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Les figures de Joseph Rey (1779-1855): conspirateur libéral, "philosophe" et socialiste "utopique"

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par Nicolas Boisson
Université de Grenoble 2 - IEP 2001
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Philosophie
  

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Nicolas BOISSON

Année universitaire 2000/2001

UNIVERSITE PIERRE MENDES FRANCE

INSTITUT D'ETUDES POLITIQUES DE GRENOBLE

MEMOIRE DE TROISIEME ANNEE

Les figures de Joseph Rey de Grenoble (1779-1855) :

conspirateur libéral, « philosophe » et socialiste « utopique ».

Sous la direction d'Olivier IHL et de Philippe VEITL

Séminaire : Les mises en scène du politique

Je tiens à remercier Mme Imbert et Christophe du département « Archives » de la bibliothèque municipale de Grenoble pour l'efficacité de leur aide.

SOMMAIRE

Introduction...........................................................................6

MISE EN PLACE DU CONTEXTE HISTORIQUE

Les luttes libérales et/ou républicaines sous la Restauration: entre « tentations conspiratives » et « légitimité du légalisme »

I - Des conspirations Carbonari aux conspirations libérales françaises : la difficile organisation des mouvements libéraux sous la Restauration.......................................................................25

I-1 Le renouvellement du mode «conspiratif » de résistance politique : le mouvement libéral italien et la lutte pour l'indépendance nationale..............26

I-1.1 la naissance avortée des Carbonari et les prémisses du mouvement libéral en Italie ...................................................................................26

I-1.2 La question des origines françaises de la Charbonnerie italienne : les Bons Cousins Charbonniers................................................................30

I-1.3 La révolution espagnole et la renaissance des Carbonari : la révolution libérale à Naples de 1820...................................................... ...34

I-2 L'influence du mouvement italien en France : des premiers complots militaires (1816-1817) à la création d'une Charbonnerie française (1821-1823).......................................................................................37

I-2.1 De l'écroulement de l'Empire (avril 1814) aux retours des Bourbons ( mai-juin 1814).....................................................................37

I-2.2 La vive réaction aux débuts de la seconde Restauration en France : la conspiration militaire de « Didier » à Grenoble (1816) et l'insurrection de Lyon (1817) .............................................................................................40

Introduction au conspirateur Joseph Rey : le renouvellement des conspirations en France................................................................................................44

Les premières conspirations en France, réactions contre réaction : les complots bonaparto-orléanistes (1816-1817)..................................................................44

I-2.3 La difficile fédération des libéraux et la nécessité de l'organisation secrète : la création de l'Union à Grenoble par l'avocat Joseph Rey (1816-1817)......49

Présentation de l'Union de Joseph Rey (1816-1820) : un « cercle » libéral....52

L'initiation de Rey au monde conspiratif............................................53

La création de l'Union..................................................................54

Les buts de l'Union.....................................................................54

Les premiers membres de l'Union : la question du « cercle libéral » ...........56

Mise en place du réseau et aperçu des actions de l'Union........................59

LES FIGURES DE JOSEPH REY

De l'intellectuel libéral au socialiste « utopique »

II - Joseph Rey de Grenoble : conspirateur du 19 août 1820 au sein de l'Union..............................................................................65

II-1 Bref parcours biographique de Rey jusqu'en 1819..............65

II-1.1 Les débuts de l'engagement politique de Rey : de son « Adresse à l'Empereur » (mars 1815) à la création de l'Union (février 1816)...............................................................................................66

II-1.2 Sa défense des conjurés de 1816 et sa radiation de l'Ordre des avocats (1819) ..............................................................................70

II-2 L'affiliation de Rey au projet du 19 août 1820..................72

Préliminaires à son entrée en conspiration.................................74

Dispositions morales et politiques de Joseph Rey en 1819 : son refus de participer à la première conspiration de Dumoulin...................................................74

Considérations de Rey sur la radicalisation du climat politique, décembre 1819-juin 1820 : de Decazes à Richelieu................................................77

La rencontre de Rey et de Bérenger de la Drôme à Paris : première initiation de Rey au complot par Bérenger............................................................82

II-2.1 Premières hésitations d'un intellectuel........................83

II-2.2 Son entrée en conspiration et le plan des conjurés..........85

II-2.3 Les conspirateurs et leurs motivations........................92

II-3 Découverte et échec du complot...................................97

II-3.1 Maladresses et trahisons........................................97

II-3.2 Dernière tentative de reprise du projet sous l'égide de Rey et Dumoulin.....................................................................................100

II-3.3 Le sévère récit du procès des conjurés par Joseph Rey : aigreurs et désillusions........................................................................102

III - Le socialiste « utopique » Joseph Rey : retour à ses origines et sur ses origines........................................................................104

III- 1 Retour sur sa jeunesse....................................105

III-2. 1820-1826 : exil en Angleterre..........................106

III-3. 1826-1830 : tentative de vulgarisation de la pensée de Robert Owen en France et expérience saint-simonienne..........................109

III-4. 1830-1847 : découverte de Fourier et tentative de ralliement des socialistes.............................................111

Conclusion..............................................................................114

Table des annexes......................................................................121

INTRODUCTION

« Napoléon, tu règnes de nouveau !... Jamais un mortel, ne réunit en si peu de temps, les extrêmes de deux fortunes opposées, ne conçut ou n'exalta des desseins si vastes et plus extraordinaires !... La profonde conception des projets, l'étonnante rapidité dans leur accomplissement, tout semble attacher à ta personne le sceau d'un prestige surnaturel...Toi seul, par la force de ton génie, sembles rapprocher dans le plus court espace, les phases les plus variées de l'histoire entière ; tu confonds les siècles, tu subjugues les sens et la raison tout à la fois ; il semble qu'on ne puisse plus que se taire et t'admirer !... Cependant, Ô Napoléon ! à l'instant même ou rien ne paraît devoir surpasser désormais ta gloire et ton pouvoir.... Dans cet instant...jamais un mortel ne fut plus près que toi d'un effrayant abîme !... Un seul pas peut t'y précipiter à jamais, avec ta gloire et ton pouvoir !... Ecoute, Ô Napoléon ! écoute la voix libre d'un vrai citoyen, de ton véritable ami, peut-être. Jamais tu n'eus plus besoin de connaître la vérité dans tout son jour (...). Ton propre sort va dépendre du système que tu suivras dès le principe de ton nouveau règne. Tout est perdu, si tu songes à t'imiter encore toi-même !...(...) ».

Ces mots, largement reproduits à la fin du mois de mars 1815 dans les colonnes du journal libéral Le Constitutionnel1(*), sont ceux du citoyen grenoblois Joseph Philippe Estienne REY (1779-1855), républicain et socialiste « utopique » tombé dans l'oubli2(*), dont nous nous efforcerons lors de cette étude de présenter les multiples visages. Alors Président du tribunal civil de Rumilly, cet inconnu du grand public osa de vive voix, par sa courte et élogieuse Adresse à l'Empereur3(*), dont nous venons de donner un bref aperçu, le mettre en garde contre la tentation de renouer avec son propre despote.

En effet, le retour en France de Napoléon de l'île d'Elbe4(*) sème le trouble. Louis XVIII, terrorisé par la nouvelle, donne dés le 5 mars, l'ordre de partir en chasse contre « l'usurpateur ». Le frère du roi, le comte d'Artois, lui prête même concours en appelant aux autorités civiles et militaires. Mais comme le note avec justesse Jean Tulard : « A qui obéir en ce mois de mars 1815 ? A l'empereur ou au roi ? Quel est le souverain légitime ? »5(*). La France est alors en pleine ébullition. De l'arrivée de Napoléon sur le sol français le 1er mars à sa prise du pouvoir le 20 mars, Louis XVIII s'étant enfui la veille pour Lille, le pays se divisera étrangement entre d'une part, un groupe hétéroclite composé de nostalgiques de la grandeur du première empire et surtout d'un peuple privé de nombre des acquis de la Révolution, en attente de la libération du pays des Bourbons6(*), et d'autre part une petite élite de libéraux modérés ne croyant pas à juste titre aux aspirations républicaines de l'empereur revenu7(*). Ces « vingt jours » furent donc décisifs pour l'avenir d'un pays8(*), menacé de guerre civile et surtout d'une reprise inévitable de la guerre entre la France et l'Europe si Napoléon remonte sur le trône.

Dés lors, au milieu de toute cette agitation , la voix discrète de Joseph Rey apparaît comme celle d'un homme audacieux, courageux, n'hésitant pas au sein d'un pays à nouveau en proie au doute, à modérer autant les ardeurs de l'empereur revenu qu'à sanctionner les dérives du monarque. Cette « Adresse » ne passa d'ailleurs pas aussi inaperçu que l'on pourrait le penser au regard du faible intérêt porté par l'historiographie nationale à la personne de Joseph Rey. Elle trouva écho dans le Dauphiné où un certain Henri Beyle, dit Stendhal, de passage à Grenoble au début du mois d'août 1837 rendit hommage au courageux patriote : « C'est dans la chambre où j'écris qu'un juge de Grenoble, M. Joseph Rey, osa lui (Napoléon) dire que la France l'aimait comme un grand homme, l'admirait comme un savant général, mais ne voulait plus du dictateur qui, en créant une nouvelle noblesse, avait cherché à rétablir tous les abus presque oubliés. Le discours de Rey, qui pouvait avoir cinquante lignes, fut imprimé en deux heures et à vingt mille exemplaire, et le soir tous les Grenoblois le répétaient à Napoléon. S'il eût compris cette voix du peuple, lui ou son fils régnerait encore, mais la France eût perdu la supériorité littéraire, celle de toutes qui, ce me semble, lui fait le plus d'honneur. »9(*). Rey, né aussi à Grenoble, était un ami de jeunesse de Stendhal. Ce dernier regardait déjà avec bienveillance ce rigoureux idéaliste. Les propos éclaircissant du jeune Stendhal sur son compatriote méritent à nouveau d'être rapporté : « Rey, philosophe, se propose de publier un système où il prouvera que le bonheur particulier est toujours lié au bonheur général. C'est ce que je lui souhaite. Veut faire plusieurs comédies dans ce système. Me paraît très froid, à vingt-cinq ans »10(*).

Il ne sera pourtant nulle question de littérature ou de comédies ici, mais bien d'un intellectuel au sens propre du terme, qui conciliant réflexions et engagement, théorie et pratique, fut à bien des égards, nous le verrons, un précurseur. Précurseur dans l'adoption au sein des libéraux français de la dynamique du mode conspiratif de résistance à l'oppression accrue du régime restauré de Louis XVIII dans les années 1819-1820, il parvint aussi dans la seconde moitié de sa vie, après de multiples voyages, à enrichir de ses influences, les écoles socialistes françaises dites « utopiques » de la première moitié du XIXème siècle.

Avant de présenter brièvement quels furent ses tumultueux parcours politiques et intellectuels, parcours d'ailleurs intimement liés, il convient d'insister sur le caractère dérangeant que peut susciter auprès de certains un tel éclectique. Fernand Rude dans sa biographie consacré au socialiste Joseph Rey rapporte le cas intéressant de M. Henri Martineau, directeur en 1943 de la revue et des éditions Le Divan, qui bien que non contemporain de Rey se permit d'émettre à son égard les plus sévères et injustes jugements : « Joseph Rey, écrit-il, jouait à la ville le philosophe gourmé, le ténébreux conspirateur non moins que le tapeur sans scrupules. Il se drapait dans sa toge illusoire de vieux romain pour vivre au crochet de petits camarades aussi pauvres que lui. En échange, il expliquait la doctrine, se vantait de ses fréquentations chez Destutt de Tracy et Cabanis et affectionnait les formules renouvelées de l'antique : « Adieu, le papier reste court, mais non pas mon coeur. » En un mot, il convient de voir en lui l'agitateur de tous les temps et de tous les pays, celui qui court carrière dans la plus louche politique et vit au détriment des naïfs. »11(*). Des faveurs d'Henri Beyle aux considérations déplacées de M. Martineau, le personnage de Joseph Rey ne laissa donc pas indifférent ceux qui se sont intéressés un temps soit peu à sa vie. Introduisons à présent le personnage en précisant les études historiques disponibles à son sujet.

Première présentation biographique de Joseph Rey12(*)

1.Les sources documentaires consacrées à Rey

Si nous citerons parfois quelques passages de sa propre biographie « morale et politique »13(*), extraite de ses Mémoires que nous aborderons réellement dans les chapitres II et III, cette notice introductive demeurera essentiellement construite à partir des rares éléments biographiques existant sur Rey. Ceux-ci apparaissent sous deux formes : d'une part à travers des notices biographiques de dictionnaires historiques (1) et d'autre part à travers de brèves « études » biographiques disponibles pour l'essentiel à la bibliothèque municipale de Grenoble (2). L'ensemble de ces sources précieuses sera donc complété dans cette étude par un travail d' « archives » sur une sélection d'écrits de Joseph Rey. Nous y viendrons dans quelques instants.

(1). les dictionnaires historiques :

Deux notices de ce type, recommandées comme première approche, furent utilisées. La plus synthétique est incontestablement celle réalisée par Adolphe Rochas dans sa Biographie du Dauphiné14(*). On pourra alors la compléter de la notice du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français15(*), sous la direction de Jean Maîtron. Ces deux dictionnaires constituent de bons « outils basiques » de repérage biographique autant pour la figure de Rey que pour celles de ses contemporains, et plus précisément des personnalités de son entourage politique et intellectuel. Ajoutons aussi en ce qui concerne l'entourage de Rey le recours au Dictionnaire biographique de la Drôme16(*).

(2). Les études biographiques :

On en compte quatre de qualité et d'orientation variées. Essayons de les classer brièvement.

L'étude la plus complète est celle déjà évoquée de Fernand Rude17(*). Riche d'annotations diverses, elle balaye tous les aspects de la vie de Rey : sa jeunesse, son engagement publique, ses rencontres, ses réflexions et son apport théoriques. Elle s'accentue cependant plus sur la présentation du philosophe-socialiste « utopique ».

Une étude d'aussi excellente qualité est celle de Henry Dumolard18(*). Elle constitue une bonne introduction aux « Mémoires politiques » de Joseph Rey, sur lesquels nous porterons aussi le plus d'attention. L'engagement politique de Rey s'y trouve bien retracé.

Dans la même lignée que l'étude de Dumolard, celle de Georges Weill19(*) n'est pas à négliger.

Enfin, deux études plus secondaires peuvent être requises. Sur la période « St Simonienne » de Rey, on consultera l'étude de Pierre Avril20(*) et enfin de qualité moindre, notons l'étude de A. Demougeot21(*).

2.Joseph Rey de Grenoble (1779-1855): une vie «mouvementée », entre engagement et « utopies ».

Joseph-Philippe-Estienne22(*) Rey naît à Grenoble le 24 octobre 1779, dans une famille de commerçants aisés, de Jean Rey, marchand confiseur-liquoriste, et de Françoise-Marie Chenavier23(*). Il est baptisé le lendemain à l'église St-Hugues24(*). Joseph Rey vit une enfance assez triste du fait des mauvais rapports qu'il entretient avec son père, nous y reviendrons plus tard...Il passe une grande partie de son enfance et de sa jeunesse dans l'officine de ses parents. Sa mère, devinant déjà en lui une intelligence au-dessus de la confiserie, lui porte les plus hautes ambitions. Cependant Rey ne parvient à fuir le foyer familial que tardivement, tyrannisé par un père qui souhaite plus le voir reprendre son commerce fructueux. Issu d'une famille aisé, il fait ses études au collège de Grenoble25(*) où il puise, note t'il : « comme presque tous ceux qui reçoivent ce genre d'éducation, le germe des idées républicaines, telles qu'on les entendait alors, et qui sont répandus si éloquemment dans l'histoire des Grecs et des Romains »26(*). Rey est en effet un féru de culture classique. A quinze, il s'abreuve déjà de lectures philosophiques. Mais loin de vouloir devenir un érudit, il rêve surtout, rapporte t'il : « aux moyens de rendre l'homme plus heureux en le rendant meilleur »27(*). Adolescent, il remarque déjà dans la boutique de son père qui est son observatoire que : « tous les vices du peuple viennent de son avilissement, du sentiment de son néant dans la société »28(*). Mais passons sur son enfance puisque nous y reviendrons ultérieurement.

Sa mère, qui souhaite le voir devenir avocat, réussit à l'envoyer à Paris en 1802...lui qui affectionnait tant sa ville natale au point d'aimer à se faire appeler « Joseph Rey de Grenoble ». Il y fait alors des études très vastes. Débutant dans un premier temps celles des sciences naturelles, il se consacre très vite et sérieusement au droit29(*) tout en continuant la lecture des philosophes. C'est une période décisive de la vie du jeune Rey. « Transporté » par la lecture des Eléments d'Idéologie, Il part le 18 octobre 1804 à la rencontre de son auteur, le philosophe Antoine Destutt de Tracy30(*), maître à penser des Idéologues, les héritiers de Locke et de Condillac. Celui-ci le reçoit chaleureusement et ne tarde pas à le prendre sous sa coupe. Rey rapporte : « ...(il) m'accueillit avec la plus extrême bonté, sans autre recommandation que le vif désir d'instruction qu'il remarqua en moi...dés ce moment, il devint pour moi un second père »31(*). Tracy aidera, en effet, Rey durant tout le long de sa carrière dans la fonction publique mais surtout en ami, le conseillera beaucoup... Nous y reviendrons aussi ultérieurement.

Le jeune Idéologue, qui ne cesse depuis qu'il est à Paris de maintenir son ardeur au travail32(*), obtient finalement en 1807 son grade de licencié en droit de la Faculté de Paris. Fort de son amitié avec Destutt de Tracy, celui-ci le fait entrer, la même année, dans la magistrature comme substitut du Procureur impérial à Plaisance33(*). De là datent ses premières considérations sur l'administration impériale et surtout sur le fonctionnement de la justice. Il en profite pour apprendre l'Italien et approfondir ses recherches sur les législations européennes. Supportant pourtant assez mal le climat italien34(*), Rey demande au début de l'année 1810 sa mutation. On le retrouve alors à Mayence comme premier substitut. Rey se plait beaucoup dans son nouveau poste. Moins surchargé de travail, Rey retrouve le temps d'affiner ses recherches dans les bibliothèques et notamment dans celles des universités d'Heidelberg et de Francfort35(*). Sa situation financière s'améliore aussi, recevant un traitement de huit mille francs. Cependant, avec la mise en place du blocus continental sont créés sur le Rhin des tribunaux spéciaux de douanes. Ayant fait ses preuves, l'administration impériale souhaite qu'il y entre comme procureur ! Mais Rey, qui avait une aversion pour les juridictions d'exception refuse cette promotion. Destutt de Tracy lui somme cependant d'oublier son orgueil et parvient à apaiser les conflits entre Rey et ses supérieurs hiérarchiques. A contre coeur mais ne voulant pas blesser son mentor, il devient en 1812, président du nouveau tribunal des douanes de Lunebourg, poste qu'il occupera jusqu'à la fin de l'Empire. Durant ces huit premières années de magistrature en pays annexés, Rey est scandalisé par l'asservissement de la justice à l'autorité impériale. Il ne cesse d'entrer en conflit avec différents corps de fonctionnaires, qu'il s'agisse de l'armée, des préfets ou des agents fiscaux ! Nous y reviendrons afin d'illustrer un peu plus la force de caractère du personnage.

Bref, avec la chute du régime impérial, Rey, non mécontent de rentrer en France36(*), se retrouve cependant dans une position difficile. Les Bourbons revenus ( aussi appelés à cette époque, les « exilés ») risquent d'être des plus défiants vis à vis de l'ancienne administration impériale. Ainsi son maître Destutt de Tracy, pourtant assez peu apprécié du nouveau gouvernement, parvient à lui retrouver un poste à sa convenance. Tracy, avec l'aide de l'avocat de Schonen, part s'adresser directement au ministre Dambray qui lui aurait répondu en ses termes : « Si M.Rey veut aller dans le ressort de Grenoble, son pays natal, je lui promets la place qu'il désirera !... »37(*). Rey choisit alors la présidence du Tribunal civil de Rumilly, dans le département du Mont-Blanc et prête serment de fidélité à Louis XVIII le 13 novembre 1814. Toujours aussi critique vis à vis du fonctionnement de la nouvelle administration royale38(*), il apprécie cependant à cet époque le fébrile compromis « monarcho-républicain » du nouveau régime. Louis XVIII qui s'était auto-proclamé « roi des Français » lors de sa déclaration du 2 mai 1814 à St Ouen, avait du prêter serment à la Constitution en échange de l'élaboration de la Charte39(*), adoptée en séance royale le 4 juin.

Bien qu'appréciant le « génie » de Napoléon, Rey observe donc comme beaucoup des libéraux modérés avec méfiance le retour de l'empereur en France. Affligé par la passivité du peuple à « vouloir se courber de nouveau devant le despote »40(*), il « salue » nerveusement avec son Adresse à l'Empereur41(*) le retour de l'empereur d'une manière assez particulière. S'il exalte son génie, il n'hésite pas à lui donner les plus sévères conseils, le mettant en garde contre tout nouveau despote et l'appelant à la paix.

Ce qui constitue le « premier acte de la vie publique de Joseph Rey »42(*) lui attire aussi ses premiers ennuis avec le gouvernement rétabli. Rey qui est accusé d'avoir tenu des « paroles de blâme pour le gouvernement antérieur du roi »43(*) est alors sommé d'en « faire le désaveu, ainsi qu'une protestation de son attachement personnel aux membres de la dynastie. »44(*). Rey ne se laisse pas à impressionner par la menace et refuse de prêter un tel serment d' «affection » pour la dynastie des Bourbons45(*), ni pour aucune autre d'ailleurs.... Refusant de se plier, il perd toute chance de réintégrer l'administration publique, il a d'ailleurs perdu son poste de Président du tribunal civil de Rumilly, suite à la perte de la France du territoire de la Savoie (traité de Paris).Il revient alors dans sa ville natale où il se fait inscrire au barreau. Il n'y reste pas longtemps. S'affirme alors nettement chez lui sa conscience politique, plutôt libérale « modérée » à l'origine... Mais dès le début de l'année 1816, frappé d'apprendre la répression en Prusse de sociétés secrètes comme la Tugendbund46(*), il repart pour l'Allemagne. De là date l'idée de créer lui-même à l'image de la société des « carbonari »47(*), une organisation à vocation internationale devant regrouper toutes les forces libérales. Rey lui donne le nom de « l'Union » et organise avant son départ, le 26 février 1816, sa première assemblée à Grenoble. Il est décidé à l'origine de ne soutenir que les résistances légales, en excluant tout recours à la violence. Nous y reviendrons.

Conformément à la tradition italienne des « Carbonari » et des « sociétés » secrètes antérieures (allemandes et françaises), la plus grande discrétion devait être assurée par ses membres, recrutés avec précaution après examen individuel. L'Union ayant une vocation politique « libérale », les premiers membres sont au début surtout un ensemble assez hétéroclite de notables grenoblois comme Champollion le Jeune, le peintre Simon Triolle, l'avocat Félix Réal, et Bérenger de la Drôme, tous amis de Rey. Ce dernier part donc en Allemagne promouvoir avec prudence cette nouvelle organisation politique libérale. Il se rend à nouveau à Heidelberg puis Mayence, Spire, Landau... où il avait établi ses premiers contacts. Il organise dans toutes ces villes des comités locaux, placés sous la direction d'hommes de confiance. Restant plusieurs mois en Allemagne, il s'assure notamment d'affilier deux Français en exil : Desportes et surtout l'avocat Charles Teste, dont Rey avait été le secrétaire à Paris...

Rey rentre en France dans l'année 1817, profitant aussi de son voyage pour prendre quelques contacts en Suisse. De retour à Grenoble dans sa fonction d'avocat, il apprend que pendant son absence, en 1816, ont été fomentées des conspirations militaires, visant à renverser le pouvoir royal, toutes déjouées et sévèrement réprimées48(*). Rey très marqué par cette répression, accepte en 1819, dans sa qualité d'avocat, d'assurer la défense des familles des victimes49(*)... Sa conscience politique désormais résolument orientée vers la lutte contre la répression du régime, Rey décide de s'établir à Paris. Durant son voyage vers la capitale, il en profite pour organiser à Lyon un comité de l'Union sous l'égide de l'avocat Duplan. Arrivé à Paris en 1817, où il se fait inscrire au barreau, il rencontre les avocats libéraux Mérilhou et Odilon Barrot qu'il intègre à l'Union. Epoque importante dans la formation du réseau parisien de l'Union, Rey fonde avec l'aide de Lafayette, connu dans les salons de Tracy, l'Union parisienne. Très vite, ils parviennent à intégrer tout un cercle de libéraux parisiens allant des députés Voyer d'Argenson, Dupont de l'Eure, de Corcelles aux généraux Tarayre, de Pompières ; des journalistes comme Comte, Dunoyer du Censeur, Chatelain du Courrier français ; des professeurs comme Victor Cousin, des magistrats comme de Schonen, Girod de l'Ain... Rapidement, les Unionistes songent à étendre leur réseau au Nord, à l'Est, dans la Seine, dans la Loire et la Haute-Loire. L'année 1819 est très riche de formations d'organisations libérales, sociétés politiques, comme la loge des Amis de la Vérité née sous l'impulsion de Cousin ou la Société de la Liberté de la Presse, déjà très active à Paris en 181950(*). Il conviendra plus tard de préciser les rapports qu'eurent les deux organisations citées avec l'Union.

En cette même année 1819, Rey devenu populaire suite à son Adresse à l'Empereur, s'occupe d'instruire la plainte des familles des victimes dauphinoises de la répression de la conspiration de Didier (1816). Il envoie ainsi un violent réquisitoire qui prend la forme d'un manifeste politique contre le général ayant signé l'acte d'exécution des militaires insurgés, le général Donnadieu. Nous reviendrons plus en détail sur cette affaire. Ce dernier qui poursuit Rey pour diffamation, obtient sa radiation du Conseil de l'Ordre des avocats, le 08 juillet 1819. Dés lors, notre « honnête » homme ne s'occupe plus que de conspirations.

En 1820, Il réactive l'Union suite au durcissement du régime opéré par le second ministère Richelieu, qui dés le mois de mars 1820 tente d'écraser toute expression des opinions libérales en suspendant la liberté de presse. Rey organise alors un « comité d'action » intégrant Lafayette et les députés Voyer d'Argenson, Manuel, Dupont de l'Eure... Ce comité qui prendra par la suite le nom de « comité directeur », ne voyant plus, la censure rétablie, de moyens d'organisation d'une lutte légale, semble de plus en plus séduit par l'idée des conspirations. En effet, durant ces années 1819-1820, le climat politique devient des plus délétères. De l'annulation inconsidérée de l'élection du député libéral grenoblois Grégoire en septembre 1819, sous la pression des « ultras », jusqu'à l'adoption par la chambre à majorité « ultra » de la loi dite « du double vote », le 30 juin 1820, Louis XVIII sous l'impulsion de l'austère duc de Richelieu ne cesse d'étouffer toute expression politique des libéraux. La répression devant le palais Bourbon, le 3 juin 1820, d'un important mouvement étudiant opposé au vote de cette loi illégitime décide alors les Unionistes à organiser une conspiration, organisée autour de l'idée d'une prise d'armes militaire.

L'idée n'est cependant pas de Rey, jusqu'alors toujours convaincu de la nécessité de ne pas user de la violence. La naissance et la mise en place de cette conspiration, qui devait éclater le 19 août 1820 dans plusieurs villes de France, sont des plus complexes. Un chapitre complet lui sera donc consacré. Comme toutes les conspirations libérales à venir avec la naissance par la suite dans les années 1820-1821 d'une Charbonnerie française ( prenant le relais des Carbonari italiens...), celle du 19 août 1820, dite du « Bazar51(*)français », est aussi un échec. L'entreprise fut comme bien souvent à l'époque infiltrée par la Police.

Soulignons ici le rôle de médiateur que tenta de tenir Joseph Rey au sein d'une entreprise qui très vite tournait au fiasco. Le 20 août 1820, la Police arrête les derniers conjurés n'ayant pu s'enfuire. S'ensuit un sévère procès devant la Cour des Pairs des principaux « leaders », procès auquel Rey échappe, parvenu à s'enfuire en Suisse puis en Allemagne. Il n'en est pas moins condamné à mort par contumace par la Cour des Pairs, ce qui le contraint à l'exil. Dés lors commence la seconde partie de la vie de Joseph Rey.

Rey trouve asile politique en Angleterre. Arrivé au mois de juillet 1821, il y restera cinq ans. Apprenant l'Anglais, et recommençant ses études sur la législation locale52(*), Rey est surtout confronté à la misère de la population, découvrant comme il les appellera dans ses Mémoires, les « classes nécessiteuses de la nation »53(*). L'Angleterre subissait alors le contre coup de la dépression économique de l'année 1817. Sur la recommandation de Lafayette, Rey entre en relation avec l'économiste Jérémie Bentham54(*) pour lequel en tant qu'Idéologue, il se sent de grandes affinités. Mais surtout cette première confrontation avec la réalité de la classe ouvrière anglaise le pousse à s'intéresser au système « communiste » ou plutôt « communautariste » auquel travaille Robert Owen55(*). Très vite passionné par l'utopie « communautariste » d'Owen, il tente de l'assimiler à ses conceptions libérales... Nous essaierons de les entrevoir quoique très changeantes...Bref, Rey se plonge dans le courant des socialismes « utopiques » de la première moitié du XIXème siècle.

En 1825, il s'initie au Saint-Simonisme par l'intermédiaire d'Olinde Rodrigues qui lui envoie quelques numéros du Producteur, organe des Saint-Simoniens. Il liera ainsi plus tard des amitiés avec des membres célèbres comme Enfantin et Bazard. L'année suivante, c'est cette fois vers Fourier que Rey se tourne suite à la lecture de son Traité d'association domestique et agricole (1822). Rey tentera plus tard un syncrétisme de ses « découvertes », nourrissant sa réflexion quant à l'élaboration du « juste gouvernement »56(*).

En 1826, Rey est contraint de rentrer en France. En effet, passé cinq ans, d'après la législation de l'époque, tout condamné à mort par contumace encourait la mort civile s'il ne se représentait pas devant la juridiction. Il se présente alors de nouveau devant le garde des sceaux Dambray qui après maintes discussion concède à intervenir en sa faveur auprès du nouveau souverain Charles X. Ce dernier qui n'avait pas connaissance de Rey l'amnistie sans autre formalité le 1er novembre 1826. L'époque est alors bien différente de celle des années 1820. Le carbonarisme s'est éteint en France comme Italie sans que Rey ait pu réellement y participer et le socialisme prend son envol autour d'une jeunesse tournée vers l'étude des problèmes sociaux. Les diverses écoles, saint-simonienne, fouriériste, cabetiste... s'affrontent autour de la question du « meilleur » système politique.

Rey peut ainsi, fort de ses connaissances, intégrer ce petit cénacle, notamment en publiant en septembre-octobre 1826, dans le Producteur, des extraits de ses Lettres sur le système de la coopération mutuelle et de la communauté de tous les biens d'après les plans de M.Owen57(*). Il rencontre alors les plus illustres membres de ces écoles socialistes, comme Cabet, les saint-simoniens Enfantin et Bazard, le communiste Buonarroti... Il se livre à cette époque plus que jamais à l'étude du malaise social. « Vulgarisant » la pensée de Robert Owen, il n'hésite pas à enrichir et à s'enrichir de ses différentes écoles. Avec la révolution de 1830 et l'affirmation d'une majorité libérale , Rey obtient de Lafayette le 25 octobre 1830 sa réintégration dans la magistrature et est nommé conseiller à la Cour royale d'Angers. Déçu à nouveau de l'échec des journées de Juillet dans l'instauration définitive d'un régime libéral58(*), Rey se tourne à la fin de l'année 1831 vers les Saint-simoniens. Rey critiquant la mysticité du dogme, ceci ne demeurera qu'un épisode passager où durant une année, il se consacra à la propagande saint-simonienne. En 1837, Rey adhère plus solidement au Fouriérisme en s'abonnant le 28 juillet au journal la Phalange. Il deviendra même actionnaire de la Démocratie pacifique, second journal des Phalanstériens. En 1842, il se tourne vers les néo-babouvistes en s'abonnant à la Fraternité. Cependant, Rey est encore empreint du « communalisme owenien » et est soucieux de vouloir fédérer ces diverse écoles autour d'Owen et de Fourier. Rey tenta à maintes reprises de faire venir Owen à Paris.... Ainsi Rey, qui avait foi en une unité prochaine des socialistes, adresse le 20 juin 1847 aux rédacteurs de la Démocratie pacifique un Appel au ralliement des socialistes59(*), qui sera publié le 27. Cet appel pourtant salué par ses camarades reste « lettre morte », les divisions entre Fouriéristes et communistes trop profondes pour être effacées par la volonté d'un seul homme...

Rey, mis à la retraite en 1844, s'occupe depuis de fondations philanthropiques, promouvant notamment l'Instruction publique... Il observe alors tranquillement la révolution de 1848, toujours pleins d'espoirs de voir un jour s'installer durablement les bases d'un ordre garant de la « conciliation générale des intérêts individuels », fondement selon lui de la paix sociale. La République un temps retrouvée, il se présente alors aux élections législatives de 1849. Profession de foi assez terne, il n'est pas élu et ses espoirs sont vite déçus par le coup d'Etat du 2 décembre 1851 signant le retour des Bonaparte... Rey meurt à Grenoble le 18 décembre 1855.

Au terme de cette première et nécessaire présentation biographique du personnage, il apparaît bien que Joseph Rey ne fut donc pas ce « Rastignac » qu'évoque M.Martineau dans sa préface des « Lettres à Stendhal »60(*), mais bien une figure « stendhalienne », de par la somme d'écrits qu'il prit soin de laisser à la ville de Grenoble. La bibliothèque municipale compte pas moins de quatre-vingts documents signés de sa plume, allant de ses Mémoires, ses traités, exposés, « adresses », « journaux », lettres de plaintes, notes, pétitions, projets de colonies agricoles et industrielles diverses... jusqu'à son imposante correspondance61(*). Des choix ont du être faits, ce qui nous amène à présenter les axes de recherche de la présente étude.

La question du cadre historique de la vie de Joseph Rey : dynamique politique et dynamique biographique

La vie de Joseph Rey s'étend sur plus de soixante quinze années. Tour à tour, juriste, avocat, constitutionnaliste, publiciste, conspirateur, puis socialiste « utopique », philanthrope, il demeura actif jusqu'à son dernier souffle. Né sous le règne de Louis XVI, il connut par la suite les « deux » empires et les « deux » restaurations. Chacune de ces périodes politiques influence la conduite de Rey, ce qui nous contraindra tout au long de ce travail à apposer dynamique historique et dynamique biographique. De cette première présentation biographique de Rey, trois temps peuvent être dégagés :

- une première période qui s'étend de sa jeunesse studieuse sous le Consulat et le premier empire (1799-mai 1814) jusqu'à sa première « manifestation » publique avec son Adresse à l'Empereur (mars 1815).

- le temps des premiers engagements  politiques ( de 1815 à 1819) qui le mène à « conspirer » (1820).

- Enfin, l'exil et ses rencontres, le retour à la réflexion et à l'engagement « intellectuel » (1826-1847).

De ces trois époques, on distingue nettement le « va et vient » constant qu'effectuait Rey entre engagement publique, rencontres et retraite intellectuelle. Une cohérence biographique apparaît tout aussi nettement... La vie de Rey fut comme il affirme lui-même constamment orientée par le goût de la justice, de la science , avec à terme l'espoir peut-être de connaître enfin la République !

Donc, à travers ces deux figures du conspirateur et du théoricien-publiciste socialiste, s'esquisse un même personnage, marqué par une indépendance et une ouverture d'esprit , à la croisée du XVIIIème siècle de par sa formation et du XIXème siècle par son engagement. Ces deux figures retenues feront donc chacune l'objet d'un chapitre (II et III), avec comme fil directeur les rôles de conciliateur et de précurseur que tenta de tenir Joseph Rey. Conciliateur d'intérêts divergeant lors de la préparation de la conspiration du 19 août 1820, et précurseur en France des premières conspirations libérales. Précurseur à nouveau de par son intérêt qu'il porta au théoricien Robert Owen en diffusant sa pensée en France et à nouveau médiateur au sein des écoles socialistes utopiques françaises de la première moitié du XIXème siècle.

Dés lors, différents éléments de problématique doivent nous permettre d'interroger le personnage sous l'angle de ces deux figures.

- Une première interrogation légitime sera la suivante : Comment Rey, à l'origine résolument pacifiste et satisfait du compromis « monarcho-constitutionnel » de 1814 fut-il amené à conspirer contre Louis XVIII ? Un retour historique sur la transmission au sein des libéraux français de l'exemple des luttes « carbonaris » sera donc effectuer dans un premier chapitre (I)62(*). Cette question de la réunion des élites libérales au sein de « cercles » et/ou de « sociétés », devenant nécessairement « secrètes » avec le durcissement du régime des années 1819-182063(*), sera abordée à l'aide de travaux de Jardin64(*), Agulhon65(*) et surtout à l'aide de celui de Lambert66(*). Ainsi au cours de ce chapitre, nous introduirons l'Union, société secrète libérale créée par Joseph Rey.

- la seconde interrogation portera sur l'engagement phare de Rey, à savoir sa participation active à la préparation et à la coordination du complot raté du 19 août 1820 (II)67(*). Quelles furent les motivations des conjurés ? Pourquoi et comment l'entreprise a t'elle échoué ? Quelle place y occupa Rey ?...

- Enfin, il nous restera à entrevoir les trente cinq dernières années de la longue vie de ce personnage. Nous présenterons donc le socialiste « utopique » (III)68(*) au travers d'une part d'un retour sur sa jeunesse (1799-1815), sur son initiation à la pensée de R.Owen (1822-1823) et d'autre part à travers ses différentes rencontres au sein des écoles socialistes du début du XIXème siècle...

Mais avant d'entrer plus en détail dans la vie de celui que le fouriériste Victor Considérant qualifiait de « socialiste, homme de bien »69(*) , abordons dans un premier temps la question de la naissance en France des premières conspirations libérales.

MISE EN PLACE DU CONTEXTE HISTORIQUE

Les luttes libérales et/ou républicaines sous la Restauration: entre « tentations conspiratrices » et « légitimité du légalisme »

« Je me souviens que le poids du taureau agonisant failli faire crouler le plancher à claire-voie sous lequel je me tenais pour recevoir l'aspersion sanglante. J'ai réfléchi par la suite aux dangers que ces sortes de sociétés presque secrètes pourraient faire courir à l'Etat sous un prince faible, et j'ai fini par sévir contre elles, mais j'avoue qu'en présence de l'ennemi elles donnent à leurs adeptes une force quasi divine. Chacun de nous croyait échapper aux étroites limites de la condition d'homme, se sentait à la fois lui-même et l'adversaire, assimilé au dieu dont on ne sait plus bien si il meurt sous une forme bestiale ou s'il tue sous forme humaine. »

Marguerite Yourcenar,

Mémoires d'Hadrien.

I - Des conspirations Carbonari aux conspirations libérales françaises : la difficile organisation des mouvements libéraux sous la Restauration

Comprendre le développement, en France sous la seconde restauration, de mouvements « conspiratifs », qu'ils soient de nature « libérale » ou « bonapartiste » nous impose de revenir brièvement sur la chute de l'Empire napoléonien et l'éveil des consciences nationales qui s'en suivit.

L'acte final du congrès de Vienne le 9 juin 1815 puis la cinglante défaite de Napoléon à Waterloo au soir du 18 juin 1815 scelle définitivement la fin de l'Europe napoléonienne et le retour des derniers Bourbons en exil. L'Europe est totalement redessinée au profit de la Prusse et de l'empire d'Autriche-Hongrie. Habsbourg et Bourbons se partagent de nouveau l'Europe. C'est le début de l'ère du système Metternich70(*) qui tiendra plus de trente ans. Les pays vaincus sont ainsi considérablement amputés. Metternich sur la base d'une Confédération germanique (39 Etats) présidée par l'Autriche, fait de l'Italie un protectorat autrichien. Celle-ci est désormais divisée en huit Etats. L'équilibre du nouvel ordre est assuré par la constitution le 26 septembre 1815 d'une « Sainte-Alliance » proposée par le Tsar Alexandre Ier, rassuré par la défaite finale de Napoléon. Le but de cette alliance est de « comprimer » les aspirations nationales en restaurant les bases de l'Ancien régime : monarchie de droit divin, domination de la noblesse... Cependant très vite, cette restauration « contre-révolutionnaire » se trouve confrontée à la survie depuis l'Empire de mouvements des nationalités, qui ne cessent depuis 1815 de s'exprimer avec véhémence. De plus, cet éveil des nationalités se doublent désormais de mouvements libéraux réclamant la liberté politique. Comme le note J.L Robert71(*), libéralisme et nationalisme s'expriment souvent simultanément au cours de la période 1815-1848 en Europe centrale. Peu nombreux à l'origine, ces « déçus » du retour des rois en Europe, « privés » de tout espoir de connaître enfin la liberté au sein de leur nation, s'accroissent au fil des ans dans l'ombre des gouvernants. Ces mouvements nationaux et/ou libéraux se développeront alors d'abord en Italie ( dés 1806-1808) et en Allemagne (1815) avant d'atteindre la France (1819-1820).

I-1 Le renouvellement du mode «conspiratif » de résistance politique : le mouvement libéral italien et la lutte pour l'indépendance nationale.

Si l'Allemagne compte à cette époque diverses associations patriotiques72(*), c'est sur les Carbonari que nous focaliserons notre attention, marquant d'une plus grande influence les conspirateurs français à venir.

I-1.1 la naissance avortée des Carbonari et les prémisses du mouvement libéral en Italie 

Le mouvement libéral italien est intiment lié à la lutte pour l'indépendance nationale du pays. Lutte qui naît précocement sous l'Empire sous l'impulsion de la société naissante des Carbonari, et inquiétant déjà Napoléon73(*). Une figure importante, peut-être à l'origine des premières Ventes74(*) carbonari, est à cette époque celle du français Pierre-Joseph Briot, sur laquelle nous reviendrons plus en détail. Député au conseil des Cinq-Cents (1798), il demandait déjà la déchéance des rois de Sardaigne et de Naples. Multipliant sa propagande pour l'indépendance italienne, Napoléon l'envoie à l'île d'Elbe en l'an IX ! On le retrouve cependant en Italie, dans les Abruzzes et en Calabre de 1806 à 1809. A cette même époque se développent dans ces mêmes provinces les premières Ventes carbonari italiennes qui regroupaient à l'origine tous les proscrits de l'Empire, royalistes ou républicains.

Comme le note Serge Hutin75(*), les Carbonari ont fait beaucoup parler d'eux au siècle dernier, et de nombreux romans les ont mis en scène, prêtant souvent à leurs motivations, de même qu'à celles pourtant différentes des Francs-maçons, les pires desseins76(*). Cependant, bien que disposant déjà en 1813 de nombreuse Ventes, notamment dans le royaume de Naples, leur action est vite étouffée au retour en cette même année de Joachim Murat77(*). Ce dernier qui avait épousé Caroline Bonaparte, roi du royaume de Naples de 1808 à 1815, s'inquiète à juste titre de l'extension de cette société secrète au sein de l'armée et de la jeunesse, et décide, sous le conseil du général Manhes, la fermeture de leurs Ventes le 6 novembre 1813. Les Carbonari sous l'Empire ne commencèrent donc qu'à s'organiser clandestinement, ne pouvant s'exprimer légalement. Cependant, ce même Murat tentera de s'appuyer sur les Carbonari pour reconquérir son trône perdu suite à la chute de l'Empire en juin 1815. L'épisode fut trop bref et infructueux pour qu'on s'y attarde.

Murat fusillé le 13 octobre 1815, l'Autriche suite au Congrès de Vienne reprend donc le contrôle de la péninsule italienne. Le pays se trouve alors partagé entre souverains interposés, en huit Etats. Le royaume de Naples, objet de toutes les convoitises, devient augmenté de la Sicile, le Royaume uni des Deux Siciles placé entre les mains du roi Ferdinand Ier (Habsbourg), ex-roi Ferdinand IV de Naples et III de Sicile... Passé ces partages sommes tout assez compliqués entre souverains autrichiens, la nouvelle Italie « autrichienne » ne peut satisfaire la population privée à nouveau de son identité.

La Restauration inaugure en effet en Italie le retour à une législation tatillonne, avec une remise en vigueur des droits de douanes d'Etat à Etat altérant considérablement les échanges commerciaux. Le mécontentement ne tarde pas. Une bourgeoisie agacée par ces nouvelles lois qui servent plus le Royaume que leurs affaires n'hésite pas à exprimer son mécontentement et parfois même à regretter le temps de l'Empire. Nous abordons là une épisode décisif de l'histoire italienne, traditionnellement nommé Risorgimento (réveil). Unité nationale, libertés constitutionnelles et indépendance sont les trois objectifs de ce premier mouvement libéral et national italien. Tirant son influence de la Révolution française et du temps de l'Empire, le Risorgimento ne sera jamais un mouvement de masse78(*). Il est porté à l'origine par un mouvement d'intellectuels, souvent nostalgiques de l'antique grandeur italienne alors mise en scène par les écrivains (Léopardi, Manzoni), les compositeurs (Rossini, Verdi), et qu'entretiennent pieusement les historiens (la Deputazione di storia patria sera créée à Turin en 1842). Ainsi comme le note Tacel, « des militaires aigris provenant de la Grande Armée, des fonctionnaires ou des collaborateurs de l'administration napoléonienne, des fils de famille désoeuvrés, intoxiqués de romantisme, des aventuriers généreux ou avides, lui fournissent des états-majors sinon des effectifs ; ils seront rejoints, et en partie relayés par des hommes d'affaires, des propriétaires capitalistes, qui donneront au Risorgimento une démarche plus réfléchie »79(*). Notons au passage une composition sociologique hétérogène que l'on retrouvera sous les mêmes formes au sein des conjurés français du 19 août 1820... Mais cette troisième forme du Risorgimento, qui suivra le mazzinisme propagé par le mouvement Jeune Italie dans les années 1830, ne s'affirmera que vers 1840.

Revenons aux années 1815-1820. Le premier élément actif du « réveil » italien est le carbonarisme. Le phénomène ne cesse de se développer secrètement dans l'Italie de 1815, Carbonari et Francs-Maçons étant alors indistinctement poursuivis. Lambert évoque d'ailleurs l'existence possible à cette époque de relations entre les deux corporations80(*)... Bref, les Carbonari s'implantent surtout dans l'ancien Royaume de Naples. Très vite, la répression s'organise contre le mouvement sous l'égide du ministre de la police Canosa. Une société secrète de répression des Carbonari, dite des « Calderari » (chaudronniers) se charge de réduire au silence les Carbonari. Cette société anti-carbonari devenant rapidement un groupe terroriste incontrôlable, sera plus tard en 1816 supprimé par décret royal de Ferdinand Ier. Ainsi, dés 1815, ce mouvement secret d'opposition au sein duquel « ecclésiastiques, noblesse et riches propriétaires se montrèrent les plus ardents à propager les doctrines libérales, et se classèrent indifféremment parmi les Carbonari et les Maçons, en occupèrent les dignités et parvinrent à habilement à en diriger les esprits »81(*) est sévèrement réprimé.

La constitution d'un mouvement unitaire , déjà rendu difficile par la division politique du pays et l'éclatement de sociétés secrètes (Carbonari, Adelfi, Guelfi...82(*)) marquées par les particularismes régionaux, ne semble donc pas encore possible dans ces années 1815-1816. Entre 1817 et 1820, les Carbonari s'étendent de manière maximale, dans le Royaume des Deux-Siciles, dans le Piémont à partir de 1818 où ils disposent de contacts avec l'Adelfi, ainsi que dans les Etats pontificaux. Le pape Pie VII condamnera d'ailleurs la « secte » des Carbonari le 13 septembre 1821, condamnation renouvelée par la suite par le pape Léon XII, le 13 mars 1826, accusant la société secrète d'être à l'origine des difficultés de l'Eglise. Afin de comprendre les craintes qu'elle pouvait susciter, il convient d'en venir brièvement à sa composition et à ses motivations. Regroupant de nombreux militaire, des représentants de l'aristocratie, de la bourgeoisie et de la jeunesse étudiante, ses membres n'étaient pas athées, ce qui pouvait déranger le clergé. Ils luttaient selon l'objectif commun de chasser les Autrichiens. C'était peut-être d'ailleurs le seul objectif politique clair et commun que s'assignaient les Carbonari, rejoignant ainsi le grand élan libéral européen du début des Restaurations. Abordons à présent la question de leurs origines.

I-1.2 La question des origines françaises de la Charbonnerie italienne : les Bons Cousins Charbonniers.

. Comme le note Serge Hutin à propos des Carbonari: « si leurs complots sont bien connus, on est beaucoup moins renseigné sur leurs origines »83(*). Celles-ci sont effet des plus controversées. Le travail de Pierre-Arnaud Lambert84(*) tente d'éclairer un peu plus les mystères entourant cette question. Si certains ont pu rattacher l'origine de cette société aux courants « illuministes » du XVIème siècle85(*) ou peut-être un peu plus sérieusement à l'ordre secret des Illuminés de Bavière86(*), la thèse la plus solide semble demeurer celle d'une filiation avec l'organisation des Bons Cousins Charbonniers. Notons déjà qu'il y a selon Lambert87(*) aucun lien direct entre les Illuminés de Bavière et les Bons Cousins Charbonniers. Si Weishaupt des Illuminés avait conçu un modèle maçonnique d'organisation secrète, l'organisation des Bons Cousins Charbonniers (B*C*C) s'apparente plus à celle d'un compagnonnage.

Issue d'une ancienne corporation de métiers supposée être celle du métier de charbonnier, cette société d'entraide compagnonique aurait été pour la première fois découverte en Franche-Comté et en Bourgogne, vers la fin du XVIIIème siècle et ce bien que leurs membres se réunissant dans les bois88(*) faisaient remonter l'existence de leur société à des temps plus reculés. Diverses légendes se confondent à ce sujet. La première serait celle de sa création par la grâce de Saint Thibaut, saint fréquemment représenté tenant dans une main une hache et dans l'autre une lanterne. On appelle ainsi parfois aussi Fendeurs les Bons Cousins Charbonniers. Une autre légende situe leurs origines au IVème siècle après Jésus Christ ; une dernière enfin associerait même François Ier à sa création... Bref, cette société qui comptait trois grades : Apprenti, Maître, Compagnon, rappelle beaucoup les Francs-Maçons dans son organisation et sa philosophie. Les Charbonniers auraient d'ailleurs opéré des rapprochements avec les Francs-Maçons allant jusqu'à la création d'une « Maçonnerie forestière », puis d'une société maçonnique des Fendeurs, créée à Paris en 174789(*).

Les Bons Cousins, outre les professions du bois et de la forêt, comptaient parmi leurs membres : bourgeois, artisans, ecclésiastiques... Sujette à la suspicion sous le régime de la Terreur, la société des Bons Cousins doit stopper ses activités et préciser ses motivations. Intéressant épisode qui nous renseigne sur le rapprochement à venir avec les Carbonari italiens. Lors de l'interrogatoire du comité de Surveillance des Jacobins de Lons-le-Saunier, des membres auraient affirmé leurs penchant pour des idées constitutionnelles modérées et surtout leur attachement à une société fondée sur la plus parfaite égalité, protestant aussi de leur fidélité à la « Nation, à la loi et au roi »90(*). L'organisation dissoute en 1793 par le comité Jacobin de Lons suite à la dénonciation de la société populaire, les gentils Cousins Charbonniers continuèrent de se réunir dans les bois et à jouer un rôle politique indéniable selon l'historien Albert Mathiez91(*). En effet dés les première années de la Restauration, les Bons Cousins notamment ceux de Dijon auraient repris leurs activités bien que devant garantir aux autorités leur innocence politique.

Nous en arrivons à la question de la filiation de cette société avec celle des Carbonari italiens. Comme le note Lambert92(*), Bons Cousins et Carbonari italiens se rejoignent d'abord sur une légende commune, celle de François Ier comme protecteur des Bons Cousins et de Saint Thibaut comme fondateur. Ce n'est certes qu'une légende mais la force des mythes fondateurs n'est jamais à négliger, surtout dans ce domaine93(*). Diverses études, de celle de Albert Mathiez94(*) à l'Histoire des sectes religieuses (1828) de l'abbé Grégoire95(*) évoquent cette filiation entre Bons Cousins et Carbonari. La confirmation plus récente de cette filiation s'est révélée par une attention plus approfondie portée sur le personnage et l'action de Pierre-Joseph Briot96(*), député au Conseil des Cinq Cents en 1798 déjà évoqué plus haut.

Pierre-Joseph Briot

Né le 17 avril 1771 à Orchamps (Doubs), Pierre-Joseph Briot, professeur au collège de Besançon pendant la Révolution, se rend à Gay où la présence de Bons Cousins est selon Lambert97(*) attestée. Briot appartenait à cette société98(*) qui nous l'avons vu était bien implantée dans les départements du Doubs, du Jura et de la Côte d'Or. Envoyé par ses électeurs du Doubs au Conseil des Cinq-Cents en 1798, il s'intéresse grandement à la situation politique italienne, devenant même le chantre d'une indépendance italienne99(*). Il multiplie alors les voyages en Italie, y rencontrant peut-être Philippe Buonarroti100(*), figure clés du réseau conspiratif européen sous la Restauration101(*). De retour de son exil de l'île d'Elbe en l'an IX, envoyé par Napoléon, Briot est bien dans les Abruzzes et en Calabre de 1806 à 1809, où employé comme intendant de la ville de Chieti102(*) (Abruzzes), il fut en relation avec Lucien Bonaparte103(*) et Salicetti, tous trois d'opinion républicaine. Il organise alors dans ces mêmes années et secrètement les premières Ventes carbonari, soutenu à l'époque par Murat qui le nomme conseiller d'Etat du royaume de Naples, cherchant chez lui un appui plus solide que celui de son beau-frère. Les efforts des bons Cousins Charbonniers installés en Italie furent en tout cas impuissants à maintenir le roi Joachim Murat sur son trône104(*). Mais les idées de ces derniers dureront bien longtemps après que leur leader Briot, retourné en France relancer le mouvement secret, ne soit nommé directeur de la compagnie d'assurance « Le Phénix » à Briançon, compagnie soupçonnée par la police de Charles X d'abriter en 1825 les derniers charbonniers français et d'avoir été le point central de l'organisation105(*)... Le rôle de Briot dans l'organisation d'une Charbonnerie italienne en 1808-1809 sur la base de la corporation des Bons Cousins francs-comtois, puis dans la ré-extension de la Charbonnerie italienne en France dans les années 1820-1821 est donc trop souvent méconnu, le personnage étant resté, comme le note Jean Maîtron106(*), dans l'ombre du conspirateur Buonarroti....

Bref, en 1819, ce dernier a tout de même réussi, malgré et peut-être grâce à l'interdiction royale de la société, à réunir en son sein: jeunes étudiants, demi-soldes mécontents, ancien fonctionnaires de l'Empire...tout un ensemble assez hétéroclite d'individus s'adonnant certes à d'étranges rituels107(*) mais marquant déjà leur indépendance envers les monarchies et préparant ainsi leur lutte à venir pour la liberté et l'égalité. Les Carbonari se développèrent donc considérablement malgré la surveillance policière. Le recrutement qui faisait une large place aux affirmations religieuses, voir mystiques108(*) permit à la célèbre société, selon certains auteurs, de réunir en 1819, un effectif de 642 000 membres dispersées dans toute la péninsule italienne109(*) !

Venons-en à présent aux conditions historiques de mobilisation d'une telle force et donc au passage de la conspiration à l'insurrection.

I-1.3 La révolution espagnole et la renaissance des Carbonari : la révolution libérale à Naples de 1820

Le partage de l'Europe entre les souverains des dynasties des Bourbons et des Habsbourg qu'inaugure la période de la Restauration110(*), est donc mal accepté. « Fourgons de l'étranger » ?, « Divine surprise ? », libre à chacun d'interpréter ce nouveau despote. Il n'en demeure pas moins que les régimes précédents qu'ils s'agissent de brefs intermèdes républicains ou de l'Empire sont encore dans les esprits. Les monarques renouant avec la tradition absolutiste, les libertés confisquées, le mécontentement grandit très vite. Très souvent d'abord dans l'ombre comme nous l'avons vu avec les Carbonaris, il finit toujours par éclater sous une forme insurrectionnelle.

Les premiers troubles apparaissent d'abord en Espagne au début de l'année 1820, où une insurrection des troupes militaires destinées à combattre les colons révoltés d'Amérique latine, oblige le roi Ferdinand à rétablir la Constitution de 1812 votée par les « Cortés » (assemblées législatives) de Cadix. Celle-ci avait en effet été abolie au retour du roi d'Espagne en 1814. Cet événement nommé pronunciamiento111(*) de 1820 opèrera alors une fonction de déclencheur au sein du mouvement du Risorgimento italien et de leurs éléments actifs, les Carbonaris. Ces derniers, en effet, multipliaient depuis quelques années, les échecs dans leurs tentatives d'insurrection. La tentative la plus infructueuse fut celle tentée à Macerata en 1817, dans les Etats de l'Eglise ! Cet échec du à un manque d'organisation et surtout à l'absence de contact avec une base populaire solide se solda par une vive répression qui décima les premiers chefs du mouvement112(*).

Il fallut alors attendre l'année 1818 pour voir le général Guglielmo Pepe113(*) reprendre en main la société secrète. Son action fut des plus efficaces. Il organise militairement la Carbonaria, la dote de milices, généralement constituées de « citoyens honorables », suffisamment fortunés pour pouvoir s'équiper eux-mêmes. Le général Pepe veille aussi à entretenir une certaine moralité et une discipline exemplaire en leur sein, notamment en s'assurant même de leur dévouement à la religion114(*) !

Une fois la Carbonaria militarisée, il lui reste à fédérer le mouvement au niveau territorial, ce qui au vue de la surveillance de l'Etat fut plus difficile. Il n'en demeure pas moins qu'en deux ans, Pepe parvient à rendre la Charbonnerie opérationnelle. Les milices formées, Pepe s'attèle à un soulèvement des garnisons de Naples. L'insurrection éclate le 3 juillet 1820 dans plusieurs régions du pays... Débutant, à l'origine au sein de l'armé, le mouvement gagne rapidement la population civile. Ainsi, à Turin, les insurgés gagnent vite la sympathie des étudiants115(*). Dans le Piémont où les Carbonari étaient bien organisés, la victoire semble un temps acquise...le roi Victor-Emmanuel Ier abdiquant en faveur de son frère Charles-Félix. Reste cependant la prise décisive de Naples où siège le roi Ferdinand. Après une lutte ardente, les insurgés parviennent à forcer le roi Ferdinand du royaume des Deux-Siciles à ratifier une Constitution sur le modèle de la Constitution des Cortés espagnols. Comme le note Lambert, la constitution espagnole fascinait les libéraux et les Carbonari, bien que peu d'entre eux l'eussent lue et sans doute comprise116(*). Celle-ci prévoyait la mise en place d'une assemblées unique, ayant l'initiative du vote du budget et limitant les pouvoirs du roi en restreignant l'usage des ordonnances royales... Cependant, notons au passage que la remise en vigueur en Espagne de la « Constitution de Cadix » ne subsistera que par le maintien d'un gouvernement libéral jusqu'en 1823, année de l'expédition française en Espagne lancée par Louis XVIII...

Revenons en Italie. L'insurrection est un succès. Ferdinand, face au peuple est contraint de ratifier la constitution le 5 juillet 1820, mais finit par choisir de porter à la tête du royaume son fils François, duc de Calabre. Ce dernier prête donc serment à la nouvelle constitution et acceptent de nommer au sein de son gouvernement des Carbonari et des hommes d'Etat de l'époque de Murat, d'ailleurs assez méfiants vis à vis des Charbonniers...

Les Carbonari entrés au pouvoir, le général Pepe se permit même un défilé triomphant dans la ville de Naples, entouré de ses milices et au couleur de la société secrète. Celle-ci d'ailleurs était donc devenue à présent une véritable société populaire et publique, présente à tous les niveaux de la vie politique. Portée par la jeunesse, acquise aux idées libérales, la Carbonaria connaît alors ses riches heures. Très vite cependant, le gouvernement se voit abusivement sollicité. En effet, en octobre 1820, s'ouvre le parlement napolitain et éclate la question sicilienne. L'île pourtant converti au libéralisme du mouvement des Carbonari dans un premier temps, souhaite voir maintenu son autonomie au sein du royaume des Deux-Siciles...

Revendication inacceptable pour le nouveau gouvernement carbonari, Pepe charge son frère le général Florestano de réprimer une insurrection qui avait éclaté à Palerme en juillet 1820 et force la Sicile à garantir dix mille hommes à disposition du royaume en cas de représailles de l'empire austro-hongrois. En effet, la Sicile est à cette époque le premier Etat que les Autrichiens visent à ramener sous leur joug. Pepe eut une bonne intuition puisque le 29 octobre 1820, Autrichiens, Russes et Français décident lors du congrès de Troppau d'engager la lutte contre la « dissidence » italienne. La campagne autrichienne en Italie s'engage alors et malgré les efforts de Pepe pour préparer l'armée à une guerre contre l'Autriche, les troupes « carbonari » ne peuvent résister aux assauts autrichiens. Dés la fin du mois de janvier 1821, les armées autrichiennes franchissent le fleuve Pô et gagnent le Sud. Sans grande difficulté, les Autrichiens entrent à nouveau dans Naples le 23 mai, signant la fin de la révolution libérale italienne.

Ainsi comme le note Lambert117(*), si les Carbonari connurent dans un premier temps beaucoup d'échecs, ils contribuèrent activement à ouvrir l'histoire de l'opposition libérale secrète en Europe118(*). Les Carbonari furent des précurseurs dans le renouvellement du mode conspiratif d'opposition libérale. Comme le mouvement militaire espagnol du pronunciamiento (début 1820), ils eurent une grande influence sur l'essor du mouvement libéral français de par, leur choix du complot au sein d'une organisation secrète, et plus encore de par l'espoir suscité par le succès de la révolution napolitaine de juillet 1820. Ceci nous amène à aborder l'influence qu'exerça la création et les activités de la Carbonaria sur les premières formes d'opposition au retour des Bourbons en France.

I-2 L'influence du mouvement italien en France : des premiers complots militaires (1816-1817) à la création d'une Charbonnerie française (1821-1823)

Nous venons de présenter la naissance et l'action de l'opposition libérale italienne au travers de la société des Carbonari. Il nous faut à présent revenir sur la situation française des années 1815-1820, afin d'illustrer la filiation entre le mouvement conspiratif italien « affirmé » et le mouvement conspiratif français, alors encore naissant. Cette section vise à introduire ainsi la première étape de la vie politique de Joseph Rey, à savoir la création de sa propre société secrète, l'Union et son adhésion à la première conspiration libérale française que nous présenterons dans le second chapitre. Revenons d'abord brièvement sur le contexte historique français des années 1815-1820.

I-2.1 De l'écroulement de l'Empire ( avril 1814) aux retours des Bourbons ( mai-juin 1814)

En 1814, tout semble annoncer déjà un effondrement de l'Empire napoléonien. Napoléon ne cesse de perdre ses possessions extérieures et l'état économique et social de la France souffre du coût des campagnes militaires. Echouant lors de la campagne de Russie en 1812 puis sur le front de Prusse en 1813, Napoléon a perdu en mars 1813 la précieuse alliance autrichienne de Metternich qui choisit le camp des Alliés (empire russe, Prusse). A cette date, il semble déjà bien que l'Empire compte ses derniers jours119(*). Napoléon bat à nouveau en retraite lors de la campagne d'Autriche à l'automne 1813 (3-6 octobre). A la fin du mois d'octobre 1813, Napoléon a encore perdu 60 000 hommes dans la bataille et doit se replier sur le Rhin. A la fin de l'année 1813, Napoléon perd déjà l'essentiel de ses conquêtes. L'Espagne a du être rendue au trône de Ferdinand VII (11 décembre 1811), l'Italie comme nous venons de le voir a été cédée à l'Autriche, notamment par le traître Murat qui a signé un pacte d'alliance avec les Autrichiens le 14 janvier 1814. La Hollande est perdue le 16 novembre 1814, Guillaume d'Orange de retour. Il en est de même pour la Suisse où l'acte de Médiation entre Alliés et forces impériales est rompu, ainsi qu'en Allemagne où les Alliés suppriment les Etats créés par l'Empereur. Les Alliés (Russes, Autrichiens, Prussiens) sont maintenant aux portes de la France qui accumulent les difficultés intérieures. Les défaites ont en effet amené la crise financière : augmentation des impôts, difficultés à payer les soldes ; une crise économique et sociale : nombre de Français hors des frontières reviennent, ramenés par la défaite alors que les subsistances et les produits de première nécessité commencent à manquer, phénomène aggravé par l'effort de guerre et la conscription120(*). Les difficultés politiques ne tardent pas surgir et les critiques se font jour121(*), notamment du coté des royalistes gagnés par l'agitation. Notons déjà au début de l'année 1814 la réapparition de la Congrégation jésuite et surtout des exactions de l'ordre « ultra » et secret des Chevaliers de la Foi mené par Berthier de Sauvigny et des Francs régénérés122(*)... Napoléon aura beau réagir, il est trop tard. Le 31 mars les Autrichiens entrent dans Paris, l'armistice est signé.

Napoléon reconnaît alors sa défaite et sa déchéance, proclamée par le Sénat le 2 avril 1814123(*), en abdiquant le 6 avril. Le Sénat confie alors le pouvoir au comte de Provence, frère de Louis XVI, futur Louis XVIII... Napoléon part donc s'exiler à l'île d'Elbe, l'île du « repos » dont on lui a offert la pleine souveraineté ainsi qu'une rente annuelle de deux millions de francs payée par la France. Embarqué le 28 avril, il n'y arrivera que le 4 mai, traqué par les royalistes. L'Empereur parti, le comte de Provence, rappelé par le Sénat promet d'observer la nouvelle Constitution (6 avril 1814)124(*), le 3 mai 1814 lors de sa déclaration à Saint-Ouen. Il se déclare alors roi des Français, ouvrant la période dite de la «  première Restauration »125(*). Sa légitimité doit cependant être assuré en reconnaissant en partie les institutions et acquis de 1793.

Il signe et proclame une Charte constitutionnelle le 4 juin 1814 dont le texte devait initialement limiter le pouvoir royal en entérinant les dispositions de la Constitution du 6 avril. Poudre aux yeux que fut cette Charte !... ne confortant en réalité que la pleine souveraineté du roi, sous prétexte d'incarner l'unité de l'Etat et de la Nation. Cette Charte, comme l'explique Jean-Claude Caron126(*), est surtout la traduction d'un rapport de force entre nécessité d'assurer une représentation nationale et réaffirmation du pouvoir royal. Louis XVIII, d'ailleurs assez réticent à l'origine à accepter la constitution préparée par le Sénat, « abri du personnel révolutionnaire »127(*), ne se résigna à la signer que sous la pression du Tsar Alexandre et de l'Angleterre, qui se font alors les avocats d'une constitution écrite. Affichant un préambule d'Ancien régime128(*), la Charte maintenait l'existence d'une Chambre des députés, élue au suffrage censitaire129(*), et par une Chambre des Pairs, héréditaire ou nommée à vie par le roi ! Ce dernier d'ailleurs interfère directement dans le travail législatif, puisque en réalité il a l'initiative des lois et les promulgue. De plus, le fameux article 14 lui donnait le droit de faire « les règlements et ordonnances nécessaires pour l'exécution des lois et la sûreté de l'Etat »130(*), porte ouverte en réalité, comme nous le verrons dans un instant à tous les abus...

Ainsi, si à l'origine la constitution « sénatoriale » du 6 avril 1814 prévoyait bien un certain équilibre monarcho-constitutionnel entre un exécutif royal et un pouvoir législatif dévolu au Sénat et à une Chambre des députés, son remplacement par la Charte du 4 juin, et surtout l'interprétation qu'en faisait Louis XVIII, annonçait déjà le despote à venir du nouveau régime...

I-2.2 La vive réaction aux débuts de la seconde Restauration en France : la conspiration militaire de « Didier » à Grenoble (1816) et l'insurrection de Lyon (1817)

Cependant, si les dispositions de la Charte semblent plus favoriser un régime de centralisation du pouvoir dans les mains du roi que constituer une réelle garantie de respect des institutions révolutionnaires comme l'existence d'un corps législatif autonome, ce « bout de papier »131(*) que méprise en réalité le roi est de plus en plus critiqué par les ultras, ne lui reconnaissant aucune légitimité... Dés lors, la Charte devint étrangement le cri de ralliement des libéraux, seul compromis certes insatisfaisant mais en danger, assurant légalement le maintien d'un régime constitutionnel. C'est dans ce climat d'incertitude et de défiance du pouvoir royal que les premières réactions à ce retour larvé à l'Ancien régime vont apparaître.

Retour sur l'échec des Cents-jours de Napoléon et sur l'avènement d'une seconde Restauration

La première réaction à observer fut peut-être déjà constituée par l'accueil que réservèrent les Français au retour de l'Empereur au pouvoir le 20 mars 1815 lors de l'épisode des Cents-Jours. Celui qui fut salué comme « le soldat de la Révolution » par une bonne partie du pays n'affirmait t'il pas aux premiers jours de son second règne, peut-être certes pour séduire les libéraux, son « goût des constitutions, des débats, des élections libres, des ministres responsables, de la liberté de la presse... »132(*) ? Il n'en demeure pas moins, que installé aux Tuileries le 20 mars 1815, après un périlleux périple de vingt-jours à travers le pays, déjà évoqué précédemment, Napoléon affirma par ses Actes additionnels, (que Rey critiqua), à la Constitution, l'interdiction de retour : aux Bourbons, au culte « privilégié et dominant », à « l'ancienne noblesse féodale... »133(*). En effet, souvenons-nous que le premier retour des Bourbons après la chute de l'Empire se solda par une épuration des éléments bonapartistes de certaines administrations. Cette épuration qui toucha surtout en profondeur les préfectures de police134(*), le ministère totalement réorganisé par Louis XVIII, ne pouvait que relancer avec le retour de Napoléon les luttes entre bonapartistes accusés de « régicides » et ultras, les libéraux s'adaptant plutôt à l'époque au grès des régimes... Bref, les Cents-jours apparurent déjà comme une première période d'expression du rejet de nombre de Français de ce retour illégitime d'un pouvoir royal. Des pamphlets royalistes répondaient aux attaques de Napoléon, qui fut contraint comme son prédécesseur de se plier à la Charte.

Cependant, l'empereur qui dés son retour attira à nouveau sur la France les foudres des Alliés, ne faisait pas l'unanimité. La Chambre du 1er juin 1815, nouvellement réélue ne se composait étrangement que d'assez peu de bonapartistes ; l'abstention avait d'ailleurs atteint un taux record135(*). En effet, le 09 juin 1815, est signé l'acte final du congrès de Vienne et se forme alors une septième coalition contre la France. Napoléon reparti en campagne militaire se retrouve à nouveau dénoncé par l'ensemble de l'Europe des rois. Le 18 juin marque la défaite militaire et politique finale de Napoléon à Waterloo. Le dernier « vol de l'Aigle » semble bien prendre sa fin. Les libéraux pourtant hostiles à un second retour de Monsieur (Louis XVIII), ne peuvent plus soutenir l'empereur. Le 21 juin, à l'arrivée de Napoléon vaincu, loin de se rallier autour de lui pour sauver le pays vaincu136(*), ils décidèrent de soutenir la demande d'abdication de l'empereur, seule voie possible vers un traité de paix. Citons parmi ces libéraux le général Lafayette et Benjamin Constant, plus attachés à la paix qu'à l'empereur. Désormais, la France est en pleine confusion, ne pouvant plus conserver l'Empereur et déçu par Louis XVIII. Comme le note Louis Girard, les Chambres désirent à l'époque un roi « vraiment constitutionnel »137(*).

Napoléon abdique donc une seconde fois et c'est la dernière, le 22 juin 1815, confiant sa succession à son fils Napoléon II, acceptée comme compromis par les Chambres qui bloquent toute régence. Eclate alors dans toute la France un triste épisode de réaction « contre-révolutionnaire » : la Terreur blanche. Durant tout le mois de juin 1815, des royalistes organisés en bande partent massacrer des populations civiles réputées jacobines ou bonapartistes. Les militaires de l'ancienne garde sont souvent les premières victimes de ces bandes qui sévissent dans l'Ouest, notamment les « verdets » du comte d'Artois (future Charles X...) et surtout dans le Sud de la France, dans la vallée du Rhône, dans le Gard ,en Provence, où les assassinats contre les Jacobins et les bonapartistes se multiplient et ce malgré l'attention du nouveau gouvernement provisoire mené par Fouché138(*).

Pendant ce temps, on se hâte à la Chambre de discuter depuis le 23 juin les articles d'une nouvelle constitution plus libérale. Cependant, alors que le projet était presque entièrement voté, le 08 juillet, Louis XVIII entre dans Paris et avec l'appui de la garde nationale fait bloquer l'accès des parlementaires à la Chambre législative. Ce bref épisode peu connu de la tentative d'une refonte constitutionnelle des libéraux de gauche prit donc vite fin avec le retour en force de Louis XVIII. Selon Girard139(*), le texte « oublié » et « sans suite » de juillet 1815, marqué par un réel souci social de l'instruction, de l'assistance et de la laïcité, évoquait bien une oeuvre d'Idéologue (primauté de la Chambre législative élue, responsabilité politique des ministres...). Mais passons sur cette épisode libéral à nouveau avorté.

Louis XVIII, de retour au pouvoir le 8 juillet 1815, constitue un étrange gouvernement (juillet-septembre 1815) regroupant le trop fidèle Talleyrand et le traître Fouché, gouvernement composé de fonctionnaires de l'empire, encore présent dans les esprits. Louis XVIII tente de tempérer le climat politique agité entre d'une part, une fraction de la population encore acquise au prestige de l'empire défunt, notamment au sein de l'armée et de la fonction publique, une élite libéral encore modérée mais tenant au strict respect de la Charte, et d'autre part une population assez peu confiante suite aux événements de la Terreur blanche et à l'agitation des ultras. Qui plus est un grave problème institutionnel commence à se poser sérieusement, l'absence de loi électorale...Dés lors, une « pagaille » se diffusa lors des élections législatives du mois d'août 1815. On du en effet utilisé les collèges électoraux de l'empire qui ne répondait pas aux conditions d'âge et de cens prescrites par la Charte... Le résultat fut des plus étonnants ; les mêmes collèges à quelques mois de distance envoyèrent une majorité de sens opposée140(*). En mai, les libéraux disposaient d'une petite majorité et en août ce furent les ultras qui exploitant l'échec de Napoléon et lui attribuant tous les maux de la nation, remportèrent une victoire écrasante (350 députés ultra sur 398 !). L'impotent et bavard Louis XVIII, agréablement surpris d'un tel succès de son camp, l'aurait cyniquement qualifié de « chambre introuvable ». Cette élection marque donc une crise dans la continuité des acquis de la Révolution et l'on craint même un retour de 1793, d'une nouvelle terreur ultra face à une lutte « républicaine ». La contestation se fait cependant de manière plus ombrageuse tant le régime joue hypocritement de son adhésion renouvelée à la Constitution, par le maintien de la Charte... Nous en arrivons ainsi au constat d'une réapparition des conspirations, mode secret et amateur de protestation au sein d'un régime doucement verrouillé...

Introduction au conspirateur Joseph Rey : le renouvellement des conspirations en France

Les premières conspirations en France, réactions contre réaction : les complots bonaparto-orléanistes (1816-1817)

Ainsi, nous en arrivons parallèlement à la jonction historique du mode conspiratif141(*) italien présenté précédemment avec la société des Carbonaris, et des différentes vagues de conspirations qui éclatent en France entre 1816 et 1823. Insistons à nouveau sur les différences de nature des complots éclatant entre ces deux dates. Nous nous appuierons ici essentiellement sur la thèse de Lambert142(*) et sur le travail de André Jardin143(*). On distingue en France dans ces années 1816-1823 trois types de manifestation d'opposition secrète, de la plus amateur et sujette à l'échec, à la plus organisée : le complot insurrectionnel spontanée, le complot insurrectionnel organisé et enfin le réseau conspiratif.

Ces trois types correspondent naturellement à la portée (moyens investis) de chacune de ces entreprises secrètes et à l'expérience de leurs auteurs. Si l'échec demeure bien souvent la caractéristique commune de ces trois types d'opposition secrètes, on repère tout de même un accroissement de l'efficacité organisationnelle de ces entreprises en tendant avec le temps à s'organiser sous le mode de la conspiration organisée. En effet, des petits complots militaires de 1816-1817 à la Charbonnerie française des années 1821-1823 en passant par la conspiration libérale d'août 1820, un net effort de structuration des moyens se dessine, même si les conditions historiques « objectives » évoluent elles-aussi durant ces années. Plus précisément, on ne peut comparer et encore moins assimiler les très amateurs premiers complots militaires de tendance bonapartiste, voir peut-être orléaniste, des années 1816 et 1817 avec d'une part une entreprise libérale un peu moins amateur qu'est celle du 19 août 1820, objet du chapitre II, et encore moins d'autre part avec les insurrections menées par la Charbonnerie française des années 1821-1823, que Rey n'a pas intégrée, choisissant dés 1820 de renoncer à toute idée de conspiration... Observons donc le premier groupe défini.

Revenons pour cela aux années 1814-1815, début du second règne de Louis XVIII et de ses difficultés à maintenir l'ordre dans le pays. Nous avons évoqué la réapparition d'une Terreur blanche en juin 1815, sous le gouvernement Fouché-Talleyrand sévissant presque à travers tout le territoire contre bonapartistes, jacobins et libéraux, il nous faut en préciser la nature et ses conséquences. Cette terreur ultra-royaliste qui s'étend de la défaite de Napoléon au soir de Waterloo au retour au pouvoir du roi était bien le fait d'une vengeance de certaines provinces contre le régime des Cents-jours de l'Empereur144(*). Pour un récit complet de l'épisode, le lecteur pourra s'orienter vers les pages 33, 34 et 35 de l'ouvrage de Jardin précédemment cité. Résumons brièvement. Celle-ci débute avant Waterloo, en Normandie sous l'égide du duc d'Aumont tentant d'organiser un premier soulèvement. Le mouvement s'étendit très vite dans les terres chouannes de la Bretagne au Maine, en passant par la Vendée. Le mouvement est vite réprimé par les généraux Lamarque et Travot.

Plus grave est le mouvement qui touche le sud de la France, où des protestants seront massacrés par des milices catholiques. Puis c'est au tour de Marseille où après la nouvelle de la défaite de Waterloo, une garnison de militaires et leurs familles fut entièrement décimées (50 morts, 200 blessés, 80 maisons brûlées en deux jours)145(*). Il en fut de même dans le sud-Ouest, où à Toulouse sévissait le groupe des « verdets », qui portait la cocarde verte du comte d'Artois, ce dernier très certainement personnellement impliqué dans ces massacres et sûrement aussi en contact avec la société ultra dégénérée des Chevaliers de la Foi146(*) . De même, ce retour des guerres de religion entre catholiques ultra et protestants atteint Nîmes où des bourgeois protestants furent molestés, frappés à coup de battoir à clous imprimant des fleurs de lys... ( 37 morts)147(*) etc. Bref, la haine des ultras semait la terreur tandis que les « complices » des Cents-jours étaient sanctionnés de « régicide », l'administration épurée des éléments bonapartistes (surtout l'armée...).

A une réaction de type populaire, excitée par les milices ultra s'ajoutait donc une réaction institutionnalisée. La « Chambre introuvable » que nous avons déjà évoquée devenait le théâtre d'une « terreur légale » des ultras qui fort de leur majorité votent successivement d'octobre 1815 à juillet 1816 une loi de sûreté générale (29 octobre à laquelle seul le député Voyer d'Argenson osa s'opposer), une loi contre les écrits et les cris séditieux (9 novembre), une loi organisant des cours prévôtales (27 décembre) et une loi d'amnistie bannissant les « régicides » (2 janvier) parmi lesquels Carnot, le peintre David, etc.148(*). L'épuration de l'administration fut ainsi des plus sévères, touchant plus du quart des fonctionnaires (70 000 personnes arrêtées pour motifs politiques et 6 000 condamnés). Ainsi les officiers supérieurs soupçonnés de bonapartisme passaient soit en conseil de guerre ou devant la Cour des Pairs. Le cas le plus marquant, indignant la population fut celui du maréchal Ney, jugé par la Cour des Pairs, condamné à la peine capitale et exécuté le 7 décembre 1815. De même les différentes Cours prévôtales nouvellement instituées jugent les suspects par dizaine de milliers et la loi de sûreté générale du 31 octobre 1815 suspend toute liberté individuelle... Le parallèle que fait Chaline149(*) avec le régime de Vichy est donc tout à fait justifié. Ainsi, lorsque Louis XVIII dissout la Chambre introuvable le 5 septembre 1816, cette Terreur « légale » a déjà profondément indigné la population qui lors du scrutin des 25 septembre et 4 octobre 1816 se tourne enfin vers les libéraux. La Restauration vivra alors sa première phase de libéralisation du régime sous le premier ministère Richelieu ... Nous y viendrons dans quelques instants...

Cette restauration d'une terreur légale principalement orientée contre les anciens fonctionnaires au service de l'Empire eut pour effet prévisible de ranimer une veille tentation qu'est le complot150(*). Deux complots/conspirations marquent en 1816 et 1817 le renouvellement de ce mode de résistance et préfigure par la composante militaire de ceux-ci les conspirations libérales à venir, à savoir la conspiration dite du Bazar français ( 19 août 1820 coordonnée par l'Union de Joseph Rey, Chapitre II) et les grandes conspirations de la Charbonnerie française des années 1821-1823151(*). L'armée est ici déjà un élément central, un « invariant » traversant ces différentes entreprises.

Une des premières formes conspiratrices de résistance à l'oppression du nouveau régime est l'affaire dite des « Patriotes de 1816 »152(*) . Il s'agissait d'un groupe d'ouvriers qui avaient manifesté leur opposition au régime en imprimant des cartes proclamant pompeusement « Union, Honneur, Patrie ». Les affiliés dénommèrent leur organisation « Organisation secrète des patriotes de 1816 ». Lambert note avec ironie qu'en réalité, l'organisation n'avait rien de secrète, infiltrée depuis longtemps par la police153(*). Un ex-agent destitué sous la Restauration s'infiltra assez vite dans l'organisation, un petit groupe, et joua le rôle de provocateur en préparant un plan d'attaque des Tuileries. La police très vite renseignée par le mouchard fit procéder à vingt-huit arrestations. Trois conjurés, sûrement les meneurs, furent condamnés à mort... Il semble qu'il s'agissait selon Lambert154(*) d'une conjuration visant à renverser le gouvernement au profit de Napoléon II, l' « Aiglon » qui devait prendre la succession de l'Empereur... Les « Patriotes de 1816 » se rattachaient donc au courant bonapartiste de conjurations.

La seconde conspiration, un peu mieux organisée, fut celle dite de « Didier » (Grenoble, 1816). Paul Didier, drômois d'origine155(*), né en 1758, avocat au Parlement de Grenoble lorsque éclate la Révolution, est avant tout caractérisé par le nombre extraordinaire de ses revers politiques. Adhérant dans un premier temps aux principes de la révolution, il rejoint le camp royaliste avec le retour de Louis XVIII, ouvrant même un cabinet d'affaire destiné à aider les émigrés à rentrer en France... Il devient bonapartiste lors du coup d'Etat du 18 brumaire et sera alors nommé professeur à l'école de droit de Grenoble avant d'en devenir directeur... Louis XVIII à nouveau rentré, il obtient de lui une place au conseil d'Etat, au titre de maître des requêtes. Perdant son poste lors des Cents-Jours, il adopte des vues orléanistes...souhaitant installé le duc d'Orléans à la place de Louis XVIII. Tour à tour révolutionnaire, royaliste, bonapartiste, royaliste puis orléaniste, Didier est le type même du politiquement « inclassable ». D'ailleurs, d'après la description qu'en fait Lambert156(*), il n'était pas exclure qu'il était un peu fou...persuadé que Talleyrand et Fouché avaient fondé une association secrète, l'Indépendance nationale dont le but était de chasser Louis XVIII au profit du duc d'Orléans... Bref, Didier recruta à Lyon et Grenoble dés la fin de l'année 1814 les principaux conjurés d'un complot visant à amener le duc d'Orléans au pouvoir ! Orléaniste dans les buts, mais bonapartiste dans les moyens, le complot tramé à la fin du mois d'avril 1816 faisait appel à de nombreux militaires licenciés de l'armée impériale. Notons que la conspiration du 19 août 1820 se composait aussi de nombreux demi-soldes... L'insurrection devait éclater le 4 mai, de villages situés aux alentours de Grenoble pour finalement y converger. A nouveau, la police était au courant de l'entreprise mais sous l'impulsion du général Donnadieu que Rey poursuivra pour « assassinats judiciaires », elle choisit de laisser la conspiration éclater. L'insurrection se produisit dans une désorganisation des plus totales et les troupes du général Donnadieu brisèrent violemment le mouvement. Ayant considérablement exagéré l'importance du mouvement selon Lambert157(*), le bourreau Donnadieu signa l'ordre d'exécution des vingt et un insurgés, dont le meneur Paul Didier.

Une dernière conspiration à noter est celle de Lyon qui éclata en 1817. Complot à caractère bonapartiste, il prit aussi sa source de casernes des environs de Lyon. Le mouvement s'étendit sur onze communes avant d'être aussi violemment réprimé par le général Canuel. On compta deux cents arrestations dont onze se soldèrent symboliquement par des exécutions capitales pour l'exemple.

C'est donc bien dans un climat de répression politique, de restriction des libertés publiques et de surveillance policière que parviennent tout de même à s'organiser dans ces années 1815-1820 de véritables sociétés secrètes ou simple groupements de civils et de militaires, animés par la même conviction de la réussite possible d'un complot.

L'exemple de ces complots voués dés l'origine à l'échec, bonapartistes, ou orléanistes, fait déjà apparaître la prégnance du facteur militaire, l'affiliation de simples demi-soldes ou même d'officiers licenciés de l'armée impériale comme nous allons le constater avec l'étude de la conspiration du 19 août 1820. Venons-en avant tout à la question de l'influence de ces premières et obscures entreprises de conspiration contre le pouvoir royal sur le mouvement libéral français des années 1815-1820.

I-2.3 La difficile fédération des libéraux et la nécessité de l'organisation secrète : la création de l'Union à Grenoble par l'avocat Joseph Rey (1816-1817)

De la dissolution de la Chambre introuvable, le 5 septembre 1816 à l'assassinat du duc de Berry, le 13 février 1820, le mouvement libéral pourtant très éclaté ne va cesser de tenter de porter sa voix, ses critiques contre la radicalisation du régime. On peut brièvement résumer cette période jusqu'à la mort de Louis XVIII en septembre 1824 et la montée sur le trône de son frère le comte d'Artois qui prendra le nom de Charles X. Nous avons déjà évoqué la «séquence » du gouvernement Fouché-Talleyrand (juillet-septembre 1815) et l'ampleur de la réaction « anti-révolutionnaire » qu'elle organisa. Louis XVIII, conscient peut-être d'avoir été peut-être un peu trop rapide dans la restauration de mesures très répressives, visant à affirmer sa domination, congédie Talleyrand et appelle le duc de Richelieu, le 26 septembre 1815, à la présidence du conseil et au ministère des affaires étrangères. Le même jour fut signé le traité de la Sainte-Alliance entre l'Autriche, la Prusse et la Russie.. Louis XVIII doit alors rassurer et « pacifier » le pays. Le duc de Richelieu devait assurer cette fonction. Homme d'Etat plus que politicien selon Caron158(*), Richelieu ne parvint pas à former un « parti » le soutenant et doit très vite apprendre à gouverner pendant un an sans l'appui d'une Chambre ultra, qui lui est plutôt hostile... Son action fut cependant décisive durant les deux ministères qu'il occupa entre 1815 et 1821.

En septembre 1816 le ministre de la police Decazes obtient la dissolution de la chambre ultra dont les excès lassaient le roi et inquiétaient les autres puissances européennes. Des élections sont organisées et prennent place les 25 septembre et 4 octobre. A la grande surprise générale, elle voit déjà la renaissance des premiers libéraux modérés, les Constitutionnels159(*) (150 élus), les libéraux de gauche (15 élus) contre 90 sièges pour les ultras. S'ouvre alors la période dite du « gouvernement des Constitutionnels »160(*) qui de septembre 1816 à février 1820 avec l'assassinat du duc de Berry dans la nuit du 13/14 marquera une période importante de libéralisation du régime. Cette période s'étend sous le premier ministère Richelieu (26 septembre 1815-18 décembre 1818) et le gouvernement Decazes (décembre 1818-février 1820).

Sous le premier ministère Richelieu, on observe le réveil des libéraux-constitutionnels avec notamment leurs premiers succès électoraux, mais aussi Richelieu est confronté aux premières conspirations bonapartistes évoquées précédemment (Didier, Grenoble, 1816 ; Lyon, 1817) et sait s'imposer face à ces relents bonapartistes. Confronté aussi à une crise économique des années 1816-1817, Richelieu amorce la première « libéralisation » du régime qui permit très vite aux libéraux de se constituer en parti, « le parti des Indépendants »161(*) en 1817. Deux lois importantes marquent son premier ministère :

- la loi Laîné : loi électorale du nom du ministre de l'Intérieur de Richelieu. Votée en janvier 1817, elle organise les élections législatives au suffrage direct mais censitaire, au scrutin de liste dans les chefs lieux de départements, ce qui avantage de fait la bourgeoisie urbaine, souvent libérale162(*). Le débat précédant le vote de cette loi fut un plus des animés que connurent ces années et ranima la ligne de fracture entre monarchistes et libéraux qui se décidèrent enfin à s'organiser autour de ce nouvel acquis.

- La loi Gouvion-Saint-Cyr (mars 1818) : cette loi militaire très critiquée aussi par les ultras organisait le recrutement par volontariat et par tirage au sort, réglementant notamment l'avancement, au détriment des nobles qui ne pouvaient plus dés lors entrer directement dans l'armée en tant qu'officiers.

Ces deux lois fortement critiquées par la droite du ministère entraînèrent la démission de Richelieu, le 18 décembre 1818.

Le nouveau ministère mené par Decazes, très apprécié de Louis XVIII, poursuivit cependant l'oeuvre de Richelieu. Epurant les ultras de l'administration, Decazes mène une politique ouvertement libérale en s'appuyant notamment sur les doctrinaires. Désirant « royaliser la nation et nationaliser les royalistes », il tente de faciliter l'essor de la presse en faisant voter la loi de Serre (mars 1819) qui prévoyait un renvoi des procès de presse aux jurys et facilitait la création de journaux, en la limitant à une déclaration et au dépôt d'un cautionnement de 10 000 F. Cette loi entraîna donc un essor de la presse nationale et régionale, de tendance libérale ou ultra. Elle marquait la fin de l'autorisation préalable et de la censure. Passée grâce au soutien du groupe des Constitutionnels, elle fut supprimée avec le rappel de Richelieu en février 1820, sous la pression des ultras... Mais restons en à ces années 1815-1819 qui sont celles de l'essor d'un mouvement libéral éclaté.

Celui-ci débute difficilement sous le premier ministère Richelieu dans les années 1816-1817, avec notamment l'impulsion de la loi Laîné, qui permet l'entrée des libéraux à la Chambre. Cependant le mouvement163(*) libéral peine à se fédérer tant on compte en son sein de nuances. Des Idéologues aux Constitutionnels/Doctrinaires puis aux Indépendants, les divergences autour du bien-fondé de la Charte rendent difficile toute idée d'union. Pour une présentation plus détaillée de ces courants, le lecteur se reportera aux premiers chapitre de l'ouvrage de Louis Girard164(*).

Dans ce contexte de division des libéraux français et de censure de leur expression politique (1815-1816), notamment à la Chambre encore dominée par les ultras, nous pouvons introduire Joseph Rey et la création de sa propre structure d'expression politique, non un parti mais plutôt un cercle regroupant selon les mots de Lambert « des hommes de principes plutôt que des hommes de parti »165(*) . Cette organisation prit la forme d'une société secrète nommée « l'Union ».

Présentation de l'Union de Joseph Rey (1816-1820) : un « cercle » libéral

Nous nous baserons à nouveau pour cette présentation de l'Union sur le chapitre complet et sûr que lui consacre Lambert dans sa thèse166(*). Pour le lecteur plus soucieux de trouver la présentation de son auteur, le volume T .3939 des Mémoires de Joseph Rey relate de manière très dense les conditions de sa création167(*).

Reprenons donc le fil biographique. Rey, comme nous l'avons évoqué en introduction dans la première présentation biographique, est revenu à Grenoble168(*) ouvrir un cabinet d'avocat vers la fin de l'année 1815. Mais Rey devait vite repartir pour l'Allemagne « satisfaire aux devoirs de la reconnaissance en prêtant ses services de légiste à une famille qui lui avait offert naguère un refuge contre la chance des persécutions, et qui venait de perdre son chef dont la succession offrait beaucoup d'embarras »169(*) . Lors de ce petit périple, Rey lut dans un journal que le roi de Prusse venait de décider d'interdire toute société secrète et notamment la « ligue de la vertu » (Tugendbund)170(*). Profondément choqué par cette nouvelle censure, répression à l'égard des sociétés secrètes libérales, Rey décida de monter sa propre organisation secrète171(*). Notons qu'il n'existait pas à l'époque en France de société secrète libérale, la Charbonnerie italienne se (ré)introduisant en France qu'en 1820.... Rey fut donc déjà un précurseur dans ce domaine.

L'initiation de Rey au monde conspiratif

Observons avant tout que Rey fut dés sa jeunesse initié au monde conspiratif172(*). Il a dix-huit ans et assiste à Paris au démantèlement de la Conjuration des Egaux de Babeuf ( 1796) qui fut dirigée contre le Directoire. Il prétend même qu'il connaissait un des accusés qu'il désigne prudemment dans ses Mémoires par la lettre « J »173(*) . Il précise même que cet adjudant général « J » le mit en relation avec d'autres mécontents du même bord et assista à quelques débats animés...où « régnait l'espoir de renverser bientôt le pouvoir régnant »174(*). Rey n'adhéra pas à ce type de conspiration, il était d'ailleurs plus préoccupé par ses études... Il note cependant que l'expérience l'avait séduite en écrivant : «  Il était dans ma destinée de ne jamais suivre mes goûts sans la plus grande contrariété... »175(*).

La seconde conspiration à laquelle Rey fut convié dans sa jeunesse fut une conspiration républicaine dirigée contre le premier consul, Napoléon venant de s'autoproclamer consul à vie... Cette conspiration républicaine appelée « conjuration des couteaux » s'appuyait déjà sur l'idée d'un complot militaire « auquel on désirait affilier la jeunesse des écoles »176(*). Les conjurés prêteraient d'abord « le serment des couteaux »177(*) au cri de Vive la République ! Rey raconte assez critique : « qu'on devait poignarder le premier consul, et rétablir la république sous une forme mais dérisoire que celle de la constitution de l'an XVIII... cette dernière entrait parfaitement dans mon idée »178(*) . Mais Rey qui était pacifiste... avait naturellement quelque réticence au meurtre. Notre Idéologue se remémorant l'assassinat de César par son frère Brutus et la tyrannie qu'il amena, choisit de ne pas participer non plus à cette hasardeuse entreprise. « On me recommanda seulement le secret »179(*) note t'il pour finir. Il s'en alla ensuite trouver Destutt de Tracy. Revenons-en à la création de l'Union.

La création de l'Union

 

Rey rentre donc en France en février 1816, décidé à créer sa propre société secrète. Il en parle d'abord à quelques-uns de ces amis grenoblois parmi lesquels le peintre Simon Triolle et le pas encore célèbre Champollion le Jeune. Lors de la première assemblée, le 28 février 1816, il fut décidé de son nom et de son objet : « Nous l'appelâmes l'Union, et il faut se garder de la confondre avec le Carbonarisme qui, n'étant venu que plus tard, l'étouffa au contraire dans ses bras trop tumultueux »180(*). Première société secrète libérale, l'Union fut bien en effet « une des trois bases principales sur lesquelles s'édifiera la Charbonnerie »181(*)avec la société des Chevaliers de la Liberté (société implantée dans le pays de Loire) et la loge maçonnique parisienne des Amis de la Vérité, que Rey contribua à mettre sur pied182(*).

Les buts de l'Union

Abordons la question de son objet. Selon Dumolard183(*), tous les documents internes de l'Union aurait été détruits sous la Restauration, mais Lambert dans ses recherches retrouva par hasard un texte qui semble être un exemplaire de ses statuts184(*). Nous baserons donc sur les versions de Dumolard et de Lambert. Par ailleurs, nous pourrons préciser le caractère pleinement libéral de l'Union au cours du récit des buts des conspirateurs du 19 août 1820 (chap II).

L'Union se voulait avant tout devenir à terme un réseau d'influence, elle n'aspira jamais à devenir un parti politique bien qu'elle soutenait les libéraux185(*). Citons l'article 1 de ses statuts : « L'Union a pur but unique de propager les principes libéraux. Les principes libéraux sont ceux qui tendent à améliorer l'état des hommes en société, en l'instruisant de ses droits et devoirs. Leur base essentielle est la justice ; l'Union n'exercera qu'une influence. »186(*) . On remarque tout de même le ton républicain prononcé du texte, insistant bien sur les notions de droits et de devoirs, la lutte pour la liberté devait toujours être conciliée avec l'idéal de justice des Unionistes. Le préambule était à ce titre très explicite : «  Les agents de tyrannie étant partout et depuis longtemps organisés pour obtenir leurs fins , les amis de la liberté, c'est à dire du libre exercice des droits de tous, qui n'est que l'accomplissement de la justice éternelle, devaient à leur tour s'organiser pour reconquérir ces droits... »187(*).

Cette lutte secrète devait donc s'opérer au sein d'une petite structure188(*), afin de ne pas tomber sous le coup de la loi : « Après avoir bien médité le plan de notre association, dont nous rédigeâmes les articles, précédé d'un préambule explicatif de nos motifs, nous songeâmes à nous constituer d'abord dans la ville de Grenoble, où se trouvaient tant de bons éléments à cet égard. (les noms sont rayés) Cependant nous voulûmes d'abord nous borner au nombre de vingt, pour pouvoir nous réunir sans tomber sous le coup de l'article 291 du code pénal... »189(*) . Le recours au secret devait en être facilité et s'illustrait comme une noble réponse à la violence du régime : « ...dans le plus grand nombre des Etats l'organisation du pouvoir étant violente, il fallait bien recourir au seul moyen d'action resté possible, c'est à dire d'agir en secret et avec toute la prudence nécessaire. Le moyen principal devait être la propagation générale des idées des Lumières et des justes principes de droit social, afin d'en répandre au moins l'esprit en tous lieux, tant que la force brutale des gouvernants empêcherait de les faire passer dans les institutions... »190(*).

Dés lors, l'Union de par les convictions de son fondateur, bannissait à l'origine tout recours à la violence, la société ne s'assignait qu'une action purement morale de diffusion des idées et des valeurs libérales. Tous les moyens alors disponibles devaient être sollicités. On emploierait la presse, la tribune, on soutiendrait le barreau et les écoles, on fonderait des cabinets de lecture et des bibliothèques populaires191(*). En effet, dans l'esprit de Rey, cette société devait prendre rapidement un caractère international en s'organisant sous la forme d'un réseau, souple car exempt de tout fonctionnement hiérarchisé. Il note : « l'Union est perpétuelle et universelle. L'Union universelle se compose des Unions partielles qui sont toutes égales entre elles et ne peuvent être soumises à aucun degré de prééminence ou de hiérarchie. Une union partielle ne peut être instituée d'une manière distincte, si le nombre des membres pouvant se réunir ne s'élève à cinq. »192(*) Ceci nous amène à la composition et au fonctionnement de la société secrète.

Les premiers membres de l'Union : la question du « cercle libéral »

Rey partit pour l'Allemagne quelques jours après la première réunion constitutive de l'Union, le 28 février 1816, cherchant à ramener « quelques débris » de sociétés secrètes allemandes au sein de son réseau193(*). Il avait notamment déjà établi des contacts à Heidelberg... Dés lors les premiers recrutements de l'Union furent décidés par les camarades grenoblois de Rey. Ce dernier se chargeant de recruter dans toute la France, notamment à Paris et en Allemagne où il recruta les proscrits Desportes et l'avocat Charles Teste dont Rey avait été le secrétaire. Notons au passage la solennité du rite d'admission, rappelant étrangement celle des Carbonari : « Chaque unioniste à la première assemblée de l'Union qui aura lieu après son admission prendra l'engagement suivant : « Sur mon honneur, je promets de concourir de tout mon pouvoir au but de l'Union, de faire en toute occasion pour mes frères ce que je voudrais qu'ils fissent pour moi, enfin de garder toute ma vie le secret le plus inviolable sur tout ce qui pourra tendre à dévoiler l'existence de l'Union. »194(*). Dés lors « l'admission n'a lieu qu'à l'unanimité des unionistes présents à la délibération (... ) il doit toujours y avoir présent à la délibération au moins la moitié plus un des membres de l'Union... »195(*). Une solidarité et un dévouement totale devaient caractérisés ses membres : « L'Union toute entière doit secours et protection à chacun de ses membres... »196(*), « Tous les membres de l'Union lui doivent un tribut d'efforts pour le but commun. Toutefois, la garantie de leur zèle est uniquement dans le sentiment du devoir, seul mobile de l'Union »197(*).

Les premiers membres de l'Union furent donc choisis avec prudence, essentiellement au sein de la petite élite libérale de l'époque. Il s'agissait en effet bien de former un « cercle » libéral. Le concept de cercle mérite d'être précisé avant de présenter les principaux affiliés et les ramifications territoriales de l'organisation.

L'Union se composant essentiellement de notables : avocats, magistrats, députés libéraux, professeurs, officiers en retraite ou encore en activité...elle avait surtout comme point d'uniformité entre ses membres le caractère bourgeois. Maurice Agulhon dans son ouvrage le Cercle dans la France bourgeoise, étude d'une mutation de sociabilité198(*), souligne la cohésion que conférait aux membres des cercles, sociétés, associations du début du XIXième siècle un regroupement restreint et « borné » par un certain niveau occupé dans l'espace social. Le premier élément essentiel de ces cercles, souvent d'ailleurs à leur origine, est l'amitié existant au préalable ou susceptible de se développer par la suite entre ses membres. Pour cela, l'affiliation s'opère donc souvent au préalable par un examen explicite ou insidieux des opinions politiques du prétendant, voire de ses goûts et de ses moeurs... On observait en effet sous la Restauration « une familiarisation croissante de la bourgeoisie avec l'institution-cercle, avec la facilité, les commodités et la souplesse qu'elle offre, avec l'habitude prise en haut lieu de la tolérer, fait qu'on l'a utilisée de plus en plus à des fins diverses... »199(*) . La remarque d'Agulhon est des plus pertinentes et s'applique parfaitement aux membres de l'Union qui dans leur ensemble témoignent déjà de l'expression politique d'une classe moyenne politiquement encore difficilement « sondable », mais niée dans ses convictions libérales par le régime de la Restauration.

Toujours en s'appuyant sur Agulhon, on note que l'Union symbolise bien la symbiose société-cercle200(*). En effet, souvenons-nous que l'ambition de Rey à travers l'Union était bien de diffuser au maximum l'esprit des idées libérales. Rey insistait sur le fait qu'il ne s'agissait que d'exercer une influence mais ne considérons pas trop naïvement ces voeux pieux et n'oublions pas que ce qui devait être à l'origine qu'une pacifique société de propagande libérale constitua par la suite une des bases principales d'un complot visant à un coup d'Etat... De même, gardons en tête que Rey à la fin de sa vie tenta une carrière politique à partir du même discours un peu flou, voire parfois aux accents mystiques, diffusé au sein de l'Union et en espérant trouver écho auprès de ses anciens amis... Mais refermons cette parenthèse. La mise en réseau des libéraux à laquelle aspirent les Unionistes par le biais de comités locaux illustre bien la nécessité de créer secrètement un mouvement de masse d'une élite dispersée. La démarche de l'Union peut ainsi se résumer aussi par ces observations d'Agulhon sur la structuration d'un groupe politique autour de cercles : « un groupe politique de base, en province également, ce n'est encore rien d'autre qu'une cellule de sociabilité, dans laquelle s'est dégagée une opinion commune. Quant à la politique organisée, ce n'est encore rien d'autre que l'établissement d'une liaison entre ces « sociétés », « cercles », « réunion »... »201(*). L'Union en effet fut un des moteurs principaux de la tentative de coup d'Etat du 19 août et ses membres, notamment Rey, envisageaient bien de rétablir leur propre gouvernement (chapII) après organisation d'un référendum. Dés lors, il n'est peut-être pas interdit de penser que déjà nombre d'affiliés à l'Union envisageaient en son sein leur carrière politique future au sein du parti libéral/républicain202(*)... Revenons à ses membres en 1816 et à son extension.

Nous n'observons là que la formation du noyau dur de l'organisation entre 1816 et 1817, la seconde vague la plus importante fut en réalité constituée par les appels à l'affiliation au projet du 19 août 1820. Le recrutement des premiers membres de l'Union fut essentiellement opéré au sein de l'élite libérale « avérée » du pays alors que le complot soutenu par l'Union dut prendre appui sur une base beaucoup plus hétérogène, mêlant bonapartistes, libéraux « modérés » et « authentiques », civils et militaires, jeunes et plus vieux... Les premiers adhérents et les plus marquants résidaient dans le Dauphiné comme Jean-François Champollion203(*) que nous avons déjà évoqué et qui venait de perdre sa place de bibliothécaire à la ville de Grenoble, l'avocat grenoblois Félix Réal, Bérenger de la Drôme ancien avocat général à la Cour de Grenoble que nous aurons à présenter plus précisément, ou encore Baude de Valence, ancien sous-préfet de l'Empire... Puis l' « Union-mère », nom donné à l'organisation de Grenoble, s'étendit un peu plus dans le Dauphiné sous l'impulsion de Bérenger de la Drôme pour atteindre le Midi de la France. Mais elle ne s'étendit à d'autres régions qu'avec le concours de Rey qui ne cessait de voyager, partant « recruter » le maximum de libéraux, « semant » les « germes » de l'association là où c'était possible...

Mise en place du réseau et aperçu des actions de l'Union

Rey tissa au gré de son expédition (1816-1817) un véritable réseau. A Francfort, il recruta le magistrat Charles Teste dont il avait été le secrétaire en 1805-1806 et lui demanda d'installer un comité de l'Union en Belgique204(*). Lors de son retour sur Grenoble vers la fin de l'année 1817, Rey lança aussi une création de comité en Suisse, par l'intermédiaire du général Laharpe, ex-précepteur d'Alexandre de Russie, qui vivait retiré dans le canton de Vaud ainsi qu'en Savoie. Arrivé à Grenoble début 1817, Rey, infatigable, repart aussitôt pour Paris où il compte installer l'Union parisienne. On observe donc une extension de la société secrète du sud vers le nord de la France. Pendant son voyage pour Paris, Rey fait une halte à Lyon où il organise l'Union lyonnaise (fin 1817) avec l'aide de Duplan et de Gros de Lyon. Rey organisait ainsi trois centres stratégiques de l'Union ( Paris, Lyon et Grenoble). Peut-être songeait-il déjà à leur utilité future pour organiser une conspiration ?

Il demeure que l'installation d'un relais au sein de la capitale, l'Union parisienne, était essentielle de par la simple et bonne raison qu'elle concentrait et concentre toujours toute l'ébullition politique de l'époque et que Rey y avait déjà scellé de nombreuses et utiles amitiés. Ainsi Rey trouva le vénérable général Lafayette alors député, auquel il avait été introduit durant sa jeunesse par son maître Destutt de Tracy que nous avons déjà évoqué en introduction. A l'aide de Lafayette, Rey parvint donc à mettre sur pied l'Union parisienne au début de l'année 1819205(*).

Ainsi seront intégrés au sein de l'Union parisienne : les députés Lafayette, Voyer d'Argenson, Dupont de l'Eure, de Corcelles, les généraux Tarayre et Demarçay, de Pompières, de Beauséjour ; des journalistes comme Comte et Dunoyer du Censeur, et Chatelain du Courrier français, le vénérable Victor Cousin alors professeur à l'Ecole normale, des magistrats comme de Schonen et Girod de l'Ain, tous deux conseillers à la Cour de Paris et surtout des avocats du barreau parisien : Odilon Barrot, Mauguin, Berville, et Mérilhou206(*). Parmi ceux dont l'entrée sera refusée, faute de témoigner suffisamment d'une opinion républicaine, citons le banquier Laffitte, le général Foy, Manuel, Benjamin Constant, pourtant ami de Rey et Casimir Périer207(*). Viendra alors l'extension à l'Ouest du pays surtout au sein des garnisons militaires de la Loire et de la Haute-Loire dans les quelques mois suivant la décision du projet du 19 août...

Un dernier mot concernant l'affiliation d'un traître en Allemagne. Joseph Rey, lors de sa fuite pour l'Allemagne à la suite de la découverte du complot, rencontra en 1820 un ancien membre de sociétés secrètes allemandes : le Danois Witt-Doering. Personnage des plus obscures, parent du baron Ferdinand d'Eckstein qui avait aidé Louis XVIII à fuire pendant les Cents-Jours. Doering réussit à duper Rey en faisant preuve de beaucoup d'enthousiasme pour sa société secrète. Il n'en demeure pas moins que Rey le qualifie de traître dans ses Mémoires208(*), le soupçonnant d'être notamment à l'origine de l'arrestation de Victor Cousin... L'extrême activité de Rey n'était donc pas sans risque, le personnage demeurant d'ailleurs peut-être aussi à l'époque pas assez méfiant et peut-être encore trop naïf... L'expérience des trahisons de par la découverte du complot du 19 août devait endurcir notre conspirateur amateur. Ceci nous amène à dresser un bref tableau des activités de l'Union de 1817 à 1820.

L'Union, comme nous l'avons vu, s'était posée pour principe de ne pas recourir à la violence. Elle le maintiendra jusqu'à l'extrême radicalisation du régime dés février 1820 avec l'assassinat du duc de Berry dans la nuit du 13 au 14209(*) et le rappel du second ministère Richelieu qui sera des plus répressifs vis à vis des libertés publiques.

L'activité de l'Union fut étroitement liée à celle de son fondateur, résidant à Paris à partir de 1817. Rey, inscrit au barreau de Paris la même année, prenait place au sein du petit groupe d'avocats libéraux précédemment cités et ces derniers le chargèrent très vite de défendre devant les tribunaux les principes de 1789 et les libertés garanties par la Charte210(*). Parmi ceux- ci, ces amis Odilon Barrot et Mérilhou le chargèrent de plaider en faveur du « Père Michel », un colonel, ancien royaliste converti au libéralisme qui dérangeait particulièrement le pouvoir en place depuis qu'il avait publié un petit pamphlet politique contre la famille royale211(*). Rey accepta et son plaidoyer212(*) fut pour Rey l'occasion d'une belle passe d'armes avec le représentant du parquet, Marchangy, en 1818. Rey s'affirmait déjà comme un « honnête homme », prêt à défendre ses concitoyens.

A nouveau, le talent rhétorique et la fine connaissance judiciaire de Rey furent sollicités, lorsque les libéraux grenoblois lui demandèrent en 1819 de prendre la défense des familles des victimes du général Donnadieu, les vingt et un insurgés de la conspiration grenobloise de Didier (1816), le meneur, tous condamnés à mort et exécutés sans appel en 1816. Rey qui venait de prendre connaissance de l'affaire213(*), mena sa propre enquête et adressa alors une plainte au nom des familles des victimes contre le général Donnadieu, sous le motif « d'assassinat judiciaire »214(*). Un acte de bravoure qui lui coûta son titre d'avocat. Rey fut rayé du conseil de l'Ordre des avocats, pour avoir soi-disant tenu des propos diffamatoires envers l'officier Donnadieu... De même, quelques mois plus tard il sera étrangement rayé des listes électorales sans motif précis215(*)... Mais nous reviendrons dans un instant sur ce qui fut qualifié par les libéraux d'« assassinat judiciaire »216(*) et sur la prise en charge de cette plainte par Rey.

Parmi les réalisations les plus intéressantes et porteuses de l'Union, il nous faut peut-être commencer par évoquer la création de ramifications sous l'impulsion de Rey et de Cousin. En effet, Rey, revenu à Paris de ses voyages en Allemagne et en Suisse, décida dans l'année 1817 d'élargir l'aura de l'Union217(*). Dés lors Rey s'attela, une fois l'Union parisienne organisée, à monter une loge de type maçonnique : la loge des Amis de la Vérité218(*). Cousin219(*) joua un rôle prépondérant dans la mise sur pied de cette organisation, en puisant ses premiers membres parmi la jeunesse au sein de laquelle il exerçait à l'époque une grande influence. Notons au passage que « l'éclectique » Cousin travaillait aussi à développer une société de réflexion « sensualiste » : « La société diablement philosophique ! »220(*).

De même, l'Union aidera activement en 1819 à la mise en place d'une organisation libérale importante : l'Association pour la liberté de la Presse. Constituée en 1819 par le duc Victor de Broglie et son beau-frère Auguste de Staël, cette association inspira notamment le garde des sceaux de Serre, qui préparera la loi sur la liberté de la presse de mars 1819 facilitant la création de journaux. Cette Association se réactivera notamment à Lyon sous Louis-Philippe avec le retour à la censure opéré par le régime221(*).

Plus encore, une des entreprises les plus importantes de l'Union fut la campagne qu'elle mena en septembre 1819 pour l'élection de Grégoire. Rey et Bérenger de la Drôme s'impliquèrent tout particulièrement dans cette campagne. L'Union de l'Isère publia ainsi un manifeste en faveur de Grégoire : « Electeurs, ne soyez pas indécis sur vos choix et vos nominations ; entrez paisiblement dans l'enceinte consacrée aux prérogatives de vos droits les plus nobles et les plus sacrés ; déposez-y sans crainte, et dans le calme de vos consciences, vos bulletins. Que les noms des Grégoire, des Savoie-Rollin, des Français de Nantes et des Sappey y soient inscrits. Ces mandataires sont dignes de vous, de la patrie et de la liberté »222(*). Grégoire élu avec le soutien des ultras qui préféraient un « modéré » aux Jacobins, Rey tente de s'en expliquer dans ses mémoires, en insistant sur le fait qu'il s'agissait « par la voie du peuple, de consoler un vieillard aussi vénérable des indignités que lui avait fait subir un pouvoir forcené, en le faisant précédemment exclure du Sénat et de l'Institut national, contre toutes les lois et les règles de la justice... »223(*).

Il n'en demeure pas moins que l'élection fut annulée sans aucun motif précis à la fin de l'année de 1819 avec le raidissement opéré par les ultras disposant de nouveau de la majorité à la Chambre. Rey explique que ce fut là un des déclencheurs dans l'esprit de certains unionistes dont Jean-Baptiste Dumoulin, ancien officier de l'Empereur, d'une possible mise en place d'un complot militaire, s'appuyant sur une sédition générale de militaires déçus par le régime. Dumoulin, que nous présenterons dans le second chapitre, exposa son plan d'attaque à Rey et Bérenger de la Drôme. Rey, dans un premier temps méfiant vis à vis des tendances bonapartistes de Dumoulin, hésita à engager l'Union dans cette voie du complot, et ce jusqu'à sa révolte face aux évènements de juin 1820.

Ceci nous amène donc à présenter le récit de Rey de la conspiration du 19 août 1820, récit inédit et nous révélant la première figure du conspirateur-médiateur que revêtit alors Joseph Rey le temps d'un été.

LES FIGURES DE JOSEPH REY

De l'intellectuel libéral au socialiste « utopique »

« Les révolutions sont les seules pages de l'histoire qui méritent qu'on ouvre, qu'on pose le livre »

Cavaignac224(*)

« Conspiration : dessein formé secrètement entre plusieurs contre les pouvoirs publics (...) Concours vers un même effet », dictionnaire Littré, 1990.

II- Joseph Rey de Grenoble : conspirateur du 19 août 1820 au sein de l'Union

Comme le note à juste titre Georges Weill, le récit inédit de Joseph Rey de la grande conspiration libérale du 19 août 1820, de par sa véracité et les détails de son organisation, lui confère un grande valeur historique225(*). Dés lors, comme nous avions porté une grande attention à l'étude du premier volume 226(*) de ses Mémoires relatant cet épisode, nous avons choisi de lui consacrer un chapitre de cette étude, en cédant la parole à son auteur Joseph Rey. Avant d'entrer dans le récit de la conspiration, revenons brièvement sur la formation de la conscience politique du jeune Rey, de son Adresse à l'Empereur à sa révolte face aux événements de juin 1820, afin de mieux comprendre son engagement dans l'entreprise du 19 août.

II-1 Bref parcours biographique de Rey jusqu'en 1819

Le troisième volume 227(*) des Mémoires de Rey est des plus instructifs quant à l'évolution de la conscience politique de notre personnage. De sa jeunesse studieuse à son goût pour les sociétés secrètes qui le mena comme nous venons de le voir à créer l'Union « libérale », Rey n'a cessé de développer son esprit critique en oscillant de manière permanente entre une nécessaire distanciation intellectuelle vis à vis des tumultes politiques de son époque et haussements de voix, voire nous pourrions dire vulgairement aujourd'hui « véritables coups de gueule », face à tout ce qui pouvait lui apparaître de l'ordre de l'injustice ou de la simple déraison.

II-1.1 Les débuts de l'engagement politique de Rey : de son « Adresse à l'Empereur » (mars 1815) à la création de l'Union (février 1816)

Nous nous basons là à nouveau sur son propre récit biographique (T.3940, trois chapitres de 1779 à 1820) qu'il prend soin de qualifier de « moral » et « politique ». En effet, comprendre la question de la maturation de la conscience politique du jeune Rey nous imposera d'insister sur la formation de l'Idéologue Rey, chose que nous ferons en abordant la seconde partie de la vie de Rey (chapitre III). Nous reprenons donc ici le fil biographique à partir des premières réflexions de Rey sur l'Empire228(*).

En 1807, Rey est substitut du procureur impérial à Plaisance (Italie). Ici débute selon Rey sa « première vie officielle »229(*) marquée par une grande ardeur au travail et une certaine reconnaissance vis à vis de l'Empire, il écrit : « Si dans mes jugements, j'étais susceptible d'obéir à des motifs d'intérêts, personne d'autre plus que moi ne serait porté à exalter le temps de l'empire, puisque j'avais fait d'abord une avancée rapide... »230(*). Cependant Rey s'affirmait déjà comme un humaniste critique vis à vis de Napoléon en écrivant : « J'ai le bonheur trop peu compris de trouver une source de jouissance ailleurs que dans un matériel égoïsme et je ne sais accorder la louange qu'aux actes qui me semble avoir eu véritablement pour fin le triomphe de la justice et le bonheur de l'Humanité...Or si il était possible que Napoléon eut jamais connu un pareil dessein, il faudrait concevoir qu'il fut bien malheureux dans les moyens qu'il employa pour l'exécuter... »231(*). « L'Adresse à l'Empereur » trouvait donc déjà sa source d'inspiration de la critique à venir du despote de Napoléon.

A cette époque Rey s'adonne à ses premiers débats politiques, bien qu'assez peu intégré au sein de la communauté italienne en étant français. Il apprend très vite la langue du pays et parvient déjà à l'utiliser avec finesse lorsqu'il doit plaider. Il raconte notamment ses premiers démêlés avec l'administration militaire. Il rapporte qu'il fut un jour en charge de défendre un gamin violemment frappé à la tête dans une auberge de Plaisance par « un gros major de cavalerie »232(*). L'administration militaire tenta de faire pression sur Rey afin qu'il prononce une relaxe de l'officier. Il s'y refusa naturellement et condamna le major à une peine d'emprisonnement. Un ami du major vint alors le menacer en ces termes : « ...vous, monsieur, qui avez osé requérir une peine d'emprisonnement contre mon camarade, et qui avez mis tant de passion dans toute cette affaire... »233(*). Rey répondit de son droit : « N'allez pas plus loin monsieur, et cela dans votre intérêt, car si vous m'injuriez, j'ai le droit de vous faire arrêter. »234(*). Echappant de peu à une provocation en duel, Rey dans sa clairvoyance et sa pacifique bonté finit par comprendre l'acte de faiblesse du major et se résigna à alléger sa peine... Rey affirmait déjà en Italie son goût de la justice mais aussi n'hésitait pas à manifester ses premières critiques vis à vis de l'administration impériale. Au tribunal de Mayence, où il venait de prendre fonction en 1810 toujours en tant que premier substitut, il note : « il n'y avait pas un seul légiste, les autres ne savaient pas un mot de droit »235(*) .

De là datent encore ses premières considérations sur l'impérialisme et sa doctrine du « matérialisme politique ». Il condamne alors son adoption par Napoléon : « Qu'il trouve dans nos coeurs une indulgente absolution, mais qu'on ne vienne pas sans cesse le proposer comme un modèle de l'art de régner, ni comme un ami du progrès social ! »236(*), il ajoute : « ne fut-il pas des hommes qui s'étaient formés à la fausse école du matérialisme politique... »237(*). De même, ces quelques propos éclairent aussi sur la déception suscitée en réalité par Napoléon chez Rey : « Ah ! si l'homme doit être jugé, non seulement par les efforts de ses actions, mais surtout par le principe qui les dirigea, il n'exista jamais de souverain, qui, plus que Napoléon, doive un compte rigoureux, du mal qu'il fit, et du bien imminent qu'il aurait pu faire, avec un génie tel que le sien et le peuple de héros qu'il avait le bonheur de commander !...(...) car ce sont définitivement les idées qui gouvernent les hommes, et il ne peut sortir que de malheureuses conséquences des erreurs qu'ils ont généralement acceptées... »238(*). Dés lors, on entrevoit plus clairement la position de Rey lors de l'épisode des Cents-Jours. Rentré en France et arrivé à Grenoble au début du mois de mars 1815, il vient d'obtenir sa place de Président du Tribunal civil de Rumilly et ce avec l'aide de son maître Destutt de Tracy qui fit pression sur le chancelier Dambray. C'est de cette époque qu'il aurait encore déclaré à un de ses compatriotes : « ...Oh (non) l'exercice des fonctions publiques ne vous place pas essentiellement sur un lit de douleur, comme l'a prétendu fâcheusement un de nos ex-ministres...quant à moi, je n'ai fait que mon devoir ! »239(*). Rey paraît alors un peu aigri, et se précise alors son attitude vis à vis de l'Empereur.

L'épisode des Cents-Jours agace Rey qui critique « la facilité du peuple à vouloir se courber de nouveau sous le despote de Napoléon »240(*), lors du passage de l'empereur à Grenoble le 08 mars 1815. Il décide ainsi une nuit d'élever publiquement la voix : « Tristement, affaibli de ces symptômes d'une retraite dans toutes nos fautes ( ?), je rentre chez moi pour me mettre au lit ; mais cela me fut impossible, et, dans une nuit entière pleine d'insomnies, pleine de plus profondes émotions, je rédigeai mon Adresse à l'Empereur qui fit alors sensation d'autant plus extraordinaire qu'on était moins accoutumés depuis bien longtemps au langage fin ( !) de l'auteur et aux principes qu'il exprimait »241(*). Comme le note Rey, ce qui fut bien le premier acte de sa vie politique « détermina pour tout le reste de (sa) carrière, le genre de part qu(`il) deva(it) prendre aux affaires publiques... »242(*). En effet, cette adresse qui fut reproduite dans les jours suivants dans les colonnes du Constitutionnel semblait pour Rey qui n'en fut pas sanctionné, avoir même influencé la conduite de Napoléon : « Non, seulement il ne fit pas inquiéter l'auteur, mais le lendemain de la publication à Paris (31/03/1815), on vit paraître un décret accordant la liberté de la presse la plus limitée. »243(*). Selon Rey : « C'était une manière de répondre aux appréhensions que je lui manifestais si hautement. C'est là peut-être un des plus beaux actes de ses règnes, et qui n'a pas été assez remarquable... Malheureusement, il n'obéit pas longtemps à de telles inspirations»244(*). Rey prit donc selon lui avec cette adresse son première engagement « libéral » mais observe bien avec la défaite de Waterloo que Napoléon ne sut écouter sa parole amicale.

Si ce discours permit à Rey de sortir de l'ombre, il lui attira aussi ses premiers ennuis vis à vis de l'administration royale de Louis XVIII. Il rapporte ainsi que ayant perdu son poste à Rumilly suite à la perte de la Savoie française avec la chute de l'empire en juin 1815, il se vit refuser tout poste dans la nouvelle administration royale sous le motif d'avoir tenu des propos injurieux envers la famille des Bourbons. Rey en rapporte l'épisode dans sa biographie morale et politique : « Le procureur général me communiqua une lettre du ministre, disant en substance qu'en ayant dans les Cents-jours publié une Brochure (Mon adresse à l'Empereur), contenant des paroles de blâmes pour le gouvernement antérieur du roi, il fallait que j'en fisse le désaveu, ainsi qu'une protestation de mon attachement personnel aux membres de la dynastie ...ce à quoi je répondis à M le Procureur général, quant aux paroles dont il s'agissait, que la lecture de l'écrit où elles étaient exprimées faisaient voir clairement qu'elle n'avait point eu pour but d'insulter la famille royale alors tombée de son rang, ce qui était d'ailleurs entièrement opposé à mon caractère... »245(*). Rey ne fut point entendu et ne s'abaissa pas devant la menace : « A l'égard de la protestation d'attachement personnel à la famille royale, je dis que je n'en concevais ni la possibilité, ni la convenance »246(*). Souvenons-nous que la France subissait alors la vague de la « Terreur blanche » et Rey fit donc preuve déjà d'un certain courage, motivé par son attachement à la Charte : « Je ne pouvais prendre aucun engagement qui eût eu une autre contre-partie que celle du serment de la fidélité politique, corrigé de tout magistrat, obligation qui était d'ailleurs corrélative de celle d'obéissance à la Charte »247(*).

Il n'en demeure pas moins que son adresse lui permit de se faire un nom au sein de sa ville natale où « le parti libéral était déjà en grande majorité »248(*). Mais l'enfant du pays « dut bientôt l'abandonner pour satisfaire aux devoirs de la reconnaissance »249(*) et partit pour l'Allemagne. Nous avons déjà évoqué ce premier voyage mais notons à nouveau que pendant son absence éclate la conspiration de Didier (février1816). Rey à son retour note à ce sujet : « J'y serais certainement resté étranger, comme tous mes amis politiques de Grenoble, qui ne la trouvaient pas dans leurs principes, et n'avaient pas confiance dans le chef... »250(*) . Rey, en effet, comme nous venons de le voir était alors occupé à structurer l'Union et à étendre son recrutement. Rey redevenait ainsi « homme de l'ombre » mais ne devait pas le rester longtemps au regard de sa stature au sein de l'Union.

II-1.2 Sa défense des conjurés de 1816 et sa radiation de l'Ordre des avocats (1819)

Brillant orateur, Rey qui avait déjà fait ses preuves, avait ouvert son cabinet d'avocat à Grenoble en 1816. Rendu à l' « espace privé », il pouvait donc d'autant mieux s'atteler au sein du cercle de l'Union, à diffuser les idées libérales. Rey à ce sujet avait tenté d'opérer une synthèse des reformes libérales, essentielles et urgentes pour le pays, nous y reviendrons assez vite dans le chapitre III. Notons déjà l'essentiel de celle-ci contenue dans un petit ouvrage écrit en 1815, De l'état actuel de la France sous le rapport de quelques idées politiques251(*) :

- Respect du Constitutionnalisme de 1814 et plus encore des acquis de 1793

- primauté du Corps législatif

- indépendance de la Justice

- droit de réunion, d'association et liberté de la presse.

Reconnu pour être très attaché aux principes des droits de la défense, les membres de l'Union le chargent à son retour à Grenoble en 1817 d'assurer la défense du Père Michel condamné pour diffamation pour son petit pamphlet adressé contre la famille royale...ouvrage qui selon Rey s'adressait à tous, aux classes moyennes... Un plaidoyer vigoureux qui lui valut encore quelques remontrances du Barreau, pour qui devant le despote royal, « une telle menace n'était qu'inspirer au Barreau, ce qu'on appelait une « crainte à se taire » »252(*).

Enfin, plus encore, Rey illustre à nouveau son courage et sa rigueur juridique en se chargeant d'instruire la plainte des familles victimes de « l'assassinat juridique » du général Donnadieu à l'encontre des vingt et un insurgés de la conspiration de Didier (1816). Les membres de l'Union l'avaient chargé du dossier. Selon Rey, les arrêts de morts avaient été prononcés par un commissaire militaire et il y avait eu ensuite une mise en état de siège du département décidé par le général Donnadieu, décision fort exagérée selon Rey. Rey rapporte ainsi qu' « il s'agissait donc de savoir si le gouvernement avait eu le droit de prendre une si terrible adresse, qui fit toute l'action sociale dans les mains vicieuses de l'autorité militaire, avec des pouvoirs presque illimités »253(*). Rey mena donc sa propre enquête, partant consulter les habitants de Grenoble qui furent témoins de l'épisode, « des personnes d'opinions diverses, en n'admettant aucun fait que je n'eusse contrôlé scrupuleusement les premières indications. »254(*). Arrivant au constat d'une sur-exagération de la répression menée par Donnadieu, répression qui s'est soldée par vingt et une exécutions sommaires, Rey adresse au procureur du roi une plainte au nom des familles contre Donnadieu et l'ancien préfet Montlivaut. Rey fut alors poursuivi par Donnadieu pour « calomnie ». Notons que selon Rey, Donnadieu avait quant à lui été condamné à une peine de deux ans de prison pour un écrit déclaré infamant envers la personne du roi255(*). Rey qui qualifia d' « assassinat judiciaire » la répression de Donnadieu et de l'ancien préfet  Montlivaut  commise en 1816, donna à sa demande un véritable caractère politique.

Cependant non seulement, le dossier ne sera pas réouvert mais il lui attirera encore des châtiments disciplinaires malgré la qualité de l'enquête dont Rey se justifie beaucoup256(*). Ainsi sur réquisitoire du procureur général Béllard, le conseil de l'ordre décide par arrêté du 8 juillet 1819 de rayer son nom du Conseil de l'Ordre des avocats. Notons enfin que Rey ne put réellement se défendre de cette mesure totalement arbitraire, ce dernier étant lorsqu'il apprit la nouvelle, en fuite pour l'Allemagne suite à l'échec du complot.

Ce fut donc la requête de trop et Rey ne semblait d'ailleurs plus trop soutenu par ses amis l'ayant jugé cette fois peut-être trop « zélé » dans son enquête. Il note amèrement finissant sa biographie morale et politique : « Aussi même parmi ceux qui m'accordaient de bonnes intentions, et qui avaient quelques sympathies pour nos tendances, je n'étais qu'un rêve-creux, ou un exalté et parmi mes adversaires j'étais un forcené séditieux, un de ceux prédicateurs de désordre...Que de fois, dans ma double carrière de la magistrature et du barreau n'ai-je été en butte à de tels jugements !...Oh ! ...sagesse...prétendue sagesse de la terre !...celui qui prévoie les maux, qui les signalent, qu'en indique d'abord paisiblement le remède, celui-là est un insensé, un artisan du trouble ; et ceux qui proposent eux-mêmes le mal rongeur, ou ceux qui lui prêtent l'appui d'une funeste tolérance, ceux-là tous sont les seuls vrais sages, les seuls prudents, les seuls amis de la Paix publique et de l'Ordre social !... »257(*). Sur ces sages paroles, abordons à présent la question de la radicalisation du régime durant les années 1819-1820 et la mise en place d'une conspiration militaire à laquelle Rey et l'Union joueront un rôle actif.

II-2 L'affiliation de Rey au projet du 19 août 1820

Il s'agit là de présenter le récit de cette première conspiration libérale, prélude aux conspirations de la Charbonnerie française des années 1821-1823. Nous nous appuierons donc sur le récit de Rey, contenu dans le premier volume de ses Mémoires politiques258(*).

Comme nous l'avons présenté dans la première partie de cette étude, les années 1819 et 1820 sont des plus « agitées » ; marquée d'une part par une première tentative de « libéralisation » du régime sous le ministère Decazes (janvier 1818-février 1820) et d'autre part une réaffirmation de l'autoritarisme royal avec, suite à l'assassinat du duc de Berry, le rappel du duc de Richelieu (février 1820-décembre 1821) qui s'attellera cette fois à briser le mouvement libéral, notamment avec la mise en place de la loi dite du « double vote »259(*) . Cette radicalisation du régime trouvera d'ailleurs son apogée avec le ministère suivant, dirigé par Villèle (décembre 1821-septembre 1824). Mais restons focalisés sur ces deux années 1819 et 1820, dont la déplorable évolution politique va mener quelques réfractaires au régime à fomenter un complot.

Reprenons donc le fil biographique. Au 8 juillet 1819, Rey est définitivement exclu de l'Ordre des avocats pour son attaque contre le général Donnadieu. Désormais sans emploi et dans une situation économique un peu précaire, il vit à Paris de l'aide de ses amis de l'Union et notamment de ses camarades du barreau parisien, Mérilhou et Odilon Barrot. Il ne s'occupe en réalité des lors que de resserrer les liens entre l'Union et la Loge des Amis de la Vérité, précédemment citée et sous la direction de Victor Cousin. Il intègre aussi à cette époque avec quelques unionistes comme Chatelain et Mérilhou, le comité secret de l'Association pour la Liberté de la Presse, précédemment citée et dont Rey avait participé à l'éviction.

Rey est désormais un homme mûr, il a quarante ans et s'est affirmé publiquement comme un ennemi de l'évolution répressive que prend le régime de Louis XVIII depuis son retour au pouvoir. Indigné par la violente répression du complot de Didier (1816) et par l'inexistence d'une réelle indépendance de la Justice, pourtant garantie en théorie par la Charte du 4 juin 1814, Rey observe comme premier déclencheur de la « radicalisation » d'une frange des libéraux260(*) le triste épisode de l'annulation de l'élection de Grégoire à Grenoble par la Chambre sous la pression des ultras, alors majoritaires en septembre 1819. Cependant, il nous faut ici insister ici sur l'attitude de recul que conserve Rey vis à vis de tous recours à des moyens illégaux de résistance, de la fin de l'année 1819 au déchaînement des passions suscitées par l'assassinat du duc de Berry en février 1820. Le réel déclencheur d'une radicalisation de l'attitude politique de Rey sera plus encore sa révolte face aux événements de juin, réel motif de son engagement dans les voies « conspiratives ». Revenons en détail sur l'évolution de ce pacifiste.

Préliminaires à son entrée en conspiration

Dispositions morales et politiques de Joseph Rey en 1819 : son refus de participer à la première conspiration de Dumoulin...

Fin 1819, Rey, fatigué de voire constamment toute entreprise libérale réduite au silence par un pouvoir abaissé devant les intimidations des ultras, partage son temps à des réflexions juridiques, constitutionnalistes et politiques sur son époque. Les premières pages de ces Mémoires sur la Restauration261(*) sont à ce titre des plus explicites. Le parti libéral, dans l'incapacité de poursuivre la lutte par des moyens légaux face « à un gouvernement qui violait ouvertement le principe de toute légalité et le respect du à la représentation nationale »262(*), s'affirmait plutôt alors comme un sage résigné, convaincu peut-être un peu naïvement que l'heure de la reconnaissance des libéraux viendrait assez tôt et naturellement263(*). En effet, Rey affirme en 1819 qu' « ...il n'était pas dans mes principes de recourir à la violence contre le pouvoir tant que je croyais possible de lutter par les voies légales. »264(*). De toute manière en cette fin d'année 1819, Rey s'était à nouveau replongé dans ses réflexions et recherches. Il note que : « peu à peu, de ma tendance constante vers les influences intellectuelles, j'avais résolu de m'éloigner du mouvement purement politique, et de rentrer principalement dans une sphère de prédilections d'où je croyais qu'on dût sitôt me faire sortir... »265(*). En effet, Rey à cette époque, encore empreint de ses études de droit et de son vif intérêt pour les questions constitutionnelles, venait de fonder avec le jeune Dupin et M. de Beaufort, avocat à Paris, un journal mensuel, Législation et Jurisprudence, dont le directoire regroupait les principaux membres du barreau de Paris.

Dés lors, Rey s'explique sur son refus de participer à de premières conspirations aux buts assez peu affirmés266(*). Rey introduit ici un personnage central, qui sera aussi à l'origine de la conspiration du 19 août 1820 : Jean-Baptiste Dumoulin267(*).

Jean-Baptiste Dumoulin

Dumoulin268(*), qui avait six ans de moins que Rey, était aussi originaire de Grenoble. Rey qui l'avait rencontré de retour à Grenoble en 1815, l'admirait beaucoup bien qu'il demeurait réticent face à ses tendances bonapartistes : « Je dois au surplus m'empresser d'ajouter qu'il y avait dans son coeur, à coté de ses impulsions décevantes qui furent à mes yeux la plus fatale erreur de ces temps, un profond sentiment de patriotisme, mêlé d'un ressentiment très fort, d'impressions appartenant à l'époque républicaine. »269(*). Dumoulin était selon Rey un personnage impulsif, doté d'une personnalité hors du commun : « Lorsque l'Empire vit consolider et s'étendre la réaction anti-révolutionnaire des derniers temps de la République...Dumoulin (trop jeune) ne put résister à l'entraînement presque général des hommes de sa génération »270(*). Selon Rey, en effet, jusqu'à la première Restauration, Dumoulin se souciait assez peu de politique. Dumoulin gérait alors à Grenoble une fabrique de gants, industrie prospère. Mais Dumoulin était « lié d'enfance » avec Apollinaire Emery, chirurgien-major de la garde impériale, qui suivit Napoléon à l'île d'Elbe. De là daterait son penchant bonapartiste qui se révéla lorsqu'il accueillit chaudement Napoléon à la Mure le 07 mars 1815. Rey raconte qu'il reçu le soir même des mains de l'Empereur la croix d'honneur, et les grades de capitaine de la Garde et d'officier d'ordonnance de l'Empereur271(*). Blessé à Waterloo, fait prisonnier à Anvers jusqu'en 1816, il rentre en France en 1818. Pendant deux années, Dumoulin fit du commerce avec la Hollande, spécule, opérant « quelques études sur le crédit public, il créa des opérations gigantesques de bourses dans lesquelles il réalisa plusieurs millions de bénéfices en l'espace d'une année »272(*). Cependant Rey ajoute, insistant sur la caractère burlesque du personnage : « Mais bientôt, comme si tout ce qui regarde cet homme peu ordinaire devait être frappé du sceau de l'instabilité..., il perdit d'un seul coup le fruit de ses heureuses combinaisons financières »273(*). Dumoulin, ruiné, aurait dés lors développé une haine sans limite envers les Bourbons. En effet, selon Rey, Dumoulin aurait été l'un des premiers à avoir osé déployer lors du passage de Napoléon à Grenoble le 08 mars 1815, l'étendard tricolore aux cris de « Vive la Liberté ! Vive l'Empereur ! »274(*).

Dés lors, Rey ne fut pas surpris de le voir arriver un jour à son domicile parisien en mai 1819, pour lui demander l'appui de l'Union, à laquelle d'ailleurs il n'appartenait pas, pour un vague projet de coup d'Etat militaire. Rey tentant de le raisonner rapporte : « Dumoulin était plus avide d'action et ne tarda pas à concevoir un plan des plus hardis dont le Dauphiné devait encore être le Théâtre...Il s'agissait de s'emparer des forts de Briançon, de s'y retrancher avec douze à quinze cents hommes bien dévoués, afin d'appeler du haut de cette tribune escarpée, la révolte du Piémont, de la Savoie, et de tous les départements de l'Est...On se serait en même temps ménager des intelligences à Grenoble et à Lyon, pour pouvoir frapper le plus tôt possible des coups décisifs et de là se porter encore sur Paris.»275(*). Rey demeurait sceptique et précise que le projet devait aussi reposer sur Bérenger de la Drôme276(*), qu'il jugeait belliqueux. Rey qui comme nous l'avons vu s'affirmait dans son essence comme un « pacifiste » ou simple légaliste refusa donc d'adhérer à l'entreprise : « ...un autre motif me décida encore à ce refus ; je craignais d'autre part un mouvement purement bonapartiste et ce n'était pas là ce qui pouvait me satisfaire...Je lui promis au reste le secret, et il fut certainement bien tranquille à cet égard. »277(*).

Notons donc bien que le souvenir de la conspiration de Didier était encore bien présent dans nombre d'esprits d'opposants au régime...souvent plus des « mécontents » bonapartistes, d'ailleurs que de véritables libéraux selon Rey. Rey note ainsi à propos de la lassitude de nombre d'anciens membres de l'armée impériale : « A cette époque, beaucoup d'officiers supérieurs de l'ancienne armée, mécontents à divers titres, et n'ayant pour nourrir leur imagination que les regrets du passé et les rêves de l'avenir, saisissaient toutes les occasions pour se voir et faire échange de leurs sentiments »278(*). Rey ne participa donc pas au complot de Dumoulin et de Bérenger, complot qui ne put de toute manière être mis à exécution. En effet, Bérenger qui lui était membre de l'Union tenta une dernière fois de convaincre Rey en lui apportant une teinte plus républicaine279(*). Rey refusa de nouveau et Bérenger se reporta sur un autre membre de l'Union, le général Ledru des Essarts qui remplaçait à Grenoble le tristement célèbre général Donnadieu. Celui-ci accepta de participer au complot mais malheureusement le hasard voulut qu'il soit muté quelques semaines avant la date prévue de l'insurrection. Bérenger280(*) et les autres unionistes affiliés au projet, décidèrent finalement sous le conseil de Rey de reporter le projet.... dés qu'une occasion meilleure se présenterait. Et celle-ci devait se présenter dés juin 1820.

Considérations de Rey sur la radicalisation du climat politique, décembre 1819-juin 1820 : de Decazes à Richelieu

Rey en cette fin d'année 1819 demeurait donc assez réservé sur l'idée d'un renversement violent du régime. Alors trop absorbé par d' « importants travaux scientifiques », ce ne fut qu'au début de l'année suivante, qu'observant la folie des ultras, il sentait de plus en plus que le recours à des moyens légaux devenait définitivement obsolète et de moins en moins possible.

Rey rapporte ainsi : « Arriva le mois de février 1820, qui fut signalé par l'assassinat du duc de Berry. Cet attentat produisit l'effet d'un coup de foudre : tandis qu'il excitait au plus haut point les fureurs des ultras, il frappa de stupeur les libéraux, qui sentirent de suite le parti que les premiers allaient en tirer contre eux »281(*). En effet, cet épisode que nous avons déjà présenté précédemment ranima à nouveau les attaques des ultras qui désormais accusaient toutes les forces politiques en présence d'en être à l'origine, du groupe des Constitutionnels ou Orléanistes !

Ainsi, de même que les « ultras » s'étaient emparés de l'élection de Grégoire, ils s'évertuaient à présent à déstabiliser Decazes. Rey est d'ailleurs assez sévère à son sujet. Les ultras, en annulant l'élection de Grégoire en profitèrent pour « déclarer une guerre ouverte à la loi des élections »282(*). Rey évoque là le remaniement de la loi électorale qui s'en suivit. « La règle unique ne fut encore que de recourir à son misérable moyen de la bascule (...) pour satisfaire les ultras, on avait diminué les membres qui tenaient à la loi électorale, c'est à dire Gouvion St Cyr, Louis et le Président du Conseil lui-même, ainsi que le général Dessolle qui avait été remplacé par M. Decazes dans cette dernière qualité... »283(*). On fit alors en échange quelques concessions aux libéraux : « On rappela une partie des exilés et l'on fit entrer dans la chambre des Pairs les titulaires exclus en 1814 pour cause politique...(..) M.Decaze s'entendait avec les doctrinaires, qui avaient un projet de loi électorale moins antilibéral que celui de la Cour mais sans cesser de faire des démarches auprès de « Monsieur », pour tâche d'avoir l'appui de royalistes purs » 284(*).

Rey était assez sceptique vis à vis de cette constante nécessité pour Decazes de se plier devant les ultras et d'en être réduit à ne pouvoir gouverner sans solliciter un appui du roi. Pour Rey : « Il fallait simplement modifier quelques dispositions réglementaires de la Charte, pour lui donner plus de force, ainsi qu'à la chambre des députés »285(*) . Il ajoute : « ce système équivoque ne satisfaisait personne...et ainsi se préparait l'isolement où devait se trouver plus tard le Ministère »286(*). Ainsi, la tension ne fit qu'augmenter entre les ultras et les libéraux lorsque fut aborder à la Chambre la question du droit de pétition qui fut finalement interdit. Rey note : « L'ordre du jour sur ces pétitions ne fut prononcée qu'à une majorité de trois voix, et elle ne peut-être obtenue que pour le vote de trois Ministres ! »287(*). Dés lors avec l'assassinat du duc de Berry, les ultras « ne connurent en effet plus de bornes dans leurs accusations et dans l'expression de leurs projets réactionnaires...Ils accusèrent le parti libéral en masse, et M.Decaze, et jusqu'au duc d'Orléans »288(*). Conséquence prévisible de la colère des ultras face à la mort du seul successeur à venir de la dynastie des Bourbons, la réaction des ultras contre les libéraux fut immédiate : « Le lendemain, les ultras proposèrent aux chambres deux lois d'exception, l'une contre la presse, l'autre contre la liberté individuelle ; et si l'on n'apporta pas de suite un projet contre la loi électorale, c'est qu'on voulait conquérir auparavant par les deux premières mesures, les moyens de faire passer la première plus facilement »289(*). La réaction sévère de la droite légitimiste finit par lasser Decazes, incapable à présent de se faire entendre et de concilier les deux bords. Rey commente sa démission : « Première manoeuvre qui fit constituer le suivant Ministère de M. de Richelieu, sous lequel furent votées les trois lois dont il vient d'être parlé, et dont la discussion fut un des éléments les plus prochains des mouvements insurrectionnels qui précédèrent et amenèrent même notre conspiration »290(*).

Cependant Rey précise à juste titre que toute tentative insurrectionnelle était vaine et même alors impensable dans l'esprit des libéraux tant que ces derniers ne parvenaient point à se fédérer. Rey raconte qu'il songeait alors à l'Union comme point de convergence des diverses tendances au sein des libéraux : Doctrinaires, Constitutionnels et Indépendants. L'entreprise semblait difficile, voire impossible. Mais cependant, il observe avec joie que les premiers, suite à la disgrâce de Decazes, se rallièrent à l'opposition contre les lois exceptionnelles malgré leur silence face aux premiers projets des ultras de 1816-1817... Ce ne fut qu'un mince espoir car Rey se voyait de moins en moins conforté dans sa conviction d'assister à la réapparition d'une lutte légale entre un bloc libéral uni et les légitimistes : « Tout le parti libéral avait les yeux ouverts sur les vues complètement liberticides du parti de la Cour et il n'était alors plus permis de douter, ni d'espérer le succès d'une lutte purement constitutionnelle....tout dans l'horizon politique de la France annonçait que désormais sous ce prétexte ( l'assassinat du duc de Berry), on pousserait le gouvernement aux mesures les plus extrêmes contre tout principe de liberté .»291(*).

Notons d'ailleurs que les autres souverains européens demandaient des « garanties contre l'esprit révolutionnaire », il était donc tant pour les libéraux d'organiser la lutte en intensifiant la contestation. Rey note à ce sujet le rôle de l'Union libérale : « On sentit donc le besoin de redoubler d'efforts, et de s'adresser aux sentiments des masses comme derniers moyens de salut »292(*). Tous les journaux du parti commencèrent à redoubler d'effort malgré la censure. Il s'agissait de « ....donner l'alarme en faisant voir les conséquences inévitables du renversement médité des institutions actuelles, savoir la prédominance exclusive des classes privilégiées, le retour des dîmes et des droits féodaux, le triomphe de l'intolérance religieuse, la restitution même des biens féodaux, et par dessus tout l'odieuse intervention de l'étranger »293(*). Dés lors, les libéraux s'organisèrent autant que possible sous « une couleur constitutionnelle », demandant légitimement le strict respect de la Charte constitutionnelle du 4 juin 1814.

Arrive alors le mois de mai 1820 et la confirmation du durcissement du régime de Richelieu. Rey à cette époque, rapporte-il , était occupé dans ses recherches « scientifiques » : « ..j'étais alors au plus haut point d'absorption des travaux scientifiques, auxquelles on a vu que j'étais voué depuis quelques temps auparavant »294(*) . C'est d'ailleurs, soulignons-le la raison principale pour laquelle Rey, qui le reconnaît lui-même, était dépassé lors des préparatifs de la lutte... Les premières censures publiques affligèrent grandement Rey et notamment lorsqu'elle s'abattit violemment sur les paroles des professeurs Guizot et Cousin : « Ce fut alors qu'il suspendit les cours publiques de M.Guizot et de M.Cousin, dont les allusions politiques tenaient la jeunesse dans une excitation constante contre la marche du pouvoir »295(*) . Ainsi Rey raconte qu'on interdit même l'accès des étudiants étrangers dans les facultés de médecine, de droit et qu'on se mit à exiger des étudiants des cartes d'entrée d'auditeurs. Rey note qu' « il s'agissait pour le gouvernement de prendre des mesures de précaution contre l'esprit d'insurrection qui prenait de toute part. »296(*) . Rey observe ainsi qu'on rapprocha de Paris la garde royale, on organisa dans l'armée une police secrète très active, dont notons le déjà les agents Vidal et Petit infiltreront la conjuration du 19 août 1820... Le gouvernement en ce début du mois de mai 1820 est donc déjà très méfiant, pressé « d'en finir au plus tôt avec l'esprit de révolte »297(*) .

Plus encore le contexte de la révolution espagnole et des premiers succès des Carbonari italiens « ranima prodigieusement l'espoir des libéraux français »298(*) . Rey rapporte : « Au milieu de toutes ces conjonctures intérieures, un événement de la plus haute importance avait eu lieu à l'extérieur. L'Espagne avait fait sa révolution constitutionnelle... »299(*) . Et c'est dans ce contexte d'ébullition des libéraux que s'ouvrirent violemment les débats de juin 1820 sur le projet de la nouvelle loi électorale dite « du double vote ». Provoquant à nouveau de violentes controverses parmi les députés et d'importantes manifestations, sévèrement réprimées. Rey raconte qu'en effet, du côté de la chambre, Lafayette, Manuel et Benjamin Constant firent presque un appel au drapeau tricolore, multipliant leurs louanges à la jeunesse. Les débats se déroulent même dans une forme d'ivresse générale. Il note que le député libéral de Chauvelin, suite à un amendement de la Charte proposée par Camille Jourdan, libéral, fut à sa sortie acclamé aux cris de « vive la Charte !, Vive Chauvelin ! ». L'ivresse générale des libéraux à la Chambre se propagea vite dans tout Paris et ceci ne manqua pas d'inquiéter le gouvernement.

Toute la police et la gendarmerie furent très vite, mises sur le pied de guerre. Rey s'indigne alors et résume alors la faible tactique de Richelieu : « Il s'agissait d'une manoeuvre concertée par les Gardes de Monsieur, qui secondés par la police, avaient résolu d'opposer violemment le cri de Vive le roi ! à celui de Vive la Charte ! »300(*). S'ensuivit alors une violente vague de répression contre les étudiants301(*) rassemblés devant le Palais Bourbon. Rey rapporte ainsi que les policiers et les gardes royaux s'étaient déguisés en bourgeois : « Ils s'étaient armés d une canne, ou avait un marteau d'un côté, d'une petite hache de l'autre, afin de pouvoir à leur gré couper ou assommer... »302(*). Rey raconte enfin que les troupes s'échelonnaient dans toute la largeur des quais et des rues, faisant obstacle à la foule qui ne pouvait fuir et « lorsqu'ils s'en trouvaient un certain nombre au milieu des crieurs de Vive la République !, tous désarmés, sans concert, et ne se reconnaissant pas pour la plupart, s'élançaient à l'improviste sur tel ou tel groupe, et frappaient impitoyablement ceux qui leur tombaient sous la main. Ensuite dès que leurs adversaires, surpris d'abord mais se révoltant contre de pareils attaques, prenaient à leur tour l'offensive, ils se replaçaient bravement derrière la troupe qui les laissait passer tandis qu'elle était prête à saluer ceux qui les poursuivaient... » 303(*).

La rencontre de Rey et de Bérenger de la Drôme à Paris : première initiation de Rey au complot par Bérenger.

Rey nous apprend de même qu'il fut lui aussi victime de cette violente répression. La tête fatiguée, Rey se promenait sur les quais de la Seine lorsque deux gardes des corps royales vinrent lui crier aux oreilles d'un ton menaçant : « Dis Vive le Roi ! et rien que Vive le Roi ! », Rey toujours aussi peu sensible à se laisser dicter ses volontés, répondit alors maladroitement : « Vive le roi ! et Vive la Charte ! ». Sans avoir même le temps de réaliser, Rey s'effondrait sous les coups304(*). A peine relevé de son passage à tabac, Rey s'en va trouver repos chez son ami Benjamin Constant, qui habitait en bas de la rue St Honoré. Et c'est sur le chemin qu'il croise Bérenger de la Drôme, qui déjà réfléchissait à un départ de mouvement pour Grenoble. Rey note : « Il songeait bien à profiter de l'agitation produite dans tout le pays puis du mouvement de Paris pour effectuer le projet qu'il mûrissait depuis si longtemps en Dauphiné, mais il ne me fit part d'aucun projet, ni passé, ni actuel pour la capitale »305(*). Bérenger était donc bien décidé cette fois à mener à terme le complot fomenté à l'origine par Dumoulin, un an auparavant (Voir plus haut). Et là, à la grande surprise de Rey, Bérenger était déjà entré en contact avec des membres de l'Union parisienne, comme les députés Lafayette, Voyer d'Argenson et Dupont de l'Eure. sans même que Rey n'en fut au courant... Rey était d'ailleurs d'une manière générale à cette époque assez peu au courant des complots se tramant au sein même de l'Union.

Il rapporte même ce qui peut paraître assez burlesque qu'il apprit de la bouche Bérenger de la Drôme en mai 1820 qu'il était recherché par la police306(*), sûrement pour ses fréquentations avec ce dernier et Dumoulin. Ainsi de la même manière que Rey s'était engagé un peu de manière contrainte dans la défense des familles des conjurés de 1816307(*), notre pacifique constitutionnaliste, ardent défenseur de la Charte se voyait malgré tout affilié au complot à venir. Abordons brièvement la question de ses hésitations et l'affirmation progressive de son adhésion à d'autres recours que ceux du légalisme.

II-2.1 Premières hésitations d'un intellectuel

Rey observe en effet la radicalisation des libéraux français à l'annonce des révolutions napolitaines et espagnoles. Il rapporte ainsi dans ces termes l'opinion des libéraux de l'époque : « Quoi ! se disait-on avec un profond dépit, quoi !, non seulement l'Espagne a fait sa révolution, sans que nous ayons su l'imiter, mais Naples, ce pays aux moeurs efféminées, ce pays si faible par lui-même a osé secouer le joug en face des armées autrichiennes, tandis que nous, les fils du grand peuple, naguère dominateurs de l'Europe, nous supportons le nôtre avec la plus lâche résignation ! »308(*) . Rey indique que ce fut bien le déclencheur du réveil des libéraux français : « Alors ce manifesta dans Paris comme une sorte d'épidémie conspirative générale, qui se communiquent aux hommes influents, de toutes les nuances de l'opposition, jusqu'aux doctrinaires, dont plusieurs devinrent les plus ardents prorogateurs. On se recherchait de toutes parts pour former des alliances offensives, et personne ne dissimulaient ses intentions d'en finir avec le parti opposé d'une manière ou d'une autre. »309(*) Ainsi, il était donc certain qu' « à cette époque, le mouvement insurrectionnel était devenu général dans le camp des libéraux »310(*) . Les révoltes espagnoles et italiennes jouèrent donc bien un rôle décisif quant à l'amorce d'un complot.

A ce titre comme nous allons le voir dans quelques instants, le caractère militaire de l'insurrection napolitaine fut des plus influents sur l'esprit des conjurés d'août 1820. Soulignons à nouveau le rôle de fin observateur dans lequel Rey se cantonna jusqu'à sa seconde rencontre, cette fois décisive, avec le capitaine et bonapartiste Jean Baptiste Dumoulin.

Rey qui n'apprit qu'à la fin du mois de juin l'existence de ce projet de complot militaire, se remettait alors du douloureux épisode de matraquage dont il fut l'objet, nous explique que la composition du complot devait autant faire appel à des éléments civils que militaires : « les premiers instigateurs appartenaient tous à l'ordre civil, où à la classe des militaires hors service, mais qui avaient senti l'impossibilité de rien faire sans l'armée sans avoir au moins neutralisé l'action funeste que le principe de l'obéissance passive lui avait fait prêter jusque là aux desseins tyranniques du Gouvernement »311(*). Ainsi selon Rey, on observait bien le rôle de convergence, de catalyseur de ces « forces mécontentes », joué par une élite libérale essentiellement adhérente de l'Union et issue du barreau (Odilon Barrot, Mérilhou ... ) de l'Instruction publique (Victor Cousin) ou directement de la Chambre (d'Argenson, Lafayette...) ! Cependant on ne négligera pas non plus rôle prépondérant d'officiers de l'ancienne garde impériale... Nous y viendrons dans le point II-2.3. Rey note ainsi que, si auparavant : « il n'y avait eu que des tentatives isolées, fournies par quelques brouillons, sans l'appui des voeux généraux, il était alors si peu vrai que le mouvement d'alors ne tint qu'à des individualités peu nombreuses, car partout où se trouvaient leurs personnes pénétrées de ce moindre sentiment national, elles témoigneraient hautement la douleur où les plongeait notre abaissement politique, ainsi que le vif désir de s'en relever à tout prix.. » 312(*).

Rey témoigne donc déjà du caractère médian que devait prendre l'entreprise en faisant appel autant à des éléments civils que militaires, à la jeunesse d'un Cariol313(*) ou d'un Sautelet qu'à la sagesse d'hommes comme Lafayette. De même dans son chapitre sur les buts et caractères du complot, Rey précisera d'une manière pourtant encore obscure le dévouement de l'entreprise à l'établissement d'un gouvernement réellement représentatif des « éléments moyens » de la société... Jusqu'en juin 1820, Rey demeura donc volontairement distant vis à vis de ce projet dont il ne connaissait alors à peine l'origine. Il note à ce sujet : « Il n'est pas étonnant que je n'aie rien su alors de ce que faisaient mes amis politiques, avec qui d'ailleurs je rompu toute relation par prudence... »314(*). Le « déclic » ne viendra en effet qu'au hasard à nouveau d'une rencontre de Dumoulin puis de Cousin à Paris vers la fin du violent mois de juin 1820...

II-2.2 Son entrée en conspiration et le plan des conjurés

« C'est au milieu de ces dispositions que, sur la fin de juin, ou au commencement de Juillet, je rencontrai de nouveau Dumoulin »315(*). Rey se promenait en effet dans les rues de Paris, méditant sur ses nobles recherches scientifiques, lorsqu'il tomba sur le tumultueux Dumoulin, véritable instigateur de la conspiration à venir. Dumoulin, ami d'enfance de Rey, infatigable érudit et impatient homme d'action, tente alors à nouveau de rallier Rey au mouvement conspiratif. Rey nous décrit cette scène des plus instructives sur le caractère de notre personnage et les dispositions des conjurés de l'époque : « A peine m'eut-il aperçu, qu'il s'écria d'un ton amer : « Eh bien ! En êtes-vous encore à vos scrupules de légalité ?...Croyez-vous toujours qu'on puisse lutter politiquement avec ceux qui savent si bien nous faire sabrer ? Non lui répondis-je, non je ne supporte pas à ce point la bonhomie, mais je pense qu'il ne faudrait pas entreprendre une opération inconsidérée, qui ne servirait qu'à fournir de nouvelles victimes à nos oppresseurs... »316(*). Et Dumoulin exaspéré par la passivité de Rey lui répondit froidement : « Et que vous faudrait-il donc, pour vous donner quelque confiance ? Faut-il vous mettre en rapport avec plusieurs colonels, avec des généraux même de l'ancienne armée ? Faut-il aussi vous prouver qu'une partie de l'armée active est avec nous, et que nous sommes assurés de plusieurs officiers ? »317(*). Rey, d'un naturel assez prudent exigeait bien des garanties. « Si vous établissez tout cela, reprit Rey, on aurait la chance de ne pas faire une échauffourée, et alors je pourrais moi-même vous donner d'importants auxiliaires dans le civil ; Mais quel est votre but ?...Pensez-vous toujours à votre Prince Eugène, et à une conspiration bonapartiste ?318(*). Rey fut assez vite rassuré dés lors que Dumoulin lui rappela que les Bonaparte n'avaient pas soutenu le mouvement libéral italien. « Quant au but c'est de faire comme l'armée espagnole qui a su forcer le roi à rentrer dans les voies constitutionnelles »319(*)renchérit le capitaine Dumoulin.

Rey, cette fois convaincu, se serait exclamé : « A la bonne heure ! , mais pardonnez-moi, si je désirerai voir quelques unes des personnes que vous m'avez indiquées... »320(*). C'est ainsi que Rey se résolut à porter son concours à la conjuration. La première rencontre de Rey des conjurés s'organisa chez le général Pajol321(*) puis se poursuivit chez le colonel Duchant, un colonel d'artillerie (demi-solde). Apprenant notamment les collaborations au complot des colonels Sourd, Fabvier, Sauzet...,Rey, assuré de garanties solides, quitta alors Dumoulin, lui promettant de le revoir bientôt. Rey fut cependant assez vite repris par les doutes : « D'abord je ne pouvais me dissimuler les dangers à courir en cas d'échec, bien résolu que j'étais à ne pas manquer au poste qui me serait assigné ; mais je songeai de plus à ceux qui ne manqueraient pas de m'atteindre, même après le succès, étant bien décidé à lutter de tout mon pouvoir contre les mauvaises passions politiques qui ne manqueraient pas de se faire jour dans le parti vainqueur... » 322(*). Mais surtout, sa première source de souci était qu' « enfin, il me fallait renoncer, peut-être, pour toujours, à mes heures d'études, à ma carrière des progrès pacifiques, et ce n'était pas là une de mes moindres douleurs » 323(*).

Enfin, la rencontre de Victor Cousin324(*) mit définitivement terme à ses doutes. « J'étais en proie à ces perplexités lorsque me promenant sur un des boulevards, je rencontre Cousin, qui fit un cri d'exclamation à ma vue et me dit : mais d'où sortez-vous donc ? On vous cherche partout, il s'agit d'un grand mouvement populaire, pour forcer enfin le roi à rentrer dans les voies de la Charte. Plusieurs de nos amis communs y travaillent depuis quelques temps et moi, j'ai complètement organisé la jeunesse des écoles ? J'ai surtout une compagnie de quatre cent des plus jeunes gens les plus dévoués, ayant leur uniforme et des armes, au maniement desquelles ils s'exercent journellement et qui, sous le commandement de Montebello, doivent se présenter au jour convenu devant l'école de droit ou de médecine afin d'entraîner par leur exemple l'ancienne garde nationale et tous les patriotes de ces quartiers. »325(*). Rey était alors plutôt séduit par Cousin : « ....Je me sentis soulagé d'un grand poids, quant aux craintes de fausses directions de l'affaire, sous le rapport des principes... J'avais en effet une grande confiance dans ceux de Cousin et des autres hommes avec qui je savais comment ils devaient agir ; mes doutes furent dissipés sous ce rapport, et je me promis dés ce moment de toutes mes forces à l'accomplissement d'un dessein qui ne se présentait plus à moi que comme un des plus nobles devoirs. »326(*) . Abordons à présent , la question de la mise place d'un plan d'organisation de la conspiration.

Celle-ci devait reposer sur les différents réseaux secrets des mouvements libéraux, qu'il s'agisse bien entendu de l'Union, mais aussi de La Loge des Amis de la Vérité ou encore du Bazar français. Ainsi, la mise en place d'un « réseau » conspiratif fut pensée par le curieux Victor Cousin. Parti pour quelques jours à Turin, faire quelques recherches, Cousin mit auparavant en rapport Rey avec ses principaux agents de Paris, tandis que Rey de son coté lui « fournissait les moyens de communiquer confidentiellement le long de sa route avec les unionistes de Saône et Loire, de Lyon, de Grenoble et même du Piémont si cela était possible »327(*). De même, Cousin avait mis Rey en rapport avec quelques-uns de ses élèves les plus affiliés, entre autres Cariol et Sautelet, tous deux membres de la loge des Amis de la Vérité. Le premier rapporte Rey, devint plus tard banquier à Clermont, puis le second Sautelet, qui fut libraire à Paris finit par se suicider en 1831. Bref, Rey rapporte qu'il fut mis en rapport ensuite avec De la Plesse, jeune avocat qui devint député et qui faisait partie selon Rey de la loge franc-maçonne et bretonne des Amis de l' « Armorique »328(*) . De même, Cousin mit ensuite Rey en rapport avec l'étudiant Lamy, que Cousin désignait comme « son bras droit »329(*). « Doué d'une grande énergie, mêlée à beaucoup d'exaltation »330(*), Lamy était un élément important, au même titre que Mérilhou, de Corcelles et d'Argenson, qui eux étaient affiliés à l'entreprise depuis plus longtemps encore...

Notons au passage des révélations intéressantes de Rey sur les premières percées d'un carbonarisme français au sein même de l'Union parisienne. Rey était semble t-il à peine au courant de l'existence et de la nature de cette société secrète, il écrit dans ses mémoires : « Il paraît ainsi, d'après les renseignements postérieurs, qu'un commencement d'organisation du carbonarisme avait déjà eu lieu à Paris, et que plusieurs de mes amis politiques membres de l'Union en faisaient partie, entre autres Lafayette, De Schonen et Cousin, sans que j'en n'eusse été informé, par suite de la retraite toute scientifique à laquelle on a vu que je m'étais voué quelques temps »331(*) . Ainsi Rey nous apprend par l'intermédiaire de Cousin l'origine des quatre-cents jeunes gens, prêt au combat dont parle Cousin : « ...Il paraissait que l'organisation militaire dont Cousin m'avait révélé l'existence puisait surtout ses éléments dans ce premier noyau de la Charbonnerie et dans les deux loges maçonniques dont j'ai parlé ( la loges des Amis de la Vérité et la loge de l'Armorique) »332(*). Rey qui ne connaissait pas bien le mouvement carbonari présumait que l'organisation « ...ne datait que du moins de juin, époque où le parti libéral était entièrement pris au dépourvu pendant les troubles... »333(*). Rey, à partir de ce point, aux lendemain de la répression des événements de juin 1820, pris donc selon ses mots « une part tout à fait active à l'affaire »334(*), il ajoute : « comme c'était pour moi un objet d'entière conviction que je m'y livrai avec toutes les forces de mon âme »335(*).

Sur ce abordons la question du statut et du rôle de Rey dans l'élaboration pratique du complot. Rey nous révèle que : « ...bien qu'intervenu, lorsque les choses étaient bien avancées, je me trouvai bientôt l'un des trois agents principaux, qui comme on le verra, eurent le plus d'influence dans les phases ultérieures de la conspiration, et qui parvinrent à y mettre quelque esprit d'ensemble. »336(*). En effet, Rey jouera un rôle déterminant dans les tentatives de relance du complot, lors de sa découverte par les autorités... Rey, disons le nettement, était un élément précieux pour les conjurés de part son statut privilégié d'ancien haut fonctionnaire de la Justice et d'avocat qui lui fait dire que : « je me trouvais, par mes diverses relations , placé comme un lien entre le civil et le militaire, d'une part, et d'un autre coté entre les sociétés secrètes et les autres coopérateurs du complot. »337(*). Mais quelles étaient les premières actions envisagées alors par les conjurés ?

Le plan du complot du 19 août 1820 était extrêmement flou et aléatoire. Il laissait ainsi déjà entrevoir l' « amateurisme » de l'entreprise et l'échec qui ne pouvait qu'en découdre...

Cousin avait prévu qu'au soir du 19 août 1820, nous reviendrons sur la question du choix de la date, six-cents jeunes pour la plupart des étudiants, formés en bataillons réguliers et bien armés, se tiendraient prêts au premier signal du grand Cousin à rameuter le quartier latin et la légion du bas Rhin qui stationnait là à cette époque. On distingue déjà la volonté des conjurés de mêler la jeunesse libérale à l'armée, préalablement infiltrée de par ses officiers et sous officiers les plus mécontents vis à vis du pouvoir royal restauré. Les étudiants déjà en juin fort motivés ne prirent pas réellement en compte le sérieux de l'entreprise, le jour dit. Selon Rey, il paraîtrait que, au soir du 19 août, ces derniers « devisaient joyeusement en buvant du punch, et attendant distraitement le signal de l'action... »338(*). Il était ensuite prévu d'ameuter les fédérés des faubourgs, afin de s'emparer du château de Vincennes, d'où Barthe, avocat libéral, déclarerait au peuple de Paris la prise du pouvoir royale et la mise en place d'un gouvernement provisoire....( en attendant de s'entendre sur les formes du nouveau gouvernement...), présidé par la Lafayette. L'entreprise était donc ambitieuse et nécessitait un solide appui militaire. Précisons de même que le mouvement devait ensuite s'étendre en province, notamment au sein des garnisons militaires infiltrées... Abordons cette question de la structuration du réseau « conspiratif ».

Rey et Cousin étaient en charge de convaincre secrètement la province de la solidité de l'entreprise. Cousin lors de son voyage pour Turin fit ainsi quelques haltes à Valence et à Chambéry, d'où il raviva la foi des libéraux de ces villes en les informant du plan en cours.

Rey, quant à lui, avait pour mission essentielle et déterminante de réunir tous ses anciens camarades unionistes. Il devait ainsi rallier tous les libéraux de l'Isère, du Rhône, des Hautes-Alpes, de la Drôme, de la Saône et de la Loire... A Lyon, il rallia ainsi de l'Union lyonnaise, l'avocat Gros de Lyon et Duplan. Avant d'aborder la question de l'intégration de l'élément militaire au complot, que nous allons traiter dans le point suivant, donnons quelques éclaircissements sur la question des fonds déployés.

Rey est en effet très attaché à cette question et tient à rétablir un peu de vérité à ce sujet, à travers ses Mémoires politiques, chose qu'il fait d'ailleurs très souvent339(*)... Il dément ainsi formellement la thèse répandue plus tard d'une « énormité » des fonds financiers dévolus à cette entreprise. Il tient ainsi à démentir toutes les affirmations notamment d'historiens, qui auraient soutenu l'idée d'un large financement par le banquier Laffitte, qu'on aurait ainsi dépeint comme le généreux commanditaire de l'entreprise... Selon Rey, il n'en est rien, les conjurés n'auraient pas dépensé un seul centime pour ce complot, mis à part le maigre capital de base apporté par le capitaine Nantil et Dumoulin. Le financement se serait opéré dans les derniers jours de juillet et d'août. M. de Corcelles, avocat libéral, originaire de Lyon et ancien membre de l'Union lyonnaise, aurait donner à Rey la première somme de dix mille francs puis le lendemain, une seconde somme de mille francs. Puis, Rey évoque la participation financière de Mérilhou, autre avocat parisien et ancien membre de l'Union parisienne, qui aurait fait don aux conjurés de la somme de soixante dix-mille francs ! Tout aussi généreux fut Lafayette, véritable mécène de la conjuration, qui offrit de sa poche la même somme de soixante dix-mille francs. En effet, son adhésion au complot fut du ressort de Rey qui partit le trouver dans sa demeure à « La Grange » où le vieux général s'était retiré. Il le trouva sur son lit ! et Lafayette, pourtant affaibli, fut heureux d'apporter avec son fils son concours au projet... De même, il accepta l'idée des conjurés de le porter à la tête du futur gouvernement provisoire. Lafayette émettait cependant une seule restriction : aucune violence ne devait être exercer à l'encontre des Bourbons...

Le capital formé début août, les conjurés investirent dans une voiture, nécessaire pour envoyer Lafayette à Brest, d'où il devait garantir aux conjurés l'appui de la garnison militaire. Il y parvint et rapporta à nouveau trois mille francs aux conjurés. L'argent étant bien le nerf de la guerre de toute entreprise d'une telle ampleur, les conjurés d'autres émissaires en Province chercher des financements, comme ce fut les cas de Pailhés et de Soffréon. Début août, les questions de financement étaient donc plus ou moins réglées. Il restait désormais à décider collectivement de la date à laquelle l'insurrection devait éclater.

Cette épisode marqua déjà les premières difficultés des conjurés à coordonner leurs actions et à s'entendre. Rappelons que les conjurés étaient dispersés dans tout le pays et que la lenteur des moyens de communication de l'époque ne permettait pas une grande souplesse d'organisation. Le temps pressait et il était impératif de maintenir « le secret » jusqu'au jour « J ». De là se formèrent les premières failles, trouvant leur origine dans l'extrême surveillance policière qui régnait à l'époque...

Aux alentours du 07 août, M de Corcelles envoya à Voyer d'Argenson, qui était alors occupé à ses forges d'Oberbruck en Alsace, par l'intermédiaire de Monchy ( fabricant de bleu de Prusse et marchand de bois à Nancy) , une tabatière à double fond qui contenait un message chiffré. La lettre était adressée à un certain M. Bachelier, qui n'était en fait que Voyer d'Argenson... Le subterfuge fut cependant découvert et le ministère public intercepta la lettre. Rey note que la Police fut ainsi déjà au courant treize jours avant la date clés, des plans de conspiration pour la ville de Paris. La lettre parvint cependant à Voyer d'Argenson dans la deuxième semaine d'août, la police surveillant dés lors de prés les conjurés... A la même époque, l'unioniste Gros de Lyon tentait aussi de joindre d'Argenson à l'aide de messages chiffrés.... Quelles étaient les questions abordées dans ces messages ?

Il fallait parvenir d'une part à lier les mouvements de l'est (Argenson) et du sud-est (Gros de Lyon, Duplan, Bérenger de la Drôme...), et d'autre part à coordonner les suites « provinciales » de la conspiration qui devait d'abord éclater à Paris340(*). La question majeure pour celle des conjurés en ce début de mois d'août était donc celle du choix de la date à laquelle éclaterait le complot. Dumoulin proposait à juste titre d'agir le plus vite possible, proposant la date du 10 août. Mais Rey, de Corcelles et le général Merlin étaient réticents à agir ce jour là, estimant que cette date porterait « mauvaise augure »341(*). Une seconde date reportant au 15 le jour « J » fut alors proposée. Tous s'y accordaient mais le général Merlin encore une fois opposa son veto, devant à cette date présider la fête communale d'Eaubonne dont il était maire... C'est ainsi que les conjurés en vinrent à trancher pour une intervention dans la nuit du 19 au 20 août. Pourquoi cette date ? Rey prétend l'avoir oublié... Ajoutons seulement que les préparatifs à la conspiration annonçait déjà l'échec à venir du complot. Venons-en à présenter ses principaux membres et le but assez flou de l'entreprise.

II-2.3 Les conspirateurs et leurs motivations

Le caractère fondamentale de cette conspiration est sa forte prédominance de l'élément militaire. Rey nomme en effet, dans son récit du complot du 19 août, pas moins de soixante-treize conjurés ! Prés des trois quarts sont des militaires souvent des sous-officiers en « demi-solde » et dont cinquante-deux, encore en activité. On répertorie ainsi douze lieutenants, neuf sous-lieutenants, neuf capitaines, sept adjudants, un général de division, un lieutenant colonel, un sergent... La première question pouvant se poser est alors celle des raisons de leur soutien à une entreprise qui se voulait « libérale ». Rey donne quelques explications. Selon Rey, qui côtoya longuement ces militaires au sein du Bazar français, arrière boutique parisienne dans laquelle se rencontrait nombre d'ennemis du régime, ces derniers s'engagèrent dans le complot plus par mécontentement vis à vis des restrictions du régime que par un réel engagement républicain. Ceci nous amène à présenter les différents conjurés que nous n'avons pas encore évoqués. Commençons par les éléments militaires.

Nombre des conjurés de l'armée se recrutèrent par l'intermédiaire du Bazar français. Rey note à son sujet qu'il s'agissait : « du rendez-vous le plus ordinaire des conjurés, ce qui fit croire au Ministère public, lors de la poursuite de la conspiration, que ce n'était point une entreprise commerciale sérieuse, et qu'elle n'avait été faite que pour masquer les trames des conspirateurs »342(*) . Son fondateur et son gestionnaire était entre autre le colonel Sauzet. Il s'agissait d'une bonne « planque » pour les conspirateurs : « dés la formation positive du complot, ses auteurs sentirent qu'en effet leurs rencontres auraient là plus de sécurité qu'ailleurs, en raison de l'affluence naturelle du public »343(*) . Les leaders dauphinois de la conspiration y trouvèrent donc le nécessaire appui militaire, par l'intermédiaire de Mallent : « un autre motif, également naturel de ces rencontres fréquentes fut la part que Nantil et Dumoulin firent de leurs projets au nommé Mallent, l'un de nos compatriotes dauphinois qui était l'administrateur gérant du Bazar, ainsi qu'à Combes-Syes, l'un des bailleurs de fonds »344(*). Des rencontres fréquentes se firent donc au Bazar entre Dumoulin, Nantil, Sauzet, Mallent et d'autres principaux officiers-conspirateurs comme le lieutenant colonel Maziau et le commandant Bérard. Il faut ici souligner à nouveau le rôle de Dumoulin qui y recruta notamment M. de Seran, ancien préfet d'empire ainsi que Poubelle, ancien clerc-notaire.

Parmi ces officiers et sous officiers déçus du régime et donc engagés dans la conspiration du 19 août, notons le cas significatif que rapporte Rey de Lavarderie. Lavarderie, lieutenant du second régiment de la Garde royale, complotait selon Rey parce que son père avait été destitué d'une place au sein de l'administration des Postes, sous la première Restauration. Le mécontentement suite au « nettoyage » de l'administration impériale par Louis XVIII à ses retours était ainsi souvent le facteur principal de l'engagement de ces militaires dans des « voies conspiratrices ». Le fameux Paul Didier de la conspiration avortée de 1816, qui souleva avec lui nombre de mécontents, anciens militaires, fonctionnaires de l'empire, paysans... n'était pas lui aussi, tout comme Rey d'ailleurs, un ancien magistrat destitué ? C'est donc bien dans le terreau militaire de la France post-napoléonienne, que les conjurés libéraux trouvèrent les forces vives de leur complot. Ainsi, Rey rapporte de même le cas de Lavocat, ancien sous-lieutenant de la garde impériale, « ulcéré contre la famille royale »345(*) qui n'avait en effet, en raison de son passé militaire bonapartiste, pas pu intégré la garde royale... De même, le capitaine Trogot, ancien militaire d'empire complotait alors qu'il venait d'obtenir de l'avancement...Enfin, Nantil et Bachelu, général de division qui leva la garnison de Brest, étaient d'anciens militaires de l'Empire et complotaient alors qu'ils avaient été maintenus dans leur rang par Louis XVIII346(*)... Nantil qui devait être l'un des principaux tenants du projet était fils « d'un père partisan sincère et éclairé de la Révolution de 1789 »347(*). Bref, tout ces militaires destitués ou encore « d'active » étaient caractérisés par la même frustration face au régime des Bourbons. Encore empreint du souvenir des glorieuses heures des campagnes napoléoniennes et de leur ivresse, ils évoluaient à présent dans une France vaincue, humiliée dont le nouveau régime les sanctionnait à présent. Il faut là rappeler la précarité qui touchait alors certains militaires, les « demi-soldes » tels qu'on les appelait à l'époque... L'ennui et la frustration constituaient donc le moteur de ces mécontents. Une figure, note Rey, symbolisait complètement l'état d'esprit de ces militaires mécontents : Jean-Baptiste Dumoulin, que nous avons déjà présenté. Ce fougueux bonapartiste qui « offrit son bras et sa fortune à Napoléon »348(*) avait proclamé publiquement sa haine des Bourbons et opérait ainsi la jonction entre les cercles libéraux et les cercles militaires . Comme le note Rey : « A cette époque, beaucoup d'officiers supérieurs de l'ancienne armée, mécontents à divers titres, et n'ayant pour nourrir leur imagination que les regrets de posséder les rêves de l'avenir, saisissaient toutes les occasions de se voir, pour faire échange de leurs sentiments. »349(*). Rey évoque ici l'infiltration de Dumoulin au sein du Bazar. Dumoulin y recrutera encore en juin 1820, les généraux en retraite : Pajol et Merlin...mais aussi le lieutenant colonel Caron. Bref , retenons au sujet de l'élément militaire, le rôle moteur de l'ennui et du désoeuvrement dans leur décision de s'engager dans les voies du complot350(*).

Abordons la formation de l'élément civil du complot. L'énorme majorité des conjurés étaient formée d'intellectuels, souvent de notables ennemis du régime royale. On comptait ainsi : - deux députés du parti libéral : Lafayette et Voyer d'Argenson

- onze avocats : Barthe, M. Beaufort d'Angoulème, M. de Corcelles, Gros de Lyon, Dupin le Jeune, Mérilhou, Pinet, De la Plesse, de Schonen, Poubelle, Duplan et Rey.

- un professeur d'université : Victor Cousin

- Trois étudiants de Cousin : Cariol, Sautelet, et Lamy. De même que le jeune duc de Montebello dont Cousin était le précepteur...

Ainsi, ces éléments civils devaient, une fois le coup d'Etat réussi..., prendre la tête d'un gouvernement provisoire. Rey qui devait prendre la charge de « reconstruction sociale » du pays participa à l'élaboration de la liste des membres de ce gouvernement de l'ombre :

- Président : Lafayette

- Ministère de l'Intérieur : Voyer d'Argenson

- Ministère des Finances : Laffitte

- Ministère de la Justice : Dupont de l'Eure

- Ministère de la guerre : le général Taraire

...

Le ministère du Culte serait supprimé et celui de la Police intégré à celui de l'Intérieur. Notons au passage que Rey ne devait prendre de poste si ce n'est celui d'un ministère de l'Education publique dont il comptait proposer l'idée aux conjurés après la prise du pouvoir351(*). Rey refusa ainsi le poste de la Justice qu'on lui proposa en premier lieu. Il note à ce sujet : «  Je crus devoir refuser ce poste et ce ne fut point par modestie comme l'affirme Dumoulin...en réalité, je n'étais point une notabilité assez considérable pour inspirer un confiance générale... »352(*) . Retenons plutôt que Rey était déjà à cette époque plus attaché aux questions sociales : « Ensuite, déjà à cette époque, je m'étais beaucoup occupé d'études par l'éducation (Jacotot, Owen) et, c'était à mes yeux la tâche la plus belle et la plus urgente pour tout homme qui ne voudrait pas seulement une révolution d'intérêts matériels, mais qui aurait surtout en vue la régénération morale de ses semblables !...(...) Une telle destination ne pouvant donc alors m'être dévolue, mon plus cher désir, dans le cas de succès, était de faire parti d'une commission qu'on aurait chargé de faire un plan d'éducation vraiment nationale. »353(*). Dés lors, Rey songeait à six mesures de « reconstruction sociale »354(*) :

- « convoquer de suite une assemblée nationale sur les bases les plus libérales pour parer à toutes les éventualités extraordinaires de la crise, et en même temps pour reconstituer le gouvernement définitif. »

- « Organiser de suite la garde nationale et un système d'instruction militaire, avec instructeurs les officiers et sous-officiers de l'ancienne armée »

- « Refondre les grades d'officiers supérieurs et d'officiers généraux, autant pour les arracher des hommes qui ne le méritent pas, que pour attacher les officiers inférieurs et les sous officiers au nouvel ordre des choses, en faisant parmi de nombreuses promotions », on devine au passage comment les conjurés ont pu ainsi d'avantage séduire l'élément militaire...

- « Abolir les contributions indirectes en donnant la demi-solde à tous les employés de cette administration, jusqu'à ce qu'ils puissent être pourvus d'autres emplois ...et replacer le produit de cet impôt, soit par des économies, notamment par une forte réduction sur la liste civile, et par la suppression de la maison militaire royale ; soit par une augmentation de l'impôt foncier mais sur les grands propriétaires seulement, de cette sorte que les propriétaires moyens ne subissent aucune augmentation et que les petits propriétaires éprouvassent même une diminution »

- « Etablir un système d'impôt sur le revenu, comme cela a lieu dans quelques parties de la Suisse. »

- « Enfin, s'occuper sans délai d'une série d'institutions tendant à l'amélioration physique et morale du sort des classes souffrantes »

Nombre des points de réforme proposés par Rey semblent laisser présager à l'instauration de la République, et même assez « sociale », dans le cas d'une réussite du complot. Cependant, Rey insiste bien dans ses mémoires que l'idée même de République ne traversait pas à l'époque l'esprit des conjurés... Ceci nous amène à illustrer brièvement par les propos de Rey le flou total concernant les buts des conjurés, et surtout le cadre de reconstruction du nouveau gouvernement en cas de succès.

Rey insiste grandement sur le fait que la finalité du complot n'était pas la République : « A aucune autre époque de notre histoire depuis cinquante ans, on ne pensa moins qu'alors à la République. Ce mot lui-même était presque inconnu aux quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la jeune armée »355(*) . En effet, les formes du gouvernement définitif devait être entendues que lorsque le coup d'Etat eut été réalisé. Le seul moteur idéologique des conjurés ; au sein desquels se côtoyaient autant de bonapartistes, libéraux de toutes tendances, voire sûrement des orléanistes, demeurait donc leur opposition commune au régime restrictif de Louis XVIII. Rey nous rapporte : « Dans le principe, tous ceux qui cherchèrent à se réunir contre le gouvernement parurent d'accord sur le point qu'il ne s'agissait que de le forcer à rentrer dans la Charte...Je suis persuadé cependant que ceux qui avaient pour point de départ dans l'opinion bonapartiste eurent toujours la pensée d'un mouvement pour Napoléon... »356(*) . Et en effet, comme nous l'avons déjà évoqué, c'était bien au nom des idées pour l'Empire que les conjurés libéraux avaient monté l'esprit des officiers mécontents et de toute la masse des sous-officiers... Ainsi se posait la question d'un compromis à trouver entre les différentes tendances des conjurés. Celui- ci devait s'appuyer sur les valeurs, sommes toutes républicaines de la « liberté », l'« égalité », la « nation ». Rey nous le livre : « Nous avions lieu d'espérer d'ailleurs qu'avec une révolution faite au nom de l'égalité et des sentiments nationaux, la liberté pourrait aussi trouver sa place ; quelle que fut la bannière spéciale qui serait déployée comme moyen, nous restâmes toutefois d'accord jusqu'au bout que le mouvement ne serait dirigé qu `aux cris de Vive la France ! et A bas les privilèges ! »357(*) . Rey précise alors, comme nous l'avons déjà entrevue et qui apparaît comme un référent commun à sa personnalité, le rôle de conciliateur et médiateur qu'il tenta de tenir au milieu des passions des conjurés : « Je contribuais beaucoup à ce résultat, en représentant que notre mission devait se borner à renverser l'obstacle qui s'opposait à tout bon gouvernement, mais que la nation seule avait le droit de décider ensuite elle désirerait constituer l'autorité publique...(...) et c'est moi qui fut spécialement chargé par nos hommes d'action de pourvoir aux nécessités de la reconstruction sociale, dés que le mouvement destructeur aurait été accompli... »358(*). Rey devait donc pacifier le mouvement, une fois la victoire acquise. Il s'était d'ailleurs engagé auprès de Lafayette à ce qu'aucune violence ne soit faite à l'encontre de la famille royale... Il n'y avait pas même lieu de s'en inquiéter tant le déroulement du complot tourna très vite au fiasco.

II-3 Découverte et échec du complot

L'échec prévisible de ce complot tenant trop de l'amateurisme s'expliquait selon Rey qui y revient longuement dans ses mémoires, par deux facteurs principaux : l'imprudence et le manque d'organisation des conjurés.

II-3.1 Maladresses et trahisons

La question du maintien du secret au sein d'une organisation aussi vaste (plus de soixante quinze conjurés) et si hétérogène devait déjà laisser entrevoir la possibilité d'une infiltration policière, alors grandement facilitée. Rey insiste ainsi beaucoup sur le manque de prudence dont les conjurés ne purent qu'être victimes, précipités par le temps... Rey observe ainsi à juste titre qu'il fut même surprenant que l'entreprise ne fût découverte dans son ensemble, que quelques jours avant sa date opératoire : « Le secret aussi doit être extrêmement difficile, et si je m'étonne d'une chose pour la conspiration de 1820, c'est qu'elle n'ait pas été découverte bien avant qu'elle ne le fut, car on a conspiré presque à ciel ouvert pendant deux mois, et cela avec les personnels les plus nombreux, les plus variés, et très souvent inconsidérément choisis »359(*) . En effet, selon Rey, il semblait que le 14 août, rien ne fut encore véritablement découvert... ce qui semble tout de même peu probable suite aux différentes interceptions de courriers entre les conjurés dés le début du mois.

Bref, Rey met en cause l'imprudence du capitaine Nantil qui « pour avoir voulu trop gagner, perdit tout. »360(*). Nantil361(*), était en charge d'assurer au complot le concours d'une partie de la garde royale. Il se rend à Saint Denis, le 15 août au matin, où siègent les deuxième et cinquième régiment de la garde royale. Deux adjudants, Robert et Gaillard, doivent en permettre la prise de contrôle en séduisant plusieurs officiers et sous officiers de ces régiments. Les adjudants voient se présenter à eux un sous-officier du cinquième régiment : le sergent major Petit. Ce dernier s'avèrera être un traître, envoyé par la Police... La rencontre et l'infiltration de Petit se déroula de la manière suivante. Le 14 août au soir, les adjudants Gaillard et Robert invitent Petit à dîner dans l'intention de la soumettre à l'examen de Nantil et de la faire entrer dans la confidence. Premier signe étrange qui aurait dû inquiéter Nantil, Petit vient accompagné d'un autre sergent-major dénommé Vidal. Ainsi, le régiment du lieutenant Lavarderie, conjuré, était infiltré. Lavarderie était en charge de recruter au sein de son régiment des éléments susceptibles de collaborer puis il devait les présenter à Nantil. Lavarderie était convaincu que les sergents Vidal et Petit étaient des hommes sur qui l'on pouvait compter et n'hésita pas à les présenter à Nantil.

Le lendemain, Nantil, convaincu de leur honnêteté les charge de rameuter au sein du régiment d'autres conjurés. Très vite, la trahison se révèle. Vidal et Petit, au lieu de satisfaire à leur mission, courent rendre compte au Maréchal Druaut, leur colonel, de tout ce qu'ils ont entendu la veille362(*). Le colonel assez sceptique demande à Petit d'infiltrer d'avantage la conspiration. Ainsi, le lendemain, 16 août 1820, Petit et Vidal se rendent à l'auberge du Grand Turc retrouver à nouveau Gaillard et Robert ; dîner au cours duquel survient Nantil. Petit et Vidal laissent transparaître une attitude étrange, désignant en permanence Nantil sous le nom de capitaine « Pilote »... Ils parviennent ainsi sans éveiller le moindre soupçon chez Nantil à lui proposer de rencontrer, Chenard un capitaine à demi-solde susceptible aussi de collaborer...Un autre rendez-vous est fixé le lendemain, 17 août, toujours à l'auberge du Grand Turc. Rey décrit la scène de l'infiltration : « le lendemain, donc à l'heure du dîner, arrive Petit accompagné du nommé Chenard, agent de police... »363(*). Gaillard et Robert avaient ainsi malgré eux contribué à laisser la police infiltrer le complot, en portant leur confiance dans les sergents Petit et Vidal. Très vite, ils parvinrent à s'informer de l'ensemble de l'entreprise et à en informer le « grand malin » Chenard...  Rey rapporte ainsi que : « le samedi 19 août, le grand malin Chenard, à qui Robert avait écrit de se rendre aussitôt chez Nantil, s'y présente en effet, et apprend que le mouvement doit éclater le jour même à neuf heures du soir.. »364(*). La conjuration fut donc définitivement « noyautée » le 19 août, date prévue de son éclat... Cependant si le gouvernement connaissait depuis le début du mois l'existence de ce projet de conspiration, il en connaissait à présent la date... Rey rapporte alors que le Ministère de Richelieu ne tarda pas à s'inquiéter et à réagir. Le 18 août 1820, il fut alors décidé en conseil de cabinet que la conjuration ne devait pas éclater365(*) . Débuta alors une vague d'arrestation des officiers et l'on ferma les « barrières » de Paris. De même, le château de Vincennes fut mis sous protection spéciale...

Tous semblait pourtant déjà prêt du coté des conjurés en cette veille du 19 août, Bérard avait réussi à prendre la tête de la légion des côtes du Nord, Nantil celle de la légion de la Meurthe, Bachelu contrôlait la garnison de Brest.... De même, les « jeunes gens » s'étaient organisés, complètement prêts à marcher et Rey ajoute « qu'on pouvait même compter sur le concours des fédérés de 1815.. »366(*) . Rey accuse ainsi dans la découverte du complot la date trop tardive du 19 août...

Observant la veille le déploiement extraordinaire des troupes dans Paris, notre conspirateur averti ne songera pas cependant à plus s'en interroger. Arrive le vingt août et Rey observe que la conspiration n'a pas éclaté ! Inquiet, il court à travers Paris pour tenter de trouver Nantil. Entrant sur son chemin chez un barbier, ce dernier lui confirme ses inquiétudes : « J'appris bientôt sans trahir la moindre émotion, qu'il y avait eu beaucoup de mouvement dans la nuit aux abords de la caserne, qu'on avait fait plusieurs arrestations, et qu'on avait fait partir de bon matin la légion, dont un bataillon devait être passé par la barrière St Denis ou St Martin... »367(*). Rey apprit assez vite l'arrestation de Nantil en croisant dans la rue un de ses soldats...

Pris de panique, Rey ne songeait à présent qu'à retrouver Dumoulin. Rey songeait en effet à relancer la conspiration : « Un plan hardi que m'avait suggéré l'attitude de la légion de la Meurthe était de tenter avec son secours un coup de main insurrectionnel, pendant que le gouvernement était encore tout étourdi de sa découverte, puis de revenir sur Paris lui tenir tête et tâcher de délivrer nos amis... »368(*). Rey retrouva ainsi Dumoulin à son domicile et lui exposa ses vues. Fort de voir que Dumoulin ne s'était lui non-plus pas découragé, ils décident ensemble de relancer un dernier coup de force. Dumoulin apprend par ailleurs à Rey la trahison du commandant Bérard, qui était en charge de mener les troupes du Nord... Le mouvement ne pouvait donc repartir que de la province... et Cousin, quant à lui, demeurait toujours introuvable.

II-3.2 Dernière tentative de reprise du projet sous l'égide de Rey et Dumoulin

Rey se chargea alors de gagner Lyon et Grenoble, d'où il pensait relancer le mouvement : « Je devais partir pour Lyon et Grenoble, en traversant le département de Saône et Loire, et en touchant, si il était possible, ceux de la Loire et de la Haute- Loire, où l'Union était bien organisée, afin d'entraîner le mouvement de tout le sud-est de la France » 369(*). Dans la précipitation, Rey décide imprudemment de rendre une dernière fois visite à Dumoulin, afin de peaufiner le plan de relance à partir des comités grenoblois et lyonnais de l'Union. Grave erreur de Rey, qui sans la présence d'esprit de Dumoulin aurait été probablement arrêté le jour même que lui... Rey nous livre ainsi un épisode assez burlesque de son arrivée chez Dumoulin, au beau milieux d'agents de police : «  ...il demeurait au rez- de chaussée et ses fenêtres étaient ouvertes. Je le vis me faire des signes que je ne compris pas, en sorte que ce fut sans défiance que je frappa à sa porte. Elle me fut ouverte par un individu à figure sinistre que je pensai être tout de suite un agent de police et qui me demanda impérieusement ce que je voulais et qui j'étais... »370(*). Par chance, Dumoulin parvint à simuler une dispute avec Rey, au sujet d'une grandiloquente histoire de dettes... Rey qui compris la nature de la situation, se prit alors au jeu jusqu'à empoigner Dumoulin ! Les agents exaspérés mirent Rey dehors sans autre forme de procès... Rey, en fuite, s'en alla trouver quelques unionistes de Lyon.

De passage à Macon , vient alors à Rey une idée de soulèvement populaire, en lançant simplement une rumeur : « Pour y exciter simplement le gros de la population, on aurait répandu le bruit que notre territoire était de nouveau menacé, qu'une troisième invasion se préparait aux frontières de la Suisse et de l'Italie...et qu'il fallait absolument une levée en masse pour seconder notre armée....en même temps, on aurait fait sonner un tocsin général et l'on se serait tenu prêt à organiser régulièrement la garde nationale, ainsi mise en mouvement » 371(*) . Il s'agissait donc de créer un mouvement de foule...

Arrivé à Lyon, Rey se rend chez Duplan. Ce dernier lui apprend que « le colonel Pailhés, en charge du mouvement de Lyon, s'était conduit d'une extrême maladresse et avait éloigne de lui toute confiance... »372(*). Le mouvement de Lyon avait donc aussi échoué et peu d'espoir pouvait encore y être porté... Rey se rend alors en vitesse à Grenoble, où il y place ses derniers espoirs... De plus en plus inquiet de la menace policière, pesant sur lui, il court trouver Bérenger de la Drôme qui habitait sur les quais de l'Isère. Montant chez Bérenger, il y trouve non sans surprise le fameux Cousin, encore enthousiaste et non moins convaincu de pouvoir relancer le mouvement... Apercevant de la fenêtre de Béranger les canons de la garde, il suggéra, vu la faible surveillance des gardes d'en enlever quelques-uns afin de les mettre à la disposition d'une insurrection devant éclater à Romans !373(*) . Cependant, Cousin ne convainquit naturellement personne, lui même n'en était pas convaincu, de la crédibilité de son plan et chacun s'en alla (re)prendre sa fuite.

Rey déçu de l'échec de la conspiration et se sentant poursuivi, à juste titre d'ailleurs, décide alors de s'enfuire pour la Suisse, en passant par la Savoie, toujours muni d'un faux passeport ! De là, date le renoncement de Rey à toute entreprise de conspiration. Apprenant de plus sa condamnation à mort, par contumace, il choisit de s'exiler en Angleterre, et de partir retrouver son ami Jeremy Bentham... Mais revenons d'abord brièvement sur le sévère récit qu'il donne du procès des conjurés du 19 août 1820.

II-3.3 Le sévère récit du procès des conjurés par Joseph Rey : aigreurs et désillusions

L'instruction de l'affaire dura, selon Rey, trente-cinq jours. Et dés le début de ces trente-cinq jours, la plupart des conjurés arrêtés passèrent aux aveux, suite aux révélations des traîtres, Petit, Vidal et Chénard. Rey nous livre ici un récit assez hautain du déroulement du procès. Il écrit sans hésiter à propos de ces camarades : « Je dois le dire, ils montrèrent généralement beaucoup de faiblesse, prouvant par là que leur participation au complot n'était pas une affaire de principes... »374(*) .

L'affaire, mettant en cause des anciens officiers, sollicita ainsi la réunion de la Cour des Pairs et d'une Cour de Sûreté, présidées par la chancelier d'Ambray, auquel Rey échappait cette fois... Rey s'adonne alors dans son chapitre consacré au jugement des conjurés à quelques réflexions sur le déroulement du procès. De l'avis de Rey, aucun plaidoyer ne fut remarquable, mis à part Dumoulin qui fut des plus courageux en revendiquant l'ensemble de ses actes. Rey note : « la noble défense de Dumoulin contrariait beaucoup celle des autres prévenus, décidés à rejeter tout le poids de l'accusation sur Nantil ». Rey observe que Dumoulin, pris d'élans burlesques, finit par apitoyer la Cour qui décida de l'acquitter. En effet selon Rey : « son physique singulier, ses allures bizarres, sa surdité en faisaient un être assez peu équilibré »375(*). Dumoulin interrompit même l'avocat remerciant la Cour de son indulgence, et revendiqua tout son rôle au sein de la conspiration...

Dés lors Dumoulin échappa à toute condamnation alors qu'il était clair qu'il avait été un des plus ardents provocateurs de la conspiration. Rey souligne ce paradoxe en énumérant les condamnations. Résumons-en l'essentiel : - vingt quatre accusés furent mis hors de cause dont Dumoulin, Lamy, Caron , Bérard....

- six furent condamnés à cinq ans de prison

- trois furent condamnés à mort par contumace,   Nantil, Lavocat et Rey.

Rey observe pour finir son récit : «  j'étais si pénétré du sentiment que je n'avais fait qu'obéir à un devoir impérieux, pur de tout mobile personnel, que j'étais prêt à tout braver pour soutenir ma foi...(...) et dés lors, j'aurais certainement compromis tous ceux dont les relations avec moi auraient été prouvées. »376(*).

Rey, prévenu à temps de la vague d'arrestations des conjurés du 19 août, réussit à prendre la fuite pour la Suisse puis l `Allemagne. Aigri, fatigué, cette aventure du 19 août, qui malgré ses voeux pieux d'un total dévouement à la cause des conjurés, demeura pour lui une expérience difficile. Il s'attache dés lors à entamer une période d'exil. Exil politique mais aussi exil intellectuel, Rey, dans sa quarantième année, décide de revenir aux études et réflexions, qu'il dut laisser de coté durant l'épisode de juin à août 1820. Nous en arrivons ainsi à la dernière étape de la vie de Joseph Rey où s'affirme la figure du « socialiste utopique ».

« Conserve-toi, instruis-toi, modère-toi, vis pour tes semblables, afin qu'ils vivent pour toi. »

Constantin-François Volney,

Catéchisme du citoyen français (1793)

III-Le socialiste « utopique » Joseph Rey : retour à ses origines et sur ses origines

Les trente cinq dernières années de la vie de Joseph Rey sont marquées par de nombreuses rencontres qui (ré)alimenteront ses premières réflexions « de jeunesse », marquées déjà par sa foi constante en la « perfectibilité » de l'Homme.

Peut-être par réaction à l'échec de la conspiration « libérale » du 19 août 1820, Rey ne se tourne à présent que vers l'étude du « meilleur gouvernement des hommes » et part à la rencontre des différentes écoles socialistes de la première moitié du XIXème siècle. Il entame alors dés 1821 avec son exil en Angleterre où il y découvrira la doctrine communautaire « utopique » de Robert Owen, une longue traversée « utopique » qui mènera successivement notre Idéologue à se convertir à l'utopie d'Owen (1826-1830), à s'initier à l'école saint simoniènne (1831-1833) et aux utopies phalanstériennes, pour finalement tenter un bref retour en politique, par des voies légales cette fois, en 1849. Il s'attachera entre temps à tenter de convaincre ardemment ses camarades de la nécessité et de la possibilité d'opérer un syncrétisme des pensées socialistes, trop en proie aux divisions théoriques. La vie de Joseph Rey se déroulant sur un mode cyclique, abordons ce dernier cycle de sa vie intellectuelle en le rattachant à sa jeunesse.

III-1 Retour sur sa jeunesse

La jeunesse de Joseph Rey laissait déjà entrevoir l'envolée intellectuelle qu'il finirait par réaliser. Se sentant déjà enfermé dans la petite boutique grenobloise de ses parents, il rêvait longuement dés son plus jeune âge aux véritables moyens de « servir l'humanité »377(*). Ses moyens devaient être l'étude constante et ininterrompue du plus grande nombre de sciences. Dés lors, sa fuite du foyer familiale fut pour lui une libération, quittant un père qui ne l'aurait pas assez chéri378(*) . Rey avait cependant pu développer déjà une grande sensibilité qui transpire abondamment dans l'ensemble de ses écrits. Celle-ci trouvait sa source dans ses premières lectures. Il évoque ainsi celle du Don Quichotte de Cerventes : « un livre qui fut pour moi une école très sérieuse de morale et même des premiers principes de politique...oh ! me disais-je si j'avais le pouvoir d'agir ainsi sur le sort des hommes, comme je m'empresserais d'imiter ce bon gouvernement ! combien je m'efforcerais de ne jamais oublier les préceptes, de son digne maître !  »379(*). Puis ce sera la lecture toute aussi décisive de Télémaque « dont les notions plus développées, sur la morale et la politique, laissèrent aussi dans mon esprit des traces ineffaçables. »380(*) . Ces lectures381(*) formèrent ainsi le caractère profondément «  pacifique » du futur Idéologue.

Profondément marqué par l'épisode de la Terreur révolutionnaire, duquel il observe les désastres à Lyon382(*), il sera tout aussi horrifié par l'épisode de la Terreur blanche383(*) et se déclarera depuis prêt « à lutter corps et âmes pour le triomphe du véritable ordre social, inséparable du triomphe définitif des lois éternelles de la justice, et de l'établissement pratique des inspirations à la fraternité générale... »384(*). Cependant un tel dessein nécessitait bien que le jeune provincial monte à la capitale. A dix sept ans, Rey arrive donc à Paris où il fut toujours « studieux, réfléchi et plein de prudence dans ses relations »385(*) . Ainsi lui qui était « décidé à mourir plutôt que de s'arrêter un seul instant, tant qu'(il) n'aurai(t) pas jeté un coup d'oeil sur toutes les sciences »386(*), ne pouvait que céder à la tentation d'aller frapper à la porte de celui qui allait devenir son mentor, Destutt de Tracy. Rey avait en effet été bouleversé par la lecture de ses Eléments d'Idéologie. Rey qui affirmait alors : « la méthode de Tracy est la méthode positive, c'est à dire qui consiste à na jamais admettre comme principe aucune proposition qui ne soit déduite de l'observation rigoureuse des faits »387(*).

Joseph Rey, dés sa jeunesse studieuse, développa donc un sens rigoureux de la curiosité. Trait de caractère qui se manifeste à nouveau par son goût, suite à une période d'engagements publiques prononcés, à se porter de nouveau vers un travail théorique des plus importants. Rey, dés 1820, ne cessera d'écrire, de sceller ses réflexions que lui inspirera chacune de ses rencontres.

Il nous faut donc désormais pour illustrer ce « retour aux sources » qu'opère Rey, reprendre le fil biographique à partir de ses premières années d'exil en Angleterre.

III-2. 1820-1826 : exil en Angleterre

Traqué par la police suite à sa participation au complot du 19 août, Rey décide en 1821, de partir pour Londres. Sans argent, il lui vient d'abord à l'idée de se lancer dans une entreprise de distillation de Ratafia de cerises et autres liqueurs dauphinoises... Entreprise bien infructueuse qu'il abandonna rapidement, se reposant plutôt sur le soutien financier que ses amis de l'Union lui prodiguèrent pendant quelques années, à raison d'une rente annuelle de 1 200 francs388(*)... Rey s'en contentera, observant à l'époque avec bien plus de souci le sort des classes laborieuses anglaises.

Il décide ainsi de profiter de son exil pour tenter de rencontrer les grandes figures intellectuelles de l'île. Il se tourne d'abord vers l'économiste Jérémie Bentham, qui l'accueille chaleureusement, en mettant à sa disposition sa vaste bibliothèque. Retrouvant dans ce cadre, la calme et la sérénité, Rey trouve enfin le temps d'achever la rédaction de ses derniers ouvrages, commencée souvent en 1815389(*), juste avant le choc à venir du retour de Napoléon puis des Bourbons et des vagues de conspirations... Observant de près la question de la paupérisation croissante de la population anglaise, il s'attèle à de nombreuses réflexions sur les questions d'éducation.

En effet, de là dateraient ses premières convictions de l'existence d'un système harmonieux d'éducation. Il rapporte ainsi : «  cette nouvelle carrière intellectuelle devait d'autant plus m'attacher que là, seulement, je devais trouver la pacification de mon coeur, le retour de toutes mes tendances vers les voies de la conciliation et vers l'établissement des principes sans lesquels il ne peut y avoir de véritable paix entre les hommes »390(*). Ce retour à la sérénité devait se confirmer par un second choc intellectuel, qui eut pour lui un impact comparable à la découverte de l'Idéologie. Ce fut la découverte des écrits de Robert Owen, par la lecture de ses Nouveaux aperçus sur la société ou Essais sur la formation du caractère humain (1812). Rey se passionna donc pour le système de Robert Owen391(*) et publiera à son retour en France une synthèse de son système392(*), qui passera pourtant assez inaperçue.

En effet, il nous faut insister sur la forte concurrence dont les thèses d'Owen souffraient en réalité en France. Présentons brièvement ses idées393(*). Owen comme nombre de socialistes utopiques de l'époque part du postulat que la nature est bonne et que c'est la civilisation qui l'aurait altéré par un développement ne privilégiant plus le souci d'éthique. Un des moyens à mettre en oeuvre pour se rapprocher à nouveau de cet état de nature, naïvement imaginé comme idyllique serait d'en revenir à une éducation rationnelle, en tuant les tendances égoïstes de chaque individu dés son plus jeune âge... Ainsi dans ses « Idées de la communauté », il prophétise que : « dans un système rationnel de société, les enfants ayant été élevés de manière à n'acquérir que des habitudes et des sentiments basés sur l'état de nature, la propriété privée deviendra inutile et même impossible. »394(*) . En effet, Owen était partisan d'un système social basé sur le mode de regroupements coopératifs où chacun en exerçant une tâche qui lui est bien dévolue participerait à l'intérêt général. Souvent empreinte de rigorisme moral, la pensée d'Owen s'appuie sur les valeurs bibliques de l'amour du prochain... Mais passons ces considérations. Retenons surtout, le poids accordé à un primat de l'agriculture sur l'industrie, qui fait de son communisme, un communisme agraire. De même, l'extrême importance accordée au concours de chaque membre de la communauté (Owen refusait le droit de grève), le travail étant pour Owen seule source du bonheur au sein d'une société qui doit fortement encadrer l'individu : «  L'organisation et le gouvernement de la société seront donc fondés sur la certitude que l'homme ne forme ni sa personne, ni sa volonté... »395(*)

Mais Rey en profita aussi pour s'initier à la doctrine de Saint-Simon.

Olinde Rodrigues, un des principaux disciples de l'école saint-simonienne lui envoie en effet en 1825 quelques numéros du Producteur, organe des saint-simoniens. Rey sera assez séduit par la doctrine et entretiendra dés 1830 une abondante correspondance avec plusieurs disciples comme Enfantin396(*), qui fut un grand ami de Rey. Cependant, en 1826, Rey doit rentrer en France. Conscient du délai de cinq ans, passé lequel tout condamné à mort par contumace encoure la mort civil, il choisit de regagner Paris.

III-3. 1826-1830 : tentative de vulgarisation de la pensée de Robert Owen en France et expérience saint-simonienne

En 1826, Rey arrive à Paris en juillet et doit se présenter devant le garde des sceaux afin de s'enquérir de son sort.

Avec l'appui à nouveau de Dambray, Rey se voit autoriser de rester à Paris. Il est même amnistié quelques mois plus tard par Charles X, qui n'avait pas connaissance de son passé de comploteur...

Rey à nouveau accepté sur le sol français, retrouvait alors une toute autre situation politique qu'à celle de son départ. Les velléités « conspiratrices » s'étaient finalement tues avec la fin des dernières conspirations de la Charbonnerie française en 1823 et le mouvement libérale renonçait définitivement à ce type d'entreprises ... Surtout, le pays connaissait une renaissance intellectuelle avec le succès des doctrines de Saint-Simon, de Fourier ou de Cabet... Rey, qui de toute manière avait définitivement renoncé aux conspirations, ne pouvait donc qu'accueillir ainsi avec joie la renaissance de débats autour de l'étude des problèmes sociaux.

Il en profite donc pour tenter d'en enrichir le contenu en diffusant les thèses de Robert Owen. Il publie ainsi en 1828 ses Lettres sur le système de coopération mutuelle qui relancent un vif débat au sein des disciples de Fourier, Cabet et Saint-Simon, sans que pourtant, ces derniers ne s'arrêtent sur les thèses assez obscures de Owen. Cependant, Rey s'évertuera jusqu'en 1830 de promouvoir le système communautaire de Robert Owen , tentant avec quelques autre fanatiques de ce « communisme » paternaliste de faire venir en vain M.Owen à Paris397(*) ...

Bref, arrive 1830 et ses « trois glorieuses », dont l'espoir de voir enfin la République s'installer est vite anéanti l'année suivante par le retour cette fois du derniers des Orléans : Louis-Philippe. Rey s'écria alors : « Nous étions en 1831, et tant d'autres actes avaient déjà montré les vues rétrogrades du gouvernement...Quelle douleur, alors, quand je songeai aux tristes résultats du mouvement sublime de l'année précédente !... et pourtant qu'il eût été facile alors d'entreprendre la reconstitution pacifique de la société ! »398(*). Rey semblait alors, face à un climat de tension sociale et politique, de plus en plus convaincu de la possibilité d'une mise en oeuvre d'une reconstruction sociale, telle que déjà il pouvait y songer en 1820.

En effet, les années 1830 marquent déjà l'exacerbation de la tension de la classe ouvrière . Eclatent en juillet-novembre 1830, les premières grèves exigeant une augmentation des salaires et une diminution de la journée de travail et apparaîtront par la suite les premiers actes de luddisme. De même, le climat politique cède à nouveau à la violence, se multipliant dés février 1831 des émeutes anticléricales et antilégitimistes à Paris et en Province. On notera aussi les révoltes des canuts lyonnais , du 6 au 10 avril 1831, qui annoncèrent les graves troubles et émeutes des faubourg de Saint-Denis au mois de juin... Bref, éclate dans ses 1830-1831 la colère des ouvriers, victime de conditions de travail déplorables...

Face à ces troubles sociaux et politiques, Rey rejoint l'école de Saint-simon qui dresse une sévère critique des désordres sociaux en les reliant comme Owen, à l'absence de prise en compte du patronat de la douleur physique et morale du prolétaire. Ainsi, les saint simoniens dénonçaient les propriétaires oisifs et demandaient l'abolition de tous les privilèges de la naissance. Ils exigeaient ainsi que les institutions réduites au désordre, prennent réellement en charge la question de l'amélioration physique, intellectuelle et morale de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre... L'enseignement devait donc prendre une place considérable au sein du société, où chacun devait pouvoir trouver une place correspondant à ses dispositions premières. Comme le disait l'adage des simoniens, « A chacun selon ses oeuvres »...

Cependant, Rey critiquait la mysticité des dogmes simoniens, laissant une trop grande place à un certain fatalisme... Rey défendait plutôt l'idée d'une élévation des classes par le milieu, rompant avec l'axiome de hiérarchie sociale maintenue au sein de la doctrine de l'Eglise Saint-simonienne. Bref, l'épisode saint-simonien de Rey restera court : 1832-1833. Il se consacrera pendant un an à la propagande de leur doctrine, après avoir été initié par Olinde Rodrigues qui demeurera toujours avec Enfantin un bon camarade.

III-4. 1834-1847 : découverte de Fourier et tentative de ralliement des « socialistes utopiques »

Très vite, Rey poursuit son immersion au sein des différentes écoles socialistes utopiques françaises, en s'initiant au Fouriérisme.

En 1837, il s'abonne ainsi à la Phalange. En accord avec nombre de points de la théorie de Fourier, la  considérant même sur nombre de points comme infiniment supérieur à tour ce qui a été écrit auparavant, Rey saluait le principe d' une association harmonique réalisée par l'idéal du Phalanstère, cité harmonieuse ou l'homme retrouverait son épanouissement dans le travail, devenu expression profonde de chacun. Il y retrouvait là certains des principes égalitaires de la doctrine de Robert Owen, et faisant peut-être défaut chez celle de St Simon et ses disciples. Saluant notamment l'idée d'un droit à un minimum de satisfaction sociale, Rey notait qu'elle rompait là avec le fatalisme saint-simonien, tout en préservant l'idée commune de la nécessité du travail comme première vertu morale.

Rey établissait alors de premiers ponts théoriques entre les doctrines d'Owen et de Fourier. Ainsi lorsque en 1842, Rey décide de s'abonner au premier journal babouviste la Fraternité, c'est aussi pour en tirer une synthèse de ces meilleurs éléments théoriques.

Les babouvistes du nom de leur maître, Gracchus Babeuf, proposait un communisme égalitaire reposant sur l'obligation du travail, la socialisation du sol et du capital et comme chez les saint-simoniens, ils s'accordaient à penser que chacun put accorder ses capacités à ses besoins...

Rey, alors très séduit par ce nouvel apport théorique se permit de répondre au journal communiste et de lui adresser une noble critique de l'exposé théorique : « J'admets bien que pour les premières transformations de l'état social actuel dans celui de la vie commune, la nécessité d'imposer la loi du travail ; mais je pense avec Owen et Fourier, que le travail, quand il sera convenablement organisé et lorsque la génération nouvelle sera dépouillées de nos habitudes vicieuses, sera tellement accompagné d'attrait que sa privation serait une des plus grandes peines qu'on pût infliger à l'homme en bonne santé... »399(*) . Rey songeait là à nouveau au modèle communautaire de Owen, et plus précisément à un modèle de petite échelle, comme celui d'un village communautaire comme put l'être l'expérience ratée de la communauté d'Owen : New Harmony, installée en 1824 en Nouvelle Angleterre. Il ajoute ainsi : « Je pense comme vous, qu'il ne faut pas en règle générale compter sur les puissants du jour pour arriver à la réalisation de notre système et qu'il importe extrêmement d'instiller peu à peu dans les masses les idées qui les constituent ; mais je crois, et cette fois encore avec Owen et Fourier, qu'un seul essai partiel, bien fait, serait d'une force irrésistible pour amener la conviction des plus incrédules et par là-même, sans aucune difficulté sérieuse, l'avènement général du système. Pour y arriver, au contraire, même progressivement, par voie de mesure générale, prise de prime abord, combien de luttes épouvantables n'aurait-on pas à soutenir, au milieu desquelles surtout seraient gravement compromis les sentiments harmoniques qui doivent en faire la base ? .. »400(*).

Rey de par cette lettre au journal communiste La Fraternité opérait encore un rapprochement entre Fourier et Owen, seul rapprochement qu'il pouvait peut-être se permettre. En effet, Rey était très attaché l'idée d'unifier ces différentes écoles socialistes, se déchirant trop souvent sur de fins points théoriques.

L'aboutissement de cette démarche fut ainsi son Appel au ralliement des socialistes401(*), petite brochure devant mettre en lumière les points de convergences entre les différentes écoles socialistes « utopiques » . Il s'agissait à l'origine d'une lettre qui fut envoyée le 20 juin 1847 aux rédacteurs de la Démocratie pacifique, second organe des Phalanstériens qui fit suite à la Phalange. Cet appel sonnait de manière prophétique la nécessité d'une mise en mouvement unitaire des socialistes alors que le régime de la monarchie de Juillet, en difficulté, ouvrait une faille. Notons les sages paroles de fédération de Rey : « Sachons nous tolérer mutuellement, et ajourner au besoin nos dissidences, pour agir de concert sur tous les points où nous sommes d'accord. Qui sait d'ailleurs si, dans cette action commune d'un bon concours, on ne verra pas s'adoucir ou même disparaître plusieurs de ces dissidences, et s'évanouir beaucoup de malentendus qu'entretenait surtout l'acrimonie des discussions ?... »402(*).

Ce noble appel ne fit pourtant pas l'unanimité au sein des socialistes alors interpellés.

Ainsi si le phalanstérien Victor Considérant salua le courage de Rey en le qualifiant « du plus ancien et du plus respectable des partisans de la doctrine de la communauté »403(*), l'utopique Cabet qui restait à nouveau dans ses marges, lui répondit sèchement : « Vous désirez l'union, moi aussi et tout le monde ; je voudrais que tous les hommes fussent des anges, que tous les journaux fussent d'accord, que Louis-Philippe fût communiste, cela irait bien plus vite. Mais il ne faut pas se faire illusion, il faut prendre les hommes comme ils le sont, avec leurs vanités et leurs ambitions ; il ne faut pas se contenter de dire : je voudrais, il est à désirer, il faudrait..., mais il faut agir, agir sans cesse et de son mieux, pour faire le plus de bien possible »404(*).

La révolution de 1848 lui donna cependant raison sur la force de l'unité politique face à l'ennemi. Elle verra ainsi l'arrivée au pouvoir de ces anciens camarades libéraux, Dupont de l'Eure et Garnier-Pages entrant au sein du gouvernement provisoire. Il tentera alors une dernière percée politique en tant que « libéral-utopique ». Sa profession de foi aux élections législatives de 1849 est ainsi des plus floues : « Le principe fondamental de toutes mes pensées (...)est l'application rigoureuse de la justice dans la distribution des avantages sociaux. Il faut cesser désormais de les accumuler sur la tête de ceux qui déjà possèdent avec excès, au détriment de ceux qui n'ont pas le nécessaire, ou qui ne parviennent qu'avec peine à se le procurer... »405(*). Rey ne sera pas élu et se résignera durant les dernières années de sa vie à financer diverses associations philanthropiques. Il meurt à Grenoble, le 18 décembre 1855.

CONCLUSION

Nous venons d'entrevoir la longue et tumultueuse vie de Joseph de Grenoble. Il apparaît au terme de cette étude, que ce personnage revêtit bien des habits, multipliant les engagements politiques et intellectuels. Tour à tour, « magistrat » épris du respect de la stricte application de la justice lorsqu'il se charge de la défense des conjurés de 1816, « conspirateur libéral » lorsque le régime de Louis XVIII affirme définitivement outre-passer la Charte et donc son engagement constitutionnel, Rey finit par s'assagir en se révélant comme un des premiers socialistes utopiques français, soucieux de rassembler les diverses tendances de ce mouvement éclaté.

Retenons donc de Rey, la figure centrale d'un « indépendant », prêt à créer lui-même sans aucune expérience sa propre société secrète, ralliant un complot militaire à tendance plutôt bonapartiste dans sa composition alors que rien ne prédispose ce libéral à comploter ; choisissant comme référent principal de son engagement « utopique », Robert Owen alors totalement inconnu des différentes écoles socialistes de l'époque et pariant enfin sur une possible unité de ces dernières...

Tour à tour, homme de l'ombre puis homme public, Rey ne cessa donc au cours de sa longue vie de s'illustrer par sa curiosité et son acharnement, à toujours garder l'espoir de parvenir un jour, à rendre les hommes meilleurs pour les rendre plus heureux.

BIBLIOGRAPHIE

I- Sources

Archives :

- à la bibliothèque municipale de Grenoble :

-Ecrits de Joseph Rey :

- Mémoires sur la Restauration, 244p+218p+90p, T.3938.

- Ma biographie morale et politique depuis l'époque de ma naissance jusqu'en 1820, 145p, T .3940.

- Appréciations des divers partis qui furent opposés à la branche aînée des Bourbons après la première révolution, 190p, T.3939.

- Adresse à l'Empereur, Paris, Emery, 31 mars 1815, 16p, U 2964.

- Lettres sur le système de coopération mutuelle et de la communauté de tous les biens, d'après les plans de M. Owen  Paris Sautelet et Cie, 1828, O 3566.

- Du perfectionnement des études légales dans l'état actuel de la société, Paris, Treutel, Wurtz, 1827, U.5241.

- Des Institutions judiciaires de l'Angleterre comparées à celles de la France et de quelques autres Etats anciens et modernes, Paris, Nêve, 2 volumes, 1826, O.3560.

.

- Théorie et pratique de la science sociale, Angers, Ernest Le Sourd, 3 volumes, 1842, O.14 575.

- Des bases de l'ordre social, Angers, Ernest Le Sourd, 2 volumes, in 8ème, 1836, X 98.

- De l'état actuel de la France sous le rapport des idées politiques, Paris, Delaunay, librairie Charles imprimeur, 1814, 23 p., X.84.

- Des bases d'une Constitution...ou de la balance des pouvoirs d'un Etat, 1815, X 87.

- Requête à M. le Garde des sceaux tendant à décliner la juridiction du Conseil d'Etat, pour Pierre François Régnier, et autres habitants du département de l'Isère, en suite de la plainte par eux contre portée contre M. le Vicomte de Donnadieu et ses complices, accusés d ` « assassinat » ; Paris, 8 juin 1819, 23p., coté O 3563.

-   Requête de M.Rey propriétaire à M. le procureur du roi président le tribunal de Grenoble du 16/09/1819 sur sa radiation des listes électorales, 2p. ; coté U 2999.

- Profession de foi électorale du citoyen Joseph Rey, ex conseiller à la cour d'appel de Grenoble. Grenoble, le 30 avril 1849, 3p, X 82.

- Mémoire pour Joseph Rey de Grenoble, avocat contre une décision du conseil de discipline des avocats de Paris qui prononce sa radiation du tableau de l'ordre des avocats., Paris, Renaudière, 50 p., U 2986.

- Correspondance St-simonienne, décembre 1831-septembre 1832, T.3958

- Correspondance communiste, 1842, T.3951.

- Appel au ralliement des socialistes, Paris, Librairie Phalanstérienne, 1847, 15 p., in T.3939, op.cit.

- Biographies existantes sur Joseph Rey :

- Pierre Avril, Un magistrat socialiste sous Louis-Philippe, Joseph Rey de Grenoble et sa correspondance St Simonienne,1779-1855, éditions de Grenoble, typographie et lithographie, Allier Frères 1907, 19 p, V 12 127.

- A. Demougeot, Le socialiste Joseph Rey de Grenoble ; sans date, ni lieu d'édition, VH 31 41.

- Henri Dumolard, Joseph Rey de Grenoble (1779-1855) et ses « Mémoires politiques » ; Grenoble, Allier, 1927, in Annales de l'Université de Grenoble, T IV n°1, p 72 à 111, coté V 23 199.

- Fernand Rude, Un socialiste utopique oublié, Joseph Rey ( 1779-1855), conférence faite à la Faculté des Lettres de Grenoble, le 13 mars 1944, Extrait des Annales Lettres de l'Université de Grenoble, tome XX, année 1944, éditions de Grenoble, Allier, 1907, 32 p, V 16 351.

- Georges Weill, Les Mémoires de Joseph Rey, in Revue historique, n°157, 1928, 111 p., V.23 773.

- A propos de Joseph Rey :

On retrouvera les appréciations de Stendhal dans :

- Stendhal, « Mémoires d'un touriste » in Voyages en France, textes établis, présentés et annotés par V. del Litto, collection La Pléiade, Gallimard, Paris, 1992, p.374.

- Stendhal, « Journal » (1801-1805), édition Le Divan, Paris, 1937, p.101.

- « Lettres à Stendhal (1803-1806) », recueillis et annotés par V. del Litto, préface de Henri Martineau, Le Divan, Paris, 1943, t.1, p.xxxv.

II - Ouvrages :

- Manuels d'histoire et usuels :

- Jean-Claude Caron, La France de 1815 à 1848, collection Cursus, Armand Colin, Paris, 1993, 190 p.

- Jean-Claude Caron, La nation, l'Etat et la démocratie en France de 1789 à 1914, collection U, Armand Colin, Paris, 1995, 364 p.

- Jean-Pierre Chaline, La Restauration, PUF, collection Que sais-je ?, 1ère édition, 1998, 127 p.

- François Furet, La Révolution, t.2, 1814-1880, collection Pluriel, Hachette, 1988, 526 p.

- Jean Garrigues, La France de 1848 à 1870, collection Cursus, Armand Colin, Paris, 1995, 190 p.

- Lucien Genet, Révolution, Empire 1789-1815; Paris, Masson Histoire,3ème édition, 1994, 217 p.

- Louis Girard, Les libéraux français 1814-1875, collection historique, Aubier Montaigne, Paris, 1985, 277 p.

- Jean-Philippe Guinle, Les souverains de la France, Poche Larousse Bordas, 448 p.

- Pierre Miquel, Histoire de la France, Librairie Arthème Fayard, 1976, 643 p.

- Marcel Prélot, Georges Lescuyer, Histoire des idées politiques, Précis, Dalloz, 13ème édition, 1997, 702 p.

- René Rémond, L'Ancien Régime et la Révolution, 1750-1815, t.1 Introduction à l'histoire de notre temps, Points Histoire, Paris, Seuil, 1974, 215 p.

- René Rémond, Le XIXème siècle, 1815-1914, t.2 Introduction à l'histoire de notre temps, Points Histoire, Paris, Seuil, 1974, 248p.

- Sous la direction de J.L Robert, Le XIXème siècle, Paris, Bréal, 1995, 352 p.

- Max Tacel, Restauration, Révolutions, Nationalités 1815-1870, 5ème édition, Paris, Masson Histoire, 1994, 318 p.

- Jean Tullard, Les révolutions de 1789 à 1851, collection Histoire de France, Livre de poche, Arthème Fayard, 1985, 568 p.

- Jean Tullard, Les vingt jours, Louis XVIII ou Napoléon ?, 1er-20 mars 1815, Paris, Fayard, 282 p, 2001.

- Jean-Charles Volkmann, La chronologie de l'histoire de France, éditions Jean-Paul Gisserot, Paris, 1997, 128 p.

- Georges Weill, Histoire du Parti républicain en France de 1814 à 1870, Paris, Félix Alcan éditeur, 1900, 550 p.

- Georges Weill, L'éveil des Nationalités et le Mouvement libéral (1815-1848), collection Peuples et Civilisations, Librairie Félix Alcan, Paris, 1930, 592 p.

- Ouvrages plus « théoriques » :

- sur les libéraux et la question du « cercle » :

- Maurice Agulhon, Le Cercle dans la France bourgeoise 1810-1848, étude d'une mutation de sociabilité, librairie Armand Colin, Paris, cahiers des annales n°36, 1977, 105 p.

- Christophe Charles, Les intellectuels en Europe au XIXème siècle, essai d'histoire comparée, Points Histoire, Paris, Seuil, 1996, 452 p.

- A.Jardin/A-J Tudesque, La France des notables, t 1.l'évolution générale 1815-1848, collection Points Histoire, Paris, Seuil, 1973, 119 p.

- A.Jardin/A-J Tudesque, La France des notables, t 2. la vie de la nation 1815-1848, collection Points Histoire, Paris, Seuil, 1973, 251 p.

- sur la jeunesse des années 1815-1820 :

- A.B Spitzer, The French Generation of 1820, Princeton University Press, 1987, 335 p.

- A.B Spitzer, Old Hatreds and Young Hopes, The French Carbonari against the Bourbon Restoration, Harvard University Press, 1971, 334 p.

- sur les sociétés secrètes, les conspirateurs et les « mythes » politiques :

- A.F, Petit Essai sur le Carbonarisme, Bulletin du Centre de documentation du Grand Orient de France, n°9, 1958, p.45 à 49 ; disposé en annexe.

- Jack Chaboud, Les Francs-Maçons, ces bâtisseurs du temple intérieur, Aubéron , Paris, 1997, 220 p.

- Alessandro Galante Garrone, Philippe Buonarroti et les Révolutionnaires du XIXème siècle (1828-1837), Editions Champ Libre, Paris, 1975, 397 p.

- René Guénon, Aperçus sur l'Initiation, Editions traditionnelles, Paris, 2000, 303 p.

- Raoul Girardet, Mythes et Mythologies politiques, collection points Histoire, Seuil , 1986, 205 p.

- Serge Hutin, Les sociétés secrètes, PUF, Que sais-je ?, 12ème édition, 1952, 127 p.

- Pierre-Arnaud Lambert, Les sociétés secrètes, de la Compagnie du Saint Sacrement aux conspirations Carbonari, essai sur le mode conspiratif d'organisation politique, thèse de doctorat de 3ème cycle soutenue à l'IEP de Grenoble, UPMF, 2 volumes, 388p+207p, décembre 1984.

- Pierre-Arnaud Lambert, La Charbonnerie française 1821-1823, Du Secret en Politique, PUL, 1995, 136 p.

Sur le thème socialisme et utopie:

- Sébastien Charléty, Histoire du Saint-Simonisme, éditions Gonthier, Paris, 1931, 282 p.

- Yolène Dilas-Rocherieux, L'Utopie ou la mémoire du Futur, de Thomas More à Lénine, le rêve éternelle d'une autre société, éditions Robert Laffont, Paris, 2000,

- Serge Dupuis, Robert Owen, Socialiste utopique 1771-1858, éditions du CNRS, Paris, 1991, 361 p.

- Paul Louis, Cent cinquante ans de pensée socialiste, Librairie Marcel Rivière et Cie, Paris, 1947, 261 p.

- Dictionnaires :

- Sous la direction de Jean-Louis Voisin, Dictionnaire des personnages historiques, collection Encyclopédies d'aujourd'hui, livre de Poche, collection La Pochothèque, 2001, 1166 p.

- Sous la direction d'Eric Saunier, Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie, collection Encyclopédies d'aujourd'hui, livre de Poche, collection La Pochothèque, 2000, 982 p.

- Journal de la France et des Français, Chronologie politique, culturelle et religieuse de Clovis à 2000, Quarto Gallimard, 2001, 2407 p.

- Rivarol, Petit Dictionnaire des Grands Hommes de la Révolution, Desjonquères, PUF, 1987, 122 p.

- Adolphe Rochas, Biographie du Dauphiné, 2 volumes, Slatkin reprints réédition, Genève, 1971. Voir la notice consacrée à Joseph Rey dans le volume 1, p.343, 344, 345 et 346 ( disposé en annexe) et la notice consacrée à Bérenger de la Drôme dans le volume 1, p.107 et 108 (disposé en annexe).

- Dictionnaire biographique de la Drôme, tome 1, « Librairie dauphinoise », 1900. Voir la notice consacrée à Bérenger de la Drôme, p.92 à 95.

- Sous la direction de Jean Maîtron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, 3 volumes, éditions Ouvrières, Paris, 1972-1978. Voir la notice consacrée à Joseph Rey dans le volume 3, p.304, 305 et 306. De même, on retrouvera une notice sur Pierre-Joseph Briot dans le volume 1, p. 306.

- Daniel Ligou, Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie, PUF, 1987. Voir l'article sur la Charbonnerie, p. 216.

- Georges Six, Dictionnaire des généraux français de la République et de l'Empire, Paris, G.Saffroy, 2 volumes, 1934.

- Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, depuis le 1er mai 1789 jusqu'au 1er mai 1884, Paris, Bourloton, 1890.

Divers :

- Numéro spécial de la revue L'Histoire sur les Francs-Maçons, n°256, juillet-août 2001.

- Article en anglais sur la Charbonnerie signé A.B Spitzer consultable à l'adresse internet suivante : http://www.ohiou.edu/-chastain/ac/charbon.html; consultable en annexe.

TABLE DES ANNEXES

1- Petit Essai sur le Carbonarisme tiré du Bulletin du Centre de documentation du Grand Orient de France, n°9, 1958, p.45 à 49. 

2- Articles sur les Idéologues et sur l'Eclectisme, tirés de l'encyclopédie Universalis

3- Notice biographique de Pierre-Joseph Briot, tirée du dictionnaire Jean Maîtron, op.cit.

4- Article sur Philippe Buonarroti, tiré l'encyclopédie Universalis.

5- Portrait de Philippe Buonarroti

6- Notice biographique de Joseph Rey, tirée de la Biographie du Dauphiné de Adolphe Rochas.

7- Article sur la Charbonnerie de A.B Spitzer

8- Statuts de l'Union libérale, tirés de la thèse de Pierre-Arnaud Lambert.

9- Carte des lieux où les principaux conjurés du 19 août 1820 trouvèrent leurs complices.

10- Portrait de Jean-Baptiste Dumoulin.

11- Notice biographique de Bérenger de la Drôme, tirée de la Biographie du Dauphiné de Adolphe Rochas.

12- Article sur Robert Owen, tiré de l'encyclopédie Universalis.

13- Article sur St-Simon et le St-simonisme, tiré de l'encyclopédie Universalis.

14- Article du Monde Diplomatique sur l'ouvrage de P-A Lambert, La Charbonnerie française 1821-1823.

15- Copies « fac-similés » d'extraits des Mémoires sur la Restauration de Joseph Rey.

* 1 Le Constitutionnel, créé en 1815, était un des principaux organes de presse des Libéraux, et plus précisément du parti des Indépendants de « gauche » qui s'affirma à partir de 1817, « profitant d'une certaine libéralisation du régime » (J-C Caron, p.13). Il compta jusqu'à 17 000 abonnés selon J-C Caron (p.13), nombre déjà considérable au regard de la censure qui sévit jusqu'aux lois De Serre de mars 1819, votées avec difficulté sous le ministère Decazes, et qui « allégèrent » pour un temps les procédures de création de journaux. Elles ne constituèrent que le bref intermède « libéral » du régime « monarcho-constitutionnel » restauré par Louis XVIII, intermède qui prit fin avec le rappel du duc de Richelieu... En 1815, Le Constitutionnel n'est donc encore qu'un organe de presse de « moyenne » envergure s'adressant à une élite libérale en expansion, où s'accorde une pensée classique sur le plan économique (J.B Say, A Smith) à un discours résolument individualiste sur le plan politique, réclamant la garantie du compromis de la Charte du 4 juin 1814, établi entre démocrates et Bourbons... Nous aurons l'occasion de revenir plus précisément sur cet épisode. Collaborent à cette entreprise autant de libéraux « authentiques » comme le général Lafayette et le banquier Laffitte que de « littérateurs à gages de Napoléon » (Louis Girard, p.85). Les auteurs cités correspondent aux ouvrages suivants : Jean-Claude Caron, La France de 1815 à 1848, collection Cursus, Armand Colin, Paris, 1993, 190 p. et Louis Girard, Les libéraux français 1814-1875, collection historique, Aubier Montaigne, Paris, 1985, 277 p..

* 2 Comme le note à juste titre Fernand Rude dans son introduction à une petite biographie consacrée à Rey :  « Il existe à Grenoble une rue Joseph Rey. Mais vous demanderiez en vain à un Grenoblois moyen, voire même à un habitant de cette rue qui est ce personnage, seuls quelques érudits pourraient vous répondre (....) [et pourtant] tout Stendhalien digne de ce nom connaît Joseph Rey ». Fernand Rude, Un socialiste « utopique » oublié Joseph Rey (1779-1855), conférence faite à la Faculté des Lettres de Grenoble, le 13 mars 1944, Extrait des Annales Lettres de l'Université de Grenoble, tome XX, année 1944, Imprimerie Allier, Grenoble, 1944, p.3. Cette rue existe bien toujours, longeant parallèlement et symboliquement... la voie ferrée, face à l'avenue de Vizille.

* 3 Joseph Rey, Adresse à l'Empereur, 16 p., elle fut écrite le 23 mars 1815 à Grenoble alors que Napoléon vient, tout juste arrivé aux Tuileries le 20 mars au terme du périlleux épisode des « vingt jours », de former son gouvernement, comprenant notamment Fouché, traître à venir..., et mettant terme à la première restauration du Bourbon Louis XVIII. Reproduite par Le Constitutionnel dans les jours suivants, elle fut finalement imprimée sous la forme d'une petite plaquette (Paris, éditions Emery, 31 mars 1815), consultable comme l'essentiel des écrits de Rey, aux archives de la Bibliothèque municipale de Grenoble, sous la cote U 2964. Nous aurons l'occasion de revenir plus précisément sur cette fameuse « Adresse à l'Empereur » dans le chapitre II-1.

* 4 Napoléon débarqua en France, à Golfe-Juan, le 1er mars 1815, après avoir quitté l'île d'Elbe le 26 février. Arrivé sans difficulté à Grenoble le 8 mars, l'historien Jean Tulard rapporte même qu'il confiera : « Jusqu'à Grenoble on me traita d'aventurier. A Grenoble, je fus prince. », Jean Tulard, Les Vingt Jours (1er-20 mars 1815), Napoléon ou Louis XVIII ? , Fayard, Paris, 2001, p.9. Le démocrate Rey, nous le verrons par la suite, fut assez sceptique quant à un maintien du « compromis de 1814 », en la seule personne de « l'Aigle ».

* 5 Jean Tulard, op.cit, p.9.

* 6 Jean Tulard rapporte ainsi que « c'est un courant populaire qui, en France l'invite à recommencer la révolution contre l'Europe des rois », Jean Tulard, op.cit, p.10. Voir aussi à ce sujet les pages de Raoul Girardet consacrées au mythe du Sauveur en la personne de Napoléon, Raoul Girardet, Mythes et mythologies politiques, collection Points Histoire, Seuil, Paris, 1986, p.73 à 78. Ajoutons enfin avec Louis Girard que le régime déclinant depuis dix mois sans en avoir pleine conscience, l'empereur qu'on avait laissé partir dans l'indifférence « revenait salué comme le soldat de la Révolution qu'il avait été aussi. Mais le soulèvement n'était pas général, il concernait surtout la moitié est du pays », Louis Girard, op.cit, p.19.

* 7 Citons parmi ces libéraux, Benjamin Constant qui publia le 19 mars 1815 dans le Journal des débats un violent article contre le retour de Napoléon. cf. Patrice Gueniffey (pour le XIXème siècle), le Journal de la France et des Français, Chronologie politique, culturelle et religieuse de Clovis à 2000, Quarto Gallimard, Paris, 2001, p.1367. Notons que Joseph Rey, ami de Benjamin Constant, appartenait à l'époque à ce groupe de libéraux sceptiques quant à un retour de l'empereur dans des voies démocratiques. Rey ne s'était pas trompé à ce sujet. Napoléon, réinstallé aux Tuileries et contraint de composer avec les libéraux, ne manifesta t'il pas à nouveau sa tendance au népotisme en déclarant : « Le goût des constitutions, des débats, des harangues paraît revenu... des discussions publiques, des élections libres, des ministres responsables, la liberté de la presse... je veux tout cela... le repos d'un roi constitutionnel peut me convenir ; il conviendra plus sûrement encore à mon fils. », cité par Louis Girard, op.cit, p.20.

* 8 « La crise dura vingt jours, vingt jours dont les conséquences pèsent encore sur nous », Jean Tulard, op.cit, p.11

* 9 Note faite à Grenoble, le 8 août 1837, Stendhal, « Mémoires d'un touriste » in Voyages en France, textes établis, présentés et annotés par V. del Litto, collection La Pléiade, Gallimard, Paris, 1992, p.374.

* 10 Stendhal, « Journal » (1801-1805), édition Le Divan, Paris, 1937, p.101.

* 11 « Lettres à Stendhal (1803-1806) », recueillies et annotées par V. del Litto, préface de Henri Martineau, Le Divan, Paris, 1943, t. I, p. xxxv, cité par Fernand Rude, op.cit, p. 3. Rude, exaspéré par la remarque de Martineau et rappelant le temps où le jeune Rey, alors étudiant à Paris en 1802, n'eut « bien souvent, pour assouvir (sa) faim, que du pain et de l'eau », n'hésite pas à lui répondre : « Mais M.Henri Martineau, qui n'a sans doute jamais eu faim dans vie, ne pouvait être ému par un tel passage » (sic !), Fernand Rude, op.cit, p.6. 

* 12 Cette première biographie a pour but de familiariser le lecteur avec le personnage en dégageant les grands axes de sa vie. Il s'agit là surtout, au regard des périodes historiques qu'elle traverse, d'illustrer les imbrications de la « dynamique politique » et de la « dynamique biographique ».

* 13 Joseph Rey, Ma Biographie morale et politique depuis l'époque de ma naissance en 1779 jusqu'en 1820, manuscrit de 145 pages, disponible comme les deux autres volumes manuscrits de ses Mémoires à la BM de Grenoble, sous la cote T 39.40. Il s'agit là du premier volume de ses Mémoires, rédigés entre 1839 et 1841, avec comme le note à juste titre Georges Weill, l'intention de les publier ; Georges Weill, Les Mémoires de Joseph Rey, in Revue historique, n°157, Paris, 1928, p.291.

* 14 Adolphe Rochas, Biographie du Dauphiné, 2 volumes, Slatkin reprints réédition, Genève, 1971, cf. article consacré à Joseph Rey dans le volume 1, p.343, 344, 345 et 346. Elle offre notamment au lecteur une bibliographie quasi-exhaustive des écrits de Joseph Rey. Voir aussi l'article consacré à Bérenger de la Drôme ( à ne pas confondre avec le célèbre chansonnier...), ami de Rey affilié au sein de l'Union à la conspiration du 19 août 1820, volume 1, p. 107 et 108.

* 15 Sous la direction de Jean Maîtron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, 3 volumes, éditions Ouvrières, Paris, 1972-1978, cf. article consacré à Joseph Rey dans le volume 3, p. 304, 305 et 306.

* 16 Dictionnaire biographique de la Drôme, tome 1, « Librairie dauphinoise », 1900. Voir l'article consacré à Bérenger de la Drôme, p.92 à 95.

* 17 Fernand Rude, Un socialiste « utopique » oublié Joseph Rey (1779-1855), conférence faite à la Faculté des Lettres de Grenoble, le 13 mars 1944, Extrait des Annales Lettres de l'Université de Grenoble, tome XX, année 1944, Imprimerie Allier, Grenoble, 1944, 32.p, disponible à la BM de Grenoble sous la cote V.16 351.

* 18 Henry Dumolard, Joseph Rey de Grenoble (1779-1855) et ses « Mémoires politiques », in Annales de l'Université de Grenoble, T.IV, n°1, Grenoble, Allier, 1927, p.71 à 111, disponible à la BM de Grenoble sous la cote V.23 199.

* 19 Georges Weill, Les Mémoires de Joseph Rey, in Revue historique, n°157, Paris, 1928, p.291 à 307, disponible à la BU Droit Lettres de Grenoble sous la cote V.23 773.

* 20 Pierre Avril, un magistrat socialiste sous Louis Philippe, Joseph Rey de Grenoble et sa correspondance St Simonienne (1779-1855), in Bulletin d'Ethnologie et d'Anthropologie, t. XIV, n°1 et 2, édition Typographie et Lithographie, Allier Frères, Grenoble, 1907, 19 p, disponible à la BM de Grenoble sous la cote V.12 127.

* 21 A. Demougeot, Le socialiste Joseph Rey de Grenoble, sans date, ni lieu d'édition , disponible à la BM de Grenoble sous la cote VH 3141.

* 22 Adolphe Rochas, op.cit, lui attribue par erreur dans sa notice les prénoms de Joseph-Philippe-Auguste.

* 23 Cf. Adolphe Rochas, op.cit, p.343.

* 24 Henry Dumolard, op.cit, p.73.

* 25 Rey ne précise pas lequel.

* 26 Joseph Rey, T.3940, op.cit, p.3. Nombre de passages sont soulignés de sa main dans ses manuscrits. On pourra d'ailleurs apprécier la finesse de son écriture en se reportant aux documents annexes où sont disposées des copies « facs similés » extraites de ses Mémoires sur la Restauration, trois paginations : 244p +218p+90p, coté T 3938 à la BM de Grenoble.

* 27 Joseph Rey, T 3940, op.cit, p.23.

* 28 Joseph Rey, cité par Fernand Rude, op.cit, p.6.

* 29 « Sentant désormais le besoin des notions juridiques pour pénétrer d'une manière plus fructueuse dans l'examen des institutions sociales, je me décidai à faire des études de droit pour lesquelles j'avais beaucoup de répugnance, avant de les avoir considérées sous ce point de vue. Aussi ne me bornai-je pas au positif des lois, ni à leur pure actualité, m'efforçant d'entrer dans la théorie de leurs motifs en recherchant dans leur histoire la filiation des circonstances qui les avaient successivement amenées au point où elles se trouvent. J'aimais aussi à comparer nos propres lois avec celles des autres nations, modernes ou anciennes, rien n'étant plus propre à faire réfléchir profondément et à faire sortir des préjugés étroits d'une nationalité exclusive. Enfin n'oubliant jamais qu'il n'est point de science vraiment profitable à l'humanité, si elle n'est éclairée du flambeau d'une saine philosophie, je continuai les lectures que j'avais commencées dans cette branche depuis l'âge de quinze ans », Joseph Rey, T 3940, p.32-33.

* 30 Le comte Antoine Destutt de Tracy (1754-1836) fut une des grandes figures d'un courant philosophique né sous l'Ancien régime, nommé « Idéologie ». Il fut l'auteur des Eléments d'Idéologie (1801-1804), ouvrage dans lequel il soutenait voir dans la sensation la source du jugement et des idées générales, auteur aussi d'une grammaire et d'un traité de logique. Délaissant la métaphysique et méfiants vis à vis de la psychologie, les Idéologues demeurèrent sous la Restauration dans l'ombre de l'école, alors en pleine expansion, de Victor Cousin, dite de l' « Eclectisme », nommée aussi « Sensualisme ». Les principaux représentants du courant des Idéologues furent Destutt de Tracy, le médecin Georges Cabanis (1757-1808) et le moraliste et sociologue Constantin-François Volney (1757-1820). Nous (ré)évoquerons à nouveau ultérieurement ces écoles philosophiques, à travers notamment l'étrange figure de Victor Cousin qui, malgré leurs divergences intellectuelles, collabora avec Rey à la conspiration du 19 août 1820...Cf. article sur l'Eclectisme en Annexe.

* 31 Joseph Rey, T 3940, p.33-34.

* 32 « Je me mis à travailler quinze à seize heures par jour et je suivis ce rythme pendant cinq ans (... ) j'étais décidé à mourir plutôt qu'à m'arrêter un seul moment, tant que je n'aurais pas jeté un coup d'oeil sur toutes les sciences, non que j'eusse la folle présomption de pouvoir toutes les posséder, mais parce que j'apercevais déjà leur lien général, et sentais qu'on ne pouvait arriver à une bonne théorie sur la destiné de l'homme, sans avoir au moins quelques notions des divers éléments, physiques et moraux, qui agissent sur lui. », Joseph Rey, op.cit, T 3940, p.29.

* 33 Rey confie dans sa biographie qu'il fut au début de sa carrière assez peu sûr de lui : « ...tremblant d'être au-dessous d'une telle tâche, je fus sur le point d'envoyer ma démission au pouvoir général... », Joseph Rey, op.cit, T.3940, p55, 56.

* 34 Rey, surchargé de travail, tomba malade et son médecin lui ordonna de changer de climat. T.3940, p.60

* 35 « Aussi n'eus-je là presque aucune lutte officielle à soutenir ; et n'étant pas surchargé de travail, je pus facilement profiter des nouveaux moyens d'instruction qui s'offrirent à moi de toute part. », Rey, T.3940, p.71,72.

* 36 Après un voyage assez pénible en bateau sur les flots du Rhin, le patriote Rey note : « Enfin, nous touchâmes le sol de la France ! », Rey, T.3940, p.96.

* 37 Joseph Rey, T.3940, p.97.

* 38 « ...Oh ! (non) l'exercice des fonctions publiques ne vous place pas essentiellement sur un lit de douleur, comme l'a prétendu fâcheusement un de nos administrés. », Rey, op.cit, T3940, p.100.

* 39 Nous reviendrons sur les dispositions de cette trop fameuse Charte du 4 juin 1814, qui très vite ne fut pas respectée. Dans tous les cas, il convient de préciser que les dispositions initiales du document étaient loin d'annoncer une libéralisation du régime. La religion catholique déclarée religion d'Etat, Louis XVIII affirmait sa pleine souveraineté indépendamment de tout droit de regard des assemblés. Celles-ci comprenaient deux chambres : la chambre des Pairs (seconde chambre) d'où le Sénat ( issu de la Révolution) fut réduit de ses membres les plus libéraux (soixante dix membres furent recrutés parmi l'ancienne noblesse), et la chambre des députés, toujours soumise à la menace d'une dissolution royale.

* 40 Rey, op.cit, T.3940, p.100

* 41 Rey, Adresse à l'Empereur (31 mars 1815), , op.cit, U 2964. Déjà présentée en début de l'introduction.

* 42 « ...dans une nuit entière d'insomnies, pleines de profondes émotions, je rédigeai mon adresse à l'Empereur qui fit alors ma sensation d'autant plus extraordinaire qu'on était moins accoutumé depuis bien longtemps, au langage fin (!) de l'auteur et aux principes qu'il exprimait (...) il détermina pour tout le reste de ma carrière, le genre de part que je devais prendre aux affaires publiques. », Joseph Rey, op.cit, T 3940, p.101.

* 43 Joseph Rey, op.cit, T 3940, p.116.

* 44 Joseph Rey, op.cit, T 3940, p.116. La seule phrase « déplacée » envers les Bourbons pourrait être la suivante : « De vils folliculaires, l'encensoir et l'or à la main, livrèrent une guerre impie à toutes les idées vraiment nobles et généreuses. », Rey, op.cit, U 2964, p.6.

* 45 « A l'égard de la protestation d'attachement personnel à la famille royale, je dis que je n'en concevais, ni la possibilité, ni la convenance. », Joseph Rey, op.cit, T.3940, p.117.

* 46 La Tugendbund, aussi appelée « ligue de la vertu » était une association allemande formée en avril 1808 à Königsberg pour contribuer à l'origine au redressement de la Prusse, humiliée par la défaite de Tilsit. Dissoute sur ordre de Napoléon en 1809, elle fut proscrite en 1815 pour ses tendances libérales.

* 47 Société politique italienne que nous présenterons en détail dans le premier chapitre.

* 48 Parmi elles, notons déjà la tentative avortée de la conspiration de Didier (1816), curieux avocat drômois au Parlement de Grenoble qui parvint à soulever contre Louis XVIII une vingtaine d'insurgés, pour la plupart des militaires licenciés de l'armée impériale. Nous reviendrons sur cet épisode des premières conspirations militaires des années 1816-1817, premières conspirations auxquelles Rey ne participa pas.

* 49 Les vingt et un insurgés de la conspiration de Didier furent tous exécutés sans véritable procès.

* 50 Pour plus de détails sur le développement de ces sociétés républicaines qui prirent leur essor sous Louis-Philippe, on consultera l'ouvrage de Georges Weill, Histoire du parti républicain en France de 1814 à 1870, Félix Alcan éditeur, Paris, 1900, 550 p.

* 51 Le Bazar était une boutique située rue Cadet à Paris, dans laquelle les conjurés préparèrent leur plan de soulèvement des garnisons. Nous y reviendrons...

* 52 Rey se met alors à écrire divers ouvrages de réflexion théorique sur le droit. , comme son Du perfectionnement des études légales dans l'état actuel de la société, Paris, Treutel, Wurtz, 1827, U.5241 ou son Des Institutions judiciaires de l'Angleterre comparées à celles de la France..., Paris, Duverger, 1826, O.3560.

* 53 J. Rey, op.cit, T. 3938, p.63, deuxième pagination.

* 54 Bentham aidera Rey financièrement mais aussi mettra à sa disposition sa large bibliothèque !

* 55 Robert Owen (1771-1858) avait déjà exposé sa doctrine en 1812 dans ses Nouveaux aperçus sur la société ou Essais sur la formation du caractère humain et en 1818 dans son Adresse aux souverains, au titre évocateur pour Rey...

* 56 Rey écrira un traité regroupant ces réflexions théoriques, Des Bases de l'Ordre social, Angers, Ernest Le Sourd, 1836, 2 vol, X.98. OEuvre qu'il dédiera à la mémoire de son maître Destutt de Tracy.

* 57 Joseph Rey, Lettres sur le système de la coopération mutuelle et de la communauté de tous les biens d'après les plans de M.Owen, Paris Sautelet & Cie, 1828, O.3566.

* 58 « O France ! ô ma patrie ! Le moment n'était donc pas venu de ta véritable gloire, ce moment où, vraiment reine du monde par le seul ascendant de ton génie civilisateur, tu pourras enfin déposer le glaive sans lâcheté ; où tu pourras sans crainte convertir le fer en instruments de travail, source unique de la moralité et du bonheur des peuples, comme de la moralité et du bonheur des individus ? (...) je ne puis croire à l'éternité d'une loi pareille ; et quoique me refermant encore avec tristesse dans la pensée des épreuves douloureuses, ma foi n'en est pas moins vive pour un avenir plus heureux de l'humanité ! », Joseph Rey, Mémoires sur la Restauration, op.cit, T.3938, p.122,123, 2nde pagination.

* 59 Joseph Rey, Appel au ralliement des socialistes, Paris, Librairie Phalanstérienne, 1847, 15.p, inséré dans le second volume de ses Mémoires intitulé Appréciations des divers partis qui furent opposés à la branche aînée des Bourbons après la première Révolution, 197 p., T. 3939.

* 60 Henri Martineau, préface des « Lettres à Stendhal »  (1803-1806), op.cit.

* 61 Une liste non-exhaustive des principaux écrits de Rey disponibles aux archives de la ville de Grenoble est disposée en bibliographie.

* 62 Cette essentielle rétrospective devra nous permettre d'apprécier la portée historique de l'engagement du libéral Rey. Le lecteur trouvera d'ailleurs plus d'informations sur ce sujet dans l'imposante thèse de Pierre Arnaud Lambert, Les sociétés secrètes : de la compagnie du Saint-Sacrement aux conspirations carbonari, essai sur le mode conspiratif d'organisation politique, thèse de 3ème cycle en science politique soutenue à l'IEP de Grenoble, 2 volumes, 388p. + 207 p., décembre 1984.

* 63 En ce qui concerne le contexte historique, nous avons travaillé à l'aide de manuels et d'ouvrages assez « classiques » sur l'histoire du XIXème siècle comme celui de Jean-Claude Caron, La France de 1815 à 1848, op.cit ; celui de Louis Girard, Les Libéraux français 1814-1875, op.cit ; celui de Jean Tulard, Les révolutions de 1789 à 1851, livre de poche, Fayard, Paris, 1985, 568 p; toujours de Jean Tulard sur l'épisode des « vingt jours », Les vingt jours, Louis XVIII ou Napoléon ? (1er-20 mars 1815), Fayard, Paris, 2001, 284 p. ; celui de François Furet, La Révolution 1814-1880, t.2, collection Pluriel, Hachette, 1988, 526 p.; l'ouvrage de Lucien Genet, Révolution Empire 1789-1815, 3ème éd, Masson Histoire, Paris, 1994, 217 p. ; l'ouvrage de Max Tacel, Restaurations Révolutions Nationalités, 1815-1870, 5ème éd, Masson Histoire, Paris, 1994, 318p.et enfin le petit ouvrage de Jean-Pierre Chaline, la Restauration, Que sais-je ?, PUF, 1998, 127p. De même, ajoutons le Journal de la France et des Français, Chronologie politique, culturelle et religieuse de Clovis à 2000, op.cit. Quarto Gallimard, Paris, 2001, 2407 p.

* 64 André Jardin/ André-Jean Tudesq, La France des notables, t.1 L'évolution générale 1815-1848, Points histoire, Seuil, Paris, 1973, 249 p.

* 65 Maurice Agulhon, Le cercle dans la France bourgeoise 1810-1848, étude d'une mutation de sociabilité, cahiers de annales n° 36, Armand Colin, 1977, 105 p.

* 66 Pierre Arnaud Lambert, Les sociétés secrètes : de la compagnie du Saint-Sacrement aux conspirations carbonari, essai sur le mode conspiratif d'organisation politique, thèse de 3ème cycle en science politique soutenue à l'IEP de Grenoble, 2 volumes, 388p. + 207 p., décembre 1984. On consultera plus volontiers la synthèse de ce travail publié sous le titre : Pierre Arnaud Lambert, La Charbonnerie Française 1821-1823, du secret en politique, PUL, 1995, 136 p.

* 67 Une attention toute particulière sera portée l'épisode conspiratif de Rey. Le récit de la conspiration du 19 août, raconté par Rey dans le volume 1 de ses Mémoires sur la Restauration, T.3938, op.cit, est inédit et assez peu connu. Les deux autres volumes des mémoires politiques de Joseph Rey sont : Appréciations des divers partis qui furent opposés à la branche aînée des Bourbons après la première Révolution, manuscrit d'environ 180 p., coté T 3939 et Ma Biographie morale et politique depuis l'époque de ma naissance en 1779 jusqu'en 1820, manuscrit de 145 pages, coté T 3940.

* 68 Concernant ce chapitre, notre attention se portera sur les écrits suivants de Rey : Adresse à l'Empereur, U.2964, op.cit ; Ma biographie morale et politique depuis l'époque de ma naissance en 1779 jusqu'au commencement de 1820, T.3940, op.cit ; De l'état actuel de la France sous le rapport de quelques idées politiques, Paris, Delaunay, librairie Charles imprimeur, 1814, 23 p, X84 ; Des bases d'une Constitution ou de la balance des pouvoirs dans un Etat, Paris, Delaunay, 1815, 180 p. ; Lettres sur le système de coopération mutuelle et de la communauté de tous les biens, d'après les plans de M.Owen, Paris, Sautelet & Cie, 1828, O 3566 ; Correspondance St-simonienne, décembre 1831-septembre 1832, T.3958 ; Appel au ralliement des socialistes, Paris, Librairie Phalanstérienne, 1847, 15.p, in T.3939, op.cit ; Profession de foi électorale du citoyen Joseph Rey, ex conseiller à la Cour d'appel de Grenoble, Grenoble (30 avril 1849), 6 p., U 7915.

* 69 Réponse de Considérant à l'Appel au ralliement des socialistes, in Rey, Appel au ralliement des socialistes, op.cit.

* 70 Klemens von Metternich (1773-1859) : ennemi acharné de la France révolutionnaire tout autant que du mouvement national allemand, il se prononce en 1814 pour le retour des Bourbons. Dés lors, diplomate au service de l'Autriche, il impose son système de domination des Habsbourg sur l'ensemble de l'Europe. Ecrasant tour à tour les luttes d'indépendance nationales italiennes et allemandes, il échoue devant l'éveil grecque (1827). Il fuira l'Autriche lorsque éclatera la révolution de 1848.

* 71 J.L Robert, Le XIXème siècle, (sous la dir.), collection Grand Amphi, Bréal, Paris, 1995, p.135.

* 72 Nous avons déjà évoqué la «  ligue de la vertu » (1808-1815), soulignons aussi l'association « Burschenschaft », formée d'étudiants dont la devise était « Honneur et Patrie », fondée à Iéna en juin 1815 et dissoute après l'assassinat du poète romantique Kotzebue en mars 1819.

* 73 Nous nous basons sur la rétrospective effectuée par Lambert dans son chapitre (III) consacré aux Carbonari, P-A Lambert, La Charbonnerie française (1821-1823), op.cit, p .49 à 60. On se reportera aussi à l'article de Daniel Ligou sur la Charbonnerie, in Daniel Ligou, Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987, p. 216.

* 74 Une « Vente » désigne chez les Carbonari à la fois une section où les membres se réunissaient et la réunion même. L'organisation est empruntée aux Francs-Maçons qui se réunissent au sein de loges et plus encore au fonctionnement des Bons Cousins charbonniers (cf., Lambert, op.cit, chapitre II, p.39) sûrement à l'origine des Carbonari... Pour une présentation synthétique de l'organisation franc-maçonne, on consultera l'ouvrage de l'initié Jack Chaboud, Les Francs-Maçons, ces bâtisseurs du Temple intérieur, Aubéron, Bordeaux, 1997, 219p.

* 75 Serge Hutin, Les sociétés secrètes, collection Que sais-je ?, PUF, 127p. ; cf. chapitre IV, p.96.

* 76 Parmi les plus célèbres brûlots de la « littérature » professant l'existence d'un complot « maléfique » des sociétés secrètes, citons l'abbé Augustin de Barruel et ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, cinq tomes, Vouillé, Diffusion de la pensée française, 2 volumes, 1973. On se reportera aussi à l'analyse de Girardet du mythe du complot, in Raoul Girardet, op.cit, p32 ( chapitre sur le mythe de la Conspiration). Girardet rapporte quelques propos de M.Barruel  éclaircissant la paranoïa qu'il tenta de répandre: « Dans cette révolution française, tout, jusqu'à ses forfaits les plus épouvantables, tout a été prévu, médité, combiné, résolu, statué : tout a été l'effet de la plus profonde scélératesse, puisque tout a été préparé, amené par des hommes qui avaient seuls le fil des conspirations longtemps ourdies dans des sociétés secrètes, et qui ont su choisir et hâter les mouvements propices aux complots .». Barruel cité par Girardet, op.cit, p.33.

* 77 Joachim Murat (1767-1815) : maréchal de France, roi de Naples. Fils d'un aubergiste, il aide l'empereur durant la campagne d'Italie, gagnant ainsi la main de Caroline Bonaparte dite Marie-Annonciade (1782-1839). Maréchal (1804), prince d'Empire (1805), il devient grand duc de Clèves (1806-1808) puis roi de Naples (1808-1815). Il abandonne Napoléon en 1814 pour rejoindre le camp autrichien. Le congrès de Vienne lui ôte cependant ses Etats et il tente alors un temps de les reconquérir en soutenant les Carbonari qu'il avait auparavant écrasés...Echec de sa tentative, Murat est fusillé par les Autrichiens le 13 octobre 1815.

* 78 Max Tacel, Restaurations, Révolutions, Nationalités, op.cit, p.144.

* 79 Max Tacel, ibid, p.144.

* 80 P-A Lambert, op.cit, p.51.

* 81 Saint-Edme (Bourg Edme Théodore, dit), Constitution et organisation des Carbonari ou documents exacts sur tout ce qui concerne l'existence, l'origine et le but de cette société, Paris, Corby, 1821, 216p. ; cité par P-A Lambert, ibid., p.51.

* 82 On trouvera une présentation des sociétés des « Adelfi» et « Guelfi » dans la thèse de Lambert, Les Sociétés secrètes..., op.cit.

* 83 Serge Hutin, op.cit, p.96.

* 84 P-A Lambert, chapitre III, op.cit.

* 85 Mouvement philosophique sectaire des plus mystiques, né au XVIème siècle et qui culminera dans la Théosophie, un système philosophique reposant sur la croyance que l'esprit , tombé de l'ordre divin dans l'ordre naturel, cherche à travers des transformations successives, à se dégager de la matière pour réintégrer le sein de Dieu...

* 86 L'ordre très secret des Illuminés de Bavière, violemment dénoncé peu avant la Révolution française, comme une société subversive, dangereuse pour les Etats comme pour l'Eglise, soutenait la nécessité d'une amélioration de l'homme par la connaissance du monde invisible, supérieur... Fondée le 1er mai 1776 par le professeur Adam Weishaupt et trois de ses étudiants de l'université d'Ingolstadt, cette société secrète se développa dans toute la Bavière dés 1778. De structure et de fonctionnement très complexe rappelant l'organisation maçonnique, les Illuminés totalement inoffensifs, n'avaient pas de buts politiques précis, astreignant surtout ses adeptes à l'apprentissage du plus grand nombre de sciences ! Cet ordre aussi nommé ordre des « Perfectibilistes » croyait fondamentalement en la transcendance de l'homme et de la société par un système d'enseignement poussé (l'Idéal pédagogique), l'organisation devenant ainsi une sorte d' « université secrète ». Pour plus de détail sur cette étrange société qui inspira certainement de par son usage extrême du secret le grand maître des conspirations Philippe Buonarroti, consulter à nouveau l'ouvrage de Lambert, op.cit, chapitre I.

* 87 P-A Lambert, op.cit, chapitre III, p.38.

* 88 Lambert décrit dans son chapitre consacré B*C*C les rites intéressant d'initiation des membres, traçant un cercle sur le sol à l'aide d'un morceau de charbon de bois, ou d'une craie à défaut...Cinq éléments étaient évoqués lors des cérémonies : le linge, l'eau, le feu, le sel et le Christ. Pour toutes les questions relatives à l'ésotérisme de ces sociétés secrètes, notamment en ce qui concerne les procédures d'initiation, on consultera le classique ouvrage de l'Initié René Guénon, Aperçus sur l'Initiation, éditions traditionnelles, Paris, 1953, 303p.

Une bonne description, de « spécialiste », des rites des Bons Cousins est à lire dans le précieux Petit Essai sur le Carbonarisme, signé A.F et publié par le Bulletin du Centre de documentation du Grand Orient de France, n°9, 1958, p.45-49 ; placé en ANNEXE.

* 89 C.f , Pierre-Arnaud Lambert, op.cit, p.39,40.et suiv. ; et Jack Chaboud, op.cit, p.31, chapitre II.

* 90 P-A Lambert, op.cit, p.41

* 91 Albert Mathiez, « L'origine franc-comtoise de la Charbonnerie italienne », in Annales historiques de la Révolution française, n°5 (novembre-décembre 1928), p.551-561 ; cité par P-A Lambert, ibid, p.41.

* 92 P-A Lambert, ibid, p.49.

* 93 « Le mythe politique est bien fabulation, déformation ou interprétation objectivement récusable du réel. Mais, récit légendaire, il est vrai qu'il exerce aussi une fonction explicative, fournissant un certain nombre de clés pour la compréhension du présent, constituant une grille à travers laquelle peut sembler s'ordonner le chaos déconcertant des faits et des événements. Il est vrai encore que ce rôle d'explication se double d'un rôle de mobilisation : par tout ce qu'il véhicule de dynamisme prophétique, le mythe occupe une place majeure aux origines des croisades comme à celles des révolutions. », Raoul Girardet, Pour une introduction à l'imaginaire politique in Mythes et mythologies politiques, op.cit, p.13,14.

* 94 Albert Mathiez, op.cit.

* 95 Grégoire (abbé), Histoire des sectes religieuses qui sont nées, se sont modifiées, se sont éteintes dans les différentes contrées du globe, depuis le commencement du siècle dernier jusqu'à l'époque actuelle, Paris, Baudoin frères, 1828-1829, 6 vol ; cité par Lambert, op.cit, p.50.

Cette filiation est aussi rappelée dans le Petit Essai sur le Carbonarisme, signé A.F, op.cit ; placé en ANNEXE., et prenant bien soin de rappeler que les origines du carbonarisme ne sont peut-être pas aussi lointaines que celles de la Franc-maçonnerie...

* 96 Notamment l'étude de M.Dayet, « Pierre-Joseph Briot, Lucien Bonaparte et les Carbonari », in Annales historiques de la Révolution française, 1953, pp.13 et suiv.

* 97 P.A Lambert, op.cit, p.50.

* 98 Nous nous basons sur l'affirmation de Daniel Ligoud dans son article sur la Charbonnerie, in Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie, op.cit, p.217. Ligoud y affirme aussi que Briot, personnellement membre de la Franc-Maçonnerie aurait préféré implanté dans les provinces napolitaines une association (les Bons Cousins Charbonniers) qui n'avait encouru aucune interdiction pontificale expresse ; Ligoud, op.cit, p.217.

* 99 P.A Lambert, op.cit, 50.

* 100 Il ne s'agit là que d'une hypothèse plausible. Pour le lecteur courageux désirant se plonger dans l'histoire complexe et inachevée de ces réseaux conspiratifs du XIXème siècle, se référer à l'ouvrage de référence de Alessandro Galante Garrone, Philippe Buonarroti et les Révolutionnaires du XIXème siècle, édition du Champ libre, Paris, 1975, 371p.

* 101 Voir biographie de Philippe Buonarroti en Annexe.

* 102 Nous nous reposons là sur la notice biographique réalisée par Jean Maîtron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, op.cit, T.1, p.306.

* 103 Lucien Bonaparte (1775-1840) : président du conseil des Cinq-Cents, il joua un rôle important dans le coup d'Etat du 18 brumaire. Il fut prince de Canino.

* 104 Daniel Ligoud, op.cit, p.217.

* 105 Jean Maîtron, op.cit, p.306.

* 106 Jean Maîtron, op.cit, p.306.

* 107 Voir la description par les Francs-Maçons des rites de reconnaissance des Carbonari italiens dans le Petit essai sur le carbonarisme (A.F), op.cit, p.47. ANNEXES.

* 108 Daniel Ligou, op.cit, p.217.N'oublions pas en ce qui concerne le caractère religieux que put prendre l'organisation, que son origine (les B*C*C) était catholique et qu'elle venait s'installer en Italie !

* 109 Chiffre avancé sous caution par Ligou, ibid., p .217.

* 110 Période mal aimée dont « le rapprochement établi parfois avec le régime de Vichy ne souligne que trop l'origine d'un pouvoir né de la défaite et, sinon imposé par l'ennemi, du moins permis par le désastre militaire » selon les mots de Jean-Pierre Chaline ; Jean-Pierre Chaline, La Restauration, Que sais-je ?, PUF, 1998, p.3.

* 111 Le pronunciamiento est un coup de force militaire, accompagné généralement d'une proclamation exposant les motifs et les buts de la prise du pouvoir. Dans le cas espagnol, soulignons que le mouvement de 1820 fut entièrement mené par les militaires ; le libéralisme n'étant à l'époque répandu que dans un milieu étroit d'officiers... Voir Max Tacel, Restaurations, Révolutions, Nationalités 1815-1870, op.cit, p.150.

* 112 C.f, P.A Lambert, op.cit, p.53.

* 113 Guglielmo Pepe (1783-1855) : frère du patriote Florestano Pepe qui servit les Français à Naples sous Murat et participa à la révolution de 1820, le général Guglielmo servit Joseph Bonaparte et dirigea l'insurrection napolitaine de 1820. Battu par les Autrichiens à Rieti (1821), il dut s'exiler jusqu'en 1848.

* 114 Pepe désignait même la Carbonaria par la formule d'une « aristocratie de moralité », P-A Lambert, op.cit, p.59.

* 115 Daniel Ligoud, op.cit, p.217.

* 116 P. A Lambert, op.cit, p.53.

* 117 P-A Lambert, op.cit, p.56.

* 118 Notons toujours au sujet de l'Italie que les Carbonari inspireront plus tard des mêmes sociétés secrètes conspiratrices comme la Jeune Italie de Mazzini dans les années 1830, qui s'organisera aussi sous la forme de Ventes. (cf, Lambert, op.cit, p.56).

* 119 Voir le récit de la chute de l'Empire par Lucien Genet, Révolution, Empire 1789-1815, 3ème édition, Masson Histoire, Paris, 1994, p.187.

* 120 Rien que du 9 octobre 1813 au 15 novembre 1815, Napoléon a déjà levé 680 000 hommes, surtout parmi les ouvriers et les paysans mais aussi parmi les bourgeois (1815), tous assez peu préparés au combat. Cf, Lucien Genet, op.cit, p.198.

* 121 Le député Laîné de Bordeaux osa le premier dire à Napoléon : « Il importe de nous renfermer dans les limites de notre territoire, de réfréner l'élan, l'activité ambitieuse si fatale depuis vingt ans à tous les peuples de l'Europe » ; cité par Lucien Genet, op.cit, p.198.

* 122 Pour plus de détails sur ses sociétés secrètes royalistes, voir à nouveau la thèse de Lambert, Les Sociétés secrètes...., op.cit.

* 123 Comme le note Louis Girard :  « En 1814, la France laisse l'empire s'écrouler dans l'indifférence », fatiguée par les guerres impériales et leurs restrictions occasionnées, Louis Girard, Les libéraux français, op.cit, p.15.

* 124 Cette constitution dont le projet était à l'origine de Talleyrand, laissait déjà entrevoir deux tendances au sein de ses rédacteurs. Pour le constitutionnaliste Lambrechts, si la Constitution rappelait le prétendant au trône, il devait néanmoins se soumettre à la représentation nationale, par la reconnaissance du Chambre législative et notamment l'impératif d'indépendance des juges. A l'inverse, pour le légitimiste Montesquiou, Lois XVIII (Monsieur) n'avait pas à recevoir la couronne de la nation française, la possédant en tant qu'héritier de Louis XVII. La première tendance fut respectée et cette première constitution sénatoriale de type « monarcho-républicaine » devait permettre de mieux faire accepter le retour du roi. Cf . Jean Tulard, Les vingt jours, op.cit, p.37, 38.

* 125 Louis XVIII est le frère de Louis XVI, quittant le pays le 20 juin 1791, le même jour que le roi, il considère que son règne a commencé en 1795, à la mort de « l'enfant du Temple », le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, il rejette donc tous les acquis de la Révolution. Plus un homme de coterie ou de clan que chef de parti et encore moins d'Etat, (selon Caron, op.cit, p.8), Louis XVIII n'en demeure pas moins conscient des limites à ne pas dépasser, finissant par accepter la Chartre constitutionnelle...

* 126 J-C Caron, La France de 1815 à 1848, Armand Colin, Paris, 1993, op.cit, p.8.

* 127 Louis Girard, op.cit, p.16.

* 128 La religion était de nouveau déclarée « religion d'Etat »...

* 129 Les conditions d'électorat (30 ans au moins et 300 F de contribution directe) et d'éligibilité (40 ans au moins et 1000 F de contribution directe) réduisaient alors le corps politique de 1814 à moins de 100 000 électeurs et à environ 15 000 éligibles. Cf, J-C Caron, op.cit, p.9.

* 130 Par cet article, le roi peut dissoudre la Chambre des députés à tout moment. Notons de plus, que le gouvernement ne pouvait être sujet à aucune critique, les ministres n'étant pas responsable devant la Chambre des députés... ; J-C Caron, ibid, p.9.

* 131 J-C Caron, op.cit, p.9.

* 132 Louis Girard, op.cit, p.20.

* 133 Louis Girard, ibid, p.20.

* 134 Notons au passage selon Tulard, op.cit, p.54, que cette épuration laissa des traces, « la police parut se démotiver et perdit de l'efficacité qui avait été la sienne sous l'empire ».

* 135 Cf, Louis Girard, ibid, p.20.

* 136 Louis Girard, op.cit, p.21

* 137 Louis Girard, ibid, p.21

* 138 C.f, J-C Caron, op.cit, p10,11.

* 139 Louis Girard, ibid, p.22.

* 140 Cf, Louis Girard, op.cit, p.22.

* 141 Le terme « mode conspiratif » est emprunté à Pierre Arnaud Lambert, op.cit...

* 142 Pierre Arnaud Lambert, Les sociétés secrètes : de la compagnie du Saint-Sacrement aux conspirations carbonari, essai sur le mode conspiratif d'organisation politique, thèse de 3ème cycle en science politique soutenue à l'IEP de Grenoble, 2 volumes, 388p. + 207 p., décembre 1984 ; chapitre VII section 1, p.183 à 201.

* 143 André Jardin/ André-Jean Tudesq, La France des notables, t.1 L'évolution générale 1815-1848, Points histoire, Seuil, Paris, 1973, 249 p ; p 29 à 86.

* 144 Cf, A Jardin, op.cit, p.33.

* 145 A Jardin, op.cit, p.34.

* 146 P-A Lambert, Les sociétés secrètes...., op.cit, p.185

* 147 A Jardin, op.cit, p.34.

* 148 J-C Caron, op.cit, p.11. Fouché qui prépara la liste, avait pris soin de retirer ses amis de la condamnation...

* 149 J-P Chaline, op.cit, p.3.

* 150 Une des conspirations les plus célèbre fut celle de l' « Egalitaire » Gracchus Babeuf (1760-1797), chef de la « conjuration des Egaux » (1796), dirigée contre le Directoire. Babeuf fut dénoncé et exécuté, demeurant à la postérité une figure exemplaire d'organisateur de conspiration, notamment au sein des écoles socialistes révolutionnaires.

* 151 « Cette grande conspiration du libéralisme adolescent » selon les mots de l'historien Pierre Leroux, cité par P-A Lambert, La Charbonnerie française (1821-1823), op.cit, p.95. En ce qui concerne l'épisode de la Charbonnerie française, le lecteur se reportera au chapitre que Lambert lui consacre dans sa thèse, Les sociétés secrètes..., op.cit, chapitre IX.

* 152 C.f, P-A Lambert, Les sociétés secrètes..., op.cit, p.187.

* 153 P-A Lambert, op.cit, p.187.

* 154 P-A Lambert, op.cit, p.187.

* 155 Peu d'informations existent sur Didier tant le personnage était trouble...

* 156 P-A Lambert, op.cit, p.188.

* 157 P-A Lambert, op.cit, p.199.

* 158 J-C Caron, La France de 1815 à 1848, op.cit, p.15

* 159 Les Constitutionnels formaient un groupe composite de fidèles défenseurs de la Constitution sénatoriale et de la Chartre originelle de 1814. Ils incarnent donc la tendance du compromis, attachés à l'idée de Constitution et d'une représentation nationale au sein de la Chambre. Plutôt conservateur politiquement et socialement, ils comptent comme figures imposantes Broglie, Serre , Pasquier, Molé, Laîné, Decazes, Camille Jordan et le jeune Charles de Rémusat. Ils rallient les théoriciens dits « doctrinaires », recrutés au sein d'universitaires de renom comme Barante, Royer-Collard qui sera à l'origine de la fondation de l'Académie des Sciences morales et politiques, Guizot et le célèbre Victor Cousin. Plutôt de type centre droit, ils ont su s'accommoder de l'Empire, les récompensant à l'occasion, et s'expriment volontiers dans des journaux comme Le Courrier ou le Journal de Paris. Ils soutiendront donc le régime de Louis XVIII jusqu'au vote de la loi dite du double vote de 1817, pourtant inspirée par Royer-Collard et qui permettra le regain des libéraux de gauche, représentant plus encore l'accès des classes moyennes à la politique.

* 160 Cf, Jardin, op.cit, p.43.

* 161 Les libéraux de gauche ou encre appelés Indépendants à partir de 1817 forment dés 1815-1816 la troisième force politique du régime. Disposant de moins de quinze députés aux élections de 1815, ils sont près de 70 en 1819, grâce à la nouvelle loi Laîné. Ils sont caractérisés par un amour du rationalisme des Lumières, un certain anticléricalisme et par une certaine attirance pour le modèle constitutionnel anglais (cf., Rey). Notons comme grandes figures libérales : Daunou, Destutt de Tracy, Benjamin Constant, Lafayette, Casimir Perier, Paul-Louis Courier, le chansonnier Béranger et des députés comme Manuel ou Voyer d'Argenson.

* 162 Cf J-C Caron, op.cit, p.16 et Jardin, op.cit, p.43,44,45 et suiv...

* 163 Nous parlons ici de « mouvement », les libéraux ne se groupant en parti qu'en 1817.

* 164 Louis Girard, Les libéraux français, op.cit, p25 à 101.

* 165 P-A Lambert, Les sociétés secrètes..., op.cit, p.214.

* 166 P-A Lambert, Les sociétés secrètes..., op.cit, p.206.

* 167 J.Rey, Appréciations des divers partis qui furent opposés à la branche aînée des Bourbons après la première Révolution, manuscrit d'environ 180 p., coté T 3939 en BM de Grenoble et Notices historiques sur les Sociétés secrètes qui ont existé en France pendant la Restauration, Grenoble, Barruel, 1847, T.3926. Ces volumes furent plus délaissés en raison d'une part de l'existence d'une présentation déjà suffisante, réalisée par Lambert et d'autre part de la très mauvaise lisibilité de ces manuscrits. L'étude des volumes T. 3938 et T.3940 a été privilégiée.

* 168 Rey venait de perdre sa place de Président du Tribunal Civil de Rumilly, la Savoie annexée avec la chute de l'Empire et ne pouvait retrouver une place au sein de l'administration suite aux petits ennuis que lui avait causés sa présomptueuse Adresse à l'Empereur (mars 1815)...avec le retour des Bourbons.

* 169 J.Rey, Appréciations sur les divers partis..., op.cit, T 3939, p.86.

* 170 Voir Henry Dumolard, Joseph Rey de Grenoble (1779-1855) et ses « Mémoires politiques », op.cit, p.78.

* 171 « Il fallait un lien pour réunir tous les mécontents qui, ne se connaissant pas, ignorant leur nombre, hésitaient toujours au moment décisif. Une association secrète fut le moyen auquel on s'arrêta pour organiser les forces libérales », F.Gros (unioniste lyonnais), « Lettres à M. le Rédacteur de la Gazette du Dauphiné... », Patriote des Alpes, 9 octobre 1841, cité par Lambert, ibid, p.209.

* 172 Alessandro Galante Garrone dans son ouvrage Philippe Buonarroti et les Révolutionnaires du XIXème siècle, op.cit, éd du Champ libre, Paris, 1975, p.250, désigne Rey comme un « adepte du monde des sectes ».

* 173 J.Rey, Ma biographie morale et politique depuis l'époque de ma naissance en 1779 jusqu'en 1820, op.cit, T.3940, p.25. N'oublions pas que Rey écrit ses Mémoires en 1830-1835 et qu'une telle prudence n'était pas sans justification...sous le règne de Charles X.

* 174 J. Rey, T 3940, op.cit, p.26. Rey fut donc initié aux premières conjurations révolutionnaires mais n'y participa pas...

* 175 J. Rey, T 3940, op.cit, p.26.

* 176 J.Rey, T 3940, op.cit, p.32.

* 177 Voir Annexe, gravure d'un serment des couteaux.

* 178 J. Rey, T 3940 ,op.cit, p. 32.

* 179 J. Rey, T 3940 op.cit, p.32.

* 180 J.Rey, T 3939, op.cit, p.94.

* 181 P-A Lambert, Les sociétés secrètes..., op.cit, p.206 .

* 182 P-A Lambert, ibid, p.206.

* 183 H.Dumolard, op.cit, p.78.

* 184 Nous en avons placé un exemplaire en Annexe. Ce document demeure « sous caution », trouvé dans le dossier F7 6687 des Archives nationales, nommé Commelli, Marozzo, Marsicono, rien n'expliquant sa présence.... Les pistes furent-elles brouillées par Rey ?

* 185 Rey participa ainsi avec l'Union de Grenoble à la promotion de la campagne électorale de Grégoire à la Chambre des députés lors du scrutin de 1819. Rey et Bérenger de la Drôme, figure importante de la conspiration à venir, avaient même pris à Paris l'initiative de sa candidature malgré les réticences du parti libéral ; c.f, Georges Weill, Les Mémoires de Joseph Rey, op.cit, p.298. Rey s'écria ainsi après l'annulation de l'élection de Grégoire : « C'était un véritable coup d'Etat, qui rompait ouvertement le pacte social, puisqu'on arrachait brutalement à la législature un de ses membres dont on avait reconnu l'élection régulière...Dès lors les esprits les plus scrupuleux se préparaient à l'idée qu'une autre voie deviendrait inévitable et qu'elle serait entièrement légitime. Je me rappelle parfaitement le résultat de toutes nos conversations intimes à cet égard... », Rey, T.3939, op.cit, p.139.

* 186 Statuts de l'Union libérale, article 1, en Annexe.

* 187 Préambule aux statuts de l'Union libérale, cité par H.Dumolard, op.cit, p.78.

* 188 L'Union comptait dans son ensemble une trentaine de membres.

* 189 J.Rey, T 3939, op.cit, p.90. Le faible nombre d'adhérents correspondait aussi et surtout à la volonté de fonder une organisation d'élite.

* 190 Préambule aux statuts de l'Union libérale, cité par Dumolard, op.cit, p.78.

* 191 Cf, Weill, op.cit, p.297.

* 192 Statuts de l'Union libérale, article 5.

* 193 Cf, Rey, T 3939, op.cit, p.90.91.

* 194 Statuts de l'Union libérale, article 8

* 195 Statuts de l'Union libérale, article 6

* 196 Statuts de l'Union libérale, article 2

* 197 Statuts de l'Union libérale, article 4

* 198 Maurice Agulhon, Le Cercle dans la France bourgeoise, étude d'une mutation de sociabilité, op .cit, cahiers des annales n°36, Librairie Armand Colin, 1977, voir chapitres VII et VIII.

* 199 Maurice Agulhon, op.cit, p.61.

* 200 Maurice Agulhon, p.60. Si Agulhon part de l'exemple des sociétés de jeux, il n'en opère pas moins un rapprochement avec le mode de regroupement politique de l'époque, qu'il s'agisse des salons ou des sociétés ouvertement politiques. « Le cercle , dans le moment de la civilisation bourgeoise qui s'épanouit au XIXème siècle et dont il reflète quelques caractères majeurs (aisance et loisir, joie de vivre, égalité, laïcité, masculinité), pourrait bien être quelque chose de plus que le moyen d'une fonction spécifique, il pourrait être un modèle assez général de vie collective. », Agulhon, op.cit, p.63.

* 201 Maurice Agulhon, op.cit, p.69,70.

* 202 Comme le note Agulhon : « Un parti (avant la lettre), ne groupe pas des hommes individuels mais des cercles... », op.cit, p.70. Cependant, ne résumons pas trop simplement l'essor que devait connaître le parti républicain dans les années 1830-1840 à de vagues calculs politiques opérés au sein de sociétés secrètes libérales. La question des contingences historiques à travers notamment celle de l'évolution culturelle du pays par la conquête de la classe moyenne à la cause républicaine est un facteur explicatif avéré : « Nous devrons encore une fois nous contenter de présumer une liaison possible entre la démocratie structurelle que constitue la nouvelle socialité et la démocratie politique que constitue la gauche (libérale, puis républicaine) qui finira par gagner la majorité de la « classe moyenne » », Agulhon, op.cit, p.72. Pour une histoire complète mais dense du passage d'un mouvement libéral « élitiste » à la structuration d'une lutte républicaine plus populaire, consulter le classique ouvrage de George Weill, Histoire du parti républicain en France de 1814 à 1870, Félix Alcan éditeur, Paris, 1900, 550 p. Les premiers chapitres I,II,III et IV ont été consultés et relatent, dans un style assez romancé, la naissance de premières sociétés républicaines sous le règne de Charles X et surtout au début de celui de Louis-Philippe dans les années 1830-1832...

* 203 Cf. Georges Weill, Les Mémoires de Joseph Rey, op.cit, p.296.

* 204 Cf, Rey, T 3939, op.cit, p.100.

* 205 Rey, op.cit, T 3939, « Aussitôt constituée, nous pensâmes d'abord à profiter de la centralité de la capitale pour répandre nos affiliations dans les départements où elles n'avaient pu pénétrer par les soins de l'Union-mère. Nous ne pûmes cependant que jeter çà et là quelques noyaux dans ceux du Nord et de l'Est, mais nous prîmes plus de consistance dans celui de la Seine inférieure, ainsi que dans les deux départements de la Loire et de la Haute-Loire, où Lafayette et moi avions beaucoup des relations » , p.100.

* 206 Barrot et Mérilhou participeront activement à l'épisode du 19 août...

* 207 « Nous ne crûmes devoir initier ni Laffitte, ni le général Foy, ni Manuel, ni Benjamin Constant ni Casimir Périer, les trois premiers parce que, peut-être à tort, nous les croyions plus bonapartistes ou orléanistes qu'attachés aux principes, ni Benjamin Constant parce qu'il avait donné trop peu de gages de sa consistance politique, enfin Casimir Périer parce que nous le connaissions déjà comme réunissant en lui tous les penchants du despotisme, de l'aristocratie bourgeoise et de l'égoïsme individuel. », Rey, T 3939, op.cit, p.112.

* 208 Cf, J.Rey, T3938, op ;cit, p.171. « Ce fut dans ce temps que je me mis en relation avec nos amis, deux réfugiés allemands, dont l'un est resté homme d'honneur jusqu'au bout, mais dont l'autre était ou devint un traître, et fut cause de l'arrestation de Cousin à Berlin en 1823 ou 1824, alors qu'il y fit un voyage avec les deux fils du duc de Montebello, ses élèves. C'était un jeune homme, se nommant tantôt Doering, tantôt de Witt (sic) (...) » . Pour plus d'informations sur Witt Doering, voir la thèse de Lambert et son chapitre consacré à l'Union.

* 209Seul Bourbon pouvant assurer une descendance à la dynastie, le duc de Berry fut assassiné dans la nuit du 13 au 14 février en sortant de l'Opéra par l'ouvrier sellier Louvel. L'événement ranima alors l'agitation des ultras qui bloqueront dés lors le gouvernement Decazes et le mèneront à sa démission. Chateaubriand déclara à ce sujet : « Le pied lui a glissé dans le sang », cité par Caron, op.cit, p.17.

* 210 Cf, Georges Weill, Les mémoires de Joseph Rey, op.cit, p. 297.

* 211 Le petit livre à 15 sous ou la Politique de poche, par le « père Michel »

* 212 Voir J.Rey, Défense du père Michel, prononcée par monsieur Tartarin, auteur ; M.Rey (de Grenoble),avocat, et M.Poulet fils, éditeur ; précédé de la plainte rendue par M .l'avocat du roi. Paris, Poulet, Plancher,1818,81p.

* 213 N'oublions pas que Rey était en Allemagne, occupé à nouer des contacts pour l'Union, lorsque éclata à Grenoble la conspiration de Didier en mai 1816.

* 214 Joseph Rey, Requête à M. le Garde des sceaux tendant à décliner la juridiction du Conseil d'Etat, pour Pierre François Régnier, et autres habitants du département de l'Isère, en suite de la plainte par eux contre portée contre M. le Vicomte de Donnadieu et ses complices, accusés d ` « assassinat » ; Paris, 8 juin 1819, 23p., coté O 3563 à la BM de Grenoble.

* 215 Rey se défendra à nouveau de sa plume ; J.Rey,  Requête de M.Rey propriétaire à M. le procureur du roi président le tribunal de Grenoble du 16/09/1819 sur sa radiation des listes électorales, 2p. ; coté U 2999 à la BM de Grenoble.

* 216 Cf, Rochas, notice sur Rey, Biographie du Dauphiné, op.cit, p.344.

* 217 « ...il fut convenu que nous allions désormais consacrer nos efforts à l'extension de la société dans le coeur de la France, ainsi qu'à la multiplication de nos moyens d'action, qui devaient surtout consister dans notre intervention partout où il y aurait un effet moral à produire, dans notre but, par le presse, la tribune législative, le barreau, l'instruction publique proprement dite, la formation de cabinets de lecture ou de bibliothèques populaires, etc. », Rey, T 3939, op.cit, p.101.

* 218 « En même temps, nous fîmes à Paris, sous l'influence de Cousin, une opération des plus importantes, celle de contribuer à l'établissement d'une loge maçonnique, sous le nom de loge des Amis de la Vérité, dont les membres étaient choisis parmi les plus libéraux des écoles et du commerce, et qui eut pour conséquent, dés le principe, une direction toute politique. Cette organisation qu'on a ensuite confondue avec le carbonarisme, dont on a vu déjà qu'il n'existait pas encore de trace en France, explique l'ensemble des mouvements de la jeunesse en plusieurs circonstances postérieures ; et quoique, lors de sa création, nous n'eussions en vue qu'un effet moral sur les classes instruites de la société, elle devait bientôt prendre un autre caractère par la force des choses, c'est à dire par suite de la violence des moyens que nos adversaires ne devaient pas rader à employer. », Rey, T 3939,op.cit, p.115. Notons au passage que cette loge n'avait de maçonnique que le nom et qu'elle demeura aussi une petite structure sous la direction de Cousin qui dés 1817 s'évertuait à recruter ses membres parmi ses étudiants.

* 219 Pour une présentation détaillée de l'étrange et célèbre Victor Cousin, on lira le chapitre que Alan.B Spitzer lui consacre dans son ouvrage The French Generation of 1820, Princeton University Press, 1987, 335p. ; chapitre 3 : Victor Cousin, The Professor as Guru.

* 220 Cf, Georges Weill, Histoire du parti républicain en France de 1815 à 1870, op.cit., p.7,8,11 et 17.

* 221 Pour un présentation de ces différentes associations, sociétés libérales et/ou républicaines qui se développeront surtout dans les années 1830-1840, consulter l'ouvrage de Georges Weill, Histoire du parti républicain..., ibid.

* 222 Aux électeurs libéraux du département de l'Isère, signé R..., Grenoble David, U 2997 ; cité par Dumolard, Joseph Rey de Grenoble..., op.cit, p.84.

* 223 Rey, T.3939, op.cit, p.131.

* 224 Cité par Georges Weill, Histoire du parti républicain en France..., op.cit, p.53.

* 225 Georges Weill, Les Mémoires de Joseph Rey, op.cit, p.306,307

* 226 Joseph Rey, Mémoires sur la Restauration, op.cit, T.3938. 3 paginations ( 244p+218p+90p).

* 227 J.Rey, Ma biographie morale et politique depuis l'époque de ma naissance en 1779 jusqu'en 1820, op.cit,T3940, 145p.

* 228 Il s'agit là des chapitres 2 : «  Particularités de ma vie publique jusqu'à mon rétablissement dans la magistrature » et 3 : « Particularités de ma vie, depuis la chute de l'empire, jusqu'à mon intervention directe dans le mouvement politique de la Restauration » de sa Biographie morale et politique..., op.cit, T3940.

* 229 Rey, op.cit, T3940, p.56

* 230 Rey, op.cit, T3940, p.57.

* 231 Rey, ibid, T 3940, p.57.

* 232 Rey, ibid, T 3940, p.64

* 233 Rey, T 3940, op.cit, p. 68

* 234 Rey, T3940, op.cit, p.68

* 235 Rey, T3940, op.cit, p.79

* 236 Rey, T3940,op.cit, p.81/82.

* 237 Rey, T 3940, p.84.

* 238 Rey, T 3940, p 85/86

* 239 Rey, T 3940, p.97/98

* 240 Rey, T 3940, p.99

* 241 Rey, T 3940, p.100

* 242 Rey, T. 3940, p.101

* 243 Rey, T. 3940, p.114,115.

* 244 Rey, T 3940, p.114,115.

* 245 Rey, T.3940, p.116/117.

* 246 Rey, T.3940, p.117.

* 247 Rey, T.3940, p.117.

* 248 Rey, T.3940, p.118

* 249 Rey, T.3940, p.118

* 250 Rey, T.3940, p.119.

* 251 Joseph Rey, De l'état actuel de la France sous le rapport de quelques idées politiques, Paris, Delaunay, librairie Charles imprimeur, 1814, 23 p, coté X.84

* 252 J.Rey, T 3940, op.cit, p.124.

* 253 Rey, T 3940, p.126

* 254 Rey, T 3940, p.130

* 255 Cf, T 3940, p.130.

* 256 Cf, T 3940, p.130.

* 257 Joseph Rey, T 3940, p.143/144.

* 258 Joseph Rey, Mémoires sur la Restauration, op.cit, T.3938. Des copies fac-similés de pages extraites de ce volume et relatant cet épisode sont placées en annexe.

* 259 Cette loi adoptée à la chambre sous la pression des ultras le 30 juin 1820, établissait que 258 députés seraient élus par tous les électeurs au scrutin d'arrondissement, et 172 au chef-lieu du département par le quart des plus imposés d'entre eux, assurés ainsi de pouvoir voter deux fois ; Cf., Caron, La France de 1815 à 1848, op.cit, p.18. De même pour Louis Girard, « il est probable que ce petit coup d'Etat a sauvé la Restauration, au moins pour une dizaine d'année », Girard cité par Caron, op.cit, p.18. Notons par ailleurs quelques lois illustrant bien le verrouillage progressif du régime d 1819 à 1822 : - loi du « double vote » (30 juin 1820) ;

- loi de mars 1820 rétablissant la censure et l'autorisation préalable à toute création de journaux ;

- ordonnances du 5 juillet 1820 sur l'enseignement supérieur renforçant le contrôle des autorités sur les professeurs et les étudiants (les cours de Guizot et de Cousin seront notamment suspendus en juin 1820) ;

- ordonnance du 27 février 1821 plaçant l'enseignement secondaire sous la surveillance du clergé ;

- nouvelle loi sur la presse en 1822 instaurant des tribunaux correctionnels pour les procès de presse et autorisant le gouvernement à suspendre des journaux pour délit de tendance contraire aux intérêts de l'Etat...

* 260 « C'était un véritable coup d'Etat, qui rompait ouvertement le pacte social, puisqu'on arrachait brutalement à la législature un de ses membres dont on avait reconnu l'élection régulière...Dès lors, les esprits les plus scrupuleux se préparaient à l'idée qu'une autre voie deviendrait inévitable et qu'elle serait entièrement légitime. Je me rappelle parfaitement le résultat de toutes nos conversations intimes à cet égard... », Rey, T 3939, p.139.

* 261 Rey, T 3938.

* 262 J.Rey, T3938, p.1 ; Rey évoque à nouveau l'invalidation de l'élection de Grégoire en décembre 1819 et surtout son expulsion violente de la Chambre par les députés ultras, quelques semaines auparavant...

* 263 « J'étais un de ceux qui, malgré le reproche d'exagération qu'on m'a si souvent adressé, conservèrent le plus longtemps, sinon la moindre illusion sur les vues de notre adversaire, au moins l'espérance que des causes morales nous sauveraient peut-être de l'abyme où l'on voulait nous enterrer. », Rey, op.cit T 3839, p.3.

* 264 J.Rey, T 3938, p.10

* 265 J.Rey, T 3938, p.12

* 266 Section 1 du tome 1, T 3938, « Suite des antécédents de Dumoulin, divers projets de conspiration en 1819, mon refus d'y participer », p.9

* 267 Voir Portrait de Jean Baptiste Dumoulin en annexe.

* 268 Aucune notice biographique sur Dumoulin ne put être trouvée, il est ainsi absent des dictionnaires de Rochas et de Maîtron. La présentation faite du personnage repose donc uniquement sur la description qu'en fait Rey.

* 269 J.Rey, op.cit, T 3839, p.4

* 270 Rey, T. 3938, p.3

* 271 Cf, Rey, T.3938, p.5/6

* 272 Rey, T.3938, p.7

* 273 Rey, T.3938, p.8

* 274 Rey, T.3938, p ;7

* 275 Rey, T.3938, p.9

* 276 Bérenger de la Drôme (Alphonse-Marie Bérenger) : né à Valence en 1785, avocat général à la Cour impériale de Grenoble en 1811, il est d'abord bonapartiste. Elu député à Valence en 1815, il se prononce en faveur du maintien de la dynastie napoléonienne. Réclamant le couronnement de Napoléon II et la proscription des Bourbons, il démissionne à leur retour. De retour à Paris en 1818, il ouvre à l'Athénée un « cours public de droit naturel et des gens ». Il publie la même année De le justice criminelle en France, exposé des abus et des arbitraires que la politique aurait fait introduire dans nos lois criminelles. Ami de Dumoulin et donc de Rey, il intègre l'Union en devenant le principal instigateur du complot du 19 août 1820. Député de la Drôme en 1828 et 1830, il siège avec les libéraux. Il arrêtera toute activité politique avec l' « échec » de la révolution de 1848. Meurt à Paris en février 1866. Notice biographique réalisée à partir de la notice de Adolphe Rochas, Biographie du Dauphiné, op.cit, T.1, p.107 ; notice consultable en Annexe.

* 277 Rey, T.3938, p.10.

* 278 Rey, T.3938, p.9. Rey évoque ici le « Bazar français », magasin tenu par d'anciens militaires et situé rue Cabet à Paris, où Rey rencontrera plus tard le capitaine Nantil qui l'aidera à rallier plusieurs officiers pour le projet du 19 août 1820. Il s'agissait bien d'une arrière boutique qui longtemps non-soupçonnée par la police, sera un foyer de diverses conspirations militaires et notamment des Charbonniers français.

* 279 « Pendant que je m'absorbais ainsi dans une mission morale, il n'en était pas de même de plusieurs de mes amis, notamment de Bérenger, qui avait réveillé comme on l'a déjà vu les projets de Dumoulin. Celui-ci restant d'ailleurs à Paris et n'ayant pas d'ailleurs en Dauphiné les relations puissantes que pourraient donner l'Union dont il n'était pas membre, ce fut Bérenger (qui lui était membre) qui se rendit à Grenoble où il reprit toute la pensée du complot, en la transformant selon les éléments qu'il avait particulièrement à sa disposition...garantie plus efficace, Bérenger préparait une Constitution qui était quasi-Républicaine ...(...) Bérenger devint ainsi désormais l'agent principal et la plupart de ses coopérateurs ignoraient même que l'idée lui en eût été suggéré par Dumoulin », Rey, op.cit T 3938, p.12/13

* 280 « Je suis persuadé qu'alors, comme plus tard, il y avait conviction dans le coeur de Bérenger, homme sincère mais d'une faible imagination (sic !), maintenant, voué dit-on à des idées mystiques, dont le germe avait été vraisemblablement la cause de son intime liaison avec Grégoire en 1819... », Rey, T.3839, p.18.

* 281 Rey, T 3938, p.21

* 282 Rey, T 3938, p.19

* 283 Rey, T 3938, p.19

* 284 Rey, op.cit, T 3938, p20.

* 285 Rey, T.3938, p.20

* 286 Rey, T 3938, p.20

* 287 Rey, T 3938, p.21

* 288 Rey, T 3938, p.21

* 289 Rey, T 3938, p. 22

* 290 Rey, T 3938, p .23

* 291 Rey, T.3938, p.24

* 292 Rey, T 3938, p.24

* 293 Rey, T 3938, p.24

* 294 Rey, T 3938 , p.25

* 295 Rey, T 3938, p.26

* 296 Rey, T.3938, p.26

* 297 Rey, T.3938, p.26

* 298 Rey, T. 3938, p.26

* 299 Rey, T.3938, p.26.

* 300 Rey, T3938, p.28.

* 301 Parmi ces étudiants, notons les présences de Joubert et de Duguied, qui seront à l'origine de l'implantation de la Charbonnerie en France. Nous prions d'ailleurs le lecteur de nous excuser de ne pas réserver une place à l'étude de cette dernière organisation. Ce choix fut justifié pour deux raisons : d'une part, car Joseph Rey n'intégrera pas la Charbonnerie française, s'exilant en Angleterre en 1820 ; d'autre part, car nous avons souhaité privilégier selon une simple logique historique le rapport d'influence qui a pu s'établir entre d'une part les « révolutions » libérales espagnoles, et italiennes sous l'influence des Carbonari et d'autre part la conspiration à laquelle Rey et l'Union participèrent, à savoir celle du 19 août 1820.

* 302 Rey, T 3938, p.28

* 303 Rey, T 3938, p.28/29.

* 304 Cf, Rey, T 3938, p.30

* 305 Rey, T 3938, p.34.

* 306 « C'est ainsi que dés le mois de mai 1820, on avait annoncé mon arrestation (peut-être) pour la provoquer comme étant impliqué dans un complot, auquel je ne songeai certainement pas et auquel personne peut-être ne songeait en ce moment. », Rey, T 3938, p.35.

* 307 rappelons que ce sont les unionistes de Paris qui le convainquirent de prendre en charge la plainte des familles des victimes de Donnadieu alors que Rey précise bien dans ses mémoires, comme nous l'avons vu, qu'il n'aurait pas pris part au complot sans but de Didier : « J'y serais certainement resté étranger, comme tous mes amis politiques de Grenoble, qui ne le trouvaient pas dans leurs principes, et n'avaient pas confiance en leur chef... », Rey, op.cit, Ma biographie morale et politique..., T 3940, p.119.

* 308 Rey, T. 3938, op.cit, p.40.

* 309 Rey, T. 3938, p.39

* 310 Rey, T.3938, p.40.

* 311 Rey, T.3938, p.40

* 312 Rey, T.3938, p.40

* 313 Gilbert Cariol et Auguste Sautelet étaient deux brillants étudiants de Cousin, affiliés à la Loge des Amis de la Vérité et entièrement dévoués à la lutte contre la répression du régime... Sautelet se suicida à l'âge de trente ans. Pour plus d'informations sur ces fidèles de « l'éclectique » Cousin, se reporter à l'ouvrage de A.B Spitzer, précédemment cité, The French Generation of 1820...

* 314 Rey, op.cit, T 3938, p.39

* 315 Rey, op.cit, T.3938, p.41

* 316 Rey, T 3938, p.41

* 317 Dumoulin cité par Rey, op.cit, T.3938, p.41.

* 318 Rey, T 3938, p.42

* 319 Dumoulin cité par Rey, op.cit, T.3938, p.41.

* 320 Rey, op.cit, T. 3938, p.42

* 321 Pajol : né à Briançon en 1772, servit pour la République et l'Empire mais sera ensuite finalement élevé par Louis XVIII à la dignité de Chevalier de St Louis. Pajol se rallie comme tant d'autres officiers à Napoléon à son retour de l'île d'Elbe. Pair de France, Grand Aigle de la légion d'Honneur, Pajol est mis en inactivité le 22 octobre 1825. Il demeurera toujours un grand ennemi des Bourbons. Dumoulin qui apprécie d'ailleurs beaucoup son « anti-bourbonisme » l'amena à rencontrer Rey... La demeure de Pajol fut à ce titre un lieu privilégié de rendez-vous des officiers mécontents face au monarque ou simplement nostalgiques de l'Empire.

* 322 Rey, T.3938, p.43

* 323 Rey, T.3938, p.43

* 324 Victor Cousin : né à Paris, le 28 novembre 1792, fils d'un ouvrier joaillier et d'une blanchisseuse, Cousin était l'assistant de Royer-Collard qui appartenait au groupe des doctrinaires, se satisfaisant du « juste-compromis » de la Charte du 4 juin. De par ses méthodes d'enseignements qualifiées parfois d'excentriques par ses détracteurs, Cousin exerça une grande influence sur la jeunesse parisienne des années 1815 et plus encore des années 1830...Il fit de brillantes études au lycée Charlemagne puis à l'Ecole normale de 1810 à 1812. En 1815, à vingt-trois ans !, l' « enfant prodigue » (Spitzer) succède à Royer-Collard, comme professeur de philosophie à la Sorbonne et devient par ailleurs le précepteur des enfants du duc de Montebello qui devait prendre la tête de l'ancienne garde nationale lors de l'insurrection du 19 août... A l'origine de la doctrine philosophique de « l'éclectisme », vaste ambition de synthèse des meilleurs éléments de Vérité de chaque philosophie, système jugé parfois brouillon.. , Cousin est connu pour ses Fragments philosophiques et nouveaux fragments (1828-1833) mais surtout pour la grande fascination qu'il exerçait sur ses élèves... Sont souvent mis dos à dos les Eclectiques et les Idéologues, ces derniers étant plus attachés à une certaine rigueur scientifique, et se méfiant des spéculations métaphysiques auxquelles le « sensualisme » cousinien tend à s'adonner. Cousin meurt en 1867 ; « la littérature y a gagné et la philosophie n'y a rien perdu ! » ,dixit le Journal de la France et des Français, Chronologie politique, culturelle et religieuse de Clovis à 2000, op.cit, p.1448.

* 325 Rey, op.cit, T. 3938, p.43/44.

* 326 Rey, T.3938, p.44

* 327 Cf, Rey, T. 3938, p.45

* 328 C.f, Rey, T. 3938, p.46/47

* 329 C.f, Rey, T.3938, p.46

* 330 C.f, Rey, T.3938, p.46

* 331 Rey, T.3938, p.46

* 332 Rey, T.3938 ;p.45.

* 333 Rey, T.3938 ;p.47

* 334 Rey, T.3938 ;p.47

* 335 Rey, T.3938 ;p.47

* 336 Rey, T.3938 ;p.47

* 337 Rey, T.3938 ;p.48

* 338 Cf, Rey, T.3938 ;p.50

* 339 Ces mémoires sont ainsi à la fois un récit historique, biographique et politique, mêlant toujours chaque témoignage aux contingences historiques de l'époque.

* 340 Cf carte des villes où furent recrutés les principaux conjurés, en Annexe.

* 341 Cf, Rey, T. 3938, p.22

* 342 Rey, T.3938, p.75. Le Bazar français était bien un magasin ou s'exposaient des objets d'arts et de commerce, situé au n°11 de la rue Cadet, à Paris.

* 343 Rey, T.3938, p.76

* 344 Rey, T.3938, p.76

* 345 Cf, Rey, T.3938, p.82

* 346 Cf, Rey, T.3938, p.82

* 347 Cf, Rey, T.3938, p.64

* 348 Cf, Rey, T.3938, p.6

* 349 Rey, T.3938, p.9

* 350 « C'était surtout au nom des idées de l'Empire qu'on avait monté l'esprit des officiers mécontents, et de toute la masse des sous-officiers, qui constituent, lorsqu'ils sont d'accords, une si grande force dans les régiments. », Rey, T.3938, p.49

* 351 Cf, Rey, T.3938, p.126

* 352 Rey, T.3938, p.123

* 353 Rey, T.3938, p.123

* 354 Ses six mesures sont situées sur des pages 124 à 129, Rey, T.3938.

* 355 Rey, T.3938, p.52

* 356 Rey, T.3938, p.48

* 357 Rey, T.3938, p.48

* 358 Rey, T.3938, p.49

* 359 Rey, T.3938, p.56

* 360 Rey, T.3938, p.138

* 361 Nantil est, selon Rey, né à Pont à Mousson le 31 décembre 1790, d'un père « partisan sincère et éclairé de la Révolution » (Rey, T.3938, p.64), il reçut très vite au collège de la ville « l'éducation patriotique et militaire » dispensée à l'est de la France. Admis à Polytechnique en 1807, il est nommé à dix neuf ans sous lieutenant d'infanterie. Il s'illustre dans sa grande dévotion à Napoléon , participant à la campagne de Russie (blessé), prisonnier lors de la bataille de Moscou. Il enchaîne sur la campagne de Pologne, tentant de regagner la France lorsqu'il apprend le retour à Paris de l'empereur, il est arrêté à Dresde où il demeurera incarcéré et finalement libéré qu'après Waterloo...Il rentre donc trop tard en France en 1816 et observant la colère des ultra contre les bonapartistes accusés de « régicides » développent à son tour sa haine des Bourbons. Ces derniers le maintiennent pourtant dans son grade de capitaine de la légion de la Meurthe. Rey l'apprécie beaucoup même si il regrette son esprit trop « teinté d'absolutisme » (Rey, T.3938, p.154/155).

* 362 Cf, Rey T.3938, p.132

* 363 Rey, T.3938, p.134

* 364 Cf, Rey, T.3938, p.135

* 365 Cf, Rey, T.3938, p.135

* 366 Rey, T.3938, p.137

* 367 Rey, T.3938, p.140

* 368 Rey, T.3839, p.144

* 369 Rey, T.3839, p.148

* 370 Rey, T.3839, p.148

* 371 Rey, T.3938, p.151

* 372 Rey, T.3938, p.152

* 373 Cf, Rey, T.3938, p. 163

* 374 Rey, T.3938, p.168

* 375 Rey, T.3938, p.140-141

* 376 J.Rey, T.3938, p.194 .

* 377 « Je sentis de plus en plus se développer en moi le goût de l'étude dont j'avais déjà le germe, et qui prit d'autant plus de force dans mon esprit que j'apercevais déjà combien le vrai savoir peut apporter de secours dans la noble mission de servir l'humanité », Rey, Ma biographie morale et politique..., op.cit, T.3940, p.23

* 378 « Comment se fait-il donc, au milieu de ces dispositions favorables, de par et d'autres que je n'obtins jamais de mon père une seule caresse ? Comment se fait-il donc qu'il rendit mon enfance extrêmement malheureuse, et qu'il ne connut jamais lui-même les douceurs du sentiment paternel ? », Rey, op.cit, T.3940, p.9.

* 379 Rey, T.3940, op.cit, p.16

* 380 Rey, T.3940, op.cit, p.17

* 381 « ces lectures devaient surtout contribuer, par la douceur générale du caractère de ces ouvrages, à tempérer chez moi le stoïcisme, parfois trop ancré des vertus grecques et romaines, ou de celles qui devaient trouver le cours de la crise révolutionnaire... », Rey, T.3940, p.17

* 382 « Toutes mes sympathies se tournèrent vers les victimes...(..) ..tout fut dénaturé dans l'opinion publique », Rey, op.cit, T.3940, p.20

* 383 « Cette phase réactionnaire fut aussi une véritable terreur contre-révolutionnaire, aussi compressive que la première, qui faillit livrer la France à ses ennemis, en décimant ses plus énergiques défenseurs », Rey, T.3940, p.18

* 384 Rey, T.3940, op.cit, p.22

* 385 Rey, op .cit, T.3940, p.24

* 386 Rey, op.cit, T.3940, p.29

* 387 Rey, op.cit, T.3940, p.35

* 388 Cf, Georges Weill, Les mémoires de Joseph Rey, op.cit, p.303.

* 389 Il termine ainsi son Du Perfectionnement des études légales dans l'état actuel de la société, Paris, Treuttel, Wurtz, 1827 et travaille à un ouvrage sur les institutions judiciaires anglaises : Des institutions judiciaires de l'Angleterre, comparées avec celles de la France et de quelques autres Etats anciens et modernes, Paris, Nève, 1826, 2 volumes.

* 390 J.Rey, Mémoires sur la Restauration, op.cit,T.3938, p.24, 2nde pagination.

* 391 Robert Owen (1771-1858) : industriel philanthrope, Owen se passionna pour les questions de pédagogie en promouvant notamment la création de jardins d'enfants, et de méthodes actives d'enseignement. En 1817, il élaborera des projets de « villages de coopération » pour les classes les plus démunies. Emigrant aux Etats-Unis en 1824, il tente sans succès de monter une communauté «  New Harmony ».... Multipliant les projets de coopération sans succès, il trouvera cependant un écho auprès de socialistes utopiques français comme Cabet et Rey...

* 392 J.Rey, Lettres sur le système de coopération mutuelle et de la communauté de tous les biens, d'après les plans de M.Owen, Paris, Sautelet & Cie, 1828.

* 393 Nous nous appuyons ici sur le chapitre consacré à Owen de Paul Louis, Cent cinquante ans de pensée socialiste, Librairie Marcel Rivière et Cie, Paris, 1947, 261p. cf. le chapitre consacré à R. Owen, p.45.

* 394 Owen, « Idées de la communauté », extrait cité par Paul Louis, op.cit, p.49

* 395 Owen, « Le livre du nouveau monde moral », extrait cité par Paul Louis, op.cit, p.53.

* 396 Cf, J.Rey, Correspondance St-simonienne, décembre 1831-septembre 1832, op.cit.

* 397 C.f , Serge Dupuis, Robert Owen, un socialiste utopique (1771-1858), éd du CNRS, octobre 1991, 361p.  « Le voyage aura lieu en 1837 mais malgré les articles enthousiastes du New Moral World, organe de l'école, rien de notable en résultera.... », Serge Dupuis, op.cit, p.310.

* 398 Rey, T.3938, p.122-123, 2nde pagination.

* 399 Rey, Correspondance communiste, lettre du 1er août 1842 ; T.3951.

* 400 Rey, Correspondance communiste, lettre du 1er août 1842 ; T.3951

* 401 Appel au ralliement des socialistes, Paris, Librairie Phalanstérienne, 1847, 15.p, in T.3939

* 402 Rey, Appel au ralliement des socialistes, op.cit, p.3 à 6

* 403 Réponse de Considérant à l'Appel au ralliement des socialistes, in Rey, Appel au ralliement des socialistes, op.cit.

* 404 Rey, Correspondance communiste, lettre du 26 août 1847

* 405 Profession de foi électorale du citoyen Joseph Rey, ex conseiller à la Cour d'appel de Grenoble, Grenoble (30 avril 1849), 6 p., U 7915.