WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La nécropole mérovingienne "la chapelle" de Jau-Dignac et Loirac (Garonne): Détermination de liens de parenté par approche paléogénétique

( Télécharger le fichier original )
par Diane Thibon
Université de Bordeaux 1 - Master 2 2009
  

précédent sommaire suivant

Introduction

Durant l'antiquité, on observe en Occident une séparation stricte entre le monde des vivants et celui des morts. Selon une tradition romaine, il était interdit d'inhumer les défunts intra muros ainsi qu'au sein des sanctuaires. Du point de vue des pratiques funéraires, on observe à cette époque une gestion quasi exclusive des funérailles par la famille. Les défunts étaient ainsi inhumés aux cotés de leurs ancêtres, comme on peut le voir encore aujourd'hui (Treffort 1996).

C'est durant la période du Haut-Moyen-Age que des changements progressifs vont s'effectuer sur plusieurs niveaux. Ceux-ci sont en grande partie dus à l'installation du christianisme en Gaule. Durant cette période transitoire, entre Antiquité et Moyen-Age, on observe alors des remaniements s'appliquant aux espaces ainsi qu'aux pratiques funéraires. La tradition romaine de séparation se perd peu à peu et l'on assiste à des regroupements de tombes autour de lieux sacrés, prémices du cimetière chrétien retrouvé quelques siècles plus tard. Peu après, on assiste au passage d'une gestion familiale antique des défunts à une gestion plus communautaire menée par l'église (Treffort 1996). Les défunts chrétiens ne sont donc plus préférentiellement inhumés aux cotés de leurs ancêtres mais au sein d'un lieu funéraire regroupant une autre grande famille : la communauté chrétienne.

Le sujet de ce mémoire concerne le site archéologique de Jau-Dignac et Loirac, situé en Gironde, fouillé depuis 2001 par I. Cartron (MC Ausonius, Bordeaux3) et D. Castex (CR, UMR PACEA-LAPP). Ce site est marqué par plusieurs occupations successives dont une nécropole mérovingienne, présente à l'intérieur et aux alentours d'un édifice religieux. Fréquentée du Ve au VIIIe siècle, elle s'inscrit donc parfaitement dans la période de transition des pratiques funéraires énoncées précédemment.

Elle se compose majoritairement de sépultures (sarcophage et autres structures funéraires) primaires individuelles mais quelques sépultures plurielles sont également retrouvées et préférentiellement dans le secteur ouest du site.

Ces sarcophages regroupant 2 à 4 individus posent la question inévitable des liens entre les inhumés. S'agit-il de regroupements familiaux ? Ou bien le regroupement était-il un moyen simple et rapide d'acquérir de la place au sein de la nécropole ? Peut-être doit-on aussi y voir une volonté de rapprochement d'un lieu de culte.

Comme nous l'avons vu précédemment, la composante familiale tend à disparaître au Moyen-Age au profit de l'aspect communautaire. Mais, toutefois celle-ci semble perdurer dans les pratiques funéraires du Haut Moyen-Age (Cartron 2009). C'est donc ce caractère familial que nous souhaitons tester sur plusieurs individus retrouvés groupés au sein des sarcophages de la nécropole de Jau-Dignac. Précédemment, une étude visant à caractériser et comparer des populations du site par l'apport de variations non métriques dentaires a été réalisée (L aforest 2008). Malheureusement aucune information n'a pu être apportée en termes de relation de parenté entre ces individus.

Le mémoire présenté ici s'inscrit dans le cadre d'une étude paléogénétique de liens de parenté. Le principe général de cette étude est d'analyser l'ADN d'individus afin d'observer si ceux-ci présentent des séquences identiques et partagent donc des liens biologiques. Lorsque l'ADN est obtenu, ces analyses paléogénétiques apportent des informations beaucoup plus fiables et plus précises que l'analyse des caractères discrets. On peut ainsi parfois avoir une idée du type de lien (mère-enfant, frère-soeur etc....) qui unit deux ou plusieurs individus, ce qui est une information très intéressante pour la compréhension des pratiques funéraires (Cappellini et al. 2004 ; Haak et al. 2008, etc).

On observe depuis quelques années une multiplication de ce type d'étude. Néanmoins, ces analyses sont compliquées et limitées car elles se heurtent à plusieurs obstacles importants qui sont entre autres : la conservation de l'ADN et la détection de contaminations. Le nombre d'études paléogénétique de liens de parenté publiées est à ce jour assez réduit et la plupart de ces articles ne mentionnent pas toutes les précautions connues aujourd'hui comme nécessaires à l'obtention de résultats fiables. Les résultats sont d'ailleurs généralement fragmentaires, une grande majorité de ces études ne permettant pas d'obtenir d'ADN nucléaire et devant se cantonner à l'ADN mitochondrial.

Nous avons jugé opportun de faire une brève synthèse de travaux publiés pour ce type d'approche (neuf articles), afin de faire le point sur leurs potentialités et leurs limites.

L'ADN mitochondrial, ADN seulement transmissible par voie maternelle, est d'ailleurs le premier marqueur moléculaire utilisé dans ce type d'étude. Il est en effet plus abondant, mieux conservé et donc plus facile à obtenir. Il va en quelques sortes, donner la « tonalité » d'une étude paléogénétique. De mauvais résultats obtenus à partir de cette molécule circulaire ne présage rien de bon concernant l'ADN nucléaire.

L'ADN mitochondrial sera l'unique marqueur analysé dans le cadre de ce mémoire car le sujet de celui-ci ne concerne véritablement que la première étape de cette étude de liens de

parenté, à savoir la faisabilité. Il s'agit donc en premier lieu d'évaluer la présence ou non d'ADN analysable et authentique. Cette étude de faisabilité sera réalisée sur un groupe de neuf individus regroupés par trois au sein de trois sarcophages.

Ce mémoire pourra également apporter des informations méthodologiques. Les analyses présentent-elle beaucoup de contaminations ? D'où proviennent-elles ? Les prélèvements d'échantillons n'ont pas toujours été effectués dans les mêmes conditions ni avec les même précautions. Observe-t-on des différences en termes de contaminations entre les différents prélèvements ? Peut-on identifier des gestes contaminants ?

Si nous parvenons à obtenir de l'ADN mitochondrial authentique chez plusieurs de ces individus, il sera alors possible d'apporter dans ce mémoire des réponses en terme de relations de parenté maternelle. De plus, si cette étude de faisabilité s'avère fructueuse, d'autres analyses plus poussées portant sur l'ADN nucléaire (STR, Chromosome Y) pourront être envisagées afin de repérer d'éventuels liens de parenté paternels et de type parent / enfant.

précédent sommaire suivant