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Recomposition des rapports ville - campagne en Ile de France: exemple de la zone maraichère de Cergy


par Ibrahim HESSAS
Université Paris X (nanterre) - Master I Géographie et améngement (mondialisation et dynamiques rurales comparées)
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

Université Paris X (Nanterre) Institut National Agronomique de Paris - Grignon

(INAPG)

Recomposition des rapports ville - campagne en Ile de France :
Exemple de la zone maraîchère de Cergy.

Mémoire de première année Master :
Mondialisation et Dynamiques Rurales Comparées.

Présenté par Ibrahim HESSAS

Composition du jury :

Mme Monique POULOT : Maître de conférence (Université Paris X) M Jean Paul CHARVET : Professeur (Université Paris X)

Septembre 2006.

SOMMAIRE :

INTRODUCTION : 1

RAPPELS METHODOLOGIQUES : 9
PREMIERE PARTIE :

L'AGRICULTURE EN ILE DE FRANCE : DE LA PRISE EN COMPTE SPATIALE A
LA CONSIDERATION FONCTIONNELLE

1. LA PRISE EN COMPTE DE L'ESPACE AGRICOLE DANS L'AMENAGEMENT REGIONAL EN ILE DE

FRANCE : 13

2. VERS L'INTEGRATION FONCTIONNELLE DE L'ACTIVITE AGRICOLE EN ILE DE FRANCE : 19

DEUXIEME PARTIE :
LA ZONE MARAICHERE DE CERGY : UN ESPACE AGRICOLE URBAIN

1. UNE POSITION PARTICULIERE : AU CENTRE DE LA VILLE NOUVELLE DE CERGY PONTOISE. 24

2. UN ESPACE SOUS FORTES CONVOITISES URBAINES : 29

2.1. La zone maraîchère : un espace ouvert : 30

2.2. La zone maraîchère : un espace de sport et de loisirs : 33

2.3. La zone maraîchère : un espace de liaisons : 35

2.4. La zone maraîchère : un espace habité : 36

2.5. La zone maraîchère : un lieu de décharges sauvages : 38
TROISIEME PARTIE :

L'AGRICULTURE DE LA ZONE MARAICHERE : UNE ACTIVITE FAIBLEMENT
INTEGREE DANS L'AGGLOMERATION DE CERGY PONTOISE

1. PRESENTATION DE L'AGRICULTURE DE LA ZONE MARAICHERE DE CERGY : 40

2. PEU D'ECHANGES AVEC L'AGGLOMERATION DE CERGY PONTOISE : 50
3. LES TENTATIVES D'INTEGRATION URBAINE DE L'AGRICULTURE PAR L'AGGLOMERATION DE CERGY PONTOISE : 54

3.1. Les mesures de protection de l 'agriculture en zone maraîchère : 54
3.2. L 'intégration dans un circuit de recyclage de déchets urbains : une tentative

échouée. 56

QUATRIEME PARTIE :

LES BASES DU RAPPROCHEMENT VILLE - AGRICULTURE EN ZONE
MARAICHERE DE CERGY

1. DE NOUVEAUX ROLES URBAINS POUR L'AGRICULTURE : 59

1.1. Un rôle social : de l'emploi agricole pour une main d'oeuvre urbaine : 59

1.2. Les tags : pressions urbaines, ou appropriation citadine de l 'agriculture : 60

1.3. Le rôle patrimonial et paysager : 62

2. LES CONDITIONS DU RAPPROCHEMENT VILLE - AGRICULTURE : 63

2.1. La reconstruction du dialogue agriculteurs - agriculteurs : 64

2.2. Le renforcement du contact agriculteurs - citadins : 65

2.2.1. L 'obstacle : un recul des clients sur les marchés forains : 65

2.2.1.1. Les légumes attirent de moins en moins d'acheteurs : 68

2.2.1.2. Les marchés forains n 'attirent plus les clients : 70

2.2.2. La clé du déblocage : un rôle actif pour les agriculteurs : 72

2.2.2.1. Tenir compte des attentes des citadins : 72

2.2.2.1.1. Envers les produits agricoles : des légumes frais à des prix abordables : 72

2.2.2.1.2. Envers l'espace agricole : 75

2.2.2.2. Renforcer l'image de l'agriculture au sein de la société : 76

2.2.2.2.1. L 'agriculture : une activité capable de satisfaire les attentes de la société : 76

2.2.2.2.2. Redéfinir le métier d'agriculteur par ses points positifs : 77

2.2.2.3. Convaincre les citadins de maintenir l'agriculture francilienne : 79

CONCLUSION : 81
LISTE DES ILLUSTRATIONS

BIBLIOGRAPHIE

ANNEXES

Introduction :

Le phénomène de la périurbanisation est né en France à la fin des années 1960, c'est vers 1967 - 1968 que l'engouement pour la maison individuelle reprend une nouvelle vigueur quarante ans après les lotissements de l'entre les deux guerres. Hormis quelques franges qui se développent en continuité avec l'urbanisation existante, il s'agit d'une croissance urbaine détachée de la ville mère dont l'essentiel s'effectue à des distances plus ou moins grandes sous la forme d'îlots urbains en plein milieu rural (Steinberg, Desert et Metton, 1991).

L'essor de la périurbanisation a conduit à la naissance d'un espace à contours non précis dans lequel se mêlent l'urbain et le rural avec des proportions plus ou moins significatives selon que l'on se positionne proche de la ville ou de la campagne. Il se caractérise principalement par de fortes migrations domicile - travail permises par le développement de l'automobile et du réseau routier et autoroutier et par l'accès à la propriété rendu plus facile grâce aux systèmes de crédits à la consommation et des prix du foncier plus abordables en s'éloignant du centre ville. Toutes ces caractéristiques ont abouti à la mise en place d'un espace particulier qui n'est ni ville ni campagne mais qui regroupe les caractéristiques des deux espaces : le périurbain. C'est un non lieu où l'agriculture a été peu à peu désorganisée. Aujourd'hui, ces franges rurales / urbaines changent de sens. La forme urbaine recherchée inclut dorénavant des espaces ouverts, et notamment des espaces cultivés, dont la permanence à proximité du bâti est devenue une condition essentielle de la qualité du cadre de vie (Fleury, 2004).

La part de plus en plus marquante de cet espace dans la répartition des infrastructures, des activités et de la population a conduit l'INSEE à réviser son système de découpage du territoire français ; un découpage en aires urbaines qui tient compte des nouvelles caractéristiques de ces nouveaux espaces (notamment les migrations domicile travail) est proposé en 1996. En s'appuyant sur les résultats du recensement de la population de 1999, ce zonage classe désormais 14930 communes comme périurbaines (soit 41% de l'ensemble des communes françaises), elles concernent près de 179792 Km² (soit 33% du territoire) et plus de 12,25 millions d'habitants (soit 21% de la population), les zones rurales correspondent au territoire de 18535 communes (soit 51% des communes), 320171 Km² (soit 59% de la surface totale de la France) et 10,5 millions d'habitants (soit 18% de la population), le reste étant classé en zone urbaine (INSEE, 2000). En 1999, 73% de la population française métropolitaine vit dans les 361 aires urbaines et 56% dans les 73 aires de plus de 100000 habitants (Bessy - Pietri, 2000), entre 1990 et 1999, la population a augmenté de 1,03% dans

les couronnes périurbaines, de 0,42% dans les banlieues et de 0,12% dans les villes - centres pour l'ensemble des aires urbaines. La progression de la population du centre vers la périphérie caractérise 19 aires de plus de 100000 habitants. Ce phénomène résulte d'un fort excédent des arrivées sur les départs ce qui confirme la vigueur de la périurbanisation (INSEE, 2000).

L'étalement urbain s'effectue par l'artificialisation des sols qui touche annuellement 55000 ha de terres agricoles (Boisson, 2005). Sa progression est inégalement répartie selon les zones concernées, entre 1992 et 2001, elle a augmenté de 14% en zones périurbaines, de 12% en zones urbaines et de 10% en zones rurales (Agreste, 2002). A partir de ces chiffres, il ressort que la perte irréversible des terres agricoles concerne avant tout les espaces périurbains. Dans ces derniers, l'agriculture utilise encore 10,3 millions d'ha avec 231000 exploitations contre 16,7 millions d'ha avec 375000 exploitations en zones rurales et seulement 1,6 millions d'ha avec 57000 exploitations dans les zones urbaines (Boisson, 2005, Agreste, 2002). En France métropolitaine, 84% du territoire reste encore occupé par l'agriculture et la forêt (Boisson, 2005).

Si l'artificialisation des sols agricoles peut être aujourd'hui plus ou moins freinée à travers les documents d'urbanismes (schéma directeur, ou encore POS et PLU) qui peuvent parfois rétablir définitivement la destinée agricole à certains de ces espaces les sécurisant ainsi de toute pression foncière, la proximité urbaine pose encore de sérieux problèmes à l'activité agricole dans ces lieux particuliers du contact ville - campagne ; vols, dégradations, difficultés d'accès aux parcelles et problèmes de circulation pèsent aujourd'hui sur les agriculteurs des espaces périurbains. Néanmoins, la proximité urbaine permet aux agriculteurs de commercialiser directement leurs produits et de tirer une marge bénéficière plus importante de leur travail, le contact avec les citadins les place aussi dans une position de privilégiés leur permettant d'ajuster leurs modes de travail et leurs productions selon les demandes locales. Avec le contact ville - campagne extrêmement fort dans ces espaces, l'agriculture s'adapte et porte des caractéristiques spécifiques : une agriculture périurbaine s'identifie et se met en place (Poulot et Rouyres, 2005). A travers cette agriculture périurbaine, c'est tout le concept de « campagne périurbaine » proposé par Jean Renard qui s'exprime désormais comme composante à part entière d'une nouvelle typologie des campagnes européennes, il se défini avant tout par la forte disparition de l'agriculture ou sa spécialisation (Renard, 2002). L'émergence de réseaux dédiés au maintien de l'agriculture des milieux périurbains (Purple en Europe, Terre en ville en France) confirme l'existence de la spécificité de l'agriculture périurbaine, elle témoigne aussi de la préoccupation de plus en plus importante des pouvoirs

publics et des Etats concernant ce type d'agriculture, aujourd'hui le maintien de cette activité mobilise de grandes régions urbaines européennes.

Dans ce mouvement, l'Ile de France tient un rôle actif pour maintenir l'agriculture sur son territoire. Après la reconnaissance d'une destiné agricole à ses espaces de cultures définitivement exprimée dans le SDRIF de 1994, c'est le maintien de l'activité agricole qui préoccupe les différents acteurs de l'aménagement régional. Si l'espace agricole ne change que peu notamment grâce aux efforts consentis pour maîtriser l'étalement urbain, l'agriculture recule sur le territoire régional à une vitesse touj ours soutenue.

L'enquête sur la structure des exploitations agricoles réalisée par le ministère de l'agriculture à l'automne 2005 fixe à - 3,1% le rythme annuel de disparition des exploitations agricoles franciliennes pour la période 2000 - 2005. Ce taux s'est stabilisé depuis 1988 à une valeur proche de - 3% (pour une moyenne nationale de -3,9%). En 2005, la région compte 5600 exploitations (soit environ 1500 exploitations de moins qu'en 2000) dont 4200 unités professionnelles, en cinq ans, 14% des exploitations franciliennes ont disparu. Ce recul est différemment ressenti selon les départements, il est plus fort en petite couronne (-30%) et plus faible en Seine - Et - Marne (-10%), les autres départements enregistrent des baisses intermédiaires (-18% pour les Yvelines et l'Essonne, -17% pour le Val d'Oise).

Le recul des exploitations en nombre s'est accompagné par la poursuite de leur agrandissement, 39% ont plus de 100 UDE (contre 33% en 2000). Les exploitations appartenant à l'OTEX grandes cultures sont celles qui se maintiennent le mieux, toutes les autres catégories reculent, notamment les unités de cultures spéciales qui ont perdu 29% de leur effectif (contre seulement 9% pour les grandes cultures). Dans un contexte d'augmentation des charges et de pression foncière, seules les exploitations les plus performantes et les plus aidées au niveau communautaire résistent (Agreste, 2006).

Le constat demeure alarmant malgré les engagements forts et solennels de la région en faveur de son agriculture, le maintien de cette activité sur le territoire francilien réclame aujourd'hui des mesures plus adaptées au contexte global mais surtout aux spécificités locales de chaque espace agricole. Ces mesures doivent non seulement tenir compte de l'opinion francilienne de plus en plus importante dans le débat sur l'avenir de l'agriculture régionale (Charvet, 2003), mais aussi de celle des agriculteurs eux-mêmes car c'est à eux qu'incombe la continuité et la transmission de ce métier pour les générations futures sans compromettre leurs intérêts et ceux de la société actuelle, les agriculteurs doivent jouer un rôle actif. Les gestes du « refaire campagne » doivent considérer les att entes de toutes les parties concernées par

l'agriculture francilienne tout en veillant à répondre aux sollicitations de l'ensemble de la société régionale (Poulot et Rouyres, 2005).

Jean Paul Charvet résume les conditions du maintien d'une agriculture viable en Ile de France, il propose des voies pour une durabilité économique et sociale de cette activité. Il s'agit de garantir l'accès aux espaces agricoles et de sécuriser les productions, de valoriser davantage la situation en zone périurbaine et de procurer des revenus suffisants et mieux assurer les successions à la tête des exploitations. Les agriculteurs qui auront un accès commode à leurs exploitations, vont pouvoir mettre en place des cultures qui seront sécurisées des pressions urbaines, il pourront ensuite commercialiser eux-mêmes leurs produits afin de récupérer une grande partie de la plus value (perçue par les agents économiques). L'exercice de production peut s'accompagner par des formations en marketing afin d'optimiser les conditions de commercialisation, la mise en place de démarches de qualité permet de justifier les prix proposés notamment pour les catégories sociales les plus aisées. Au-delà de la simple production alimentaire, les agriculteurs peuvent développer d'autres activités en lien avec la ville dans le cadre de la multifonctionnalité de l'agriculture (accueil de groupes, entretien et gestion des paysages), en communiquant sur leurs apports à la société régionale, ils peuvent justifier les soutiens qui leur sont apportés leur garantissant des revenus supplémentaires (Charvet, 2003).

D'autres chercheurs, notamment à l'Ecole Nationale Supérieur du Paysage de Versailles, considèrent qu'à moyen et à long terme, l'agriculture périurbaine n'existera que sous forme d'une agriculture urbaine1. Son nouveau rôle sera la production de paysage, la défense de l'environnement et la promotion de la biodiversité et de l'harmonie sociale. Elle reste touj ours une activité économique, mais sa production ne sera plus identifiée aux seules denrées agricoles ; en devenant multifonctionnelle, elle devient une composante spatiale et sociale des territoires urbains (Donadieu et Fleury, 1997, Donadieu, 2004, Fleury, 2004).

Il ressort ainsi que la place de l'agriculture en Ile de France reste garantie par sa capacité à intégrer fonctionnellement les projets urbains et à devenir pleinement urbaine, cette destiné ne peut sans doute s'accomplir dans des délais courts car elle nécessite des ajustements profonds qui s'opèrent non seulement du côté de l'agriculture elle-même qui doit assumer sa multifonctionnalité mais aussi de la part de la société entière notamment pour rémunérer les aménités qui découlent des nouvelles fonctions de cette activité. En attendant, l'enjeu est de la maintenir viable pour qu'elle puisse atteindre ce stade ultime d'intégration

1 - Il s'agit de l'agriculture des périphéries urbaines qui s'oriente vers les nouveaux besoins urbains (Donadieu et Fleury, 1997)

totale dans les projets urbains où l'agriculture est considérée comme un outil d'urbanisme, une infrastructure naturelle d'intérêt public, capable d'organiser durablement le territoire des cités puisque le développement de la ville aux dépends de l'agriculture n'est pas inéluctable (Donadieu, 1998).

Ce travail propose de vérifier les conditions de la réintégration de l'agriculture en ville notamment lorsqu'elle se trouve entièrement contenue dans l'espace urbain, ce positionnement qui concerne de plus en plus d'espaces agricoles suffit-il pour que l'agriculture accède à une forme urbaine à travers la mise en place de rôles fonctionnels avec la ville ?

De telles problématiques deviennent intéressantes à aborder en Ile de France où les rapports ville - campagne sont en perpétuelle recomposition.

Rappels méthodologiques :

Ce travail se divise en trois grandes parties, la première basée essentiellement sur une recherche bibliographique a pour objectif de retracer les principaux moments forts qui ont conduit à l'émergence de l'agriculture comme préoccupation régionale en Ile de France, l'objectif étant de montrer l'ascension de l'agriculture dans les problématiques d'aménagement régional ; après la reconnaissance et la fixation d'une destiné agricole à une vaste partie de l'espace francilien, c'est le maintien de l'activité agricole qui devient une nécessité pour l'aménagement du territoire en Ile de France.

Dans la seconde partie, il s'agit d'analyser les adaptations du fonctionnement de l'espace agricole lorsqu'il est maintenu au milieu urbain notamment en terme d'interactions qu'il peut développer avec son entourage urbain proche, l'objectif est de montrer le degré et les voies d'intégration de ce type d'espace dans les milieux urbains. Pour cela j'ai choisi un espace agricole homogène nommée « zone maraîchère de Cergy » dont la localisation géographique permet d'introduire dans l'analyse les conséquences des actions et des décisions prises lors de l'élaboration des orientations à l'aménagement régional (villes nouvelles, ceinture verte régionale) ; Le chevauchement de plusieurs échelles (communale, agglomération nouvelle, régionale...) complique davantage la problématique d'intégration urbaine de cet espace et permet de rendre compte de la complexité de la gestion de certains espaces agricoles franciliens (ou autres) se trouvent dans des contextes similaires.

Cette partie est basée essentiellement sur un travail de terrain qui consiste en un diagnostic territorial complet de la zone d'étude dans le but de repérer les différents usages et servitudes en place qui, même lorsqu'elles paraissent secondaires pour certaines d'entres elles, peuvent contribuer inéluctablement à expliquer le fonctionnement actuel de la zone maraîchère.

Pour mener mon diagnostic, j 'ai effectué, plusieurs visites et passages sur le terrain au cours desquels j 'ai recensé, noté, photographié et schématisé toutes les composantes spatiales présentes sur cette zone et dans ses alentours immédiats. Au-delà de mes observations personnelles, les récits et les explications qui m'ont été données par les différents acteurs rencontrés ont appuyées mes remarques sur le fonctionnement de chacune de ces composantes et de toute la zone maraîchère.

La troisième partie de ce travail propose d'analyser les effets de ce positionnement urbain de l'espace agricole sur la capacité de l'agriculture qui s'y pratique à s'intégrer dans le milieu urbain et à participer aux projets de la ville en développant des relations fonctionnelles

avec celle - ci. Cette partie qui représente aussi l'essentiel de mon travail, est menée en réalisant deux enquêtes de terrain :

La première consacrée aux agriculteurs a pour objectif de connaître les principales préoccupations de ces derniers en insistant sur leurs propres attentes vis-à-vis de la société en générale et francilienne en particulier. Pour cela, j 'ai établi un questionnaire qui reprend les principales difficultés de l'agriculture des milieux périurbains. Les questions choisies reprennent ainsi largement les problématiques du voisinage urbain (foncier, relations avec la ville,...), mais aussi de la capacité des agriculteurs à valoriser leur proximité à la ville (choix des cultures, modes de commercialisation)2.

Une fois sur le terrain, et dès les premiers contacts avec les agriculteurs, je me suis rendu compte que leurs interventions restent principalement focalisées sur certaines problématiques (rémunération du travail agricole, revenus, commercialisation des produits...) sur lesquelles les agriculteurs répondent avec beaucoup de précision en prenant le temps nécessaire. Sur les questions relatives au fonctionnement de leurs exploitations (rotation, gestion du personnel,...) les réponses sont souvent rapides et peu précises. Au bout de quelques entretiens, j 'ai donc choisi de laisser s'exprimer les agriculteurs sur les sujets qu'ils jugent plus urgents à traiter. Des simples questions - réponses, mon enquête s'est transformée en de véritables entretiens plus approfondis et plus longs durant lesquels la parole est principalement laissée aux agriculteurs qui s'expriment et orientent leurs interventions selon les thèmes qui les préoccupent le plus : ce sont ces thèmes que j 'ai considérés par la suite comme leurs principales attentes vis-à-vis de la société.

Le dépouillement des résultats de ces entretiens directs avec les agriculteurs, m'a orienté dans l'élaboration du questionnaire destiné pour la seconde enquête que j 'ai réalisée auprès des citadins3. Ni la sécurisation du foncier, ni les pressions urbaines ne semblent préoccuper pour autant les agriculteurs de la zone maraîchère, en revanche, ils témoignent tous d'une grande inquiétude quant aux débouchés de leurs productions au point où leurs attentes vis-à-vis de la société tournent exclusivement autour de ce thème toutefois exprimées sous diverses formes.

La seconde enquête a pour objectif de rechercher les réponses des citadins aux principales demandes que leur adressent les agriculteurs. Elle m'a permis de proposer mon questionnaire à un échantillon de 90 personnes dont 79 ont répondu et 11 n'ont pas souhaité s 'exprimer.

2 - Voir questionnaire destiné aux agriculteurs en annexe.

3 - Voir questionnaire destiné aux citadins en annexe.

Les individus interrogés sont rencontrés sur les six quartiers qui composent la commune de Cergy dans lesquels ils sont soit résidents soit travailleurs. Ceux qui ont répondu sont âgés entre 17 et 80 ans avec une plus forte représentation de la catégorie d'âge 20-60 ans (plus de 90% des individus), cette catégorie est aussi la plus concernée par l'achat des produits alimentaires en général et des légumes en particulier.

Graphe 01 : Les catégories d'âge des personnes interrogées.

45%

40%

35%

30%

25%

20%

15%

10%

5%

0%

10_20 20_ 30 30_ 40 40_ 50 50_ 60 60_ 70 70_ 80
Classe d'âge (années)

3%

41%

19% 21%

Nombre total d'individus = 79 (100%)

10%

5%

1%

Source : Travail de terrain (Mai 2006)

Les entretiens sont directs, ils se sont effectués de deux façons : soit en abordant les gens dans les rues et les lieux de passages (trottoirs, places publiques,...), soit, directement sur leurs lieux de travail afin de pallier le problème d'indisponibilité exprimé par une partie des personnes rencontrées. Cette deuxième façon d'enquêter, qui a le plus contribué à l'avancement de mon investigation, présente cependant le risque de causer des désagréments pour les personnes interrogées sur leur lieu de travail (Poste, commerces, pharmacies, administrations, université, écoles...). Afin de minimiser les non - réponses, j'ai proposé après explication de l'objectif de mon travail de laisser mon questionnaire aux gens, pour qu'ils puissent avoir le temps de réflexion nécessaire et répondre tranquillement dans un délai raisonnable : cette méthode permet d'éviter des réponses courtes et moins réfléchies puisque les délais de réponses sont choisis par les enquêtés ; en revanche, et au-delà de sept jours sans réponse, je considère que la personne n'a pas souhaité s'exprimer.

Une fois les questionnaires récupérés, la saisie puis l'analyse des données a permis de dresser un portrait du monde agricole tel qu'il est perçus par les citadins ainsi que les comportements de ces derniers vis-à-vis de l'agriculture (espace, activité et productions) : Certaines réponses peuvent être apportées aux différentes attentes des agriculteurs.

Enfin une dernière partie sous forme de propositions en vue d'un rapprochement entre agriculteurs et citadins, résume les principales conditions permettant à l'agriculture de tenir compte des évolutions de la société qui l'entoure. A travers les attentes des agriculteurs et les réponses des citadins, une série de mesures est proposée dans l'objectif de rapprocher les agriculteurs des citadins autour des préoccupations soulevées des deux camps. Dans cette partie qui s'adresse aux agriculteurs, l'importance est donnée à la fonction nourricière de l'agriculture car c'est la principale fonction dans laquelle se reconnaissent encore les agriculteurs : c'est dans leur mission de nourriciers que ces derniers peuvent facilement accepter de fournir des efforts supplémentaires.

Première partie :

L'agriculture en Ile de France : de la prise en compte spatiale à la considération
fonctionnelle.

1. La prise en compte de l'espace agricole dans l'aménagement régional en Ile de France :

La considération de l'espace agricole par les documents d'aménagement régional de l'Ile de France s'est faite d'une façon graduelle et tardive. Elle n'est devenue effective qu'après 83 ans des premières réflexions sur l'aménagement du territoire dans cet espace devenu la région Ile de France.

Jusqu'au milieu des années 1970, les schémas d'aménagement mis en place s'intéressaient beaucoup plus à l'organisation de l'expansion urbaine de la région parisienne, extrêmement forte notamment entre les deux guerres et après la seconde guerre mondiale, l'espace agricole été alors considéré comme une « réserve foncière » en attente d'urbanisation, de préférence la moins coûteuse pour l'Etat et les collectivités.

C'est ainsi que le PADOG de 1960 qui sépare les « zones urbaines » des « zones rurales » par un périmètre d'agglomération rigoureusement tracé en préconisant une reconstruction de la ville sur la ville, autorise par dérogation les constructions au-delà de ces limites et même sur des terrains non affectés à l'urbanisation à l'intérieur de ce périmètre4. Ces autorisations de construire sont délivrées par la CARP5 à condition que l'équipement des terrains soit pris en charge par le demandeur et non par les finances publiques. Les motivations des instigateurs de ce schéma sont plus la limitation des coûts de l'étalement urbain que la préservation de l'espace rural et agricole. Par ses préoccupations urbanistiques, le PADOG s'aligne largement sur ses prédécesseurs schémas d'urbanisation de la région parisienne. Dans le plan d'extension de Paris édité en 1911, qui se donne comme cadre d'extension le département de la Seine, les réflexions sont orientées vers l'amélioration de la circulation et la reconversion d'îlots insalubres en espaces libres. Son successeur de 1939 (appelé Plan Prost Dausset) qui s'applique à la région comprise dans un rayon de 35 Km autour de Notre Dame, donne la

4 - Paul Delouvrier estime que « deux tiers des demandes de dérogations pour construire ont été faites dans les zones rurales en dehors du périmètre délimité par le PADOG »

5 - Comité supérieur d'Aménagement et d'organisation générale de la Région Parisienne : elle est instituée par le gouvernement Poincaré auprès du ministre de l'intérieur par décret du 24 mars 1928 et succède à la commission d'aménagement et d'extension du département de la Seine instituée en 1925; selon J Bastié, ce fut le point de départ de toute l'oeuvre d'aménagement de la région parisienne.

Figure 01 : Le périmètre de la ceinture verte de la région d'Ile de France.

Zone d'habitat collectif

Espaces boisés 0 10 Km

Limites de la ceinture verte Source : IAURIF, 1995.

Zone d'habitat individuel

N

priorité à la lutte contre l'extension des lotissements par l'interdiction de construire au delà d'un périmètre d'agglomération (sauf par dérogation de la CARP) et au renforcement du réseau routier par la création de 3300 Km de voies nouvelles ; il préconise, en outre, des réserves « d'espaces libres publics et privés » et une limitation des hauteurs des immeubles selon les communes (Bastié, 1964 et 1984). Si le PADOG a le mérite d'être le premier schéma d'aménagement de la région parisienne à la considérer en sa globalité avec comme objectif la limitation de son extension en « tâche d'huile », le SDAURP qui lui a succédé en 1965, présente des idées révolutionnaires pour la région en ayant comme objectif la limitation de son extension en « doigts de gants » notamment par l'instauration du principe d'extension en ville nouvelles construites sur des « terrains neufs » séparées de l'agglomération. La limitation de l'urbanisation des vallées que promulgue ce schéma a suscité sa révision au cours des années 1970 et son remplacement par le Schéma Directeur d'Aménagement et d'Urbanisme de la Région d'Ile de France (SDAURIF) de 19766.

Il s'agit enfin du schéma qui apporte un premier souffle aux espaces naturels par l'instauration de la notion de « trame verte » et de « zones naturelles d'équilibre ». Ce schéma a également supprimé trois villes nouvelles sur huit initialement prévues, à savoir celle du Vexin, de Mantes sud et de Meaux sud.

Depuis, l'intérêt grandissant qu'a pris l'espace agricole dans l'aménagement régional s'est traduit par la mise en place de projets spécifiques visant le maintien de ce type d'espaces notamment dans les périmètres contenus entre les villes nouvelles et entre celles - ci et l'agglomération parisienne. C'est dans cette logique qu'un projet d'envergure régionale est conçu au début des années 1980, puis mis en place en 1987 sous l'appellation de ceinture verte régionale.

Située à une distance comprise entre 10 et 30 Km du centre de la capitale, le projet de départ (de 1982) recouvre le territoire de 359 communes avec 264700 ha de superficie (près du quart de la surface régionale) et un tiers de la population régionale à 1404 habitants/Km². Entre 1987 et 1990, la zone d'étude de la ceinture verte a été agrandie vers l'extérieur pour englober la totalité des villes nouvelles, et pour inclure, au Nord, la pleine de France comprise dans le cercle des 30 Km ; elle s'étend désormais sur un espace total d'environ 300000 ha et comprend 410 communes avec un peu plus de 5 millions d'habitants (soit 1 667habitants/Km²). Si elle concerne tous les départements de la région (sauf Paris), elle se

6 - Schéma Directeur d'Aménagement et d'Urbanisme de la Région d'Ile de France (le district est remplacé par le conseil régional d'Ile de France le jour même d'approbation de ce schéma).

situe essentiellement, pour 85% de sa surface, dans les quatre départements de la grande couronne (IAURIF, 1995).

Ce projet qui reprend les dispositifs du SDRIF de 1976, présente l'ambition d'ouvrir de nouveaux espaces de loisirs, en particulier, pour les fins de semaine, de maintenir l'agriculture dans les zones périurbaines et de maîtriser le front urbain en évitant l'extension en tâche d'huile de l'agglomération (AEV, 1987). Jusqu'en 1990, 37456 ha d'espace verts ont été ouverts au public dans le périmètre d'intervention de la ceinture verte.

Tableau 01 : Les espaces ouverts au public par le projet de la ceinture verte (jusqu'en 1990).

Type d'espaces

Surface en hectares

Petite couronne

Grande couronne

Total ceinture verte

Verts de proximité

881

2470

3351

Parcs

779

2545

3324

Forestiers

3584

26771

30319

Spécifiques

61

260

321

Terrains non aménagés

37

104

141

Espaces verts total

5306

32150

37456

Population en 1990

1765750

3283680

5049430

Espaces verts (m²/habitant)

30

98

74

Source : IAURIF, 1995.

Dans son rapport publié en 1987, l'agence des espaces verts de la région d'Ile de France voit en la mise en place de la ceinture verte une priorité régionale dont l'urgence se justifie par la nécessité de ralentir la consommation des espaces agricoles qui s'effectue à une vitesse impressionnante : 84900 ha ont été soustraits à l'agriculture, aux bois et aux forêts entre 1970 et 1986 (soit une moyenne de 5660 ha par année).

Tableau 02 : Les espaces agricoles et forestières en Ile de France avant la ceinture verte.

Années

Surfaces en milliers d'hectares

SAU

peuplerais

Bois et forêts

Territoires
agricoles non
cultivés

étangs

Territoire non
agricole
(sauf paris)

1970

658,0

13,0

261,2

48,7

2,0

213,0

1975

628,2

14,2

261,5

36,8

1,9

253,4

1980

619,0

14,3

260,1

17,0

1,9

284,2

1985

610,2

14,2

258,1

15,7

1,0

286,4

1986

609,3

14,2

258,0

15,8

1,0

287,0

Source : DRAF/ AEV, 1987.

Afin d'atteindre ses objectifs, la ceinture verte propose de mener des stratégies adaptées à l'état de l'espace agricole concerné : elle prévoit de réintroduire l'agriculture avec une double fonction d'accueil du public sur les espaces agricoles « dégradés » et propose de favoriser la fonction de production de l'agriculture sur les espaces agricoles « non dégradés ». Afin de maintenir l'agriculture, le projet propose de la mettre à l'abri des agressions urbaines (comme toute autre activité économique), notamment par des protections physiques (clôtures) ainsi que par le maintien d'espaces tampons entre ces espaces et la ville (AEV, 1987).

Bien que la croissance spatiale de l'agglomération parisienne s'est considérablement ralentie entre 1982 et 1990 (2100 ha par an contre 4400 ha pour la période 1975 - 1982), la consommation de l'espace agricole est restée de mise, elle s'effectue aussi par l'installation d'infrastructures, d'équipements et de zones d'activité économique ainsi que par l'ouverture d'espaces au public puisque plus de 2100 ha des espaces boisés ou cultivés ont été consacrés à la création d'espaces verts publics, de jardins familiaux, de terrains de sports et de loisirs de plein air (IAURIF, 1995). En revanche, c'est l'essor de l'habitat individuel qui semble le facteur le plus dévastateur des espaces agricoles, la consommation d'espace se trouve ainsi directement liée à l'importance relative de ce type d'habitat dans les constructions puisqu'il mobilise 80% de l'espace d'habitat alors qu'il n'offre que 28% de logements : le rapport des densités est supérieur à 10, c'est-à-dire qu'un logement individuel consomme dix fois plus d'espace qu'un appartement (Merlin, 2003).

Pour l'IAURIF, la disparition d'une majeure partie des 70000 ha d'espaces agricoles du projet de la ceinture verte est à prévoir d'ici 2015, dans le cas où la croissance urbaine de la région conserve la même répartition géographique, c'est-à-dire essentiellement dans le périmètre de la ceinture verte ; toutes les entités agricoles seront amputées avec la disparition complète de certaines d'entres elles, car au-delà de la stricte superficie d'urbanisation, celle-ci entraîne une destruction plus large (IAURIF, 2002). La proximité des constructions et la multiplication des voies de communication rendent les conditions d'exploitation difficiles ; les exploitants ayant un parcellaire éclaté sur plusieurs endroits, souffrent de l'allongement des temps de parcours pour les engins agricoles volumineux et lents qui doivent emprunter les axes de la circulation générale dans une région où le trafic est très dense jusqu'à des heures avancées de la nuit. D'ailleurs et devant l'ampleur de ce problème, un grand nombre d'agriculteurs de l'Ile de France souhaite la séparation des circulations (Poulot et Rouyres, 2005).

Graphe 02 : La répartition de l'urbanisation francilienne (1982 /1999).

Hors ceinture
verte
(27%)

En ceinture
verte
(73%)

Source des données : IAURIF (2002)

Cette expansion urbaine sur le territoire de la ceinture verte, est intervenu au moment où s'effectue le ralentissement progressif de l'urbanisation des villes nouvelles ; ces dernières n'ont pu absorber que 30% de l'urbanisation de la ceinture verte, les deux tiers restants étant principalement effectués sur les autres espaces constitutifs de cette ceinture qui sont majoritairement tenus par l'agriculture. Ainsi, la part des villes nouvelles dans l'urbanisation de la ceinture verte est passée de 36% entre 1982 et 1994 à 21% entre 1994 et 1999 (soit une diminution de 15%), tandis que la part de la ceinture verte dans l'urbanisation totale de l'Ile de France est passée de 70% à 80% (soit une augmentation de 10%) pour la même période (IAURIF 2002).

Dans les schémas directeurs, c'est au milieu des années 1990 que l'espace agricole est explicitement pris en compte d'une façon définitive par le SDRIF de 1994.

Ce schéma qui oriente les aménagements de la région à l'horizon 2015, exprime enfin l'engagement solennel de la région d'Ile de France à reconnaître l'espace agricole comme une composante essentielle et à part entière du territoire régional : les espaces agricoles, qui lorsqu'ils sont pris en compte, sont laissés en blanc « réserves foncières » par ses prédécesseurs, apparaissent finalement en légende du document accompagnant ce schéma avec le qualificatif « agricoles ».

Le SDRIF qui attribut à l'espace rural la valeur d'une « ressource rare » promulgue « la reconstruction de la ville sur la ville » afin d'économiser l'espace rural dans la couronne rurale et d'épargner la ceinture verte (Poulot et Rouyres, 2005) ; il préconise de modérer

davantage sa consommation en limitant à 1750 ha la surface à prélever annuellement hors infrastructures (soit une économie de 30% par rapport à la période précédente). Sur ce point, la mise en place d'un outil spécifique de suivi de la consommation des espaces agricoles est proposée. C'est à ce titre que les outils des services de l'Etat (direction régionale de l'équipement, direction régionale et interdépartementale de l'agriculture et de la forêt) et de l'IAURIF sont mis en commun au sein d'un groupe baptisé OCEAN7. Le SDRIF est le premier schéma directeur régional à affirmer la vocation économique et patrimoniale de l'agriculture. Il donne la priorité à l'activité agricole dans l'espace rural, y compris par rapport à certaines exigences environnementales (IAURIF, 2003). Il préconise aux collectivités de garantir des espaces agricoles cohérents, suffisamment étendus pour assurer des conditions satisfaisantes d'exploitations (Poulot et Rouyres, 2005) ; les surfaces retenues sont de l'ordre de 50 ha en agriculture de serre ou horticulture, 300 ha en agriculture spécialisée ou maraîchage, 2000 ha en agriculture de plaine ou grandes cultures. En conséquence, il prononce le caractère intangible des espaces jaunes « à l'intérieur de leurs limites historiques et naturelles ». La priorité est donnée à la préservation de la couronne rurale avec un développement modéré des bourgs et villages, et la création de parcs naturels régionaux.

2. Vers l'intégration fonctionnelle de l'activité agricole en Ile de France :

Après la prise en compte de l'espace agricole dans les schémas d'aménagement de la région d'Ile de France définitivement entérinée par le SDRIF de 1994, vient la reconnaissance de l'activité agricole et de ses rôles potentiels pour la région. L'émergence de cette prise de conscience de la place que pourrait prendre l'agriculture dans le milieu urbain a accompagné la reconnaissance de la multifonctionnalité de l'activité agricole.

Cette prise de conscience qui s'est traduite par une volonté de préserver non seulement l'espace agricole mais aussi l'activité agricole elle-même dans les milieux urbains n'est pas propre à l'Ile de France. On la retrouve aussi dans d'autres régions françaises, européennes et mondiales. Des réseaux d'agriculture urbaine ont ainsi vu le jour associant diverses régions qui partagent comme point commun la présence de l'agriculture à proximité ou à l'intérieur de leurs espaces urbains : RUAF8 au niveau mondial, PURPLE9 au niveau européen et réseau

7 - Observation de la Consommation d'Espaces Agricoles et Naturel, constitué depuis 1997 sous le pilotage de la préfecture de la région.

8 - Ressource Center on Urban Agriculture and Food.

9 - Peri Urban Regions Platform Europe.

Terre en ville en France, sont autant de réseaux qui relient différentes régions prônant le maintien et le développement de l'agriculture urbaine et périurbaine sur leurs territoires.

L'avenir de l'agriculture périurbaine préoccupe le conseil régional d'Ile de France depuis 2000. La région s'est alors engagée dans le projet Sustainable Open Space (SOS) et dans le cadre du programme communautaire international « Interreg IIIB », permettant une réflexion commune des régions de l'Europe du Nord Ouest sur les espaces ouverts périurbains. Les efforts de la région en faveur de la mise en commun des différentes expériences conduites dans d'autres régions ayant la même préoccupation pour leurs agricultures, s'ont couronnés par sa participation à la création du réseau PURPLE, puis en organisant l'assemblée constituante de ce réseau à Paris (avril 2005) : la région d'Ile de France devient alors un acteur explicitement actif dans la voie de maintien de son agriculture urbaine à côté de sept autres régions européennes10.

Le réseau PURPLE est né à la suite d'une conférence tenue en octobre 2004 à La Haye (Pays-Bas) sur le thème de « la ville et la campagne, vers un nouvel équilibre » et qui a réuni plusieurs gouvernements régionaux néerlandais ainsi que le comité des régions européennes. Les débats ont été suivis par quelques 300 participants provenant de plus de 20 pays. Ils ont notamment abordé les thèmes de la position de l'agriculture dans le développement durable des territoires et de la production alimentaire.

Afin de mettre en application ses engagements, la région d'Ile de France soutient avec l'Etat les programmes agri-urbains qui associent agriculteurs, Etat et collectivités locales. Il s'agit de démarches volontaires de développement initiées par les différents acteurs concernés (agriculteurs, élus, collectivités, conseil régional, Etat, société d'agriculture et des arts) dans le but de répondre aux attentes des collectivités et des populations locales vis-à-vis des espaces agricoles en terme de maintien de la qualité du cadre de vie, du paysage et de l'accueil, mais aussi de préserver les espaces et les activités agricoles et mettre en place les conditions foncières et économiques de leur développement afin de permettre à ces espaces de jouer leur rôle d'équilibre et de gestion des territoires (IAURIF, 2005). A travers ces actions, l'agriculture s'implique entièrement dans la gestion des espaces urbains et périurbains : elle devient fonctionnellement intégrée dans la ville.

10 - Le réseau PURPLE comporte huit régions européennes : l'Ile de France, la Catalogne (Espagne), les Flandres (Belgique), le Sud Est Anglais (Grande Bretagne), la Basse Silésie (Pologne), la Moravie (Tchéquie), le Limbourg (Pays- Bas), Randstadt (Pays- Bas).

Tableau 03 : Les dix projets agri - urbains de l'Ile de France.

Projet

Initiation

Porteur du projet

Programme
d'action

Centre Essonne

Elus et agriculteurs

Association pour le plateau agricole de
Centre Essonne

Non

Cergy

Agriculteurs, SAA,
Conseil régional

Association d'agriculteurs et des
citadins de la plaine de Cergy

Non

Marne -et - Gondoire

Collectivité

Communauté d'agglomération de
Marne -et -Gondoire

Elaboré (2001)

Plateau Briard

Collectivité

Communauté de communes du plateau
Briard

Elaboré (2005)

Rambouillet

Etat (PDD)

Commune de Rambouillet

Non

Plateau de Saclay

Agriculteurs, SAA,
Conseil régional

Association la terre et la cité

Non

Sénart

Agriculteurs, SAA,
Conseil régional

Association les champs de la ville

Non

Triangle Vert

Collectivité

Association du triangle vert des villes
maraîchères du Hurepoix

Elaboré (2004)

Vernouillet

Collectivité

Association pour le développement de
l'agriculture périurbaine à Vernouillet
et ses environs

Elaboré en
(2005)

Plaine de Versailles

Agriculteurs, SAA,
Conseil régional

Association patrimoniale de la plaine de Versailles et du plateau des Alluets

En cours (en 2005)

Source : IAURIF, 2005.

Au-delà des engagements, le conseil régional soutient trois filières prioritaires qui sont l'élevage (relance des races locales d'agneaux et de volailles, charte de pension à la ferme pour les activités équestres...), les productions végétales (information et suivi des producteurs, développement des filières grandes cultures-élevage, qualité et commercialisation...), l'horticulture (mise à disposition de la station d'expérimentation de l'APREHIF11 pour réaliser des travaux de recherche financés par l'Etat et la région).

Son aussi encouragées les initiatives individuelles et collectives de reprise d'exploitation (recensement des exploitations sans successeurs, aide à l'installation en agriculture périurbaine de 3000 à 12000 €), la certification assurance qualité pour les entreprises agroalimentaires (prise en charge jusqu'à 50% du coût TTC de la démarche), la modernisation des entreprises (à travers le PRIMHEUR12 pour améliorer la compétitivité des exploitations maraîchères, arboricoles et les pépinières (Conseil régional d'Ile de France,2006).

11 - Association Professionnelle Régionale pour l'Expérimentation Horticulture ornementale et en pépinière en Ile de France.

12 - Programme Régional pour l'Initiative en Maraîchage et horticulture dans les Espaces Urbains et Ruraux.

Deuxième partie :

La zone maraîchère de Cergy : un espace agricole urbain.

Au fil de l'histoire, les orientations de l'aménagement du territoire régional en Ile de France ont produit le maintien d'un certain nombre d'espaces agricoles disposés en îlots à l'intérieure de l'agglomération qui demeurent gérés par l'agriculture bien qu'ils soient entièrement enclavés par l'urbanisation. Si l'absence de données chiffrables sur le nombre de sites et les surfaces agricoles concernées, on peut néanmoins estimer qu'ils se localisent pour leur majorité dans le périmètre de la ceinture verte. Tandis que certains de ces espaces sont aujourd'hui sérieusement menacés par l'urbanisation, d'autres jouissent au contraire du privilège d'être maintenus agricoles au moins jusqu'en 2015 dans le SDRIF de 1994, puis par des schémas d'aménagements locaux (schémas directeurs, PLU), dès lors, il devient intéressant d'analyser le fonctionnement de ce types d'espaces réservés pour l'agriculture dans les milieux urbains, ainsi que l'organisation de cette activité en rapport avec sa localisation urbaine.

La zone maraîchère de Cergy illustre un exemple parmi d'autres de ce type d'espaces agricoles urbains, c'est un terrain d'environ 80 ha de superficie localisé sur le périmètre de la commune de Cergy au centre de l'agglomération de Cergy Pontoise (Nord Ouest de l'agglomération parisienne). Le site qui occupe l'une des boucles de l'Oise, apparaît sous forme d'une « banane » avec un côté convexe (Sud) limité par ce cours d'eau et un côté concave (Nord) limité, pour sa majeure partie, par le bois de Cergy.

Par sa localisation géographique particulière, cette zone conjugue plusieurs aspects propres à l'aménagement régional de l'Ile de France ; l'extension de l'agglomération parisienne en « doigts de gants » suivant les fonds de vallées et son impact sur les orientations décidées aux différents schémas directeurs qui se sont succéder en vue de la contenir, l'émergence de la préoccupation environnementale ainsi que l'apparition des nouvelles attentes de la société vis-à-vis de l'agriculture, sont autant d'événements qui ont marqué la zone maraîchère de Cergy.

Le positionnement de cette zone au centre géographique de l'agglomération de Cergy Pontoise échappe à la localisation habituelle d'un quelconque territoire périurbain se situant plutôt aux alentours des espaces urbanisés d'une façon extérieure à un centre d'agglomération le plus souvent bâti. Il s'agit là de la particularité de cet espace périurbain que l'on pourrait qualifier d'urbain par sa situation et qui, comme beaucoup d'espaces ouverts de la ceinture verte, continu d'être géré par une agriculture maraîchère témoin des vestiges d'une ceinture

Echelle : 1/100000 Source : I HESSAS. 2006.

Menucourt Vauréal

Figure 02 : La zone maraîchère de Cergy : un espace agricole urbain.

Cergy

Courdimanche Saint-Ouen-

L 'Aumône

Boisement Eragny-

Jouy- Neuville - Sur- Oise

Le Moutier Sur - Oise

Puiseux - Pontoise

Osny

Pontoise

78 93

92 94

91

Agglomération de Cergy Pontoise

95

77

maraîchère qui jusqu'au milieu du 20ème siècle alimentait encore le marché parisien en divers produits agricoles (Phlipponneau, 1956). En comparaison avec cette agriculture en ceinture maraîchère qui - à son époque - était urbaine puisqu'en échange de l'approvisionnement de Paris, elle recyclait les déchets urbains de cette ville (Donadieu et Fleury, 1997), la localisation urbaine de l'agriculture de la zone maraîchère au sein de l'agglomération de Cergy Pontoise ne lui suffit pas pour devenir pleinement une activité urbaine c'est-à-dire jouir de relations fonctionnelles avec la ville qui l'entoure ; aujourd'hui encore d'autres facteurs freinent l'intégration de cette activité dans les projets urbains de la ville.

La ville nouvelle de Cergy Pontoise dont la création sur des champs agricoles a été marquée par des expulsions d'agriculteurs ayant abouti à leur exclusion du projet urbain de départ, est aujourd'hui amenée à redéfinir la place de l'agriculture sur son territoire pour accéder à un développement cohérent qui associe développement socioéconomique et cadre de vie : l'agriculture pourrait ainsi retrouver sa place en ville à travers sa capacité à jouer d'autres rôles plus bénéfiques pour l'agglomération que celui de son approvisionnement en denrées alimentaires désormais assuré par la grande distribution.

Par ailleurs, rattrapée par son histoire, cette zone illustre la difficulté, voire l'impossibilité, du dialogue ville - agriculture si les agriculteurs eux-mêmes n'ont pas été préalablement associés au projet urbain qui, même lorsqu'il parvient à concrétiser ses objectifs souhaités en terme de population, d'emplois et d'infrastructures, n'obtient que peu ou pas l'adhésion des agriculteurs : quarante ans après, la ville nouvelle demeure ce projet qui leur a été imposé et qui a été mené sans leur consentement ; les agriculteurs continuent de la considérer en inadéquation avec leurs préoccupations, même s'ils ne la voient plus comme une menace pour leur activité.

1. Une position particulière : au centre de la ville nouvelle de Cergy Pontoise.

On ne peut comprendre le fonctionnement de la zone maraîchère si l'on ne tient pas compte de son histoire et des circonstances qui l'ont conduit à son positionnement actuel au centre de l'agglomération de Cergy Pontoise. Comme tous les espaces agricoles de l'agglomération cergypontaine, la zone maraîchère est antérieure à la ville nouvelle. C'est cette création urbaine « de toutes pièces » qui lui a procuré son positionnement particulier « au centre de l'espace urbain de l'agglomération ».

Photo 01 : Le site de la ville nouvelle avant l'urbanisation (non datée).

Limite de la zone maraîchère

Source : vue aérienne réalisée par Alain Perceval N° 3450/ IAURIF N° 4374

Figure 03 : Le centre de la ville nouvelle de Cergy Pontoise en 1999.

Boisement Jouy-Le-Moutier

Courdimanche

Puiseux Pontoise

Vauréal

Cergy

Osny

Neuville- Sur- Oise

Pontoise

Source : IAURIF, 2005.

Entre la ville nouvelle et l'espace agricole de Cergy une histoire douloureuse marquée par l'expropriation et l'expulsion des agriculteurs qui occupaient le site ; de vives tensions ont ainsi longtemps opposé agriculteurs et artisans de cette ville convaincus de la pertinence de leur choix et déterminés à mettre en oeuvre leurs plans au non de l'aménagement de la région parisienne.

C'est en 1965 que la volonté d'étendre l'agglomération parisienne en villes nouvelles a été adoptée et concrétisée par le SDAURP. Dès son arrivée à la tête du district de Paris, Paul Delouvrier avec l'aval du Général De Gaule a précipité la révision du PADOG qui gérait jusqu'alors l'extension de l'agglomération parisienne. Cette révision a été justifiée par l'inadéquation de la restructuration de l'agglomération parisienne autour des « points forts » de sa banlieue (que propose ce schéma) avec la volonté de répondre aux besoins criants en logements et en équipements provoqués par la croissance parisienne : Delouvrier estimait que la limitation foncière du PADOG est trop ardue pour dégager en temps voulu l'espace constructible exigé par la croissance démographique, et que le périmètre d'agglomération imposé céderait sous la pression de celle - ci ; il a donc opté pour une extension urbaine discontinue en « terrains neufs », polarisée par des « villes nouvelles » voisines de l'agglomération, mais séparées de celle - ci.

Pour choisir ces sites, deux contraintes ont orienté l'équipe de Delouvrier : d'une part la surestimation de la croissance démographique de la population régionale lors des projections faites pour l'an 2000 ; et d'autre part, la présence d'axes tangentiels favorables à l'urbanisation de part et d'autre de Paris et qui reprenaient les infrastructures déjà mises en place. La première contrainte, qui a abouti à l'exclusion des vallées jugées trop étroites pour contenir le surplus de la population13, a justifié l'orientation des constructions et des infrastructures vers des endroits les plus loin des vallées à chaque fois que cela est possible,

La décision de placer ces villes sur des terrains vierges de toute urbanisation a suscité, pour l'AFTRP, d'importants achats fonciers dans le but de constituer l'assiette propre à chacune des villes. Ces achats n'ont pas toujours été faciles à mener, ils ont été accompagnés par de nombreuses difficultés dictées le plus souvent par l'état de la propriété foncière, avec une importance relativement variables selon le site concerné ; ainsi, contrairement au foncier de la ville nouvelle d'Evry (appartenant à quatre propriétaires) ou celui des grandes exploitations céréalières de Trappes, la domination de la petite et moyenne exploitation

13 - Paul Delouvrier a confirmé qu'il serait peut être tenté par les vallées si les chiffres qui lui ont été fournis sur l'accroissement démographique de la région parisienne été moins élevés.

maraîchère a rendu les acquisitions plus difficiles à mener sur le site de Cergy Pontoise (Scherrer, 1989).

D'après le témoignage de Bernard Hirsch (alors chargé des études de la ville nouvelle de Cergy Pontoise en 1965), le périmètre retenu englobe un total de 10000 ha dont près de la moitié ont été acquis. Le terrain est extrêmement morcelé et comporte plus de 3000 parcelles avec de petites propriétés tenues par plusieurs centaines de propriétaires. Environs 40 cultivateurs pratiquent des cultures de plein champ sur des exploitations de 15 ha en moyenne avec des systèmes de vente sur les marchés de la banlieue parisienne ; la proximité de Paris est donc un élément important de l'équilibre économique des exploitations : la reconversion des agriculteurs évincés devra se faire à proximité.

En règle générale, les exploitants ne possèdent pas les terres qu'ils cultivent, ils les louent soit à des membres de la famille, soit à d'autres propriétaires. Ceux-ci tirent de très faibles revenus du fermage (quelques quintaux de blé à l'hectare) et les organisations agricoles s'entendent pour éviter toute revalorisation.

L'expropriation qui est une aubaine pour les propriétaires leur permettant de mobiliser leur capital pour l'investir dans des conditions plus avantageuses, est une perturbation parfois catastrophique pour les cultivateurs décidés de continuer leur activité ; pour ces derniers, une reconversion sur d'autres terrains est nécessaire. A cause de l'inclinaison des terrains vers le Nord, les 500 ha acquis et aménagés par la caisse des dépôts au Perchay (15 Km en direction de Rouen) ont été refusés par les agriculteurs (le sol gèle en hiver et les récoltes sont tardives en été), ces derniers ont choisi de rester à Cergy qui bénéficie de situation unique pour les cultures maraîchères (le versant est exposé au Sud, le sol est sableux et ne retient pas l'eau) : le bras de fer avec les responsables de la construction de la ville nouvelle est déclanché.

A plusieurs reprises, les exploitants ont menacé de sortir leurs fusils comme en 1967 lorsqu'ils ont décidé de bloquer le chantier de la préfecture en réclamant 250 ha (la moitié de Cergy). Après plusieurs négociations et arbitrage de la justice, 160 ha ont été sauvegardés pour le reclassement des agriculteurs. L'Etat s'est engagé à débloquer les crédits nécessaires pour financer les travaux d'irrigation, et les agriculteurs ont reçus une indemnité d'éviction de 2,7 francs/m² avec une somme supplémentaire de 400000 francs pour les exploitations de petite taille. En définitive, les quarante familles d'agriculteurs ont partagé plus d'un milliard d'anciens francs comme réparation du préjudice subi dans leurs exploitations sans compter les indemnités beaucoup plus substantielles versées pour le paiement des terrains (Hirsch, 1990)14

14 - Bernard Hirsch fut aussi le premier directeur de l'Etablissement public d'aménagement de la ville nouvelle, son témoignage est publié par la presse des ponts et chaussées en 1990.

C'est donc avec la création de la ville nouvelle de Cergy Pontoise que l'affectation définitive de la zone maraîchère pour l'agriculture a été officiellement décidée. Au départ, cet espace été réservée pour faire une plaine de jeux aux futurs habitants de la ville nouvelle, les aménageurs l'ont cédé par la suite à l'agriculture car il leur a permis de reclasser 20 exploitants. La zone maraîchère doit ainsi sa survie à la ville nouvelle de Cergy Pontoise qui, en se construisant sur la pleine de Cergy, l'a volontairement contourné. Edifiée en « fer à cheval » autour d'anciennes sablières devenues « les étangs », cette ville s'est ensuite retrouvée contenant un coeur vert sans que cela soit parmi ses objectifs15.

Cette position centrale de la zone maraîchère est particulièrement intéressante puisque elle échappe au traditionnel schéma d'un étalement urbain des villes qui veut que le centre ville soit urbanisé et que la ville s'étende ensuite sur sa campagne avoisinante; alors que ce fut le cas à l'échelle régionale où la ceinture maraîchère décrite par Michel Phlipponneau dans les années 1950 s'efface progressivement devant l'avancée urbaine de la ville de Paris sur sa banlieue d'une façon centrifuge, on constate à l'échelle de la ville nouvelle de Cergy Pontoise (qui est entièrement contenue dans l'agglomération parisienne) un processus inverse de cet expansion urbaine autours de la zone maraîchère de Cergy : l'espace bâti s'est étalé en entourant la zone maraîchère d'une façon centripète ; aujourd'hui encore la partie centrale de l'agglomération cergypontaine demeure non bâti.

Ce positionnement d'espace agricole en « coeur vert » entouré d'espaces bâtis n'est cependant pas propre à la zone maraîchère dans la ville nouvelle de Cergy Pontoise, à une échelle d'observation plus importante, la Randstad (Pays-Bas) présente une organisation spatiale similaire. Il s'agit néanmoins d'un projet planifié à l'échelle de la région qui reprend le concept de la ceinture verte francilienne avec une forme inversée (IAURIF, 1995).

Afin de maintenir sa vocation agricole, la zone maraîchère a suscité des aménagements particuliers. Les terrains ont été relevés avec l'installation d'un réseau de drainage sur 7 ha, une mise en place d'un réseau d'irrigation ce qui a permis une restructuration parcellaire.

Pour les travaux hydrauliques, dont le coût s'est élevé à 800000 F, les agriculteurs ont bénéficié d'une subvention du ministère de l'agriculture de plus de 50%.

Par ailleurs, les propriétaires fonciers se sont associés afin de gérer les aménagements de la zone agricole. Ils ont assuré plusieurs actions :


· Création des voieries dont l'entretien est à la charge de la commune,

15 - Deux propositions ont été avancées lors de la création de la ville nouvelle de Cergy Pontoise, la première en forme plus linéaire étirée vers le nord en pénétrant dans le Vexin, et la deuxième en forme moins linéaire que les aménageurs de l'époque appelaient en fer à cheval et qui est finalement retenue.

· Maîtrise d'oeuvre du réseau d'irrigation,

· Participation à la mise en place des clôtures du côté du bois de Cergy.

Le financement leur provient de plusieurs sources : Indemnités d'expropriation pour les terrains agricoles, indemnités de la SNCF pour son emprise (ligne du RER), subventions du ministère de l'agriculture (pour le réseau d'irrigation). Pour le reste, les propriétaires ont souscrit des emprunts, dont les remboursements rentrent dans les charges fixes de l'exploitation.

Entre 1975 et 1980, la SAFER a intervenu pour acquérir et aménager un lotissement agricole de 7,5 ha partagé en 12 lots de 5000 à 7000 m² sur lesquels 5 jeunes agriculteurs se sont installés16. Occupé à l'origine par la vigne, le secteur en question a accueilli par la suite plusieurs carrières de sable. Quand elles se sont arrêtées, elles ont laissé beaucoup de trous qui servaient souvent de décharges provoquant des nuisances aux agriculteurs voisins. Ces derniers ont demandé à la SAFER d'acquérir et d'aménager cet espace pour l'agriculture.

Les travaux effectués qui ont permis de viabiliser ce secteur dégradé par les exploitations de carrières, ont consisté en un déboisement, un nivellement avec apport de terre pour l'implantation des serres froides, un équipement en eau et électricité et la pose de clôtures à cause de la proximité du bois de Cergy (IAURIF, 1992)

2. Un espace sous fortes convoitises urbaines :

Urbaine par sa localisation, la zone maraîchère semble aussi devenir urbaine de point de vue de son fonctionnement. En effet, les divers usages et utilisations urbaines suscités par sa localisation géographique particulière, ont permis à cet espace de jouer pleinement le rôle d'un quelconque territoire urbain, puisqu'ils témoignent de la mise en place de divers liens fonctionnels avec l'agglomération de Cergy Pontoise.

Ces usages sont parfois en compétition, voire en complète contradiction entre eux mais aussi vis-à-vis de sa destiné de base qui demeure la production agricole. Ainsi, pour chaque groupe d'utilisateurs, ce site semble évoquer une fonction particulière qui répond à ses besoins; si on se permet, malgré tout, de garder l'appellation de « zone maraîchère » pour désigner ce territoire, il serait judicieux de parler de « zone(s) maraîchère(s)» dès lors que ce même espace est perçu suivant une multitude de considérations.

16 - Le lotissement reste le seul endroit dans la zone agricole où il est possible de construire, les bâtiments de France exigent toutefois des réglementations quant à la qualité architecturale des habitations et des hangars.

2.1. La zone maraîchère : un espace ouvert :

Dans un contexte de mise en concurrence, d'emblée sans merci, imposée par la mondialisation, la compétition entre les villes se joue désormais aussi sur leur capacité à procurer aux habitants et aux entreprises un meilleur cadre de vie, lequel demeure pour une grande partie dépendant de la présence du « non bâti » à proximité voire à l'intérieur des tissus urbains : les espaces ouverts deviennent une composante stratégique de l'attractivité de plusieurs villes régionales, notamment par les fonctions qu'ils peuvent assurer en constituant des espaces pour le développement de certaines activités « récréo - touristiques » disait Christopher R. Bryant à propos de la place des espaces ruraux périurbains et de l'environnement dans le développement régional (Christopher R. Bryant, 2005). Plus que jamais, ces espaces, qui ne doivent plus être considérés comme des réserves foncières mais en tant que parties non construites des villes (Guy Poirier, 2001), font partie intégrante des espaces urbains, les distinguant selon la place relative qu'ils occupent en leur sein.

A Cergy Pontoise, l'important rôle paysager que joue la zone maraîchère dans la constitution d'une continuité entre le bois de Cergy et la base de loisir des étangs, qui permet à l'agglomération de garder un « coeur vert », semble peu reconnu car il est moins mis en avant.

Ainsi sur la carte officielle de la ville, notamment celle éditée par la communauté d'agglomération en Janvier 2006, les espaces agricoles, dont fait partie la zone maraîchère, sont colorés en jaune clair sans aucune explication en légende dans laquelle tous les autres espaces constitutifs de l'agglomération sont repris d'une façon assez exhaustive. En revanche, les chemins d'exploitations encadrants ces espaces agricoles, trouvent toute leur place sur cette carte et dans sa légende avec le qualificatif de « chemins ruraux ». Si l'on considère cette désignation, on comprend que les espaces agricoles continuent, implicitement, d'être considérés comme étant « ruraux » malgré leur positionnement en milieu urbain.

La zone maraîchère n'apparaît donc nullement en légende de ce plan officiellement adopté pour Cergy Pontoise17, plus encore, elle se voit amputer de sa partie Ouest physiquement séparée d'elle par le boulevard de l'Hautil ; cette partie est représentée en vert clair(interprété en légende comme « espaces verts, parcs, jardins, parcs urbains ») se distinguant ainsi nettement du reste de l'espace agricole de l'agglomération (représenté en jaune clair sans aucun renvoi en légende). L'attribution d'une destiné non agricole à cette

17 - Il est d'ailleurs affiché au rez-de-chaussée de l'immeuble abritant le SAN, et présenté gratuitement aux visiteurs de celui-ci.

partie de la zone maraîchère classée « partiellement urbanisable » par le SDRIF de 1994, témoigne de la vision que les autorités de l'agglomération se font de l'espace agricole : les instigateurs du SDRIF qui ont délibérément classé certains espaces comme partiellement urbanisables, ont laissé aux élus locaux une marge de manoeuvre dans le choix des espaces à urbaniser leur permettant ainsi d'affirmer leur volonté politique en terme de préservation de l'agriculture (IAURIF, 2005).

Les espaces ouverts qu'inventorie ce plan de l'agglomération cergypontaine se scindent en deux groupes : le premier représenté en vert foncé (repris dans la légende par le qualificatif « d'espaces boisés ») se distingue d'une seconde entité composée d'une multitude d'espaces à nomenclature assez variée mais regroupés en une seule catégorie représentée en vert clair et reprise dans la légende sous l'appellation « d'espaces verts, parcs, jardins et parcs urbains ».

L'analyse de ce plan est d'une importance considérable lorsqu'on s'intéresse à la recomposition des rapports ville - agriculture en milieu urbain. Etant à la fois officiel, disponible, bien diffusé et offert gratuitement, ce plan cumule plusieurs avantages lui procurant l'accessibilité requise pour qu'il touche de près le public plus que les autres documents d'aménagement (POS ou PLU, schéma directeur...) qui demeurent généralement plus réservés18. Les informations qu'il véhicule bénéficient ainsi des conditions idéales pour se répandre efficacement parmi les citadins qui le prennent comme référence puisqu'il émane des autorités officielles de l'agglomération : conséquences, ce public, déjà fortement citadin par son mode de vie (notamment les jeunes), et pour qui ce plan occulte la présence d'espaces agricoles sur l'agglomération cergypontaine, ne peut guère constater l'existence d'une activité agricole au sein de la ville ; ce plan ne contribue donc pas à rétrécir le fossé séparant l'agriculture des citadins, bien au contraire, il ne peut que concourir à son élargissement.

En se référant à ce plan, tout laisse croire que l'espace agricole est considéré comme « réserve foncière » en attente d'urbanisation rappelant ainsi la position qu'ont eu longtemps les documents d'aménagement de la région parisienne à l'égard de ce type d'espace à l'échelle régionale.

L'une des raisons principales qui ont fait de l'espace agricole un espace secondaire, voire inintéressant, pour l'agglomération peut provenir d'une surestimation de la présence d'un meilleur cadre de vie défini par l'existence de nombreux espaces verts et parcs urbains sur son territoire : l'agglomération de Cergy Pontoise considère qu'elle a déjà donné pour le

18 - Ces documents sont payants au moment où ce plan est proposé gratuitement au niveau de toutes les mairies de l'agglomération.

cadre de vie et les espaces ouverts et verts, puisqu'elle estime que son image « d'agglomération verte » est suffisamment manifestée même au-delà de son propre périmètre, notamment à travers son engagement comme « ville porte » du Parc Naturel Régional du Vexin créé justement pour la contrecarrer et pour éviter son extension sur les plateaux du Vexin français en 1995 (Da Lage, 1996). Elle aurait donc tendance à ne plus juger utile de fournir des efforts supplémentaires qui auraient pour but de sauvegarder et de mettre en avant l'espace agricole qu'elle possède.

Par ailleurs, le besoin en espace ouvert et vert au sein même de cette agglomération ne se fait pas ressentir au point où la majeure partie de ses citoyens la considère comme ville verte (88% des habitants) (CA Cergy Pontoise, 2005); on peut donc comprendre que les espaces agricoles n'apportent pas de satisfaction particulière aux habitants de l'agglomération ni à leurs élus puisqu'ils se trouvent déjà satisfaits en espaces verts existants qui couvrent plus de 2000 ha (soit 1/4 de sa surface totale) : il y'a là une véritable concurrence qui oppose espaces verts et espaces agricoles et qui se joue désormais sur l'attraction d'opinions favorables à leur maintien, cette situation confirme le « principe paysagiste » évoqué par Pierre Donadieu et André Fleury qui est susceptible, dans certains cas, d'éliminer l'agriculture de l'espace urbain quitte à en reproduire certaines formes pittoresques ou symboliques dans les parcs ou les cités (Donadieu et Fleury, 1997). Face à une multitude de choix possibles, il n'est donc pas évident que l'agriculture soit l'alternative au bâti dans les milieux urbains et périurbains : jardins, espaces verts, forêts...., sont autant de concurrents potentiels pour l'agriculture dans ces espaces. A partir de là, on peut conclure que le statut de l'espace agricole dans l'agglomération cergypontaine est largement tributaire de la capacité de l'agriculture à montrer elle-même son utilité pour justifier son maintien en milieu urbain.

Au centre de l'agglomération, la commune de Cergy considère davantage son espace agricole dans ses documents officiels ; ainsi le manuel « Cergy pratique 2005 » édité par la ville de Cergy dont l'objectif est de présenter la ville d'une façon exhaustive et facilement compréhensible aux citoyens, rappelle que sur ses 1460 ha de surface totale, la ville de Cergy comporte 535 ha d'espaces ouverts (soit près de 37% de son territoire) parmi lesquels les surfaces agricoles sont comptabilisées pour les 160 ha qu'elles couvrent (Ville de Cergy, 2005). Les réflexions exposées par ce document qui sont accessibles à un large public puisqu'il est gratuitement distribué dans les points d'informations (CIDJ, accueil, hall de mairie...), illustrent bien l'image que se fait la ville de Cergy de son espace agricole et implicitement la volonté de diffuser cette image au sein de ces habitants afin qu'ils l'adoptent à leur tour.

Graphe 03 : La part de l'agriculture dans l'espace ouvert à Cergy.

Espaces verts urbains 25%

Coteaux verts
bordants
l'Oise 9%

Base de loisirs 28%

l'espace ouvert total à Cergy = 535 ha

Surfaces boisées 9%

Surfaces
agricoles 28%

Source des données : La ville de Cergy (2005)

A partir de l'analyse de ces documents, on arrive facilement à comprendre la tournure que prend la recomposition des rapports ville - agriculture à deux échelles territoriales et administratives différentes qui sont l'agglomération cergypontaine et la commune de Cergy. Au moment où l'espace agricole cergypontain demeure peu montré par les instances de l'agglomération à ses habitants, la ville de Cergy exprime une véritable intégration de son espace agricole dans ses espaces ouverts tout en continuant de le qualifier d'agricole : moins reconnue à l'échelle de l'agglomération cergypontaine, la zone maraîchère trouve une considération particulière au sein de la ville de Cergy où elle est perçue avant tout comme un espace ouvert au même titre que le reste des espaces verts et boisés que la commune comporte sur son territoire. Cette considération illustre l'une des principales possibilités d'intégration de l'agriculture dans les milieux urbains, en l'occurrence sa capacité à gérer et à entretenir des espaces ouverts à moindres coûts pour la municipalité.

2.2. La zone maraîchère : un espace de sport et de loisirs :

La zone maraîchère est traversée par un réseau de routes et de chemins d'exploitation goudronnés, larges de quatre mètres en moyenne qui forment en continuité avec les chemins de randonnés aménagés dans le bois de Cergy, un réseau de pistes plus important dans lequel

la tranquillité des lieux appelle à venir en profiter pour y pratiquer du sport de plein air (jogging, marche, vélo...), les « sportifs » attirés par le calme de l'endroit ne se contentent pas d'utiliser les principaux chemins qui encadrent les exploitations agricoles; ils n'hésitent pas à emprunter les chemins secondaires qui traversent les parcelles cultivées.

Ces routes et chemins d'exploitation sont essentiels pour le fonctionnement de la zone maraîchère car au delà du fait qu'ils sont les seuls axes permettant la circulation des engins agricoles, ils jouent également un rôle important lors des labours. En effet et par souci d'utiliser entièrement les surfaces de leurs parcelles, les agriculteurs labourent celles-ci jusqu'aux abords de ces chemins (sans laisser de bandes de séparation non labourées), techniquement et afin d'y parvenir, notamment lorsque le sens du labour est perpendiculaire aux chemins d'exploitation, c'est sur ces derniers que les agriculteurs effectuent les virages nécessaires pour labourer dans le sens inverse ; ces chemins acquirent ainsi un rôle fonctionnel les intégrant parfaitement aux exploitations durant la période du labour. La coïncidence des labours de printemps avec de belles journées ensoleillées, idéales pour les promenades et les sports de plein air, suscite de forts usages de ces chemins ; ils se trouvent sollicités à la fois par les agriculteurs et par les sportifs et les promeneurs créant ainsi des conditions de conflits d'usage accrus au cours de cette période.

Bien que ces sportifs et promeneurs sont de plus en plus nombreux à fréquenter la zone maraîchère (surtout pendent les journées ensoleillées), leur présence ne semble pas pour autant gêner les agriculteurs dans leur travail ; « on a aucun problème avec eux, au contraire, lorsqu 'ils viennent avec leurs enfants, ça nous fait plaisir car ils leur font découvrir notre travail » estime un agriculteur. Loin de causer une gêne à l'activité agricole, ces visiteurs constituent donc un maillon important dans la communication et le rétablissement des rapports entre agriculteurs et citadins en zone maraîchère. Il faut évidement tenir compte du fait que par leur dimension, leur localisation et les cultures qu'elles accueillent, les parcelles agricoles de cette zone n'offrent pas de conditions propices à la pratique de rodéo en plein champs (comme ce fut le cas pour certaines exploitations céréalières situées en périphéries urbaines dans des endroits moins surveillés) ; à l'inverse de leurs homologues de la zone maraîchère, quelques exploitants que j 'ai rencontrés dans le Vexin français, souffrent de véritables problèmes et dégradations que leur causent ces sports mécaniques.

2.3. La zone maraîchère : un espace de liaisons :

Au centre de la ville nouvelle, la zone maraîchère a hérité d'une localisation de carrefour. Délimitée par l'Oise (au Sud), le bois de Cergy (au Nord) qui donne sur un habitat collectif (quartier des Touleuses et des châteaux brûloirs au Nord, quartier des Maradas au Nord - est), et un habitat pavillonnaire (au Nord - ouest) assurant une transition vers la base de loisirs des étangs (à l'Ouest). Le site est traversé par deux voies de communications : la ligne A du Réseau Express Régional (RER) qui traverse aussi l'Oise et qui reste aérienne vers la partie Est de la zone maraîchère, une voie rapide à double sens (boulevard de l'Hautil) qui traverse l'Oise par un pont surélevé (d'une quinzaine de mètres environs) isolant ainsi la zone maraîchère de sa partie Ouest. A ces deux principales voies, s'ajoute une voie navigable que constitue l'Oise riche d'un important port (port de Cergy) et de nombreux clubs nautiques agrippés sur ses bords. Enfin, la totalité de la zone maraîchère est encadrée par un réseau de voies et de chemins d'exploitation fortement utilisé par de nombreux usagers (sportifs, promeneurs, services municipaux...) mais aussi par les simples habitants des périphéries de la zone maraîchère.

Loin d'être un espace isolé, le territoire de la zone maraîchère joue un rôle non négligeable dans la desserte de l'agglomération (notamment par le transport de marchandises à travers l'Oise) sans oublier la desserte totale des habitations installées sur les bords de l'Oise pour lesquelles la traversée de la zone maraîchère est toutefois incontournable pour rejoindre les autres quartiers de l'agglomération.

En plus de toutes ces liaisons qui permettent la circulation d'individus et des marchandises, la zone maraîchère permet aussi un autre type de desserte particulièrement lié à la présence d'habitations sur son territoire : elle est traversée par de nombreuses lignes électriques et téléphoniques qui rattachent ces habitations aux réseaux urbains.

Les supports de ces lignes qui sont des poteaux en bois ou en ciment, présentent des emprises au sol qui ne sont pas négligeables notamment autours des poteaux électriques. Bien qu'ils bordent majoritairement les pistes et les chemins d'exploitation, certains sont installés par endroits au milieu même des parcelles cultivées. Dans ces cas, ils sont susceptibles de constituer une gêne permanente aux agriculteurs qui doivent les éviter lors des labours en cédant un espace non exploité (près de 12 m²) autour de chaque poteau. Tandis que l'espace est justement une denrée rare en zone maraîchère, ces pylônes font perdre aux exploitants plusieurs mètres carrés de leurs champs qu'ils ne peuvent plus cultiver, sans oublier la perte de temps que provoque le détour de ces poteaux lors des différents travaux aux champs.

Photo 02 : L'emprise au sol des poteaux électriques sur les parcelles cultivées.

Bois de Cergy Voie du RER A

Source : Travail de terrain (Mai 2006)

2.4. La zone maraîchère : un espace habité :

En dehors des maisons construites sur le lotissement aménagé par la SAFER (appartenant à des agriculteurs), la zone maraîchère abrite aussi un certain nombre de constructions pavillonnaires qui jouxtent les exploitations agricoles en longeant la première boucle de l'Oise. Ces habitations qui sont, pour certaines d'entres elles, à quatre mètres des parcelles cultivées, sont séparées de celles - ci par les routes d'exploitation. Elles sont plus concentrées vers la partie Ouest de la zone maraîchère où elles forment un demi cercle Nord Sud délimitant celle - ci.

Par leur connexions aux différents réseaux urbains (réseau d'égouts, d'eau, d'électricité et de téléphone), elles ont suscité davantage de servitudes pour la zone maraîchère (emprise au sol des lignes électriques et téléphoniques), ainsi que des utilisations liées au fonctionnement de la vie quotidienne de leurs habitants (passages de facteurs, collectes d'ordures ménagères...).

Photo 03 : La zone maraîchère de Cergy, un espace habité.

Boulevard de l'Hautil

Bois de Cergy

Source : Travail de terrain (Mai 2006)

En zone maraîchère la rareté de l'espace constructible a imposé une disposition spatiale particulière à ces habitations. Ces dernières respectent en effet un alignement bien droit suivant le tracé de la route qui les sépare des parcelles cultivées tout en occupant au maximum l'espace contenu entre cette route et l'Oise ; au moment où la partie Nord de la zone maraîchère (la plus proche des constructions de la ville nouvelle) reste épargnée par les constructions, c'est par les bords de l'Oise que le bâti s'introduit et s'installe au voisinage des espaces cultivés de la zone.

L'espace bâti en zone maraîchère n'est cependant pas exclusivement occupé que par ces habitations, la surélévation de la ligne du RER et le boulevard de l'Hautil a suscité des constructions en béton (murs, ponts) qui cernent totalement la zone comme pour rappeler l'omniprésence de la ville dans ce coint de tranquillité.

Les habitants de la zone maraîchère entretiennent des relations de bon voisinage avec l'agriculture : par leur proximité, ils jouissent du privilège de s'approvisionner directement en légumes frais chez les agriculteurs pour lesquels ils constituent l'essentiel de la clientèle concernant la vente à la ferme.

2.5. La zone maraîchère : un lieu de décharges sauvages :

La localisation originale de la zone maraîchère, à la fois à l'écart mais pas trop éloignée des quartiers urbains de l'agglomération, a engendré des conditions favorables au développement de dépôts sauvages de déchets. Ces nombreuses « poubelles » à ciel ouvert trouvent refuge dans les bords de l'Oise avec des proportions plus ou moins faibles selon que l'endroit soit plus ou moins entretenu par son propriétaire : c'est d'ailleurs sur les terrains non clôturés que divers emballages (cannettes, bouteilles, bacs...), déchets électroménagers et autres, sont déposés.

Photo 04 : Décharge sauvage en zone maraîchère de Cergy.

Source : Travail de terrain (Mai 2006)

Si les bords de l'Oise les plus visibles et les plus proches des espaces cultivés accueillent plutôt des déchets liés plus à la fréquentation du site par des passants occasionnels, l'espace laissé entre la voie du RER et l'Oise qui est moins visible à partir de la zone maraîchère, est plutôt un endroit prisé pour déposer des déchets plus importants et de nature différentes (pneus, gros appareils électroménagers). Même si les bords de l'Oise demeurent de loin les plus touchées par ces décharges, notamment celles directement liées au voisinage urbain, d'autres endroits de la zone maraîchère ne sont pas complètement épargnés ; l'espace en pente généré par la surélévation du boulevard de l'Hautil connaît à son tour, mais d'une

Echelle : 1/10000

Neuville- 02

Sur - Oise Eragny-

Sur- Oise

Figure 04 : La zone maraîchère de Cergy : un espace fortement convoité.

03

06

04

Cergy Pontoise

(N° des photos obtenues)

Source : Travail de terrain (Mai 2006)

07

façon moindre, l'accumulation de déchets plus résiduels (sacs plastiques, cannettes et bouteilles de soda...) liés cette fois - ci à la fréquentation de ce boulevard.

Troisième partie :

L'agriculture de la zone maraîchère : une activité faiblement intégrée dans
l'agglomération de Cergy pontoise.

1. Présentation de l'agriculture de la zone maraîchère de Cergy :

Parmi toutes les utilisations de la zone maraîchère, l'activité agricole demeure de loin la plus imposante. Sur la totalité de son espace, 13 exploitations agricoles pratiquent essentiellement des cultures maraîchères avec une forte présence de la plasticulture (plus de 2,5 ha de serres), le matériel agricole est géré en CUMA et l'approvisionnement en semences et divers intrants s'effectue via la coopérative agricole de Cergy.

Le mode de faire valoir pratiqué est mixte (fermage - directe) avec la prédominance du fermage compte tenu de l'état du foncier : celui - ci est très morcelé à cause du morcellement de la propriété. Ainsi 102 personnes physiques ou morales (car l'agglomération et la commune de Cergy sont aussi propriétaires de certaines parcelles) se partagent une surface d'environs 824607 m² divisée en 111 parcelles formant 63 propriétés. Ce sont de petites propriétés appartenant le plus souvent à plusieurs propriétaires : 41 d'entres elles ont moins d'un hectare (dont 19 avec moins d'un demi hectare), elles occupent une surface totale de 20,8 hectares répartie sur 48 parcelles qui appartiennent à 67 propriétaires. 10 propriétés ont des surfaces comprises entre un et deux hectares, elles représentent une surface totale de 15 hectares répartie sur 22 parcelles appartenant à 19 propriétaires. 7 propriétés ont des surfaces entre 2 et 5 hectares, elles occupent une surface totale de 24 hectares répartie sur 28 parcelles appartenant à 12 propriétaires. Enfin, 3 propriétés ont entre 6 et 9 hectares. Elles occupent une surface totale de 22,4 hectares répartie sur 12 parcelles appartenant à 4 propriétaires.

Selon le nombre de personnes par propriété, on peut distinguer cinq catégories de propriétés foncières en zone maraîchère :

Une première catégorie avec une surface totale de 372312 m² (soit 45% de la surface exploitable de la zone maraîchère) représente 29 propriétés foncières. Elle regroupe les propriétés appartenant chacune à une seule personne et concerne 29 propriétaires. La seconde est la plus importante en terme d'étendue spatiale puisqu'elle couvre une surface totale de 402387 m² (soit 49% de la surface exploitable de la zone maraîchère) et représente 27 propriétés foncières. Elle regroupe les propriétés appartenant à deux personnes chacune et concerne 54 propriétaires.

Ces deux premières catégories qui peuvent être rassemblées en un seul groupe concentrent 94% de la surface cultivable de la zone maraîchère. Un second groupe qui concerne les 6% restants rassemble les trois dernières catégories de propriétés foncières : les propriétés appartenant à trois, à quatre et à cinq personnes qui s'étendent respectivement sur 231 67m², 1 9842m² et 683 9m² (soit 3%, 2% et 1% de la surface cultivable de la zone maraîchère).

Tableau 04 : L'état du foncier agricole en zone maraîchère de Cergy (Juin 2006).

Propriétaires par propriété (nombre)

1

2

3

4

5

Propriétés (nombre)

29

27

2

2

1

Propriétaires (nombre)

29

54

6

8

5

Parcelles (nombre)

48

56

3

2

1

Propriétaires par parcelle (nombre)

0,60

0,96

2

4

5

Surface totale (m²)

372312

402387

23167

19842

6899

Surface par parcelle (m²)

7756,5

7 185,48

7722,33

9921

6899

Surface par propriétaire (m²)

12838,34

7451,61

3861,16

2480,25

1379,8

 

Source : Données cadastrales de la commune de Cergy, 2006.

La rareté de l'espace en zone maraîchère a contraint certains exploitants à rechercher d'autres emplacements plus loin pour agrandir leur SAU.

Selon que les agriculteurs cultivent ou non des parcelles en dehors de la zone maraîchère, l'organisation de leurs exploitations ainsi que leurs stratégies semblent se présentées différemment ; dès lors un critère de typologie des exploitations selon la localisation de leurs parcelles permet de distinguer deux types d'exploitations :

Le premier type « type A » regroupe les exploitations dont la totalité des parcelles cultivées est exclusivement localisée en zone maraîchère. Ce sont des exploitations de surface moyenne de 8 ha avec des parcelles qui sont soit regroupées en