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Agriculture urbaine à Kinshasa: Alternative à l'insécurité alimentaire


par Blaise Muzingu Nzolameso
Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux - Diplôme d'études approfondies "DEA" 2005
Dans la categorie: Sciences
   
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COMMUNA UTE FRANÇAISE DE BELGIQUE

Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux

Unité d'Economie et de Développement Rural
Université Catholique de Louvain, Université de Liège, Fondation Universitaire
Luxembourgeoise, Facultés Universitaires Catholique de Mons.

Dynamiques d'une agriculture urbaine à Kinshasa / R.D. Congo :
alternative à l'insécurité alimentaire
Cas de la filière maraîchère

Promoteur :

Prof. Philippe LEBAILLY

Lecteurs et membres du jury:

Prof. Marc PONCELET (Univ. Liège)

Prof. Baudouin MICHEL (Fac. de Gembloux)

Mémoire présenté par :

Blaise MUZINGU NZOLAMESO

En vue de l'obtention de Diplôme d'Etudes Approfondies et Master en Développement, Environnement et Société.

Copyright : Aux termes de la loi belge du 30 juin 1994 relative au droit d'auteur, il est formellement interdit de procéder à la reproduction du présent document, par quelque procédé que ce soit sans l'autorisation de l'auteur et de l'autorité académique de la Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux.

Le contenu du présent document n'engage que l'auteur.

i

DEDICACE

A mon père André Muzingu et ma mère Georgette Mafuta à Mechelen en Belgique ;

A mon frère aîné Dr. Abbé Edouard Flory Kabongo, Diocèse de Namur en Belgique ;

A mes enfants : Blaise Muzingu et Vanessa Muzingu tous à Kinshasa pour avoir non seulement supporté des longs moments d'absences, mais aussi pour votre soutien spirituel et moral inestimable ;

A mes soeurs Kelly Vanessa à Liège et Winie Koffi à Londre ;

En mémoire de Tshiala Mapasa et Jean Muyadi Tsheick

Je dédie ce travail.

ii

REMERCIEMENTS

L'aboutissement de ce travail de recherche de troisième cycle ne tient non seulement à ma ténacité et ma foi dans l'entreprise, mais aussi à l'appui multiforme dont j'ai pu bénéficier depuis le début de cette formation post universitaire. C'est pourquoi j'aimerais remercier au terme de mes deux années de master (DEA) tous ceux et celles qui, de près ou de loin, m'ont apporté leur concours, sans lequel mes efforts auraient été vains.

Mes remerciements s'adressent d'abord au Professeur Philippe Lebailly pour avoir non seulement contribué à notre formation, mais aussi et surtout pour avoir accepté de m'initier à la recherche dans le domaine de l'économie et du développement rural sous sa direction dont le présent mémoire. Et à l'équipe d'accompagnement de cette recherche, je cite Prof. Michel Baudouin de la Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux, Prof. Marc Poncelet de l'Université de Liège pour leur disponibilité permanente.

Mes vifs remerciements vont ensuite à Madame Monika Beck, chargée de mission à l'unité de l'économie et du développement rural, qui m'a fait part de ses précieux conseils et a consacré beaucoup de son temps à la correction de ce travail et cela malgré ses multiples obligations et également à tous les professeurs de cinq universités partenaires de ce programme inter universitaire de troisième cycle.

Ils vont également à Monsieur André Perreaux et Madame Rolande Perreaux à Orgeo, à mon jeune frère Mariens Muyadi, sa charmante épouse Ellen Donkor, et leur fils Noah, ainsi qu'à Raoül Muyadi, sa chère épouse Mamie KITOTO, et leur fils Destiny, pour tous les sacrifices consentis pour moi durant cette formation de troisième cycle en développement, environnement et société.

J'exprime aussi toute ma gratitude à tous ceux qui m'ont d'une ou d'une autre manière permis d'avancer dans mes recherches. A défaut de pouvoir les citer tous , qu'il me soit autorisé de mentionner les noms de Roger Bifwani, Xavier Bashonga, Delou Luyeye, Cyrille Mungenga, Majory Masuama, Ir. Mukuna, Mingashanga Seigneur , JP Makuakua Rigobert Mabana , Victor Ngalamulume , Adrien Manzanza, Germain Mukendi, Papa Muzalu , Roger Ntoto, Pasteurs N'singi et Paulin, Docteurs Alexandre et Pitshou, Apôtre Claude, Evangéliste Fidèle, Prophète Ngomo, Fr. Benjamin, Jonas, Flaviens et Franck .

iii

LISTE DES ABREVIATIONS

BCC Banque Centrale du Congo

BEAU Bureau d'études, d'aménagement et d'urbanisme

CECOMAF Centre de commercialisation des produits maraîchers et fruitiers de la

vallée de la N'djili

CRB Croix rouge de Belgique

CRDI Centre de recherches pour le développement international

CTOM Centre de traitement d'ordures ménagères

FOLECO Fédération des ONG laïques à vocation Economique du Congo

PAR Programme d'appui à la réhabilitation

PASMAKIN Projet d'appui aux Associations Maraîchères de Kinshasa

PMP Projet maraîcher et pisciculture

PNUD Programme de Nations Unies pour le Développement

RDC République démocratique du Congo

S.A. Sécurité alimentaire

S.A.U. Superficie agricole utile

SENAHUP Service national pour le développement de l'horticulture urbaine et

périurbaine

SENASEM Service National de multiplication des Semences

SMA Sommet Mondial pour l'Alimentation

SOLAGRI Solidarité pour une agriculture biologique intégrée

UCL Université Catholique de Louvain

TABLE DES MATIERES

DEDICACE i

REMERCIEMENTS ii

LISTE DES ABREVIATIONS iii

TABLE DES MATIERES iv

LISTE DES TABLEAUX INTEGRES AU TEXTE vii

LISTE DES FIGURES INTÉGRÉES AU TEXTE viii

LISTE DES PHOTOS ix

SUMMARY xi

INTRODUCTION GENERALE 1

1. Problématique 3

2. Hypothèses de base 6

3. Objectifs de recherche 6

4. Méthodologie de recherche 7

5. Résultats attendus 7

1. ETUDE DU MILIEU 8

1.1. Présentation de la ville province de Kinshasa 8

1.1.1. Historique 8

1.1.2. Localisation géographique 8

1.1.3. Climat 8

1.2. Urbanisation et Aménagement du Territoire 9

1.2.1. Concentration croissante de la population dans la ville Kinshasa 9

1.2.2. Administration territoriale 10

1.2.3. Lotissement de Kinshasa 10

1.2.4. Typologie de l'habitat dans la ville Kinshasa 11

1.3. Caractéristiques socio-économiques 12

1.4 Tendances socio-économiques 12

2. GENERALITES SUR L'AGRICULTURE URBAINE ET SECURITE ALIMENTAIRE 13

2.1. Notions sur l'agriculture urbaine 13

2.1.1. Définitions de l'agriculture urbaine 13

2.1.2. Importance historique de l'Agriculture urbaine 14

2.1.3. Différence entre agriculture urbaine et agriculture rurale 16

2.1.4. Catégorisation des activités de l'agriculture urbaine 16

2.1.4.1. Production végétale 16

2.1.4.2. Production animale 17

2.2. Approche historique sur la dynamique de l'agriculture urbaine 17

2.2.1. Aperçu historique sur l'agriculture urbaine en Afrique 17

2.2.2. Développement de l'agriculture urbaine à Kinshasa 18

2.2.3. Diffusion du maraîchage à Kinshasa 18

2.2.3.1. Période avant l'indépendance 18

2.2.3.2. Années après l'indépendance (1960-1993) 19

2.3. Fonctions de l'espace agricole urbain 22

2.3.1. Espace agricole urbain comme espace de biodiversité 22

2.3.2. Espace agricole urbain comme dépolluant 22

2.3.3. Espace agricole urbain comme paysage 23

2.3.4. Espace agricole urbain comme espace social 23

2.3.5. Espace agricole urbain comme espace d'apprentissage 23

2.3.6. Espace agricole urbain comme source de revenus 24

2.3.7. Espace agricole urbain comme espace vert 24

2.4. Sécurité alimentaire 25

2.4.1. Concept et notion 25

2.4.2. Dimensions de la sécurité alimentaire 25

2.4.3. Dimensions du problème de la faim 25

2.4.4. Bilans d'approvisionnement alimentaire 27

2.4.5. Insécurité alimentaire 27

2.5. Contraintes liées au développement de l'agriculture urbaine 28

2.5.1. Disponibilité foncière 28

2.5.2. Difficultés d'accès au crédit 29

2.5.3. Difficultés naturelles et techniques. 29

3. FILIERE MARAÎCHERE DANS LA VILLE PROVINCE DE KINSHASA 30

3.1 Définitions 30

3.2. Productions maraîchères 31

3.2.1. Superficies allouées à la production de légumes à Kinshasa 31

3.2.2. Typologie de légumes produits à Kinshasa 31

3.2.3. Facteurs régissant l'établissement des cultures maraîchère à Kinshasa 32

3.2.3.1. Climat 32

3.2.3.2. Sol 32

3.2.3.3. Topographie 33

3.2.4. Facteurs de production dans la filière maraîchères à Kinshasa 33

3.2.4.1 Terre 33

3.2.4.2. Travail 34

3.2.4.3. Capital d'exploitation 34

3.2.5. Rendements des cultures maraîchères à Kinshasa 36

3.2.6. Acteurs impliqués dans la production maraîchère à Kinshasa 36

vi

3.2.6.1. Maraîchers producteurs 36

3.2.6.2. Ouvriers agricoles 37

3.2.6.3. Agriculteurs occasionnels 37

3.2.6.4. Fournisseurs d'intrants agricoles 37

3.2.6.5. Structures d'appui 38

3.2.7. Principales difficultés liées à la production maraîchère 38

3.3. Commercialisation des produits maraîchers à Kinshasa 38

3.3.1. Bases de fixation de prix de vente d'une plate bande 38

3.3.2. Evolution des prix des légumes au producteur 38

3.3.3. Caractéristiques de la filière maraîchère à Kinshasa 40

3.3.3.1. Consommateur urbain 40

3.3.3.2. Liaison consommateur- producteur 40

3.3.3.3. Distribution des produits maraîchers à Kinshasa. 40

3.3.4. Principales difficultés rencontrées dans la commercialisation des légumes 41

3.4. Consommation des légumes dans la ville de Kinshasa 42

3.5. Approche genre dans la filière maraîchère à Kinshasa 42

3.6. Avantages de la filière maraîchère à Kinshasa 44

3.6.1. Apport à la sécurité alimentaire 44

3.6.2. Protection de l'environnement par l'assainissement du milieu urbain 48

3.6.3. Création d'emplois et accroissement des revenus 51

3.6.4. Contribution partielle à la durabilité de la ville 54

3.7. Limites et contraintes majeures de la filière maraîchère à Kinshasa 54

4. CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES 56

4.1. Conclusion 56

4.2. Perspectives 57

4.2.1. Stratégies relatives à la réglementation du système foncier 58

4.2.2. Stratégies relatives à la production maraîchère 58

4.2.3. Stratégies relatives à la commercialisation 59

4.2.4. Stratégies en matière de financement du maraîchage 59

5. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 60

LISTE DES TABLEAUX INTEGRES AU TEXTE

Tableau 1 : Catégorisation des activités recensées en agriculture urbaine 16

Tableau 2 Consommations alimentaires annuelles per capita (calories et g de protéines), ville

de Kinshasa, 1975-2000 27

Tableau 3 : Identification des légumes cultivés dans les périmètres maraîchers de Kinshasa 30

Tableau 4 : Typologie de légumes produits à Kinshasa et leur occupation de sol 31

Tableau 5. Rendements moyens en kg de quelques légumes par planche de 20 m2 36

Tableau 6. Évolution des prix des légumes produits à Kinshasa (U$ / Plate bande de 20 m2) 39
Tableau 7. Valeur alimentaire et nutritionnelle des légumes par 100 g de matière comestible46

Tableau 8. Volumes moyens de déchets au m3 produits par six marchés de Kinshasa 49

Tableau 9. Besoins en compost de 6 périmètres maraîchers de Kinshasa 49

Tableau 10. Synthèse sur la gestion des déchets par la filière maraîchère 49

Tableau 11. Résultat financier par plate bande de 20 m2 en $ US : Culture d'amarante 52

Tableau 12. Comparaison du revenu moyen annuel d'un maraîcher et d'un Fonctionnaire à Kinshasa 53

LISTE DES FIGURES INTÉGRÉES AU TEXTE

Figure 1 Évolution de la population de Kinshasa de 1884 à 2000 Source : PNUD / UNOPS,

2001 9

Figure 2. Occupations du sol par différentes catégories des légumes cultivés à Kinshasa 32

Figure 3 Évolution des prix des légumes cultivés à Kinshasa 39

Figure 4 Schèma type de la filière de commercialisation de légume dans la ville de Kinshasa

41

Figure 5. Consommation des légumes par tête d'habitant à Kinshasa (1975-2000) 42

Figure 6. Proportion d'hommes et de femmes dans la filière maraîchère à Kinshasa 43

Figure 7. Apport protéique des légumes divers (100g) à la sécurité alimentaire 47

Figure 8 Apport énergétique des légumes divers (100g) à la sécurité alimentaire 47

Figure 9 Contribution (par tête d'habitant) des légumes produits à Kinshasa à la sécurité alimentaire 48

LISTE DES PHOTOS

Photo 1. Légume feuille: Amarante/Site maraîcher du CECOMAF/2002. Photo 2. Légume fruit: Aubergine: Site maraîcher de Twengé/2002 Photo 3. Légume racine: Carotte: Site maraîcher de Bitabe/2002

Photo 4. Aménagement des plates bandes de culture : Site de N'djili /2002 Photo 5. Irrigation des plantes repiquées

RESUME

L'étude sur les dynamiques d'une agriculture urbaine à Kinshasa (République démocratique du Congo) a porté sur la filière maraîchère : principale activité de l'agriculture urbaine à Kinshasa.

Dans une ville à croissance démographique sans précédent, au taux de chômage critique et d'une misère perceptible dans toutes ses dimensions sociales et économique, l'activité maraîchère s'est confirmée comme alternative de lutte contre l'insécurité alimentaire.

Principale pourvoyeuse de nourriture (une moyenne de 567,6 mille t/an) et source d'emploi (18.831 exploitants) et de revenu (101$ par mois en moyenne) : elle approvisionne une population estimée à 7 millions d'habitants se nourrissant quotidiennement des légumes.

Cette étude réalisée essentiellement sur base des sources documentaires existantes ; présente le milieu de Kinshasa dans le temps et dans l'espace, l'agriculture urbaine et son importance sur la sécurité alimentaire, l'input et l'out put de la filière maraîchère dans la ville de Kinshasa avant de tirer quelques conclusions permettant d'envisager des perspectives de cette agriculture urbaine.

Les principaux résultats à signaler au terme de ce travail sont entre autre :

réduction de l'insécurité alimentaire par la disponibilité en qualité et en qualité, l'approvisionnement permanent en produits maraîchers divers et l'accessibilité de la population à ces légumes;

protection de l'environnement par l'assainissement du milieu urbain et préservation de la diversité des légumes;

amélioration du statut socio économique de la famille et en particulier de la femme ;

accroissement des revenus des manages des exploitants et création d'emploi ;

contribution à la durabilité de ville.

En dépit des contraintes rencontrées dans cette filière, il serait impérieux de prévoir un accompagnement régulier et adapté pour faire aboutir une telle dynamique.

xi

SUMMARY

The study on the dynamic ones of an urban agriculture with Kinshasa (democratic Republic of Congo) related to the market-gardening die: principal activity of urban agriculture with Kinshasa.

In a city with demographic growth without precedent, the rate of critical unemployment and of a perceptible in all its social dimensions and economic misery, the market-gardening activity was confirmed like alternative of fight against the food insecurity.

Principal provider of food (an average of 567,6 thousand t/an) and source of employment (18.831 owners) and income (101$ per month on average) : it supplies a population considered at 7 million inhabitants nourishing vegetables daily.

This study carried out primarily on the basis of existing documentary source; present the medium of Kinshasa in time and in space, urban agriculture and its importance on food safety, the input and the out could of the market-gardening die in the town of Kinshasa before drawing some conclusions allowing considering prospects for this urban agriculture.

The principal results to announce at the end of this work are amongst other things:

· reduction of the food insecurity by the availability in quality and quality, the permanent supply various market-gardening products and the accessibility of the population to these vegetables;

· environmental protection by the cleansing of the urban environment and safeguarding of the diversity of vegetables;

· improvement of the economic statute socio of the family and in particular of the woman;

· increase in the incomes of manage owners and creation of job;

· contribution to the durability of city.

In spite of the constraints met in this die, it would be pressing to envisage an accompaniment regular and adapted to make succeed such a dynamics.

Key words:urban agriculture, food safety, die, truck farming, Kinshasa

INTRODUCTION GENERALE

La situation socio économique que connaît la République Démocratique du Congo expose sa population aux multiples problèmes parmi lesquels l'insécurité alimentaire. Ce problème préoccupe non seulement la population, le gouvernement, et la communauté internationale mais aussi les chercheurs.

Selon le rapport de la FAO (2001), sur l'Etat de l'insécurité alimentaire au monde, la République démocratique du Congo est le pays qui a connu la plus grande augmentation de la proportion des sous nourris sur la période 1990-92 à 1997-99, soit 29% ou 17 millions de personnes. Ceci représente 22% de l'augmentation sur cette période dans le monde. Le nombre de personnes sous - nourries a triplé en République démocratique du Congo et selon le même rapport, à peu près 70% des personnes sont mal nourries aujourd'hui.

En effet, la crise alimentaire se fait sentir au sein de toutes les couches de la population congolaise en général et celle de Kinshasa en particulier. Le péril alimentaire se vit tous les jours et guette près d'un tiers de la population de manière aiguë sur l'ensemble du territoire. La guerre civile non seulement continue d'entraver la production vivrière et sa commercialisation, mais est aussi l'une des causes directes de la pauvreté généralisée et la raison profonde de l'insécurité alimentaire chronique constatée.

En effet, sans croissance économique soutenue, la pauvreté ne disparaîtra pas et l'insécurité alimentaire persistera.

En réponse à cette insécurité alimentaire et à la pauvreté, les ménages urbains ont adaptés des stratégies de survie parmi lesquelles l'agriculture urbaine. Son mérite et l'utilité ne sont plus à démontrer car elle met à la disposition de la population des produits agricoles variés et de bonne qualité. En plus, l'agriculture urbaine tout en étant génératrice de revenus et créatrice d'emplois, constitue aussi un moyen efficace d'assainissement du milieu par le ramassage et la revalorisation des déchets organiques biodégradables, servant de fertilisant pour une production agricole dans une ville polluée comme Kinshasa.

Malgré tout, elle comporte aussi des limites bien que généralement pratiquée dans des espaces dont le statut précaire dépend très souvent de l'humeur des gestionnaires urbains, la rationalité n'est pas toujours évidente. La tolérance implicite dont elle fait l'objet varie donc d'une commune à une autre, d'un quartier à un autre.

À ce jour, l'Etat Congolais a officiellement pris partie en faveur de l'agriculture urbaine. Un service national et spécialisé est crée au sein du Ministère de l'Agriculture et du

Développement Rural pour assurer l'encadrement dans ce secteur. C'est le cas du Service National pour le Développement de l'Horticulture Urbaine et Périurbaine (SENAHUP), soutenu par un financement extérieur. Et aujourd'hui, les tendances vont vers la détaxation des tous les intrants (fertilisants, semences, etc.).

La présente étude, menée dans un environnement de reconstruction nationale et de protection sociale à pour objectif premier d'étudier la filière maraîchère comme support à la sécurité alimentaire.

A ce titre, nous sommes partis de la littérature existante pour :

· identifier les sites de cultures et de production maraîchère existant dans la ville de Kinshasa ;

· étudier les actes de production et de commercialisation des produits maraîchers à Kinshasa ;

· ressortir les avantages socio-économiques et environnementaux du secteur maraîcher dans la ville de Kinshasa.

Notre travail est subdivisé en trois parties distinctes qui sont précédées de l'introduction et clôturées de la conclusion et des perspectives.

La première partie consacrée au contexte de l'étude présente les grands traits historiques sur la genèse de la ville de Kinshasa, sa localisation géographique et son climat. Un regard est aussi fait sur son urbanisation ainsi que ses caractéristiques et tendances socio économiques.

La deuxième partie traite des généralités sur l'agriculture urbaine et sécurité alimentaire. Elle nous conduit à l'établissement d'une catégorisation de toutes les activités recensées en agriculture urbaine, de son approche historique et de ses fonctions dans l'espace urbain.

La troisième partie a trait à la filière maraîchage dans la ville de Kinshasa. Cette partie phare de notre étude fait allusion à tous les actes de production, de distribution par la commercialisation jusqu'à la consommation. Elle fait ressortir les avantages socio économiques ainsi qu'environnementaux et propose au regard des contraintes et des opportunités, des perspectives de développement de la filière maraîchère à Kinshasa.

1. Problématique

Le vingtième siècle s'est caractérisé par une urbanisation unique dans l'histoire de l'humanité. Dans des pays en voie de développement, ce processus a été plus dramatique que dans le reste du monde. Les impacts de cette dynamique se trouvent accompagnés de problèmes sociaux, économiques et environnementaux indescriptibles.

La ville province de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, est confrontée à un problème de démographie galopante, avec un taux de croissance de l'ordre de 7 % par an. Cette situation accélérée est le fait d'une augmentation du taux migratoire depuis les campagnes vers la ville occasionnée par l'exode rural et les rebellions en fractions importantes.

L'intense exode rural ainsi observé s'explique selon Lenoir 1984, par la quête d'un revenu plus élevé notamment de la part des jeunes, à la recherche, quelquefois temporaire (voire symboliquement quand il s'agit du passage à l'âge adulte) de l'expérience d'un autre mode de vie.

Il faut souligner aussi que le coût de la vie dans les grandes villes étant artificiellement abaissé, et que les emplois industriels et commerciaux sont créés en majorité en ville où se trouve installer le pouvoir politique, avec ses administrations et ses offices, l'exode rural est évident.

Part ailleurs, cette situation s'est accrue aussi considérablement avec la venue de réfugiés, du fait des crises politiques ou de guerres civiles qui ont rendu à la ville son sens d'abri. Cette forme d'urbanisation de crise devrait s'atténuer au profit d'une croissance endogène plutôt que par migration. Aucune disposition n'est mise en place pour arrêter ce flux migratoire et sécuriser cette population estimée à sept millions d'habitants environ, en lui assurant une alimentation régulière.

Par contre, on remarque que malgré les dernières données de la Banque Centrale du Congo signalant les efforts ramenant le taux de croissance économique du négatif au positif entre 2003 et 2004, la misère a atteint des proportions scandaleuses et la situation sur le terrain se vérifie par les indicateurs ci après :

i. l'emploi urbain est en crise ou quasi inexistant suite à la crise politique depuis plus de

8 ans ;

ii. de nombreux fonctionnaires actifs et retraités disposent de trop maigres pensions, car la fonction publique, première source d'emploi stable en ville, a été durablement touchée dans ses effectifs ;

iii. apparition des nouvelles activités productives informelles,

iv. multiplication des vendeurs ambulants, etc.

En dépit de ces contraintes d'accès économique à l'alimentation, ces éléments nous amènent à croire que, la ville de Kinshasa soumise à la crise socio économique se heurte aux difficultés de ravitaillement dues aux conséquences de la guerre, à l'état très dégradé et déplorable des routes d'accès desservant la capitale (BESCOPLAN/ GRET, 2000)1 et aussi bien au charroi automobile très usé utilisé dans le transport des produits vivriers.

Cette gravité se joint aux cris d'alarme des organisations d'aides étrangères et humanitaires qui font régulièrement état de faim et de malnutrition parmi la population dans la capitale congolaise. Les approvisionnements en produits agricoles et alimentaires sont instables et la nature de cette instabilité diffère d'une province à l'autre.

Dans le passé, on a beaucoup parlé du Congo comme scandale minier, mais aussi scandale agricole. Aujourd'hui, l'incidence des pillages de 1991 et 1993, et la situation politique déplorables caractérisée par les guerres civiles sont ressenties sur les revenus des ménages, et l'appauvrissement général de l'économie. La disparition du travail salarié dans le secteur formel, le non paiement des salaires par l'Etat et les privés ayant provoqué le chômage et l'effritement ou l'absence du pouvoir d'achat (estimée par la FAO à 30%) suite à l'inflation et à l'érosion monétaire des populations ont fait des couches sociales vulnérables.

Cette situation de crise socio-économique a conduit à une détérioration du bilan proto énergétique de la population jusqu'à 1367 kcal et 38 g des protéines /jour et par individu (Nkwembe 2002). Le Kinois consomme ainsi environ deux fois moins de calories que la moyenne ce qui le conduit ainsi à une malnutrition dite «quotidienne et fluctuante» dont on retrouve dans certains groupes de la population. Ces groupes souffrent particulièrement de fluctuations de leurs revenus. On peut donc affirmer que la cause principale de l'insécurité alimentaire chronique en R.D.C est la pauvreté absolue de la population.

1 Analyse des effets de l'état des routes de desserte agricole sur l'économie alimentaire à Kinshasa, Programme d'Appui à la Réhabilitation, Volet 1-Infrastructure de base, Rapport Final, Fonds Européen de développement, septembre 2000.

Si la R.D.C a su retrouver son indépendance politique, mais elle est devenue de plus en plus dépendante sur le plan alimentaire. Aux contraintes liées à l'absence des infrastructures pour l'évacuation des denrées des milieux ruraux vers la ville, sont venues s'ajouter des contraintes politiques, économiques et culturelles qui ne cessent d'accentuer la dépendance.

Cette indication nous amène à penser à une nouvelle donne alimentaire. On observe sur le terrain que des milliers, des millions de personnes sont en train de mourir, en silence. A titre illustratif, Brunel (1997), fait remarquer que les enfants atteignent difficilement l'âge de cinq ans. Les personnes âgées ou malades meurent prématurément. Les mères de famille vieillissent trop tôt à cause du volume de travail manuel et physique auquel elles sont soumises tous les jours.

Mais l'on constate que les politiques visant à ralentir (ou empêcher) cette tendance s'étant souvent avérées inefficaces, la population privée de revenus stables ou totalement dépourvue de ressources, s'agglutine dans des quartiers misérables. Dès lors, l'alimentation de ces masses urbaines pauvres n'est en aucun cas une préoccupation majeure des pouvoirs publics.

Malgré tous les problèmes qu'elle connaît et les drames qu'elle vit, Kinshasa constitue un espace social fascinant, à la fois vivace et inventif. Cette ville tentaculaire, où de nouveaux schèmes de régulation et d'organisation se forment et se défont continuellement, est un lieu de contraste, de contradiction, voire de paradoxe. La créativité sociale s'y développe en dépit de la crise multiforme et durable que subit le pays, et même peut-on dire se nourrit de cette crise (Trefon, 2004).

Plusieurs questions se laissent poser. Que l'on considère la croissance démographique de la ville de Kinshasa comme le résultat de la défaillance de l'État dans son rôle de développement des campagnes ou, au contraire, comme un phénomène éminemment lié à la crise, la situation reste d'une ampleur sans précèdent : comment alimenter cette masse sans cesse croissante de citadins désormais déconnectés de la production agricole et donc incapables de se nourrir eux-mêmes ? Comment le Kinois fait-il pour survivre et nouer les deux bouts du mois dans une ville où l'emploi est quasi inexistant ? Quels mécanismes développent ils pour être à l'abri de cette misère ? Comment le kinois vit il avec un tel déficit proto- énergétique et exercer une activité physique ?

Fonction et dysfonction, ordre et désordre se conjuguent au point de paraître se confondre. Or, loin d'être une fatalité, il existe sur la terre largement de quoi garantir à chaque

être humain le respect d'un de ses droits fondamentaux : celui de ne pas mourir de faim. C'est ainsi donc que les Kinois inventent de nouvelles formes d'organisation sociale afin de pallier à la situation sinistrée et faire face aux besoins vitaux.

Notre recherche s'articule autour de la dynamique de l'agriculture urbaine, à travers l'activité du maraîchage, considérée comme alternative parmi plusieurs mécanismes et pratiques développés par la population pour répondre à la situation de crise socio-économique et contribuer tant soit peu à sa sécurité alimentaire.

2. Hypothèses de base

Pour répondre à toutes ces questions fondamentales et explicites qu'on s'est posée dans cette problématique, nous formulons les hypothèses suivantes :

· la crise socio-politico-économique que traverse la RDCongo a renforcé la misère de la population kinoise au point où manger à Kinshasa est devenue une préoccupation d'une population guettée par l'insécurité alimentaire, due à l'insuffisance de la nourriture en quantité et en qualité. L'agriculture urbaine, s'avère l'alternative partielle à la dépendance alimentaire par des productions légumières locales qui constituent un apport à la sécurité alimentaire;

· dans une ville où le système de travail salarié est presque nul et l'emploi est quasi inexistant ; l'agriculture urbaine à travers la filière maraîchère telle que pratiquée actuellement dans la ville de Kinshasa peut être comprise comme étant une stratégie adaptée par certains individus en réponse à une situation de crise socio-économique. Elle est donc devenue une activité génératrice de revenu et créatrice d'emploi.

3. Objectifs de recherche

Le principal objectif est d'étudier la dynamique de l'agriculture urbaine à travers la filière maraîchère considérée comme apport à la sécurité alimentaire par une tendance à l'auto production qui garantirait une autosuffisance alimentaire de la population de Kinshasa.

A ce titre, les objectifs spécifiques poursuivis peuvent successivement être libellés

ainsi :

· identifier les sites de cultures et de production maraîchère dans la ville de Kinshasa ;

· étudier la filière maraîchère à Kinshasa ;

· ressortir les avantages socio-économiques et environnementaux du secteur maraîcher à kinshasa.

4. Méthodologie de recherche

Le présent travail porte principalement sur l'agriculture urbaine comme une contribution à la sécurité alimentaire par la filière maraîchère.

Dans un domaine aussi complexe que celui de l'agriculture urbaine, l'approche méthodologique qui est utilisée pour réaliser ce travail, consiste en une recherche bibliographique appuyée par notre expérience de terrain en tant que professionnel du Ministère de l'Agriculture et du Développement Rural.

Pour ce, nous avons passé en revue, le maximum de littérature sur l'agriculture urbaine et particulièrement sur la filière maraîchère à Kinshasa.

La documentation à travers la revue de littérature en notre disposition a permis de prendre connaissance de différentes études et publications relatives à l'agriculture urbaine, à la sécurité alimentaire et à la filière maraîchère sur le plan local qu'est la ville province de Kinshasa.

5. Résultats attendus

Au terme de ce travail, il sera établit l'appréciation de l'agriculture urbaine comme activité informelle qui permet :

· la production en quantité et en qualité des légumes divers ;

· la disponibilité d'emplois ;

· l'acquisition des revenus dans les ménages des exploitants ;

· la salubrité dans son espace intra et périurbain par le volume des déchets organiques recyclés.

1. ETUDE DU MILIEU

1.1. Présentation de la ville province de Kinshasa

1.1.1. Historique

En 1881, Sir Henry Morton Stanley fonda un poste qu'il baptisa Léopoldville en l'honneur de son commettant, le Roi des Belges, Léopold II. Il avait choisi l'endroit où le Congo, devenait navigable en direction de l'amont. Le site était donc favorable, d'autant plus qu'il était spacieux et facile à défendre (on avait recensé 66 villages antérieurs à Stanley sur le site occupé par la ville actuelle avec une population totale estimée à 30.000 habitants).

Le hameau de Kinshasa, auquel la capitale doit son nom actuel, se dressait là où aujourd'hui se trouve le quartier des affaires. En 1898, Léopoldville fut reliée par le rail à Matadi. Son importance économique en fut accrue et pourtant, en 1910, on y dénombrait à peine 10.000 habitants. En 1929, elle hérita de la fonction de centre administratif assumée jusque-là par Boma. Kinshasa ne devint juridiquement une ville qu'en 1941; depuis 1923, elle était seulement un « district urbain ». La loi du 5 janvier 1975 en fit la huitième Région de la République, avec la création des nouveaux organes administratifs. En 1945, la capitale du Congo belge abritait 100 000 personnes.

A l'indépendance, en 1960, Léopoldville comptait 400 000 âmes, ce qui en faisait la plus grosse agglomération d'Afrique centrale. Elle a crut de manière considérable, passant donc de 500.000 habitants à la fin des années 60, à près de 5 millions au début de ce troisième millénaire. Faute de recensement en 2002-2003, cette population est estimée aux environs de sept millions d'habitants.

1.1.2. Localisation géographique

La ville province de Kinshasa est située à la latitude de 4°15' sud, à la longitude de 15° 14' et à une altitude moyenne variant de 280 à 350 m.

Kinshasa a pour limites géographiques, la province de Bandundu au Nord et à l'Est, la province du Bas - Congo au Sud et la République du Congo à l'Ouest.

1.1.3. Climat

Le climat est de type tropical humide à saison pluvieuse longue de 8 mois et une courte saison sèche qui dure 4 mois (Juin- Septembre). Elle reçoit pendant la saison pluvieuse (d'octobre en mai) 1600 mm d'eau dont 70% tombent sous forme d'orage. Le nombre total

moyen de jours de pluies n'excède pas six mois et demi. Mars et avril sont les mois les plus chauds. Pendant ces deux mois, les températures maximales journalières dépassent parfois les 27°C pour atteindre 30°C. Sur la plaine de Kinshasa règne une atmosphère lourde et une chaleur suffocante alors que la zone des collines est un secteur moins humide et plus ventilé.

1.2. Urbanisation et Aménagement du Territoire

1.2.1. Concentration croissante de la population dans la ville Kinshasa

La population de Kinshasa a crut de manière considérable, passant donc de 500.000 habitants à la fin des années 60, à près de 5 millions au début de ce troisième millénaire. Selon les estimations, elle pourrait atteindre plus de 10 millions d'habitants en 2015 (se hissant ainsi dans le top-30 des plus grosses agglomérations mondiales). Une urbanisation dont le rythme s'est accéléré depuis l'accession du pays à la souveraineté nationale. Elle a eu notamment pour première cause l'exode rural avec comme conséquence sur la modification de la configuration géo- spatiale de la ville, et la naissance des quartiers spontanés périphériques

L'évolution de cette population est indiquée dans la figure ci dessous démontrant une courbe croissante de 1884 à 2002.

4.000.000

2.000.000

7.000.000

6.000.000

5.000.000

3.000.000

1.000.000

0

84

18

19

10

19

19

38

19

45

19

50

19

55

19

60

19

65

19

70

19

75

19

80

19

85

19

90

19

95

19

20

00

Population

Figure 1 Évolution de la population de Kinshasa de 1884 à 2000 Source : PNUD / UNOPS, 2001

De la figure 1 ci-dessus, on constate que la population de Kinshasa est restée croissante de 1884 à 1990. Une cassure intervient entre 1990-1995 et cela suite à la situation politique caractérisée par le mouvement de démocratisation du pays par le biais de la conférence nationale souveraine, situation qui crée l'espoir sur le plan national. Les pillages de 1991 et de 1993 suivis d'une crise socio-économique ont paralysé la ville. Ces paramètres

ont pu ralentir l'exode rural au profit de la migration de la ville vers les campagnes. Mais à partir de 1996 jusqu'en 1998, la guerre de libération dont la plupart des territoires sont occupés par la rébellion, et aussi la guerre au Congo Brazzaville, sont les causes directes favorisant l'augmentation de la démographie observée jusqu'à ces jours.

1.2.2. Administration territoriale

Kinshasa est considérée à la fois comme une ville et une région puisqu'elle est divisée en 24 districts administratifs et possède un gouverneur, c'est donc dire que c'est une région mais elle ne possède pas de chef-lieu et est régie par des lois municipales à la façon d'une ville.

Selon l'évolution socio-économique et culturelle, on regroupe généralement les communes de Kinshasa en six grandes strates :

1) Zones résidentielle comprenant les communes de la gombe, de N'galiema et Limete ;

2) Nouvelles citées incluant les communes de Kalamu, Kasa- vubu, et Ngiri- ngiri ;

3) Zone d'extension sud constituée des communes de Bumbu, Selembao, Makala, et Ngaba ;

4) Zone excentrique périphérique avec les communes de Kisenso, Kimbanseke et Masina ;

5) anciennes cités incluant les communes de Kinshasa, Lingwala et Barumbu ;

6) les communes péris urbaines de N'sele, Maluku et de Mont Ngafula.

La ville province de Kinshasa a une superficie de 9965 km2, et s'étend sur plus de 30km d'Est en Ouest et plus de 15 km du Nord au Sud (Kinkela 2001).

1.2.3. Lotissement de Kinshasa

A l'indépendance, Kinshasa s'urbanise sans normes pour trois raisons : le départ brusque des fonctionnaires belges, la guerre civile en province et l'abolition du système de passeport pour les migrants ruraux. Pendant la décennie des années 1960, les paysans quittent en masse les villages pour s'établir à Kinshasa.

La jeune administration nationale inexpérimentée ne parvient pas à contenir la vague migratoire et à trouver une solution immédiate à la crise du logement. Les premiers établissements spontanés apparaissent quelques mois après l'indépendance (1960). Les politiciens, les chefs coutumiers, les bourgmestres et fonctionnaires peu scrupuleux s'improvisent lotisseurs alors que la loi foncière stipule que le sol et le sous - sol appartiennent à l'État qui les gère par le biais de ses services compétents. Ainsi, la typologie de l'habitat de la ville de Kinshasa en général est la conséquence logique de la manière

anarchique, dispersée et incontrôlée dont cette dernière a été lotie notamment les chefs politiques, les chefs coutumiers, les autorités municipales, les concessionnaires.

1.2.4. Typologie de l'habitat dans la ville Kinshasa

Les quartiers peuvent être stratifiés suivant le type d'habitat formel ou informel, le niveau socio-économique, les infrastructures, les équipements existants et l'âge (Nzuzi, 1999).

L'habitat formel est celui des quartiers résidentiels industriels, d'affaires et administratifs. Dans ce groupe se retrouvent :

· les zones résidentielles comprennent les communes de la Gombe de Limete, de Ngaliema et le quartier Righini dans la commune de Lemba. Ce sont des quartiers de haut standing ; la voirie est goudronnée. Le système d'égout est partiellement fonctionnel ; c'est le quartier de la haute bourgeoisie locale où classe de gens à revenu supérieur ;

· les zones industrielles se concentrent dans la commune de Ngaliema et de Limete. Ce sont des communes mixtes où coexistent d'un côté les usines et de l'autre les résidences de haut standing ;

· la commune administrative se situe dans la commune de la Gombe. C'est le siège du gouvernement, du parlement, du commerce spécialisé, de la justice, de la fonction publique, des banques, etc. En bref, c'est le « centre ville ».

La « zone neutre » de jadis, séparant la « ville » européenne de la « cité » africaine se retrouve dans l'implantation importante de grands équipements (hôpital, golf, jardin botanique et zoologique, camp militaire..) ;

· les extensions l'Est regroupent les communes de Masina, Kinsenso, Kimbanseke et Ndjili La densité est ici plus faible, de 40 habitants au km2 en moyenne. Ce sont des quartiers d'auto-construction d'après l'indépendance dont certains, comme ceux de Kinsenso ne sont pas cadastrés. Ce sont des quartiers des gens à faible revenu. La voirie n'existe pas. A certains endroits, ils ressemblent à des « villages urbains » communément appelé périurbains ;

· les zones semi-rurales ou urbano-rurales périphériques de Maluku et de N'sèle, sont de très faible densité ; elles sont essentiellement agropastorales et occupent près de la moitié de la superficie de Kinshasa.

1.3. Caractéristiques socio-économiques

La ville province de Kinshasa est caractérisée par trois facteurs importants du point de vue socio économique. A savoir :

a) Une explosion démographique, avec comme conséquence, des problèmes de maîtrise de l'espace urbain, d'aménagement, d'équipement d'ou une situation de crise, y compris écologique ;

b) une industrialisation faible, un fort développement des activités informelles, une hypertrophie du secteur tertiaire2. L'industrie existe à faible pourcentage au profit du développement du secteur informel qui constitue une parade économique aux sous - emploi, un amortisseur social à la crise. La débrouillardise des nouveaux arrivants et la solidarité réelle au Congo Kinshasa, illustre bien cet argument.

c) une crise liée au contexte global du continent depuis les années 80 (baisse du cours des produits agricoles d'exportation qui a accentué l'appauvrissement des campagnes) et à l'explosion urbaine commencée avant. Les municipalités manquent d'argent car la pauvreté et la grande jeunesse de la population limitent les rentrées fiscales. Il en résulte une série des problèmes notamment : manque d'infrastructure de base (eau, électricité, transports, des ordures oubliées dans nombreux quartiers, l'insalubrité dans les quartiers populaires et marchés municipaux s'opposent à la propreté et au luxe des quartiers résidentiels ou d'affaires récents. La délinquance et la violence sont liées à la misère.

1.4 Tendances socio-économiques

Selon les estimations de la Banque Centrale du Congo (BCC, 2004), le taux de croissance a atteint l'an dernier 5,6% contre 3,5% en 2003. Une croissance qui est passées d'un taux négatif après plusieurs années à un taux positif (Marchés Tropicaux n°3063, Juillet 2004).

Sur le plan social, les principaux traits sont caractérisés notamment par l'augmentation du chômage, l'aggravation de la pauvreté3 , l'inefficacité et la disparité du système éducatif et la dégradation continue du système sanitaire.

2 Ensemble de secteur des activités de service plus activités de commerce et de transport.

3 Situation des individus ou des familles dont les ressources sont si faibles qu'ils se trouvent exclus du mode de vie considéré comme acceptable dans le milieu où ils vivent.

2. GENERALITES SUR L'AGRICULTURE URBAINE ET SECURITE
ALIMENTAIRE

2.1. Notions sur l'agriculture urbaine

Ce qu'on nomme aujourd'hui « agriculture urbaine » est un fait universellement répandu. Selon les estimations de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO, 2001), environ 800 millions de personnes dépendent de celle-ci et dans certaines villes jusqu'à deux tiers des ménages la pratiquent. Selon cette même organisation, elle peut se révéler très productive vu que les agriculteurs urbains peuvent parvenir à des rendements jusqu'à quinze fois supérieurs à ceux atteints par les agriculteurs en région rurale.

Mais quelle signification revêt exactement le concept d'agriculture urbaine ? On pourrait avancer que l'agriculture est dite « urbaine » parce que les espaces cultivés et les espaces bâtis collaborent au processus d'urbanisation pour former le territoire de la ville. Cependant, il faut nuancer le concept selon que l'on se place dans les pays du Tiers-Monde ou dans les pays « développés ». En effet, dans ces derniers il s'agit principalement d'une agriculture de loisir sous la forme des jardins à usage collectif. Le citadin y récolte ses légumes non pas par nécessité mais bien par plaisir, par désir de sympathiser avec ses voisins ou par volonté de se garantir des aliments sains4 et cultivés sans suppléments chimiques. Dans les pays du Sud, il concerne plutôt une agriculture vivrière qui utilise les espaces abandonnés à l'intérieur des villes dans le but d'une autoconsommation familiale, quelques surplus pouvant être vendus localement. C'est le cas de nombreuses villes d'Afrique tropicale où les moindres espaces libres sont transformés en jardins ou en champs afin d'y faire pousser du maïs, du manioc, du gombo ou encore différents légumes.

Son rôle est donc alimentaire et financier ; de plus, cette agriculture nourricière contribue souvent à l'élimination des déchets urbains.

2.1.1. Définitions de l'agriculture urbaine

L'agriculture urbaine est définie comme étant la pratique des activités agricoles dans le milieu intra urbain (Margiotta, 1997). Elle regroupe l'ensemble des activités en zones urbaines et périurbaines de culture, d'élevage et d'acheminement des matières premières ainsi que le traitement et la commercialisation des produits agricoles.

4 Il faut souligner ici que « se garantir des aliments sains » relève souvent du souhait et rarement de la réalité étant donné le grand nombre de terrains pollués à l'heure actuelle et sur lesquels se développe pourtant une activité potagère.

Le concept de l'agriculture urbaine, dans sa définition la plus large, englobe une variété d'activités qui peuvent prendre place dans les limites ou en périphérie des agglomérations urbaines (Mougeot, 1994).

La production de légumes, des fruits, d'herbes, de fleurs, de champignons, l'élevage de porcs, de cochons d'inde, de chèvres, de volailles, l'aquaculture, l'apiculture, les activités de production forestière et même, parfois, la transformation et la vente des produits de ces activités dans sa périphérie sont considérées comme faisant partie des activités d'agriculture urbaine (Margiotta, 1996).

Selon Mougeot (2004), l'agriculture urbaine comprend à la fois la production végétale (agriculture vivrière ou non et arboriculture) et animale (bétail, volaille, poisson, etc.) dans les zones urbaines bâties (production intra-urbaine) et aux alentours (périurbaine).

Dans plusieurs villes africaines, les phénomènes ont pris beaucoup d'ampleur ces vingt dernières années. Les raisons sont diverses : Maxwell (1996) et Mougeot (1994), pensent que la croissance rapide des villes, les conflits armés, la situation économique en nette détérioration suite aux ajustements structurels imposés par les créanciers internationaux, l'orientation de la production agricole en fonction de l'exportation et la baisse du pouvoir d'achat des consommateurs seraient autant de facteurs ayant contribué à l'augmentation du nombre d'individus qui réalisent des activités de production agricole en milieu urbain .

2.1.2. Importance historique de l'Agriculture urbaine

Depuis le début des années 1970, l'agriculture urbaine fait l'objet d'un nombre croissant d'interventions par le biais d'agences internationales d'aide au développement. L'importance qui lui est accordée reflète l'évolution des politiques et des programmes en matière de développement international.

Ainsi, au cours de cette décennie, l'agriculture urbaine a été considérée principalement sous l'angle de son apport à la sécurité alimentaire des populations des pays moins développés. A l'époque, l'aide internationale au développement était dirigée en grande partie vers la satisfaction des besoins humains fondamentaux (Labrecque, 1997).

Au cours des années 1980, le potentiel de l'agriculture urbaine pour la création d'emplois a davantage retenu l'attention. Selon le même auteur, le paradigme dominant au sein des agences de développement était celui de la création d'activités génératrices de revenus. Elle est l'expression dans beaucoup de villes africaines, d'un malaise économique

(chômage, sous-emploi, pauvreté) qui a conduit une partie de la population citadine à inventer de nouvelles solutions pour s'assurer d'un revenu. .

Ensuite elle s'est vue assigner un rôle de protection et de régénération de l'environnement alors que le développement durable prenait sa place sur le plan international. Aujourd'hui, c'est la lutte contre la pauvreté, l'amélioration du bien être des populations ou la subsistance durable et de leurs conditions de vie que l'agriculture urbaine doit, en plus, son essor.

Etant donné ses apports diversifiés, l'agriculture urbaine est aujourd'hui considérée par un nombre croissant d'individus, d'organisations de la société civile et de gouvernements comme une solution viable et durable pour contrer l'insécurité alimentaire, le chômage, le sous emploi et la dégradation de l'environnement dans les villes des pays moins développés (PNUD, 1996).

Les résultats des recherches réalisées sur le sujet ont signalé les multiples avantages de l'agriculture urbaine dans son espace intra et périurbain ainsi les principaux obstacles auxquels se butte son développement (Mougeot, et al., 1994). Parmi eux, citons l'accès au sol, au crédit, les règlements de zonage prohibitifs ainsi qu'un manque de savoir-faire chez les populations qui pourraient la pratiquer. Pour faciliter son essor, dans un cadre réglementé visant à assurer la sécurité des producteurs et des consommateurs, on suggère qu'elle occupe une plus grande place au sein des politiques de développement urbain et social aux plans national, régional et local.

La production de denrées comestibles peut également contribuer à baisser les dépenses des ménages au chapitre de l'alimentation. Ainsi certains auteurs comme (Henning, et al. 1997), affirment que l'agriculture urbaine constitue une activité qui favorise l'émergence de nouvelles solidarités socio-économiques et une participation civique accrue, surtout lorsqu'elle est pratiquée dans un cadre collectif. Paiement (1999), suggère pour sa part que la mise sur pied de jardins communautaires en milieux urbains reflète la volonté des citoyens de reprendre du pouvoir sur leur vie quotidienne grâce à une autonomie alimentaire accrue.

Pour Villers (1992), comme pour Verhaegen (1995 cité par Opanga, 1995), l'agriculture urbaine réalisée au sein de collectifs de production peut être un moyen de faciliter l'incorporation de groupes marginalisés à une activité économique et à une vie sociale et démocratique plus actives.

Signalons le fait que l'agriculture a pendant longtemps été inséparable de la ville car toute concentration démographique implique d'en assurer l'approvisionnement. Mais celui -ci reste tributaire des environs immédiats tant qu'il n'existe pas un système de transport associé à un système de conservation des produits alimentaires (Moustier et al. 1999).

Pour Donadieu et al. (1997), l'agriculture urbaine est encore souvent considérée comme nécessairement tournée vers l'approvisionnement en produit frais, alors qu'en fait, ce n'est que le dernier état qu'elle a connu au long de sa longue histoire.

2.1.3. Différence entre agriculture urbaine et agriculture rurale

L'agriculture urbaine se distingue de l'agriculture rurale par son intégration au système économique et écologique urbain.

2.1.4. Catégorisation des activités de l'agriculture urbaine

Les travaux réalisés par Margiotta (1996) montrent qu'il existe une diversité certaine des productions et surtout des combinaisons en système de production et système d'exploitation en milieux urbain. Quatre catégories sont ciblées dans le milieu urbain avec pour chacune une diversité d'activités telle que décrite dans le tableau 1 ci dessous.

Tableau 1 : Catégorisation des activités recensées en agriculture urbaine

Catégories

Activités principales

Localisation ou techniques

Aquaculture

Elevage des poissons

Etangs, ruisseaux, zones

marécageuses

Horticulture

Maraîchage, production des fruits et fleurs

Jardins, périmètres maraîchers,

espaces intra et périurbains

Agro- foresterie

Production des combustibles, fruits et noix, compost, matériaux de construction

Arbres de rues, jardins, zones

marécageuses, vergers

Elevage

Production des oeufs, viande et fumier

Elevage sans terre, poulaillers,

espaces intra et périurbain

Divers

Plantes médicinales, plantes insecticides, .etc.

Floriculture

Source : PNUD, 1996

On peut bien résumer ce tableau en deux grandes catégories selon qu'il s'agit de production végétale et des productions animales.

2.1.4.1. Production végétale

La production végétale pratiquée en agriculture urbaine comprend surtout le maraîchage, les cultures vivrières, les cultures des fruits et des fleurs. Nos recherches se sont focalisées sur la filière maraîchère pour laquelle les résultats et commentaires sont traités en détails au troisième point de notre texte.

2.1.4.2. Production animale

L'élevage urbain s'insère selon Chevrier (2001), dans un ensemble plus vaste d'agriculture urbaine. Les anglo-saxons parlent globalement de « Urban food production ». Il représente une des composantes essentielles de l'économie en Afrique subsaharienne.

La production animale à Kinshasa est dominée par la basse-cour et l'élevage des porcs. Depuis plus de trois décennies, la production porcine est concentrée entre les mains de producteurs privés. Par rapport aux autres types d'élevages, il faut noter que l'élevage porcin quitte de plus en plus le « village » et « l'industriel » pour s'installer dans des exploitations de taille moyenne en milieu urbain et périurbain.

Quant à l'activité de pêche, celle ci est particulièrement intense dans la région du Pool, au large de Kinshasa, où se sont multipliés les campements provisoires ou permanents (Nganda) sur les berges, les îles et les bancs de sable. Elle est moins développée et se pratique par des techniques traditionnelles. La consommation de poissons est plus élevée que celle de la viande, (7kg/par habitant et par an), mais la production nationale reste, cependant très insuffisante.

2.2. Approche historique sur la dynamique de l'agriculture urbaine

2.2.1. Aperçu historique sur l'agriculture urbaine en Afrique

Cet aperçu historique en longue période permet de comprendre l'évolution de l'agriculture urbaine en Afrique en général, depuis la colonisation et jusqu'après les indépendances.

L'histoire de l'agriculture urbaine est ancienne et largement ignorée, désemparée, victime de discrimination, voire de mesures d'interdiction ou d'harcèlement, même en période de pénurie alimentaire et ce, à travers le monde (Mougeot, 2004). Comme fonction urbaine de base, l'agriculture urbaine n'a rien de nouveau ; en réalité, elle est aussi vieille que les villes où elle se pratique. Si à l'aube du XXIè siècle, l'Asie a frayé la voie dans ce secteur avec des systèmes hautement complexes et efficaces de production et de commercialisation agricoles en milieu urbain, depuis la fin des années 1970, les études révèlent une croissance de cette agriculture dans bien d'autres régions en développement notamment l'Afrique. Cette agriculture urbaine était assez liée au processus colonial puisque des catégories de la population immigrée à fort pouvoir d'achat avait introduit de nouveaux comportements alimentaires (Moustier et al., 1996).

Parlant de l'évolution des vues officielles sur cette agriculture urbaine, il y a lieu de signaler que de 1975 à 1985, les autorités d'au moins 22 pays (10 en Asie, 6 en Afrique et 6 autres en Amérique latine) appuyaient dans ce domaine des initiatives qui visaient à fournir des terrains et autres intrants pour la production, des initiatives d'aide technique, de production et de distribution des denrées alimentaires domestiques, de phytotechnie en arboriculture et de zootechnie en élevage de petits animaux, de remplacement des importations alimentaires, de nutrition et de distribution, d'entreposage et de conservation d'aliments (Wade, 1987).

C'est ainsi que des ceintures vertes destinées à fournir des produits frais était alors créées pour répondre à ces besoins nouveaux. Cette forme d'agriculture est souvent moderne ; elle est favorisée par des investisseurs locaux (commerçants, fonctionnaires, hommes d'affaires, etc.) et particulièrement adaptée à certains produits (légumes, oeufs et viandes).

2.2.2. Développement de l'agriculture urbaine à Kinshasa

Le développement de l'agriculture en milieu kinois est lié à la croissance démographique et géographique de la ville. D'abord périurbain, elle est ensuite devenue intra urbaine et s'est enrichie de nouvelles espèces de légumes de type tempéré. Au début vivrier parce qu'essentiellement tournée vers l'autoconsommation, l'agriculture urbaine s'est progressivement transformée en partie en maraîchage.

2.2.3. Diffusion du maraîchage à Kinshasa

Comme dans la plupart des grandes villes africaines, Kinshasa voit se poser le problème de l'approvisionnement alimentaire d'une ville connaissant une véritable explosion démographique.

2.2.3.1. Période avant l'indépendance

La crise généralisée constatée dans la ville de Kinshasa se traduit aussi par l'extrême raréfaction des biens et des services produits par l'économie « moderne » (capitaliste) et par l'appareil administratif de l'État. Le secteur informel exploite les opportunités qu'offre la pénurie, en mettant sur le marché des produits et des services alternatifs ou de substitutions.

Pour assurer un certain auto-approvisionnement, on commença à s'intéresser tôt au développement de cultures compatibles avec l'urbanisation. Ainsi, dès l'époque coloniale, on s'occupait déjà de maraîchage, exigeant moins de place que la culture de plantes vivrières et occupant de façon privilégiée des zones humides peu favorables à l'habitat.

C'est en 1954 que le projet d'aménagement de la rive droite de la vallée de la N'djili a été lancé pour assurer l'approvisionnement de Léopoldville (actuellement Kinshasa) en légumes frais. Le projet était réalisé sur une superficie de 28 ha répartis en parcelles de 21 ares. En 1957, le projet fut étendu à Kimbanseke où les aménagements concernaient 293 lots de 16 ares chacun. Dans chacun des deux centres, une coopérative de soutien à la production et à la commercialisation a été organisée, et les maraîchers ont été largement encadrés. Mais, il y a lieu de signaler que la production de ces deux périmètres maraîchers concernait essentiellement des légumes de types européen pour répondre à la demande des nombreux Européens présent dans la ville. A côté de ces sites, l'on rencontrait des jardins spontanés et anarchiques, situés entre les quartiers industriels, le pool Malebo, ainsi qu'à N'dolo, qui assuraient la production de légumes- feuilles de types africains pour faire face à la demande émanant de la population locale.

2.2.3.2. Années après l'indépendance (1960-1993)

La colonisation a été une grande productrice de villes en Afrique et ces villes ont une double fonction : le contrôle politique et le drainage des produits. Ces deux fonctions sont fondamentales pour comprendre la crise actuelle des grandes villes. En Afrique, les villes sont « filles de l'État », avec une finalité de contrôle politique. La fonction « drainage » selon Poutier, cité par Tourot (1999), est à l'origine du système dominant catastrophique : le système rentier à l'occurrence. Beaucoup d'États ont une économie directement héritée du système colonial, une économie rentière. Ces économies rentières sont d'une extrême fragilité. Or, ce qui fait vivre la ville, c'est la rente redistribuée en partie par l'État et qui fait vivre le système politique. Une ville reste suspendue à cette distribution, et comme cela ne fonctionne plus, la population est exposée à une crise multiforme. Mais on constate que les troubles qui ont suivi l'indépendance ont rapidement désorganisé certains périmètres maraîchers. L'encadrement ainsi que l'approvisionnement en compost (en provenance d'une usine de compostage qui traitait des gadoues de la ville et qui était située à Masina) et en semences (de légumes de types européen) n'ont plus pu être assurés. Comme en plus les débouchés pour les légumes européens avaient fortement baissé avec le départ de la majorité des européens après la colonisation, les maraîchers se sont reconvertis à la production de légumes- feuilles locales dont la vente était davantage assurée.

En 1964, a eu lieu l'expulsion des Congolais de l'autre rive du fleuve (Congo - Brazzaville). Ceux ci constituaient la moitié des maraîchers du périmètre de N'djili et Kimbanseke ; la désorganisation s'est donc encore accrue. Les autorités ont essayé de les

remplacer par des manoeuvres inexpérimentés mais les résultats ne se sont pas avérés satisfaisants.

En 1965, le calme politique se rétablit et le pouvoir ayant fait de l'agriculture « priorité des priorités », a essayé de relancer le maraîchage kinois5 . Il fit appel à la coopération française pour rendre efficace sa politique en cette matière. Dès le début des années 70, les cultures de légumes - feuilles tropicales ont repris de l'ampleur. Ces légumes indigènes constituent, encore à ce jour, avec environ 80% de la production officielle, la plus grande part de la production maraîchère kinoise.

En 1972, l'aire maraîchère de Kinshasa était estimée à 101 ha (estimation CECOMAF6 1972). Selon le département de l'agriculture, il y avait 4. 300 producteurs ayant la production de légumes comme activité principale en 1981. La superficie moyenne par cultivateur variait généralement entre 0,09 et 0,11 ha.

Au cours des années 70 et 80, des nouveaux périmètres maraîchers sont mis en place et le recensement de l'époque indique jusqu'à 9 périmètres officiels. Il s'agit notamment de :

· la vallée maraîchère de la Funa, située un peu à l'écart des autres au Sud de la ville,

· le centre maraîcher de Lemba- imbu, auquel on rattache le centre de Kinsenso, le centre de N'djili ; le centre de Kimbanseke ; le centre de Manzanza ; la vallée de la Tadi ; la vallée de la Tshangu ; la vallée de la Mango ; le centre de Mokali, auquel on rattache le centre de Bono.

En plus de ces centres «encadrés», on trouve encore quelques centres « non encadrés » notamment dans la vallée de la Bumbu (près de la vallée de la Funa), la vallée de la LukungaIkusu (à l'Ouest de la ville) et un centre aux abords de l'aéroport.

Il y a lieu de remarquer aussi, partout en ville, aux abords des rues, des routes et sur les terrains vagues, de petites parcelles «spontanées» couvertes de cultures maraîchères. La production de ces jardins est difficile à évaluer, mais n'est certainement pas négligeable. On constate aussi qu'une grande partie de cette production est destinée à la vente et participe donc de façon certaine à l'approvisionnement en légumes du centre de Kinshasa.

5 Kinois : relatif à la population habitant Kinshasa

6 Centre de commercialisation des produits maraîchers et fruitiers de la vallée de la N'djili .

L'année 1972, marque une étape importante dans l'évolution du maraîchage à Kinshasa. Il s'agit de la création, par arrêté Ministériel, du CECOMAF. Nonobstant sa dénomination plutôt restrictive, cet organisme intervient également, de façon partielle sinon de façon essentielle, dans l'aménagement des sols, la gestion des installations collectives, l'approvisionnement des exploitants et la diffusion des techniques culturales modernes. Les conditions du marché local ne lui permettent en effet pas d'intervenir directement dans la commercialisation, et son rôle dans ce domaine se réduit finalement à un service de transport.

En 1978, la pisciculture a été relancée sous initiative du CECOMAF par l'introduction d'une espèce de poisson « Tilapia nilotica ». Le centre sera quelques temps après remplacé officiellement par le Projet Maraîchage et Pisciculture (PMP) mais la dénomination CECOMAF continuera à être utilisée.

En 1986, les infrastructures de la CECOMAF sont léguées au PASMAKIN7 . Cependant sa fonction semble fortement réduite suite à un manque de moyens et de personnel. A ces causes, il faut ajouter malheureusement les pillages de 1991 et 1993 ainsi que les conséquences de la guerre de 1997. Cette dernière avait particulièrement déstabilisé l'organisation de ces vallées.

Le changement de projet CECOMAF au projet PASMAKIN entre 1972 et 1996 a amené à la mise sur pied du Service National d'Appui au Développement de l'Horticulture Urbains et Péri Urbaine en sigle « SENAHUP » qui est un service spécialisé du Ministère de l'Agriculture et de l'Élevage relevant du Secrétariat Général au Développement Rural.

Crée par arrêté Ministériel N° 026/CAB/MIN/ AGRIDRAL/96 du 18/09/96, SENAHUP a pour objectifs :

l'intensification des productions maraîchères et fruitières en milieux urbain et péri - urbain par l'intégration de l'horticulture dans la gestion des espaces verts ;

la restauration des techniques culturales et de l'élevage ;

la réhabilitation les périmètres maraîchers pour assurer une régularité des approvisionnements urbains et ruraux à toute période de l'année et augmenter le revenu de l'horticulteur ;

l'éducation coopérative ;

7 Projet d'Appuie et de Soutient aux Maraîchers de Kinshasa

l'identification des ressources humaines capables d'assurer le suivi de la politique nationale en la matière ;

l'implantation progressive des structures autogérées à travers le territoire national.

De ce qui précède, l'évolution rapide de cette agriculture urbaine à Kinshasa bien que le résultat de l'absence d'une politique agricole cohérente et efficace, et l'absence d'une politique sur le développement du milieu rural Congolais, la crise politique et socio économique, elle permet des multiples fonctions.

2.3. Fonctions de l'espace agricole urbain

Dans l'ensemble, l'espace agricole urbaine dans la diversité de ses activités joue des fonctions multiples notamment.

2.3.1. Espace agricole urbain comme espace de biodiversité

L'agriculture urbaine peut être une manière utile de conserver, d'échanger et d'expérimenter les éléments de la biodiversité végétale indigène. Elle peut néanmoins contribuer à maintenir la biodiversité à laquelle une urbanisation excessive porte d'énormes préjudices. Avec celle-ci, la qualité et la diversité de l'alimentation peuvent être améliorées.

La création de micro milieux, en faisant cohabiter, verger, potagers en tout genre, peut constituer un autre aspect intéressant de l'espace agricole urbain. L'intérêt est non seulement de l'observer en train d'évoluer et de comprendre de cette manière certaines notions d'écologie mais aussi d'établir une relation forte avec l'espace en question grâce à la diversité et à l'intimité des ambiances créées.

2.3.2. Espace agricole urbain comme dépolluant

Les terres agricoles peuvent exercer une action assainissante, comme autrefois les fermes dépolluaient les villes trop pleines des déchets. Elles peuvent notamment améliorer la qualité des masses d'air qui se déplacent entre les lieux pollués des agglomérations (Ciparisse, 1997).

Bien sûr, l'agriculture urbaine doit pouvoir doit pouvoir recourir de façon raisonnée aux pesticides, engrais et autres herbicides, sinon sa présence en milieu urbain devient plus une nuisance qu'un bienfait. Cependant, la pollution agricole urbaine aura tendance à moins se développer en ville car elle est moins facilement dissimulable et davantage susceptible d'affecter des personnes par rapport à l'agriculture en zone rurale.

23 2.3.3. Espace agricole urbain comme paysage

L'espace agricole urbain possède, auprès des citadins, également un statut de paysage. L'idée de paysage ne se limite pas aux jardins ornementaux, ni aux grandes étendues de nature vierge. En réalité, ce sont les espaces associant cultures diverses qui constituent la représentation la plus fréquente de l'espace rural et c'est cette image qui est aujourd'hui fortement valorisée.

Ainsi, le paysage, qui n'était qu'un sous-produit de l'agriculture, prend une valeur nouvelle et même prépondérante aux yeux des urbains. Le sous-produit « paysage » de l'agriculture en devient un co-produit sous la forme d'un aménagement agri urbain de la ville8.

2.3.4. Espace agricole urbain comme espace social

Les espaces agricoles urbains, sous la forme des jardins à usage collectif, agissent comme des lieux de socialisation lorsque se produisent des échanges (échanges de graines, de produits, de techniques, de conseils, de coups de main,...) tant à l'intérieur de la sphère familiale qu'à l'extérieur de celle-ci. Les cultivateurs apprennent aussi à s'y reconnaître ; entre membres d'une même communauté d'abord, puis la relation évolue en faveur d'une sociabilité élargie entre communautés (Van oort, 1994).

2.3.5. Espace agricole urbain comme espace d'apprentissage

De façon relativement théorique, les jardins à usage collectif peuvent conduire à trois types de formation qui se superposent souvent :

· l'auto-apprentissage, soit se former seul à partir de ce qu'on est et ce qu'on sait en cherchant en soi les ressources dont on a besoin ;

· l'hétéro apprentissage, soit se former au contact des autres par la rencontre, l'écoute et l'échange ;

· l'éco-apprentissage, soit se former au contact des éléments (l'eau, la terre, les plantes, le paysage) sans l'interférence d'un médiateur. Ce principe se met généralement en place de manière informelle.

8 Dans les villes des pays du Tiers-Monde, le concept de paysage pourrait constituer un moyen de positiver cette dynamique d'auto production du territoire souvent mal vue par les autorités, cette forme de ré appropriation du sol par ses habitants.

Les fermes en territoire urbain, souvent d'une grande valeur patrimoniale, peuvent constituer un outil pédagogique important. En effet, les bâtiments d'élevage, les serres et/ou les potagers attenants peuvent instruire les jeunes et moins jeunes sur les réalités agricoles comme sur les pratiques écologiques possibles.

Quant aux jardins agricoles, ils offrent le moyen de pratiquer un enseignement pluridisciplinaire et transversal aux enfants, et d'établir un lien entre les différentes disciplines scolaires et la vie courante. Ils sont un lieu d'apprentissage des savoirs, des savoirs- faire et des savoirs- être conduisant à la responsabilisation et à l'autonomie des enfants. Ils permettent de comprendre les rapports induits au vivant, au temps et au travail (cycle des plantes et des saisons, besoins du vivant,...). Les jardins constituent aussi un des rares lieux où la valeur du travail est inculquée de manière sensible aux jeunes.

2.3.6. Espace agricole urbain comme source de revenus

Les espaces agricoles au sein de la ville peuvent bien sûr être utilisés à des fins de production et de vente de légumes et fruits frais, de semences et de plantes d'agrément. Une autre dimension économique de l'espace agricole concerne l'autoconsommation.

Selon Raki (1991), les revenus des agriculteurs urbains, sont déterminés non seulement par la dimension des moyens de production, mais aussi par l'importance des ressources extérieures à l'exploitation, son environnement physique, le choix des spéculations. Ces revenus des agriculteurs urbains jouent un rôle déterminant dans l'équilibre économique de l'exploitation familiale. Ils permettent la couverture des besoins de consommation courante (besoins alimentaires, habillement, logement, dépenses de santé et d'éducation), mais également le financement du capital de production. Les recettes dérivant de la vente des produits maraîchers sont un complément important d'autres revenus. Nombreux sont les ménages qui tirent des revenus de la vente de ces produits, souvent comme gain d'appoint lorsque la solde salariale ne leur permet pas d'être autosuffisants toute l'année.

2.3.7. Espace agricole urbain comme espace vert

Les espaces agricoles urbains peuvent dès lors être considérés comme des espaces verts qui ceinturent dans les zones urbanisées. Il faut souligner ici que la création d'une ceinture agricole autour de la ville est un moyen de contenir l'étalement urbain.

2.3. Sécurité alimentaire

2.4.1. Concept et notion

Par définition, la sécurité alimentaire implique que tous puissent accéder en tout temps à la nourriture nécessaire pour avoir une vie saine et active

2.4.2. Dimensions de la sécurité alimentaire

En général, trois dimensions sont indispensables pour que soit assurée la sécurité alimentaire de tous

a. Au niveau de la production :

La production alimentaire doit être quantitativement et qualitativement suffisante pour la couverture des besoins alimentaires de l'ensemble de la population (Kinkela, 2001).

b. Au niveau des circuits de production

Selon Kinkela (2001), le flux doit être permanent et régulier entre la production et la consommation de sorte que les quantités des produits alimentaires et leurs prix soient maintenues constants ou mieux stables pendant une période suffisamment longue.

c. Au niveau du pouvoir d'achat de la population

Le pouvoir d'achat de la population doit être suffisamment élevé et permettre ainsi, à celle ci d'accéder aisément à une nourriture de bonne qualité et en quantité suffisante pour mener une vie active et saine.

2.4.3. Dimensions du problème de la faim

a. Distinction entre la famine et la malnutrition

Alors qu'il existe une abondante littérature sur la manière de définir les famines, chacun peut aisément la diagnostiquer, comme un feu ou une inondation, même s'il n'est pas armé d'une définition précise (Sen, 1981). Cependant, la pluralité de définitions permet de dégager un ensemble de six facteurs qui cernent le phénomène de famine et permettent de le distinguer des autres formes de carences énergétiques. Ces six facteurs sont les suivants : l'absence de denrées alimentaires ou l'impossibilité d'y accéder, le grand nombre d'individus concernés, la menace sur l'existence même des individus et de la mort massive, la longue durée du phénomène, une zone géographique donnée, et l'absence de toute organisation économique ou sociale permettant une assistance (Devereux et al. 1988).

Ainsi, la famine est définie comme une forme de malnutrition générale, prolongée et persistante, qui dure plusieurs mois et affectant la majorité d'une population rurale sur une zone plus ou moins étendue et qui provoque une totale désorganisation économique et sociale et la mort massive par inanition (William, 1985).

La malnutrition et la sous alimentation ne sont pas synonymes de famine. La malnutrition est définie comme « la condition phytopathologique provoquée par la carence en un ou plusieurs des nutriments essentiels que le corps ne peut pas produire et qui sont nécessaires à la survie de l'individu, à sa croissance et à sa reproduction, ainsi qu'à sa capacité de travailler, apprendre, occuper une fonction sociale » (Berg, 1987).

Lorsque les besoins protéo-énergétiques ne sont pas satisfaits, on parle de la malnutrition et de la sous-alimentation. Les chiffres moyens sont généralement situés entre 2100 kcal et 2500 kcal, soit une moyenne de 2300 kcal et de 78 g de protéines par personne et par jour (James et al. 1992). Ainsi, un regard sur l'alimentation quotidienne des ménages kinois permet d'apercevoir que le bilan tant calorifique que protéique s'avèrent tous déficitaires par rapport aux normes.

Il a été démontré que le bilan énergétique d'une personne adulte à Kinshasa est de 1.782 calories en moyenne contre un bilan protéique de 59 g par personne et par jour (MINAGRI, 1996). Il ressort de cette observation que l'insécurité alimentaire à kinshasa est une grave réalité à laquelle est exposée la population.

b. Différentes carences énergétiques

· la malnutrition chronique : se caractérise par la permanence d'un régime alimentaire déficient en certains nutriments (souvent les protéines et les vitamines) nécessaires à une activité physique normale (Kinkela (2001). On parle aussi de situation d'insécurité alimentaire chronique pour décrire les groupes de population souffrant en permanence d'un régime alimentaire déficient.

· la malnutrition saisonnière : se caractérise par une déficience temporaire du régime alimentaire. On parle alors d'insécurité alimentaire pour décrire l'impossibilité temporaire de certains groupes de population à accéder à des régimes alimentaires adéquats. Le phénomène de soudure est un exemple de ce type de malnutrition. Les groupes de population qui subissent une malnutrition chronique et qui peuvent être frappés par une impossibilité temporaire d'accès aux denrées peuvent subir une famine.

· la malnutrition «quotidienne et fluctuante» : caractérise certains groupes de population urbaine dans beaucoup de pays en voie de développement. Ces groupes souffrent

particulièrement de fluctuations de leurs revenus. Le taux de salaire réel faible et l'inexistence ou l'instabilité de l'emploi constituent les facteurs à l'origine de cette malnutrition.

En Afrique subsaharienne, la croissance de l'urbanisation et l'insuffisance des niveaux d'emploi peuvent conduire à l'apparition, à côté de cette malnutrition fluctuante et quotidienne, d'une malnutrition chronique (Azoulay et al. 1993).

2.4.4. Bilans d'approvisionnement alimentaire

Les bilans d'approvisionnement alimentaire de la ville de Kinshasa se présente dans le tableau 2 ci dessous.

Tableau 2 Consommations alimentaires annuelles per capita (calories et g de protéines), ville de Kinshasa, 1975-2000

Années

calories

protéines

1975

1.797

59,8

1986

1.506

46,8

1990

1.471

46,3

1995

1.438

44,0

2000

1.368

38,5

Sources: Houyoux, (1986), PNUD - SOCOMEG (2000)

On peut conclure à partir du tableau ci dessus qui nous renseigne sur la dégradation continue de la situation alimentaire à Kinshasa que déjà en 1990, la situation était mauvaise avec une consommation de 1.491 calories et 46 g de protéines seulement. Depuis l'année 2000, la situation est de l'ordre de 1.368 calories et 38,5 g de protéines, indice d'une insécurité alimentaire.

2.4.5. Insécurité alimentaire

L'insécurité alimentaire peut être appréhendée à plusieurs niveaux : Au niveau national, l'insécurité alimentaire peut apparaître en premier lieu lorsque la somme des disponibilités locale et des importations diminuées des exportations est inférieure à la demande alimentaire domestique.

Au niveau des ménages, l'insécurité alimentaire est naturellement liée à la question de la pauvreté, plus précisément au problème du niveau et de la stabilité du pouvoir d'achat des ménages. Elle dépend donc d'un ensemble de facteurs à savoir:

a) la disponibilité en biens (produits ou achetés) ;

b) le niveau et les fluctuations des prix des biens ;

c) le niveau et les fluctuations du revenu (Azoulay et al. 1993).

L'insécurité alimentaire relève à la fois des conditions de l'offre et de la demande et des différents facteurs qui sont :

· la réduction des disponibilités alimentaires par un accroissement de la population, par la guerre, par les troubles civils, les déplacements des populations et par les facteurs climatiques ;

· la mauvaise gestion de l'environnement conduisant à la détérioration des conditions physiques de la population ;

· le dysfonctionnement du marché, c'est-à-dire des processus de commercialisation (stockage, transport, transformation...) ;

· la mauvaise gestion gouvernementale et/ou des disfonctionnements politiques ou institutionnels ;

· l'insuffisance du « droit à la nourriture » des individus et des ménages ;

· les facteurs culturels.

C'est ainsi que nous considérons la sécurité alimentaire 9 comme un élément fondamental des moyens d'existence. Les produits maraîchers comprennent une grande variété d'aliments qui viennent compléter l'alimentation de la population.

Les personnes dont l'alimentation est précaire ne se limitent pas aux seuls groupes dont le régime alimentaire est déficitaire à un moment donné. Sont également concernées les personnes dont l'accès à l'alimentation n'est pas garanti ou restent vulnérables, celles dont le régime court le danger d'être insuffisant (FAO, 1999).

2.4. Contraintes liées au développement de l'agriculture urbaine

2.5.1. Disponibilitéfoncière

L'urbanisation sans cesse croissante hypothèque le développement de l'agriculture urbaine qui contribue à la création d'emploi, participe à la sécurité alimentaire, et à l'amélioration du cadre de vie à travers la création de ceinture verte et utilisation des ordures des villes comme fertilisant du sol. Les agriculteurs urbains se heurtent au problème de lotissements de la part des autorités municipales. Ces lotisseurs ignorant l'importance de l'agriculture urbaine, adoptent une attitude de désinvolture face à la question de lui faire de la

place dans les lotissements. Parfois même lorsque des places sont prévues, elles finissent par être détournées à d'autres fins.

2.5.2. Difficultés d'accès au crédit

Les agriculteurs urbains sont également confrontés à un autre goulot d'étranglement qui est celui du financement de leurs activités étant donné qu'ils sont de simples squatters des terres qu'ils exploitent. Ils ne disposent pas non plus pour la plupart des fonds nécessaires pour s'équiper en matériel de production. Aucun système de crédit ne les reconnaît jusque là comme étant des partenaires valables. Les banques et autres structures d'épargne et de crédit ne font encore aucun clin d'oeil à l'agriculture urbaine.

2.5.3. Difficultés naturelles et techniques.

Le maraîchage est confrontée à plusieurs contraintes liées aux conditions naturelles et techniques telles que : sol, climat, hydrographie, intrants agricoles (semences, engrais, produits phytosanitaires), l'outillage et matériel, la technologie ainsi que le facteur humain.

3. FILIERE MARAÎCHERE DANS LA VILLE PROVINCE DE KINSHASA

3.1 Définitions

Le concept « filière » selon Ledent (1986) cité par Lebailly et al. (2000) désigne l'ensemble des actes de production, transformation, distribution relatifs à un produit ou à un groupe de produits homogènes (fruits, légumes) et concourant à la satisfaction d'un même besoin final de la consommation. Selon le même auteur, « il apparaît que le concept de filière et ses champs d'application diffère selon l'angle sous lequel on s'y intéresse et les utilisations que l'on veut en faire ».

La filière maraîchère à Kinshasa relève de l'horticulture et son objectif est d'assurer la production et la commercialisation des légumes. C'est une activité dominée par une diversité des légumes. Selon Moustier (1990), les systèmes de culture dans les périmètres maraîchers de Kinshasa comportent des variations dont les caractéristiques sont les suivantes :

· légumes- feuilles de cycle court (moins d'un mois) : amarante, feuilles de patate douce ;

· légumes- feuilles de cycle long; c'est le cas de : ciboule, chou chinois, morelles, oseille,

· les légumes de type tempéré ; notamment aubergines violettes, chou, concombre, haricots verts, carottes, l'oignon et tomate produits à des faibles quantités à Kinshasa et dont le maximum de production provient plus de la province voisine du Bas Congo.

Le tableau 2 ci-dessous identifie les différentes spéculations pratiquées dans les périmètres maraîchers de Kinshasa. Nous en donnons à la fois les noms scientifiques, les noms français ainsi que les noms vernaculaires.

Tableau 3 : Identification des légumes cultivés dans les périmètres maraîchers de Kinshasa

Nom scientifique

Nom français

Nom vernaculaire

Solanum esculentum

Aubergine amère et douce (feuilles et fruits)

Bilolo

Amaranthus sp

Amarante

Biteko teko

Abelmoschus esculentus

Gombo

Dongo dongo

Ipomea batatas.

Patate douce (feuilles)

Matembele

Hibiscus sabsariffa

Oseille

Ngai ngai

Brassica sp

Pointe noire (proche de chou de chine)

Nkovi

Basella alba

Baselle

Pinale

Capsicum annuum

Petit piment fort

Pili pili

Allium fistulosom

Ciboule

Ndembi

Manihot utilissima

Feuille de manioc

Pondu

Source : Auteur, 2004

3.2. Productions maraîchères

3.2.1. Superficies allouées à la production de légumes à Kinshasa

En 1954 Kinshasa recensait 28 ha consacrés à la production de cultures maraîchères, alors qu'en 2002, le rapport annuel des activités du SENAHUP indique une superficie totale de 700,50 ha exploitée pour une moyenne de 0,04 ha soit 4 ares ou 400 m2 par exploitant.

3.2.2. Typologie de légumes produits à Kinshasa

Par définition, un légume est une plante herbacée dont une partie est comestible: feuille (amarante), fleur, fruit (Gombo, tomate, aubergine), graine (haricot vert), racine (carotte), tige (céleri) ou tubercule (patate douce) (Kroll, 1994).

Selon qu'une de ses parties est consommée en épinard ou en salade, on distingue trois grands types de légumes, séparant toutefois les légumes feuilles des légumes fruits et racines telles qu'indiquées dans le tableau 3 ci dessous et illustrés sur les photos 1, 2 et 3 ci-contre.

Tableau 4 : Typologie de légumes produits à Kinshasa et leur occupation de sol

Catégories

Légumes types

% d'occupation

1. Légumes feuilles

- Amarante

18

 

- Feuilles de Patate douce

25

 

- Ciboule

18

 

- Feuilles de manioc

15

 

- Autres

01

Sous total

 

87

2. Légumes fruits

- Aubergine

05

 

- Tomate

03

 

- Gombo

03

Sous total

 

11

3.Légumes racines

- Carotte

02

Sous total

 

02

TOTAL GENERAL

 

100

Source : Auteur, 2004 sur base des données du rapport annuel d'activités du SENAHUP/2002.

D'après cette typologie et tenant compte de l'occupation de sols de chaque type de légumes, la production légumière s'oriente essentiellement vers la culture des légumes feuilles (87%), suivis des légumes fruits (11%) et les légumes racines (2%). L'occupation du sol de ces trois types de légume est illustrée dans la figure ci -dessous.

Parmi les légumes feuilles, il y a lieu de signaler la prédominance de l'amarante (28%), suivi des feuilles de patate douce (25%), et de la ciboule (18%). Les feuilles de manioc (15%) cultivées surtout pour ses tubercules qui font partie des cultures vivrières, intègrent en partie la filière maraîchère.

Les légumes fruits sont dominés par l'aubergine violette (5%), la tomate (3%) ainsi que le gombo (3%). Quant aux légumes racines, ils sont représentés par la carotte avec 2% d'occupation du sol.

Occupation du sol par différents légumes cultivés à
Kinshasa

11% 2%

87%

Légumes feuilles Légumes fruits Légumes racines

Figure 2. Occupation du sol par différentes catégories des légumes cultivés à Kinshasa 3.2.3. Facteurs régissant l'établissement des cultures maraîchère à Kinshasa

Les plus importants facteurs qui régissent l'établissement des cultures maraîchères sont les suivants : le climat, la topographie et le sol.

3.2.3.1. Climat

L'un des facteurs déterminant les possibilités de l'agriculteur maraîcher est le « climat » qui représente la clef de toute culture en indiquant les régions à vocation légumière. Les différents facteurs du climat sont extrêmement nombreux. Mais tous ne présentent pas la même importance pour le maraîcher. La température, la pluie et l'hygrométrie de l'air ont chacune son importance. Mais de ces facteurs, la température est de loin la plus importante. Car on peut remédier à la déficience de la pluviométrie par l'irrigation (Mobambo, 1997).

3.2.3.2. Sol

Les sols influent doublement sur les cultures, ceci en raison de leurs compositions chimiques et physiques. Celles-ci peuvent être modifiées par drainage, par amendement et par des méthodes culturales.

pour les cultures maraîchères. Ces sols étant fréquemment placés dans le bas fonds des vallées abritées présentent des conditions idéales pour la majorité des cultures délicates.

3.2.3.3. Topographie

Les terrains bas menacés par les inondations ou par les eaux de ruissellement, les terres mouillées ou marécageuses ne peuvent être utilisées qu'après leur assainissement par drainage (photo 4 ci-contre).

Une faible pente est favorable car elle permet la distribution des eaux par irrigation telle qu' illustrée sur la photo 5 ci-contre qui montre les grands efforts fournis par les maraîchers kinois pour lutter contre la dépendance alimentaire.

3.2.4. Facteurs de production dans la filière maraîchères à Kinshasa

Comme toute autre activité de production, les productions maraîchères nécessitent une certaine maîtrise des conditions naturelles. La nature fournit les matières qui, transformées par le travail et le capital seront aptes à la satisfaction des besoins.

3.2.4.1 Terre

Relativement au régime foncier, la loi de 197310 donne théoriquement la propriété exclusive de la terre à l'Etat et supprime les droits des anciens chefs de terre. Or, en pratique on constate qu'il y a souvent un mélange de pouvoir entre l'administration et les autorités coutumières. En effet, ces dernières essaient souvent de conserver leur pouvoir en obtenant les concessions de leurs anciens territoires. Pour obtenir cette concession, elles doivent faire preuve de la mise en valeur des sols. Ce qui conduit souvent à une occupation sommaire de ceux -ci. Cette occupation rudimentaire des terres devient parfois très gênante pour la réalisation d'aménagements agricoles ou urbains, ainsi que pour l'aménagement de centres maraîchers.

Elle constitue le premier facteur de production et sa valeur à cet égard est très variable selon la nature du sol, le climat, les possibilités d'irrigation et de fertilisation, etc. A lui seul, la terre n'est pas suffisante selon Piclet cité par Cishugi (1998), car il suppose le travail. Les volumes des productions maraîchères varient bien entendu selon les superficies des exploitations et celles des plates-bandes ainsi que le nombre de ces dernières.

10 La loi BAKAJIKA de 1973 consacre la propriété exclusive de la terre à l'Etat Congolais.

3.2.4.2. Travail

Le travail reste le second facteur et se rapporte aux différentes tâches agricoles qui sont : le labour, l'enfouissement de la matières organique, le semis, le sarclage, la récolte, etc. Economiquement, le travail est un effort conscient en vue de produire un bien ou un service.11

Trois conditions sont nécessaires pour qu'il ait travail :12 l'effort physique et spirituel, la conscience et la productivité.

3.2.4.3. Capital d'exploitation

En vue d'assurer la production, le maraîcher doit disposer des frais pour les achats divers: les outils et autres instruments aratoires qui font partie du capital d'exploitation, sans oublier les achats courants composés de semences et intrants connexes. Le capital constitue d'une manière générale la richesse d'une exploitation en dehors du travail et de la terre.

Quant aux intrants agricoles, il y a lieu de préciser ce qui suit :

a) Semences

Au début des années 80, le P.M.P. assurait la production de quantités non négligeables de semences pour certains légumes- feuilles, notamment pour l'amarante, l'oseille, les feuilles de patate douce, et la pointe noire. Ce sont des légumes purement congolais. Actuellement, cette production par le P.M.P. est devenue quasi nulle et les maraîchers sont obligés d'acheter leurs semences au magasin des coopératives ou chez des marchands extérieurs au projet.

En général, les maraîchers pratiquent aussi un peu d'autoproduction de semences. Dans ce but, ils laissent monter en graines quelques pieds, souvent en bord de parcelle. Cette possibilité est cependant réduite pour certains légumes qui « dégénèrent » rapidement dans les conditions locales, notamment pour les légumes de type européen.

b) Produits et problèmes phytosanitaires

D'après le rapport phytopathologique du service spécialisé, les problèmes majeurs

sont :

11 KALALA, P. et LANDU, M., Manuel d'économie politique, Centre de recherche interdisciplinaire sur la gestion et le développement (CRIGED), ISC/Gombe, Kinshasa, 1996, p.36.

12 Idem.

· les fontes de semis causées par divers agents pathogènes principalement : Pythium aphanidermatum, Rhizoctonia solani et Sclerotium rolfsii , qui occasionnent de graves pertes en saison des pluies ;

· les attaques par différents insectes (surtout des chenilles défoliatrices et des punaises) pouvant localement être responsables d'importantes pertes ;

· les différentes maladies cryptogamiques s'attaquant aux diverses cultures (le cas le plus grave semble être l'attaque d'Alternaria sp. sur l'oseille).

Il faut souligner que les légumes de types européens posent beaucoup plus de problèmes phytosanitaires et que leur culture durant la saison des pluies est quasi impossible sans artifices financièrement et techniquement difficile à envisager.

c) Fertilisants

Vu le cycle court de la plupart des légumes cultivés, il est préférable d'utiliser un engrais rapidement assimilable mais l'inconvénient est alors qu'il faudra avoir soin d'en apporter fréquemment et que chaque dose soit fonction des besoins réels. Mais le coût des engrais chimiques pose des problèmes et peuvent être remplacé par les fertilisants organiques.

Cet apport de matière organique ou engrais biologique (le compost) est d'autant plus important que les sols très sablonneux de la région de Kinshasa ont naturellement une teneur faible en argile et humus, ce qui se traduit par une faible capacité de rétention des substances nutritives et de l'eau.

Les principales fumures organiques utilisées ne sont autres que : le compost, les parches de café, drèches de brasserie, les feuilles de manguier, ainsi que différentes plantes herbacées.

Relativement aux fumures organiques, il est important de souligner que les ordures étant constitués de près de 80% de matières organiques biodégradables CRB, (1999), peuvent être utilisées pour résoudre le problème de la dégradation de sol.

d) Petit outillage

La plupart des agriculteurs cultivent leurs terres avec des instruments manuels, dont des houes en métal, des machettes, fourche, râteau, binette, arrosoir, brouette et éventuellement le pulvérisateur. D'une manière générale, on constate que le matériel utilisé est assez vieux, ce qui résulte de l'investissement assez important que constitue l'achat de

nouveau matériel, mais aussi d'un certain manque de disponibilité de matériel de bonne qualité.

3.2.5. Rendements des cultures maraîchères à Kinshasa

L'offre en légumes dans la ville de Kinshasa provient principalement d'un grand nombre de sites maraîchers de la ville. Ces sites sont constitués en périmètres maraîchers encadrés et non encadrés

Par rapport aux rendements de ses cultures types, le tableau 4, ci après démontre que l'aubergine reste le légume qui produit plus de kg par unité de surface exploitée soit 60 kg/ 20m2, en raison de 30 t/ha, suivi de l'Amarante 40 kg/20 m2, soit 20 t/ha, l'Oseille 30 kg/ 20m2 soit 15 t/ha, enfin la Gombo et la Carotte 12 kg/20m2 soit 6 t/ha pour chacun.

Tableau 5. Rendements moyens en kg de quelques légumes par planche de 20 m2

Cultures

Amarante

Oseille

Aubergine

Gombo

Carotte

Production (kg)/20m2

40

30

60

12

12

Production (t) /Ha

20

15

30

6

6

Source : SENAHUP, 2002.

3.2.6. Acteurs impliqués dans la production maraîchère à Kinshasa

L'activité du maraîchage est exercée en grande partie dans les sites encadrés par les services spécialisés du ministère de l'agriculture et du développement rural. L'encadrement des maraîchers dans ces sites est du ressort SENAHUP.

Elle est en plus caractérisée par une diversité des acteurs qu'on peut bien rencontrer en milieu urbain et périurbain, et dont les activités se déroulent dans un environnement plurisectoriel (Anonyme, 1982).

3.2.6.1. Maraîchers producteurs

C'est une catégorie d'acteurs pour laquelle le maraîchage constitue la seule, si non la principale source de revenus. On rencontre dans cette catégorie des maraîchers dits professionnels, des ménagères, et des retraités, des chômeurs, etc. Ces acteurs ont généralement les caractéristiques communes ci après :


· habitats précaires et charges de familles importantes ;


· pratique du maraîchage dans les bas fonds marécageux, c'est la cas du site de CECOMAF, TWENGE, MANGO et les autres.

3.2.6.2. Ouvriers agricoles

Selon Agel et al. (1985), cette catégorie des acteurs est dominée par des personnes qui, ne disposant pas de terre cultivable, et ne peuvent ni en acquérir, ni la louer. Ce sont le plus souvent les femmes nouvellement arrivées dans le milieu et qui exécutent des travaux de défrichement, désherbage, et sont payées régulièrement à la tâche qui constitue un complément monétaire nécessaire pour faire vivre leur famille.

D'autres sont des élèves, des étudiants et des apprentis (d'une branche non agricole) qui offrent leurs services pour les arrosages journaliers des légumes, ce qui leur permet d'acheter le matériel scolaire et l'uniforme, ou de payer l'apprentissage. L'ouvrier agricole se caractérise d'abord par sa mobilité. Il lui arrive de quitter son patron, parce que celui-ci ne parvient pas à le payer à cause de la mévente ou d'une mauvaise planification, ou par manque de fonds de roulement. L'ouvrier ne s'intéresse pas vraiment à son travail, son souci étant la survie. De ce manque d'intérêt découle souvent un ouvrage bâclé, d'où une baisse de la production pour l'entreprise, donc peu de rentrées pécuniaires et peu ou pas de salaire pour les ouvriers. Ceux-ci s'en vont alors voir ailleurs. La situation financière du producteur maraîcher demeure fragile, car elle est non seulement liée à un entretien aléatoire de ses cultures, mais aussi aux irrégularités du climat et aux vols.

3.2.6.3. Agriculteurs occasionnels

C'est une catégorie composée à la fois des hommes et des femmes pour qui l'activité agricole en milieu urbain constitue une seconde activité et est menée soit sur leur propre parcelle de terrain non bâti ou partiellement bâti, soit sur des parcelles en location dans les exploitations agricoles libres (Anonyme, 1987).

3.2.6.4. Fournisseurs d'intrants agricoles

Cette catégorie regroupe les services spécialisés du ministère de l'agriculture et du développement rural notamment le service national de semences, le service national des fertilisants et des intrants agricoles. Il y a lieu de signaler aussi les commerçants grossistes et spécialisés dans la vente des intrants, les demi grossistes et même les détaillants. Les engrais chimiques, pesticides, semences et les petits matériels agricoles constituent l'essentiel de leurs marchandises.

3.2.6.5. Structures d'appui

Il s'agit d'une part du ministère de l'agriculture par le biais du service national pour le développement de l'horticulture urbaine et péri urbaine en charge de l'encadrement agricole ; et d'autre part, les structures de recherches telle que la FAO, le PNUD qui mènent des programme de recherche appliquée en zone urbaine, dans divers pays suivant les priorités et la législation de chaque pays.

Il y a aussi les ONGD. C'est le cas à Kinshasa de FOLECO, SOLAGRI. Ces ONGD offrent un ensemble de services en matière de conseils spécialisés avec un réseau de cabinets de consultance en gestion comptable ainsi que de mise en place des exploitations, des technologies appropriés et d'aide à la commercialisation des produits issus des exploitations.

3.2.7. Principales difficultés liées à la production maraîchère

Les principales difficultés rencontrées dans la production maraîchère à Kinshasa selon les enquêtes menées par Kinkela, 2001 sont entre autres :

- les coûts élevés des intrants, notamment les engrais et les semences ;

- le cas permanent de vol des légumes ;

- les intempéries tels que l'inondation et l'ensablement des cultures ;

- l'approvisionnement en eau d'arrosage, ceci concerne les sites placés loin d'un point d'eau, ou sans raccordement de la régie de distribution d'eau.

3.3. Commercialisation des produits maraîchers à Kinshasa

3.3.1. Bases de fixation de prix de vente d'une plate bande

Le prix de vente des produits maraîchers dépend en premier lieu de la demande du marché. Celui ci est déterminé par le marchandage des clients (acheteurs) . En deuxième lieu vient la qualité du produit. La perte de qualité peut intervenir si les produits maraîchers demeurent en place après la maturité. Il faut signaler enfin que le coût de production vient en dernier lieu dans la fixation du prix et d'ailleurs ce coût n'est pas maîtrisé par le maraîcher.

3.3.2. Evolution des prix des légumes au producteur

Les produits maraîchers se vendent sur plate bande de 20m2. L'évolution des prix au producteur par légumes types, est indiquée dans le tableau 6 et figure 3 ci-dessous.

Tableau 6. Évolution des prix des légumes produits à Kinshasa (U$ / Plate bande de 20 m2)

Années

Cultures

1990

1991

1994

1996

1998

2000

2002

Prix moyen

Amarante

08

08

11

10

12

09

08

9,4

Feuilles de patate douce

05

06

08

06

06

05

05

5,8

Ciboule

12

10

13

12

13

12

12

12,5

Aubergine

12

12

14

13

13

12

12

12,5

Oseille

08

09

10

09

11

09

07

9

Gombo

10

09

12

09

12

10

09

10,1

Epinard

10

10

11

10

11

09

09

10

Pointe noire

04

05

06

05

05

04

04

4,7

Source : FAO, 2002

Le tableau 6 ci-dessus, indique l'évolution de différents prix des légumes : Il en ressort que l'amarante (9,4$/20 m2) ; l' oseille (9$/20 m2) ; feuilles de patate douce (5,8$/20 m2 ) ; et pointe noire (4,7$/20 m2 ) ; bien que largement cultivées dans les périmètres maraîchers de Kinshasa ainsi que dans les jardins de case, ils constituent une catégorie des légumes feuilles à faible importance économique lorsqu'on les compare aux légumes fruits tels que l'aubergine (12,5$/20 m2 ) et le gombo. (10,1$/20 m2). Mais, il est utile de signaler la grande valeur économique de Ciboule (12,5$ / 20 m2) parmi les légumes feuille alors que l'amarante est plus cultivé à cause de son cycle végétatif très court (21-28 jours) et permet une récolte régulière par mois.

La figure 3 ci dessous présente correctement les tendances et fluctuations spécifiques et générales observées dans les prix des légumes produits à Kinshasa durant la période allant de 1990 à 2002.

16

14

12

10

8

6

4

2

0

1990 1991 1994 1996 1998 2000 2002

Année

Amarante Feuilles de patate douce Ciboule Aubergine

Oseille Gombo Epinard Pointe noire

Figure 3 Évolution des prix des légumes cultivés à Kinshasa

Source : FAO, 2002

Par rapport au prix des années 1990, on remarque à partir de la figure ci dessus, une augmentation de prix entre 1993 et 1994 puis la même situation s'observe encore entre 1997 et 1998 à cause de la réalité politique instable dans le pays, c'est à dire les pillages d'une part et la guerre de libération d'autres parts.

3.3.3. Caractéristiques de la filière maraîchère à Kinshasa.

Il est évident que le commerce de légumes se trouve dans le secteur informel en raison de la structure de la production horticole, souvent en milieu urbain. Les circuits de commercialisation contiennent quatre chaînes de vente, comme le démontre les enquêtes effectuées par Goossens (1994) en RDCongo:

Le producteur vend les produits bord champs, par « plate bande de 20m2 » au grossiste collecteur qui se charge lui même de la récolte qu'il vend à son tour au grossiste et celui ci revend au demi grossiste puis au détaillant avant d'arriver au consommateur. Le maraîcher producteur évite, en se soumettant à ce circuit ; les risques de commercialisation, parfois, ils récoltent les produits et les vend directement soit aux détaillants, soit aux consommateurs.

3.3.3.1. Consommateur urbain

C'est une catégorie à qui sont destinés les produits maraîchers. Le consommateur fait ses achats de légumes chaque jour ou tous les deux jours. La consommation des légumes est dominée par les ingrédients du plat traditionnel africain: notamment les légumes feuilles, (amarante, épinards, feuilles de manioc, feuilles de patates douces), légumes fruits, (la tomate locale) et légumes racines.

3.3.3.2. Liaison consommateur- producteur

La liaison entre la consommation et la production s'effectue essentiellement par les marchés, même si l'auto -consommation ne doit pas être négligée.

La chaîne d'approvisionnement du producteur au consommateur passe par le grossiste collecteur (soit grossiste et demi grossiste) puis par le détaillant.

3.3.3.3. Distribution des produits maraîchers à Kinshasa.

Dans le système de distribution relativement complexe de Kinshasa, le consommateur peut acheter ses légumes en s'adressant aussi bien au détaillant, au demi grossiste qu'aux grossiste. Schème type de la filière de commercialisation de légume dans la ville de Kinshasa se présente dans la figure ci dessous.

Producteur

Grossiste collecteur

Grossiste

Demi-grossiste

Détaillant

Consommateur

Figure 4 Schèma type de la filière de commercialisation de légume dans la ville de Kinshasa Source : Auteur 2004, sur base des enquêtes effectuées par Goossens en 1994

De la production à la consommation ; le produit maraîcher passe par le grossiste collecteur, au détaillant puis au consommateur soit du grossiste collecteur, le produit transite par le grossiste, puis le détaillant en passant par le demi grossiste avant d'arriver au consommateur. Ces deux possibilités sont d'usage courant tel qu'indiqué dans le schéma type ci-dessus.

3.3.4. Principales difficultés rencontrées dans la commercialisation des légumes

La difficulté déterminante qui en découle est la commercialisation. En effet, le maraîchage est une activité marchande qui oblige le producteur à entrer dans le circuit d'échange et à assumer la relation production- vente avec son milieu. La commercialisation est effectuée en majeure partie par des femmes. La commerçante vient spontanément dans les

jardins et achète les légumes à la planche ou au panier, ne prenant souvent qu'une sorte de légume par maraîcher. Elle achète à crédit et ne revient payer le producteur que lorsqu'elle a vendu toute sa marchandise (elle remet alors une somme d'argent souvent inférieure au contrat arrêté avec le producteur). La grossiste, en particulier, agit de cette façon quand la commercialisation est difficile, laissant les invendus à la charge du maraîcher, ou simplement parce que l'argent a été utilisé pour autre chose. Il faut aussi signaler que la clientèle est exigeante pour le prix, la baisse de prix en saison sèche, la fluctuation de la monnaie et le cas permanent de vol des légumes (Kinkela, 2001).

3.4. Consommation des légumes dans la ville de Kinshasa

La Consommation des légumes dans la ville de Kinshasa est de l'ordre de 24 kg par tête d'habitant. Nkwembe (2002).

Consommation des légumes produits à Kinshasa (1975-2000)

25,2

25

24,8

24,6

24,4

24,2

24

1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005

Légumes

Années

Sources: Houyoux (1986), PNUD - SOCOMEG (2000) et Nkwembe (2002).

Figure 5. Consommation des légumes par tête d'habitant à Kinshasa (1975-2000)

3.5. Approche genre dans la filière maraîchère à Kinshasa

Selon Yepez (2001), l'approche du genre abordée dans notre recherche permet d'apprécier les interactions entre hommes et femmes dans le changement de processus environnemental. Cette approche permet également de comprendre les diverses manières des femmes, de gérer socialement et économiquement les ressources. Dans la plupart des communautés kinoises, on considère trop souvent comme un dû les avantages énormes que la société tire des activités produites par les femmes à travers les petites activités productives.

L'approche genre adaptée dans cette recherche permet d'analyser la manière dont la femme s'intègre et participe à ce processus pour contourner la crise socio-économique que traverse la population kinoise. La femme kinoise est une perle à multiples facettes. C'est un maillon de ce qu'on pourrait nommer une véritable nouvelle société. Elle est celle « qui lutte au quotidien pour la survie des enfants. Celle qui, dès l'aube, va travailler la terre, vendre sa récolte et revenir au crépuscule pour nourrir sa famille. La véritable mère est cette femme qui se définit non pour la mise au monde, mais aussi pour l'entretien, la protection, le sens de la dépossession de soi, l'ascèse et le devoir de donner un peu d'espérance à sa progéniture » Gillers (1992).

En 2002, l'activité maraîchère était répartie à travers toute la ville de Kinshasa dans 60 sites, avec un effectif total de 18.831 exploitants parmi lesquels on retrouve à la fois les femmes (55,1%) et les hommes (45%) tel que signalé dans l'annexe 1et dans la figure 5 ci après .

En effet, les femmes, tout en jouant leur rôle vital de mère de famille et d'éducatrices d'enfants, constituent l'essentiel de la main d'oeuvre de ce secteur maraîcher urbain.

55%

Proportion des hommes par rapport aux femmes dans la
filière maraîchère à Kinshasa

45%

Hommes Femmes

Figure 6. Proportion d'hommes et de femmes dans la filière maraîchère à Kinshasa

Dans cette considération du genre, il y a lieu de signaler que les femmes effectuent la part la plus importante des travaux culturaux, se chargent entièrement de la commercialisation des produits, et l'assainissement de la parcelle leur incombe totalement.

Traditionnellement, et surtout depuis les pillages de 1991 et 1993 qui ont paralysé tous les secteurs de la vie du pays, l'économie domestique est actuellement tenue par les femmes. Ces dernières exercent des activités génératrices de recettes et pourvoient le plus souvent

grâce à leurs activités agricoles, à l'habillement, aux frais de scolarité et des soins médicaux des enfants. Le résultat le plus positif sera sans aucun doute la revalorisation de leur rôle.

Les contraintes sont nombreuses : difficultés d'accès au matériel et aux intrants, aux services agronomiques, au crédit, aux formations, à la jouissance d'un champ. Une sorte de cercle vicieux : les filles sont retirées de l'école faute des frais et envoyées aux champs pour vendre les récoltes du maraîchage. L'activité dominante des femmes dans les champs urbains à Kinshasa n'est pas sans contrepartie, remarque Waas. E (1995). Au-delà de leur rôle social (assurer la sécurité alimentaire du ménage), elles y trouvent une possibilité de s'affranchir de la tutelle financière de leur mari ou compagnon.

3.6. Avantages de la filière maraîchère à Kinshasa

Le maraîchage face aux autres activités de production permet, non seulement de combler les déficits des autres activités de production locale (agriculture, exploitation de bois d'oeuvre, etc.), mais surtout de compléter d'autres sources d'intrants et de revenus de subsistance des populations locales. L'objectif primordial étant d'améliorer leurs conditions de vie.

Parmi les avantages retenus pour cette filière, on distingue :

l'apport à la sécurité alimentaire ;

la protection de l'environnement ;

l'accroissement des revenus et création d'emploi ;

la contribution partielle à la durabilité de la ville.

3.6.1. Apport à la sécurité alimentaire

Aujourd'hui, la difficulté qu'il y a à se nourrir à Kinshasa de nos jours atteint un degré jamais atteint dans le passé. Selon Tollens E (2004), cette situation alimentaire que connaît actuellement Kinshasa est due davantage à la pauvreté qu'à l'inefficacité du système d'approvisionnement alimentaire. Les organismes d'aides étrangères et les organisations humanitaires ont fait régulièrement état de malnutrition parmi la population. Les Kinois ne mangent plus qu'une fois par jour, quand ce n'est pas une fois tous les deux jours. L'évaluation de la pauvreté par la méthode d'équilibre calorifique (où le seuil est fixé par la FAO à 2.300 calories en moyenne par jour et par adulte ), établit que le congolais moyen ne disposerait que de 1.830 calories /jour (PNSAR, 1997).

Selon Mougeot (2004), les produits maraîchers présentent un certain nombre d'avantages comparatifs par rapport à d'autres produits agricoles dans le contexte de la culture en zone urbaine :

· une grande diversité des espèces et des variétés ;

· un potentiel de rendement par unité de temps et par unité de sol très élevé ;

· une croissance rapide ;

· une haute intensité de main d'oeuvre ;

· une valeur marchande élevée ;

· des qualités nutritionnelles et la santé.

La contribution de ces produits maraîchers vise la meilleure sécurité alimentaire, l'accroissement des revenus et, en cas de vulnérabilité à la suite des désastres agricoles et autres, d'en réduire les dégâts.

Pour ce faire, l'agriculture urbaine s'adapte facilement à la stratégie de sécurité alimentaire des consommateurs et notre étude démontre que la filière maraîchère permet une disponibilité quantitative et qualitative des produits maraîchers.

Pour ce qui est de l'aspect qualitatif, nous nous sommes référés à la composition d'une bonne alimentation afin de mieux éclairer le lecteur sur ce que l'on entend par « une nourriture qualitativement et quantitativement suffisante pour mener une vie saine et active ».

En effet, cette alimentation équilibrée comprend selon Dupriez et al. 1987 une série d'élément dont les plus importants sont les glucides, les protéines ou protides, les vitamines et les sels minéraux. Chacune de ces substances joue un rôle dans la construction, l'entretien et l'activité de l'organisme vivant. Et pour être réellement bien nourri et en bonne santé, l'homme doit retrouver dans son alimentation un ensemble équilibré de ces substances.

Ainsi, le tableau suivant donne une idée sur la valeur alimentaire et nutritionnelle des légumes par 100 g de matière comestible

Tableau 7. Valeur alimentaire et nutritionnelle des légumes par 100 g de matière comestible

A. Légumes feuilles

Cultures

Matières nutritives comestibles

Eau g

Protéine g

Cellulose g

Calcium mg

Fer mg

Carotène mg

Vitamine C mg

Valeur énergétique

100g

 

Kj

Kcal

Amarante

84-89

3,6-4,6

1,3-1,8

154-410

2,9-8,9

5,7-6,5

64

108

26

Basella

94

1,6

0,6

106

1,6

3,5

86

83

20

B. Légumes fruits

Cultures

Matières nutritives comestibles

Valeur énergétique

Eau
G

Protéines
G

Cellulose
g

Calcium
Mg

Fer
mg

Carateine
Mg

Vit C
Mg

Autres Vitamines (mg)

Kj

Kcal

Thiamine
(B1)

Riboflav
ine (B2)

Niacine
(PP)

Aubergine

92

1,6

1,5

22

0,9

-

6

0,08

0,07

0,7

108

26

Gombo

90

1,8

0,9

9,0

10

0,1

18

0,07

0,08

0,8

129

20

C. Légume Racine

Culture

Matières nutritives comestibles

Valeur
énergétique

Eau
G

Protéines
G

Cellulose
G

Calcium
Mg

Fer
mg

Carateine
Mg

Vit C
Mg

Thiamine
(B1)

Riboflavine
(B2)

Niacine
(PP)

Kj

Kcal

Carotte

89,6

1,1

0,9

3,6

1,2

4,2

8

0,06

0,05

0,7

154

37

Source : Auteur 2004, sur base des données de Lannoy (2001)

Il ressort de ce tableau que les légumes feuilles locaux cultivés à Kinshasa occupent une place de choix étant donné leurs propriétés intéressantes notamment, une croissance rapide, une facilité de production et une haute valeur nutritive. En terme de contribution à la sécurité alimentaire, la filière maraîchère s'illustre principalement par l'amarante qui représente le plus grand pourvoyeur en éléments nutritifs de tous les légumes cultivés dans les périmètres maraîchers de Kinshasa. Ses feuilles représentent entre 60 à 76% du poids frais des pousses, riches en protéines (3,6-4,6%) et en vitamines C (64 mg par 100g de matière comestibles).

Quant aux légumes fruits, une légère supériorité de gombo en protéines (1,8g/100g) et

en vitamine C (18 mg) par rapport à l'aubergine (1,6 g de protéine et 6 mg de vitamine

C/100g). La Carotte pour ce qui est des légumes racines, possède 1,8 g de protéine et 8 mg de vitamine C/100g.

En ce qui concerne la valeur énergétique, les légumes feuilles sont représentés par l'amarante (108 kj/100g et 26 kcal/100g), et les légumes fruits par le gombo (129 kj/100 et 20 kcal/100g) et l'aubergine (108 kj/100g et 26 kcal/100g) en plus de ses facultés de lutte contre les insectes et les nématodes. La plus grande valeur énergétique se rencontre dans la catégorie des légumes racines avec la carotte qui possède 154 kj/100g et 37 kcal. A côté des macro - nutriment, à savoir les glucides, les protéines, les lipides, l'organisme a besoin de micro- nutriments dont les apports sont nécessaires en quantité minimes mais indispensables qu'on peut facilement retrouver dans les légumes .

Du point de vue nutritionnel, l'apport proto énergétique des légumes (100g) produits à Kinshasa se présente dans les figures ci après :

Apport protéique des légumes (100g) à la sécurité alimentaire.

18%

16%

Amarante Basella Aubergine Gombo Carotte

11%

16%

39%

Figure 7. Apport protéique des légumes divers (100g) à la sécurité alimentaire Source : Auteur, 2004

20%

Apport énergétique des légumes (100g) à la securité

alimentaire 20%

16%

28%

16%

Amarante Gombo Basella Carotte Aubergine

Figure 8 Apport énergétique des légumes divers (100g) à la sécurité alimentaire Source : Auteur, 2004

De ce qui précède, la contribution des légumes divers produits à Kinshasa, en calories et en protéines par tête d'habitant se présente enfin dans la figure ci après :

Figure 9 Contribution (par tête d'habitant) des légumes produits à Kinshasa à la sécurité alimentaire

Contribution (par tête d'habitant) des légumes produits à
Kinshasa à la sécurité alimentaire

1,3 kcal

8,1g

Calories en Kcl Protéines en g

Source : Auteur, 2004 calculs effectués sur base des données de Houyoux (1986), PNUD - SOCOMEG (2000) et Nkwembe (2002).

Par tête d'habitant, la filière maraîchère contribue jusqu'à 1,3 kcal et 8,1g des protéines. Bien que relativement insuffisante, elle constitue un complément nutritionnel intéressant par rapport à la sécurité alimentaire.

Il est un fait que la disponibilité en quantité et en qualité, l'approvisionnement permanent en légumes produits localement et l'accessibilité de la population à ces légumes constituent des facteurs viables de contribution de la filière maraîchère à la sécurité alimentaire.

3.6.2. Protection de l'environnement par l'assainissement du milieu urbain

Le rôle de l'agriculture urbaine dans la gestion de l'environnement a été souligné également par plusieurs auteurs, dont Kabanga (1992). L'agriculture urbaine à travers l'activité de maraîchage permet de réduire la pollution dans la ville (quartiers urbains et périphériques). Elle permet en effet, de recycler les ordures ménagères et les déchets13 des villes (des marchés communaux, des brasseries, etc.). Fleury et al. (1997).

13 Un déchet selon Pichat (1995), c'est tout ce qui doit être éliminé ou encore un matériau, un objet, que son détenteur ne peut pas directement valoriser ni rejeter dans le milieu naturel sans créer une pollution.

La ville de Kinshasa produit énormément des déchets c'est le cas de six marchés municipaux illustrés dans le tableau 8 ci dessous:

Tableau 8. Volumes moyens de déchets au m3 produits par six marchés de Kinshasa

Marchés

Central

Matete

Bandal

Zikita

Gambela

K. Yolo

TOTAL

Volume moyen de

déchets (m3/jour)

66

27

8

18

24

6

149

Containers/bac (10m3)

7

3

1

2

3

2

18

Source : CRB, 1999

Comme facteur de risque pour l'environnement, les déchets en augmentation constante, envahissent la ville et souvent déversées dans des terrains vagues, caniveaux et dans les rivières, ils génèrent un coût croissant d'évacuation et de traitement et constituent par conséquent un problème croissant de pollution (Pichat 1995).

Tableau 9. Besoins en compost de 6 périmètres maraîchers de Kinshasa

Périmètres maraîchers

N'djili

Livulu
unikin

Bandal

Masina mik

Lukunga

Funa

Total

Déchets organiques

nécessaire (m3/an)

11.993

5.732

1.181

9.051

7.542

7.165

42.617

Quantité de compost

nécessaire (T/an)

4.197

2.006

396

3.168

2.640

2.508

14.516

Source : CRB, 1999.

Tableau 10. Synthèse sur la gestion des déchets par la filière maraîchère

Volume moyen de déchets de six Marchés de Kinshasa/m3/an

Besoins en Compost de 6 périmètres maraîchers de Kinshasa

Qttés de déchets

organiques nécessaire
m3/an

%

Qttés de compost

nécessaire (T/an)

54 385

42 .617

78,4%

14 516

Source : Auteur 2004, sur base des données de la CRB, 2000.

De tous les déchets produits dans quelques six marchés de Kinshasa (54 385 m3 par an) la filière maraîchère consacre 42 .6 17m3 par an à la revalorisation par l'enfouissement

(engrais vert) et par le compostage pour les besoins en compost14. Ce qui correspond à 78,4% de déchets recyclés pour produire 14 516 m3 de compost nécessaire par an.

Ce recyclage constitue en amont un apport à l'assainissement du milieu intra et péri urbain par le ramassage des ordures, et en aval un avantage agronomique due à la disponibilité des fertilisants, eu égard la faible texture et structure des sols de Kinshasa. Il s'agit d'un compost dont la conductivité15 n'est pas contestée

Les mérites qu'offre le compost dans la filière maraîchère sont de cinq ordres :

1. il favorise la croissance des végétaux et des racines

Il a été démontré que les végétaux plantés dans un milieu contenant du compost sont plus forts et ont un meilleur rendement. Le compost ajoute non seulement de la matière organique au sol mais aussi des oligo-éléments tels que le fer, le manganèse, le cuivre, le zinc et le bore nécessaires à la croissance des végétaux (Zegels s/d).

2. Il améliore le rythme de diffusion des nutriments16

Ils ne sont libérés que lorsque la plante en a besoin : plus vite quand le temps est chaud et humide, plus lentement quand il fait froid. Le compost rend au sol ses nutriments, prolongeant ainsi leur présence pour nourrir les végétaux pendant une longue période. Cet apport permet également de prévenir la perte de fertilisants, entraînés par le ruissellement des eaux de surface.

3. il améliore la porosité du sol

L'activité microbienne est essentielle à la fertilité du sol. Ces micro organismes décomposent les matières organiques pour rendre les nutriments contenus dans ces matières accessibles aux végétaux. Le compost étant composé de particules de tailles différentes, il offre une structure poreuse très utile.

4. il améliore la capacité de rétention d'eau

La matière organique contenue dans le compost peut absorber l'eau lorsqu'il pleut ou pendant les arrosages et ainsi la retenir pour que les végétaux puisent dans ces réserves en cas de besoin.

5. il limite l'apparition de maladies

14 Le compost fini constitue le produit final du compostage dans lequel les substances aisément biodégradables en particulier sont largement converties biologiquement.

15 La richesse en sels minéraux, relative à la valeur fertilisante.

16 Un nutriment est une substance alimentaire pouvant être entièrement et directement assimilée.

Les recherches ont démontré que le compost permet de réduire l'incidence de certaines maladies chez les végétaux. Il prévient les intoxications des plantes en retenant mieux les éléments toxiques (métaux lourds ou molécules entrant dans la constitution des pesticides chimiques). Le compost recèle également les composés anti parasitaires qui diminuent les risques d'infection (Zegels A. s/d).

6. il limite augmente la marge brute

La présence des fertilisants organiques augmente la marge brute de l'exploitation par la qualité des produits qui influence le prix de vente, et par la réduction des charges consacrées aux engrais chimiques et produits phytosanitaire.

Par rapport au fumier; le compost mur augmente d'environ 50% (Luxen et al 1996), la quantité d'humus stable laissé dans le sol. Il s'agit donc d'un amendement de toute première valeur qui améliore la capacité de rétention en eau des sols et leur capacité à fixer et restituer des éléments fertilisants (calcium, potassium,...).

Le compost dans la diversité de sa fabrication permet de corriger et de favoriser le maximum de vie biologique utile dans le sol. L'expérience du programme d'assainissement et de compostage des ordures des marchés de Kinshasa/CRB, 1999 confirment que le compost renferme en lui une action herbicide, une activité biologique, une action pesticide et fertilisante puis permet un aménagement foncier, pour aboutir enfin à un résultat meilleur dans le cadre d'une production agrobiologique.

3.6.3. Création d'emplois et accroissement des revenus

a) Source d'emploi

Le tout premier facteur de lutte contre la pauvreté consiste à faire travailler les gens. Il se révèle selon les données du SENAHUP, qu'un total de 18.831 maraîchers sont à l'oeuvre dans les périmètres maraîchers de Kinshasa pour l'année 2002. Il faut ajouter que chaque exploitant utilise en terme d'emplois occasionnels, au moins un ou deux ouvriers agricoles, qui constituent une main d'oeuvre non qualifiée et qui du reste est formée sur le tas. Les chômeurs trouvent auprès des producteurs déjà établis des emplois d'ouvriers agricoles; les étudiants, les élèves, les apprentis, ainsi que les femmes peuvent se placer comme manoeuvre ou ouvrier temporaire.

Nous pouvons ainsi dire que le maraîchage est une activité intéressante qui offre des perspectives d'emplois et permet d'absorber une partie de chômage urbain et d'occuper de nombreux désoeuvrés en garantissant une paix sociale.

Bien évidemment, il ne s'agit pas de créer à travers l'agriculture urbaine, une activité susceptible d'attirer les ruraux dans la ville, mais plutôt de donner une occupation à ceux qui sont déjà venus augmenter les effectifs d'une population à nourrir et qui posent des problèmes sociaux de plus en plus aigus. En d'autres termes, il ne s'agit pas de développer une production urbaine au détriment de la population rurale, mais de donner une possibilité de travail aux citadins en situation sociale difficile, et ceux dont les revenus ne permettent pas le minimum vital possible.

b) Source de revenu

Les résultats financiers dans une exploitation dépendent fortement des charges et des recettes réalisées. En ramenant à la dimension d'une plate bande, les charges et les recettes réalisées peuvent être présentées de la manière suivante :

Tableau 11. Résultat financier par plate bande de 20 m2 en $ US : Culture d'amarante

Rubriques

Coût par plate bande de 20 m2

Charges Variables17

1,5

Semences

0,34

Engrais organique

0,24

Engrais chimique

0,33

Produits phytosanitaires

0,068

Main d'oeuvres

0,5

Charges fixes1 8

2,29

Location terrain

0,6

Amortissement outils

0,04

Salaire à payer

1,30

Energies (eau)

0,35

Total Charges

3,79

Recettes moyenne par plate bande

9,4

Marge brute19

5,61

Rentabilité financière20

59,7%

Source : Auteur 2004, sur base des éléments de l'enquête réalisée par MPANZU BALOMBA Département d'économie Agricole, Université de Kinshasa, 2000.

La rentabilité financière est la marge bénéficiaire exprimée en pourcentage du prix de vente. Ainsi son calcul se fait à l'aide de la formule suivante :

RF

P V
.

 

P R

. *

100 %

 
 
 
 

P V
.

17 Charges variables ou charges d'activités sont liées à l'activité et n'existent donc que dans la mesure où l'entreprise est en activité.

18 Charges fixes sont constituées par des charges dont l'évolution est indépendante du volume d'activité.

19 Selon AUSSET et al.(1984), la marge brute est égale à la différence entre le produit brut et les différentes charges. Elle varie d'une façon importante suivant les saisons et cela sur base des prix de vente des différents légumes présents sur le marché.

20 La rentabilité financière représente la marge bénéficiaire exprimée en pourcentage du prix de revient.

Avec :

R.F : Rentabilité financière ; P. V : Prix de vente, P.R : Prix de revient.

En outre, nous signalons que ces charges sont différentes selon qu'il s'agit des sites encadrés et des jardins spontanés. Ceux qui utilisent l'eau de puits ou de rivières pour l'arrosage ne sont pas concernés par la facture de consommation d'eau.

Au regard du tableau précédent, la marge bénéficiaire de la culture d'amarante par plate bande de 20 m2 est de 5,61$ , avec une rentabilité économique de 59,7%.

Tableau 12. Comparaison du revenu moyen annuel d'un maraîcher et d'un Fonctionnaire à Kinshasa

 
 

Revenu moyen mensuel en $

Revenu moyen annuel en $

Maraîcher Kinois

 

101 $

1111 $

Professionnel du Ministère

l'agriculture à Kinshasa

de

33,3 $ *

366,3 $

Source : Auteur, 2004

· Relevé des états de paie des professionnels du Ministère de l'agriculture /novembre 2004.

· (1$= 420Fc)

Par comparaison, le revenu moyen mensuel d'un maraîcher de Kinshasa qui exploite suffisamment une moyenne mensuelle de 400 m2 soit 18 plates bandes 20 m2 , par rapport au revenu moyen mensuel d'un professionnel du ministère de l'agriculture, on réalise que celui du maraîcher représente trois fois plus que le revenu du professionnel.

Cela permet de réaliser que le budget alimentaire mensuel d'un ménage21 kinois moyen des 94 $ est hors portée du fonctionnaire de l'administration publique et que le maraîcher en fait facilement face (Kinkela, 2001).

De ce qui précède, nous nous rallions à Racine (2004), qui fait remarquer par ailleurs qu'au stade actuel du développement économique de la RDC, et cela malgré la performance économique enregistrée de manière théorique entre 2003 et 2004, on constate que eu égard au phénomène de rurbanisation en ville, et au degré de la misère perceptible ; la filière maraîchère est une activité rentable et accroît le revenu pour les ménages qui s'y donnent.

21 Une famille de 7 personnes (parents compris).

3.6.4. Contribution partielle à la durabilité de la ville

La filière maraîchère contribue tant soit peu à la durabilité22 de la ville de Kinshasa. C'est à dire elle permet :

· une meilleure qualité de vie par l'emploi crée, les revenus générés et l'insertion sociale occasionnée, pour un développement socio économique ;

· la maîtrise partielle de ses déchets par le recyclage des déchets biodégradables.

3.7. Limites et contraintes majeures de la filière maraîchère à Kinshasa

En dépit de ses avantages et limites, la filière maraîchère dans la ville de Kinshasa reste confrontées à plusieurs contraintes qui entravent son développement.

Les plus importantes sont :

· l'insécurité foncière résultant de l'accroissement démographique dans la ville et
subséquemment de l'utilisation des terres à vocation agricoles à des fins résidentielles ;

· à côté périmètres « officiels », il existe des jardins spontanés un peu partout en ville, utilisant les grands artères, terrains de football, avenues et autres places publiques, rendant étroit les voies d'accès. Cette occupation du sol étant anarchique finie par se transformer en minuscules parcelles d'habitation ;

· la non disponibilité en quantité suffisante de ressources hydriques qui est une entrave de taille au développement de la filière maraîchère. Dans un contexte général marqué par un déficit d'approvisionnement en eau potable, les structures chargées de la distribution de l'eau rechignent à accorder un intérêt pour les activités du maraîchage ;

· le défaut d'intégration de l'agriculture urbaine dans les politiques urbaines de développement qui se traduit par des mesures coercitives préjudiciables à la promotion de ce secteur d'activités ;

· faible approvisionnement en intrants (outillage, semences, pesticides, engrais) dans les vallées les plus vulnérables ;

· faible encadrement technique : la plupart des agronomes fonctionnaires délégués par le ministère de l'agriculture et celui du développement rural sont démotivés par le manque de moyens d'action et les retards de paiement de leurs salaires ;

· destruction des systèmes d'irrigation lors des pillages de 1991 et 1993 qui n'ont pas été remis en état depuis, par manque de financement ;

22 Selon Schoonbrodt (1995), Une ville durable est celle qui est capable de développement sans se détruire à long terme, celle qui donne accès aux bénéfices de la vie urbaine en proposant la meilleure qualité de vie pour chacun, celle qui refuse les exclusions sociales, celle qui maîtrise ses nuisances par le recyclage de ses déchets, celle où le citadin à plaisir à vivre, à travailler et à développer sa vie sociale.

· dégénérescence et absence d'une politique de production des semences ;

· vols assez fréquents vu la situation des jardins en plein coeur de la ville ;

· problèmes de commercialisation liés aux problèmes de conservation (aucun dispositif ne permet la conservation des produits frais plus de deux jours), de transport et à l'organisation des marchés des maraîchers ;

· les maladies liées à la présence des vecteurs : il s'agit de l'activité de maraîchage autour des maisons et dans les quartiers urbains et périurbains, qui est un facteur d'attrait des moustiques, agent causal du paludisme, (malaria, ...) ;

· les maladies liées à l'usage des engrais et pesticides chimiques notamment les organochlorés (Morren 2002); c'est le cas du déséquilibre physiologique «Methémoglobinemie» qui est une incapacité de globules rouges de transporter l'oxygène ;

· les maladies associées à la contamination de l'eau du sol, de l'air par les métaux lourds (De Winter, 1999). Selon les enquêtes sur l'utilisation des pesticides en R.D.C effectuées à l'Institut National Pédagogique en 1987, il ressort que les engrais et pesticides constituent une famille chimique pleine de risque et de dangers pour l'environnement au point que si le bilan de l'utilisation des engrais et pesticides est économiquement positif, le coût social est lourd et les problèmes liés à la surconsommation sont nombreux ;

· les maladies associées à la réutilisation des déchets urbains et des eaux usées : microorganismes pathogènes (bactéries, protozoaires, virus, helminthes, etc )( Fleury. A., 2001) ;

· le manque des moyens financiers.

4. CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES

4.1. Conclusion

Manger à Kinshasa, est un défi de tous les jours pour la population. Mais l'on constate que c'est plus un problème de pauvreté généralisée et de manque de pouvoir d'achat que d'échec agricole et de commercialisation défaillante. De part la situation socio-économique désastreuse, les Kinois sont passés maîtres dans l'art de développer des stratégies de lutte et de faire face à des chocs imprévus et des aléas. Le refuge dans le secteur de la débrouillardise « économie populaire » caractérisée pour les uns par les activités agricoles qui offre les meilleurs perspectives pour une croissance soutenue et dont bénéficient des larges couches de la population.

Cette activité maraîchère qui a crée des paysans dans la ville, reste certainement celle qui favorise donc la création d'emplois dans le secteur agricole urbain et surtout dans les secteurs périphériques. La plupart de ces activités sont souvent palliatives, mais certaines d'entre elles pourraient devenir plus régulières, si la politique économique encourageait le développement d'exploitations familiales ou individuelles, notamment par l'accès au petit crédit.

Néanmoins, l'agriculture urbaine ne permet guère de s'enrichir, c'est en fait une activité de survie qui exige d'abord de connaître les techniques agricoles et de protection des cultures contre les parasites et les aléas climatiques; elle demande encore de maîtriser la planification des cultures, les techniques culturales pour dominer la concurrence entre producteurs et établir des relations correctes avec les commerçantes très bien organisées qui se chargent de vendre les produits maraîchers.

On lui reconnaît le rôle important d'améliorer la vie de ses acteurs dont les femmes, actrices majeures de cette activité informelle, économiquement par la vente des produits ou la dispense d'achat, et nutritionnellement grâce à des produits agricoles frais et plus variées. Son but n'est pas l'éradication de la pauvreté ou de la faim dans le pays; mais elle est le fait de gens qui s'aident eux-mêmes, cultivant le lopin de terre auquel ils ont droit pour l'alimentation, la vente. Cette agriculture a aussi un effet positif sur l'environnement car la production de compost, très utilisé dans l'agriculture urbaine, contribue à la gestion des déchets et à l'assainissement du milieu.

Mais les dangers qu'elle fait courir aux consommateurs sont nombreux. Il y a lieu de citer la consommation par les déchets humains ajoutés au compost sans traitement, par les huiles de vidange et les métaux (Pb par exemple) ; empoisonnement par les insecticides ; peste répandue par les rats attirés par le compost; pollution des sols et des nappes d'eau souterraines par des produits.

Avec des bénéfices partagés : nourriture, emploi, revenu, assainissement, valorisation et gestion des déchets, la participation des femmes dans le processus de production et de commercialisation, et malgré ses limites et problèmes divers, nous réalisons que la filière maraîchère à Kinshasa, permet:

· la contribution positive à la sécurité alimentaire urbaine par sa disponibilité en quantité et en qualité, l'approvisionnement permanent en légumes produits localement et l'accessibilité de la population à ces légumes qui constituent complément nutritionnel intéressant par rapport à la sécurité alimentaire ;

· la création d'emploi et une génération des revenus ;

· la contribution à l'assainissement urbain, au recyclage et à la valorisation23 des déchets.

Les perspectives sur la dynamique maraîchère dans la province urbaine de Kinshasa étant prometteuses, le renforcement des mesures ou les actions à réglementer le système foncier, accroître la production, renforcer le dispositif de commercialisation des légumes et accorder les micro crédits aux maraîchers permettraient de dynamiser d'avantage la filière maraîchère et contribuer à la durabilité de la ville de Kinshasa.

4.2. Perspectives

Le secteur maraîcher urbain s'est développé dans de nombreux quartiers de Kinshasa, soit par nécessité, soit sous l'impulsion de l'évolution du standing de vie et des habitudes alimentaires. Bien que son utilité soit reconnue, le secteur est négligé, les systèmes d'approvisionnements en sont méconnus. Faute de stratégie et d'encadrement adéquats, on assiste au développement incontrôlé qui est pourtant étroitement lié à la gestion de l'espace urbain, des ressources en eau, à la protection de l'approvisionnement des consommateurs en produits de qualité.

Au regard des aspects positifs et négatifs que présente la filière maraîchère à Kinshasa, une attention particulière mérite de lui être accordée par les autorités municipales. Aussi dans

le souci de bien gérer les sites d'attraction des producteurs maraîchers, il implique de les sécuriser en faveur des nombreuses fonctions qu'elles assurent en délimitant celles qui peuvent accueillir les activités économiques.

L'extension de ces périmètres urbains agricoles devra être inscrite dans les plans futurs d'urbanisation et les dynamiques d'évolution de cette agriculture urbaine devront être accompagnées en fonction des stratégies suivantes :

4.2.1. Stratégies relatives à la réglementation du système foncier

· l'état doit réglementer et contrôler les modalités d'occupation des terres et de l'attribution des concessions, pour faciliter et garantir la pérennité des aménagements des périmètres maraîchers ;

· anticiper et gérer les crises et conflits des acteurs autour de l'accès aux ressources urbaines.

4.2.2. Stratégies relatives à la production maraîchère

· privilégier la production et la diversité des légumes locaux, eu égard aux multiples problèmes phytosanitaires que posent les légumes de types européens ;

· veiller d'une part sur la qualité des ordures ménagères enfouis pour fertiliser le sol de peur de le polluer et d'autres parts tenir compte de rémanences des engrais et pesticides utilisés afin d'éviter les risques d'intoxications ;

· assurer l'approvisionnement en intrants et surtout face à la difficulté des semences, nous croyons qu'à court terme, les maraîchers ont intérêt à produire leurs propres semences, au moins en ce qui concerne les légumes congolais qui ne posent que peu de problèmes de « dégénérescence » dans les conditions écologiques locales. Cette auto production de semences pourrait constituer la solution intermédiaire en attendant que la ferme semencière assure une production suffisante de semences de qualité ;

· assurer la réhabilitation des infrastructures hydrauliques en vue de la maîtrise totale des eaux d'irrigation et de drainage ;

· assurer et renforcer les services d'encadrement et de vulgarisation des maraîchers par l'augmentation du nombre d'encadreurs qualifiés, par la motivation et la rémunération conséquente du personnel ; et par la formation continue.

4.2.3. Stratégies relatives à la commercialisation

assurer la vulgarisation à tous les niveaux de commercialisation (grossiste, demi-grossiste et détaillant) des normes de qualité et des unités de conditionnement afin de faire correspondre les prix aux qualités, d'assainir les relations d'échange et de travailler dans la transparence ;

envisager l'installation des chambres de réfrigération aux environs de certains périmètres afin de réduire le coût de gardiennage et le cas de vol des légumes dans les champs en attente d'une éventuelle vente ;

réhabiliter les infrastructures de transport.

4.2.4. Stratégies en matière de financement du maraîchage

regroupement des maraîchers en association ou en coopérative avec une vision et initiative socio économique24 ;

octroyer essentiellement des crédits à taux d'intérêt faible à court terme correspondant aux cycles végétatif des légumes (1 à 3 mois maximum).

Il ressort de toutes ces stratégies que l'effort de l'Etat de redynamiser l'emploi, le secteur économique dans un climat politique stable résoudra le problème de l'existence des jardins spontanés.

Enfin, encourager la dynamique maraîchère dans le respect des facteurs environnementaux, doit constituer la préoccupation de l'autorité de tutelle par l'entremise de ses services spécialisés.

24 L'économie sociale est avant tout l'histoire d'hommes et des femmes qui prennent collectivement des initiatives, qui lancent des activités pour répondre aux défis d'une époque, qui se mettent au service de l'homme et non de la rémunération des capitaux (Mertens, 2001).

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ANNEXE 1.

SITES MARAICHERS EXISTANTS DANS LA VILLE DE KINSHASA

COMMUNES

SITES
MARAICHERS

NBRE
EXPLOITANT
HOMMES

NBRE
EXPLOITANT
FEMMES

TOTAL
EXPLOITANTS
VILLE DE
KINSHASA

SUP.
MOYENNE
PAR
EXPLOITANTS
ha

SUPERFICIE
TOTALE DES
CULTURE/ha

1. MASINA

ABATTOIR

50

58

108

0,03 15

3,402

 

BITABE

72

102

174

0,0315

5,481

 

PETRO - CON.

60

134

194

0,0315

6,111

 

RVA

256

351

607

0,0315

19,120

 

TSHUENGE

205

413

718

0,0315

22,617

 

TSHANGU

160

140

300

0,03 15

9,450

 

MAPELA

26

39

65

0,03 15

2,047

S / total

 

929

1.237

2.166

0,0315 Ha

68,228 Ha

2. KIMBANSEKE

KIMBANSEKE

234

331

565

0,0203

11,469

 

MOKALI

197

403

600

0,0203

12,180

 

MANGO

300

306

606

0,0203

12,301

 

NSANGA

282

418

700

0,0203

14,210

 

MANZANZA

198

202

400

0,0203

8,120

 

TADI

145

165

310

0,0203

6,293

 

ITAV/Salongo

140

90

230

0,0203

4,669

S / total

 

1.496

1.915

3.411

0,0203 Ha

69,242 Ha

 

CENTRE

 
 
 
 
 

3. NDJILI

AGRICOLE

178

200

378

0,420 Ha

159,00 Ha

 

CECOMAF

 
 
 
 
 

S / total

 

178

200

378

0,420 Ha

159,00 Ha

4. MONT -

FUNA Campus

749

901

1.650

0,022

36,300

NGAFULA

Vallé manionzi

458

792

1.250

0,022

27,500

 

Vallée tchad

224

476

700

0,022

15,400

 

LEMBA Imbu

128

282

410

0,022

9,020

 

KIMUENZA

279

171

450

0,022

9,900

 

MFUTI

263

237

500

0,022

11,000

 

MITENDI

220

260

480

0,022

10,560

 

LUTENDELE

106

260

310

0,022

6,820

 

NGASELE

132

168

300

0,022

6,600

 

Merci Kabila

155

220

375

0,022

8,250

 

NGOMBE -

 
 
 
 
 
 

lutendele

113

117

230

0,022

5,060

S / total

 

2.827

3.828

6.655

0,022 Ha

146,50 Ha

5. BARUMBU

Camp Pilote Lt

22

28

50

0,024

1,20

 

MBAKI

 
 
 
 
 

S / total

 

22

28

50

0,024

1,20

6. MATETE

Camp Vitamine

75

100

175

0,0087

1,522

 

BANUNU

20

17

37

0,0087

0,322

S / total

 

95

117

212

0,0087

1,85 Ha

7. LEMBA

Camp Mobutu

98

102

200

0,0 164

3,28 Ha

S / total

 

98

102

200

0,0164

3,28 Ha

8. LIMETE

Q/20 Mai, Funa

 
 
 
 
 
 
 

& facul.catholiq

265

315

580

0,0023

1,369

 

ITA / Mombele

135

115

250

0,0023

0,591

 
 
 
 
 
 
 

S / total

 

400

430

830

0,0023

1,96 Ha

9. LINGWALA

Camp Lufungula

25

30

55

0,0545

3,00 Ha

S / total

 

25

30

55

0,0545

3,00 Ha

10. KITAMBO

CIMETIERE CAMP P.M.

35
17

65
33

100
50

0,03 12
0,0312

3,120
1,560

S / total

 

52

98

150

0,312

4,68 Ha

11. N'SELE

D.A.I.P.N.

DINGI DINGI KIKIMI 1 & 2 NDILI brasserie

50 30 60 30

85 35 40 45

135 65 100 75

0,0227 0,0227 0,0227 0,0227

3,064 1,475 2,270 1,702

S / total

 

170

205

375

0,0227

8,50 Ha

12. MALUKU

PLATEAU I

- Kimpeti

- Ndako pembe

PLATEAU II - Mbakana

- Mampu

262
327

70
40

120
330

80

66

382
657

150
106

0,0176
0,0176

0,0176
0,0176

6,723
11,563

2,640
1,865

S / total

 

699

596

1.295

0,0176

22,80 Ha

13. MAKALA

Makala Ngunza

10

15

25

0,160

4,00

S / total

 

10

15

25

0,160

4,00 Ha

14. SELEMBAO

HABITAT MAHIMBI

40
20

60
30

100
50

0,0746
0,0746

7,46
3,73

S / total

 

60

90

150

0,0746

11,19 Ha

15. NGIRI 2

Ngiri - Ngiri

38

20

58

0,162

9,40

S / total

 

38

20

58

0,162

9,40 Ha

16. GOMBE

PEPINIERE

35

15

50

0,0224

1,120

S / total

 

35

15

50

0,0224

1,120 Ha

17. KALAMU

Q/20 MAI FUNA

16
7

20
13

36
20

0,2914
0,2914

10,490
5,828

S / total

 

23

33

56

0,2914

16,32 Ha

18. KASA - VUBU

Maman POTO

37

30

67

0,7053

47,25

S / total

 

37

30

67

0,7053

47,25 Ha

 

PEPINIERE

301

402

703

0,0474

33,332

 

CampKOKOLO

170

223

393

0,0474

18,628

 

MAKELE

170

117

287

0,0474

13,603

19. BANDAL

TSHIBANGU

50

75

125

0,0474

5,925

 

KIMBONDO

85

73

158

0,0474

7,489

 

MOULEART

60

72

132

0,0474

6,256

S / total

 

836

962

1.798

0,0474

85,23 Ha

20. NGALIEMA

LIKUNGA

95

105

200

0,0189

3,780

 

Camp Tshatshi

30

10

40

0,0189

0,0756

 

MANGUNGU

57

80

137

0,0189

2,589

S / total

 

182

195

377

0,0189

7,14 Ha

21. KISENSO

RIFFLAERT

150

175

325

0,0597

19,402

 
 

LEMBA GARE

78

70

148

0,0597

8,835

S / total

 

228

245

473

0,0597

28,23 Ha

TOTAL

60 SITES

8.440

10.391

18.831

0,0372

700,50 Ha

GENERAL

MARAICHERS

 
 
 
 
 

Source: SENAHUP. Rapport annuel d'activités 2002