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UNIVERSITE INTERNATIONALE DE LANGUE FRANCAISE AU SERVICE DU
DEVELOPPEMENT AFRICAIN A ALEXANDRIE D'EGYPTE

MEMOIRE DE FIN D'ETUDES PROFESSIONNELLES
APPROFONDIES
Promotion 2003-2005

Présenté et soutenu le 25 avril 2005 par :
Godefroy Macaire CHABI
Jury : Jean Yves MARIN Vincent NEGRI Caroline
GAULTIER
EPIGRAPHE
« S'il y a une raison de forme, de contenu ou
d'association extérieure pour que la perte d'un document particulier
soit regrettée dans le futur, la question de sa conservation doit
être posée »
Principe de perte, Ernest Lindgren

Ce travail fruit de plusieurs mois de réflexion
est dédié :
¾ A Dieu le Père pour m'avoir
gardé et inspiré pendant tout le processus de rédaction.
Eternel est son nom !
¾ A vous, Béatrice et André, qui m'avez
donné la vie et permis d'être à la hauteur de mes
ambitions. Tenez ceci comme le symbole de ma redevabilité envers
vous.
¾ A toi que je porte si tant dans mon coeur
¾ A vous, mes soeurs et frères pour votre
soutien inlassable et appréciable

Mes remerciements vont à l'endroit de :
. La Directrice du Département Gestion du Patrimoine
Culturel de l'Université Senghor, Mme Caroline Kurhan-Gaultier pour ses
compétences à notre service, son dynamisme et le soin mis
à assurer à la promotion une formation de qualité.
.L'ensemble des Professeurs qui sont intervenus au
Département Gestion du Patrimoine Culturel au titre de la promotion
2003-2005 .L'ex Recteur de l'Université Senghor, M. Fred Constant pour
les multiples actions
entreprises au bénéfice de toute la promotion
avant son départ de l'Université .Professeur Fernand Texier,
Recteur de l'Université Senghor d'Alexandrie .L'ensemble du personnel
administratif et d'exécution de l'Université Senghor
d'Alexandrie pour sa disponibilité constante et son
volontarisme à nos côtés. .Mme Rania Adel,
Secrétaire du Département Gestion du Patrimoine Culturel .Jeanne
Azer, Assistante du Recteur de l'Université SENGHOR .L'ensemble des
Directeurs de département de l'Université Senghor .Monsieur
Emmanuel Hoog, Président- Directeur Général de l'Institut
National de
l'Audiovisuel, INA, pour avoir autorisé et assuré
notre stage de mise en situation professionnelle au sein de son institution
.Mon encadreur de stage M. Patrick Montigon, Directeur Adjoint
de la formation à l'INA pour l'excellence de ses contacts à mon
profit pendant toute la durée de mon stage..L'équipe de la FIAT
(Fédération Internationale des Archives de
télévision) représentée
à l'INA : Dominique Saintville et Violaine Fenestre,
Grégoire Cairole Brihaye .Toute l'équipe de la Direction des
Archives de l'INA, notamment Anne Lefort, Maic Chomel, .Sophie Bachmann,
Responsable du secteur éducatif et culturel ; Sylvie Richard,
Responsable Manifestation et partenariat à l'INA .Catherine Sournin,
Responsable Documentation- Archives à RFI
. L'ensemble des journalistes de la Rédaction Afrique de
RFI, notamment Vincent Garrigues, Dalila Berritane, Helena Naah pour leur
disponibilité à mon égard lors du stage
complémentaire à RFI
. Tous ceux qui de près ou de loin ont contribué
au succès de notre mémoire par des conseils et suggestions de
toutes natures.
. L'ensemble du personnel de l'Office de Radiodiffusion et
télévision du Bénin (ORTB)
. Fidèle Ayikoué et Julien Akpaki, respectivement
Directeur Général et Secrétaire Général de
l'ORTB
. Ephrem Quenum, journaliste-Producteur de magazines radio pour
la qualité des informations fournies lors de l'enquête
. Janvier Ballè pour son remarquable et
indéfectible soutien tout au long de ce parcours
. L'ensemble de la 9ème promotion de
l'Université Senghor, notamment mes collègues du
Département Gestion du Patrimoine Culturel
. La petite famille béninoise de la
9ème promotion de l'Université Senghor d'Alexandrie
AMIA: Association des archivistes des images en mouvements
BBC: British Broadcasting Corporation BETA SP
: Betacam Superior Professional BVU : Broadcast Video U-Matic
BVU : Broadcast Video U-Matic CD: Compact
Disc CD ROM : Compact Disc Read Only Memory
CIA: Conseil International des Archives DAT :
Digital Audio Tape DLT: Digital Linear Tape DV
CAM: Disc Video Camera DVD: Digital Versatile Video
EPIC : Etablissement Public à caractère
Industriel FIAF : Fédération Internationale des
Archives du film FIAT : Fédération
Internationale des Archives de Télévision HAAC :
Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication
IASA : Association Internationale des Archives audiovisuelles
et sonores INA : Institut National de l'Audiovisuel
ISO: International Organization for standardization
MBC : Mauritius Broadcasting Corporation ORTB
: Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin
ORTF : Office de Radio et Télévision de France
PRESTOSPACE: Preservation towards Storage and
acess. Standardised Practices for
Audiovisual Contents in
Europe PSN : Plan de sauvegarde et de
numérisation RAI : Chaîne publique italienne de
radio et de télévision RFI : Radio France
Internationale SCAM : Société Civile des Auteurs
Multimédias SEAPAVAA : Association des Archives
Audiovisuelles pour l'Asie du Sud-Est Pacifique SFP :
Société Française de Production SMPTE:
Society of Motion Picture and Television Engineers SNC
: Sauvegarde, Numérisation, Communication SORAFOM:
Société de Radiodiffusion de la France d'Outre Mer
SDEC : Service de Développement Educatif et Culturel
TDF : Télédiffusion de France TF1
: Télévision France 1 UER: Union
Européenne de Radio Télévision UEMOA :
Union Economique et Monétaire Ouest africaine UNESCO :
Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture
VHS: Video Home System Patrimoine audiovisuel :
patrimoine destiné à être vu et entendu qui
consiste en une série d'images apparentées et de sons les
accompagnant ou indépendants


Conservation : ensemble des opérations
nécessaires pour assurer l'accessibilité permanente pour une
perte de qualité minimale du contenu visuel ou sonore ou d'autres
attributs essentiels d'une oeuvre. Elle couvre des aspects comme le
contrôle des retours, l'inspection, la protection, la réparation,
la restauration, la copie, la surveillance, les systèmes de gestion des
fonds et les environnements et méthodes de stockage.
Collecte : processus de sélection et
d'acquisition des matériels.
Supports individuels : toute unité
physique distincte (bobine de bande magnétique, bobine de film, cassette
etc.) Plusieurs supports individuels forment une oeuvre
Fonds : ensemble de documents de toute nature
produits ou reçus par une personne physique ou morale dans l'exercice de
ses activités.
Thématisation : Constitution de corpus
de documents (sonores ou audiovisuels pour le cas qui nous concerne) afin de
les réunir dans un catalogue thématique. Elle peut être
simplement définie comme le regroupement par thèmes.
Sauvegarde : opération de copie d'un
document original vers d'autres supports afin de garantir la
pérennité de l'oeuvre.
Préservation : elle représente
comme la conservation une manière de limiter les atteintes aux documents
en les isolant de toutes sortes agressions externes.
Inamédia : Interface de visionnage des
images par les clients agréés de l'Institut National de
l'Audiovisuel en vue de leur commande ultérieure.

Photos
Photo 1 : Des boîtes de bandes
magnétiques audio stockées à l'ancienne maison de la
radio.....................................................................................................................................25
Photo 2 : Les conditions de stockage de bandes
audio à l'ancienne Maison de la
radio.....................................................................................................................................25
Photo 3 : Les bureaux servent de lieux de
stockage de supports télévisuels à défaut
d'espace................................................................................................................................26
Photo 4 : Des rayons de bandes visuelles
à la vidéothèque de la télévision nationale
du Bénin : un mélange des différents types de
supports.....................................................................................................26
Photo 5 : Etat délabré de
conservation des fiches
d'émissions.................................................................28
Photo 6 : Archivage désinvolte des
fiches documentaires manuelles à l'ancienne Maison de la
Radio....................................................................................................................................28
Tableau
Tableau 1 : Etat des archives dans les
chaînes nationales publiques au
Bénin.........................................16 Tableau 2 :
Fonds d'archivage professionnel et Dépôt légal en
2003........................................................47 Tableau
3 : Bilan de sauvegarde numérique à
l'INA..................................................................................49
Tableau 4 : Evaluation du nombre annuel de nouveautés
: publications, produits sonores, vidéos
interactifs à
l'INA............................................................................................................................................55
Tableau 5 : Diffusion des archives dans les réseaux
culturels et éducatifs.............................................55
Tableau 6 : Conditions de température et
d'hygrométrie pour la conservation des supports
audiovisuels.................................................................................................................................................64
Tableau 7 : Critères de sauvegarde des
archives audiovisuelles au
Bénin.........................................70 Tableau
8 : Type de supports de sauvegarde selon les
médias.......................................................74
Figure
Figure 1 : Offres culturelles aux
publics.......................................................................................................81
Figure 2 : La politique des publics dans la
valorisation culturelle des
archives............................................84
Figure 3 : Diagramme des relations entre le
futur Centre Culturel Audiovisuel et les autres
structures........................................................................................................................................................90
Figure 4 : Carte de la République du Bénin
décrivant les liens géographiques avec ses
voisins............................................................................................................................................................94

Annexe I : Termes de référence :
Sélection d'un cabinet en vue de l'étude relative à la
mise en place d'un
système d'archivage audiovisuel au
Bénin.....................................................................................i
Annexe II : Tableau comparatif : archives audiovisuelles,
archives générales, bibliothèques et
musées..................................................................................................................................vi
Annexe III : Evolution des techniques et
obsolescence des supports audiovisuels................................vii
Annexe IV : Fédérations,
associations, ONG et autres organismes d'archivage
audiovisuel..............................................................................................................................
ix Annexe V : Recommandation pour la sauvegarde et la
conservation des images en mouvement.............xi Annexe VI
: Appel de Paris pour la sauvegarde du patrimoine
audiovisuel...........................................xx Annexe VII
: Questionnaire d'enquête
indirecte..............................................................................xxii

DEDICACES
................................................................................................................................IREMERCIEMENTS
.................................................................................................................II
LISTE DES SIGLES ET
ABREVIATIONS.......................................................................
IV
GLOSSAIRE..............................................................................................................................
VI LISTE DES PHOTOS, TABLEAUX ET FIGURES
............................................................VII
LISTE DES ANNEXES
..........................................................................................................
IX TABLE DES
MATIERES.........................................................................................................X
AVANT
PROPOS...................................................................................................................XIV
INTRODUCTIONGENERALE..............................................................................................1
Problématique
...........................................................................................................................3Hypothèses
de travail
................................................................................................................5Objectifs....................................................................................................................................6Justification
du choix du
sujet...................................................................................................6Méthodologie
de travail
.............................................................................................................8Difficultés
rencontrées et
opportunités......................................................................................9
PREMIERE PARTIE : LE BENIN FACE A LA CONSERVATION ET LA
VALORISATION CULTURELLE DES ARCHIVES DE RADIO ET DE
TELEVISION........................................................................................10
CHAPITRE I-LES ARCHIVES DANS LES MEDIAS DE
MASSE...................................................12
I-LES ARCHIVES DE RADIOS PUBLIQUES: 50 ANS D'ARCHIVES
RADIOPHONIQUES.............................................12
1-Débuts et évolution de la radio
....................................................................................122-L'histoire
des supports
.................................................................................................133-
Contenu des
supports....................................................................................................14
II-LES FONDS DE TELEVISION PUBLIQUE: UN QUART DE SIECLE
D'HISTOIRE DE LA TELEVISION ...........................14 1-
Le phénomène télévision au Bénin
..............................................................................142-
Histoire des supports
visuels.......................................................................................153-
Contenu des
supports....................................................................................................154-Les
archives dans les médias audiovisuels privés : une histoire
récente .............165- Regard sur les archives du cinéma
.............................................................................17
CHAPITRE II LA PROBLEMATIQUE DES ARCHIVES EN DEHORS
DES MEDIAS: ETAT DE LA QUESTION AU NIVEAU INSTITUTIONNEL
..................................................................................19
I-LA HAUTE AUTORITE DE L'AUDIOVISUEL ET DE LA
COMMUNICATION (HAAC) DANS LA PROBLEMATIQUE DE
L'ARCHIVAGE
......................................................................................................................................19
1- Les problèmes
identifiés................................................................................................192-
Les types d'émissions enregistrées et
archivées.......................................................20
II-LES ARCHIVES NATIONALES DU BENIN : UN MANQUE DE
COORDINATION AVEC L'ORGANE PUBLIC DE VERSEMENT DES ARCHIVES AUDIOVISUELLES
.............................................................................................................20
CHAPITRE III LA MAUVAISE CONSERVATION DES ARCHIVES
DE RADIO ET DE TELEVISION : FACTEURS EXPLICATIFS ET CONSEQUENCES
........................................................................22
I-PRESENTATION DES FACTEURS
...........................................................................................................22
1- Les facteurs historiques
................................................................................................222-Les
conditions naturelles
.............................................................................................233-
La nature des supports
.................................................................................................234-
Un stockage éparpillé et désinvolte
.............................................................................235-
L'inexistence d'une culture de conservation
..............................................................266-Des archives
non
documentées...................................................................................277-
Le manque de professionnalisme et de formation
.....................................................288- L'absence d'une
politique nationale en matière de conservation du patrimoine
audiovisuel...........................................................................................................................289-
La diffusion, premier souci, la conservation en simultané,
dernière
préoccupation...............................................................................................................................................29
II-LES CONSEQUENCES DIRECTES : LA DISPARITION DU
PATRIMOINE AUDIOVISUEL...........................................29
CHAPITRE IV-LA PROMOTION CULTURELLE DES ARCHIVES
AUDIOVISUELLES AU BENIN : ETAT DE LA
QUESTION............................................................................................................30
I-DE LA NOTION GENERALE DES ARCHIVES
..............................................................................................30
1-
Définition..........................................................................................................................302-Les
archives écrites
......................................................................................................323-
Les archives audiovisuelles
..........................................................................................324-
Les qualités des archives audiovisuelles : éléments de
démonstration ................344-1 Les archives audiovisuelles comme
nouvel élément du patrimoine culturel national à conserver
........................................................................................................................34
4-2 Les archives audiovisuelles comme source d'analyse
scientifique............................35 4-3 Le rôle
pédagogique des archives
............................................................................35
II LES ARCHIVES AUDIOVISUELLES DANS LES PROGRAMMES
CULTURELS DE MASSE AU BENIN...........................36 1-
Les archives en général dans les systèmes des
valeurs...........................................372-Les archives
audiovisuelles dans les calendriers culturels au Bénin
....................38
III-LE PATRIMOINE AUDIOVISUEL DANS LA POLITIQUE
CULTURELLE DU BENIN
.................................................38 1-
Archives audiovisuelles au Bénin et culture : La place de la
diversité culturelle dans la
réflexion..................................................................................................................39
2- La place du patrimoine audiovisuel dans les préoccupations des
institutions culturelles étatiques : exemple du ministère
béninois de la culture ............................40 3- Les archives
audiovisuelles dans les textes nationaux sur le patrimoine culturel
41
DEUXIEME PARTIE : LES PERSPECTIVES SYSTEMIQUES POUR UNE
VALORISATION CULTURELLE DU PATRIMOINE AUDIOVISUEL AU BENIN
......................................................................43
CHAPITRE I LE PATRIMOINE AUDIOVISUEL :
CONSERVATION, SAUVEGARDE ET VALORISATION CULTURELLE DANS UN CONTEXTE
ORGANISE...............................................45
I-L'INSTITUT NATIONAL DE L'AUDIOVISUEL, UN POLE
IMPORTANT DE GESTION ET DE VALORISATION CULTURELLE
DES ARCHIVES DE RADIO ET DE TELEVISION
..............................................................................................45
1-Une structure aux missions
patrimoniales.................................................................46
2- La Direction des archives de
l'INA................................................................................47
II-LE PLAN PATRIMOINE DE L'INA, UN VASTE PROGRAMME AUX
OBJECTIFS IMPLICITEMENT CULTURELS...............48 1- Les
mobiles du plan
.......................................................................................................482-
Le plan de sauvegarde et de
numérisation.................................................................483-
La sauvegarde, numérisation et
communication.......................................................484- Les
résultats...................................................................................................................495-
Poursuivre et accélérer les processus de sauvegarde et de
numérisation.............50
III-INAMEDIA, UN CHANTIER EN PLEINE
EVOLUTION....................................................................................50
IV LES ASPECTS CULTURELS DE GESTION DES ARCHIVES DE
L'INA ..............................................................51
1- Les archives dans le patrimoine culturel
français.....................................................51 2- La
communication culturelle et pédagogique des
archives.....................................52 3- Un attachement aux questions
de droit dans la valorisation culturelle des
archives................................................................................................................................55
4- La thématisation et la mise en ligne des fonds radio et
télévision au service des actions
culturelles...............................................................................................................55
V-LA POLITIQUE CULTURELLE DES ARCHIVES A L'ECHELLE
REDUITE D'UNE CHAINE DE RADIO ET DE TELEVISION...57 1- La
sonothèque de RFI
...................................................................................................57
2- L'archivage audiovisuel à TF1
.....................................................................................57
3- De la valorisation culturelle des archives sur les deux
chaînes...............................58
CHAPITRE II DE LA CONSERVATION ET DE LA SAUVEGARDE
DES ARCHIVES AUDIOVISUELLES : LES ELEMENTS DE GESTION PROFESSIONNELLE POUR UNE
VALORISATION CULTURELLE DES ARCHIVES AU
BENIN.........................................................60
I-LES ACTIONS URGENTES A METTRE EN PLACE
........................................................................................60
1- L'inventaire des archives audiovisuelles, premier
élément de la démarche ..........602- Le classement
.................................................................................................................613-
La conservation en
question.........................................................................................623-1
Les locaux et la gestion de stockage
.........................................................................63
3-2 Le conditionnement des
supports.............................................................................65
3-3 Le rangement des
matériels.......................................................................................65
3-4
L'exploitation.............................................................................................................66
4- La restauration des
matériels........................................................................................665-
La thématisation, un aspect-clé de
gestion.................................................................676-
Vers une gestion documentaire
informatique.............................................................67
II MISE EN OEUVRE D'UNE CRITERIOLOGIE DE SAUVEGARDE DES
ARCHIVES EN SITUATION D'URGENCE : UN PLAN DE
SAUVEGARDE DES ARCHIVES DU
BENIN....................................................................................................68
III-LA SAUVEGARDE A L'HEURE DU NUMERIQUE: LES CHOIX
POSSIBLES .........................................................70
1- Les supports possibles à la
radio.................................................................................712-
Le cas de la
télévision....................................................................................................723-
La mise en ligne des archives : un objectif à
atteindre..............................................73
CHAPITRE III DE LA NECESSITE DE CREATION D'UN
CENTRE CULTUREL DES ARCHIVES DE L'AUDIOVISUEL
.......................................................................................................................75
I-PERTINENCE DE LA PROPOSITION PAR RAPPORT A L'EXISTANT
: LES ARCHIVES NATIONALES..........................75
II-PRESENTATION DU
CENTRE................................................................................................................76
III-LES PROGRAMMES DU CENTRE CULTUREL DES ARCHIVES
AUDIOVISUELLES..............................................77
IV-OUTILS MAJEURS DE VALORISATION CULTURELLE DES ARCHIVES
AUDIOVISUELLES PUBLIQUES AU BENIN .......81
1- L'objectivisme et le subjectivisme du
choix...............................................................812- La
politique des publics face aux engagements culturels des archivesaudiovisuelles
.....................................................................................................................822-1
L'offre tout - public
....................................................................................................82
2-2 L'offre aux étudiants
..................................................................................................83
2-3 L'offre aux jeunes et scolaires
...................................................................................83
3- Archives audiovisuelles, valorisation culturelle et communication
culturelle........843-1 Les services de communication culturelle
proposés.................................................84
3-2 Les produits de communication culturelle
................................................................85
3-3- L'animation d'émissions s'inspirant des archives
audiovisuelles .............................85 3-4
L'initiation des entretiens du patrimoine, comme complément d'actions
culturelles..863-4-1 Dans les médias publics
........................................................................................87
3-4-2 Hors des médias
....................................................................................................87
4- La valorisation culturelle des archives, un nouvel axe de
développement
national...............................................................................................................................................88V-AUTORITE
DE COORDINATION ET DE SURVEILLANCE
...............................................................................89
VI-DE LA PROTECTION JURIDIQUE DES DOCUMENTS AUDIOVISUELS
..............................................................90
VII LE ROLE DE L'ETAT DANS LE
MOUVEMENT..........................................................................................91
1- La mise en oeuvre d'un cadre juridique
......................................................................912- La
mise à disposition de moyens
................................................................................923-
Nécessité de mise en oeuvre de programmes de formation et de
renforcement des capacités en gestion et promotion culturelle des
archives audiovisuelles .................92
CHAPITRE IV PERSPECTIVES POUR LE BENIN DANS
L'ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL DES ARCHIVES AUDIOVISUELLES
...........................................................................................93
I-UTILISATION ET RENFORCEMENT DES OUTILS DE PARTENARIAT
REGIONAL ET INTERNATIONAL .........................93
II-EXPLOITATION DE L'EXPERTISE NATIONALE ET INTERNATIONALE
...............................................................96
CONCLUSION GENERALE
............................................................................................................98
BIBLIOGRAPHIE..................................................................................................................100
ANNEXE
I............................................................................................................................iANNEXE
II........................................................................................................................viANNEXE
III.....................................................................................................................viiANNEXE
IV.......................................................................................................................ixANNEXE
V
.........................................................................................................................xiANNEXE
VI......................................................................................................................xxANNEXE
VII..................................................................................................................xxii
RESUME
......................................................................................................A
MOT CLES
...................................................................................................B

Dans le cadre de notre formation de Troisième cycle en
Gestion du Patrimoine culturel à l'Université Senghor
d'Alexandrie, nous avons opté pour le patrimoine audiovisuel. A cet
effet, nous avons effectué un stage de trois mois à l'Institut
National de l'Audiovisuel en France, puis au sein de certains médias
français (RFI, TF1). Ce stage est destiné à nous donner
les outils et à faciliter notre réflexion sur la gestion des
archives de radio et de télévision en vue de leur valorisation
culturelle. Au terme dudit stage, nous avons décidé de porter la
réflexion sur le Bénin. Dans ce pays, les archives de radio et de
télévision ne sont pas dans un état de confort.
Oubliées et reléguées au second plan des
préoccupations, elles ne font pas malheureusement l'objet d'une
démarche professionnelle de gestion. La conséquence qui en
découle est celle de leur disparition progressive en dépit de
leurs contenus qui doivent faire l'objet d'une diffusion culturelle.
Dans un contexte mondial fortement influencé par le
numérique, ce mémoire apporte une contribution à toute
action culturelle à mener autour des archives audiovisuelles au
Bénin en s'appuyant sur une démarche intégrée et
plurielle.
INTRODUCTION GENERALE
Comme le déclare Abdou Diouf, Ancien Président de
la République du Sénégal et Secrétaire
Général de l'Organisation Internationale de la Francophonie,
« la sauvegarde des archives de radio et de télévision
est un enjeu mondial. Cette mémoire audiovisuelle accumulée au
cours de soixante ans d'histoire de la radio et cinquante ans d'histoire de la
télévision est devenue un élément majeur du
patrimoine culturel de l'humanité »1. Gérard
de Nerval avait déjà rappelé « qu'une passion qui
remonte à l'enfance a quelque chose de sacré ».
D'où l'intérêt mondial qui se manifeste autour de la
question de la sauvegarde, la conservation, la préservation et la
protection des archives audiovisuelles.
Dans le préambule de son Appel mondial pour la
sauvegarde des archives audiovisuelles lancé à l'occasion de
sa 27éme conférence annuelle, la Fédération
Internationale des archives de télévision considère que
« le patrimoine est menacé du fait de la fragilité des
supports et de l'obsolescence des machines permettant de relire les
enregistrements, et que des collections complètes de programmes sur
film, bandes magnétiques et disques risquent d'être perdues
».
Selon l'UNESCO, ce patrimoine mondial audiovisuel, hors
cinéma, est évalué à 200 millions d'heures dont 80
% se trouve en danger. La mise en place, entre autres, du programme
Mémoire du Monde2 depuis 1992 par l'UNESCO résulte de
cette prise de conscience croissante de l'état de préservation
alarmant du patrimoine documentaire dans son ensemble et de la
précarité de son accès dans différentes
régions du monde. Le constat laisse apparaître que la grande
majorité de ces archives se trouvent dans les pays du Sud, dont
l'Afrique. A échéance rapide, c'est-à-dire au plus tard
d'ici 10 ans, si rien n'est fait, la mémoire sera
irrémédiablement frappée d'amnésie. C'est pour
cette raison que l'importance qui est accordée à la question ne
cesse de grandir au sein des Etats, des ensembles et des regroupements. Les
nombreuses solutions techniques se déploient dans plusieurs pays pour
s'ajouter à des élans de coopération entre Etats afin de
faciliter la mise en oeuvre de solutions communes de sauvegarde, de
préservation ou de numérisation. La tendance qui s'observe
aujourd'hui laisse espérer que l'intérêt qui leur sera
porté dans les prochaines années sera plus manifeste. En Afrique
et dans plusieurs
1 Discours de Abdou Diouf, Secrétaire
Général de la Francophonie à l'ouverture de la 27eme
Conférence annuelle de la Fédération Internationale des
Archives de Télévision du 15 au 19 octobre 2004 à Paris
2 Le programme Mémoire du Monde de l'UNESCO repose sur
l'idée selon laquelle certains documents, collections ou fonds du
patrimoine documentaire appartiennent au patrimoine commun de
l'humanité, à l'instar des sites présentant un
intérêt universel exceptionnel qui sont inscrits sur la liste du
Patrimoine Mondial. Ce programme lance des campagnes de sensibilisation afin
d'alerter les gouvernements, le grand public et les milieux d'affaires sur la
nécessité de préserver le patrimoine documentaire et de
collecter les fonds en sa faveur. Il facilite l'accès sans
discrimination à ce patrimoine chaque fois que cela est possible.
pays du Sud, cette nécessité de conservation et
de sauvegarde apparaît plus dans les discours que dans la
réalité. Plusieurs années de radio et de
télévision s'effacent à un rythme effréné en
raison d'une insouciance manifeste vis-à-vis des archives qui, elles,
devaient immortaliser et fixer les aspects de la vie en société.
Même si en général, la question du patrimoine culturel
reste marginale dans l'ensemble des préoccupations, il est
néanmoins à signaler qu'on est plus sensible sur le continent
à un temple qui se détériore, un monument dont des pans
tombent qu'à une archive de radio ou de télévision, en
état avancé de dégradation parce que mal conservée.
Contrairement à d'autres patrimoines, comme le patrimoine monumental,
« les agressions ne sont pas immédiatement perceptibles par le
public et cette absence de sentiment physique et immédiat de la perte
contribue à freiner la prise de conscience et la mobilisation
»3.
Les professionnels des médias et autres
spécialistes des métiers de l'audiovisuel, corps d'archivistes
audiovisuels y compris évoquent l'importance de la question de
l'archivage soit au coin des discussions « d'amis », soit à
des rencontres internationales, soit lorsqu' apparaît de façon
circonstancielle l'urgence d'une exploitation des archives.
Dans certains pays, il faudra le reconnaître, des
programmes sont déjà développés dans ce sens,
tandis que dans d'autres, il y a souvent deux tendances, soit rien n'est fait,
soit des projets voient timidement le jour et illustrent, dans ce cas, un tant
soit peu l'importance du débat. Mais la constante reste que la question
ne fait pas le plus souvent l'objet d'une préoccupation sérieuse
au niveau des pays du Sud, contrairement à plusieurs pays du nord qui
ont déjà compris la nécessité de se mettre en ordre
de bataille face à la menace de la constante dégradation des
archives. Pour les pays du Sud, c'est maintenant un défi auquel il faut
d'ores et déjà faire face, car il ne fait pas l'ombre d'aucun
doute que les archives audiovisuelles restent un élément qui
prend solidement pied dans la structure de réflexion sur le patrimoine.
La radio et la télévision occupent une place centrale dans
l'histoire contemporaine de nos sociétés et les archives
constituent une part essentielle de la mémoire collective du
20ème siècle. Les archives nourrissent la
mémoire. Elles portent, aussi bien que les masques, statuaires et autres
objets des collections de musées classiques, le passé et ont
besoin d'être conservées. En tant que tel elles s'imposent comme
des éléments clés du développement national.
« Vouloir que ces documents passent le temps, c'est vouloir aider nos
enfants non à savoir mais à comprendre »4.
D'où l'urgence des actions pertinentes pour parvenir à leur
sauvegarde et leur valorisation culturelle afin que les archives puissent
servir la société et lui fournir des arguments pour son
développement. Notre étude s'inscrit dans ce cadre et nous
permettra d'analyser
3 Préambule Appel mondial de la FIAT pour la
sauvegarde des archives audiovisuelles 4 HOOG Emmanuel, Tout
Garder? Les dilemmes de la mémoire à l'âge
médiatique in Le débat N° 125, mai-août
2003
au mieux le cas de la République du Bénin en
sertissant la réflexion sur notamment les archives de radio et de
télévision nationales publiques.
Problématique
Depuis 1953, le Bénin alors qu'il était Dahomey,
donc sous l'emprise coloniale faisait sa première expérience en
matière de radio. Les premiers sons arrivent à cette date
grâce à la mise en place d'une chaîne de radio reliée
à la métropole. De cette période à ce jour, il y a
eu une certaine évolution non seulement dans le domaine de la radio mais
aussi dans celui de la télévision, puisque vers la fin des
années 70, une première chaîne de télévision
a vu le jour, celle qui va être la télévision nationale du
Bénin et s'ajouter à la Radio nationale. L'existence de ces
médias publics permet déjà d'avoir aussi bien du son que
de l'image jusqu'à l'apparition vers la fin des années 90 des
médias libres qui renforcent l'environnement audiovisuel. Mais
aujourd'hui avec un sérieux recul rien ou pas grand'chose ne donne
l'espoir ou la garantie de l'existence de tous les documents témoins de
l'histoire politique, sociale, culturelle, économique puis de celle de
la radio et de la télévision au Bénin. Les archives des
premières années d'indépendance n'existent pratiquement
plus sur support magnétique dans les médias publics. Les sons et
images de la toute récente conférence nationale des forces vives
de la Nation de Février 1990 s'effritent et menacent de
disparaître. Beaucoup de documents retraçant des
événements nationaux à caractère culturel,
politique, économique sont sortis de la mémoire des
médias, puisqu'ils se sont raréfiés sous l'effet de
plusieurs facteurs. Dans les nouveaux médias libres qui ont vu le jour
juste après le processus de démonopolisation de l'espace
audiovisuel, la tendance est demeurée la même à des nuances
près.
Bref, au Bénin, la question de l'archivage des oeuvres
de l'audiovisuel n'est pas une préoccupation nationale et ne fait pas
l'objet d'une politique. La culture de l'archivage même reste à
construire. Seules de timides initiatives sectorielles s'observent et se
mesurent à l'aune des vidéothèques, bandothèques,
discothèques au sein des différentes chaînes de radio et de
télévision. Or l'article 14 de la Charte culturelle de la
République du Bénin du 25 février 1991 dispose «
l'Etat béninois s'engage à protéger la totalité de
la production nationale scripto-audio-visuelle. Il en assure l'acquisition, la
conservation et la circulation par tous les moyens. »
Les archives nationales du Bénin qui sont l'organe
officiel d'archivage des archives aussi bien écrites qu'audiovisuelles
du pays restent amorphes dans leurs démarches. L'archivage audiovisuel
à ce niveau reste quasiment nul. Quelque 150 bandes magnétiques
de la période révolutionnaire sont seulement
conservées par cette structure. Une malformation lorsque
l'on sait que l'article 16 de la charte culturelle ci-dessus citée
stipule « l'Etat béninois s'engage à faciliter au Centre
des Archives nationales, par toutes les dispositions légales,
l'accomplissement de sa mission, notamment la création de
dépôt d'archives dans toutes les administrations et la collecte
des archives publiques et privées et des organes de presse
».
Si il y a ce constat évident, cela est dû à
l'inexistence d'une politique clairement définie autour de l'archivage
audiovisuel. Les discours officiels farcis de proclamations de foi tranchent
nettement avec la réalité. Or les défis de la
société de l'information en relation avec les impératifs
culturels n'autorisent guère l'indolence et l'indifférence
affichée au Bénin vis-à-vis des archives.
L'indifférence est d'autant plus grande qu'hormis le Conseil
International des Archives (CIA) auquel il appartient, le Bénin n'est
affiliée à aucune autre structure ou Fédération
internationale d'archives audiovisuelles et sonores bien que cela ne suppose
dans bien des cas aucune contrainte financière insurmontable. Or,
l'adhésion aux Associations ou Fédération Internationales
d'archives audiovisuelles et sonores5 donne l'occasion d'un
renouvellement des connaissances et d'actualisation des perceptions des Etats
et structures affiliés sur les méthodes nouvelles de conservation
et de sauvegarde.
La Radiodiffusion et la Télévision nationales
publiques du Bénin sont les seuls à posséder le stock le
plus ancien de document audiovisuel. Ces documents sont uniques et fragiles.
La mémoire nationale ne se construira pas tant que ces
archives poursuivront leur itinéraire dans l'abîme
irréversible, et que le tout dernier document enregistré n'a de
durée de vie que le temps de sa diffusion. Il faut non seulement
sauvegarder ce qui se meurt, mais il devient aussi important de conserver et de
préserver ce qui est nouveau afin qu'il ne subisse pas le sort de
l'effritement. Les perspectives sont souriantes dans un contexte mondial
caractérisé par des choix technologiques les uns aussi pertinents
que les autres, les uns aussi financièrement abordables que les
autres.
Nombreux sont les défis qui se rattachent à ce
jour aux archives audiovisuelles. Aux impératifs économiques se
joignent les nécessités de productions dans les médias.
Mais il y a aussi la densité culturelle des documents d'archives
audiovisuelles. Le programme de leur gestion doit prendre en compte un chapitre
de mise en valeur, d'accès au public voire de communication. Cela
paraît relever davantage d'un impératif que d'un simple choix. Or
au Bénin, étant donné que l'archivage audiovisuel a
toujours été
5 Il s'agit principalement de la FIAT, la
Fédération Internationale des Archives de
télévision, la FIAF, la Fédération Internationale
des Archives de Film, l'IASA, l'Association Internationale des Archives
Audiovisuelles et Sonores, l'AMIA, l'Association des archivistes des images en
mouvement. Toutes ces fédérations et associations jouent un
rôle important d'information voire de formation sur les enjeux actuels
des archives et réunissent les organismes et professionnels du monde
une préoccupation marginale, rien n'est entrepris dans
le cadre de la valorisation culturelle des archives. Les lieux de culture ne
profitent pas encore des vertus culturelles des archives audiovisuelles. Or les
archives sont destinées à l'information et à la formation
du public et doivent, par conséquent, être communiquées. De
ce point de vue il y a, au regard du constat, beaucoup d'efforts à
consentir pour la promotion culturelle des archives. Et cela passe par des
approches intégrées.
Pourquoi est-il si nécessaire voire indispensable de
valoriser culturellement les archives de radio et de télévision
au Bénin ? Par quoi passe une politique de promotion culturelle de ces
archives ? Quels sont les différents éléments qui
interviennent dans un tel mouvement ? Comment peut on profiter de la
révolution technologique en cours dans le monde, en clair, la
numérisation dans cette dynamique de valorisation culturelle des
archives de radio et de télévision ? Quelles peuvent être
les solutions pertinentes qui permettront de replacer les archives au coeur de
la réflexion générale sur le patrimoine ? De quelle
façon, nécessités de valorisation culturelle et
impératifs de développement se réconcilient-ils ? Autant
de questions qui serviront de toile de fond à cette étude en
deux parties et auxquelles nous répondront à travers plusieurs
points dans ce développement.
Dans une première partie, nous ferons un état des
lieux de la situation des archives audiovisuelles au Bénin à
travers l'ensemble des structures qui les détiennent notamment les
chaînes nationales publiques de radio et de télévision. Une
analyse de leur état de conservation et de valorisation culturelle sera
menée et permettra d'appréhender les défis à
relever.
Dans une seconde et dernière partie, nous
émettrons des propositions claires susceptibles de contribuer à
inverser la tendance au regard de notre expérience acquise en stage
professionnel à l'INA. Nous y développerons notre projet de
création au Bénin d'un Centre Culturel des Archives
Audiovisuelles.
Hypothèses de travail
1 Si nous partons du principe que les archives de radio et de
télévision portent la mémoire et l'histoire d'un peuple,
les sauvegarder, conserver et protéger reviendrait à sauver une
grande partie du patrimoine national.
2 Si la politique de promotion et d'utilisation à des
fins culturels des archives est réussie, elle peut stimuler une
politique durable de conservation et de sauvegarde du patrimoine audiovisuel au
Bénin. Plus clairement si l'accès permanent est le but de la
conservation,
garantir le contact entre le public et les documents d'archives
permettrait de mettre en
oeuvre des opérations de préservation et de
sauvegarde.
3. Au constat que ces archives revêtent
une grande importance pour les pays développés, y font l'objet
d'une préoccupation constante et constituent des points d'appui au
développement, la sérieuse conservation, la protection et la
sauvegarde des archives pourraient donner au Bénin des arguments pour
son développement.
Objectifs
Objectif général
Notre travail soutenu par le stage professionnel vise
principalement à sortir le patrimoine audiovisuel au Bénin-
notamment les archives de radio et de télévision publiques - de
l'ornière en le mettant au coeur des préoccupations d'ordre
culturel.
Objectifs spécifiques
Pour atteindre cet objectif principal nous partirons des
objectifs spécifiques :
¾ Faire le point sur la situation générale
des archives de radio et de télévision au Bénin
¾ Amener le secteur du patrimoine audiovisuel à
profiter de la révolution technologique qui s'organise autour du
numérique.
¾ Permettre de réunir les éléments
qui feront naître au Bénin une culture professionnelle de
conservation et de sauvegarde des archives audiovisuelles.
¾ Pouvoir convaincre la communauté nationale dans
ses composantes sur les différents enjeux rattachés aux archives
audiovisuelles
¾ Garantir l'accès du plus large public aux
archives audiovisuelles
Justification du choix du sujet
Plusieurs raisons nous ont amené à porter la
réflexion sur ce type de sujet. Ces raisons sont aussi pertinentes les
unes que les autres.
D'abord, notre démarche nous est suggérée
par une insuffisance de travail sur la question des archives de l'audiovisuel
au Bénin. Pis encore, on en rencontre très peu qui
présentent l'enjeu de promotion culturelle de ces archives de radio et
de télévision. De ce point de vue, nous pensons combler un grand
fossé en fléchant selon notre vision des pistes de sortie.
Ensuite, le constat laisse apparaître que les archives
audiovisuelles renferment une mine importante d'informations et que
paradoxalement, elles restent à l'écart du public. La question de
l'accès du public aux archives n'est pas encore une
réalité au Bénin.
Par ailleurs, notre double casquette de communicateur et de
futur gestionnaire du patrimoine culturel, nous renvoie à ce devoir de
conscience vis-à-vis des archives. En effet en tant que professionnel
des médias, elles revêtent pour nous un intérêt de
poids et sont constamment sollicitées à plusieurs étapes
de nos activités. L'importance de ces archives est si forte qu'à
défaut d'en avoir sur place, concernant le plus souvent notre propre
histoire, le Bénin est parfois obligé de faire la quête
auprès d'autres institutions comme l'INA (Institut national de
l'audiovisuel) qui les conservent mieux. Aujourd'hui, il est plus que jamais
nécessaire d'inverser la tendance en trouvant les méthodes pour
conserver nos propres archives et en nous mettant dans une position centrale
face à des exploitants de toutes natures. Notre conscience de futur
gestionnaire du patrimoine culturel recommande que l'on pense d'ores et
déjà à imaginer des actions de promotion culturelle de ces
documents. Les archives pour servir la société qui les a
produites doivent, entre autres, faire l'objet d'une communication culturelle
qui vient en appui à des actions culturelles concrètes si elle ne
les complète pas.
En outre, nous avons choisi de camper l'analyse sur les
archives audiovisuelles des chaînes nationales publiques parce
qu'à côté des chaînes privées de radio et de
télévision, elles sont incontestablement au Bénin les
seules à disposer dans leurs magasins des archives très
anciennes. Très grossièrement, les archives « les plus
significatives » du Bénin sont détenues par elles. Les
chaînes libres ayant vu le jour après 1997, suite à la
libéralisation de l'espace audiovisuel, n'ont en leur possession que des
documents récents. Le recul temporel qu'exige l'appréhension du
patrimoine culturel nous oblige de ce point de vue à nous appuyer sur
les archives publiques. D'un autre côté, les archives
audiovisuelles de ces chaînes sont perçues comme une
propriété publique. Compris ainsi, la démarche d'une
valorisation des archives audiovisuelles des chaînes privées se
révélera moins facile que dans le cadre des chaînes
publiques (comme le démontre notre projet de création d'un Centre
Culturel des Archives Audiovisuelles plus loin) et fera appel dans le premier
cas à des procédures de droit assez bien compliquées que
nous avons voulu éviter. Ceci n'exclut en revanche pas les chaînes
privées de l'ensemble de la problématique
de l'archivage audiovisuel. Les principes de conservation et de
mise en valeur avancés dans ce travail sont
également applicables à ces médias
alternatifs. Enfin, nous pensons qu'un tel sujet peut servir de déclic
au niveau des décideurs afin qu'ils aident à
faire de la question de l'archivage audiovisuel une
préoccupation nationale à travers l'édiction de
politiques
claires à l'instar de celles concernant les autres
aspects de la vie nationale.
Tous ces éléments vont justifier les choix
contenus dans cette étude qui sera un écot au débat sur
le
développement national au Bénin.
Méthodologie de travail
Pour conduire ce travail, nous avons privilégié
quatre principales pistes.
1-Les enquêtes indirectes : Un questionnaire a
été adressé aux professionnels des médias -radio et
télévision) du Bénin sur la question. Ceux-ci devaient
répondre à des questions sur les stratégies de sauvegarde,
de conservation et de protection des archives dans leurs différents
organes de presse.
2-Des entretiens directs : Nous nous sommes enquis du niveau
d'appréhension et d'application de la question de la valorisation
culturelle au niveau des Archives Nationales du Bénin et des
médias aussi bien publics que privés, puis nous avons
cherché à savoir la politique mise en oeuvre par les
musées et autres endroits du patrimoine pour intégrer les
archives dans leur vision culturelle.
3-L'expérience personnelle et les observations directes
: En tant que professionnel de média et au fait de la question, nous
nous sommes appuyé sur notre propre connaissance du sujet. Notre
perception des choses nous a permis de faire des recoupements avec les
résultats de l'enquête indirecte dans bien des cas.
4-La recherche documentaire : Elle s'est effectuée dans
les centres de documentation généraux ou
spécialisés. Elle a porté sur la consultation des
documents en version papier (revues, livres, essais, mémoires, articles)
et version électronique (Internet). Elle a offert l'occasion d'une
recension de données déterminantes pour la construction de
plusieurs analyses contenues dans ce travail.
Difficultés rencontrées et
opportunités
La première difficulté a trait à la
documentation spécialisée. Dans les bibliothèques et
centres de documentations qui nous ont été accessibles,
très peu d'ouvrages spécifiques ont abordé la question
avec précision, à savoir l'archivistique audiovisuelle. La
documentation que nous avons pu rencontrer et qui portait sur les archives
était plus en rapport avec les archives écrites. Ce qui nous a
contraint à beaucoup plus aller vers les revues, les publications
afférentes à l'objet de notre étude.
Au Bénin, en dehors de quelques travaux de fin
d'études universitaires qui se penchent sur la question, il n'en est pas
resté d'autres. Le manque de documentation est criant et explique le
fait que nous ayons privilégié les contacts directs sur le
terrain, les enquêtes indirectes. Et à ce niveau, les
embûches n'ont pas manqué : Rendez-vous manqués, promesses
non tenues. Les informateurs n'ont toujours pas été à la
hauteur de l'exercice. Une dizaine se sont soumis à l'exercice en nous
aménageant un espace d'échanges et de discussions utile. Sur
vingt formulaires de questionnaires envoyés dans le cadre de
l'enquête indirecte, seuls quatre (4) nous ont été
répondus. Cependant cela n'a pas empêché qu'on ait
disposé d'éléments forts et déterminants pour
illustrer l'analyse.
Notre stage à l'INA s'est passé dans de
très bonnes conditions. Bénéfique et instructif, il nous a
permis de saisir les enjeux multiples liés au patrimoine audiovisuel,
notamment sous l'angle du culturel. Des contacts ont été pris
avec diverses compétences techniques en rapport avec le secteur des
archives audiovisuelles. Les aspects capitalisés ont permis d'enrichir
notre réflexion dans le cadre de ce mémoire.
PREMIERE PARTIE : LE BENIN FACE A LA CONSERVATION ET LA
VALORISATION CULTURELLE DES ARCHIVES DE RADIO ET DE TELEVISION
Il ne fait plus l'ombre d'aucun doute que les archives
audiovisuelles ont une valeur patrimoniale incontestable. Mais le constat
révèle qu'au Bénin elles connaissent un mauvais
traitement. Plusieurs décennies de pratique radiophonique et
télévisuelle n'ont pas permis d'intégrer réellement
dans les habitudes la question de la gestion sérieuse du patrimoine
audiovisuel. Le tableau qui se dégage à l'analyse de la
réalité est quasiment sombre. Des problèmes de
conservation doublés d'une absence criarde de politique de conservation
en cette matière ont eu pour conséquences un délaissement
des archives audiovisuelles. En dépit de cette situation qui confine
bien à une catastrophe culturelle, aucune réflexion
sérieuse n'est engagée pour inverser résolument la
tendance. Ce qui explique l'état de péril continu dans lequel
s'enfonce chaque jour le patrimoine audiovisuel du Bénin qui ne
connaît aucune esquisse de valorisation culturelle. Dans cette
étude, nous montrerons l'état défectueux de conservation
des archives de radio et de télévision en prenant appui sur les
structures qui s'en occupent notamment les médias publics.
CHAPITRE I-LES ARCHIVES DANS LES MEDIAS DE MASSE
En l'absence d'une forte pratique cinématographique
(même si le peu de documents existants doit faire l'objet d'une bonne
conservation), la radio et la télévision constituent les exemples
de média de masse où se posent d'importants problèmes de
gestion d'archives. Après plus de 5 décennies de pratique
radiophonique et plus d'un quart de siècle de télévision,
il y a matière à inquiétude en raison de
l'indifférence totale qui frappent les documents sonores et visuels
produits. Nous ferons dans cette partie le point sur l'histoire et la nature de
ces différents documents selon les supports de médias qui les ont
produits avec un rapide coup d'oeil sur le cinéma.
I- Les archives de radios publiques: 50 ans d'archives
radiophoniques
L'histoire de la radio au Bénin est longue. Elle permet
de mieux cerner celle des archives qui en découlent.
1-Débuts et évolution de la radio
Le Bénin, Dahomey d'alors est l'un des pays africains
où le phénomène radio a pris corps très tôt.
La radio a une longue histoire et a connu des évolutions importantes. Au
début des années 50, le 07 mars 1953 plus
précisément, les premières émissions de radio ont
commencé alors que le pays était encore sous tutelle coloniale.
Radio Cotonou à cette époque, elle émettait à
partir d'un petit local de l'hôtel des Postes à Cotonou. En mai
1957, intègre ses propres locaux, l'annexe I dite « Ancienne Maison
de la radio » grâce à l'appui de la SORAFOM
(Société de Radiodiffusion de la France d'outre-mer). Le
1er octobre 1958, Radio Cotonou devient Radio Dahomey après
le référendum gaulliste de 1958. La révolution du 26
Octobre 1972 va constituer un tournant dans l'évolution de la
radiodiffusion nationale. Elle prendra l'appellation « Voix de la
Révolution » avec une influence réelle du pouvoir politique.
Une nouvelle maison de la radio construite grâce à la
coopération entre la République fédérale
d'Allemagne et le Bénin a été construite sur la route de
l'aéroport. Cette même coopération va donner naissance
à la station régionale de Radiodiffusion de Parakou le
1er avril 19836. A la faveur du Renouveau
démocratique, la « Voix de la Révolution » devient
6 Radio Parakou est la station régionale
publique située à plus de 400 km de Cotonou. Elle présente
les mêmes caractéristiques en matière d'archivage que la
radio nationale localisée à Cotonou. Elle est confrontée
aux mêmes
« Radio Bénin ». Ayant suivi toutes les
modulations du temps, la radio publique a été de ce point de vue
un témoin chaud de la mémoire du peuple à travers ses
différentes productions.
2-L'histoire des supports
Les supports de radio présentent une diversité en
rapport avec le temps et les évolutions technologiques. Un
découpage permet de retenir les périodisations suivantes sur les
archives disponibles : les documents de 1958 à 1960 ; 1960 à 1963
; octobre 1963 à décembre 1963 ; janvier 1964 à
décembre 1965 ; décembre 1965 à décembre 1967 ;
janvier 1968 à juin 1968 ; juillet 1968 à décembre 1969 ;
janvier 1970 à mai 1970 ; mai 1970 à octobre 1972 ; 1972 à
1990 ; 1990 à ce jour. Tous ces documents se retrouvent sur supports
bandes magnétiques et sont stockés à deux endroits
différents : la phonothèque de l'ancienne Maison de la radio et
la Régie générale des programmes de la Nouvelle Maison de
la radio. Un disque qui revisite l'histoire politique, culturelle et sociale du
Bénin de 1958 à 1988 fait également partie des documents
encore conservés à la radio.
En général, le fonds est constitué de
bandes magnétiques de 60 mn, 30mn et 15 mn complétées ces
dernières années par des DAT7. Dégager leur
nombre peut apparaître aujourd'hui comme une gageure. Sans
forcément exagérer le raisonnement, la situation des archives
empire chaque jour. En 1987, 2000 bandes magnétiques ont
été dénombrées à la phonothèque de
l'Ancienne Maison de la Radio Nationale et 3000 autres bandes à la
Régie générale des programmes de la Nouvelle Maison de la
Radio pour une période s'étalant sur onze (11) ans. A cette date,
aucune estimation n'est possible tant un désordre caractérise la
tenue des archives. Cette inorganisation explique que des documents se
retrouvent dans un bric-à-brac dans les différents services et
les casiers des journalistes. C'est ainsi qu'en 1987 déjà, on a
pu recenser au Journal parlé près de 1399 bandes
magnétiques dont le dossier sonore de l'agression du Bénin par
les mercenaires le 16 janvier 1977 gardé dans des caisses8. A
ces fonds radiophoniques sont rattachés les fonds de la
discothèque, riche de 10 000 disques environ et faits de dons et des
bandes reçues dans le cadre de la coopération. Le mode de
constitution de ces
difficultés. Il faut souligner le caractère
identique, sinon pire de l'archivage à celui qui s'observe à
Cotonou. Elle ne fait pas l'objet de notre étude pour des raisons de
réduction du champ géographique d'étude. 7
Support audionumérique 8 Whannou Samuel Stanislas, Les
archives audiovisuelles de l'Office de Radiodiffusion et
Télévision du Bénin, Mémoire de fin de
formation Abomey Calavi (ENA), 1987, P.33
documents n'en fait pas des documents d'archives. Mais par
extension, il y a bien des raisons de les intégrer au fonds d'archives
sonores. Réunis dans le cadre du fonctionnement de l'Office, ils sont
diffusés sur les antennes de la radio. Mieux que cela, en l'absence d'un
dépôt légal efficace, le rôle est revenu de facto
à l'Office de les conserver.
3- Contenu des supports
Les contenus des supports respectent les modulations de chacune
des périodes définies. Les émissions portent la
philosophie des différents pouvoirs correspondants aux
différentes périodes. Il s'agit en règle
générale d'émissions politiques, culturelles et sociales ;
contes et musiques traditionnelles et modernes ; d'interviews d'hommes
politiques ; de discours prononcés lors de grands
événements. Par exemple, on y retrouve les discours
d'indépendance du premier président du Dahomey, actuel
Bénin, Hubert Koutoukou Maga le 1er août 1960. Un
document qui retrace la cérémonie d'intronisation de Mgr
Bernardin Gantin, premier archevêque africain le 17 mars 1960 avec la
lecture des bulles pontificales a été conservé. En outre,
toujours à titre indicatif, sont conservés la plupart des
documents sur la période du pouvoir Emile Derlin Zinsou, le discours de
son investiture le 17 juillet 1968, la conférence économique dont
il a pris l'initiative, son interview à son retour du voyage officiel
à Paris9.
Des documentaires historiques, culturels ou de
variétés musicales, scientifiques reçus dans le cadre de
la coopération et ayant fait l'objet de diffusion ou d'exploitation se
retrouvent également dans le fonds.
II- Les fonds de télévision publique: un
quart de siècle d'histoire de la télévision
1- Le phénomène télévision au
Bénin
L'histoire de la télévision au Bénin
remonte à 1978. Les premiers signaux hertziens sont reçus dans
les domiciles à cette époque, soit 25 années après
l'arrivée de la radio. La télévision nationale est
née au Bénin dans un contexte politique caractérisé
par la doctrine marxiste léniniste et un pouvoir révolutionnaire
centralisateur. Dans ces conditions les premières heures de la
télévision étaient sous contrôle vigilant des
9 Il a dirigé le Bénin jusqu'en 1969.
Porté au pouvoir par les jeunes cadres de l'armée, il a
été démis par les mêmes militaires. Sa politique
d'impôt capital a été impopulaire.
autorités.
Déjà l'ordonnance 75-43 du 21 juillet 1975
créait l'Office de Radiodiffusion et télévision du
Dahomey. Encore embryonnaire à l'époque, la
télévision n'était pas une réalité palpable.
Le 10 Octobre 1981, la loi 81-012 crée l'Office de Radiodiffusion et
télévision du Bénin. La construction de la maison de la
télévision a débuté en 1971, mais les
émissions n'ont démarré qu'en 1978. En 1971 lorsque sa
construction fut mise en route, l'objectif était d'assurer la couverture
télévisuelle de la visite du Président Georges Pompidou au
Dahomey10 en 1972. Des premières heures de son apparition
jusqu'en 1989, la télévision est demeurée l'appendice du
pouvoir révolutionnaire, au regard de ses productions. La tendance sera
inversée plusieurs années après, notamment lorsque le vent
du renouveau démocratique va confier un certain exercice des
libertés au peuple, la presse comme axe d'expérimentation de
cette évolution.
2- Histoire des supports visuels
La télévision ayant démarré
effectivement en 1978 au Bénin aux grandes heures du pouvoir
révolutionnaire, l'histoire des supports remonte à cette
période. L'ensemble des documents peut être compartimenté
en deux périodes essentielles : de 1978 à 1990 puis de 1990
à ce jour.
Les supports usités dans l'ensemble sont des cassettes
BVU, des BETACAM, BETA SP, VHS et depuis quelques années des Béta
numériques et des mini DV CAM suite à l'intégration de
caméras numériques dans l'appareil de production de la
télévision nationale du Bénin.
La division thèque de la télévision
nationale est chargée de la gestion de l'ensemble des documents. Mais en
raison de la mauvaise organisation déjà constatée à
la radio, les documents connaissent aussi un éparpillement rendant
difficile leur nombre. En 1987 déjà on dénombrait au total
au niveau de la Documentation pour une période de neuf (9) ans un total
de 8000 documents vidéocassettes et bandes films de programmes produits
par la Télévision Nationale ou émanant de
l'extérieur, sans compter les autres documents détenus
arbitrairement par les autres sections.
3- Contenu des supports
Comme en radio, il s'agit essentiellement d'émissions
politiques de la période révolutionnaire, de productions
culturelles et sociales. Une part importante d'émissions de
divertissement est également à
10 L'actuel Bénin s'appelait encore Dahomey
en 1972. Il faut attendre jusqu'au 30 Novembre 1975 pour le voir changer de nom
et devenir la République Populaire du Bénin
retrouver dans le patrimoine visuel de la
télévision nationale du Bénin. Par ailleurs, des
interviews de personnalités nationales et étrangères, des
journaux télévisés, des événements nationaux
retransmis en direct en leur temps (défilé du 1er
août) pour ne citer que ceux-là sont autant de documents
épars qui sont conservés d'une manière ou d'une autre. A
défaut d'avoir l'ensemble des productions télévisuelles de
la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation de Février
1990, la Télévision Nationale en conserve encore quelques
unes.
Tableau 1 : Etat des archives audiovisuelles
dans les chaînes nationales publiques au Bénin
|
Médias
|
Supports
|
Nombre
|
Contenus
|
|
Télévision
|
-BVU -BETA SP
-BETACAM -VHS -BETA NUM
(récemment)
|
8000 vidéocassettes en 1987. Pas de chiffres
disponibles ces dernières années
|
1-Emissions - politiques - culturelles - sociales
-événements nationaux retransmis en directs -journaux
télévisés - jeux 2-Documentaires issus de la
coopération
|
|
Radio
|
-Bande magnétique 15mn, 30 mn, 60mn
-DAT -Disque vinyle
|
- Environ 7000 bandes magnétiques en 1987 - Pas
de chiffres disponibles ces dernières années - 10 000 disques
vinyle en 1987
|
1- Emissions - politiques, - culturelles - sociales -
contes -musiques traditionnelles - Interviews de politiques -discours 2-
Documentaires reçus dans le cadre de la coopération
|
Source : Notre propre enquête 4- Les
archives dans les médias audiovisuels privés : une histoire
récente
L'histoire des médias audiovisuels privés au
Bénin est récente. Elle remonte à la fin des années
90 avec la mise en application de la loi sur la libéralisation de
l'espace audiovisuel issue des résolutions de la conférence
nationale des forces vives de la Nation de février 199011. En
d'autres termes, l'arrivée des chaînes de radio et de
télévision est une volonté de la Conférence
nationale de libérer la parole et de créer un environnement de
liberté d'expression à l'échelle du pays.
Depuis lors un nombre indéchiffrable de radios ont vu le
jour aussi bien en zones urbaines qu'en zones péri urbaines et à
l'intérieur du pays. A cela s'ajoute deux (2) chaînes de
télévisions privées. D'autres attendent encore d'obtenir
l'autorisation Ce nouvel environnement médiatique suppose un
accroissement de la production au sein des médias nouveaux. Le jeu de la
concurrence et de la conquête d'auditoire devant engendrer un nouvel
enthousiasme et réveiller les chaînes publiques qui étaient
jusque là les seuls maîtres à bord. De ce point de vue, on
estime raisonnablement qu'il y aura davantage d'archives à gérer,
les productions augmentant. Les médias libres présentent des
fonds qui n'ont pas encore une décennie d'âge. Les supports sont
souvent constitués pour les radios de cassettes audio, de mini disques
et pour rares d'entre elles de bandes magnétiques. En ce qui concerne
les télévisions, elles ont vu le jour dans un contexte
d'avancée numérique. D'où l'utilisation rapide de supports
numériques, tels les Beta numériques et les
DV CAM.
5- Regard sur les archives du cinéma
Le Bénin n'a pas une forte pratique
cinématographique. S'il est vrai que le pays a vu naître des
professionnels du cinéma, il n'en demeure pas moins que ceux-ci n'ont
pas produit grand' chose. Soumis pour la grande majorité d'entre eux
à des moyens vidéo, leurs productions à quelque
différence près se retrouvent au fond de leurs tiroirs comme lieu
d'archivage. Au mieux des cas, elles sont conservées dans les rayons de
la télévision nationale, étant donné que beaucoup
de réalisateurs ont travaillé en coproduction avec cette
dernière. Une partie des archives du cinéma sont
conservées à la Direction de la cinématographie dans leur
corps originel. Mais le flux de ces archives du cinéma est
quantité négligeable par rapport aux archives de radio et de
télévision. En réalité, comme un peu partout en
Afrique de l'Ouest, les archives du cinéma ne posent pas grand
11 Après plusieurs années de
monopolisation de l'espace audiovisuel par les seuls médias publics, la
Conférence Nationale de février 1990 qui ouvrait l'ère
démocratique au Bénin a suggéré l'ouverture de
l'espace audiovisuel à des promoteurs privés en vue de favoriser
la liberté d'expression dans le pays. C'est dans ce cade que la loi
097-010 du 29 août 1997 a été votée et
promulguée. Au terme de cette législation, plusieurs
chaînes de radios et de télévisions privées ont
alors vu le jour au Bénin.
problème au Bénin en raison de leur nombre
réduit12.
12 Seul le Burkina Faso fait exception à ce
constat, car ayant une certaine pratique cinématographique. En
témoigne, la création d'une cinémathèque à
Ouagadougou.
CHAPITRE II LA PROBLEMATIQUE DES ARCHIVES EN DEHORS DES
MEDIAS: ETAT DE LA QUESTION AU NIVEAU INSTITUTIONNEL
La problématique de l'archivage audiovisuel public ne
s'observe pas qu'au niveau des médias de masse. Au niveau
institutionnel, c'est aussi une préoccupation, quoique timide dans
l'exécution. Dans cette partie, notre analyse prendra exemple sur deux
institutions. Il s'agit de la HAAC, la Haute Autorité de l'Audiovisuel
et de la Communication et des Archives nationales.
I- La Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la
communication (HAAC) dans la problématique de l'archivage
A côté des médias, la Haute Autorité
de l'audiovisuel et de la communication au terme de la loi sur la
libéralisation de l'espace audiovisuel s'investit par conviction propre
dans l'archivage audiovisuel. Bien que cette tâche ne relève pas
de sa mission principale qu'est la régulation des médias, la HAAC
s'investit depuis 1994 dans ce mouvement d'archivage, même si la conduite
du travail permet de constater des imperfections. Le soin dû aux archives
a varié dans le temps. Au cours de la première mandature de
l'institution (1994-1999), un travail rigoureux d'archivage s'est
observé. Ces dernières années, la tendance s'est
inversée résolument.
1- Les problèmes identifiés
L'observation et l'analyse révèlent que
l'archivage n'est pas des plus aisés à la HAAC. Les conditions de
stockage pose le plus grand problème. Les programmes journaliers
enregistrés sur support K7 AUDIO pour la radio et VHS pour la
télévision ne sont pas bien conservés. Les supports se
dégradent constamment. En l'absence d'une gestion professionnelle
indispensable, se déclinent du coup des difficultés diverses. Si
les fiches d'émissions existent avec des numéros correspondants,
rien ne garantit l'identification physique des matériels, faute d'un
stockage sérieux. Mieux, la documentation écrite qui devrait
accompagner les matériels est éparpillée. L'absence d'une
structure de documentation centrale crée une promiscuité
permanente entre la paperasse et les agents de la HAAC qui se disputent les
bureaux déjà exigus. Du coup, on perd parfois toute idée
de la situation spatiale des fiches d'émissions, avec pour
conséquences directes l'impossibilité d'avoir une statistique
correcte sur le nombre de matériels et de fiches archivés.
L'autre difficulté saisissante de la gestion des
matériels d'archives est celle du classement. C'est la
conséquence directe d'un défaut de stockage professionnel. La
HAAC, en raison de son travail de suivi de l'ensemble des médias devait
mettre en place un mode de classement d'émissions par médias. Au
regard de l'état actuel de conservation des matériels, ceci peut
ressembler à une prétention. L'exiguïté du local qui
fait actuellement office de magasin et le manque de personnel de conservation
constitue le talon d'Achille de l'institution qui peine à bien rationner
dans l'espace ses documents d'archives audiovisuelles.
2- Les types d'émissions enregistrées et
archivées
La HAAC porte une attention particulière sur -les
émissions à caractère politique -les émissions
culturelles -les émissions interactives -les émissions à
polémiques (notamment celles sur lesquelles, il y a eu des
dérapages) -En période électorale, les interventions des
hommes politiques à la radio et la télévision -Toute la
couverture médiatique est suivie, enregistrée et
stockée
Dans les simultanés (programmes quotidiens)
enregistrés, ces émissions sus décrites font l'objet d'un
traitement particulier en vue des soins d'archivage. Le travail
d'enregistrement et de stockage de la HAAC ne se limite donc pas aux seuls
documents politiques des périodes électorales, mais à
toutes les productions présentant un intérêt national
avéré.
II- Les archives nationales du Bénin : un manque de
coordination avec l'organe public de versement des archives audiovisuelles
La conservation de la mémoire écrite et
audiovisuelle béninoise est du vrai ressort des Archives Nationales du
Bénin13. En ce sens, les services publics doivent lui verser
leurs documents en vue de l'archivage définitif. C'est ainsi que dans le
cadre de ses attributions de conservation des documents
13 Les archives nationales du Bénin sont
à Porto Novo, la capitale du Bénin à environ 35 km de
Cotonou. Voir plus de développement sur les Archives Nationales en
deuxième partie au chapitre III .
audiovisuels, les Archives nationales du Bénin devaient
hériter par moments des supports du service de pré archivage de
l'ORTB, en tant que service public de l'information. Mais ceci est
demeuré une simple proclamation de foi, car dans les faits l'ORTB n'a
jamais versé aux Archives Nationales du Bénin. Cette situation
souligne l'incohérence caractéristique de la gestion des archives
audiovisuelles en général et celles publiques en particulier.
Aux Archives nationales du Bénin à Porto novo la
capitale, où existe un magasin de conservation de documents de 1000 m
linéaire réunissant les conditions normales de température
et d'hygrométrie, sont stockée et conservées seulement 150
bandes magnétiques des débats à l'Assemblée
nationale révolutionnaire14, neuf (9) bobines de chansons
traditionnelles populaires du Bénin et les bandes de la
Conférence nationale des forces vives de la Nation de février
1990 versées aux Archives à partir d'initiatives indirectes
émanant du Ministère du plan de l'époque. Au-delà
de ce portrait des archives dans leur milieu de conservation, il est
cohérent dans cette étude de porter le regard sur les
éléments qui expliquent les insuffisances de leur
préservation.
14 Entre 1975 et 1989, nom donné à
l'Assemblée Nationale du Bénin
CHAPITRE III LA MAUVAISE CONSERVATION DES ARCHIVES DE
RADIO ET DE TELEVISION : FACTEURS EXPLICATIFS ET CONSEQUENCES
Le patrimoine audiovisuel est mal conservé au
Bénin. Une situation qui fait craindre des risques de disparition de la
mémoire du peuple. Plusieurs facteurs se mettent ensemble pour expliquer
ce tableau peu reluisant.
I- Présentation des facteurs
La conjonction de plusieurs facteurs explique l'état des
archives audiovisuelles au Bénin. Ces facteurs les uns aussi marquants
que les autres ont jusque là constitué un blocage à
l'épanouissement du patrimoine audiovisuel.
1- Les facteurs historiques
Dans la plupart des pays africains le patrimoine documentaire
dans son ensemble a connu le chemin du péril parce que pendant longtemps
soumis à divers ennemis : dispersion, spoliation, déplacements
volontaires ou délibérés de fonds et de collections,
exactions à l'occasion de guerre ou de circonstances historiques,
obstacles politiques. Au Bénin, tout ceci n'est pas vérifiable.
Si les archives des premières années de radio au Bénin ne
sont plus identifiables sur place, c'est notamment parce que ces archives
allaient enrichir les fonds coloniaux au niveau de la métropole.
Après des campagnes de retour menées par des africains, beaucoup
de pays ont pu retrouver leurs archives qui ont tôt fait de
disparaître en raison de négligences de conservation. Il faudra
aussi mentionner que du fait que l'histoire de ces documents correspondait au
début de la radiodiffusion au Bénin, aucun véritable
travail de radiodiffusion ne se faisait pas. Mieux, les opérations de
déménagements des installations de la radio de son local originel
vers l'Ancienne Maison ont occasionné des pertes énormes. Nombre
de documents ont disparu dans ces conditions15.
Si des contraintes économiques ont expliqué
très souvent la réutilisation ou la destruction des supports, il
ne faudra pas perdre de vue les mobiles politiques qui sous-tendaient les
opérations de
15 La Radio a commencé dans un petit local
des postes en 1953. Par la suite elle a déménagé en 1957
pour s'installer dans un nouveau local appelé aujourd'hui l'Ancienne
Maison. Cette appellation arrive en comparaison à la Nouvelle Maison de
la Radio de construction récente d'où émet actuellement la
Radio
destruction de bandes. Ainsi il est rapporté que des
documents qui gênaient les régimes furent détruits sans
autres formes de procès. Mais sur cette question, aucune espèce
d'unanimité n'est pour l'heure établie.
2-Les conditions naturelles
Au Bénin, nombre de documents audiovisuels ont disparu
sous l'effet de plusieurs facteurs naturels. Au nombre de ceux-ci les
conditions climatiques semblent porter la plus lourde responsabilité. Le
Bénin en effet étant situé en zone intertropicale est
influencée par le climat qui lui est rattaché. Cela dégage
un surplus de chaleur et d'humidité qui produit des effets nocifs sur la
vie des matériels audiovisuels.
A défaut de disposer de conditions naturelles
favorables, le conditionnement par la climatisation est un
succédané dans toutes activités de conservation du
patrimoine mobile. Mais au Bénin, la problématique des moyens a
engendré un délaissement des archives dans la chaleur. Les
supports à défaut de bénéficier des conditions de
température et d'hygrométrie favorables sont abandonnés
dans des boîtiers en métal qui chauffent dans des locaux non
climatisés.
3- La nature des supports
Certains supports, notamment ceux radiophoniques ne
garantissent pas une longue conservation. Des bandes fines résistent
très peu aux intempéries. Elles ne présentent pas une
longévité souhaitée. La bonne conservation des documents
audiovisuels tient largement compte de la nature des supports.
4- Un stockage éparpillé et
désinvolte
L'état de stockage du patrimoine audiovisuel à
l'ORTB révèle un gros malaise. Il est à mentionner la
diversification des lieux de stockage des supports. Trois endroits se partagent
sans aucune coordination les archives audiovisuelles publiques de l'ORTB :
l'ancienne maison de la radio, la nouvelle maison de la radio puis la
télévision nationale. Il existe à côté de
cela les archives de Radio Parakou qui est le sous embryon régional de
la chaîne publique radiophonique nationale. Mais notre étude ne la
prend pas en compte. Toutefois, il faut souligner le caractère
identique, sinon pire, de l'archivage à celui qui s'observe à
Cotonou. La fragilité des supports audiovisuels n'a pas induit à
leur égard une attitude conforme et de nature à les
préserver. Un document audiovisuel n'a longue vie que si les conditions
de son stockage sont réunies. Au Bénin, les
éléments de stockage sont inadéquats. Si les
matériels audiovisuels stockés à l'ancienne maison de la
radio bénéficient d'une organisation qui a besoin d'être
relevée par des conditions normales de température et
d'hygrométrie, les autres documents se trouvant à la Nouvelle
Maison de la radio et les autres supports télévision sont en
piteux état pour la grande majorité d'entre eux. Cela peut
entraîner que certains documents des débats de l'historique
Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation de février
1990 ne soient plus disponibles à l'ORTB sans que l'on sache ce qui
explique cette « catastrophe »16.
En général, les bandes pour ce qui concerne la
radio parce que ne bénéficiant d'aucun suivi sont très
souvent empilées par terre, sans boîtiers de rangement, sans
aucune identification préalable. Une situation qui ne favorise
guère la reconnaissance du contenu du matériel et pose d'ores et
déjà un véritable problème réel de
conservation. Les archives de la Nation sont par terre, à moitié
déroulées dans la poussière et la chaleur. La
rareté des bandes vierges amène les professionnels à
puiser en cas de besoin dans cet amas confus de bandes. Du coup, les originaux
sont parfois effacés pour une réutilisation du support. Aucun
système de consignation des prêts n'existe. D'où
l'imbroglio généralisé dans les sorties et les
entrées des matériels. Un matériel prêté ne
revient que si la partie emprunteuse fait diligence. Autrement, aucune
imposition ne lui est faite formellement.
Du côté des supports télé, il n'est
nullement question d'amélioration. La mémoire disparaît
là aussi à une vitesse effroyable. En dehors de quelques
documents récents qui bénéficient encore d'une attention
primaire, les plus anciens subissent le coup d'une gestion
dévergondée. Contraintes à la cohabitation avec les bus de
reportage de la télévision, les archives ont les garages comme
magasins de leurs stockages. Ce qui les expose à des moisissures et
à des décompositions chimiques, c'est-à-dire au «
syndrome de vinaigre »17. Si les précieux documents de
la conférence nationale ont presque disparu au niveau de la radio, il en
est de même au niveau de la télévision. Même s'il est
possible d'en retrouver des traces, c'est souvent à travers des
émissions consacrées à l'événement, dans les
premières années qui l'ont suivi.
Une analyse restrictive peut conduire à affirmer que le
fait que l'on n'ait pas retrouvé ces documents et plusieurs autres ne
signifie pas forcément qu'ils aient disparu. Mais le manque de soin et
l'absence de catalogage et d'identification au moment de l'entrée du
matériel peuvent en être les facteurs
16 La Conférence Nationale des Forces vives
de la Nation de Février 1990 a eu un écho retentissant aussi bien
en Afrique que dans le reste du monde. Cela a réussi à donner au
Bénin un éclat sur la scène internationale. Face à
une telle réalité, il est presque inadmissible de constater que
les archives de cet événement ne fassent pas l'objet d'une
meilleure conservation. Ceci peut s'assimiler à une catastrophe, car
c'est toute une mémoire nationale qui disparaît. 17
Décomposition chimique des supports bandes magnétiques et
qui a pour résultat de produire une odeur qui s'assimile à du
vinaigre
explicatifs.
Il y a une autre forme de stockage du matériel
née de la jalousie des producteurs face à leurs productions. Ce
qui rend les journalistes propriétaires directs de leurs
réalisations. Quoiqu'on puisse en dire, il s'agit d'une forme qui vient
pallier un manque en matière de conservation structurée. C'est
ainsi que les casiers et placards des journalistes deviennent des «
magasins de stockage » dans l'ignorance totale des conditions de
conservation. Des productions et émissions à valeur patrimoniale
(culture, interviews inédites d'hommes politiques, émissions
d'ordre artistique etc) au lieu d'échouer dans un magasin pour une
exploitation générale vivotent, comme c'est souvent la
règle, dans les débarras des rédactions et bureaux.

Photo 1 : Des boîtes de bandes magnétiques
audio stockées à l'ancienne maison de la radio

Photo2 : Les conditions de stockage de bandes audio
à l'ancienne Maison de la radio

Photo3 : Les bureaux servent de lieux de stockage de
supports télévisuels à défaut d'espace

Photo 4 : Des rayons de bandes visuelles à la
vidéothèque de la télévision nationale du
Bénin : un mélange des différents types de
supports
5- L'inexistence d'une culture de
conservation
La conservation n'est pas encore une préoccupation
passionnante au Bénin. Seule la prétention constitue
l'élément moteur qui pousse des professionnels à s'y
intéresser. Conscients que les archives audiovisuelles appartiennent au
patrimoine culturel d'un peuple et représente incontestablement la
mémoire, ils mènent compte tenu de leurs sensibilités des
actions isolées pour sauver le patrimoine audiovisuel. A
côté de cela, rien n'est entrepris de façon soutenue. A
l'origine de toute action, règne une ambition. L'absence d'ambition et
le manque de culture d'archivage expliquent une telle indifférence
vis-àvis des documents audiovisuels de la Nation. Faire de l'archivage
en général au Bénin relève encore de «
vieilleries ». Une telle conception bloque résolument la mise en
oeuvre d'initiatives ambitieuses susceptibles d'induire l'épanouissement
du secteur de la conservation des archives audiovisuelles.
6-Des archives non documentées
Pour beaucoup d'émissions et de matériels
rattachés, il n'existe plus les notices documentaires. La question des
fiches est une véritable problématique dans la réflexion
autour de l'archivage au Bénin. Beaucoup de documents n'ont plus la
chance d'être identifiés physiquement en l'absence de fiches et
d'identifications claires. Dans ces conditions, on recourt tout simplement
à leur audition pour accéder aux contenus. La conséquence
immédiate est la lenteur observée dans leur exploitation. Car si
les informations documentaires étaient existantes, elles permettraient
un gain formidable de temps et donneraient incontestablement une
identité claire à ces documents.

Photo 5 : Etat délabré de conservation
des fiches d'émissions

Photo 6 : Archivage désinvolte des fiches
documentaires manuelles à l'ancienne Maison de la radio
7- Le manque de professionnalisme et de
formation
Pendant longtemps, le volontariat, la passion et l'engagement
personnel ont été à la source de la gestion du secteur de
l'archivage audiovisuel. Peu de gens sont formés à
l'archivistique audiovisuelle. Les rares personnes qui s'y connaissent ne
bénéficient pas du recyclage approprié. Les
conséquences sur le secteur d'archivage n'ont pas alors tardé et
expliquent qu'aujourd'hui le patrimoine audiovisuel végète dans
une situation de désespoir incommensurable.
8- L'absence d'une politique nationale en
matière de conservation du patrimoine audiovisuel
A l'échelle d'un pays toute action est dictée et
soutenue par l'instauration d'une politique publique qui fixe les pratiques et
garantit la pérennité des actions. Nous savons ainsi qu'il y a
une politique publique en matière d'information, de gestion de
l'environnement, des finances publiques, du tourisme etc. La mise en oeuvre
d'une ligne directrice donne le fil d'Ariane et permet d'engager en constance
des efforts. En matière d'archivage audiovisuel, on a assisté
jusque là au Bénin à l'inexistence d'une politique. Il
aurait fallu cela pour permettre de sauver plusieurs heures d'archives
audiovisuelles. La torpeur enregistrée n'a pas arrangé la
situation. A ce jour, le Bénin éprouve du mal à rattraper
ses retards et assiste encore avec indolence à la disparition et la
dégradation des documents de son passé.
9- La diffusion, premier souci, la conservation en
simultané, dernière préoccupation
Dans la plupart des pays, les médias ont une forte
propension à la diffusion. Mais la nuance réside dans le fait que
beaucoup prévoient un système d'archivage d'actualité qui
appuie les productions quotidiennes, comme c'est le cas de Radio Finlande et de
Radio France Internationale. Au Bénin, les contraintes évidentes
de moyens limitent encore ce type d'archivage. Les émissions
diffusées ont tôt fait de passer dans l'oubli total. Rien ou
presque n'est entrepris pour immortaliser les journées
d'émissions. Il n'existe pas encore des enregistrements
simultanés (enregistrement d'une journée entière de
programme), parce que coûteux. En définitive, au Bénin, les
médias n'ont pas encore acquis la culture et la mentalité de la
conservation en simultané.
II- Les conséquences directes : la disparition du
patrimoine audiovisuel
Le patrimoine audiovisuel du Bénin est en net recul. Les
pages de la mémoire audiovisuelle nationale s'effacent à un
rythme incontrôlé. Chaque jour voit les documents audiovisuels
sombrer, devant le mûr d'indifférence des professionnels et de
l'ensemble des acteurs potentiellement chargés d'y veiller. Les facteurs
énumérés ci haut représentent de véritables
épines aux pieds du patrimoine audiovisuel national. Face à cette
situation, s'il est inutile d'affirmer que la mémoire disparaît
progressivement, il n'est en revanche pas superflu de rappeler la perte que
cela représentera pour les générations à venir. Si
rien n'est fait d'ici quelques années, le Bénin ne devra plus
compter sur les services que peuvent lui rendre les archives audiovisuelles.
Le patrimoine n'est appelé à se perpétuer
que si un minimum de soins lui est apporté. C'est la seule caution
à son développement et sa transmission. Car un patrimoine soumis
à des facteurs nuisibles à son épanouissement est un
candidat potentiel à la disparition.
CHAPITRE IV-LA PROMOTION CULTURELLE DES ARCHIVES
AUDIOVISUELLES AU BENIN : ETAT DE LA QUESTION
Les facteurs énumérés ci-dessus
s'expliquent en grande partie par le manque originel de volonté
politique et de vision sur la valorisation culturelle des archives. Une
attention rigoureuse à ces documents du passé dans le cadre de
leur intégration réelle aux aspects du déroulement de la
vie culturelle aurait commandé leur gestion scientifique et
ordonnée. Dans l'analyse qui va suivre, nous porterons la
réflexion sur l'indifférence qui a caractérisé les
actions politiques et les programmes culturels de masse à l'égard
des archives.
I-De la notion générale des archives
La notion d'archive est vaste et très étendue.
Elle ne saurait se limiter à celle d'archives audiovisuelles et
recouvrirait une très grande complexité.
1- Définition
La notion d'archives semble un concept banal et bien connu de
tous. Car dans notre existence quotidienne, on en fait usage dans les
discussions et les débats. Mais la compréhension réelle
que chacun en a n'est toujours pas la plus correcte et ne cadre souvent pas
avec les réalités que recouvre la notion. On confond facilement
les archives avec les cercles de vieilleries et les éléments
abandonnés. Dire qu'on travaille dans les archives s'assimile
aisément à un garage et ne confère aucun prestige.
D'où le nombre littéralement bas des personnes
s'intéressant au domaine des archives. Ray Edmonston, expert de l'UNESCO
sur le patrimoine documentaire fait remarquer que « le mot archives,
d'emploi courant est lui-même problématique en raison des
nombreuses associations dont il fait l'objet. Dans le langage populaire, il
draine une connotation générique de dépôt de
matériels vieux ou obsolètes. Sous l'image de la
poussière, des toiles d'araignée et de la
décrépitude, de matériel oublié, mis sous
clé et pratiquement inaccessible, le terme est souvent un handicap
vis-à-vis du public. Parler du matériel découvert ou
déterré aux archives, c'est oublier la précision,
l'accueil des visiteurs et le dynamisme d'archives bien tenues. »18
Lorsque l'on aborde la question des archives en ces termes, le
paradoxe est donc frappant quand juste
18 Ray Edmonston, Une philosophie de l'archivistique
audiovisuelle, UNESCO, Paris, Juin 1998, pp. 7-8
après l'on se rend compte de leur importance dans la
mémoire individuelle et collective. Nul n'ignore le rôle
prégnant des documents d'archives dans le déroulement des
activités administratives, scientifiques,culturelles etc. Les archives
sont les documents de mémoire et de recul temporel. Les documents nous
enseignent que la notion d'archives aurait pour point de départ
l'antiquité quand leshommes ont décidé de conserver des
traces de leurs activités par les arts pariétaux, les
peinturesrupestres, les premières écritures comme le
cunéiforme, les idéogrammes, les phonogrammes etc.
Jusqu'au 12ème siècle, la notion est
restée vague et très peu répandue. Les rares documents
à savoir : peaux d'animaux, rouleaux, papyrus, pierres étaient
peu organisés. A la faveur de l'évolution et de certains
événements, la notion d'archives se précise et
s'universalise. Chez les peuples qui ont connu la civilisation de l'Ecriture,
les archives occupaient une position centrale. Elles étaient des
éléments de preuves et de renseignements « sur lesquels
pouvaient se fonder tout droit et toute obligation de leur détenteur
». Chez les Romains au 12ème siècle, les archives
constituaient « un réservoir de preuves, de titres, un arsenal
d'armes juridiques servant à protéger droits et privilèges
des rois, princes et autres grands de ce monde »
Les archives prennent du sens partout où s'organisent
les activités humaines. Car, elles sont des éléments qui
fournissent des informations inestimables sur les actes pris.
Pour un auteur français comme Jean Favier qui a
jeté la réflexion sur les archives, elles «sont
l'ensemble de documents reçus ou constitués par une personne
physique ou morale, ou par un organisme privé ou public,
résultant de son activité, organisés en conséquence
de celle-ci et conservés en vue d'une utilisation éventuelle
»19
Le décret 90-384 du 4 décembre 1990, portant
attributions, organisation et fonctionnement des Archives Nationales du
Bénin, en son article 2 définit les archives comme «
l'ensemble des documents, quels qu'en soient la nature, la date, la forme et le
support matériel, élaborés ou reçus par une
personne physique ou morale, ou par un organisme public ou privé, dans
le cadre de son activité, documents organisés en fonction de
celle-ci et conservés à des fins d'administration, culturelle et
scientifique »
Cette perception des archives s'observe sous leur prisme
d'élément matériel. Mais les archives peuvent être
aussi définies par rapport à leur aspect institutionnel. Elles
désignent alors un établissement ou un service d'un
établissement consacré à la collecte, la gestion, la
conservation, et à la consultation ou l'utilisation d'une collection de
documents.
Pour mieux cerner la notion d'archives sans confusion, il
convient de définir ce qu'elle n'est pas. En
19 Favier Jean, Les archives, PUF, Paris,
1975, p. 25
effet, « si une bibliothèque conserve la
mémoire du savoir de l'homme et un centre de documentation, les
documents utiles dans l'activité de l'homme, le centre d'archives lui,
conserve la mémoire de l'activité de l'homme
».20 Comme elle garde trace des actes individuels, sociaux
ou institutionnels, on en voit l'image d'une « conserve culturelle ou
d'une boîte culturelle »21.
On distingue de façon détaill&ea |