|
|
4.4. LES INCIDENCES ENGENDREES PAR LES PROBLEMES FONCIERS
|
..71
|
|
4.4.1. Les incidences sur les pratiques agricoles
|
..71
|
|
4.4.1.1. La disparition de la jachère
|
.71
|
|
4.4.1.2. Le « nomadisme agricole » et le blocage des
investissements pérennes
|
72
|
|
4.4.2. Les incidences sur le plan socio-économique
|
72
|
|
4.4.2.1. L'impact du prélèvement du loyer en nature
sur la production des ménages
|
72
|
4.4.2.2. Les conflits fonciers et leurs résolutions .73
4.4.3. Les incidences démographiques .76
CONCLUSION PARTIELLE ..76
TROISIEME PARTIE : LES FACTEURS EXPLICATIFS DES
PROBMEMES FONCIERS Á DEREGOUE ET LES STRATEGIES LOCALES DE
SECURISATION
FONCIERE 79
CHAPITRE V : LES FACTEURS EXPLICATIFS DES PROBLEMES
FONCIERS 80
5.1. LES FACTEURS DEMOGRAPHIQUES 80
5.2. LES FACTEURS SOCIO-ECONOMIQUES 84
5.2.1. L'influence de l'essor de la culture du coton .84
5.2.2. L'influence socio-économique des migrants 86
5.2.3. L'instabilité des clauses des modes d'accès
à la terre 87
5.2.4. L'implication des jeune dans la gestion foncière
88
5.3. L'INTERVENTION DE L'ETAT 89
5.3.1. L'influence des interprétations locales de la RAF
89
5.3.2. L'impact de l'aménagement de la zone pastorale
..90
5.3.3. L'impact des politiques de reboisement .91
CHAPITRE VI : LES STRATEGIES LOCALES DE SECURISATION
FONCIERE. .92
6.1. LES STRATEGIES DE SECURISATION PAR LES MIGRANTS 92
6.2. LES STRATEGIES DE SECURISATION PAR LES AUTOCHTONES ..96
CONCLUSION PARTIELLE ..97
CONCLUSION GENERALE 98
BIBLIOGRAPHIE 101
ANNEXES 103
ANNEXE 1 : OUTILS DE COLLECT DE DONNEES 104
ANNEXE 2 : PLANCHES PHOTOGRAPHIQUES 115
Tables des cartes
Carte n°1 : Localisation de la zone d'étude ..16
Carte n°2: Immigration agro-pastorale à
Dèrègouè 28
Carte n°3: Répartition des domaines fonciers
traditionnels à Dèrègouè 50
Carte n°4 : Situation de la zone aménagée
pastorale de Sidéradougou 67
Carte n°5 : Occupation des sols en 1984 à
Dèrègouè 82
Carte n°6 : Occupation des sols en 2000 à
Dèrègouè 83
Tables des graphiques
Graphique n°1 : Diagramme ombro-thermique (Station de
Bérégadougou) 18
Graphique n°2 : Variations spatio-temporelles des
précipitations dans la Comoé ..19
Graphique n°3 : Variation thermique mensuelle à
partir de la station de Bérégadougou 20
Graphique n°4 : Répartition des migrants
enquêtés selon la durée d'installation 27
Graphique n°5 : Répartition des migrants selon les
zones de provenance 27
Graphique n°6 : Répartition ethnique des
ménages à Dèrègouè 29
VI
Graphique n°7 : Répartition de la population de
Dèrègouè selon les villages et les périodes. 30
Graphique n°8 Evolution de la production
céréalière dans le département Sidéradougou
35
Graphique n°9 : Evolution de la production des
oléagineux dans le département Sidéradougou
|
Sidéradougou 36
Graphique n°10 : Calendrier agricole dans la zone de
Dèrègouè 39
Graphique n°11 : Evolution de la superficie
ensemencée à Sidéradougou de 1995 à 2004... .84
Liste des tableaux
|
|
Tableau n°1 : Récapitulatif des personnes ressources
enquêtées
|
11
|
|
Tableau n°2 : Les modalités d'acquisition de la
traction animale
|
38
|
|
Tableau n°3 : Evolution du cheptel dans la province de la
Comoé
|
.40
|
|
Tableau n°4 : Récapitulatif des acteurs fonciers
enquêtés
|
..48
|
|
Tableau n°5 : Récapitulatif des modes d'accès
à la terre en vigueur à Dèrègouè
|
60
|
|
Tableau n°6 : Situation du loyer versée par les
métayers selon les chefs de terre
|
.85
|
|
Tableau n°7 : Evolution du coût du « landa »
en espèce
|
87
|
|
Tableau n°8 : Fréquence des stratégies de
sécurisation des migrants
|
..95
|
|
Planches photographiques (en annexe 1)
|
|
|
Photo n°1 : Paysans en pleine récolte de coton
|
..117
|
|
Photo n°2 : Entrée d'une ferme agro-pastorale d'un
« nouvel acteur »
|
.117
|
|
Photo n°3: Situation des plants de maïs pendant le
déguerpissement foncier
|
118
|
Photo n°4 : Restes d'une habitation d'agriculteurs
incendiée pendant le déguerpissement foncier 118
Photo n°5: Paysan déménageant après le
déguerpissement des agriculteurs de la zone
pastorale .119
Photo n°6 : Victime du déguerpissement quittant la
zone pastorale ..119
VII DEDICACE
A la mémoire de mes chers parents : Néya B.
Kirabaon, mon père
Mon grand-père, feu Kam Bihoul
A ma mère Kam Hini
A ma grand-mère, Ouattara Djorbou
Donpkèmènan
A mon oncle, Kam Bêh Jacob
A mes frères et soeur, Sami, Blaise,
Fidèle, Thomas Bihoul et Pamela
A tous mes parents et proches A la population de
Dèrègouè Je dédie ce mémoire
VIII REMERCIEMENTS
Ce mémoire est le fruit d'un travail laborieux et de
nombreuses abnégations. Sans le concours de bonnes volontés, il
n'aurait pas vu le jour. Ainsi, nous voudrions ici remercier
tous ceux qui ont apporté leurs précieux concours
à sa réalisation.
Nos remerciements s'adressent au corps enseignant du
département de Géographie pour l'encadrement dont nous avons
bénéficié durant notre formation. Nous exprimons en
particulier notre profonde gratitude à Monsieur Frédéric
O. Koulansouonthé. PALE qui, malgré ses multiples charges, a
accepté de diriger ce mémoire. Nous lui sommes reconnaissant pour
ses conseils, la bienveillance, la patience et compréhension qu'il nous
a manifestés, et sans lesquels ce travail n'aurait abouti.
Nous adressons nos sincères remerciements au Directeur
de l'ISSP, Le professeur Dieudonné Ouédraogo qui a bien voulu
nous accepter comme stagiaire dans le cadre du projet CLAIMS coordonnée
par sa structure au Burkina Faso. Remercions-nous également Monsieur
Bonayi Dabiré, coordonateur dudit projet et co-directeur du
mémoire ainsi que son équipe, et tout le personnel administratif,
informatique et scientifique de l'institut pour leur appui moral,
matériel, scientifique et financier.
Nous ne saurions oublier la contribution combien
appréciable du personnel de l'IGB, en particuliers Monsieur Sanou Oumar
et ses collaborateurs au laboratoire cartographie et
télédétection pour nous avoir accueilli comme stagiaire et
permis d'améliorer nos connaissances en interprétation de
photographies aériennes et en SIG.
Nous disons merci aux populations de
Dèrègouè pour leur hospitalité, en particulier aux
autorités administratives, coutumières, ainsi qu'aux exploitants
agricoles et éleveurs qui ont participé à
l'enquête.
Ces remerciements vont aussi à l'endroit de toute ma
famille : mes frères et soeurs, mon oncle Kam Bêh Jacob et son
épouse Ouédraogo Aïssata, mon oncle Kam Sami, mes cousins et
cousines ainsi que tous les amis qui nous ont soutenus durant ce travail :
Bamouni Bourahima, Nana Pascal, Malo Houodié, Yaméogo Issiaka,
Bako Jean-baptiste, Coulibaly Alexi, Sory Issa, Koné Karim,
Koussoubé Amidou, Rouanba Hassane, Ganamé Rolande, Sanwidi Rita,
etc.
IX SIGLES ET ABBREVIATIONS
ATAS : Agent Technique d'Agriculture
spécialisée ATC: Agent Technique de Coton
CIRD : Centre international de recherche pour le
développement CLAIMS: Changes in Land Access,
Institutions and Market in West Africa CRPA : Centre
Régional de production Agro-pastoral
CVGT : Commission Villageoise de Gestion des
Terroir DFN: Domaine Foncier National
FAO : Organisation des Nations Unies pour
l'alimentation et l'agriculture FED : Fond Européen
pour le Développement
GPC : Groupement de Producteur de Coton
GRAF : Groupe d'action et de recherche sur le
foncier Ha : Hectare
Hbt : Habitant
IGB : Institut Géographique du Burkina
INSD : Institut National de la Statistique et de
la Démographie ISSP : Institut Supérieur des
Sciences de la Population du Burkina
NPK : Azote minéral, Phosphore, Potassium
ORD : Office régional pour le Développement
PADL : Projet d'Appui au Développement Local
PIB : Produit Intérieur Brut
PNGT : Programme National de gestion des
Terroirs PSSA : Programme Spécial pour la
Sécurité Alimentaire RAF : Réorganisation
Agraire et Foncière
RAV: Responsable Administrative Villageois
RGP : Recensement Général de la Population
RGPH : Recensement Général de la Population et
de l'Habitation
SEOAB: Syndicat des Eleveurs de l'Ouest Burkina
SOFITEX: Société des fibres et textiles
SIG : Système d'information
géographique
ZAPS : Zone aménagée pastorale de
Sidéradougou ZATA: Zone d'Animation Technique
Agricole
X RESUME
Au Burkina Faso, la terre est un facteur de production capital
de la production agro- pastorale, qui occupe la majeure partie de la
population. L'accès à cette ressource ainsi que son exploitation
engendrent des migrations agricoles dont les flux sont dirigés vers le
sud- ouest du pays avec pour provenance les régions du « plateau
mossi », de la Boucle du Mouhoun ainsi que des Haut-bassins. Il s'en est
suivi l'ouverture d'un front pionnier agricole dans la Comoé ces
dernières années, comme celui de
Dèrègouè.
Les flux migratoires dirigés vers la zone
d'étude ont contribué à accentuer la croissance
démographique et la pression foncière de même qu'à
une augmentation de la population migrante au détriment des autochtones.
Ainsi, la compétition pour l'accès à la terre et son
contrôle s'intensifie, ce qui influence les pratiques foncières.
De nouvelles transactions foncières se développent au
détriment du système foncier traditionnel. La terre, bien
sacrée, a changé de statut devenant ainsi une valeur marchande.
Cette situation entraîne l'émergence des problèmes
d'insécurité et de précarité des droits dont
jouissent les exploitants agricoles. Si les migrations ont été
déterminant dans la dynamique foncière amorcée dans la
zone d'étude, il ne faut pas pour autant négliger l'influence de
certains facteurs tels que l'essor des cultures de rente en particulier le
coton, l'implication de la jeune génération et de l'Etat dans la
gestion foncière, etc.
Conscient de ces problèmes fonciers, les exploitants
agricoles mettent en oeuvre des stratégies pour les prévenir.
L'objectif visé à travers ces stratégies est de garantir
la durée des droits d'usage sur la terre dans le temps et l'espace. Mais
ces stratégies en elles seules ne sont pas suffisantes pour garantir la
stabilité des droits d'usage sur la terre des exploitants.
MOTS-CLES : Burkina Faso - Province de la Comoé
- Dèrègouè - Migration - Pression démographique
- Front pionnier agricole - Problème foncier

INTRODUCTION GENERALE
Au Burkina Faso, la surcharge démographique
consécutive à l'accroissement de la population entraîne
l'amenuisement des ressources naturelles et la fragilisation des droits d'usage
sur la terre, obligeant ainsi les populations à migrer à la
recherche de nouvelles terres agricoles. Ces migrations de paysans se
traduisent par l'ouverture des zones de colonisation agricole au
détriment de la végétation naturelle. Elles sont
principalement orientées du Nord vers le Sud.
Dans les zones d'accueil de ces migrants, la croissance
démographique accentue la pression foncière, entraînant des
transformations dans les structures agraires de ces fronts pionniers agricoles.
Ainsi, les espaces cultivables deviennent objet de convoitises avec une forte
compétition pour le contrôle, l'exploitation et l'appropriation de
ce potentiel productif. Cette situation engendre parfois des pratiques
foncières qui répondent de moins en moins aux attentes des
paysans : retraits de terre, remise en cause des contrats, émergence de
contrats fonciers de courte durée, etc. Ce contexte suscite des
interrogations quant à la capacité des paysans à
stabiliser leurs droits d'usage sur la terre et à sédentariser
leurs exploitations dans les zones de forte colonisation agricole.
I- LA PROBLEMATIQUE
Le Burkina Faso est un pays sahélien dont
l'économie est basée sur le secteur primaire, en particulier
l'agriculture. Cette activité emploie 80% de la population active,
contribue à 30% à la formation du Produit Intérieur Brut
(PIB) et fournit 70% des recettes d'exportation du pays (GRAF, 2005). La terre
constitue pour ce secteur le capital de base et est déterminante dans
l'évolution des relations sociales d'une part, et d'autre part entre
l'homme et son milieu physique.
Si ce potentiel productif est indispensable dans le
développement socio-économique des sociétés
paysannes, il ne faut cependant pas occulter les difficultés
liées à l'instabilité des droits d'usage sur la terre
auxquelles sont confrontés bon nombre de paysans en raison de :
· la raréfaction des ressources naturelles
consécutive à la pression foncière due à
l'accroissement de la population et du cheptel (bétail);
· l'évolution de la perception que les paysans
ont de la terre. En effet, cette ressource qui, autrefois était
perçue comme un bien inaliénable (qui ne se marchande pas), est
aujourd'hui une source de revenus monétaires pour certains de ces ruraux
;
· la dynamique des modes de gestion de l'espace, se
traduisant par l'émergence d'une gestion moderne au détriment du
régime foncier coutumier ;
· le développement des cultures de rente. Ces
cultures, notamment le coton et l'anacardier, ont accentué les
défrichements et la course pour l'accès à la terre
à cause des revenus qu'elles procurent aux paysans.
Ces problèmes d'accès à la terre affectent
toutes les zones rurales du pays, mais se posent avec beaucoup plus
d'acuité dans les zones de colonisation agricole.
La province de la Comoé, située au sud-ouest du
pays, est une des régions de forte colonisation agricole où les
difficultés relatives à l'utilisation durable de la terre sont de
plus en plus récurrentes. Cette situation est consécutive
à l'afflux massif de migrants en provenance des régions
dégradées du « plateau central », de la boucle du
Mouhoun et des Haut-bassins et surtout, des migrants burkinabé de retour
de la Côte d'Ivoire suite aux crises socio-politiques de 1999 et de 2002.
Cette importante migration conjuguée au croît naturel a
intensifié la pression foncière et augmenté les besoins
des populations en terres de culture dans cette localité,
entraînant ainsi le durcissement et l'instabilité des modes
d'accès à la terre qui engendrent parfois des conflits fonciers
souvent très graves.
La présente étude pose les problèmes
liés aux difficultés d'accès durable à la terre et
des conséquences qu'elles engendrent sur le plan
socio-économique, en particulier sur les pratiques agricoles.
Il est donc important de savoir quels sont les modes
d'accès à la terre et les difficultés qu'ils suscitent
dans les fronts pionniers comme celui de notre zone d'étude ? Quelles
stratégies les paysans mettent-ils en oeuvre pour y remédier ?
Quelle est la place de la croissance démographique dans ces
problèmes? Quelles incidences ces problèmes d'accès
à la terre peuvent-ils avoir sur les pratiques agricoles ? Ces
interrogations nous ont amené à formuler les hypothèses
suivantes.
II. LES HYPOTHESES DE TRAVAIL
La forte colonisation agricole entrave la stabilité des
droits d'usage sur la terre et la sédentarisation des exploitations
agricoles à Dèrègouè. De cette hypothèse
principale, les hypothèses spécifiques suivantes ont
été formulées :
1. l'accroissement démographique et la pression sur les
terres sont l'un des facteurs déterminants des problèmes fonciers
qui affectent les pratiques agricoles;
2. les droits d'exploitation agricole qui découlent des
modes d'accès à la terre en vigueur à
Dèrègouè ont crée des situations
d'insécurité et de précarité foncières.
3. Les problèmes d'insécurité et de
précarité foncières incitent les exploitants agricoles
à mettre en oeuvre des stratégies pour stabiliser leurs droits
d'usage sur la terre. Pour vérifier ces hypothèses nous nous
sommes fixés des objectifs :
III. LES OBJECTIFS D'ETUDE
L'objectif principal est d'étudier les problèmes
d'accès à la terre des exploitants agricoles et les incidences
socio-économiques qu'ils engendrent dans la zone d'étude.
Á partir de cet objectif principal, les objectifs spécifiques
suivants ont été définis :
1. Analyser les incidences de la pression démographique
sur les pratiques agricoles;
2. Analyser les modes d'accès à la terre ainsi que
les problèmes d'insécurité et de précarité
foncières auxquels sont confrontés les exploitants agricoles;
3. Identifier les stratégies mises en oeuvre par les
exploitants agricoles pour stabiliser leurs droits d'usage sur la terre;
IV. LA DEFINITION DE
CONCEPTS
Certains concepts ont été utilisés tout au
long de cette étude. Nous avons jugé nécessaire de les
définir afin de mieux saisir le contexte dans lequel nous les
utilisons.
· Front pionnier
C'est une « forme spatiale témoignant d'un
processus d'appropriation de nouveaux territoires, considérés
comme un milieu vierge de toute trace de « civilisation » (...).
L'action principale, symbolique, mais pas univoque est celle des
défrichements et des feux opérés dans des savanes ou des
forêts. Ces défrichements s'opèrent en même temps que
la création de pistes, et la construction de points de peuplement
permanents (...). Elle renvoie aux zones de peuplement à travers tout le
globe » (Matthieu. Le Dérout., 2006). Par ailleurs, il se traduit
par une colonisation agricole, c'est-à-dire « des mouvements de
populations paysannes à la recherche de terres plus favorisées
sur le plan écologique que celles de leur région
d'origine» (Lacinan Paré et Bernard Tallet, 1999 :83). Selon
Kimsé Ouédraogo (2001) le « front pionnier qui traduit
le recul de la forêt devant l'expansion des activités agricoles,
est l'un des principaux facteurs de la déforestation ; c'est en grande
partie la conséquence de la
croissance démographique qui oblige la
société à la recherche de nouvelles terres agricoles au
détriment des milieux naturels, et entraîne également une
consommation plus importante des ressources ».
Ainsi, nous retenons que le front pionnier agricole renvoie
aux migrations d'homme à la recherche de terres de culture, qui se
traduit par la colonisation de l'espace à travers les
défrichements agricoles entraînant le recul des ressources
naturelles
· Migration
On appelle migration ou mouvement migratoire « un
ensemble de déplacement ayant pour effet de transférer la
résidence des intéressés d'un certains lieu d'origine ou
lieu de départ, à un certains lieu de destination, ou lieu
d'arrivée » (Henry, 1989 :105, cité par Cougeau, 1988
:12 ; op. cit Dabiré Bonayi Dabiré 2001 :63) ce terme peut
être abordé selon une approche temporelle ou géographique
qui permet de distinguer, pour les populations humaines, les migrations
périodiques des migrations définitives ou du moins à
très longue période. Celles-ci impliquent l'abandon
définitif - ou très durable - du lieu de départ et les
premières, un retour régulier au lieu de départ, qui reste
le lieu de résidence. Par ailleurs, ces migrations peuvent être
internes, c'est-à-dire à l'intérieur d'un même pays
et externe c'est-àdire au-delà des frontières d'un pays ou
migration transfrontalière ou internationale
Nous pouvons donc déduire que la migration est un
déplacement de populations d'une localité à une autre ou
d'un pays à un autre, et qui peut être périodique ou
durable. Cependant dans la documentation sur les questions de migration et du
foncier, le terme migrant est employé pour designer les individus
n'étant pas originaires d'une localité, même s'y ces
derniers y sont nés.
· Foncier
Ce terme dérive du latin fundus qui signifie fonds de
terre. Il se définit suivant le contexte dans lequel il est
employé. En géographie, il désigne « l'ensemble
des rapports entre les hommes impliqués par l'organisation de l'espace
» (Fréchou, cité par Cubriolo et Goislard ; 1998). Il
renvoie aussi à « l'ensemble des règles
définissant les droits d'accès à la terre, d'exploitation
et de contrôle concernant la terre et des ressources naturelles
renouvelables » (Lavigne-Delville 1998 :18 ; cité par
Mahamadou Zongo, 2005 :5).
Nous retenons de ces définitions que le foncier
englobe une dimension spatiale à savoir l'espace et sa gestion qui,
elle, implique des rapports sociaux donnant un sens aux droits d'usage sur la
terre et son exploitation.
· Droit foncier
Ce sont « des droits portant sur un terrain ou
d'autres ressources naturelles. Les droits sur une parcelle de terrain peuvent
être détenus par plus d'une personne, situation à laquelle
correspond le concept de « faisceau de droit » (qui est une
métaphore consistant à comparer l'ensemble des droits
associés à une parcelle de terrain, à un faisceau de
baguettes dont chacune peut être détenue par des personnes
différentes et peut être acquise de différentes
façons et possédée pendant des périodes
différentes) » (FAO, 2003). Ces droits se résument
à « l'ensemble des dispositifs comprenant les règles
relatives à l'accès à la terre et à sa gestion
». Ils regroupent : les droits de propriété,
d'appropriation, de jouissance, d'usufruit, de culture pérenne, de
cultures saisonnières ou annuelles, etc.
· Transaction foncière
C'est « l'ensemble hétérogène
des conventions formelles ou informelles, par lesquelles des détenteurs
de droits d'appropriation, le plus souvent coutumiers, cèdent à
titre onéreux ou gratuit des droits d'usage permanents ou temporaires,
à des individus, ou groupe d'individus » (PAEP.VF, 1998(a),
1), cité par Ouédraogo Sayouba, 2003). Sa durée renvoie au
« temps durant lequel un exploitant peut jouir de ses droits
délégués sur une parcelle cédée par le
propriétaire. » (Sayouba Ouédraogo, 2003).
· Saturation foncière
Elle renvoie à une « situation dans laquelle
la demande de la terre excède la disponibilité, la zone
cultivable ayant été entièrement utilisée
» (Gérard Ciparisse et al, 2005). Cependant, selon
Pélissier (1995) la « saturation foncière n'a de sens
que lorsqu'elle fait référence à un système
particulier de production, ou à une utilisation de la terre, et aux
techniques de culture courantes. La saturation des terres disponibles est un
facteur influençant l'évolution des marchés fonciers, car
les systèmes de production conduisent généralement
à des méthodes plus intensives d'utilisation de la terre lorsque
la saturation approche».
De ces perceptions, nous disons que la saturation
foncière renvoie à une situation de manque de terres, qui rend
difficile l'accès à cette ressource.
· Insécurité foncière/
Sécurité foncière
L'insécurité foncière « ne
porte pas sur le contenu même des contrats (les modalités
d'accès à la terre), mais sur le risque que ses clauses ne soient
pas respectées (...). Un tel contrat ne sera insécurisant que s
'il peut être remis en cause en cours de route. » (Phillipe.
Lavigne-Delville et al, 2001 :119). C'est ce risque qui conduit à la
perception selon laquelle elle renvoie à une « situation
où certains acteurs considèrent que leurs droits sont
menacés par d'autres, les rendant incertains dans leur durée.
» (Cubriolo, 1996 ; cité par Malo Houodié, 2005 :25).
Selon certains auteurs cette insécurité se manifeste à
travers « la suppression des prêts de longue durée, le
retrait des terres, le non-respect des contrats, la difficulté
d'accès à la terre, l'instabilité des droits d'usage
» (Paré. L, 1993 et 2001 ; Tallet. Bernard, 2001). Bologo
Arzouma Eric (2003) évolue dans le même sens en résumant
l'insécurité à une situation dans laquelle les exploitants
sont instables. Par ailleurs, elle n'est pas spécifique à un
groupe social donné ; « l'insécurité
foncière touche l'ensemble des exploitants, autochtones et migrants
confondus. Chacun doute de son droit sur la terre et craint l'apparition de
revendications inattendues » (A. Teyssier, 1994 cité par
Etienne le Roy, 1995 :463).
Donc l'insécurité liée aux modes
d'accès à la terre est une situation d'instabilité des
droits d'usage sur la terre ; elle découle du fait que ceux qui
jouissent desdits droits craignent une revendication et une remise en cause de
leurs prérogatives par d'autres acteurs. Cet état de fait
nécessite une sécurité, voire une sécurisation des
droits.
La sécurisation foncière peut être
définie comme le « processus par lequel les droits fonciers
sont reconnus et garantis. De ce fait, ces derniers ne peuvent être
contestés ou remise en cause de façon inopinée»
(Gérard Ciparisse et al. 2005). Donc l'absence de remise en cause des
droits est gage de sécurité comme l'estime Le Roy (1992) :
« un acteur est en sécurité lorsque ses droits fonciers
ne seront pas remis en cause.» Par ailleurs, selon Tallet Bernard et
al (2003), la sécurité foncière est une question de
perceptions variables d'un acteur rural à un autre qui se
résumerait : l'accès à long terme aux terres et la
reconnaissance d'un droit exclusif sur les terres familiales et
lignagère, la possibilité d'exercer des droits d'usage durables
sur les terres concédées par les autochtones, voire à la
stabilisation de la tenure foncière. Nous pouvons alors conclure que la
garantie d'accès durable à la terre épargné de tous
soupçons de remises en cause serait un gage de sécurité
foncière.
· Précarité
foncière
Selon Jean Bonnal (1995), un droit foncier est
précaire lorsqu'il ne permet pas aux exploitants de s'engager dans des
actions ayant des effets à long terme, par exemple la plantation
d'arbre. Elle se traduit par les droits de culture accordés
temporairement (les contrats de courte durée à l'instar des
prêts et locations annuels ou saisonniers) ou provisoirement (Philipe
Lavigne-Delville : 2001 ; Bakayogo Nouhoun : 2003 ; François Jarrige et
al : 2003) d'une part, et d'autre part par la cession de droits de cultures
annuelles ou saisonnières qui s'opposent aux droits de planter (Bachir
Doucouré Moustapha : 2004). Par ailleurs un exploitant est en situation
foncière précaire lorsque les contrats de courte durée
dont il bénéficie ne sont pas reconduits
régulièrement ou si en cas de rupture, il ne peut relativement en
bénéficier ailleurs, c'est-à-dire accéder à
une nouvelle parcelle agricole (Phillipe Lavigne-Delville : 2001).
Ainsi, l'on parle de précarité foncière
lorsque les droits d'usage sur la terre sont de courte durée ou lorsque
ces droits, malgré leur caractère permanent ne permettent pas
cultiver des cultures pérennes
· Conflit foncier
C'est un « désaccord portant sur les droits
fonciers, ou encore les limites ou le mode d'utilisation d'un terrain. Un
conflit foncier se produit lorsqu'il existe une incompatibilité entre
plusieurs intérêts individuels ou collectifs concernant un terrain
» (FAO, 2003). Par ailleurs, selon Gérard Ciparisse et al
(2005), les « conflits fonciers sont révélateurs des
objectifs contradictoires qui peuvent être poursuivis par les
différents acteurs en présence dans la gestion des ressources
naturelles. »
V. L'APPROCHE METHODOLOGIQUE
La méthodologie mise en oeuvre comprend essentiellement
trois parties : la recherche documentaire, les enquêtes de terrain ainsi
que le traitement et l'analyse des données.
5.1. La recherche documentaire
Elle a consisté en la consultation de documents relatifs
à la question foncière, à la méthodologie de
recherche, au milieu physique et humain de la zone d'étude à
travers des
ouvrages collectifs et individuels, des rapports, des
articles, et des sites web sur internet. Cette recherche nous a conduit dans
les principaux centres de documentation suivants : université de
Ouagadougou, CIRD, ISSP, ministère de l'agriculture, etc.
L'examen des notes bibliographiques relatives à la
question d'accès à la terre en milieu rural révèle
deux principales problématiques que sont l'insécurité
foncière et la précarité foncière. Ces deux
problématiques sont perçues sur plusieurs angles.
Néanmoins, cet examen bibliographique mentionne que la
précarité est perçue sous l'angle de la durée des
droits fonciers et des types de cultures réalisables de par les clauses
des transactions foncières, tandis que l'insécurité est
appréhendée sous l'angle des risques : de rupture des contrats
avant terme, de ne pouvoir pas bénéficier des fruits de son
travail, etc. C'est pourquoi certains auteurs qui assimilent la
précarité foncière aux contrats de courte durée,
estiment qu'un droit précaire n'insinue pas à priori une
situation d'insécurité si l'exploitant a la garantie de jouir des
fruits de son travail et de la parcelle qu'il exploite jusqu' à la date
d'expiration de son contrat. Mais ce dernier serait en insécurité
s'il est exposé à un risque de retrait de sa parcelle avant que
le contrat n'arrive à terme (Phillipe Lavigne-Delville : 2001).
Notre recherche s'inscrit aussi dans la problématique
des questions d'insécurité et de précarité
foncières qui découlent des modes d'accès à la
terre en zone rurale, mais particulièrement en zone de front pionnier
agricole. Pour ce faire, des travaux de terrain, en vue de la collecte de
données empiriques ont été menés.
5.2. Les enquêtes de terrain
Elles se sont déroulées en deux phases. La
première a eu lieu dans le mois d'avril 2005 et a permis d'identifier
notre site d'investigation dans le département de Sidéradougou,
puis d'expérimenter nos outils de collecte de données. A l'issu
de cette première phase, des corrections ont été
apportées pour mieux adapter ces outils aux réalités du
terrain. La seconde phase s'est déroulée de novembre 2005
à janvier 2006 et s'est traduite par l'administration d'un questionnaire
aux chefs d'exploitation agricole et de guides d'entretien aux personnes
ressources.
5.2.1. Le choix de la zone
d'étude
Le cadre général d'étude est la province de
la Comoé, en particulier le département de Sidéradougou
dont relève notre zone d'investigation : le site de
Dèrègouè. Le choix de cette
province s'explique par le fait qu'elle regorge
d'énormes potentiels agro-sylvo-pastoraux et représente un front
pionnier récent de forte et intense colonisation agricole ces
dernières années. Par ailleurs, le site de
Dèrègouè dans le département de Sidéradougou
a été choisi pour les raisons suivantes :
- la forte présence de migrants installés
récemment dans la zone ;
- le déguerpissement de certains agriculteurs sur le
site à vocation pastorale en mai 2004, traduisant ainsi la situation de
saturation foncière dans laquelle se trouve
Dèrègouè ;
- la recrudescence des litiges fonciers entre éleveurs et
agriculteurs.
Dans la zone d'étude, les enquêtes se sont
déroulées dans 2 villages. Ces villages sont
Dèrègouè et Hobaga lesquels sont respectivement
désignés par Dèrègouè 1 et
Dèrègouè 2 sur le plan administratif. Ils ont
été choisis parce qu'ils regroupent les plus grands effectifs de
population de la zone d'étude1. Par ailleurs,
Dèrègouè est le point de départ du peuplement et
Hobaga, le lieu où les premiers migrants, notamment mossi,
étaient installés par les autochtones. Aussi, ces deux villages
sont-ils représentatifs du site en ce sens qu'ils couvrent dans leur
ensemble tous les domaines fonciers coutumiers des chefs de terre qui se
réclame de Dèrègouè, ce qui nous a permis
d'appréhender la situation foncière dans chaque domaine.
5.2.2. Le choix des variables
Les variables qui ont été identifiées pour
mener à terme la collecte des données sur le terrain sont les
suivants :
- le statut des exploitants agricoles;
- les modes d'accès à la terre ;
- les problèmes d'insécurité foncière
et de précarité foncière
- les groupes sociaux d'agriculteur ;
- les stratégies de sécurisation foncière
;
- les facteurs explicatifs des problèmes fonciers ;
- les migrations agricoles ;
- les incidences des problèmes fonciers ;
- les pratiques agricoles.
Des travaux de terrain ont ensuite été
menés pour la collecte d'informations.
1 En 1996, Dèrègouè 1
représentait 32.4% de la population de la zone d'étude contre
43.8 % pour Dèrègouè 2 (INSD/RGPH : 1996). Par contre en
2004, Dèrègouè 1 représentait 60.9 % et
Dèrègouè 2 18.6% (Préfecture de
Sidéradougou/recensement administrative 2004).
Les problèmes fonciers en zone de front pionnier
agricole : cas de Dèrègouè dans la Comoé
5.2.3. Les populations
enquêtées
Au total 172 personnes, composées de personnes ressources
et de chefs d'exploitation agricole, ont été
enquêtées.
5.2.3.1. Les personnes ressources
Il s'agit des leaders d'opinion locaux du site de
Dèrègouè (chefs de terre, chef de village, chefs de
quartier, responsable d'association ou de groupement, RAV), les
autorités administratives (préfet) et les services techniques de
l'agriculture et de l'élevage (Cf. tableau n°1). Au total 22
personnes ressources ont été interviewées. Celles-ci ont
été choisies en fonction de leurs connaissances du peuplement du
site et de la sa situation foncière qui y prévaut.
Tableau n°1 : Récapitulatif des
personnes ressource enquêtées
Personnes ressources enquêtées
|
Total
|
Préfet
|
1
|
RAV
|
2
|
Services techniques (ATAS et RZAPS)
|
2
|
Directeur d'école
|
1
|
Notables (Chefs de terres, chef de village, chef des eaux,
notables Dioula)
|
8
|
Chefs de quartier
|
5
|
Représentant CVGT
|
1
|
Représentant du bas-fond PSSA/FAO
|
1
|
Représentant de groupement d'éleveurs
|
1
|
Total
|
22
|
|
Source : Enquête de terrain 2005/2006
5.2.3.2. Les chefs d'exploitation agricole
Les chefs d'exploitation agricole, c'est-à-dire les
responsables des champs individuels ou collectifs, constituent la population
dont nous avons voulu analyser les problèmes fonciers. Ils
représentent en général les chefs de ménage dans la
zone d'étude.
Au total 150 chefs d'exploitation sur 867 que compte le site
de Dèrègouè, dont 48 autochtones et 102 migrants, ont
été enquêtés. Cet échantillon
représente 17.3% des ménages du site de
Dèrègouè. Ces exploitants ont été choisis
selon qu'ils étaient disponibles dans les concessions ou dans les
champs. Par ailleurs, ceux ayant été victimes du
déguerpissement foncier en mai 2004 ont été ciblés
pour ensuite être soumis au questionnaire. Les localités
regroupant à majorité les migrants, les autochtones et celle
où ces deux groupes sont quasi-
proportionnels en nombre ont été couvertes pour
rendre représentatif notre échantillon. Ainsi 11 localités
sur 17 que couvre le site de Dèrègouè ont
été couvertes par l'enquête.
5.2.4. Les techniques de collecte des
données
Le questionnaire, les guides d'entretien et l'observation
directe ont été les moyens qui nous permis de collecter les
informations sur le terrain.
5.2.4.1. Le questionnaire
Il a été soumis aux chefs d'exploitation
agricole. Ce questionnaire, composé d'un ensemble de questions
fermées et semi-ouvertes, a permis surtout de collecter et
d'apprécier l'importance et la fréquence des informations sur :
les composantes sociales voire des chefs d'exploitation agricole, les modes
d'accès à la terre, la durabilité des droits de culture,
les types de problèmes liés à l'accès à la
terre, les types de culture, les modes des investissements agricoles, les types
de conflits fonciers et les stratégies de consolidation des droits
fonciers.
5.2.4.2. Les guides d'entretien
Deux guides d'entretien distincts ont permis la collecte
d'informations. Le premier a été adressé aux leaders
d'opinion locaux de la zone d'étude. Quant au second, il a
été adressé aux autorités administratives et aux
services techniques qui y interviennent. Ces deux outils ont permis dans leur
ensemble d'obtenir des informations sur: l'histoire du peuplement du site de
Dèrègouè, l'organisation sociale et le système
foncier traditionnel, les pratiques agricoles et leur dynamique, les
modalités d'accès à la terre en vigueur et les types des
problèmes fonciers rencontrés et leurs modes de
résolutions.
5.2.4.3. L'observation directe
Elle a consisté en des visites de concessions, de
champs et en des randonnés à travers le paysage. Elle nous a
permis d'identifier les leaders d'opinion et de se familiariser aux populations
locales tout en s'imprégnant de ses codes de conduite. Ainsi, nous avons
pu appréhender la structuration socio-spatiale de la zone
d'étude, faire un inventaire des espaces cultivés et non
cultivé, identifier les balises délimitant la zone pastorale
aménagée, observer l'occupation agraire de ladite zone et
identifier les concessions saccagées au cours du déguerpissement,
etc. Au cours de cette phase d'observation, des entretiens informels ont eu
lieu avec les populations. Les points abordés étaient relatifs
aux jugements portés sur la
dynamique foncière en cours dans la zone, les pratiques
agricoles, les problèmes fonciers vécus, etc.
3. le traitement des données
Le traitement des données collectées sur le
terrain en vue de la rédaction du mémoire s'est effectué
manuellement par la construction de grille de dépouillement.
Ce dépouillement a permis d'apprécier la
fréquence des modes d'accès à la terre et des
problèmes fonciers respectivement sur la base du total de chefs
d'exploitation agricole enquêtés et le total de transactions
foncières enregistrées à travers le questionnaire. Quant
aux données collectées au moyen des guides d'entretien, elles
sont de sources variées et ont subit des recoupements. Cela nous a
permis de dégager les similitudes et les divergences relatives aux
thèmes qui ont été abordés lors des entretiens.
Par ailleurs, les données cartographiques et
chiffrés ont subit respectivement un traitement informatique à
partir des logiciels ArcView 3.2, arc info et Microsoft Excel qui nous a permis
de visualiser des graphiques et des cartes.
VI. LES DIFFICULTES
Le déroulement des enquêtes de terrain a
été émaillé de quelques difficultés. Au
nombre de ces difficultés on peut retenir :
- la rétention de l'information au niveau des
enquêtés à cause de la recrudescence des litiges fonciers,
notamment le déguerpissement foncier qui suscitait la crainte dans la
zone.
- la non-disponibilité des chefs d'exploitation pour des
raisons diverses (travaux champêtres, jours de marché, etc.)
- l'indisponibilité des sources écrites pour
attester des pratiques ou des faits constatés sur le terrain.
Néanmoins, le désir de réussir ce
mémoire a permis de braver ces difficultés. Ainsi des
données intéressantes ont pu être collectées et ont
permis de rédiger ce mémoire qui s'articule sur trois parties
:
- la première partie traite du milieu physique et humain
de la zone d'étude
- la deuxième partie analyse les problèmes
d'accès à la terre et les incidences qu'ils engendrent dans la
zone de Dèrègouè ;
- la troisième partie porte sur une analyse des facteurs
explicatifs des problèmes fonciers et des stratégies locales de
sécurisation foncière.

PREMIERE PARTIE :
LES CARACTERISTIQUES PHYSIQUES ET HUMAINES DE
LA ZONE D'ETUDE
Situé entre les coordonnées
géographiques 10°45'0 de latitude Nord et 4° 4'60 de longitude
Ouest, le site de Dèrègouè se trouve à
l'extrême Nord-ouest du département de Sidéradougou dans la
province de la Comoé. Il est limité:
· au Nord-est par le département de Péni
(Province du Houet);
· au Nord-ouest par le département de
Karagasso-vigué (Province du Houet) ;
· au Sud par le village de Gouandougou relevant aussi du
département de Sidéradougou ;
· à l'Ouest par Sidéradougou, chef lieu du
département dont relève Dèrègouè ; Cette
zone est accessible par les routes praticables joignant les localités
suivantes :
·
Ouagadougou-Bobo-Dioulasso-Wara-Dèrègouè ;
·
Ouagadougou-Diébougou-Gaoua-Sidéradougou-Dèrègouè
;
·
Ouagadougou-Bobo-Dioulasso-Banfora-Sidéradougou-Dèrègouè
Carte n°1

CHAPITRE I : LE MILIEU PHYSIQUE
L'analyse du milieu physique de la zone d'étude s'est
basée sur les facteurs suivants : relief, climat, pédologie,
réseau hydrographique et végétation.
1.1. LE RELIEF
Le site de Dèrègouè repose sur des
roches cristallines antébirimiennes (gneiss et migmatites) et un granite
calcéo-alcalin d'âge indéterminé. Au Nord-est et
à l'Est de la zone s'étendent des schistes du système
birimien avec localement des massifs de granite à amphibole d'origine
plutonique. Elle est limitée au Nord-est par les grès du
précambrien supérieur qui forment la pseudo-falaise de Banfora.
Cette pseudo-falaise surplombe notre zone d'étude qui se situe au Sud de
cette dernière.
Le socle granitique et les formations birimiennes y ont
été fortement pénéplanées et les formes de
relief sont très peu accentuées. L'altitude passe de 290 m
(niveau de la rivière Koba) à 340 m au sommet des ondulations. Le
point culminant de Dèrègouè est de 350 m. Les pentes sont
très faibles de 1% à 3%.
Entre Dèrègouè et Soumousso subsistent
quelques reliefs granitiques en dômes. Des buttes cuirassées se
retrouvent reparties dans le périmètre. Á l'Est, une
série de buttes latéritiques marque la limite avec de nombreux
petites vallées encaissées (ou vallons) et quelques grandes
vallées alluvionnaires.
1.2. LE CLIMAT
Le climat de la zone d'étude, à l'instar de la
province de la Comoé, est de type soudano-guinéen marqué
par l'alternance de deux saisons bien contrastées: une saison humide et
une saison sèche. La saison humide dure 7 mois et s'étend d'avril
à octobre comme le témoigne le graphique ci-dessous. Cette saison
correspond à la période pendant laquelle soufflent les vents de
mousson porteurs de pluie qui se déplacent du Sud-ouest vers le Nord-
est du Burkina Faso. La saison humide constitue la période active des
populations paysannes de la zone. Par contre, la saison sèche
s'étend sur 5 mois, de novembre à mars. Elle est dominée
par les vents d'harmattan de direction Nord-est Sud-ouest. Ces vents sont
porteurs d'air sec et chaud. Bien que cette période soit sèche,
des pluies communément appelées
« pluies de mangue » s'y manifestent entre les mois
de février et mars. L'alternance entre les périodes humide et
sèche est le résultat des variations pluviométrique et
thermique.
Graphique n °1

140
120
100
40
80
60
20
0
Diagramme ombro-thermique de la station
agro-climatique de Bérégadougou
Mois
250
200
300
50
0
150
100
T° C moy Pmm
Source : Direction Nationale de la
Météorologie
· Les précipitations ;
Avec une moyenne pluviométrique annuelle de 10 17.3 mm
calculée sur une période de 30 ans à partir de la station
agro-climatique de Bérégadougou apparaissent abondantes
comparativement à la moyenne pluviométrique des régions du
Centre et du Nord. Cela explique en partie la migration des paysans du «
plateau central », et surtout l'installation des émigrés
burkinabé de retour de la Côte d'Ivoire vers les zones rurales de
la province de la Comoé, à l'instar de notre zone d'étude.
Toutefois, la pluviométrie reste aléatoire et inégalement
répartie dans le temps et l'espace. En effet, les variations
spatio-temporelles sont significatives comme le démontre le graphique
ci-dessous.
Graphique n°2

1400
1200
1000
400
800
600
200
0
Variation spatio-temporelle des précipitations
à Bérégadougou et à Sidéradougou de 1984
à 2004
Période (en année)
Pmm Bérégadougou Pmm Sidéradougou
Source : Direction Nationale de la
Météorologie
· Les températures ;
Comparativement à l'ensemble du pays, les
températures enregistrées dans la province de la Comoé
sont relativement basses. La température moyenne annuelle est de l'ordre
de 27.3°C avec une amplitude de 5°C. Les températures
mensuelles (Cf. graphique n°3) sont irrégulières et leurs
évolutions permettent de distinguer quatre périodes au cours de
l'année :
- une période froide, assez courte qui correspond au
mois de décembre, janvier et mi
février. Sa moyenne thermique est 27°C avec une
amplitude de 2.6°C ;
- une période torride, couvrant les mois de mars, avril
et mai avec un écart thermique de 1.4°C et une moyenne de 30°C
;
- une période tiède avec une amplitude de
1.4°C et une moyenne de 2 6°C. Elle correspond à la saison des
pluies et concerne les mois de juin, juillet, août, septembre, octobre et
mi-novembre ;
- une période chaude ; elle marque la transition entre la
période tiède et la période froide communément
appelée « période d'harmattan ».
Graphique : n°3
Variations thermiques mensuelles à patir de la
station agro-climatique de Bérégadougou
Mois

40
35
30
25
20
15
10
5
0
T° C maxi T° C mini T° C moy
Source : Direction Nationale de la
Météorologie
1.3. LE RESEAU HYDROGRAPHIQUE
Le Site de Dèrègouè fait partie du
bassin versant de la Bougouriba et est drainé par le principal cours
d'eau, la rivière Koba. Le Koba prend sa source dans la partie Nord de
la Comoé, plus précisément sur les hauteurs de la
pseudo-falaise de Banfora, suit un parcours sinueux et ramifié avant de
se jeter dans la Bougouriba, un affluent du fleuve Mouhoun. Son
écoulement est intermittent et tributaire de la pluviométrie et
des températures. Sa période de crue correspond aux mois de
juillet, Août et de septembre. En début de saison sèche,
des marres d'eau stagnent temporairement, permettant ainsi aux agriculteurs de
pratiquer des cultures de contre-saison et aux éleveurs d'abreuver les
troupeaux de bétail.
Cette rivière joue un rôle capital dans les
activités agro-pastorales. Elle constitue la principale source
d'approvisionnement en eau des paysans qui pratiquent la culture
irriguée. Aussi, offre-t-elle aux éleveurs des points d'eau pour
abreuver les troupeaux.
1.4. LES SOLS
Ils sont dominés par les sols ferrugineux tropicaux
lessivés, composés des matériaux lithologiques suivants :
grés, schiste, etc. Ces sols, classés selon leurs
matériels lithologiques et leurs aptitudes agronomiques, sont
composés essentiellement de :
- lithosols ; ils regroupent les lithosols
sur roches diverses et les lithosols sur cuirasse. Les premiers sont
localisés sur les reliefs résiduels, notamment les buttes
rocheuses. Leurs matériels lithologiques sont composés
essentiellement de grès inférieurs. Par contre, les lithosols sur
cuirasse sont localisés sur les buttes cuirassées. Ces types de
sols sont favorables à la pratique de cultures diverses : cultures
vivrières, coton, etc. ;
- sols ferrugineux ; on y distingue deux types
dans la zone :
- les sols ferrugineux lessivés indurés ; ils
sont présents sur les glacis à pentes fortes et les plateaux de
raccordement. Les schistes, les grés à galets de quartz, les
granites sont les matériels lithologiques qui les prédominent. On
peut y pratiquer les cultures de sorgho, de maïs, de mils, de coton et
d'arachide.
- les sols ferrugineux tropicaux lessivés à
taches et concrétions ; ces sols sont localisés sur les glacis
à pentes moyenne et inférieure. Ils sont constitués de
matériels lithologiques suivants : les grés, les quartz, les
galets, les granites calco-alcalins, les schistes, les colluvions, les
alluvions, etc. Ces sols sont favorables aux cultures vivrières et
à la culture du coton ;
- sols hydromorphes à pseudogley de surface ;
ils sont localisés sur les ensembles fluvio-alluviaux :
bas-fonds, vallons et vallées alluviales. Ces sols sont
constitués d'alluvions et sont propices à la pratique des
cultures suivantes : riz, sorgho, maïs, mil, arachide, coton, etc.
Les aptitudes agronomiques des sols de
Dèrègouè montrent qu'elles sont favorables à la
pratique de plusieurs cultures (culture vivrière, culture commerciale,
arboriculture, etc.). Ces sols conjugués au climat et au réseau
hydrographique, offrent à la zone une végétation dense et
diversifiée.
1.5. LA VEGETATION
Sur le plan phytogéographique, le site de
Dèrègouè à l'image de la zone pastorale de
Sidéradougou est situé dans le district de la Comoé du
secteur soudanien méridional (Guinko Sita, 1984). La
végétation est caractérisée par des formations
naturelle et artificielle (anthropique).
· Les formations naturelles ; elles
sont composées de savanes arborées (forêt galerie et
îlot de forêt dense) et des formations ripicoles. Ces formations
naturelles sont dominées par les espèces ligneuses telles que
vitelaria (Karité), Parkia biglobosa
(Néré), Lamarindusindica (Tamarinier), Loudtiopis
scoettoe, Terminalia laxiflora, Isoberlinia doka. Le
karité, le néré et le tamarinier sont des espèces
protégées par les populations
locales. la coupe abusive de ces
essences est passible de sanction pour celui qui en est l'auteur. Le tapis
graminéen est composé en majeur partie d'andropogonées
vivaces : Schizachyrium, Andropogon, Hyparrhenia,
etc. Ces graminéens ont des tailles variant entre 20 et 50 cm. Á
ces formations naturelles s'ajoutent quelques espèces pérennes
introduites par l'homme.
· Les formations artificielles ; elles
sont composées d'espèces végétales durables
plantées par les populations paysannes. Ces espèces
représentent des intérêts économique et
stratégique pour ces paysans des fronts pionniers agricoles, notamment
pour ces migrants en quête d'un mieux être et de droits fonciers
durables sur les terres. Les espèces qui prédominent dans ces
formations anthropiques sont : Mangifera indica (Manguier),
Anacardium occidental (Anacardier), etc. Elles se conjuguent aux
formations naturelles pour caractériser la trame
végétative de la zone d'étude.
Les traits physiques (relief, climat, cours d'eau, sols et
végétation) offrent d'énormes potentialités
agro-pastorales à la zone : abondance du pâturage,
possibilité de pratiquer une gamme variée de cultures,
présence de nombreux points d'eau, etc. Ces atouts agroclimatiques et
écologiques ont influencé l'Etat et ses bailleurs de fonds dans
le choix de la zone comme site d'accueil de l'élevage, d'où
l'aménagement d'une zone agropastorale dénommée «
zone aménagée de Sidéradougou ». Aussi, ces
caractéristiques ont-elles favorisé les mouvements de populations
en provenance du nord, qui y ont joué un rôle décisif dans
la dynamique socio-démographique, économique, foncière et
agraire.
CHAPITRE II : LE MILIEU HUMAIN
Ce chapitre traite de la dynamique du peuplement, de
l'organisation sociale et des activités économiques de la zone
d'étude.
2.1. LE PEUPLEMENT DE LA ZONE D'ETUDE
Il est nécessaire de faire référence
à l'histoire du peuplement du site de Dèrègouè pour
mieux appréhender ses caractéristiques humaines actuelles. Le
peuplement de ce village s'est fait par vagues successives et a
débuté avec le groupe ethnique tiéfo portant le patronyme
« Ouattara ». Cependant, la paternité de
Dèrègouè est un sujet à polémique entre les
différents lignages de ce groupe.
2.1.1. L'historique de la fondation de
Dèrègouè
Selon les informations relatives au peuplement de
Dèrègouè, il ressort que les Tiéfo sont les
fondateurs du village. Les recherches de Malo Houodié (2005) dans la
zone révèlent que « les détenteurs actuels des
maîtrises territoriales des villages de (...),
Dèrègouè, Sidéradougou sont des Tiéfo (...).
Les Tiéfo auraient vécu dans la région de Kong avant de
s'installer dans l'actuelle province de la Comoé. Ils formèrent
de petits villages comme Gouandougou, Noumoundara le long de leurs parcours
». Cependant, l'historique du père fondateur du village fait
l'objet de nombreuses controverses. En fait, le nom du fondateur du village ne
fait pas l'unanimité entre les lignages autochtones ; d'où la
narration de récits divergents.
Selon le chef du village (Dougoutigui), « c'est
Ouattara Amoro qui est le fondateur de Dèrègouè
». Ce dernier serait un chasseur originaire du village de
Gouandougou. « L'actuel Dèrègouè était son
lieu de chasse .... Il faisait des vas et viens entre Gouandougou et
Dèrègouè à la recherche de gibiers. S'étant
habitué et ayant apprécié le lieu, il décida d'y
rester définitivement. C'est ainsi qu'il baptisa le village «
Derpien » (qui signifierait en langue tiéfo « je m'y suis
habitué) » et fit venir sa mère Matogoma et ses
frères qui résidaient à Gouandougou ».
Une deuxième version, contraire à la
précédente et narrée cette fois par le « Batigui
» (chef des eaux) affirmerait que « c'est Sawari
(ancêtre du lignage se réclamant du Balankanafêsso) qui est
le fondateur de Dèrègouè. Quand il est arrivé ici
(allusion faite au site), il n' y' avait personne. En son temps, il y 'avait de
la viande (allusion faite aux animaux sauvages) et tout le lieu était la
brousse. Il l'apprécia, décida d'y élire domicile et le
baptisa « Derkpin », qui signifierait « il m'a maintenu
».
Le lignage du chef de village et du chef des eaux sont les
deux grands lignages propriétaires terriens de la zone. Bien qu'ils
soient tous des Tiéfo portant le même patronyme, ces derniers ne
s'accordent pas sur le nom du père fondateur du village, chacun se
réclamant la paternité. En effet, selon S. B, un dioula
assimilé au Tiéfo par matrilignage, « les descendants de
Sawari sont venus de Dramandougou et ceux de Ouattara Amoro, de Gouandougou.
Mais tous sont originaires de Kong. Il serait difficile de dire qui est-ce qui
se serait-il installé en premier ». Pour Mr D., ATAS de la
zone « les deux lignages (les descendants de Sawari et ceux de Amoro)
se disputent la paternité du village. Chacun affirme que c'est son
ancêtre qui est le premier à s'être installé. Or, il
paraîtrait que ces deux étaient tous des chasseurs qui avaient
comme site de chasse Dèrègouè. Mais leurs tentes
étaient situées de part et d'autre de la colline, raison pour
laquelle nul n'était au courant de la présence de l'autre. Un
jour, l'un vit une flamme, il s'approcha et constata une autre présence
humaine. Et comme chacun affirmait qu'il était le premier sur le site,
ils décidèrent ensemble de se partager les pouvoirs du village.
Ainsi les descendants d'Amoro et de Sawari ont respectivement à leur
charge la gestion du « Dougou » (village et le fétiche
protecteur du village) et du « Ba » (actuel rivière Koba et
ses affluents) ».
Selon la famille du chef de terre de Kounbrigban, faisant
partie de la descendance d'Amoro, « les descendants de Sawari et
d'Amoro sont des cousins. Mais, ce sujet est un sacré dans le village.
Au fait, les deux étaient dans le village et la femme de Sawari
décéda. Amoro décida alors de donner sa fille comme
épouse à Sawari afin qu'il puisse assurer une progéniture.
Mais, cette alliance devait rester sacrée. On ne devrait pas en parler.
C'est parce qu'aujourd'hui il y' a l'argent dans la terre, chacun se
réclame la paternité du village ».
Loin de nous l'intention de jouer le rôle de juge sur
cette question, raison pour laquelle nous avons faire usage du temps
conditionnel pour évoquer la polémique qui règne autour de
l'histoire de la paternité de notre zone d'étude. Cependant,
l'unanimité des populations sur cette question est que ce sont les
Ouattara de l'ethnie tiéfo qui sont les premiers occupants du
site, par conséquent propriétaires terriens
coutumiers de la zone. Cette polémique autour de l'histoire du premier
fondateur de Dèrègouè est l'une des raisons principales de
son partage en trois grands territoires coutumiers: «
Dougoutiguifêsso », « Balankanafêsso » et
« Missifêsso ». Après s'être
installés, les Tiéfo ont été suivis par les Dioula,
avec qui ils forment le groupe autochtone. Tous comme les tiéfo, ils
seraient originaires de Kong et s'y seraient installés entre le 18 et 1
9ème . Ceux-ci portent les patronymes suivants Diawara;
Sanogo et Touré. Ils et sont les pionniers de l'islamisation de la
zone.
Cependant, à partir des années 1970 on assiste
à des vagues de migration en direction de la zone d'étude dont
l'objectif principal est la recherche de terres et de pâturages.
2.1.2. Le peuplement de Dèrègouè par
les « douna »
Les « douna » sont les populations dites
étrangères. Ce sont les allochtones, les migrants de la zone.
Leurs arrivées datent des années 1960/1970 et se sont
déroulées par vagues successives :
· La première vague de peuplement: 1960/70
à 1985 ;
Elle concerne les premiers migrants composés d'ethnies
karaboro, bobo, peul et mossi. Cette vague de migration est consécutive
aux sécheresses qui ont affectés le pays en 1973/74 et en
1983/1984. Elles ont plus affecté les régions Nord et Centre du
pays. Les Bobo et les Karaboro sont venus respectivement de la province du
Houet et de la Comoé (plus précisément des
départements de Tiéfora et de Banfora), par contre les Mossi sont
principalement venus des provinces du Yatenga et du Zandoma. L'arrivée
des Peul a surtout été stimulée par l'aménagement
de la zone pastorale de Sidéradougou. Ces premiers migrants ont
formé des villages tels que Hobaga, Faraba, Sounsoun, etc.
· La seconde vague de peuplement: 1985 à
1995 :
Les zones de provenance des migrants de cette vague sont la
« vieille zone cotonnière», qui est la «région
ouest et nord-ouest du Burkina Faso, au nord de Bobo- Dioulasso. Avec les
sécheresses des années 70 et 80, et le développement du
coton, des mouvements importants de migration ont eu, principalement lieu
à partir du plateau central mossi, densément peuplé et
frappé par la sécheresse. Encouragées par L 'Etat, ces
migrations ont entraîné de rapides et profondes évolutions
économiques et sociales : accroissement démographique des
villages, création de nouveaux hameaux de migrants, extension
des
cultures et saturation des terroirs »
(Paré et Tallet, 1999 ; cité par Paul Mathieu et al.
2003 :3). Suite à la dégradation des ressources
naturelles, à la saturation foncière et au manque de
pâturage, ces migrants ont quitté la vielle zone cotonnière
pour ensuite migrer vers le Sud-ouest, notamment dans la province de la
Comoé dans l'espoir d'accéder à de nouvelles terres de
culture et au pâturage. C'est dans ce contexte que de nombreux migrants
en provenance de ladite zone, et appartenant principalement aux groupes
ethniques mossi, samo et peul sont venus s'installer à
Dèrègouè. 44% des chefs d'exploitation agricole
enquêtés ont quitté cette zone, notamment dans les
localités de Kouka, Bondokuy, Bama, Padéma, etc. Cependant,
certains migrants de cette vague avaient pour zone de provenance le «
plateau mossi ». Cette vague a été suivie par un fort
mouvement de populations.
· La troisième vague de peuplement: 1995
à 2005 ;
Cette troisième vague se situe dans une période
d'intensification des flux d'immigration à
Dèrègouè. Sur le total des 102 migrants
enquêtés, 61% se sont installés à cette
période avec leurs familles respectives (Cf. graphique n°4). Par
ailleurs, ces immigrations se sont accentuées davantage à la
deuxième moitié de cette période. En effet, 29% des
migrants de cette troisième vague de peuplement sont arrivés
entre 1995 et 1999 et 77% entre 2000 et 2005. Ces migrants sont à
majorité composés de mossi et viennent principalement de la
Côte d'Ivoire et de la « vieille zone cotonnière ».
La troisième vague de migration marque le retour
important de burkinabé installé auparavant en Côte d'
Ivoire. Nombre d'entre eux se sont installés dans la province de la
Comoé. Á ces derniers se sont ajoutés d'autres migrants en
provenance des provinces des Banwa, du Houet, du Kénédougou, de
la Sissili, etc. 30.5% des migrants enquêtés installés
à Dèrègouè ont pour zone de provenance la
Côte d'Ivoire contre 43% en provenance de la « Vieille zone de
colonisation agricole » (Cf. graphique n°5 et carte n°2). Les
années 2000 marquent un tournant décisif dans l'histoire du
peuplement de la zone d'étude, et partant de la province de la
Comoé. Elles caractérisent la période d'arrivée
massive des migrants en quête de terres de culture.
1970-1985 1985-1995 1995-2000 2000-2005




Côte d'Ivoire "Vieille zone cotonnière" "Plateau
Mossi" Comoé et Autres




Graphique n°4
Répartition des migrants enquêtés
selon la période d'installation (en %)

Source : enquête de terrain : 2005-06
Graphique n°5
Répartition des migrants enquêtés
selon la zone de provenance (en %)

Source : enquête de terrain :
2005-2006

2.2. LES DONNEES DEMOGRAPHIQUES
Estimée à 550 Hbt en 1975, la population de
Dèrègouè est passée à 1141 Hbt en 1985 et
à 3689 Hbt en 1996 (INSD : RGP 1975 et 1985 ; RGPH 1996). En 10 ans (de
1985 à 1996),
elle a triplé. Par ailleurs, Cet effectif a
augmenté davantage ces dernières années en passant de 4200
Hbt en 1998 à 6066 en 20043.
Cependant, la population du site de
Dèrègouè reste inégalement repartie sur le plan
ethnique et spatial. Elle est à majorité composée de
migrants mossi qui représentent 34.6% des ménages. Par ailleurs
20.6% des ménages sont des autochtones (Tiéfo et Dioula), 8% sont
peul, 5% sont des Karaboro. Les Samo, les Marka, les Lobi, les Dagari, les
Gourounsi, les Dogossiè, etc. représentent dans leur ensemble 31%
des ménages (Cf. graphique n°6).
Graphique n°6

Répartition ethnique des ménages à
Dèrègouè

Mossi
Tiéf o et Dioula
Peul
karaboro
Autres ethnies (Dagari, Dogossiè, Gourounsi, Marka,
Lobi, Samo, etc,)
Source : Malo Houodié : 2005
Sur le plan de la répartition spatiale de la
population, le site de Dèrègouè regroupe quatre grands
villages : Dèrègouè, Hobaga, Kogouè et Kotougouni.
En 2004, ces localités étaient composées respectivement
61, 19, 10% de la population de cette zone (Cf. graphique n°7
répartition spatiale de population selon les périodes). Par
ailleurs, ce graphique montre que la population du village de Hobaga n'a pas
considérablement évolué, tandis que celle de
Dèrègouè 1 enregistre une évolution croissante.
Ceci s'explique par le fait que l'on enregistre un dépeuplement du site
de Hobaga au profit de Dèrègouè 1 lié à
l'aménagement de la zone pastorale.
2 Préfecture de Sidéradougou/recensement
administrative de la population 1998 et 2004
Graphique : n°7
Répartition de la population du site de
Dèrègouè selon les villages et les
périodes
Hobaga Dèrègouè 1 Kôgouè
Kôtougouni

1996 1998 2004

4000
3500
3000
2500
2000
1500
1000
500
0
Année
Source : INSD 1996; recensement administrative
de la population 1998 et 2004
2.3. L'ORGANISATION SOCIALE
Les populations de Dèrègouè forment dans
leur ensemble deux grands groupes sociaux: les autochtones et les allochtones.
Ces deux groupes ont des organisations qui leur sont propres. Néanmoins,
ils cohabitent à travers des rapports d'interdépendance.
2.3.1. L'organisation sociale chez les autochtones
Les Tiéfo de Dèrègouè ont une
société de type segmentaire. L'organisation sociale est
basée sur la juxtaposition et l'équilibre des rapports entre les
lignages. Le système de filiation est de type bilinéaire et se
caractérise par l'appartenance de chaque individu à la filiation
matrilinéaire et la filiation patrilinéaire. L'héritage
est aussi bilinéaire ; le neveu maternel peut hériter des biens
de son oncle par voie matrilinéaire tout comme le fils de ce dernier.
Jadis le système d'héritage était de type matriarcat.
Mais, avec à l'islamisation des populations il est devenu mixte
(patriarcat et matriarcat).
2.3.1.1. Les autorités
traditionnelles
Les autorités impliquées dans la gestion
traditionnelle de la zone d'étude sont : le chef de village, les chefs
de terre et le chef des eaux.
· Le « Dougoutigui » ou le chef de village
Il est investi des pouvoirs politiques et coutumiers. Le chef
de village est chargé du contrôle social et politique de la
communauté villageoise. Il régule les litiges et conflits
sociaux. Son rôle est surtout perceptible à travers les sujets qui
interpellent toutes la communauté villageoise. Aussi, est-il le
dépositaire des rites relatifs au « Dougou » (qui
signifie en français village ; mais ici il correspond plutôt au
fétiche protecteur du village) ;
· Le « Batigui » ou le chef des cours d'eau
Il assure la gestion des cours d'eau à
l'échelle du village. Il officie les rituels et les sacrifices en
rapports avec les cours d'eau. Le chef des eaux règle tous les litiges
et malheurs en rapport avec l'eau. Chaque année, il immole une
chèvre ou un mouton pour remercier les ancêtres des eaux dans la
rivière Koba.
· Les « Dougoukolotigew » ou les chefs de terre
;
Ils assurent la gestion des terres qui leur sont
dévolues traditionnellement. Au nombre de six, ceux-ci installent les
migrants et attribuent les terres aux populations qui en font les demandes. Par
ailleurs, Ils officient les rites en rapport avec la terre et sont
impliqués dans la régulation des litiges fonciers
localisés sur leurs territoires respectifs.
2.3.1.2 Les unités socio-spatiales
Les autochtones s'identifient à trois unités
socio-spatiales que sont :
· le « Fêsso»
Il signifie « chez soi » et représente le
territoire dont se réclame un groupe de lignage ayant en commun le
même ancêtre. Par exemple, les descendants de Ouattara Amora
antérieurement cités sont assimilés au «
Dougoutiguifêsso » ; par contre, ceux de Sawari sont
assimilés à « balankanfêsso » et
« Missifêsso ». La gestion du fêsso est
assurée par l'aîné. Il oeuvre pour
la cohésion des segments de lignage regroupés
respectivement à travers des grandes concessions familiales
communément appelées « Lou »
· Le « Lou » ou la concession familiale
Il est le reflet des segments de lignage maternel ou
paternel. Les activités au sein de ces concessions sont
coordonnées par l'aîné à qui sont subordonnés
les cadets. L'aîné défend les intérêts de son
groupe auprès des autres familles. Les « Lou » sont
un regroupement de plusieurs familles nucléaires communément
désignées par le terme « Gbâ ».
· Le « Gbâ » ou foyer
Il symbolise le ménage et regroupe en
général le chef de ménage, son épouse ou ses
épouses et ses enfants. Dans cette unité, c'est le chef de
ménage, assisté de son épouse et de ses enfants qui
coordonne les activités. Il arrive parfois que ces ménages
regroupent les neveux, nièces, frères, cousins, etc. du chef de
ménage.
De ces unités sociales se dégagent les
unités de production suivantes:
- le champ collectif ou « foroba »
; c'est une unité de production agricole dont la main d'oeuvre
est composée d'individus se réclamant d'un même
ménage. Les activités y sont coordonnées par le chef de
ménage et la production sert à faire face aux besoins de
subsistance du groupe. On en fait usage dans les situations d'urgence, pour
la
simple raison que nombre de membres du ménage ont des
champs individuels ;
- le champ individuel ou «
djonganiforo » ; c'est unité de production
appartenant à un individu. Ces champs individuels sont en
général détenus par les femmes et les jeunes
célibataires.
L'ordre social au sein des groupes est régi par le
principe d'aînesse, qui se traduit par des rapports d'autorité des
aînés sur les cadets et des hommes sur les femmes au sein des
segments de lignage. Toutefois, les prises de décision se font par
concertation où chacun (vieux, jeune, homme, femme, etc.) donne son
point de vue sur les questions ou les problèmes
évoqués.
La société autochtone de
Dèrègouè n'est pas figée, elle connaît des
mutations dues à plusieurs facteurs : migrations, introduction de
l'économie de marché, la modernité, etc. Ces mutations se
traduisent par le morcellement des grandes familles, libérant ainsi les
jeunes ménages en quête d'autonomie. Ces jeunes créent
leurs propres habitations en dehors des grandes concessions familiales et
organisent leurs propres productions. Néanmoins, ils restent
sous l'autorité des aînés pour ce qui
concerne le mariage, les sacrifices et rituels. L'organisation sociale des
autochtones côtoie celle des migrants.
2.3.2. L'organisation sociale chez les
migrants
C'est une organisation sociale qui a été
crée sur la base de l'ethnie, de l'origine villageoise ou de la zone de
provenance de la migration. Elle fonctionne dans l'optique de maintenir la
cohésion au sein du groupe dont un tiers migrant s'identifie et de faire
face aux problèmes socio-fonciers et économiques de la zone.
L'organisation des migrants est centralisée autour
d'un individu qui, en général, est le premier migrant du groupe
avec lequel il partage la même ethnie ou la même origine
villageoise (province, département, village). Ceux-ci sont
regroupés dans des villages satellites dont les noms renvoient souvent
à l'ethnie pour certains :
- Kounbrangan, quartier regroupant les Mossi originaires du
yatenga ;
- Hobaga, village regroupant en majorité les Mossi
originaires du Zandoma ; - Karaborosso (Faraba, Sounsoun), quartier regroupant
les Karaboro ;
- Flatchin, quartier peul, etc.
Le chef de chaque groupe de migrants oeuvre pour la
préservation de la cohésion sociale au sein du groupe qui
s'identifie à lui. Il facilite l'insertion de tous les nouveaux migrants
qui s'assimilent à son groupe et participe à la défense
des intérêts de ces derniers auprès des autorités
coutumières. Les chefs de migrants sont considérés comme
des hôtes par ceux qu'ils accueillent. L'existence de ces deux groupes
d'organisation sociale n'exclue pas des inter-relations entre eux.
2.3.3. Les relations entre autochtones et
migrants
Á Dèrègouè, les autochtones, et
plus précisément les Tiéfo, sont les « djatigui
» (les hôtes) des migrants. Car ce sont les Tiéfo,
propriétaires terriens coutumiers qui autorisent à priori
l'installation, l'habitation, l'exploitation agricole, etc. aux migrants. Sans
leur accord, aucun migrant ne peut à priori s'installer dans le village
et exploiter un espace cultivable.
Chaque migrant a son hôte représenté par
la famille du chef de terre qui l'a installé. Tout se passe comme si le
chef de terre était le tuteur du migrant. Lorsqu'il attribue une portion
de terre à ce dernier, celui-ci lui devient redevable chaque fin de
saison. En plus, il existe des entraides mutuelles et des relations amicales
entre autochtones et migrants. Les
migrants participent, contribuent financièrement et
matériellement aux cérémonies des autochtones et vis versa
(baptême, mariage, etc.).
L'ordre social à l'échelle villageoise est
assuré de concert par le chef du village, les chefs de terre et les
chefs de migrants avec l'assistance des RAV. Ces derniers sont
interpellés dans la régulation des litiges sociaux et fonciers.
Lorsque les protagonistes sont insatisfaits, les problèmes sont soumis
aux forces de l'ordre (police ou gendarmerie) ou à la préfecture
en vue d'une résolution.
2.4. LES ACTIVITES ECONOMIQUES
L'agriculture et l'élevage sont les deux principales
activités économiques dans la zone. L'agriculture est
pratiquée par la majorité de la population et l'élevage
est surtout l'activité des éleveurs peul ainsi que de quelques
agriculteurs. Les cultures dominantes sont les céréales et le
coton ; l'arboriculture et les cultures maraîchères sont deux
activités émergentes. L'élevage est
caractérisé par la mobilité des espèces à
majorité composées de bovins, caprins, etc. La pêche et le
commerce sont aussi des sources de revenus pour ces populations.
2.4.1. L'agriculture
L'agriculture à Dèrègouè est
pratiquée pour la subsistance et les revenus monétaires. Les
cultures pratiquées varient très peu d'une exploitation à
une autre, de même que les moyens de productions. Les
céréales sont les principales cultures vivrières et le
coton y constitue la culture de rente privilégiée des paysans.
2.4.1.1. Les cultures pratiquées et l'outillage
agricole
Les principales spéculations cultivées sont : les
cultures vivrières et celles de rente.
· Les cultures vivrières
Les céréales sont les principales cultures
vivrières, mais on y cultive les tubercules.
Les céréales sont cultivées pour faire
face au besoin de subsistance des familles. Les principales
céréales sont le mil, le sorgho, le maïs et le riz. Elles
connaissent une évolution croissante en production et en superficie (Cf.
graphique n°8, page 36) dans le département de Sidéradougou,
et partant à Dèrègouè. Cependant, les
céréales, notamment le mil et le maïs, sont souvent
commercialisés. Le rendement à l'hectare de ces deux
spéculations varie entre
15 et 35 sacs de 100 kg. Le prix de l'unité de sac de
100 Kg sur les marchés locaux fluctue entre 9000 et 11000 F CFA selon
les périodes de l'année.
Graphique : n°8

20000
15000
10000
5000
Evolution de la production
céréalière dans le département de
Sidéradougou
0
1995/1996 2002/2003 2003/2004
Période
Sorgho Maïs
Mil
Riz Fonio
Source : ZATA du département de
Sidéradougou, campagne agricole 2002-2003
Les céréales notamment le mil et le maïs
jouent un rôle déterminant dans les rapports entre autochtones et
migrants à Dèrègouè. En effet, chaque migrant qui
obtient d'un chef de terre une parcelle est redevable à ce dernier, en
ce sens que celui-ci est dans l'obligation de remettre 2 à 4 tines de
mil ou maïs chaque récolte.
Les tubercules sont dominés par les patates, les
ignames, etc., et sont beaucoup plus cultivés par les autochtones et les
Karaboro. La culture des tubercules est peu développée à
Dèrègouè, mais sa production est croissante dans le
département de Sidéradougou. Elle est
passée de 2013 tonnes à 3706.6 de 1995 à 2004 (ZATA de
Sidéradougou/Campagne agricole 2002-2003), soit un taux d'augmentation
de 84%.
· Les cultures de rente
Elles concernent les oléagineux, les arbres fruitiers et
le maraîchage.
Le coton représente la principale culture
oléagineuse dans le département de Sidéradougou. Mais
l'arachide, le sésame, le sésame et le woandzou restent des
spéculations non moins importantes comme en témoigne le graphique
ci-dessous (graphique n°9, page 36). 68% des exploitants
enquêtés pratiquent la culture du coton sur une superficie moyenne
de 3,6 ha chacun. Toutefois, certains paysans ont des champs de coton dont les
superficies dépassent largement cette moyenne, et atteigne souvent 10
ha. La culture du coton connaît un
essor à Dèrègouè, et en
général dans le département de Sidéradougou (Cf.
photo n°1, page 118 en annexe 2). Cela s'est traduit par une
évolution croissante de la production de coton et de la superficie
occupée par cette culture (Cf. graphique n°9).
Graphique : n°9

12000
10000
4000
2000
8000
6000
0
Evolution de la production des oléagineux dans
le département de Sidéradougou de 1995 à
2004
1995/1996 2002/2003 2003/2004
période
coton Arachide Sésame Niébé Woandzou
Source : ZATA de Sidéradougou/Campagne
agricole 2002-2003
L'arboriculture se traduit par l'existence de nombreux
vergers de mangue, d'anacarde, etc. L'anacardier est l'arbre le plus
prisé des paysans, notamment des migrants. Il a été
introduit au Burkina Faso dans les années 60 dans l'optique de
protéger les sols et de lutter contre la désertification ; cet
arbre est devenu une culture à but commercial et stratégique.
Dans la province de la Comoé, sa culture a pris une importance avec
l'arrivée significative des migrants et ses enjeux sont à la fois
stratégiques et économiques. « La production de
l'anacarde se développe de plus en plus avec les migrants qui exploitent
en moyenne 4 à 5 ha. La production de l'anacarde représente un
investissement profitable sur une longue durée. La tine varie entre 3500
et 4000 F CFA. La plantation d'arbres apparaît chez les migrants comme
une façon de créer ou de consolider des droits permanents et
transmissibles. » (Kagone M, 2004
:47). Bien qu'émergeant, la pratique de
l'arboriculture par les migrants butte à certaines perceptions
coutumières relatives à l'accès à la terre (nous y
reviendrons largement dans la deuxième partie du mé |