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SOMMAIRE
A/
Problématique de la Mise en Oeuvre de la communication
sur les médias à base de réseaux :
5
1.1. Des contradictions culturelles :
5
1.2. Communication et société
:
5
1.3 La communication via les nouveaux
médias à base de réseaux, entre idéologie technique
et projet de société :
7
B/
Tendances à l'oeuvre dans la communication sur les
médias à base de réseaux :
7
I. Culte
des Réseaux :
7
1. Pour ou contre Internet et la
communication par le biais des réseaux, une fausse alternative :
8
1.1 Les partisans du tout- en- Réseau
:
8
1.2 Les technophobes :
8
1.3 Les partisans d'un usage raisonné
:
9
2. La promesse d'un monde meilleur :
9
2.1 La promesse d'une nouvelle vie :
9
2.2 Les fondements de la société
de l'information :
10
3. L'incarnation d'une vision :
11
3.1 Un discours ancien :
11
3.2 La mise en place des premiers
réseaux :
12
3.3 L'influence de la cybernétique
:
13
3.4 La micro-informatique et les débuts
de l'Internet :
13
4. Un univers de croyances :
13
4.1 Un idéal de transparence :
14
4.2 L'idéal d'ouverture, ou le refus
de la distinction entre vie privée et vie publique :
15
4.3 La libre circulation et le refus de la Loi
:
15
4.4 Une communication directe, ou le refus de
la médiation :
16
4.5 L'apologie de l'esprit, ou le refus de la
parole incarnée :
17
5. Les appuis d'une nouvelle
religiosité :
18
5.1 Des thématiques religieuses proches
:
18
5.2 La continuité avec la
contre-culture des années soixante :
19
5.3 La jonction avec le libéralisme
:
19
5.4 Une utopie technicienne ?
20
6. Le tabou de la rencontre directe :
21
6.1 La question de la violence :
21
6.2 Une description de la
"société mondiale de l'information" :
22
6.3 La société solaire d'Asimov
:
22
7. Une menace pour le lien social :
23
7.1 Deux modèles de
développement d'Internet :
24
7.2 Une information aux limites de la
propagande :
24
7.3 Quelques effets pervers du nouveau culte
:
25
7.4 Le fantasme de la mort de l'homme :
26
8. Raisonnements assistés par
ordinateur :
27
8.1. Les agents :
27
II. Contenus et
communication via les Médias à base de Réseau(x) :
28
1 Quels contenus pour Internet ?
28
1.1 Communication, Récit(s) et
Information :
28
1.1.1 La mise en intrigue :
28
1.1.2 Trois caractéristiques de
l'information :
29
1.2 La fiction interactive :
30
1.3 Un nouveau paradigme :
31
1.4 Un concept nouveau lié à la
communication via les réseaux :"anycastworld" :
31
III. Arts et images,
communication sur les médias à base de réseaux :
31
1. Cinéma,
Télévision, communication sur les médias à base de
réseaux :
31
1.1 Cinéma :
31
1.2. Télévision :
32
1.2.1 Résultats financiers et
télévision en réseau, des échecs cuisants :
32
1.2. 2 L'idéal d'ouverture ou le refus
de la distinction entre vie privée et vie publique :
33
1.2.3 M6 et son émission qui reprend le
concept de la chaîne de télévision Big Brother :
34
2. Art(s),
Communication et Médias à base de réseaux :
38
2.1. Musées et galeries sur le Net
:
38
2.2. Art et Oeuvres virtuelles :
38
2.3. Musique :
40
3. Jeux, mondes
virtuels et communication via les médias à base de
réseau(x) :
40
IV. Robotique, Organisation du Travail
et communication sur les médias à base de réseaux :
42
1. Robots, Robotique,
Réseaux :
42
1.1. Des origines ... à nos jours,
réalité des robots :
42
1.2. Le robot ou l'homme artificiel, les
créatures virtuelles :
44
1.3. Des Robots dans notre quotidien :
45
1.4. Des Robots ou un peu de
littérature :
45
1.5. Des Robots depuis notre imaginaire
à la réalité vraie :
47
1.6. Des Robots ou "Comment nous travaillerons
demain" :
47
2. Travail :
48
2.1. Sans frontières, l'entreprise
vivra en réseau avec ses sous-traitants, ses salariés et ses
clients :
48
2.2. Le quaternaire :
49
2.3. Demain : Les places de marché de
n- ème génération :
50
V. Communication,
Médias à base de Réseaux, Secteur financier :
50
1 Désormais, grâce aux
réseaux modernes, les clients paient sur un mobile et consomment sur un
portail :
50
2 Loi sur la sécurisation des cartes
bancaires :
52
VI. Formation et
communication via les médias à base de réseau(x) :
52
1 La formation en ligne change les contenus et
les méthodes d'enseignement :
52
2 La formation à distance
nécessite pédagogie et implication accrues :
53
3 La communication des savoirs :
54
VII. Communication,
Médias à base de réseau(x) , Médecine et Recherche
:
55
1. Médecine
:
55
1.1. Techniques : les différents types
de télé médecine :
55
1.1.1 La télé consultation et le
télédiagnostic :
55
1.1.2 La télé- expertise :
55
1.1.3 La télé- surveillance
:
56
1.1.4 Les réseaux "ville/hôpital"
:
56
1.1.5 La télé- formation :
56
1.1.6 La télé- chirurgie :
56
1.1.7 Des techniques et après ? :
56
1.2. Quelle différence y a-t-il entre
les sites médicaux et les autres e- enseignes ?
57
1.3. Plus concrètement, voici ce que
peut être le surf médical d'un patient éclairé :
57
1.4 Internet et les réseaux peuvent-ils
rendre malade ?
59
1.4.1 L'avis des psychologues :
59
1.4.2 Nouvelle maladie, vraie
dépendance aux nouvelles technologies :
59
2. Recherche et
communication à base de réseaux via des médias :
60
2.2.1. Par les réseaux, les chercheurs
entrent dans l'ère du calcul partagé :
60
2.2.2 Désormais, il est possible de
travailler à temps perdu :
61
2.2.3 C'est l'avènement des
"Pétaoctets" :
61
2.2.4. Il est essentiel de sécuriser
l'accès :
61
2.2.5 L'organisation de la recherche doit
s'adapter au monde des réseaux :
62
2.2.6 Concrètement, exemple du
téléguidage opératoire d'instruments :
63
VIII. Pays en retard
de développement, communication, médias à base de
réseau :
63
1 Un exemple, l'Afrique tisse une toile
disparate :
63
IX.
Régulation, éthique, législation, droits
d'auteur, cyber criminalité :
65
1. La difficile mise en route d'une
législation pertinente :
65
1.1. L'UNESCO lance un Observatoire
international sur la société de l'information et sur
l'info-éthique :
66
1.2. La propriété, le droit
d'auteur, le "capital symbolique" :
67
1.3. Valider la qualité des
informations, défendre les droits d'auteur, trouver un nouveau souffle
avec le haut débit :
68
1.4. Nouveaux géants de la
communication :
68
2. Législation concernant les droits
d'utilisation, les droits d'auteur, les usages abusifs...
69
3. Arrivée des nouvelles technologies
de l'information :
71
3.1 Séance de QUESTION à
l'Assemblée du 29/03/2001, concernant les développements des
technologies UMTS et les attributions et gestion des licences aux
opérateurs de marché :
71
3.2 Un autre acteur, Marc Tessier, pdg de
France Télévision 29/03/2001 :
71
3.3 En France, le gouvernement donne le coup
d'envoi à la société de l'information :
71
4. Directives et législation
européenne :
72
4. Engagement citoyen contre trivial lobbying
:
74
C/
Conclusion : communication, au-delà du réseau, le
vivant :
75
La communication, par le biais des réseaux,
implique et induit un tri sur le vivant.
75
1 Le nouvel ordre numérique :
75
1.1 La révolution numérique
:
76
1.2 Hiérarchies et nouvelle donne :
76
2 L'économie domine-t-elle le politique
?
77
3 L'économie numérique, une
nouvelle économie ?
79
3.1 Il existe bien une dynamique nouvelle dans
l'économie :
79
3.2 Doutes concernant le passage vers le
Nouvel Age :
81
4 Risques et nouveaux médias, la
régulation est un défi :
82
4.1 Le risque dans la société
contemporaine :
82
4.2 Insécurité informatique :
épouvantails et dangers réels de la révolution
numérique :
82
4.2.1 L'ordinateur de Satan* :
82
4.2.1.1 Premiers types de problèmes
:
82
4.2.1.2 Autre type de problèmes :
83
4.2.2 L'illusion cryptographique :
83
4.3 Le grand massacre de la
propriété intellectuelle :
84
5 La Société en Réseaux
:
84
5.1 Nouvelle révolution technique et
naissance de la société de l'information :
85
5.2 Informationalisme, industrialisme,
capitalisme, étatisme. Modes de développement et modes de
production :
86
5.3 Le sujet dans la société
informationnelle :
86
5.4 L'Economie Informationnelle et le
Processus de Globalisation :
88
5.5 Architecture et géométrie de
l'économie informationnelle et globale :
90
5.6 L'Entreprise en réseau - Culture,
Institutions et Organisations de l'Economie Informationnelle :
90
5.6.1 De la production de masse à la
flexibilité de la production :
91
5.6.2 La petite entreprise et la crise de la
grande firme, mythe et réalité :
91
5.6.3 La mise en réseau interentreprise
:
92
5.6.4 La firme horizontale et les
réseaux d'affaires globaux :
93
5.6.5 La crise du marché de la firme
verticale et l'essor des réseaux d'affaires :
93
5.6.6 La technologie de l'information et
l'entreprise en réseau :
93
5.7 La culture de la virtualité
réelle prend de plus en plus d'importance :
100
5.7.1 On passe de la galaxie Gutenberg
à la galaxie MacLuhan par l'essor de la culture des mass médias :
100
5.7.2 La société interactive
:
102
5.7.3 La culture de la virtualité
réelle :
103
5.7.4 Le temps flexible et l'entreprise en
réseau :
103
6 Piloter l'informatisation*, c'est choisir un
modèle de société :
104
7 Le projet en avenir aléatoire,
socialiser l'information :
105
8 Démocratique, la révolution
des réseaux ?
106
9 En conclusion :
107
ANNEXES
A/
Semaine Européenne des Ntic 2001, le point de vue des
acteurs du marché :
110
1. CONF 1 : Comment Internet et les nouvelles
technologies modifient nos comportements, nos habitudes de consommation et
notre vie citoyenne ?
110
2. CONF 2 : Internet et les nouvelles
technologies, facteurs clés d'une croissance économique durable
?
115
3. CONF 3 : Les nouveaux eldorados : Internet
mobile et web TV, mythes ou réalités de demain ?
119
B/ Les
cinq principaux chapitres du texte du projet de loi sur la
société de l'information :
124
C/
L'Hominescence par Michel SERRES :
124
Articles de Presse, conférences et
études :
128
A propos du concept « anycastworld
« , étude réalisée par SONY EUROPE et
présentée à l'occasion du MILIA 2001 :
130
"Science sans conscience
n'est que ruine de l'âme"
A/
Problématique de la Mise en Oeuvre de la communication sur les médias à base de réseaux
:
1.1.
Des contradictions culturelles :
Robinson est un mythe, l'humain est un être social. La
diversité des cultures est un bien précieux de l'humanité.
Au travers de notre culture se fonde notre identité.
Nous communiquons aussi pour nouer des relations, afin de
partager des émotions et des sentiments, d'agir sur autrui, ou de
conforter notre identité et celle des autres. Comme l'a identifié
Pierre Bourdieu les enjeux influencent le processus d'expression et de
communication au niveau des acteurs. Du côté du locuteur, le
discours tenu peut apparaître comme une sorte de compromis entre un
mouvement expressif
( intérêt, motivation, intention...) qui le pousse
à communiquer, et une force de répression (inhibition, censure,
précaution...) qui l'amène à contrôler ses messages
et se traduit par des mécanismes de défense communicationnels.
Le partage entre le dit et le non-dit, par exemple,
résulte de ce conflit, et certaines modulations sémantiques et
syntaxiques du discours.
Côté récepteur s'opère un processus
d'interprétation qui le conduit, en raison de sa position, à
mettre en oeuvre des mécanismes de sélection et
d'interférence qui sont autant de réactions à l'intention
du locuteur qu'à la façon dont il perçoit celle-ci
à travers le prisme de sa subjectivité.
Chaque récepteur contribue ainsi à produire le
message qu'il perçoit, et l'apprécie en y important tout ce qui
fait son expérience singulière et collective.
L'accroissement des échanges ne garantit nullement une
meilleure communication. La vitesse de circulation des informations donne
l'illusion de pouvoir contourner également la résistance de
l'espace mais l'expérience personnelle constate l'impossibilité
à s'affranchir de cette frontière. L'individu ne peut pas
à distance éprouver des climats, des odeurs, connaître les
habitudes et les modes de vie. Hier, le temps du déplacement permettait
de se préparer à la rencontre de l'autre. Aujourd'hui, cet espace
temps ayant disparu, l'autre est presque immédiatement présent,
donc plus rapidement menaçant.
Avec les réseaux, Internet (Réseau de
réseaux), la cyberculture, pas de stock ou de pérennité,
seuls des flux sont échangés à un moment donné du
temps. Le volume des messages, la vitesse et l'interactivité ne
suffisent pas à constituer une culture quand on sait que celle-ci se
construit par accumulation de mémoire vive c'est-à-dire vivante,
dans un rapport constant entre patrimoine et nouveauté, tradition et
modernité.
1.2.
Communication et société :
D'une part la communication peut être
considérée comme une condition de la modernisation,
hypothèse qui permet de mettre l'individu, la personne, le sujet,
l'homme, au centre des systèmes, l'économique, le social et le
politique.
D'autre part, la communication est un enjeu de la
société individualiste de masse. Elle est fonctionnelle, afin
d'organiser les relations entre les grandes masses dans le cadre de
l'économie mondiale, et normative dans le cadre d'un modèle
politique de démocratie de masse.
Deux idéologies ont de plus en plus de succès :
- idéologie technique, celle décrite par Jacques
Ellul dans La Technique ou l'Enjeu du siècle, source de points de vue
dominants tantôt optimiste tantôt pessimiste,
- idéologie économique, qui développe trois
tendances majeures: laisser faire le marché, faciliter la mise en place
d'une économie mondiale de la communication qui assurera plus de paix et
de compréhension.
L'idéal de la communication fonctionnelle est du
côté de la circulation et de la performance, de la transmission et
de l'interactivité, de la vitesse et de l'efficacité, alors que
celui de la communication normative admet la nécessité de la
lenteur de l'intercompréhension, ainsi que l'importance des
différences culturelles, religieuses, symboliques, qui fondent la
richesse d'une société. Pour l'une comme pour l'autre, le
stockage à bon escient des informations peut être à
l'infini à condition d'une disponibilité totale et
immédiate.
Les thèmes de la régulation-
dérégulation dominent désormais complètement
l'univers économique.
1.2.2 Communication et médias :
Lazarfeld nous dit que l'individu possède des outils de
référence et des filtres, et utilise trois niveaux de
sélectivité :
1. l'exposition sélective, l'attention portée
à tel ou tel message dépend de la relation personnelle que
l'individu entretient avec cette information;
2. la perception sélective;
3. la mémorisation sélective, en fonction du cadre
de pensée, des préférences culturelles et de la vision du
monde de l'individu concerné, nous ne nous souvenons que de
manière imparfaite de la partie des messages que nous ne avons
perçue.
L'effet de la communication médiatique n'est pas seulement
limité, il est aussi indirect : en 1955, Katz et Lazarsfeld
établissent l'hypothèse de la "communication à deux
niveaux" (Two-step flow communication), puis à plusieurs niveaux*.
Les groupes de référence (communauté de
travail, associations, syndicats, relations familiales et amicales, etc.) dans
lesquels sont insérés les individus, et l'existence de leaders
d'opinions au sein de ces groupes, ont une importance décisive.
La première diffusion du message des médias
s'effectue de façon verticale en direction des leaders d'opinion. Elle
se poursuit à l'intérieur du groupe de manière
horizontale, par l'intermédiaire des leaders.
Katz et Lazarsfeld introduisent un niveau de médiation
supplémentaire. Les médias touchent les individus directement,
mais lorsque ceux-ci rencontrent des difficultés à s'approprier
ou interpréter le message, ils se tournent vers leurs groupes
d'appartenance. Les messages que délivrent les médias sont donc
soumis à la pression des groupements quels qu'ils soient et
reflètent en grande partie les opinions et les idéologies
préétablies de ces derniers. Les médias, la
télévision en particulier, sont habituellement des outils de
renforcement d'opinion et non de changement d'opinion. Cette
particularité ne se retrouve pas s'il y a crise vis-à-vis des
leaders ou désir de changement de la part des individus et des
groupes.
Lazarsfeld dit Katz, postulait que les médias indiquent
aux gens ce qu'il faut penser, mais des figures illustres telles Adorno,
Horkheimer, Marcuse, Benjamin ou Habermas, considèrent pour leur part
que les médias prescrivent ce qu'il ne faut pas penser (la
révolution, le changement, la modifications des situations collectives
et individuelles). Pour d'autres, en particulier McCombs (agenda setting) ou
Shaw, les médias disent aux individus ce à quoi ils doivent
penser. Ils s'agit ici de déterminer quels sont les sujets importants,
ceux auxquels les gens doivent s'intéresser. Les médias
remplissent la fonction d'agenda c'est-à-dire de sélection, par
les journalistes et les professionnels des médias, des faits majeurs
parmi la masse des informations émises et qui circulent. Dans le
paradigme technologique enfin, les médias sont conçus comme des
opérateurs de la pensée et modifient la façon de voir le
monde. La réception et la transmission par les individus des messages
écrits diffèrent fondamentalement des messages audiovisuels,
à tel point que l'on peut opposer une civilisation de l'écrit
à une civilisation de l'image électronique.
Un fossé culturel peut exister entre différents
individus ou différents groupes sociaux, obstacle à la
communication, à l'acquisition des savoirs et plus
généralement à la capacité à décoder
et à donner un sens à des informations.
Nous sommes dans une période de refondation où
certaines notions qui jusqu'ici faisaient figures de données telles
l'opinion publique, l'information... sont remises en cause.
Mc Luhan, notamment dans son livre Pour comprendre les
médias, émet une théorie qui repose sur le
caractère dominant à une époque donnée d'un
médium. La définition des médias doit s'étendre
dans un sens très large; elle inclut toute technique, quelle qu'elle
soit, susceptible de créer des prolongements du corps humain ou des
sens, depuis le vêtement jusqu'à l'ordinateur qui structure notre
mode de vie.
A ce titre trois observations importantes apparaissent :
1. toute technologie est liée à l'extension d'un
sens; les médias sont ainsi de véritables prothèses, des
prolongements technologiques des individus;
2. toute modification technique des mass médias
(l'apparition de la presse, celle de la radio et de la télévision
comme celle, ensuite, de la télématique) entraîne une
transformation de l'environnement social mais aussi du mode de perception et du
psychisme individuel et collectif;
3. le mode de communication, le médium, importe davantage
que le message.
1.3 La
communication via les nouveaux médias à base de réseaux,
entre idéologie technique et projet de société :
La communication reste bien au coeur du lien social qu'elle
participe elle-même à tisser. L'idéologie technique qui
réduit la communication à la technique construit une fausse
hiérarchie entre les médias dits anciens et les nouveaux. L'enjeu
de la communication n'est pas technique, mais dans la compréhension des
relations entre les individus, modèle culturel, et entre les individus
et la société, projet social. Libérer la communication du
joug de la technique nécessite de développer et de dominer la
connaissance. Médias généralistes et nouveaux
médias nous renvoient au modèle de la société
individualiste de masse. Si les premiers forment une offre de qualité,
le progrès aura dépassé la logique de marché qui ne
se préoccupe que de la demande et des nouvelles techniques.
La communication à distance, fortement promue par les
nouvelles techniques ne remplacera pas la communication humaine directe, ne
serait-ce que parce que l'être humain domine les technologies ou les
abandonne mais ne se laisse pas dominer par elles. Ce sont les machines qui se
branchent, pas les hommes. L'humain, lui, se différencie en fonction des
techniques qu'il découvre ou qu'il invente. Il se fabrique de nouveaux
métiers, de nouvelles pratiques, un nouveau statut...
L'humain est bien autre chose que le partenaire de l'interaction
technique et il existe un grand décalage entre la performance des
machines et la complexité de la communication humaine.
La nouvelle écriture du monde que représente
Internet et les réseaux donne des atouts essentiels : le patrimoine
intellectuel et culturel et tout ce qui permet de promouvoir l'intelligence
collective est donc à mettre en ligne, car la sagesse qu'est la
capacité de valider une information dans un océan de
données, devrait nous permettre de distinguer les uns des autres et de
jouer avec succès des cartes voire des nations originales.
Au-delà du gigantesque chantier de sa mise en route, la
question se pose de reconnaître de quoi sera faite la
société de demain; en quoi la société en
réseaux constitue bien une étape de notre devenir. Car c'est bien
d'un petit coup d'hominisation comme le dit l'académicien Michel Serres
dont il s'agit ici.
B/ Tendances à l'oeuvre dans
la communication sur les médias à base de réseaux :
Il serait bien difficile, à l'évidence, de retracer
de façon suffisamment exhaustive tous les champs tous les domaines tous
les usages où est mise en oeuvre la communication sur les médias
à base de réseaux. Seuls quelques-uns, quelques pratiques, se
retrouvent donc ci-après permettant d'illustrer de façon pratique
le développement et la mise en oeuvre de la communication via les
réseaux.
I. Culte des Réseaux :
L'expression culte peut s'entendre de deux manières. Au
sens propre, le culte est associé à une démarche
religieuse où il est à la fois l'hommage rendu à une
divinité et l'ensemble des pratiques qui concrétisent cet
hommage. Dans un sens métaphorique, le culte est la
vénération, ou plus simplement le fort attachement que l'on peut
porter à quelque chose ou à quelqu'un.
L'engouement pour Internet par exemple se déploie dans un
climat qui apparaît véritablement comme celui d'une nouvelle
religiosité. Celle-ci est de plus en plus nette au fur et à
mesure que l'on se rapproche des milieux qui s'en font les plus ardents
prosélytes.
L'idée qu'il y a derrière les discours les plus
radicaux tenus sur Internet, un phénomène d'ordre religieux, au
sens propre, avait déjà été entrevue par plusieurs
auteurs. Pierre Musso s'en approche, lorsqu'il tisse une
généalogie d'Internet qui le fait remonter à la
"philosophie des réseaux de Saint-Simon", le
célèbre ingénieur français du
XIXème siècle, fondateur d'une "religion universelle de la
communication", d'un "nouveau christianisme".
Internet n'est pas né en un jour et il n'est, au bout du
compte, que le vecteur d'un culte plus large, celui de l'information, né
au sein des "visions" de la cybernétique des années quarante. Et
cette religiosité, qui n'est pas une religion, n'est après tout
qu'en permanence en formation, à l'état de nébuleuse
hétérogène, diffuse.
Internet est la véritable église de ceux qui
vénèrent l'information. Les réseaux, les ordinateurs,
toutes les machines à communiquer deviennent autant de lieux
privilégiés, quasi exclusifs, où se pratique ce nouveau
culte, qui implique un nouveau rapport au lien social. La nouvelle
religiosité suppose possible une ivresse de la communication. Elle s'est
dotée d'une vitrine publique avec le thème, très populaire
dans certains milieux, de la "société mondiale de
l'information".
1. Pour ou contre Internet et la
communication par le biais des réseaux, une fausse alternative :
1.1 Les partisans du tout- en- Réseau :
Ce sont les prosélytes parfois sans le savoir d'un nouveau
culte, les militants d'une société mondiale de l'information, les
prophètes du " tout- en- Réseau ", qu'ils tentent d'appliquer
à tous les aspects de notre vie privée, publique et
professionnelle. Ils n'ont qu'une vision de l'avenir, celle d'un monde dont les
ntic seraient le nouveau centre envahissant puisqu'il serait partout,
n'hésitant pas à parler d'un "nouveau monde", virtuel, celui des
réseaux aussi nommé "cyberespace" en souvenir de son origine
cybernétique, et qui se substitue progressivement à
l'archaïque "monde réel".
Parmi ces "fondamentalistes" : Pierre Lévy, aux accents
mystiques et dont l'influence est importante, dont "World philosophie"
constitue une bonne synthèse de certaines croyances du milieu ; Philippe
Quéau, directeur de la division informatique et information à
l'Unesco, convaincu qu'une "nouvelle révolution métaphysique" est
en marche où le réel devient intégralement langage donc
information, et où l'on va réussir à obtenir grâce
au cyberespace, une "identité parfaite de la carte et du territoire".
Beaucoup d'informaticiens soutiennent ce point de vue, convaincus
que les techniques sont par nature porteuses de progrès. Nicholas
Negroponte dans "l'homme numérique", défend même
l'idée que l'informatique est un mode de vie. Désormais c'est le
"Tout- Réseau" qui tend à devenir un mode de vie.
Cette catégorie accueille les gourous de la "nouvelle
économie" qui voient dans le développement tous azimuts des
réseaux l'occasion de multiplier les profits ou même de
bâtir des fortunes rapides.
Les hommes politiques également, par exemple Al Gore aux
Etats-Unis, souvent entourés d'ardents conseillers en la matière,
car ils voient là l'occasion de remplir un programme politique en jouant
sur une vague jugée populaire.
Et tous ceux pour qui le réseau peut être un
formidable accélérateur de carrière.
Tous, prophètes, optimistes techniques ou tout simplement
professionnels mus par l'intérêt, s'entendent et s'appuient
mutuellement les uns sur les autres pour faire advenir une nouvelle
"révolution", sans vraiment s'interroger sur les conséquences
sociales et humaines qu'elle implique.
1.2 Les technophobes :
Ils sont hostiles à toute technique, et opposent par
philosophie une sorte de résistance passive au développement des
NTIC, à la vague technique et surtout aux valeurs dominantes qui
l'accompagnent.
Dès que le thème de la société
technicienne de communication a été imaginé, notamment par
Norbert Wiener, des philosophes tel le français Jacques Ellul qui est
très connu dans le monde du protestantisme et bien au-delà, ont
engagé une critique radicale de la technique, notamment dans son ouvrage
"La technique ou l'enjeu du siècle", publié pour la
première fois en 1947, et dont le succès a été
immédiat notamment aux Etats-Unis. Jacques Ellul a depuis fait
école et influencé de nombreux penseurs de la technique.
Le village global qui se met en place à travers les
circuits de l'information et de l'économie déstabiliserait les
cadres pratiques de l'identité humaine.
D'autres essayistes mettent en garde contre les risques de
"Tchernobyls informatiques".
Un autre courant technophobe existe, renvoyant souvent à
l'inégalité des situations personnelles et professionnelles dans
une société où l'éducation aux techniques est
encore moins généralisée que l'éducation tout
court. A l'illettrisme s'ajouterait désormais l'illectronisme.
1.3 Les partisans d'un usage raisonné :
Ceux-ci, s'appuyant sur des valeurs humanistes, souhaitent un
usage raisonné et raisonnable des techniques, persuadés qu'il
doit sous certaines conditions être facteur de progrès.
Norbert Wiener lui-même a eu vers la fin de sa vie un
sursaut humaniste. Certains des plus grands noms du monde de l'informatique,
ont tenu à témoigner en faveur d'un usage raisonné et
humaniste des ntic contre l'emballement et l'excès auxquels elles
donnent lieu.
Un certain nombre d'éminents spécialistes
considèrent que les outils ne sont que des outils, et que tout
empiétement sur d'autres domaines comme par exemple la prétention
à en faire un levier de "révolution sociale" va à
l'encontre des idéaux humanistes qui placent l'homme et non la technique
au centre du monde.
La critique de "l'idéologie de la communication",
engagée par Lucien Sfez et l'analyse de l'"utopie de la communication"
portaient déjà en germe chacune à sa manière les
prolégomènes d'une réflexion sur un usage raisonné
des techniques dans un contexte pourtant largement techniciste.
Le courant "antimondialisation libérale" surgi en Europe
et ailleurs à la fin des années quatre-vingt-dix contient
potentiellement une critique raisonnée du réseau et d'Internet,
ce dernier étant considéré comme un outil
entièrement instrumentalisé par le libéralisme.
Les partisans d'une régulation y compris juridique jouent
également un grand rôle dans la défense d'un usage
contrôlé des ntic.
De nombreux enseignants tentent une réflexion
pédagogique sur un usage raisonné au service de la
pédagogie et de la nécessaire relation maître -
élève.
Les difficultés de cette troisième voie sont telles
que malgré les renforts de certains intellectuels peu suspects
d'hostilités aux techniques, toute position critique ou appel au
débat sont immédiatement réduits, par les médias
notamment, à un "pour ou contre" terriblement simplificateur. Car le
culte de l'Internet est si répandu que l'on ne doit pas imaginer que
l'on puisse s'en servir comme d'un outil, et la discussion est souvent
réduite dans l'unique espace laissé "technophile ou technophobe
?".
2.
La promesse d'un monde meilleur :
Au début on parla de l'" Etat mondial " puis, rapidement,
de "village planétaire", de "révolution informatique" enfin, qui
devait changer la société toute entière au cours de
l'"ère numérique" aboutissant à un monde meilleur.
2.1 La promesse d'une nouvelle vie :
Tout ce que le public entend désormais à propos du
réseau et d'une façon générale des ntic, par
exemple dans le domaine de la téléphonie mobile, est
associé systématiquement à un ensemble de valeurs
positives, "plus de liberté, plus d'emploi, plus de richesse, plus de
démocratie, plus de savoir".
La publicité pour Internet et le téléphone
mobile reprend l'archétype de tous les messages sur le sujet en nous
présentant toujours les mêmes tableaux idylliques de personnages
esseulés, vaguement extatiques, habitant désormais sans souci
d'un monde transparent où règne cependant la promesse d'un
collectif.
L'appropriation par le politique :
La publicité n'est que la phase la plus visible
spectaculaire et quotidienne de cette promesse dont elle constitue l'habillage
imaginaire. Le monde politique s'est rapidement emparé du thème,
et la plupart des gens ont d'abord appris l'existence de la promesse
associée aux ntic par l'intermédiaire du thème de la
"société mondiale de l'information" tel qu'il était
diffusé par différentes instances politiques.
C'est Gérard Théry, en France, qui dans son rapport
sur "Les autoroutes de l'information" rendu au Premier ministre a introduit ce
dernier terme, très utilisé.
Au Japon, la presse ira jusqu'à parler de la construction
d'un "Etat télématique", d'"infotopie" ou d'"utopie
informationnelle".
Le thème de la société de l'information va
traverser les clivages politiques et s'adapter très facilement aux
changements de gouvernement, et les médias se font en principe largement
l'écho des prises de positions et des décisions
annoncées.
Extrait du Discours de Hourtin tenu par le Premier ministre
français : "L'essor des nouveaux réseaux d'information et de
communication offre des promesses sociales, culturelles et, en
définitive politiques. La transformation du rapport à l'espace et
au temps qu'induisent les réseaux d'information permet des espoirs
démocratiques multiples, qu'il s'agisse de l'accès au savoir et
à la culture, de l'aménagement du territoire ou de la
participation des citoyens à la vie locale".
Un thème d'inspiration américaine :
Il existe à l'échelle mondiale une grande
convergence de tous les projets qui relèvent, d'après le
chercheur Thierry Vedel, d'une "carte cognitive commune", dont l'information
est le pivot de la nouvelle promesse, et dont le thème outre la
dimension de religiosité qu'il contient fonctionne comme "un grand
récit", une "structure cohérente de sens".
Al Gore en est l'un des auteurs, car il a présenté
ce projet avec des accents quasi religieux propres à séduire le
public américain et qui sont au point de convergence de
l'héritage de la contre-culture, du nouvel establishment libéral
dans le domaine de l'informatique. C'est lui qui a fait émerger
l'idée d'une société réorganisée autour d'un
réseau d'information, en novembre 1991, dans le cadre d'une loi, la
"High-Performance Computing Act". Elle sera suivie en 1993 du gigantesque
projet NII National Information Infrastructure qui sera connu du grand public
via le discours très popularisé des médias prononcé
par le politicien devant l'Académie américaine des arts et des
sciences de la télévision. Les thèmes de ce discours
serviront de base et d'inspiration aux politiques de tous les pays qui, partout
dans le monde, inscriront désormais à leur ordre du jour la
nécessité de soumettre la société au nouveau culte
de l'information. Il faudra réformer le langage : désormais il
devra être informationnel, et les "modes de communication vont divertir
et informer, mais surtout ils vont éduquer, promouvoir la
démocratie et sauver des vies. Ils vont aussi créer de nouveaux
emplois".
2.2 Les fondements de la société de
l'information :
L'"Homme numérique" de Nicholas Negroponte, le directeur
du Medialab du prestigieux MIT Massachusetts Institute of Technology, et "The
Road Ahead" les mémoires de Bill Gates, autobiographie de l'homme qui,
parti de rien, a réussi dans la vie, fondateur et principal actionnaire
de la société Microsoft, vont contribuer à fixer le cadre
de cette promesse.
Le premier a rédigé un véritable plaidoyer
pour que nous adoptions systématiquement l'informatique dans tous les
aspects de notre vie :
"L'autoroute de l'information (...) est en train de créer
un tissu social mondial entièrement nouveau." "Telle une force de la
nature, l'ère numérique (...) possède quatre
qualités essentielles qui vont lui permettre de triompher : c'est une
force décentralisatrice, mondialisatrice, harmonisatrice et productrice
de pouvoir".
Bill Gates lui, est au carrefour de deux mythologies
américaines dont il fait admirablement la synthèse : la
première est celle de la croyance dans les effets forcément
positifs de la technologie, la seconde celle de l'homme parti de rien (jeune
étudiant en technologie qui fait partie de la contre-culture dans les
années soixante-dix), et qui gravit tous les échelons de la
société.
Selon la légende, il concevra, dans son garage, le premier
logiciel permettant de faire tourner les machines de que Steve Jobs, alors
récemment converti au bouddhisme zen, et Steve Wosniak venaient de
mettre au point, et que la firme Apple se chargera de faire connaître.
Son livre annonce le règne de l'interactivité totale et du
marché ultime, un nouveau mode de vie dans un monde
médiatisé. Les technologies permettent notamment de transformer
la moindre de nos pensées et de nos actions en "information" et ce n'est
qu'un début.
"Nous autres citoyens de la société de
l'information allons découvrir les moyens de mieux produire, mieux
apprendre, mieux nous divertir."
Pierre Lévy ira encore plus loin et répercutera
pour l'occasion la vision anthropologique de Teilhard de Chardin où les
hommes, d'abord unis dans une première étape de l'existence de
l'humanité puis séparés par la dispersion de la
planète entière, se retrouveraient enfin dans une vaste
conscience collective qui serait la finalité profonde de
l'espèce. Internet en citadelle de lumière.
Pour tous, la thématique est la même et constitue la
véritable finalité des ntic : une promesse unilatéralement
optimiste à forte tonalité religieuse et couvrant un territoire
très vaste. Côté violence, la communication via les
réseaux aurait le pouvoir de "réduire les tensions", de
construire un lien social plus harmonieux. Côté lien social, c'est
le modèle du "pouvoir tout faire de chez soi, sans bouger de son
fauteuil" qui est valorisé. "L'Internet représente simplement le
stade de regroupement de l'humanité qui succède à la ville
physique".
"La vie à l'intérieur des flux informationnels se
déroule exactement comme Thomas Jefferson l'aurait voulu (...)
L'ouverture et la liberté sont les vraies promesses de cette
technologie." L'idéal de vie que prépare le nouveau culte se
présente d'emblée comme fondamentalement moral.
3.
L'incarnation d'une vision :
Le thème de la société de l'information
semble constant depuis les années cinquante, faisant l'objet d'une
redécouverte cyclique. Presque dès les débuts, de nombreux
textes de science-fiction mettent en scène une telle
société et décrivent avec précision, comme le fait
par exemple Isaac Asimov, Internet, le multimédia, les communications
virtuelles.
La tension entre les éléments charismatiques et les
réalités de l'organisation à grande échelle
configurera les réalités politiques de la science dans une
société postindustrielle. La notion de noosphère,
inventée par le jésuite Teilhard de Chardin, est reprise par
McLuhan dans "La galaxie Gutenberg" car elle correspond pour l'intellect
à ce que la biosphère est pour la vie et que l'auteur
interprète comme "le cerveau technologique de l'univers".
Aujourd'hui le discours est simplement sorti des cercles des
spécialistes qui lui ont donné naissance et il touche un vaste
public. Le culte de l'information s'est incarné et s'est
vulgarisé via le culte de l'Internet.
3.1 Un discours ancien :
C'est au sein de la "cybernétique" inventée par le
mathématicien Norbert Wiener dans les années quarante que le
premier "culte de l'information" est né. Il défend en effet une
"vision du monde" plus ample faisant de l'information le noyau dur d'une
représentation globale du réel, provoquant progressivement le
dégagement d'un véritable paradigme, et qui s'impose aujourd'hui.
L'expansion du paradigme s'est faite progressivement depuis un
demi-siècle à des domaines de plus en plus nombreux comme
l'automatique, l'informatique et l'intelligence artificielle, le biologie et la
génétique, les sciences humaines et sociales, la philosophie et
la psychanalyse, les sciences de la communication et le monde des
médias, le champ des idées politiques, se cristallisant
actuellement autour d'Internet.
Armand Mattelart a bien mis en évidence les liens entre
l'idéologie contemporaine de la communication et le thème plus
ancien de l'"utopie planétaire".
Pierre Musso de son côté, a décrit avec
précision l'influence plus ancienne de la pensée saint-simonienne
des réseaux sur le discours d'accompagnement d'Internet.
L'information selon Wiener :
Le monde, et donc tous les êtres qui en relèvent,
quels qu'ils soient, est composé de deux grands éléments :
d'un côté les formes, les idées, les messages, les
"informations", de l'autre le désordre, le hasard, l'entropie.
c'est-à-dire d'un côté l'esprit, de l'autre la
matière.
L'information est le "nom pour désigner le contenu de ce
qui est échangé avec le monde extérieur à mesure
que nous nous y adaptons et que nous lui appliquons les résultats de
notre adaptation". L'entropie est sa négation, et sa présence
concrète dans l'Univers est assimilable à l'imperfection, au
hasard, à la désorganisation, à la mort. Seule
l'information permet de lutter contre elle et elles représentent les
deux faces de la réalité. Tout est information, message,
mouvement, sauf lorsqu'il y a délitement entropique. Pensée qui
inaugure une "ontologie radicale du message" et s'établit dans une
véritable mystique de la communication.
Cette nouvelle vision du monde parait comme une approche
"antimétaphysique", en ce qu'elle postule qu'il n'y a rien
derrière le réel ramené à l'échange
permanent et visible des informations qui le constituent. Le nouveau paradigme
est une pensée de la relation qui enferme le réel dans le
relationnel et le relationnel dans l'informationnel.
Une nouvelle vision de l'homme et de la société
:
Wiener va explorer deux axes majeurs de réflexion, qui
constitueront les branches centrales de la nouvelle vision informationnelle du
monde : d'une part, une réflexion sur la nature de l'humain qui le
conduira à prendre des positions théoriques anti-humanistes ;
d'autre part, une réflexion de nature quasi sociologique sur la
société idéale qui devrait se reconstruire autour de
l'information.
Voici donc le projet d'un homme nouveau, essentiellement
constitué d'information. "Il n'existe pas de différence
fondamentale absolue de démarcation entre les genres de transmission
utilisable pour envoyer un télégramme d'un pays à un autre
et les genres de transmission possibles théoriquement pour un organisme
vivant tel que l'être humain".
"Le fait que nous ne pouvons pas télégraphier d'un
endroit à un autre le modèle d'un homme est dû probablement
à des obstacles techniques, (...) il ne résulte pas d'une
impossibilité quelconque de l'idée elle-même".
Le modèle de société qu'il dessine à
partir du point central qu'est l'information et sa circulation, est une
société sans Etat, fondée à la fois sur des petites
communautés de vie et sur un système de communication mondial, et
dans laquelle la notion d'égalité s'étend bien
au-delà du règne des humains en incluant les machines
intelligentes.
Pierre Lévy, cinquante ans plus tard explique : "En
s'interconnectant (..) l'humanité se constitue peu à peu en
noosphère, en monde des idées, en réceptacle actif des
formes. Ce faisant, elle découvre que le monde réel est un monde
des idées, un univers des formes".
Norbert Wiener est à l'origine d'une vision qui fait voir
le monde autrement si on accepte de la partager. La forme et l'information ne
faisant qu'un, elle institue donc l'information comme valeur clé dont la
reconnaissance donne la direction du progrès. Cette valorisation confine
à la sacralité. C'est dans la direction de cette vision que
certains s'attribueront la mission de faciliter la communication partout
où cela est possible, ce qui signifie construire des dispositifs
techniques dont la finalité principale sera de permettre la
communication.
3.2 La mise en place des premiers réseaux :
Il est donc nécessaire de réorganiser la
société autour de toutes les techniques qui servent à
traiter, conserver, transporter l'information, et de mettre sous forme
d'information tout ce qui peut l'être. Dès qu'un nouveau
dispositif est inventé il est immédiatement salué comme
une étape indispensable à la réalisation du nouveau monde.
C'est John Von Neumann en 1945 qui signe les plans d'une nouvelle machine apte
à imiter et à reproduire les caractéristiques du cerveau
humain, inventant ainsi les principes de l'ordinateur moderne conçu sur
la base d'une représentation du cerveau humain lui-même
imaginé sous l'angle de la communication des éléments qui
le composent.
"Vers la machine à gouverner. Une nouvelle science : la
cybernétique". Tel est le titre de l'article paru dans Le Monde fin
décembre 1948, écrit par le père dominicain Dominique
Dubarle. L'ordinateur y est décrit comme une machine appelée
à être de plus en plus grande, qui fonctionnerait à
l'échelle mondiale et tout à fait analogue au cerveau humain.
"Les hommes politiques et, plus généralement, le système
de la politique sont incapables de prendre en charge la gestion des
sociétés au niveau mondial. Le grand intérêt des
nouvelles machines est de laisser entrevoir la possibilité d'une machine
à gouverner rationnelle, qui conduirait éventuellement à
une unification au niveau planétaire, vers un gouvernement unique de la
planète".
3.3 L'influence de la cybernétique :
A partir de la fin des années cinquante on assiste
à un véritable flamboiement de la cybernétique, principal
vecteur du paradigme informationnel. Atteignant toutes les sciences,
fondamentales comme appliquées, elle faisait alors l'objet d'une vaste
campagne de vulgarisation jusque dans le grand public.
L'un de ses principaux supports sera le thème du cerveau
artificiel, des animaux électroniques et plus tard de l'intelligence
artificielle, ce thème servant à promouvoir une vision
informationnelle de l'homme. Se développe également un discours
prospectif qui met en scène la société de demain comme
entièrement structurée par les nouveaux dispositifs
techniques.
En Union Soviétique la cybernétique devient le
moyen idéal du paradis rêvé sur terre par bien des
communistes.
"L'abolition du chef, de l'autorité, du dogme et des
partis (permettra l'avènement) des mécanismes auto-adaptatifs,
auto-évolutifs".
Mais sans doute en partie parce que trop de promesses ont
été faites sans être jamais tenues, elle finit par tomber
en clandestinité, accusée même de jouer un rôle
central dans la transformation de la science et la technique comme
idéologie (Jürgen Habermas).
Réhabilitée dans les années soixante elle
gagne les sciences humaines et sociales.
Son influence avec le paradigme informationnel sur la biologie
est également très forte. La notion d'information irrigue
conceptuellement la découverte du code génétique au
début des années cinquante. Tout un lexique conceptuel est ainsi
importé jusqu'à la notion de programme, et la "double
hélice" est bien un regard informationnel porté jusqu'au coeur du
vivant. Le champ, immense, ouvert par les manipulations
génétiques trouve son principal soubassement dans l'idée
cybernétique d'un homme nouveau que l'on détacherait de sa nature
initiale pour le remodeler à loisir.
3.4 La micro-informatique et les débuts de l'Internet
:
Le début des décennies quatre-vingt voit les
débuts d'Internet. "Cyber" redevient un préfixe largement
utilisé.
Le monde des réseaux est étroitement associé
à cette promesse d'un univers où la communication aurait toute sa
place, centrale.
La grande différence avec les nouveaux réseaux est
que ces derniers naissent spontanément dans les milieux informatiques
américains, à la fois comme outil de travail interne et comme
support d'un nouveau lien social, porteur de nombreuses promesses et dont on
imagine tout de suite qu'il concernera le monde entier au-delà de
l'univers informatique. Voici ce que pensaient alors les "arpanautes" : "Nous
les membres de la communauté de l'ARPA, et sans doute beaucoup d'autres
à l'extérieur, en sommes venus à réaliser que nous
avions entre les mains une grande chose et peut-être même un
dispositif très important. Il est maintenant évident pour nous
que la messagerie sur réseau informatique peut changer
profondément tous les modes de communication dans tous les secteurs de
notre société, le domaine militaire, celui de l'administration
civile, et celui de la vie privée".
Les propos de Pierre Lévy quelques trente ans après
ne les démentent pas : " En offrant l'Internet au monde, la
communauté scientifique lui a fait cadeau de l'infrastructure technique
d'une intelligence collective qui est sans doute sa plus belle
découverte".
1978 : "Quand de tels systèmes seront largement
répandus, (...) nous deviendrons une nation - réseau,
échangeant d'importants volumes d'informations, mais également de
communications socio-émotionnelles avec des collègues, des amis
ou des étrangers qui partagent les mêmes intérêts et
sont dispersés dans toute la nation".
"Les gens entraient chez Apple comme ils seraient entrés
en religion, et ils devenaient à leur tour les adeptes de cette
religion. Il y avait chez eux une ferveur évangélique, ils
formaient une secte qui était partie de Cupertino et s'était
diffusée dans tout le pays".
Une fois que le développement de la micro-informatique et
l'accroissement du nombre d'ordinateurs seront suffisants, les bases
matérielles d'un vaste réseau permettant de les interconnecter
seront jetées.
4. Un
univers de croyances :
Certaines des croyances sur lesquelles s'appuie le culte sont
malheureusement fortement réductrices.
Voir l'information derrière l'apparence des choses et des
êtres, ce serait en voir la réalité, valoriser
l'information, ce serait en dégager la vérité.
Réalité et vérité se mêlent : nous sommes
bien dans l'univers de la croyance. L'information est à la fois ce que
l'on met en oeuvre concrètement quand on communique et le but ultime
à atteindre.
4.1 Un idéal de transparence :
Il constitue la vision cosmologique du nouveau culte, l'objet
même de la promesse. Cette notion de transparence est consubstantielle au
culte de la transparence, et renvoie à un idéal de
lumière, d'harmonie et d'extase, tout en donnant l'impression de passer
de l'autre côté du miroir.
Les métaphores solaires :
Pierre Lévy : "l'interconnexion et l'unification
croissante de l'humanité accompagnent l'ouverture de toutes les
dimensions".
Philippe Quéau : "des Babylone non confuses, des
jardins suspendus à nos lèvres à nos doigts, des
labyrinthes nichés en tout point d'eux-mêmes, en une immense
complexité cependant transparente, claire d'accès, cristalline,
sans cesser d'être dense, développée, se
révélant sans cesse".
D'une façon générale, la rhétorique
solaire du regard et de la transparence est présente dans toutes les
grandes religions. Les descriptions de la "Jérusalem céleste"
dans différents courants mystiques, juifs, chrétiens ou
musulmans, font largement appel à ces métaphores de la
lumière et de la transparence.
A propos des métaphores, il est utile ici de consulter
Lucien Sfez dans l'ouvrage Critique de la communication (page 38,
coll. Points Essais, éd. Le seuil).
La recherche de l'extase :
L'influence de certaines pratiques du New Age, notamment les
drogues hallucinogènes, n'est pas toujours étrangère
à cette croyance dans la transparence. Parlant de Steve Jobs (inventeur
du Macintosh) et de son équipe : "(...) Grâce au LSD, ils avaient
vu comment l'écorce des choses pouvait être ôtée
couche par couche, ils avaient atteint l'être d'une fleur dans son
essence même, ils s'étaient introduits dans un morceau de bois
(...) C'était comme si les portes de la perception leur étaient
soudain ouvertes, ils passaient au-delà de la frontière
interdite. Ils vivaient le test du LSD électronique".
Voir le réel c'est voir le modèle du réel
caché derrière la matérialité des choses.
Le temps passé devant la machine, comme contracté,
n'a plus grand chose à voir avec le temps ordinaire.
L'autre côté du miroir :
La pratique concrète du réseau passe par un univers
de règles qui renvoient toutes à la recherche de la transparence
du monde. Les procédures informatiques qu'il faut mettre en oeuvre
révèlent un monde où l'on met de l'ordre dans les choses.
Les nouveaux mystiques ont l'insigne privilège d'être ceux par qui
l'ordre arrive.
L'esprit logique, le sens de l'organisation, la recherche de la
transparence sont aussi un mode d'être dans le monde en même temps
qu'un moyen de la transformer. Le simple fait d'avoir accès à une
petite partie de l'architecture de l'univers ordonné, sous la forme de
l'ordinateur ou du réseau, peut permettre d'entrer en symbiose avec le
cosmos tout entier.
La naïveté apparente du voyage d'Alice "au pays des
merveilles" est une manière pour son auteur, Lewis Caroll d'initier les
enfants aux règles de l'univers logique. Le pays des merveilles est un
monde d'ordre et de désordre, et les questions impertinentes d'Alice
constituent une ligne de partage sûre entre ce qui relève d'un
côté de l'information et de la logique, et de l'autre du Mal,
incarné par le désordre.
La quête de l'harmonie :
L'utopie* de la cité de verre est souvent celle d'un monde
harmonieux, sans secret ni mensonge, sans opposition ni conflit. La notion de
transparence fait partie de la famille des thèmes utopistes. Elle permet
à la société de communication illimitée de parvenir
à réduire radicalement les motifs de conflit.
Concernant les utopies l'ouvrage de Lucien SFEZ, La santé
parfaite Critique d'une nouvelle utopie, est à cette endroit d'une
grande utilité notamment dans ses pages 29 et suivantes; il est
publié aux éditions du Seuil dans la collection l'Histoire
immédiate.
Une valeur d'exclusion :
Les ordinateurs puis les réseaux sont censés rendre
transparent tout ce qu'ils touchent. Même l'administration. Le
réseau est l'outil permettant de lutter contre l'opacité
"antivaleur clé" de l'univers des entreprises.
Discours du Premier ministre français en 1998 :
"l'entrée de notre pays dans la société de l'information"
correspond à "plus d'accès au savoir et à la culture, plus
d'emplois et de croissance, plus de service public et de transparence, plus de
démocratie et de liberté". La transparence est au même
niveau que des valeurs fondamentales. Ce qui est transparent est par nature
plus évolué, plus avancé.
A côté du pouvoir, les lois, et, d'une façon
générale, la Loi, sont de plus en plus présentées
comme un obstacle à la mise en place d'une société
mondiale de l'information. Dans le cyberespace nul besoin de lois, surtout pas
nationales ou internationales.
Un bon système informatique doit être ouvert
c'est-à-dire transparent. La nouvelle religiosité est
profondément antagoniste avec les contraintes et les
nécessités de ce que les professionnels appellent la
"sécurité informatique", qui n'est qu'une variante de la
sécurité des biens et des personnes.
Tout ce qui est de l'ordre du secret, du caché, du
privé, de l'intime, de la profondeur, du non-visible comme
négatif doit être exclus dans le combat contre l'opacité,
l'obscurité.
Les uns seront plus concernés par l'abolition de
l'insupportable frontière entre vie privée et vie publique, les
autres plus motivés par le souhait de faire sauter toutes les
barrières d'accès aux différentes parties du grand
réseau informatique, d'autres enfin, particulièrement
indignés du frein à la libre circulation des idées que
constituent la "censure" des lois nationales, l'institution du droit d'auteur,
ou, dans un autre domaine, la présence de nombreux médiateurs
(enseignants, commerçants, journalistes) qui s'"interposent" entre
producteurs et consommateurs.
4.2 L'idéal d'ouverture, ou le refus de la distinction
entre vie privée et vie publique :
Un certain nombre d'internautes particulièrement militants
et croyants paient de leur personne pour montrer les avantages de cet
idéal, par exemple en montrant au monde entier via le Réseau leur
modeste vie privée. Ici le web s'associe souvent à des
chaînes de télévision.
Une dimension morale :
N'avoir rien à cacher c'est ne pas commettre de
péché. Le seul fait qu'un acte, un geste, une parole soit visible
suffit à le dédouaner moralement, le reste est
répréhensible. La nouvelle religiosité déplace les
valeurs.
L'individu se retrouve muni du don- talent d'ubiquité
qu'il peut se permettre d'exercer en permanence. La transparence est un
postulat, un élément de foi.
Le refus de la distinction entre être privé et
être public correspond à la croyance dans les vertus d'une vie
sociale entièrement collective où personne n'a rien à
cacher. Les personnes y sont moins des individus dotés d'une
intériorité propre que des "êtres informationnels"
collectifs.
4.3 La libre circulation et le refus de la Loi :
L'idéal d'un monde transparent s'incarne dans le village
global, sans frontière, sans Loi, sans contrainte.
La Loi est à la fois l'instance qui régule les
conflits et qui guide les comportements. Elle est en même temps droit et
morale.
Sentiment partagé dans les milieux informationnels : la
Loi et la justice sont arbitraires, livrées au discutable des
procédures judiciaires et à la rhétorique de la parole,
là où une bonne discussion du problème en terme
d'information permettrait d'apporter des solutions non arbitraires et
incontestables. La règle remplace la Loi et l'autorégulation la
norme, et l'idéal de résolution du problème reste
l'algorithme.
Le cyberespace devrait par nature échapper aux contraintes
des lois nationales ou même internationales, ce qui suppose
d'éliminer la violence.
La loi s'applique-t-elle à Internet ?
Les lois nationales sont jugées inadaptées à
l'espace supranational que constitue Internet.
Isabelle Falque-Pierrotin, maître des requêtes au
Conseil d'Etat, en France, remarque que "deux conceptions semblent s'opposer :
les tenants de l'interventionnisme des Etats et de la réglementation
classique, et les apôtres de l'autorégulation". Cette
dernière position, dominante, s'appuie sur la "sacralisation aux
Etats-Unis de la liberté d'expression" par rapport au "système
latin qui fait appel aux exigences de l'ordre public".
Il s'agit d'une prise de position forte, dictée par la
croyance en un idéal de libre circulation systématique de
l'information.
C'est ainsi que l'on peut avoir accès librement dans
certains pays à des sites qui ailleurs sont prohibés et
censurés (exemple des sites exprimant des thèses
négationnistes). Ce qui prime ici c'est une haine quasi religieuse de la
censure.
Le refus de la censure :
Grâce à la fin de la censure et des monopoles
culturels, tout ce que la conscience peut explorer est rendu visible à
tous. La loi du copyright est complètement dépassée, et il
est tout simplement impossible de restreindre la liberté
d'émettre (de l'information), pas plus que les Romains n'ont pu
arrêter la progression du christianisme, même si quelques courageux
diffuseurs d'information risquent de se faire dévorer par les lions de
Washington dans le processus.
La copie pirate et la diffusion la plus large possible de
musiques ou de textes par ailleurs protégés par un droit d'auteur
sont donc considérés comme une nécessité absolue et
un véritable devoir moral par tous ceux qui défendent les vertus
d'une ouverture très large des réseaux.
Moins que jamais c'est le contenu qui compte au profit de la
capacité de la forme à se déployer.
Le recadrage des comportements de beaucoup d'internautes qui se
mettent dans l'illégalité de fait en copiant ou en diffusant des
livres ou des logiciels, évite de les voir comme des délinquants
volontaires et profiteurs alors qu'ils se voient eux-mêmes dans une
situation hautement morale.
La culture de la libre circulation est telle que les vendeurs des
rayons informatiques de certaines grandes surfaces peuvent donner l'adresse de
sites où télécharger gratuitement certains logiciels qui
sont par ailleurs disponibles dans leurs rayons.
Le piratage : un culte secret :
Il s'agit ici de l'activité de ceux qui se cachent pour
rendre le monde, le réseau plus transparent.
Chez ces fans, deux traits dominants :
- un goût prononcé et précoce, souvent
dés l'enfance, pour les choses et surtout les objets matériels,
goût traduit par une volonté de démonter ces objets, de les
rendre transparents au regard afin d'en comprendre le fonctionnement ;
- les futurs ingénieurs ont généralement une
personnalité socialement invertie, une tendance à ne pas chercher
outre mesure le contact avec autrui.
Les virus, eux sont des programmes ou des prototypes comme les
autres, mais qui circulent le plus facilement possibles tout en étant
précisément faits pour circuler c'est-à-dire se
répandre. Du point de vue de la croyance c'est le meilleur logiciel qui
soit.
Les fondamentalistes d'Internet ne sont pas hostiles à la
Loi, ils estiment qu'elle n'a pas cours chez eux, lui déniant toute
pertinence afin de permettre le lien social et toute forme d'expression est
bienvenue. A l'extrême, la liberté d'expression doit être
absolue, pour tout ce qui est numérisable, y compris la musique.
4.4 Une communication directe, ou le refus de la
médiation :
Toute forme de médiation est vécue comme
insupportable dans cet univers du "point à point". Concrètement
ceci peut aboutir au dénigrement de professions entières,
accusées de résister au changement et de faire partie du vieux
monde.
Le commerce électronique
:
Le réseau peut être un excellent outil pour la vente
par correspondance adaptée à certains goûts et à
certaines situations.
Culte de l'Internet oblige, la perspective ne peut être
aussi simple, car la rencontre physique est inane et plus le commerce est
direct plus son jeu est profitable.
Dans la réalité, les conseils prodigués en
magasin restent les préférés des consommateurs, et dans
bien des domaines rien ne vaut de palper les produits, de les voir de ses yeux
pour en ressentir le bien-fondé à la source.
L'enseignement :
Certains estiment que l'enseignement classique devrait
disparaître, et le rôle de l'enseignant tend à passer d'un
face- à- face pédagogique à un côte- à-
côte devant l'écran. L'élève "se débrouille"
aux côtés d'une sorte d'ingénieur du savoir, organisateur
du processus d'acquisition des connaissances".
Il est nécessaire alors de se départir du service
public et d'admettre que la formation est un business. Les lieux tels que
écoles, lycées et universités sont même des
institutions de rencontre auxquelles il devient possible de renoncer.
Le nouveau journalisme :
"Ce qui intéresse les journalistes aujourd'hui ce n'est
plus d'obtenir le Pulitzer, c'est d'accroître le nombre de connexions sur
leurs sites Internet". L'objectif est de favoriser l'interactivité et
d'entrer en contact avec le plus large auditoire possible. Dans l'e-
journalisme, "si tout le monde montre son site, à terme la
différence se jouera sur la capacité à créer une
connivence avec une autre communauté d'internautes". Le public est assez
grand pour faire la part des choses, et le journaliste comme médiateur
est de toute façon appelé à disparaître.
Le développement des techniques de surveillance de
l'espace public permet à chacun de voir le réel directement, sans
intermédiaire.
La représentation politique :
Conforme à un certain idéal de communication
directe et sans entrave, la vision politique du nouveau monde en fait
systématiquement une "démocratie directe". La démocratie
représentative est non conforme à l'esprit de la nouvelle
religiosité, et une sorte de webmania bouscule la politique, profilant
plus radicalement une contestation de la politique dans ses formes
actuelles.
4.5 L'apologie de l'esprit, ou le refus de la parole
incarnée :
L'être humain est redéfini pour être
reconstruit comme un être informationnel, ce qui dénote une
influence forte des premiers cybernéticiens. La représentation
valorise :
- la comparabilité entre l'humain et la machine;
- l'interactivité;
- le privilège donné à l'esprit au
détriment du corps et de l'intériorité.
La comparabilité entre l'homme et la machine :
La possibilité d'un pont entre l'homme naturel et la
machine est un ancien projet, inauguré avec le mythe de Galatée
et de Pygmalion, continuant sous les traits du Golem et des nombreux automates,
robots, intelligences artificielles et autres cyborgs.
L'homme n'est pas au centre de l'univers et d'autres sortes
d'humanités sont possibles. Les ordinateurs, par exemple, peuvent aussi
prétendre à la complexité, à la conscience et
à l'esprit.
"L'humanité va devoir statuer sur l'opportunité ou
non de produire des machines massivement intelligentes, qui nous serons
immensément supérieures".
Le test de Turing, mis au point au tout début des
années cinquante, est un dispositif qui inaugure déjà
l'idée d'intelligence en réseau voire d'intelligence par le
réseau. Turing était persuadé que rapidement l'ordinateur
ne serait pas distinguable d'un être humain à ce jeu.
L'idéal de vie que représente la machine montre que la
pensée du réseau, de l'homme fait pour le réseau est bien
antérieure à sa réalisation concrète. L'être
idéal qui va permettre l'interconnexion
généralisée, c'est l'androgyne informationnel.
Le privilège donné à l'esprit et le
refus du corps :
Le corps est une cible privilégiée de la
cyberculture : "Une religiosité de la machine s'impose sur le fond d'un
dénigrement de l'homme et d'un mépris de la condition corporelle
qui lui est inhérente".
"La navigation sur le Net ou la réalité virtuelle
donnent aux internautes le sentiment d'être rivés à un
corps encombrant et inutile, qu'il faut nourrir, soigner, entretenir... "
Dans Neuromancien, de William Gibson, par exemple, les
héros déchus sont condamnés à
réintégrer leur corps et à quitter le lieu où les
esprits sont en réseau et en interconnexion permanente.
En différence avec l'automate classique individualiste et
anthropomorphe, le réseau intelligent incarne une figure plus en rapport
avec le collectivisme du nouveau culte.
"On est d'autant plus intelligent que les formes captées
sont universelles, impersonnelles".
Il peut bien y avoir, en apparence, un extérieur visible
et un intérieur caché, mais dès lors que tout est
connaissable, l'intérieur passe toujours potentiellement à
l'extérieur.
L'interactivité, ou le refus de la parole
incarnée :
Le mécanisme technique qui se loge derrière la
notion abstraite d'interactivité est une notion bien connue des
spécialistes de l'information : le feed-back, la rétroaction. La
parole humaine, l'activité humaine en général sera ainsi
redéfinie comme une "réaction à une réaction"
(Gregory Bateson, cybernéticien).
L'interactivité permet la "continuité
communicationnelle" et situe chaque acte non plus en référence
à une alternance de regard intérieur et de confrontation sociale,
mais comme pris dans un entremêlement permanent où le collectif ne
laisse plus aucun interstice à l'individu. La noosphère, machine
à penser immense où la personnalité ne vivrait pas
isolée, mais formerait un super- organisme...
5.
Les appuis d'une nouvelle religiosité :
Internet s'inscrit dans le prolongement de l'invention de
l'écriture et de celle de l'imprimerie. L'informatique et les
réseaux sont des outils puissants appréciés par tous
exceptés les technophobes les plus radicaux, et qui permettent aux
nouvelles croyances de se diffuser.
Le contexte de crise et de mutation des grandes valeurs de
l'humanisme et du monothéisme, les secousses et les ruptures en
profondeur que connaît le lien social constituent un arrière-plan
favorable à l'acceptabilité de ces nouvelles croyances. Et la
persuasion comme la propagande s'effectuent en direction de la jeunesse.
5.1 Des thématiques religieuses proches :
Le mouvement zen par exemple, a compté un très
grand nombre d'adeptes dans les milieux des ntic.
Les philosophes du cyberespace se convertissent à
certaines formes de mysticisme, afin de mettre en harmonie leur vision du futur
de la société mondiale de l'information avec un socle de valeurs
plus anciennes.
Un culte non déiste :
La nouvelle religiosité est sinon athée du moins
indifférente à l'idée de Dieu. Elle est hostile au sens
habituel qui suppose une certaine institutionnalisation et un centralisme
antagonistes avec l'idée de réseau éclaté. Mais
l'idée du Mal et du Diable lui-même y est bien présente.
L'ombre de Teilhard de Chardin :
Teilhard de Chardin défend avec vigueur une vision
cosmique du monde où la conscience cherche son chemin, à travers
la matière, puis à travers la vie, en attendant mieux. Et
s'inscrivant dans une tradition plus ancienne, incarnée dans des
doctrines assez hétérogènes, avec en commun l'opposition
d'un monde intelligible et d'un monde sensible, d'un monde des idées et
des formes et d'un monde matériel, qui dépasse largement les
frontières du gnosticisme.
Gnosticisme, manichéisme, dualisme :
Le gnosticisme, surtout actif dans les premiers temps de
l'ère chrétienne est une doctrine, ou une pluralité de
doctrines, du salut par la connaissance. L'Eglise chrétienne lui sera
hostile, au nom du fait que la perfection et le salut s'y obtiennent sans
véritable effort moral.
Ce qui en rapproche la nouvelle religiosité, serait
plutôt une communauté dans la manière de se sentir dans le
monde, de vouloir se débarrasser de son corps pour libérer
l'esprit, et de voir dans l'univers le conflit de deux forces : l'information
et l'entropie.
"Le gnostique éprouve fortement la différence entre
son moi et le reste de son être, entre l'âme et le corps. Il se
sent d'une essence différente". Il est proche sous certains aspects de
la tradition dualiste et des conceptions manichéennes, qui supposent que
l'âme est déchue dans le corps mais qu'elle peut être
délivrée par le salut et la connaissance.
On trouve là une communauté de sentiment subjectif
avec ceux qui ne se sentent à l'aise qu'une fois relâchées
les tensions du corps et activés les filaments de communication qui les
relient aux autres pour une aventure où le contenu de ce qui est
échangé compte moins que l'accès permanent au
cyberespace.
5.2 La continuité avec la contre-culture des
années soixante :
La "contre-culture" est un vaste courant qui englobe
l'héritage de la "beat generation", le mouvement de contestation de la
jeunesse, qui conduira notamment aux grandes révoltes étudiantes,
le mouvement hippie, et toutes les nombreuses ramifications qui sont
nées de cette nébuleuse, comme les mouvements alternatifs.
Ce mouvement disparaît en tant que tel dans les
années soixante-dix, mais ses valeurs ont essaimé et influencent
les manières d'être - au - monde de nombreux adultes. San
Francisco et la Côte Ouest des Etats-Unis ont constitué les lieux
privilégiés de cette "révolution des moeurs" qui a pour
célébrités Allen Ginsberg, Jack Kerouac (Sur la route) ,
Alan Watts, Ken Kesey, Timoty Leary, Gary Snyder, Neal Cassady, et le
très populaire Bob Dylan, sans compter de nombreux groupes de musique et
un certain nombre de revues.
On y conteste le système établi, et une "culture
parallèle" s'instaure accompagnée de modes de vie alternatifs.
L'utopie d'un monde meilleur peut se construire ici et maintenant, tout de
suite.
La société doit être conçue comme une
communauté pacifique, l'amour et l'altruisme occupent une place
importante. De nombreux réseaux de vie produisant des musiques, des
livres, des loisirs, une éducation, une alimentation et des
médicaments spécifiques, formant un vaste univers "underground"
qui concerne alors de centaines de milliers de personnes.
Internet est l'underground actuel qui permet de mobiliser des
centaines de milliers de jeunes à la recherche d'une
société plus fraternelle, plus communicante et plus pacifique.
L'héritage du New Age :
Là où, dans les années cinquante, on
"faisait la route" pour donner un autre sens à sa vie, dans une
perspective spirituelle, on surfe maintenant sur les "autoroutes de la
communication".
Le mouvement du New Age, parallèlement à la
contre-culture, est un mélange hétérogène
d'animisme et de théories pseudo- scientifiques sur les "auras" et les
"énergies", le "biomagnétisme", de "technologies intellectuelles"
souvent à base de champignons hallucinogènes ou de drogues
chimiques qui altèrent la conscience. L'électronique a
très tôt eu une place importante dans ces pratiques magiques.
Robert Pirsig, un des auteurs cultes des années soixante,
écrit : "la divinité se trouve autant à son aise dans les
circuits imprimés d'un ordinateur ou les engrenages d'un boîtier
de vitesses qu'au sommet d'une montagne ou entre les pétales d'une
fleur".
La contre-culture, tout en étant hostile au grand
capitalisme et à la société de consommation en même
temps que marquée par une tradition libertaire, n'a jamais
été en rupture complète avec le libéralisme; le
culte d'Internet a ainsi intégré facilement ses valeurs.
5.3 La jonction avec le libéralisme :
La nouvelle religiosité s'est trouvée
confrontée à trois grands courants de pensée :
- le pôle contre- culturel dont l'influence est surtout
prégnante à partir des années soixante sur la
société américaine et sur l'ensemble des
sociétés occidentales; certains traits entrent
immédiatement en résonance avec la nouvelle pensée de
l'information.
- très loin de la nouvelle religiosité, le
pôle des partisans d'un usage "régalien" des ntic dans le cadre de
l'intérêt d'un pouvoir central incarné par l'Etat national,
sans que la référence à l'intérêt public soit
toujours privilégiée.
Le Minitel, pris comme ancêtre d'Internet en tant que vaste
réseau conçu pour le grand public, a été
conçu initialement, par France Télécom, alors entreprise
nationale, comme un système de communication correspondant à
l'intérêt général. Dans cet esprit, les lois
édictées par les Etats nationaux doivent s'appliquer aux
informations qui circulent dans les réseaux et on ne doit pas
considérer les ntic comme extraterritoriales.
- le pôle libéral, voit dans les ntic le moyen de
développer la machine économique en investissant des secteurs de
l'activité humaine épargnés jusque-là par les
rapports marchands. Là où l'éducation, la connaissance, la
communication échappaient jusqu'à présent aux lois du
marché, leur basculement dans un vaste réseau de communication
universel va permettre de les transformer en "gisements de profits" pour les
nouveaux entrepreneurs qui cherchent à s'imposer dans ce domaine.
Exemple : Bille Gates.
La vaste entreprise de dérégulation des
télécommunications est évidemment un atout maître de
la pensée libérale dans ce domaine.
IBM reste un symbole fort de cette période.
L'informatique, les réseaux, Internet ne se seraient probablement jamais
développés sans les immenses investissements publics en
recherche-développement. Bill Gates a construit un vaste empire
capitaliste qui se voit maintenant contesté sur le terrain à la
fois par les lois anti-trusts, d'inspiration libérale, et par les
petites entreprises de la "netéconomie" qui cherchent d'autres voies de
développement que la concentration monopolistique.
L'alliance libérale- libertaire :
La montée en puissance d'Internet et des projets de
réseaux contemporains s'est effectuée à la faveur d'une
poussée ultra-libérale. De multiples petites
sociétés partant à l'assaut des grandes entreprises
capitalistes du secteur et les concurrencer dans la "création de
valeur". Deux esprits : l'un favorisant l'accumulation et le cloisonnement,
l'autre la dépense et l'ouverture.
D'après Pierre Lévy, "l'argent devient une
unité de mesure épistémologique" et
"l'économie remonte de plus en plus la chaîne ontologique vers
le virtuel, en direction de ce qui crée l'existence".
Et il existe un lien entre la mystique de l'information et la
recherche du profit qui en constitue une "mesure". Cette mystique a clairement
épousé le courant libéral- libertaire.
Le jeunisme des nouvelles technologies :
C'est la tendance à exalter la jeunesse, ses valeurs, et
à en faire un modèle obligé de tout comportement. Si le
culte des réseaux remonte aux saint-simoniens, il reste tout comme et
surtout le culte actuel d'Internet, un culte jeune, de jeunes et pour les
jeunes, conçu comme un processus de "révolution permanente" dans
lequel ce sont les "jeunes" qui déterminent la direction du
mouvement.
Nicholas Negroponte dans l'Homme numérique écrit :
"Qu'il s'agisse de la population d'Internet, de l'usage du Nintendo et de Sega,
ou de la pénétration des micro-ordinateurs, l'important sera plus
d'appartenir à telle ou telle catégorie sociale, raciale ou
économique, mais à la bonne génération. Les riches
sont à présent les jeunes et les démunis, les vieux". Le
jeunisme ne va pas sans une certaine démagogie...
La vitesse est devenue une nouvelle croyance, "la
réalité de l'information est toute entière contenue dans
sa vitesse de propagation".
En dernier lieu, il est possible d'identifier un véritable
discours d'exclusion des personnes âgées du domaine des ntic,
alors que la proportion croissante dans la population de ces personnes
liées entre autre à l'allongement de la durée de la vie et
aux progrès médicaux en fait des acteurs majeurs de
l'économie dans un horizon relativement proche.
5.4 Une utopie technicienne ?
Dans un article très complet sur le sujet, qui fait le
bilan des utopies techniciennes depuis le XVIII ème
siècle, Armand Mattelart lie la communication de la "promesse de
rédemption". Déjà le saint-simonisme, comme pensée
des réseaux, n'avait pas échappé à l'emprise de la
religiosité. L'ingénieur avait été à
l'origine d'une nouvelle Eglise à part entière". Il rappelle que
l'utopie anarchiste de Piotr Kropotkin faisait de l'électricité
le point de départ d'une nouvelle société.
Lucien Sfez nous permet d'entrevoir que si l'utopie implique
simplement une volonté de sortie du monde, une rupture radicale avec
tous les aspects de l'ancien monde, alors la nouvelle religiosité qui se
noue à partir d'Internet en relève partiellement. Mais il
s'agirait plutôt d'une hétérotopie, dans un monde nouveau
qui n'a plus de centre. Elle implique une nouvelle manière de vivre, un
lien social nouveau doit être bâti qui s'impose à tous.
6. Le
tabou de la rencontre directe :
Pour la première fois dans l'histoire de
l'humanité, sous le coup de nouvelles croyances dans l'information, la
transparence et la réunification de la conscience, nous avons construit
un réseau de communication susceptible, s'il était poussé
à son extrémité, de séparer les hommes et de les
dispenser de toute rencontre directe.
Pour accéder à ce "nouveau monde" dans lequel
l'homme se réalisera et se dépassera, il faut accepter d'y
transférer la plupart des activités que jusque-là nous
réalisions autrement : le travail, les loisirs, la
télévision, le cinéma, le commerce, les relations avec
autrui, la prière, la pensée et, pour les plus
extrémistes, la sexualité. Toute communication, toute relation,
toute rencontre doivent désormais passer par le réseau, en
empruntant les voies de la conscience collective.
6.1 La question de la violence :
Le cyberespace comme monde de lumière et de transparence,
incarne l'utopie de la pacification. La violence y est rejetée du
côté du corps, de l'animalité, de la
matérialité. Le prix de la paix et une double séparation,
d'une part entre le corps et l'esprit, d'autre part entre les corps
eux-mêmes.
Denis Duclos, sociologue français : "Le spectacle de la
violence débouche rarement aux Etats-Unis sur un processus de
civilisation, mais plutôt sur une hésitation, une oscillation
entre sauvagerie et civilité, entre paix et agressivité". Dans
cet esprit, un réseau comme Internet pourrait bien être une
tentative désespérée de sortir de cette oscillation
permanente.
David Le Breton rappelle : "Le dénigrement du corps (...),
dans le discours radical de certains scientifiques ou adeptes de la
cyberculture, est aussi un fait vécu à leur niveau par les
millions d'Occidentaux qui ont perdu leur relation d'évidence avec le
corps qu'ils n'utilisent plus que partiellement". Le nouveau culte propose
d'enfermer chaque individu dans sa bulle pour prix d'une communion universelle
enfin pacifiée.
L'alternative au chaos :
Norbert Wiener concevait la violence comme le comble de
l'entropie, de l'"imperfection organique de l'univers". Le diable. La
cybernétique, pessimiste, voit le monde glisser irrésistiblement
vers le chaos entropique.
L'avancée de toutes les cybertechnologies correspond
à l'espoir de faire reculer la violence grâce à
l'information et à la communication.
Le monde idéal, c'est la noosphère transparente qui
nous préviendra des catastrophes, des dangers des injustices, des
déséquilibres écologiques".
Une stratégie prudente :
Ceux qui ont un point de vue raisonnable, "laïque" sur les
nouvelles technologies de l'information sont parfois sensibles aux
sirènes des prophètes.
Il ne faut pas se laisser prendre à la très
ancienne stratégie de persuasion décrite ci- après. Dans
les années soixante-dix, les partisans de la révolution
informatique, ancêtres des militants actuels, l'avait mise au point afin
de contourner les résistances au changement des usagers. Deux temps :
première approche, affirmer que toutes ces machines n'étaient que
des outils, qui ne changeraient en rien les finalités de leur usage.
Ensuite, une fois les outils en place, faire miroiter, surtout aux yeux des
plus ardents convertis, qu'ils étaient au coeur d'une véritable
révolution, qu'ils allaient, grâce aux technologies, "changer le
monde". Toute nouvelle avancée suscitant de nouvelles hésitations
ou des réserves, on revenait au premier mouvement de la stratégie
: "Ce n'est qu'un outil ... ".
Pierre Lévy : affirme d'abord avec force que les hommes
sont en train de se regrouper dans une immense ville virtuelle, là
où l'on trouve le plus de choix, là où se trouvent les
meilleurs marchés, y compris surtout les marchés de
l'information, de la connaissance, de la relation et du divertissement, et que
les sites Web sont comme des boutiques, des bureaux et des maisons ; les
groupes de discussion et les communautés virtuelles ... des places, des
cafés, des salons, des regroupements par affinités" (...) "les
mondes virtuels interactifs, plus ou moins ludiques, seront les nouvelles
oeuvres d'art, les cinémas, les théâtres et les
opéras du XXIème siècle" (...) "Nous
continuerons cependant à nous déplacer physiquement et à
nous rencontrer en chair et en os, et probablement plus qu'aujourd'hui, puisque
les phénomènes de relation et d'interconnexion de toutes sortes
(virtuelles ou non) seront amplifiés et
accélérés".
De très nombreux projets liés aux réseaux ou
à Internet sont en fait axés sur la possibilité de ne plus
se déplacer, de ne plus sortir de chez soi.
6.2 Une description de la "société mondiale de
l'information" :
La littérature d'aNTICipation joue un grand rôle
dans le développement des nouvelles croyances, par l'imaginaire qu'elle
implémente. La pertinence d'un récit ou d'une description tient
pour le lecteur à son réalisme, capacité à
aNTICiper la réalité vraie, guide pour l'action. Elle serait le
genre le plus lu dans le monde de l'informatique. Les ouvrages d'Isaac Asimov,
Philip K. Dick ou William Gibson, et bien d'autres, posent la question du lien
social et évoquent de façon centrale la séparation
sociale, pivot de ces nouveaux modes.
C'est bien la question de la violence qui est au centre de la
problématique de cette nouvelle société, qu'il s'agisse de
craindre les épidémies ou de redouter la présence de
l'autre, comme source de violence. Il faut mettre fin à la tension
insupportable provoquée par les autres.
La peur des épidémies :
Elle aboutit, pour l'auteur Jean-Michel Truong, à un monde
divisé en trois classes :
- les "no- plugs" clandestins qui vivent en meutes, livrés
à eux-mêmes dans une nature hostile,
- ceux qui vivent séparés les uns des autres,
- une petite classe de nantis qui eux ont le droit de se
rencontrer et vivent dans un univers protégé de toute agression
extérieure.
La violence de l'autre :
Les communications virtuelles ont l'immense avantage de gommer la
dimension de violence irrépressible des rapports humains et donc de les
pacifier.
Bill Gates raconte à ses lecteurs : "J'ai eu une
liaison avec une femme qui habitait une autre ville. Eh bien, nous avons
échangé force messages sur le courrier électronique. Nous
avons même imaginé un moyen d'aller au cinéma ensemble.
Nous choisissions le film qui passait à la même heure dans nos
deux villes. Pendant le trajet en voiture, nous bavardions avec nos
téléphones cellulaires pour commenter le film. A l'avenir, ce
genre de "rendez-vous virtuel" se passera encore mieux".
La violence de la rencontre directe devient alors trop forte pour
ceux qui se sont habitués à la communication virtuelle
permanente.
Le nouveau lien social se caractérise doublement et
indissolublement par une séparation (des individus) et une communion
(des esprits), comme condition de la paix sociale.
6.3 La société solaire d'Asimov :
Scientifique et vulgarisateur américain, Isaac Asimov, a
proposé dès 1955 la première visualisation d'une
société dans laquelle un réseau de communication complet
(image et son) occupe une place déterminante dans la vie sociale et
remplace toutes les régulations collectives traditionnelles. Dans ses
livres le lecteur peut suivre comment les robots d'abord esclaves soumis des
hommes deviennent leurs maîtres (retournement feuerbachien).
Auteur notamment des "trois lois de la robotique" censées
fixer des barrières éthiques au comportement des machines, il
s'est attaché à accoutumer le lecteur aux "machines à
communiquer", s'interrogeant en même temps sur les conséquences de
la robotique, au sens industriel bien sûr, mais aussi au sens plus
général de mise en oeuvre systématique des ordinateurs et
des "intelligences artificielles".
Le système de communication, pour lequel ce sont les
robots qui servent d'intermédiaires, est au centre de la vie sociale
qu'il nous décrit , aNTICipation assez précise d'Internet.
De chaque point d'accès au réseau, il est possible
d'accéder aux autres. Le réseau transporte de l'image et du son,
et des dispositifs audiovisuels, véritables ancêtres du
multimédia, permettent d'accéder au savoir. Un lien social
particulier accompagne les techniques, avec un tabou central, celui de la
rencontre directe.
Les hommes et les femmes qui peuplent ce monde vivent seuls, de
l'enfance à la mort, entourés d'immenses propriétés
et de très nombreux robots, tout en communiquant en permanence, via le
réseau, avec les autres habitants.
Un monde sans rencontre :
Les habitants de la planète Solaria ont la
possibilité de communiquer en permanence et partout, en usant des
machines anthropomorphes, seule différence avec les réseaux
actuels. Solaria est entièrement maillée par ce réseau de
communication qui reproduit le décor et fait apparaître en trois
dimensions la personne avec qui on est en contact. Il s'agit de "visionner" ses
interlocuteurs, et entre présence directe et présence indirecte
persiste l'impossibilité de sentir son parfum ou de le toucher. Toute
l'organisation du lien social va alors tourner autour de cette question. Pas de
ville, pas d'Etat. Un habitant n'est jamais véritablement
âgé, son corps et son mental ne se dégradant pas.
La nécessité de la séparation physique
:
Tabou central, la rencontre physique est identifiée
à l'animalité, à la brutalité et à la
violence, ce qui va permettre aux membres de cette société de
définir le caractère "civilisé" de leurs rapports.
"Nous avons parlé pendant quelques minutes ; de se voir
face à face est une telle torture". "Je pensais tolérer sans
difficulté une présence effective, mais ce n'est qu'illusion de
ma part. J'étais à bout de résistance nerveuse en
très peu de temps".
Sur Solaria, les enfants naissent grâce à la
procréation artificielle.
Il n'y a aucun dommage, ni aucune infraction au tabou à se
montrer nu en image virtuelle devant les autres : "Après tout, cela n'a
pas d'importance, puisqu'il ne s'agit que de vision stéréo, dit
Gladïa (après s'être montrée nue devant son
interlocuteur)".
Sur Solaria, les médecins pratiquent la
télé- médecine avant l'heure.
Une nouvelle inaptitude à la communication directe ?
:
La pratique systématique de la communication par
l'intermédiaire des ordinateurs et des réseaux est la
réalité concrète du nouveau culte de l'Internet.
Internautes, communiquez, tout le temps, toujours, à propos du plus de
chose possible et quel qu'en soit le contenu ! Activer l'information est le
véritable rite auquel il faut sacrifier à toute heure du jour et
de la nuit.
Dans l'univers du "tout- Internet", l'individu est conduit
à disposer de son propre territoire géographique
d'évolution, au sein duquel il n'a plus à négocier quoi
que ce soit avec autrui. Chacun devient en quelque sorte souverain sur son
propre territoire et ne trouve plus d'intérêt à se trouver
sur celui d'autrui.
Dans la réalité nous sommes en train de vouloir
réaliser des "systèmes d'environnement virtuel portables", via
les mobiles (et cela ne va d'ailleurs pas sans quelque flop comme le wap).
Dans un certain sens, souligne Philippe Breton, une telle
"société" devient une société mondiale, non pas
parce que les échanges auraient lieu dans un même "village
planétaire" mais parce que chacun deviendrait à lui-même
son propre monde. C'est peut-être le sens le plus approprié qu'il
faut donner aujourd'hui à la notion de "mondialisation".
7.
Une menace pour le lien social :
Les thuriféraires du Réseau sont marqués
voire déterminés par une religiosité qui instaure une
véritable dynamique. Elle est non déiste, spiritualiste, dualiste
et anti-humaniste. Elle prône l'unification des consciences en
"conscience collective" dans un même continuum associant les humains et
les "machines intelligentes", la communication permanente, séparation
physique et fin de la rencontre directe, rapport de déni à la loi
et à la médiation, confusion entre la représentation et le
représenté, entre le virtuel et le réel.
7.1 Deux modèles de développement d'Internet
:
Opposé à ces "fans", le pragmatisme de tous ceux
qui voient dans Internet un outil réellement précieux, mais rien
qu'un outil.
Philippe Breton fait l'hypothèse que, à l'aube du
XXI ème siècle, la stratégie des premiers est
la plus attractive et exerce en tout cas une réelle fascination
notamment sur la jeunesse. La nouvelle religiosité remplit d'une
certaine façon le même rôle que les utopies
révolutionnaires des années soixante et soixante-dix, en captant
le désir de changement et en le sortant de l'espace du politique.
Tant que l'option du "tout- Internet" correspondra sur le terrain
avec l'ouverture de nouveaux marchés et la perspectives de nouvelles
sources de profit dans le monde des actionnaires, le modèle de
développement actuellement dominant, construit sur des promesses
à la base de son argumentaire grand public et empreint des valeurs du
libéralisme, perdurera.
Nous avons affaire à un déploiement en deux temps,
où les promesses d'un mieux-vivre et d'un mieux-être permettent
d'attirer progressivement les gens vers une nouvelle vision du monde.
7.2 Une information aux limites de la propagande :
La discussion doit bien sûr sortir d'un faux débat
"pour ou contre", et porter plutôt sur les différents
modèles de développement de cette nouvelle possibilité
technique.
Les véritables ressorts du nouveau culte ne sont que
très rarement explicités, et les ntic sont
présentées sous un angle déterministe. Les réseaux
informatiques vont automatiquement changer en profondeur et pour le meilleur
nos modes de vie. Un constat : il n'y a pratiquement aucun débat de
société sur ces questions.
Une quasi-clandestinité :
Le point de vue anti-humaniste explicite des nouvelles
conceptions heurte en général l'opinion. L'idée selon
laquelle l'homme est au centre du monde et devrait être la
première source de nos préoccupations en tant qu'humains reste
fortement implantée au coeur de nombreuses cultures.
La résistance de l'humanisme qui nourrit notre culture est
toujours très forte, et le milieu de la cybernétique des
années quarante s'y sont cassé les théories au point
d'avoir dû passer pratiquement dans la clandestinité.
De nos jours seule la science-fiction permet à la rigueur
de passer outre. L'ouvrage de Pierre Lévy, World Philosophie, a, de
cette façon, été d'une réception difficile
notamment en France.
L'idée selon laquelle les machines pourraient devenir
intelligentes, notamment à l'image de l'homme, est certes couramment
reprise par les médias, mais elle dépasse rarement le stade de la
curiosité scientifique ou de l'utopie exotique. La peur reste bien
présente, même au coeur du "phénomène Internet",
comme dans le cas du Golem, d'un retournement diabolique contre l'homme. Du
coup, la publicité, par exemple, ne se contente jamais d'informer sur
les fonctionnalités des produits qu'elle vante, mais tente
quasi-systématiquement de leur construire une légitimité,
faite le plus souvent d'universalité, de communauté, de
liberté et de connaissance.
Chaque transformation d'une activité sociale en une
activité prise en charge par le réseau comme le commerce
électronique par exemple, est en général
évaluée isolément. Chaque étape de
l'"internétisation" du monde est en soi fascinante et anodine. C'est
l'ensemble qui pose problème.
Une forme de prosélytisme :
Le procédé : matraquage systématique de
messages implicites répétés jusqu'à saturation et
provoquant l'adhésion à des valeurs du seul fait de leur
énonciation, tout en masquant les conséquences de cette
adhésion.
"Combien de temps encore, demande à ce sujet Lucien Sfez,
allons-nous subir la propagande (le mot est trop faible) de la presse et du
gouvernement en faveur d'Internet, huitième merveille du monde, hors de
laquelle il n'est point de salut ?"
Passé un certain seuil de diffusion, un objet technique
devient indispensable, même s'il n'est pas souhaité et si son
usage pose problème. Pour atteindre ce seuil, la publicité vise
d'abord les couches sensibles à toutes les formes possiblement
applicables de néo-propagande, notamment la jeunesse qui constitue bien
sûr toujours une cible privilégiée pour tout ce qui porte
la promesse d'un monde nouveau.
L'engouement récent pour la "netéconomie" a
montré la puissance de ce discours. De même qu'il faut se
connecter au Réseau, il fallait participer à l'économie de
ce secteur et rejoindre la Promesse, l'argent étant bien devenu ici une
mesure du nouveau monde, argent spéculatif, bulle financière
créée en faveur d'une économie frisant en permanence le
krach boursier ce qui met en péril bien au-delà de ce petit
monde.
La révolution Internet va-t-elle se poursuivre ?
:
Le thème de l'"inéluctabilité" de la
"révolution Internet" est partie intégrante du discours
promotionnel qui a envahi les médias à la fin des années
quatre-vingt-dix. Il annonce une révolution des modes de vie et de la
société elle-même que rien ne pourra arrêter, en
s'appuyant sur un raisonnement déterministe trop
intéressé, une sorte de lieu commun.
La numérisation des activités humaines semble une
condition sine qua non du développement tous azimuts des médias
en réseau, alors que les gisements d'information sont limités ce
qui, en toute bonne logique, devrait provoquer un essoufflement.
Robert Cailliau, co-inventeur du web n'hésite pas à
déclarer : "Pour parler franchement, je suis un peu déçu.
Je ne trouve pas que le web évolue si rapidement. (...) Au fond, c'est
toute l'informatique qui souffre d'un non-changement de paradigme. Les
ordinateurs vont toujours plus vite, mais il n'y a quasiment pas de nouvelles
idées : l'architecture est toujours la même, le fonctionnement
aussi."
7.3 Quelques effets pervers du nouveau culte :
Beaucoup craignent qu'une société transparente ne
devienne en fait une société sécuritaire où
l'individu ne dispose plus que de marges très étroites de
liberté.
Un recul des libertés :
Nos sociétés libérales démocratiques
ont un gant de velours pour ce qui concerne le respect des droits individuels
formels. L'Internet systématique serait en revanche un redoutable outil
entre les mains de fer d'un régime non voire
anti-démocratique.
On connaît mieux maintenant les ambitions du réseau
Echelon, dénoncées dans un rapport du Parlement Européen.
Malgré les dénégations du gouvernement américain la
National Security Agency NSA est accusée de se livrer à une
activité d'interception systématique des communications
mondiales, notamment celles qui transitent via Internet.
En France, la CNIL Commission nationale pour l'informatique et
les libertés s'inquiète du développement des
systèmes de "cybersurveillance" et des conditions du commerce
électronique. Les promesses de "redonner le pouvoir" au consommateur
paraissent bien abstraites face aux très nombreuses tentatives des
régies publicitaires de violer la vie privée des internautes.
Plus le publicitaire connaît la vie, les goûts, les habitudes de
celui à qui il s'adresse, plus il pourra "adapter" son message et
accroître les chances de séduire son interlocuteur donc de vendre.
Les "cookies", petits logiciels qui viennent se greffer dans la mémoire
des ordinateurs des connectés permettent de suivre les
déplacements sur le réseau de leurs propriétaires et de
connaître leur personnalité, et il parait probable que certaines
régies recroisent ces renseignements avec des fichiers nominatifs. Il y
a là, pernicieusement discret, un grave danger de manipulation du
consommateur.
La désynchronisation des activités sociales
:
L'un des projets du directeur du Medialab au MIT, Nicholas
Negroponte, consiste à mettre au point des interfaces numériques
qui soient des sortes d'assistants personnels permettant à l'individu de
saisir toutes les informations dont il a besoin au moment où elles sont
produites mais en les restituant au moment et sous la forme qu'il a choisis.
Exemple "une autre façon de voir un journal est de le considérer
comme une interface avec les informations (...) Imaginez qu'un jour votre agent
d'interface puisse lire tous les télex, tous les journaux, capter toutes
les émissions de TV et de radio de la planète, et vous faire un
résumé personnalisé. Ce genre de journal n'existe
qu'à un seul exemplaire. (...) Il mêlerait les grands titres de
l'actualité à des faits moins importants concernant vos
relations, les gens que vous verrez demain, et les endroits où vous vous
apprêtez à aller ou d'où vous rentrez. Il vous informerait
sur les entreprises que vous connaissez (...) Appelons-le "Mon Monde" ".
Dans ce monde moyen, désormais sans surprise et bien
sûr sans conflit, les interactions virtuelles se déroulent dans un
espace où les uns sont toujours décalés par rapport aux
autres. Bien loin de la "conscience collective".
Un accroissement des inégalités :
Il est à craindre que le nouveau monde, loin de
réduire les inégalités dans l'accès au savoir, ne
se développe sur un renforcement des strates d'inégalités
déjà présentes telles la lecture ou l'argumentation.
Rappelons qu'il existerait cinq millions d'illettrés et
d'analphabètes en France, sans compter les exclus de l'accès et
surtout de la compréhension des procédures algorithmiques
nécessaires à la manipulation des nouveaux outils. Cette crainte
est particulièrement accentuée concernant les pays du
tiers-monde, et il est plus réaliste de parler d'un "nouvel âge
des inégalités".
La puissante entreprise Microsoft pèse à la Bourse
plusieurs centaines de milliards de dollars et emploie seulement 24 000
salariés. Même si 90 % d'entre eux sont, paraît-il,
millionnaires, ceci montre voire annonce un monde profondément
inégalitaire, dans lequel l'écart des revenus peut
s'accroître de façon vertigineuse en détruisant notamment
une partie des classes moyennes.
7.4 Le fantasme de la mort de
l'homme :
La nouvelle religiosité est, stricto sensu, une
hérésie de l'humanisme. Son succès intervient sur un fond
de crise, crise des valeurs et du lien social, problèmes
récurrents posés par la permanence d'une violence
destructrice.
Le nouveau culte se présente le plus souvent comme une
alternative de civilisation, face à des vieilles valeurs humanistes qui
auraient fait faillite, et les difficultés réelles d'une
société mondiale en pleine mutation servent ainsi de toile de
fond au succès des nouvelles croyances.
Un succès sur fond de crise des valeurs :
L'homme n'est plus la pièce maîtresse de cette
nouvelle religiosité sans centre et sans Dieu, la conscience
individuelle est susceptible d'être "collectivisée" et
transférée aux machines, la noosphère du cyberespace se
substitue à l'organisation sociale politique des sociétés
telles que nous les connaissons.
Philippe Breton affirme que ce sont trois valeurs essentielles du
monde moderne qui sont visées :
- l'héritage monothéiste juif de la loi, importante
pour régler les rapports humains ;
- l'importance conférée depuis la révolution
démocratique athénienne à la parole, placée au
centre de la société des hommes ;
- la représentation de l'homme comme individu libre
intérieurement.
Ces trois valeurs ont fait convergence : l'individu est
destinataire de la loi et c'est lui seul qui se tient responsable devant elle.
Elle le dépasse et en même temps c'est lui qui la fabrique, par le
jeu de la parole collective et de l'assemblée des individus libres.
L'individu n'existe qu'à travers sa parole, doublement issue de sa
mémoire intérieure et de la rencontre avec la parole de
l'autre.
Cette société de la loi, de la parole et de
l'individu a été construite en rupture avec l'ancienne
société "holiste", et nourrit l'"humanisme". Tout le XX
ème siècle aurait été une longue
hésitation dans la croyance aux vertus de l'humanisme.
Le nouveau culte semble se nourrir d'une opposition à ce
triptyque fondateur de notre modernité. Son succès paraît
directement proportionnel à la crise de confiance.
Les effets concrets de l'attaque contre l'humanisme :
Les effets d'un discours anti-humaniste se font sentir au
présent et deux représentations fondamentales sont en train de
vaciller : celle de l'être- ensemble comme relevant de la vie en
société et celle de l'être humain comme doté d'une
singularité indépassable.
La socialité au sens de la mutualité,
disparaît au profit de l'interactivité. Dans le nouveau mode de
société proposé, l'autre doit être là quand
je le veux, sous une forme que je contrôle et dans la partie de mon
territoire que je lui assigne. L'expérience est remplacée par la
virtualité. Les relations sont très réactionnelles,
rapides, peu engageantes.
"L'utilisation d'Internet diminue le cercle de relations sociales
proches et lointaines, augmente la solitude, diminue légèrement
la quantité de support social et augmente les sentiments
dépressifs." Des solitaires d'un genre nouveau apparaissent partout, qui
n'entretiennent plus qu'un rapport informationnel et instrumentalisé au
monde qui les entoure.
Le changement technique parait alors être devenu le seul
moteur de l'évolution.
La psychologue américaine Sherry Turkle montre en outre
que depuis quelques années, on assiste à un affaiblissement de la
métaphore de l'intériorité pour penser l'individu et
à son remplacement par la métaphore du programme.
Le souhait de détacher la conscience du corps et en
même temps de la fondre ou de la transférer dans une transcendance
collective fragilise la délicate construction de l'individu moderne.
Le nouveau culte est-il immoral ? :
Si l'on prend le parti de l'homme, il faut craindre que la
réponse à cette question soit entièrement positive, et le
débat ne devrait pas laisser indifférents tous ceux qui sont
attachés aux valeurs humanistes.
Car une des questions importantes que soulève en
définitive le "nouveau monde", est celle de la mort de l'homme. En
poussant les recherches dans la direction d'un transfert de la conscience de
l'homme vers des robots plus intelligents ou des réseaux dotés de
vie, on prend peut-être le risque de faire disparaître son
espèce en tant que telle, parce qu'elle serait devenue inadaptée
au regard de l'évolution.
Le Progrès, une fois encore, aurait bien pour nous tous un
caractère aigre-doux...
1.4.2.4 De la science fiction à la science
cognitive* :
Reprenons ici un passage d'après L. Sfez, dans Critique de
la communication afin d'en souligner le contenu : "Encore de nos jours bien des
scientifiques comme bien des humains plus ordinaires comptent sur plutôt
qu'espèrent en une progression irréversible de
l'élémentaire au complexe, comme si elle allait de pair avec
notre évolution. L'ordinateur "intelligent" nous fait rêver sur
notre identité. Les métaphores de l'intelligence, de
l'activité neuronale, de la société ou de la
démocratie jouent un rôle très puissant de mobilisation
technologique. Allant au-delà, la machine est faite comme nous et nous
sommes nous-mêmes faits de mécanismes machiniques. Nous
rêvons déjà d'êtres bioniques, surpuissants à
la fois humains et machines, machines et humains indifféremment.
Nous construisons Dieu à partir des qualités
humaines et nous lui attribuons un pouvoir sur nous. Paradoxe de Feuerbach ou
rappel du Golem, les risques sont grands que l'humain soit bientôt
dépassé pour le pire et moins probablement pour le meilleur par
ces créatures qu'il contribue à engendrer."
En attendant l'avenir est aux agents* intelligents dans et par
les réseaux. Ils peuvent être comparés par exemple aux
cellules sanguines qui circulent dans les vaisseaux, mais la métaphore
n'est pas assez puissante pour rendre compte de leurs
caractéristiques.
8. Raisonnements assistés
par ordinateur :
8.1. Les agents :
L'évolution a finalement abouti à l'informatique
distribuée d'aujourd'hui où tous les ordinateurs sont
connectés, que ce soit à un réseau local, à
l'intérieur de l'entreprise, ou à un réseau plus large
comme Internet.
Désormais et par les vertus de la technologie objet, ce
sont des "agents" "intelligents" qui permettent de réaliser les
différentes fonctions nécessaires aux communications. Voici
quelques unes de leurs caractéristiques ; ils sont :
- autonomes, indépendants, ils contrôlent leur
action sur laquelle on ne peut interférer ;
- sociables, ils interagissent directement avec d'autres
logiciels ;
- réactifs, ils perçoivent l'environnement et
réagissent au changement ; par exemple un agent qui, pour ou sur un
réseau donné comme Internet par exemple, surveille les cours de
la Bourse peut lire en permanence les cours et envoyer automatiquement un
message lorsqu'un titre change ou atteint une certaine valeur ;
- proactifs, ils prennent l'initiative avec un but précis
; dans le cas du commerce électronique, ils peuvent négocier le
prix d'un produit sous certaines conditions.
Plus l'évolution se produit, plus le degré
d'intelligence des agents augmente, plus ils ressemblent à des
micro-organismes qui circuleraient dans des artères ou des veines par
exemple.
Peu à peu naît un nouvel imaginaire qui se
complète dans l'infiniment grand comme dans l'infiniment petit,
peuplé de créatures de toutes sortes, agents,
robots, androïdes, êtres bioniques etc. qui viennent au fur et
à mesure alimenter notre besoin de toute puissance, enchanter un nouveau
quotidien, ou peupler notre univers des pires craintes et cauchemar.
II. Contenus et communication via
les Médias à base de Réseau(x) :
1
Quels contenus pour Internet ?
1.1 Communication,
Récit(s) et Information :
1.1.1 La mise en intrigue
:
Il faut comprendre la production communicationnelle comme une
production de récits visant à structurer et à configurer
un groupe et une action collective. La notion de récit permet de
comprendre les productions symboliques et langagières visant
l'unification, la structuration et le fonctionnement de groupes
constitués autour d'un objectif de production de biens et de
services.
L'essor des communications d'entreprises participe du
déplacement de l'entreprise qui s'inscrit dans l'espace public
considéré comme espace d'apparition et de visibilité,
opérant un soigneux travail de construction de soi auprès de
l'opinion, de présentation et d'exposition de soi orchestré, afin
d'asseoir sa présence auprès des médias, auprès de
l'opinion publique et de tous les publics essentiels (pouvoirs publics,
consommateurs, milieux financiers, élus etc.). Ici, la côte de
l'expérience a baissé au profit du règne de l'information,
règne du plausible, du vérifiable et de son cortège de
connexions logiques.
La construction de récits par les organisations
économiques engage un rapport au temps et un rapport au groupe social,
configure une expérience individuelle et collective, et propose un
sens.
Ricoeur parle de la "mise en intrigue" se rapportant
à l'univers de l'intrigue et la relation créée entre
émetteur et récepteur.
Il se produit une imbrication étroite et nécessaire
du dire et du faire. Il faut comprendre le soubassement de l'activité
économique.
"Le temps devient temps humain dans la mesure où il est
articulé sur un mode narratif".
La reconstruction du passé a une dimension politique,
économique et sociale.
Parmi les formes de mémoire, l'approche muséale se
développe depuis quelques années et conjugue l'approche
patrimoniale et l'approche communicationnelle, la perspective de conservation
et de notoriété. Les entreprises des économies
occidentales s'ouvrent au public.
L'appel au passé s'inscrit dans une stratégie de
communication. L'Art, lui, s'inscrit dans une perspective de recherche et de
construction du futur ou plutôt des futurs comme le suggérait
déjà l'usage de la notion de vies.
Les récits interviennent toujours après coup, ils
s'inscrivent dans une perspective de continuité, de reconstitution, de
mémoire, alors que l'action et les choix opérés sont
toujours nouveaux, surprenants et
discontinus. Ils sont un artefact visant à retrouver et
à construire un continuum dans la nécessaire
discontinuité. L'entreprendre comme action sur le présent, comme
création permanente et comme initiative toujours surprenante est
fondamentalement en tension avec l'activité narrative qui
reconstruit la continuité des choix et l'inscrit dans la
durée. Le temps long de la mémoire et la reconstitution
historique fait de constance s'oppose au temps court de la décision
présente toujours surprenante.
Consignation et transmission des connaissances constituent
désormais l'enjeu essentiel de cette discipline nommée "knowledge
management". La notion de projet fait rebondir la problématique du temps
sur trois points : elle engage une même logique de l'actualisation, le
présent du futur correspondant à un travail de formalisation.
Elle suppose une démarche volontariste visant à maîtriser
le destin au lieu de le subir.
L'enjeu : elle repose enfin sur une même valeur
supposée de l'information qui est le ressort de l'imbrication du futur
et du présent. La disparition de grands projets politiques et sociaux
dans les
sociétés occidentales, postmodernes selon les
termes de JF Lyotard, s'accompagne de l'émergence et de la
prolifération de projets de nature économique.
Ricoeur : "l'utopie désespère l'action, elle
est incapable de formuler un chemin praticable".
Les pratiques de veille reposent implicitement sur une
théorie de la valeur de l'information qui conçoit l'information
et la capacité à repérer les grandes lignes du
présent et les contours d'un avenir proche sont devenues une fonction
vitale pour la survie et le développement des entreprises.
L'information peut être vue comme un élément
essentiel de la stratégie économique, comme facteur de
prévision et de maîtrise des marchés.
Cette théorie de l'information repose en partie sur une
approche mathématique et probabiliste de l'information, il est donc
essentiel de réduire le degré d'incertitude, de collecter ou de
construire un système d'informations mis au service de la prise de
décision.
Trop d'information est aussi nuisible que peu
d'informations.
La sophistication des systèmes fait souvent perdre de vue
leur finalité et finit par occulter la valeur d'usage des
informations.
La valeur de l'information est aussi un problème dont il
faut tenir compte. L'information ne s'oppose pas à la communication
comme l'objectif au subjectif, comme l'individuel au collectif, comme la
connaissance à
l'action.
Le "Dictionnaire des termes officiels" : définit
l'information comme "élément connaissance, susceptible
d'être représenté à l'aide de conventions, pour
être conservé, traité, communiqué".
L'information n'est une ressource que dans la mesure où
elle est l'objet d'une gestion et d'une interprétation
appropriées. Il faut de l'intelligence, c'est essentiel.
Dans l'approche de Shannon et Weaver, l'information est
corrélée aux notions d'entropie et de désordre :
l'information annule ou réduit l'entropie et constitue la mesure de la
réduction de l'incertitude ou du désordre. Un message
créé de l'ordre dans le désordre. Adhésion donc ici
au point de vue de Philippe Breton.
La formule que donne Shannon pour calculer la quantité
d'informations est fondée sur le rapport entre les possibles avant
l'information et ce même nombre après l'information.
La surprise, l'effet de surprise est l'un des constituants de la
valeur d'une information; une information surprenante est une information qui a
une valeur élevée.
L'information s'inscrit ici encore dans une perspective
probabiliste, elle renvoie au différentiel de gain
généré par une décision sans information
préalable et une décision prise après information, elle
est une valeur ajoutée. Ceci rejoint la théorie de la
rationalité limitée.
1.1.2 Trois
caractéristiques de l'information :
1. L'information est relative au double sens où
elle s'inscrit dans une relation et possède
un degré variable selon les individus.
2. L'information est sélective : construire et
produire une information suppose en amont un
travail de jugement et de sélection de l'existant.
L'information n'a pas de sens en dehors
d'une opération de jugement qui est une opération
de tri et de mise en visibilité.
3. L'information est périssable : du coup
l'information utile est l'information donnée et utilisée au bon
moment.
" par rapport aux circonstances du moment, culturel (conforme
à des règles ou normes),
expressif selon l'émetteur et ses intentions..."
L'appel aux référents collectifs est
nécessaire pour comprendre; les interactions les plus simples de la vie
courante présupposent toute une série de données
partagées : connaissances linguistiques telles que
les définitions du dictionnaire par exemple,
représentations sociales, normes relationnelles ...
La structuration des relations se produit par les échanges
entre les acteurs qui s'établissent en fonction de la position des
acteurs dans la relation. Cette dernière peut être intime ou
distante, égalitaire ou hiérarchique, consensuelle ou
conflictuelle, influencée ou influençante.
L'expression des identités des acteurs se traduit par "qui
est celui qui communique". Expressions et discours portent la marque de
l'être propre, des valeurs, des attitudes. Ces logiques d'acteurs
participent de l'organisation de la communication.
L'analyse de contenu permet de révéler à
partir du discours l'identité profonde des individus.
L'émergence de l'information se fait alors; elle
naît à la rencontre d'une donnée avec
l'intentionnalité
d'un acteur. L'information brute prend son sens dans le
système des intentions prioritaires de l'acteur auquel elle est
destinée. L'influence est cet autre mécanisme fondamental de la
communication qui est consubstantiel aux autres processus. Dans un
échange mettant en présence plusieurs acteurs, l'influence
s'exerce en manipulant, implicitement, des ressources interactionnelles telles
que le positionnement relationnel, l'appel à des normes sociales
implicites connues, l'expression des identités personnelles, des menaces
sur les enjeux de la situation. Ces ressources sont utilisées par chaque
acteur pour faire partager aux autres interlocuteurs une définition
avantageuse pour lui de la situation.
Il faut considérer, en outre, qu'à une
époque où l'information est devenue une valeur- clef au sein du
tissu social, il existe une véritable souffrance cognitive. Les gens
cherchent à mettre du sens sur ce qu'ils entendent par exemple, sur ce
qu'ils font et pas seulement en terme de pratiques. Tout ce qu'il est possible
devient de l'information. Ce besoin d'information et cette souffrance qui lui
est associée sont à rapprocher d'un changement en profondeur de
la connaissance et de sa distribution.
1.2
La fiction interactive :
The show must go on ! Sans le respect de cette maxime,
il n'est pas de cinéma, pas de télévision. Dans les
médias de flux, l'interactivité sera une valeur ajoutée ;
mais il faut d'abord que le spectacle soit. En partant de ce principe, puis en
nous fondant sur une analyse structurale du récit, nous avons
élaboré plusieurs concepts fondamentaux, en rupture avec ceux du
jeu vidéo.
Ce sont les personnages qui sont les moteurs d'une histoire.
Celle-ci naît de l'opposition et de la confrontation de leurs objectifs,
de l'énergie qu'ils investissent dans leurs quêtes respectives,
des actions qu'ils entreprennent pour la conquête de leur but, etc. La
fiction interactive sera rendue possible par l'existence d'acteurs virtuels
autonomes.
La fiction fonctionne selon un principe d'empathie : on
s'identifie à un personnage parce qu'on se reconnaît en lui.
L'immersion dans un monde virtuel par le truchement d'un simple avatar qu'on
pilote physiquement comme un pseudo véhicule rend impossible la
création d'une véritable fiction.
Il existe des structures cachées (arcs dramatiques, arcs
de transformations des personnages ...), qui sont à l'oeuvre
derrière l'écran des scènes, qui donnent rythme et
qualité au récit, et qui peuvent être
contrôlées en temps réel par un logiciel. C'est à
leur niveau qu'il faut travailler, et non à celui de la
continuité scénique.
La scène peut être décrite comme la
résultante d'un traitement (sur les personnages, le lieu et
l'état de l'action), donc l'histoire peut être écrite et
jouée dynamiquement à partir de ses structures et composants
élémentaires.
Ces réflexions ont été à l'origine
d'un important travail de recherche visant à créer une
génération d'acteurs virtuels autonomes, capables de se comporter
de manière crédible dans leur environnement, de jouer comme des
comédiens, et de décider des actions dramatiques qu'ils
entreprennent en fonction de leur rôle. Le cinéma
véritablement interactif est à ce prix ; et c'est ainsi qu'a
été élaborée et construite la notion
d'environnement narratif.
1.3
Un nouveau paradigme :
Un environnement narratif pour la fiction interactive est une
forme particulière de monde virtuel, dans les décors duquel se
déroule l'action d'un film en 3D dont le scénario est flexible,
les personnages interactifs et le metteur en scène capable de filmer et
de monter comme un réalisateur de direct. Il s'agit, de façon
plus technique, d'une structure d'espace et de temps qui réunit les
conditions nécessaires pour faire naître un bouquet d'histoires,
c'est-à-dire :
- des acteurs autonomes, doués d'une intelligence
comportementale recouvrant notamment leur psychologie, leur système de
valeurs, leurs compétences, mais également leurs objectifs et le
rôle (ou fonction dramatique) qu'ils ont la charge de jouer dans
l'histoire ; s'ils ne parviennent pas à satisfaire leurs objectifs, ils
sont frustrés, des émotions négatives modifient leur
comportement, ils sont susceptibles de transgressions formalisées selon
un modèle psychologique dérivé de théories
récentes ;
- les moyens d'actions (ou actions dramatiques) fournis à
ces personnages pour jouer leur rôle ;
- des objets physiques qui proposent eux-mêmes des actions
aux personnages, et des situations types qui procurent aux acteurs un champ de
jeu ;
- un déséquilibre initial qui jette les personnages
dans l'aventure et les met en action ;
- un ou plusieurs personnages semi-autonomes qui
réagissent aux sollicitations des interacteurs, mais sont
également doués de sentiments, de désirs, de
volonté, d'une idée du bien et du mal, d'un projet de vie, de
forces et de faiblesses... bref, d'une étoffe humaine. Le héros
devient l'interface entre un joueur et les valeurs du monde virtuel : il a un
objectif personnel, il est capable d'apprendre, de progresser, de ressentir, de
tomber amoureux...
Depuis toujours, la fiction nous a parlé par
métaphore de nous-mêmes, de notre destin, des expériences
clés de la vie humaine. En devenant interactive, en faisant de nous les
anges gardiens de héros virtuels, elle nous permettra bientôt d'y
prendre une part active, en projetant sur sa toile en mouvement nos
connaissances, nos visions, nos valeurs et nos intelligences.
1.4
Un concept nouveau lié à la communication via les réseaux
:"anycastworld" :
L' "anycastworld" signifie "accéder à n'importe
quel contenu, à n'importe quel moment et de n'importe quel endroit
grâce à n'importe quel élément de technologie."
Les technologies ne sont pas conçues dans un but
défini d'amélioration de notre société mais
semblent exister "en soi", pour elles-mêmes. Aux autres par la suite, de
les apprivoiser ou de s'y plier.
III. Arts et images, communication
sur les médias à base de réseaux :
1. Cinéma,
Télévision, communication sur les médias à base de
réseaux :
1.1
Cinéma :
Du jour où les frères Lumière ont
inventé la cinématographie à la fin du XIX ème
siècle, le cinéma n'a plus cessé de faire des
avancées remarquées dans la technologie comme dans le contenu.
Aujourd'hui les films ont le pouvoir d'attirer les spectateurs dans un monde
virtuel où ils peuvent réellement vivre l'évolution d'une
intrigue. L'utilisation de l'interactivité permet à l'auditoire
de devenir un des personnages du film, d'en apprécier des
expériences originales en choisissant jusqu'à l'évolution
de l'histoire, en interférant à son gré sur les actes des
personnages (environnement narratif). La magie du numérique envahit le
cinéma et les effets spéciaux paraissent sans limite au risque
d'aller trop loin. Entre ces milieux et l'humain le gré à
gré peut être envisagé.
Elle devrait également sonner le glas de la pellicule. Le
spectateur, entrant dans l'image, se met en réseau le temps d'une
projection... Mais il est clair que l'émotion reste une dimension
fondamentale du film et des personnages, la perfection technique en
étant une autre.
Internet est un outil formidable pour analyser le cinéma,
mais il n'est pas sûr qu'il le soit concernant la diffusion. Là
où vont se poser les vrais problèmes, c'est le jour où
enfin la diffusion des films sera possible intégralement sur Internet.
Les problèmes, concernant le droit notamment, et pas seulement les
droits d'auteur, seront très compliqués voire inextricables.
Un projecteur numérique coûtait en l'an 2000 autour
de 150 000 Euros ne permettant d'équiper qu'une seule salle de
cinéma. Un seul existe en France dans une salle publique, il a servi
à projeter récemment le premier film numérique 3D "Toy
Story" qui n'a pu être vu que par un public de
privilégiés.
Les propriétaires de salle ne voient pas pour le moment
pourquoi ils financeraient un équipement qui réduirait leurs
profits et ne servirait que les producteurs. Aussi le cinéma
numérique est-il quelque peu "en panne". Et ne ressemble pas encore
à du réseau, sauf dans l'esprit de ses rares pygmalions. Bien
sûr avec l'Adsl (hauts débits) et le Gprs (technologie mobile), on
peut penser qu'un jour, un simple téléphone permettra de
visionner un bon film quelle que soit la localisation géographique
terrestre ou non. Mais le chemin à parcourir est encore très
très très long...
1.2.
Télévision :
Les cérémonies télévisées par
exemple concernent trois grands types d'évènements, les
célébrations traditionnelles qui renvoient au passé, les
confrontations démocratiques qui concernent le présent, et
l'histoire en train de se faire qui projette l'avenir. Le
téléspectateur n'est alors aucunement un récepteur passif,
mais un acteur lucide.
Le public est intelligent. Ce sont les mêmes individus qui
votent, qui écoutent la radio et qui regardent la
télévision.
Il s'agit de penser les rapports entre l'intelligence des
citoyens au point d'en faire la source de la légitimité
démocratique à travers le suffrage universel, et le public des
médias perçu comme influençable et idiot.
Cette dernière hypothèse a trois
conséquences :
- résonance entre évolutions qualitatives de la
société et explosion des techniques de communication;
- la dimension universelle de la communication ne s'épuise
pas dans les logiques actuelles de globalisation et de mondialisation; Internet
réseau mondial et global, est simplement un réseau technique qui
s'inscrit dans une économie globale indifférente aux
frontières;
- le caractère mondial des techniques ne suffit pas
à créer une communication mondiale.
Dans la réalité, la technique dominante ne
crée pas un modèle dominant de société.
Le plus grand rendez-vous de télévision alternative
BigBrother repose sur le voyeurisme, la possibilité de s'immiscer dans
la vie des autres. La société de production en-dehors du concept
se vante d'avoir réussi l'association du Web et de la
Télévision.
ZDNet : "Lorsque l'héroïne s'est
déshabillée pour la première fois, c'était sur le
net avant la diffusion de l'émission à la
télévision. Ce jour-là, presque tous les gens
étaient dans leur bureau rivés à l'écran de leur
ordinateur".
1.2.1 Résultats financiers et télévision
en réseau, des échecs cuisants :
Les pionniers de la télévision sur Internet sont en
quête de programmes originaux.
Des nouvelles technologies comme le multicast et actuellement,
amélioreraient la qualité de l'image sur la Toile sans toutefois
atteindre la perfection. La diffusion d'un match du championnat de basket
américain illustre les perspectives de ce média en direction de
publics ciblés.
Récemment outre Canalweb, la télévision sur
Internet a fait une nouvelle victime : Nouvo.com a cessé
d'émettre, le lundi 9 avril 2001 moins de un mois après avoir
été placée en redressement judiciaire par le tribunal de
commerce de Paris. Aucun repreneur n'est venu sauver cette
société, lancée en mai 2000, dont les contenus
étaient destinés en priorité aux 25-35 ans.
Nouvo.com était financée en partie par un
très grand groupe de presse. Aux Etats-Unis la faillite la plus
retentissante du secteur remonte au mois de septembre 2000. Prétendant
rivaliser un jour avec des chaînes traditionnelles comme CBS, Pseudo.com
avait placé la barre très haut. Plus dure fut la chute pour cette
start- up qui engloutit plus de 33 millions d'euros en deux ans. "Trop en
avance sur son temps", avait plaidé son Pdg... Domaine de l'argent-roi,
ici on ne parle que chiffres, et mesure de profit.
1.2. 2 L'idéal d'ouverture ou le refus de la
distinction entre vie privée et vie publique :
Comme nous l'avons déjà inscrit un peu plus haut,
un certain nombre d'internautes particulièrement militants et croyants
paient de leur personne pour montrer les avantages de cet idéal, par
exemple en montrant au monde entier via le Réseau leur modeste vie
privée.
Le journal Le Monde a consacré sous la plume de Yves
Eudes, deux pleines pages à une expérience de ce type conduite
dans l'Ohio.
Le reporter décrit ainsi le dispositif : "La grande maison
bleue n'est pas un lieu ordinaire (...). Tout ce qui s'y passe peut être
vu et entendu par la Terre entière. Erik, l'initiateur du projet Here
& Now et ses cinq amis vivent en direct sur Internet vingt-quatre heures
sur vingt-quatre. Neuf caméras fonctionnent en permanence dans le salon
et dans la cuisine, la salle de jeux et chacune des chambres à coucher
du premier étage. (...) Elles peuvent être déplacées
à volonté, pour filmer dans le moindre recoin. Des lampadaires et
projecteurs disposés un peu partout fournissent une lumière
diffuse, garantissant une image nette, de jour comme de nuit. La prise de son
est traitée avec le même soin".
Nous sommes là dans la maison de verre à laquelle
chacun peut avoir accès et même y dialoguer en direct, via un
canal direct, avec ses occupants. Ces derniers se prêtent au jeu avec
célérité. Ainsi Sharon s'arrange-t-elle toujours pour
montrer son visage en gros plan lorsqu'elle dormira et elle fait toujours
ça quand elle se couche, c'est important, ses visiteurs ont besoin de
savoir qui sont ces "acteurs" et il faut que Here & Now soit une
émission intime. (...) Elle considère tous les gens qui se
connectent comme ses invités, leur parle et prend soin d'eux comme s'ils
étaient physiquement parmi eux dans l'émission.
Découvrant encore plus avant qu'il n'est guère
possible d'avoir de conversations privées dans un tel contexte, le
journaliste demande à Sharon ce qu'elle pense de tout cela : le droit
à la vie privée ne serait-il en réalité que le
droit à l'opacité ? Here & Now peut nous placer sous la
surveillance oppressante de notre entourage, ou au contraire nous aider
à nous libérer de nos cachotteries.
La réponse des habitants de la maison de verre est
étonnante et nous plonge d'emblée dans un univers de
justifications profondes, nous éclairant sur la nature de la croyance en
la transparence que permet le réseau. Sharon répond : Je fais
partie de ces gens qui peuvent avoir une conversation intime devant n'importe
qui. Je n'ai rien à cacher à mes amis, ni à mes parents.
Jamais je ne commettrai un acte qui leur ferait honte, avec ou sans
caméra." Joe, un autre occupant de la maison, qui a, comme le dit Yves
Eudes, "opté pour la transparence", renchérit : "Ma vie est
simple, je n'aime pas mentir. (...) Ce qui est sûr, c'est que nous sommes
les pionniers d'un mouvement qui va s'étendre. (...) Bientôt,
beaucoup de gens vivront comme nous, surtout des jeunes."
La transparence c'est aussi l'ubiquité. En attendant
l'interconnexion généralisée, le responsable du projet
Erik, imagine dans un premier temps que si une demi-douzaine de maisons
équipées comme celles-ci étaient interconnectées
(dans le monde entier), nous pourrions créer un espace à la fois
réel et virtuel, complètement inédit. (...) Nous nous
verrions et nous entendrions en permanence, comme si nous étions dans
une seule et même habitation. La vraie promesse de l'Internet, c'est de
pouvoir être en plusieurs endroits simultanément, de vivre
plusieurs vies en parallèle".
Cette expérience n'est pas unique. Avant qu'elle existe,
les internautes se communiquaient déjà des adresses de sites
où, avec des moyens techniques ridiculement faibles (les petites
caméras qui se branchent sur le Web, ou webcams, et qui permettent
d'être vus du monde entier et coûtent à peine quelques
centaines de francs), certaines personnes avaient décidé
désormais de "vivre en public". On voit bien que l'expression même
de "public" est obsolète dans un tel contexte : elle renvoie à
une distinction privé / public qui n'a plus cours dans le monde de la
transparence.
Ce type d'expérience est en voie de se développer
un peu partout dans le monde et peut-être atteindra-t-il même un
jour certaines de nos chaînes de télévision publiques,
malgré les critiques de tous horizons et le plus souvent
négatives concernant la place qui est ainsi représentée de
la personne humaine, dans une entreprise dont le propos principal et premier
semble bien à tous être l'argent. Ce qui, d'ailleurs, implique que
le public soit massivement au rendez-vous... Voici un exemple issu de
l'actualité, et qui a ému jusqu'au consortium des
évêques de France, puisque après une semaine de diffusion,
fait rare, leur porte-parole représentant est intervenu dans les
médias pour mettre en garde et poser la question de la
considération qui devrait être celle accordée à
l'homme et à ses droits en tant que personne, dénonçant
notamment le fait que ce genre d'émission n'aide surtout pas les jeunes,
qui sont très nombreux dans son auditoire, à "grandir humainement
et spirituellement" .
Notons au passage que le positionnement médiatique prend
une importance croissante, est désormais une valeur existentielle; c'est
une façon d'exister, qui devient même de plus en plus une
condition pour exister et se rattache à un droit correspondant.
Presque toujours critiqué et condamné, Loft Story a
déjà fait coulé beaucoup d'encre et tous les journaux y
sont allés de leurs commentaires. Peut-être son concept est-il
très en rapport avec cette notion de Lebenswelt défendue par
Habermas. Phénomène médiatique un peu factice suivant
certains sociologues, et où, par principe, pour ne pas être en
reste face à un évènement télévisuel qui,
monté en épingle, finit par passer pour un
"phénomène de société", chacun en rajoute un
peu...
1.2.3 M6 et son
émission qui reprend le concept de la chaîne de
télévision Big Brother :
Loft story, où 11 personnes
vivent ensemble en direct dans un appartement.
La communication par les nouveaux médias à base
de réseaux, entre public et voyeurisme ?
MAR 1/4/01 + MER 2/4/01 : intervention de Dominique Baudis,
président du CSA, sous la forme d'une interview accordée à
France Info : Le CSA, veille et est déjà intervenu par des
recommandations à propos de l'usage de l'alcool et du tabac qui
était fait au travers de l'émission, et de l'utilisation qui
était celle également de l'émission par la chaîne M6
comme d'un "produit d'appel" destiné à envoyer le spectateur se
connecter sur une chaîne satellite payante et sur le site Internet payant
ce qui contrevient à la Loi. Il attend une réponse de la part des
producteurs et qu'ils suivent les recommandations qui ont été
faites, c'est-à-dire qu'ils déprogramment tout ce qui pourrait
être litigieux ou d'un goût douteux en la matière, et
choisissent les séquences à venir en conséquence. Quant au
déroulement de l'histoire, il estime qu'il n'y a pas lieu d'intervenir
pour l'instant même si l'émission semble être engagée
sur une pente très glissante, il n'y a pas eu pour l'instant "atteinte
à la dignité de la personne humaine", ce qui nécessiterait
de faire appel au pouvoir de régulation du CSA car c'est là
l'essence- même de ce pouvoir. Le CSA, averti qu'un des candidats avait
dû quitter l'émission en étant pris en charge par un
psychologue, et après s'être réuni, recommande par la voix
de son président à la chaîne de se montrer vigilante.
Exemple de commentaire radiophonique : "pour ou contre la
télé- poubelle ?" (France Info, 5 mai). "Pour une fois nous avons
béni la coupure publicitaire !" (RTL).
Revenons aux faits et aux commentaires, au travers notamment des
articles parus dans le journal Le Monde, en date du 4 mai 2001 (Enquête
sur la folie "Loft Story").
L'émission de "télévision-
réalité" de M6 attire massivement les jeunes, et remporte depuis
ses débuts et jusqu'à présent un succès
considérable. D'une diffusion prévue pour dix semaines chaque
jour à 18h20, elle met en scène la vie intime d'un groupe de
garçons et de filles qui, coupés du monde, subissent de leur
plein gré de fortes contraintes. Entre exhibitionnisme, voyeurisme et
manipulation, le débat fait rage.
La chaîne M6 bat tous ses records d'audience et fait
flamber ses tarifs publicitaires avec "Loft Story". Première en France,
cette émission de "télévision- réalité", six
garçons (cinq depuis l'abandon survenu rapidement de l'un d'entre eux)
et cinq filles enfermés et filmés en permanence dans un
appartement, attire massivement les français, notamment les jeunes. Le
"spectacle" a été prévu pour durer soixante-dix jours. Les
protagonistes, outre les conditions financières vraiment
médiocres (malgré les recettes engrangées par la
chaîne) qui leur ont été faites, sont soumis, avec leur
accord à de fortes contraintes : pas de contacts extérieurs, ni
journaux ni radio ni télévision donc ils ne sont pas mis au
courant des évènements de l'actualité par exemple et n'ont
théoriquement aucun contact avec leurs familles pendant toute la
durée, une séance quotidienne de "confessionnal" et un journal
intime obligatoire régulièrement mis à jour. Bref :
à bas l'intimité, jusqu'à celle du Moi, et les risques
d'effondrement de la personnalité sont bien réels...
Fans ou contestataires les sites consacrés à "Loft-
Story" fleurissent.
www.bifstory.fr.st ou loftstory.t2u.com proposent
de suivre les images des candidats qui ne sont pas diffusées par M6 ou
par la chaîne satellite qui reprend l'émission. Les forums de
discussion se multiplient où les internautes échangent leurs
commentaires sur la vie et les caractères des candidats. Une dizaine de
sites humoristiques français tournent en ridicule le principe de "real
TV" et à l'adresse poulaga.cotcot.com "la première fiction
réelle de volailles", les onze candidats sont remplacés par six
poules et cinq coqs.
Ailleurs on peut lire des analyses, plus sérieuses
celles-là, des dangers identifiés de l'émission. Sur
Loftscary, la possibilité d'une idylle homosexuelle est au coeur du
problème.
Après jeboycotteDanone.com nous recensons également
boycottyes.com qui appelle son public à participer à
l'opération "sacs- poubelle"; elle consiste à déverser des
ordures devant le siège de la chaîne M6 qui semble à tous
être l'instigatrice du phénomène, et explique que toutes
ces émissions issues de la "real TV" méritent une nouvelle
signalétique à la télévision : "à
côté des ronds et des triangles, il y aurait un trou de
serrure."...
Les psychiatres eux-mêmes s'interrogent et sont
partagés quant à la collaboration accordée par un de leurs
confrères, présent en coulisse, à une telle
émission, dénonçant la "caution scientifique" et
soulignant la perversité du dispositif voire la "faute d'éthique"
commise. Nous avons vu plus haut que le CSA était déjà
intervenu par un avis très mitigé.
Parmi les psychiatres et les médecins que Le Monde a
interrogés, il ne s'en trouve pas pour défendre l'émission
elle-même bien au contraire.
Le Pr Bernard Hoerni s'exprime au nom du Conseil de l'Ordre :
"Où va-t-on dans une société où un spectacle livre
en pâture à nos contemporains des individus qui, pour des raisons
intéressées, sont prêts à se soumettre à
n'importe quoi ?"
Sollicité pour être le psychiatre de
l'émission, le docteur Serge Hefez a décliné la
proposition pourtant fort bien rémunérée : "Je suis
absolument contre cette émission, son principe et la perversité
qu'elle véhicule."
Egalement approché par les producteurs de
l'émission, un autre s'inquiète de la situation de
compétition créée pour les participants : "Dans le sport,
les règles de la compétition sont bien établies. Dans
cette émission, les participants jouent leur personne toute
entière." Il souligne en outre la violence psychologique du rejet
lorsque le groupe est votre seul univers.
Dans de telles conditions, la présence d'un psychiatre
pour la sélection des candidats est-elle
défendable ? Non, répond le président de
l'Association française de psychiatrie. "Il s'agit d'un
dévoiement inacceptable. Le psychiatre donne ainsi une caution
scientifique à une exhibition perverse. Il n'est qu'un alibi
agissant".
Psychiatre et présidente de l'Intersyndicat national des
praticiens hospitaliers, le docteur Rachel Bocher juge contraire à la
déontologie et déloyale la participation d'un psychiatre : "Il
est là pour soigner les gens qui souffrent. Il peut accomplir un travail
de prévention, mais pas à des fins médiatiques et
commerciales." Soupçonnant son confrère de "faire sa
clientèle", elle dénonce une "pratique pernicieuse" : " Dans
cette émission, le médecin ne sert qu'à donner bonne
conscience aux organisateurs. Prétendre pouvoir affirmer que telle
personne ne présente pas de risque de décompenser sur le plan
psychique, c'est outrepasser ses compétences".
Abondant dans le même sens la psychiatre et psychanalyste
Christine Lamothe n'hésite pas à qualifier de "faute
éthique" la collaboration d'un psychiatre à cette "situation
expérimentale de décompensation (lorsque les capacités
d'adaptation du sujet sont éprouvées jusqu'à ce qu'il
craque) " : "Comment apporter sa caution lorsque l'on sait en conscience que
les gens vont s'effondrer tôt ou tard ? Le psychiatre ou le psychanalyste
est là pour apaiser les tensions. Face à ces jeunes gens,
à l'évidence pas très mûrs sur le plan affectif, il
donne son feu vert à une excitation exagérée : c'est le
pompier pyromane!"
Quitte à surprendre B. Hoerni est moins
sévère. Prenant acte de l'existence de "Loft Story", il pose une
question des plus concrètes : " Franchement, envisageriez-vous que
l'émission se déroule sans médecin psychiatre ? " Le
responsable ordinal va plus loin : "Personne ne s'insurge de la présence
d'un médecin auprès d'un ring où des boxeurs s'affrontent
et de le voir examiner l'un d'entre eux pour savoir s'il peut encore continuer
à prendre des coups".
"Un psychiatre ou des psychologues entraînés
possèdent l'expertise qui permet de prédire qui saura s'adapter
et qui présente des risques de rechute après des échecs
passés".
Serge Hefez se montre plus pragmatique : "S'il y a des
blessés, on ne peut pas reprocher à un médecin de s'en
occuper. Tout dépend de la distance critique que le psychiatre peut
conserver". Le psychiatre peut "éviter certains dérapages" de la
part des producteurs, par exemple lorsqu'il s'est opposé à la
sélection de candidats ayant des enfants, susceptibles de voir leur
parent dans une telle situation. "Mais, je plains mon confrère qui est
dans une situation où il doit faire respecter des règles
éthiques tout en se soumettant aux règles des producteurs".
Le psychiatre peut sembler ici être utilisé comme
une sorte de médecin du travail chargé de la visite d'embauche
puis du suivi des participants, mais le psychique est plus complexe que le
médical. S'il ressort bien de l'ordre de la souffrance et de la maladie,
il est également de l'ordre de la morale. A l'unanimité des
critiques c'est précisément la morale qui pêche dans cette
forme télévisuelle... Alors, bonne idée les poubelles ?
Plongeons un peu plus loin dans cette
"réalité"...
"Le vrai problème, politique, et que me semble montrer ce
genre d'émissions en dehors du voyeurisme, c'est qu'il y a beaucoup de
gens qui s'ennuient, et c'est grave" (un député, à la
sortie de l'Assemblée nationale).
"Comprendre un peu ce qui se passe au niveau de la relation, pour
beaucoup de jeunes est peut-être devenu difficile de nos jours, et c'est
un moyen de voir des exemples pour se construire." ....???
"Existe-t-il là des émotions vraies ?"
Dans les groupes thérapeutiques, des sentiments
émergent, mais l'intimité est mieux préservée. Il y
a un cadre pour cela ce qui n'est vraiment pas le cas ici, où il n'y pas
de garantie de secret comme ce qui est garanti déontologiquement quand
on consulte un médecin.
En définitive on pense quand même bel et bien et
plutôt à des rats de laboratoire. Alors, les sentiments
vrais!?...
Il y aurait donc des bons côtés ?!!!
Critiqué, dénoncé, le
phénomène télévisuel de l'année 2001 n'en
fascine pas moins alors le pays. Depuis son lancement et pour ses
débuts, plus de cinq à six millions de
téléspectateurs se passionnent pour la vie quotidienne des onze
"cobayes" reclus volontaires dans un appartement spécialement construit.
Ce "jeu" de "télé- réalité", la chaîne
préfère parler de "fiction réelle", est un avatar
français de l'émission d'origine hollandaise "Big Brother". Son
but est de former un couple, derniers "survivants" après
l'élimination progressive des participants par un vote conjoint des
candidats et des téléspectateurs. Le jeune homme et la jeune
femme qui resteront en lice remporteront une maison "d'une valeur de trois
millions de francs", à la condition d'y vivre ensemble six mois et
toujours sous les regards des caméras.
Les candidats ont préalablement cédé
"irrévocablement, inconditionnellement et en totalité" à
la société de production, leurs droits d'auteurs, sans percevoir
la moindre rémunération. Par ailleurs, cette
société pourra exploiter leur image pendant et après le
jeu. Après leur départ du loft, les participants seront tenus de
se rendre disponibles pendant deux semaines et devront se consacrer à la
promotion de l'émission jusqu'au 31 janvier 2002. La production
s'exonère de toute responsabilité liée à "un
quelconque dommage moral, physique ou matériel" que pourraient subir les
participants.
Le casting qui a présidé au choix des candidats a
joué un rôle déterminant dans la création des
situations qui ne doivent pas manquer d'avoir lieu dans l'appartement. Parmi
les critères retenus, la chaîne a demandé à ce
qu'ils soient "télé- géniques". Les épreuves de
sélection ont clairement privilégié des jeunes gens qui ne
craignent pas l'exhibitionnisme, chacun représentant un type
"sociétal" bien particulier, du beur sportif à la petite
bourgeoise en passant par l'intello. Tout de même il n'y a que onze
protagonistes, onze types, onze catégories en somme. (...) Les
inondations dans la Somme... sont catastrophiques ... CATA-strophiques!
Tout dans le loft est calculé pour pousser les candidats
à une promiscuité permanente, comme la salle de bain avec douche
unique caméra au-dessus du pommeau et eau chaude une seule heure par
jour. Les corvées ménagères sont de rigueur, ne manquant
pas de provoquer des crises, bienvenues pour le public.
La production transmet aux cobayes des défis à
relever comme l'organisation d'une chorégraphie sur le modèle
d'une scène du film Grease. S'ils échouent, le budget quotidien
alloué pour commander vivres, nécessaires de toilette etc... est
amputé.
Au demeurant, les candidats donnent souvent l'impression
d'être manipulés comme des marionnettes vulgaires et contraints de
se prêter à des jeux humiliants.
Extrait de l'article de Michel Field, lui-même
animateur et producteur de télévision :
"Dans notre tradition de philosophie politique, les auteurs (de
Hobbes à Spinoza, de Locke à Rousseau) ont tous rencontré
la même difficulté : comment faire pour comprendre le lien social
ou la nécessité de la loi, sans en retracer la genèse ?
D'où, chez chacun, la construction d'un modèle théorique,
d'une fiction fonctionnant comme le négatif, au sens photographique, de
l'état social. C'est, par exemple, le fameux "état de nature"
chez Hobbes, ou "l'homme est un loup pour l'homme", où toute
activité commune, politique ou économique est rendue impossible
par la guerre de chacun contre chacun. Jusqu'à ce que tous admettent de
renoncer à leurs droits au profit d'un tiers - qu'on appellera la Loi,
le Prince ou le Symbolique, peu importe - qui régulera les relations,
puisque chacun n'aura plus affaire à l'autre que par la médiation
de tiers, présent- absent. Naissance du social et, indissociablement, du
politique. On touche là l'essentiel.
C'est exactement cette fiction que "Loft Story" remet à
l'ordre du jour, avec les moyens du moment, et en en pervertissant radicalement
le sens, nous proposant d'assister en temps réel à la naissance
d'une socialité : comment, dans un système de contraintes
formelles (espace clos, où l'on retrouve l'île, indispensable
à toutes les utopies ; temps limité et qualifié), des
individus vont-ils construire leurs relations ? D'où et comment vont
émerger les lois, les règles de vie commune, les relations de
pouvoir, de séduction, de désir... ?
Mais cette socialité est ici l'inverse du "bien- vivre"
ensemble puisque, d'emblée, il va s'agir d'éliminer les autres
pour ne rester que deux. Comment cette mise en scène ne serait-elle pas
proprement hypnotisante, comme une "scène primitive" enfin visible, et
accessible à tous ?
"Loft Story" ne constitue en rien une rupture, tout au plus la
radicalisation de ce qu'est devenue la représentation dominante de
l'humain et du social à la télévision : une collection
d'individus dont on cherche le témoignage dans ce qu'il a de plus
singulier et de plus "identifiant", pour reprendre le jargon du milieu.
C'est à une vaste et systématique psychologisation
des rapports sociaux que se livre l'idéologie dominante de la
télévision - d'autant plus invincible qu'elle sculpte et
reflète à la fois l'air du temps : la désaffection du
politique, la crise des idéologies, les doutes sur le lien social.
(...)"
Par la mainmise de l'audiovisuel, cette idéologie
dominante se transporte sous la forme de ses modèles sur la
communication via les réseaux.
"Dans cette émission, c'est le sexe sans le sexe..." On
dirait plutôt une sorte de gangrène de la communication en
réseau : portée par l'occasion des nouvelles techniques (de
masse) telles que les webcams grâce auxquelles il est désormais
admis sans limite que chacun peut se montrer et provoquer au pire depuis sa
chambre à coucher à destination de tout l'univers.
Transportée sur nos télévisions, où
s'arrêtera l'ambition ?
Et quelles perspectives, quels "résultats" !...
Après les "tournantes" que les adolescents se permettent d'ores et
déjà à peine sortis de l'enfance (?) que se passera-t-il
de vraiment perfectionné ? "Si l'homme n'est qu'un moucheron, qu'est-ce
qui nous retient de l'écraser ?".
Décidément bonne idée les poubelles. C'est
déjà çà ...
5 mai 2001
Quelques mois plus tard... après les attentats du 11
septembre. Il n'y a plus qu'un seul Onze Septembre (11 septembre) dans toute
l'Histoire, et c'est bien normal...
Vue. Loana à la télévision. "Ex- lofteuse".
Jolie, vraiment. Très blonde. Très avenante, plutôt star.
Un rien de vulgarité. Juste assez. Médiatique et en bonne voie de
professionnalisation. Bonne chance ...
La télévision généraliste renvoie
encore à l'objectif de continuer à partager quelque chose en
commun dans une société fortement hiérarchisée et
individualisée, voire permet à quelques uns de franchir depuis la
base les échelons sociaux, alors que les médias
thématiques ne font que reprendre voire accentuer les plis des
inégalités sociales et culturelles qui se fixent ainsi de plus en
plus.
"Le public n'est pas composé de "récepteurs"
passifs, comme on le croit encore trop souvent. Ces récepteurs peuvent
se révéler lucides. Les grands évènements offrent
certains rôles.
(...) les évènements qui manifestent des ambitions
cérémonielles ne deviennent des cérémonies
effectives que s'il se trouve un public pour valider leurs prétentions
symboliques, pour les prendre au sérieux". Ces propos sont ceux de
Daniel Dayan recueillis par Jacques Lecomte pour Sciences Humaines et
relatés dans le hors série n° 16 de mars / avril 1997.
Bientôt peut-être, le public lui-même demandera
aux professionnels de faire tel ou tel type d'émission sur tel ou un
autre sujet de son propre choix.
2. Art(s), Communication et
Médias à base de réseaux :
2.1. Musées et galeries
sur le Net :
Préparer un voyage est devenu un plaisir avec l'Internet
et la communication électronique : villes, musées, régions
s'ingénient à publier l'équivalent d'excellents guides,
tout en offrant de merveilleux échantillons de leurs trésors.
Musées et galeries d'art rappellent subtilement que la vue d'une
reproduction excite toujours le désir d'admirer l'original.
Et si le voyage se révèle impossible, on pourra
malgré tout se délecter d'une générosité
calculée et rêver. Bienvenue au cybermusée, où de
nombreuses "galeries virtuelles", personnelles ou professionnelles, proposent
reproductions de tableaux, sculptures, photographies, poèmes et
même romans. Les grands musées comme Le Louvre et le
Musée d'Orsay disposent de sites où l'on peut
découvrir des expositions virtuelles, et de jeunes talents peuvent se
faire connaître à de moindres frais via les réseaux
constitués. Même si la question de l'attribution des droits
d'auteur et de leur recouvrement reste toujours délicate, l'art se
"démocratise", le public se diversifie. Le danger cependant persiste de
confondre la reproduction de l'oeuvre avec l'oeuvre elle-même.
D'autre part musées et galeries peuvent également
communiquer entre eux; le réseau suscite des échanges entre
expertises, contribue largement à l'organisation de manifestations
expositions virtuelles ou réelles ou bien colloques et séminaires
etc. ou plus simplement contribue à les enrichir.
Autre type d'application intéressant : celle du type de la
transposition de la célèbre Grotte de Lascaux. La grotte est
interdite au public depuis 1963 afin de préserver les oeuvres rupestres.
Se pose ici avec acuité la question du rapport du virtuel avec
l'original. "N'y aurait-il pas comme une agression à capter Lascaux dans
l'univers des technologies du virtuel ?" s'interroge J-L Weissberg,
maître de conférence en sciences de l'information et de la
communication (Paris VIII). Cette sensibilité teintée d'angoisse
vis-à-vis d'un raccourci technologique vertigineux entre un art
magdalénien vieux de 15 000 ans et un savoir-faire high-tech
tourné vers le futur ne doit pas occulter la véritable question,
qui est celle de l'original et de sa représentation. Lascaux virtuel ne
sera jamais Lascaux. Il permet, en minimisant le danger de destruction des
oeuvres de se faire une idée des merveilleuses peintures réelles
du Lascaux réel.
2.2. Art et Oeuvres virtuelles
:
A peine révélée par un article
enflammé paru aux Etats-unis dans le magazine Rolling Stone la
réalité virtuelle fut annexée par un courant de
pensée apparenté aux mouvements contestataires des années
soixante, profondément influencé par un pseudo- spiritualisme
new age et fasciné par l'alternative techno à la
pharmacopée traditionnelle des paradis artificiels...
"010101 : l'art à l'ère technologique", est une
exposition du musée d'art moderne de San Francisco (MoMa) qui s'est
déroulée jusqu'au 8 juillet 2001. Elle a permis à 35
artistes d'exposer leurs toutes dernières oeuvres au grand public, qui a
pu découvrir comment l'art moderne s'adapte au monde numérique,
et au-delà du constat de la place prépondérante qu'y tient
la machine, jouer quelque peu en se démontrant à lui-même
"le potentiel de l'ordinateur à créer de la beauté".
Exemple le "Scumack". Cette machine mise au point par Roxy Paine
fait des sculptures automatiques... à la chaîne. Un petit
ordinateur gère de façon aléatoire le flux d'un liquide
rouge qui se solidifie en couches comme de la lave au contact de l'air. Toutes
les huit heures la machine fait une pause, le temps qu'un tapis roulant emporte
la "sculpture". "C'est une machine faite à la main et conçue pour
une production de masse d'une sculpture unique et originale", précise la
notice explicative qui ajoute : "C'est cette contradiction qui s'avère
intéressante."
L'oeuvre de Brian Eno lui-même fondateur du groupe Roxy
Music, participe d'une logique analogue. Le musicien a découpé
l'une de ses compositions en neuf parties, chacune d'elles étant
enregistrées sur un lecteur de disque compact différent qui se
déclenche au hasard et à tour de rôle, élaborant en
permanence une composition "aléatoire" et originale. Selon l'auteur,
"l'auditeur a l'impression d'une musique perpétuellement nouvelle".
La machine aurait-elle réussi à s'affranchir de
l'artiste pour produire des oeuvres par elle-même ?
A deux pas des laboratoires futuristes de la Silicon Valley, tout
paraît possible, même si les artistes techno refusent
l'épithète d'"art cyborg", car derrière le robot, bien
sûr, l'humain continue à tirer des câbles...
En art, l'humain a accepté de prendre le risque la
communication Frankenstein, et il compte bien en tirer les
bénéfices.
La technologie offre une infinie liberté, bien plus que le
crayon ou le pinceau déjà infiniment exploités, et
l'association avec la machine est pour l'artiste un moyen de repousser ses
limites. Les oeuvres se déclinent à ce jour en une très
grande variété d'expériences s'appuyant sur installations
de vidéos, sculptures sonores, plongées dans le monde virtuel. Il
n'existe pas une école ou un mouvement unique, car la technologie
numérique ouvre un champ de possibilité très vaste que les
artistes explorent avec des regards différents. Chacune de ces
expérimentations est destinée à provoquer des
émotions chez le visiteur dont l'intérêt valide alors le
potentiel artistique de l'ouvrage. Notre futur passera-t-il par
l'éducation des émotions ?
Karin Sander a réalisé des figurines reproduisant
à un dixième de leur taille des personnages réels : les
sujets ont été numérisés par des caméras
puis les données transmises à une machine industrielle qui a
composé une réplique plastique de l'image. Le résultat est
saisissant de réalisme, bien que l'artiste n'ait pas participé
à la photographie de ses personnages ni à la phase industrielle
de création. "Ce qui compte, explique-t-elle, c'est d'utiliser les
technologies existantes pour faire passer son message." La main de l'artiste a
disparu de la production, l'enjeu de la création est davantage dans la
volonté d'être le reflet de notre société.
Joachim Hendrichs s'intéresse quant à lui au regard
porté sur l'information de masse, et sa machine numérise les
mouvements microscopiques de la rétine pendant la lecture des textes.
Les données sont ensuite converties et imprimées sur papier
produisant un résultat qui ressemble à un encéphalogramme
devenu fou. La retranscription des mouvements de la rétine du
créateur ayant lu cinquante-deux pages du supplément loisirs de
la Silicon Valley est vendue cinq dollars à la sortie du
musée.
L'une des attaques les plus farouches de la société
de consommation vient du photographe Andréas Gursky qui s'est
intéressé au rayon d'un supermarché avec ses centaines de
produits aux couleurs criardes puis a trafiqué les lumières et
les perspectives. Le résultat est obscène. Odieuse
société de consommation. Bénéfique
société de l'information...
A San Francisco, le numérique ouvre surtout la voie
à la création d'oeuvres virtuelles qui bouleversent la
façon dont on consomme l'art. Les organisateurs de l'exposition ont
demandé à cinq artistes de créer des oeuvres 100 %
Réseau uniquement accessibles sur le site 001.sfmoma.org. Cela
permet d'établir une relation plus intime entre un spectateur et une
oeuvre. Le lien est établi par l'écran d'ordinateur qui permet
une personnalisation de l'information envoyée. Les créations se
font encore essentiellement à base d'images, de sons, de vidéos
et même d'animations en langage informatique Java.
Erik Adigard, un français diplômé des
Beaux-Arts de Montpellier, expose une oeuvre "Timelocator" qui illustre les
évolutions d'une page Web et de tous ses travers dans le temps. Un peu
plus loin, une simple page Internet sert à brouiller les notions
d'outils et d'espace : à la place des lettres apparaissent des couleurs
et des points qui composent des tableaux chamarrés.
Dans tous les cas l'artiste se contente de fournir des
paramètres et c'est au "spectanaute" de créer l'oeuvre finale
qui, elle, par définition, sera éphémère. En se
numérisant et en se formatant aux règles de l'Internet et des
réseaux, en se pliant à leurs contraintes, l'art se donne la
chance d'évoluer à la vitesse de ces mêmes réseaux,
ce dont il faudra encore probablement au moins quelques années pour
mesurer toutes les conséquences...avant que peut-être enfin
s'établisse ici un réel dialogue entre l'art et la technique.
2.3. Musique :
Le nouveau rapport à la musique que les nouvelles
technologies permettent : "Nous sollicitons les musiciens, dit Graham Browne -
Martin, en leur demandant d'aller vers une communication élargie. La
nouvelle génération n'a plus la même approche des
médias, elle a grandi avec la vidéo, avec les jeux interactifs,
avec les chaînes multiples et le zapping. Elle ne veut pas rester
captive, elle veut participer, engager son esprit. La musique est une
expérience passive, il faut donner du pouvoir à l'auditeur, lui
permettre de contrôler son environnement". L'ambition c'est ici
l'interaction.
3. Jeux, mondes virtuels et
communication via les médias à base de réseau(x) :
C'est en l'année deux mille de notre ère que le
secteur mondial des jeux vidéos a pour la première fois
dépassé en chiffre d'affaire celui du cinéma. Ceci montre
bien l'importance de la mécanique d'agrément qui peut être
un moteur à la fois pour l'économie et la science. Les jeux sont
associés à l'idée de plaisir, de loisirs. Avec
l'éducation du plaisir, des sentiments naissent de nouvelles
possibilités d'intégration. Le public est large, cultivé,
pas forcément spécialiste. Les jeux sont à l'origine d'un
espace de liberté qui gagne en intérêt. Petit à
petit l'humain s'intègre lui-même aux oeuvres virtuelles avec
lesquelles tantôt il se confond voire disparaît une première
fois, tantôt il se ressemble, tantôt il se différencie voire
s'oppose, tantôt il n'existe plus du tout et disparaît une
deuxième fois.
Issus du monde des cédéroms, les jeux interactifs
numérisés tendent à migrer vers les réseaux
notamment Internet au fur et à mesure que la bande passante disponible
permet de reproduire en ligne au moins une partie des caractéristiques
rencontrées sur ordinateur local. Les jeunes disposant de liaisons
rapides tarifées sur une base forfaitaire en profitent pour organiser
des compétitions dans le contexte spatio-temporel offert par certains
jeux. De nouvelles communautés naissent de ces duels virtuels, version
planétarisée des gendarmes et voleurs d'antan. Ces jeux, tels
"Tomb Raider", se présentent aussi sous forme de séries ou de
feuilletons interactifs, de plus en plus associés à des montages
en réseaux (réseau de joueurs dans une même salle ou bien
éloignés, par grappes ou un à un, fixes ou non dans le
temps).
Une même héroïne, par exemple Lara Croft qui a
même donné récemment un film, maintient la
continuité narrative d'une série de feuilletons interactifs. Son
succès auprès des adolescents ne dépend certainement pas
seulement de ses qualités combatives, mais également de son
apparence passablement "sexy" qui a d'ailleurs engendré des sites web
parodiques où elle apparaît un peu moins vêtue. Commercial,
le système se décline et s'étend aisément au
cinéma, aux jouets, aux vêtements etc... Le style Lara Croft est
aussi une marque débordant sur un way of life.
Les créatures virtuelles ou artificielles peuplent une
zone particulière de notre imaginaire, nourrie de vieilles
légendes, d'espoirs et de peurs ancestrales comme de mythes futuristes.
Elles sont largement présentes dans notre environnement quotidien. Les
inforoutes de demain ne nous promettent-elles pas des "créatures
virtuelles" qui matérialiseraient nos fantasmes, et jusqu'au "cybersexe"
?
Malgré l'allure de modernité dont se parent ces
promesses, les créatures artificielles constituent une
réalité ancienne qu'ont porté successivement la
mythologie, la religion ou la magie, puis la littérature et le
cinéma, en particulier dans la science-fiction. Entre la statue
animée dont Pygmalion tombe amoureux, le Golem, figure de glaise qui
traverse le Moyen Age et la Renaissance, le monstre du Docteur Frankenstein,
les robots et autres ordinateurs intelligents des vingtième et
vingt-et-unième siècles, le lien qui existe joue un rôle
peut-être capital dans l'histoire des cultures humaines.
Les petites caméras ou "webcam" ancrent de nouvelles
pratiques culturelles, souvent plus amusantes que sinistres, en dépit de
certaines critiques. Un nostalgique de Paris peut ainsi s'amuser à
vérifier l'état des Champs Elysées à tout moment.
L'exercice parait frivole, l'est certainement, et pourtant attire de nombreux
internautes. Judicieuse volonté de dominer l'espace ou bien jeux
infantiles ? Le phénomène mérite certainement une
interprétation.
Parmi les formes de communication inventées dans le
réseau, l'Internet Relay Chat (IRC) offre à ses adeptes la
possibilité de communiquer en se regroupant dans des "canaux" parfois
fugaces, à l'accès plus ou moins ouvert. Le chat ou "bavardage",
"causerie" électronique, véritable phénomène
social, apparaît comme le haut lieu de toutes les clandestinités,
undergrounds et trocs divers. Outil incontournable pour l'échange de
photos, de logiciels ou d'airs à la mode, il est désormais
colonisé par des centaines de milliers d'adolescents. Il est
désormais doté de cams ou caméras numériques,
ouvrant ainsi la possibilité d'usages qui vont de la télé-
conférence sérieuse à l'exhibitionnisme en temps
réel. On peut ainsi surveiller la météo à
Séoul ou la chambre à coucher d'une jeune américaine. En
parallèle, les MUDs (Multi- User Dungeons ou Domains) et des MOO (Multi-
User Object- Oriented Environnements) offrent la possibilité de mener
des jeux de rôle dans des espaces décrits en mots (pièces,
grottes, châteaux, etc..), mais déjà leur importance
s'estompe au profit d'espaces virtuels multimédias qui se multiplient,
accompagnés de leurs "avatars" et transmettant souvent la voix.
Du "Palace" à "Interspace", on voit se construire des
ensembles plus ou moins actifs, souvent parasités par des
considérations commerciales aux stratégies vacillantes mais
fortement expansives sinon 'expensive'. Pour autant les outils
distribués librement, peuvent donner lieu à des utilisations
intéressantes.
Les communications interpersonnelles sont animées par une
quête de reconnaissance dont dépend dans une large mesure la
perception de soi. Besoin d'existence et de considération (être
visible aux yeux d'autrui, être connu par son nom, être pris en
compte, être respecté...), besoin d'intégration (être
inclus dans un groupe ou dans une communauté, y avoir une place
reconnue, être considéré comme semblable ou égal aux
autres...), besoin de valorisation ( être jugé positivement,
donner une bonne image de soi, être apprécié...), besoin de
contrôle ( pouvoir maîtriser l'expression et l'image que l'on donne
de soi, l'accès d'autrui à sa sphère d'intimité),
besoin d'individuation (être distingué des autres, affirmer sa
personnalité propre, pouvoir être soi-même et accepté
comme tel), tels sont les besoins identitaires dont la demande de
reconnaissance dans son expression suit les lignes de force. La quête de
reconnaissance est à la fois l'un des moteurs inconscients de la
communication et l'un des processus fondamentaux à travers lesquels se
construit l'identité personnelle, qui reste très largement
dépendante du rapport aux autres et du regard d'autrui. Ce regard,
réel ou imaginaire, perçu ou anticipé, est un miroir dans
lequel l'individu recherche constamment sa propre image. Sartre : "Il suffit
qu'autrui me regarde pour que je sois ce que je suis." On touche là
à l'intimité de l'être, du moins celle qui lui était
couramment attribuée jusqu'à présent.
En réseau, notamment à travers des "chats", c'est
à la fois l'un des moteurs inconscients de la communication et l'un des
processus fondamentaux à travers lesquels se construit encore
l'identité personnelle, mais si l'on considère certains
ébats diffusés par la visioconférence de masse, force est
de considérer que la notion d'intimité a changé.
"Toute identité requiert l'existence d'un autre : de
quelqu'un d'autre, dans une relation grâce à laquelle s'actualise
l'identité de soi" et le moi intime.
Ces identités situationnelles ou circonstancielles, ces
jeux particuliers des acteurs, qui se forgent dans les communications
interpersonnelles sont un peu plus de simples rôles qu'on endosserait
comme un vêtement et qu'on abandonnerait ensuite au vestiaire. Pour
retourner, dans la plupart des cas à sa "vraie vie" qui elle ne peut
être confondue avec un jeu passager dans lequel le virtuel garantit de
toutes les douleurs et de tous les accidents non dominés.
Un peu plus avant dans le domaine de l'illusion, c'est en
intégrant la réalité virtuelle que sont nés les
jeux de la deuxième génération. Chaque joueur doit
s'équiper de lunettes stéréoscopiques, de gants tactiles,
de capteurs, afin de se plonger dans l'univers créé par
ordinateur, univers de synthèse; il peut, ainsi armé, y livrer
bataille contre des monstres en tout genre. Ces nouvelles technologies sont
actuellement plutôt réservées aux parcs d'attraction qu'aux
foyers des particuliers, ne serait-ce qu'en raison de leur coût.
L'audiovisuel a de son côté beaucoup apporté, et la
puissance des consoles et des processeurs a rendu possible le passage à
une hyper- réalité ludique.
Les mondes virtuels sont devenus les nouveaux labyrinthes, et
confrontent à de nouvelles expériences de l'espace et du corps,
à des paradoxes d'un nouveau genre. Mais surtout, ils obligent à
un effort d'intelligibilité, à une meilleure intelligence des
liens et des noeuds entrelaçant les réalités et les
apparences, les illusions et les symptômes, les images et les
modèles.
Le développement des techniques du virtuel et du
synthétique oblige à apprendre à mieux lire les images
pour mieux les comprendre, mais aussi à saisir les modèles
sous-jacents aux apparences pour voir vraiment. Jusqu'alors enfermés
dans les limites de la coupure métaphysique entre les modèles et
les images, l'humain découvre grâce aux mondes virtuels les
tissages neufs et subtils entre le domaine du conceptuel et celui du
perceptuel. Une voie large de recherche s'ouvre ainsi, à travers une
phénoménologie du virtuel.
Par ailleurs les titres à caractère "ludo-
éducatif" connaissent un succès prometteur d'un
décloisonnement possible entre les jeux et le secteur éducatif.
IV. Robotique, Organisation du Travail et communication sur
les médias à base de réseaux :
1. Robots, Robotique,
Réseaux :
Les robots prennent ici une place particulière; petit
à petit ils ont commencé à envahir notre quotidien, robots
ménagers, robotichiens, robots dans nos usines ou pour explorer la Lune
et Mars... Leur raccordement au(x) réseau(x) est de plus en plus souvent
une condition fondamentale de leur bon génie.
1.1. Des origines ... à
nos jours, réalité des robots :
Le mot "robot" a été inventé par
l'écrivain tchèque Karel Capek à partir du mot
arbaiths qui signifiait tout à la fois "travail, peine, chagrin,
détresse", ce qui traduit l'idée du travail forcé.
Introduit pour désigner des hommes- machines dans l'oeuvre
de fiction qu'il écrivit en 1920, le mot robot s'impose dans le monde
entier avec toute sa charge de réalités socio-économiques
et de mythes.
Ce dernier aspect trouve dans le très grand talent de
fiction scientifique Isaac Asimov un amplificateur exceptionnel qui marque la
naissance d'un domaine littéraire et surtout, fonde effectivement le
mythe du robot- homme, de l'androïde. Asimov définit en 1942 "Les
trois lois de la robotique" qui deviendront célèbres lorsqu'en
1950 il les met en exergue dans son livre réunissant neuf histoires de
robots, publié en France en 1967 sous le titre Les Robots.
Un jeune ingénieur américain, J. Engelberger, va
ouvrir le champ des applications industrielles en créant, à
partir d'un brevet de F.C. Devol datant de 1954, le robot Unimate, en 1961. Le
nom donné, contraction de Uni(versal) mate, "compagnon universel",
portait en lui-même le double concept d'assistant mécanique et de
compagnon.
Unimate, premier robot manipulateur, était en fait un
descendant direct des télémanipulateurs développés
pour les besoins du nucléaire, dont la commande numérique des
déplacements angulaires des six articulations de la structure
mécanique en faisait une machine automatique de saisie et de
manipulation d'objets, d'outils de peinture, soudure, polissage etc, dans les
chaînes de production. L'exécution de mouvements définis
par rapport à une base fixe, le bâti, était faite à
l'aveugle, par simple action et contrôle des moteurs articulaires.
C'est ce fonctionnement purement mécanique, sans
retour d'information sur la tâche en cours, qui définit la
robotique de première génération.
Durant cette période, la robotique fut fortement
caractérisée par des études sur la conception
mécanique, la cinématique des mécanismes, et leur
commande. Venait-on de créer une réplique mécanique du
bras et, de manière extrêmement rudimentaire, de la main,
réduite à une pince à deux mors. Mais qu'en
était-il de la seconde fonction générale de mouvement, le
déplacement dans le monde physique ' Des études sur la locomotion
à mécanismes articulés, plus souvent quadrupèdes ou
hexapodes que bipèdes, ont été conduites par des
équipes universitaires. Cependant, ces recherches se sont
avérées techniquement prématurées et, sans
applications effectives, sont demeurées marginales et sans
intérêt réel à deux ou trois exceptions notables
près.
Voici la définition du robot donnée par le Robot
Institute of America : "Un robot est un manipulateur multifonctionnel
reprogrammable, conçu pour déplacer par des mouvements variables
programmés, des pièces, des outils ou des instruments
spécialisés, de manière à exécuter des
tâches diverses."
Dés la fin des années soixante, deux questions
centrales se posent. L'intérêt théorique et pratique
d'avoir des machines qui ne travailleraient plus en aveugle,
c'est-à-dire des robots que l'on munirait d'instruments émulant
des organes de perception appelés capteurs, de façon à
localiser la pièce à saisir, à la reconnaître parmi
un ensemble défini de pièces, à suivre un joint de
soudure, à exercer lors de l'insertion d'une pièce, dans un
assemblage, une force déterminée dans la bonne direction, etc.
C'est l'intégration de cette fonction mouvement qui
définit les robots de deuxième génération.
Un pas de plus doit être franchi pour faire du robot un
automate hautement adaptatif capable de raisonner sur la tâche à
réaliser, et l'exécution en fonction de l'état réel
de celle-ci.
L'intégration de cette nouvelle fonction aux deux
précédentes, qui caractérise les robots de
troisième génération, permet de développer des
machines intelligentes, c'est-à-dire dotées d'attributs,
d'intelligence artificielle, qui leur donnent des capacités d'autonomie
décisionnelle et opérationnelle.
A la fin des années soixante, Nils J. Nilson et le groupe
du Stanford Research Institute en Californie, qui travaillent sur l'IA et la
vision par ordinateur, entreprennent un projet d'avant-garde : un robot mobile
autonome, petit véhicule sur quatre roues, bourré
d'électronique et de capteurs qui doit pouvoir se déplacer sans
lien matériel dans un environnement intérieur, en partie inconnu.
Les robots mobiles autonomes d'aujourd'hui sont les descendants directs de ce
robot. Shakey était déjà un outil de recherche pour
l'intelligence des machines au sens d'une intelligence perceptuelle et des
capacités de raisonnement sur l'action. Le développement de
l'informatique embarquée, c'est-à-dire fortement
intégrée et à faible consommation d'énergie, et des
capteurs demeurait faible, les connaissances théoriques étaient
insuffisantes.
C'est en référence directe à Shakey que le
groupe robotique du Laboratoire d'automatique et d'analyse des systèmes
entreprit en 1977 de reprendre le flambeau éteint depuis 1972 et de
lancer le projet Hilare (heuristiques intégrées aux logiciels et
aux automatismes dans un robot évolutif).
La démarche générale de ce projet
différait considérablement de celle de Shakey, car elle mettait
l'accent sur la réalité de l'interaction de la machine avec son
environnement. Cela conduisit à prendre en considération au
centre de la problématique, les écarts entre les
représentations du monde que la machine utilise pour déduire les
actions et l'environnement effectif, ainsi que l'écart entre l'action
décidée et celle exécutée par un robot physique
dans un environnement naturel. Cette interaction constante avec l'environnement
imposait aussi des contraintes normales et cruciales de temps de
réaction, que l'on appelle aujourd'hui réactivité.
Cette problématique a permis à Hilare,
actuellement doyen des projets de recherche sur les robots mobiles, de se
développer d'abord en tant que sujet de recherche scientifique puis,
à partir de la seconde moitié des années quatre-vingt, de
servir de support à des travaux applicatifs extrêmement
démonstratifs. Citons trois de ces applications par ordre chronologique
: robots de sécurité civile, exploration des planètes
telles Mars et la Lune, système multimachine de transbordements de
charges dans les ports, les aéroports etc.
Hilare et la très grande majorité des projets qui
se sont développés partout dans le monde à partir des
années quatre-vingt, portés par les progrès spectaculaires
de la micro- électronique et de la micro-informatique, ont
contribué et contribuent toujours à rendre concrète,
certes à un niveau encore bien modeste, la définition usuelle
dans les milieux scientifiques des robots de troisième
génération :
"Machines dotées de la capacité de raisonner
sur la tâche à accomplir et de mettre en oeuvre pour son
exécution des relations intelligentes entre perception et
action."
A l'occasion du malencontreux naufrage de l'Erika voilà
des mois, le public a pu apprécier au travers des médias
l'importance et les performances dont sont capables les robots de notre temps,
mais aussi leur délicatesse, leur coût et combien ils sont
imparfaits. Désormais, téléguidés ou non, ils ont
envahi la publicité, à la télévision, au
cinéma, sur les réseaux, les affiches, attractifs,
séduisant, remplis de pulsions à l'image de cet individu quelque
peu infantilisé, enfantin, caricature jusqu'au ridicule, qu'ils
décalquent.
1.2. Le robot ou l'homme
artificiel, les créatures virtuelles :
Le thème des créatures artificielles construites
par l'homme à son image est porté par un ensemble de
récits, empruntant aussi bien au langage de la littérature, de la
religion ou de l'art, qu'à celui des sciences et des techniques.
Sur douze mille ans, une douzaine de grands textes, Pygmalion, le
Golem, les automates de Jacques Vaucanson, la créature du Dr
Frankenstein, les robots de science-fiction ou l'ordinateur incarne la
modernité à partir de la magie, la mécanique,
l'automatique, l'informatique, la biologie. La deuxième moitié du
XX ème siècle est littéralement peuplée
de créatures artificielles issues des sciences de l'informatique et de
l'intelligence artificielle. Au centre du dispositif, le cerveau
électronique.
Passons brièvement en revue :
- Les créatures virtuelles : le mathématicien John
Von Neumann décrit en juin 1945 l'architecture logique d'une nouvelle
machine, l'Edvac, base de l'ordinateur moderne, tandis que l'américain
Norbert Wiener (1894-1964) invente "la cybernétique", matrice de
l'intelligence artificielle, et l'anglais Alan Turing (1912-1954) recherche le
mécanisme de la pensée et les ressorts de la vie ;
- L'ordinateur et le cerveau artificiel ;
- Les animaux synthétiques ;
- Les robots de science-fiction ;
- L'inscription dans une tradition ancienne : la
cybernétique créée par Norbert Wiener entre 1942 et 1948
unit l'ordinateur, les animaux artificiels et les robots de science-fiction.
Von Neumann montre que l'ordinateur moderne est le produit d'un
système de représentation du monde et des valeurs qui en
découlent. Il dénote l'obsession de comprendre le fonctionnement
du cerveau humain, d'en faire une cartographie, au travers de la
description/création de l'architecture logique de la nouvelle machine.
Les trois parties essentielles de la machine comparées aux neurones
associatifs du cerveau humain, sont l'unité de calcul, l'unité de
contrôle logique et la mémoire (véritable siège du
raisonnement). Cette dernière est vaste et conçue comme un organe
englobant les données calculées ainsi que les programmes servant
au calcul et à l'organisation interne de la machine.
L'ordinateur va penser, il s'agit d'une question de temps. Le
corps dans sa dimension biologique est évacué. L'humanité
peut se déplacer dans un autre support, et l'électronique, dont
les composants sont un peu l'argile des temps modernes, est la candidate
idéale au XX ème siècle pour la recevoir...
Et petit à petit, avec les développements des
réseaux avec ou sans fil et le culte qui leur est voué, les
robots deviennent, au moins dans notre imaginaire et donc dans notre futur et
notre culture, non seulement les personnages indispensables que l'on peut
commander à distance et qui seront les plus fidèles des
serviteurs, mais également des créatures réellement
douées des possibilités humaines qui leur ont été
transférées, et dont nous croyons qu'elles finiront par penser,
même si elles n'atteignent pas forcément les mêmes modes de
raisonnement que l'humain.
1.3. Des Robots dans notre
quotidien :
Chien fidèle ou chat fidèle ou humanoïde, les
robots débarquent : sympas et bien élevés, on dirait
qu'ils visent à nous faire oublier nos amis de chair et d'os.
D2R2 le gentil robot de la guerre des étoiles a
traversé l'écran. Dans le secret des laboratoires, les
scientifiques japonais s'en sont inspirés pour créer un toute
nouvelle génération de robots, qui passent pour de
véritables monstres de la technologie.
Aïbo 2 par exemple, dont nous avons découvert son
aîné Aibo 1 avec surprise et surtout beaucoup de plaisir dans un
magasin de jouets de la Principauté d'Andorre. Le chien animat de Sony,
et Asimo l'humanoïde imaginé par la firme Honda, promettent de
devenir les plus fidèles des compagnons. Iront-ils pourtant
jusqu'à combler des solitudes voire se substituer à des animaux
domestiques ou à certains amis ?
Gilles Duhaut est professeur de robotique à
l'université de Bretagne-Sud et donne ainsi son avis.
"Par leur seul rôle de tenir compagnie aux hommes, Aibo et
Asimov ne demeurent que des gadgets coûteux, sans intérêt
suffisant pour être adoptés en masse. En revanche, leur
arrivée dans la sphère familiale ouvre la voie à d'autres
applications beaucoup plus porteuses et utiles. Ils pourront, par exemple,
surveiller la maison, déclencher le lave-linge ou encore faire office de
baby sitter ou de garde-malade grâce à la transmission d'images
sur nos portables. C'est en devenant des assistants fiables qu'ils gagneront
véritablement leur place dans les foyers".
Quoi qu'il en soit, 45 000 Aibo de première
génération ont été "adoptés" l'an dernier,
et la Fédération internationale de robotique prévoit une
augmentation du nombre de robots domestiques de 10 % d'ici 2003.
Asimov :
Originaire du Japon, il mesure à peine 120 cm, pèse
43 kilos, et est de type humanoïde. C'est le premier robot capable de se
déplacer sur ses deux jambes. Il a fallu 14 ans pour qu'il "grandisse"
dans l'un des plus grands centres de recherche mécatronique
(mécanique et électronique) du monde. Destiné à
être l'invité idéal, Asimo monte tout seul les escaliers et
ouvre les portes pour laisser passer les hôtes, serre les mains de ses
amis et même applaudit. Si on le lui demande, il débarrasse la
table. Il assure aussi le spectacle quand il se met à danser, mais avec
seulement 15 minutes d'autonomie, Asimo n'est pas vraiment un bout- en-
train... Encore très cher à l'achat (environ 650 000 F au
minimum), il doit être considéré comme un prototype
prometteur, peu dépendant des réseaux.
Aïbo :
Originaire du Japon, il mesure 27,4 cm sur 26,6 et pèse 5
kilos. De type "canidé électronique" en métal
argenté, noir ou doré, il dispose d'une truffe- caméra,
d'une queue- antenne et d'un système de reconnaissance vocale. Il a des
qualités appréciables puisque, fidèle à la voix de
son maître dont il peut reproduire l'intonation, il obéït
à une cinquantaine d'ordres. Aïbo 2 va chercher la balle, joue aux
cartes et peut répondre à la question "Qu'est- ce- que c'est ?".
C'est certes un cabot, mais il est tout de même capable d'exprimer de la
tristesse si on refuse de jouer avec lui. L'autonomie reste pour lui
également encore un défaut ; passé 90 minutes de
fonctionnement, il n'a plus comme seul instinct que de recharger ses batteries.
Destiné à la vente notamment aux particuliers, Aïbo 2
devrait coûter environ 12 000 F. Son prédécesseur
coûtait 5 000 F de plus et était distribué presque
uniquement via Internet.
Chacun de ces personnages trouvent généralement des
emplois en publicité : pour vanter les mérites d'un modèle
de voiture dont la technique est évidemment au top, surtout quand Aibo
"lève la patte" sur l'une des roues, ou promettant avec France
Télécom réseaux mobiles les développements les plus
futuristes à la portée de monsieur- madame ToutleMonde dans notre
société, si facile, si aisée (?). Ce sont les technologies
du futur, c'est déjà demain...tout à fait aujourd'hui.
Désormais, l'arrivée d'un nouveau compagnon est un
évènement annoncé fièrement par les médias
et le journal télévisé : "voici un chat presque aussi vrai
que nature; au poil très soyeux, il ronronne sous les caresses;
commercialisé cette fois en grand nombre au Japon, à un prix un
peu supérieur à dix mille francs français,
connaîtra-t-il un succès mondial ?" (JT 16 oct 2001).
1.4. Des Robots ou un peu de
littérature :
Les Robots c'est un recueil où furent rassemblées
en 1950 huit des plus anciennes histoires de robots que Asimov ait
composées. La toute première est Robbie. Un modèle de
robot assez primitif non-doué de parole, connu pour jouer le rôle
de bonne d'enfant et le remplir admirablement. Il n'est pas une menace pour les
humains et ne veut pas détruire son créateur ou s'emparer du
monde, seulement remplir le rôle pour lequel il a été
créé.
Gregory Powell et Mike Donovan, passent leur temps à
essayer sur le terrain des robots expérimentaux qui ne manquent pas de
présenter une défectuosité quelconque. Il subsiste en
effet juste assez d'ambiguïté dans les Trois Lois de la Robotique
pour susciter les conflits et les incertitudes nécessaires à
l'élaboration de nouvelles trames de récits. Asimov essaie de
nous faire sourire aux dépens de ses robots. Ses robots sont, comme il
le dit, raisonnables, anti- méphistophéliens, mais ce n'est pas
nouveau. Remontons jusqu'à l'Iliade. Au livre XVIII de cette
épopée, Thétis rend visite au dieu- forgeron
Héphaïstos, afin d'obtenir pour son fils Achille une armure
forgée par une main divine. Héphaïstos est boiteux et marche
difficilement.
Passage : ' Alors... il sortit en clopinant, appuyé
sur un bâton épais et soutenu par deux jeunes filles. Ces
dernières étaient faites en or à l'exacte ressemblance de
filles vivantes; elles étaient douées de raison, elles pouvaient
parler et faire usage de leurs muscles, filer et accomplir les besognes de leur
état...'
C'était bien des robots.
Les robots de Asimov ont des cerveaux faits d'une texture
spongieuse en alliage de platine- iridium et les 'empreintes
cérébrales' sont déterminées par la production et
la destruction de positrons. Ils connurent ainsi la notoriété
sous le nom de robots positroniques.
L'établissement des cerveaux positroniques
nécessitait une immense et complexe branche nouvelle de la technologie
à laquelle Asimov donne le nom de 'robotique' (néologisme), mot
qui lui semble aussi naturel que 'physique' ou 'mécanique'. Il utilise
ce qu'il appelle 'les Trois Lois de la Robotique' qui ont pour but de formuler
là la conception fondamentale qui préside à la
construction des robots, conception à laquelle tout le reste est
subordonné. Apparemment ce sont ces lois, formulées explicitement
dans une histoire intitulée Cycle fermé, qui ont fait le plus
changer la nature des histoires de robots dans la science-fiction moderne.
Nombre d'écrivains par la suite tiennent ces lois implicitement pour
acquises.
La robopsychologue le Dr Susan Calvin, n'est pas un robot, mais
un psychologue doublé de roboticien, dont Isaac Asimov avoue être
amoureux. C'est une créature à la séduction nulle, plus
conforme à l'idée que l'on se fait généralement
d'un robot, mais elle est très attirante. Elle sert de lien aux
différentes histoires composants les robots, jouant un rôle de
premier plan dans quatre d'entre elles. Un bref épilogue relate sa mort
à un âge avancé, puis elle ressuscite dans quatre nouvelles
histoires. La dernière, Le Correcteur, parut dans le numéro de
décembre 1957 du magazine Galaxy.
Les trois lois de la robotique :
Première loi :
"Un robot ne peut porter atteinte à un être humain
ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger."
Deuxième loi :
"Un robot doit obéir aux ordres donnés par les
êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la
première loi."
Troisième loi :
"Un robot doit protéger son existence dans la mesure
où cette protection n'est pas en contradiction avec la première
ou la deuxième loi."
Manuel de la robotique, 53ème édition,
12052 ap. J.-C.
(ISAAC ASIMOV, Les Robots, 1967)
Asimov : '"si la robotique parvenait jamais aux sommets de
perfection décrits dans mes histoires, il se peut qu'un concept se
rapprochant plus ou moins de mes Trois Lois connaisse réellement le
jour, et dans ce cas, je connaîtrais un triomphe assez rare (bien que,
hélas, posthume...)'."
Dans "Un défilé de robots" le Dr Susan Calvin,
robopsychologue à l'United States Robots Inc., se retrouve dans une
nouvelle série de récits consacrés aux robots
positroniques, garantis inoffensifs et dévoués à l'homme.
Elle se trouve confrontée à une série de problèmes
nouveaux : un robot prévu pour l'environnement lunaire peut-il
être dangereux sur Terre en raison de sa programmation, un autre peut-il
nuire aux humains en croyant les protéger, peut-on risquer la vie d'un
homme pour sauver l'existence d'un robot prototype d'un fabuleux prix de
revient " La terreur innée que suscite les robots chez l'homme de la
rue, car il voit toujours en eux la monstrueuse création de Dr
Frankenstein, voilà le vrai problème que pose en fait les
robots.
"On m'a mis entre les mains un robot dont le cerveau était
presque totalement stupide. Je me suis efforcée de l'éduquer,...,
Lenny ne dépassera jamais le niveau intellectuel d'un enfant de cinq
ans. Alors, quelle est l'utilité de ces efforts sur le plan
général " Très grande, si vous les considérez sous
l'angle de l'étude du problème abstrait que constitue l'art
et la manière d'éduquer les robots. " "Les robots
pourraient apprendre !'
Quatrième loi :
"Un robot doit se raccrocher au Réseau chaque fois que
c'est nécessaire et notamment afin de rendre compte de toute information
nouvelle venue à son contact ou portée à sa
connaissance."
Manuel de la robotique, 10053ème édition,
112052 ap. J.-C.
(OSIIC ISOMAV, Les Robots et cætera, 2017)
1.5. Des Robots depuis notre
imaginaire à la réalité vraie :
Rappel des 4 hypothèses de la communication imaginaire
:
1. Les machines sont les vecteurs de l'imaginaire
2. Les machines produisent de l'imaginaire
3. Le roman (populaire) a été l'un des lieux de
transmission d'une nouvelle idéologie qui est celle de la
communication
4. Le roman populaire est sur- idéologique :
interrogation, curiosité soulevée.
La représentation de l'humain que porte l'intelligence
artificielle s'est-elle diffusée dans la culture, bien au-delà de
la communauté scientifique à l'intérieur de laquelle elle
a été formulée.
Lucien Sfez, 'La santé parfaite' nous raconte :
Quelque part au cours du XX ème siècle, le
récit scientifique a pris sa place et recompose l'Histoire. Ainsi est
née la fiction- science. La nouvelle réalité se constitue
désormais comme un entre-deux nature/artifice. Auparavant, la science et
la technique étaient des condiments ou des éléments de
fabrication pour le récit, point de départ ou point
d'arrivée entre lesquels la narration tissait sa toile avec personnages
et actions. Le conditionnel et la métaphore étaient de rigueur
pour décrire ce qui se passait ou pourrait bien se passer dans un temps
proche ou lointain. L'idée existait d'un moment où
l'étincelle de la création venait d'un extérieur
inconnaissable. Les auteurs étaient aussi bien ingénieurs
mathématiciens, physiciens ou chimistes, que littéraires. Seule
la narration faisait tenir l'ensemble, portant la vraisemblance et
entraînant l'adhésion du lecteur. D'autres mondes étaient
possibles... D'autres créatures aussi, empruntant souvent à
l'image de l'homme et bien plus encore à tous ses mythes.
Aujourd'hui le récit scientifique ayant pris la place, les
créatures sont bien réelles . Si elles n'envahissent pas notre
quotidien, c'est qu'elles sont en cours de construction ou à
l'état plus virtuel de projet à réaliser. Fruit du travail
des savants, elles font tout simplement partie de l'Histoire du monde. Et la
notion de savant elle-même se "vulgarise". Les ingénieurs
d'aujourd'hui sont les ouvriers de demain.
1.6. Des Robots ou "Comment nous
travaillerons demain" :
D'après Michel de Virville, "dans vingt-cinq ans
la fabrication des biens sera bien sûr encore un peu plus
automatisée et il y aura davantage de robots dans les usines. Mais la
vraie révolution viendra de l'amont. Nous quittons un système
dans lequel le producteur travaille dans le monde réel, l'homme ou le
robot tapent sur une tôle pour lui donner la forme voulue, pour entrer
dans un mode de production où l'essentiel se passera dans le virtuel.
Nous commençons en effet à disposer de représentations du
réel suffisamment complexes pour pouvoir multiplier les essais, les
"erreurs" sans conséquences, au bénéfice de la production
et du consommateur. A l'avenir, la machine va prendre en charge non seulement
la fabrication mais aussi une part croissante de la conception."
C'est bientôt toute la chaîne de production qui est
affectée. Les hommes qui surveillent les robots ont une qualification
très supérieure aux anciens ouvriers même les plus
spécialisés. Assisté par les robots l'ouvrier de
production actuel doit gérer la qualité, les stocks, les
approvisionnements, les coûts. La mutation qui s'opère
nécessitera plus d'ingénieurs et de commerciaux. Il s'agit de
devenir des concepteurs assembleurs. Dès aujourd'hui, les fournisseurs
extérieurs participent de plus en plus, en amont, à la
conception- même du produit. Les robots sont capables d'assurer les
différents montages. Commandés à distance, via les
réseaux, peut-être bientôt peupleront-ils à eux seuls
les usines. Les effets de cette évolution sont multiples. Tous les
processus de production vont s'accélérer. Managers et
salariés devront apprendre à réagir plus vite. A ce jour,
chez Renault par exemple, entre le moment où l'on décide de
fabriquer une nouvelle voiture répondant à tel cahier des charges
et la livraison du premier modèle, il s'écoule environ
vingt-quatre mois. Il y a dix ans ce délai était de six ou sept
ans. Le mouvement va s'accélérer. De même entre le moment
où le client commande et celui où il reçoit sa voiture.
D'autant que, demain, lorsqu'il aura pris l'habitude de commander via les
réseaux, le consommateur sera plus exigeant et imposera des
délais très raccourcis.
On voit bien ici la propagation du phénomène des
réseaux d'entreprise, associée au développement de la
robotisation...
2. Travail :
L'entreprise passe d'un modèle mécaniste et
hiérarchisé à un modèle systémiste
"biologique" dans lequel l'intelligence de chacun, qui était souvent
sous-utilisée dans une structure hiérarchique, devrait être
pleinement mobilisée. Les robots viennent à l'appui se
mêlant voire se confondant à l'humain.
2.1. Sans frontières,
l'entreprise vivra en réseau avec ses sous-traitants, ses
salariés et ses clients :
Dans une interview Louise Guerre, déclare :
"Totalement ouverte sur l'extérieur et en interaction avec
son environnement... dans vingt-cinq ans, l'entreprise aura
définitivement renoncé à ses frontières. Tant dans
son organisation interne que vis-à-vis de ses fournisseurs, clients
et... concurrents. Elle fonctionnera en réseau, à partir de
pôles de compétences mouvants, sur un périmètre
sectoriel à géométrie variable. La prédiction
prendra alors une très grande importance, même si en
économie c'est un exercice toujours risqué. Pourtant, même
si ce scénario a de fortes chances d'être amendé par le
futur, la tendance de fond ne fait aucun doute. l'entreprise conçue
comme un tout homogène tourné sur lui-même vit ses
dernières heures.
Le virus qui aura raison de ce modèle est
déjà à l'oeuvre. Il se nomme flexibilité.
Tout est parti de la nécessité pour l'entreprise de
se réorganiser à partir des besoins personnalisés des
clients. Une véritable révolution culturelle. Hier les
salariés devaient se conformer à un système de production
interne fonctionnant selon ses propres lois, fait pour durer et s'imposant aux
clients. Demain, chaque client revendiquera d'être unique et dictera
jusqu'au prix. Il pénètrera toujours plus loin dans les rouages
de l'entreprise. Bientôt, la transparence (mythique) sera totale sur
l'origine des matières premières, les circuits
d'approvisionnement, les systèmes de fabrication et de contrôle
qualité (ex : actuellement se met en place la traçabilité)
. Résultat de cette traçabilité, le service commercial ne
sera plus, loin s'en faut, le seul point de contact avec l'extérieur.
Tous les services de l'entreprise seront "branchés'. Chaque
salarié en relation avec le client sera donc beaucoup plus autonome et
responsable. Il fera son propre planning, négociant en interne les
intérêts de son client. Corollaire, le manager est voué
à changer de rôle. Il ne sera plus celui qui programme et ordonne
le travail, mais un animateur qui impulse, coordonne et assiste. A
l'extrême, il fera pour l'essentiel du coaching, passant de l'homme de
pouvoir au leader. L'entreprise, pour relever ce défi qui lui est
imposé par son client va devoir accepter de décloisonner son
organisation. Exit la plupart des niveaux hiérarchiques
intermédiaires. Plus floue en apparence, elle sera en fait plus
réactive.
Ce contexte fera bien sûr la part belle à toutes les
formules de flexibilité interne et externe. Les contrats par projet ne
peuvent que se développer. Mais parallèlement, le client exigera
un suivi personnalisé, sur mesure et dans la durée. On peut
également s'attendre à voir se développer les groupements
et des réseaux d'employeurs. En particulier dans l'univers des PME,
profitant par exemple des possibilités offertes par le
télétravail, des groupements de salariés pourraient aussi
émerger. Quelles que soient les formules, l'entreprise aura à
faire face au même enjeu : gérer une plus grande diversité
des formes de contrat de travail. Plus question de faire rentrer tout le monde
dans le même moule. Il lui faudra donc apprendre à mobiliser sur
des missions ponctuelles des femmes et des hommes employés avec des
statuts et des horaires différents. D'où la
nécessité de bâtir un véritable "projet collectif".
Plus les frontières de l'entreprise deviennent floues plus celle-ci aura
besoin de fédérer ses troupes autour d'une vision
partagée. Cohésion d'autant plus nécessaire qu'il faudra
recruter des personnels plus exigeants qu'avant. Déjà, les jeunes
générations de cadres affichent de nouvelles attentes
vis-à-vis de leurs futurs employeurs. Beaucoup moins carriéristes
que ne l'étaient leurs aînés, ils cherchent avant tout
à se réaliser en donnant du sens à leur travail. Cette
tendance ne peut que s'amplifier. Au point que, demain, les plus
qualifiés pourront jouer avec une sorte de "marché de
l'entreprise", symétrique du marché du travail d'aujourd'hui.
Dans cet univers, les entreprises les plus recherchées seront celles qui
sauront faire cohabiter les projets individuels de chacun avec leur projet
collectif. A l'arrivée, on peut tout de même s'attendre à
voir coexister différentes familles de salariés. Certains verront
l'entreprise comme un moyen de développer leurs compétences. Ils
passeront sans scrupules de l'une à l'autre en fonction des
opportunités offertes. Les autres, plus fidèles,
négocieront leur engagement avec un statut de co-entrepreneur.
Toutefois le projet collectif n'est pas le seul moyen dont
disposeront les entreprises pour raffermir la motivation des personnes. Les
directions intégreront également la révolution
électronique dans leur stratégie d'entreprise quel que soit leur
secteur d'activité, et utiliseront intelligemment les réseaux
comme un outil fédérateur des compétences et des hommes.
Certes, un mouvement d'externalisation semble inexorable. Informatique,
télécoms, achats, logistique, ressources humaines... Certaines
entreprises ne devraient garder que l'essentiel : le marketing et la relation
avec les clients. On assisterait alors à l'émergence de
sous-traitants de services spécialisés un peu à la
manière des districts industriels italiens. C'est également pour
elle la meilleure manière de cultiver leur réactivité.
Faire face aux soubresauts d'activité, partager des coûts de
développement, tester des diversifications voire changer de cap... En
bref, l'entreprise perçue comme une entité patrimoniale
figée, délimitée par un outil de production, n'a plus de
sens. L'entreprise n'a d'autre choix que d'apprendre à inscrire son
projet dans le court terme, l'éphémère, le changement.
Elle devra ré interroger en permanence ses pratiques, sa
stratégie et jusqu'à son métier même. En
étant portée, c'est la conviction des membres du Centre des
jeunes dirigeants d'entreprise, par le souci d'offrir une aventure humaine."
2.2. Le quaternaire :
Roger Sue, docteur en sciences politiques,
s'intéresse depuis vingt ans à l'émergence d'une nouvelle
économie plurielle.
"Dans vingt-cinq ans les entreprises seront complètement
immergées dans le monde associatif. Beaucoup iront jusqu'à en
adopter l'esprit voire les contours. On reproche souvent aux
bénéficiaires de la loi de 1901 d'empiéter sur le
territoire des entreprises et sur leurs marchés. Or c'est l'inverse qui
est en train de se produire. Lentement mais sûrement, le champ de
l'économie se déplace sur le terrain des associations. Education,
santé, formation, loisir, environnement, action sociale... Tous les
secteurs en croissance sont précisément ceux investis depuis
toujours par les chantres du volontariat. Là sont les
dévouements, mais aussi les emplois et même les profits."
Il assure que bientôt ces activités éparses
formeront un tout cohérent : le "quaternaire". Ce nouveau pan de
l'activité économique comprendra tout ce qui participe à
la "production de soi" (temps libre, loisirs, culture personnelle, militantisme
et volontariat). Libéré du travail contraint, le salarié
pourra consacrer plus de temps et d'argent à faire fructifier son
capital humain à commencer par sa santé.
"Le centre de gravité de l'économie se
déplace donc inexorablement vers la production de compétences
immatérielles. Bien plus que les compétences sanctionnées
par des diplômes, le sens des rapports humains est une valeur en
hausse."
"Les entreprises commencent à réaliser le parti
qu'elles peuvent tirer d'une collaboration avec les associations. Les plus
audacieuses accordent déjà des crédits d'heures à
leurs salariés qui veulent pratiquer le soutien scolaire, l'aide
à l'insertion ou le nettoyage de rivières. En particulier
grâce à l'appui de 'clubs d'entreprises', tel l'Institut du
mécénat de solidarité. A l'origine ces
sociétés cherchaient surtout à se donner une image
citoyenne. Les résultats ont dépassé leurs attentes."
"Les salariés qui bénéficient de telles
opportunités se disent plus sûrs d'eux, plus autonomes. Ils
évoquent un meilleur climat dans leur entreprise. Le tout à peu
de frais. De nouvelles formes d'alliances naîtront, dans lesquelles des
entreprises via des fondations, financeront des associations. Celles-ci
réduiront ainsi leur dépendance vis-à-vis des pouvoirs
publics qui les contrôlent par le biais des subventions. Aujourd'hui,
leur poids n'est pas reconnu à sa juste valeur puisqu'on le mesure avec
des critères impropres qui sont ceux de l'économie
monétaire."
Or les épigones de la loi de 1901 sont surtout actifs dans
le domaine de la prévention et de la formation. Et ce n'est qu'un
début. L'émergence des SEL ou systèmes d'échanges
local a montré que d'autres formes de monnaies, plus sociales, pouvaient
fonctionner. C'est entre autre ce type de monnaies que promettait le Rapport
Nora - Minc.
2.3. Demain : Les places de
marché de n- ème génération :
Après les places de marché de première
génération qui mettent en relation acheteurs et vendeurs, la
nouvelle génération associera non seulement les fournisseurs et
les clients mais aussi les sous-traitants et divers partenaires. Ces places de
marché ne se limiteront pas à mettre des catalogues à la
disposition des clients ou à leur offrir des possibilités
d'enchères. Bien en amont de la transaction commerciale, elles
comprendront la co-définition du produit par l'industriel et le client,
le co-développement, la gestion de configuration en ligne, la
synchronisation des plannings ; elles permettront l'échange opportun
d'informations et offriront des possibilités de transactions longues et
complexes. Il faut savoir que par exemple dans un pays comme l'Afrique du sud,
il existe déjà plus d'une vingtaine de places de marché en
fonctionnement durable, d'après une étude menée et
très récemment publiée par le cabinet Pricewaterhouse
Coopers.
Les rapports de force dans l'entreprise elle-même et sur le
marché changent. L'employé reprend quelque peu de pouvoir pour
peut qu'il ait accès à l'information distribuée par les
médias et les réseaux. L'emploi voit son marché
impacté. Par exemple de nombreuses et gigantesques bases de cv
interconnectées se constituent. Le "cv électronique",
déposé sur un site, est consultable de partout, permet
d'établir des liens avec d'autres sites (site personnel, site
d'employeur cité, etc..) et il peut contenir une vidéo. Dans la
réalité, ce sont bien des plates-formes d'intermédiation
qui se sont créées un peu partout. Associées au mode
confidentiel ou non, elles touchent d'abord toutes les catégories qui
ont un accès au bureau mais les accès à la maison sont de
plus en plus nombreux.
V. Communication, Médias à base de
Réseaux, Secteur financier :
1 Désormais, grâce
aux réseaux modernes, les clients paient sur un mobile et consomment sur
un portail :
Le vent de la nouvelle économie ayant soufflé d'
ouest en est, chacun s'est tourné une fois encore vers les Etats-Unis
pour imaginer le futur. "La combinaison du progrès technologique et de
la dérégulation modifie profondément les services
financiers, spécialement la relation avec le consommateur final".
Il ne s'agit pas d'une simple prédiction d'expert. Juin
2000: d'ores et déjà, le plus populaire des sites financiers
américains affiche cent millions de clients et un peu plus de visiteurs
occasionnels. Yahoo!, car c'est de lui dont il est question, n'a pourtant pas
le statut de banque, c'est un portail. Il n'en offre pas moins au consommateur
américain notamment, tous les services d'une agence bancaire virtuelle.
Une sorte de supermarché électronique où l'argent circule
tantôt comme une marchandise, produits d'épargne, emprunts
hypothécaires, etc..., tantôt comme moyen de paiement totalement
dématérialisé.
Concrètement, aux Etats-Unis, 300 millions de dollars de
transactions ont été commandés et réglés en
ligne via Yahoo! pour le seul mois de décembre 1999. Sur le Nasdaq, le
marché valorise ce succès quelque 60 milliards de dollars, un
chiffre proche de la capitalisation de la Chase Manhattan, troisième
banque américaine avec plus de 400 milliards de dollars en total de
bilan.
Le réseau Internet permet au consommateur de services
financiers de réaliser, à partir de son ordinateur, chez lui ou
sur son lieu de travail, de nombreuses opérations courantes, virements
ou ordres de Bourse. Pour ce type de services, plus besoin de guichetier ni
d'agence... Une banque ou un broker en ligne économise jusqu'à 80
% de ses coûts de structure traditionnels. Deuxième atout, le
réseau Internet est une formidable machine à comparer les prix.
Un ou deux clics suffisent pour passer d'un site à l'autre, et le multi-
fenêtrage permet de superposer les résultats obtenus.
L'hypertexte, technique de base du web, permet à un
intermédiaire, banquier ou non, d'offrir en temps réel un banc
d'essai sur n'importe quel produit. C'est encore plus vrai pour les produits
financiers qui ne demandent aucune livraison physique.
L'internaute est a priori un client moderne, à pouvoir
d'achat élevé et rentable. Son profil, ses goûts, ses
habitudes peuvent être répertoriés et
déclinés à l'infini...
e- banking :
Fin 1999, 500 000 français étaient abonnés
à un service de home banking sur Internet. Selon le cabinet IDC, plus de
la moitié des internautes en âge d'être bancarisés,
soit 8,3 millions de personnes, utiliseront ce type de services en 2004. A la
même date, le nombre de clients des courtiers en ligne devrait atteindre
1,5 million, contre 120 000 actuellement, soit un taux de croissance annuel
moyen de prés de 70 %.
Le courtage :
les banques généralistes proposent des services en
ligne de gestion de portefeuille, mais le courtage en ligne n'a jamais
été leur point fort. Son développement sur le Net par
exemple, ne s'effectue pas à leur détriment. D'autant que
l'irruption des courtiers on-line n'est pas liée à Internet : ils
sont plutôt les héritiers des agents de change, disparus en 1988,
qui, comme Selftrade, ConSors ou Bourse Direct, effectuaient des
opérations en temps réel, après avoir pris les ordres par
téléphone.
La clientèle concernée est marginale, même si
la cible d'élargit en période d'euphorie boursière. Pour
le courtage en ligne, il n'y a aucun rapport entre les deux côtés
de l'Atlantique : selon les dernières estimations quatre fois plus au
moins d'américains que d'européens détient des titres
boursiers, et ce sont la moitié des américains qui en auraient.
De plus parmi les détenteurs de portefeuilles, 20 % aux Etats-Unis
disposeraient d'un compte- titre contre seulement 4 % en Europe.
Là où chaque banque généraliste
défend sa propre gamme, de nouveaux intermédiaires apparaissent
qui se lancent dans les gammes par spécialité, sans
s'arrêter à telle ou telle marque. Désormais les quelques 6
500 sicav et fonds communs de placement disponibles en France, par exemple,
constituent en elles-mêmes un marché. Les offres de crédit
logement ou les prêts à la consommation en sont un autre.
Désormais aussi, à chaque fois, les nouveaux entrants se battent
sur la valeur ajoutée. Peuvent être en discussion d'une part, la
comparaison des conditions ou des performances en temps réel, d'autre
part, la sélection des meilleures offres du moment.
Chez BNP-Paribas, marché par marché, des armes
"anti-désintermédiation" ont dues être mises en oeuvre. Sur
le créneau des PME, par exemple, cette banque a constitué des
plates-formes d'achats groupés, "e-procurement", et des centrales de
facturation et de paiement, "e-billing". Un "business village", sorte
d'incubateur d'entreprises a été annoncé. Le réseau
est tellement ancré dans les mentalités que désormais tous
pensent au cyberavenir du groupe.
Les analystes considèrent que parmi les principales
banques françaises, ce groupe a présenté la
stratégie réseaux la plus intégrée : au lieu de
lancer de multiples sites, il se concentre autour de trois segments distincts.
Nul ne sait encore quel modèle prévaudra, banque multi- canal ou
banque directe, avec des services intégrés ou des services
éclatés entre plusieurs fournisseurs spécialistes.
Le guichet autant que le PC :
Les particuliers restent plus sensibilisés à une
approche banque traditionnelle, et les réseaux bancaires tout comme les
banques en réseaux sont convaincus que leurs habitudes varieront peu.
Malgré tout ils veulent semble-t-il en majorité pouvoir utiliser
plusieurs canaux selon les nécessités : agence, guichet
automatique de banque, accès distant en réseau sur ordinateurs et
mobile.
En définitive les banques en ligne
(téléphone, minitel, internet, réseaux), réduisent
leurs ambitions car des centaines de millions de francs ont été
dépensés sans résultats probant. Les clients restent trop
attachés aux services classiques délivrés aux guichets
physiques et dans les agences. Zebank par exemple n'a réussi à
attirer que 45 000 clients et les budgets publicitaires ont
déséquilibré les comptes car ils sont d'autant plus
élevés que la clientèle est jeune et donc difficile
à fidéliser.
2 Loi sur la sécurisation
des cartes bancaires :
C'est l'Etat qui a dû prendre en main le problème de
la fraude.
Le ministre de l'Economie a présenté une
série de mesures pour lutter contre la fraude sur les cartes bancaires,
avec pour objectif de restreindre l'utilisation illégale des
numéros de ces cartes lors des transactions en ligne à distance.
Le gouvernement a proposé au Parlement de renforcer le rôle de la
Banque de France qui veillera désormais après le GIE cartes
bancaires, à la sécurité des cartes de paiement. A partir
de juin 2001 ont été modifiés quelques 7 000 distributeurs
automatiques de billets sur un parc de 35 000 machines, parce qu'ils ne lisent
que la piste magnétique des cartes, ceci de manière à ce
qu'ils lisent enfin systématiquement la puce.
Le numéro de la carte sera partiellement occulté
sur toutes les facturettes, ce qui est déjà la cas sur les
tickets de certains terminaux de paiement. Un code de sécurité
supplémentaire figurera au dos de toutes les cartes, à
transmettre lors de toute transaction à distance. Enfin, le rechargement
des cartes prépayées, par exemple celles des
téléphones mobiles, sera limité à une seule carte
bancaire par utilisateur.
Par ailleurs un accord est intervenu concernant la
sécurisation des transactions de paiement via réseau, grâce
à la décision d'affecter par transaction un numéro
codé complexe, unique et volatile.
VI. Formation et communication via les médias à
base de réseau(x) :
La formation a pris de plus en plus d'importance dans nos
sociétés dites développées, à tel point
qu'elle se déroule désormais tout le long de la vie humaine et
même pendant les loisirs qui ont eux-mêmes besoins d'elle pour
exister. Elle atteint donc une très grande variété et
recouvre de nombreuses formes.
Il arrive qu'elle soit regardée, par exemple en
matière d'emploi, comme le remède à bien des maux,
réels ou prétextés.
1 La formation en ligne change
les contenus et les méthodes d'enseignement :
La création des cours doit être entièrement
repensée, car pour certains élèves, si la moindre question
ne trouve pas sa réponse sur la plate-forme en réseau, c'est
l'abandon. La rédaction est à revoir, la modularité est
essentielle. Il faut fractionner, limiter les textes et savoir où
insérer de l'interactivité. A la pédagogie s'ajoute, en
vrac, des compétences de scénarisation, de graphisme,
d'administration de plate-forme, d'ergonomie, et d'animation de chat et de
forum.
La formation en ligne donne un élan nouveau : plus
ciblée, plus pertinente elle est susceptible de relancer
l'intérêt des salariés. Le travail en réseau donne
l'occasion de recourir à des experts difficilement accessibles
autrement. Quant aux formateurs eux-mêmes ils renforcent leur implication
dans l'entreprise et son organisation, en devenant bien plus les acteurs
centraux d'une gestion des connaissances, dont la formation en ligne est
souvent la première étape.
Le marché de l'e- learning est né de la
transformation par les réseaux des métiers de l'enseignement et
de la formation et se structure à toute allure. Ici, nous sommes bien
loin des technologies de l'esprit et très raccrochés à la
technique. Exemple fort : studi.com est venu du monde de la formation continue
et de l'édition sur cd-rom, et bénéficie dés le
début d'une plate-forme technologique performante ainsi que d'une
précieuse expérience du tutorat. La start- up, désormais
européenne, s'est alliée à un éditeur de programmes
culturels et éducatifs très reconnu sur son terrain, et a
passé des accords avec plusieurs grandes universités ou
écoles de commerce et d'ingénieurs. Déjà circule
les mots cyberétudiants, cyberenseignants...
L'Union Européenne et le Conseil de l'Europe ont
créé un maillage institutionnel de notre continent destiné
à enchâsser les institutions scolaires et universitaires. Les
opérations sont assurées par :
- des associations internationales spécialisées
dans les médiations éducatives innovantes recourant aux ntic;
- des diffuseurs d'émissions par satellite (exemple du
Cned en France);
- des gestionnaires de réseaux télématiques
qui agissent au niveau international, national ou bien même
régional.
2 La formation à distance
nécessite pédagogie et implication accrues :
Enseignement et apprentissage à distance
nécessitent de nouveaux modèles.
Françoise Thibault, chargée de mission à la
Sous-Direction de la technologie du ministère de la Recherche
français, estime que l'intérêt de la formation à
distance est de répondre à une demande sociale et de transformer
l'université en termes d'ingénierie éducative. On assiste
de fait au changement de perspective où le vocabulaire de
l'ingénieur remplace celui du pédagogue et où le lexique
libéral remplace celui du service public. Le "marché de
l'éducation" est estimé à 90 milliards de dollars en 2005
et le premier "World Education Market WEM" qui s'est tenu à Vancouver du
24 au 27 mai 2000 a réuni trois mille professionnels".
Comme le dit crûment le responsable de formation de
l'Université de technologie Compiègne UTC, Claude Moreau, en
parlant de l'enseignement à distance : "Nous sommes actifs, mais nous
restons marqués par notre culture de service public. Nous n'avons pas
admis que la formation est un business".
L'archaïsme des lieux de formation doit céder la
place à la promesse qu'offrent les réseaux, plus de savoir,
à la condition de nous séparer et de renoncer à ces
institutions de la rencontre.
Cette révolution ne concernera pas uniquement les lieux
d'où est dispensé le savoir, mais les savoirs eux-mêmes,
transformés du fait d'être en ligne, à moins que cette mise
sur le réseau ne soit le prétexte à des changements plus
profonds. Les représentations du savoir, ainsi conditionné et
formaté au sein d'une unique dimension informationnelle, le rapprochent
d'un idéal encyclopédique, où des unités
séparées sont combinables et recomposables à l'infini.
Exprimant et théorisant à merveille le point de vue
des "nouveaux marchés de l'éducation" qui prônent le
développement tous azimuts du "savoir en ligne", Pierre Lévy
annonce pour bientôt "de plus en plus de concurrence entre les
universités en ligne et les locales, puis entre les universités
en ligne quand beaucoup d'universités locales auront été
obligées de fermer (...). Il est également possible que les
universités planétaires, après une série de rachats
et de fusions, ne se retrouvent plus que quatre ou cinq dans le monde, comme
les groupes de communication, d'automobiles ou d'assurance (...). Elles
automatiseront leurs systèmes de passage d'examen".
Entre le producteur de savoir de plus en plus multiple et
éclaté, obéissant aux règles de la "conscience
collective" et le consommateur nul besoin d'intermédiaire.
L'école en ligne dispense de la nécessité de la rencontre
avec un médiateur désormais inutile et également avec
d'autres apprenants. Le côte- à- côte devant l'ordinateur,
après le face-à-face traditionnel cède la place au seul-
à- seul avec l'écran.
L'Union Européenne et le Conseil de l'Europe ont
déclaré 2001 "année européenne des langues" dans le
but d'encourager le plurilinguisme, notamment au travers d'un apprentissage
diversifié des langues tout au long de la vie.
Avec le multimédia cependant, le plus souvent encore aucun
professeur n'est disponible pour répondre aux questions, et on est loin
de l'échange spontané et riche d'un véritable dialogue en
tête- à- tête.
Cependant Internet a le défaut de ses qualités. A
ce jour la principale méthode de communication est le courrier
électronique qui peut paraître trop lent lorsque l'on bute sur une
question. La visioconférence avec le professeur présente en
revanche des problèmes techniques liés au débit de la
connexion, et à la nécessité de posséder une
webcam. De plus, elle réintroduit des problèmes de
disponibilité puisqu'il faut comme pour un cours traditionnel fixer un
rendez-vous et s'y tenir...
"Le principal intérêt d'Internet est de pouvoir
parler avec des gens d'autres cultures. Notre projet, par exemple, est une
façon de fédérer l'Europe. Pour le reste Internet est un
outil nouveau comme l'étaient en leur temps le magnétophone ou la
vidéo. Il faut encore des résultats." estime B. Cord
spécialisée dans la formation permanente à la cellule
Ingénierie et Multimédia de l'université de Paris 6.
M. Pothier, maître de conférence à
l'université Blaise-Pascal de Clermont-2 fait écho aux propos de
sa collègue : " Le côté ludique est très motivant.
Communiquer avec les tuteurs et ses pairs replace l'apprentissage d'une langue
dans son véritable contexte. Cela doit partir des gens". Cependant,
surfer dans tous les sens ce n'est pas apprendre une langue. Il ne suffit
même pas d'avoir un projet, comme la constitution d'un dossier
thématique, pour donner du sens à cette utilisation. Car qu'en
reste-t-il finalement ?
Les deux enseignantes ne peuvent dissocier l'apprentissage d'une
langue du rôle du professeur, qu'il soit physiquement présent ou
qu'il exerce sa tutelle à distance : sur un réseau comme
Internet, le professeur est encore plus central car la demande devient
individuelle et elle est encore plus forte.
La motivation est ici encore la clé du succès
puisque l'assiduité relève d'un choix personnel.
En la matière de nombreux problèmes peuvent
intéresser les sciences humaines.
D'une part, l'acclimatation des nouvelles technologies de
communication dans une culture donnée, par exemple la culture
européenne pose la question, sous-jacente, de l'assimilation effective
de ces nouveaux dispositifs.
Ensuite, l'industrialisation qui s'impose des formations. On
parle là déjà de "knowledge industry" ou industrie de la
connaissance. Non seulement il existe des impératifs quantitatifs car
certaines formations s'adressent à des dizaines de milliers
d'étudiants, mais encore il y a bien des impératifs qualitatifs.
D'où la nécessité de processus industriels de fabrication
et de distribution particulièrement bien réfléchis,
réflexion complexifiée par l'usage des technologies de mise en
oeuvre au travers des réseaux de télécommunications.
Enfin, la question se pose du devenir de l'espace public et du
service public dans un contexte d'interactivité
généralisée, et également de savoir comment on
apprend avec les médias, comment on apprend à apprendre etc.
"J'aime la possibilité de pratiquer en rencontrant des
gens du monde entier. Ce sentiment d'appartenir à une communauté
est unique au réseau".
En général, les étudiants apprécient
d'avoir un professeur à portée de clic de souris, c'est
plutôt la valeur de ce professeur et son résultat qui
peut-être sont discutables.
3 La communication des savoirs
:
La communication des savoirs ne se réduit donc pas
à une simple transmission. L'enseignant doit aussi prendre en compte les
relations affectives, les représentations, les décalages
linguistiques et socioculturels qui peuvent brouiller le message
pédagogique.
La relation pédagogique est une relation de communication
médiatisée par des savoirs et des contenus culturels.
Méthodes et contenus sont interdépendants. Il s'agit pour
l'enseignant de "se faire apprenant de son propre savoir"*.
Ce sont les représentations des élèves qui
sont en jeu. Le souci doit être permanent d'articuler ce qu'on apprend
aux élèves qui apprennent.
De nos jours existe dans les classes un écart sociologique
de plus en plus grand entre monde des enseignants et monde des
élèves. Il est non seulement lié aux différences de
couches sociales mais encore aux différences culturelles, et pas
seulement dans la communication verbale. Les ntic peuvent réellement
aggraver le phénomène et engendrer une sorte de hiatus socio-
culturel. Il est en effet difficile d'élaborer puis de partager une
culture commune, sociale, par les réseaux, celle qui peut exister plus
facilement au travers d'activités communes à l'échelle des
établissements scolaires par exemple (pièces de
théâtre, match de foot...).
D'après Ph. Meirieu, c'est grâce à une
certaine opacité et non pas par la transparence, qu'il devient
nécessaire de communiquer. "Le malentendu, la difficulté,
l'opacité, qui inquiètent terriblement les enseignants (...) sont
en fait une chance qui permet de parler, qui fonde la communication".
On sait depuis l'Ecole de Palo alto, actuellement très
reconnue, que toute conduite est une communication.
L'utilisation des ntic dans l'éducation fait naître
bien des idées plus ou moins utopiques qui sont autant d'espoirs que ce
mette en place un monde plus juste, plus égalitaire, d'abord pour les
enfants. Il s'agit par exemple de permettre, par la formation à
distance, aux enfants ruraux d'avoir les mêmes chances éducatives
ou culturelles que les citadins et à ces derniers comme aux premiers de
profiter du développement de la télé- formation.
Problème : le télé-enseignement peut
également favoriser la diminution du nombre de postes d'enseignants, le
rôle de l'enseignant- formateur se transforme, perd de son prestige.
D'autres soucis surgissent concernant la formation des
enseignants, leur intéressement à ce qui doit absolument
dépasser le stade de l'expérience. Il faut gérer
l'équipement qui doit être suffisamment complet, il faut
gérer les incidents et les problèmes techniques. Il faut
mobiliser les différents acteurs, collectivités locales, conseils
généraux, départements, associations de parents etc...
A ce jour, les interlocuteurs ne savent pas toujours se servir
d'un ordinateur et en ce moment "on a déjà tellement à
faire avec (... l'euro...)".
Cependant, l'intérêt des médias plus
traditionnels manifesté par la présence d'articles dans la presse
régionale et nationale, accompagnées d'émissions
télévisées est stimulant, bien que ces informations de
valorisation ne soient faites qu'à destination du grand public.
La mise en place "au fond" nécessite une
réorganisation en profondeur afin de mettre ce qui est encore souvent
une expérience au centre de la discipline d'enseignement et de lui
donner des chances organisationnelles et pédagogiques de fonctionner. Il
ne faut plus qu'elle vienne par exemple se surajouter à la marche
habituelle des établissements.
Actuellement la "résistance au changement" reste
importante. Les acteurs alignent leur communication sur leur niveau
supérieur de hiérarchie, depuis la base et jusqu'au niveau
élevé de la pyramide dans un jeu d'évitement des
affrontements au sein de l'institution comme au sein du système social
français.
Un nouvel espace de savoir est en création, le savoir
devient un continuum multidimensionnel de représentations dynamiques et
interactives, toute approche analytique doit être complétée
par une approche systémique. Et l'éducation aux médias
devraient être renforcée. Parce que sinon n'importe qui peut
diffuser n'importe quoi tandis que la télévision elle-même
ne nous met pas à l'abri d'images falsifiées.
VII. Communication, Médias à base de
réseau(x) , Médecine et Recherche :
1. Médecine :
C'est un des domaines ou certaines des avancées sont les
plus rapides et les plus spectaculaires.
En chirurgie, des gestes deviennent plus sûrs, dans le cas
par exemple de certaines opérations du dos: sur 10 000, 2000
opérations doivent être recommencées ou reprises sans ces
technologies. Grâce à l'image 3D, à l'ordinateur et aux
capteurs, il est possible de pratiquer des opérations très
délicates, sur les vertèbres cervicales notamment, en diminuant
très fortement les risques. Les scolioses sont désormais
opérées avec une grande précision.
1.1. Techniques : les
différents types de télé médecine :
1.1.1 La télé
consultation et le télédiagnostic :
La transmission numérique d'informations (radio, scanner,
tests...) à un hôpital, qui se prononce sur les suites à
donner, accélère le diagnostic et évite les transferts
inutiles de patient.
1.1.2 La télé-
expertise :
Permet à un médecin d'interroger un confrère
plus spécialisé, en lui transmettant des résultats
d'analyse des données sur le patient. Cette forme d'échange est
très utilisée dans le traitement du cancer.
1.1.3 La télé-
surveillance :
Permet à un patient équipé d'appareils de
relevé de demeurer à domicile tout en restant suivi. On l'utilise
par exemple pour les grossesse à risque, les maladies cardiaques, le
diabète, les insuffisances respiratoires ou l'hypertension.
1.1.4 Les réseaux
"ville/hôpital" :
Permettent au médecin généraliste, avec
l'accord du patient, d'accéder aux données enregistrées
sur le patient à l'hôpital.
1.1.5 La télé-
formation :
Consiste, pour un professionnel de santé à
accéder à distance à des bases de données, des
services d'information et des cours.
1.1.6 La télé-
chirurgie :
Permet à un chirurgien d'effectuer une simulation de
chirurgie sur ordinateur, à l'aide de messages à trois
dimensions, puis d'opérer à distance en étant
assisté par des ordinateurs.
1.1.7 Des techniques et
après ? :
L'association de ces différentes techniques devrait faire
évoluer le rapport dans la relation médecin- malade. Aux
Etats-Unis où elles sont déjà très en vogue, il
semble bien que le patient "prenne le pouvoir" ? Quels sont ou peuvent
être les dérives malheureuses d'un tel système, hors les
problèmes de financement ? Le côté anonyme,
détaché de contact humain, de reconnaissance prolongée du
patient (historique personnalisé, antécédents familiaux)
dans un style de société dont c'est précisément un
des défauts les plus pertinents. Dans son livre "La Santé
Parfaite", Lucien Sfez nous dit : "Il s'agit de restaurer la
moralité en la rebranchant sur le corps. Le contrôle sur le corps
n'est pas une affaire de technique, mais politique et morale. Elle est
là l'utopie mobilisatrice de l'an 2000." Il est évident que
les développements de la bioéthique, la formation des
médecins et la sagesse de leur popularité devront contribuer
à l'intégration et à la maîtrise de techniques par
ailleurs très performantes et utiles mais dont la domination des risques
de dérives mérite une attention toute particulière et
réellement soutenue.
Lorsque, à l'échelle de la planète, des
patients cherchent à s'entraider, de nouvelles formes de
solidarité surgissent, susceptibles d'interpeller d'anciennes formes de
pouvoir. Ainsi, un cancéreux anglais, en comparant son traitement
à celui d'un compagnon d'infortune en Australie, en France ou aux
Etats-Unis, trouve non seulement du soutien, mais aussi une autonomie accrue
face à la structure médicale locale. Les notions d'expertise et
d'autorité subissent de ce fait des déplacements susceptibles de
faire pression sur les structures professionnelles. Le
télédiagnostic transfrontière, l'achat à
l'étranger de médicaments non homologués localement, que
le cas du Viagra a mis en évidence, soulèvent des questions
analogues en remettant en cause l'assise légale et territoriale des
structures professionnelles. Ces transformations des pouvoirs menacent beaucoup
d'acquis mais aussi de privilèges, et expliquent en partie certaines
réactions négatives à l'égard des
réseaux.
Colloques internationaux et congrès divers peuvent
utiliser les réseaux pour faciliter leur préparation et ainsi
accroître la portée de l'évènement. Signe des temps,
un colloque italien sur la santé mentale par exemple, est
présenté aussi en anglais, dans le but évident d'attirer
des participants internationaux. Loin de se substituer aux communications face
à face, les réseaux contribuent à intensifier les besoins
pour mieux prolonger des discussions amorcées par le courrier
électronique ou les forums.
Par l'articulation étroite et rapide qu'ils assurent entre
la publication et la communication, les réseaux permettent à
toutes sortes de groupes de rassembler, concentrer et organiser en quelque
sorte, de l'information essentielle dans divers sites puis de les faire vivre
et évoluer au fil de débats et discussions entretenus par des
informations et des forums. Poser la question grave et douloureuse du sida
donne la possibilité à des individus profondément
menacés dans leur être et leur existence- même de chercher
la meilleure information possible, de trouver les meilleures manières de
traiter tel cas particulier de cette terrible maladie, voire d'exercer un
regard critique sur le comportement de leurs médecins. Dans cette voie,
le réseau au dire de certains malades eux-mêmes (exemple de
l'automutilation ou cutting) , est devenu cet environnement merveilleux
où ils peuvent s'entraider, échanger leurs histoires
personnelles, trouver des conseils etc... sans condition de catégorie
sociale. Communautés des malades. Collaboratoires des chercheurs. Encore
une fois, concernant la médecine, on ne peut que souhaiter
déboucher sur une plus grande humanité des soins et des
traitements. Elle passe par la domination de techniques parfois surpuissantes,
simples outils.
1.2. Quelle différence y
a-t-il entre les sites médicaux et les autres e- enseignes ?
On constate une explosion des créations de start- up
Internet en France dans le secteur médical.
Beaucoup de dossiers circulent dans le capital-risque. Mais il
faut bien comprendre que ce secteur avec ses nombreuses particularités,
ne peut fonctionner comme un secteur marchand classique. D'abord sur le
créneau strictement professionnel, Business to Business (B2B), le
médecin n'est pas réellement habitué à payer.
Information, congrès... les labos pharmaceutiques financent presque
tout. En ce sens on se rapproche du Business to Consumer (B2C). Tous les sites
professionnels ou grand public dont le modèle se fonde sur le contenu,
doivent vivre essentiellement avec la publicité ou le sponsoring sur un
marché somme toute limité.
Avec le e- commerce il faut compter avec d'autres
spécificités. Le médicament n'est pas un produit banal. Sa
prescription, son commerce et son transport sont réglementés. Il
est interdit d'expédier un médicament par la poste. Par ailleurs
les pharmacies sont tenues de fournir les médicaments dans les six
heures. Le e- commerce ne peut donc guère jouer sur une livraison
rapide. Le portage à domicile ne peut concerner que quelques populations
ciblées comme les personnes à mobilité réduite. La
commande on line, à condition d'aller chercher ses produits à la
pharmacie pourrait satisfaire certaines populations comme les personnes
atteintes de maladies chroniques. Les lois visant à limiter le
déficit de la Sécurité sociale ou freiner le
développement de l'automédication encadrent encore un peu plus le
marché. Tout ceci peut changer mais dans ce secteur les
évolutions ne sont jamais rapides. En attendant, les nouveaux entrants
doivent avoir les moyens financiers de tenir.
Espérer vivre sur la vente de parapharmacie n'est pas non
plus évident. Le marché est bien plus réduit que celui du
médicament de prescription. Et dans ce cas la concurrence
s'élargit aux sites de e- commerce classiques par exemple ceux de la
grande distribution. Enfin le "client", là plus qu'ailleurs, doit
être en confiance, ce qui suppose établie la
légitimité des marques, par exemple celle du Vidal pour
l'information et des équipes. Pour ces raisons, les créneaux pour
les start- up sont assez étroits et les créateurs ne peuvent
espérer s'abstraire totalement de l'implication d'acteurs plus
traditionnels comme les assurances par exemple.
1.3. Plus concrètement,
voici ce que peut être le surf médical d'un patient
éclairé :
Muni d'une connexion Internet, d'une bonne connaissance de
l'anglais et d'un solide bon sens, tout patient atteint d'une grave maladie
voire chronique a désormais la possibilité de dépasser son
angoisse en surfant, et peut entrer en relations d'autres malades, leurs
familles, des praticiens et des soignants parfois très
éloignés etc.
Par exemple un bilan de santé ayant
révélé des anomalies biologiques, le patient ressort de
chez son généraliste avec une ordonnance d'échographie du
foie et de sérologie HVA, HVB, HVC, HIV et cytomégalovirus. Le
résultat d'analyse est sibyllin : "Anticorps anti-hépatite C
(réactif ortho 3ème génération et réactif
murex) : recherche positive (la recherche de l'ARN viral par biologie
moléculaire peut-être indiquée). Son médecin lui dit
alors : "Vous allez appeler le professeur Thierry Poynard, à la
Pitié. Il ne vous donnera un rendez-vous que dans quelques mois. Il n'y
a pas de risque à court terme, mais il vaut mieux être
soigné par une équipe de pointe. On va sans doute vous faire une
biopsie du foie et vous proposer un traitement par interféron.
"L'information essentielle reste à délivrer : "L'hépatite
C est une maladie qui évolue sur le long terme, elle se termine dans 25
% des cas par un carcinome hépatique suivi d'un coma d'environ trois
mois et la mort".
Le patient prend immédiatement rendez-vous à la
Pitié et, en attendant les trois mois requis, décide d'utiliser
sa connexion Internet pour essayer d'en savoir plus. En interrogeant votre
moteur de recherche favori, il arrive sur le site "Euroliver" où il
apprend que ce virus est à simple brin, de polarité positive,
d'environ 9 400 nucléotides, qu'il mesure de 50 à 60 nm de
diamètre et que son poids moléculaire est de 4 106 daltons.
Lorsqu'il lit que le virus code pour un grand polypeptide de 3 010 ou 3 011
acides aminés, et qu'il comporte au moins six génotypes, il
regrette probablement de ne pas avoir suivi d'unité de valeurs de
biologie à l'université. Un autre site, du département de
l'énergie américain, explique tout ce qu'il faut savoir sur
l'ADN, le génome humain, la manière dont un virus agit. Certes,
la lecture est ardue, mais elle vaut la peine. Le patient commence à
entrevoir les techniques liées à l'ADN recombinant, et il
découvre une sorte de bibliothèque en ligne contenant un
très grand nombre d'articles de revues médicales
professionnelles. Cela lui donne l'idée de taper le mot clé
"Poynard" : le professeur avec lequel il a rendez-vous publie beaucoup sur
cette maladie et dans les plus grandes revues. En quelques jours le patient a
découvert ce qu'était cette maladie et quel était le
protocole de consensus pour la soigner. Il décide alors d'avoir le point
de vue de ses collègues, les malades. Premier point qui inquiète
: la biopsie du foie. En fouinant un peu sur un site de Geocities, il apprend
que cet examen "de routine" provoque un décès sur 10 000 actes
pratiqués et que dans 1 à 5 % des cas, on souffre d'une douleur
dans le bras gauche comparable à celle provoquée par un infarctus
du myocarde. Il découvre ensuite un excellent site canadien,
tourné vers le grand public, puis le site dédié à
l'hépatite C du centre des maladies infectieuses d'Atlanta, qui le tient
au courant des dernières évolutions, en complément du site
de l'American Liver Foundation. Il trouve enfin une liste de discussion sur
cette maladie, ce qui lui permet de dialoguer avec ses collègues
d'infortune, d'apprendre les trucs qu'ont les uns ou les autres pour diminuer
les effets secondaires du traitement, de se soutenir le moral. Il peut alors
convaincre son généraliste de lui prescrire un génotypage
du virus et une PCR quantitative. Fort de sa toute nouvelle érudition,
il se permet de lui dire qu'il s'agit d'une reverse PCR qui utilise comme
amorce la région 5' non codante du génome.
Lors de son rendez-vous à l'hôpital, le
médecin lui explique ce qu'il sait déjà. Et il peut lui
glisser : "Ne pensez-vous pas que, dans le cas d'un génotype 1B,
l'interféron d'Amgen donne de meilleurs résultats que l'alpha-2b
?", montrant ainsi qu'il a longuement étudié le sujet, qu'il veut
s'en sortir, et qu'il ne croira pas n'importe quoi. Il peut alors discuter,
d'égal à égal serait très prétentieux, de la
meilleure approche thérapeutique pour son cas. Il en profite pour
demander la morphine avant la biopsie et pas après.
Actuellement encore, le malade ne parlant pas ou insuffisamment
l'anglais n'aura malheureusement pas accès à toutes ces
informations. Et, sans doute plus grave, l'utilisateur d'Internet qui n'a pas
le réflexe du journaliste de vérifier ses sources va tomber sur
des sites décrivant des traitements qui, au mieux, s'affirment plus
efficaces que le protocole de consensus, au pire promettent une guérison
à 100 % avec un traitement inconnu.
L'Internet et les réseaux sont en passe de
révolutionner la médecine, obligeant les médecins à
se recycler pour ceux qui ne le feraient pas, sous la pression des malades, qui
peuvent désormais suivre en direct une conférence de consensus,
qu'elle ait lieu à Paris, Montréal, Washington ou Tokyo. Restera
un grand effort d'éducation à entreprendre, pour, afin de
distinguer le plus efficacement possible le vrai du faux, expliquer à
nos enfants que ce n'est surtout pas parce qu'ils l'ont vu sur Internet que
c'est vrai.
Il faut constater tout d'abord la diversité des sources et
la croissance exponentielle de la quantité d'informations
médicales disponibles en ligne, qu'elles proviennent de
sociétés privées, des patients eux-mêmes ou des
associations de malades, des professionnels de santé, d'organisations
non gouvernementales, d'universités ou de centres de recherche,
d'organismes gouvernementaux etc.
"Internet et les réseaux redéfinissent les rapports
entre les acteurs de la santé. En réaction aux excès du
système américain du "managed care" qui limite l'accès aux
soins, il se produit un changement de rapport de force au profit du
consommateur, et l'hégémonie de la connaissance médicale
s'estompe". Internet par exemple permet en effet d'accéder à des
renseignements sur des maladies précises, des conseils de
prévention et d'hygiène de vie dans des domaines tels que la
diététique ou la nutrition, des informations sur les traitements
et les médicaments, sur les médecines alternatives, et les
recherches de services du type "à quel spécialiste s'adresser ?".
Les patients mieux informés, poussent leurs médecins à
accroître la qualité de leurs prestations. La plupart des sites de
santé sont gratuits et offrent un accès à
l'actualité médicale, aux journaux et aux bases de
données, même si de plus en plus de nouveaux services payants se
développent.
Les Etats-Unis ont également pris quelques longueurs
d'avance dans ce qu'il est convenu d'appeler la télé
médecine. L'un des objectifs des hôpitaux américains est
d'atteindre via Internet des patients américains isolés, et
certains testent des procédés de prise en charge dans les zones
rurales des pays en voie de développement. Plus d'une douzaine
d'hôpitaux américains sont engagés dans des projets
internationaux de télé médecine pour vendre des
interventions à distance (télé diagnostic,
télé formation, télé chirurgie), une façon
d'exporter leur savoir-faire et de rentabiliser leurs ressources humaines et
technologiques. Les limites de cette technologie sont celles de la bande
passante et de la qualité de service. En France, la télé
médecine repose encore à ce jour sur l'échange restreint,
limité à un nombre de participants bien définis, de
données cliniques confidentielles qui passent par des réseaux
fermés. Le problème de la confidentialité des
données fait figure d'épouvantail. Néanmoins les
protocoles Internet sont en train de s'imposer jusque sur ces réseaux
très fermés, et de toute évidence la télé
médecine est appelée à se généraliser.
1.4 Internet et les
réseaux peuvent-ils rendre malade ?
1.4.1 L'avis des psychologues
:
Selon une enquête présentée par l'Association
américaine des psychologues, menée auprès de 18 000
internautes, 6% d'entre eux seraient dépendants au point de mettre leur
santé et leur vie sociale en péril... Un chiffre à prendre
avec mesure selon des spécialistes français qui estiment à
un ou deux pourcent le nombre de cyberdépendants. Ce qui signifierait
que 50 000 à 100 000 personnes en France seraient des "drogués"
du Net.
Pour le docteur Kimberly S. Young, la connexion abusive peut
être considérée comme une drogue, à l'instar des
jeux d'argent ou de hasard pour les joueurs pathologiques, et une personne qui
passe plus de quatre heures par jour à surfer ou à discuter sur
la Toile devrait consulter son médecin... ce devrait donc être le
cas de bien des apprentis hackers...
Mais passer de nombreuses heures sur le réseau n'est pas
forcément signe de dépendance. Ce qui est grave c'est de ne pas
savoir se déconnecter et de continuer à surfer au
détriment de sa vie sociale, des repas, du sommeil ...explique Dan
Véléda qui a travaillé sur le sujet avec le Docteur M.
Hautefeuille, directeur du service Enseignement Recherche en toxicomanie
à l'Hôpital Marmottan à Paris.
Il y a pathologie lorsque l'on est continuellement
préoccupé par le réseau, que la durée de connexion
a tendance à augmenter et que la personne est incapable de
résister ou de mettre un terme à sa conduite.
Il devient possible de parler de dépendance, sans drogue,
dès qu'une personne ressent un manque quand elle se trouve dans
l'impossibilité de pianoter sur son clavier. Une toxicomanie qui se
signalerait chez l'accro par une perte de la notion de temps et d'espace, un
état dépressif avec des crises d'angoisse ou encore une grosse
nervosité.
Les personnes susceptibles de se faire piéger ont
généralement des problèmes socio-affectifs, relationnels
et se présentent en marge de la vie réelle. Elles trouvent un
moyen de fuir le monde tout en se créant des relations via les groupes
de discussion qui permettent de communiquer anonymement ou non, d'effacer ses
complexes et de se forger, pourquoi pas une nouvelle identité.
Face aux millions d'informations qui sont offertes, le
réseau a la particularité de provoquer un sentiment de
fascination et de perte de contrôle voire d'impuissance chez
l'utilisateur. Ainsi celui qui surfe sans but précis pour fuir la
réalité ou simplement par curiosité aura tendance à
naviguer d'un site à l'autre de longues heures. Certaines études
montrent que la dépendance est souvent accompagnée de plusieurs
conduites dépendantes : les joueurs pathologiques ont tendance à
se retrouver dans des casinos virtuels, tandis que les acheteurs compulsifs
dépensent leur argent sans compter en se procurant tout ce qu'ils voient
d'intéressant. La vente en ligne dans ce cas, par son aspect virtuel
pousse à la consommation car elle donne l'impression qu'il suffit de
laisser son numéro de carte de crédit.
Les dépendants du sexe ("sexoliques") quant à eux
disposent d'un nombre incalculable de sites pornographiques, dont les menaces
policières et les avertissements médiatiques ne suffisent pas
à enrayer les développements.
1.4.2 Nouvelle maladie, vraie
dépendance aux nouvelles technologies :
Comme les drogues, les nouvelles technologies de l'information et
de la communication (ntic) renvoient des stimuli visuels et auditifs. Quand on
dépasse les limites d'une utilisation normale, il s'agit d'une conduite
addictive. La dépendance ne s'évalue pas au nombre d'heures
passées à utiliser les ntic. Les utilisateurs sont
dépendants quand ils n'arrivent plus à résister à
leurs impulsions. Ils passent de plus en plus de temps face à leur
écran ou au bout du fil jusqu'à se couper du monde réel.
Le monde virtuel s'y substitue alors parce qu'il apparaît plus facile
à vivre et à supporter que la réalité. Bien
sûr, ils ne s'en rendent pas compte et n'estiment pas être
dépendants. Cela cache une autre souffrance, solitude, vide affectif,
dépression, frustrations, troubles du comportement etc. ces personnes ne
parviennent pas à construire leur identité psychosociale et sont
à la recherche d'un échappatoire à la
réalité. Le remplacement du réel par le virtuel est, pour
elles, la seule manière de vivre. Dès qu'elles se sentent mal ou
seul, elles se plongent dans leur cadre virtuel, univers poli, protecteur,
rassurant.
A l'utilisation, ces outils peuvent donner un sentiment de
toute-puissance; Internet donne l'illusion de pouvoir connaître le monde
entier, d'être entendu par tous, d'être partout à la fois;
les jeux vidéo nous mettent aux commandes d'aventures incroyables
où l'on ne risque rien; le portable, avec certains forfaits, permet de
s'appeler des nuits et des week-ends entiers pour ne rien dire. Cela rassure
d'avoir le téléphone en main, de "communiquer". On a l'impression
d'être occupé, de contrôler son univers, qu'il est immense
et sa vie. La perte de contact avec le réel est alors le risque le plus
important. Aux Etats-Unis et au Canada, certains dépendants, qui ont
laissé de côté leurs responsabilités pour s'adonner
à leur drogue, ont perdu leur travail et leur famille. Pour
régler le problème, il faut que l'individu devienne un patient et
qu'il prenne conscience de sa souffrance afin de la traiter avec l'aide de
professionnels."
2. Recherche et communication
à base de réseaux via des médias :
2.2.1. Par les réseaux, les chercheurs entrent dans
l'ère du calcul partagé :
La question des "collaboratoires" se développe depuis
plusieurs années, autre manifestation de la montée de
l'intelligence distribuée. Parallèlement, un ensemble
d'universités américaines et canadiennes ont créé
entre elles un réseau à très haut débit,
dénommé Internet II.
Par ailleurs, les nouveaux méga- projets scientifiques, du
télescope Hubble, en orbite autour de la terre, il émet une
quantité impressionnante de données que tout astronome peut
ensuite consulter grâce au réseau, au génome humain, en
passant par la télé- détection, reposent sur la
transmission de quantités énormes de données.
Technologies de l'esprit, les réseaux permettent de
rêver de nouveaux besoins engendrant de nouveaux services, puis
technologies techniques ils ne font que se hausser au niveau de ces nouveaux
besoins. Le maillage toujours plus dense entre chercheurs transforme aussi mode
et signification des communications scientifiques.
L'édition électronique de recherche croît
rapidement. Des revues comme Surfaces (de l'Université de
Montréal), paraît depuis 1991 sous forme exclusivement
électronique mise à disposition via les réseaux. Les
revues numérisées, par leur évolution, peuvent aussi bien
libérer l'information savante que la limiter à de petites
élites scientifiques très riches, très select.
Côté technique pure, les besoins de traitement et de stockage de
données scientifiques connaissent une croissance exponentielle dans de
nombreuses disciplines comme la physique des particules, la biologie ou les
sciences de la Terre. Le CERN de Genève qui prépare la mise en
service en 2005 de Large Hadron Collider LHC est à l'initiative du
projet européen de grille de calcul DataGrid. Il vise à mettre en
synergie tous les ordinateurs de laboratoire afin d'utiliser leur potentiel
inexploité. Cet "Internet du calcul" pourrait être étendu
aux entreprises et aux particuliers. Les réseaux de transmissions
à très hauts débits existent déjà. Il reste
à concevoir des outils logiciels pour coordonner toutes les ressources
disponibles. Le partage des tâches entre une myriade de postes de
supercalculateurs constituent pour les chercheurs deux voies
complémentaires et doit faire naître des modes et des styles de
collaborations, de cybercollaborations. Ici naissent les
"collaboratoires". Les physiciens, les biologistes et les
spécialistes des sciences de la Terre, dont les besoins de traitement de
données explosent, misent sur l'interconnexion de milliers d'ordinateurs
professionnels ou personnels.
Mot d'ordre : "Processeurs de tous les pays, unissez-vous !
"
C'est le mot d'ordre que viennent de lancer des chercheurs de
l'université d'Oxford. Ils espèrent constituer une chaîne
d'un million d'ordinateurs dont chacun aura pour tâche d'analyser la
structure en trois dimensions d'une centaine de molécules susceptibles
d'agir contre le cancer. Ce sont ainsi 250 millions de molécules par an
qui pourraient être passées au crible. Pour participer à
cette première en matière de recherche médicale, il suffit
de télécharger un programme sur un site
(www.ud.com).
Cette forme d'internationalisation rejoint celle qui unit dans
une toute autre quête les trois millions de volontaires engagés
dans le programme SETI@home, avec l'espoir de décrypter sur
leur personal computer un signal extraterrestre (Le Monde 7 février
2001). Deux exemples qui illustrent la montée en puissance du
concept de calcul partagé dont le CERN (Organisation européenne
pour la recherche nucléaire) de Genève est l'un des plus fervents
promoteurs. Cet organisme où est déjà né, au
début des années quatre-vingt-dix, la Toile, pour les besoins de
communication des chercheurs, est aujourd'hui au coeur d'un nouvel et non moins
ambitieux projet de réseau : la Grille. Il s'agit cette fois de mettre
en commun les moyens de traitement et de stockage des données par le
truchement d'une grille de calcul ou DataGrid.
2.2.2 Désormais, il est
possible de travailler à temps perdu :
Comme toute bonne idée, celle-ci est d'une
simplicité biblique. Elle repose sur le fait que le web, s'il permet
d'échanger des messages et des fichiers à la vitesse de la
lumière, d'ordinateur à ordinateur, n'utilise qu'une très
faible partie des capacités de ces derniers. Pourquoi, alors, ne pas
tirer parti de leur mémoire et de leur potentiel de calcul, en les
faisant travailler à temps perdu pour la science ?
Rien d'étonnant à ce que le temple de la physique
des hautes énergies qu'est le CERN soit à la pointe du projet.
"Pour les physiciens l'enjeu est vital, assure le responsable du programme
DataGrid. D'ici quelques années nous aurons à traiter des volumes
de données d'une telle complexité qu'un centre de calcul
traditionnel n'y suffirait pas. Il en va ni plus ni moins de la
possibilité de continuer à faire de la physique des particules,
par exemple.
Les chercheurs genevois ont en ligne de mire la mise en service
en 2005 si tout se déroule comme prévu, du Large Hadron Collider
LHC : un anneau géant qui prendra le relais du Large Electron- Positon
Collider en cours de fermeture, et qui constituera alors le plus puissant
accélérateur de particules du monde. Ils espèrent y mettre
en évidence l'existence de l'énigmatique boson de Higgs, à
l'origine de la masse des autres particules de l'Univers, et percer le secret
des particules antisymétriques.
Les quantités phénoménales de
résultats expérimentaux qu'ils auront à gérer
donnent le vertige : "Au LHC des paquets de protons entreront en collision 40
millions de fois par seconde au coeur d'énormes détecteurs
engendrant le déluge de données équivalent à celui
de vingt conversations téléphoniques simultanées de chaque
habitant de la planète", compare le CERN.
On entre grâce au réseau dans un autre univers, ici,
celui de l'infiniment petit. Le réseau- technologie de l'esprit nous
sert à tâter l'inconnu, à l'organiser à notre
connaissance, comme outil à bâtir le futur. De cet infiniment
petit comme de celui de son infiniment grand, variation- oscillation des
échelles, zooming minutieux dirigé par la science.
2.2.3 C'est l'avènement
des "Pétaoctets" :
Chaque année la moisson de données nouvelles se
chiffrera ainsi en "pétaoctets", millions de milliards d'octets, un
octet étant un ensemble de huit informations élémentaires,
dont le traitement exigera la puissance cumulée de calcul de 100 000
ordinateurs personnels et dont le stockage nécessiterait s'il
était centralisé une montagne de cd-rom haute comme 40 Tours
Eiffel.
D'où le souhait des physiciens européens de
répartir l'exploitation et la conservation de ces données entre
une multiplicité de centres de recherche interconnectés.
"La Grille offrira une puissance de calcul et des
capacités de stockage quasiment illimitées puisque toutes ses
disponibilités pourront être mobilisées en cas de besoin",
décrivent les concepteurs du projet.
"De plus l'utilisateur accèdera à ces ressources
aussi facilement qu'il se branche sur le réseau électrique". Le
chercheur qui lancera un calcul depuis Genève, Cambridge, Karlsruhe ou
Orsay n'aura même pas à savoir où est localisé
l'ordinateur qui l'exécute (a- territorialité du
réseau).
L'idée d'une telle distribution des tâches n'est en
réalité pas tout à fait nouvelle. Si elle prend corps
aujourd'hui, c'est parce que les besoins scientifiques explosent, mais aussi
parce que le support technique existe ou est en bonne voie (hauts
débits). En outre, la recherche semble s'être mise à l'abri
d'une commercialisation à outrance telle que celle qui est reconnue
à Internet après ses développements dans le grand
public.
2.2.4. Il est essentiel de
sécuriser l'accès :
Il faut ensuite des moyens de calcul et de stockage : les
"noeuds" de la Grille. Or ceux-ci sont légion puisque tous les
calculateurs des centres de recherche, tous les ordinateurs de laboratoires et
toutes les bases de données ont vocation à être
interconnectés. Le maillage pourrait même s'étendre,
imagine un responsable du projet, à des entreprises, à des
banques ou à des services publics. Ainsi l'imagerie médicale,
à commencer par les banales radiographies, va-t-elle produire une
pléthore de documents numérisés, qui doivent être
archivés tout en restant immédiatement accessibles aux
médecins.
Pourquoi ne pas aller plus loin en élargissant la Grille
aux ordinateurs domestiques ? Il reste à développer des outils
logiciels qui assureront la synergie de ces multiples noeuds. Il s'agit
à la fois de contrôler et de sécuriser l'accès au
réseau, sous peine que sa formidable puissance de calcul ne soit par
exemple exploitée par des hackers pour casser des clés de
décryptage, et de mobiliser au mieux ses ressources. Ce qui demande des
protocoles de communication, des systèmes d'analyse des requêtes
et de répartition des tâches, des dispositifs de redistribution en
cas de panne locale...
Les Européens ne sont bien sûr pas seuls à
travailler à la mise en place d'une grille de calcul. Plusieurs projets
similaires existent aux Etats-Unis, à l'initiative de la NASA notamment,
et au Japon. A terme, toutes ces grilles sont appelées à
être connectées entre elles, ou du moins connectables. Ne
serait-ce que parce que les grands instruments scientifiques sont de plus en
plus internationaux, comme il en va pour le futur accélérateur du
CERN dont les américains sont partie prenante. En attendant de pouvoir y
observer les premières collisions de protons, les physiciens ont
d'ailleurs prévu de tester le principe de la grille en commençant
par les centres de calcul de Lyon et de Stanford (Californie).
C'est un premier pas vers l'ubiquité de la Grille.
Les physiciens ne sont pas les seuls à s'intéresser
au calcul distribué. D'autres disciplines très gourmandes en
ressources informatiques sont elles aussi directement concernées. C'est
le cas de la biologie et en particulier de la gênomique. Chaque nouvelle
séquence de gène vient en effet grossir des bases de
données dont la taille double tous les six mois, au niveau mondial,
tandis que la modélisation en trois dimensions des protéines fait
une consommation pantagruélique de temps de calcul. C'est
également le cas des sciences de la Terre qui amassent une
quantité astronomique de mesures réalisées aussi bien par
des satellites d'observation que par des capteurs terrestres ou des balises
océanographiques et qui font appel à des modèles de
simulation numérique d'une complexité extrême. Un nouvel
idéal est né un peu partout pour les chercheurs : celui
porté par la possibilité de traiter de gigantesques, plus que
titanesques volumes de données.
2.2.5 L'organisation de la
recherche doit s'adapter au monde des réseaux :
Par exemple dans le milieu Internet, le prototype doit sortir
rapidement et faire l'objet d'un suivi allant jusqu'aux produits, alors que le
milieu de la recherche française vénère plutôt la
seule publication comme résultat de la recherche. En France, on
préfère partir dans une recherche sur des modèles
théoriques bien formalisés, pour lesquels les chercheurs
français sont très forts, plutôt que sur des applications.
On respecte aussi le découpage du Comité national des
universités plutôt que la pluridisciplinarité. On
n'apprécie guère le business, et on a un faible pour les sciences
dures plutôt que pour les sciences de la société. Notre
culture de recherche académique et les organisations qui l'accompagnent
ont encore besoin d'être adaptées afin de mieux répondre
aux besoins créés par les déferlements des réseaux
de communication, car dans la réalité, il ne suffit pas
d'augmenter le financement d'un projet comme celui de l'Internet nouvelle
génération, d'y ajouter du capital-risque et de favoriser la
création d'entreprises par les chercheurs pour s'améliorer.
Philippe Jorand, directeur de recherche au CNRS, et
rattaché au laboratoire Leibniz de l'Institut d'informatique et
mathématiques appliquées de Grenoble (IMAG), écrit :
"On a bien sûr imaginé des remèdes pour
prévenir le risque d'enfermement académique et disciplinaire.
L'un d'eux consiste à rendre plus immédiatement palpables les
retours de la recherche vers la société. C'est ainsi que nos
chercheurs sont invités à s'engager dans des travaux dont la
pertinence est évaluée en termes de débouchés
sociaux et industriels, nécessairement appréciés sur le
court terme. Etant donné l'évolution des ntic et leur
pénétration dans les actes de tous les jours, dans les services,
dans la production et sur le marché, ce point de vue utilitariste sur le
recherche publique n'est pas sans justification, surtout s'il s'agit d'y faire
participer la recherche en informatique. Mais le poids de ce critère ne
doit pas faire oublier sa nécessaire compatibilité avec la
primauté d'une visée scientifique à long terme".
Il souligne également avec raison qu'une sorte d'autisme
est créé, entretenu entre autre par le fait que nos élites
politiques et administratives, celles qui décident de retenir tel type
de recherche plutôt que tel autre, sont généralement
ignorantes des réalités scientifiques. C'est ce qui conduit par
exemple à ballotter périodiquement l'informatique à chaque
changement de gouvernement, entre science et technologie. Premier pas vers le
tautisme des chercheurs obligés de trouver refuge sur des îlots du
savoir.
Lors des rencontres d'Autrans en janvier 2000, a
été lancé le Cyber-Institut, qui a pour but le
développement du savoir sur le fonctionnement et les usages du
cyberespace.
Bien plus qu'une territorialité ou une
a-territorialité, c'est une véritable géographie des
réseaux qui se met en place et dont les plans complexes et précis
devront être maintenus, attestant de la vie du système, où
l'on voit se constituer des réseaux de réseaux et les
interconnexions entre eux.
2.2.6 Concrètement,
exemple du téléguidage opératoire d'instruments :
Vers le milieu de l'année 1999, des chercheurs du Centre
national de microscopie et de recherche en imagerie, à San Diego en
Californie, sont parvenus à faire fonctionner à distance le
puissant microscope électronique de Centre de recherche pour la
microscopie électronique à ultra haut voltage d'Osaka au Japon?
Le pouvoir pénétrant de cet appareil permet d'étudier des
structures tridimensionnelles qui seraient impossibles à déceler
par d'autres moyens.
Ce microscope constitue un parfait exemple d'instrument que l'on
peut partager grâce aux réseaux à haute performance.
Pourquoi les équipes d'Osaka et de San Diego ont-elles pu collaborer ?
Parce que le réseau de la recherche japonaise IMNET a été
connecté au réseau à haute performance américain,
grâce également à une liaison entre Tokyo le noeud
d'interconnexion américain Star Tap (Science, Technology and Research
Transit Access Point). L'application a notamment utilisé un flux
vidéo numérique.
Le principal lien du Japon vers les Etats-Unis a
été fourni par le consortium Transpac, dans le cadre d'un projet
conduit par l'université de l'Indiana et les réseaux
avancés Asie- Pacifique APAN, avec le support de la NSF aux Etats-Unis
et de l'agence pour la science et la technologie japonaise.
Comme toute expérience innovante, il va s'en dire que
celle-ci n'a pas fonctionné dès les premières tentatives.
Pour surmonter les difficultés de l'exercice et ajuster les
paramètres au cours de l'opération, il a fallu rassembler les
compétences des spécialistes de la microscopie, à San
Diego et Osaka, et de la technologie des réseaux. Coopération et
coordination au-delà des différentes cultures, soutenues par un
but commun.
VIII. Pays en retard de développement, communication,
médias à base de réseau :
1 Un exemple, l'Afrique tisse
une toile disparate :
Rappelons tout d'abord que prés du tiers de
l'humanité vit avec moins de 1 dollar par jour (source association ATD
Quart Monde), et que en France la couverture maladie universelle concernerait
actuellement environ 5 millions de personnes (journée mondiale du refus
de la misère oct 2001).
La vague d'expansion des réseaux a atteint l'Afrique.
Là-bas, certains pays tentent de prendre ce train en marche, mais la
disparité entre les différents Etats s'aggrave. On reste loin de
l'utilisation individuelle et les enjeux actuels sont plutôt
l'accès au forum international et l'accélération des
communications pour dynamiser les économies.
La situation se retrouve très diversifiée. Certains
pays comme l'Afrique de Sud, le Maroc ou le Sénégal ont pris une
réelle conscience des enjeux. D'autres pays sont beaucoup plus en
retard, et si tous les pays africains sont aujourd'hui connectés, il
s'agit encore parfois d'une seule liaison à faible débit pour
l'ensemble du pays, et, dans la plupart des cas, le débit des liaisons
internationales par satellite est relativement très faible.
En proportion, pour dix mille postes connectés dans les
pays industrialisés, il en existe un seul dans les pays en voie de
développement. De plus, jusqu'à présent les initiatives
venaient des pays du nord, et si elles ont eu des effets positifs, elles ont eu
aussi les inconvénients des modèles importés :
l'intégration locale, le transfert des technologies associées
n'ont qu'insuffisamment été pris en compte.
A ce jour encore et faute de noeuds d'échanges
régionaux, les communications entre les pays africains transitent
souvent par les réseaux des opérateurs du Nord. Un message
envoyé du Sénégal vers la Mauritanie passe ainsi par la
France ou même par les Etats-Unis. Cependant, une phase nouvelle
d'appropriation des technologies avec une floraison de fournisseurs
d'accès dans la plupart des pays du sud semble avoir pris son essor.
Les infrastructures terrestres et le coût de certains
matériels restent sans doute des handicaps majeurs. Il faut se rappeler
qu'en moyenne, en Afrique, on compte moins de une ligne
téléphonique pour cent habitants, alors que dans les pays
développés on en dispose généralement de
trente-deux.
Certains analystes affirment que ce retard peut au contraire
s'avérer être un atout. En effet, les technologies sans fil
permettent de déployer un réseau moderne et bien adapté
à l'Afrique et à ses différents pays, ceci à un
coût bien moindre que celui des infrastructures
précédentes, ce qui serait vraiment une chance pour se placer
dans l'espace des échanges internationaux. Malheureusement bien peu des
pays de ce continent s'en saisiraient jusqu'à présent.
Les problèmes rencontrés sont multiples.
Tout d'abord, dans la plupart des Etats les produits
importés sont fortement taxés. Toute proportion gardée,
l'équipement d'un malien est probablement vingt fois plus onéreux
que celui d'un français et combien de fois moins performant.
Deuxièmement, les législations sont parfois
complètement inadaptées, voire inexistantes, et un monopole
strict est occupé par l'opérateur historique ; cette situation
s'avère le plus souvent particulièrement bloquante, d'autant que,
sans concurrent, il n'innove pas.
Troisièmement, on note partout, sauf exception notoire,
l'absence de formations supérieures en technologies de l'information, ce
qui, entre autres, semble être à la source d'une fuite des
cerveaux vers les pays du Nord, aussi parce que les perspectives
financières y paraissent plus faciles et meilleures.
L'Afrique souffre donc d'un réel déficit
d'expertise pourtant nécessaire à l'intégration des
nouvelles technologies de l'information et de la communication dans les
contextes économiques locaux, et à la création
d'applications adaptées.
Quatrièmement, les régimes politiques sont plus ou
moins enclins à la libre circulation des informations. Des pays comme le
Maroc, le Kenya et le Sénégal s'ouvrent ; d'autres tels
l'Algérie, la Lybie ou le Niger reste particulièrement
fermés voire autoritaires dans leur régime. Le
Sénégal, par exemple, a supprimé les taxes sur les
matériels informatiques importés et développe son
infrastructure de télécommunications tout en offrant des
formations de bon niveau à ses étudiants. A Dakar a même
été envisagée une structure d'assemblage d'ordinateur
personnel.
Actuellement encore les enjeux sont d'adapter les interfaces et
les services au contexte africain, afin de favoriser l'accès au
particulier qui reste jusqu'ici plutôt rare. Il est nécessaire de
développer l'usage des messageries électroniques utilisant
plutôt l'oral que l'écrit, parce qu'un fort taux d'usagers
potentiels est peu alphabétisé. Il faut également
multiplier les télé centres qui sont des structures
communautaires de proximité qui ont fait leurs preuves dans l'usage du
téléphone et du fax, en leur permettant d'offrir services
Internet et compétences.
A plus court terme c'est le fonctionnement de chaque pays qui
pourrait changer, l'objectif étant de gagner du temps dans les
communications, car la lenteur actuelle des échanges, elle-même
due au manque d'infrastructures telles que routes et postes, paralyse en partie
le système tout en le rendant peu compétitif. Réduire les
délais est crucial pour certains secteurs de l'économie. Par
exemple, pour la Compagnie Malienne du textile. C'est la première
entreprise de son pays, et elle déploie Internet dans ses divers centres
afin d'optimiser sa gestion et le suivi des récoltes.
C'est un secteur où la demande est très forte, et
pour lequel l'Afrique représente un marché pour des services
Internet adaptés.
Il est nécessaire également de créer, un
organisme africain, comme il en existe ailleurs dans le monde, capable de
fédérer les activités Internet au niveau du continent
ainsi que d'informer et de former les acteurs locaux.
Il est hélas évident qu'Internet n'est pas
l'entité la mieux distribuée du monde et sur le plan mondial, et
que les Etats-Unis continuent de dominer le scène mondiale avec la
moitié environ des utilisateurs et surtout un mainmise importante sur la
recherche et les développements.
Le ralentissement de la croissance suivi d'un début de
récession dans ce pays reflète probablement l'approche du point
d'inflexion que rencontre tout processus naturel de croissance, là
où les contraintes dues à la croissance deviennent significatives
par rapport aux facteurs la favorisant.
Dans le cas des Etats-Unis, la croissance doit maintenant si
possible s'effectuer dans des couches moins favorisées de la population
américaine, une situation aidée en partie, mais pas
complètement, par la baisse du prix des ordinateurs et de la bande
passante.
L'étude quantitative de la Toile révèle par
ailleurs un phénomène assez extraordinaire : après plus de
six ans, elle demeure largement ouverte à tous et même largement
gratuite.
Le monde francophone n'y constitue qu'un petit îlot et il
faudrait peut-être se poser bien des questions à cet égard.
En effet, la France se compare plus à l'Europe du Sud qu'à celle
du Nord, et le Québec ne doit sa place forte en francophonie qu'à
sa localisation nord-américaine. En revanche, il ne se compare pas
favorablement, tant s'en faut, au reste du Canada et aux Etats-Unis. Faut-il y
voir le signe de quelque tension entre les civilisations francophones et le
Réseau ?
Dans certains pays, l'accès dit "universel" renvoie en
fait à une accessibilité partout sur le terrain, à
condition de répondre aux conditions du marché. Dans les pays
riches, les politiques d'accès se fraient un chemin ambigu entre les
tyrannies du marché et le service public. D'où ces
stratégies empruntées au modèle du transport en commun.
Celui-ci est censé corriger les inégalités
engendrées par une possession inégale des voitures. Des bornes
gratuites d'accès sont ainsi placées à la disposition du
public, souvent dans les bibliothèques, parfois plutôt dans des
écoles. Par ailleurs, l'inégalité devant la technologie
n'est pas née avec l'Internet ou les réseaux : la moitié
de l'humanité au moins n'a jamais eu l'occasion de donner un seul coup
de téléphone, encore moins de prendre l'avion. Il faut observer également que les causes
majeures de la mauvaise santé de la population échappent presque
totalement au pouvoir des scientifiques, plutôt liées qu'elles
sont aux conditions de vie, à la pauvreté, aux
inégalités devant les soins, à l'archaïsme des
moeurs.
Concernant les nouvelles technologies dans ces zones du monde, il
faut une approche plus pragmatique qui mettent en évidence le manque de
personnel qualifié et de financement, les carences des infrastructures
et l'absence d'un environnement législatif cohérent, et qui
cherche des solutions dans chacun des cas. L`impact des ntic, qui restent le
chaînon principal du processus de la mondialisation, se mesure aussi par
la création de milliers de petits emplois techniques souvent
précaires, aux formations improvisées, certes, mais au fort
potentiel. Il se peut même que se trouve ainsi la possibilité
d `engendrer un retournement profond des économies
concernées.
IX. Régulation,
éthique, législation, droits d'auteur, cyber criminalité
:
1. La difficile mise en route
d'une législation pertinente :
Les millions d'informations et de connaissances mises sur les
réseaux presque sans aucun contrôle encore actuellement, ne sont
pas naturellement justes, objectives et honnêtes, dépourvues
d'erreurs, de rumeurs, de désir volontaire ou non de nuire ou de mentir.
La protection de l'information, dans le respect des libertés
d'expression reste un enjeu fondamental de la communication via les
réseaux. Il ne suffit pas par exemple que des informations circulent
vite pour que les sciences avancent plus vite et plus sagement. Et
l'équilibre à obtenir entre le libre arbitre et ce que la loi
régente est difficile à trouver.
L'idée d'une croissance sans limite de l'information est
utopique, et la question de la saturation de l'information fait aussi partie
des problèmes de la croissance des réseaux. Pour une utilisation
habituelle sur mots- clés d'un moteur de recherche, il devient par
exemple très dérangeant d'obtenir une grande quantité de
réponses dont la plupart sont iniques au besoin. Trop d'information(s)
tue l'information. Il y a une limite stricte au rapport entre information et
action.
La régulation est indispensable et passe par
l'éducation citoyenne comme par la mise en place de structures et de
processus adaptés aux nouvelles possibilités de comportement. Il
faut une extension de la notion de citoyen et de citoyenneté comme il
existe désormais une extension de l'espace public.
En Droit, par ailleurs, le contrat traduit la ou les
égalités entre les parties (personnes physique ou morales,
entreprises...), et de façon générale, les
procédures de médiation sont en train de se développer.
Ces dernières permettent de ne pas aller en justice et de
résoudre les conflits. Le médiateur est là pour assurer la
relation, tandis que judiciarisation et victimisation apparaissent souvent
comme des manifestations de la forme perverse de l'individualisme de notre
société dans laquelle la norme est devenue de gagner, de
performer, de réussir. Cette idéologie moderne fait en sorte que
tout ce qui vient écorner pose en situation de victime et qu'il devient
alors impératif de demander réparation. Pourtant, il ne faut pas
se le cacher, dans le malheur il y a toujours une part d'irréparable et
de l'inexplicable. La justice, c'est son rôle, reste mobilisée
face à l'injustice, et en ultime recours le procès est là
pour comprendre ce qui s'est passé. La médiation devrait, peut
permettre petit à petit d'apprendre à se tromper, à
identifier, prévoir, mesurer et gérer les risques.
D'autre part, si l'on considère par exemple le "droit
à l'image", on s'aperçoit que les gens ont de plus en plus
compris que ce peut être un moyen de se faire de l'argent. En cette
matière il existe cependant un réflexe d'autolimitation, et c'est
également un développement, un usage tout naturel du citoyen.
Le réflexe d'autolimitation, relève plutôt de
la foi, d'avoir une éthique personnelle afin de prévenir les
débordements, mais aussi de la déontologie d'un corps de
métier par exemple comme celui des journalistes.
Dans une société à la fois conformiste et
pour laquelle la transparence est une règle d'or, le "politiquement
correct" impose également quelques notions difficilement contournables
et qui dicte encore souvent les conduites, pas de risque, propreté c'est
impératif, pas de problème insoluble ou non résolu... La
communication c'est l'information donnée, tandis que l'information
elle-même c'est l'information cherchée.
1.1. L'UNESCO lance un
Observatoire international sur la société de l'information et sur
l'info-éthique :
L'Observatoire couvre les législations, plans de travail,
stratégies et politiques approuvés officiellement qui gouvernent
les activités institutionnelles, nationales et internationales sur le
Web dans les domaines suivants :
La mondialisation de la société de l'information
grâce à une transformation de l'éducation et du
comportement, visant à promouvoir une société plus ouverte
quant au partage des ressources et des informations, de nouvelles pratiques de
collaboration et de travail en groupe, de nouveaux outils cognitifs et la
multiculturalité ;
La protection trans-frontière des données
privées, en particulier concernant les mineurs, protection contre toute
atteinte à leur vie privée, contre les comportements agressifs et
contre un usage incontrôlé des données personnelles ou du
retraitement des données transactionnelles. Ceci comprend la vie
privée à travers les frontières, le commerce
électronique et la cryptographie.
La qualité, la sécurité,
l'authenticité des contenus de l'information circulant sur Internet et
les réseaux,
ce qui nécessite l'élaboration d'instruments
juridiques (lois, accords internationaux, etc...) et d'instruments
autorégulateurs (codes de conduite, règlements professionnels,
etc...) relatifs aux contenus de l'information et de leur harmonisation aux
niveaux nationaux et internationaux ; y sont inclus les questions relatives au
droit de propriété intellectuelle, aux droits des auteurs et
à la violence sur les réseaux.
L'accès à l'information comme droit fondamental de
l'homme (incluant la promotion de l'accès au domaine public mondial de
l'information, la promotion du multilinguisme, la mise à disposition des
informations gouvernementales pour de nouvelles formes de gouvernance,
l'étude des politiques nationales de l'information et des politiques
tarifaires des opérateurs internationaux, la diffusion des informations
à des fins éducatives, scientifiques et culturelles).
Innovant radicalement dans le sens de la démocratie, la
gouvernance d'Internet désigne les acteurs impliqués dans
l'administration des deux ensembles constitués d'un réseau d'une
part et du Web d'autre part. Elle inclut deux organisations qui rassemble le
gotha de l'industrie mondiale et une partie du monde académique. Produit
d'une histoire compliquée et controversée, elle est
appelée à se transformer pour apparaître plus clairement
comme une autre émanation de la communauté du Net. Cette notion
marque l'apparition d'une nouvelle forme symbolique, et appliquée au cas
des réseaux est à rapprocher de nouvelles formes administratives
débouchant sur la mise en place possible de gouvernements d'entreprises.
En outre, l'observatoire est conçu comme un milieu interactif dans
lequel les utilisateurs sont encouragés à contribuer par leur
information.
Par ailleurs, Interpol (organisation internationale de la police
criminelle) est un organisme international chargé de surveiller les
réseaux. Quelques exemples de biens sombres types, réseaux de
voleurs de voitures, réseaux de la drogue, toile d'araignée de la
mafia, réseaux terroristes de tous horizons, réseaux
pédophiles.
1.2. La
propriété, le droit d'auteur, le "capital symbolique" :
Droit d'auteur : Défini internationalement par la
convention de Berne en 1886, le droit d'auteur repose sur le principe de la
propriété inaliénable, par le biais de la protection du
droit moral, les droits patrimoniaux étant cessibles. Une
création, qu'elle soit musicale, picturale, littéraire,
cinématographique, journalistique, n'appartient théoriquement
qu'à son auteur. Les montants et les modalités de sa
rémunération sont ensuite fixés par les différents
partenaires, créateurs, diffuseurs, sociétés gestionnaires
de droit, Etats, etc. Au copyright anglo-saxon, où un créateur
peut céder par contrat la jouissance de son oeuvre à un tiers,
les pays latins, dont la France, préfèrent la stricte application
du droit moral.
L'imprimé a beaucoup facilité l'expression de
l'individualisme moderne. L'auteur, par exemple, en dépend, comme en
dépend aussi le sujet juridique. Le dépassement de la tradition
orale en droit dépendait de l'écriture, mais
l'établissement d'une véritable jurisprudence autre que locale
n'était guère praticable avant l'imprimé. Or, la
numérisation couplée à un réseau de portée
planétaire bouleverse ce contexte.
Un oiseau numérisé ne connaît pas de cage
pourrait-on dire, et ce simple aphorisme inquiète beaucoup. En effet,
comment contrôler la circulation économique d'un document
numérique ? Modifié sans difficulté, aisément
copié et reproduit, il est accessible partout (ou plus exactement il
semble accessible partout et est accessible de partout). Comment retraduire le
droit d'auteur dans le monde numérisé, là où tout
document semble destiné à participer à une immense
dérive constituée de recyclages successifs.
Et que faire dès lors de l'auteur ?
En fait, les réseaux, tels Internet, jettent un
défi d'envergure aux figures classiques de l'individualisme en
multipliant les situations où l'opposition entre individu et collectif
apparaît en porte-à-faux. Le nouvel individualisme qui semble se
développer dans le cyberespace paraît plus fondé sur la
capacité de construire et entretenir un système de distinctions
à l'égard d'autres individus que sur la possession de
propriétés (dans tous les sens du terme). Les
phénomènes associés aux logiciels dits "libres"
constituent un exemple frappant d'une production gérée de
façon distribuée par ces nouvelles formes d'individualités
recherchant la distinction symbolique plutôt que la
propriété directe et, au plan économique, l'insertion dans
des flux de services plutôt que la production d'objets définis. En
contribuant librement à des éléments de programmes, le
nouvel individu choisit de privilégier le "capital symbolique", principe
distinctif emprunté à Pierre Bourdieu. Par là, ce nouvel
individu peut espérer atteindre le capital tout court. Nobles et
bourgeois fondaient leur distinction sur leur richesse ; dans le cyberespace,
il semble que l'équation s'inverse : on ne peut prétendre devenir
riche que si l'on se distingue et la distinction s'évalue par un
processus d'évaluation par les pairs, comme c'est le cas en science.
Diderot appelait le talent "la noblesse de l'esprit" et
Beaumarchais créateur en 1777 de la première
société de protection des droits d'auteurs, cherchait à
lui accorder des privilèges analogues à ceux de la noblesse
proprement dite. Le droit d'auteur visait à créer un domaine
mental aussi inaliénable au regard de la loi qu'un domaine
constitué de bosquets et de prairies. Le copyright, dans la tradition
littérale anglaise fondée en grande partie sur le common law (la
"jurisprudence"), vise à accorder les mêmes possibilités
à l'individu de talent. Droits d'auteur et copyright ont
été longuement peaufinés, au terme de longues et savantes
tractations, débats et combats, pour établir un équilibre
judicieux entre les intérêts de l'individu créateur et ceux
du public. Cet équilibre ne repose pas que sur des termes légaux,
il dépend également d'un contexte technique qui pèse sur
l'ensemble du dispositif légal, par exemple en avantageant la
protection. Or l'inverse se produit avec la numérisation et les
réseaux, fragilisant ainsi tout l'édifice du droit d'auteur.
Fruit d'une longue lutte contre l'ordre féodal, la notion
moderne de propriété, d'abord attachée surtout à la
terre, s'est progressivement étendue à divers domaines
jusqu'à atteindre ce que l'on appelle la propriété
intellectuelle.
L'Organisation mondiale de la "propriété
intellectuelle" incarne la pointe extrême de ce mouvement. Issue à
l'origine de la notion d'individu souverain opposée à celle de
sujet, la propriété intellectuelle reflète souvent de nos
jours les intérêts d'immenses ensembles financiers.
Un standard numérique comme MP3 facilite la circulation de
pièces musicales dans les réseaux et, à ce titre, menace
les formes classiques de la propriété intellectuelle dans le
domaine musical.
Les droits d'auteur survivront-ils à Internet ? Les
auteurs survivront-ils à Internet ? Même en Europe les
états sont divisés sur la nécessaire défense de ces
droits et la France qui en est partisane reste finalement très
isolée. Pourtant Viviane Reding, commissaire européen
chargée du dossier admet que si on ne fait rien, on peut aller à
la catastrophe. C'est ce qui s'est passé avec la musique sur Internet
par la multiplication des copies pirates. Il faut, d'après elle,
absolument éviter de refaire la même chose avec le livre ou le
film.
Le refus du droit d'auteur implique un jugement de valeur plus
vaste sur la nature de l'oeuvre elle-même. La valeur d'une oeuvre devient
liée à son potentiel de communication et d'ouverture. Moins que
jamais, c'est le contenu qui compte au profit de la capacité de la forme
à se déployer.
Les textes qui circulent sur Internet, censés être
porteurs du "savoir mondial", sont de plus en plus fragmentés, pour
répondre aux exigences de l'interactivité, et de moins en moins
référencés, tendance qui semble se reporter
également sur les auteurs issus du milieu des ntic qui n'hésitent
plus à écrire un livre tout entier dans lequel l'influence
directe de nombreux auteurs est bien visible, sans pratiquement aucune
citation, référence ou note.
1.3. Valider la
qualité des informations, défendre les droits d'auteur, trouver
un nouveau souffle avec le haut débit :
Le rappel des vertus fondatrices de la presse et du journalisme
occupe les débats des éditeurs de quotidiens et de magazines qui
veulent montrer leur différence face à la concurrence
effrénée depuis l'arrivée et le développement des
ntic en réseaux notamment, et la constitution de géants mondiaux
de la communication.
Il a même été proposé une charte de
déontologie pour les sites de presse, une sorte de label de
qualité garantissant "l'existence permanente de la
véracité des faits, d'une information honnête (...) et d'un
engagement d'indépendance à l'égard des pouvoirs". Les
éditeurs ont dressé la liste des risques qu'encourent leurs
entreprises dans ce nouvel environnement.
La plupart d'entre eux ont surmonté la crainte d'une
"autocannibalisation" qui verrait la diffusion des journaux s'effondrer au fur
et à mesure que croît l'audience. Certains sont désormais
persuadés du contraire : parfois les quotidiens n'ont jamais atteint un
tel niveau de ventes alors que les sites associés attirent plusieurs
millions de visiteurs par mois. En outre le poids des marques reste fondamental
pour valider la qualité de l'information.
1.4. Nouveaux géants
de la communication :
Quand il n'est pas frontalement attaqué au nom du profit
maximum, le droit d'auteur l'est insidieusement. Ses détracteurs y
voient une barrière bureaucratique à la liberté des
réseaux.
Ils souhaitent sans aucun doute la mise en place d'une vaste
manne à valeur intellectuelle ajoutée, où pourraient
puiser, gracieusement ou à moindre frais, les nouveaux géants de
la communication, qui sont désormais tout à la fois producteurs,
concepteurs et diffuseurs, en France, le CSA et le ministère de la
culture se sont émus des dangers potentiels de certaines grandes
alliances.
L'idée que la révolution.com sert
à mettre à bas les archaïsmes de l'ancienne économie
pousse à une vision désolante de l'auteur : écrivain,
compositeur, parolier, cinéaste, vidéaste, peintre, photographe,
etc..., sont considérés comme des pourvoyeurs de contenus pour
'tuyaux' gourmands.
2. Législation concernant
les droits d'utilisation, les droits d'auteur, les usages abusifs...
Face à l'entrée massive de nouvelles techniques
dans le grand public, de nouvelles formes de criminalité apparaissent
comme c'est déjà le cas avec le réseau Internet. Des
hackers par exemple ont attaqué quelques uns des sites les plus
célèbres et les plus performants tels Yahoo ou e-bay (site
d'enchères), en les bombardant de milliers voire de millions de messages
ce qui a rendu momentanément impossible les communications. A chaque
fois le FBI malgré la grande compétence de ses enquêteurs,
a beaucoup de mal à localiser l'origine de ces offensives de grande
ampleur.
En France, le Service d'Enquêtes sur les Fraudes aux
Technologies de l'Information (SEFTI), tient désormais lieu de
dispositif de surveillance et de cyberpolice à l'encontre des
"technobandits".
En matière de criminalité, il est bon de se
rappeler également les problèmes liés à
l'exploitation illicite du cybersexe, ou de toute prétendue
médecine. En France par exemple, contrairement aux Etats-Unis, la vente
en ligne de médicaments reste illicite et prohibée par le Conseil
de l'Ordre.
D'un pays à l'autre, les lois contrôlant le droit
d'expression varient énormément. Les Etats-Unis, en vertu du
premier amendement de la Constitution et de la Liberté d'expression,
tolèrent, par exemple, le négationnisme, illégal ailleurs.
En revanche, les casinos virtuels inquiètent beaucoup les
autorités américaines, parfois plus que celles des autres pays.
Or la censure se révèle difficile à appliquer sur les
réseaux, quel que soit leur type, sauf à utiliser des moyens
draconiens incompatibles avec la vie en démocratie. La transmission de
paquets par radio se joue des frontières. La capacité de crypter
et de communiquer se généralise.
C'est par le réseau Internet que la compagnie
soviétique Relcom a pu contourner le KGB lors de la tentative de coup
d'Etat contre Mikhaël Gorbatchev en août 1991. C'est par le
même réseau également que le sous-commandant Marcos a pu
faire passer des messages sur la révolte des Chiapas en dépit de
l'étau gouvernemental mexicain. Les réseaux du grand banditisme
international utilisent ponctuellement d'autres réseaux comme le web
pour communiquer plus discrètement en incluant par exemple du texte dans
les images d'un ensemble de sites obtenus par recherche sur mot-clé. Un
micro-ordinateur doté d'un modem semble désormais aussi dangereux
pour un Etat qu'une division blindée, plus peut-être, mais
Napoléon disait des choses analogues des quotidiens.
A la suite des attentats qui ont eu lieu aux Etats-Unis, en
France par exemple, où le grand public reconnaît désormais
le mot "hacker" et l'associe au pire de l'Histoire, le Sénat vient de
confirmer des mesures exceptionnelles telles que la surveillance possible du
courrier électronique afin de permettre une sécurité
accrue du territoire par un arrêt des agissements suspects.
Reste, pour le lecteur, à valider ces messages. Cette
question, certes difficile, renvoie plus à la conception d'une
éducation adaptée aux réalités du cyberespace
qu'à la constitution d'un corps de médiateurs patentés.
Problématique voire impossible, la volonté de
réglementer a néanmoins permis d'identifier un
élément vulnérable : le fournisseur de service. Dans
plusieurs pays dont la France, des jugements ont commencé à
assimiler ce dernier à un éditeur plutôt qu'à un
simple transporteur ; il se retrouve ainsi responsable au moins en partie, des
contenus que ses clients décident de placer dans leur site.
Attaquer le fournisseur de service ne suffit pourtant pas
à faire disparaître les documents litigieux : ainsi les photos
d'Estelle Halliday nue, placées dans un site d'Alterne, ont conduit
à une condamnation de ce fournisseur par une cour française (se
reporter Conf 1 en annexe dans laquelle intervient un des juges de l'affaire
citée), mais les photos demeurent disponibles ailleurs dans le monde et,
par simple effet de publicité, se sont multipliées. Une
législation limitant trop efficacement les fournisseurs de service d'un
pays conduira simplement à un transfert des sites litigieux vers des
contrées plus laxistes, entraînant ainsi une perte totale de
contrôle et une perte partielle de revenus.
"Un fournisseur de services télématiques bloque
l'accès à des sujets désignés comme
pornographiques" :
ce titre du New York Times relate la tentative de censure des
documents pornographiques qui circulaient sur CompuServe, un des plus
importants fournisseurs de connexions en Allemagne. Ce geste parait
dérisoire pour plusieurs raisons. D'abord, si l'accès direct
à un site où se trouvent placés des documents jugés
indésirables est interdit, un accès indirect est toujours
possible. Ensuite, ces documents sont placés dans des forums bien
identifiés, qui jouent le rôle d'"abcès de fixation". Une
répression mal conçue pourrait donner lieu à l'irruption
soudaine de ces documents dans les forums les plus innocents. Enfin, aucun
système de surveillance ne peut prétendre contrôler des
documents faciles à déguiser et cryptés. Et puis, tous les
travers restent possibles voire usités. J'ai moi-même reçu
sur un site personnel hébergé aux Etats-Unis, des photos
extraites d'une bande dessinée pédophile qui à
l'évidence (mais il faudrait une expertise judiciaire et engager une
procédure qui le prouve) ne pouvaient que refléter des
modèles réels. Que faire alors ?
Produire de la musique sous forme numérique ne change rien
à la nature juridique de ces documents. Mais le droit d'auteur
dépend du contexte institutionnel, technique et éthique dans
lequel il tente de fonctionner, et aussi des conditions de son
applicabilité. Quand la multiplication des copies et leur circulation
s'effectuent pour un coût minime, discrètement, loin de la
surveillance et de la répression, on peut se poser quelques questions
sur la pertinence du droit d'auteur. L'ordre numérique vise à
déplacer radicalement l'imprimé et ses extensions, parmi
lesquelles se retrouve le droit d'auteur ; ce qui signifie qu'il va subir des
transformations radicales dans les décennies qui viennent.
Sur fond de révolution technologique, c'est en fait une
véritable révolution économique et juridique qui est en
train de voir le jour, notamment au travers de la montée en puissance du
format d'enregistrement de sons MP3. Un format qui s'est imposé en
quelques mois comme le standard de la transmission de musique sur les
réseaux. A l'origine, il s'agit d'un simple procédé de
compression qui, en réduisant douze fois la taille des fichiers,
économise de l'espace sur le disque dur des ordinateurs et réduit
les temps de téléchargement. Les fichiers MP3 garantissent en
outre une excellente qualité de son à la différence des
procédés comme Real Audio destinés à la diffusion
de sons en continu.
Résultat, il est possible de trouver, sans se
déplacer, des milliers de titres musicaux et de
télécharger sa chanson préférée en quelques
minutes. Sur réseaux le choix des morceaux devient très
rapidement phénoménal, et l'engouement ne cesse de se
développer.
D'après les responsables du moteur de recherche Lycos, MP3
est le second terme le plus demandé après "sex". Par ailleurs
Lycos met à disposition un service destiné uniquement à la
recherche de fichiers MP3, qui compte plus de 500 000 titres indexés
dans ses pages. On voit même apparaître particulièrement en
Asie des disques composés uniquement de tels fichiers.
Formidable opportunité pour les consommateurs de musique,
ce système est aussi une catastrophe pour les producteurs. A commencer
par les éditeurs de musique, les producteurs de disques et les musiciens
eux-mêmes, car habituellement la diffusion de musique répond
à des règles. Seuls les détenteurs de droits d'une musique
peuvent décider de la distribuer ou non. Devenu de plus en plus
populaire, le MP3 est aussi utilisé de manière illégale
pour mettre en ligne les oeuvres d'artistes sans demander leur autorisation ni
acquitter les droits qui s'y rattachent.
En France où le régime du droit d'auteur
prévaut, le problème est d'autant plus crucial. Le salaire du
musicien et de l'auteur provient en majorité de la diffusion de son
travail. Or la plupart des chansons disponibles sur les réseaux sont des
enregistrements pirates. Certains sites n'hésitent même pas
à vendre en ligne des oeuvres qui ne leur appartiennent pas.
Une véritable escroquerie qui enrichit les pirates et
prive de leurs revenus les auteurs, les producteurs, les techniciens et tous
ceux qui ont participé à la création et à la
réalisation de ces chansons.
En 1999, les spécialistes estimaient que 10 à 15
millions de CD enregistrables vendus en France étaient en fait
utilisés à des fins de recopie de musique pour diffusion et
revente illégales, ce qui représenterait prés de 10 % du
marché français évalué à 140 millions de
disques vendus pour un chiffre d'affaires de 7,6 milliards de francs.
Dépassés par ce raz de marée parti
d'Internet, les producteurs de disques, les sociétés d'auteurs
ainsi que les associations d'artistes sont de plus en plus
préoccupés par la copie illégale et la diffusion de
musique sur le Net, qui se traduit à la fois par le manque à
gagner et par une entorse aux droits de propriété
intellectuelle.
3. Arrivée des nouvelles
technologies de l'information :
La question semble se résoudre à un problème
de financement de ces technologies et de mise en place d'une régulation
(ce qui ici empiète quelque peu sur le § suivant), plus personne ne
mettant en doute semble-t-il que tout problème technique qui se pose
sera de toute façon résolu en y mettant les moyens.
3.1 Séance de
QUESTION à l'Assemblée du 29/03/2001, concernant les
développements des technologies UMTS et les attributions et gestion des
licences aux opérateurs de marché :
"Les problèmes des télécommunications ne
sont pas seulement des problèmes de services à mettre au point et
de réaction des consommateurs, des problèmes de la seule
technologie dure elle-même. Ce sont aussi par exemple pour l'affectation
des fréquences, la gestion des autorisations / régulations qui
viennent des organismes internationaux à l'égard desquels le
gouvernement de chaque pays impliqué ne peut avoir qu'un rôle de
relais et de coordination."
3.2 Un autre acteur, Marc
Tessier, pdg de France Télévision 29/03/2001 :
"Fin 2002 verra le début officiel, en association aux
chaînes publiques, de la technologie numérique; ce sera gratuit.
Trois nouvelles chaînes publiques seront mises en service, dont une
chaîne d'information, une de rediffusion et une dédiée au
sport. Pour les voir, il faudra un téléviseur numérique
comme ceux qui sont vendus actuellement en Angleterre, en Espagne, en
Suède etc.. en bien sûr en France dans quelques mois."
3.3 En France, le
gouvernement donne le coup d'envoi à la société de
l'information :
Très attendu, le texte du projet de loi sur la
société de l'information (LSI), souvent évoqué sous
le nom de "loi Internet" , doit servir de cadre à l'ensemble de
l'activité sur la Toile en France, notamment en matière de
commerce électronique. après les ultimes arbitrages menés
entre Matignon, Bercy, la Place Beauveau, la Chancellerie, ainsi que le
ministère de la culture et de la communication, une version
quasi-définitive a été signée le vendredi 30 mars
2001 par le secrétaire d'Etat à l'industrie chargé de
piloter le projet.
L' objectif est, aux yeux des concepteurs du texte, avant tout
d'instaurer la "confiance" entre les utilisateurs de la Toile et ses
différents acteurs. "Nous pensons que le droit peut être un
facteur de confiance pour les utilisateurs actuels et futurs d'Internet",
précise-t-on dans l'entourage du secrétaire d'Etat. Mais, pour
mieux protéger les internautes, le gouvernement n'a pas voulu
créer une construction juridique entièrement nouvelle. "Nous
avons préféré prendre le droit tel qu'il est et
l'appliquer à Internet", explique-t-on à Bercy. "La LSI n'est pas
un nouveau code, nous faisons tout simplement entrer Internet dans le droit".
Une large partie du texte, au demeurant, est constituée par la
transposition de directives européennes, notamment celles du 4 mai 2000
sur le commerce électronique.
Plusieurs institutions ont été saisies de ce texte,
sur lequel elles doivent donner leur avis, consultatif : Autorité de
régulation des télécommunications (ART), Conseil
Supérieur de l'Audiovisuel (CSA), Conseil supérieur du service
public des postes et télécommunications (CSPTT), Commission
Informatique et Libertés (CNIL), Commission consultative des Droits de
l'Homme (CCDH). Le Conseil d'Etat a de son côté mis en chantier
l'étude de ce projet. Le texte a finalement pu être adopté
avant la fin de la législature.
Le projet LSI comporte, concernant le commerce
électronique, des dispositions très concrètes qui
devraient réduire les risques des transactions sur la Toile. La
procédure de validation d'un contrat électronique prévoit
ainsi un "accusé de réception" sous la forme d'un "double-clic",
afin de protéger l'utilisateur des mauvaises manipulations.
Deuxième innovation quant au "spamming", activité
qui consiste à inonder les internautes de publicités
non-sollicitées : les usagers pourront à leur gré
s'inscrire sur une liste rouge ou liste d'opposition, qui sera
gérée collectivement par les opérateurs.
Par ailleurs, les collectivités locales,
municipalités et conseils généraux, pourront investir dans
les réseaux à haut débit, capables de transporter des
données. La loi leur imposait jusqu'à présent d'apporter
la preuve de la carence de France Télécom avant de pouvoir
prendre une telle initiative.
Après avoir un vif débat entre les
différents ministères intéressés par le projet, le
principe, fondamental pour le développement du commerce
électronique, de la liberté d'usage des moyens de cryptologie,
qui permet d'assurer la confidentialité des transactions sur Internet, a
été adopté. La peur qu'éprouve le consommateur
à l'idée de confier son numéro de Carte Bleue à la
Toile est l'une des raisons pour lesquelles le secteur se développe
lentement.
Le texte intéresse également d'autres
activités non marchandes, sur Internet. Il prévoit par exemple
une adaptation à la Toile de la procédure du dépôt
légal, qui devrait être confiée aux organismes qui en ont
actuellement la charge, à savoir l'Institut National de l'Audiovisuel
(INA) et la Bibliothèque Nationale de France (BNF). Par ailleurs, il
détermine le rôle des autorités de régulation, tout
en précisant qu'il n'y a pas à réguler a priori les
communications en ligne. Comme prévu en règle
générale, c'est l'ART qui est compétente pour traiter les
problèmes liés à l'utilisation d'Internet. Le CSA a
cependant obtenu le droit de regard demandé par son président,
Dominique Baudis. Le gendarme de l'audiovisuel est par exemple
désigné compétent concernant les services associés
à un contenu audiovisuel fourni en ligne. Cette disposition concerne
entre autres les sites Internet des chaînes de
télévision.
4. Directives et
législation européenne :
Il est devenu nécessaire et urgent de trouver des
solutions aux problèmes qui se posent concernant les auteurs.
C'était déjà le sens du message qui avait
été communiqué par les chanteurs pendant la
cérémonie des Victoires de la musique en 1999, et la
démarche d'une délégation d'artistes, conduite par Nana
Mouskouri et Jean-Michel Jarre, qui a remis une pétition au Parlement
Européen pour demander une loi qui leur garantirait le droit exclusif
d'autoriser ou d'interdire l'utilisation de leurs oeuvres sur le Net notamment.
Le Parlement Européen a finalement adopté, le 10 février,
un projet de directive protégeant les droits des artistes dont les
oeuvres sont diffusés sur les réseaux comme Internet. Le principe
: étendre la législation existante sur les droits d'auteur et des
droits voisins aux nouvelles technologies de la communication, et notamment,
là encore, à Internet. Ce texte a normalement été
ratifié dans les semaines suivantes par le Conseil des ministres de
l'Europe.
Mais surtout, les professionnels de la musique appellent de leurs
voeux des solutions techniques qui empêcheraient les copies sauvages. En
attendant le Ministère de la Culture a proposé une solution
transitoire prévoyant une rémunération sur la copie
numérique. Les producteurs qui considèrent que cette compensation
sera minime demandent que la période de transition soit la plus
brève possible.
"Dès que nous avons repéré un serveur qui
propose des fichiers de musique, indique un membre du Directoire de la Sacem,
nous envoyons à son créateur un message électronique lui
demandant de cesser sa diffusion. S'il n'obtempère pas nous lui envoyons
un nouveau message plus menaçant puis nous nous adressons au service qui
l'héberge. Ce système marche plutôt bien jusqu'à
présent. Mais il y a aussi le cas des services en ligne et des sites qui
souhaitent utiliser légalement des morceaux de musique pour enrichir
leur contenu. Dans ce cas, nous leur proposerons des tarifs au forfait ou en
fonction des recettes."
Les sociétés d'auteurs travaillent aussi sur une
sorte de plaque d'immatriculation des oeuvres, l'"International Standard Work
Code", qui permettrait d'identifier un morceau et de suivre sa trace sur
n'importe quel type de support. Comme un filigrane, ce code sera
incorporé aux oeuvres numériques sans qu'il soit possible de le
retirer. Les copies ne pourront être réalisées
qu'après versement des droits qui s'y rattachent.
Reste à résoudre le problème de
l'internationalisation de ce procédé. Face à la menace
MP3, l'industrie du disque cherche aussi une alternative placée sous son
contrôle. Avec différents acteurs de l'informatique et de la
communication, les éditeurs et les producteurs de musique ont ainsi
lancé l'initiative SDMI ou Secure Digital Music Initiative, initiative
de protection de la musique numérique, qui doit notamment
développer un standard d'enregistrement impossible à pirater.
La responsabilités des contenus créés sur
Internet crée un vrai casse-tête juridique. Entre juin 1998 et
février 1999, le nombre de sites créés sur Internet en
France a été multiplié par dix. Sur 2,2 millions de
français abonnés à un fournisseur d'accès, nombreux
sont ceux qui utilisent les services de ce dernier pour créer leurs
propres pages web. Ils deviennent ainsi de véritables éditeurs de
contenus, sans être conscients des responsabilités que cela
engage. Cette nouvelle liberté d'expression entraîne la
multiplication des plaintes. L'AFA par exemple, Association des Fournisseurs
d'Accès et de services Internet reconnaît, par la voix de son
président également dirige du fournisseur d'accès Infonie,
que son association sert quotidiennement de médiateur pour régler
des problèmes à l'amiable.
"Quand une personne morale ou physique estime subir un
préjudice, elle s'adresse à l'AFA, qui prend contact avec le
fauteur de troubles".
Autre exemple, le responsable d'Altern, un hébergeur de
sites Internet, confirme qu'il reçoit pratiquement une plainte par
semaine. Il en étudie la pertinence et fait retirer le contenu litigieux
si la plainte est justifiée. Mais, dans de nombreux cas, il ne peut se
prononcer et attend donc une enquête de police pour révéler
les informations techniques qui permettent de lever l'anonymat de l'auteur.
Lorsque les avocats veulent obtenir des dommages et
intérêts pour leurs clients, ils assignent les prestataires
techniques (hébergeurs de sites ou fournisseurs d'accès). Ces
derniers font figure de cible idéale puisqu'ils forment la partie la
plus facilement localisable de la Toile. Tout le problème est de savoir
si ces prestataires techniques peuvent être tenus pour responsables des
contenus qu'ils hébergent.
Le 10 février 1999, la décision de la Cour d'appel
de Paris condamnant Altern à 405 000 francs de dommages et provisions
pour avoir laissé diffuser des photos d'Estelle Halliday nue, a
semé la confusion. "Pour cette affaire, les magistrats n'ont
été saisis qu'en référé d'une
procédure rapide qui ne leur permet pas juridiquement de trancher le
fond de l'affaire", font remarquer Maîtres Francois Bloch et Martin
Guichardon, spécialistes de la question au sein du cabinet Clifford
Chance. Est-il souhaitable que les fournisseurs d'accès et autres
professionnels d'Internet soient sanctionnés à la place des
véritables auteurs afin de les forcer à contrôler ce qui se
passe sur le Réseau ? s'interrogent les deux avocats.
Cette décision n'a pas manqué d'encourager d'autres
plaignants. "Au lendemain de la décision, la RATP et la
Confédération Nationale du Travail CNT ont assigné Altern
en référé auprès du Tribunal de Grande Instance de
Paris". S'estimant victime d'un site satirique hébergé par
Altern, la RATP attaquait à la fois l'hébergeur et l'auteur.
Toutefois le 22 mars 1999, elle s'est désistée de la
procédure. Cependant, le 15 avril suivant, le tribunal de grande
instance de Paris a dû juger en référé la plainte de
la CNT contre un message diffamatoire diffusé sur un forum de discussion
hébergé, là encore, par Altern.
L'AFA a édité un code de conduite interne, texte
rédigé à l'attention de ses membres et instituant les
pratiques et usages en matière de réseaux, public notamment. Ce
document prône l'autorégulation par les professionnels. Les
condamnations contre les prestataires techniques pourraient conduire ces
derniers à décider de ne plus offrir à leurs
abonnés des pages personnalisées. En cas d'interdiction, les
clients se tourneraient vers des fournisseurs d'accès étrangers,
très difficiles à traduire en justice, et les professionnels
français risqueraient d'être rapidement étouffés.
Le gouvernement adopte en la matière une position
attentiste :
"La lutte contre l'illégalité sur les
réseaux de communication ne peut se résumer à une action
répressive : ce mode est trop décentralisé, trop
international, pour que la réponse législative ou
réglementaire de sanction a posteriori soit la seule ; il convient de la
combiner avec l'autorégulation des acteurs, c'est-à-dire la
participation active et préventive de ceux-ci au respect de l'Etat de
droit sur les réseaux".
La difficulté pour un professionnel d'Internet est d'avoir
une connaissance précise de ses responsabilités au niveau
juridique du fait de la multiplicité de lois susceptibles de
s'appliquer", remarque Maître Guichardon. Plusieurs textes peuvent
s'appliquer, suivant que l'on s'adonne au commerce électronique ou
à la diffusion de contenus sur Internet.
En matière d'édition de contenus, il y aurait deux
régimes susceptibles de s'appliquer : la responsabilité en
cascade et la responsabilité de droit commun.
La loi de septembre 1986 sur la communication audiovisuelle a
retenu le premier des deux, directement adapté du droit de la presse de
1881, qui prévoit une responsabilité automatique du directeur de
la publication à défaut de poursuivre l'auteur du texte. Un tel
régime est difficilement transposable dans le monde des réseaux
car l'hétérogénéité des acteurs ne
correspond pas au monde éditorial classique.
Si la responsabilité en cascade est inappropriée,
il reste celui de la responsabilité de droit commun. Il prévoit
que nul n'est responsable que de son propre fait, et qu'il n'y a pas de crime
ou de délit sans intention de le commettre. La recherche de la
responsabilité doit donc se faire au cas par cas. Le juge doit remonter
jusqu'à l'auteur de l'infraction. Dans l'affaire Altern,
l'hébergeur a été considéré comme l'auteur,
car il avait permis au véritable auteur de rester anonyme.
Les professionnels veulent bien moraliser les pratiques sur
Internet, mais ne souhaitent pas endosser toutes les responsabilités des
multiples acteurs de la Toile, et aucune des catégories habituelles de
la criminologie ne s'applique pour comprendre le comportement des pirates.
Considérons les raids assez efficaces qui ont pris pour
cibles début 2000* de grands sites comme Amazon.com et Yahoo!. Ces
attaques n'ont pas pour objet de s'introduire dans les systèmes
informatiques afin de capter des données confidentielles ou de les
endommager. Aucun numéro de carte de paiement n'a été
détourné ni aucun fichier confidentiel violé.
Laure Belot et Enguérand Renault écrivent dans "Les
attaques sur le Net ébranlent la nouvelle économie" Le Monde, 11
février 2000 :"Seul le culte actif de la transparence, de
l'ouverture, de la suppression du secret explique de tels comportements
(même si, bien sûr, de véritables délinquants,
indifférents à cette mystique-là, opèrent sur le
réseau et utilisent Internet comme un outil, de la même
façon que les monte-en-l'air du début du siècle
apprenaient la serrurerie)." Le piratage est bien la dimension
secrète du culte de l'Internet et des réseaux, de cette culture
de la transparence à l'infini. Mythique transparence.
Les réseaux internationaux apparaissent comme des lieux
privilégiés d'expression et de développement de la
propagande raciste ou néo-nazie et des idéologies d'extrême
gauche.
Un site Internet peut être consulté partout dans le
monde et c'est justement cette a- territorialité qui pose
problème concernant la juridiction européenne par exemple.
Même si le projet de convention sur la
cybercriminalité est soumis rapidement à l'instance
parlementaire, il reste ensuite à convaincre les différentes
instances des différents pays concernés, car il n'existe pas de
consensus ni d'accord à ce jour en ce domaine et chaque décision
doit être répercutée au cas par cas.
4. Engagement citoyen contre
trivial lobbying :
C'est bien cette cascade administrative, juridictionnelle, voire
diplomatique qui à elle seule pose problème. Ne serait-ce que
parce que, en matière de cybercriminalité, chaque iota de temps
qui s'écoule peut être si précieux pour les victimes. Et la
législature en elle-même est insuffisante sans un engagement
citoyen et une discipline de base des usagers des réseaux. Les
résultats passent en effet par leur éducation, par une
pédagogie et une information constante pratiquée à bon
escient ce qui rejoint le point de vue de Joël de Rosnay ( CONF 1 en
annexe : Comment Internet et les nouvelles technologies modifient nos
comportements, nos habitudes de consommation et notre vie citoyenne ? §B/
/Semaine Européenne des Ntic 2001, le point de vue des acteurs du
marché.)
Le Forum des droits de l'Internet en France a déjà
fait couler beaucoup d'encre : rapports, pré rapports, articles de
presse, contributions. Un haut fonctionnaire dissimulé sous le
pseudonyme de Clisthène, s'est fendu d'une lettre pour dénoncer
sous le titre "commerce et ordre", l'état d'esprit qui régnait
sur la Toile autant que celui qui présidait aux destinées de la
future loi sur la société de l'information.
Alors, qu'en était-il de ce "cybermachin" à
quelques mois de son envol officiel, auquel préside Isabelle
Falque-Pierrotin, conseillère d'état ? L'intérêt
général sera-t-il l'otage de la raison d'état ou de la
logique marchande ? Telle était alors la question qui semblait se
poser.
"Ce ne sera pas plus un organisme de corégulation qu'une
caisse de résonance d'intérêts catégoriels,
précise la conseillère d'Etat. Pas une corégulation
administrée, mais un lieu de réflexion citoyenne". Avec au
programme, l'adaptation des règles et des usages aux
spécificités de l'Internet et des réseaux. Les pouvoirs
seront consultatifs et son statut associatif. Ses membres élus, une
quinzaine probablement, seront issus de deux principaux collèges,
"acteurs économiques et utilisateurs civils, sans aucun
représentant de l'Etat". Les membres du Forum participeront à la
création de la règle de droit, comme dans l'antichambre du
législateur. "Ce qui requiert un engagement citoyen de la part des
entreprises, et pas un trivial lobbying", à l'heure où la
société française fait son e-révolution. En fait,
il faut dissiper le malentendu, la corégulation est une méthode
à ses yeux, une sorte de partenariat. "Un partenariat entre les acteurs
publics tenants de la réglementation et les acteurs privés
tenants de l'autorégulation." Il s'agira de réfléchir
à ce que doit être le droit dans cet espace complexe qu'est le Net
: privé et public, national et international.
"C'est conformément au mandat confié par le Premier
ministre que la présidence sera assumée. Et si ce forum est comme
une petite entreprise, ce doit être en partenariat tous azimuts, autant
avec l'Icann, l'ART, le CSA et la Cnil, qu'avec l'Afnic." La concertation doit
obligatoirement avoir lieu afin de dissiper la crainte toute légitime
que s'élabore, sans débat, un nouvel ordre public de l'Internet
et des réseaux.
Autre instance internationale d'importance, la Conférence
du G8 qui le 15 mai 2000 a pris pour sujet la cybercriminalité, traitant
des principaux thèmes suivants :
1. Le 4 mai 2000, le virus dénommé 'I love you' a
envahi le Réseau planétaire, polluant des centaines de milliers
d'ordinateurs dans le monde.
2. Les arnaques à la carte bancaire sont en hausse
considérables, et montrent qu'il est devenu impératif
d'améliorer la sécurisation de ce système.
3. Désormais, les pirates s'introduisent couramment et
presque sans difficulté apparente dans des systèmes
économiques d'entreprises.
Dans l'année 1999, par exemple ont été
constatés 4000 cyberdélits graves ceci sans compter les
manifestations de pédophilie, qui sans doute également parce que
l'information "passe mieux" semblent beaucoup plus nombreuses que ce qu'il
était jusqu'alors supposé.
Parmi les objectifs du G8 :
1. constater les phénomènes liés à la
mondialisation, recenser les problèmes qui se sont déjà
produits et en évaluer l'ampleur.
Exemple : les dernières attaques telles celles à
l'encontre de Yahoo! par les hackers.
2. faire coopérer les cyberpolices; c'est un des chantiers
internationaux prioritaires.
3. protéger les sites essentiels et/ou stratégiques
afin de conserver intacts leurs potentiels d'information et de
communications.
C'est bien sûr devenu une affaire de défense au sens
où on l'entend par exemple en terme de Défense Nationale et de
sécurité.
C/ Conclusion : communication,
au-delà du réseau, le vivant :
La communication, par le biais
des réseaux, implique et induit un tri sur le vivant.
1 Le nouvel ordre
numérique :
La révolution induite par les technologies
associées aux réseaux qui se mettent en place, appelle souvent
les idées de liberté, de décentralisation,
déstabilisation, bousculement des hiérarchies et la dite
"société de l'information" apparaît comme de plus en plus
porteuse de risques, de menaces pour nos libertés et nos droits, pour
notre sécurité.
Au regard et pour cet environnement, la notion d'ordre illustre
:
- le caractère structurant des ntic fondatrices d'un
nouveau paradigme économique, mais aussi de nouveaux usages sociaux,
culturels et politiques;
- le caractère hiérarchisé de l'univers
numérique dans ses dimensions économique, sociale et
géopolitique, caractère auquel s'oppose la fluidité et la
contestabilité de l'environnement numérique;
- le caractère régulé, ou régulable,
et la spécificité de cette régulation, qui par ailleurs
constitue un véritable défi.
1.1 La révolution
numérique :
Les grandes étapes technologiques de la révolution
numérique sont connues :
- Croissance continue de la puissance de traitement des
ordinateurs, de la capacité de stockage et de la vitesse de transmission
des données, accompagnée de la réduction tout aussi
continue du coût et de la taille des équipements et de leur
standardisation : ce sont la micro-informatique professionnelle puis grand
public au cours de la décennie 1980.
- Interconnexion des ordinateurs et développement des
réseaux numériques, à la faveur de la
généralisation du codage numérique et des progrès
de la fonction de transmission des données : ici prend place le produit
Internet et le Web au cours de la décennie 1990.
A la généralisation du codage numérique
s'attachent trois bénéfices majeurs :
- L'information numérisée peut être
stockée et transmise par des supports physiques très divers donc
sur différents types de réseaux de communication : lignes
téléphoniques, câble, satellite, réseaux à
connectivité optique...
- En outre, les données numériques peuvent
être transmises et copiées quasi-indéfiniment sans perte
d'information, grâce à la faculté de reconstituer
facilement le message numérique;
- L'information numérisée peut être
traitée automatiquement, avec un degré de finesse quasi absolu,
très rapidement, et sur une grande échelle quantitative.
La révolution numérique est également la
résultante de développements réglementaires et
d'initiatives commerciales.
Cette révolution est indissociable du mouvement de
déréglementation et de libéralisation du secteur des
télécommunications à l'échelle mondiale, engendrant
une baisse significative des coûts, une concurrence croissante et de
nouvelles offres de services. Côté développements
commerciaux, la télévision payante et la téléphonie
mobile.
Manifestation la plus immédiate et la plus spectaculaire
des ntic, la nouvelle économie recouvre trois significations :
- en désignant, côté macro- économie,
le caractère exceptionnel de la situation économique aux
Etats-Unis depuis les débuts 1990, où une croissante forte et
durable est associée à une inflation faible et un quasi-plein
emploi ;
- plus récemment, elle désigne pour les uns, le
secteur formé par les industries de l'information et de la
communication, et pour les autres elle renvoie à la transformation
opérée dans l'ensemble du système économique, dans
les modes de production et d'échange, par la diffusion des ntic
notamment le phénomène Internet.
Le chiffre d'affaire de ces industries représenterait
aujourd'hui plus de cinq à six pourcent du produit intérieur brut
mondial, pour l'essentiel entre les Etats-Unis, l'Europe et le Japon. Elles
auraient contribué pour quinze pourcent environ à la croissance
en France en 1998 (plus que l'automobile et l'énergie
réunies).
Principal moteur de la nouvelle économie, Internet est
capable de dupliquer des pans entiers de l'économie réelle, en
abolissant de surcroît la distance géographique, le temps et une
partie des contraintes logistiques. Il permet aux entreprises aussi modestes
soient-elles, d'avoir un accès immédiat et instantané
à une clientèle planétaire tout en réduisant leurs
coûts d'intermédiation et de gestion. Ceci rejaillit sur le
réseau lui-même en en faisant un gigantesque marché virtuel
et ininterrompu de dimension mondiale.
Mots- clés : décentralisation,
désintermédiation, déhiérarchisation,
communication, participation, flexibilité, transparence ...
1.2 Hiérarchies et
nouvelle donne :
Révolutionnaire, perturbateur, le numérique
renforce les hiérarchies existantes mais porte en germe la
capacité de les éroder. La problématique de la convergence
numérique a engendré une restructuration profonde des industries
de la communication, par voie de concentration horizontale,
d'intégration verticale et d'alliances capitalistiques. La
mondialisation de la demande nécessite l'obtention d'une taille critique
et l'organisation d'une mondialisation équivalente de l'offre, qui
renforce à son tour celle de la demande.
D'importants investissements sont requis par le processus de
numérisation et de mise à niveau des infrastructures en vue de
véhiculer des services multimédias. Stratégies
d'intégration verticale et/ou de concentration horizontale sur tout ou
partie de la filière sont effectuées au nom de synergies
réelles ou supposées.
Une forte incertitude demeure sur les technologies et les
applications commerciales susceptibles de s'imposer sur le marché. Est
impérative la nécessité pour les opérateurs du
marché les plus anciens de rattraper leur retard en s'emparant des
start- up les plus innovantes, ce qui n'a rien d'évident.
Les ntic sont des facteurs puissants de concurrence voire de
déstabilisation des hiérarchies les mieux établies. Les
économistes considèrent que le critère ultime du niveau de
concurrence prévalant sur un marché est moins son taux de
concentration en termes de parts de marché que son degré de
"contestabilité" c'est-à-dire la mesure dans laquelle les
nouveaux entrants peuvent concurrencer les acteurs déjà
installés ou même remettre en cause leurs positions. Quatre
facteurs puissants se conjuguent afin de maintenir l'économie
numérique en état de contestabilité : la rapidité
et la permanence de l'innovation, la substituabilité des réseaux
et des supports résultant de la numérisation et de la
normalisation, le démantèlement des barrières
réglementaires à la concurrence, et la mondialisation des
marchés et des acteurs.
Assurant une avance confortable de cinq à dix ans sur le
reste du monde, jusqu'à présent le leadership américain
s'observe dans presque tous les domaines : domination de l'industrie
informatique mondiale comme de celle des images, contrôle de
l'infrastructure Internet et de son organisation, taux de
pénétration des ordinateurs personnels et de connexion à
Internet doubles de ceux de l'Europe, investissement massif des entreprises
américaines dans les ntic depuis dix ans...
Les technologies mobiles sont censées devenir le premier
mode d'accès à Internet comme aux différents
réseaux.
En la matière, les Etats-Unis considèrent avec
intérêt l'avance du Japon et de l'Europe, cette dernière
étant également en avance dans la télévision
numérique et interactive, ses opérateurs étant de plus en
plus présents dans la compétition mondiale.
2 L'économie
domine-t-elle le politique ?
Saint-Simon lui-même, comme le souligne Pierre Musso, le
penseur- fondateur de la théorie du réseau- transition, emploie
le même mot pour désigner indifféremment un objet et sa
connaissance.
Par exemple, dans son emploi, le mot "chose" peut signifier aussi
bien les "principes fondamentaux d'un système" que "le réel et la
nature". L'assimilation de "choses" à "principe" fait
référence à la connaissance d'un système (choses
versus signes), alors que le mot "choses" est assimilé à "nature"
lorsqu'il s'agit de l'action (choses versus hommes).
Pour critiquer au fond la représentation politique, il
renvoie à la production et à l'économie politique.
De plus, pour lui, l'économie politique complète la
physiologie. Il semble y avoir là reconnu un lien possible de
continuité de notre infiniment petit à notre infiniment grand.
Pourquoi ce déplacement du champ de la
représentation politique à celui de l'économie politique
?
Première réponse fournie par Saint-Simon :"on a
longtemps confondu (...) cependant les richesses sont indépendantes de
l'organisation politique". Seconde réponse (...) Saint-Simon
était contraint au "rêve" pour esquisser le futur. De nos jours,
ce sont les mythes qui viennent en aide pour conduire l'imaginaire.
"Tout est politique", ce slogan fut dominant à une
époque pas si lointaine, au point qu'un mathématicien avait
même écrit un article pour expliquer qu'il existait une
manière marxiste de faire des mathématiques. Cette
prétention, évidemment excessive, est plus rarement
exprimée de nos jours, même si elle imprègne souvent
réflexions et réflexes.
A ce "tout politique" des uns répond de plus en plus non
pas sans doute dans un pays, tel la France, qui veille à son "exception
culturelle", "l'exception française", mais dans bien des grands pays, le
"rien n'est politique" des autres.
L'évolution des idées constitue certainement un
facteur explicatif de ce changement, mais aussi les formidables mutations de
monde qu'illustre ce qu'on appelle la "nouvelle économie". Celle-ci
résulte à son tour d'une double série de
phénomènes, les uns institutionnels et les autres techniques. Les
premiers sont constitués en particulier par le vaste mouvement de
libéralisation des échanges entre pays et de
déréglementation à l'intérieur de beaucoup de ces
pays. Les facteurs techniques du changement sont pour leur part
particulièrement et symboliquement représentés par
l'explosion des technologies de la communication. Mais les facteurs techniques
et institutionnels ne sont pas indépendants les uns des autres. Ainsi,
la déréglementation a-t-elle incité de nouveaux
producteurs à entrer sur les marchés et à rechercher des
techniques nouvelles pour y prendre pied plus facilement. On s'achemine donc
vers un monde plus diversifié et plus flexible, un monde d'innovation et
d'initiatives créatrices.
Du fait de ces mutations, plus que jamais le réseau des
échanges est devenu mondial, ce qui donne à juste titre le
sentiment que les frontières s'estompent et que le marché
international fait reculer les Etats. En un mot, que "l'économie domine
de plus en plus la politique", jusqu'à ce que, peut-être, la
politique disparaisse. Bien sûr, ceux qui croit au tout- Etat s'en
désolent, préfèreraient l'effacement de la politique au
profit de la liberté contractuelle, fondée sur la
propriété de l'Etat de droit, s'en féliciteraient, si le
phénomène était avéré. Mais il n'est pas
question ici d'affirmer ses préférences, mais plutôt de
rechercher les éléments qui permettent d'évaluer
l'évolution complexe des rapports entre l'économie et le
"politique", tout en se gardant bien de jouer le rôle impossible d'un
devin qui se croirait capable de lire l'avenir.
Il faut se garder de la tentation qui consisterait à
faire de l'économie une sorte de raison collective capable d'agir et
donc de dominer.
Il faut se garder de la tentation qui consisterait à faire
de l'économie une sorte de raison collective capable d'agir donc de
dominer. Ce qu'on appelle l'économie n'est rien d'autre qu'un ensemble
de phénomènes résultant des interactions entre des
milliards de volontés individuelles qui seules pensent et agissent. En
tant qu'êtres libres, les hommes déterminent eux-mêmes leurs
propres objectifs, choisissent et agissent. Parce qu'ils sont des êtres
sociaux, beaucoup de leurs actes sont interdépendants. Parmi les
résultats innombrables de ces actes humains, on peut en isoler certains
qui sont des faits économiques. Ils sont la partie le plus visible des
actions humaines, cependant ils n'en constituent pas nécessairement la
partie le plus importante et ils ne sont dotés d'aucune autonomie par
rapport aux autres.
Il existe de ce point de vue une asymétrie fondamentale
entre "l'économie" et la "politique", dans la mesure où la
première n'est que le résultat du processus de décision
librement mis en oeuvre par les êtres humains, alors que la seconde
traduit l'émergence de la contrainte et du volontarisme dans la vie des
sociétés. La politique constitue plutôt un effort constant
pour dominer l'économie. Ceci résulte évidemment du fait
que les hommes ont toujours le choix entre deux modes d'action
différents pour atteindre leurs objectifs : l'échange libre ou
l'exercice de la contrainte. Antony de Jasay a pu montrer dans son livre,
l'Etat, qu'il existait une sorte de logique interne qui conduisait de
manière presque inéluctable un Etat minimum et simple protecteur
des droits de propriété vers un Etat envahissant et même
tyrannique.
Il existe également toutes sortes de légitimations
du phénomène politique. Ainsi une théorie
économique, la théorie des biens publics, se propose d'expliquer
que certains biens et services dont la production est désirée ne
peuvent être produits qu'en ayant recours à des processus de
décision publics.
Quoi qu'il en soit, si "l'économie" ne peut pas dominer la
politique, elle peut certainement en limiter le champ et
particulièrement à notre époque de grandes mutations
technologiques et institutionnelles. La monnaie par exemple s'est
développée pour répondre aux besoins de l'économie,
mais elle a constamment été l'objet de l'attention du pouvoir
politique qui a vu dans la monopolisation de sa production une source
importante de revenus et a légitimé cette prise de possession par
la nécessité de contrôler l'émission de monnaie dans
l'intérêt général. Ainsi est-on arrivé au XX
ème siècle au triptyque "un pays- un Etat- une
monnaie". Elle est devenue un symbole de souveraineté nationale, au
point que les artisans de la construction d'un super - Etat européen ont
considéré comme une priorité la création d'une
monnaie européenne. Parallèlement et devant les excès
d'une production publique de monnaie, on a vu apparaître le besoin de
réduire le lien entre la production de monnaie et la politique : c'est
tout simplement l'idée de plus en plus souvent mise en pratique qu'il
convient de rendre la banque centrale indépendante, ce qui signifie
indépendante du pouvoir politique.
Le monde futur peut être très différent de ce
modèle traditionnel. Dans un avenir peut-être pas très
éloigné, le développement des échanges sur
réseau peuvent faire apparaître des monnaies privées ni
nationales ni publiques. Ce phénomène pourra concerner bien
d'autres activités. Les frontières sont mouvantes entre
économie et politique et les changements dépendent des
conceptions dominantes du moment et des évolutions technologiques et
institutionnelles. Il paraît évident que les mutations
d'aujourd'hui apporteront des changements profonds car l'incompatibilité
est grande entre le fonctionnement en réseau des activités
économiques sur un espace qui est mondial et l'exercice d'un pouvoir
centralisé sur des espaces territoriaux bien précis.
L'activité économique se diversifie, se mondialise, elle est de
plus en plus flexible et elle ne peut pas se contenter du cadre rigide dans
lequel s'inscrivent la plupart des processus politiques.
Actuellement les préoccupations politiques se
déplacent. Les déréglementations, les privatisations, la
mondialisation ayant fait perdre une grande partie de leurs territoires
traditionnels à la politique, celle-ci investit de nouveaux champs. De
nouvelles revendications pour une conduite politique des affaires du monde
émergent : de nouvelles régulations apparaissent plus
indépendantes du seul jeu des marchés, résultant de
réglementations mondiales, d'une gestion globale raisonnée de
l'environnement ou encore de la prétention des organisations
internationales à constituer des instances de décision
suprêmes dans le domaine de la santé, des flux financiers ou de la
gestion des ressources. Ces évolutions sont l'expression actuelle de la
tension éternelle entre la politique et l'économie.
3
L'économie numérique, une nouvelle économie ?
3.1 Il existe bien une
dynamique nouvelle dans l'économie :
Deux points essentiels à remarquer et ne pas oublier :
tout d'abord la destruction créatrice est l'essence même du
capitalisme, ensuite une notion méconnue, le coût de sortie.
Partout les technologies de l'information apportent dans
l'industrie et les services des gains de productivité
considérables. Pour certains économistes et consultants, la mise
en commun des connaissances dans l'entreprise à travers le
développement des réseaux, l'identification, la collecte, le
traitement des informations sur les clients et pour les clients, sont
désormais au coeur du processus de création de richesse et
signerait la naissance d'une "nouvelle économie", dite encore
électronique (e-business, e-firms, e-communities) ou numérique
(digital economy).
Cette économie existe-t-elle ? Le débat prend
naissance aux Etats-Unis qui connaissent depuis 1992 une période de
prospérité exceptionnelle. Supérieure à celle des
années 1950-1970, la croissance coïncide avec une quasi-disparition
du chômage et de l'inflation puis à l'apparition d'un
excédent budgétaire. La dynamique a traversé sans coup
férir deux crises financières régionales majeures en
Amérique latine et en Asie. Les américains se sont
interrogés sur les fondements du phénomène et sur ses
conditions de durabilité. Alan Greenspan lui-même, chairman de la
Réserve fédérale FED a dès 1996 perçu
l'originalité de la dynamique. Il ne doute pas que les technologies de
l'information sont à l'origine des gains de productivité
exceptionnels enregistrés par l'économie américaine
pendant plus de sept ans. Grâce à la baisse des prix accompagnant
l'amélioration continue des performances des produits, ils ont permis
des substitutions capital- travail massives sans contrepartie inflationniste,
accroissant la rentabilité du capital, favorisant l'investissement et
l'emploi, et valorisant l'épargne placée en Bourse, encourageant
ainsi la consommation. Il y avait urgence à étendre rapidement
aux autres zones économiques le modèle de croissance et les
marchés des nouvelles firmes.
Cette analyse place les gains de productivité dans
l'industrie au centre de l'explication de la nouvelle croissance, et produit
alors une dynamique quasi homogène d'économies d'échelle
dans l'ensemble de l'industrie, et la question de savoir si nous assistons
à une "nouvelle économie" se pose sur le plan local.
Toujours selon Greenspan, il ne fait aucun doute que "les
innovations les plus neuves que nous appelons technologies de l'information,
commencent à changer notre manière de faire des affaires et de
créer de la valeur", Internet en étant à la fois le
vecteur et le symbole. Le phénomène est un véritable
défi à la réflexion économique, aggravé par
le fait que les analystes vivent de la volatilité des cours et du rythme
des introductions en Bourse. La nouvelle économie ou mieux,
l'économie numérique, ouvre alors un forum dans lequel
politiques, économistes et financiers, consultants, chercheurs et
journalistes élaborent des discours plus ou moins neutres sur un
mécanisme de croissance dont le point de consensus est qu'il
résulte de la diffusion dans l'industrie de gains de productivité
majeurs associés aux technologies de l'information.
Dans le cas d'une banque de réseau, c'est l'historique de
la relation entre client et banquier qui sous-tend l'efficacité de la
prestation bancaire. Pour optimiser sa marge et minimiser son risque, sur la
vente d'un crédit par exemple, le banquier doit connaître le mieux
possible les antécédents de son client.
On en déduit que la transmission de ces informations
à une autre banque a, pour le client, un coût (coût de
transmission, perte d'efficacité bancaire), d'où l'effet de
réseau.
On peut parler de verrouillage informationnel, processus
dynamique qui s'enrichit de toutes les relations entre le client et le
fournisseur de services, dès lors que le fournisseur est capable de
valoriser les informations en ventes additionnelles et rétrocessions
d'avantages au client, avec exemptions de frais (exemple, de découverts,
rabais personnalisés, vols en avion gratuits, primes de club)
élevant le coût de sortie du client fidélisé.
Les réseaux s'appuient sur des infostructures physiques,
qui peuvent être des guichets, employant du personnel en charge de la
relation client. Ce dispositif entraîne une organisation industrielle
spécifique, des chaînes de commandement et de contrôle, des
conventions collectives. Cette base est désormais menacée par les
technologies de l'information, qui proposent d'autres formes d'interface
client, centres d'appel et site d'achat en ligne, aux coûts
d'exploitation inférieurs et aux méthodes de traitement de
l'information plus systématiques. Le verrouillage peut être rompu
par les gains de productivité affectant le réseau. La concurrence
ouverte par le commerce électronique repose sur des structures
allégées de coûts de construction et d'exploitation de
réseaux permettant bien souvent, plus efficacement que par l'interface
physique traditionnelle, d'établir un verrouillage informationnel. Les
réseaux ont intérêt à s'étendre, à
s'interconnecter, s'échanger du trafic, dégrouper des actifs,
croiser du capital. En développant des centres d'appels et des services
en ligne, les fournisseurs deviennent multicanal et valorisent dans plusieurs
directions leurs actifs informationnels. On retrouve là des dynamiques
analogues à celles des opérateurs de
télécommunications.
Les marques comme les médias à travers lesquels
elles communiquent, sont des flux d'information univoques. En ajoutant de
l'information au produit, éventuellement du symbole, de l'image, le
consentement à payer du client augmente. Une rente de marque est
partagée entre celle-ci et le distributeur. La maîtrise par le
distributeur de l'accès au client et du feed-back informationnel
créé le risque que la publicité dépensée
pour la marque profite avant tout au distributeur. Le réseau
actuellement amplifie ce risque en ouvrant des alliances entre les
médias et distributeurs autorisant la vente en ligne des produits vendus
par la publicité mais permet aussi de le circonscrire. Les marques
deviennent interactives : elles peuvent utiliser leur communication pour se
constituer en réseau donc élever le coût de sortie du
client. La distribution cesse d'être l'aval d'une filière : c'est
un élément interconnecté d'un réseau. Toute marque
génératrice de trafic a vocation à devenir un portail,
noeud organisationnel qui va permettre la délivrance
(délivraison) de l'information dans les conditions définies :
ISP, médias, banques, distributeurs, marques de luxe, centres de
recherche etc. C'est par la personnalisation et le développement des
services que les portails verrouillent leurs systèmes. Une relation de
confiance intime s'établit, ce qui suppose aussi le respect de la
confidentialité des informations, la sortie d'un portail peut devenir
très pénible.
Certaines firmes ont des réseaux spécialisés
leur permettant de capter des différentiels de prix dans l'espace et
dans le temps. L'abaissement des coûts de réseau permet
désormais aux particuliers d'enchérir en ligne pour un spectre de
produits sensiblement élargi. Ce processus ne concurrence pas les
traders historiques dont il accroît plutôt le volume d'affaires et
améliore la liquidité des marchés.
L'essence de l'économie numérique est
d'établir une concurrence entre firmes fondée sur de forts
différentiels de productivité dans la gestion des réseaux.
La compétition entre firmes vise alors à capter le plus grand
nombre de clients possibles au sein des réseaux concurrents mais aussi
complémentaires. Les clients, l'information commerciale qu'ils
véhiculent et les nouveaux réseaux (communication, gestion de
données, logistique) capables de les capter deviennent l'actif principal
des entreprises, du moins celui dont la valeur augmente le plus rapidement. Les
technologies de l'information forment le réservoir de gains de
productivité qui alimente ce processus et permet l'émergence de
nouvelles firmes. Les pratiques d'interconnexion, de fusion de réseaux
issues de l'industrie des télécommunications, s'étendent
désormais à l'ensemble des secteurs.
Ce processus n'échappe pas aux outils d'analyse
forgés dans l'économie prénumérique.
L'efficacité avec laquelle le codage binaire de l'information et sa
circulation accélérée dans les réseaux à
haut débit valorisent le verrouillage informationnel des clients est
nouvelle. Si, dans l'économie mondialisée, les firmes de
réseaux deviennent la règle et le client verrouillé leur
actif majeur, il est probable qu'un certain nombre de représentations de
l'économie sont appelées à évoluer rapidement.
3.2 Doutes concernant le
passage vers le Nouvel Age :
Depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, les gains de
productivité du travail ont connu une accélération
notable; encore faut-il, pour en tirer un argument en faveur du New Age,
montrer qu'elle est bien due à une croissance plus rapide de
l'efficacité avec laquelle l'économie américaine utilise
ses ressources productives. C'est loin d'être évident. A
côté des effets purement cycliques, l'accélération
observée tient à des facteurs "traditionnels".
L'effort d'investissement engagé depuis le début de
la décennie a conduit à une croissance relativement rapide du
stock de capital utilisé par chaque travailleur américain. Cette
croissance de l'intensité capitalistique, qui contraste avec la
stagnation observée jusque-là, est, tout naturellement, source de
gains de productivité. Il est donc difficile de voir dans ces gains une
"preuve" de la réalité du New Age.
Une nuance doit toutefois être introduite ici. Pour une
part, la hausse du volume de l'investissement des entreprises est due non
seulement à l'augmentation de leurs dépenses d'équipement
mais aussi à la baisse, selon des rythmes jamais observés
jusqu'ici, du prix de ces équipements. Cette diminution rapide
s'explique par la part de plus en plus grande dans ces dépenses
d'investissement des matériels de traitement de l'information, dont les
prix diminuent chaque année à un taux à deux chiffres.
Les nouvelles technologies contribuent donc bien, par ce biais,
à une accélération des gains de productivité. Mais
le mécanisme n'est pas celui mis en avant par les tenants du New Age :
on n'a pas observé, jusqu'à présent au moins,
l'accélération annoncée des progrès de
l'efficacité avec laquelle le travail et les équipements sont
utilisés.
Le constat est moins étonnant qu'il n'y paraît. Que
l'économie américaine, déjà formidablement
efficace, puisse continuer, année après année, de
progresser encore, alors même qu'elle satisfait à une demande
toujours accrue de services, est en soi remarquable.
Qui pense que cela aurait été possible sans la
révolution technologique qui se déroule sous nos yeux ? Rien de
vraiment nouveau alors dans cette "nouvelle économie" américaine
? A ceux qu'une telle conclusion déçoit, signalons au moins une
innovation majeure : la manière de conduire la politique
monétaire a radicalement changé.
Sans la très grande humilité dont la Réserve
fédérale a fait preuve lorsqu'il s'est agi de définir le
potentiel de croissance non inflationniste de l'économie, sans
l'habileté aussi avec laquelle elle a utilisé les marchés
pour assurer le réglage fin de la conjoncture, la croissance rapide et
régulière observée depuis maintenant de longues
années aux Etats-Unis n'aurait pas été possible.
Dans la pratique, les réseaux notamment Internet ne dopent
pas toujours la croissance :
Dans une étude récente publiée dans
L'Economie française, l'Insee se montre très prudent
dans son évaluation de l'impact de la production des nouvelles
technologies de l'information et de la communication sur la croissance
française. L'institut estime ainsi que la valeur ajoutée
liée à ces productions serait comprise entre 4,4 % et 4,8 % de la
richesse nationale. Leur effet sur la croissance de l'économie
française approcherait donc à peine 0,4 point de PIB. Une autre
étude de deux économistes de la Réserve
fédérale américaine, Stephen Oliner et Daniel Sichel , a
fortement impressionné de nombreux membres du CAE, car elle
suggère que les nouvelles technologies de l'information ont
contribué à hauteur des deux tiers aux gains de
productivité réalisés aux Etats-Unis dans la seconde
moitié des années quatre-vingt-dix. Les deux économistes
prennent soin de préciser que l'impact est sans doute sensiblement
différent selon que le pays concerné est "producteur" ou
seulement "importateur" de ces nouvelles technologies.
De nombreux experts sont par ailleurs enclins à penser que
le fameux paradoxe du Prix Nobel d'économie Robert Solow "Les
ordinateurs, on les voit partout, mais pas dans les statistiques" est en passe
d'être dépassé. L'effondrement en bourse des valeurs
technologiques, les nombreuses faillites de dotcom, nombres de symptômes
dans l'économie montrent bien la faiblesse et la partialité des
avis exprimés.
Quatre vagues de croissance auraient eu lieu dans la Silicon
Valley, celle de la défense puis du développement des circuits
intégrés puis du micro-ordinateur puis enfin d'Internet et des
réseaux numériques. A quatre reprises également la Silicon
Valley a traversé une crise économique profonde, suivie d'une
nouvelle croissance, portée par une innovation technologique.
L'association JoinVenture, regroupement des chefs d'entreprise et des
chercheurs, a quelques idées sur la question. Elle voit se profiler
l'ère de la convergence des biotechnologies et des technologies de
l'information. Une rencontre qui devrait ouvrir les marchés des biopuces
et de la bioinformatique. Place ensuite aux nanotechnologies, le monde de
l'infiniment petit.
4 Risques et nouveaux
médias, la régulation est un défi :
4.1 Le risque dans la
société contemporaine :
Le risque occupe dans les sociétés contemporaines
une place remarquable. Il est partout : dans le monde économique,
où il qualifie la figure de l'entrepreneur, dans le monde financier
où on l'identifie à la grande menace du krach, dans le monde
social, où les institutions d'assurances privées ou sociales sont
occupées à sa couverture, dans le monde juridique, où il
sert à traquer les responsabilités, dans le monde moral,
où l'on se plaint d'une société d'assistés, dans le
monde médical, sous la forme de l'insaisissable aléas
thérapeutique, dans le monde militaire qui a imaginé la
stratégie du "risque zéro". Il est aussi dans la nature sous la
forme des grandes menaces écologiques; il est encore dans la recherche
scientifique, où on cherche à le maîtriser sous la forme de
l'éthique, comme dans le développement technologique et ses
applications industrielles dont on redoute de plus en plus la volonté de
puissance.
Concernant les risques liés aux nouvelles technologies qui
emploient des réseaux par exemple, il va s'agir de créer un
équilibre subtil entre dépendance et confiance.
4.2 Insécurité
informatique : épouvantails et dangers réels de la
révolution numérique :
La révolution industrielle a attendu le
développement des réseaux de chemins de fer pour exploser, seule
le réseau de distribution rendait rentable la fabrication de masse. La
révolution numérique n'affecte profondément nos vies que
depuis la naissance d'un réseau mondial d'échange de
données entre les ordinateurs. Internet a été conçu
pour survivre à la destruction de certains de ses noeuds; aucun centre
ni point vital; les itinéraires empruntés pour transmettre des
données sont imprévisibles, l'acheminement ne devant
dépendre d'aucun point vital.
Ces deux caractéristiques convenaient tout
particulièrement aux habitudes des milieux des communautés
universitaires :
- pas de centre, donc pas d'autorité capable de censurer
certains travaux, et pas d'évaluation du travail publié que celle
de ses pairs connectés au réseau;
- diffusion imprévisible et donc incontrôlable car
les idées doivent circuler librement pour porter fruit : de même,
on peut seulement revendiquer la paternité d'une idée sans aucun
moyen de restreindre les applications ou l'usage qui en sont faits.
Le réseau a ainsi pu se développer sans centre
administratif, ni centre politique, ni centre technique, jusqu'à
atteindre une taille critique qui tue dans l'oeuf tout projet concurrent. Mais
les "valeurs morales" des pionniers sont restées : le réseau est
libre et ouvert, décentralisé, non commercial, sans gouvernement
ni censure. Prêt à faire exploser deux siècles de droit et
de constructions politiques...
Cependant commerce à outrance, délires marketing et
esprits boutique se sont d'ores et déjà tellement
développés que les scientifiques, dérangés jusque
dans leurs travaux, ont déjà entamé un nouvel ouvrage
"Internet II"* afin de passer outre les désagréments
engendrés.
4.2.1 L'ordinateur de Satan*
:
La science Frankenstein a ici sa partie.
4.2.1.1 Premiers types de
problèmes :
L'objet doit, pour la plupart de ceux conçus, avoir une
certaine fonctionnalité, rendre un certain service, permettre
d'accomplir quelque chose. Il a été créé,
testé, corrigé en recommençant jusqu'à ce que le
résultat obtenu paraisse satisfaisant. C'est l'"approche
fonctionnelle".
L'"approche anti- accident" sert dans le cas de produits
potentiellement dangereux.
Whatever can go wrong, will ! Tout ce qui peut arriver
de nocif arrivera, c'est contre la loi de Murphy que se bat l'ingénieur
chargé d'éviter les accidents. L'objectif est bien sûr
d'éviter une catastrophe face à des conditions
exceptionnelles.
L'"approche de sécurité" est elle
complètement distincte, car elle n'est utilisée que pour
protéger contre la malveillance. Il s'agit ici de contrer un adversaire
intelligent et déterminé susceptible de provoquer des
dysfonctionnements au pire moment et de la pire façon. Le produit n'est
pas utile pour ce qu'il permet mais pour ce qu'il interdit. Un test de
sécurité ne prouve rien. On peut tout au plus analyser la
sécurité d'un produit en profondeur et vérifier que des
attaques classiques ne marchent pas. De tels audits doivent s'exercer sur un
périmètre très large et inclure la totalité du
système utilisé, car il est inutile, par exemple, de blinder sa
porte et de renforcer la serrure si les murs ne sont pas solides...
De plus il vaut mieux créer simple, car les
systèmes complexes sont peu sûrs, parce que d'une part plus il y a
d'éléments et de tâches à accomplir plus il y a de
chances qu'une faille existe, et d'autre part, plus le système est
modulaire afin de résister au premier problème et plus les
failles potentielles dues aux interactions entre les interfaces sont
multipliées. En outre, l'analyste d'un système trop complexe ne
peut plus avoir en tête une image complète et correcte du
système et la probabilité qu'une faille passe inaperçue
augmente.
La sécurité de l'ensemble est égale à
la sécurité du maillon le plus faible du système.
Cependant le marché pousse inlassablement à la
complexité. Plus de choix, plus d'options, plus de capacités,
plus de fonctionnalités, plus de choses possibles !
Ici comme ailleurs c'est le client qui fixe le niveau de
sécurité des produits du marché ; presque tout le monde a
une idée du niveau de sécurité acceptable pour une
serrure, un antivol de vélo ou une porte blindée, alors que
presque personne ne dispose des compétences nécessaires pour
évaluer le niveau de sécurité d'un ordinateur par
exemple.
4.2.1.2 Autre type de
problèmes :
Alice envoie à Bob un document représenté
par une suite de chiffres. Ces derniers circulent sur le réseau entre
l'ordinateur d'Alice et celui de Bob ; il se trouve qu'ils passent sous les
yeux de Charlie. S'il copie la suite de chiffres, il obtient une copie de la
lettre d'Alice absolument identique à celle reçue par Bob. Cette
copie est si parfaite que la notion d'original disparaît : les deux
copies sont originales. Pire encore, ni Alice ni Bob n'ont aucun moyen de
détecter à partir de leurs exemplaires qu'une copie a eu lieu,
existe encore ou non, ni de la localiser. Si Charlie sous son propre nom,
après avoir intercepté les chiffres destiné à Bob,
renvoie le message à ce même Bob, ce dernier n'a aucun moyen de
savoir que le document provenait initialement d'Alice et non de Charlie. Si
Charlie intercepte le flux de chiffres et le modifie avant de le renvoyer
à Bob sous le nom d'Alice, Bob n'a aucun moyen de détecter que le
document a été modifié entre Alice et lui. La copie est
donc parfaite et indétectable, la modification est indécelable,
l'attribution impossible. Les ordinateurs eux-mêmes suivent le concept de
la machine de Von Newmann, et ont ces mêmes propriétés :
copie parfaite et attribution impossible mais surtout modification
indécelable...
Donc :
- L'ingénierie de la sécurité est
extrêmement difficile.
- Le marché de l'informatique génère des
systèmes de plus en plus complexes, et donc de moins en moins
sûrs.
- Ce même marché n'a aucune tendance à
améliorer la sécurité de ses produits.
- Les données numériques sont
intrinsèquement difficiles à sécuriser.
- Les programmes des ordinateurs sont eux-mêmes
numériques et difficiles à sécuriser.
Le professeur britannique Ross Anderson a donc pu dire
à juste titre que la sécurité informatique était un
défi similaire à la programmation contre son gré de
l'ordinateur de Satan. Retournement feuerbachien...
4.2.2 L'illusion
cryptographique :
Cet exemple montre combien il reste délicat de faire
appliquer des technologies en matière de sécurisation de
l'information et des systèmes, et combien la perfection de ces
techniques ne s'est avérée jusqu'ici que très relative.
Malgré les grands espoirs qu'avait fait naître la
cryptographie, au fil des années est apparu que :
- Une politique de sécurité trop stricte sera
contournée par ses utilisateurs ;
- Les spécialistes de la sécurité d'une
banque préfèreront se taire plutôt que d'attirer
l'attention sur les conséquences néfastes d'une décision
prise très haut dans leur échelle hiérarchique ;
- Il est facile de manipuler au téléphone un
employé bancaire pour obtenir la communication d'informations sensibles
disponibles dans le système sécurisé de la banque.
Le facteur humain devient alors central dans la mise en place de
systèmes sécurisés, dans leur cycle de vie et leur
utilisation.
Les recherches ont conduits à énoncer le principe
de Whitten, qui stipule que l'on ne peut pas augmenter la
sécurité d'un système sans diminuer sa facilité
d'utilisation, soit encore, qu'un système facile à utiliser ne
peut pas être sûr et un système sûr est difficile
à utiliser. La sécurité d'un système
installé peut être anéantie par une seule décision
de gestion inepte ; le facteur humain garantit une instabilité
importante ; les systèmes sûrs sont quasi inutilisables par le
grand public.
Et pourtant chacun d'entre nous utilise chaque jour des
systèmes numériques prétendus sécurisés :
cartes bancaires, téléphones portables, distributeurs de billets,
etc.
Pour les citoyens il est impossible sauf à une
minorité d'avoir un avis objectif sur le niveau de
sécurité d'un système. Tout se joue sur l'image
perçue et sur la confiance placée, souvent aveuglément
dans le système.
Les enjeux financiers autour de ces systèmes sont
énormes et conduisent souvent les industriels à employer tous les
moyens à leur disposition pour contrôler l'image perçue par
le public et par là- même préserver leurs
bénéfices, parfois au détriment de quelques individus, de
plus en plus aux dépens de la société toute
entière. Nulle part ceci n'est plus visible actuellement que dans le
domaine de la propriété intellectuelle.
4.3 Le grand massacre de la
propriété intellectuelle :
A partir du moment où un texte, un enregistrement, une
photo ou un film sont numérisés, la quasi-totalité des
droits de propriété intellectuelle qui leur sont rattachés
meurent. La copie et la diffusion des données numériques sont
incontrôlables et anonymes. Seule le droit d'être reconnu comme
l'auteur persiste, la qualité d'auteur se prouvant toujours par
l'antériorité matérialisée par une copie physique
déposée chez un notaire ou auprès d'une
société d'auteurs. C'est la possibilité pour des
détenteurs de droits de gagner de l'argent en tant
qu'intermédiaires obligés qui est bouleversée.
Numérique et réseaux permettent une telle recopie-
diffusion de masse que les lois sont devenues obsolètes et la
rémunération des artistes parait possiblement impossible à
assurer.
Le financement de la création artistique se fera toujours
mais par des méthodes nouvelles ou oubliées, comme le sponsorat
et le mécénat.
Aux Etats-Unis, où la pratique du lobbying est courante,
les "empereurs du contenu" constituent déjà un lobby très
puissant et réellement influent ; des lois pénales ont même
été adoptées qui renforcent la propriété
intellectuelle. Des solutions restent à trouver et à mettre en
application dans tous les autres pays, en accord avec les artistes qui en sont,
de leur côté, à se regrouper afin d'attirer l'attention des
pouvoirs politiques et de négocier avec eux sur ces sujets qui sont pour
eux fondamentaux. Fondamentaux, parce qu'ils posent une vraie question :
comment sera-t-on reconnu comme artiste demain ?
5 La Société en
Réseaux :
Dans le réseau des réseaux, beaucoup voient
l'accomplissement du fameux "village global" de Marshall MacLuhan ou de la
communication- monde décrite par Armand Mattelart. Paul Mathias montre
que la métaphore, bien que galvaudée, n'est pas si
infondée que cela.
Variant selon les milieux et les époques, la politesse
dite encore le savoir-vivre, les usages ou la bienséance, et qui tend
à systématiser sous forme d'injonctions et de préceptes,
les valeurs essentielles de la culture en matière d'éthique,
d'esthétique ou d'hygiène, s'avère un fondement
indispensable des relations humaines. Ses règles apparaissent en quelque
sorte comme une grammaire. La politesse, code stratégique, est
également un système protecteur. Les codes de conduite permettent
d'aborder plus facilement les évènements qui ont de lourds enjeux
symboliques tel la vie, la mort, le sexe ou le pouvoir etc.. en
s'éloignant du quotidien. Ils sont un des moyens symboliques de
canaliser les émotions et de réguler les comportements.
Les internautes qui fréquentent les forums de discussions
et les communautés virtuelles se comportent pour la plupart selon un
code de conduite, le "netiquette" dite encore "net- étiquette"** qui,
par certains aspects évoque les règles qui régissent les
relations dans les sociétés villageoises. Toute la question est
de savoir si d'un tel village peut émerger une véritable
cité où l'internaute se comporterait en netizen (de net, le
réseau, et citizen, le citoyen). A cet égard, deux visions
s'affrontent : celle des libertaires qui défendent l'idée de
démocratie directe et, avec elle, le respect de la liberté
d'expression; celle, plus réglementariste et interventionniste, qui,
face aux atteintes présumées de la vie privée et
l'existence de serveurs pornographiques ou révisionnistes, prône
le recours à la censure. Qu'en est-il réellement de la
société en réseaux ?
4 thèmes principaux utiles à la description et
à la compréhension de la société en réseaux
peuvent être dégagés :
1) la nouvelle révolution technique / naissance de la
société de l'information;
2) la mondialisation de l'économie;
3) leurs effets conjoints sur les conditions de travail et sur la
vie sociale;
4) les transformations d'une culture dominée par les
médias et où sont modifiées profondément nos
représentations du temps et de l'espace.
La naissance de la société en réseaux ne va
pas sans discours utopiques sur les bouleversements sociaux dont la mise en
oeuvre de nouveaux médias, à base de réseaux, est
porteuse. Participant à la mobilisation des acteurs, les mythes
contribuent également à l'élaboration des concepts,
à la construction et à la diffusion des techniques
elles-mêmes.
"Les utopies, écrivait Lamartine, ne sont souvent que
des vérités prématurées".
Les utopies communicationnelles font partie des processus de
développement des nouveaux médias.
Techniques et sociales, elles accompagnent le projet technique
pendant sa conception et sa diffusion.
Les discours utopiques qui accompagnent alors le projet sont des
ressources disponibles aux acteurs et peuvent même les guider, tout comme
les phénomènes physiques connus ou les pratiques sociales
existantes.
La communication* est un véritable système
d'idées et de valeurs qui prend son origine première aux
Etats-Unis dès 1942 et au-delà avec Norbert Wiener et les
inventeurs de la cybernétique. Le nouveau paradigme qui s'élabore
décrit alors l'homme comme fondamentalement définissable par la
somme des relations qu'il entretient, des informations qu'il échange.
Théorie scientifique mais surtout utopie au sens fort du terme. La
"société de communication" et l'Homo communicans que
décrit Wiener bien avant McLuhan constituent une réaction contre
les idées de nature sur lesquelles ont fleuri aux XIX
ème et
XX ème siècles toutes les
idéologies de l'exclusion.
La nouvelle utopie prend appui sur l'imaginaire de l'ordinateur,
l'idéologie de la technique et l'imaginaire des réseaux tel qu'il
est décrit par Pierre Musso, qui analyse sa mise en place depuis la
matrice des utopies modernes imaginée par Saint-Simon. Elle a aussi des
effets pervers, par exemple la programmation neurolinguistique qui n'a
guère de fondement scientifique.
"L'imagination sociale passe par des périodes chaudes
qui se caractérisent par un échange particulièrement
intense entre le réel et les phantasmes, par une pression plus grande de
l'imaginaire sur la manière de vivre le quotidien, par des explosions de
passions et de désirs", Bronislaw Baczko.
5.1 Nouvelle
révolution technique et naissance de la société de
l'information :
Cette société en réseau a été
construite à partir de deux ressources principales, la connaissance et
l'adaptabilité des entreprises qui a permis aux innovations
d'imprégner rapidement le tissu de l'économie.
La technologie joue un rôle central. Les inventeurs y sont
au travail, avec leur esprit pionnier, leur passion créatrice, les
appuis qu'ils ont reçus des grandes universités, de l'Etat et du
capital-risque.
La société de l'information est la première
où la technologie n'est plus étroitement associée à
des valeurs culturelles et à des conceptions idéologiques du
pouvoir et de la société; en elle triomphe la raison
instrumentale. A la productivité est associée l'appareil
technique de production, à la profitabilité les entreprises,
à la compétitivité l'Etat.
La société de l'information qui se forme autour des
technologies de production et de la communication ne se réduit pas aux
effets induits par celle-ci. Tout d'abord, le travail et l'entreprise sont
transformés par l'emploi massif des technologies de l'information,
ensuite notre culture et en premier lieu notre expérience du temps et de
l'espace, en particulier la nature de nos villes, sont également
bouleversées par cette nouvelle évolution technologique.
Nos sociétés se structurent de plus en plus autour
d'une opposition bipolaire entre le réseau et le soi.
Simultanément, les activités criminelles et les
organisations mafieuses deviennent partout planétaires et
informationnelles elles aussi. Un univers de flux planétaires de
richesses, de pouvoir et d'images, la quête d'une identité,
collective ou individuelle, attribuée ou construite, devient la source
première de signification sociale.
Il faut croire activement au rationnel et à la
possibilité de s'en remettre à la raison, sans pour autant la
diviniser.
Pour comprendre la relation entre technique et
société, il faut retenir que l'Etat (qu'il bloque,
déclenche ou conduise l'innovation technique) joue un rôle
décisif dans le mécanisme général, en ce qu'il
exprime et organise les forces sociales et culturelles qui prévalent
à un moment et en un lieu donnés.
5.2 Informationalisme,
industrialisme, capitalisme, étatisme. Modes de développement et
modes de production :
Il existent désormais des réseaux
économiques mondiaux.
La communication symbolique entre les humains, la relation entre
ceux-ci et la nature, sur la base de la production (avec son complément,
la consommation), l'expérience et le pouvoir se cristallisent en
histoire sur des territoires particuliers, engendrant ainsi cultures et
identités collectives.
Le fruit du processus de production est utilisé
socialement sous deux formes, la consommation et le surplus.
C'est l'interaction des structures sociales avec les processus de
production qui détermine les règles définissant
l'appropriation, la distribution et les utilisations de l'excédent. Ces
règles établissent les modes de production, lesquels
définissent les relations sociales de production, qui régissent
à leur tour l'existence de classes sociales, constituées en tant
que telles par leur pratique histoire.
Le traitement de l'information comme source de
productivité dans le cercle vertueux d'interaction entre les
connaissances qui se trouvent à la base de la technologie et
l'application de celle-ci afin d'améliorer la génération
du savoir et le traitement de l'information. On attribue l'appellation
"informationnel" en référence à ce nouveau mode de
développement né de l'émergence d'un paradigme
technologique neuf, fondé sur la technologie de l'information.
Chaque mode de développement dispose en outre d'un
principe d'efficacité structurellement déterminé autour
duquel s'organisent les processus techniques :
à l'industralisme correspond la croissance
économique, à l'informationnalisme est associé le
développement technologique (accumulation du savoir, complexité
croissante du traitement de l'information).
Les modes de développement influencent l'ensemble du
comportement social y compris la communication symbolique. De nouvelles formes
d'interaction, de contrôle et de changement sociaux apparaissent.
Il existe désormais un "Nouveau système techno-
économique qui peut être légitimement qualifié de
Capitalisme informationnel".
L'innovation technique et le changement organisationnel,
privilégiant la flexibilité et l'adaptabilité, contribuent
de façon essentielle à la rapidité et à
l'efficacité de la restructuration.
5.3 Le sujet dans la
société informationnelle :
Les nouvelles technologies de l'information intègrent le
monde de réseaux fonctionnels planétaires, et la communication
informatisée fait naître un vaste ensemble de communautés
virtuelles. Les sociétés informationnelles semblent d'abord poser
l'identité en principe organisateur.
L'identité c'est le processus selon lequel un acteur
social se reconnaît et donne un sens au réel, principalement sur
la base d'un symbole ou d'une série de symboles, à l'exclusion
d'une référence plus large à d'autres structures
sociales.
On constate un décalage croissant entre mondialisation et
identité, réseau et sujet.
Nous devrions être entrés dans un monde
véritablement multiculturel et interdépendant, qui ne peut
être compris et transformé qu'à partir d'une perspective
plurielle unissant l'identité culturelle, la mise en réseau
globale et des politiques multidimensionnelles.
Quelle révolution représente celle des technologies
de l'information ?
Les technologies de l'information sont un ensemble convergent des
technologies de la microélectronique, de l'informatique (machines et
logiciels), des télécommunications et de diffusion, et de
l'opto-électronique, ainsi que l'ingénierie
génétique.
Comme le souligne Nicholas Negroponte "le monde où
nous vivons est devenu numérique".
3 stades distincts peuvent être distingués dans
l'utilisation de ces technologies :
1. l'automatisation des tâches
2. la projection des applications
3. la réorganisation des applications.
Au cours des deux premières étapes, l'innovation
technologique a progressé au travers d'un apprentissage par
l'utilisation (Rosenberg). Dans la troisième, les utilisateurs ont
appris la technologie par l'action, aboutissant ainsi à restructurer les
réseaux et à découvrir de nouvelles applications.
Utilisateurs et acteurs peuvent désormais se confondre. Il
s'ensuit une étroite relation entre les processus sociaux de
création et de manipulation des symboles (la culture et la
société) et la capacité de produire et ed distribuer biens
et services (les forces de production). Pour la première fois dans
l'histoire, l'esprit humain est une force de production directe et pas
simplement un élément décisif du système de
production.
Ce que nous pensons et comment nous pensons s'exprime en
marchandises etc... en affichant une logique qui semble spécifique de
cette révolution technologique, l'application immédiate à
son propre développement des technologies qu'elle génère
reliant ainsi le monde par la technologie de l'information.
Les leçons de la révolution industrielle doivent
être tirées et reconnues.
Les historiens ont soigneusement disséqué les
conditions sociales et le déplacement géographique des
innovations techniques en s'attachant volontiers aux caractéristiques
des systèmes d'éducation et de recherche scientifique et à
l'institutionnalisation des droits de propriétés.
La coexistence active d'une multitude de petites unités
implique l'importance des foyers locaux d'innovation et la
nécessité de qualités accrues des milieux d'innovation.
"L'innovation technologique n'est jamais un
phénomène isolé".
Les élites apprennent en agissant, modifiant ainsi les
applications de la technologie tandis que la plupart des gens apprennent
à l'usage maintenus de la sorte hors du coeur de la technologie...
L'interactivité des systèmes et la
nécessité dans laquelle ils se trouvent de se ménager des
"milieux" où échanger idées, problèmes et solutions
restent primordiaux.
"Si les conditions sociales particulières stimulent
l'innovation technique, qui, à son tour nourrit le développement
économique et de nouvelles innovations, la reproduction de ces
conditions est culturelle et institutionnelle autant qu'économique et
technique."
L'essor de la société de l'information ne peut se
comprendre en-dehors de l'interaction entre ces deux tendances relativement
autonomes ; le développement de nouvelles technologies de l'information
et l'effort de la société pour se réorganiser en mettant
le pouvoir de la technologie au service de la technologie du pouvoir.
L'avènement du multimédia dans les années
1990 a créé un réseau de relations technologiques et
financières.
La concentration du savoir scientifique et technique,
d'institutions, d'entreprises et de main-d'oeuvre très qualifiée
forme le creuset de l'innovation à l'ère de l'information.
La technologie de l'information forme un nouveau paradigme car
d'une part les technologies agissent sur l'information, leurs effets sont
omniprésents, et la logique en réseau domine.
C'est d'ailleurs parce qu'ils partagent la même logique de
production de l'information que les différents domaines technologiques
convergent actuellement au sein du paradigme de l'information. Cette logique,
particulièrement manifeste dans le fonctionnement de l'ADN et
l'évolution naturelle, est de plus en plus reproduite dans les
systèmes d'information les plus avancés à mesure que
puces, ordinateurs et logiciels accroissent leur vitesse, leur capacité
de stockage et le traitement souple de l'information à partir de sources
multiples.
"La technique n'est ni bonne ni mauvaise pas plus qu'elle n'est
neutre." (première loi de Krantzberg).
5.4 L'Economie
Informationnelle et le Processus de Globalisation :
Les nouvelles technologies de l'information, en transformant les
processus de traitement de l'information, sont à l'origine de
modifications en profondeur des processus de production, améliorent la
productivité et la compétitivité ainsi que la
réactivité.
Productivité, compétitivité et
économie informationnelle :
L'énigme de la productivité : la
productivité mène au progrès économique (notion
d'intrant).
La productivité fondée sur le savoir est-elle
spécifique à l'économie informationnelle ?
Un ralentissement de la hausse de la productivité se
produit à peu prés au moment où s'amorce la
révolution des technologies de l'information au début des
années 1970.
Informationnalisme et capitalisme, productivité et
rentabilité :
Les entreprises ne sont pas mues par la productivité mais
par le rentabilité. La compétitivité a des significations
différentes pour l'entreprise et l'économie nationale.
L'important ici est la position relative des économies nationales par
rapport aux autres pays.
Pilotage, coopération et concurrence sont des
maîtres- mots du développement.
La compétitivité est devenue l'une des
préoccupations premières des milieux d'affaires, des
gouvernements, des médias, des politologues et des
économistes.
Le repolitisation du capitalisme informationnel :
La justification se fait par le biais de l'Etat qui mène
une politique de la déréglementation de l'économie.
La spécificité historique de l'informationnalisme,
c'est l'utilisation comme force productive directe de ce qui fait la
singularité biologique de notre espèce, son aptitude
supérieure à manier les symboles.
L'économie informationnelle est globale, et
différente de l'économie mondiale.
La mondialisation des marchés n'est devenue possible
à la fin du XX ème siècle pour l'information, les hommes,
les marchandises et les services que grâce aux changements spectaculaires
intervenus dans les technologies des transports et des communications.
Le processus de production utilise désormais la toile des
réseaux de production transnationaux.
Cependant, la globalisation a ses limites. Bien que
l'économie informationnelle nouvelle se déploie sur une
échelle globale, l'économie internationale n'est pas encore
globale. Tout indique que les réglementations et les politiques des
gouvernements affectent les limites et la structure internationale de
l'économie globale.
La différenciation régionale de l'économie
globale, la segmentation de l'économie globale, la
compétitivité dans l'économie globale forme les concepts
à la base de l'offre d'une telle économie.
Elle permet d'avoir accès à un vaste marché
intégré et riche (exemple : l'Union Européenne), qui
nécessite l'optimisation entre les coûts de production sur le lieu
de production et les prix sur le marché de destination.é
politique des institutions nationales et supranationales à orienter la
stratégie de croissance des pays ou régions qu'elles
administrent.
La toute nouvelle division internationale du travail
:
L'économie globale issue de la production et de la
concurrence informationnelles se caractérise par son
interdépendance, son asymétrie, sa régionalisation, la
diversification croissante au sein de chaque région, son
intégration sélective, sa segmentation exclusive et,
résultat de toutes ses caractéristiques, une
géométrie historique et économique.
L'examen des structures en mouvement de la division
internationale du travail dans l'économie informationnelle et globale
montre la puissance de la triade, l'essor du Pacifique et la fin du Tiers Monde
:
réseau prépondérant "Etats-Unis / Japon /
Europe occidentale".
L'émergence du capitalisme à croissance rapide en
Extrême-Orient est l'un des changements structurels les plus importants,
il s'accompagne d'une polarisation de plus en plus importante des revenus; elle
se produit au niveau mondial.
Les causes de la croissance et de la stagnation dans la division
internationale du travail restent encore difficiles à cerner. Les
fortunes de l'Amérique Latine, par exemple, sont changeantes.
L'explication de la crise est plutôt recherchée au
niveau de l'économie globale.
Quelles sont les mesures prises et pourquoi ?
D'une part :
1. maîtrise de l'inflation
2. réduction des dépenses publiques
3. austérité fiscale
4. resserrement du crédit et de la passe
monétaire
5. diminution des salaires réels;
D'autre part :
1. privatisation de la plus grande partie possible du secteur
public (et surtout de ses entreprises les plus profitables) proposé aux
enchères au capital étranger.
Ceci débouche sur une notion importante, celle de valeur
ajoutée.
Au Chili par exemple, la classe moyenne a une importance
relativement plus grande.
En Amérique Latine, au-delà des singularités
qui caractérisent un continent aussi divers, est dans les années
1990 en cours d'intégration dans la nouvelle économie globale
bien que de nouveau dans une position de subordination.
Chaque pays ayant ses segments dynamiques propres, le prix de
cette intégration est très élevé. Une partie de la
population est exclue de façon très grave. Certaines gens, villes
et régions se reconnectent toutefois par le biais de l'économie
criminelle travaillant pour l'étranger.
La dynamique de l'exclusion de la nouvelle économie
globale : quel destin pour l'Afrique ?
La nouvelle économie globale touche la planète
entière par inclusion ou par exclusion dans les processus de production,
d'échange et de consommation, lesquels sont devenus simultanément
globalisés et informationnels.
Dans les économies de continents tels que l'Afrique, la
logique de la nouvelle économie globale marginalise la majorité
de la population notamment dans l'actuelle division du travail.
L'inadéquation structurelle du point de vue des systèmes est plus
dangereuse que l'indépendance.
La dernière frontière de l'économie globale
: quelques mots à propos de l'intégration segmentée de la
Russie et des républiques ex-soviétiques :
"Les pays de l'Europe de l'Est sont en train d'être
absorbés, par morceaux, dans l'aire d'influence de l'Union
Européenne, essentiellement par le biais des investissements et du
commerce allemands".
Les craintes et les espoirs occidentaux relatifs à
l'impact économique de la chute du communisme dans l'ex-Urss ne se sont
pas confirmés.
Un prédiction toutefois s'est réalisée,
c'est la rapide internationalisation de l'économie.
L'explication de cet apparent paradoxe (rapide
internationalisation de l'économie en dépit de la baisse des
échanges extérieurs et de la faiblesse des investissements
étrangers) n'est pas encore entièrement connue.
Comprendre la dynamique de la tradition russe vers
l'économie de marché y compris son rattachement à
l'économie globale permet d'en mesurer l'enjeu fondamental :
l'accumulation primitive de capital sur une échelle gigantesque.
Une fraction non-négligeable des nouveaux milieux
d'affaires a partie liée avec divers réseaux de l'économie
criminelle, probablement le secteur le plus internationalisé de
l'économie russe. Pour la plupart des russes le quotidien n'est que
combines de survie et menus bricolages. L'économie de kiosque quasiment
au noir, à laquelle se réduit largement le commerce et la culture
d'autosubsistance autour des datchas, tels sont les véritables moteurs
de la transition de la Russie vers l'économie de marché. Or "une
économie de marché ne fonctionne pas en dehors d'un certain
contexte institutionnel".
5.5 Architecture et
géométrie de l'économie informationnelle et globale :
Elle naît de l'interaction entre l'essor de
l'informationnalisme et la restructuration capitaliste.
La structure de cette économie se caractérise par
la combinaison d'une architecture durable et d'une géométrie
variable. Elle tient compte du positionnement global des différents pays
par zone dans l'économie globale. Pourtant malgré toute la
complexité de cette structure il existe bel et bien une architecture
fondamentale, héritée de l'Histoire, qui encadre le
développement de l'économie globale.
Arrêtons-nous un instant sur les processus dynamiques de
concurrence et de changement qui modifient sans cesse cette architecture.
L'évolution décrit l'émergence d'un nouveau modèle
de division internationale du travail comme une caractéristique de
l'économie globale.
La toute nouvelle division internationale du travail est
construite autour de quatre positions différentes dans l'économie
informationnelle et globale : les producteurs de biens à haute valeur
ajoutée, qui s'appuient sur le travail informationnel; les producteurs
de biens moins sophistiqués qui recouvrent à la fois la main
d'oeuvre bon marché; les producteurs de matières
premières, qui dépendent des richesses naturelles; et les
producteurs superflus, réduits au travail dévalué. Ces
positions ne coïncident pas avec les pays, elles s'organisent en
réseaux et en flux, en utilisant l'infrastructure technologique de
l'économie informationnelle.
Tous les réseaux sont globaux dans leur
réalité et leurs objectifs. Même les économies
marginalisées ont un petit segment de leurs fonctions directoriales
reliés au réseau des producteurs de biens de haute valeur ne
serait-ce que pour transférer le peu de capital ou d'information encore
accumulé dans le pays.
Les gouvernants et les acteurs sociaux ont une
responsabilité essentielle à cet égard. La toute nouvelle
division internationale du travail repose en effet sur la main-d'oeuvre et la
technologie, mais elle est mise en place et modifiée par les
gouvernements et les entrepreneurs. L'incessante mobilité qui
résulte de ces processus d'innovation et de concurrence se heurte
à l'architecture historique de l'ordre économique mondial,
provoquant le chaos créateur qui caractérise l'économie
nouvelle.
5.6 L'Entreprise en
réseau - Culture, Institutions et Organisations de l'Economie
Informationnelle :
Le cadre de référence est multiculturel, avec
matrice commune de formes organisationnelles dans les processus de production,
de consommation et de distribution.
Par "logiques organisationnelles" est entendu un principe de
légitimation qui s'élabore dans une profusion de pratiques
sociales dérivées. Autrement dit, les logiques organisationnelles
sont les bases de l'idéation pour les relations d'autorité
institutionnalisées.
La thèse de Manuel Castells est que l'essor de
l'économie organisationnelle se caractérise par le
développement d'une nouvelle logique de l'organisation qui est
liée au processus de changement technologique en cours.
Il examine en outre la genèse de cette nouvelle forme
d'organisation ainsi que les conditions de son interaction avec le nouveau
paradigme technologique.
Les trajectoires organisationnelles dans la restructuration du
capitalisme et dans la transition de l'industrialisme vers l'informationnalisme
sont mises en évidence par les analyses qui coïncident sur quatre
points fondamentaux :
1. rupture majeure
2. indépendance
3. répondre à l'incertitude
4. modèle de la production "dégraissée".
Il s'agit d'étudier le développement de
trajectoires organisationnelles différentes, c'est-à-dire les
arrangements spécifiques de systèmes moyens visant à
accroître la productivité et la compétitivité dans
le nouveau paradigme technologique et la nouvelle économie globale.
Plusieurs tendances organisationnelles se sont développées
à partir des processus de la restructuration capitaliste et de la
transition industrielle.
5.6.1 De la production de
masse à la flexibilité de la production :
La transition de la production de masse vers la
flexibilité de la production, ou du "fordisme" vers le "postfordisme",
passe par la réalisation d'économies d'échelle dans un
processus mécanisé, la grande firme structurée selon les
principes de l'intégration verticale et d'une division sociale et
technique institutionnalisée du travail avec une organisation
scientifique du travail, lorsque la demande est devenue imprévisible en
quantité et en qualité ... la production s'adapte au changement
incessant sans prétendre le contrôler à travers la
spécialisation industrielle ou la production sur mesure. Des pratiques
semblables s'observent également dans les services avancés comme
la banque.
Les nouvelles technologies permettent la transformation des
chaînes de montage propres aux grandes firmes en unités de
production faciles à programmer, qui peuvent s'adapter aux variations du
marché (flexibilité du produit) et aux changements d'intrants
technologiques (flexibilité du procédé).
Cette notion d'intrant est nouvelle et particulièrement
importante. Elle permet notamment de donner des représentations de la
mécanique des flux (par exemple d'information) qui s'installe, de
figurer l'économie informationnelle en terme de
représentations.
5.6.2 La petite entreprise
et la crise de la grande firme, mythe et réalité :
La crise de la grande firme est opposée à la
vivacité des petites et moyennes entreprises comme agents d'innovation
et sources de création d'emplois.
Est en déclin la grande entreprise intégrée
verticalement en tant que modèle organisationnel, et il y a survivance
du "keynésianisme multinational". Il est vrai que les PME sont bien
adaptées au système de production souple de l'économie
informationnelle, et il est tout aussi vrai que leur dynamisme passe sous le
contrôle de grandes firmes qui demeurent au coeur de la structure du
pouvoir économique dans la nouvelle économie globale. Ce n'est
donc pas à la disparition de la grande entreprise que nous assistons,
mais à la crise de son modèle d'organisation traditionnelle
fondé sur l'intégration verticale et la gestion
hiérarchique et fonctionnelle : le système staff and line de
stricte division technique et sociale au sein de l'entreprise.
Le "toyotisme" se caractérise par la coopération
des cadres et des travailleurs, le travail multifonctionnel, le contrôle
total de qualité et la réduction de l'incertitude.
Cette transformation de l'entreprise se présente sous un
troisième aspect, les nouvelles méthodes de gestion, nées
pour la plupart dans les firmes japonaises.
On oppose au "fordisme" le "toyotisme" présenté
comme la nouvelle formule gagnante adaptée à l'économie
globale et au système de production flexible. Le modèle japonais
sur lequel est calquée la transformation est basé sur le juste
à temps, le contrôle total de qualité et le zéro
défaut.
Sans doute la culture japonaise est-elle largement à
l'origine du "toyotisme", en particulier le modèle consensuel,
coopératif, du travail d'équipe, mais elle n'est en aucun cas
responsable de sa diffusion.
Il y a toujours coopération entre la direction et les
ouvriers.
La stabilité et la complémentarité des
relations entre l'entrepreneur principal et le réseau des fournisseurs
sont extrêmement importantes pour la mise en oeuvre de ce modèle :
Toyota dispose au Japon d'un réseau à trois niveaux de
fournisseurs qui regroupe des milliers de sociétés de toutes
tailles. La plupart des débouchés de la majorité de ces
sociétés sont des marchés captifs de Toyota et il en va de
même pour les autres grandes firmes.
Quelles différences pour ce modèle par rapport
à la plupart des fournisseurs- clés qui sont en fait
placés sous contrôle ou l'influence de groupes financiers,
commerciaux ou technologiques apparaissant soit à la
société- mère soit au groupe qui la chapeaute. Il se
produit une désintégration verticale de la production le long
d'un réseau d'entreprises, processus qui remplace l'intégration
verticale des départements au sein- même de la
société. Le réseau permet une plus grande
différenciation du travail et du capital composant l'unité de
production et favorise probablement les motivations et la
responsabilité, sans nécessairement modifier le mode de
concentration de la puissance industrielle et de l'innovation technologique.
L'efficacité du modèle dépend aussi de
l'absence de perturbations majeures dans le processus général de
production et de distribution : zéro défaut des pièces
détachées, zéro panne des machines, zéro stock,
zéro retard, zéro paperasserie. Le toyotisme est un
système de gestion qui tend à diminuer l'incertitude plutôt
qu'à encourager l'adaptabilité. La souplesse réside dans
le processus et non dans le produit.
Il faut rendre compte de la création du savoir dans
l'entreprise. La compagnie génératrice de connaissance repose sur
l'interaction organisationnelle entre le savoir explicite et le savoir tacite
à l'origine de l'innovation. Des problèmes apparaissent
liés au système de gestion formalisé à
l'excès. Le bagage formel de savoir dans l'entreprise augmente, et les
connaissances du monde extérieur peuvent également être
intégrées aux habitudes tacites, l'ensemble visant par ailleurs
à améliorer les procédures standard.
Dans un système économique où l'innovation
est essentielle, la capacité organisationnelle à en multiplier
les sources à partir de toutes les formes de savoir devient le pivot-
même de l'entreprise innovante. Ce mode d'organisation exige
l'entière participation des travailleurs au processus d'innovation, et
vise une stabilité de l'emploi.
La communication en ligne et la capacité de stockage
informatisée sont devenus de puissants outils pour développer la
complexité des liens organisationnels entre savoir tacite et
explicite.
5.6.3 La mise en
réseau interentreprise :
Deux autres formes de flexibilité organisationnelles
existent, apparentes dans les rapports qui lient les entreprises entre
elles.
Il s'agit du modèle de réseau multidirectionnel mis
en oeuvre par des PME et du modèle de production sous licence ou en
sous-traitance sous l'égide d'une grande entreprise.
Enjeu, la domination financière et/ou technologique.
Néanmoins s'établissent souvent des relations en réseau
avec plusieurs grandes sociétés et/ou d'autres PME, sur certains
créneaux commerciaux et des projets de coopération particuliers.
Ce so |