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Stratégie de Mobilisation de
ressources pour le Trésor
Public de Côte d'Ivoire sur
l'euromarché:
REMERCIEMENTS
«Si j 'ai pu voir plus loin que les autres, c
'est parce que je me suis appuyé sur des épaules de géants
». Albert Einstein - Discours lors de la
cérémonie de remise du Prix Nobel de physique le 10
décembre 1922 à Berlin
Sans prétendre avoir vu plus loin que mes autres amis
auditeurs du DESS Ingénierie Financière, je voudrais cependant
exprimer au début de ce mémoire, ma reconnaissance
particulière à ces personnes qui ont été pour moi
de véritables géants:
Tout d'abord Monsieur N'Dri KONAN Léon, Ph.D,
Directeur du DESS Ingénierie Financière, qui par ses
conseils et ses enseignements a insufflé le souffle de la Finance pure
au sein de l'UFRSEG et contribué ainsi au recentrage du profil de
carrière de nombreux étudiants dont je suis fier de faire
partie.
Ensuite, à ces professionnels qui m'ont encadré
pour ce travail de longue haleine:
A vous Monsieur Pascal DJEREKE, Directeur
Général de BNI Finances et à votre équipe
au sein de laquelle, je voudrais adresser de façon toute
particulière mes remerciements à Monsieur Mory SOUMAHORO,
responsable de l'Ingénierie Financière, mon maître de
stage.
A vous Monsieur GOUYOMGBIA-KONGBA-ZEZE Constant, Mon
Directeur de Mémoire, à qui je dois cette mouture finale
du mémoire et certainement tout le mérite qu'on pourrait lui
reconnaître.
A ces autres professionnels qui m'ont aussi soutenu par les
informations qu'ils ont pu me fournir:
- Monsieur Gbéssané BOUAZO Nestor,
Sous-Directeur de la Gestion de la Dette au Trésor Public de Côte
d'Ivoire,
- Monsieur Adolphe YAO YAO, Sous-Directeur de la
Mobilisation de l'Epargne au Trésor Public de Côte
d'Ivoire,
- Monsieur BAMBA N'Galadjo, Directeur du Comité
National de Politique Economique (CNPE) au Ministère de l 'Economie et
des Finances,
- Monsieur BEUGRE, Directeur du Crédit à la
Banque Centrale des Etats de l 'Afrique de l'Ouest
Enfin, je voudrais penser à ma famille, à mon
Père et ma Mère qui m'ont soutenu dans mes études
jusqu'à ce que je puisse aujourd'hui produire ces travaux. Merci
à toutes ces personnes qui dans le silence m'ont aidé,
aimé et soutenu, et dont voudrais taire volontairement les noms, en
formulant toutefois à leur endroit, les voeux les meilleurs pour
eux-mêmes et pour leur famille respective.
SOMMAIRE NOTE DE
SYNTHESE .P.5
INTRODUCTION P.8
TITRE I: ETUDES PREALABLES A L'EMISSION D'EURO-OBLIGATION
P.11

I- GENERALITES SUR LE TRESOR PUBLIC ET LE GROUPE BNI
P.11
II- DIAGNOSTIC ET CADRE GENERAL D'ANALYSE DES PAYS EN
DEVELOPPEMENT TEL QUE MENE PAR LE FMI ET LES INVESTISSEURS INSTITUTIONNELS
P.17
III- DESCRIPTION GLOBALE DU RISQUE-PAYS P.27
IV- DIAGNOSTIC ET EVALUATION DES POTENTIALITES DE LA
COTE D'IVOIRE P.32
V- ELABORATION DU PROFIL GENERAL D'EFFICACITE PAYS
...P.39
CONCLUSION PARTIELLE P.45
TITRE II: MISE EN OEUVRE DE L'OPERATION D'EMISSION
.....P.48

I- HISTORIQUE DES EMISSIONS D'OBLIGATIONS
INTERNATIONALES P.49
II- IDENTIFICATION DES ACTEURS ET DES CONTRAINTES
P.50
III- IDENTIFICATION DES INSTRUMENTS FINANCIERS ET
POSSIBILITES DE MONTAGE P.70
IV- MODE OPERATOIRE DE L'EMISSION INTERNATIONALE
P.82
V- EXPOSE DES CONDITIONS INDICATIVES D'EMISSION
(TERM-SHEET) P.97
VI- L'OPTIMISATION DE L'EMISSION INTERNATIONALE
.P.102
CONCLUSION PARTIELLE .P.105
CONCLUSION GENERALE .P.107
LES ANNEXES P.109 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
TABLE DES MATIERES
Glossaire des sigles:
AIBD: Association of International Bond Dealers
BCEAO : Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest BNI :
Banque Nationale d'Investissement
BRI : Bureau des Règlements Internationaux
CAA : Caisse Autonome d'Amortissement
CAC : Clause d'Action Collective
CIMA : Conférence Interafricaine des Marchés
d'Assurance
CREPMF : Conseil Régional de l'Epargne Publique et des
Marchés Financiers DGTCP : Direction Générale du
Trésor et de la Comptabilité Publique EPN : Etablissements
Publics Nationaux
FCP : Fonds Commun de Placements
FMI : Fonds Monétaire International
ICMA : International Capital Market Association
IPMA: International Primary Market Association ISMA:
International Securities Market Association NDDS : Normes Spéciales de
Diffusion de Données
OCDE : Organisation de Coopération et de
Développement Economiques ONU : Organisation des Nations Unies
PIB : Produit Intérieur Brut
PME : Petites et Moyennes Entreprises
PMI : Petites et Moyennes Industries
PPTE : Pays Pauvres Très Endettés
PRS : Political Risk Service
SGDD : Système Général de Diffusion de
Données SGI : Société de Gestion et
d'Intermédiation
SICAV : Société d'Investissement à Capital
Variable SVT : Spécialiste en Valeur du Trésor
Titres FNI:
Titres RCI: Titres de la République de Côte d'Ivoire
TPCI : Trésor Public de Côte d'Ivoire
TPGE : Tableau du Profil Général
d'Efficacité
UEMOA : Union Economique et Monétaire Ouest Africaine
NOTE DE SYNTHESE
Le Trésor Public de Côte d'Ivoire est une
institution publique qui joue le rôle de Banquier de l'Etat. A ce titre,
il organise le marché monétaire en collaboration avec la Banque
Centrale et intervient régulièrement sur le marché
financier pour collecter l'épargne courte, moyenne et longue via des
instruments de marché (les bons et les obligations). Il est en outre
coresponsable de la politique budgétaire de l'Etat et participe en
conséquence à la mise en place du budget annuel de l'Etat. Il
prospecte dans cette optique, sur son marché domestique et sur les
marchés extérieurs, les possibilités de mobilisation de
ressources dans le cadre de l'équilibre budgétaire, en termes de
dépenses et de recettes de l'Etat de Côte d'Ivoire.
L'un des objectifs permanents de l'Etat, dans sa quête
des ressources pour combler ses budgets annuels est de réduire la dette
onéreuse comme source de financement. Cela nécessite que soit
définie une stratégie claire et efficace
qui assure le respect de cette préoccupation. Il y va de
sa souveraineté dans la mesure où l'endettement, qu'il soit
contracté auprès des résidents ou des nonrésidents,
oblige l'Etat dans une certaine proportion, à respecter rigoureusement
ses engagements financiers vis-à-vis de ses créanciers.
La stratégie désigne l'agencement,
l'articulation des ressources en vue d'atteindre des objectifs.
La démarche qui répond à une telle
définition selon GOUYOMGBIA-KONGBA-ZEZE (200 1)1 est
appelée cheminement stratégique. Ainsi, la
définition d'une stratégie de mobilisation implique aussi la
définition du cheminement stratégique assorti, qui ne peut se
faire sans l'identification des contraintes.
Notre stratégie ici, à l'échelle du
Trésor Public, doit nous permettre de collecter des ressources
financières sur le marché international des capitaux
1 GOUYOMGBIA-KONGBA-ZEZE (C), Le Manager: un métier
à découvrir, Cestia, 2001
via l'émission d'euro-obligations. L'objectif principal
dans le cas d'espèce est implicite, dans la mesure où il s'agit
pour l'Etat de Côte d'Ivoire, de se tourner progressivement vers des
ressources moins onéreuses et moins contraignantes. La ressource
euro-obligataire semble compatible avec un tel obj ectif.
L'objet de l'étude est en conséquence
d'établir le cheminement, le mode opératoire de la mobilisation
de ressources financières par emprunt euroobligataire. Ce cheminement ne
se fera pas sans embûches étant donné que la Côte
d'Ivoire est un pays en voie de développement, qui à ce titre,
pourrait souffrir d'a priori et de préjugés capables de se
révéler comme de véritables freins dans l'atteinte des
objectifs. L'étude s'est donc attachée à identifier dans
une première partie, les probables contraintes à travers un
diagnostic. Celui-ci a porté sur l'étude du risque-pays que nous
avons scindé en risque économique et en risque politique. Nous
avons ensuite appliqué la démarche générale du
diagnostic, au cas de la Côte d'Ivoire, auquel nous avons ajouté
une proposition de démarche pour évaluer la capacité
négociation des dirigeants. Cette proposition se fonde sur le souci de
prendre en considération le potentiel de « force de vente » de
l'Etat.
La première étape du cheminement selon
GOUYOMGBIA-KONGBA-ZEZE (2001) consiste à élaborer un
tableau dit de profil général d'efficacité,
qui recense et synthétise sous forme opérationnelle
les différentes options stratégiques découlant de
l'analyse. Ainsi dans le cas de notre étude, le tableau du profil
général d'efficacité donne de façon
globale sous forme de note alphabétique, une opinion certainement
motivée, sur l'opportunité d'émission d'euro-obligations.
Il part d'ailleurs plus loin en indiquant dans le même
temps plusieurs options d'émission pour le Trésor Public de
Côte d'Ivoire.
Ce tableau, véritable outil opérationnel aide au
conseil financier, conformément aux attentes du Groupe BNI.
Dans la seconde partie de l'étude, nous exposons
l'action que suggère une bonne notation de notre tableau du profil
général d'efficacité, même si la notation actuelle
ne milite pas en la faveur de l'objectif de l'Etat. En conséquence, nous
avons indiqué des pistes de montage ainsi que le processus
d'émission des euro-obligations. L'étude prend fin sur une
proposition de mécanismes de réduction de la dette
onéreuse grâce à la mise en oeuvre d'une opération
de swap.
Il faut reconnaître toutefois que l'étude dans
son ensemble peut souffrir par endroit, de légèretés et de
manque de rigueur scientifique en raison de l'inexistence de bases locales de
données fiables sur ce type d'opération et sur lesquelles l'on
aurait pu éventuellement s'appuyer pour la rédaction du
présent mémoire. Il s'agissait alors pour l'essentiel, nous le
pensons pour ce mémoire, de déterminer un cadre
général, une base de réflexion pour des travaux futurs qui
certainement contribueront à améliorer le contenu de la
présente étude.
INTRODUCTION
L'élaboration du budget de l'Etat de Côte
d'Ivoire, est un exercice qui s'étale généralement sur la
période de septembre à décembre d'une année, et
peut prendre fin au plus tard au mois de février de l'année
suivante.
Partant du cadre macro-économique prévisionnel
pour l'année concernée, une enveloppe de ressources propres de
l'état est arrêtée qui, confrontée aux besoins en
dépenses (de fonctionnement et d'équipement) dégage un gap
budgétaire ou déficit budgétaire. Ce gap, majoré du
volume annuel de la dette à refinancer représenterait l'ensemble
de ses besoins.
Le budget1 2004 faisait état d'un gap
à financer de 394,4 milliards de FCFA. Généralement, pour
financer ces besoins, deux possibilités s'offrent à
l'état2 : augmenter le taux de pression fiscale tout en
sachant que cela risquerait de déprimer l'investissement ou emprunter
auprès de ses résidents ou ceux de l'extérieur.
Pour un pays en voie de développement comme la
côte d'Ivoire, décourager l'investissement, source de croissance
économique et donc gage d'un développement durable, par une
augmentation de la fiscalité, s'avérerait être un mode de
financement peu recommandable. En conséquence, la brèche la mieux
exploitable demeure les emprunts intérieurs et extérieurs pour
assurer le financement de son déficit budgétaire.
A ce niveau, le Trésor Public de Côte d'Ivoire
participe à l'arbitrage entre l'endettement intérieur et/ou
l'endettement extérieur.
1 Ministère de l'Economie et des Finances
2 Gregory N. Mankiw, Macroéconomie, traduction de la
3ème édition américaine par Jean Houard,
P.502
En effet, selon les décrets n° 97-582 du 8 octobre
1997, n° 2001-2 10 du 04 mai 2001 et n° 2004-97 du 29 janvier 2004,
le Trésor Public de Côte d'Ivoire est chargé de participer
à la collecte de l'épargne et assure la gestion administrative et
financière de la dette publique.
Toutefois, la faiblesse de l'épargne intérieure
qui se situe à environ 18% du PIB, oblige l'Etat de Côte d'Ivoire
à s'orienter régulièrement vers la mobilisation de
ressources extérieures afin de financer ses gaps budgétaires et
promouvoir ainsi son développement qui nécessiterait des
ressources à hauteur du quart au moins (25%) du PIB1.
Or, cette mobilisation de ressources extérieures
s'effectue jusqu'ici par le biais de flux publics de capitaux,
matérialisés par les prêts bilatéraux et
multilatéraux. Pourtant, la restructuration de la dette souveraine de
certains pays en voie de développement, notamment le Brésil et le
Mexique par le Plan Brady en 1989, a montré désormais à
cette catégorie de pays, une autre source de mobilisation de ressources
extérieures.
En effet, le Plan Brady qui consistait à restructurer
la dette contractée auprès du club de Paris et à la
renégociation de la dette commerciale ainsi que des
arriérés via l'émission de nouveaux titres de
créances (les obligations Brady) garantis par le Trésor Public
américain, a permis aux pays bénéficiaires de retrouver
à nouveau un niveau soutenable de la dette publique. La
conséquence immédiate, c'est que les pays en voie de
développement se sont détournés pour la plupart des
traditionnels prêts bancaires pour émettre de plus en plus de
titres de dette sur le marché international des capitaux
(euro-obligations).
1 L'événementiel, Fraternité Matin, La
Côte d'Ivoire peut-elle rebondir? Interview de Claude Rougeot, Expert
International, P. 257, février 2004
Avec des coûts relativement très bas, servis pour
de longues échéances (10 - 20 - 30 ans) et des risques de
volatilité de la charge d'intérêts qu'on peut obérer
grâce à l'activation de mécanismes financiers,
l'émission d'euro-obligations constituent une ressource
intéressante et moins contraignante1 pour les pays en voie de
développement.
Ainsi, en 2004 la république de Tunisie a
emprunté2 pour 10 ans par émission d'euro-obligations,
un montant de 450 millions d'euros soit 295 milliards 180 millions de FCFA pour
financer son déficit budgétaire, à un coût de
4,825%. Dans le même temps, l'Etat de Côte d'Ivoire empruntait sur
le marché intérieur pour ses besoins de financement en 2003, une
enveloppe de 40 milliards par emprunt obligataire à un coût de 6%
pour seulement 3 ans.
L 'on se demande à juste titre s 'il est possible
aussi à la Côte d 'Ivo ire de recourir à l 'endettement
euro-obligataire pour fin ancer ses gaps ? Existe-t-il en effet une
stratégie particulière de mobilisation de ce type de ressources
pour les pays en voie de développement? En quoi consisterait-elle ? Dans
le cadre éventuel d'une telle opération, quels peuvent en
être les contraintes et le mode opératoire ? Comment pourrait s
'opérer en outre, la minimisation du coût de l 'émission
sous une contrainte de risque, quant l 'on connaît la
vulnérabilité des pays en voie de développement à
ces facteurs ?
1 Dans la mesure où c'est l'Etat en question qui en fixe
les règles désormais, aucun plan d'ajustement n'est
imposé
2 Magazine bihebdomadaire, l'Economiste Magrébin, n°
365 du 15 décembre 2005
PREMIERE PARTIE : ETUDES PREALABLES A
L'EMISSION INTERNATIONALE
Pour situer clairement les responsabilités dans cette
opération de mobilisation de ressources sur l'euromarché, il
convient de présenter de prime à bord, les différents
acteurs susceptibles d'intervenir dans une telle opération.
I- GENERALITES SUR LE TRESOR PUBLIC ET LE GROUPE BNI
Dans cette entreprise d'émission d'obligations sur le
marché international des capitaux, la Côte d'Ivoire sera
représentée par son "banquier" le Trésor Public de
Côte d'Ivoire, assisté dans l'opération par le Groupe BNI,
conseil financier de l'Etat. Il est dès lors nécessaire de
présenter ces deux structures.
1 .1 Le Trésor Public de Cote d'Ivoire
La direction générale du Trésor et de la
Comptabilité publique, est une administration financière publique
régie par les décrets n° 97-582 du 08 octobre 1997, n°
2001-210 du 04 mai 2001 et n° 2004-97 du 29 janvier 2004 portant
organisation du Ministère d'Etat, Ministère de l'Economie et des
Finances.
1.1.1 Les missions du Trésor Public
La direction générale du Trésor et de la
Comptabilité publique (D.G.T.C.P) à une mission bidimensionnelle
:
La première dimension est celle qui relève du
domaine du Trésor. A ce titre elle est chargée de :
1- L'élaboration et de l'application de la
réglementation des organismes s'occupant du crédit, des
assurances et des marchés financiers en liaison avec la B.C.E.A.O, la
commission Bancaire de l'Union Monétaire Ouest Africaine, la
Conférence Interafricaine des Marchés d'Assurance (C.I.M.A) et le
Conseil Régional de l'Epargne Publique et des Marchés Financiers
(C.R.E.P.M.F) ;
2- L'élaboration et de l'application de la
réglementation des institutions mutualistes ou coopératives
d'épargnes et de crédit ;
3- La définition de la politique et de la gestion
administrative et, de la trésorerie de l'Etat ;
4- La politique monétaire et bancaire en liaison avec la
B.C.E.A.O ;
5- La gestion administrative et financière de la dette
publique ;
6- La surveillance des entreprises sous tutelle
7- Des relations financières avec l'extérieur
La seconde dimension relève de la comptabilité
pub lique. Ici, ses tâches se déclinent de la façon
suivante :
1- Elaborer et appliquer la réglementation de la
comptabilité publique ;
2- Tenir la comptabilité de l'Etat, des
collectivités locales et des Etablissements Publics Nationaux (E.P.N)
;
3- Participer au recouvrement des recettes de l'Etat, des
collectivités locales et des EPN ;
4- Assurer la gestion comptable de la dette publique ;
5- Gestion des fonds publics ;
6- Participer à la collecte de l'épargne ;
1.1.2 Organisation du Trésor Public
L'administration du Trésor Public est placée
sous l'autorité du Directeur Général du Trésor et
de la Comptabilité Publique, qui lui-même relève de
l'autorité directe du Ministère d'Etat, Ministère de
l'Economie et des Finances. A titre indicatif, il convient de préciser
qu'elle comprend :
- 4 services rattachés à la direction
générale ;
- 8 directions centrales ;
- 7 postes comptables généraux ;
- 27 trésoreries générales ;
- 58 paieries de district, de région et de
département ;
- 66 agences comptables d'E.P.N ;
- 16 trésoreries principales ;
- 198 trésoreries ;
- 41 paieries à l'étranger ;
1.1.3 Historique des émissions obligataires
Les emprunts obligataires émis par le Trésor
Public remontent à un passé récent. Les titres
anciennement émis par le Trésor Public de Côte d'Ivoire
sont les titres FNI en 1982 (durée : 12 ans, taux d'intérêt
7%) et les titres RCI émis en 1965 (durée : 40 ans, taux
d'intérêt 2,5%).
C'est seulement en 2002 après la restructuration de
l'ex-CAA que le Trésor Public a émis un emprunt obligataire (TPCI
7% 2002-2005) sur 3 ans d'un montant de FCFA 30 000 000 000 ; l'emprunt a
été émis à 7% d'intérêt, remboursable
"in fine", avec une maturité de trois ans. Pour une souscription
attendue de FCFA 30 milliards, l'Etat a finalement recueilli FCFA 63 978 330
000. Les ressources fiscales de l'Etat ayant une probabilité de
réalisation des plus certaines ont été identifiées.
Ainsi, l'Etat s'est engagé à affecter de façon
irrévocable, une partie des Obligations Cautionnées
collectées par les services de la
Direction Générale des Douanes à
l'alimentation du compte de sécurité. L'emprunt a
bénéficié en outre d'une garantie totale de l'Etat de
Côte d'Ivoire. Ce succès sans précédent s'est
déroulé dans le cadre sécurisé autour d'un compte
séquestre domicilié dans les livres de la BCEAO
approvisionné à partir du compte de domiciliation des Obligations
Cautionnées ouvert dans les livres de la BNI (ex-CAA). Le compte
séquestre est uniquement destiné, à tenir les engagements
de l'Etat au titre de l'emprunt.
L'emprunt TPCI 6,5% 2003-2006 et l'emprunt TPCI 6,5%
2005-2008 ont été structurés selon les mêmes
caractéristiques, adossés sur les Obligations Cautionnées.
Il faut cependant indiquer que pour le premier emprunt, FCFA 40 403 320 000 ont
été collectés au lieu de FCFA 30 milliards demandés
et pour le second, FCFA 86 000 000 000 ont été reçus
là où l'Etat a exprimé un besoin de seulement FCFA 40
milliards. Ceci se poursuit en 2006 avec une collecte de FCFA 84,2 milliards au
lieu des FCFA 80 milliards exprimés par l'Etat pour l'emprunt TPCI 6,5%
2006-2009.
Il ressort clairement que le Trésor Public de
Côte d'Ivoire ne s'est pas encore tourné vers le marché
international des capitaux pour mobiliser par emprunt obligataire, des
ressources pour le financement du déficit budgétaire de
l'Etat.
Toutefois, pour toutes les transactions citées
précédemment, c'est le Groupe BNI, conseil financier de l'Etat de
Côte d'Ivoire qui a procédé à la structuration des
titres de dette.
1.2 Présentation du Groupe BNI, Conseil Financier de
l'Etat de Cote d'Ivoire
La volonté des autorités ivoiriennes d'asseoir
le développement de la Côte d'Ivoire sur une institution solide et
crédible, a conduit à un véritable toilettage de l'ex
Caisse Autonome d'Amortissement (C.A.A) créée en 1959 par
décret n° 59-209 du 21 Octobre 1959. Cette vaste opération
débutée en 1997, sur proposition de la Banque Mondiale et du
Fonds Monétaire International (FMI), consistait dans un premier temps,
dans le cadre de la revue du système financier ivoirien, à
recommander à l'Etat de procéder à la centralisation de
ses ressources et la gestion de la dette publique au Trésor Public.
Ensuite en 1998, de nouvelles orientations furent
données à la C.A.A qui devint en octobre de la même
année, une banque, après avoir obtenu un agrément
d'établissement bancaire de la Commission Bancaire de l'U.M.O.A et de la
B.C.E.A.O. Ce statut est conforté par celui de société
d'Etat, portant son capital de FCFA 5 milliards à 10 milliards. Un audit
opérationnel effectué en juillet 2001, permet à l'Etat de
renforcer la mission de la banque et de redéfinir ses métiers qui
sont désormais :
- Banque d'investissement
- Banque de refinancement
- Banque conseil
Dans le but d'une mise en oeuvre effective de ces
métiers et pour permettre à la banque d'assurer pleinement le
rôle qui lui est dévolu, les autorités de tutelle ont
procédé au changement de ses instances dirigeantes, le 31 octobre
2001 et décidé du transfert des fonds sociaux au Trésor
Public.
C'est ainsi qu'en février 2004, les nouveaux
dirigeants de la banque, après deux années de restructuration et
d'assainissement de l'institution ont procédé au changement de sa
dénomination en l'appelant Banque Nationale d'Investissement (B.N.I).
Aussi, alors qu'elle vient à peine de définir
dans ses axes stratégiques, sa potentielle intervention sur le
marché des capitaux, qu'elle est mandatée par la Direction
générale du Trésor et de la Comptabilité Publique
à l'effet de conduire un emprunt obligataire.
L'emprunt TPCI 7% 2002 - 2005 est donc lancé avec un
objectif minimum de FCFA 30 milliards. Contre toute attente FCFA 63 milliards
sont mobilisés malgré un climat sociopolitique
délétère. Pour amplifier et rationaliser son
activité de conseil, la B.N.I a créé sa propre
Société de Gestion et d'Intermédiation (S.G.I) BNI
FINANCES courant 2003 après avoir obtenu l'agrément du
C.R.E.P.M.F le 23 décembre 2003. Celle-ci devient opérationnelle
dès janvier 2004 avec pour principales missions de soutenir et de
développer les nouveaux métiers de la banque que sont
l'investissement et le conseil, en veillant prioritairement à :
- Aider à une mobilisation optimale des ressources du
Trésor public sur le marché des capitaux de l'UEMOA, tout en se
positionnant comme Spécialistes des Valeurs du Trésor (S.V.T)
;
- Conseiller les structures para-étatiques dans le cadre
de leur restructuration/financement ;
- Proposer des formules de financement adaptées aux
PME/PMI, puis aux structures décentralisées dans le cadre des
politiques nationales de décentralisation, par le biais des instruments
de marché ;
- Assister la maison mère (la BNI) dans le cadre de
son développement de haut de bilan, au moyen de conseil
stratégique et financier et l'usage des instruments de marché des
capitaux.
En tant que conseil financier de l'Etat de Côte
d'Ivoire, la mission du Groupe BNI dans une opération de levée de
fonds sur le marché international des capitaux, devrait être de
mener les études financières préalables afin de
dégager le profil général de risque que présente le
pays au moment de l'opération. C'est sur la base de ces études
préliminaires que l'opération pourra être mise en oeuvre
soit par le Groupe BNI lui-même, soit par une autre banque que l'Etat de
Côte d'Ivoire pourrait choisir toujours sous le regard vigilant de son
conseil financier. Ce, dans le souci permanent de préserver les
intérêts de l'Etat, qui intervient ici sur un marché qui
échappe non seulement à son influence mais aussi à celle
des autres états.
Pour ressortir donc ce profil général de
risque, un diagnostic ciblé s'impose. Celui-ci serait ciblé par
rapport aux finalités de l'analysesdiagnostic qui seraient menées
au niveau international, pour des opérations similaires.
II- DIAGNOSTIC ET CADRE GENERAL D'ANALYSE DES PAYS
EN DEVELOPPEMENT, TEL QUE MENE PAR LE FMI ET LES INVESTISSEURS
INSTITUTIONNELS
Les qualités qui caractérisent les
émetteurs de bonne signature sur l'euromarché, sont la bonne
santé économique et le rayonnement politique.
Il est donc clair que notre diagnostic s'évertuera
à rechercher les signes généraux de risques
économiques et de risques politiques inhérents aux pays en voie
de développement, qui bloquent leur accès à cette
formidable plate forme financière.
2.1 L'analyse Macro-économique et le risque
économique
En raison des graves crises financières ; du Mexique
(1994 - 1995), de la Thaïlande (1997 - 1998) et du Brésil (1998 -
2002) et de leurs conséquences sur le système financier
international (cf. encadré 1), l'élaboration d'un schéma
de diagnostic pour les opérations de crédits internationaux des
souverains est devenu pour le FMI, une préoccupation maj eure.
Encadré 1 :
La crise financière et économique d'un pays en
défaut peut se transmettre aux autres pays par différents canaux
:
Par le biais des échanges commerciaux. C'est le cas
notamment lorsque les régions sont intégrées
commercialement comme en Asie ou en Amérique Latine ;
Par les taux d'intérêt du fait d'un climat de
défiance vis-à-vis de l'ensemble des zones émergentes,
indépendamment des risques "pays". Dans ce cas, les pays les plus
dépendants des marchés financiers internationaux risquent
d'entrer à leur tour, en crise. Pour les banques ou institutions
financières qui détiennent une part importante de leurs actifs
sur ces pays, la détérioration de la qualité de leurs
créances qui suit le défaut peut provoquer une crise
systémique du système financier international
Source : Revue de l'OFCE 86
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En effet, durant les années 90, les pays emprunteurs
se sont détournés des traditionnels prêts bancaires pour
émettre davantage de titres obligataires.
Cette attitude se justifiait par l'amélioration
à l'époque, des perspectives de croissance, suite à la
réussite des politiques de stabilisation et de la libéralisation
des marchés financiers. En outre, en mars 1989, le nouveau
secrétaire au Trésor américain, Nicholas Brady,
présentait un plan (le Plan Brady) de restructuration de la dette dont
les grandes lignes étaient les suivantes : mise en place de
réformes structurelles, restructuration de la dette contractée
auprès du Club de Paris, et renégociation de la dette
commerciale et des arriérés d 'intérêt via l
'émission de nouveaux titres de créances (les obligations
«Brady»). L'idée du Plan «Brady» était
de titriser1 les créances bancaires, en octroyant aux pays
emprunteurs une réduction de la valeur nette présente de leurs
dettes. Les nouveaux actifs, dits obligations «Brady»,
libellés en dollars, étaient garantis du montant principal ou
d'une partie des intérêts par des obligations du Trésor
américain de même maturité. Le Plan «Brady» a
ainsi permis une réduction de la charge de la dette des pays
émergents. Il a également montré que des pays
endettés pouvaient avoir accès au marché international des
capitaux.
Cependant, la volatilité des devises auxquelles
étaient arrimées les émissions (le dollar en l'occurrence)
et les fluctuations mal anticipées des taux d'intérêt, ont
engendré à nouveau pour les pays débiteurs, un
accroissement considérable de la dette externe. L'incapacité
manifeste de ces derniers à assurer convenablement le service de la
dette qui s'en est suivi et la répétition des crises de dettes
souveraines (Mexique, 2000; Brésil, 1998, 2001, 2002; Roumanie et
1 La titrisation est une opération d'ingénierie
financière qui consiste pour les institutions financières
à céder leurs créances sur un Etat, en les transformant en
valeurs mobilières négociables, cessibles sur le marché
Russie, 1998; l'Equateur et le Pakistan, 1999; l'Ukraine,
2000; l'Argentine, 2001 et le Nigeria, 2002), donne une explication de la
récente désaffection des investisseurs pour les titres
obligataires des pays en développement, classé de fait dans la
catégorie des actifs à haut risque (High Yields Bond). Les
mécanismes de restructuration de dettes souveraines mis en oeuvre par le
FMI sont rendus eux aussi difficiles par la sophistication croissante des
montages des obligations, mettant en opposition à un émetteur,
une multitude d'investisseurs. Cette situation a jeté un froid sur le
système financier international qui souffre selon le Bureau des
Règlements Internationaux1, d'une réelle crise de
confiance entre les différents acteurs (émetteurs,
"régulateurs", investisseurs et agences de notation).
En effet, tous les papiers (titres obligataires) émis
l'étaient pratiquement tous avec une notation acceptable, pourtant cela
n'a pas empêché la survenance des crises de dettes. C'est
d'ailleurs la raison pour laquelle, tous les schémas de diagnostic
tentent dorénavant de mettre à nu ex ante, la capacité des
émetteurs à«soutenir» leurs engagements financiers (la
dette).
Bertrand COUILLAUT et Adeline BACHELLERIE (2005)2
affirment à ce sujet que «la "soutenabilité" de la dette
suppose à la fois que l'Etat soit considéré comme
solvable, c'est-à-dire que les créanciers aient un
jugement positif sur sa capacité à rembourser sa dette sur le
long terme, et liquide, c'est-à-dire qu'il soit en
mesure de refinancer la dette venant à échéance
». En d'autres termes, la "soutenabilité" d'une dette est
avérée lorsqu'il pèse la présomption selon laquelle
l'emprunteur ne serait pas en mesure de continuer à assumer son
1 BRI, 2002: Activité bancaire et financière
internationale, Rapport trimestriel BRI, mars
2 A. BACHELLERIE et B. COUILLAUT, «Soutenabilité de
la dette Publique et Crises des pays émergents : présentation des
concepts et des instruments de diagnostic », Revue de la stabilité
financière, n°6, Juin 2005, p. 75.
service, sauf en cas de forte correction du solde de ses
revenus et dépenses.
Il est dès lors essentiel pour la communauté
financière internationale "pourvoyeuse" de fonds, de disposer
d'instruments permettant d'établir un diagnostic fiable afin de se
prononcer de façon sereine sur le caractère soutenable ou non
d'une dette et de souscrire ensuite à ces titres de dette.
A ce stade, il s'agit d'apprécier le risque
d'insolvabilité et le risque d''illiquidité" de la dette.
En la matière, le FMI (2002) met en exergue trois
approches reposant pour la plupart, sur des indicateurs
macroéconomiques.
La première approche met la dette en relation avec des
variables explicatives de sa potentielle "soutenabilité".
Ainsi, est-il définit pour l'analyse de la
solvabilité d'un Etat, un sentier d'équilibre de la dette reliant
le taux d'intérêt et le taux de croissance de l'économie
à long terme, avec les excédents primaires futurs
actualisés. Il s'agit de déterminer pour les pays
émetteurs, une contrainte budgétaire in
tertemporelle.
Sous forme quantitative, A. BACHELLERIE et B. COUILLAUT
établissent que si :
bt* est le montant de la dette en devises au temps t, en
pourcentage du PIB
St, l'excédent primaire en t (solde budgétaire
excluant les intérêts sur la dette) en pourcentage du PIB
rt*, le taux d'intérêt nominal sur la dette en
devises
gt, le taux de croissance nominal
t, la variation du change nominal prise au
certain,
taux d'intérêt qui représente la
charge financière pesant sur la dette. De celles-ci, il est possible de
déterminer
la con trainte budgétaire intertemporelle,
qui permet de vérifier si l'endettement du pays est excessif en
comparant, le stock de dette à une date donnée, aux
excédents primaires futurs actualisés à partir
d'hypothèses sur les grandeurs de long terme.
La deuxième approche est basée elle, sur une
analyse tendancielle de la dette. Aussi, le FMI postule-t-il dans ce cas-ci,
que la capacité d'un Etat à stabiliser le niveau de la dette sur
le PIB à court et moyen terme peut être utilisée pour
apprécier la soutenabilité de celle-ci.
En effet, lorsque la dette publique d'un pays augmente sur
plusieurs années, la stabilisation du niveau de la dette peut constituer
selon le FMI, une réponse satisfaisante pour prévenir une crise
de dette souveraine. Il est dès lors possible, de calculer
l'excédent primaire nécessaire à la stabilisation du ratio
dette/PIB. Ainsi, en reconsidérant les variables utilisées pour
l'élaboration de la formule de la contrainte budgétaire
intertemporelle (formule (1)), ils démontrent que la stabilisation
à long terme du ratio de dette sur le PIB impose un niveau
d'excédent primaire théorique en terme de PIB, S tel que :
donc a fortiori des déficits budgétaires). La
stabilisation de la dette à long terme peut donc être remplie sans
que le pays ne soit solvable (contrairement à la première
approche). Le FMI considère à ce titre que, peu de pays en
développement dégagent un niveau suffisant d'excédents
primaires qui leur permette de stabiliser, voire réduire le ratio
dette publique/PIB.
La troisième et dernière approche, celle dite
"the Balance sheet approach" ou encore l'approche "bilantielle", est un cadre
d'analyse qui permet d'identifier dans les bilans agrégés par
secteurs de l'économie, les vulnérabilités liées
à l'existence de déséquilibres qui ne pourraient
être observées dans un bilan consolidé au niveau du pays.
Aussi, permet-elle de mettre en évidence quatre types de
déséquilibres potentiels dans les bilans : en terme de devises
(currency mismatch) ; d'échéances (maturity mismatch) ; de
structure du capital1 et de solvabilité.
Cette troisième approche aide à mieux cerner
les risques d'illiquidités en raison des possibles
"désajustements" en devise et en maturité. Elle pourrait
permettre d'ailleurs, de compléter les deux premières approches
qui analysent la "soutenabilité" de la dette de façon ponctuelle
(première approche) et de façon dynamique (deuxième
approche).
Il convient de préciser qu'un émetteur peut
tout naturellement se passer des études ci-dessus avant de lancer son
émission obligataire. Cependant, le fait qu'elles constituent pour les
investisseurs et la communauté financière internationale, les
démarches de diagnostic les plus crédibles actuellement (en
raison des institutions qui les
1 Le risque de structure de capital renvoie au mode de
financement de l'économie selon les types d'instruments utilisés
et aux effets de leviers correspondants.
proposent), elles ne peuvent et ne devraient être
ignorées dans l'analyse paramétrique de l'outil de mobilisation.
Ceci, dans la mesure où l'asymétrie d'information qui pourrait en
résulter, ne militerait pas en faveur de l'emprunteur.
Ainsi, le choix ou le mix de ces approches devrait être
pris en compte implicitement, dans la structuration des véhicules
financiers, de sorte à pouvoir proposer aux investisseurs "du sur
mesure". C'est pourquoi les variables macroéconomiques
identifiées par les différentes formules, devraient faire l'objet
d'une attention particulière et être considérées
comme des variables structurantes1. A ce titre, il est clair que
leur amélioration passerait par des réformes économiques
profondes.
Tout de même, en dépit du progrès
réalisé dans les méthodes d'élaboration d'un
diagnostic, il faut souligner qu'il sera toujours difficile de trancher sur
l'acceptabilité du niveau de la dette (dans la mesure où
étant le pays le plus endetté, les USA ont malgré tout, la
meilleure signature) par les marchés financiers. Ainsi, les
gouvernements, n'ont d'autres choix dans ce cadre que de bâtir
progressivement une forte crédibilité sur la base de l'effort
entrepris en termes budgétaires et de réformes structurelles.
2.2 L'analyse du risque politique
Le risque politique traduit l'éventualité qu'un
émetteur n'arrive pas/plus à faire face à ses engagements
financiers, en raison de troubles ou tensions politiques qu'il pourrait subir.
En effet, quand ces derniers surviennent, il s'instaure un climat
délétère qui détourne les priorités
économiques au profit d'objectifs travestis par la situation de
crise.
1 Les variables structurantes sortent du domaine du conjoncturel
pour faire partie des variables sur lesquels on peut définir
désormais des politiques et moyens d'action et leur allouer des
ressources pour les réformes dont elles feront l'objet.
Il n'est donc pas fortuit de mener une telle analyse (sur le
risque politique) qui conduit à modérer les résultats du
diagnostic macroéconomique et financier. Le risque politique est la
composante la plus délicate du risque pays qui se reflèterait
généralement dans la marge actuarielle (spread) exigée par
les investisseurs.
Au plan international, certaines agences comme la P.R.S.
(Political Risk Service) Group, l'"Institutionnal Investor", la Compagnie
Française pour le Commerce Extérieur (COFACE) et le BERI
(Business Environnement Risk Index) se livrent à des notations du risque
politique soit à la demande des émetteurs soit pour le compte de
tiers investisseurs.
Mais l'indicateur qui est de loin le plus suivi pour les pays
en voie de développement est le PRI (Political Risk Index) de l'agence
PRS Group comme le fait remarqué Patrice Fontaine (1997)1. En
effet, le PRI mesure le risque politique en se fondant sur huit critères
notés de 0 (bien) à 7 (mauvais). Ce sont :
- la dépendance vis-à-vis d'une grande
puissance,
- l'influence négative des forces politiques
régionales,
- la division du pouvoir politique et le pouvoir des
différentes factions,
- la division par la langue, l'ethnie et/ou la religion,
- les mesures répressives prises par un gouvernement en
vue de son maintien au pouvoir,
- l'attitude face à l'étranger; nationalisme ou
tendance au compromis,
- la situation sociale (population, densité, niveau de
vie),
- l'organisation et la force des éléments
favorables à un gouvernement d'extrême gauche - d'extrême
droite.
1 P. Fontaine, Gestion Financière Internationale,
Précis de DALLOZ, P. 447, 1997
Avec cet indice, une note globale de 0 à 20 indique
que le risque politique est pratiquement inexistant tandis qu'une note
supérieure à 35 est le signe d'un risque important.
Toutefois, il serait difficile de présenter dans le
cas d'espèce, les différentes mesures du risque politique. Elles
ne sont pas toujours distinguables des mesures du risque-pays et pour
certaines, l'information n'est pas facilement disponible. C'est le cas de
l'indice PRI qui nécessite1 le déboursement en ligne
d'une somme de $52 (environ FCFA 30000) pour avoir accès au niveau de l'
indice sur un pays précis.
Par contre, la notation COFACE est disponible sur simple
consultation du site. Cette notation distingue quatre classes de pays :
- classe A : risque politique pratiquement inexistant
- classe B : risque politique faible
- classe C : risque politique avéré
- classe D : risque politique élevé
Pour compléter ces différentes notations, il
est aussi possible d'adopter une approche consistant à demander à
certains spécialistes, de répondre à une grille d'analyse
comprenant des variables liées au cadre politique et des variables
liées au contexte économique.
1 Visite du site :
http://www.prsgroup.com, en juin
2006
III- DESCRIPTION GLOBALE DU RISQUE-PAYS
Le risque pays se décompose dans les deux risques que
nous avons abordés jusque là.
Dans leur étude sur la "soutenabilité" de la
dette des Etats, Bertrand Couillaut et Adeline Bachellerie ont souligné
que parmi les multiples causes de la vulnérabilité des Pays en
voie de développement (fragilité des institutions,
volatilité des recettes budgétaires, ouverture commerciale,
historique de défaut, etc,...), trois facteurs explicatifs du
risque-pays devraien t particulièremen t reten ir no tre attention
:
LE "PECHE ORIGINEL" ET LES CONSEQUENCES DE L
'EXPOSITION A UX MO UVEMENTS DES TA UX DE CHANGE A l'instar de
Eichengreen (B), Hausmann (R) et Panizza (U) (2003),
B. COUILLAUT et A. BACHELLERIE soutiennent qu'une des
fragilités des pays émergents, tient à leur
incapacité à émettre dans leur propre monnaie sur les
marchés internationaux, ce qui les conduit à accumuler des dettes
en devises.
Une telle situation accroîtrait la fragilité
d'un pays, car les dépréciations de change peseraient sur le
service de sa dette extérieure. Pour Claude Boro et Frank Packer (2004),
le "péché originel" résulte de l'intolérance de la
dette, influence des antécédents de mauvaise gestion sur la
capacité d'endettement. C'est pourquoi on peut penser selon eux, que des
antécédents d'inflation et de défaut dissuadent les
investisseurs étrangers de souscrire des titres de dette publique, en
particulier à long terme, libellés en monnaie locale.
L 'IMPERFECTION DE L 'INFORMA TION SUR LES
ECONOMIES EMER GENTES
L'inefficience informationnelle qui caractérise les Pays
en voie Développement est essentiellement selon le FMI liée
à trois facteurs :
- l'indisponibilité des données ; de
manière générale, les
informations sur la dette externe sont plus nombreuses et
détaillées que celles sur la dette publique elle même. En
outre, la décomposition de la dette publique entre court et long terme
ou par devises est rarement disponible pour pouvoir mener des analyses
conséquentes ;
- Problème d'homogénéité des
données ; les comparaisons entre les différents pays sont
souvent complexes en raison de différence dans les définitions
retenues. Force est donc de constater qu'à la différence des pays
industrialisés, pour lesquels une information de qualité est
disponible très rapidement avec de multiples possibilités de
recoupement, les Pays en voie de Développement souffrent de
l'imperfection de l'information existante.
Or, un système où l'information est rare et
coûteuse favorise le développement de comportements
mimétiques propices au
déclenchement de crises auto-réalisatrises. Car,
l'asymétrie
d'information aidant, les investisseurs sont conduits
à imiter d'autres investisseurs jugés mieux informés, de
sorte qu'une information même erronée a priori mais
invérifiable, tend à se
réaliser sous l'action des tentatives d'ajustements
et d'anticipations des investisseurs ;
- la couverture des données ; les
données disponibles n'incluent rarement que les emprunts garantis par
l'Etat, les dettes des collectivités locales ou celles des entreprises
publiques.
On peut cependant noter que les efforts engagés sous
l'impulsion du G81 et du FMI, en termes d'amélioration de la
transparence ; de la qualité des statistiques et de diffusion des
données, ont permis de réaliser des avancées
significatives contribuant à améliorer l'appréciation
globale des risques. Ainsi, est-il dorénavant possible pour les Pays en
voie de Développement d'adhérer auprès du FMI, au
Système Général de Diffusion des
Données2 (SGDD) créé en 1997.
Le SGDD est un processus structuré par lequel les pays
membres du FMI s'engagent volontairement à améliorer à
terme la qualité des données produites et diffusées par
leur système statistique aux fins de l'analyse macroéconomique.
Le FMI soutient ces efforts en apportant son assistance technique dans les
domaines qui lui sont familiers ainsi qu'en catalysant la fourniture
d'assistance par d'autres sources.
Le SGDD tient compte du fait que les pays participants
diffèrent par leur niveau de développement statistique et par
leur capacité à améliorer à terme leurs
systèmes. Par conséquent le système, privilégiant
le développement à long terme des systèmes statistiques,
n'a pas un caractère prescriptif, et autorise une certaine souplesse
dans le rythme de sa mise en oeuvre dans chaque pays et d'un pays à
l'autre. Le SGDD a ouvert la voie à l'introduction de la Norme
Spéciale de Diffusion des Données (NSDD), conçu pour les
pays qui souhaitent avoir accès aux marchés internationaux des
capitaux.
Le SGDD encourage des pratiques statistiques saines, aussi
bien en matière d'établissement que de diffusion de statistiques
économiques, financières et socio-démographiques. Il
identifie des ensembles de
1 Le Groupe des Huit (G8) est une coalition de huit pays les
plus riches du monde : les États-Unis, le Japon, l'Allemagne, le
Royaume-Uni, la France, l'Italie, le Canada, et la Russie. Ensemble, les pays
du G8 représentent 66,5% de l'économie mondiale.
2 Special Data Dissemination Standard (SDDS), mis en place
après le sommet du G7 à Lyon en 1996
données particulièrement pertinents pour l'
analyse économique et le suivi de l'évolution sociale et
démographique et il présente des objectifs et des recommandations
concernant leur élaboration, leur production et leur diffusion. Un soin
particulier est accordé aux besoins des utilisateurs, au moyen de
directives portant sur l'accès du public aux données, leur
qualité et leur intégrité. Les recommandations et
objectifs du SGDD dans ces domaines s'accordent pleinement avec les Principes
fondamentaux des statistiques officielles de l'ONU.
Les différents secteurs couverts sont :
le secteur extérieur
le secteur financier
le secteur réel
le secteur fiscal
les données socio-démographiques
Jusqu'en 2004 seulement 83 pays ont adhéré
à ce Système de Diffusion des Données, la Côte
d'Ivoire n'y a pas encore adhéré.
L 'INS TABILITE DES FLUX DE CAPITA UX PRI
VES
La dépendance aux flux de capitaux privés,
semble caractériser les pays en développement, au point où
l'éventualité d'un arrêt soudain (sudden stop) de ces
financements externes et de ces répercussions graves sur les
économies, ne peuvent êtres ignorés par les
investisseurs.
En effet, le service des arriérés de dette pour
la plupart des Pays en voie de Développement est assuré
grâce à la quasi-totalité des excédents primaires
dégagés de façon extraordinaire. Cette situation les
dispose de facto à être dépendant des flux de capitaux
privés pour financer leur développement. Une économie dans
un tel état, résisterait difficilement aux chocs externes. Ceci
met d'ailleurs en doute sa
capacité à survivre durablement à une
fluctuation de ces flux. A ce sujet, le FMI affirme d'ailleurs que rares sont
les pays émergents qui arrivent à répondre convenablement
aux fluctuations des flux de capitaux privés en mettant en oeuvre de
conséquentes politiques économiques.
Ces trois facteurs retenus par B. COUILLAUT et A.
BACHELLERIE, contribuent à donner une explication pertinente aux sources
du risque économique et aux raisons peut être moins explicites du
risque politique, dont une évaluation globale, conduit à
apprécier le risque-pays d'un émetteur de titres souverains.
De ce qui précède, il convient dès
à présent de mener de analyses-diagnostic relatives à
l'Etat de Côte d'Ivoire, et de proposer autant que faire se peut des
pistes de réflexion sur des éléments qui
mériteraient une étude spéciale, détaillée
et plus approfondie et que malheureusement la problématique de notre
étude ne nous permet pas d ' effectuer.
IV- DIAGNOSTIC ET EVALUATION DES POTENTIALITES
DE LA COTE D'IVOIRE
Le diagnostic de la situation de la Côte d'Ivoire sera
menée sur trois plans : au plan politique, au plan économique et
un troisième plan que nous proposons d'ajouter afin de pouvoir se faire
une idée un peu plus nuancée mais assurément plus
précise sur le niveau du risque-pays. Cette évaluation des
potentialités de la Côte d'Ivoire reposera sur des indicateurs que
certaines agences de ratings analysent plus minutieusement au cours de leur
processus de notation des Etats.
Cependant, dans notre situation, le diagnostic que nous
proposons, précède de loin l'opération d'émission
à proprement dit et a pour finalité principale de permettre au
conseil financier de l'Etat de Côte d'Ivoire, le Groupe BNI,
d'évaluer l'opportunité de l'émission internationale afin
de pouvoir le consigner dans la loi de finances.
C'est pourquoi nous prendrons le soin de synthétiser
tous les résultats obtenus du diagnostic dans un tableau qui servira
d'outil opérationnel capable de renseigner tout de suite les
décideurs sur l'opportunité d ' émission avant même
d ' entamer l' opération.
4.1 Diagnostic sur le plan politique
En nous référant aux critères de
l'indice PRI tel qu'indiqués plus haut, il est possible pour un analyste
non averti de se faire une idée assez intuitive du niveau de l'indice
entre l'année 2000 et l'année 2004. D'ailleurs l'indice PRI pour
la Côte d'Ivoire aurait indiqué déjà au cours de
l'année 1999 (avant le coup d'Etat militaire de décembre), un
niveau de 40 (risque politique élevé). L'indice aurait
fluctué dans l'intervalle de 35 à 45 depuis 2000.
Cependant, de façon plus pragmatique, la COFACE a
assigné pour les années 2005 et 2006, la classe D de risque
politique à la Côte d'Ivoire. Assurément, ce niveau de
risque a induit la réalisation de dépenses imprévues pour
les années 2002, 2003 et 2004. Ainsi, de la période allant du 18
septembre 2002 au mois d'avril 2004, l'Etat de Côte d'Ivoire a
déboursé FCFA 176,1 milliards pour la couverture des charges
afférentes aux primes, à l'alimentation, à la
santé, au fonctionnement et à l'équipement des forces de
défense et de sécurité. Ces ressources englouties dans ces
dépenses imprévues auraient dû servir à honorer des
engagements prioritaires, notamment, l'apurement des arriérés
intérieurs et extérieurs. Ces derniers qui avaient un niveau de
143,3 milliards en 2002 au début de la guerre ont atteint le niveau de
614,1 milliards en 2003 et 538,5 milliards en 2004.
4.2 Diagnostic sur le plan économique
Comme nous l'avons souligné plus haut, la
finalité du diagnostic économique est de pouvoir donner une
appréciation de la "soutenabilité" de la dette d'un état.
Cette "soutenabilité" prend en compte la solvabilité de
l'émetteur et la liquidité de la dette.
Selon le FMI (2003), un pays peut être
considéré dans une position de "soutenabilité" de sa dette
extérieure "s'il est capable d'assurer le service de sa dette,
actuel et futur, en totalité, sans recourir à des
procédures de réduction ou de rééchelonnement de sa
dette, sans accumuler des arriérés et sans compromettre sa
croissance de man ière excessive". Dans le cas de la Côte
d'Ivoire, nous allons utiliser la seconde approche du FMI telle que
décrite plus haut. Il s'agit de l'analyse tendancielle du ratio
dette publique/PIB.
Ce ratio de l'encours de la dette au PIB est le principal
indicateur pour les pays en voie de développement. Pour la Cote
d'Ivoire, l'évolution
est pratiquement semblable à celle de l'encours de la
dette publique1. Il a atteint son pic en 1994, suite à la
dévaluation soit 214% du PIB. Le ratio a connu une diminution de 1995
à 1997 grâce à la relance économique
constatée après la dévaluation. Résultat, un taux
de croissance du PIB de 7% en 1997. Il était de 178% en 1996 et de 168%
en 1997 et 101% en 2000. L'encours de la dette extérieure a aussi connu
une forte expansion au cours des décennies 80 et 90 avec la conjoncture
économique qui a poussé la Côte d'Ivoire à emprunter
et à s'endetter lourdement. En 2000, le stock se situait à 6326
milliards et le service à 678 milliards, cela représente 50% des
recettes fiscales. Le ratio de l'encours de la dette par rapport au PIB est de
101% en 2000. Au regard des critères qui caractérisent les
contraintes de solvabilité et de liquidité en matière de
dette extérieure, la situation actuelle de la Côte d'Ivoire est
encore insoutenable2.
Face à cette situation, le Gouvernement a
présenté à ses partenaires multilatéraux et
bilatéraux, un dossier pour l'initiative PPTE pour laquelle la
Côte d'Ivoire est déjà éligible depuis 1998.
L'initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE
ou Heavily Indebted Poor Countries, HIPC) est un mécanisme d'aide, mise
en oeuvre par les pays du G83 qui vise à permettre aux pays
confrontés à des difficultés de remboursement de leur
dette extérieure de retrouver une situation soutenable, au sens du FMI.
Ce mécanisme n'interviendrait qu'après épuisement des
procédures traditionnelles d'allègement de dette (notamment
l'annulation de la dette publique commerciale4 qui ne peut
1 Ministère de la planification du développement,
Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté -
Intérimaire, Janvier 2002
2 Document de Stratégie pour la Réduction de la
Pauvreté en Côte d'Ivoire - Intérimaire, P. 17, Janvier
2002
3 Rapport du sommet du G7 en Cologne en 1999 (
www.G7.org)
4 La dette commerciale de l'Etat exclut l'aide publique au
développement; c'est-à-dire qu'elle ne concerne que les
créances portées par les organismes publics de garantie aux
exportateurs et les prêts gouvernementaux non concessionnels.
aller au-delà de 67% dans le cadre du Club de
Paris1) et ne pourrait être utilisé qu'une seule fois.
En outre, il implique une action conjuguée de tous les
créanciers.
Toutefois, la crise qui la secoue actuellement, même si
elle a rendu sa position délicate, a quand même
démontré la solidité de l'économie ivoirienne et sa
capacité à résister aux chocs. En effet, le ratio de dette
publique/PIB est passé de 8 7,6% en 2002 à 78,7% en 2004. En
outre, la Côte d'Ivoire posséderait actuellement une
réserve en devises équivalente à six mois de recettes
d'exportation au lieu de deux mois recommandés. Cette information
présage le fort potentiel de liquidité d'une dette
contractée en devises, ceteris paribus.
4.3 Diagnostic sur le plan des capacités de
négociation Sur le marché international des
capitaux, on peut se retrouver en présence de deux pays possédant
le même rating. Pourtant, on ne peut pas assurer avec certitude que le
niveau de réussite de l'émission pour ces deux pays sera le
même. Or, les ratings sont censés refléter le niveau du
risque politique et économique des pays sujets à la notation.
Ainsi, nous proposons en plus de l'évaluation du risque politique et du
risque économique, que soit également évalué la
capacité de négociation des dirigeants. Celle-ci s'apparente
à la «diplomatie souterraine» en politique ou à la
notion de « force de vente» en Marketing et constitue en
définitive un avantage compétitif lorsque des pays
présentent des niveaux de risques similaires. Cette capacité de
négociation des dirigeants, traduit toute l'aptitude de ces derniers
à influer à leur avantage sur le niveau du risque-pays. On
comprend en conséquence que cette notion implique à juste titre
celle de réseau relationnel des dirigeants.
1 Nom donné à l'ensemble des créanciers
internationaux publics bilatéraux
Un titre a en effet besoin d'un bon réseau pour bien
se faire vendre. C'est ce qui pourrait expliquer d'ailleurs le choix d'un chef
de file par rapport à un autre !
Afin de pouvoir apprécier rapidement cette
capacité de négociation des dirigeants, les indicateurs suivants
sont proposés :
- Le niveau d'instruction et d'expertise des dirigeants
(politiques et économiques) en matière de bonne gouvernance:
des dirigeants sur lesquels il pèse des doutes sur la
manière de conduire l'appareil de l'Etat envoient de mauvais signaux au
marché financier. La négociation avec les investisseurs
potentiels devient moins aisée en dépit d'un bon rating, car pour
ces derniers, une bonne situation peut devenir mauvaise d'un moment à
l'autre.
- La nature de l 'influence géopolitique et/ou
économique dans la zone d'émission ou dans la monnaie
d'émission : un pays qui possède une puissance
géopolitique dans une zone d'émission consolide ses chances de
réussir son émission. En effet, il sera alors possible pour lui
de pénétrer les « cercles les plus fermés » et
les «milieux les plus autorisés » pour avoir accès
à des informations privilégiés pouvant permettre à
l'émetteur d'atteindre ses objectifs.
- La capacité des dirigeants à identifier
les freins à l'émission : dans un cheminement
stratégique, la capacité des dirigeants à identifier les
freins, démontre clairement la domination de ceuxci, de leur
environnement. Ainsi, lorsque toutes les subtilités de cet environnement
ont été cernées, il est plus facile d'envisager des
actions pour contrer les déplacements gênants des acteurs
hostiles. Ces acteurs peuvent être de nature économique,
culturelle, politique,...
- Le rapport de la nature des freins aux moyens d'actions
envisageables disponibles : il s'agit d'apprécier les
mécanismes qu'il est possible de mettre en place pour juguler chacun des
freins identifiés. Si le montage de l'émission prévoit de
répondre de façon particulière à ces freins, il est
clair que la négociation des dirigeants aura réussi, si le
maximum de personnes souscrit au contrat d'émission.
- La variation des dépenses de communications dans
le coût global de l'émission : le niveau prévu des
dépenses de communication traduit la capacité des dirigeants
à vouloir convaincre les investisseurs sur l'opportunité de la
transaction. Dans ces dépenses sont recensés les voyages de
prospective, les séances de road shows, le coût de confection et
de diffusion des plaquettes d'émission, les affiches,...
- Autres facteurs possibles non identifiés :
cet indicateur représente la marge d'erreur de la prévision. Il
offre les possibilités d'affiner ultérieurement l'analyse de la
capacité de négociation des dirigeants.
Pour chacun de ces indicateurs, quatre mentions sont
proposées :
- Faible, si l'indicateur se trouve à un niveau de 0
à 33%
- Moyenne, si l'indicateur se trouve à un niveau de
33% à 66%
- Forte, si l'indicateur se trouve à un niveau de 66
à 100%
Si nous appliquons cette grille d'analyse au cas de la
Côte d'Ivoire dans le cadre d'une émission internationale en euro,
nous pouvons estimés les résultats suivants :
|
Faible
|
Moyenne
|
Forte
|
Le niveau d'instruction et d'expertise des dirigeants
(politiques et économiques) en matière de bonne gouvernance
|
|
OUI
|
|
La nature de l'influence géopolitique et/ou
économique dans la zone d'émission ou dans la monnaie
d'émission
|
|
|
OUI
|
La capacité des dirigeants à identifier les
freins à l'émission
|
OUI
|
|
|
Le rapport de la nature des freins aux moyens d'actions
envisageables disponibles
|
OUI
|
|
|
La variation des dépenses de communications dans le
coût global de l 'émission
|
|
|
OUI
|
Autres facteurs non identifiés
|
OUI
|
|
|
|
Lorsque pour chaque indicateur nous précisons la
mention et l'intervalle, la somme des intervalles milieux pour ces six
indicateurs, donne un total milieu de 265%, soit une mention moyenne de 44,16%
(voir annexe 1). On peut donc dans le cas de la Côte d'Ivoire,
présumer une capacité de négociation moyenne pour une
émission internationale en euro.
Au terme du diagnostic ci-dessus, nous proposons pour une
question d'efficacité, de synthétiser sous forme de notation
interne, les différents résultats obtenus. A cet effet, un
tableau du profil général d'efficacité sera
élaboré.
V- ELABORATION DU PROFIL GENERAL D'EFFICACITE
PAYS

5.1 Tableau du profil général
d'efficacité
L'élaboration d'un profil général
d'efficacité répond à un souci de prise de décision
stratégique. Cela est rendu possible grâce à la
synthétisation dans un tableau, appelé tableau du profil
général d'efficacité, de tous les cas de figure
révélés par les analyses précédentes. Il
s'agit en fait de déduire à partir du tableau, le profil que
présente un pays. Déterminer s'il est efficace ou pas. Il ressort
clairement de notre étude, qu'un pays sera dit efficace si en même
temps que le risque économique et politique est inexistant, la
capacité de négociation des dirigeants est très grande.
C'est d'ailleurs à partir de ce profil général
d'efficacité qu'il sera possible de proposer les options
financières stratégiques.
Risque économique
|
Score
|
Risque politique
|
Capacité de négociation des dirigeants
|
Solvabilité
|
Liquidité
|
|
Moyen
|
Fort
|
Fort
|
Moyen
|
Faible
|
1
|
1
|
A
|
A
|
B
|
C
|
A
|
B
|
C
|
1
|
0
|
B
|
|
1
|
|
0
|
C
|
|
Tableau 3 : Profil général
d'efficacité pays
COMMENT EST-IL POSSIBLE D'UTILISER LE TABLEAU ?
Le Groupe BNI pourrait se livrer à ses propres calculs et
à sa propre évaluation du risque économique, pourvu que
celle-ci soit pertinente et
qu'elle débouche sur les concepts essentiels de
solvabilité de l'emprunteur et de liquidité de la dette.
Pour conforter ses analyses, il peut les recouper avec les
analyses d'autres institutions ou services spécialisés
(Ministère de l'économie et des Finances, rapport du FMI sur la
dette des PPTE,...). Ainsi, lorsque finit cette première étape,
il lui suffit de se positionner dans le tableau du profil général
d'efficacité et de choisir la note correspondante. A ce niveau, il n' y
a par hypothèse que deux réponses possibles, pouvant
découler de l'analyse de chaque concept : oui ou non.
Nous raisonnons en fonction de la loi du tout ou rien : on
attribue ainsi, le chiffre 1 à la réponse "oui" et le 0 à
la réponse "non".
Ainsi, lorsque les analyses sur la solvabilité et la
liquidité donnent de bons résultats, les notes 1 et 1 peuvent
être alors marquées dans le tableau. L'appréciation
définitive du risque économique, permet donc de donner des scores
à chaque éventualité. Le score A est attribuée pour
la bonne performance.
Si au contraire, l'une des composantes du risque
économique fait défaut, nous lui assignons le score B. En effet,
un pays peut être solvable sans que sa dette soit liquide, dans la mesure
où l'état solvable peut tout à fait ne pas être
capable de refinancer sa dette venant à échéance en raison
par exemple de chocs politiques qui pourraient détourner cette
liquidité au profit d'autres fins. Il en va de même pour un
état dont la liquidité de la dette est avérée.
Celui-ci peut se retrouver insolvable dans l'hypothèse d'une variation
défavorable de la dette due par exemple à la variation des taux
d'intérêt des emprunts contractés à taux
variables.
Finalement, le score C sanctionne l'absence ou la mauvaise
performance.
Ensuite, le risque politique peut être établi en
interne grâce à la mise en place d'un indice comme nous l'avons
exposé plus haut. Si ce n'est pas le cas, les données relatives
à ce risque pourraient être reçues par le biais des
analyses de panels d'experts, de la notation COFACE ou de l'indice PRI, des
informations provenant des revues spécialisées et, sur demande,
par des agences de notation (un shadow rating1). Cependant, pour ces
dernières solutions, il convient pour le Groupe BNI de compléter
les analyses externes par un briefing interne.
En effet, les agences et revues internationales ne
recueillent pas toutes les données pour leurs analyses sur le terrain.
Elles s'inspirent aussi de données de panels qui peuvent parfois
être subjectives et biaisées. C'est d'ailleurs ce qui explique le
fait qu'elles ne donnent pas toujours les mêmes notes pour un même
risque politique! En conséquence, il convient de réajuster les
analyses externes fournies, par des données internes.
Une fois l'analyse du risque politique disponible, on peut se
positionner dans le tableau du profil général
d'efficacité, pour déterminer le score correspondant.
Finalement, la capacité de négociation des
dirigeants est certainement la composante la plus délicate, mais de
loin, la plus importante. C'est cette capacité de négociation qui
permet de transformer comme nous l'avons souligné plus haut, les
faiblesses détectées au niveau politique et économique, en
force au profit de la stratégie financière. Une échelle
interne de cette capacité, avec des critères et des composantes
pertinents tels qu'indiqués plus haut, pourrait être
utilisée.
1 Lorsque le rating est juste demandé pour une
appréciation sur situation et qu'elle n'est pas destinée à
être diffusée auprès du public.
Après l'analyse-ci achevée, on se
réfère pour une dernière fois au tableau du profil
général d'efficacité pour déterminer le score
correspondant.
Au terme de notre étude, nous disposons donc de trois
scores. Toutefois, les scénarii de profil de risque sont multiples.
Il convient de les énumérer dans le tableau
ci-après:
AAA AAB AAC
|
ABA ABB ABC
|
ACA ACB ACC
|
BAA BAB BAC
|
BBA BBB BBC
|
BCA BCB BCC
|
CAA CAB CAC
|
CBA CBB CBC
|
CCA CCB CCC
|
|
Tableau 4 : Classement des scores
Il est possible de procéder à un reclassement
en fonction de chaque profil général de risque
présenté précédemment. Le classement que nous
proposons considère le risque politique comme le risque majeur. Ensuite
viennent le risque économique et la capacité de
négociation des dirigeants. Ainsi dans ce tableau de reclassement, les
profils similaires seront regroupés par compartiment afin de
déterminer les options stratégiques (financières) les plus
adéquates à conseiller1 à l'émetteur
:
1 Conformément au rôle de la BNI en tant que
Conseil financier de l'Etat de Côte d'Ivoire
AAA
|
ABB
|
AAB
|
BCA
|
BCB
|
ACC
|
CCC
|
|
ABA
|
BBA
|
ACB
|
CAA
|
CAB
|
|
|
ACA
|
BAB
|
BAC
|
CBA
|
CBB
|
|
|
AAC
|
ABC
|
BCB
|
CCA
|
CCB
|
|
|
BAA
|
BBB
|
BBC
|
|
CAC
|
|
|
|
|
|
|
CBC
|
|
|

1er Compartiment 2ème Compartiment
3ème Compartiment
Tableau 5 : Tableau des options stratégiques
4.1 Les options financières suggérées
Trois grandes options financières peuvent
découler de la classification établie précédemment,
ce, en fonction du compartiment où l'on se positionne.
Le premier compartiment, celui des 3A (AAA) traduit la
possibilité pour le Trésor Public de Côte d'Ivoire de
mobiliser aisément de l'épargne sur le marché financier
international. Le coût du véhicule financier sera minoré et
la crédibilité renforcée par la liquidité de la
dette, devrait lui permettre de présenter moins de garanties pour
l'émission et de se refinancer régulièrement sur
l'euromarché. Il n'est pas exclu dans cette situation d'émettre
sur le marché sous régional, bien au contraire ! Une intervention
du Trésor Public sur l'euromarché devrait améliorer sa
signature vis-à-vis des investisseurs sousrégionaux, au point de
servir les taux les plus bas, sur les titres de dette souverains locaux.
Le positionnement dans la seconde moitié du premier
compartiment traduit toujours l'opportunité de mobiliser des ressources
sur l'euromarché, mais cette fois-ci, sous réserve de quelques
réaménagements. Ces derniers feront appel à la
capacité de négociation
des dirigeants, afin de combler les faiblesses politiques
et/ou économiques, par la renégociation des
arriérés de dettes (l'exemple du plan Brady) et par la mise en
oeuvre d'accords politiques.
Si cette situation est essentiellement le fait de
problèmes de liquidité de la dette, il est alors possible de
recourir à certaines techniques pour améliorer son rating. Nous
les présentons dans la seconde partie de notre étude.
Un positionnement dans le deuxième compartiment,
compromet fortement le recours à l'euromarché pour une
mobilisation de ressources. Une telle situation, traduit le fait qu'en plus
d'un risque politique considérable, qu'il reste encore d'énormes
réformes structurelles à opérer. Un entêtement
obligera le Trésor Public, à supporter une forte charge
financière pour le compte de l'Etat de Côte d'Ivoire, due à
la rentabilité exigée par les investisseurs sur les titres
obligataires, en raison des incertitudes économiques et politiques qui
planent sur l'émetteur. Si dans une telle situation, la capacité
de négociation des dirigeants est faible, le problème est sans
issue et nous conduira inexorablement au dernier compartiment.
Le troisième compartiment ne nous permet pas
d'envisager une mobilisation de ressources sur l'euromarché. Il ne reste
plus que le marché financier sous régional.
CONCLUSION PARTIELLE:
Le cadre général du diagnostic des
émetteurs souverains, proposé par le FMI a permis de conduire
aussi, un diagnostic similaire avec les mêmes finalités, pour
l'Etat de Côte d'Ivoire. Il est désormais clair que pour recourir
à l'option d'un endettement extérieur par émission
d'obligations internationales, le profil de risque devrait présenter un
risque pays (risque politique et risque économique) minimal voire
inexistant.
Ainsi, concernant la Côte d'Ivoire, notre tableau du
profil général d'efficacité nous conduit au terme de notre
diagnostic à exposer ce qui suit:
- le risque politique est élevé en raison de la
crise militaropolitique qui la secoue depuis le 19 septembre 2002 et
aggravé par l'échec jusque là, de la quasi-totalité
des accords politiques. Sur la base de la notation COFACE (niveau D de risque
politique), nous assignons le score de « C » dans notre tableau du
profil général d'efficacité;
- le fait d'être classé PPTE par la Banque
Mondiale et éligible à l'initiative de la réduction de la
dette, démontre sans gymnastique quantitative que la Côte d'Ivoire
n'est pas dans un état de «soutenabilité» de sa dette.
Le Ministère de l'Economie et des Finances a reconnu cette situation
dans le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté
édité en Janvier 2002 à l'endroit des prêteurs
multilatéraux et bilatéraux : le score correspondant est donc de
« C»;
- la relative stabilité que connaît le pays,
à laquelle s'ajoute le retour des bailleurs de fonds en dépit du
climat délétère et le satisfecit affiché par
rapport à la maîtrise des fondamentaux de
l'économie, démontre une capacité
réelle des autorités ivoiriennes à infléchir
partiellement sur le niveau du risque pays. En outre, notre analyse
substantielle fait ressortir une capacité de négociation moyenne
des dirigeants (si l'émission se fait en euro): le score correspondant
est donc de « B ».
Nous nous retrouvons en conséquence, avec
un rating interne de «CCB » et selon le tableau 5 (tableau du profil
général d'efficacité pays, page 39), il ne serait pas
indiqué pour l'Etat de Côte d'Ivoire via le Trésor Public,
de recourir en ce moment à l'euromarché pour une levée de
fonds par emprunt obligataire. Nous nous situons dans le 3ème
compartiment du tableau, ce qui pourrait expliquer l'affection de l'Etat
pour le marché financier sous régional.
Toutefois, si dès à présent les
autorités entreprennent les réformes nécessaires pour
atteindre le point d'achèvement de l'initiative PPTE, tout en
adhérant aux Normes Spéciales de Diffusion de Données
(NDDS) élaborées par le FMI, le rating du risque
économique pourrait s'améliorer. L'Etat de Côte d'Ivoire
pourrait ainsi passer du score actuel de « C» à celui de
«B » voire «A ». Ce, dans la mesure où selon
l'initiative PPTE, atteindre le point d'achèvement serait synonyme de
« soutenabilité » de la dette. Cela pourrait durer environ 3
à 4 ans selon les termes de Cologne.
En outre, la fin de la crise armée viendrait parfaire
le rating du risque politique, qui se traduirait par une évolution
notable du score actuel de « C » qui lui aussi peut passer à
«B » puis à «A ».
Dans un tel contexte, l'Etat de Côte d'Ivoire se
retrouverait au moins dans la deuxième partie du 1er
compartiment de notre tableau des options stratégiques. Cela
impliquerait à ce moment là, que la mobilisation de ressources
sur l'euromarché serait aisée avec comme
vecteur d ' endettement, l' émission d
'euro-obligations. Aussi, dans l'hypothèse d'une telle
opportunité, comment pourrait s'effectuer la mise en oeuvre de
l'opération d'euro-émission? Quelles seraient les
caractéristiques du vecteur d'endettement utilisé à cette
fin? N'existet-il pas de moyens pour réduire le coût de
l'endettement, sachant que l'objectif comme cela a été
souligné dans l'introduction, est de réduire la dette
onéreuse? En définitive, à quoi l'Etat de Côte
d'Ivoire devrait s'attendre au cours d'une telle opération?
Ces questions nous conduisent à analyser maintenant
dans la seconde partie de l'étude, le mode opératoire de
l'émission d'euro-obligations qui prend en compte ces
préoccupations-ci.
DEUXIEME PARTIE : MISE EN OEUVRE DE
L'OPERATION D'EMISSION
L'émission d'un titre de dette, pourrait se fondre
dans un processus marketing dans la mesure où nous pouvons distinguer
clairement un vendeur (l'émetteur) et des acheteurs (les investisseurs),
le bien, objet de la transaction étant les euro-obligations. A cet
effet, Kotler et Dubois (2005) préconisent que dans toute
opération de vente, il convient de déterminer les «six O
», que l'on appelle désormais les «six O » de Kotler. Ce
sont :
- les Occupants (qui fait partie du marché ?)
- les Objets (qu'achète le marché ? = des
obligations)
- les Occasions (quand vend-t-on ?)
- l'Organisation (qui intervient dans la vente ?)
- les Objectifs (pourquoi vend-t-on ?)
- les Opérations (Quel est le processus de vente ?)
Aussi allons tenter autant que faire se peut, de
répondre dans les pages qui suivent de façon particulière
à chacune de ces interrogations. Mais avant, il convient d'aborder pour
une meilleure compréhension, l'historique du marché des
émissions obligataires internationales.
I- L'HISTORIQUE DES EMISSIONS D'OBLIGATIONS
INTERNATIONALES
Les euro-obligations constituent le plus ancien compartiment
du marché financier international. Depuis longtemps, des
non-résidents empruntent des sommes importantes sur certains
marchés nationaux en se conformant à la réglementation du
pays où se réalise l'émission. On peut donc
considérer une émission étrangère comme une
émission réalisée par un non-résident sur un
marché domestique. Après la Seconde Guerre Mondiale, la place de
New York regroupait la plupart des émissions étrangères,
enregistrant notamment sur la période 1955- 1962 pour 4,2 milliards de
dollars de transactions contre seulement 2,9 milliards de dollars pour les
autres places financières. Cependant, l'instauration de la taxe de
péréquation en 1963 a augmenté le coût des
émissions obligataires effectuées par des étrangers, et a
eu pour conséquence la réduction du nombre d'émissions
étrangères sur la place financière américaine. Ce
phénomène a eu pour conséquence la création d'un
marché euro-obligataire qui n'est soumis lui à aucune obligation
étatique. Ainsi, on a coutume de considérer l'émission
menée par Autostrade le 1 er juillet 1963 comme une première dans
le genre. Cette société concessionnaire des autoroutes à
péage italiennes avait émis 15 millions de dollars sur 15 ans.
Malgré la suppression de la taxe de péréquation au
début des années 70, les marchés euro-obligataires ont
continué à connaître un développement soutenu.
II- IDENTIFICATION DES ACTEURS ET DES CONTRAINTES
EXTERNES (Qui fait partie du marché ?)
2.1 Les acteurs et les intervenants dans
l'opération
d'euro-émission
On peut distinguer des acteurs et intervenants sur le
marché primaire et sur le marché secondaire du marché des
euro-obligations.
2.1.1 le marché primaire
Sur le marché primaire des euro-obligations, on
distingue généralement cinq intervenants principaux :
l'émetteur, le syndicat bancaire, les investisseurs institutionnels, les
«autorités de régulation », les agences de notation et
les organismes de compensation supra nationaux.
L'émetteur est celui qui exprime la demande
de capitaux, matérialisée par une émission de titre de
dette souverain communément appelé, obligation souveraine
(sovereign bond). Il contracte ainsi, une dette étrangère, un
passif étranger. Avant tout, il est à noter que les emprunteurs
des pays de l'OCDE émettent la quasi-totalité (environ 95% entre
1983 et 1993) des obligations internationales. Le résidu étant le
fait d'institutions financières internationales et d'emprunteurs
originaires des pays en développement (voir annexe 2).
Si l'on s'attarde sur la nature même des emprunteurs,
on remarque qu'en 1997 ce sont les banques et les entreprises privées
qui dominent le marché avec près d'un tiers chacune, laissant
loin derrière les Trésors Publics, les entreprises publiques et
autres organisations internationales.
Il convient toutefois de recentrer certains concepts à
travers la définition des termes techniques :
Le titre est dit "souverain" selon Gianviti (2002), lorsqu'il
est émis ou garanti par un Etat ou une banque centrale.
Pour la dette étrangère, Roubini (2001)
conçoit deux définitions ; une, économique et l'autre,
légale.
Selon la définition économique, «la
dette étrangère est la dette détenue par des
non-résidents, que la dette soit libellée en monnaie locale ou
étrangère, qu'elle soit issue sur le territoire domestique ou
à l'étranger. Inversement, la dette intérieure est la
dette détenue par les résidents, que la dette soit
libellée en monnaie locale ou étrangère, qu'elle soit
issue sur le territoire domestique ou à l'étranger».
Selon la définition légale «la dette
étrangère est la dette émise sous une loi
étrangère, libellée en monnaie locale ou
étrangère et détenue soit par un résident ou un
étranger. Inversement, la dette intérieure est la dette
émise sous la loi domestique, libellée en monnaie locale ou
étrangère et détenue soit par un résident ou un
étranger».
C'est pourquoi, il convient selon le Bureau des
Règlements Internationaux (2002) de distinguer trois types de titres de
dette souverains :
- les titres libellés dans une monnaie différente
de celle du marché d'émission (euro-obligation ou
euro-émission)
- les titres libellés dans la monnaie du marché et
émis par des nonrésidents (obligations
étrangères)
- les titres particuliers libellés dans la monnaie du
marché et émis par des résidents, mais à
l'intention des non-résidents (obligations à mi-chemin des
précédents)
Le syndicat ban caire est constitué de
banques qui ont pour mission de constituer une syndication capable
d'accompagner le titre de dette durant tout le «processus marketing»
; de la conception du produit, au service après vente (le service
financier).
A chaque étape de d'élaboration du "produit",
chaque banque perçoit des commissions en fonction du rôle qu'elle
joue. Aussi, au sein de ce syndicat sera choisi le chef de file de
l'euro-émission (chargé généralement de centraliser
des demandes, assurer le secrétariat de l'émission et/ou le
service financier). A son tour, il fera appel à d'autres
établissements bancaires ou financiers pour constituer le syndicat de
direction (chargé de définir les conditions définitives de
l'émission), le syndicat de garantie (la prise ferme de l'ensemble des
obligations émises) et le syndicat de placement (chargé de placer
les titres auprès des investisseurs finaux). En conséquence, les
commissions qui s'établissent à chaque niveau de syndication sont
généralement:
- la commission attribuée au syndicat de direction
pouvant varier entre 0,25 % et 0,50 % du montant du crédit, dont la
moitié reviendrait au chef de file. Si l'émission est importante,
le chef de file devrait se contenter d'un praecipuum (montant flat)
représentant 20 à 30 % de la commission,
- la commission de garantie pouvant varier entre 0,25 % et 0,75
% du montant garanti
- la commission de placement pouvant se situer entre 0,75 % et
1,25 % des montants placés
- la commission d'agent pouvant représenter 0,25 % des
coupons annuels et 0,125 % du nominal lors du remboursement.
Les investisseurs institutionnels offrent les capitaux;
on trouve les intervenants suivants:
promouvoir la standardisation des nouvelles procédures
d'émission par l'uniformisation, d'effectuer des recommandations et
d'encourager la coopération entre les participants sur le marché.
A cet effet, l'ICMA propose un modèle de rédaction des contrats
de souscription. Le chef de file peut être membre de l'ICMA ou simplement
suivre en pratique les recommandations de cette association. Les modèles
proposés se présentent sous la forme d'un contrat-type auquel
sont annexées une série de définitions ainsi que des
clauses additionnelles concernant les accords entre co-chefs de file ou les
représentations et garanties.
Les agences de notation, constituent un moyen
d'évaluation du risque de défaut de l'émetteur.
L'euromarché en distingue trois principales : Moody's Ratings, Fitch
Ratings et Standard & Poors. La notation, de par les différentes
utilisations qu'en font les investisseurs, revêt à plusieurs
titres un intérêt pour les émetteurs. Pour beaucoup
d'investisseurs, elle est un élément déterminant pour
fixer la valeur du titre de dette et constitue souvent, une
référence pour définir les principes en matière de
placement. Un bon rating peut conférer trois avantages principaux
à l'émetteur:
a. Un plus large accès aux
capitaux : Les opinions de crédit des agences de rating
étant largement diffusées et utilisées par les
investisseurs institutionnels qui en ont une bonne compréhension, elles
peuvent rendre la dette d'un émetteur accessible à un plus large
éventail d'acheteurs potentiels. Aujourd'hui, sur les marchés
internationaux, une notation constituerait en effet un "passeport" pour le
crédit, puisqu'elle peut offrir l'accès à des capitaux
étrangers, notamment sur des marchés où un émetteur
ne jouit pas d'une forte notoriété ou par exemple sur des
marchés ayant une langue, une culture et des principes différents
de ceux de l'émetteur ;
b. Une flexibilité financière : Cet
accès élargi au marché, implique le plus souvent, une
diminution des coûts de financement, notamment pour les émetteurs
bénéficiant d'une notation élevée. La
crédibilité dont bénéficient les notations, peut
également permettre aux émetteurs notés, d'entrer plus
fréquemment, et à moindre coût, sur les marchés de
capitaux et d'émettre des volumes plus importants à
échéance plus longue.
c. La stabilité du marché :
Après l'émission, la dette est notée chaque année
pendant toute la durée de vie du titre. Ainsi, les notations et les
documents d'analyse qui sous-tendent les opinions des agences de rating,
contribuent également à entretenir la confiance des
investisseurs, notamment en période de tension sur les marchés.
Aussi, un article de presse peut-il avoir un impact négatif sur le prix
des obligations en circulation d'un pays, même s'il n'a pas de
réelles répercussions sur la qualité du crédit
à long terme de ces obligations. Le caractère rassurant de la
notation et les analyses complémentaires de la situation des agences,
peuvent contribuer à apaiser les craintes des investisseurs.
De ce qui précède, il ressort que la notation de
la dette revêt un caractère stratégique, pouvant
infléchir considérablement sur le coût de financement. Il
convient dès lors, d'y consacrer toute une section afin de pouvoir en
cerner les mécanismes.
Les organismes supra nationaux de compensation ; En 1968
et en 1970, ont été créés respectivement,
Euroclear: Euro-Clearance system limited et Cedel: Central De Livraison de
valeurs mobilières. Euroclear a été créé sur
l'initiative de la Morgan Guaranty Trust of New York et en 1972, le
système a été cédé à une
société indépendante de la Morgan. Depuis cette date, elle
possède en raison de ses nouveaux
propriétaires, un statut de société
coopérative de droit belge, dont le siège social se situe
à Bruxelles.
Cedel, quant à elle est une société
anonyme de droit luxembourgeois, dont le siège social est situé
à Luxembourg. Toutefois, la fusion avec la Deutsche Börse Clearing
récemment, a donné naissance à la ClearStream.
La mission de ces deux organismes dits de clearing
international, était essentiellement à l'époque de leur
création, de faciliter le dénouement des transactions en
euro-obligation. Cette mission s'étend aujourd'hui à tous les
instruments financiers.
En matière de marché primaire, il existe des
dépositaires1 communs qui s'intercalent entre
l'émetteur, le chef de file et les organismes de compensation.
Les fonctions de ces dépositaires communs sont les
suivantes:
- Ils reçoivent les fonds relatifs à leurs
positions, à la date de clôture des souscriptions, de ClearStream
et Euroclear;
- Ils assurent le paiement de l'émetteur;
- Ils procèdent à la réception et au
dépôt des certificats globaux2 pour le compte des deux
centrales;
- Ils enregistrent les transferts d'intérêts des
certificats globaux entre ClearStream et Euroclear.
Mais avant de bénéficier de ces services, il
est nécessaire de faire admettre la valeur aux opérations de
ClearStream ou Euroclear. La banque chef de file adresse en conséquence
à ces derniers, une demande accompagnée des
caractéristiques arrêtées dans le contrat
d'émission: nom de l'émetteur, devise d'émission, taux
d'intérêt,...). A la suite de
1 A l'instar du Dépositaire Central / Banque de
règlement de l'UEMOA
2 Les certificats globaux sont émis temporairement pour
être échangés ensuite en titres définitifs ou en
certificats globaux permanents
quoi, s'engagerait un dialogue entre la banque et ces
organismes, pour des échanges d'informations relatives aux
procédures d'émission.
2.1.2 Le marché secondaire
Ce marché sert en quelque sorte de « soupape de
sécurité » au marché primaire. Les banques qui font
partie des syndicats de garantie y trouvent en effet le moyen d'écouler
les titres qui |