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Université Paris X (Nanterre) Institut National
Agronomique de Paris - Grignon
(INAPG)

Recomposition des rapports ville - campagne en Ile de
France : Exemple de la zone maraîchère de Cergy.
Mémoire de première année Master
: Mondialisation et Dynamiques Rurales Comparées.
Présenté par Ibrahim HESSAS
Composition du jury :
Mme Monique POULOT : Maître de conférence
(Université Paris X) M Jean Paul CHARVET : Professeur (Université
Paris X)
Septembre 2006.
SOMMAIRE :
INTRODUCTION : 1
RAPPELS METHODOLOGIQUES : 9 PREMIERE PARTIE
:
L'AGRICULTURE EN ILE DE FRANCE : DE LA PRISE EN COMPTE
SPATIALE A LA CONSIDERATION FONCTIONNELLE
1. LA PRISE EN COMPTE DE L'ESPACE AGRICOLE DANS L'AMENAGEMENT
REGIONAL EN ILE DE
FRANCE : 13
2. VERS L'INTEGRATION FONCTIONNELLE DE L'ACTIVITE AGRICOLE EN
ILE DE FRANCE : 19
DEUXIEME PARTIE : LA ZONE MARAICHERE DE CERGY : UN
ESPACE AGRICOLE URBAIN
1. UNE POSITION PARTICULIERE : AU CENTRE DE LA VILLE NOUVELLE DE
CERGY PONTOISE. 24
2. UN ESPACE SOUS FORTES CONVOITISES URBAINES : 29
2.1. La zone maraîchère : un espace ouvert :
30
2.2. La zone maraîchère : un espace de sport et
de loisirs : 33
2.3. La zone maraîchère : un espace de liaisons
: 35
2.4. La zone maraîchère : un espace
habité : 36
2.5. La zone maraîchère : un lieu de
décharges sauvages : 38 TROISIEME PARTIE :
L'AGRICULTURE DE LA ZONE MARAICHERE : UNE ACTIVITE
FAIBLEMENT INTEGREE DANS L'AGGLOMERATION DE CERGY PONTOISE
1. PRESENTATION DE L'AGRICULTURE DE LA ZONE MARAICHERE DE CERGY
: 40
2. PEU D'ECHANGES AVEC L'AGGLOMERATION DE CERGY PONTOISE :
50 3. LES TENTATIVES D'INTEGRATION URBAINE DE L'AGRICULTURE PAR
L'AGGLOMERATION DE CERGY PONTOISE : 54
3.1. Les mesures de protection de l 'agriculture en zone
maraîchère : 54 3.2. L 'intégration dans un circuit de
recyclage de déchets urbains : une tentative
échouée. 56
QUATRIEME PARTIE :
LES BASES DU RAPPROCHEMENT VILLE - AGRICULTURE EN
ZONE MARAICHERE DE CERGY
1. DE NOUVEAUX ROLES URBAINS POUR L'AGRICULTURE : 59
1.1. Un rôle social : de l'emploi agricole pour une
main d'oeuvre urbaine : 59
1.2. Les tags : pressions urbaines, ou appropriation
citadine de l 'agriculture : 60
1.3. Le rôle patrimonial et paysager : 62
2. LES CONDITIONS DU RAPPROCHEMENT VILLE - AGRICULTURE : 63
2.1. La reconstruction du dialogue agriculteurs -
agriculteurs : 64
2.2. Le renforcement du contact agriculteurs - citadins :
65
2.2.1. L 'obstacle : un recul des clients sur les
marchés forains : 65
2.2.1.1. Les légumes attirent de moins en moins
d'acheteurs : 68
2.2.1.2. Les marchés forains n 'attirent plus les
clients : 70
2.2.2. La clé du déblocage : un rôle
actif pour les agriculteurs : 72
2.2.2.1. Tenir compte des attentes des citadins : 72
2.2.2.1.1. Envers les produits agricoles : des
légumes frais à des prix abordables : 72
2.2.2.1.2. Envers l'espace agricole : 75
2.2.2.2. Renforcer l'image de l'agriculture au sein de la
société : 76
2.2.2.2.1. L 'agriculture : une activité capable de
satisfaire les attentes de la société : 76
2.2.2.2.2. Redéfinir le métier d'agriculteur
par ses points positifs : 77
2.2.2.3. Convaincre les citadins de maintenir l'agriculture
francilienne : 79
CONCLUSION : 81 LISTE DES ILLUSTRATIONS
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES
Introduction :
Le phénomène de la périurbanisation est
né en France à la fin des années 1960, c'est vers 1967 -
1968 que l'engouement pour la maison individuelle reprend une nouvelle vigueur
quarante ans après les lotissements de l'entre les deux guerres. Hormis
quelques franges qui se développent en continuité avec
l'urbanisation existante, il s'agit d'une croissance urbaine
détachée de la ville mère dont l'essentiel s'effectue
à des distances plus ou moins grandes sous la forme d'îlots
urbains en plein milieu rural (Steinberg, Desert et Metton, 1991).
L'essor de la périurbanisation a conduit à la
naissance d'un espace à contours non précis dans lequel se
mêlent l'urbain et le rural avec des proportions plus ou moins
significatives selon que l'on se positionne proche de la ville ou de la
campagne. Il se caractérise principalement par de fortes migrations
domicile - travail permises par le développement de l'automobile et du
réseau routier et autoroutier et par l'accès à la
propriété rendu plus facile grâce aux systèmes de
crédits à la consommation et des prix du foncier plus abordables
en s'éloignant du centre ville. Toutes ces caractéristiques ont
abouti à la mise en place d'un espace particulier qui n'est ni ville ni
campagne mais qui regroupe les caractéristiques des deux espaces : le
périurbain. C'est un non lieu où l'agriculture a
été peu à peu désorganisée. Aujourd'hui, ces
franges rurales / urbaines changent de sens. La forme urbaine recherchée
inclut dorénavant des espaces ouverts, et notamment des espaces
cultivés, dont la permanence à proximité du bâti est
devenue une condition essentielle de la qualité du cadre de vie (Fleury,
2004).
La part de plus en plus marquante de cet espace dans la
répartition des infrastructures, des activités et de la
population a conduit l'INSEE à réviser son système de
découpage du territoire français ; un découpage en aires
urbaines qui tient compte des nouvelles caractéristiques de ces nouveaux
espaces (notamment les migrations domicile travail) est proposé en 1996.
En s'appuyant sur les résultats du recensement de la population de 1999,
ce zonage classe désormais 14930 communes comme périurbaines
(soit 41% de l'ensemble des communes françaises), elles concernent
près de 179792 Km² (soit 33% du territoire) et plus de
12,25 millions d'habitants (soit 21% de la population), les zones rurales
correspondent au territoire de 18535 communes (soit 51% des communes), 320171
Km² (soit 59% de la surface totale de la France) et 10,5
millions d'habitants (soit 18% de la population), le reste étant
classé en zone urbaine (INSEE, 2000). En 1999, 73% de la population
française métropolitaine vit dans les 361 aires urbaines et 56%
dans les 73 aires de plus de 100000 habitants (Bessy - Pietri, 2000), entre
1990 et 1999, la population a augmenté de 1,03% dans
les couronnes périurbaines, de 0,42% dans les banlieues
et de 0,12% dans les villes - centres pour l'ensemble des aires urbaines. La
progression de la population du centre vers la périphérie
caractérise 19 aires de plus de 100000 habitants. Ce
phénomène résulte d'un fort excédent des
arrivées sur les départs ce qui confirme la vigueur de la
périurbanisation (INSEE, 2000).
L'étalement urbain s'effectue par l'artificialisation
des sols qui touche annuellement 55000 ha de terres agricoles (Boisson, 2005).
Sa progression est inégalement répartie selon les zones
concernées, entre 1992 et 2001, elle a augmenté de 14% en zones
périurbaines, de 12% en zones urbaines et de 10% en zones rurales
(Agreste, 2002). A partir de ces chiffres, il ressort que la perte
irréversible des terres agricoles concerne avant tout les espaces
périurbains. Dans ces derniers, l'agriculture utilise encore 10,3
millions d'ha avec 231000 exploitations contre 16,7 millions d'ha avec 375000
exploitations en zones rurales et seulement 1,6 millions d'ha avec 57000
exploitations dans les zones urbaines (Boisson, 2005, Agreste, 2002). En France
métropolitaine, 84% du territoire reste encore occupé par
l'agriculture et la forêt (Boisson, 2005).
Si l'artificialisation des sols agricoles peut être
aujourd'hui plus ou moins freinée à travers les documents
d'urbanismes (schéma directeur, ou encore POS et PLU) qui peuvent
parfois rétablir définitivement la destinée agricole
à certains de ces espaces les sécurisant ainsi de toute pression
foncière, la proximité urbaine pose encore de sérieux
problèmes à l'activité agricole dans ces lieux
particuliers du contact ville - campagne ; vols, dégradations,
difficultés d'accès aux parcelles et problèmes de
circulation pèsent aujourd'hui sur les agriculteurs des espaces
périurbains. Néanmoins, la proximité urbaine permet aux
agriculteurs de commercialiser directement leurs produits et de tirer une marge
bénéficière plus importante de leur travail, le contact
avec les citadins les place aussi dans une position de
privilégiés leur permettant d'ajuster leurs modes de travail et
leurs productions selon les demandes locales. Avec le contact ville - campagne
extrêmement fort dans ces espaces, l'agriculture s'adapte et porte des
caractéristiques spécifiques : une agriculture périurbaine
s'identifie et se met en place (Poulot et Rouyres, 2005). A travers cette
agriculture périurbaine, c'est tout le concept de « campagne
périurbaine » proposé par Jean Renard qui s'exprime
désormais comme composante à part entière d'une nouvelle
typologie des campagnes européennes, il se défini avant tout par
la forte disparition de l'agriculture ou sa spécialisation (Renard,
2002). L'émergence de réseaux dédiés au maintien de
l'agriculture des milieux périurbains (Purple en Europe, Terre en ville
en France) confirme l'existence de la spécificité de
l'agriculture périurbaine, elle témoigne aussi de la
préoccupation de plus en plus importante des pouvoirs
publics et des Etats concernant ce type d'agriculture,
aujourd'hui le maintien de cette activité mobilise de grandes
régions urbaines européennes.
Dans ce mouvement, l'Ile de France tient un rôle actif
pour maintenir l'agriculture sur son territoire. Après la reconnaissance
d'une destiné agricole à ses espaces de cultures
définitivement exprimée dans le SDRIF de 1994, c'est le maintien
de l'activité agricole qui préoccupe les différents
acteurs de l'aménagement régional. Si l'espace agricole ne change
que peu notamment grâce aux efforts consentis pour maîtriser
l'étalement urbain, l'agriculture recule sur le territoire
régional à une vitesse touj ours soutenue.
L'enquête sur la structure des exploitations agricoles
réalisée par le ministère de l'agriculture à
l'automne 2005 fixe à - 3,1% le rythme annuel de disparition des
exploitations agricoles franciliennes pour la période 2000 - 2005. Ce
taux s'est stabilisé depuis 1988 à une valeur proche de - 3%
(pour une moyenne nationale de -3,9%). En 2005, la région compte 5600
exploitations (soit environ 1500 exploitations de moins qu'en 2000) dont 4200
unités professionnelles, en cinq ans, 14% des exploitations
franciliennes ont disparu. Ce recul est différemment ressenti selon les
départements, il est plus fort en petite couronne (-30%) et plus faible
en Seine - Et - Marne (-10%), les autres départements enregistrent des
baisses intermédiaires (-18% pour les Yvelines et l'Essonne, -17% pour
le Val d'Oise).
Le recul des exploitations en nombre s'est accompagné
par la poursuite de leur agrandissement, 39% ont plus de 100 UDE (contre 33% en
2000). Les exploitations appartenant à l'OTEX grandes cultures sont
celles qui se maintiennent le mieux, toutes les autres catégories
reculent, notamment les unités de cultures spéciales qui ont
perdu 29% de leur effectif (contre seulement 9% pour les grandes cultures).
Dans un contexte d'augmentation des charges et de pression foncière,
seules les exploitations les plus performantes et les plus aidées au
niveau communautaire résistent (Agreste, 2006).
Le constat demeure alarmant malgré les engagements
forts et solennels de la région en faveur de son agriculture, le
maintien de cette activité sur le territoire francilien réclame
aujourd'hui des mesures plus adaptées au contexte global mais surtout
aux spécificités locales de chaque espace agricole. Ces mesures
doivent non seulement tenir compte de l'opinion francilienne de plus en plus
importante dans le débat sur l'avenir de l'agriculture régionale
(Charvet, 2003), mais aussi de celle des agriculteurs eux-mêmes car c'est
à eux qu'incombe la continuité et la transmission de ce
métier pour les générations futures sans compromettre
leurs intérêts et ceux de la société actuelle, les
agriculteurs doivent jouer un rôle actif. Les gestes du « refaire
campagne » doivent considérer les att entes de toutes les parties
concernées par
l'agriculture francilienne tout en veillant à
répondre aux sollicitations de l'ensemble de la société
régionale (Poulot et Rouyres, 2005).
Jean Paul Charvet résume les conditions du maintien
d'une agriculture viable en Ile de France, il propose des voies pour une
durabilité économique et sociale de cette activité. Il
s'agit de garantir l'accès aux espaces agricoles et de sécuriser
les productions, de valoriser davantage la situation en zone périurbaine
et de procurer des revenus suffisants et mieux assurer les successions à
la tête des exploitations. Les agriculteurs qui auront un accès
commode à leurs exploitations, vont pouvoir mettre en place des cultures
qui seront sécurisées des pressions urbaines, il pourront ensuite
commercialiser eux-mêmes leurs produits afin de récupérer
une grande partie de la plus value (perçue par les agents
économiques). L'exercice de production peut s'accompagner par des
formations en marketing afin d'optimiser les conditions de commercialisation,
la mise en place de démarches de qualité permet de justifier les
prix proposés notamment pour les catégories sociales les plus
aisées. Au-delà de la simple production alimentaire, les
agriculteurs peuvent développer d'autres activités en lien avec
la ville dans le cadre de la multifonctionnalité de l'agriculture
(accueil de groupes, entretien et gestion des paysages), en communiquant sur
leurs apports à la société régionale, ils peuvent
justifier les soutiens qui leur sont apportés leur garantissant des
revenus supplémentaires (Charvet, 2003).
D'autres chercheurs, notamment à l'Ecole Nationale
Supérieur du Paysage de Versailles, considèrent qu'à moyen
et à long terme, l'agriculture périurbaine n'existera que sous
forme d'une agriculture urbaine1. Son nouveau rôle sera la
production de paysage, la défense de l'environnement et la promotion de
la biodiversité et de l'harmonie sociale. Elle reste touj ours une
activité économique, mais sa production ne sera plus
identifiée aux seules denrées agricoles ; en devenant
multifonctionnelle, elle devient une composante spatiale et sociale des
territoires urbains (Donadieu et Fleury, 1997, Donadieu, 2004, Fleury,
2004).
Il ressort ainsi que la place de l'agriculture en Ile de
France reste garantie par sa capacité à intégrer
fonctionnellement les projets urbains et à devenir pleinement urbaine,
cette destiné ne peut sans doute s'accomplir dans des délais
courts car elle nécessite des ajustements profonds qui s'opèrent
non seulement du côté de l'agriculture elle-même qui doit
assumer sa multifonctionnalité mais aussi de la part de la
société entière notamment pour rémunérer les
aménités qui découlent des nouvelles fonctions de cette
activité. En attendant, l'enjeu est de la maintenir viable pour qu'elle
puisse atteindre ce stade ultime d'intégration
1 - Il s'agit de l'agriculture des périphéries
urbaines qui s'oriente vers les nouveaux besoins urbains (Donadieu et Fleury,
1997)
totale dans les projets urbains où l'agriculture est
considérée comme un outil d'urbanisme, une infrastructure
naturelle d'intérêt public, capable d'organiser durablement le
territoire des cités puisque le développement de la ville aux
dépends de l'agriculture n'est pas inéluctable (Donadieu,
1998).
Ce travail propose de vérifier les conditions de la
réintégration de l'agriculture en ville notamment lorsqu'elle se
trouve entièrement contenue dans l'espace urbain, ce positionnement qui
concerne de plus en plus d'espaces agricoles suffit-il pour que l'agriculture
accède à une forme urbaine à travers la mise en place de
rôles fonctionnels avec la ville ?
De telles problématiques deviennent intéressantes
à aborder en Ile de France où les rapports ville - campagne sont
en perpétuelle recomposition.
Rappels méthodologiques :
Ce travail se divise en trois grandes parties, la
première basée essentiellement sur une recherche bibliographique
a pour objectif de retracer les principaux moments forts qui ont conduit
à l'émergence de l'agriculture comme préoccupation
régionale en Ile de France, l'objectif étant de montrer
l'ascension de l'agriculture dans les problématiques
d'aménagement régional ; après la reconnaissance et la
fixation d'une destiné agricole à une vaste partie de l'espace
francilien, c'est le maintien de l'activité agricole qui devient une
nécessité pour l'aménagement du territoire en Ile de
France.
Dans la seconde partie, il s'agit d'analyser les adaptations
du fonctionnement de l'espace agricole lorsqu'il est maintenu au milieu urbain
notamment en terme d'interactions qu'il peut développer avec son
entourage urbain proche, l'objectif est de montrer le degré et les voies
d'intégration de ce type d'espace dans les milieux urbains. Pour cela
j'ai choisi un espace agricole homogène nommée « zone
maraîchère de Cergy » dont la localisation
géographique permet d'introduire dans l'analyse les conséquences
des actions et des décisions prises lors de l'élaboration des
orientations à l'aménagement régional (villes nouvelles,
ceinture verte régionale) ; Le chevauchement de plusieurs
échelles (communale, agglomération nouvelle, régionale...)
complique davantage la problématique d'intégration urbaine de cet
espace et permet de rendre compte de la complexité de la gestion de
certains espaces agricoles franciliens (ou autres) se trouvent dans des
contextes similaires.
Cette partie est basée essentiellement sur un travail
de terrain qui consiste en un diagnostic territorial complet de la zone
d'étude dans le but de repérer les différents usages et
servitudes en place qui, même lorsqu'elles paraissent secondaires pour
certaines d'entres elles, peuvent contribuer inéluctablement à
expliquer le fonctionnement actuel de la zone maraîchère.
Pour mener mon diagnostic, j 'ai effectué, plusieurs
visites et passages sur le terrain au cours desquels j 'ai recensé,
noté, photographié et schématisé toutes les
composantes spatiales présentes sur cette zone et dans ses alentours
immédiats. Au-delà de mes observations personnelles, les
récits et les explications qui m'ont été données
par les différents acteurs rencontrés ont appuyées mes
remarques sur le fonctionnement de chacune de ces composantes et de toute la
zone maraîchère.
La troisième partie de ce travail propose d'analyser
les effets de ce positionnement urbain de l'espace agricole sur la
capacité de l'agriculture qui s'y pratique à s'intégrer
dans le milieu urbain et à participer aux projets de la ville en
développant des relations fonctionnelles
avec celle - ci. Cette partie qui représente aussi
l'essentiel de mon travail, est menée en réalisant deux
enquêtes de terrain :
La première consacrée aux agriculteurs a pour
objectif de connaître les principales préoccupations de ces
derniers en insistant sur leurs propres attentes vis-à-vis de la
société en générale et francilienne en particulier.
Pour cela, j 'ai établi un questionnaire qui reprend les principales
difficultés de l'agriculture des milieux périurbains. Les
questions choisies reprennent ainsi largement les problématiques du
voisinage urbain (foncier, relations avec la ville,...), mais aussi de la
capacité des agriculteurs à valoriser leur proximité
à la ville (choix des cultures, modes de
commercialisation)2.
Une fois sur le terrain, et dès les premiers contacts
avec les agriculteurs, je me suis rendu compte que leurs interventions restent
principalement focalisées sur certaines problématiques
(rémunération du travail agricole, revenus, commercialisation des
produits...) sur lesquelles les agriculteurs répondent avec beaucoup de
précision en prenant le temps nécessaire. Sur les questions
relatives au fonctionnement de leurs exploitations (rotation, gestion du
personnel,...) les réponses sont souvent rapides et peu précises.
Au bout de quelques entretiens, j 'ai donc choisi de laisser s'exprimer les
agriculteurs sur les sujets qu'ils jugent plus urgents à traiter. Des
simples questions - réponses, mon enquête s'est transformée
en de véritables entretiens plus approfondis et plus longs durant
lesquels la parole est principalement laissée aux agriculteurs qui
s'expriment et orientent leurs interventions selon les thèmes qui les
préoccupent le plus : ce sont ces thèmes que j 'ai
considérés par la suite comme leurs principales attentes
vis-à-vis de la société.
Le dépouillement des résultats de ces entretiens
directs avec les agriculteurs, m'a orienté dans l'élaboration du
questionnaire destiné pour la seconde enquête que j 'ai
réalisée auprès des citadins3. Ni la
sécurisation du foncier, ni les pressions urbaines ne semblent
préoccuper pour autant les agriculteurs de la zone
maraîchère, en revanche, ils témoignent tous d'une grande
inquiétude quant aux débouchés de leurs productions au
point où leurs attentes vis-à-vis de la société
tournent exclusivement autour de ce thème toutefois exprimées
sous diverses formes.
La seconde enquête a pour objectif de rechercher les
réponses des citadins aux principales demandes que leur adressent les
agriculteurs. Elle m'a permis de proposer mon questionnaire à un
échantillon de 90 personnes dont 79 ont répondu et 11 n'ont pas
souhaité s 'exprimer.
2 - Voir questionnaire destiné aux agriculteurs en
annexe.
3 - Voir questionnaire destiné aux citadins en annexe.
Les individus interrogés sont rencontrés sur les
six quartiers qui composent la commune de Cergy dans lesquels ils sont soit
résidents soit travailleurs. Ceux qui ont répondu sont
âgés entre 17 et 80 ans avec une plus forte représentation
de la catégorie d'âge 20-60 ans (plus de 90% des individus), cette
catégorie est aussi la plus concernée par l'achat des produits
alimentaires en général et des légumes en particulier.
Graphe 01 : Les catégories d'âge des personnes
interrogées.

45%
40%
35%
30%
25%
20%
15%
10%
5%
0%
10_20 20_ 30 30_ 40 40_ 50 50_ 60 60_ 70 70_ 80 Classe
d'âge (années)
3%
41%
19% 21%
Nombre total d'individus = 79 (100%)
10%
5%
1%
Source : Travail de terrain (Mai 2006)
Les entretiens sont directs, ils se sont effectués de
deux façons : soit en abordant les gens dans les rues et les lieux de
passages (trottoirs, places publiques,...), soit, directement sur leurs lieux
de travail afin de pallier le problème d'indisponibilité
exprimé par une partie des personnes rencontrées. Cette
deuxième façon d'enquêter, qui a le plus contribué
à l'avancement de mon investigation, présente cependant le risque
de causer des désagréments pour les personnes interrogées
sur leur lieu de travail (Poste, commerces, pharmacies, administrations,
université, écoles...). Afin de minimiser les non -
réponses, j'ai proposé après explication de l'objectif de
mon travail de laisser mon questionnaire aux gens, pour qu'ils puissent avoir
le temps de réflexion nécessaire et répondre
tranquillement dans un délai raisonnable : cette méthode permet
d'éviter des réponses courtes et moins réfléchies
puisque les délais de réponses sont choisis par les
enquêtés ; en revanche, et au-delà de sept jours sans
réponse, je considère que la personne n'a pas souhaité
s'exprimer.
Une fois les questionnaires récupérés, la
saisie puis l'analyse des données a permis de dresser un portrait du
monde agricole tel qu'il est perçus par les citadins ainsi que les
comportements de ces derniers vis-à-vis de l'agriculture (espace,
activité et productions) : Certaines réponses peuvent être
apportées aux différentes attentes des agriculteurs.
Enfin une dernière partie sous forme de propositions en
vue d'un rapprochement entre agriculteurs et citadins, résume les
principales conditions permettant à l'agriculture de tenir compte des
évolutions de la société qui l'entoure. A travers les
attentes des agriculteurs et les réponses des citadins, une série
de mesures est proposée dans l'objectif de rapprocher les agriculteurs
des citadins autour des préoccupations soulevées des deux camps.
Dans cette partie qui s'adresse aux agriculteurs, l'importance est
donnée à la fonction nourricière de l'agriculture car
c'est la principale fonction dans laquelle se reconnaissent encore les
agriculteurs : c'est dans leur mission de nourriciers que ces derniers peuvent
facilement accepter de fournir des efforts supplémentaires.
Première partie :
L'agriculture en Ile de France : de la prise en compte
spatiale à la considération fonctionnelle.
1. La prise en compte de l'espace agricole dans
l'aménagement régional en Ile de France :
La considération de l'espace agricole par les documents
d'aménagement régional de l'Ile de France s'est faite d'une
façon graduelle et tardive. Elle n'est devenue effective qu'après
83 ans des premières réflexions sur l'aménagement du
territoire dans cet espace devenu la région Ile de France.
Jusqu'au milieu des années 1970, les schémas
d'aménagement mis en place s'intéressaient beaucoup plus à
l'organisation de l'expansion urbaine de la région parisienne,
extrêmement forte notamment entre les deux guerres et après la
seconde guerre mondiale, l'espace agricole été alors
considéré comme une « réserve foncière »
en attente d'urbanisation, de préférence la moins coûteuse
pour l'Etat et les collectivités.
C'est ainsi que le PADOG de 1960 qui sépare les «
zones urbaines » des « zones rurales » par un
périmètre d'agglomération rigoureusement tracé en
préconisant une reconstruction de la ville sur la ville, autorise par
dérogation les constructions au-delà de ces limites et même
sur des terrains non affectés à l'urbanisation à
l'intérieur de ce périmètre4. Ces autorisations
de construire sont délivrées par la CARP5 à
condition que l'équipement des terrains soit pris en charge par le
demandeur et non par les finances publiques. Les motivations des instigateurs
de ce schéma sont plus la limitation des coûts de
l'étalement urbain que la préservation de l'espace rural et
agricole. Par ses préoccupations urbanistiques, le PADOG s'aligne
largement sur ses prédécesseurs schémas d'urbanisation de
la région parisienne. Dans le plan d'extension de Paris
édité en 1911, qui se donne comme cadre d'extension le
département de la Seine, les réflexions sont orientées
vers l'amélioration de la circulation et la reconversion d'îlots
insalubres en espaces libres. Son successeur de 1939 (appelé Plan Prost
Dausset) qui s'applique à la région comprise dans un rayon de 35
Km autour de Notre Dame, donne la
4 - Paul Delouvrier estime que « deux tiers des demandes
de dérogations pour construire ont été faites dans les
zones rurales en dehors du périmètre délimité par
le PADOG »
5 - Comité supérieur d'Aménagement et
d'organisation générale de la Région Parisienne : elle est
instituée par le gouvernement Poincaré auprès du ministre
de l'intérieur par décret du 24 mars 1928 et succède
à la commission d'aménagement et d'extension du
département de la Seine instituée en 1925; selon J Bastié,
ce fut le point de départ de toute l'oeuvre d'aménagement de la
région parisienne.

Figure 01 : Le périmètre de la ceinture verte de la
région d'Ile de France.
Zone d'habitat collectif
Espaces boisés 0 10 Km
Limites de la ceinture verte Source : IAURIF, 1995.
Zone d'habitat individuel
N
priorité à la lutte contre l'extension des
lotissements par l'interdiction de construire au delà d'un
périmètre d'agglomération (sauf par dérogation de
la CARP) et au renforcement du réseau routier par la création de
3300 Km de voies nouvelles ; il préconise, en outre, des réserves
« d'espaces libres publics et privés » et une limitation des
hauteurs des immeubles selon les communes (Bastié, 1964 et 1984). Si le
PADOG a le mérite d'être le premier schéma
d'aménagement de la région parisienne à la
considérer en sa globalité avec comme objectif la limitation de
son extension en « tâche d'huile », le SDAURP qui lui a
succédé en 1965, présente des idées
révolutionnaires pour la région en ayant comme objectif la
limitation de son extension en « doigts de gants » notamment par
l'instauration du principe d'extension en ville nouvelles construites sur des
« terrains neufs » séparées de l'agglomération.
La limitation de l'urbanisation des vallées que promulgue ce
schéma a suscité sa révision au cours des années
1970 et son remplacement par le Schéma Directeur d'Aménagement et
d'Urbanisme de la Région d'Ile de France (SDAURIF) de
19766.
Il s'agit enfin du schéma qui apporte un premier
souffle aux espaces naturels par l'instauration de la notion de « trame
verte » et de « zones naturelles d'équilibre ». Ce
schéma a également supprimé trois villes nouvelles sur
huit initialement prévues, à savoir celle du Vexin, de Mantes sud
et de Meaux sud.
Depuis, l'intérêt grandissant qu'a pris l'espace
agricole dans l'aménagement régional s'est traduit par la mise en
place de projets spécifiques visant le maintien de ce type d'espaces
notamment dans les périmètres contenus entre les villes nouvelles
et entre celles - ci et l'agglomération parisienne. C'est dans cette
logique qu'un projet d'envergure régionale est conçu au
début des années 1980, puis mis en place en 1987 sous
l'appellation de ceinture verte régionale.
Située à une distance comprise entre 10 et 30 Km
du centre de la capitale, le projet de départ (de 1982) recouvre le
territoire de 359 communes avec 264700 ha de superficie (près du quart
de la surface régionale) et un tiers de la population régionale
à 1404 habitants/Km². Entre 1987 et 1990, la zone
d'étude de la ceinture verte a été agrandie vers
l'extérieur pour englober la totalité des villes nouvelles, et
pour inclure, au Nord, la pleine de France comprise dans le cercle des 30 Km ;
elle s'étend désormais sur un espace total d'environ 300000 ha et
comprend 410 communes avec un peu plus de 5 millions d'habitants (soit 1
667habitants/Km²). Si elle concerne tous les
départements de la région (sauf Paris), elle se
6 - Schéma Directeur d'Aménagement et d'Urbanisme
de la Région d'Ile de France (le district est remplacé par le
conseil régional d'Ile de France le jour même d'approbation de ce
schéma).
situe essentiellement, pour 85% de sa surface, dans les quatre
départements de la grande couronne (IAURIF, 1995).
Ce projet qui reprend les dispositifs du SDRIF de 1976,
présente l'ambition d'ouvrir de nouveaux espaces de loisirs, en
particulier, pour les fins de semaine, de maintenir l'agriculture dans les
zones périurbaines et de maîtriser le front urbain en
évitant l'extension en tâche d'huile de l'agglomération
(AEV, 1987). Jusqu'en 1990, 37456 ha d'espace verts ont été
ouverts au public dans le périmètre d'intervention de la ceinture
verte.
Tableau 01 : Les espaces ouverts au public par le projet de la
ceinture verte (jusqu'en 1990).
|
Type d'espaces
|
Surface en hectares
|
|
Petite couronne
|
Grande couronne
|
Total ceinture verte
|
|
Verts de proximité
|
881
|
2470
|
3351
|
|
Parcs
|
779
|
2545
|
3324
|
|
Forestiers
|
3584
|
26771
|
30319
|
|
Spécifiques
|
61
|
260
|
321
|
|
Terrains non aménagés
|
37
|
104
|
141
|
|
Espaces verts total
|
5306
|
32150
|
37456
|
|
Population en 1990
|
1765750
|
3283680
|
5049430
|
|
Espaces verts (m²/habitant)
|
30
|
98
|
74
|
Source : IAURIF, 1995.
Dans son rapport publié en 1987, l'agence des espaces
verts de la région d'Ile de France voit en la mise en place de la
ceinture verte une priorité régionale dont l'urgence se justifie
par la nécessité de ralentir la consommation des espaces
agricoles qui s'effectue à une vitesse impressionnante : 84900 ha ont
été soustraits à l'agriculture, aux bois et aux
forêts entre 1970 et 1986 (soit une moyenne de 5660 ha par
année).
Tableau 02 : Les espaces agricoles et forestières en Ile
de France avant la ceinture verte.
|
Années
|
Surfaces en milliers d'hectares
|
|
SAU
|
peuplerais
|
Bois et forêts
|
Territoires agricoles non cultivés
|
étangs
|
Territoire non agricole (sauf paris)
|
|
1970
|
658,0
|
13,0
|
261,2
|
48,7
|
2,0
|
213,0
|
|
1975
|
628,2
|
14,2
|
261,5
|
36,8
|
1,9
|
253,4
|
|
1980
|
619,0
|
14,3
|
260,1
|
17,0
|
1,9
|
284,2
|
|
1985
|
610,2
|
14,2
|
258,1
|
15,7
|
1,0
|
286,4
|
|
1986
|
609,3
|
14,2
|
258,0
|
15,8
|
1,0
|
287,0
|
Source : DRAF/ AEV, 1987.
Afin d'atteindre ses objectifs, la ceinture verte propose de
mener des stratégies adaptées à l'état de l'espace
agricole concerné : elle prévoit de réintroduire
l'agriculture avec une double fonction d'accueil du public sur les espaces
agricoles « dégradés » et propose de favoriser la
fonction de production de l'agriculture sur les espaces agricoles « non
dégradés ». Afin de maintenir l'agriculture, le projet
propose de la mettre à l'abri des agressions urbaines (comme toute autre
activité économique), notamment par des protections physiques
(clôtures) ainsi que par le maintien d'espaces tampons entre ces espaces
et la ville (AEV, 1987).
Bien que la croissance spatiale de l'agglomération
parisienne s'est considérablement ralentie entre 1982 et 1990 (2100 ha
par an contre 4400 ha pour la période 1975 - 1982), la consommation de
l'espace agricole est restée de mise, elle s'effectue aussi par
l'installation d'infrastructures, d'équipements et de zones
d'activité économique ainsi que par l'ouverture d'espaces au
public puisque plus de 2100 ha des espaces boisés ou cultivés ont
été consacrés à la création d'espaces verts
publics, de jardins familiaux, de terrains de sports et de loisirs de plein air
(IAURIF, 1995). En revanche, c'est l'essor de l'habitat individuel qui semble
le facteur le plus dévastateur des espaces agricoles, la consommation
d'espace se trouve ainsi directement liée à l'importance relative
de ce type d'habitat dans les constructions puisqu'il mobilise 80% de l'espace
d'habitat alors qu'il n'offre que 28% de logements : le rapport des
densités est supérieur à 10, c'est-à-dire qu'un
logement individuel consomme dix fois plus d'espace qu'un appartement (Merlin,
2003).
Pour l'IAURIF, la disparition d'une majeure partie des 70000
ha d'espaces agricoles du projet de la ceinture verte est à
prévoir d'ici 2015, dans le cas où la croissance urbaine de la
région conserve la même répartition géographique,
c'est-à-dire essentiellement dans le périmètre de la
ceinture verte ; toutes les entités agricoles seront amputées
avec la disparition complète de certaines d'entres elles, car
au-delà de la stricte superficie d'urbanisation, celle-ci entraîne
une destruction plus large (IAURIF, 2002). La proximité des
constructions et la multiplication des voies de communication rendent les
conditions d'exploitation difficiles ; les exploitants ayant un parcellaire
éclaté sur plusieurs endroits, souffrent de l'allongement des
temps de parcours pour les engins agricoles volumineux et lents qui doivent
emprunter les axes de la circulation générale dans une
région où le trafic est très dense jusqu'à des
heures avancées de la nuit. D'ailleurs et devant l'ampleur de ce
problème, un grand nombre d'agriculteurs de l'Ile de France souhaite la
séparation des circulations (Poulot et Rouyres, 2005).
Graphe 02 : La répartition de l'urbanisation francilienne
(1982 /1999).

Hors ceinture verte (27%)
En ceinture verte (73%)
Source des données : IAURIF (2002)
Cette expansion urbaine sur le territoire de la ceinture
verte, est intervenu au moment où s'effectue le ralentissement
progressif de l'urbanisation des villes nouvelles ; ces dernières n'ont
pu absorber que 30% de l'urbanisation de la ceinture verte, les deux tiers
restants étant principalement effectués sur les autres espaces
constitutifs de cette ceinture qui sont majoritairement tenus par
l'agriculture. Ainsi, la part des villes nouvelles dans l'urbanisation de la
ceinture verte est passée de 36% entre 1982 et 1994 à 21% entre
1994 et 1999 (soit une diminution de 15%), tandis que la part de la ceinture
verte dans l'urbanisation totale de l'Ile de France est passée de 70%
à 80% (soit une augmentation de 10%) pour la même période
(IAURIF 2002).
Dans les schémas directeurs, c'est au milieu des
années 1990 que l'espace agricole est explicitement pris en compte d'une
façon définitive par le SDRIF de 1994.
Ce schéma qui oriente les aménagements de la
région à l'horizon 2015, exprime enfin l'engagement solennel de
la région d'Ile de France à reconnaître l'espace agricole
comme une composante essentielle et à part entière du territoire
régional : les espaces agricoles, qui lorsqu'ils sont pris en compte,
sont laissés en blanc « réserves foncières » par
ses prédécesseurs, apparaissent finalement en légende du
document accompagnant ce schéma avec le qualificatif « agricoles
».
Le SDRIF qui attribut à l'espace rural la valeur d'une
« ressource rare » promulgue « la reconstruction de la ville sur
la ville » afin d'économiser l'espace rural dans la couronne rurale
et d'épargner la ceinture verte (Poulot et Rouyres, 2005) ; il
préconise de modérer
davantage sa consommation en limitant à 1750 ha la
surface à prélever annuellement hors infrastructures (soit une
économie de 30% par rapport à la période
précédente). Sur ce point, la mise en place d'un outil
spécifique de suivi de la consommation des espaces agricoles est
proposée. C'est à ce titre que les outils des services de l'Etat
(direction régionale de l'équipement, direction régionale
et interdépartementale de l'agriculture et de la forêt) et de
l'IAURIF sont mis en commun au sein d'un groupe baptisé
OCEAN7. Le SDRIF est le premier schéma directeur
régional à affirmer la vocation économique et patrimoniale
de l'agriculture. Il donne la priorité à l'activité
agricole dans l'espace rural, y compris par rapport à certaines
exigences environnementales (IAURIF, 2003). Il préconise aux
collectivités de garantir des espaces agricoles cohérents,
suffisamment étendus pour assurer des conditions satisfaisantes
d'exploitations (Poulot et Rouyres, 2005) ; les surfaces retenues sont de
l'ordre de 50 ha en agriculture de serre ou horticulture, 300 ha en agriculture
spécialisée ou maraîchage, 2000 ha en agriculture de plaine
ou grandes cultures. En conséquence, il prononce le caractère
intangible des espaces jaunes « à l'intérieur de leurs
limites historiques et naturelles ». La priorité est donnée
à la préservation de la couronne rurale avec un
développement modéré des bourgs et villages, et la
création de parcs naturels régionaux.
2. Vers l'intégration fonctionnelle de
l'activité agricole en Ile de France :
Après la prise en compte de l'espace agricole dans les
schémas d'aménagement de la région d'Ile de France
définitivement entérinée par le SDRIF de 1994, vient la
reconnaissance de l'activité agricole et de ses rôles potentiels
pour la région. L'émergence de cette prise de conscience de la
place que pourrait prendre l'agriculture dans le milieu urbain a
accompagné la reconnaissance de la multifonctionnalité de
l'activité agricole.
Cette prise de conscience qui s'est traduite par une
volonté de préserver non seulement l'espace agricole mais aussi
l'activité agricole elle-même dans les milieux urbains n'est pas
propre à l'Ile de France. On la retrouve aussi dans d'autres
régions françaises, européennes et mondiales. Des
réseaux d'agriculture urbaine ont ainsi vu le jour associant diverses
régions qui partagent comme point commun la présence de
l'agriculture à proximité ou à l'intérieur de leurs
espaces urbains : RUAF8 au niveau mondial, PURPLE9 au
niveau européen et réseau
7 - Observation de la Consommation d'Espaces Agricoles et
Naturel, constitué depuis 1997 sous le pilotage de la préfecture
de la région.
8 - Ressource Center on Urban Agriculture and Food.
9 - Peri Urban Regions Platform Europe.
Terre en ville en France, sont autant de réseaux qui
relient différentes régions prônant le maintien et le
développement de l'agriculture urbaine et périurbaine sur leurs
territoires.
L'avenir de l'agriculture périurbaine préoccupe
le conseil régional d'Ile de France depuis 2000. La région s'est
alors engagée dans le projet Sustainable Open Space (SOS) et dans le
cadre du programme communautaire international « Interreg IIIB »,
permettant une réflexion commune des régions de l'Europe du Nord
Ouest sur les espaces ouverts périurbains. Les efforts de la
région en faveur de la mise en commun des différentes
expériences conduites dans d'autres régions ayant la même
préoccupation pour leurs agricultures, s'ont couronnés par sa
participation à la création du réseau PURPLE, puis en
organisant l'assemblée constituante de ce réseau à Paris
(avril 2005) : la région d'Ile de France devient alors un acteur
explicitement actif dans la voie de maintien de son agriculture urbaine
à côté de sept autres régions
européennes10.
Le réseau PURPLE est né à la suite d'une
conférence tenue en octobre 2004 à La Haye (Pays-Bas) sur le
thème de « la ville et la campagne, vers un nouvel équilibre
» et qui a réuni plusieurs gouvernements régionaux
néerlandais ainsi que le comité des régions
européennes. Les débats ont été suivis par quelques
300 participants provenant de plus de 20 pays. Ils ont notamment abordé
les thèmes de la position de l'agriculture dans le développement
durable des territoires et de la production alimentaire.
Afin de mettre en application ses engagements, la
région d'Ile de France soutient avec l'Etat les programmes agri-urbains
qui associent agriculteurs, Etat et collectivités locales. Il s'agit de
démarches volontaires de développement initiées par les
différents acteurs concernés (agriculteurs, élus,
collectivités, conseil régional, Etat, société
d'agriculture et des arts) dans le but de répondre aux attentes des
collectivités et des populations locales vis-à-vis des espaces
agricoles en terme de maintien de la qualité du cadre de vie, du paysage
et de l'accueil, mais aussi de préserver les espaces et les
activités agricoles et mettre en place les conditions foncières
et économiques de leur développement afin de permettre à
ces espaces de jouer leur rôle d'équilibre et de gestion des
territoires (IAURIF, 2005). A travers ces actions, l'agriculture s'implique
entièrement dans la gestion des espaces urbains et périurbains :
elle devient fonctionnellement intégrée dans la ville.
10 - Le réseau PURPLE comporte huit régions
européennes : l'Ile de France, la Catalogne (Espagne), les Flandres
(Belgique), le Sud Est Anglais (Grande Bretagne), la Basse Silésie
(Pologne), la Moravie (Tchéquie), le Limbourg (Pays- Bas), Randstadt
(Pays- Bas).
Tableau 03 : Les dix projets agri - urbains de l'Ile de
France.
|
Projet
|
Initiation
|
Porteur du projet
|
Programme d'action
|
|
Centre Essonne
|
Elus et agriculteurs
|
Association pour le plateau agricole de Centre Essonne
|
Non
|
|
Cergy
|
Agriculteurs, SAA, Conseil régional
|
Association d'agriculteurs et des citadins de la plaine de
Cergy
|
Non
|
|
Marne -et - Gondoire
|
Collectivité
|
Communauté d'agglomération de Marne -et
-Gondoire
|
Elaboré (2001)
|
|
Plateau Briard
|
Collectivité
|
Communauté de communes du plateau Briard
|
Elaboré (2005)
|
|
Rambouillet
|
Etat (PDD)
|
Commune de Rambouillet
|
Non
|
|
Plateau de Saclay
|
Agriculteurs, SAA, Conseil régional
|
Association la terre et la cité
|
Non
|
|
Sénart
|
Agriculteurs, SAA, Conseil régional
|
Association les champs de la ville
|
Non
|
|
Triangle Vert
|
Collectivité
|
Association du triangle vert des
villes maraîchères du Hurepoix
|
Elaboré (2004)
|
|
Vernouillet
|
Collectivité
|
Association pour le développement de l'agriculture
périurbaine à Vernouillet et ses environs
|
Elaboré en (2005)
|
|
Plaine de Versailles
|
Agriculteurs, SAA, Conseil régional
|
Association patrimoniale de la plaine de Versailles et du plateau
des Alluets
|
En cours (en 2005)
|
Source : IAURIF, 2005.
Au-delà des engagements, le conseil régional
soutient trois filières prioritaires qui sont l'élevage (relance
des races locales d'agneaux et de volailles, charte de pension à la
ferme pour les activités équestres...), les productions
végétales (information et suivi des producteurs,
développement des filières grandes cultures-élevage,
qualité et commercialisation...), l'horticulture (mise à
disposition de la station d'expérimentation de l'APREHIF11
pour réaliser des travaux de recherche financés par l'Etat et la
région).
Son aussi encouragées les initiatives individuelles et
collectives de reprise d'exploitation (recensement des exploitations sans
successeurs, aide à l'installation en agriculture périurbaine de
3000 à 12000 €), la certification assurance qualité pour les
entreprises agroalimentaires (prise en charge jusqu'à 50% du coût
TTC de la démarche), la modernisation des entreprises (à travers
le PRIMHEUR12 pour améliorer la compétitivité
des exploitations maraîchères, arboricoles et les
pépinières (Conseil régional d'Ile de France,2006).
11 - Association Professionnelle Régionale pour
l'Expérimentation Horticulture ornementale et en pépinière
en Ile de France.
12 - Programme Régional pour l'Initiative en
Maraîchage et horticulture dans les Espaces Urbains et Ruraux.
Deuxième partie :
La zone maraîchère de Cergy : un espace
agricole urbain.
Au fil de l'histoire, les orientations de l'aménagement
du territoire régional en Ile de France ont produit le maintien d'un
certain nombre d'espaces agricoles disposés en îlots à
l'intérieure de l'agglomération qui demeurent gérés
par l'agriculture bien qu'ils soient entièrement enclavés par
l'urbanisation. Si l'absence de données chiffrables sur le nombre de
sites et les surfaces agricoles concernées, on peut néanmoins
estimer qu'ils se localisent pour leur majorité dans le
périmètre de la ceinture verte. Tandis que certains de ces
espaces sont aujourd'hui sérieusement menacés par l'urbanisation,
d'autres jouissent au contraire du privilège d'être maintenus
agricoles au moins jusqu'en 2015 dans le SDRIF de 1994, puis par des
schémas d'aménagements locaux (schémas directeurs, PLU),
dès lors, il devient intéressant d'analyser le fonctionnement de
ce types d'espaces réservés pour l'agriculture dans les milieux
urbains, ainsi que l'organisation de cette activité en rapport avec sa
localisation urbaine.
La zone maraîchère de Cergy illustre un exemple
parmi d'autres de ce type d'espaces agricoles urbains, c'est un terrain
d'environ 80 ha de superficie localisé sur le périmètre de
la commune de Cergy au centre de l'agglomération de Cergy Pontoise (Nord
Ouest de l'agglomération parisienne). Le site qui occupe l'une des
boucles de l'Oise, apparaît sous forme d'une « banane » avec un
côté convexe (Sud) limité par ce cours d'eau et un
côté concave (Nord) limité, pour sa majeure partie, par le
bois de Cergy.
Par sa localisation géographique particulière,
cette zone conjugue plusieurs aspects propres à l'aménagement
régional de l'Ile de France ; l'extension de l'agglomération
parisienne en « doigts de gants » suivant les fonds de vallées
et son impact sur les orientations décidées aux différents
schémas directeurs qui se sont succéder en vue de la contenir,
l'émergence de la préoccupation environnementale ainsi que
l'apparition des nouvelles attentes de la société
vis-à-vis de l'agriculture, sont autant d'événements qui
ont marqué la zone maraîchère de Cergy.
Le positionnement de cette zone au centre géographique
de l'agglomération de Cergy Pontoise échappe à la
localisation habituelle d'un quelconque territoire périurbain se situant
plutôt aux alentours des espaces urbanisés d'une façon
extérieure à un centre d'agglomération le plus souvent
bâti. Il s'agit là de la particularité de cet espace
périurbain que l'on pourrait qualifier d'urbain par sa situation et qui,
comme beaucoup d'espaces ouverts de la ceinture verte, continu d'être
géré par une agriculture maraîchère témoin
des vestiges d'une ceinture

Echelle : 1/100000 Source : I HESSAS. 2006.
Menucourt Vauréal
Figure 02 : La zone maraîchère de Cergy : un espace
agricole urbain.
Cergy
Courdimanche Saint-Ouen-
L 'Aumône
Boisement Eragny-
Jouy- Neuville - Sur- Oise
Le Moutier Sur - Oise
Puiseux - Pontoise
Osny
Pontoise
78 93
92 94
91
Agglomération de Cergy Pontoise
95
77
maraîchère qui jusqu'au milieu du
20ème siècle alimentait encore le marché
parisien en divers produits agricoles (Phlipponneau, 1956). En comparaison avec
cette agriculture en ceinture maraîchère qui - à son
époque - était urbaine puisqu'en échange de
l'approvisionnement de Paris, elle recyclait les déchets urbains de
cette ville (Donadieu et Fleury, 1997), la localisation urbaine de
l'agriculture de la zone maraîchère au sein de
l'agglomération de Cergy Pontoise ne lui suffit pas pour devenir
pleinement une activité urbaine c'est-à-dire jouir de relations
fonctionnelles avec la ville qui l'entoure ; aujourd'hui encore d'autres
facteurs freinent l'intégration de cette activité dans les
projets urbains de la ville.
La ville nouvelle de Cergy Pontoise dont la création
sur des champs agricoles a été marquée par des expulsions
d'agriculteurs ayant abouti à leur exclusion du projet urbain de
départ, est aujourd'hui amenée à redéfinir la place
de l'agriculture sur son territoire pour accéder à un
développement cohérent qui associe développement
socioéconomique et cadre de vie : l'agriculture pourrait ainsi retrouver
sa place en ville à travers sa capacité à jouer d'autres
rôles plus bénéfiques pour l'agglomération que celui
de son approvisionnement en denrées alimentaires désormais
assuré par la grande distribution.
Par ailleurs, rattrapée par son histoire, cette zone
illustre la difficulté, voire l'impossibilité, du dialogue ville
- agriculture si les agriculteurs eux-mêmes n'ont pas été
préalablement associés au projet urbain qui, même lorsqu'il
parvient à concrétiser ses objectifs souhaités en terme de
population, d'emplois et d'infrastructures, n'obtient que peu ou pas
l'adhésion des agriculteurs : quarante ans après, la ville
nouvelle demeure ce projet qui leur a été imposé et qui a
été mené sans leur consentement ; les agriculteurs
continuent de la considérer en inadéquation avec leurs
préoccupations, même s'ils ne la voient plus comme une menace pour
leur activité.
1. Une position particulière : au centre de la
ville nouvelle de Cergy Pontoise.
On ne peut comprendre le fonctionnement de la zone
maraîchère si l'on ne tient pas compte de son histoire et des
circonstances qui l'ont conduit à son positionnement actuel au centre de
l'agglomération de Cergy Pontoise. Comme tous les espaces agricoles de
l'agglomération cergypontaine, la zone maraîchère est
antérieure à la ville nouvelle. C'est cette création
urbaine « de toutes pièces » qui lui a procuré
son positionnement particulier « au centre de l'espace urbain de
l'agglomération ».
Photo 01 : Le site de la ville nouvelle avant l'urbanisation (non
datée).

Limite de la zone maraîchère
Source : vue aérienne réalisée par Alain
Perceval N° 3450/ IAURIF N° 4374
Figure 03 : Le centre de la ville nouvelle de Cergy Pontoise en
1999.

Boisement Jouy-Le-Moutier
Courdimanche
Puiseux Pontoise
Vauréal
Cergy
Osny
Neuville- Sur- Oise
Pontoise
Source : IAURIF, 2005.
Entre la ville nouvelle et l'espace agricole de Cergy une
histoire douloureuse marquée par l'expropriation et l'expulsion des
agriculteurs qui occupaient le site ; de vives tensions ont ainsi longtemps
opposé agriculteurs et artisans de cette ville convaincus de la
pertinence de leur choix et déterminés à mettre en oeuvre
leurs plans au non de l'aménagement de la région parisienne.
C'est en 1965 que la volonté d'étendre
l'agglomération parisienne en villes nouvelles a été
adoptée et concrétisée par le SDAURP. Dès son
arrivée à la tête du district de Paris, Paul Delouvrier
avec l'aval du Général De Gaule a précipité la
révision du PADOG qui gérait jusqu'alors l'extension de
l'agglomération parisienne. Cette révision a été
justifiée par l'inadéquation de la restructuration de
l'agglomération parisienne autour des « points forts » de sa
banlieue (que propose ce schéma) avec la volonté de
répondre aux besoins criants en logements et en équipements
provoqués par la croissance parisienne : Delouvrier estimait que la
limitation foncière du PADOG est trop ardue pour dégager en temps
voulu l'espace constructible exigé par la croissance
démographique, et que le périmètre d'agglomération
imposé céderait sous la pression de celle - ci ; il a donc
opté pour une extension urbaine discontinue en « terrains neufs
», polarisée par des « villes nouvelles » voisines de
l'agglomération, mais séparées de celle - ci.
Pour choisir ces sites, deux contraintes ont orienté
l'équipe de Delouvrier : d'une part la surestimation de la croissance
démographique de la population régionale lors des projections
faites pour l'an 2000 ; et d'autre part, la présence d'axes tangentiels
favorables à l'urbanisation de part et d'autre de Paris et qui
reprenaient les infrastructures déjà mises en place. La
première contrainte, qui a abouti à l'exclusion des
vallées jugées trop étroites pour contenir le surplus de
la population13, a justifié l'orientation des constructions
et des infrastructures vers des endroits les plus loin des vallées
à chaque fois que cela est possible,
La décision de placer ces villes sur des terrains
vierges de toute urbanisation a suscité, pour l'AFTRP, d'importants
achats fonciers dans le but de constituer l'assiette propre à chacune
des villes. Ces achats n'ont pas toujours été faciles à
mener, ils ont été accompagnés par de nombreuses
difficultés dictées le plus souvent par l'état de la
propriété foncière, avec une importance relativement
variables selon le site concerné ; ainsi, contrairement au foncier de la
ville nouvelle d'Evry (appartenant à quatre propriétaires) ou
celui des grandes exploitations céréalières de Trappes, la
domination de la petite et moyenne exploitation
13 - Paul Delouvrier a confirmé qu'il serait peut
être tenté par les vallées si les chiffres qui lui ont
été fournis sur l'accroissement démographique de la
région parisienne été moins élevés.
maraîchère a rendu les acquisitions plus
difficiles à mener sur le site de Cergy Pontoise (Scherrer, 1989).
D'après le témoignage de Bernard Hirsch (alors
chargé des études de la ville nouvelle de Cergy Pontoise en
1965), le périmètre retenu englobe un total de 10000 ha dont
près de la moitié ont été acquis. Le terrain est
extrêmement morcelé et comporte plus de 3000 parcelles avec de
petites propriétés tenues par plusieurs centaines de
propriétaires. Environs 40 cultivateurs pratiquent des cultures de plein
champ sur des exploitations de 15 ha en moyenne avec des systèmes de
vente sur les marchés de la banlieue parisienne ; la proximité de
Paris est donc un élément important de l'équilibre
économique des exploitations : la reconversion des agriculteurs
évincés devra se faire à proximité.
En règle générale, les exploitants ne
possèdent pas les terres qu'ils cultivent, ils les louent soit à
des membres de la famille, soit à d'autres propriétaires. Ceux-ci
tirent de très faibles revenus du fermage (quelques quintaux de
blé à l'hectare) et les organisations agricoles s'entendent pour
éviter toute revalorisation.
L'expropriation qui est une aubaine pour les
propriétaires leur permettant de mobiliser leur capital pour l'investir
dans des conditions plus avantageuses, est une perturbation parfois
catastrophique pour les cultivateurs décidés de continuer leur
activité ; pour ces derniers, une reconversion sur d'autres terrains est
nécessaire. A cause de l'inclinaison des terrains vers le Nord, les 500
ha acquis et aménagés par la caisse des dépôts au
Perchay (15 Km en direction de Rouen) ont été refusés par
les agriculteurs (le sol gèle en hiver et les récoltes sont
tardives en été), ces derniers ont choisi de rester à
Cergy qui bénéficie de situation unique pour les cultures
maraîchères (le versant est exposé au Sud, le sol est
sableux et ne retient pas l'eau) : le bras de fer avec les responsables de la
construction de la ville nouvelle est déclanché.
A plusieurs reprises, les exploitants ont menacé de
sortir leurs fusils comme en 1967 lorsqu'ils ont décidé de
bloquer le chantier de la préfecture en réclamant 250 ha (la
moitié de Cergy). Après plusieurs négociations et
arbitrage de la justice, 160 ha ont été sauvegardés pour
le reclassement des agriculteurs. L'Etat s'est engagé à
débloquer les crédits nécessaires pour financer les
travaux d'irrigation, et les agriculteurs ont reçus une indemnité
d'éviction de 2,7 francs/m² avec une somme
supplémentaire de 400000 francs pour les exploitations de petite taille.
En définitive, les quarante familles d'agriculteurs ont partagé
plus d'un milliard d'anciens francs comme réparation du préjudice
subi dans leurs exploitations sans compter les indemnités beaucoup plus
substantielles versées pour le paiement des terrains (Hirsch,
1990)14
14 - Bernard Hirsch fut aussi le premier directeur de
l'Etablissement public d'aménagement de la ville nouvelle, son
témoignage est publié par la presse des ponts et chaussées
en 1990.
C'est donc avec la création de la ville nouvelle de
Cergy Pontoise que l'affectation définitive de la zone
maraîchère pour l'agriculture a été officiellement
décidée. Au départ, cet espace été
réservée pour faire une plaine de jeux aux futurs habitants de la
ville nouvelle, les aménageurs l'ont cédé par la suite
à l'agriculture car il leur a permis de reclasser 20 exploitants. La
zone maraîchère doit ainsi sa survie à la ville nouvelle de
Cergy Pontoise qui, en se construisant sur la pleine de Cergy, l'a
volontairement contourné. Edifiée en « fer à cheval
» autour d'anciennes sablières devenues « les étangs
», cette ville s'est ensuite retrouvée contenant un coeur vert sans
que cela soit parmi ses objectifs15.
Cette position centrale de la zone maraîchère est
particulièrement intéressante puisque elle échappe au
traditionnel schéma d'un étalement urbain des villes qui veut que
le centre ville soit urbanisé et que la ville s'étende ensuite
sur sa campagne avoisinante; alors que ce fut le cas à l'échelle
régionale où la ceinture maraîchère décrite
par Michel Phlipponneau dans les années 1950 s'efface progressivement
devant l'avancée urbaine de la ville de Paris sur sa banlieue d'une
façon centrifuge, on constate à l'échelle de la ville
nouvelle de Cergy Pontoise (qui est entièrement contenue dans
l'agglomération parisienne) un processus inverse de cet expansion
urbaine autours de la zone maraîchère de Cergy : l'espace
bâti s'est étalé en entourant la zone
maraîchère d'une façon centripète ; aujourd'hui
encore la partie centrale de l'agglomération cergypontaine demeure non
bâti.
Ce positionnement d'espace agricole en « coeur vert
» entouré d'espaces bâtis n'est cependant pas propre à
la zone maraîchère dans la ville nouvelle de Cergy Pontoise,
à une échelle d'observation plus importante, la Randstad
(Pays-Bas) présente une organisation spatiale similaire. Il s'agit
néanmoins d'un projet planifié à l'échelle de la
région qui reprend le concept de la ceinture verte francilienne avec une
forme inversée (IAURIF, 1995).
Afin de maintenir sa vocation agricole, la zone
maraîchère a suscité des aménagements particuliers.
Les terrains ont été relevés avec l'installation d'un
réseau de drainage sur 7 ha, une mise en place d'un réseau
d'irrigation ce qui a permis une restructuration parcellaire.
Pour les travaux hydrauliques, dont le coût s'est
élevé à 800000 F, les agriculteurs ont
bénéficié d'une subvention du ministère de
l'agriculture de plus de 50%.
Par ailleurs, les propriétaires fonciers se sont
associés afin de gérer les aménagements de la zone
agricole. Ils ont assuré plusieurs actions :
· Création des voieries dont l'entretien est
à la charge de la commune,
15 - Deux propositions ont été avancées
lors de la création de la ville nouvelle de Cergy Pontoise, la
première en forme plus linéaire étirée vers le nord
en pénétrant dans le Vexin, et la deuxième en forme moins
linéaire que les aménageurs de l'époque appelaient en fer
à cheval et qui est finalement retenue.
· Maîtrise d'oeuvre du réseau d'irrigation,
· Participation à la mise en place des
clôtures du côté du bois de Cergy.
Le financement leur provient de plusieurs sources :
Indemnités d'expropriation pour les terrains agricoles,
indemnités de la SNCF pour son emprise (ligne du RER), subventions du
ministère de l'agriculture (pour le réseau d'irrigation). Pour le
reste, les propriétaires ont souscrit des emprunts, dont les
remboursements rentrent dans les charges fixes de l'exploitation.
Entre 1975 et 1980, la SAFER a intervenu pour acquérir
et aménager un lotissement agricole de 7,5 ha partagé en 12 lots
de 5000 à 7000 m² sur lesquels 5 jeunes agriculteurs se
sont installés16. Occupé à l'origine par la
vigne, le secteur en question a accueilli par la suite plusieurs
carrières de sable. Quand elles se sont arrêtées, elles ont
laissé beaucoup de trous qui servaient souvent de décharges
provoquant des nuisances aux agriculteurs voisins. Ces derniers ont
demandé à la SAFER d'acquérir et d'aménager cet
espace pour l'agriculture.
Les travaux effectués qui ont permis de viabiliser ce
secteur dégradé par les exploitations de carrières, ont
consisté en un déboisement, un nivellement avec apport de terre
pour l'implantation des serres froides, un équipement en eau et
électricité et la pose de clôtures à cause de la
proximité du bois de Cergy (IAURIF, 1992)
2. Un espace sous fortes convoitises urbaines :
Urbaine par sa localisation, la zone maraîchère
semble aussi devenir urbaine de point de vue de son fonctionnement. En effet,
les divers usages et utilisations urbaines suscités par sa localisation
géographique particulière, ont permis à cet espace de
jouer pleinement le rôle d'un quelconque territoire urbain, puisqu'ils
témoignent de la mise en place de divers liens fonctionnels avec
l'agglomération de Cergy Pontoise.
Ces usages sont parfois en compétition, voire en
complète contradiction entre eux mais aussi vis-à-vis de sa
destiné de base qui demeure la production agricole. Ainsi, pour chaque
groupe d'utilisateurs, ce site semble évoquer une fonction
particulière qui répond à ses besoins; si on se permet,
malgré tout, de garder l'appellation de « zone
maraîchère » pour désigner ce territoire, il serait
judicieux de parler de « zone(s) maraîchère(s)»
dès lors que ce même espace est perçu suivant une multitude
de considérations.
16 - Le lotissement reste le seul endroit dans la zone agricole
où il est possible de construire, les bâtiments de France exigent
toutefois des réglementations quant à la qualité
architecturale des habitations et des hangars.
2.1. La zone maraîchère : un espace ouvert
:
Dans un contexte de mise en concurrence, d'emblée sans
merci, imposée par la mondialisation, la compétition entre les
villes se joue désormais aussi sur leur capacité à
procurer aux habitants et aux entreprises un meilleur cadre de vie, lequel
demeure pour une grande partie dépendant de la présence du «
non bâti » à proximité voire à
l'intérieur des tissus urbains : les espaces ouverts deviennent une
composante stratégique de l'attractivité de plusieurs villes
régionales, notamment par les fonctions qu'ils peuvent assurer en
constituant des espaces pour le développement de certaines
activités « récréo - touristiques » disait
Christopher R. Bryant à propos de la place des espaces ruraux
périurbains et de l'environnement dans le développement
régional (Christopher R. Bryant, 2005). Plus que jamais, ces espaces,
qui ne doivent plus être considérés comme des
réserves foncières mais en tant que parties non construites des
villes (Guy Poirier, 2001), font partie intégrante des espaces urbains,
les distinguant selon la place relative qu'ils occupent en leur sein.
A Cergy Pontoise, l'important rôle paysager que joue la
zone maraîchère dans la constitution d'une continuité entre
le bois de Cergy et la base de loisir des étangs, qui permet à
l'agglomération de garder un « coeur vert », semble peu
reconnu car il est moins mis en avant.
Ainsi sur la carte officielle de la ville, notamment celle
éditée par la communauté d'agglomération en Janvier
2006, les espaces agricoles, dont fait partie la zone maraîchère,
sont colorés en jaune clair sans aucune explication en légende
dans laquelle tous les autres espaces constitutifs de l'agglomération
sont repris d'une façon assez exhaustive. En revanche, les chemins
d'exploitations encadrants ces espaces agricoles, trouvent toute leur place sur
cette carte et dans sa légende avec le qualificatif de « chemins
ruraux ». Si l'on considère cette désignation, on comprend
que les espaces agricoles continuent, implicitement, d'être
considérés comme étant « ruraux » malgré
leur positionnement en milieu urbain.
La zone maraîchère n'apparaît donc
nullement en légende de ce plan officiellement adopté pour Cergy
Pontoise17, plus encore, elle se voit amputer de sa partie Ouest
physiquement séparée d'elle par le boulevard de l'Hautil ; cette
partie est représentée en vert clair(interprété en
légende comme « espaces verts, parcs, jardins, parcs urbains
») se distinguant ainsi nettement du reste de l'espace agricole de
l'agglomération (représenté en jaune clair sans aucun
renvoi en légende). L'attribution d'une destiné non agricole
à cette
17 - Il est d'ailleurs affiché au rez-de-chaussée
de l'immeuble abritant le SAN, et présenté gratuitement aux
visiteurs de celui-ci.
partie de la zone maraîchère classée
« partiellement urbanisable » par le SDRIF de 1994, témoigne
de la vision que les autorités de l'agglomération se font de
l'espace agricole : les instigateurs du SDRIF qui ont
délibérément classé certains espaces comme
partiellement urbanisables, ont laissé aux élus locaux une marge
de manoeuvre dans le choix des espaces à urbaniser leur permettant ainsi
d'affirmer leur volonté politique en terme de préservation de
l'agriculture (IAURIF, 2005).
Les espaces ouverts qu'inventorie ce plan de
l'agglomération cergypontaine se scindent en deux groupes : le premier
représenté en vert foncé (repris dans la légende
par le qualificatif « d'espaces boisés ») se distingue d'une
seconde entité composée d'une multitude d'espaces à
nomenclature assez variée mais regroupés en une seule
catégorie représentée en vert clair et reprise dans la
légende sous l'appellation « d'espaces verts, parcs, jardins et
parcs urbains ».
L'analyse de ce plan est d'une importance considérable
lorsqu'on s'intéresse à la recomposition des rapports ville -
agriculture en milieu urbain. Etant à la fois officiel, disponible, bien
diffusé et offert gratuitement, ce plan cumule plusieurs avantages lui
procurant l'accessibilité requise pour qu'il touche de près le
public plus que les autres documents d'aménagement (POS ou PLU,
schéma directeur...) qui demeurent généralement plus
réservés18. Les informations qu'il véhicule
bénéficient ainsi des conditions idéales pour se
répandre efficacement parmi les citadins qui le prennent comme
référence puisqu'il émane des autorités officielles
de l'agglomération : conséquences, ce public, déjà
fortement citadin par son mode de vie (notamment les jeunes), et pour qui ce
plan occulte la présence d'espaces agricoles sur l'agglomération
cergypontaine, ne peut guère constater l'existence d'une activité
agricole au sein de la ville ; ce plan ne contribue donc pas à
rétrécir le fossé séparant l'agriculture des
citadins, bien au contraire, il ne peut que concourir à son
élargissement.
En se référant à ce plan, tout laisse
croire que l'espace agricole est considéré comme «
réserve foncière » en attente d'urbanisation rappelant ainsi
la position qu'ont eu longtemps les documents d'aménagement de la
région parisienne à l'égard de ce type d'espace à
l'échelle régionale.
L'une des raisons principales qui ont fait de l'espace
agricole un espace secondaire, voire inintéressant, pour
l'agglomération peut provenir d'une surestimation de la présence
d'un meilleur cadre de vie défini par l'existence de nombreux espaces
verts et parcs urbains sur son territoire : l'agglomération de Cergy
Pontoise considère qu'elle a déjà donné
pour le
18 - Ces documents sont payants au moment où ce plan est
proposé gratuitement au niveau de toutes les mairies de
l'agglomération.
cadre de vie et les espaces ouverts et verts, puisqu'elle
estime que son image « d'agglomération verte » est
suffisamment manifestée même au-delà de son propre
périmètre, notamment à travers son engagement comme «
ville porte » du Parc Naturel Régional du Vexin créé
justement pour la contrecarrer et pour éviter son extension sur les
plateaux du Vexin français en 1995 (Da Lage, 1996). Elle aurait donc
tendance à ne plus juger utile de fournir des efforts
supplémentaires qui auraient pour but de sauvegarder et de mettre en
avant l'espace agricole qu'elle possède.
Par ailleurs, le besoin en espace ouvert et vert au sein
même de cette agglomération ne se fait pas ressentir au point
où la majeure partie de ses citoyens la considère comme ville
verte (88% des habitants) (CA Cergy Pontoise, 2005); on peut donc comprendre
que les espaces agricoles n'apportent pas de satisfaction particulière
aux habitants de l'agglomération ni à leurs élus
puisqu'ils se trouvent déjà satisfaits en espaces verts existants
qui couvrent plus de 2000 ha (soit 1/4 de sa surface totale) : il y'a là
une véritable concurrence qui oppose espaces verts et espaces agricoles
et qui se joue désormais sur l'attraction d'opinions favorables à
leur maintien, cette situation confirme le « principe paysagiste »
évoqué par Pierre Donadieu et André Fleury qui est
susceptible, dans certains cas, d'éliminer l'agriculture de l'espace
urbain quitte à en reproduire certaines formes pittoresques ou
symboliques dans les parcs ou les cités (Donadieu et Fleury, 1997). Face
à une multitude de choix possibles, il n'est donc pas évident que
l'agriculture soit l'alternative au bâti dans les milieux urbains et
périurbains : jardins, espaces verts, forêts...., sont autant de
concurrents potentiels pour l'agriculture dans ces espaces. A partir de
là, on peut conclure que le statut de l'espace agricole dans
l'agglomération cergypontaine est largement tributaire de la
capacité de l'agriculture à montrer elle-même son
utilité pour justifier son maintien en milieu urbain.
Au centre de l'agglomération, la commune de Cergy
considère davantage son espace agricole dans ses documents officiels ;
ainsi le manuel « Cergy pratique 2005 » édité par la
ville de Cergy dont l'objectif est de présenter la ville d'une
façon exhaustive et facilement compréhensible aux citoyens,
rappelle que sur ses 1460 ha de surface totale, la ville de Cergy comporte 535
ha d'espaces ouverts (soit près de 37% de son territoire) parmi lesquels
les surfaces agricoles sont comptabilisées pour les 160 ha qu'elles
couvrent (Ville de Cergy, 2005). Les réflexions exposées par ce
document qui sont accessibles à un large public puisqu'il est
gratuitement distribué dans les points d'informations (CIDJ, accueil,
hall de mairie...), illustrent bien l'image que se fait la ville de Cergy de
son espace agricole et implicitement la volonté de diffuser cette image
au sein de ces habitants afin qu'ils l'adoptent à leur tour.
Graphe 03 : La part de l'agriculture dans l'espace ouvert
à Cergy.

Espaces verts urbains 25%
Coteaux verts bordants l'Oise 9%
Base de loisirs 28%
l'espace ouvert total à Cergy = 535 ha
Surfaces boisées 9%
Surfaces agricoles 28%
Source des données : La ville de Cergy (2005)
A partir de l'analyse de ces documents, on arrive facilement
à comprendre la tournure que prend la recomposition des rapports ville -
agriculture à deux échelles territoriales et administratives
différentes qui sont l'agglomération cergypontaine et la commune
de Cergy. Au moment où l'espace agricole cergypontain demeure peu
montré par les instances de l'agglomération à ses
habitants, la ville de Cergy exprime une véritable intégration de
son espace agricole dans ses espaces ouverts tout en continuant de le qualifier
d'agricole : moins reconnue à l'échelle de l'agglomération
cergypontaine, la zone maraîchère trouve une considération
particulière au sein de la ville de Cergy où elle est
perçue avant tout comme un espace ouvert au même titre que le
reste des espaces verts et boisés que la commune comporte sur son
territoire. Cette considération illustre l'une des principales
possibilités d'intégration de l'agriculture dans les milieux
urbains, en l'occurrence sa capacité à gérer et à
entretenir des espaces ouverts à moindres coûts pour la
municipalité.
2.2. La zone maraîchère : un espace de sport
et de loisirs :
La zone maraîchère est traversée par un
réseau de routes et de chemins d'exploitation goudronnés, larges
de quatre mètres en moyenne qui forment en continuité avec les
chemins de randonnés aménagés dans le bois de Cergy, un
réseau de pistes plus important dans lequel
la tranquillité des lieux appelle à venir en
profiter pour y pratiquer du sport de plein air (jogging, marche,
vélo...), les « sportifs » attirés par le calme de
l'endroit ne se contentent pas d'utiliser les principaux chemins qui encadrent
les exploitations agricoles; ils n'hésitent pas à emprunter les
chemins secondaires qui traversent les parcelles cultivées.
Ces routes et chemins d'exploitation sont essentiels pour le
fonctionnement de la zone maraîchère car au delà du fait
qu'ils sont les seuls axes permettant la circulation des engins agricoles, ils
jouent également un rôle important lors des labours. En effet et
par souci d'utiliser entièrement les surfaces de leurs parcelles, les
agriculteurs labourent celles-ci jusqu'aux abords de ces chemins (sans laisser
de bandes de séparation non labourées), techniquement et afin d'y
parvenir, notamment lorsque le sens du labour est perpendiculaire aux chemins
d'exploitation, c'est sur ces derniers que les agriculteurs effectuent les
virages nécessaires pour labourer dans le sens inverse ; ces chemins
acquirent ainsi un rôle fonctionnel les intégrant parfaitement aux
exploitations durant la période du labour. La coïncidence des
labours de printemps avec de belles journées ensoleillées,
idéales pour les promenades et les sports de plein air, suscite de forts
usages de ces chemins ; ils se trouvent sollicités à la fois par
les agriculteurs et par les sportifs et les promeneurs créant ainsi des
conditions de conflits d'usage accrus au cours de cette période.
Bien que ces sportifs et promeneurs sont de plus en plus
nombreux à fréquenter la zone maraîchère (surtout
pendent les journées ensoleillées), leur présence ne
semble pas pour autant gêner les agriculteurs dans leur travail ; «
on a aucun problème avec eux, au contraire, lorsqu 'ils viennent
avec leurs enfants, ça nous fait plaisir car ils leur font
découvrir notre travail » estime un agriculteur. Loin de
causer une gêne à l'activité agricole, ces visiteurs
constituent donc un maillon important dans la communication et le
rétablissement des rapports entre agriculteurs et citadins en zone
maraîchère. Il faut évidement tenir compte du fait que par
leur dimension, leur localisation et les cultures qu'elles accueillent, les
parcelles agricoles de cette zone n'offrent pas de conditions propices à
la pratique de rodéo en plein champs (comme ce fut le cas pour certaines
exploitations céréalières situées en
périphéries urbaines dans des endroits moins surveillés) ;
à l'inverse de leurs homologues de la zone maraîchère,
quelques exploitants que j 'ai rencontrés dans le Vexin français,
souffrent de véritables problèmes et dégradations que leur
causent ces sports mécaniques.
2.3. La zone maraîchère : un espace de
liaisons :
Au centre de la ville nouvelle, la zone
maraîchère a hérité d'une localisation de carrefour.
Délimitée par l'Oise (au Sud), le bois de Cergy (au Nord) qui
donne sur un habitat collectif (quartier des Touleuses et des châteaux
brûloirs au Nord, quartier des Maradas au Nord - est), et un habitat
pavillonnaire (au Nord - ouest) assurant une transition vers la base de loisirs
des étangs (à l'Ouest). Le site est traversé par deux
voies de communications : la ligne A du Réseau Express Régional
(RER) qui traverse aussi l'Oise et qui reste aérienne vers la partie Est
de la zone maraîchère, une voie rapide à double sens
(boulevard de l'Hautil) qui traverse l'Oise par un pont surélevé
(d'une quinzaine de mètres environs) isolant ainsi la zone
maraîchère de sa partie Ouest. A ces deux principales voies,
s'ajoute une voie navigable que constitue l'Oise riche d'un important port
(port de Cergy) et de nombreux clubs nautiques agrippés sur ses bords.
Enfin, la totalité de la zone maraîchère est
encadrée par un réseau de voies et de chemins d'exploitation
fortement utilisé par de nombreux usagers (sportifs, promeneurs,
services municipaux...) mais aussi par les simples habitants des
périphéries de la zone maraîchère.
Loin d'être un espace isolé, le territoire de la
zone maraîchère joue un rôle non négligeable dans la
desserte de l'agglomération (notamment par le transport de marchandises
à travers l'Oise) sans oublier la desserte totale des habitations
installées sur les bords de l'Oise pour lesquelles la traversée
de la zone maraîchère est toutefois incontournable pour rejoindre
les autres quartiers de l'agglomération.
En plus de toutes ces liaisons qui permettent la circulation
d'individus et des marchandises, la zone maraîchère permet aussi
un autre type de desserte particulièrement lié à la
présence d'habitations sur son territoire : elle est traversée
par de nombreuses lignes électriques et téléphoniques qui
rattachent ces habitations aux réseaux urbains.
Les supports de ces lignes qui sont des poteaux en bois ou en
ciment, présentent des emprises au sol qui ne sont pas
négligeables notamment autours des poteaux électriques. Bien
qu'ils bordent majoritairement les pistes et les chemins d'exploitation,
certains sont installés par endroits au milieu même des parcelles
cultivées. Dans ces cas, ils sont susceptibles de constituer une
gêne permanente aux agriculteurs qui doivent les éviter lors des
labours en cédant un espace non exploité (près de 12
m²) autour de chaque poteau. Tandis que l'espace est justement
une denrée rare en zone maraîchère, ces pylônes font
perdre aux exploitants plusieurs mètres carrés de leurs champs
qu'ils ne peuvent plus cultiver, sans oublier la perte de temps que provoque le
détour de ces poteaux lors des différents travaux aux champs.
Photo 02 : L'emprise au sol des poteaux électriques sur
les parcelles cultivées.

Bois de Cergy Voie du RER A
Source : Travail de terrain (Mai 2006)
2.4. La zone maraîchère : un espace
habité :
En dehors des maisons construites sur le lotissement
aménagé par la SAFER (appartenant à des agriculteurs), la
zone maraîchère abrite aussi un certain nombre de constructions
pavillonnaires qui jouxtent les exploitations agricoles en longeant la
première boucle de l'Oise. Ces habitations qui sont, pour certaines
d'entres elles, à quatre mètres des parcelles cultivées,
sont séparées de celles - ci par les routes d'exploitation. Elles
sont plus concentrées vers la partie Ouest de la zone
maraîchère où elles forment un demi cercle Nord Sud
délimitant celle - ci.
Par leur connexions aux différents réseaux
urbains (réseau d'égouts, d'eau, d'électricité et
de téléphone), elles ont suscité davantage de servitudes
pour la zone maraîchère (emprise au sol des lignes
électriques et téléphoniques), ainsi que des utilisations
liées au fonctionnement de la vie quotidienne de leurs habitants
(passages de facteurs, collectes d'ordures ménagères...).
Photo 03 : La zone maraîchère de Cergy, un espace
habité.

Boulevard de l'Hautil
Bois de Cergy
Source : Travail de terrain (Mai 2006)
En zone maraîchère la rareté de l'espace
constructible a imposé une disposition spatiale particulière
à ces habitations. Ces dernières respectent en effet un
alignement bien droit suivant le tracé de la route qui les sépare
des parcelles cultivées tout en occupant au maximum l'espace contenu
entre cette route et l'Oise ; au moment où la partie Nord de la zone
maraîchère (la plus proche des constructions de la ville nouvelle)
reste épargnée par les constructions, c'est par les bords de
l'Oise que le bâti s'introduit et s'installe au voisinage des espaces
cultivés de la zone.
L'espace bâti en zone maraîchère n'est
cependant pas exclusivement occupé que par ces habitations, la
surélévation de la ligne du RER et le boulevard de l'Hautil a
suscité des constructions en béton (murs, ponts) qui cernent
totalement la zone comme pour rappeler l'omniprésence de la ville dans
ce coint de tranquillité.
Les habitants de la zone maraîchère
entretiennent des relations de bon voisinage avec l'agriculture : par leur
proximité, ils jouissent du privilège de s'approvisionner
directement en légumes frais chez les agriculteurs pour lesquels ils
constituent l'essentiel de la clientèle concernant la vente à la
ferme.
2.5. La zone maraîchère : un lieu de
décharges sauvages :
La localisation originale de la zone maraîchère,
à la fois à l'écart mais pas trop éloignée
des quartiers urbains de l'agglomération, a engendré des
conditions favorables au développement de dépôts sauvages
de déchets. Ces nombreuses « poubelles » à ciel ouvert
trouvent refuge dans les bords de l'Oise avec des proportions plus ou moins
faibles selon que l'endroit soit plus ou moins entretenu par son
propriétaire : c'est d'ailleurs sur les terrains non
clôturés que divers emballages (cannettes, bouteilles, bacs...),
déchets électroménagers et autres, sont
déposés.
Photo 04 : Décharge sauvage en zone
maraîchère de Cergy.

Source : Travail de terrain (Mai 2006)
Si les bords de l'Oise les plus visibles et les plus proches
des espaces cultivés accueillent plutôt des déchets
liés plus à la fréquentation du site par des passants
occasionnels, l'espace laissé entre la voie du RER et l'Oise qui est
moins visible à partir de la zone maraîchère, est
plutôt un endroit prisé pour déposer des déchets
plus importants et de nature différentes (pneus, gros appareils
électroménagers). Même si les bords de l'Oise demeurent de
loin les plus touchées par ces décharges, notamment celles
directement liées au voisinage urbain, d'autres endroits de la zone
maraîchère ne sont pas complètement épargnés
; l'espace en pente généré par la
surélévation du boulevard de l'Hautil connaît à son
tour, mais d'une

Echelle : 1/10000
Neuville- 02
Sur - Oise Eragny-
Sur- Oise
Figure 04 : La zone maraîchère de Cergy : un espace
fortement convoité.
03
06
04
Cergy Pontoise
(N° des photos obtenues)
Source : Travail de terrain (Mai 2006)
07
façon moindre, l'accumulation de déchets plus
résiduels (sacs plastiques, cannettes et bouteilles de soda...)
liés cette fois - ci à la fréquentation de ce
boulevard.
Troisième partie :
L'agriculture de la zone maraîchère : une
activité faiblement intégrée
dans l'agglomération de Cergy pontoise.
1. Présentation de l'agriculture de la zone
maraîchère de Cergy :
Parmi toutes les utilisations de la zone
maraîchère, l'activité agricole demeure de loin la plus
imposante. Sur la totalité de son espace, 13 exploitations agricoles
pratiquent essentiellement des cultures maraîchères avec une forte
présence de la plasticulture (plus de 2,5 ha de serres), le
matériel agricole est géré en CUMA et l'approvisionnement
en semences et divers intrants s'effectue via la coopérative agricole de
Cergy.
Le mode de faire valoir pratiqué est mixte (fermage -
directe) avec la prédominance du fermage compte tenu de l'état du
foncier : celui - ci est très morcelé à cause du
morcellement de la propriété. Ainsi 102 personnes physiques ou
morales (car l'agglomération et la commune de Cergy sont aussi
propriétaires de certaines parcelles) se partagent une surface
d'environs 824607 m² divisée en 111 parcelles formant 63
propriétés. Ce sont de petites propriétés
appartenant le plus souvent à plusieurs propriétaires : 41
d'entres elles ont moins d'un hectare (dont 19 avec moins d'un demi hectare),
elles occupent une surface totale de 20,8 hectares répartie sur 48
parcelles qui appartiennent à 67 propriétaires. 10
propriétés ont des surfaces comprises entre un et deux hectares,
elles représentent une surface totale de 15 hectares répartie sur
22 parcelles appartenant à 19 propriétaires. 7
propriétés ont des surfaces entre 2 et 5 hectares, elles occupent
une surface totale de 24 hectares répartie sur 28 parcelles appartenant
à 12 propriétaires. Enfin, 3 propriétés ont entre 6
et 9 hectares. Elles occupent une surface totale de 22,4 hectares
répartie sur 12 parcelles appartenant à 4
propriétaires.
Selon le nombre de personnes par propriété, on
peut distinguer cinq catégories de propriétés
foncières en zone maraîchère :
Une première catégorie avec une surface totale
de 372312 m² (soit 45% de la surface exploitable de la zone
maraîchère) représente 29 propriétés
foncières. Elle regroupe les propriétés appartenant
chacune à une seule personne et concerne 29 propriétaires. La
seconde est la plus importante en terme d'étendue spatiale puisqu'elle
couvre une surface totale de 402387 m² (soit 49% de la surface
exploitable de la zone maraîchère) et représente 27
propriétés foncières. Elle regroupe les
propriétés appartenant à deux personnes chacune et
concerne 54 propriétaires.
Ces deux premières catégories qui peuvent
être rassemblées en un seul groupe concentrent 94% de la surface
cultivable de la zone maraîchère. Un second groupe qui concerne
les 6% restants rassemble les trois dernières catégories de
propriétés foncières : les propriétés
appartenant à trois, à quatre et à cinq personnes qui
s'étendent respectivement sur 231 67m², 1
9842m² et 683 9m² (soit 3%, 2% et 1% de la
surface cultivable de la zone maraîchère).
Tableau 04 : L'état du foncier agricole en zone
maraîchère de Cergy (Juin 2006).
Propriétaires par propriété (nombre)
|
1
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2
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3
|
4
|
5
|
Propriétés (nombre)
|
29
|
27
|
2
|
2
|
1
|
Propriétaires (nombre)
|
29
|
54
|
6
|
8
|
5
|
Parcelles (nombre)
|
48
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56
|
3
|
2
|
1
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Propriétaires par parcelle (nombre)
|
0,60
|
0,96
|
2
|
4
|
5
|
Surface totale (m²)
|
372312
|
402387
|
23167
|
19842
|
6899
|
Surface par parcelle (m²)
|
7756,5
|
7 185,48
|
7722,33
|
9921
|
6899
|
Surface par propriétaire (m²)
|
12838,34
|
7451,61
|
3861,16
|
2480,25
|
1379,8
|
|
Source : Données cadastrales de la commune de Cergy,
2006.
La rareté de l'espace en zone maraîchère
a contraint certains exploitants à rechercher d'autres emplacements plus
loin pour agrandir leur SAU.
Selon que les agriculteurs cultivent ou non des parcelles en
dehors de la zone maraîchère, l'organisation de leurs
exploitations ainsi que leurs stratégies semblent se
présentées différemment ; dès lors un
critère de typologie des exploitations selon la localisation de leurs
parcelles permet de distinguer deux types d'exploitations :
Le premier type « type A » regroupe les
exploitations dont la totalité des parcelles cultivées est
exclusivement localisée en zone maraîchère. Ce sont des
exploitations de surface moyenne de 8 ha avec des parcelles qui sont soit
regroupées en |