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L'esthétique humaniste des films de Walter Salles


par Sylvia POUCHERET
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Master 2 Esthétique et études culturelles 2007
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Cinéma
   
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2ème partie: Tensions entre éthique et esthétique: le point de vue du spectateur

Cinéma et progrès moral

Comme ses prédécesseurs les cinemanovistes, Walter Salles cherche à éduquer le regard de son spectateur tout autant que sa réaction émotionnelle et intellectuelle envers les films. Son oeuvre se voudrait humaniste dans la mesure où elle amènerait son public à sublimer les données immédiates et spontanées de son existence, à lui révéler les solutions morales, existentielles de sa condition souffrante. A l'échelon national, ses films apporteraient une pierre à l'édifice culturel permettant d'assoir l'identité et le pouvoir du pays en lui donnant les clés et les références intellectuelles nécessaires à son combat existentiel. Ses fictions, nous l'avons vu, travaillent des problématiques morales et identitaires. Or nous avons avancé dans une première partie que les prémisses idéologiques et épistémologiques du dispositif filmique chez ce cinéaste tendaient vers une forme de paradoxe en ce sens que l'humanisme ne saurait faire l'objet d'une représentation esthétisée sous peine d'être annulé ou rendu suspect dans le processus. Nous avons conclu dans un premier temps que si l'oeuvre se voulait humaniste en montrant la condition des pauvres brésiliens et en se proposant d'en analyser les souffrances et les remèdes, elle ne leur rendait pas pour autant justice et participait au contraire d'une forme d'aliénation supplémentaire dans la construction d'une vision et d'un discours paternaliste voire misérabiliste sur ses derniers, tout en servant une orientation idéologique identitaire rassurante pour les élites du pays. Nous pourrions tout aussi bien remettre en question le propos du cinéaste mettant en exergue les bienfaits d'une éducation morale et visuelle dans une perspective humaniste si l'on considère comme George Steiner que la culture, l'éducation, les arts n'ont jamais empêché la barbarie:66(*)

« Les sommets de l'hystérie collective et de la sauvagerie peuvent aller de pair avec le maintien, et même le renforcement, des institutions, de l'appareil et de l' éthique de la plus haute culture. En d'autres termes, les bibliothèques, musées, théâtres, universités et centres de recherche, qui perpétuent la vie des humanités et de la science, peuvent très bien prospérer à l'ombre des camps de concentration. »

En effet, jusqu'à présent l'humanité n'a pu établir de corrélation directe entre le développement de la culture et de l'éducation et d'autre part le progrès de l'homme dans sa dimension morale. Or c'est bien sur ce point précis, sur cette espérance que repose l'élaboration cinématographique de Salles.

Cependant, malgré le scepticisme que peut susciter a priori l'esthétique humaniste des films, on peut s'interroger néanmoins sur ses effets potentiels quant à la réception, au niveau des sa réactivité émotionnelle et de son regard spectatoriel. Comment ce dernier peut-il percevoir et articuler les tensions possibles entre appréciation esthétique et appréciation morale des oeuvres et ainsi mesurer l'écart possible entre ces deux instances voire leur mutuelle trahison?

Posons nous d'abord la question de l'apport cognitif ou psychique, émotionnel d'une oeuvre esthétique dans la perspective d'une amélioration de l'esprit humain.

G. Simmel, évoque dans La tragédie de La culture 67(*)l'importance d'une forme d'apprentissage intellectuel et émotionnel à travers les oeuvres d'art même si ces dernières peuvent être considérées comme médiocres par les critiques d' art. Selon lui , toute oeuvre contribue à la sublimation de la contingence de l'existence et par ce seul fait donne une valeur plus élevée à l'expérience humaine ainsi élaborée. L'art permettrait l « objectivation de l'esprit ». L'oeuvre garde ainsi son caractère objectif quelque soit la re-création ou la subjectivation du spectateur. Ce qui importe c'est la capacité de l'oeuvre a posé de manière formelle quelque chose d'objectif de facto ressenti comme signifiant, non sa valeur éthique positive au sens du bien. Simmel, dans son appréciation de l'oeuvre d'art, dissocie la valeur éthique de la valeur esthétique. Pour lui, une oeuvre médiocre, de par son caractère parfois plus accessible, peut enrichir spirituellement l'âme et la gratifier d'une forme de satisfaction intellectuelle et émotionnelle . Ainsi une oeuvre parfaite pourrait au contraire nous intimider et nous empêcher de nous l'approprier et de nous faire progresser sur la globalité de notre personne.

* 66 G.Steiner, Dans le château de Barbe-Bleue,p.98-99

* 67 G.Simmel,La tragédie de la culture, Paris,Rivages poche,1988

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