WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La radiodiffusion au cameroun de 1941 à 1990

( Télécharger le fichier original )
par Louis Marie ENAMA ATEBA
Université de Yaoundé I - Master II en Histoire des Relations Internationales 2011
  

précédent sommaire suivant

II.3. La radiodiffusion et les populations nationales

Le défaut d'information des populations était susceptible de compromettre l'efficacité des services sociaux. Il n'était pas possible d'entreprendre des actions de développement dans une communauté sans la participation active des populations concernées. Les hommes n'acceptaient de modifier leurs attitudes que s'ils étaient convaincus que le changement proposé leur était bénéfique. Pour mieux se faire comprendre par les populations, les animateurs de radio leur envoyaient des messages simples, claires, adaptés à leurs besoins et à leur niveau d'instruction. Afin de susciter la participation active des populations concernées, le service de santé travaillait en étroite collaboration avec les services de promotion humaine. La radio était un moyen d'action, de propagande éducative, en direction de toutes les couches sociales. Elle accompagnait l'homme partout. Elle réalisait ainsi les missions éducatives et sociales. Surtout, elle réussissait à convaincre. Tous les services publics étaient représentés. Ici, la radio jouait le rôle de « coordonnatrice ».

II.3.1. L'éducation par la radio

La radio permettait aux citoyens d'élargir leurs horizons intellectuels. Elle leur permettait de connaître de façon rapide les phénomènes qui survenaient à des endroits plus ou moins éloignés. Le Cameroun étant un pays en développement, sa radio ouvrait les populations aux civilisations étrangères et les amenait à voir leur vie sous un jour nouveau.

À cette période, les élus et les autorités locales avaient mis sur pied un ensemble de moyens permettant une écoute collective de la radio et des programmes à visée éducative. Dans des villes et des grandes agglomérations, ce procédé fut un échec, car les populations utilisaient des postes à piles exigeant des recharges fréquentes. Les campagnes étant reculées, elles ne bénéficiaient pas de l'information éducative. Par ailleurs, toute la population citadine n'était pas concernée par ces programmes, en raison des différentes activités de ses membres. La plupart du temps, les auditeurs étaient des chômeurs et non des ouvriers occupés par leur travail et soumis à des horaires rigides. Artisans et commerçants échappaient aussi au circuit, parce qu'ils ne pouvaient abandonner leurs activités pour s'intéresser à des programmes radiodiffusés. C'était également le cas des mères qui ne consentaient pas à abandonner leurs foyers pour aller suivre des émissions à des endroits distants de leurs domiciles. En raison du poids de l'âge, les personnes vieilles ne s'intéressaient pas à ce type de programme. Par après, les transistors étaient répandus sur presque toute l'étendue du territoire. Leur diffusion croissante avait modifié la vie sociale. Chaqu'information était perçue en fonction de sa résonnance théâtrale. Les faits perdaient leur importance, à cause de la personne qui les décrivait.

Au lendemain de l'installation de la radiodiffusion, et par l'intermédiaire de celle-ci, les autorités avaient fait appel à la conscience des parents, leur demandant de laisser les enfants aller à l'école. Mais cela n'avait pas rencontré l'adhésion des parents. En effet, les parents refusaient d'envoyer les enfants à l'école, car ces derniers constituaient pour eux une main d'oeuvre prépondérante pour les travaux des champs. Grâce à l'action de la radiodiffusion, les parents prirent conscience de l'importance de l'école. L'éducation par l'antenne contribua à motiver les parents à envoyer les enfants à l'école. Ainsi, des programmes furent lancés dans le sens d'asseoir l'éducation des enfants. En 1966, Georges Friedman mit sur pied le programmes « The school on air », c'est-à-dire « Une école par l'antenne ». Dans ce programme, Friedman présentait un ensemble de circuits par lesquels les élèves pouvaient acquérir des connaissances en dehors de l'école classique. Il proposa alors la radio comme l'une des voies les plus indiquées101(*).

De 1956 à 1958, Chicot et Mayer réalisèrent une expérience d'éducation radiophonique, au travers des programmes suivants : « Articulation d'une leçon-type » ; « Organisation d'une campagne et conclusion générales de l'expérience »; « Une brève introduction en langue du pays ». Les thèmes originaux étaient exposés de façon plaisante. Les champs folkloriques laissaient aux maîtres et aux élèves le temps de se préparer. Les leçons étaient diffusées en français. Chaque leçon comprenait le calcul, le langage, la dictée, les conseils aux maîtres. Chaque phrase prononcée à la radio était suivies de quatre coups de timbre régulièrement espacés, laissant aux maîtres un délai de quinze secondes pour exécuter les consignes données par le poste entre chaque partie de la leçon. La musique permettait aux élèves de se détendre et aux maîtres de vérifier que les exercices écrits et commandés donnaient la possibilité de formuler des phrases avec des mots déjà connus. La campagne radiophonique mettait en valeur les points suivants : la nécessité de faire précéder toute méthode d'alphabétisation radiophonique d'une phase de motivation; la nécessité d'une participation effective des autorités administratives et académiques. En 1958, Radio-Garoua, sous l'égide de Radio-Cameroun, diffusait une émission enfantine réalisée en collaboration avec une école pilote dont le directeur appliquait la méthode Freinet102(*). Les enfants écrivaient des textes et fabriquaient des instruments de musique nécessaires à l'émission. L'émission comportait des histoires, des conseils et des contes dans lesquels se mêlaient récits, dialogues et chansons. Le tout était conçu exclusivement par les enfants eux-mêmes, qui faisaient des bruitages, interprétaient des chansons des musiques. Ils se servaient alors des instruments traditionnels familiers. Dès 1971, la radio avait pour rôle de motiver par des slogans, des informations, des entretiens et des conseils. Cela était fait au moyen d'un programme que suivaient 3000 adultes appartenant à 120 clubs radiophoniques103(*). Il existait deux projets-pilotes sur l'emploi de la radiodiffusion dans l'alphabétisation. À l'ex-Cameroun sous tutelle anglaise (région de Buea), une émission radiophonique d'enseignement du français parlé intitulé « African Dialogue » était diffusée. Concernant l'ancien Cameroun sous tutelle française, il avait été proposé et adopté l'émission « Learn your English ».

* 101 Georges Friedman, « Vingt ans d'indépendance, le succès du paysan », Le Monde, 03 avril 1980, pp. 11-15.

* 102Célestin Freinet est né en 1896 et décédé en 1966. Il fut l'un des promoteurs d'une pédagogie active qui faisait appel à la motivation, l'expression, la socialisation, le tâtonnement expérimental. Après avoir rencontré des résistances, cette méthode était appliquée dans des milliers d'écoles de France et d'autres pays.

* 103 Dieudonné Tauzzis Atangana, « Contribution à l'étude des effets éducatifs et sociaux de la radiodiffusion au Cameroun », Thèse de doctorat de 3ème cycle, 1988, p.198.

précédent sommaire suivant