Rechercher sur le site:
 
Web Memoire Online
Consulter les autres mémoires    Publier un mémoire    Une page au hasard

Les anomalies des nouvelles introductions en bourse: Cas du nouveau marché français


par Najed BEN HADJ AL
IHEC Tunis
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

Université de 7 novembre à Carthage

Institut des Hautes Etudes Commerciales à Carthage

IHEC

Mémoire de fin d'études

(2004-2005)

Mastère : Monnaie et Finance

Elaboré par : Encadré par :

BEN HADJ ALI Najed BEN KHLIFA Zouhaier

hadjalinajed@yahoo.fr

hnajed2007@gmail.com

Introduction générale

Les études portant sur les nouvelles introductions en bourse (Initial Public Offering IPO), se proposent généralement de répondre aux questions suivantes :

1- Pourquoi faire appel public à l'épargne ?

2- Pourquoi le premier cours de clôture sur le marché secondaire est supérieur au prix d'introduction (la sous-évaluation des IPOs)

3- Quels sont les prochains détenteurs de ces nouvelles actions ? C'est à dire l'allocation des IPOs aux différents investisseurs.

4- Y a -t -il une sous performance de long terme des IPOs ?

5- Par quoi expliquer le cycle d'IPOs ?

La raison principale de faire appel public à l'épargne est la collecte des fonds nécessaires au financement des projets futurs de l'entreprise. En effet, une entreprise cotée peut augmenter son capital beaucoup plus facilement qu'une entreprise non cotée et l'élargissement du cercle des actionnaires de l'entreprise permet une meilleure répartition des risques et une diversification des sources de financement grâce à une panoplie de produits financiers répondants aux besoins de l'entreprise.

Également, s'introduire en bourse permet à l'entreprise une plus grande autonomie, une meilleure notoriété, dans la mesure où elle fera l'objet d'une attention plus soutenue de la part du milieu financier et verra alors son image de marque et sa crédibilité s'affirmer auprès des banques fournisseurs et clients, une évaluation permanente et une liquidité des titres qui permet aux propriétaires (ou actionnaires) de valoriser leur patrimoine à la valeur réelle et de diversifier leur investissement.

De même l'introduction en bourse permet d'attirer et de maintenir des dirigeants de qualité et de leurs proposer des formules de motivation et d'intéressement tels que les options. Avec des actions cotées les dirigeants peuvent également évaluer leur intéressement et mesurer les gains réalisés, tout en étant sûr de pouvoir vendre leurs actions au moment voulu.

Cependant, l'entreprise fait face à une grande transparence, dans l'obligation de publier ses états financiers périodiquement, et une dilution du capital qui fait que les dirigeants fondateurs ne possèdent plus la majeure part suite à l'ouverture du capital au public ce qui conduit à un élargissement du conseil d'administration.

L'observation de l'évolution des cours suite à l'introduction en bourse montre des rendements élevés sur les premiers jours de cotations. La hausse des cours garantie aux investisseurs un rendement initial anormal positif faisant preuve d'une initiale sous-évaluation des nouvelles actions.

Cette première anomalie de court terme ne dépend pas de l'organisation d'un marché donné, mais elle est plutôt mise en évidence par la plupart des études en la matière en adoptant diverses méthodologies.

L'analyse du comportement de long terme des taux de rendements des actions à la suite des évènements que connaît l'entreprise tels que la distribution de dividendes, les opérations de Split, acquisitions ou émission d'actions nouvelles, permet de déceler la performance anormale de long terme. Diverses approches sont utilisées et différents test statistiques sont adoptés afin de mettre en valeur l'ampleur et la significativité de cette performance anormale que ce soit une sur ou sous performance.

Une méthode de tester si le prix d'introduction ou le premier cours de clôture est la meilleure estimation de la valeur réelle ou fondamentale, est d'examiner les taux de rendements de long terme.

Au delà des premiers jours de transactions et des rendements initiaux positifs, l'étude des rendements anormaux de long terme (3 à 5 ans) montrent une sous performance des nouvelles actions à diverses références des rendements espérés ou normaux tels que les indices de marché, les entreprises de contrôle et les portefeuilles de référence.

L'existence des taux de rendements anormaux, prouve donc que le premier cours de clôture est une estimation biaisée de la valeur fondamentale de l'action.

La deuxième anomalie de long terme, celle de la sous performance, trouve son origine dans les rendements anormaux négatifs de long terme.

L'observation du volume des nouvelles introductions en bourse en nombre pour un marché donné et sur une période de temps assez longue montre l'existence de périodes de fort volume d'IPOs (Hot Market ou marché haussier) et des périodes de faible volume d'IPOs (Cold Market ou marché baissier) soit un cycle d'IPOs suivi par un cycle de rendements initiaux. D'où la troisième anomalie celle de Hot Market phenomenon mise en évidence par la plupart des études portant sur la sous-évaluation et/ou la sous performance de long terme des IPOs.

Dans ce présent travail on se propose d'apporter une revue de la littérature sur les trois anomalies ainsi présentées, à savoir la sous-évaluation et le cycle des nouvelles introductions en bourse dans un premier chapitre et la sous performance de long terme dans un deuxième chapitre et d'étudier principalement le signe de la performance anormale de long terme des nouvelles introductions en bourse sur le nouveau marché français et ses explications possibles, dans un troisième chapitre.

Chapitre 1 La sous-évaluation et le cycle des nouvelles introductions en bourse

Introduction 

Le phénomène de court terme le plus étudié dans le cadre des nouvelles introductions en bourse est celui de la sous-évaluation. Généralement, en se situant du côté de l'entreprise et/ou de l'introducteur chef de file, les rendements initiaux des premiers jours de transactions font preuve d'une divergence d'opinions entre les investisseurs (marché) et l'entreprise nouvellement introduite en bourse sur la vraie valeur de la nouvelle action.

La deuxième anomalie celle du cycle d'IPOs, se manifeste par des périodes de fort volume d'IPOs soit des rendements initiaux moyens élevés, soit un degré de sous-évaluation assez important, favorisé par un sur optimisme de la part des investisseurs. En contrepartie, les périodes de faibles volumes d'IPOs seront suivies par des rendements initiaux moyens faibles, soit un niveau de sous-évaluation moins important.

Dans ce premier chapitre, on se propose de décrire la première anomalie, celle de la sous-évaluation des IPOs, avec une revue de la littérature sur les principaux résultats en la matière et les explications qui y sont apportées et ce après avoir présenté les principales méthodes d'évaluation du prix d'introduction, qui conditionnent en quelque sorte le niveau de la sous-évaluation obtenue sur les premiers jours de cotations.

Enfin, on se propose de découvrir la deuxième anomalie celle du cycle d'IPOs et les explications qui lui est apportées.

Section 1 Les méthodes d'évaluation du prix d'introduction

Les anciens actionnaires optant pour l'introduction de l'entreprise en bourse seront préoccupés de savoir à quel prix ils pourront céder leurs titres. L'évaluation de la nouvelle action consistera surtout à déterminer si son prix de marché est conforme ou non à l'idée que l'on peut se faire de la valeur du titre ou au contraire si cette valeur apparaît supérieure au cours ou inférieur à celui-ci.

Dans cette section on va présenter les différentes méthodes servant à évaluer le prix d'introduction en bourse.

A) Les méthodes patrimoniales d'évaluation :

Selon cette approche, la valeur de l'entreprise est obtenue en majorant l'actif net comptable corrigé d'une prime représentant la valeur de l'actif incorporel.

La détermination de l'actif net comptable corrigé se fait à partir du bilan une fois les éléments qui le composent ont subi des réévaluations et des corrections.

a) L'actif net comptable corrigé (ANCC) :

Pour retrouver l'actif net comptable corrigé on doit passer par la détermination de l'actif net comptable :

1) L'actif net comptable (ANC) :

L'actif net comptable est définit comme l'excédent du total des biens et droit de l'entreprise sur le total de ses dettes envers les tiers.

ANC = actif réel - passif exigible = AR - PE

Avec AR = actif total - actif fictif = AT - AF (l'actif fictif regroupe, principalement, les frais préliminaires, les charges à répartir, les frais d'émission et primes de remboursement des obligations, et les écarts de conversion)

ANC = AR - PE

= AT - AF - PE

= PT - AF - PE

= capitaux propres + PE - AF - PE

= capitaux propres - AF

La valeur ainsi obtenue par la lecture du bilan est insuffisante car elle ne permet pas d'avoir une bonne estimation de la valeur de l'entreprise et ce vue les principes comptables surtout en matière de comptabilisation au coût historique, et le principe de prudence empêchant l'entreprise de comptabiliser les enrichissements latents ou plus values (mais seulement des moins values).

L'ANCC va donc être établi en revalorisant ou en dévalorisant les principaux éléments patrimoniaux constitutifs du bilan.

2) La réévaluation des postes de l'actif :

La démarche consiste à remplacer des valeurs nettes comptables par des valeurs marchandes.

La réévaluation peut se faire selon deux modes : un mode légale selon des coefficients de réajustement tenant compte de l'inflation et un mode libre effectué par les experts spécialistes.

Ce ci concerne les principales rubriques suivantes :

- Immobilisations lourdes (terrains, bâtiments) : la valeur historique est à remplacer par celle proposée par les experts en estimation immobilière qui tient compte de l'inflation, de l'emplacement et du coefficient de vétusté1(*)ou de revalorisation pour les constructions.

- Matériels et équipement industriels : il s'agit de remplacer les valeurs figurants dans les livres comptables par des valeurs d'utilité ou marchandes ou vénales.

- Actifs financiers (prêts, titres de participations, valeurs de placement) : On prend pour ces actifs leurs cotations si elle est disponibles à leurs prix de remboursement, ou encore une estimation par capitalisation des dividendes voir des bénéfices.

- Stocks : les produits finis et semi-finis, sont évalués sur la base de leurs coûts de production. L'ajustement de valeur sur ces actifs doit se faire par la voie d'une vérification de justesse des provisions pour dépréciations.

- Certains actifs assimilables à des charges (actifs fictifs) : De tels emplois sont habituellement non pries en comptes dans ce genre d'évaluation.

3) La réévaluation des postes du passif :

- Les subventions d'investissement et les provisions réglementées : Ces rubriques viennent en diminution de l'ANCC (capitaux propres), déduction faite de l'incidence fiscale.

- Les provisions pour risque et charge : les provisions certaines sont à traiter comme du passif exigible alors que les provisions sans objet ou aléatoires, voir annulables, sont à réintégrer dans les capitaux propres déduction faite de l'incidence fiscale latente.

- L'endettement financier : quand le taux de marché, au moment de l'évaluation est supérieur à celui de l'emprunt, une dette financière cessible pourrait être retenue pour une valeur plus faible que celle inscrite en comptabilité.

- Les autres ajustements :

· Les derniers dividendes non encore distribués doivent être déduite de l'actif net corrigé.

· Les comptes courants d'associés également assimilables à du passif exigible.

ANCC = ANC #177; éléments de réévaluation #177; incidence fiscale

b) La notion du Goodwill (GW) :

La méthode du goodwill est une extension de la méthode de l'actif net comptable corrigé, dans la mesure où la valeur patrimoniale de l'entreprise est corrigée pour tenir compte non seulement des éléments incorporels activés (liés à l'exploitation tels que le brevet, fond de commerce ...) mais aussi des éléments incorporels non activés (savoir faire de la direction et de son personnel, la fidélité de sa clientèle, notoriété, organisation de l'entreprise). Tous ces éléments donne une valeur qui s'ajoute à l'actif net intrinsèque. Cette survaleur s'appelle goodwill.

Valeur globale de l'entreprise = Actif net + goodwill

Avec : Actif net = ANCC - éléments incorporels activés

Les experts de l'évaluation des entreprises proposent différentes formules pour estimer le goodwill. Toutes ces formules se résument dans la recherche d'un capital qui donnerait dans les ans à venir la différence entre les bénéfices totaux attendus de l'entreprise, et le revenu que rapporterait le placement au taux d'intérêt du marché de capitaux d'une somme égale à l'actif net.

1) La méthode des anglo-saxons :

Soit B : le bénéfice net ; A : actif net ; i : taux de rendement sans risque ; i: taux de rendement supérieur à i et i'° [2i ; 2,5i] ; S : superprofit ; V : valeur de l'action ou valeur de l'entreprise.

Le superprofit est supposé être constant et infini

iA : étant le résultat que devrait procurer la valeur substantielle en lui appliquant le taux de référence i


2) La méthode des praticiens :

Le bénéfice net est supposé être constant à l'infini et i' = 2i

V est une moyenne arithmétique de la valeur substantielle et de la valeur capitalisée des bénéfices au taux i.

3) La méthode des experts comptables :

Cette méthode suppose que le superprofit (S) est constant et calculé plutôt par rapport à la rentabilité totale (iV) et non par rapport à la rentabilité de l'ANCC sans les éléments incorporels (iA).

Avec en pratique n ° [3,5] puisque le superprofit est relatif à des éléments incorporels risqués et peu stables et une durée de vie plus longue sera exagérée.

4) La méthode de la rente abrégée :

Dans ce cas le superprofit n'est plus constant :

Avec

Où k = i+Ð

Р: prime de risque de l'entreprise et le risque associé à la réalisation de St

B) Les méthodes comparatives :

Parmi ces méthodes les plus utilisées par les analystes financiers sont : le PER et le délai de recouvrement.

a) Le PER (Price to Earning Ratio):

Ce ratio est utilisé pour porter un jugement de valeur sur un titre, directement ou indirectement, via des modèles boursiers. Le PER est assimilable à l'inverse du taux requis par le marché pour le titre en question.

Pour que le critère du PER soit significatif et pour qu'il soit retenu comme critère d'évaluation, il faut l'interpréter de façon relative. Autrement dit il faut raisonner dans une optique comparative et dynamique. Ceci ne peut être possible que si on place l'entreprise dans le cadre de son secteur et son marché. Le PER d'une valeur va être comparé alors à un PER de référence qui est celui du secteur1(*) ou du marché (Benchmarking).

Ce ratio exprime la valeur de l'entreprise sur la base du nombre d'années de bénéfices achetés.

Avec BPA : le bénéfice par action, qui traduit l'enrichissement théorique de l'actionnaire pendant l'année rapporté à une action.

b) Le délai de recouvrement :

C'est le nombre d'années nécessaires pour récupérer la valeur de la société à partir des bénéfices nets actualisés au taux sans risque (Rf). C'est un ratio plus puissant que le PER dans la mesure où il inclut la croissance des résultats mais nécessite des prévisions des bénéfices sur une longue période.

Si on suppose la croissance des bénéfices à un taux (g) :

C) Les méthodes des flux financiers :

a) Le modèle d'actualisation des flux de dividendes (dividend discounted model) :

Ce modèle consiste à définir la valeur de l'action comme la somme actualisée des dividendes prévisionnels.

(1)

V : valeur de l'action

DPA: le dividende anticipé par action à la date t

P: la valeur liquidative à la date n

k : le taux de rendement exigé par l'investisseur

n : le nombre d'années de détention de l'action

Il est à noter que la valeur liquidative perd de son importance avec une période de détention plus longue, faisant des dividendes la seule variable explicative du cours de l'action :

Le modèle d'évaluation de base.

Cette formule est plus facile à exploiter avec la reconnaissance de la politique de distribution des dividendes adoptée par l'entreprise.

Parmi les modèles qui dérivent de ce modèle de base de FISHER on peut citer le modèle de Gordon Shapiro et le modèle de Bates.

b) Le modèle de Gordon Shapiro :

Ce modèle part de l'idée suivante : si la prévision période par période du dividende future est une opération complexe, peut être sera-t-il plus facile de calculer son évolution dans un long terme en s'appuyant sur une tendance générale. Ce modèle suppose que le dividende par action (DPA) croît chaque année au même taux constant (g) jusqu'à l'infini.

Sous,

Si on pourrait supposer que k > g, vue que le cas inverse peut exister mais ne serait pas une situation durable :

La méthode de Gordon Shapiro est simple dans la mesure où elle permet aux investisseurs de se faire une idée rapide de la société avec un minimum d'informations.

Si on suppose que l'entreprise distribue une proportion (p) du bénéfice :

La principale limite de ce modèle réside dans l'hypothèse de la distribution de dividendes à l'infini qui ne pose pas de problème mais le fait de supposer la croissance des dividendes à l'infini le pose.

c) Le modèle de Bates :

Ce modèle met en relation le PER actuel d'un titre avec son PER dans (n) années compte tenu d'un taux de croissance des BPA, du taux de distribution (p) pendant cette période et du taux de rentabilité exigé par l'actionnaire (k).

Les dividendes sont toujours supposés être croissants à un taux constant (g) entre 0 et n et le taux de distribution de dividendes est constant et correspond au rapport entre le dividende de l'exercice et le bénéfice net de l'exercice précédent.

Or Bn = B0 (1+g)n donc

Soit et

D'où

M = PERn : le PER de sortie

m = PER: le PER d'entrée

A et B : paramètres du modèle de Bates fonctions de g, k, n.

Parmi les limites de ce modèle :

- Il n'est pas facile d'avoir des prévisions des bénéfices et des distributions cohérentes avec les possibilités de l'entreprise.

- La prévision du PER de sortie est difficile. Cependant on pourrait l'éloigner pour limiter son effet.

- Les tables de Bates ne prévoient que la croissance des bénéfices, mais ni la décroissance ni les pertes.

- Ce modèle repose sur la stabilité relative du PER sectoriel.

d) Calcul du taux d'actualisation (k) :

Les modèles ainsi présentés posent le problème de choix du taux d'actualisation (k) qui devait être retenu et qui doit refléter le risque de l'entreprise découlant de l'exploitation, de la structure d'endettement, ainsi que du risque de marché. Ce taux correspond généralement au taux sans risque majoré d'une prime de risque.

Le modèle généralement utilisé est celui du MEDAF et le taux (k) sera donné par l'expression suivante :

k = â (Rm - Rf) + Rf

Avec  â : le coefficient de risque de l'entreprise

R: la rentabilité du marché

R: le taux sans risque.

A partir de l'expression ainsi présentée, il ressort le problème de calcul de â pour le cas d'une entreprise qui ne présente pas encore un historique des cours boursiers. L'une des solutions possibles est de décomposer le risque de l'entreprise en un risque sectoriel et un risque relatif à la structure financière ou structure de capital de l'entreprise.

Âz = âsecteur + âstructure

Avec : donc (2)

Avec : D : la dette financière nette = la somme des dettes génératrices d'intérêts - liquidité et équivalent de liquidité

: Taux d'impôt

V : la valeur de l'entreprise

Comme c'est indiqué ci-dessus la formule de â est fonction de la valeur de l'action à chercher. Pour arriver à déterminer la valeur de â de l'entreprise (z) on procède par un processus itératif. Ce processus consiste à fixer ou à choisir, en premier lieu, une valeur initiale de V qui peut être par exemple l'ANCC, de remplacer cette valeur dans la formule (2) sachant la valeur de âsecteur qui peut être calculé en choisissant une entreprise (x) du même secteur d'activité que celui de (z) et le âsecteur sera donné par : . La valeur du taux d'actualisation (k) ainsi obtenue sera utilisée dans l'un des modèles des flux financiers. La première valeur de V ainsi calculée est réutilisée de nouveau pour obtenir une nouvelle valeur de (k) qui elle-même réutilisée pour dégager une nouvelle valeur de V, et ainsi de suite jusqu'à arriver à une valeur stable de V retenue comme la valeur de l'action selon les modèles des flux financiers.

D) Les méthodes des flux économiques :

Contrairement aux méthodes ainsi présentées qui ne considèrent pas l'activité propre de l'entreprise et sa valeur industrielle et commerciale, la méthode des flux économiques (ou flux de trésoreries nets) tient compte des besoins en capitaux de l'entreprise, de l'opinion du marché et du principe selon lequel la valeur d'un actif est déterminée par le revenu qu'il génèrera dans le futur.

Dans cette méthode on s'intéresse à l'activité de l'entreprise et on exclut tous les flux liés à la politique financière supposée être constante et qu'elle n'intervient dans la détermination de la valeur de l'entreprise qu'à travers le taux d'actualisation.

Avec : VG0 : la valeur globale de l'entreprise à t = 0

VGn : la valeur globale de l'entreprise en n

k : le taux d'actualisation

F: les flux nets de trésorerie répartis entre actionnaires et obligataires

L'entreprise n'appartient pas aux seuls actionnaires mais également aux créanciers soit à l'ensemble des bailleurs de fonds.

La valeur de l'entreprise doit être donc répartie entre les actionnaires et les créanciers. Pour celle revenant aux créanciers, elle est mesurée par la dette financière nette, et la valeur de l'entreprise revenant aux actionnaires serait alors :

Avec D0 : la dette financière nette en t = 0

a) Détermination des discounted cash flow (Ft):

Ces flux sont déterminés en fonction des flux d'exploitation (liés aux cycles d'exploitation, de production, et de vente), des flux d'investissement (composés par les investissements nets des cessions nets d'impôt et de la variation du besoin en fond de roulement (?BFR)) et des autres flux (les produits et charges exceptionnels).

Une présentation schématique des flux nets de trésorerie peut être déterminée comme suit :

Ft = (Résultat d'exploitation) t t = 1.....n

- Impôt théorique (ô.RE)

+ (Provisions (hors actif circulant) nets des reprises) t

+ (Dotations aux amortissement nets des reprises) t

- Investissement brut de (t) y compris la production immobilisée

+ (Cessions nettes d'impôt) t

- ?BFR

+ (Produits exceptionnels nets d'impôt) t

- (Charges exceptionnelles nettes d'impôt) t

b) Détermination de la VGn :

Une des méthodes de calcul de la valeur globale en (n) est d'utiliser l'ANCC et :

VGn = ANCCn + Dn

Une autre alternative est de considérer par exemple que les discounted cash flow ont un comportement de type Gordon Shapiro, autrement dit, sont croissants à un taux constant (g) à partir de (n) à l'infini.

g < k

D'où

c) Détermination du taux d'actualisation :

Le taux d'actualisation (k) utilisé correspond à la rémunération de l'ensemble des bailleurs de fonds1(*).

Pour les actionnaires : c'est le coût de fond propres kE = Rf + â (Rm - Rf)

Pour les créanciers : c'est le coût de la dette kD2(*). Ce coût peut être déterminé par le tableau d'amortissement de la dette kD / valeur de la dette - frais =

Avec : at : l'annuité

E/I : économie d'impôt sur les intérêts et sur les frais d'emprunt.

Le taux d'actualisation (k) n'est autre que le coût moyen pondéré de capital du coût des fonds propres (kE) et le coût de la dette (kD).

Avec : E et D = valeurs de marché de la contribution des actionnaires (E) et des prêteurs (D) au financement des emplois économiques.

Les méthodes ainsi présentées d'évaluation de l'entreprise ne sont qu'un aspect d'autres techniques d'évaluation susceptibles d'être utilisées. La recherche dans ce domaine et les développements récents de la finance d'entreprise, fait aussi intervenir la théorie des options dans l'évaluation de l'entreprise. La difficulté de l'évaluation ne réside non seulement dans la mise en oeuvre de l'une ou l'autre méthode mais aussi dans le choix de la bonne méthode.

En pratique, les introducteurs chargés de la détermination du cours d'introduction retiennent la valeur moyenne issue des différentes méthodes d'évaluation.

Section 2 La sous-évaluation

Étant donné le prix d'introduction ainsi déterminé par le responsable de l'opération d'introduction en bourse, le niveau de sous-évaluation sera en partie déterminé par le résultat des méthodes d'évaluation choisies.

A) Définition

La sous-évaluation est définit comme la différence entre le prix d'équilibre ou d'introduction et le prix payé par les souscripteurs à l'action nouvellement introduite en bourse. Plus cet écart est élevé plus le cours supposé être d'équilibre divergera de la valeur fondamentale ou « réelle » de l'entreprise1(*).

L'hypothèse de l'efficience des marchés financiers suggère que le cours d'une société nouvellement introduite en bourse s'ajuste rapidement dans les trois premiers jours de transactions pour se stabiliser à un niveau d'équilibre qui reflète toutes les informations disponibles au moment de l'introduction. La sous-évaluation, se présente ainsi comme l'une des anomalies2(*) des nouvelles introductions en bourse faisant preuve de l'inefficience du marché financier surtout avec la persistance des rendements anormaux réalisés sur les premiers jours de transactions, sur des semaines et même des mois à partir du premier cours côté.

La sous-évaluation se manifeste donc, généralement par l'écart entre le cours d'introduction et le premier cous côté, ou par le volume de la demande par le ratio du nombre de titres demandés et celui des titres offerts, ou par l'écart de taux de rendement de l'action par rapport à celui de la référence.

Il est à noter à ce niveau que lors de la définition de la sous-évaluation on se situe du côté de l'entreprise. Autrement dit l'action dite sous-évaluée de la part de l'entreprise ou plus précisément de son introducteur en bourse, est surévaluée de la part du marché se manifestant par un excès de la demande.

B) Evidences empiriques :

Plusieurs études réalisées dans divers pays parviennent à des conclusions similaires. Elles montrent que, les actions nouvellement introduites en bourse actionnent des performances anormalement positives sur les premiers jours de transactions.

Les méthodologies généralement adoptées consistent à analyser l'évolution et le signe des rentabilités des actions sur un horizon de quelques jours, voir des semaines ou les mois qui suivent leur introduction en bourse, soit à court terme, sous l'hypothèse que l'attitude du marché peut ne pas être reflétée totalement sur les premiers jours de transactions.

Mais il est possible également d'examiner tout simplement le taux de rendement initial 1(*)(initial return) qui d'une puissance de traduire l'attitude du marché au premier jour d'introduction, soit le contenu informatif de ce ratio qui est important.

Mc Donald et Fisher (1972) analysent les performances boursières de 142 sociétés américaines qui ont été introduites en bourse au cours du premier trimestre de l'année 1969. Le taux de rentabilité moyenne ajustée s'élève à 28,5 % au cours de la première semaine et à 34,6 % et - 3,2 % respectivement sur la deuxième et la troisième semaine.

L'étude d'Ibbotson et Jaffe (1975) s'intéresse aux périodes de fort volume d'IPOs (Hot Market) celles de (1959- 1961) et (1968- 1969). Durant ces périodes les rentabilités initiales sont particulièrement importantes (la moyenne est de 16,83 %).

Sur la période 1975-1980, Neuberger et Lachapelle (1983) obtiennent un taux de rendement moyen ajusté de 22,7 % au cours de la première semaine et de 33,6 % au cours du premier mois post introduction en bourse de 118 entreprises américaines.

Ibbotson (1975) procède quant à lui par une régression à l'aide du modèle RATS (Regression Across Time and Security) sur un horizon de quelques semaines après l'introduction :

Où n est une constante qui représente le nombre de semaines objet de l'horizon d'étude (semaine d'expérience).

Rin : taux de rentabilité du marché pour la nième semaine

RMn : taux de rentabilité du marché sur la même semaine que Ri

RFn : taux sans risque sur la même semaine n

åin : résidu

Sur la période 1960-1969 Ibbotson a conclu que les 102 titres nouvellement introduits en bourse sont en moyenne sous-évalués de 11,4 %.

Dans le tableau qui suit on reporte les principales études traitant la question de la sous-évaluation sur le marché américains jusqu'aux années 80.

Tableau 1 La sous-évaluation des IPOs américains jusqu'aux années 1980

Auteurs

Année

Période d'étude

Taille de l'échantillon

Performance initiale

Stoll et Curlay

1970

1957-1963

205

42,4 %

Logue

1972

1er trimestre 1969

250

30 %

Mc Donald et Fisher

1972

1er trimestre 1969

142

1ère semaine : 28,5%

2ème semaine : 34,6 %

3ème semaine : -3,2 %

Reilly

1973

1963-1965

53

1ère semaine : 9,9 %

2ème semaine : 8,7 %

Ibbotson

1975

1960-1969

120

11,4 %

Block et Stanley

1980

1974-1978

102

1ère semaine : 20,7 %

à un mois : 3,3 %

Neuberger et Lachapelle

1983

1975-1980

118

1ère semaine : 20,7 %

à un mois : 27,7 %

Ritter

1991

1975-1984

1526

23 %

Source : Ritter (1991)

Parmi les études les plus récentes, abordant la question de la sous-évaluation des IPOs en utilisant le rendement initial sur le premier jour de transaction, on peut citer celle de Ritter et Welch (2002) portant sur un total de 6249 IPOs sur la période 1980-2001. Le tableau suivant reporte les principaux résultats sur la période 1990-2001 :

Tableau 2 La sous-évaluation des IPOs américains sur la période 1990-2001

Année

IPOs

Rendement initial moyen (RI)

Nombre d'IPOs

Avec un RI >100%

Manque à gagner (Money Left

on the Table) 1(*)

Produit d'introduction

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

104

273

385

483

387

432

621

432

267

457

346

80

10.8%

12.1%

10.2%

12.8%

9.8%

21.5%

16.7%

13.8%

22.3%

71.7%

56.1%

14.0%

1

0

2

2

1

13

7

2

12

111

71

0

$454million

1 788

2 148

3 915

1 650

5 033

7 383

4 644

5 352

37 943

27 682

2 973

$5,611 million

15 923

26 373

34 422

19 323

28 347

45 940

31 701

34 628

66 770

62 593

4 344

Total

4,267

24.19%

222

$100,988

$405,972

1980-89

1990-94

1995-98

1999-00

2001

1982

1632

1752

803

80

7.4%

11.2%

18.1%

65.0%

14.0%

9

6

34

182

0

$5 409

9 954

22 436

65 625

2 973

$82 476

101652

140 613

129 363

34 344

Source : Tableau adapté de Ritter et Welch (2002)

Le tableau 1 et 2 montrent une persistance du phénomène de la sous-évaluation indépendamment de la période d'étude avec un niveau plus important sur la période 1999-2000 caractérisée par une bulle Internet, où plusieurs entreprises du secteur des nouvelles technologies ouvrent leurs capital au public. En plus, le nombre d'entreprises ayant un taux de rendement initial supérieur à 100 % atteint son pic en 1999 (111) et reste également important en 2000 (71). Le degré de la sous-évaluation, est moins important sur les années 80 et possède une tendance à la hausse à partir du début des années 90 et un renversement de tendance à la baisse se produit à partir de 2001.

Quant au manque à gagner, mesuré par le nombre d'actions mises en vente multiplié par le rendement initial, suit également la même tendance que la sous-évaluation.

La hausse dans le degré de la sous-évaluation sur la période 1999-2000 (65 %) est attribuée, selon Loughran et Ritter (2003), d'une part à un changement dans la classe de risque des entreprises faisant appel public à l'épargne, un réalignement des motivations, et un changement dans la fonction objective des entreprises d'autre part. En effet, sur cette période les entreprises qui y s'introduisent en bourse, ont moins d'attention apportée à la maximisation des fonds ou du produit d'introduction et se concentrent plus sur la couverture des recherches et à consacrer une part des nouvelles actions émises aux personnels de l'entreprise sous un souci de motivation assurant plus de stabilité organisationnelle.

Mc Donald et Jacquillat (1974) montrent l'existence d'une sous-évaluation de 31 nouvelles introductions en bourse sur la période 1968-1971 selon la procédure de mise en vente réalisées sur la cote officielle française. La rentabilité ajustée à celle du marché mesurée par l'indice CAC40 (sous l'hypothèse d'un risque systématique égale) s'élève à 3 % le premier jour, 4,42 % la première semaine et 5 % à 1 mois de la date d'introduction en bourse. Les auteurs partent donc de l'hypothèse d'un ajustement partiel des cours à partir de la date d'introduction. Autrement dit, pour pouvoir juger l'existence d'une sous-évaluation il faut suivre la performance boursière des nouvelles actions à court terme à partir d'un jour à quelques semaines après l'introduction en bourse. En plus, la rentabilité moyenne obtenue le 1er jour de transactions est supposée être significativement positive sachant l'expérience acquise par des investisseurs, qui en aient l'habitude de voir le comité d'introduction fixer le prix d'introduction en bourse en dessous de sa valeur fondamentale créant ainsi un excès de demande pour le nouveau titre. Par conséquent, et contrairement aux études se limitant au rendement initial comme mesure de la sous-évaluation, les auteurs suggèrent la nécessité d'étudier plutôt les rendements anormaux réalisés par la nouvelle action à court terme.

La procédure utilisée est la suivante :

Où : Rjt : taux de rentabilité de l'action j pendant la période t

Rmt : taux de rentabilité du marché mesuré par l'indice CAC40 pendant la période t

b: c'est le paramètre â de l'action j

Ujt : traduit les variations du taux de rentabilité de l'action j indépendamment de celle du marché sur la même période t

a: une constante propre à chaque action j

Les principaux résultats sont résumés dans le tableau suivant :

Tableau 3 Résultats de sous-évaluation et taux de rentabilité moyens sur la cote officielle française

Les chiffres entre parenthèses constituent des ratios t. la valeur critique de t à un degré de signification de 1 % est de 2,46 pour 30 degré de liberté

Période d'observation

 
 

1er jour de transaction à partir de la date d'introduction

0.0303

(7,3)

0.0293

(7,22)

1 semaine

0.0422

(6,64)

0.0347

(4,52)

1 mois

0.0464

(3,95)

0.0514

(4,52)

1 année

0.156

(2,54)

0.245

(3,55)

Avec et la rentabilité moyenne non ajustée.

A partir de ce tableau on remarque une légère hausse de la rentabilité ajustée du deuxième horizon d'une semaine au troisième horizon d'un mois avec une baisse significative après une année de la date d'introduction.

Les résultats ainsi obtenus ont été confirmés par d'autres études se rapportant au marché français mais sur des périodes d'études différentes et sur d'autres compartiments tel que l'étude de Husson et Jacquillat (1990) portant sur131 IPOs réalisés sur la période 1983-1986 sur le second marché.

La méthodologie adoptée est celle des rendements anormaux journaliers sur un horizon de 120 jours de transactions selon trois méthodologies : les rendements ajustés par la moyenne, par le rendement de l'indice de marché, et par le risque1(*) :

Tableau 4 La sous-évaluation par procédure d'introduction

Procédure1(*)

Modèle

PO

(Procédure Ordinaire)

MV

(Mise en vente)

OPV

(Offre Publique de Vente)

OPV indirecte

Total

Rendements non ajustés

4,5 % *

4 % **

18,1 % **

18,3 %

10,4 % *

Rendements ajustés par la moyenne

4,4 % *

3,9 % **

12,1 % **

17,8 % **

4,2 % **

Rendements ajustés par l'indice de marché

4,2 % *

3,9 % **

11,4 % **

17,4 % **

4 % **

Rendements ajustés par le modèle de marché

4,4 % *

3,9 % **

11,8 % **

17,5 % **

4,1 % **

* significatif à 10 %

**significatif à 5 %

Les résultats du tableau 4, montrent que les 3 modèles utilisés prouvent que les entreprises ayant choisies la procédure de l'OPV (indirecte) (Offre Publique de Vente) la sous-évaluation est importante autour de 17,5 % alors que celles introduites en bourse selon la procédure de mise en vente sont moins sous-évaluées (3,9 %). Cette différence dans l'ampleur de la sous-évaluation est à adopter avec prudence vue la différence dans le nombre d'IPOs et leurs caractéristiques en terme de taille de secteur d'activité et de risque.

L'une des explications proposées par les auteurs de cette différence de taux de rendement anormaux entre les diverses procédures d'introduction, est le risque ou l'incertitude qui pèse sur la nouvelle action et qui fait que la procédure de l'OPV soit associée à la plus grande sous-évaluation. Ce-ci est vérifié par les écarts types moyens des rendements journaliers, utilisés comme une mesure du risque ex-post, qui varient d'une procédure à une autre. L'incertitude la plus élevée est associée au choix de la procédure de la mise à disposition directe, et à la procédure de « prise ferme » (procédure ordinaire) dans le cas contraire.

Une étude encore plus récente et qui reprend la question de la sous-évaluation sur la cote officielle française (le premier et le second marché) mais en utilisant le rendement initial, est celle de Sentis (2001).

L'échantillon est composé de 61 IPOs dont 7 IPOs sur le premier marché et 54 sur le second et ce sur la période 1991-1995.

Les résultats obtenus semblent contredirent ceux de Husson et Jacquillat (1990). En effet, les IPOs réalisés selon la procédure de mise en vente présentent plutôt un niveau de sous-évaluation plus élevé que ceux réalisés selon la procédure de l'OPV, alors que les autres procédures d'introduction présentent des rentabilités initiales peu différentes :

Tableau 5 Rentabilités initiales par procédure d'introduction

Les nombres entre parenthèses correspondent au test T de student

 

PO

MV

OPV

OPV indirecte

Total

Rentabilité initiale moyenne

4,38 %

(5,82)

17,33 %

(6,65)

6,13 %

(4,95)

4,89 %

(3,91)

9,24 %

(4,95)

Sentis (2001), considère que ce résultat s'explique principalement par " les procédures de placement préalables dont font l'objet les méthodes de procédure ordinaire et l'offre publique de vente. En effet, "le placement préalable auprès des institutions financières contribue à fixer le prix minimum d'introduction ou le prix ferme". Cette procédure permet de réduire le degré d'asymétrie d'information entre l'entreprise et son introducteur en bourse et les investisseurs ce qui se traduit par une moindre sous-évaluation lors de la première cotation.

Cependant la sous-évaluation est une anomalie qui n'est pas unique au marché américain ou français, mais elle est bien répandue dans presque tout marché d'actions indépendamment de la période d'étude avec des niveaux d'ampleur différents. Le tableau suivant récapitule à titre indicatif quelques études menées dans divers pays :

Tableau 5 La sous-évaluation par pays

Pays

Auteur

Nombre d'IPOs

Période d'étude

Rendement initial (%)

Australie

Autriche

Belgique

Brésil

Allemagne

Japon

Corée

Italie

Malaisie

Singapore

Espagne

Turquie

UK

UK

USA

USA

USA

USA

USA

USA

Suisse

Lee, Taylor, Walter (1996)

Aussenegg (2000)

Van Hulle, Vanthienen (1989) Aggarwal, Leal Hernandez (1993)

Ljunqvist (1997)

Hamao, Packer, Ritter (1998)

Krinsky, Kim, Lee (1992)

Arosio, Giudici & Paleari; Cassia, Paleari & Redondi (2001)

Isa (1992)

Dawson (1987)

Fernandez et al. (1992)

Kiymaz (1997)

Levis (1993)

Rees (1993)

Ritter (1984)

Ibbotson, Ritter, Sindelar (1988)

Beatty (1989)

Ritter (1991)

Ibbotson, Ritter, Sindelar (1994)

Booth (1996)

Kunz, Aggarwal (1994)

266

83

19

62

170

975

275

181

132

39

71

138

632

489

5000

8668

2215

1526

13308

2151

42

1976-1989

1984-2000

1984-1987

1980-1990

1978-1992

1970-1996

1985-1990

1985-2001

1980-1991

1978-1983

1985-1990

1990-1995

1980-1988

1984-1991

1960-1982

1960-1987

1975-1984

1975-1984

1960-1996

1977-1988

1983-1989

11.9

6,3

8.8

78.5

10.9

24.0

79.0

21,7

80.3

39.4

35.4

13.6

14.1

16.0

18.8

16.4

22.1

14.3

15.8

13.1

35.8

Sources : Kunz, Aggarwal (1994); Van Hulle, Casselman, Imam (1993); Ritter (1998) ; Ritter (2003).

*Le calcul du rendement initial présenté dans la dernière colonne varie d'une étude à l'autre, mais il est généralement calculé sur un à 7 jours par rapport au prix d'introduction

Ce tableau montre que la sous-évaluation est une anomalie qui n'est pas unique au marché américain mais

C) Les explications de la sous-évaluation de court terme des IPOs

Dans le processus d'IPO il existe trois intervenants : l'entreprise émettrice, la banque (ou l'introducteur), et les investisseurs (ou le marché). Les objectifs de ces derniers sont souvent différents. Il existe, alors, diverses raisons pour la sous-évaluation de court terme des IPOs qu'on peut les classer en trois catégories : celles liées à l'entreprise, celles liées au comportement des investisseurs et celles liées aux banques introductrices.

a) La sous-évaluation du côté de l'entreprise

L'entreprise émettrice peut volontairement sous-évaluer ses actions :

· Afin d'induire un nombre d'investisseurs potentiels à les acheter et y créer une attitude positive générale du marché en totalité sur le futur potentiel de la nouvelle action, soit une demande importante. Autrement dit la sous-évaluation transmet une information positive sur la qualité de l'IPO susceptible d'avoir une performance positive à long terme (Welch (1989), Grimblatt et Hwang (1989) et Allen et Faulhaber (1989)). (Théorie de signal).

· Créer un excès de la demande et être donc capable d'avoir un nombre importants de petits actionnaires (et donc de droits de vote négligeables) (Ownership dispersion hypothesis). Cette dispersion favorise la liquidité sur marché pour ces actions et rendre plus difficile pour les outsiders le changement du mode de direction de l'entreprise (Booth et Chua (1996)).

· La sous-évaluation des IPOs peut favoriser des futures émissions d'actions sachant une hausse potentielle des cours avec l'initiale sous-évaluation. Cependant, il faut en tenir en compte du signal négatif que peut transmettre l'émission de nouvelles actions, interprétée comme un désengagement de la part des actionnaires fondateurs (Leland et Pyle (1977)). Ainsi le niveau de risque escompté de l'émission sera donc d'autant plus élevé que la part des fonds destinés aux fondateurs est importante.

b) La sous-évaluation du côté des investisseurs :

Les rendements anormaux positifs à court terme, en tant que mesure de l'initiale sous- évaluation des IPOs, sont menés par les achats spéculatifs des investisseurs. Autrement dit, le prix d'introduction des nouvelles actions est généralement en rapport avec leur valeur économique mais c'est à cause de la spéculation qui s'empare de ces actions et pousse leurs cours à des niveaux élevés (Hypothèse des bulles spéculatives).

Cette hypothèse implique implicitement qu'il y aura un renversement des signes des rendements anormaux initialement positifs une fois le « soufflé retombé ».

La sous-évaluation peut être également le résultat de la participation des investisseurs informés, qui n'accepteront de se souscrire aux IPOs que si la sous-évaluation est assez importante afin de réaliser un gain sur leur stratégie consistant à souscrire à toutes les offres. Dans le cas contraire d'une surévaluation seuls les non informés qui y participent et leur demande est totalement satisfaite (Rock (1986)) (Hypothèse de la malédiction du vainqueur (The winner's curse hypothesis)1(*)).

De même les tendances haussières du marché peuvent avoir comme résultat la sous-évaluation de l'entreprise nouvellement introduite en bourse et ce entre le moment où l'entreprise fixe son prix d'introduction et le jour de sa cotation effective surtout si ce prix est fixé trop en avance avec les contrôles et investigations des autorités boursières. (Hypothèse de retard institutionnel).

c) La sous-évaluation du côté des introducteurs en bourse :

Les banques introductrices peuvent avoir intérêt à ce que les entreprises qu'elles introduisent soient sous-évaluées, pour réduire leur risque de placement (risque que la demande soit supérieure à l'offre) et leurs coûts d'introduction et maximiser la fourchette de gain totale (``Gross spread'' appelée également ``Fees''). (Hypothèse de l'aversion au risque des banques introductrice)

Vu le rôle important de l'introducteur en bourse, et afin de minimiser le risque escompté2(*) de l'émission des nouvelles actions, le choix d'une banque introductrice prestigieuse en terme de réputation et de pourcentage des IPOs réussis et du cumul d'expérience, peut avoir comme conséquence la réduction de tel risque et donc indirectement le degré de la sous-évaluation.

Dans le cas de la méthode de livre d'ordres, la banque responsable peut également sous-évaluer l'IPO, afin d'inciter les investisseurs réguliers à révéler leurs informations et leurs attitudes en terme de valeur espérée du cours de la nouvelle action3(*) (Benveniste et Spindt (1989)) (Hypothèse de la rétroaction (The market feed back hypothesis)).

La sous-évaluation peut être due, également, à l'asymétrie d'information entre la banque introductrice et l'entreprise sujette de l'IPO (Hypothèse de l'asymétrie d'information). Ceci remet en question l'optimalité du contrat entre l'entreprise et son banquier et ce étant donné que l'entreprise ne peut pas observer l'effort apporté par le banquier pour la réussite de l'IPO dans le sens de persuader les investisseurs à la souscription aux nouvelles actions introduites en bourse, et influer leurs pévisions vu les informations privilégiées qu'ils détiennent sur les conditions de marché.

Aggarwal, Prabhala et Puri (2002), Benveniste et Spindt (1989) supportent l'idée que l'une des explications possibles de la sous-évaluation des IPOs est celle de la procédure d'introduction choisie c'est-à-dire celle de livre d'ordre (Book building explanation). En effet, les introducteurs chefs de file accordent une part plus importante aux institutionnels2(*)pour les IPOs de forte demande détectée avant la date d'introduction et ce afin de les inciter à révéler véridiquement leurs informations favorables sur les nouvelles actions. Sachant cette information transmise au reste du marché, les banques introductrices peuvent se permettre de fixer un prix d'introduction encore plus élevé (ce qui sera évidemment dans l'intérêt de l'entreprise dans le sens de collecter plus de fonds au moindre coût et avec le minimum de dispersion du capital). Autrement dit, si les institutionnels détiennent une information privée, le flux de la demande totale émanant de ces derniers sera plus important pour les IPOs les plus sous-évalués, et les banques introductrices leurs accordent un nombre plus important d'actions. Par contre, si l'information privée est du côté de l'entreprise et sa banque introductrice, cette dernière pourrait utiliser cette information pour assurer une faible allocation d'actions aux institutionnels afin d'éviter la vente des actions à très court terme soit une chute des cours et une perturbation du marché (à cause des transactions de bloc).

Il parait ainsi clairement le rôle central des institutionnels dans le processus de livre d'ordres. En effet la présence des institutionnels, avec leurs expertises financière et l'accès facile aux sources de fonds et leurs apport en matière de stabilité des cours, transmet une information sur la potentielle sous-évaluation qui n'est pas nécessairement totalement détectée par les autres variables ou facteurs connues au moment de l'introduction (à travers le prospectus). C'est dans ce sens que Aggarwal, Prabhala et Puri (2002) trouvent que pour un taux de rendement initial moyen de 174 IPOs, réalisés sur la période 1997-1998, entre 0 et 20 %, les institutionnels détiennent 72,87 % de la totalité des titres mises en vente, et 75,87 % pour un rendement initial moyen supérieur à 20 % soit une relation positive entre la sous- évaluation et la part allouée aux institutionnels.

Section 3 Impact du cycle d'IPOs sur les rendements initiaux

A) Définition :

Le marché d'IPOs suit généralement un cycle avec des variations significatives souvent définit par les termes "hot" et "cold" (Ibbotson et Jaffe (1975) et Ritter (1984)). Un marché haussier (Hot) est caractérisé généralement par un volume important d'IPOs, un niveau de sous-évaluation élevé, une sur souscription au nouvelles actions et une concentration des IPOs dans certains secteurs d'activité3(*)pour lesquels une innovation technologique ou un choc positif de productivité s'est produit.

Par contre, le marché baissier (Cold) est caractérisé par un nombre relativement faible d'offres, une sous-évaluation négligeable et une sur souscription moins fréquente.

Les études en la matière, montrent une différence entre les deux catégories de marché hot et cold selon le types d'entreprises qui y s'introduisent.

Le marché haussier est souvent associé à des entreprises de bonne qualité (Allen et Faulhauber (1989), Grinblatt et Hwang (1989) et Welch (1989)). Ceci est dû au fait que leur prix d'introduction est proche de leur vraie valeur (élevée) et elles sont capables d'en éviter une sous estimation dans un marché baissier (cold).

Empiriquement la définition la plus utilisée du Hot Market est basée sur le volume. Loughran et Ritter (1995) définit les années 80 en tant que marché haussier, car il y a un nombre plus important d'IPOs que celui réalisé sur les années 70. Mais certaines études le définissent en se basant sur le degré de la sous-évaluation soit le taux de rendement initial moyen (Ritter (1984)).

B) Evidences empiriques :

L'existence des fluctuations dans le volume d'IPOs, est presque mise en évidence par toutes les études se rapportant soit au premier phénomène celui de la sous-évaluation des IPOs ou au troisième phénomène qui sera exposé dans le deuxième chapitre celui de la sous performance de long terme4(*).

Le cycle d'IPOs est une anomalie qui ne pourrait être mis en évidence que sur une période d'étude assez longue pour la totalité du marché boursier. Cependant même si ça reste plus facile à déceler en observant tout simplement l'existence d'une variation significative du volume d'IPOs d'une période donnée à une autre suivi également par un cycle de taux de rendement initiaux, il reste difficile à apporter toute une théorie bien construite qui pourrait être testée empiriquement et qui peut l'expliquer.

L'existence d'un cycle d'IPOs est mis en évidence par plusieurs auteurs citons à titre d'exemple Ibbotson et Jaffe (1975), Ritter (1991), Ibbotson, Sindelar, et Ritter (1988, 1994), Loughran et Ritter (1995), Rajan et Servaes (1997), Lee, Shleifer, et Thaler (1991), Lerner (1994), Pagano, Panetta, et Zingales (1998), Ritter et Welch (2002) et Loughran et Ritter (2003).

Ibbotson et Jaffe (1975) et Ibbotson, Sindelar et Ritter (1988, 1994) fût les premiers auteurs à exposer cette anomalie. En effet, l'existence du cycle dans le volume d'IPOs par mois et des taux de rendements initiaux par mois est accompagnée par une forte corrélation entre les deux séries d'observations. C'est aussi le cas de la simple constatation apportée par Lowry et Shwert (2002) dans le cadre du marché américain sur la période 1960-2001 comme le montre la figure suivante :

Figure 1 Cycle de volume et de rendements initiaux moyens des IPOs

* Source : Ibbotson et Sindelar et Ritter (1994) ajusté dans le site Internet de Jay Ritter [http// :bear.cba.ufl.edu/ritter/ipoall.htm] pour couvrir le reste de la période.

La figure 1 prouve clairement que les périodes de taux de rendements initiaux moyens élevés tendent à être suivies par des périodes de fort volume d'IPOs, qui elles même sont suivies par des périodes de faibles taux de rendements initiaux moyens. Cette observation est répétée plusieurs fois entre 1960 et 2001.

Il découle de la simple observation de la figure 1, l'existence d'une relation négative entre le volume d'IPOs d'une période donnée et les futures taux de rendements initiaux et une relation positive entre les taux de rendements initiaux et les futures volumes d'IPOs. Ce-ci n'est vérifié empiriquement par Lowry et Shwert (2002) que partiellement. En effet, statistiquement parlant, les auteurs prouvent l'existence d'une relation négative, mais faible, entre le volume d'IPOs et les futures taux de rendements initiaux alors que la relation positive entre les rendements initiaux moyens et le future volume d'IPOs est statistiquement significative.

Indépendamment de la significativité statistique de la relation qui existe entre le volume d'IPOs et les futurs taux de rendements initiaux et vice versa, il en découle que les entreprises ont tendance à s'introduire en bourse après avoir observé que les IPOs sont suffisamment sous-évalués. Cette affirmation est contraire à ce qui a été avancé par Ibbotson et Jaffe (1975). En effet, le fait de mettre en considération la réussite de l'opération de l'introduction en bourse par la collecte du maximum des fonds, il serait donc optimal de supposer plutôt que les entreprises préfèreront de s'introduire en bourse à la suite des périodes de rendements initiaux les plus faibles5(*). En effet, sur un marché baissier caractérisé par des taux de rendements initiaux moyens faibles, les entreprises émettrices peuvent obtenir un prix d'introduction élevé relativement au prix d'équilibre (Ibbotson et Jaffe (1975)).

Afin d'apporter une explication à cette constatation, Lowry et Schwert (2002) se proposent d'étudier les facteurs explicatifs qui poussent un nombre croissant d'entreprises de s'introduire en bourse à la suite des périodes de fort taux de rendements initiaux.

En premier lieu, ils se proposent d'étudier la relation qui existe entre le rendement initial moyen au moment de l'admission de l'entreprise à la cote et son éventuelle sous-évaluation. Ils trouvent que le niveau de taux de rendement initial au moment de l'IPO ne contient aucune information sur sa future sous-évaluation. Ceci est mis en évidence par la corrélation sérielle des taux de rendements initiaux6(*)entièrement mené par le changement à travers le temps dans le type d'entreprises introduites en bourse et par l'information disponible durant la période d'admission en bourse7(*), mais qui est partiellement incorporée dans le prix d'introduction.

Il est à noter que l'entreprise ne peut contrôler aucune de ces composantes du taux de rendement initial par le choix de la date d'inscription à la cote. Généralement, les managers de l'entreprise avec l'introducteur principale possèdent la possibilité d'agir sur des variables contrôlables et échappent à leurs champs des variables non contrôlables tel est le cas de la taille et/ou du secteur d'activité. En plus, à la date d'admission à la cote, les managers ne savent pas quelles types d'informations seraient disponibles durant la période d'admission ou de quelle manière telle information va affecter le prix d'introduction. Autrement dit, il en résulte que l'entreprise ne peut pas affecter la magnitude de la sous-évaluation par l'action sur le Timing de son IPO.

Ainsi, et afin d'assimiler la raison pour laquelle les entreprises choisissent de s'introduire en bourse à la suite de périodes de fort taux de rendements initiaux, il serait donc évident d'étudier la composante du rendement initial au quelle est relié le volume d'IPOs. Lowry et Schwert (2002) prouvent que la relation positive entre les rendements initiaux et le futur volume d'IPOs, est menée par l'information recueillie sur la période d'admission partiellement incorporée dans le prix d'introduction. En effet, tout au long du processus de marketing de l'IPOs (à partir de la date d'admission à la cote) l'entreprise et son introducteur essaient de retirer le maximum d'informations des investisseurs informés sur leurs évaluations de l'action nouvellement introduite en bourse. C'est cette information qui transmet un signal au reste des entreprises hésitant encore à s'introduire en bourse, et détermine donc le nombre des futurs IPOs trouvant que c'est le moment optimal de s'introduire en bourse à très court terme. Autrement dit, le succès d'un IPO qui se traduit pour les investisseurs par un taux de rendement initial élevé, permet aux entreprises généralement de même secteur et de caractéristiques proches en terme de taille et de classe de risque de se positionner de point de vue rendement initial potentiel et de choisir le moment de la réalisation de l'IPO. Ainsi, plus l'information est positive sous la forme d'une évaluation espérée optimiste, plus les rendements initiaux sont élevés et plus d'entreprises feront appel public à l'épargne à court terme.

En conclusion, selon Lowry et Schwert (2002), le cycle dans le volume d'IPOs et les taux de rendements initiaux présente deux composantes :

· La première se rapporte à la corrélation sérielle des taux de rendements initiaux qui suggèrent que les introducteurs ignorent l'attitude ou l'évaluation du marché des IPOs récents dans leurs évaluations du nouvel IPO. Ainsi, les périodes de fort taux de rendements initiaux peuvent être éliminées si les services rendus par les introducteurs sont beaucoup plus compétitifs.

· La deuxième se rapporte à un volume croissant d'IPOs à la suite de périodes de fort taux de rendement initial qui n'implique pas automatiquement que ces derniers seront sous-évalués. Ce résultat est justifié par le fait qu'un taux de rendement initial élevé, est associé à une information positive captée entre la date d'inscription à la cote et la date de l'IPO de ces entreprises donnant la possibilité de collecter plus de fonds plus que ce qui a été prévu.

Le phénomène du cycle d'IPOs et de taux de rendements initiaux, a été mis en évidence également sur le marché Swiss par Kammermann et Drobetz (2002) comme le montre les figures suivantes :

Figure 2

Source : Kammermann et Drobetz (2002)

Figure 3

Source : Kammermann et Drobetz (2002)

* Le rendement initial ajusté est définit comme la différence entre le rendement initial de l'IPO i et le rendement de l'indice du marché

Le cycle d'IPOs ne touche pas seulement le nombre ou le volume mais également le type d'entreprises de part leurs caractéristiques ou leurs secteurs d'activité. Ceci est mis en évidence par Ivo Welch et Jay Ritter (2002). En effet, le pourcentage des entreprises technologiques1(*) a passé de 25 % du total du volume d'IPOs en 1980 et jusqu'au début des années 1990 à 37 % à partir de 1995 et 72 % durant la bulle Internet (« Internet bubble » 1999-2000) avant de revenir à 29 % en 2001 sur le marché américain.

Tableau 1 Caractéristiques des IPOs américains sur la période 1980-2001

Période

Nombre d'IPOs

Pourcentage de «tech firms»

IPOs de BPA négatifs

Rendement initial moyen

BPA<0

BPA>0

1980-1989

1990-1994

1995-1998

1999-2000

2001

1980-2001

1,982

1,632

1,752

803

80

6,249

26%

23%

37%

72%

29%

34.5%

19%

26%

37%

79%

49%

34%

9.1%

10.8%

19.2%

72.0%

13.3%

31.4%

6.8%

11.4%

17.4%

43.5%

11.6%

12.5%

*Source : Ritter et Welch (2002)

*BPA : Bénéfice Par Action

C) Explications :

Le volume d'IPOs n'est pas uniformément distribué à travers le temps mais on observe plutôt des périodes de faible volume d'IPOs et d'autres de fort volume d'IPOs soit un cycle dans le marché d'IPOs. Plusieurs études ont tenté d'apporter des explications à ce phénomène.

Vue que les dépenses d'investissement sont inférieurs au volume d'IPOs réalisé, soit aux capitaux levés dans un secteur donné, il existe donc d'autres facteurs outre que le besoin de financement qui pourraient expliquer la fluctuation dans le volume d'IPOs. Trois hypothèses ont été élaborées et qui peuvent répondre à la question posée par Welch et Ritter (2002) : pourquoi observe-t-on un ajustement des quantités au lieu d'un ajustement des prix ?

a) Hypothèse de la demande des capitaux :

Le changement dans l'environnement économique de l'entreprise pourrait présenter des opportunités d'investissement et de croissance intéressantes. Ceci entraîne une augmentation de la demande des capitaux et la probabilité de faire appel au public lorsque les managers considèrent que c'est le meilleur moyen de financement parmi d'autres (crédits bancaires, financement par capital risque ou par fonds propres) et qui maximise la valeur de l'entreprise, et donc une augmentation dans le volume d'IPOs.

Choe, Masulis et Nanda (1993), considèrent que l'augmentation des opportunités d'investissements devrait également augmenter l'émission des nouvelles actions (SEO). On pourrait donc prévoir qu'avec ce volume important d'IPOs, résultant d'une augmentation de la demande des capitaux, dû au changement de l'environnement économique qu'il y aura le même phénomène pour les SEO pour les entreprises faisant face au même environnement économique c'est à dire les entreprises de même secteur.

Helwege et Liang (2002), prouvent que ce phénomène tend à avoir lieu dans des secteurs ou des créneaux spécifiques, ce qui est consistent avec l'idée que c'est le changement dans l'environnement économique qui est à l'origine de ce phénomène : " une innovation dans un secteur donné, entraîne un besoin croissant des capitaux faisant concentrer les IPOs d'un même secteur dans une période donnée mais pas pour le reste du marché ".

Lowry (2003), en utilisant différents Proxy de la demande des capitaux tels que le taux de croissance du PIB (Produit Intérieur Brut), le taux de croissance des nouvelles entreprises crées et le taux de croissance du chiffre d'affaires, prouve l'existence d'une relation positive entre le volume d'IPOs et la demande totale de capital d'un secteur donné.

Cependant même si cette hypothèse peut expliquer l'existence d'un cycle d'IPOs elle n'arrive pas à expliquer la sous-évaluation et la sous performance de long terme des IPOs.

Si on considère que les opportunités d'investissement et de croissance future sont le principal motif qui pousse les entreprises à ouvrir leur capital, alors on ne devrait pas observer cette sous performance de long terme, toute chose égale par ailleurs, de même les taux de rendements initiaux anormaux seront inexplicables.

b) Hypothèse de l'asymétrie d'information :

Le marché tient compte du fait que les managers de l'entreprise détiennent une information supérieur ou privilégiée sur les opportunités de croissance et les difficultés potentielles. Cette asymétrie d'information possède des implications importantes sur l'évaluation et le volume des IPOs1(*).

A la présence d'une grande asymétrie d'information, les entreprises trouvent qu'il serait plus optimal de recourir à d'autres moyens de financement et retarder donc l'IPO jusqu'à ce que les coûts d'émission d'actions (directes et indirectes) diminuent, ou avec l'augmentation du besoin de capitaux qui rend l'ouverture du capital de l'entreprise au public un choix optimal et qui maximise sa valeur.

Cette asymétrie d'information varie à travers le temps, entraînant des périodes où le marché perçoit de faibles risques de sélection adverse2(*) ou d'anti-sélection et d'autres périodes de fort risque de sélection adverse.

Durant les périodes de faibles asymétrie d'informations les entreprises auraient plus de chance de recevoir une évaluation plus équitable de leurs actions et donc un plus grand nombre d'entreprises en profitent, soit une relation négative entre le degré d'asymétrie d'information et le volume d'IPOs. Ce qui fait que les périodes de fort ou de faible volume d'IPOs peuvent être des Proxy de l'asymétrie d'informations sur le marché.

Lowry et Schwert (2002) considèrent que les fluctuations dans le volume d'IPOs est au moins partiellement relié à un processus profitable mené par l'intermédiaire responsable de l'opération d'introduction en bourse et ses clients. En effet, lorsque une entreprise réalise un succès dans son introduction en bourse d'autres entreprises avec leurs introducteurs l'observent et incorporent cette nouvelle information dans leur décision de faire appel au public ou non. Étant donné que le marché préfère, en quelque sorte, un investissement dans les entreprises nouvellement introduites en bourse, puisqu'il y compte beaucoup sur leurs futures croissances, plusieurs entreprises seront introduites en bourse et un volume important d'IPOs apparaît.

Donc, dans un marché gouverné par l'hypothèse de l'asymétrie de l'information on pourrait prévoir une sous-évaluation de court terme soit un rendement initial anormale positif et à long terme une sous performance.

c) Hypothèse du sentiment de l'investisseur (Investor sentiment hypothesis) :

Dans certaines périodes une classe d'investisseurs devient irrationnellement sur optimiste et aura tendance à surinvestir dans certaines actions. Ceci réduit le coût de financement et plus d'entreprises préfèrent de s'introduire en bourse sur ces périodes de sur optimisme.

Cette hypothèse implique qu'avec la variation du niveau d'optimisme des investisseurs le coût de financement par émissions d'actions et donc le volume d'IPOs fluctuent en fonction du temps.

L'existence des périodes de surévaluation de l'entreprise nouvellement introduites en bourse peut être mise en évidence par la présence des taux de rendements initiaux élevés et cette surévaluation peut être expliquée par un sur optimisme irrationnel, révisé à long terme et faisant dégager des taux de rendements relativement faibles (Purnanandam et Swaminathan (2001)).

Ljungqvist, Nanda, et Singh (2003) développent un modèle des IPOs dans un marché rationnel et également dirigé par le sentiment des investisseurs. Ils prouvent que dans de tel marché dirigé par le sentiment, les investisseurs institutionnels seront influencés par des investisseurs irrationnellement optimistes.

La valeur de l'IPO sera maximale lorsqu'il y a présence importante des institutionnels (''grossistes''), pour des ventes graduelles ultérieures aux investisseurs irrationnels (appelé également les sentimentales) en fonction de leur arrivée sur le marché. Les institutionnels peuvent faire varier le cours de l'action et tirer des profits et ce en détenant un stock d'actions et restreindre le nombre d'actions échangées sur le marché. Dans leur modèle, la sous- évaluation apparaît par conséquent comme une compensation du risque encouru par les institutionnels de la détention d'un stock d'actions étant donné que la demande irrationnelle (ou sentimentale) est incertaine et pourrait finir brusquement. Ceci est implicitement incorporé dans des prix d'introduction élevés. Ce modèle prévoit également une sous performance de long terme des IPOs et dont l'ampleur sera fonction de la probabilité de la fin de l'irrationalité des investisseurs.

Les deux premières hypothèses supposent implicitement l'efficience du marché au sens semi fort, les coûts d'émission d'actions sont toujours positifs et que les entreprises font appel public à l'épargne s'ils possèdent des VAN de leurs projets positives. Par contre l'hypothèse du sentiment des investisseurs affirme l'inefficience des marchés financiers.

Lowry (2002) considère que généralement il y aura plus d'entreprises qui s'introduisent en bourse lorsque la demande totale des capitaux est importante, les coûts d'anti-sélection sont faibles et que les investisseurs sont spécifiquement optimistes et donc prêts à payer ou investir plus dans les nouveaux IPOs.

Quant au cycle des taux de rendements initiaux il peut être expliqué par différents facteurs. Ritter (1984) montre que le pouvoir de monopsone de l'introducteur et la différence dans le risque moyen des entreprises introduites en bourse, sont importants. En effet, la particularité des années 80 est que le rendement initial moyen élevé est mené par un nombre important de petites entreprises, risquées et du secteur de pétrole et gaz, et par leurs introducteurs tendant à les sous-évaluer à un prix largement inférieur à leur valeur de marché. En plus, Ritter (1991) prouve que la sur réaction des investisseurs durant certaines périodes, contribue à la fluctuation des taux de rendement initiaux. Lorsque les investisseurs sont sur optimistes, ils classent le nouvel IPO à une valeur de marché élevée entraînant un rendement initial exceptionnellement important. Enfin, selon Loughran et Ritter (2002) les rendements initiaux sont liés à l'information publique qui devient disponible sur la période d'admission et de telle information est partiellement incorporée dans le prix d'introduction. Ainsi les offres, de périodes d'admission qui coïncident avec des niveaux de rendements de marché élevés, tendent à être sous-évalués, et c'est avec des périodes d'admission des IPOs proches dans le temps qu'il y aura un cycle de taux de rendements initiaux.

La question qui se pose à ce niveau est qu'est ce qui lie les deux cycles du volume et de rendements initiaux des IPOs ?

La relation négative entre le volume d'IPOs et les futurs taux de rendements initiaux pourrait être expliqué par le « Spillover » de l'information. En effet, avec un nombre important d'IPOs, les entreprises auront plus d'informations et pourraient prévoir le montant des capitaux à collecter. Autrement dit, l'incertitude autour de la vraie valeur de ces entreprises diminue et le taux de rendement initial moyen baisse. C'est dans ce sens que Benveniste, Busaba et Wilhelm (2002) avancent que l'information produite par les entreprises introduites en bourse influence non seulement leurs propres décisions de production mais également celles de leurs concurrents. De même, Benveniste, Ljungqvist, Wilhelm et Yu (2002) trouvent que les entreprises conditionnent leurs IPOs à un certain nombre d'éléments relatifs aux offres les plus récentes. Si le taux de rendements initial élevé implique que les entreprises peuvent réaliser des produits d'émission plus importants par rapport à ce qui a été prévu, alors cela suggère que le taux de rendement initial élevé devrai être suivi par des périodes de fort volume d'IPOs.

Conclusion 

A partir de ce qui a été présenté dans ce chapitre, il ressort la généralité de la sous-évaluation des IPOs sur divers marchés et divers pays même si les mesures adoptées pour la mettre en évidence diffèrent. Une des raisons principales de l'existence de cette anomalie est d'une part, un comportement irrationnel de la part des investisseurs et des mesures de « maquillages » de l'information comptable et/ou économique divulguée via les prospectus d'introduction, d'autre part, un plus ou moins conflit d'intérêts entre l'entreprise nouvellement introduite en bourse et l'introducteur chef de file.

Quant au cycle d'IPOs appelé également selon les termes anglais « Hot Market phenomenon » observé pour la totalité du marché sur une période de temps assez longue, met en évidence l'importance de la composante Timing de cet évènement pour l'entreprise afin de maximiser les fonds collectés et minimiser le manque à gagner soit la réussite de l'opération d'introduction en bourse. La variation dans le nombre d'IPOs d'une période à une autre pourrait être due, a priori, à une variation de la demande des capitaux soit du besoin de financement. Mais il s'avère qu'avec un cycle dans les rendements initiaux, la raison de l'existence des périodes de marché haussier et d'autres de marché baissier réside plutôt dans l'asymétrie d'information entre le marché et l'entreprise et un comportement irrationnel des investisseurs.

Chapitre 2 La performance boursière de long terme des nouvelles introductions en bourse

Introduction

Tout au long de la vie boursière de l'entreprise nouvellement introduite en bourse, le cours de l'action subit différents évènements qui affectent indirectement sa rentabilité