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INSTITUT SOUS-REGIONAL DE STATISTIQUE ET D'ECONOMIE
APPLIQUEE
(ISSEA)

ORGANISATION INTERNATIONALE
B.P. : 294 YAOUNDE
(REPUBLIQUE DU CAMEROUN)
Tél. (237) 222 01 34 Fax : (237) 222 95
21
Juin 2006
COMMUNAUTE ECONOMIQUE ET MONETAIRE DE L'AFRIQUE
CENTRALE
(CEMAC)
Impact de l'arrimage du Franc CFA à l'Euro sur
la balance commerciale : le cas du Cameroun
Mémoire de fin de formation en vue de l'obtention du
diplôme de :
Ingénieur d'Application de la
Statistique
Option : Economie
Rédigé et présenté
par :
Francis Yannick ZAMBO ZAMBO
Elève Ingénieur d'Application de la Statistique
4ème Année,
Soutenu publiquement le 13 juin 2006 devant le Jury
composé de :
Docteur Dieudonné BONDOMA Président du
Jury
M. Barnabé NANA Assesseur
M. Marcel OPOUMBA Directeur de Mémoire
DEDICACE
A mon père, Francis Zambo
Zambo.

REMERCIEMENTS
Nos remerciements s'adressent :
v A Monsieur Marcel OPOUMBA, Directeur de ce
mémoire, pour l'entière disponibilité, le suivi permanent
et toute la confiance qu'il nous a témoigné lors des travaux de
recherche.
v Au Docteur Dieudonné KINKIELELE, Directeur
des Etudes de l'ISSEA qui, au cours de nos années de formation, n'a
ménagé aucun effort pour nous inculquer les valeurs de rigueur,
de travail et de discipline. C'est aussi l'occasion pour nous de lui adresser
nos sincères remerciements pour l'oreille attentive et le soutien qu'il
nous a très souvent prêtés pendant toute notre
scolarité à l'ISSEA.
v A l'ensemble de tous nos camarades et amis, pour la
parfaite collaboration dont ils ont fait montre afin que notre passage à
l'ISSEA se fasse dans un esprit de solidarité et de compréhension
mutuelle. Nos remerciements s'adressent particulièrement à :
Augusto ROKU GAETJENS, Loudine BESSONG à BEYECK, Max Arnold OUAKA et
Blaise EHOWE NGUEM.
v A Madame Nathalie NGUEMBA, professeur de
Français, pour la relecture.
v A notre mère, Gisèle ZAMBO, pour le
soutien moral dont nous avons toujours bénéficié de sa
part.
v A Cécile ZAMBO, notre confidente, pour
l'assistance qu'elle nous a toujours accordée.
v A notre grande soeur, Marylin et à son
époux, Bernard BEKOLO pour l'indéfectible assistance qu'ils ont
toujours su nous apporter.
v A tous les membres de notre famille, en particulier
notre grand frère, Firmin ZAMBO, nos petites soeurs Carelle ZAMBO et
Danielle BETSY, et notre neveu Franck ZAMBO pour l'aide apportée au
moment de la rédaction de ce mémoire.
v Et à tous ceux qui nous ont apporté
directement ou indirectement leur aide pendant nos années de formation.

TABLE DES MATIERES
DEDICACE I
REMERCIEMENTS II
TABLE DES MATIERES III
ABREVIATIONS VI
AVANT PROPOS VII
RESUME VIII
INTRODUCTION GENERALE 1
Ire PARTIE: CONNAISSANCES GENERALES SUR LA
ZONE FRANC
ET FONDEMENTS THEORIQUES DE L'ETUDE. 5
CHAPITRE I : LES PAYS AFRICAINS DE LA ZONE FRANC ET
L'ANCRAGE
DU FRANC CFA A L'EURO 6
I- LES DIFFÉRENTS
ACCORDS DE COOPÉRATION AU SEIN DE LA
ZONE FRANC 7
I.1 Naissance et parité du Franc CFA
7
I.2 Institutions de la zone Franc africaine : le
cas de la CEMAC 8
I.3 Mécanismes de fonctionnement de la zone
Franc africaine 9
I.3.1 Les comptes d'opération
10
I.3.2 Convertibilité externe des monnaies
10
I.3.3 La politique monétaire
11
II. LA ZONE FRANC AFRICAINE ET L'ENTRÉE EN VIGUEUR
DE L'EURO 12
II.1 Contexte de l'entrée en vigueur de l'Euro
12
II.2 Reconnaissance juridique de la zone franc
14
II.3 Zone franc et mutations structurelles
liées à l'arrimage : 15
II.4 Rattachement technique du Franc CFA à
l'Euro 16
III. LE CAMEROUN DANS LA ZONE FRANC 17
III.1 Quelques généralités sur
le Cameroun 17
III.2 Place du Cameroun dans la zone Franc
18
CHAPITRE II : PRESENTATION DES THEORIES ET
MODELES ECONOMIQUES 20
I - LA THÉORIE DU MULTIPLICATEUR DU COMMERCE
EXTÉRIEUR 20
I.1 Relations du modèle :
21
I.2 Le multiplicateur du commerce extérieur
22
II- LA THÉORIE DES ÉLASTICITÉS
23
II.1 Hypothèses et modèle des
élasticités critiques 24
II.1.1 Hypothèses du modèle:
24
II.1.2 Le théorème des
élasticités critiques 24
II.1.3 Les limites du théorème des
élasticités critiques 28
III. LA THÉORIE DE
L'ABSORPTION 29
III.1 Modèle de la théorie de
l'absorption 29
III.2 L'absorption : synthèse des
théories du multiplicateur du
commerce extérieur et des
élasticités 31
IV. Le modèle de
Mundell-Fleming : les déterminants des exportations et des
importations. 32
IIe PARTIE: CONSEQUENCES DE L'ARRIMAGE
EURO-FRANC CFA 35
CHAPITRE III : LE COMMERCE EXTERIEUR DU CAMEROUN ET
LES
DETERMINANTS DU SOLDE COMMERCIAL. 36
I. LES CARACTERISTIQUES DES EXPORTATIONS DU CAMEROUN
36
I.1 Les principaux produits exportés
36
I.2 Les cours internationaux des produits
exportés 38
I.3 L'orientation géographique des
exportations 38
II- LES IMPORTATIONS ET LES TERMES DE
L'ÉCHANGE 39
II.1 Les produits importés 39
II.2 Les termes de l'échange
41
III- CONCEPTION DU MODÈLE
ÉCONOMÉTRIQUE 42
III.1 Le modèle économique de base
42
III.2 Les ajustements apportés au
modèle de base : ajout de la variable
« prix effectifs » et
« prix effectifs des importations » 42
III.3 Déduction de la balance commerciale
44
III.4 Quelques précisions 45
IV - DISPOSITIONS PRATIQUES ET OBTENTION DES
RÉSULTATS
DU MODÈLE 45
IV.1 Dispositions pratiques 45
IV.2 Obtention des résultats du modèle
économétrique 46
IV.2.1 Le modèle des exportations
47
IV.2.1.1 Les premiers résultats du
modèle des exportations __________________________ 47
IV.2.1.2 Le modèle des exportations
retenu _______________________________________ 48
IV.2.2.3 L'équation du modèle
des exportations ___________________________________ 49
IV.2.2 Les importations 50
IV.2.2.1 Les premiers résultats du
modèle des importations __________________________ 50
IV.2.2.2 Le module des importations retenu
_______________________________________ 51
IV.2.2.3 L'équation du modèle
des importations ___________________________________ 51
IV.2.3 Le modèle économétrique
de la balance commerciale du Cameroun 52
IV.2.3.2 Interprétation des
résultats du modèle et poids du TCER dans la
variabilité
du solde commercial
_________________________________________________________ 52
CHAPITRE IV : LA BALANCE COMMERCIALE ET L'ANCRAGE
DU FRANC CFA A L'EURO 54
I. COMPÉTITIVITÉ
DU CAMEROUN ET ARRIMAGE DU
FRANC CFA À L'EURO 54
I.1 Compétitivité et évolution
du TCER 54
I.1.1 Analyse de l'évolution du TCER
55
I.1.2 Ancrage du Franc CFA à l'Euro et
appréciation du TCER 56
I.2 Le TCER et les élasticités
critiques à l'exportation 59
I.3 Arrimage du FCFA à l'Euro et Parts de
marché 60
II. ARRIMAGE DU FRANC CFA ET
DEMANDE À L'IMPORTATION 64
II.1 Arrimage et importations en valeur
65
II.2 Mise en évidence des conséquences
de l'arrimage du Franc CFA
sur les prix à l'importation : le cas du
Nigeria 66
II.3 Arrimage du Franc CFA et demande d'importations
en quantité 68
II.4 Arrimage du Franc CFA à l'Euro et solde
commercial 72
II.4.1 Evolution de la balance commerciale du
Cameroun 73
II.4.2 Conditions de Marshall-Lerner
73
II.4.2.1 Les élasticités
critiques de la demande d'importation _________________________
74
II.4.2.2Vérification des conditions de
Marshall-Lerner 74
CONCLUSION 78
LEXIQUE i
ANNEXES v
TABLES DES TABLEAUX, GRAPHIQUES ET FIGURES
vii
BIBLIOGRAPHIE ix

ABREVIATIONS
Ø BCE : Banque Centrale
Européenne ;
Ø BEAC : Banque des Etats de
l'Afrique Centrale ;
Ø BCEAO : Banque Centrale des
Etats de l'Afrique de l'Ouest ;
Ø Cf. : confère ;
Ø CEMAC : Communauté
Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale ;
Ø FMI :
Fonds Monétaire International ;
Ø G.E : Guinée
Equatoriale.
Ø PAZF : Pays Africains Membres
de la Zone Franc ;
Ø PPA : Parité de Pouvoir
d'Achat ;
Ø RDM : Reste du monde
Ø Resp. : Respectivement
Ø TCEN : Taux de Change Effectif
Nominal ;
Ø TCER : Taux de Change Effectif
Réel ;
Ø TCN : Taux de Change
nominal ;
Ø UEMOA : Union Economique et
Monétaire Ouest Africaine ;
Ø UMOA : Union Monétaire
Ouest Africaine ;
Ø USD : United States Dollar.

AVANT PROPOS
La fin de formation à l'Institut Sous-régional
de Statistique et d'Economie Appliquée est sanctionnée, pour le
cycle Ingénieur, par le diplôme d'Ingénieur d'Application
de la Statistique. Dans le but de juger de l'efficience de ladite formation,
les dispositions académiques astreignent chaque
élève-sortant à présenter les résultats d'un
thème de recherche de son choix, condition sine qua none
à la délivrance du diplôme sanctionnant la fin des quatre
années d'étude de ce cycle. Cette présentation a pour but
de tester la capacité des étudiants sortants à mettre en
application les connaissances dispensées au sein de l'école,
d'autant plus que ces derniers vont définitivement faire partie du monde
professionnel.
Afin de satisfaire à cette exigence, nous avons choisi
d'orienter notre thème de mémoire sur l'un des
évènements les plus marquants de l'avenir de la Zone Franc au
cours de la dernière décennie, à savoir l'arrimage du
Franc CFA à l'Euro. Plus spécifiquement, le thème qui aura
retenu notre attention et sur lequel nous allons nous appesantir porte sur
l'«Impact de l'arrimage du Franc CFA à l'Euro sur la
balance commerciale : le cas du Cameroun ». C'est
un sujet qui a été au centre de plusieurs débats
controversés et relatifs aux retombées économiques
auxquelles il fallait s'attendre suite à cette nouvelle mutation.
Le présent mémoire est une approche des
conséquences sur le solde commercial pour les années ayant
immédiatement suivi cet évènement. Notre espoir est que
vous puissiez y trouver des réponses aux éventuelles questions
que vous vous posez relativement à ce thème.

RESUME
Depuis sa naissance à la première moitié
du vingtième siècle, la zone Franc a souvent été
confrontée à certains chocs comme les indépendances
politiques ou encore la dévaluation du Franc CFA. Mais, sa survivance
est surtout due à la faculté d'adaptation dont elle a fait
montre. Elle a toujours initié des réformes en adéquation
avec les nouvelles exigences du monde. Cependant, la plupart de ces
réformes ont toujours été au centre de plusieurs
controverses fondées sur les conséquences probables qu'elles
entraîneraient.
Le récent arrimage du Franc CFA à l'Euro, en
tant qu'évènement majeur de la zone depuis une décennie,
n'a pas constitué une exception. Bien avant sa mise en application, les
débats étaient déjà ouverts quant aux
éventuels impacts qu'il entraînerait sur les économies de
la zone dont le Cameroun. La question se posait, entre autre, en ce qui
concerne la balance commerciale de ce pays car certaines théories
économiques traitent de la dépendance du solde commercial
vis-à-vis de la monnaie.
Il s'agit de la théorie des élasticités
critiques de Johan qui conditionne les variations du solde commercial
relativement à celles du taux de change à la vérification
des conditions de Marshall-Lerner. La théorie de Mundell-Fleming, quant
à elle, donne des indications sur les déterminants des
exportations et des importations d'un pays. Ce sont ces deux théories,
combinées aux statistiques du commerce extérieur du Cameroun, qui
ont servi de cadre de référence sur les conséquences que
l'arrimage du Franc CFA à l'Euro au cours des années
ultérieures à cet évènement.
Plus précisément, le modèle de
Mundell-Fleming a permis d'élaborer un modèle
économétrique qui a surtout donné une idée sur les
agrégats économiques qui conditionnent l'évolution du
solde commercial ainsi que sur l'intensité d'influence que chacun de ces
derniers exerce sur lui. Il est apparu que c'est le TCER qui le conditionne le
plus mais en corrélation négative.
La théorie des élasticités critiques a
servi de tirer les conclusions sur les conséquences que l'ancrage a eues
sur les exportations et les importations dans un premier temps. La grandeur qui
a été choisie comme liant l'arrimage à ces deux
dernières est le TCER. En effet, sa valeur combine en même temps
les prix relatifs des biens échangeables et le TCEN dont les variations
traduisent celles du Franc CFA relativement aux autres devises. C'est pour cela
que ce sont les effets du TCEN sur les exportations et les importations qui ont
été choisis pour traduire les impacts de l'arrimage sur ces deux
composantes du solde commercial. Plus loin, il a été
démontré, à l'aide des caractéristiques
statistiques de liaison, qu'il existe un lien fort entre le TCER et le TCEN
pour les années avant et après arrimage. Cela a amené, par
extension, à considérer le TCER comme un indicateur des effets de
l'ancrage sur les exportations et les importations au même titre que le
TCEN.
Pour combiner les effets du TCER sur les ventes et les achats
internationaux et avoir ainsi ceux sur la balance commerciale, ce sont les
conditions de Marshall-Lerner qui ont été étudiées
pour chaque année. Des explications étaient aussi fournies
conformément à la conjoncture à laquelle le Cameroun
faisait face pendant une année spécifique.
Les résultats des analyses ont
révélé que pour les exportations, de 1999 à 2002,
l'ancrage du Franc CFA à l'Euro a eu un impact sur les années
2000 et 2002 avec une influence plus prononcée en 2000. Au cours de
cette dernière année, tout tend à faire comprendre que la
chute du TCER a entraîné des gains de compétitivité
sur les marchés internationaux. En 2002, c'est le
phénomène inverse qui s'est observé mais avec l'influence
d'autres facteurs externes à l'arrimage comme la baisse de la production
de certains produits de vente.
Pour les importations, l'arrimage a eu un impact certain sur
les évolutions des prix en CFA des biens importés. Ces prix
étaient à la baisse pour les monnaies qui étaient moins
fortes que l'Euro. Pour celles dont la valeur était au dessus de celle
de l'Euro, les hausses des prix des produits observées dans ces pays
étaient plus élevées en CFA tandis que leurs baisses
étaient ressenties de façon moindre. L'arrimage a aussi
conditionné le volume des importations pour les années 1999 et
2002.
Enfin, pour la balance commerciale, les analyses montrent que
malgré les importations, l'arrimage n'a eu un effet significatif que
pour l'année 2000 au cours de laquelle les conditions de Marshall-Lerner
ont été vérifiées. L'avènement de l'Euro a
permis une appréciation du solde commercial en cette année. Quant
à 1999, 2001 et 2002, s'il y a eu un impact de l'arrimage sur le solde
commercial, il était certainement plus limité qu'en 2000.

INTRODUCTION GENERALE
Contexte de l'étude
A l'instar de la plupart des zones monétaires, la zone
Franc a fait son apparition au cours de la période coloniale. Mais sa
particularité tient du fait qu'elle est l'une des rares zones ayant
survécu, depuis lors, aux mutations qui ont affecté ses
environnements politique et économique. Cependant, il est
indéniable que si les soubresauts qui ont ponctué son
évolution dans le temps n'ont pas entraîné sa dissolution,
ils l'ont fortement ébranlé d'au moins deux
manières :
Ø D'un point de vue politique, les indépendances
ont entraîné un désir d'émancipation
politico-économique chez les pays membres dont certains se sont
affranchis de la « tutelle » de la métropole (la
France), diminuant ainsi les effectifs de l'édifice.
Ø Dans le domaine économique, la zone Franc a
fait preuve d'une grande capacité d'adaptation en ce sens que pour sa
pérennisation, elle a presque toujours intégré en son sein
les exigences qui ont caractérisé le monde à un moment ou
à un autre. « Elle est un édifice évolutif
né d'une construction empirique. Elle a connu de nombreux avatars (au
sens de métamorphose)1(*) ». A ce sujet trois exemples peuvent
l'illustrer :
· Pour éviter l'éclatement de la zone au
lendemain des indépendances, l'organisation unilatérale, qui
avait été mise en place par la France, a été
substituée par un régime contractuel dont la discipline visait,
entre autres, la défense des intérêts économiques
communs entre la métropole et ses désormais partenaires.
· L'évolution de l'économie mondiale vers
la globalisation s'est caractérisée par la constitution de grands
pôles économiques ayant abouti à des regroupements
sous-régionaux d'intégration (UDEAC et UMOA qui ont
été transformées en CEMAC et UEMOA par la suite).
· L'exigence de compétitivité à
l'exportation, due aux mutations du commerce international et de surcroît
renforcée au courant des années 90 par la montée des
économies asiatiques, est l'une des causes de la dévaluation de
50% du Franc CFA par rapport au Franc français en 1994.
Ces réformes majeures, entreprises afin d'adapter la
zone Franc aux nouvelles donnes de l'économie mondiale ont toujours
été au centre de nombreuses polémiques. En effet, dans le
groupe formé de décideurs et d'économistes, les
interrogations se sont toujours portées sur le bien fondé du
maintien de la zone, sur la pertinence des mesures ainsi prises pour la rendre
plus moderne et sur son devenir quant aux différents défis qui
semblaient se profiler à l'horizon.
Plus récemment, lesdites interrogations ont
été ravivées à l'occasion du dernier choc en date,
celui-ci ayant directement interpellé toute la zone sur les instruments
qui constituent le socle même de son organisation structurel. Il
s'agissait de l'avènement de l'Euro comme monnaie unique pour les pays
membres l'ayant adopté dès le 1er Janvier 1999 avec
une phase transitoire de trois ans. Alors, les questions ayant
été posées par toutes les parties prenantes de la zone et
même hors zone ont été de plusieurs ordres :
fallait-il assurer la continuité de la zone en arrimant le Franc CFA
à l'Euro (le statu quo) ? Ou alors fallait-il
restructurer la zone et rompre les accords de coopération avec la
France ? Ou encore fallait-il tout simplement faire éclater la zone
pour restaurer à chaque Etat sa souveraineté monétaire
(l'éclatement) ?
Problématique
Notre mémoire ne va plus s'appesantir sur ces
dernières interrogations car au vu de la situation actuelle, c'est
l'option du statu quo qui a été choisie par les
décideurs. Cet ouvrage va plutôt s'atteler à
présenter certaines conséquences de la décision d'ancrer
le Franc CFA à la monnaie unique européenne. C'est un travail
ex post qui est fait après un moyen terme car il repose sur
des données économiques collectées pendant les
années ayant immédiatement suivi l'arrimage du CFA à
l'Euro.
C'est aussi une étude restrictive tant dans le fond que
dans l'espace. Dans le fond parce qu'elle n'analysera pas toute la
pléthore d'aspects économiques susceptibles d'être
influencés par l'arrimage, mais se limitera essentiellement à son
impact sur la balance commerciale. Quant à l'espace, des quinze pays que
compte la zone Franc africaine, c'est sur le Cameroun que va se porter notre
essai.
L'on esquissera donc une sorte de bilan de l'impact de cet
arrimage sur le solde commercial depuis six ans. En effet, le Cameroun a comme
partenaires commerciaux les pays de l'Union Européenne (plus de 60% des
exportations pour près de 42% des importations en 2000) ayant ou non
l'Euro comme monnaie commune et les pays hors zone (Etats -Unis, Chine, Taiwan,
Nigeria, Japon).
Objectifs de l'étude
Prenant appui sur le Cameroun, il sera question pour nous de
:
- Vérifier si l'arrimage du Franc CFA a eu un impact
sur les exportations. Ce sera l'occasion de voir si l'Euro fort a
entraîné une appréciation du taux de change effectif
réel (TCER) via le taux de change effectif nominal (TCEN). Dans ce cas,
nous verrons si cette appréciation a entraîné une baisse de
la compétitivité du Cameroun ou pas.
- Analyser les retombées économiques de
l'arrimage sur les importations. L'impact des fluctuations de l'Euro sur le
niveau des prix (libellés en Franc CFA) des produits importés
sera abordé. En effet, l'appréciation de la monnaie
européenne par rapport aux autres devises devrait entraîner la
chute en Franc CFA des prix des produits d'importation. A l'inverse, une
dépréciation est susceptible de se solder par leur hausse qui
rendrait les importations plus coûteuses. L'aspect
« quantité » des importations sera aussi
étudié car l'augmentation du TCER peut accroître leur
volume suite à la baisse des prix libellés en Franc CFA ;
- Juger, enfin, des effets de l'arrimage sur la balance
commerciale proprement dite en combinant les résultats obtenus sur les
importations, les exportations et les résultats théoriques
auxquels on devrait s'attendre sur la balance commerciale suite aux
fluctuations du taux de change à la hausse ou à la baisse.
Plan de l'étude
Tous ces aspects de la question trouveront des clarifications
à travers les analyses ultérieures qui seront divisées en
deux grandes parties. Dans la première (cadre théorique) , nous
présenterons les modèles et théories en rapport avec les
différentes approches de la balance commerciale. La seconde partie
mettra en évidence les résultats obtenus depuis l'ancrage du CFA
à l'Euro en observant et en analysant l'impact, sur la balance
commerciale, des variables prises en compte dans les modèles
théoriques.
Une telle analyse nécessite que l'on définisse
les concepts qui seront les plus utilisés tout au long de notre
étude et dont la maîtrise est d'une importance
avérée. Cette préoccupation trouve une solution dans le
lexique proposé dans ce travail.

Ire PARTIE
CONNAISSANCES GENERALES SUR
LA ZONE FRANC ET FONDEMENTS THEORIQUES DE L'ETUDE.
Le but de cette partie est d'une part de cerner
l'évolution de l'économie du Cameroun pour mieux comprendre
l'avènement de l'arrimage du Franc CFA à l'Euro. D'autre part,
nous clarifierons les fondements théoriques pris pour
références dans nos analyses pratiques.
En d'autres termes, il sera question de donner une idée
générale sur la zone Franc à travers son historique, ses
mécanismes de fonctionnement et le contexte de l'entrée en
vigueur de l'Euro. Ensuite, nous présenterons quelques théories
économiques visant à expliquer les variations de la balance
commerciale.
CHAPITRE I : LES PAYS
AFRICAINS DE LA ZONE FRANC ET L'ANCRAGE DU FRANC CFA A L'EURO
La zone Franc est véritablement
institutionnalisée en Septembre 1939, date à laquelle la France
adopte le contrôle de change qu'elle généralisera quelques
mois plus tard aux territoires d'outre-mer (décrets d'Août et
Septembre 1939 pour le territoire métropolitain et décret de
Février 1940 concernant l'extension du contrôle de change à
l'outre-mer).
En Afrique sub-saharienne, la zone Franc est constituée
de deux espaces d'intégration sous régionales et des Comores. Les
deux espaces sont : la Communauté Economique et Monétaire de
l'Afrique Centrale (CEMAC) et l'Union Economique et Monétaire Ouest
Africaine (UEMOA). La zone Franc africaine est un ensemble géographique
de quinze pays ayant le Franc CFA comme monnaie commune, exception faite des
Comores qui utilisent le Franc comorien.
La carte suivante est une représentation de la zone
Franc africaine sous sa forme actuelle :
Graphique 1. Zone franc africaine

Source :www.icicemac.com
Du point de vue monétaire, le fonctionnement de chacune
de ces trois zones économiques s'appuie sur des institutions
spécifiquement organisées. Parmi celles-ci, figurent en bonne
place les instituts d'émission dont la Banque des Etats de l'Afrique
Centrale (BEAC) pour la CEMAC, la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de
l'Ouest (BCEAO) et la Banque Centrale des Comores. Ces instituts
d'émission sont liés par le mécanisme des comptes
d'opération à la France qui assure la garantie internationale du
Franc CFA.
Ce chapitre présente les différents accords qui
régissent la coopération au sein de la zone ; il donne un
aperçu de l'entrée en vigueur de l'Euro et de la place du
Cameroun au sein de la zone.
I- LES DIFFÉRENTS
ACCORDS DE COOPÉRATION AU SEIN DE LA ZONE FRANC
I.1 Naissance
et parité du Franc CFA
Le cheminement historique de la zone Franc a été
marqué par la naissance de deux types d'unités
monétaires : le Franc CFA avec pour signification le Franc des
Colonies Françaises d'Afrique et le Franc CFP ou Franc des Colonies
Françaises du Pacifique.
C'est plus précisément le 26 Décembre
1945 que le Franc CFA naît. En même temps, la France signe les
accords de Bretton woods relatifs au système de l'étalon-or et
procède de ce fait à la première déclaration de
parité de sa monnaie au Fonds Monétaire International. Cette
déclaration de parité dévalue le Franc de deux
façons différentes : la dévaluation est plus
prononcée en métropole car pendant la guerre, la hausse des prix
avait été plus importante en France métropolitaine que
dans le reste des colonies.
Ainsi, en Décembre 1945, le Franc français se
définit par rapport au Dollar selon la parité :
1 $ =119,50 FF.
La parité entre le Franc CFA et le Franc
français a été marquée par quatre dates :
- le 26 Décembre 1945, pour des raisons
déjà évoquées relatives à une poussée
inflationniste plus prononcée en métropole plus que dans les
colonies :
1 Franc CFA = 1,70 Franc français ;
- le 17 Octobre 1948, le Franc français est à
nouveau dévalué et l'on note :
1 Franc CFA = 2,00 Francs français ;
Cette dévaluation s'accompagne d'une distinction entre
le CFA d'Afrique Centrale qui devient le Franc de la Coopération
financière en Afrique Centrale et le CFA d'Afrique de l'Ouest qui
devient le Franc de la Communauté Financière d'Afrique de
l'Ouest ;
- en 1958, un nouveau Franc français est
instauré. C'était l'introduction du Franc lourd qui
donné:
1 Franc CFA = 0,02 Franc français ;
- le 12 Janvier 1994, officiellement pour aider les pays
membres de la zone Franc Afrique à résoudre les problèmes
économiques liés à leurs balances de paiement en
accroissant leur compétitivité internationale tout en essayant de
diminuer la valeur des importations, le Franc CFA est dévalué de
50% vis-à-vis du Franc français et la nouvelle parité est
fixée à :
1 Franc CFA = 0,01 Franc français.
Notre étude portera sur le Cameroun qui est membre de
la CEMAC.A ce titre, il a aussi été influencé par les
mutations sus-évoquées. Il est donc nécessaire
d'étudier le fonctionnement institutionnel du bloc d'appartenance du
Cameroun (CEMAC) au sein de la zone Franc.
I.2 Institutions de la
zone Franc africaine : le cas de la CEMAC
Dans la CEMAC, les institutions monétaires sont telles
que la participation des Chefs d'Etat dans l'adoption des politiques
monétaires se fait indirectement par les ministres des finances de
chaque Etat. La France y est aussi représentée dans certaines
instances de prise de décision.
Le fonctionnement institutionnel de la CEMAC (en terme
monétaire) peut être schématisé ainsi qu'il
suit :
Graphique 2. Institutions de la zone CEMAC
UNION MONETAIRE DE L'AFRIQUE CENTRALE (UMAC)
BANQUE DES ETATS DE L'AFRIQUE CENTRALE
Conseil d'administration
(13 administrateurs dont 3 Français, 4 Camerounais, 2
Gabonais, 1 Centrafricain, 1 Congolais, 1 Guinéen, et 1 Tchadien).
Gouverneur (nommé à l'unanimité du conseil
d'administration sur proposition gabonaise).
Vice gouverneur (nommé à l'unanimité du
conseil d'administration sur proposition congolaise
Secrétaire général (nommé à
l'unanimité sur proposition tchadienne).
6 Directions nationales.
6 comités monétaires nationaux (les
administrateurs + 3 personnalités nommées par le
gouvernement).
8 directions centrales, administration générale,
crédit, études et documentation, analyse monétaire,
inspection, opérations et relations financières
extérieures, comptabilité et contrôle des banques.
Collège des censeurs
(3 censeurs dont 1 Camerounais, 1 Gabonais et 1 Français
chargés de contrôler les comptes de la BEAC, la
régularité ses opérations et l'exécution du
budget)
Comité monétaire mixte
(Ministres des finances des 6 pays africains et de la
France)
Comité monétaire
(Ministres des Finances des 6 pays africains)
Agences
Gouvernement de la BEAC
I.3 Mécanismes
de fonctionnement de la zone Franc africaine
Ces mécanismes concernent les comptes
d'opération, la convertibilité externe des monnaies et la
politique monétaire.
I.3.1 Les comptes
d'opération
Chacun des instituts d'émission possède un
compte courant auprès du trésor public français : ce
sont les comptes d'opérations qui ont certaines règles de
fonctionnement :
- Chaque Banque centrale verse au crédit de son compte
au moins 65% des avoirs extérieurs officiels des pays membres. En
contrepartie, la France assure la garantie internationale du Franc CFA en lui
accordant une convertibilité libre et sans limite. Le trésor
français fournit ainsi, à parité fixe, les Euros
nécessaires aux paiements internationaux.
- Des mesures ont été prises pour mettre les
comptes d'opération à l'abri des déficits. En effet, ils
peuvent en théorie devenir débiteurs si les montants sont
illimités par exemple. Pour en arriver là, les Banques centrales
doivent d'abord utiliser toutes les autres ressources issues des avoirs
extérieurs tels le rapatriement des devises détenues par les
différentes banques nationales. Des clauses statutaires ont même
été prises à cet effet tant par la BEAC que par la
BCEAO.
- Quand bien même les comptes d'opération
seraient déficitaires - comme ce fut le cas pour l'UEMOA de 1980
jusqu'au milieu des années 90 et pour la CEMAC de 1987 jusqu'au milieu
des années 90 également - la garantie de convertibilité
de la France se mettrait alors en marche. Ce dernier aspect permet de mettre
les économies de la zone Franc à l'abri des ruptures
d'approvisionnement en devises qui sont susceptibles de bloquer les
importations des biens et services par suite d'un manque de devises
étrangères comme cela s'est fait observer dans certains pays hors
zone.
I.3.2 Convertibilité
externe des monnaies
De façon pratique, les monnaies de la zone sont
convertibles en devises étrangères par l'intermédiaire du
marché de change de Paris. Les opérations de change y relatives
reposent sur la parité fixe entre le Franc CFA et l'Euro. Ainsi, tout
détenteur de franc CFA peut avoir la quantité de devises
étrangères équivalente sans que les problèmes
liés à son taux de convertibilité, à sa garantie
internationale ou encore à son acceptation en tant que monnaie se
posent. Cependant, il a été observé que la
convertibilité entre les Francs CFA de la CEMAC et ceux de la BCEAO a
quand même été remise en cause ces dernières
années par des décisions spécifiques des deux banques
centrales que sont la BEAC et la BCEAO de ne plus racheter leurs billets se
retrouvant en dehors de leurs zones d'émission respectives.
I.3.3 La politique
monétaire
La politique monétaire est sous- tendue par quatre
principes qui sont :
- La discipline monétaire commune : elle constitue
un ensemble de règles dont l'objectif est de mettre les Etats membres
à l'abri de l'inflation. C'est ainsi que le recours au financement des
déficits budgétaires par la planche à billet est soumis
à des règles limitant les montants maximaux des
décaissements pour l'ensemble des Etats.
- La solidarité monétaire : elle se
manifeste, pour chaque zone, à travers l'utilisation d'une monnaie
commune qui suppose l'application des mêmes règles relatives
à sa circulation et à son émission dans chacun des Etats
membres. Ladite solidarité provient aussi de l'harmonisation des
réglementations en matière de distribution des crédits
(même taux d'escompte de la Banque Centrale), de l'application des
mêmes règles issues des mêmes organes centraux de prise de
décision (comité monétaire pour la BEAC par exemple), de
la mise en commun des avoirs extérieurs et du libre transfert des
ressources qui devrait s'effectuer entre les pays de la zone.
- Le caractère individuel des Etats : Il se
matérialise par le fait que chaque Etat membre est doté d'une
personnalité monétaire internationale dans la mesure où il
adhère individuellement au FMI. De plus, les différentes Banques
centrales enregistrent de manière distincte les opérations
concernant chaque Etat de leur zone d'émission. Enfin, des
comités monétaires nationaux ont été mis en place
dans le souci de mettre les politiques initiées par chacune des Banques
centrales et les réalités économiques de chaque Etat
membre en parfaite adéquation.
- Le rôle de la France dans le mécanisme
monétaire : la France, en tant que garante des monnaies des pays
membres, participe à la définition des règles de gestion
monétaire. Elle s'assure aussi que les règles qui ont
été édictées par tous sont respectées et que
la création monétaire dans les deux zones ne comporte pas de
danger. Pour ce faire, la France dispose d'un droit de veto pour certaines
décisions relatives à la modification des statuts des Banques
centrales et à la non application des mesures pourtant contenues dans
les statuts et devant prendre effet en certaines circonstances.
Les institutions de la zone Franc ainsi que ses
mécanismes de fonctionnement ont le mérite de s'adapter à
la plupart des chocs qui ébranlent l'ensemble des pays membres
(changements de parité entre les monnaies, entrées ou sorties de
membres). Les textes organisationnels ont jusqu'ici constitué un cadre
de référence donnant les lignes de conduite à suivre face
à des situations nouvelles ou récurrentes. Mais, la zone Franc
avait-elle aussi bien préparée le rattachement de sa monnaie
à l'Euro?
II. La zone Franc africaine et
l'entrée en vigueur de l'Euro
II.1 Contexte de
l'entrée en vigueur de l'Euro
L'entrée en vigueur de l'Euro s'est
caractérisée par des inquiétudes et des débats sur
l'avenir du Franc CFA. En effet, l'introduction de la nouvelle monnaie unique
européenne était synonyme de disparition à court terme du
Franc français sur lequel repose le fondement des relations entre la
France et ses autres partenaires de la zone Franc d'une part ; et les taux
de change entre le Franc CFA et les autres devises extérieures d'autre
part.
Les débats qui ont précédé
l'arrimage du CFA à l'Euro étaient controversés, opposant
les économistes favorables et ceux hostiles à cet ancrage.
En effet, tous les deux camps s'employaient à démontrer la
pertinence de leurs idées. Les propositions allaient du maintien de la
zone à son éclatement sensé redonner la
souveraineté monétaire aux pays membres. D'autres parties
prenantes étaient pour une modification des mécanismes de
fonctionnement de celle-ci.
Le maintien de la zone ou statu quo
Beaucoup d'arguments favorables au statu quo ont
été développés :
- un bilan de la zone qui a révélé
qu'elle se portait bien car les comptes d'opération s'étaient
fortement améliorés, la fuite des capitaux s'était
atténuée et la plupart des banques avaient renoué avec la
liquidité2(*) ;
- avec l'élimination des coûts de transaction
entre les monnaies, l'économie des devises pour les transactions
régionales, la coordination des politiques économiques,
l'existence d'une discipline monétaire limitant l'inflation et la
crédibilité vis-à-vis de l'extérieur, les zones
monétaires refaisaient surface (zone Euro par exemple)3(*) ;
- une ouverture accrue des marchés européens
consécutive à un gain de stabilité dans la gestion des
transactions commerciales internationales en raison de la limitation du risque
de change ;
- un pouvoir d'achat international rehaussé et soutenu
par un Euro fort. Celui-ci permettrait de rendre les importations dans les pays
hors zone Euro moins coûteuses surtout si celles-ci sont financées
par les devises provenant des ventes d'exportation dans la zone Euro.
L'éclatement de la zone
Un autre argumentaire était cependant
défavorable au statu quo et préconisait plutôt
l'éclatement de la zone pour plusieurs raisons dont certaines
étaient :
- Le développement de l'esprit de facilité, peu
compatible avec celui qu'exige un véritable développement4(*) ;
- Les avantages potentiels de la zone se sont souvent
transformés en inconvénients : par exemple, la fixité
de change avait conduit à une perte de compétitivité
significative depuis 1986. Aussi, la liberté des transferts a
favorisé la fuite des capitaux qui s'est accentuée par
anticipation de la dévaluation5(*) ;
- Le statu quo ne réglera pas à terme
les problèmes ayant conduit à la dévaluation
comme l'appréciation du CFA vis-à-vis des autres monnaies
non européennes notamment le Dollar ; la déconnexion de la
monnaie des conditions réelles de l'économie6(*) ;
- La domination et l'extraversion des économies
membres, du fait que la France exerce un haut degré de contrôle
sur ces économies7(*).
A coté des débats qui ont surtout
été animés par les économistes, un sentiment
d'inquiétude régnait plutôt chez les décideurs
politiques dont la quasi-totalité avaient déjà
divulgué leur position officielle. Cela a permis non seulement de
constater leur passivité face à la situation, mais aussi de
constater qu'ils étaient favorables au statu quo. Dès
lors, leur préoccupation résidait surtout sur la position de la
France et de ses partenaires européens quant à leur engagement ou
non de pérenniser la zone Franc et la monnaie CFA. Très
tôt, leurs inquiétudes ont été dissipées car
depuis 1992, la France ne cessait de répéter qu'il y a une
compatibilité entre les mécanismes de fonctionnement de la zone
Franc et l'organisation monétaire de l'Union européenne.
II.2 Reconnaissance
juridique de la zone franc
Le centre d'intérêt ici est la
problématique de la légitimité (vis à vis des
accords de l'Union européenne) des relations que la France continue
d'entretenir avec la zone franc africaine. Ce sont implicitement les questions
de la reconnaissance du CFA et de son statut dans les mécanismes de
fonctionnement de la zone Euro qui sont abordées.
Après avoir manifesté sa volonté
d'assurer la pérennité de la zone Franc, la France, qui
appartenait à une nouvelle zone monétaire (zone Euro) devait
s'assurer que le rôle de garantie et de surveillance du respect des
accords qu'elle comptait continuer à jouer était en
conformité avec la réglementation qu'elle avait établie
avec ses partenaires européens. Pour ce faire, l'article 109 du
traité de Maastricht a servi de cadre de référence.
Dans un premier temps, les autorités françaises,
rassurant les PAZF affirmaient que : « Rien ne change. La
relation entre la France et les pays de la zone Franc ne change pas et continue
à être gérée par la France comme avant. La
parité sera chiffrée en Euro mais les mécanismes demeurent
les mêmes qu'avant8(*) ». En effet, la France avait
fondé son argumentaire juridique sur le 5e paragraphe de
l'article 109 qui précise que «les Etats membres peuvent
négocier et conclure des accords internationaux ou accords de
coopération budgétaire ». La France voulait donc faire
percevoir les conventions avec les PAZF comme des accords relevant du domaine
budgétaire et non monétaire. Cela traduisait que l'ancrage du CFA
à l'Euro allait se dérouler sans grande implication des
institutions de l'Union Européenne.
Par la suite, à la demande de la Commission
européenne et d'autres partenaires européens, la France a
soumis à l'appréciation de ces derniers les accords de
coopération de la zone franc, conformément au 3e
paragraphe de l'article 109 qui stipule : « ..., au
cas où les accords sur des questions se rapportant au régime
monétaire ou de change doivent faire l'objet de négociations
entre la Communauté et un ou plusieurs Etats ou organisations
internationales, le conseil, statuant à la majorité
qualifiée sur recommandation de la commission et après
consultation de la BCE, décide des arrangements relatifs aux
négociations et à la conclusion de ces accords. Ces arrangements
doivent assurer que la communauté exprime une position
unique.... ». Ainsi, le 6 Juillet 1998, le Conseil des ministres
de l'Union Européenne a abouti à un accord relatif à la
zone Franc. Cet accord prévoyait que les mécanismes de
fonctionnement de la zone restaient inchangés. Mais force est de
constater qu'il y a certaines conventions qui ont été
modifiées.
II.3 Zone franc et
mutations structurelles liées à
l'arrimage :
Les transformations engendrées par l'ancrage sont
inhérentes à l'introduction de l'Union Européenne comme
nouvelle partie prenante. Les rôles ont été
redistribués entre les PAZF de la CEMAC et de l'UEMOA, la France et
l'Union Européenne ainsi qu'il suit :
Ø A travers le Conseil des ministres, la Commission et
la BCE, l'Union Européenne a « compétence totale ou
pouvoirs les plus étendus sur la gestion des accords et en particulier
tout changement sur la portée et la nature de ceux-ci. Les
décisions sont prises par le Conseil sur recommandation de la Commission
après avis de la BCE 9(*)».
Ø De par le ministère de l'économie et
des finances et sa Banque centrale, la France a
« responsabilité de mise en oeuvre des accords, avec
obligation d'information régulière aux organes de l'U.E. Pouvoirs
de négocier et de décider des modifications n'ayant aucune
incidence sur la portée et la nature des accords avec obligation
d'information préalable10(*) ».
Ø Les Comores, la CEMAC et l'UEMOA :
« chacune des Unions (CEMAC et UEMOA) et les Comores disposent
des pouvoirs les plus étendus notamment pour toute renégociation
des accords qui soient le plus compatibles avec leurs options de
développement économique et social11(*) ».
Par conséquent, la substitution du Franc
français par l'Euro dans les accords cambiaires, la pérennisation
de la zone avec information permanente de l'UE, la compétence reconnue
de cette dernière dans la modification des accords de fonctionnement
constituent, de façon globale, les principaux changements qui ont
affecté la zone franc africaine suite à l'avènement
l'Euro.
II.4 Rattachement
technique du Franc CFA à l'Euro
Il s'agit de présenter la façon dont le taux de
change du Franc CFA par rapport à l'Euro a été fixé
lors du processus d'arrimage.
La détermination s'est faite par l'intermédiaire
du Franc français. L'Euro ayant cours légal dès le
1er Janvier 1999 dans les pays membres de la zone, le taux de change
nominal du Franc français (par rapport à la nouvelle monnaie
unique) qui a été retenu est celui donnée par les
marchés de change le 31 Décembre 1998. Il était
de 1 Euro = 6,55597 Franc français. C'est de cette
parité qu'a été déduite mécaniquement celle
du Franc CFA relativement à l'Euro.
En effet, connaissant la parité fixe entre le CFA et
le Franc français, la parité Euro/ Franc CFA a été
obtenue arithmétiquement comme suit :
1 Euro = 6,55957 Francs français
et
1 Euro = 6,55957 * 100 Francs CFA
1 Franc français = 100 Franc CFA
= 655,957 Francs CFA.
Le Cameroun étant le pays sur lequel va se porter notre
étude, il est important d'en donner une idée
générale afin de mieux cerner sa place dans la zone Franc et
d'analyser ensuite l'impact que l'ancrage du Franc CFA a eu sur son
économie.
III. Le Cameroun dans la zone
Franc
III.1 Quelques
généralités sur le Cameroun
Le Cameroun est un pays situé en Afrique centrale avec
475 442 km2 de superficie. En 2004, le rapport annuel des pays
de la zone franc estimait sa population, formée de 150 ethnies environ,
à un peu plus de 16 millions d'habitants. Cette population est presque
équitablement répartie entre les villes et les campagnes, car la
part de la population urbaine est de 50,6%. Les principales villes sont
Yaoundé la capitale politique, Douala la capitale économique,
Bafoussam, Garoua, Maroua.
D'un point de vue économique, en 2005, le PIB aux
coûts des facteurs était de 8239,2 milliards de francs CFA avec
la répartition suivante : 50,1% pour le secteur tertiaire, 29,7%
pour le secteur secondaire et 20,2% pour le secteur primaire. Ce dernier occupe
encore près de la moitié de la population active. La même
année, le PIB par tête était de 984 USD soit environ 527
425 Francs CFA.
Pour ce qui est des indicateurs sociaux, le rapport mondial
sur le développement humain 2005 faisait état de 45,8 ans
d'espérance de vie à la naissance, 9,5% de taux de
mortalité infantile et près de 70% de taux
d'alphabétisation des adultes. La population en deçà du
seuil de pauvreté, c'est-à-dire vivant avec moins d'un dollar par
jour, était de 17,1% et 55 USD soit environ 29 480 Francs CFA
représentaient le niveau de l'aide publique au développement. Sur
les 177 pays classés, il occupait le 148e rang pour
l'indicateur de développement humain.
Enfin, le Cameroun a conclu des accords internationaux
relevant des domaines économique, politique et culturel. C'est ainsi
qu'il est membre de l'Organisation Intergouvernementale de la Francophonie, du
Commonwealth, de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique
Centrale (CEEAC), de la CEMAC et de la BEAC.
III.2 Place du
Cameroun dans la zone Franc
Le Cameroun est un pays de la zone Franc dont le bloc
d'appartenance est la Communauté Economique et Monétaire
d'Afrique Centrale (CEMAC). Le pays y joue un rôle démographique,
économique et institutionnel de premier plan.
Graphique 3 : Poids
démographique du Cameroun dans la CEMAC

En 2005, la population du Cameroun représentait 49% de
toute la population de la zone.
Source : www.izf.net
Graphique 4 : Poids économique du Cameroun dans
la CEMAC

E En 2005, le pays détenait à lui seul 40% de tout
le PIB de toute la sous région, suivi en cela par le Gabon, la
Guinée Equatoriale, le Tchad, le Congo et la Centrafrique.
.
Source : www.izf.net
Graphique 5 : Place du Cameroun dans la
répartition de la masse monétaire dans la CEMAC
oute la sous-région.

Du point de vue monétaire, l'importance du Cameroun
dans la CEMAC n'est pas tout aussi négligeable. Le pays
représentait 39% de toute la masse monétaire en circulation dans
la sous-région.
Source : www.izf.net
Dans le cadre institutionnel, le Cameroun abrite le
siège de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC),
celui de la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC) et d'autres
institutions spécialisées comme l'Institut Sous-régional
de Statistique et d'Economie Appliquée, l'Organisation pour la
Coordination de la lutte contre les Endémies en Afrique Centrale
(OCEAC), etc.
Après ces présentations générales
de la zone Franc et du contexte de l'arrimage, appesantissons nous sur les
théories qui abordent explicitement ou tacitement les
conséquences auxquelles on devrait s'attendre.
CHAPITRE II :
PRESENTATION DES THEORIES ET MODELES ECONOMIQUES
Ce chapitre a une double importance. Il présente les
théories et modèles économiques en rapport avec les
échanges commerciaux d'un pays. Ces théories nous permettront
également de nous rendre compte non seulement de l'intensité
d'influence que chacune des variables des modèles pourrait exercer sur
le commerce extérieur, mais aussi des effets que l'arrimage d'une
monnaie sur une autre entraînerait sur ces mêmes variables.
Aussi, la plupart des raisonnements et résultats
expérimentaux des chapitres ultérieurs seront la mise en pratique
des concepts ici présentés. On les appliquera tels que
conçus par leurs auteurs ou alors après reformulation pour les
rendre plus adaptés au cas spécifique qui est le notre.
Cinq approches théoriques sur le solde commercial
auront retenu notre attention. Il s'agit notamment de :
- l'approche revenu du commerce extérieur à
travers la théorie du multiplicateur du commerce
extérieur ;
- l'approche prix au travers du taux de change,
c'est-à-dire la théorie des élasticités de Johan
Robinson ;
- la théorie de l'absorption qui est une
synthèse des approches prix et revenu ;
- le modèle de Mundell-Fleming ;
Les modèles économiques
présentés par la suite émanent du livre
« Economie internationale » de Mucchielli (pp 116 à
136) dont les références sont en bibliographie.
I - La théorie du
multiplicateur du commerce extérieur
C'est la théorie keynésienne du commerce
extérieur ou approche revenu. Elle a fait son apparition pendant la
période 1938-1941. Cette période a coïncidé avec la
prise en compte nouvelle du commerce extérieur et donc des
conséquences qu'il allait entraîner sur le multiplicateur jusque
là habituel (1/s). « En effet, si les importations
sont fonction du revenu national, il s'en suit que la propension marginale
à importer doit apparaître dans le multiplicateur, qui devient, de
ce fait, différent de celui d'une économie
fermée » (Mucchielli, 1990).
Avant de présenter le multiplicateur proprement dit,
examinons d'abord les relations du modèle de base ayant conduit à
sa détermination.
I.1 Relations du
modèle :
Les variables et relations du modèle sont les
suivantes :
Ø La consommation : C = cY +
C0 avec c = propension marginale à
consommer et
0<c<1 ; C0 = consommation
incompressible.
Ø L'investissement : I = I est une variable
exogène ;
Ø Les importations : M = mY +
M0 avec m = propension marginale à
importer avec 0<m<1 et M0 =
importation autonome ;
Ø Les exportations : X = X qui sont une
variable exogène ;
Ø La balance commerciale : B = X -
M ;
Ø Le revenu national Y ;
Ø L'épargne : S = Y - C ;
Ø La relation de l'équilibre global (ressources
et emplois) du modèle s'écrit :
Y + M = C + I + X (1)
Ou Y - C - I = X - M (2)
D'où S - I = X - M = B. (3)
L'équation (3) montre qu'en économie ouverte, le
solde commercial s'assimile à l'écart entre l'épargne
domestique et l'investissement. Par conséquent, selon cette
théorie, si l'on est dans un pays donné, pour que la balance
commerciale soit excédentaire, il faut et il suffit que l'épargne
soit plus élevée que l'investissement. Si ce n'est pas le cas, le
solde commercial sera déficitaire.
I.2 Le multiplicateur
du commerce extérieur
Supposons que l'investissement (qui est autonome ici)
s'accroisse. Cet accroissement, au vu de l'équation (2), va induire,
toute chose étant égale par ailleurs, une augmentation du
revenu plus ou moins proportionnel à l'accroissement
?I de l'investissement. C'est cette proportion qui équivaut au
multiplicateur en économie ouverte.
Cela se traduit dans les équations par :
(2) Y - C - I = X - M.
En remplaçant chaque variable qui peut l'être par
sa valeur, la relation (2) devient :
Y - (cY + C0) - I = X - (mY +
M0)

Y(1- c + m) = X + I + C0 -
M0.
On en déduit :

Or, (1- c) = s = propension marginale à
épargner.
D'où 
Pour trouver la variation du revenu induite par la variation
de l'investissement, différencions ainsi qu'il suit :

Le multiplicateur en économie ouverte est donc :

La variation de la balance commerciale qu'implique la
variation du revenu est :

Comme X et M0 sont autonomes, alors .
Ainsi,

Donc :
. Or  
On conclut qu'en économie ouverte, une augmentation du
revenu consécutive à un accroissement de l'investissement
entraîne une détérioration de la balance commerciale d'une
proportion de
de la variation de cet investissement.
Il serait insuffisant que, dans des analyses relatives aux
variations du solde commercial, nous omettions le facteur prix à travers
le taux de change. C'est l'intérêt de la théorie des
élasticités dont le développement est
subséquent.
II- La théorie des
élasticités
Avant la théorie des élasticités,
c'était seulement l'évolution des variables non
financières (biens et services) qui comptait pour expliquer les
variations du solde commercial. Par la suite, il a été
nécessaire d'introduire la variable prix dont l'une des manifestations
s'opérait à travers le taux de change. C'est alors
qu'est apparue la théorie des élasticités qui a
été développée par Johan Robinson (1937).
Cette approche tente de trouver les conditions pour lesquelles
une modification du taux de change peut affecter la balance des paiements et
par ricochet la balance commerciale.
Avant de traiter de ces conditions, présentons d'abord
le modèle de base préalable.
II.1 Hypothèses
et modèle des élasticités critiques
II.1.1 Hypothèses du
modèle:
Le modèle des élasticités comporte quatre
hypothèses fondamentales :
- Seules, les élasticités de la demande des
produits par rapport au prix sont prises en compte.
- La balance commerciale est supposée être en
équilibre avant que l'on ne procède à un ajustement
quelconque du taux de change ;
- L'on ne tient pas en considération les effets
monétaires de la variation du taux de change.
- Les élasticités des offres d'exportation,
d'importation, des biens étrangers concurrençant les produits
nationaux, des biens nationaux concurrençant les produits
étrangers, sont par hypothèse infinies. Cela signifie que si l'on
prend par exemple les prix des importations des biens étrangers
concurrencés par les produits nationaux, ces derniers ne changent pas en
dépit d'une baisse de la demande du pays de
référence ; de même, les prix à l'exportation
des biens nationaux restent identiques malgré une augmentation de la
demande étrangère.
II.1.2 Le
théorème des élasticités critiques
Dans la théorie des élasticités, la
balance commerciale est représentée par :
B = X - e M
Où X = exportations en monnaie nationale ;
M = importations en monnaie étrangère ;
e = taux de change c'est-à-dire nombre d'unités
de monnaie nationale que vaut une unité de monnaie
étrangère ;
e M = importations converties en monnaie nationale.
En différenciant la balance commerciale par le taux de
change, l'on obtient :
(4)
Comme une hypothèse de départ stipule que la
balance commerciale est en équilibre avant l'ajustement du taux de
change, on peut écrire
. Alors l'équation (4) devient :
(5)
De cette équation, l'on déduit les
élasticités de la demande par rapport au prix qui sont de deux
ordres :
Ø L'élasticité de la demande
d'exportations, notée (Ex) est telle que :
Ex = 
On constate que Ex est positive si la
dépréciation de la monnaie domestique (c'est-à-dire
de>0) vis-à-vis des devises étrangères
implique une amélioration des exportations (c'est-à-dire
dX>0).
En effet, s'il y a dépréciation ou
dévaluation de la monnaie nationale, alors > 0 et comme Ex = . , alors Ex>0 si et seulement si >0.
Ø L'élasticité prix de la demande
d'importations notée Em est donnée par :
Em = 
Em est positive si la dépréciation
de la monnaie entraîne une baisse des importations c'est-à-dire
si dM<0.
En effet, par analogie au cas précédent, s'il y
a dépréciation ou dévaluation de la monnaie nationale,
alors > 0 et donc comme Em = - .
alors Em > 0 si et seulement si - > 0 et donc < 0.
En revenant à la balance commerciale (B), celle-ci
selon l'une des hypothèses du modèle, est
équilibrée avant un ajustement de la monnaie nationale. En
remplaçant les élasticités par leur notation dans
l'équation (5), l'on obtient la relation :
0 si
, c'est-à-dire Ex + Em >1 .
Cas où l'équilibre initial n'est pas
réalisé
Si l'équilibre initial n'est pas réalisé,
alors on reprend l'équation (4) obtenue avant l'hypothèse
d'équilibre :
(4) 



(6)
D'où si l'équilibre n'est pas initialement
réalisé, alors
si , c'est-à-dire .
Enoncé du résultat
général
Pour que les variations du taux de change aient des
conséquences sur la balance commerciale si cette dernière
était initialement en équilibre, il faut que la somme des
élasticités critiques à l'exportation et à
l'importation soit supérieure à 1 : c'est le
théorème des élasticités critiques ou condition de
Marshall-Lerner.
Si la balance commerciale n'est pas en équilibre avant
l'ajustement du taux de change, alors la balance commerciale s'améliore
suite à une dévaluation ou une dépréciation du taux
de change si la somme des élasticités prix à l'exportation
et à l'importation est supérieure à 1 avec une
élasticité à l'exportation pondérée par le
rapport des exportations sur les importations en monnaie nationale ( ).
Ces conclusions peuvent se généraliser dans tous
les cas où il y a modification du taux de change, c'est-à-dire
qu'il y ait dépréciation (resp. dévaluation) ou
appréciation (resp. réévaluation) d'une devise.
Ainsi, dans le cas d'une appréciation ou d'une
réévaluation d'une monnaie, la balance commerciale ne sera
sensiblement modifiée que si les conditions de Marshall-Lerner sont
respectées, tant pour un équilibre initial supposé que
pour un déséquilibre initial constaté. Si ces conditions
sont vérifiées, une appréciation de la monnaie nationale
est susceptible d'affecter le solde commercial ainsi qu'il suit :
Ø Une appréciation du taux de change de la
monnaie nationale impliquera une hausse du prix en devise
étrangère des exportations, ce qui est susceptible de
décourager ces dernières et d'avoir un impact négatif sur
le solde commercial.
Ø Par contre, l'appréciation du taux de change
de la monnaie nationale rendra les devises étrangères moins
chères et par ricochet les prix des biens importés. Cela peut
encourager les importations et détériorer ainsi le solde
commercial.
«La surévaluation de la monnaie est en effet
une subvention à la consommation de produits importés et un
impôt sur la production nationale ».12(*)
II.1.3 Les limites du
théorème des élasticités critiques
Quelques limites découlent des hypothèses de
départ.
Ø Les élasticités des différentes
offres peuvent ne pas être infinies. Dans le contexte d'une
dévaluation ou d'une dépréciation, c'est en particulier
très souvent le cas où l'augmentation de la demande
étrangère des produits domestiques se traduit par un
accroissement des prix nationaux. Cette hausse des prix peut, à son tour
compenser la baisse du taux de change pour laisser les prix en devises
étrangères inchangés.
Ø De même, les conditions de Marshall-Lerner sont
tributaires du fait que la balance commerciale est supposée en
équilibre initialement c'est-à-dire avant tout ajustement du taux
de change. Cela est rarement le cas dans la quasi-totalité des pays du
monde.
Ø Le modèle se fonde exclusivement sur les
élasticités de la demande des produits par rapport aux prix. Il
omet ainsi le facteur qualité dont dépend aussi la demande de
produits. En effet, la demande est également fonction du label, du
respect des normes de qualité, de l'accès aux circuits
internationaux et donc du marketing international, de la réputation,
etc.
Ø La courbe en J : il est à noter que
lorsque les conditions de Marshall-Lerner sont vérifiées, le
retour à l'équilibre de la balance commerciale n'est pas toujours
immédiat. Il existe un décalage entre le moment où une
dévaluation est effectuée et celui où la balance
commerciale s'améliore. En effet, une dévaluation est
bénéfique pour la prime d'exportation positive
(renchérissement de la monnaie nationale en monnaie
étrangère) qu'elle engendre, les gains des parts de
marchés attendus et pour les importations qu'elle est supposée
amoindrir. Or, certains de ces effets, à cause de certaines
rigidités, peuvent mettre un certain temps avant de se modifier dans le
sens attendu.
Cela peut par exemple s'expliquer par le fait que les gains de
parts de marchés peuvent ne pas être immédiats à
cause des habitudes d'achat chez les importateurs qui ont leurs fournisseurs
traditionnels, des problèmes de normes chez les pays dévaluateurs
qui, n'ayant pas toujours des produits de qualité prisée peuvent
engager des réformes y relatives pouvant prendre un certain temps.
Parallèlement, les importations en valeur peuvent connaître une
augmentation immédiate due à la baisse de la valeur de la monnaie
nationale.
Par conséquent, dans un premier temps, une
dévaluation peut se caractériser par une relative constance ou
une baisse des exportations, celle-ci étant combinée par un
accroissement des importations en valeur. La mise en commun de ces deux
phénomènes aboutit à une dégradation de la balance
commerciale au lendemain d'une dévaluation. Si les conditions de
Marshall-Lerner sont vérifiées, cette dégradation est
remplacée par une amélioration après que les
mécanismes liés au solde commercial aient eu le temps de
s'ajuster au changement de parité. La balance commerciale décrit
ainsi une courbe qui décroît dans un premier temps avant de
s'accroître : d'où le nom de la courbe en J.
Ayant déjà traité des
approches « revenu » et prix du solde commercial de
façon distincte, il serait intéressant de faire une
synthèse des deux approches à travers la théorie de
l'absorption.
III. LA THÉORIE DE
L'ABSORPTION
Comme dit précédemment, la théorie de
l'absorption est une synthèse des approches
« revenu » et « prix » de la balance
commerciale. En effet, avant qu'Alexander13(*) ne la développe en 1958, les deux approches
étaient appliquées de façon distincte pour le même
objectif d'ajustement du solde commercial.
III.1 Modèle de
la théorie de l'absorption
Dans la théorie d'absorption, les variables
sont :
Ø X : exportations;
Ø M : importations;
Ø Y : revenu national ou production totale de
biens ;
Ø B : balance commerciale et B = X -
M ;
Ø A : absorption domestique.
Dans une économie où le marché des biens
est en équilibre, la production des biens non exportés est
égale à l'utilisation des biens non importés.
Cela se traduit par :
B = (exportations + production des biens non
exportés) - (importations + utilisation des biens non
importés).
Or, (exportations + production des biens non
exportés) = Y = production totale de biens ou revenu
national ;
(Importations + utilisation des biens non importés)
= quantité totale des produits utilisés dans l'économie =
Consommation + Investissement + dépenses gouvernementales = A.
Ainsi, la balance commerciale peut se réécrire
sous la forme :
B = Y - A.
Le constat est que selon cette théorie, la balance
commerciale peut s'améliorer si le revenu national s'accroît plus
rapidement que l'absorption ou si l'absorption diminue plus vite que le
revenu.
Du point de vue du prix, une dépréciation de la
monnaie nationale entraînerait une demande plus prononcée des
produits locaux (les biens importés coûtant plus chers qu'avant la
dépréciation) au détriment des produits importés.
Cela peut ne pas réduire les dépenses d'absorption qui ne
subissent alors qu'une modification d'allocation liée à l'origine
domestique ou étrangère des produits achetés.
Par contre l'absorption peut baisser de par une conjoncture
interne ayant affecté les prix comme l'inflation par exemple. En effet,
s'il y a inflation, le pouvoir d'achat des consommateurs va être
érodé pour baisser leur capacité d'absorption.
III.2
L'absorption : synthèse des théories du multiplicateur du
commerce extérieur et des élasticités
Dans cette approche, les équations du modèle
sont données conformément à la remarque selon laquelle le
revenu est la somme des exportations et des biens non exportés.
Y = E(Y) + B (Y, e) avec E(y) étant l'absorption.
et
B = X(e) - e.M (e, Y)
Selon Mucchielli, les répercutions d'une variation du
taux de change sur le revenu ou sur le solde commercial sont
déterminées par les formules :
.
Sous l'hypothèse d'équilibre initial, 
D'où
(7)

Pour la balance commerciale, l'on obtient :

(8)
Les équations (7) et (8) amènent à
conclure que :
Ø Si le théorème des
élasticités critiques est vérifié, la
différenciation montre qu'une dépréciation de la monnaie
domestique se traduit par une amélioration du solde commercial, car les
termes du produit qui constituent sa variation sont tous non
négatifs ;
Ø Dans le cas d'une dépréciation, en
ajoutant l'effet revenu sur l'effet prix,, l'amélioration du solde
commercial s'atténue par rapport à l'amélioration
constatée quand les prix seuls étaient pris en compte. Cela
s'explique par la démonstration suivante :
s < 1
<
.
En incluant l'effet revenu, la dévaluation s'accompagne
d'une demande accrue des produits domestiques au détriment des produits
étrangers. Ce nouvel intérêt accordé aux biens
domestiques va augmenter le revenu national, ce qui est susceptible
d'accroître à nouveau les importations. Ce nouvel accroissement
des importations va donc atténuer l'amélioration initiale de la
balance commerciale par l'intermédiaire du multiplicateur (s. ).
A ce stade de la présentation, aucun des
modèles économiques ne s'attarde de façon
spécifique sur les déterminants des exportations et des
importations qui sont pourtant les deux éléments constitutifs de
la balance commerciale. Le modèle de Mundell-Fleming qui suit va
s'attarder sur ce sujet.
IV. Le modèle de
Mundell-Fleming : les déterminants des exportations et des
importations.
C'est un modèle qui a été conçu en
1962 par Mundell avec pour objectif de faire des analyses sur la façon
dont l'équilibre extérieur et celui sur le marché du
travail peuvent tous deux être atteints en utilisant des politiques
économique et monétaire adéquates. Dans ce cas de figure,
l'équilibre externe cesse de ne considérer que la balance
commerciale, mais il combine cette dernière avec la balance des
capitaux.
Pour les besoins de notre étude, du modèle de
Mundell-Fleming, nous n'utiliserons que la partie consacrée au solde
commercial, notamment en ce qui concerne les déterminants des
exportations et des importations.
Ø Les déterminants des exportations (X) d'un
pays sont :
- Le niveau d'activité du reste du monde (RDM) qui peut
être illustré par le produit intérieur brut du RDM
noté Y' ;
- Le taux de change effectif réel car les acheteurs
étrangers doivent comparer les prix des biens et services achetés
à l'étranger aux prix domestiques des mêmes biens et
services. Donc, les exportations dépendent aussi du rapport des prix
internes et externes et par conséquent du taux de change effectif
réel noté TCER. Aussi, plus les prix internes augmentent, plus la
demande en produits domestiques de l'étranger peut diminuer. Sous un
autre aspect, si le TCEN augmente, le TCER peut aussi croître et ralentir
la demande étrangère, car il faut débourser plus
d'unités monétaires étrangères pour une
unité de monnaie nationale.
En conclusion, les exportations sont une fonction
décroissante du TCER.
Ainsi, on peut écrire : X = X ( Y',
TCER) avec TCER = e.P/ P'. P et P'
représentent
respectivement le niveau des prix domestiques et
des prix étrangers ; e est le taux de
change au certain c'est-à-dire le nombre
d'unités monétaires étrangères pour une
unité de monnaie nationale.
Ø Les déterminants des importations (M) d'un
pays sont :
- Le niveau d'activité domestique
représenté par le PIB domestique et noté Y. En effet, plus
le niveau d'activité domestique est élevé, plus
l'économie a besoin d'importer pour faire face à l'accroissement
de la demande interne. Le niveau d'activité interne est par
conséquent corrélé positivement aux importations.
- Le TCER : en effet, plus les prix à
l'extérieur augmentent relativement aux prix intérieurs, plus le
TCER diminue et la demande d'importation aussi. Les importations sont donc une
fonction croissante du TCER.
On peut donc écrire : M = M(Y, TCER).
Ø La balance commerciale est donnée par :
B = ( e.P).X - P M.
Avec dB/de >0 dans le cas d'une
dépréciation (e diminue et est au certain) ou alors dB/de
<0 pour une appréciation (e augmente). Ces deux
dernières relations impliquent que les conditions de Marshall-Lerner
soient vérifiées.
Les connaissances générales sur la zone Franc
étant données ainsi que les différentes approches
théoriques relatives à notre étude, il serait
intéressant d'appliquer ces connaissances au cas du Cameroun à
travers le cadre pratique de ce travail.

IIe PARTIE
CONSEQUENCES DE L'ARRIMAGE
EURO-FRANC CFA
Il s'agira d'opérer des choix parmi les théories
économiques présentées précédemment afin de
les appliquer au cas du Cameroun. L'utilisation d'une théorie
plutôt que d'une autre est fonction du contexte de l'économie
camerounaise et des objectifs poursuivis. Cette partie a pour finalité
de dégager l'impact de l'arrimage du CFA à l'Euro sur la balance
commerciale du Cameroun moyennant la première partie.
Pour y parvenir, les caractéristiques du commerce
extérieur du pays d'étude seront présentées avant
de s'appesantir sur les conséquences de l'arrimage proprement dites.
CHAPITRE III : LE
COMMERCE EXTERIEUR DU CAMEROUN ET LES DETERMINANTS DU SOLDE COMMERCIAL.
Le troisième chapitre a pour but de donner une
idée générale sur le commerce extérieur du Cameroun
par la présentation des paramètres qui le constituent. Il sera
notamment question de présenter les principaux produits commerciaux,
l'évolution de leurs cours sur les marchés internationaux et
l'orientation géographique des échanges.
A travers la conception d'un modèle
économétrique, nous déterminerons de façon
explicite les facteurs explicatifs du solde commercial, ainsi que le
degré d'influence que la variabilité de chacun de ces facteurs
exerce sur ce dernier (le solde commercial).
Il ne s'agit donc pas encore de faire une étude
comparative entre les périodes anté et post-arrimage
.Cette partie sera abordée plus tard.
Mais, notons déjà que tous les tableaux et
graphiques présents par la suite sont réalisés par
l'auteur avec les données issues de l'Institut National de la
Statistique principalement.
I. Les CARACTERISTIQUES DES
exportations DU CAMEROUN
I.1 Les principaux
produits exportés
Le Cameroun étant un pays dont la structure des
exportations est caractérisée par une prédominance des
produits primaires, ceux-ci représentent depuis plusieurs années
un peu plus de 80% des recettes d'exportations. Le graphique qui suit est une
représentation de l'évolution de la structure des exportations
entre produits primaires et produits manufacturés.
Graphique 6 : Structure des exportations

Depuis plus d'une décennie, les exportations du
Cameroun n'ont quasiment pas changé de structure ; la valeur des
exportations des produits du secteur secondaire a rarement
dépassé les 15% de la valeur globale. Subséquemment, la
balance commerciale est fortement tributaire des chocs externes.
Source : INS
Une étude approfondie permet de dégager les
principaux produits de vente du cameroun.
Tableau 1 : Principaux produits d'exportation
|
Année
|
2004
|
|
Libellés
|
Q (en tonne)
|
V (en million de FCFA)
|
|
Bananes fraîches
|
279 475
|
37 388
|
|
Café arabica
|
5 064
|
5 839
|
|
Café robusta
|
45 624
|
32 344
|
|
Cacao brut en fèves
|
158 037
|
113 248
|
|
Pâte de cacao
|
15 216
|
17 752
|
|
Ciment
|
15 006
|
1 007
|
|
Huiles brutes de pétrole
|
4 915 003
|
537 373
|
|
Caoutchouc brut
|
39 457
|
20 677
|
|
Bois brut (grumes)
|
148 066
|
13 770
|
|
Bois sciés
|
684 804
|
176 165
|
|
Coton brut
|
93 821
|
73 146
|
|
Aluminium brut
|
63 090
|
45 348
|
|
Total des principaux produits
d'exportation
|
6 462 663
|
1 074 057
|
|
Total général des
exportations
|
7 077 630
|
1 264 257
|
Source : INS
Ainsi, hormis le ciment et le bois scié qui sont des
produits du secteur secondaire, les autres principaux produits (en valeur) sont
essentiellement des produits primaires avec en tête les huiles brutes de
pétrole.
I.2 Les cours
internationaux des produits exportés
Graphique 7: Evolution des cours internationaux des
principaux produits exportés.

Les cours des matières premières sont
très instables. De 1985 à 1993, la tendance d'évolution
était à la baisse. Cela serait le fait l'utilisation par les pays
importateurs des produits de substitution fabriqués en laboratoire, d'un
excédent d'offre par rapport à la demande, etc. En 1994, les
cours des principaux produits de base se sont caractérisés par
une montée qui a coïncidé avec la dévaluation du
Franc CFA.
Source : INS
Graphique 8: Evolution des cours mondiaux du
pétrole.
L
L Les cours mondiaux du
pétrole sont aussi instables, mais moins dispersés que ceux des
produits ci-dessus. Ils évoluent en dents de scie.

A contrario des autres produits, l'évolution
des prix internationaux du pétrole a plutôt connu une baisse en
1994.
Source :
INS
I.3 L'orientation géographique des
exportations
Le Cameroun a pour principaux pays-clients l'Espagne,
l'Italie, la France, les pays bas, la Belgique, les USA, la Chine, Taiwan, le
Gabon, la Guinée équatoriale, et l'Afrique du Sud. Ces pays
représentaient à eux seuls dans l'ensemble plus de 81% des
exportations du Cameroun en 2003, près de 79% en 2004 et un peu plus de
76% en 2005.
Graphique 9 : Répartition en % des
exportations du Cameroun entre ses principaux clients

Source : INS
II- Les importations et les termes de
l'échange
II.1 Les produits
importés
Les importations du Cameroun sont assez variées et
permettent la satisfaction d'un grand nombre de besoins domestiques. La demande
vers l'extérieur est principalement constituée des biens
d'équipement industriel (machines, appareils mécaniques et
électriques, etc.) et agricoles (tracteurs), des demi-produits, de la
consommation intermédiaire des entreprises, et de la consommation des
ménages.
Graphique 10: Evolution des importations par noyaux
d'utilisation.

Au cours des dernières années, on a noté
une supériorité en valeur des importations pour la consommation
des entreprises. Cela est la preuve de l'importance grandissante des
importations industrielles par rapport aux importations pour la consommation
des ménages, malgré que ces dernières demeurent tout aussi
élevées.
Source : INS
II.2 Les termes de
l'échange
Graphique 11: Evolution des termes de
l'échange

L'évolution des termes de l'échange (base 1993)
du Cameroun a une tendance baissière depuis 1994. Ces termes sont
même défavorables depuis 1995. Comme ils sont calculés en
divisant l'indice des prix des biens exportés par l'indice des prix des
biens importés, le fait qu'ils soient défavorables traduit que
les prix des biens exportés augmentent globalement moins vite que les
prix des biens importés. Il faut donc dépenser, par rapport
à l'année de base (1993), plus de
Source : INS
ressources financières issues des exportations pour
acquérir le même panier de biens importés.
Après avoir présenté les faits
stylisés des échanges commerciaux du Cameroun, il est aussi utile
de traiter de l'intensité d'influence qu'exercerait chaque facteur
explicatif du solde commercial sur ce dernier. A cet effet, il sera question
pour la suite, de constituer un modèle économétrique qui
permettra de déterminer les indicateurs d'élasticité du
facteur expliqué (solde commercial) par rapport aux variables
explicatives ou exogènes. Chaque indicateur sera lié à un
facteur exogène et établira le pourcentage de variation du solde
commercial suite à une variation de 1% de la variable explicative
représentée.
Le taux de change étant l'un des facteurs dont
dépend la balance commerciale14(*), on pourra ainsi faire une première estimation
des répercutions attendues de l'arrimage du CFA à l'Euro dans le
cas spécifique du Cameroun. Le modèle pourra aussi être
utilisé à des fins de prévisions de la valeur du solde
commercial compte tenu des variables exogènes et plus
particulièrement du taux de change.
III- Conception du
modèle économétrique
III.1 Le
modèle économique de base
Le modèle économétrique qui sera
conçu n'est pas ex nihilo. Il trouve ses fondements dans le
modèle de Mundell-Fleming notamment en ce qui concerne les facteurs
explicatifs des exportations d'une part et des importations d'autre part.
C'est donc les mêmes variables exogènes15(*) qui seront pris en compte,
avec cependant, le souci de mieux adapter le modèle de Mundell-Fleming
aux réalités de bon nombre de pays en voie de
développement comme le Cameroun.
III.2 Les ajustements
apportés au modèle de base : ajout de la
variable « prix effectifs » et « prix
effectifs des importations »
Les ajustements concernent tant les importations que les
exportations. C'est en effet l'ajout de variables qui n'apparaissent pas dans
le modèle économique de base et qui pourraient donner des
explications supplémentaires quant aux variations du solde commercial du
Cameroun.
Ajustements liés aux exportations :
ajout de la variable « prix effectifs » et d'une
constante.
Les prix effectifs
Le travail est effectué avec les exportations en valeur
qui sont données par les statistiques du commerce extérieur.
Jusque-là, le PIB du RDM et le TCER sont les seules variables
explicatives à prendre en compte selon le modèle de base.
L'évolution du PIB du RDM traduit l'évolution de
la conjoncture mondiale. Plus cette dernière est favorable, plus les
partenaires commerciaux ont besoin de plus de produits input pour
augmenter le niveau de production afin de faire face à un
éventuel accroissement de la demande mondiale consécutive
à la hausse des revenus. La conjoncture mondiale conditionne donc,
stricto census, le volume de biens demandés par
l'extérieur.
Quant au TCER, il est certes un indicateur de
compétitivité prix, mais il permet surtout aux partenaires
commerciaux d'effectuer des arbitrages sur les régions du monde dans
lesquels ils peuvent acheter des produits à des coûts
inférieurs à ceux pratiqués chez eux ou tout simplement
chez les pays qui présentent les coûts les plus avantageux. Le
TCER conditionne ainsi le choix du pays comme partenaire à l'importation
du RDM moyennant le niveau des prix relatifs combiné au taux de change
nominal.
Vu sous cet aspect, le TCER ainsi que le PIB du RDM traduisent
in fine le degré de sollicitation des produits d'un pays et
donc leur demande en volume. Or, la valeur au sens de son calcul
arithmétique n'est pas que fonction du volume mais elle dépend
aussi des prix pratiqués par le pays domestique. C'est la raison pour
laquelle, comme variable explicative supplémentaire des importations, il
sera pris en compte les prix effectifs des produits exportés. Ces prix
seront notés P.
La constante
Par observation de ses pays de vente, le Cameroun a depuis
plus de 20 ans les mêmes pays clients. Il s'agit de la France, des
Pays-bas, de l'Espagne, de l'Italie et dans une certaine mesure les Etats-Unis,
la Belgique et le Gabon. Ces pays sont donc les clients traditionnels du
Cameroun à travers les habitudes, les préf&ea |