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Le génocide rwandais à travers Murambi, le livre des ossements de Boubacar Boris DIOP

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par Zakaria Demba SOUMARE
Université de Nouakchott - Maîtrise 2003
  

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TABLE DES MATIERES

Table des matières.............................................................................1

Introduction....................................................................................2

Première partie : Le génocide..............................................................6

Chapitre I : Le contexte.....................................................................7

1-1 Approche socio-historique..............................................................7

1-2 Rappel chronologique...................................................................9

Chapitre 2 : Le déroulement..............................................................12

2-1 Pendant le génocide.....................................................................12

2-2 Deux ans après le génocide............................................................19

Deuxième partie : Devoir de mémoire, pardon, justice et responsabilités..........24

Chapitre 1 : Témoigner sur un drame et la complicité de ses implications.........25

1-1 Rwanda, écrire par devoir de mémoire..............................................25

1-2 Génocide : pardon et justice.........................................................

Chapitre 2 : Responsabilités nationales et internationales..............................40

2-1 Responsabilités nationales...............................................................40

2-2 Responsabilités internationales..........................................................41

Conclusion.....................................................................................44

Bibliographie..................................................................................46

INTRODUCTION

De 1850 à 2000, la littérature africaine francophone a largement évolué. Mohamedou Kane, critique littéraire sénégalais, dans son article paru dans Notre librairie consacrée à la littérature sénégalaise1(*) affirmait que : « Les précurseurs de la littérature africaine sont à chercher parmi les métis du Sénégal » qui, à la deuxième moitie du XIXe siècle, ont publié un ensemble de textes de vulgarisation sur les réalités sociologiques du Sénégal.2(*)

D'autres critiques, au contraire, font remonter le début de cette littérature avec la publication intempestive de Batouala de René Maran.3(*) Premier signe avant -coureur de la négritude, Batouala nous intéresse à la fois par son contenu et par l'entreprise qui le fonde. Il ne tâche même pas d'expliquer : il constate. Témoin de la vie quotidienne dans un village de l'Oubangui-Chari, Maran nous fait découvrir les joies et les pleurs des habitants de cette contrée de l'Afrique en prise avec le système colonial. L'originalité de son texte tient au faite que l'auteur ait osé, pour la première, donner la parole aux opprimés pour qu'ils dénoncent le système raciste auquel ils sont quotidiennement confrontés. Dans son hommage à René Maran en 1965, Léopold Sédar Senghor déclarait : « Après René Maran, on ne pourra plus faire vivre, travailler, aimer, pleurer, rire, parler les Nègres »4(*)

1932. Un groupe d'étudiants antillais se réunit autour d'une revue pour combattre ce qu'ils appellent « la littérature antillaise de calque » faite à l'image de la littérature française, et à libérer le tempérament du poète antillais. Cette revue n'a durée que deux ans. Elle se nommait Légitime défense.

1934. Le groupe de Légitime défense se retrouve dans une autre revue dénommait Journal, l'étudiant noir. Dans son premier numéro, elle nous avertissait déjà en ces termes : « Cette revue (Légitime défense), s'il casse, nous saurons trouver d'autres instruments 5(*)». En effet, le grain a été semé et les résultats n'ont pas tardé. Les poètes comme Senghor, Césaire et Damas se sont joints au groupe et le combat a continué des plus belles contre la colonisation étrangère jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale et la mobilisation de Senghor au front. Ces deux revues ont eu le mérite de donner le coup d'envoie au mouvement de la négritude dans les années 1930 à Paris où il y avait un bouillonnement culturel et civilisationnel qui allait crescendo, et dont les objectifs furent clairement précisés au lendemain du deuxième conflit mondial.

Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, un groupe d'étudiants se sont retrouvés aux côtes de Senghor, de Césaire et de Damas à Paris, au Quartier latin, pour lancer le mouvement de la négritude. Ce grand mouvement littéraire avait entre autres pour but de revaloriser les civilisations et les cultures des Africains longtemps reniées par les colonisateurs blancs qui considéraient le continent noir comme une terre sans passé culturel. Les textes issus de ce mouvement ont fortement contribué à « la libération politique et culturel » de l'Afrique au sud du Sahara.

Les années soixante ont donné raison aux sceptiques qui pensaient que les indépendances ne sont pas nécessairement synonymes de bonheur et de paix pour les peuples décolonisés. A l'euphorie des indépendances, succéda la désillusion. Face à la déception des populations, les écrivains comme Kourouma et Yambo Oulogem vont ouvrir la voie à une nouvelle génération d'écrivains noirs francophones dont les oeuvres constituent une dénonciation systématique des pouvoirs dictatoriaux mis en place après le départ du colonisateur. Nous avons ainsi assisté à la naissance d'une nouvelle thématique : celle du désenchantement. Les textes publiés durant cette période se montrent en général très critiques vis-à-vis des régimes issus des indépendances. Le sentiment qui domine est celui du désespoir. C'est donc à un véritable procès du néo-colonialisme que se livrent les écrivains qui dénoncent tour à tour l'adoption inconditionnelle d'idéologies étrangères à l'Afrique et des abus auxquels elles peuvent conduire, la trahison des élites, l'affairisme de la classe dirigeante. Toutes les conditions sont réunies pour créer une Afrique de malaise. De tous ces romans, l'un des plus représentatifs est celui d'Ahmadou Kourouma. Les soleils des indépendances,6(*) en plus de sa critique des régimes autoritaires, est une oeuvre capitale pour la littérature africaine francophone du fait du changement d'écriture dont Kourouma a fait preuve. En effet, dans ce texte l'auteur, pour la première fois, émaille son récit d'expressions malinkés. Rompant volontairement avec « la littérature d'instituteurs » de la génération précédente, Kourouma bouscule la langue de Molière et essaie d'y « trouver le style malinké » comme il le dit lui-même. Ce recours aux tournures syntaxiques malinkés permet à l'écrivain de mieux faire passer les réalités africaines, car en « langues africaines, disait Senghor, les mots sont enceints d'images ». On signalera par ailleurs la même interférence linguistique chez Labou Tansi. Ceci s'explique par le fait que les auteurs africains ont du mal à rendre la couleur locale ou qu'ils ne trouvent pas en français des termes correspondant à des concepts ou des objets africains. Ouolguem, de son côté, se distingue par la distance qu'il a prise par rapport à la conception senghorienne de la négritude qui consiste à une sorte de mystification du passé du continent noir. Dans son Devoir de violence7(*), il nous montre en effet que tout n'était pas paradisiaque dans l'Afrique précoloniale.

Les décennies soixante-dix et quatre-vingts sont particulièrement marquées par un durcissement du ton contre les chaos des dictatures, de la corruption et du favoritisme ethnique que les « Guides providentiels » ont instaurés. Les quelques oeuvres marquantes de ces périodes sont : La vie et demi (1979) de Sony Labou Tansi, Le cercle des tropique (1972) d'Aliou Fantoué, Les crapauds -brousse (1979) de Thierno Monenembo...

Le sentiment qui prévaut à l'examen des oeuvres publiées durant la période de 1980-1987 est celui d'un malaise. La vie et demie égrène la sinistre litanie des dictateurs dont la succession n'engendre que mort et destruction. Les victimes n'en finissent pas d'accomplir leur martyr sous l'oeil de leurs bourreaux. Ces décennie furent aussi marquées par un fait important : celui de l'avènement des romancières africaines francophones sur le paysage littéraire. Ces femmes avaient voulu lancer leur cri de désespoir face à un monde méprisant qui leur refusait leurs droits les plus fondamentaux. Parmi les textes importants de ces femmes écrivains, nous pouvons entre autres citer : Une si longue lettre (1979) de Mariam Bâ, La parole aux négresses (1978) de Hawa Thiam, Elle sera de Jaspe et Corail (1984) de Calixte Beyala...Les thèmes le plus souvent abordés par ces romancières sont : le mariage forcé, l'excision, la contestation du pouvoir de l'homme.

La décennie 1990-2000 fut surtout marquée par deux thématiques majeures : celles de la migration et des guerres civiles. Alain Mabankou8(*) , J.R. Essomba 9(*) et Daniel Biyaoula10(*) ont publié des textes remarquables mettant l'accent sur la situation des Africains en France ; tandis que Kourouma11(*), lui, aborde le thème des enfants soldats au Liberia et en Sierra Leone.

En outre, la thématique de génocide, l'objet du présent travail de mémoire, s'inscrit dans un projet : Rwanda, écrire par devoir de mémoire. Elle est annoncée par une dizaine d'écrivains africains de langue française ayant pris part aux manifestations de « Fest'Africa » qui les a invités à aller au pays des Mille et une fosse communes en 1998 afin de témoigner de l'horreur : un génocide.

Murunbi, le livre des ossements de Boubacar Boris Diop s'inscrit pleinement dans ce cadre. Nous envisagerons, dans un premier temps, de donner quelques indications sur le contexte socio-historique qui constitue l'arrière fond de la tragédie rwandaise, avant de passer à l'étude tant structurale que thématique de Murumbi tout en le comparant aux textes traitant du même sujet. Mais aussi l'accent sera mis sur les implications de ce drame, c'est-à-dire sur les responsabilités nationales et internationales, de même que sur la vie de l'après génocide (difficile pardon, justice et réconciliation)

 

PREMIERE PARTIE : LE GENOCIDE

* 1M. Kane « Saint-Louis ou le début de la littérature africaine au Sénégal 1850-1930 » in Notre librairie, littérature sénégalaise no81 décembre 1985.

* 2Il s'agit de : Léopold Panet, Labbé Boilat...

* 3René Maran, Batouala, Paris, Albin Michel, 1921

* 4 « Avertissement » in Légitime défense, Paris, 1932

* 5 Idem

* 6 -Ed. Seuil, 1970

* 7 -Devoir de violence, Paris, Ed. Seuil, 1968

* 8- Bleu Blanc Rouge Paris, Présence Africaine, 1998

* 9- Paris, Paradis du Nord, Présence Africaine, 1996

* 10-L'impasse, Paris, Présence Africaine, 1996

* 11- Allah n'est pas obligé, Paris, Seuil, 2000

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