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L'esthétique humaniste des films de Walter Salles

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par Sylvia POUCHERET
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Master 2 Esthétique et études culturelles 2007
  

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CONCLUSION

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Notre approche critique de l'esthétique humaniste des films de Walter Salles a mis à jour les lignes de faille de l'oeuvre, notamment dans sa prétention à vouloir restituer le réel tout en élaborant un discours moral conservateur et une esthétique visuelle glorifiant la figure du pauvre de manière tendancieuse . Cette esthétique fait problème et révèle un certain nombre de questions quant à la valeur épistémologique du cinéma basé sur la fusion entre fiction et approche documentaire:

Est-ce que le cinéma peut traiter de la condition humaine et sociale d'un pays sans de facto prendre parti et construire en filigrane un discours politique progressiste ou conservateur sur ce dernier? Au fond, est-ce que les films ne seraient pas les portes-paroles ou les projections idéologiques d'une classe sociale donnée (celle des cinéastes et de leurs collaborateurs,celle des diffuseurs et des producteurs..) sur une autre (celle représentée dans les films )? Walter Salles se défend d'une vision politiquement dogmatique en insistant sur le caractère organique et ouvert de ses films. Ces derniers se voudraient l'expression la plus authentique de la réalité dans leur mode de production comme leur mode de fonctionnement. Selon lui, la fiction peut atteindre la vérité des choses, du moins dans sa ligne asymptotique, si elle creuse la matière du réel en ayant recours au mode épistémologique du documentaire. Sa conviction est que la prégnance du réel ainsi organisée l'emportera nécessairement sur toute rigidité intellectuelle présidant à l'élaboration du projet filmique initial. Cependant,il est légitime de mettre en question cette exigence d'objectivité, d'ouverture et de neutralité intellectuelle à la fois dans la fabrication et le résultat que constitue le film. Est-ce que le cinéma dans sa recherche formelle, esthétique peut ontologiquement être neutre ou engagé sans se pervertir dans ses fondements? A l'inverse, peut-il pervertir des interrogations, voire des dénonciations d'ordre éthique,politique, philosophique ? Nous avons pu observer à travers l'analyse de la construction du regard spectatoriel, des options esthétiques,comment les tenants idéologiques s'établissent parfois de manière souterraine jusqu'à contredire la thèse initialement défendue. Nous formulons le constat que ce retournement de sens(fictions dénonçant la condition moribonde des brésiliens par un regard finalement conservateur), a priori paradoxal,constitue une des caractéristiques, pour ne pas dire, l'ambiguïté majeure du cinéma de Walter Salles (trahison de l'esprit cinémanoviste dont il se réclame?) La méthode reste subtile,sans y prendre garde, le spectateur ne peut qu'adhérer à un cinéma qui choisit de représenter le pauvre dans la candeur de son humanité . Il nous ramène à notre vérité,celle de la survie d'un animal social. Il nous renvoie à nos angoisses les plus profondes, l'injustice, la culpabilité sociale, le sens de la vie dans la précarité,ou a contrario du consumérisme et conformisme bourgeois. Plus le tableau est sombre,plus la figure du pauvre sort grandie par les épreuves de sa survie.

Mais que dénonce-t-on au juste ?Donner un telle représentation, une telle visibilité, cela sert-il vraiment la cause des humbles? Ne serait-il pas plus juste de se concentrer sur l'autre branche de la balance ? Est-ce que les riches spectateurs brésiliens prendront conscience de leur responsabilité au point d'engager des actions concrètes et d' oeuvrer à une plus grande justice sociale, à l'éducation des masses (autrefois réservée à l'élite des notables brésiliens), à l'effectivité de leur représentation politique plutôt qu'à l'urgence de la construction d'un soi-disant moi culturel identitaire (concept cher aux élites brésiliennes résumant à lui seul l'engagement politique de ces dernières vis à vis de la classe moyenne ou pauvre)?Est-ce que le cinéma de Salles incite à l'action politique concrète ? En réalité, ses films participent avant tout de la construction d'un moi culturel identitaire susceptible de charpenter, de donner en somme une colonne vertébrale intellectuelle et une dignité morale au peuple brésilien. Il est intéressant d'observer comment les oeuvres travaillent à la construction de mythes fédérateurs centrés sur des fondamentaux d'ordre éthique. Le cinéma de Salles pourrait s'apparenter à un cinéma réaliste de propagande aux accents nationalistes fédérateurs, très loin de la dénonciation des rapports de force et des antagonismes de classe. Salles, en homme cultivé,érudit, pétri de références livresques et filmiques émaille,dans une perspective de construction identitaire, ses oeuvres de références à l'histoire du cinéma ,de caractéristiques culturelles d'autres pays dans une démarche d'appropriation pour « donner un visage » à ses concitoyens. Et il est intéressant de mesurer l'écart idéologique que prend le cinéaste dans sa référence au Cinéma Novo. Salles se distingue du parti pris révolutionnaire d'un Glauber Rocha dans sa représentation du peuple. Il justifie cette position par l'argument de l'effondrement des utopies. Les temps ont changé et l'art ne saurait rendre compte des réalités de notre époque à travers le regard des cinémanovistes. Nous concédons que l'art en effet reste l'expression de son temps. Pour autant, l'analyse politique de Salles quarante ans après Mai 68 semble induit dans sa représentation cinématographique une tendance à la dépolitisation de son sujet et à sa mystification . Salles se targue de vouloir reprendre à la lettre l'injonction de Rocha , « donner un visage au peuple », avec « une idée dans la tête , une caméra à la main ». Telle semble être la mission du cinéma au Brésil qui reste donc inchangée. Mais quel visage au juste ?Un visage touchant d'humanité, expression pure d'une noble stature dans le chaos immérité.

Chez Salles, l'homme humble trouve son salut en lui même par lui-même dans le creuset de sa recherche identitaire, dans son sens aigu de l'éthique positiviste. Nous sommes loin ici de la sauvagerie de la révolte du Canganceiro contre le propriétaire terrien exploiteur sans scrupules mise en scène dans les films de Glauber Rocha. Il reste que le cinéma novo a toujours oscillé entre l'idée d'un cinéma-témoin social susceptible de transposer dans la fiction la vérité d'une condition humaine et celle d' un cinéma de la prise conscience politique et de l'impulsion révolutionnaire car révélateur des relations de pouvoir. Le cinéma aurait donc les vertus documentaires de tendre vers la transposition la plus fidèle des données humaines d'une société donnée. C'est malgré tout sans compter le nécessaire filtrage du regard du cinéaste-documentariste-témoin et de ses idiosyncrasies, ses préoccupations intellectuelles ou affectives sur le sujet .

Quel est l'enjeu au fond? Faire vraisemblable , remporter ainsi l'adhésion sans condition du spectateur confondu par tant de vraisemblance ou récolter de manière organique, autant que faire se peut, le matériau du réel au risque de ne plus être cohérent ou trop complexe?Le spectateur n'est pas loin de tomber dans l'ornière intellectuelle induite par des films accrocheurs par leur esthétique documentaire (cinéma de l'urgence) mais au fond ne mettant en scène que la subjectivité même et les préoccupations narcissiques de leur auteur. Les films ne seraient donc que le pauvre reflet de ce que pense leur concepteur et non le reflet du réel. De même,si l'on tient compte du conditionnement et du formatage de la réception eu égards aux lois du marché, les films deviennent le reflet des attentes du spectateur et de son mode de déchiffrage du réel(codes socioculturels d'une époque). Nous voyons là un abîme sans fin de production et réception spéculaire bien loin de pouvoir prétendre à révéler le réel. En ce sens , l'humanisme revendiqué de certains films n'obéirait qu'au penchant démagogique actuel pour « un humanisme consensuel érigé en orthodoxie,synonyme de conformisme,fustigeant quiconque s'en écarte,autrement dit, un humanisme de la bonne conscience et du narcissisme de masse »86(*)

* 86 Pierre Magnard, « Actualité de l'humanisme »,acte du colloque de l'académie européenne interdisciplinaire des sciences Nice-Côte d'azur,PUF,Juin 2003,p.55

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